Quand je construis un génogramme, je pose systématiquement la question des animaux de compagnie.
Je veux savoir s’il y en a, lesquels, et quelle place ils occupent dans la famille. À force de constater leur importance, je trouverais assez étrange de consacrer du temps à représenter les liens familiaux en les laissant de côté.
Je vais d’ailleurs créer des symboles différents selon les animaux de compagnie. Un chien, un chat, un cheval doivent pouvoir apparaître sur cette carte. Ensuite, il reste à comprendre ce que chacun représente pour les personnes qui vivent avec lui. Le symbole ouvre la conversation.
J’ai souvent vu combien cette place pouvait dépasser ce que beaucoup de personnes imaginent. Pour comprendre une famille, il faut parfois accepter de s’intéresser sérieusement à celui qui dort au pied du canapé.
C’est une question toute simple. Elle peut déjà faire apparaître plusieurs histoires.
Dans l’échange que je vous propose, Florent Ducourtil, éducateur canin, explique qu’il cherche à réunir le plus de membres possible de la famille lors de ses bilans. Quelqu’un peut avoir très envie d’un chien. Quelqu’un d’autre peut en avoir peur. Et tous vont vivre avec lui.
Voilà un point de départ qui me parle comme thérapeute systémique. Avant même l’arrivée de l’animal, il y a des attentes, des accords, parfois des réticences qu’on a préféré laisser de côté. Puis viennent les promenades, les soins, les contraintes. Qui s’en occupe réellement ? La répartition quotidienne ne correspond pas forcément au projet de départ.
Damien Légère, psychologue et thérapeute familial systémique, interroge Florent sur tout cela. Leur échange passe de l’éducation canine au couple, de la peur à l’attachement. On comprend vite pourquoi leurs métiers ont des choses à se dire.
Prenez la place du chien dans le lit. L’un trouve sa présence réconfortante ; l’autre aimerait retrouver un espace à deux. On peut discuter longtemps de ce qu’un chien devrait avoir le droit de faire. Il serait aussi utile d’entendre ce que chacun essaie de préserver.
Cela demande de rester curieux. Je me méfie de l’interprétation qui arriverait avant les personnes : le chien « remplacerait » forcément quelqu’un, le chat « porterait » les tensions du couple. Une hypothèse de ce genre peut devenir très encombrante lorsqu’on s’y attache trop vite. Les personnes doivent pouvoir nous surprendre dans ce qu’elles racontent de leur animal.
Les travaux de Dominique Sangou sur la place des animaux dans les systèmes familiaux prolongent cette réflexion sur leur rôle et sur les frontières que nous donnons à la famille. Pour ma part, le génogramme est un endroit très concret où leur faire une place.
Dans l’entretien, Damien raconte la mort du chien de sa famille. Douze ans de vie commune. Un vétérinaire qui vient au domicile pour les accompagner. Les membres de la famille présents, chacun à sa manière. Puis de la terre, des fleurs, des bougies.
Je trouve ce passage particulièrement touchant. Damien précise qu’ils ne pouvaient pas tous faire la même chose à ce moment-là. Cette différence mérite d’être entendue : on peut perdre le même animal et vivre des chagrins très différents.
Après sa mort, il reste aussi des habitudes sans destinataire. On n’a plus à organiser la promenade. On rentre chez soi et l’accueil a changé. Une place reste vide, matériellement et dans l’emploi du temps.
Dans ses travaux sur les animaux et la thérapie familiale, Froma Walsh aborde cette dimension du deuil. Elle a toute sa place dans nos entretiens. Les personnes ont besoin de pouvoir parler de ce lien sans devoir d’abord nous convaincre qu’il était important.
Un animal décédé peut donc avoir sa place dans un génogramme. La date de sa mort peut compter dans l’histoire familiale. Et la manière dont chacun en parle peut nous aider à comprendre ce qui a changé depuis.
Reconnaître cette place nous engage envers l’animal.
Nous pouvons avoir très envie qu’il nous console. Lui peut avoir besoin de dormir. Nous pouvons attendre qu’il accepte les caresses de tout le monde. Il peut chercher à s’éloigner. L’affection que nous lui portons ne nous dispense pas de nous intéresser à ce qu’il supporte, à ce qu’il cherche et à ce qui lui fait peur.
Florent revient régulièrement à cette attention dans l’échange. C’est une raison de croiser les regards : l’éducateur canin apporte sa connaissance de l’animal, le thérapeute explore les relations et les attentes familiales. La sécurité et les besoins de chacun doivent pouvoir entrer dans la discussion.
C’est aussi ce que je veux garder en tête avec ces futurs symboles. Dessiner un chien dans un génogramme ne suffira évidemment pas à comprendre sa place. Mais cela permettra de s’y arrêter. De demander à chacun ce que cette présence change dans sa vie. Et de laisser les réponses modifier la carte que nous étions en train de construire.
Regarder l’échange entre Damien Légère et Florent Ducourtil sur YouTube.
Besse, J. (2026, 26 septembre). Ce que nos animaux révèlent de nos relations. Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/ce-que-nos-animaux-revelent-de-nos-relations
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