Couple · Dysfonctionnements
Après l’incivilité, voici le deuxième des quatre grands dysfonctionnements qui menacent les couples : l’immuabilité. Un mode de fonctionnement où plus rien ne change, où chaque chose a sa place — et où l’espace conjugal finit par ressembler à un musée.
Rappelons la série : quatre grands types de problèmes deviennent de véritables poisons pour le couple s’ils ne sont pas traités — l’incivilité, l’immuabilité, l’infidélité et l’immaturité. Rien qu’avec son nom, ce deuxième-là se laisse deviner : il s’agit de ces couples qui se mettent à fonctionner sur un mode de non-changement.
Très peu de nouveauté, voire quasiment aucune, et tout un ensemble de rituels stéréotypés devenus hermétiques : d’un côté il ne s’en crée plus de nouveaux, de l’autre ceux qui existent déjà se perpétuent, encore et encore.
Repère
Cela ne veut pas dire qu’il faille de la nouveauté en permanence, ni que les rituels récurrents soient mauvais pour le couple — bien au contraire. Partir toujours au même endroit en vacances, manger la même chose tel jour de la semaine : rien de problématique. Ce dont il est question ici, c’est d’une immuabilité totale, permanente, dans laquelle plus rien ne change jamais.
Ce fonctionnement s’installe à partir du moment où le changement est perçu comme une menace pour l’équilibre du couple. Il y a alors une volonté de construire un temple monolithique dans lequel rien ne bouge, et qui semble protéger de tous les dangers.
On le rencontre notamment chez des personnes qui ont vécu énormément de changements, ou des périodes de morphogenèse prolongée : cela peut avoir laissé une empreinte, une trace traumatique. Elles n’auront alors de cesse de mettre leur énergie à bâtir quelque chose de stable, parfois jusqu’à l’extrême, dans l’espoir d’un espace de sécurité totale. Le foyer devient un lieu connu, prévisible, où chaque chose a sa place.
Même la sexualité peut y perdre : elle devient une obligation à honorer, un rendez-vous inscrit au calendrier, alors qu’elle est censée être un espace de créativité, de liberté et de jeu. Et tout ce qui sera perçu comme une anomalie vis-à-vis de la norme établie déclenche une crise, suivie de tentatives pour remettre de l’ordre.
Le rapport à l’extérieur est souvent sujet à conflit, avec un retranchement à l’intérieur de la maison à la moindre occasion. On observe parfois que l’épargne, la prévoyance pour la retraite ou d’autres investissements sont pensés dès le départ comme des manières de créer un lieu fermé, protégé des turbulences du quotidien. L’espace conjugal se met alors à ressembler davantage à un musée qu’à un territoire ouvert à l’imprévisible du vivant.
On repère souvent une tendance à répéter les mêmes anecdotes, presque de la même façon à chaque fois. Ces récits répétés sont en réalité la forme narrative de ce musée : c’est ainsi que se construit et se consolide l’histoire du couple, dans quelque chose de non mouvant, qui ne peut pas changer. Et tout événement extérieur susceptible de bouleverser l’équilibre du quotidien est perçu comme potentiellement destructeur.
Certaines étapes du cycle de vie deviennent alors bien plus difficiles à franchir. Une famille très recentrée sur ses enfants traversera une crise majeure au moment où ceux-ci voudront partir : c’est précisément l’immuabilité qui est attaquée.
On observe aussi que les deux membres du couple commencent à oublier leurs attributs de séduction, ce qui avait plu à l’autre initialement. Enfermés dans la routine, ils n’ont plus vraiment la volonté de séduire ni d’apporter des choses venues de l’extérieur : il faut rester à l’intérieur, cloisonné. Les tentatives de séduction disparaissent progressivement, l’affection devient un dû, et se perd la conscience que la séduction est une affaire à renouveler, dans laquelle de l’énergie doit être régulièrement dépensée. Rien, dans ce domaine, n’est jamais acquis définitivement.
C’est d’ailleurs cela qui angoisse les personnes en quête d’immuabilité : elles cherchent justement des choses acquises de manière permanente, et devoir maintenir cet effort leur paraît terriblement énergivore. On retrouve ce même mouvement au travail et ailleurs : ce sont ces personnes à qui l’on demande pourquoi elles font ainsi, et qui répondent qu’on a toujours fait comme ça. Toute proposition de changement est alors rejetée : il n’y a aucune raison de changer quelque chose qui a toujours fonctionné de cette manière.
Il faut le garder en mémoire : l’immuabilité est plutôt difficile à traiter dans l’espace de la thérapie. Il va s’agir d’introduire subtilement l’idée qu’il peut exister à la fois des zones de stabilité sécurisantes et des zones de créativité et de changement.
Car ce qui provoque la crise, en règle générale, c’est qu’il y a presque inévitablement un des deux membres du couple qui se sent moins à l’aise dans cette immuabilité : celui-là a envie d’un peu plus de mouvement, d’extérieur, de créativité, de surprise.
À retenir
Dans chaque couple, les deux partenaires ont raison : raison de réclamer l’optimisme, la vie et l’ouverture vers l’extérieur, autant que la stabilité, la sécurité et les repères. Les deux aspects comptent ; il s’agit seulement de trouver un équilibre — et non de passer de l’immuabilité au changement permanent, ni l’inverse.
De là découle un principe d’intervention : il ne faut pas inviter l’un des conjoints à lutter contre ce qui paraît essentiel à l’autre dans son besoin de stabilité. L’important, ce sont les zones intermédiaires : trouver des espaces qui permettent à celui qui souffre le plus de l’immuabilité d’expérimenter de petits territoires de créativité, d’ouverture et de nouveauté.
Une autre piste consiste à aller chercher stratégiquement, dans les éléments du passé, ce qui relève de blessures anciennes et qui explique ce besoin d’immuabilité. Une fois ce besoin compris par l’autre membre du couple, il devient beaucoup plus simple d’identifier les zones à partir desquelles des changements pourront être obtenus.
Le troisième grand dysfonctionnement, lui, est le motif de consultation le plus fréquemment évoqué : c’est l’infidélité.
Comment citer cet article
Besse, J. (2022, 29 mai). Le deuxième piège à éviter en couple !. Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-deuxieme-piege-a-eviter-en-couple
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