Red Sistémica · Psychothérapie

Thérapie cognitive : guérison ou apprentissage ?

« Je ne crois pas que ça me fasse quoi que ce soit, je ne sais pas en quoi consiste un traitement… j’ai peur d’aller encore plus mal après. » Juan a peur de ce qu’il ne connaît pas. Sara Baringoltz montre pourquoi la thérapie cognitive tient à informer celui qui consulte, en quoi elle est collaborative, active et directive, et pourquoi elle préfère parler d’apprentissage plutôt que de guérison.

Auteure Sara Baringoltz, directrice du Centro de Terapia CognitivaPublication Red Sistémica, 2022Traduction Complexe Systémique, avec l’accord de Red Sistémica

Note de la rédaction

Ce texte appartient à la même série clinique que « Thérapie cognitive : tout dépend du verre à travers lequel on regarde » : on y suit le même patient, Juan, cinquante ans, dont l’article précédent décrivait les pensées et les images. Il est ici question du pas suivant : consulter, ou non.

Vignette clinique

Juan : « Parfois je me dis que tu serais plus tranquille si je n’étais pas là. Tu vis avec un aigri, tout m’intéresse de moins en moins. Même aller voir nos enfants devient un poids. »

Son épouse : « Je ne serais pas plus tranquille si tu n’étais pas là. Je serais plus contente si tu arrêtais de te lamenter et si tu cherchais un moyen de sortir de cette amertume. Pourquoi tu ne vas pas voir un psychologue… un psychiatre… tu ne fais pas un traitement ? »

Juan : « Je ne crois pas que ça me fasse quoi que ce soit, je ne sais pas en quoi consiste un traitement… j’ai peur d’aller encore plus mal après. »

Informer celui qui consulte

Beaucoup de gens, comme Juan, ont besoin d’aide mais ignorent ce qu’est un traitement, et ont logiquement peur des conséquences de l’incertain. Les psychothérapies offrent aujourd’hui une gamme variée de propositions différentes, mais si Juan n’a pas d’information sur le sujet, le plus probable est qu’il ait peur devant une proposition de psychothérapie.

La thérapie cognitive tient beaucoup à informer les personnes qui cherchent de l’aide pour leurs problèmes émotionnels sur la manière dont on va travailler au cours du traitement et sur les buts qui vont être posés. Le patient a le droit de savoir en quoi consiste le type de thérapie qu’il est en train de choisir, cette connaissance étant en outre utile en elle-même à des fins thérapeutiques. Le lecteur de cet article s’informe lui aussi sur un sujet qu’il ne connaît pas, ou qu’il connaît et qui l’intéresse ; et s’il se demandait à ce stade : « qu’est-ce donc que cette thérapie cognitive ? », ce serait un bon indice de sa motivation à apprendre quelque chose de nouveau.

En thérapie cognitive, la relation thérapeutique repose sur un modèle d’apprentissage. On attend ainsi du patient qu’il incorpore peu à peu les techniques que lui enseigne le thérapeute.

Avec le temps, même après la fin du traitement, les patients se retrouvent à assumer spontanément, dans leur quotidien, le rôle de thérapeutes d’eux-mêmes, dans un dialogue interne qui leur permet de continuer d’apprendre. Cela ne signifie pas qu’ils ne puissent pas recourir à un professionnel lorsque c’est nécessaire. Bien au contraire : on recommande même des entretiens de suivi (contrôle de la situation du patient) au cours des années qui suivent la fin du traitement.

Collaborative, active, directive

La thérapie cognitive a surgi ces dernières années comme une forme de psychothérapie relativement à court terme, caractérisée comme collaborative, active et directive.

Collaborative renvoie au fait que l’on ne pense pas le patient comme recevant une thérapie : l’accent est mis sur un travail conjoint du thérapeute et du patient, en équipe. En ce sens, comme dans une équipe sportive, scientifique, etc., l’alliance entre ses membres pour atteindre les buts est fondamentale.

L’idée d’une psychothérapie active renvoie aussi bien au rôle du thérapeute qu’à celui du patient. Quant à l’attitude du thérapeute, celui-ci cherche à établir un lien d’empathie et de compréhension à travers une écoute active et un dialogue fluide. Quant à la participation du patient à la thérapie, on attend de lui, dans la mesure où sa situation émotionnelle le permet, une attitude de travail d’investigation. Le patient travaille aussi bien pendant les séances que pendant l’intervalle qui sépare une séance de la suivante, à la tâche d’identifier et de résoudre sa problématique.

Caractériser la thérapie cognitive comme directive peut induire en erreur, car on peut croire que le thérapeute dirige le patient au sens où il lui indiquerait ce qu’il doit faire. C’est faux. Elle est directive au sens où elle s’emploie à définir des objectifs clairs. Le thérapeute et le patient travaillent conjointement à établir des objectifs partagés. On écarte de cette manière les buts ou objectifs posés par l’une des parties et que l’autre ne partage pas. Il peut arriver, par exemple, qu’un objectif du patient soit de pouvoir travailler dix-huit heures par jour, et que le thérapeute considère que cela est hors des possibilités du patient, ou que ce n’est pas recommandable pour sa situation émotionnelle. Il pourrait aussi arriver que le thérapeute veuille obtenir pour son patient un objectif tel que modifier une certaine tendance à l’exigence envers soi-même, alors que celui-ci veut seulement résoudre sa phobie de l’avion, ce type de voyages lui étant nécessaire pour son travail.

À retenir

Collaborative : le patient n’est pas quelqu’un qui reçoit une thérapie, mais un équipier. Active : il travaille pendant les séances et entre les séances. Directive : non pas au sens où le thérapeute dirait quoi faire, mais au sens où le travail se dirige vers des objectifs clairs et partagés.

Guérir, ou apprendre ?

L’objectif de la thérapie cognitive est d’aider le patient à mieux se débrouiller avec sa vie. On ne considère pas que le but soit de « guérir », car pour guérir il faut qu’il y ait quelque chose de malade, et il est bien souvent difficile de définir la limite entre le sain et le malade. En ce sens, la thérapie cognitive se propose d’enseigner un modèle pour affronter les problèmes émotionnels (dépression, peurs, difficultés sociales, etc.) que le patient pourra ensuite utiliser par lui-même.

Dès l’époque des stoïciens, on posait déjà que la clé des souffrances résidait dans les conceptions humaines des faits, plutôt que dans les événements eux-mêmes. Ainsi, en thérapie cognitive, on conçoit l’être humain comme détenant la clé pour comprendre et résoudre ses problèmes psychologiques, en corrigeant des procédures erronées avec la même capacité dont il a fait preuve à d’autres moments pour corriger sa route et apprendre de nouveaux chemins. Le thérapeute a pour fonction de rétablir chez le consultant la capacité d’utiliser la clé, de telle sorte qu’il puisse ouvrir de nouvelles portes dans la relation avec lui-même et avec le monde.

« On ne considère pas que le but soit de guérir, car pour guérir il faut qu’il y ait quelque chose de malade — et il est bien souvent difficile de définir la limite entre le sain et le malade. »

Sara Baringoltz

Entretien avec Christine Padesky

Christine Padesky, Ph.D., directrice du Center for Cognitive Therapy, Newport Beach, Californie.

Certaines thérapies mettent l’accent sur l’importance de la compréhension, d’autres sur celle des sentiments et des émotions, d’autres encore sur le processus de développement de ceux-ci. Je crois que la thérapie cognitive, sans laisser cela de côté, a ajouté la dimension de la pensée, ce qui s’est révélé très propice pour aider les gens dans les cas où l’émotion devient excessive, comme cela se produit dans la dépression, l’anxiété ou la panique, qui régressent à brève échéance grâce à l’approche cognitive.

Dans notre centre de Newport, nous essayons d’avoir une vision complexe de la thérapie, en tenant compte des aspects développementaux et culturels, importants dans la formation des « schémas » liés à l’identité.

Un thème qui m’intéresse beaucoup, étant moi-même une femme, est celui de l’identité féminine et des schémas cognitifs. Dans un livre que nous sommes en train d’écrire sur la thérapie cognitive avec les femmes, nous postulons que l’identité féminine surgit de la culture dont elle procède, et nous nous intéressons particulièrement à la manière dont les différentes dimensions selon lesquelles nous définissons la culture affectent l’image que la femme a d’elle-même et de ce qu’elle pense que l’on attend d’elle.

Connaître l’arrière-plan culturel dans lequel s’originent leurs schémas nous permet d’aborder cognitivement les motifs de consultation habituels chez les femmes, en leur donnant la possibilité de développer des options de vie plus flexibles, au moyen de la « confrontation socratique » des schémas.

L’aspect « collaboratif » de la thérapie cognitive permet d’aider celles qui tendent à se mettre dans une relation de dépendance et non d’égalité, en améliorant leur estime d’elles-mêmes.

Dans l’idée d’aider le client à trouver un meilleur équilibre pour sa vie, chaque thérapie détient une partie du puzzle.

Je pense que l’on parviendra à l’avenir à une intégration en psychothérapie, et que les thérapeutes entraînés utiliseront celle dont le client a spécifiquement besoin.

Note de l’original

(*) Christine Padesky, Ph.D., est directrice du Center for Cognitive Therapy, Newport Beach, Californie. Synthèse de l’entretien réalisé par Lydia Tineo, du Centro de Terapia Cognitiva de Buenos Aires.

Cet article est la traduction française de « Terapia Cognitiva: ¿Cura o aprendizaje? », publié par Red Sistémica (première parution : Red Sistémica). Traduit et republié avec l’accord de la revue.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Baringoltz, S. (2022). Thérapie cognitive : guérison ou apprentissage ? (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/therapie-cognitive-guerison-ou-apprentissage (Œuvre originale publiée en 2022 dans Red Sistémica ; republiée en 2022 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2022/06/20/terapia-cognitiva-cura-o-aprendizaje/)

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