Red Sistémica · Violences
Isabel Boschi considère l’agression sexuelle dans une perspective systémique : elle situe son auteur dans son contexte social et familial et propose une thérapie pour lui et pour sa famille, afin d’empêcher qu’il s’isole des siens sans tomber ni en prison ni dans l’ostracisme. Le fondement éthique de ce travail : passer d’une éthique de la proximité, où l’on n’aide que ses proches, à une éthique de l’universalité qui respecte l’être humain tout en rejetant ses actes.
Note de la rédaction
Extrait. Le texte complet a paru dans le n° 85 de Perspectivas Sistémicas. Cet article a suscité une réponse d’Irene Loyácono, Débat autour de la thérapie familiale de l’auteur d’agression sexuelle, à laquelle Isabel Boschi a répliqué dans Pourquoi travailler avec les auteurs d’agressions sexuelles ?
« Les auteurs d’agressions sexuelles ont besoin de thérapie. L’État devrait la rendre obligatoire. »
Isabel Boschi
Je considère l’agression sexuelle dans une perspective systémique. Je situe l’auteur d’agression sexuelle dans son contexte social et familial et je m’efforce d’élucider son ethnographie particulière, ses normes de comportement et son système de croyances.
Je propose une thérapie pour l’auteur d’agression sexuelle et sa famille, dans laquelle j’intègre diverses techniques.
Je tente d’empêcher que l’auteur d’agression sexuelle s’isole de sa famille et de son entourage. Dans la thérapie familiale, on lui apprend à s’approcher des siens d’une manière non agressive, et l’on apprend aux parents ou aux amis de son réseau à développer entre eux des relations solidaires.
On apprend à la famille à éviter la chasse aux sorcières, personnalisée dans l’auteur d’agression sexuelle, et à se comporter de telle sorte que le patient désigné ne tombe ni en prison ni dans l’ostracisme. Les auteurs d’agressions sexuelles ont besoin de thérapie. L’État devrait la rendre obligatoire.
Nous devons étendre nos actions d’une éthique de la proximité, par laquelle nous n’aidons que nos parents, nos amis et ceux qui partagent notre manière de penser, à une éthique de l’universalité, comme le dit Edgar Morin, qui considère comme une personne et respecte l’être humain qui commet des conduites réprouvées par la culture, tout en rejetant ses actes asociaux.
Éthique de la proximité
Nous n’aidons que nos parents, nos amis et ceux qui pensent comme nous.
Éthique de l’universalité
Considérer comme une personne et respecter l’être humain dont la culture réprouve les conduites, tout en rejetant ses actes asociaux.
Dans ma pratique clinique, j’aide la personne agressée, et aussi l’agresseur au sein de sa famille, en présupposant que la famille n’a pas pu, ou pas su, apporter contenance et différenciation cohérente à l’un des membres les plus stigmatisés dans la configuration de son groupe primaire.
Devant tout épisode sexuel inattendu et rejeté, la société et ses institutions condamnent en pensant : « Quelqu’un paiera pour ça. » Une juge l’a illustré, souriante, lorsqu’elle a dit :
« Je me suis offert le plaisir de le voir menotté sous mes yeux et jeté en prison. »
Les patients, auteurs d’agressions sexuelles, s’écrient :
— « Et moi, qui m’aide ? »
— « Et si je vais en prison, est-ce que j’en sortirai meilleur ? » (de la prison)
L’éthique propose de remplacer les contextes agressifs par des contextes souples qui incluent les intérêts de tous, avec le moins de dommages possible. Les contextes agressifs sont le produit de la relation de l’individu dans sa recherche erronée de l’autre. Dans les contextes agressifs, l’agresseur croit restituer la plénitude de sa propre âme en s’approchant de l’autre, alors même qu’il le traite comme une proie de son espèce.
Lorsque l’agresseur prendra conscience de son agression devant les autres, soutenu par le thérapeute, ses parents et ses amis, peut-être fondera-t-il une nouvelle éthique ou, du moins, décidera-t-il quelles nouvelles valeurs il partagera avec son entourage.
La famille qui apprend à soutenir ce membre transgresseur favorise son changement axiologique et comportemental.
À retenir
Pour Boschi, la thérapie de l’auteur d’agression sexuelle est indissociable de celle de sa famille : c’est le réseau familial et amical, formé à ne pas l’isoler sans pour autant excuser ses actes, qui rend possible la prise de conscience de l’agression et le travail de résilience.
Qui est Isabel Boschi
Isabel Boschi est thérapeute de couple et de famille, sexologue clinicienne, première vice-présidente de la FESEA (Federación Sexológica Argentina), présidente de la Fondation Isabel Boschi, consacrée à la sexualité, à la famille et à l’éducation, et directrice de l’ISDE (Instituto de Sexología del Desarrollo).
Cet article est la traduction française de « La Resiliencia en la Terapia Familiar del Ofensor Sexual », publié par Red Sistémica (première parution : Perspectivas Sistémicas, n° 85, mars-avril 2005). Traduit et republié avec l’accord de la revue.
Lire l’article originalComment citer cet article
Boschi, I. (2022). La résilience dans la thérapie familiale de l’auteur d’agression sexuelle (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/la-resilience-dans-la-therapie-familiale-de-l-auteur-d-agression-sexuelle (Œuvre originale publiée en 2005 dans Perspectivas Sistémicas, n° 85, mars-avril 2005 ; republiée en 2022 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2022/07/19/la-resiliencia-en-la-terapia-familiar-del-ofensor-sexual/)
Pour aller plus loin
Commentaires 0
Connectez-vous pour participer à la discussion. Se connecter