Frontiers in Psychiatry · Violences
Les services de lutte contre les violences familiales perdent souvent les familles en route. En réunissant 24 études, l’équipe de Stefan Kurbatfinski et Nicole Letourneau, à Calgary, recense ce qui retient ou éloigne mères, pères et enfants : la confiance, la préparation, l’aide concrète, les groupes pour les pères, et une méfiance tenace envers la protection de l’enfance.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Accroître l’engagement des familles dans les services de lutte contre les violences familiales : une revue réaliste, menée de façon systématique, des obstacles et des leviers, par Stefan Kurbatfinski, Julia Wilson, Daniel Cosic, Alexa Toews, K. Alix Hayden, Sarah Erickson et Nicole Letourneau, publié dans Frontiers in Psychiatry (Frontiers Media) (2026), doi : 10.3389/fpsyt.2026.1588381, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les figures restent en anglais, avec une légende traduite ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les familles perçoivent souvent comme une menace les services de protection de l’enfance, en raison de l’autorité que ces systèmes peuvent exercer sur le devenir de la famille et de l’enfant.
Stefan Kurbatfinski, Julia Wilson, Daniel Cosic, Alexa Toews, K. Alix Hayden, Sarah Erickson et Nicole Letourneau
Résumé
Objectif. Les violences et maltraitances physiques, émotionnelles et sexuelles qui surviennent entre membres de la famille proche ou élargie sont des formes de violences familiales (VF). Les effets négatifs des VF sont divers, nombreux et omniprésents pour toutes les personnes concernées. Pour soutenir efficacement les personnes qui vivent des VF, les services conçus pour réduire et prévenir les VF et les préjudices qui y sont associés doivent maintenir l’engagement des personnes qui y participent. Cette revue réaliste avait donc pour objectif de synthétiser la littérature sur les obstacles et les leviers de l’engagement des personnes dans les services de lutte contre les VF, afin que des stratégies pertinentes puissent être mises en œuvre pour améliorer l’efficacité de ces services.
Méthodes. Cette revue réaliste, menée de façon systématique, a interrogé cinq bases de données jusqu’en août 2024 et examiné 1 334 sources. Les résultats ont été analysés en lien avec les familles et les parents, y compris les mères, les pères et les enfants, et complétés par les points de vue pertinents des prestataires de services.
Résultats. La plupart des résultats des 24 études incluses portaient sur les leviers de l’engagement. Les séances préparatoires et introductives, la relation entre l’équipe et la famille, les formats de groupe, l’empathie, la fiabilité et les approches centrées sur la famille qui tiennent compte des besoins et des objectifs familiaux sont apparus comme des leviers importants de l’engagement dans les services de lutte contre les VF. Les principaux obstacles étaient les difficultés socioéconomiques, les exigences concurrentes, la garde des enfants, une relation insuffisante entre l’équipe et la personne suivie, une accessibilité limitée, des premiers rendez-vous trop intenses et une longue durée de prise en charge.
Conclusions. Ancrées dans des approches centrées sur la famille et dans la collaboration entre services, les stratégies recommandées pour améliorer l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF portent sur trois moments du service : 1) l’accueil ; 2) le démarrage ; et 3) la mise en œuvre. Ces stratégies sont décrites en lien avec le contexte (par exemple les facteurs socioéconomiques) et les mécanismes possibles (par exemple la sécurité culturelle perçue), et pourraient être évaluées plus avant à l’aide des méthodes de la science de la mise en œuvre afin d’optimiser l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF.
Mots-clés : maltraitance ; obstacles et facteurs facilitants ; violences familiales ; engagement dans les services ; stratégie ; soutien
Les violences physiques, émotionnelles et sexuelles, ainsi que d’autres formes de violence (par exemple fondées sur l’identité ou la religion), qui surviennent entre membres de la famille proche ou élargie, entre partenaires intimes ou entre parents et enfants (y compris la maltraitance des enfants, comme les mauvais traitements et la négligence), sont des formes de violences familiales (VF) (1). Les effets négatifs des VF sont divers, nombreux et omniprésents, et touchent toutes les personnes concernées (2), en particulier les mères (3, 4) et leurs enfants (5, 6). Si les pères en subissent aussi les effets négatifs et sont souvent reconnus comme faisant partie de la solution (7), il reste difficile de les engager dans les services liés aux VF (8). Les services qui traitent les VF, comme les visites à domicile, les formations ou les programmes de conseil (9, 10), sont essentiels pour réduire et prévenir les effets négatifs des VF sur la qualité de vie (11, 12). La recherche montre que ces services peuvent réduire la survenue des VF lorsque les personnes y participent activement et les suivent jusqu’au bout (13). Ces services peuvent cependant être inefficaces si les personnes ne s’y inscrivent pas, les abandonnent ou s’en désengagent avant d’avoir atteint les objectifs du traitement (13). Une revue complète de la littérature sur les obstacles et les leviers de l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF est donc indispensable. Ces connaissances peuvent aider à repérer des stratégies qui encouragent les familles à rester activement engagées tout au long des services concernés et à en maximiser les bénéfices possibles.
Tous les membres de la famille sont touchés par les VF. Selon une revue systématique, plus de 50 % des enfants de 2 à 17 ans dans le monde, soit environ un milliard d’enfants (ou 14 % de la population mondiale), subissent chaque année de la maltraitance (14). Chez les femmes de 15 à 49 ans, la prévalence mondiale sur la vie entière des violences physiques et/ou sexuelles entre partenaires intimes (VPI) est estimée à environ 27 %, avec des taux plus élevés dans les pays à faible revenu que dans les pays à revenu élevé (15). Chez les hommes, les estimations de prévalence mondiale des violences subies vont de 7,3 % à 37 % pour les violences psychologiques, de 3,4 % à 20,3 % pour les violences physiques et de 0,2 % à 7 % pour les violences sexuelles ; la plupart de ces hommes avaient cependant eux-mêmes commis des violences (16). Si la prévalence des violences peut être semblable d’un groupe à l’autre, les femmes sont plus susceptibles d’être gravement blessées, de subir des victimisations multiples et de craindre d’être tuées lors d’épisodes violents avec un partenaire intime (17, 18). Récemment, les changements de politique de santé publique liés à la COVID-19 ont révélé les répercussions de l’isolement social sur la survenue des VF : les données policières ne montraient aucun changement, alors que les données communautaires révélaient une hausse (19). Ces résultats suggèrent que les personnes qui vivaient des VF ont pu moins recourir aux soutiens formels malgré une survenue accrue, ce qui a limité leur accès à des soins adaptés.
Bien que la prévalence des VF soit élevée, elles sont probablement sous-déclarées en raison du contrôle coercitif, du cycle de la violence et d’autres vulnérabilités (20). Les membres de la famille sous contrôle coercitif (par exemple surveillance, contrôle financier, isolement) peuvent éprouver de la confusion, de la peur et de la stigmatisation à mesure que leur dépendance envers la personne violente s’accroît (21, 22). Le contrôle coercitif est étroitement lié au cycle de la violence, dans lequel les comportements violents sont souvent suivis d’excuses ou de gestes de réparation destinés à restaurer la relation (23). Lorsque cela fonctionne, la personne violente adopte souvent des comportements agressifs puis d’excuse de plus en plus marqués, ce qui accentue le caractère cyclique de la violence (23). En outre, les enfants ont des difficultés à signaler les VF, car il se peut : 1) qu’ils ne considèrent pas ce qu’ils vivent comme de la maltraitance ; 2) qu’ils ne puissent pas accéder sans aide aux services (par exemple faute de moyen de transport) ; ou 3) qu’ils aient besoin d’un soutien extérieur (par exemple du personnel enseignant) pour signaler ce qu’ils vivent (24, 25). De plus, les lois sur le signalement obligatoire peuvent souvent décourager un engagement sincère dans les services de lutte contre les VF, les parents pouvant craindre l’incarcération de leur partenaire (26), l’éclatement de la famille ou l’intervention des services de protection de l’enfance et le placement de leur(s) enfant(s) (21). Si le signalement obligatoire est nécessaire dans certains cas, une certaine souplesse s’impose dans la conception des politiques et la prestation des services, car des approches rigides peuvent, sans le vouloir, dégrader la qualité de vie lorsqu’elles sont appliquées sans justification suffisante.
Les personnes qui ne cherchent pas ou ne reçoivent pas de soutien pour les VF qu’elles subissent courent un risque accru d’en subir les effets négatifs (20). Les VF peuvent entraîner des blessures (par exemple fractures, traumatismes de la tête et du cou, ecchymoses) (22), des hospitalisations, voire la mort (2), ainsi que des conséquences émotionnelles comme la peur, la honte, la gêne, l’isolement et le chagrin (21, 27). Les personnes qui échappent à la violence courent aussi un risque accru de développer plus tard des troubles psychiques comme l’anxiété, la dépression et les troubles liés à l’usage de substances (20, 28). Outre ces effets délétères sur la santé, les VF augmentent la probabilité du chômage, de revenus plus faibles (29), de l’absence de logement (30) et de résultats scolaires moins bons (31, 32), autant de facteurs associés à une moindre qualité de vie.
Non seulement les VF ont divers effets qui dégradent la qualité de vie dans le monde (33), mais on estime aussi qu’elles coûtent à l’économie mondiale au moins 8 % du produit intérieur brut (34, 35). Les coûts associés en matière de soins de santé, de justice, de services sociaux et de productivité du travail sont considérables (36). Une étude menée aux États-Unis a estimé que les violences contre les femmes et contre les hommes coûtaient respectivement environ 3 300 milliards et 281 milliards de dollars américains sur la vie entière, soit un total de 3 600 milliards de dollars (37). Une autre étude a estimé que la violence contre les enfants coûte chaque année 7 000 milliards de dollars américains dans le monde (35). Investir dans les services de lutte contre les VF peut réduire à la fois les effets des VF sur la qualité de vie et le fardeau économique qui leur est associé.
De nombreux services ont été conçus pour soutenir les familles qui vivent des VF. Les services de visites à domicile peuvent comprendre du conseil, du soutien et de l’éducation parentale (10), par exemple des visites « d’écoute » qui favorisent la santé mentale (38) et un accompagnement des interactions parent-enfant visant à rendre les dynamiques familiales plus saines et à réduire les VF (39). Les résultats montrent que les visites à domicile réduisent en général la maltraitance des enfants (10), tout en réduisant les violences entre partenaires, au moins à court terme (40). D’autres services, comme ceux qui portent sur l’usage de substances et les troubles psychiques (41), la violence dans la fratrie (42) et les difficultés socioéconomiques (43), semblent aussi prometteurs pour réduire les VF. En revanche, les programmes pour auteurs de violences conjugales, conçus pour réduire les comportements violents par l’éducation, le partage d’expériences et la restructuration cognitive, paraissent moins efficaces (9). Quel que soit le type de service, l’efficacité des services de lutte contre les VF est finalement compromise par un engagement insuffisant des personnes inscrites (44-47). Comprendre les obstacles et les leviers de l’engagement pourrait aider à élaborer des stratégies plus efficaces qui favorisent un engagement plus fort et, en définitive, de meilleurs résultats pour les membres de la famille qui subissent ou exercent des VF.
Même si des familles s’inscrivent d’abord dans des services de lutte contre les VF, leur engagement dans la durée peut être freiné par de nombreux facteurs, en plus de la stigmatisation, de la discrimination et des valeurs personnelles des familles et des prestataires de services (23, 27, 48). Les VF se doublent souvent de difficultés familiales plus larges, comme l’instabilité financière, les problèmes d’emploi, le statut socioéconomique du quartier, les représentations culturelles, les troubles liés à l’usage de substances, le niveau d’études et le trauma intergénérationnel, entre autres (20, 49). Ces facteurs peuvent constituer des priorités concurrentes qui compliquent l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF (50). Les personnes qui s’identifient à des groupes minoritaires (par exemple minorités racisées, sexuelles ou de genre) peuvent aussi être confrontées à d’autres forces sociales, comme la discrimination, les mythes et les stigmates, qui pèsent sur leur recherche d’aide (48, 51).
À l’inverse, plusieurs facteurs semblent faciliter l’engagement dans les services de lutte contre les VF. Il a été montré que des réponses chaleureuses, optimistes et soutenantes de la part des prestataires favorisent l’engagement dans ces services (26, 48, 52). Par exemple, dans des services de lutte contre les VF destinés aux hommes, une relation plus solide entre la personne qui intervient et la personne suivie a été associée à une diminution des violences dans le couple (53). En outre, les formats de groupe peuvent favoriser l’engagement dans les services de lutte contre les VF en suscitant une expérience collective dans un environnement sûr et déstigmatisé, lorsqu’ils sont mis en œuvre de manière appropriée (54). On peut s’attendre à ce que les services de lutte contre les VF qui réduisent efficacement les obstacles et renforcent les leviers obtiennent un engagement plus fort des familles.
À notre connaissance, aucune revue n’a encore porté sur les obstacles et les leviers de l’engagement des personnes dans les services de lutte contre les VF. Cette revue réaliste, menée de façon systématique, visait donc : 1) à synthétiser la littérature sur les obstacles et les leviers de l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF et 2) à recommander, à partir des résultats pertinents, des stratégies susceptibles de susciter un engagement plus fort dans ces services.
Les obstacles et les leviers de l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF ont été repérés à l’aide des méthodes de la revue réaliste (55). L’approche de la revue réaliste, menée de façon systématique, a permis de déterminer de manière pragmatique les obstacles et les leviers de l’engagement des familles dans ces services. Ces résultats ont d’abord été synthétisés de façon descriptive, puis interprétés dans la discussion à travers une lecture réaliste, afin de dégager des stratégies susceptibles d’accroître l’engagement dans les services de lutte contre les VF en fonction du contexte et des mécanismes possibles. Cette approche a en outre permis de recommander aux prestataires des stratégies pertinentes pour susciter un engagement plus fort dans les services de lutte contre les VF (55, 56). Aucune donnée primaire n’ayant été recueillie, l’approbation d’un comité d’éthique n’était pas nécessaire.
Les études incluses : 1) étaient évaluées par les pairs ; 2) étaient rédigées en anglais ; 3) portaient sur une structure familiale comprenant au moins un enfant et une ou des mères et/ou un ou des pères ; 4) décrivaient au moins un obstacle et/ou un levier ayant influé sur l’engagement des familles dans des services de lutte contre les VF ; 5) ne portaient pas sur des interventions médicales ; 6) pouvaient avoir été menées dans n’importe quelle région du monde ; 7) pouvaient porter sur n’importe quelle population ; 8) pouvaient adopter le point de vue des membres de la famille qui subissent ou exercent des VF ou celui de leurs prestataires de services ; et 9) pouvaient reposer sur un plan quantitatif, qualitatif ou mixte. Ont été exclues les études portant sur des femmes ou des hommes vivant des VF, y compris des VPI, lorsque ces personnes n’étaient ni parents ni en position parentale, la littérature non évaluée par les pairs, la littérature grise et les études centrées sur des stratégies de prévention des VF là où aucune VF n’avait encore eu lieu.
La recherche a d’abord été menée dans APA PsycINFO (OVID), avant d’être adaptée aux autres bases de données : CINAHL Plus with Full Text (Ebsco), SocINDEX with Full Text (Ebsco), Family & Society Studies Worldwide (Ebsco) et Social Work Abstracts (Ebsco). La stratégie de recherche a été guidée par une personne bibliothécaire experte en sciences de la santé (KAH), puis adaptée et exécutée par deux membres de l’équipe (JW, DC). Elle combinait les notions suivantes : famille (c’est-à-dire parents, personnes en charge d’enfants, jeunes), engagement (c’est-à-dire s’engager, participer), violence (c’est-à-dire négligence, maltraitance physique, sexuelle ou émotionnelle) et intervention (c’est-à-dire programmes, services). Les mots-clés et les descripteurs ont été adaptés à l’indexation de chaque base. Toutes les stratégies de recherche sont fournies (voir les tableaux supplémentaires A à E).
Toutes les recherches ont été effectuées le 13 août 2024. Les références obtenues (n = 2 218) ont été importées dans Covidence (57), une plateforme en ligne conçue pour la réalisation de revues, qui facilite l’organisation, le tri et l’extraction des données. Quatre personnes (SK, JW, DC, LM) ont trié les titres et les résumés ; toutes ont réalisé un tri pilote de 50 sources tirées au hasard et obtenu plus de 90 % d’accord. Après la suppression manuelle et automatique des doublons (n = 884), 1 334 sources ont été examinées sur titre et résumé, ce qui a conduit à retenir 85 études pour un examen du texte intégral. Cinq personnes (SK, JW, CP, DC, NL) ont examiné les textes intégraux selon les mêmes critères d’inclusion. Sur les 85 études examinées, 21 ont été retenues pour l’extraction des données, et 3 études supplémentaires ont été trouvées en explorant les références de revues pertinentes. Un diagramme de flux PRISMA présente le processus de sélection ainsi que les motifs d’exclusion au stade du texte intégral (figure 1).

Trois membres de l’équipe (DC, LM, AT) ont conçu et testé une grille pour extraire, organiser et synthétiser les données et les résultats. Trois membres de l’équipe (SK, JW, DC) ont extrait les informations pertinentes sur les études (c’est-à-dire plan d’étude, composition démographique, pays d’origine, taille de l’échantillon) pour caractériser les études incluses. Les résultats ont été synthétisés de manière itérative afin de repérer des schémas expliquant comment les obstacles et les leviers influaient sur l’engagement dans les services de lutte contre les VF selon les contextes et les populations. Si les résultats ont d’abord été organisés en obstacles et en leviers pour chaque groupe cible (c’est-à-dire familles/parents, mères, pères, enfants), en intégrant les points de vue des prestataires lorsque des données étaient disponibles, l’interprétation a aussi pris en compte les conditions contextuelles et les mécanismes sous-jacents possibles qui peuvent aider à expliquer l’engagement dans ces services. Cette démarche d’inspiration réaliste visait à mieux comprendre ce qui fonctionne, pour qui et dans quelles conditions. Ces schémas explicatifs ont nourri l’élaboration des recommandations et du modèle conceptuel présentés plus loin, dans la discussion. Aucune évaluation formelle de la qualité n’a été réalisée, car les revues réalistes privilégient la contribution des données à la compréhension explicative et à l’élaboration théorique plutôt que les scores de qualité des études.
Parmi les études incluses (n = 24), la plupart ont été menées aux États-Unis (n = 11), puis en Australie (n = 6), en Suède (n = 2), au Royaume-Uni (n = 1), en Irlande (n = 1), au Liban (n = 1), en Chine (n = 1), et une étude portait sur plusieurs régions (c’est-à-dire la Macédoine du Nord, la république de Moldavie et la Roumanie). Les plans d’étude les plus fréquents étaient qualitatifs (n = 13), suivis des essais contrôlés randomisés (n = 5), des études quasi expérimentales (n = 2), des études à méthodes mixtes (n = 2) et des évaluations de programme (n = 2). Les informations sur les études incluses sont fournies (tableau supplémentaire F).
Huit études décrivaient des obstacles à l’engagement des familles, des parents et des enfants dans les services de lutte contre les VF. Parmi elles, deux évaluaient ces obstacles du point de vue des équipes des services de protection de l’enfance, et six du point de vue des membres de la famille. Un diagramme de Venn compare visuellement les obstacles repérés (figure 2).

Point de vue des prestataires de services. Deux études ont examiné les obstacles à l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF. Toutes deux ont recueilli de manière qualitative le point de vue des prestataires sur les obstacles à l’engagement des parents et des enfants dans ces services. Des équipes des services de protection de l’enfance ont désigné comme obstacles à l’engagement le jugement porté par les équipes et l’usage de tactiques coercitives destinées à faire pression sur les familles (par exemple menaces, comportements humiliants) (58). Svensson et al. (59) ont repéré trois obstacles supplémentaires à l’engagement dans les services de lutte contre les VF, à partir des points de vue, recueillis de manière qualitative, de personnes animant des groupes de soutien dans les services de protection de l’enfance : 1) la résistance des parents à l’engagement de leurs enfants, par honte ; 2) la perception que les parents ont des services de protection de l’enfance ; et 3) la difficulté des parents à reconnaître qu’ils vivent des VF.
Cinq études ont examiné les obstacles à l’engagement des mères dans les services, du point de vue des parents.
Point de vue des parents. Leckey et al. (60) ont décrit de manière qualitative les obstacles à l’engagement des mères dans une intervention globale intégrant divers programmes parentaux, le modèle Children At Risk. Les obstacles repérés comprenaient la difficulté à comprendre le contenu du service, l’idée que ce contenu n’était pas adapté au développement de leurs enfants plus âgés, une communication insuffisante, des contenus répétitifs, le départ d’autres membres du groupe, la pauvreté, l’instabilité du logement, l’isolement social, la peur, la stigmatisation et les troubles psychiques (60).
Concernant les services de visites à domicile, Fogarty et al. (61) ont éclairé, par des entretiens avec des mères, les obstacles à l’engagement parental dans les services de soutien à l’éducation parentale à domicile (HoPES). Les obstacles repérés comprenaient le stress de la vie, la maladie de l’enfant, la peur du jugement, les exigences concurrentes, le passage à la parentalité, la difficulté à impliquer le ou la partenaire lorsque les mères le souhaitaient, le stress et la fatigue, la couverture limitée des différentes questions parentales, l’intensité des rendez-vous d’accueil, le manque de confiance, le manque d’information, la rigidité des cycles de service, des circuits d’orientation défaillants et la durée globale du service (61). À partir de données qualitatives, Balgopal et al. (62) désignent aussi la maladie de l’enfant comme un obstacle, tandis que Williams et al. (63) ont désigné l’intensité du service et l’absence de garde d’enfants comme des obstacles à l’engagement des mères. Les deux études ont aussi repéré les conflits d’horaires comme un facteur entravant l’engagement (62, 63). Dans l’étude portant sur 140 parents (137 mères ; taux d’achèvement de 75 %), le fait de subir des violences entre partenaires intimes a aussi été repéré comme un obstacle à l’engagement des mères dans des services de lutte contre les VF conçus pour réduire la maltraitance et la négligence envers les enfants (63).
Enfin, à l’aide d’un plan à méthodes mixtes, Farrell et al. (64) ont évalué auprès de 41 parents (dont 40 mères) le Supportive Housing for Families Programme, conçu pour offrir un soutien immédiat en matière de logement à des mères confrontées à des difficultés de logement et de protection de l’enfance. Une mauvaise compréhension du rôle de la personne référente et une relation moins bonne avec elle se traduisaient par des scores d’engagement parental plus faibles (score moyen inférieur à 5,3) sur la Parent Engagement Measure (65), par rapport aux parents qui décrivaient une relation plus solide avec leur référent ou leur référente (score moyen supérieur à 5,9) (64).
Point de vue des parents. Une étude a repéré des obstacles à l’engagement des pères dans les services de lutte contre les VF. Dans cet essai contrôlé randomisé, Duggan et al. (66) ont examiné l’engagement de pères violents et non violents dans des services de visites à domicile et constaté que seule la moitié des familles participantes restaient engagées au bout d’un an, ce qui traduit une attrition importante (66). Les pères physiquement violents, qui consommaient beaucoup d’alcool, qui avaient un emploi (par exemple difficulté à caler les horaires du service) ou qui vivaient séparés de leur partenaire ou la voyaient rarement étaient moins susceptibles de s’engager dans les services de visites à domicile (66).
Point de vue des prestataires de services. Une seule étude a explicitement rendu compte d’obstacles à l’engagement des enfants dans les services de lutte contre les VF. Svensson et al. (59) ont indiqué que le fait que des enfants n’aient pas conscience des problèmes liés aux VF ou taisent ce qu’ils vivent compromettait leur engagement actif dans ces services.
Au total, vingt-deux études ont examiné les leviers de l’engagement dans les services de lutte contre les VF chez les familles et les parents, y compris les mères, les pères et les enfants. Les résultats proviennent de modalités d’intervention et de plans d’étude variés ; sept études décrivaient le point de vue des prestataires, notamment des personnes chargées des visites à domicile (n = 1), des équipes de travail social (n = 2), des équipes de protection de l’enfance (n = 3) et des spécialistes du conseil (n = 1).
Dix études ont examiné les leviers de l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF. Elles s’appuyaient sur le point de vue des parents (n = 4), sur celui des prestataires (n = 5 ; 3 de services de protection de l’enfance, 1 de travail social, 1 de visites à domicile), ou sur les deux (n = 1), pour évaluer les facteurs qui permettent l’engagement parental dans ces services. Un diagramme de Venn compare visuellement les leviers (figure 3).

Point de vue des parents. Strolin-Goltzman et al. (67) ont examiné l’effet d’une version en ligne du programme The Breakthrough Parenting Curriculum auprès de parents suivis par les services de protection de l’enfance. Les personnes participantes présentaient un taux d’achèvement élevé (72 %), qui semblait tenir à l’accessibilité et à la gratuité de l’intervention en ligne, même si ce point n’a pas été explicitement analysé ni tiré du point de vue des personnes participantes (67). Dans une évaluation qualitative d’un service de formation parentale (62), le recours à des visites à domicile avant et pendant le programme de formation semblait préparer les parents et accroître leur engagement (taux de présence de 83 % ; taux d’abandon de 6 %). Les parents ont désigné l’intérêt, l’engagement, le soutien et le renforcement positif manifestés par les prestataires pendant les visites à domicile comme des leviers clés de leur engagement (62).
Chaffin et al. (68) ont comparé, dans un essai contrôlé randomisé, une séance d’orientation motivationnelle et une séance d’orientation informative standard auprès de parents suivis par les services de protection de l’enfance pour maltraitance physique et/ou négligence. L’orientation motivationnelle présentait aux parents des récits parentaux réussis et motivants, et les encourageait à repérer leurs problèmes actuels, à réfléchir à leurs objectifs et à s’engager à changer leur comportement (68). Cette approche a abouti à des taux de rétention plus élevés (85 %) que l’orientation informative standard (56 %) (68), et une rétention de 100 % a été observée chez les parents qui avaient déclaré une motivation faible à modérée avant de recevoir l’orientation motivationnelle.
Dans un autre essai contrôlé randomisé comparant le service de visites à domicile SafeCare1 aux services habituels auprès de familles culturellement diverses, Damashek et al. (69) ont évalué des façons de favoriser l’engagement, mesuré par la satisfaction des familles et l’atteinte des objectifs. L’engagement des personnes participantes était favorisé par des prestataires faisant preuve d’une plus grande compétence culturelle (69). Les prestataires qui respectaient les différences culturelles (c’est-à-dire qui utilisaient un langage compréhensible, respectaient les valeurs et les croyances culturelles et évitaient les jugements négatifs) et qui prenaient en compte la famille élargie et la communauté (c’est-à-dire qui laissaient à la famille son autonomie dans la prise de décision et le suivi des progrès, et s’appuyaient sur les soutiens communautaires et familiaux) favorisaient un plus grand engagement des personnes participantes (69).
Point de vue des prestataires de services. Healy et Darlington (70) ont utilisé une vignette d’étude de cas qualitative pour examiner les stratégies du personnel des services de protection de l’enfance pour engager les familles. Cette étude a dégagé trois principes fondamentaux : 1) le respect, qui consiste notamment à reconnaître les points de vue, les connaissances et les opinions de chaque membre de la famille, y compris l’enfant, même lorsque cette personne contribue aux VF ; 2) l’adéquation, qui renvoie à des évaluations familiales appropriées, à la construction de la relation et à l’inclusion des enfants dans la prise de décision ; et 3) la transparence, qui met l’accent sur l’ouverture quant aux forces et aux faiblesses de l’implication des enfants et des parents tout au long du processus. Les prestataires d’une étude menée par Seekamp et al. (58) ont rejoint ces résultats, tout en soulignant l’importance de collaborer avec d’autres services. Dans une autre étude, des équipes de travail social ont quant à elles insisté sur le moment, en indiquant qu’établir rapidement le contact avec les membres de la famille après l’inscription facilitait l’engagement (71). Dans une autre étude qualitative, le personnel des services de protection de l’enfance a repéré quatre façons de déstigmatiser l’offre de services : 1) équilibrer la normalisation de la situation familiale et la confirmation des besoins des enfants ; 2) préparer les enfants et les parents lors de premières rencontres ; 3) créer un sentiment de normalité ; et 4) utiliser des stratégies de recrutement réfléchies (c’est-à-dire une promotion par prospectus, annonces, publications sur les réseaux sociaux, pages web et événements de réseautage) qui distinguent les groupes de soutien des services de protection de l’enfance (59). Bellamy et al. (72) ont obtenu des résultats semblables dans leur étude qualitative et ont en outre repéré plusieurs leviers de l’engagement parental dans les services de lutte contre les VF, notamment : 1) répondre aux besoins socioéconomiques comme l’éducation, l’emploi et le logement ; 2) poser des questions constantes, qui ne varient que lorsque les besoins ou la présence des parents changent ; 3) inviter les familles à des événements en dehors du service lui-même ; 4) envoyer des rappels ; 5) adapter les horaires aux engagements des parents ; et 6) offrir des incitations à participer.
Point de vue des parents et des prestataires. Fitz-Symond et al. (73) ont décrit de manière qualitative un service de défense des droits par des pairs parents, dans lequel des personnes pair-aidantes supervisées, ayant une expérience vécue, étaient attribuées à des familles suivies par les services de protection de l’enfance, en trois étapes d’intervention : 1) une phase préalable, où les personnes pair-aidantes étaient associées aux familles en fonction de leurs besoins multiples ; 2) une phase d’accompagnement, où elles apportaient soutien émotionnel, conseils et mises en relation avec des équipes professionnelles ; et 3) un soutien continu, où elles continuaient de veiller à ce que les familles se sentent entendues (73). Ces étapes semblaient favoriser l’engagement parental dans les services de protection de l’enfance en aidant les parents à composer avec la méfiance, les déséquilibres de pouvoir, les difficultés émotionnelles ainsi qu’avec le langage et les procédures complexes du système de protection de l’enfance (73).
Sept études ont examiné les leviers de l’engagement des mères dans les services de lutte contre les VF, à partir du point de vue des mères (n = 6) et de celui des prestataires (n = 1 ; personnes chargées des visites à domicile).
Point de vue des parents. Dans leur étude qualitative fondée sur des entretiens semi-directifs, Fogarty et al. (61) ont indiqué que les comportements, les styles de communication et les caractéristiques des membres de l’équipe clinique étaient d’importants leviers d’engagement. Plus précisément, les membres de l’équipe clinique qui montraient leurs connaissances et fournissaient des informations pertinentes renforçaient la confiance des mères (61). Une communication sans jugement, qui normalisait les difficultés familiales, rendait les mères plus à l’aise pendant les visites à domicile, les encourageait à poser des questions et réduisait le sentiment de menace (61). En outre, donner suite aux demandes des mères renforçait la fiabilité des prestataires, la pertinence du traitement, la relation thérapeutique, les représentations et les croyances des parents sur le traitement et la prestation de service dans son ensemble (61). Au-delà des caractéristiques des prestataires, les rappels hebdomadaires, le transport et la garde d’enfants ont été repérés comme des facteurs qui accroissaient l’engagement des mères dans une étude à méthodes mixtes portant sur un service de formation en groupe (63). Par ailleurs, une relation solide entre l’équipe et la mère et une intervention plus courte se sont révélées des prédicteurs significatifs d’un meilleur taux d’achèvement dans un essai contrôlé randomisé portant sur Families Connection, un service communautaire qui vise à repérer et à satisfaire les besoins des familles (98 % de l’échantillon étaient des mères) (74). Des symptômes dépressifs maternels plus marqués prédisaient aussi un engagement plus fort dans le service de lutte contre les VF, en particulier son achèvement (74).
Chablani et Spinney (75) ont adopté une approche plus interdisciplinaire dans leur évaluation du programme Circle of Care, qui associait visites à domicile, entretien motivationnel, programmes éducatifs et groupes de soutien. Une stratégie qualifiée de « relance persévérante » (relentless outreach) a été utilisée pour engager de jeunes mères à haut risque, avec un taux de rétention élevé (90 %) : elle consistait en tentatives de contact continues, même lorsque les mères n’atteignaient pas le niveau de présence exigé par le programme, associées à une relation solide entre l’équipe et la mère, fondée sur la confiance et sur les besoins de la famille (75). Dans une étude à méthodes mixtes du Supportive Housing for Families Programme, l’engagement des mères augmentait lorsque l’accessibilité et la disponibilité de la personne référente étaient renforcées (64). Outre la relation entre l’équipe et la mère, les résultats qualitatifs et quantitatifs ont montré que les mères étaient plus engagées lorsque les personnes référentes étaient pleines de ressources, réactives et expliquaient clairement leur rôle (64).
Un service culturellement adapté, Parenting Through Change for Reunification (PTC-R), a engagé dans un service de formation en groupe des parents (13 femmes sur 14) suivis par les services de protection de l’enfance (76). Sur le plan qualitatif, les leviers d’engagement repérés comprenaient : 1) des séances introductives consacrées à l’explication de l’intervention, au renforcement de l’espoir et aux émotions négatives éprouvées par de précédentes personnes participantes ; 2) des occasions de visites parent-enfant pour pratiquer la parentalité et développer des compétences après la perte de la garde des enfants ; 3) la simplification des supports d’intervention ; et 4) l’adaptation des exemples et des jeux de rôle aux différences culturelles et contextuelles (76). Plus précisément, l’équipe d’intervention adaptait son langage pour remettre en question les perceptions banalisées des VF et faire mieux comprendre aux parents leurs conséquences (76).
Point de vue des prestataires de services. Bellamy et al. (72) ont fait état de résultats qualitatifs qui rejoignaient les études précédentes et ont repéré plusieurs leviers supplémentaires de l’engagement des mères, notamment : 1) fournir aux familles des produits de première nécessité, comme des couches, des vêtements et des ressources pour l’allaitement ; 2) impliquer délibérément les mères et leur demander de participer aux activités ; 3) expliquer clairement le but des services ; 4) apporter un renforcement positif ; et 5) utiliser des appels et des SMS de rappel.
Sept études ont évalué les leviers qui amélioraient l’engagement de pères violents/maltraitants dans les services de lutte contre les VF. Parmi elles, quatre s’appuyaient sur le point de vue des prestataires (c’est-à-dire 1 de visites à domicile, 1 de conseil, 2 de travail social) et trois sur celui des pères participants.
Point de vue des parents. Guterman et al. (77) ont examiné, dans un essai contrôlé randomisé, le programme Dads Matter-HV, un service de visites à domicile destiné aux pères, avec un taux de rétention de 84 % douze mois après l’inscription. Le moment de l’intervention est apparu comme un levier important de l’engagement des pères dans les services de visites à domicile : il importait d’engager les pères au moment où c’était le plus réalisable (par exemple lorsque les questions de sécurité ne se posent plus et que les pères sont effectivement disponibles) (77). En outre, démarrer Dads Matter-HV après la naissance plutôt que pendant la grossesse constituait un « moment magique » qui favorisait l’engagement paternel (77, p. 11). Le démarrage postnatal améliorait la relation entre l’équipe et le père, ce qui accroissait ensuite le soutien du père envers la mère et réduisait la maltraitance des enfants (77). Au-delà du moment, le contenu du service était individualisé pour répondre aux besoins spécifiques de chaque famille, dans la limite des ressources disponibles (77).
Par ailleurs, une étude quasi expérimentale a évalué une intervention de groupe visant à réduire les comportements violents de pères envers leur partenaire et fait état d’un taux d’achèvement de 82,4 % (78). Les séances de groupe permettaient aux hommes violents de partager leur histoire et leurs facteurs de stress, de remettre en question leurs croyances sur la relation et de développer leur conscience et leurs compétences relationnelles, ce qui accroissait leur engagement dans le service (78). Les participants décrivaient le cadre comme soutenant et utile, la confiance augmentant avec le temps, et les faibles taux d’abandon étaient attribués au format de groupe (78). L’efficacité des formats de groupe pour engager les pères a aussi été démontrée dans d’autres groupes culturels (c’est-à-dire des personnes syriennes et libanaises), pour lesquels les VF et la santé mentale sont des sujets tabous (79).
Point de vue des prestataires de services. Bellamy et al. (72) ont repéré de nombreux leviers qui accroissaient l’engagement des pères dans les services de lutte contre les VF, notamment : 1) expliquer clairement l’effet possible des services sur la relation père-enfant ; 2) souligner l’importance des pères et leur rôle dans la trajectoire de développement de leurs enfants ; 3) impliquer délibérément les pères en les interrogeant sur leurs besoins, leurs préoccupations et leurs objectifs parentaux ; 4) se renseigner précisément sur leurs besoins et leurs objectifs en matière d’emploi ; 5) les traiter en experts ; 6) encourager les pères à participer aux activités ; 7) utiliser des plateformes en ligne lorsque les pères sont physiquement absents ; 8) inviter les pères à des activités en dehors du service lui-même (par exemple bals familiaux, événements père-enfant) ; 9) mettre l’accent sur la construction de la relation et sur le confort ; 10) laisser des informations aux pères ou les engager indirectement par l’intermédiaire des mères lorsqu’ils sont physiquement absents ; et 11) utiliser des incitations.
Une étude menée auprès de spécialistes du conseil a repéré cinq leviers dans le travail avec des hommes ayant des comportements violents ou maltraitants (80). Il s’agissait de : 1) « remarquer et s’interroger », qui consistait à reconnaître les VF et à encourager les pères à identifier eux-mêmes leurs comportements violents ; 2) « équilibrer », qui consistait à aborder les constructions de genre avec une attention portée à la fois à l’expérience de la personne qui exerce les VF et à celle de la personne qui les subit ; 3) « se concentrer sur lui pour elle », qui encourageait les hommes à suivre un accompagnement pour mieux soutenir leur partenaire féminine, en contextualisant le discours sur l’éthique et le pouvoir ; 4) « pouvoir et contrôle », qui examinait les interactions du couple dans un espace sûr pour repérer les tactiques de pouvoir et de contrôle ; et 5) « possibilités », qui encourageait l’exploration d’alternatives aux VF dans la relation (80). Ces résultats ont trouvé un écho dans les réponses qualitatives d’équipes de travail social, qui soulignaient l’importance de créer des liens de confiance avec les familles (71, 81). Plus précisément, ces équipes décrivaient comme leviers de l’engagement des pères le fait de réduire les tensions, d’éviter la confrontation, et de soutenir et valoriser les pères tout en traitant le comportement violent (81).
Deux études ont évalué les leviers qui accroissaient l’engagement des enfants dans les services de lutte contre les VF. L’une s’appuyait sur le point de vue des enfants, l’autre sur celui d’équipes de travail social.
Point de vue des enfants. Une étude a utilisé des ateliers de musique pour engager, selon une approche centrée sur l’enfant, des enfants (n = 15) de 8 à 14 ans en situation de vulnérabilité ou de VF (82). Ces ateliers étaient facilités par la création d’espaces sûrs et inclusifs pour les enfants et par la priorité donnée à leur parole, à travers une écoute respectueuse et des réponses appropriées (82). Proposer un nombre suffisant d’ateliers était aussi important pour que chaque enfant ait l’occasion de partager son expérience (82).
Point de vue des prestataires de services. Des prestataires ont aussi décrit de manière qualitative la mise en place, pour les enfants, de groupes de soutien distincts des services de protection de l’enfance, afin d’améliorer les stratégies d’adaptation et de favoriser la résilience (59). Plus précisément, créer un sentiment de normalité et intégrer des activités créatives comme le dessin et le jeu soutenaient l’engagement des enfants dans ces groupes de soutien (59).
Cette revue réaliste semble être la première du genre à repérer systématiquement les obstacles et les leviers susceptibles d’éclairer des stratégies efficaces pour accroître la présence et l’engagement actif des familles dans les services de lutte contre les VF. Sur les 24 études incluses, la plupart portaient sur les obstacles et les leviers de l’engagement des familles ou des parents considérés ensemble, plutôt que sur les mères, les pères ou les enfants pris séparément. Dans l’ensemble, les résultats mettent en évidence plusieurs caractéristiques, attitudes et comportements des prestataires qui facilitaient l’engagement dans les services de lutte contre les VF, notamment l’intérêt porté aux familles, la compétence culturelle et le temps pris pour construire la relation. Favoriser l’accessibilité (par exemple en répondant aux difficultés socioéconomiques ou en proposant des formats en ligne), adopter des soins centrés sur la famille dans les services communautaires de lutte contre les VF (83) et mettre en œuvre des approches préparatoires comme des séances introductives sont aussi apparus comme des leviers importants de l’engagement. En outre, chaque groupe présentait des obstacles et des leviers propres à ses expériences et à ses besoins. Dans une démarche de revue réaliste, la discussion s’attache à interpréter les obstacles et les leviers repérés pour comprendre les facteurs contextuels précis et les mécanismes possibles qui peuvent influer sur l’engagement dans ces services.
Les résultats de cette revue peuvent être organisés en trois volets, centrés sur l’accueil, le démarrage du service et la mise en œuvre du service, comme le résume la figure 4. Des recommandations peuvent être formulées pour chacun de ces points de contact clés, afin d’améliorer l’engagement dans les services de lutte contre les VF.

Ces résultats suggèrent que les prestataires qui partagent des caractéristiques et des expériences vécues avec les familles accompagnées ont plus de facilité à puiser dans leur propre expérience et créer un environnement empathique et compréhensif propice à l’engagement des familles (67, 73). Cela rejoint la littérature existante, qui montre que la représentation de la diversité parmi les prestataires améliore la compréhension mutuelle entre équipes et familles, en particulier dans les soins de santé et les services sociaux (48, 84). Lorsque des prestataires présentant ces caractéristiques ne sont pas disponibles ou coûtent trop cher, les services de lutte contre les VF peuvent envisager d’intégrer des personnes pair-aidantes ayant une expérience vécue, pour aider les familles à se sentir comprises dans leur parcours au sein des services (73). En normalisant l’expérience des VF par le partage d’expériences, on rend l’engagement plus probable.
Les services qui prennent en compte et réduisent les inégalités socioéconomiques peuvent améliorer l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF en accroissant leur accessibilité (60, 63). Si les difficultés socioéconomiques sont bien établies comme obstacles à l’engagement (85, 86), les résultats de cette revue ont montré des priorités propres à chaque groupe. Par exemple, les mères mettaient en avant la garde d’enfants, le transport et les besoins de base des enfants (par exemple les couches) comme leviers de l’engagement, tandis que la pauvreté, les horaires de travail et la précarité du logement étaient décrits comme des obstacles. À l’inverse, les pères mettaient en avant la sécurité alimentaire comme levier, tandis que les exigences professionnelles faisaient obstacle. Ces résultats reflètent des rôles genrés plus larges, dans lesquels on attend des mères qu’elles s’occupent de leurs enfants tout en conservant un emploi (87), alors qu’on attend plus souvent des pères qu’ils pourvoient aux besoins financiers (86). Il faut donc répondre aux besoins socioéconomiques de chaque parent avant de commencer le service, afin que l’attention porte sur l’engagement dans le service plutôt que sur la lutte contre les difficultés socioéconomiques et d’accès.
Les formats en ligne, désignés comme leviers de l’engagement par les familles en général et par les pères en particulier, peuvent réduire efficacement les obstacles liés au transport, à l’emploi et à la garde d’enfants. C’est particulièrement vrai lorsque le contexte socioculturel, la géographie et la littératie numérique sont pris en compte tout au long de la mise en œuvre (88). Même si aucune étude retenue dans cette revue n’a désigné les formats en ligne comme levier de l’engagement des mères en particulier, plusieurs études ont mis en évidence une baisse de la maltraitance chez des mères inscrites à des services parentaux en ligne (89), ce qui indique que l’accessibilité des formats en ligne pourrait être étendue aux mères pour favoriser leur engagement.
Les services de lutte contre les VF peuvent aussi envisager d’apporter des aides financières, par exemple en prenant en charge les frais de garde d’enfants ou de transport, pour faciliter l’engagement (90). Ces formes de soutien devraient aussi être considérées par les grands organismes financeurs, comme les gouvernements et les responsables politiques, comme des investissements en amont dans la prévention et l’intervention précoce. Soutenir financièrement l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF peut réduire la survenue des VF et les coûts qui en découlent en aval (par exemple soins de santé, justice, coûts liés aux pertes de productivité).
Par exemple, même en se limitant aux VPI, Varcoe et al. (36) ont estimé que la violence envers les femmes entraînait une dépense annuelle de soins de santé de 13 162,39 dollars canadiens par femme, même selon des hypothèses prudentes. Dans ce contexte, le soutien financier apporté par des services de lutte contre les VF qui réduisent réellement l’exposition à la violence peut avoir des répercussions économiques en aval. Pour illustrer ce potentiel, si un service de lutte contre les VF coûtait (hypothétiquement) 10 000 dollars canadiens par an et par femme et était associé à la prévention de l’exposition à la violence, les économies projetées avoisineraient 3 150 dollars canadiens par femme et par an. Sachant qu’environ 78 000 femmes ont subi des VPI au Canada en 2011 (chiffre probablement sous-estimé) (91), ce calcul illustratif correspondrait à environ 245 700 000 dollars canadiens de coûts potentiellement évités. Ces estimations illustratives ne prétendent pas constituer une analyse coût-efficacité formelle ni une prévision d’économies réalisées ; elles visent seulement à souligner l’ampleur possible du fardeau économique associé aux VF, selon des hypothèses simplifiées.
De même, des réductions de coûts importantes pourraient être obtenues en investissant dans la prévention et dans le soutien précoce aux familles afin de réduire les placements d’enfants hors du milieu familial. En 2025, les familles d’accueil de Colombie-Britannique, au Canada, recevaient des indemnités d’entretien mensuelles de 1 549,20 dollars canadiens pour les enfants de 0 à 11 ans et de 1 726,33 dollars pour les enfants de 12 à 19 ans (92). Un rapport du gouvernement du Canada indique qu’au moins 61 104 enfants étaient placés hors du milieu familial en mars 2022 (93), ce qui représente environ 1,1 milliard de dollars canadiens consacrés aux services de placement familial. Apporter un soutien précoce aux familles pourrait réduire le besoin de placement et donc les dépenses publiques. Soutenir les familles qui vivent des VF favorise donc non seulement la santé publique, mais peut aussi produire des gains économiques nationaux importants.
Les études soulignaient l’importance d’une relation entre l’équipe et la famille fondée sur la confiance, ce qui concorde avec la littérature plus large (94). Cela rejoint aussi les approches de soins communautaires centrés sur la famille, qui mettent l’accent sur la création et le maintien de relations respectueuses, l’adaptation et la contextualisation des soins, une communication efficace et le soutien à l’autonomie familiale (83). La confiance est importante, car les familles perçoivent souvent comme une menace les services de protection de l’enfance et d’autres prestataires, en raison de l’autorité que ces systèmes peuvent exercer sur le devenir de la famille et de l’enfant (94, 95). À l’inverse, les tactiques coercitives comme les menaces, qui sapaient la confiance, ont été repérées comme des obstacles à l’engagement dans les services de lutte contre les VF (58). La confiance était favorisée par des prestataires faisant preuve d’ouverture, de connaissances, de fiabilité (c’est-à-dire donnant suite aux demandes ou aux projets convenus) et de compétence culturelle (61). Lorsque la formation des prestataires ne suffisait pas pour faire preuve d’ouverture et de connaissances, les personnes participantes étaient plus susceptibles d’abandonner le service (64). En outre, l’importance de la compétence culturelle dans la construction de la relation entre l’équipe et la famille rejoint la littérature qui montre des différences culturelles dans la conception et la compréhension des VF, des structures et des dynamiques familiales (96). La compétence culturelle suppose un langage et des comportements attentifs pour aborder les idées préconçues des familles sur un fonctionnement familial sain, sans les blâmer, les humilier ni les attaquer (76). Les principaux aspects de la construction d’une relation solide entre l’équipe et la famille sont présentés dans le tableau 1.
Tableau 1 — Aspects importants pour construire une relation solide entre l’équipe et la famille
Puisque les approches préparatoires destinées aux mères, aux pères et aux familles encourageaient en général l’engagement dans les services de lutte contre les VF (59, 76, 97), tandis que des rendez-vous d’accueil et des démarrages de service trop intenses le réduisaient (61), il est recommandé que les prestataires mettent en œuvre des stratégies préparatoires (par exemple entretien motivationnel, séances introductives) avant la participation active aux services. Les résultats de travaux connexes confirment l’importance du premier contact pour optimiser l’efficacité et les effets des services de lutte contre les VF (98). Le recours à des stratégies préparatoires s’accorde avec la théorie sociocognitive (99), un cadre théorique qui explique le comportement humain en fonction de la croyance d’une personne en sa capacité à surmonter les difficultés et de ses attentes quant aux résultats (100). La théorie sociocognitive a en outre été appliquée avec succès pour favoriser des changements de comportement et des résultats positifs dans divers contextes (101-105). Sans avoir encore été explicitement évaluées dans le contexte des VF, les stratégies préparatoires semblent refléter des aspects clés de la théorie sociocognitive, en accroissant les connaissances et la compréhension des VF chez les parents avant d’encourager un changement de comportement.
L’engagement des mères dans les services de lutte contre les VF était souvent freiné par la peur de la stigmatisation ou du jugement (60). Ce résultat rejoint la littérature existante sur l’idée fausse de la « bonne mère » (106). Cette idée fausse s’enracine dans des constructions genrées qui entretiennent des attentes patriarcales envers la maternité, où des normes parentales irréalistes amplifient les erreurs perçues des mères (94, 106, 107). Par exemple, des mères victimes de violences se sont vu reprocher de ne pas avoir su protéger leur enfant (94). En outre, les mères ayant des troubles psychiques sont qualifiées de « folles », d’« instables » ou de « dérangées » (108), tandis que celles qui exercent une activité professionnelle sont diabolisées (107). On comprend donc que les mères insistent sur les caractéristiques et les comportements favorables des prestataires comme leviers majeurs de l’engagement dans les services de lutte contre les VF : beaucoup de mères éprouvent une stigmatisation et une honte liées aux pressions sociales entourant la maternité, qui peuvent freiner la recherche d’aide (94). Veiller à ce que les services de lutte contre les VF s’attaquent à l’idée fausse de la « bonne mère » tout au long de la prise en charge, en tenant compte de la façon dont ces attentes peuvent varier selon les cultures (109), pourrait aider à réduire les sentiments de stigmatisation et de honte des mères et faciliter leur engagement.
La relance persévérante, qui comprend des tentatives de suivi répétées malgré l’échec des contacts, est aussi apparue comme un levier de l’engagement des mères dans les services de lutte contre les VF (75). C’était particulièrement vrai pour les mères cumulant les vulnérabilités (par exemple la pauvreté) (75), ce qui rejoint d’autres études montrant des taux de rétention plus faibles chez les personnes confrontées à des difficultés comme l’insécurité financière (110, 111). De même, les mères dont les enfants avaient été placés par les services de protection de l’enfance étaient plus susceptibles de s’engager dans les services de lutte contre les VF lorsqu’elles avaient l’occasion de mettre activement en pratique des compétences parentales avec leurs enfants (76). Supprimer tout contact avec les enfants réduit le désir des parents de s’engager dans ces services (76). Les mères sont donc plus susceptibles de s’engager lorsqu’elles peuvent appliquer directement les compétences parentales apprises dans leurs interactions avec leurs enfants.
Des expériences de stigmatisation et de honte ressortaient aussi chez les pères violents, qui avaient souvent du mal à parler de leur expérience des VF, de leurs objectifs et de leurs comportements, en particulier dans des cultures où les valeurs patriarcales sont profondément ancrées dans les contextes socioéconomiques (78, 79). Si les pères désignaient des caractéristiques positives des prestataires comme des facteurs qui réduisaient leur stigmatisation et leur honte intériorisées, ils avaient besoin d’être délibérément inclus dans le contenu et la mise en œuvre du service pour se sentir importants (72). Cela rejoint les résultats d’une méta-synthèse selon lesquels les pères sont souvent négligés par les services de protection de l’enfance (94), ce qui souligne la nécessité de repenser la manière dont les services sont délivrés. Cette distinction est particulièrement importante par comparaison avec les mères, souvent considérées d’emblée comme le parent principal et donc prioritaires dans les services de protection de l’enfance (112). Si les mères jouent un rôle déterminant dans le développement de l’enfant (par exemple l’allaitement, les soins), une plus grande implication paternelle dans l’éducation des enfants a aussi été associée à de meilleurs résultats, tant pour les enfants (113, 114) que pour les mères (115). Les services de lutte contre les VF devraient donc être conçus pour soutenir et inclure les mères comme les pères, en tant que personnes participantes d’égale importance tout au long de la prise en charge.
Un autre facteur qui réduisait la stigmatisation et la honte intériorisées des pères et accroissait leur engagement dans les services de lutte contre les VF était le recours aux formats de groupe. Le cadre de groupe réduisait le sentiment d’isolement des pères en faisant passer l’expérience de l’individuel au collectif (60), en particulier dans les cultures où les VF sont plus taboues (79). Des entretiens menés avec des pères suggèrent que les programmes de groupe peuvent aider à normaliser, plutôt qu’à pathologiser, la colère paternelle, réduisant ainsi la stigmatisation et la honte qui peuvent empêcher l’engagement (116). Les personnes qui animent ces groupes doivent cependant savoir que les environnements de groupe peuvent être retraumatisants (117). Lorsqu’ils sont animés de façon appropriée par une personne formée, dans des conditions soutenantes, les formats de groupe peuvent aider les pères à surmonter des émotions et des croyances négatives intériorisées tout en favorisant leur engagement dans les services de lutte contre les VF.
Les familles, les mères et les pères ont mis en avant une approche de soins communautaires centrée sur la famille comme levier qui améliore l’engagement continu dans les services de lutte contre les VF (64), probablement parce qu’elle répond aux besoins et aux préoccupations réels des familles plutôt qu’à des besoins et des préoccupations supposés (94). Par exemple, des horaires centrés sur la famille permettent aux parents de participer ensemble ou séparément selon leurs horaires de travail, leur situation conjugale et la garde des enfants, ce qui offre une souplesse favorable à la rétention dans les services (72). En outre, une approche de soins centrée sur la famille place tous ses membres, y compris les enfants lorsque c’est approprié, au cœur de la prise de décision, ce qui permet aux familles de définir les résultats souhaités et de reconnaître quand et comment elles ont besoin de soutien tout au long du processus (118). Ces principes reflètent directement les composantes essentielles des modèles de soins centrés sur la famille, notamment l’adaptation et la contextualisation des soins et le soutien à l’autonomie familiale (83). L’éducation et la formation des prestataires devraient être renforcées par des politiques qui précisent clairement les responsabilités liées à la mise en œuvre des soins centrés sur la famille. Cela inclut d’apprendre mutuellement des membres de la famille, d’utiliser un langage qui favorise la communication (119), de donner du pouvoir d’agir aux familles en les guidant dans la prise de décision plutôt qu’en prenant le contrôle, et d’élargir la conscience culturelle tout en reconnaissant les limites des prestataires (par exemple les barrières linguistiques) dans leur capacité à engager certaines familles (118).
McGinn et al. (120) ont mené une revue systématique sur les effets, pour des enfants exposés à un risque de maltraitance ou de négligence, de leur participation à des conférences familiales de prise de décision (family group decision-making), et ont mis au jour des conséquences largement positives (par exemple le retour dans la famille d’origine) et parfois négatives (par exemple une hausse de la maltraitance). Par ailleurs, McCafferty et al. (121) ont mené une revue de revues sur la participation des enfants aux services de protection de l’enfance et constaté que la parole des enfants est souvent peu prise au sérieux et que la relation entre enfants et prestataires est indispensable à l’engagement. Ensemble, ces revues et les présents résultats soulignent des facteurs clés qui sous-tendent une approche de soins centrée sur la famille. Pour mettre pleinement en œuvre des soins centrés sur la famille, les prestataires doivent traiter les enfants comme des parties prenantes à part entière tout au long des décisions prises dans les services de lutte contre les VF et défendre leur point de vue lorsque les parents ne le reconnaissent pas.
Dans certains cas, les familles qui ont besoin de plusieurs services pour répondre à des besoins complexes (par exemple culture, handicap, finances, genre et usage de substances) peuvent être mieux soutenues par une collaboration entre services que par des orientations sans accompagnement (71). Des prestataires ont décrit la collaboration entre plusieurs organismes comme importante pour engager efficacement les familles qui vivent des VF et construire avec elles des relations de travail (122). Comme les familles suivies par le système de protection de l’enfance sont souvent orientées vers divers services et organismes, ce qui crée confusion, hésitation et peur (80), tirer le meilleur parti des ressources communautaires par une collaboration interdisciplinaire pourrait mieux répondre à l’imbrication complexe des besoins familiaux, personnels, culturels et psychologiques et permettre des soins plus individualisés.
En outre, une approche de soins tenant compte des traumatismes et de la violence (TVIC, trauma-and-violence-informed care) devrait sous-tendre la prestation des services de lutte contre les VF. Si les soins informés par le trauma visent à réduire le risque de retraumatisation et à favoriser des environnements de soins sûrs, l’approche TVIC élargit cette démarche en reconnaissant aussi l’influence des inégalités structurelles et systémiques persistantes (123). L’approche TVIC met l’accent sur la conscience du trauma, de la violence et de leurs effets, donne la priorité à la sécurité physique, émotionnelle et culturelle, favorise un lien centré sur la personne et s’appuie sur les forces des personnes et des familles (123). En outre, les services devraient appliquer l’approche TVIC en facilitant des soins et des orientations individualisés, plutôt que de laisser aux familles la charge de naviguer seules dans des systèmes de soutien fragmentés (123). Davies et al. (124) ont dégagé plusieurs principes clés qui sous-tendent l’approche TVIC, notamment garantir la sécurité, le soutien émotionnel, l’épanouissement des personnes survivantes, la sécurité culturelle et l’inclusion, et des services accessibles. En définitive, l’approche TVIC vise à réduire au minimum le risque de retraumatisation et à améliorer l’accès à des soins soutenants, équitables et réactifs pour les personnes ayant vécu un trauma (124). Les principes de l’approche TVIC devraient donc être intégrés à la prestation des services de lutte contre les VF, à la formation des prestataires et aux stratégies d’engagement.
La plupart des études incluses visaient surtout à décrire les résultats des services plutôt qu’à évaluer des stratégies spécifiquement conçues pour améliorer l’engagement dans les services de lutte contre les VF (68). Les recherches futures devraient donc tester des stratégies d’engagement, comme celles que propose la figure 4, afin de favoriser une meilleure participation et une meilleure rétention dans ces services. Il serait en particulier utile de tester des stratégies auprès de groupes confrontés à des vulnérabilités différentes (125). Coconstruire les interventions avec les prestataires et les familles qui vivent des VF pourrait encore améliorer l’adoption à long terme et la pérennité des stratégies d’engagement. En outre, les recherches futures devraient aller au-delà du repérage des obstacles à l’engagement en examinant les obstacles et les leviers contextuels qui influent sur la prestation des services de lutte contre les VF, afin de mieux comprendre comment des stratégies fondées sur les données peuvent être mises en œuvre, maintenues et adaptées de façon réaliste dans des contextes et des cadres de services variés. Par ailleurs, la recherche évaluant le point de vue des enfants dans les services de lutte contre les VF reste lacunaire. Inclure les enfants dans la recherche qualitative et recueillir directement leur point de vue est essentiel pour mieux comprendre les facteurs qui facilitent un engagement réussi des familles dans les services concernés. Recourir aux méthodes de la science de la mise en œuvre pour repérer les leviers, les obstacles contextuels et les résultats clés pourrait aussi soutenir l’élaboration de solutions fondées sur les données pour mieux prendre soin des familles qui vivent des VF (126-128).
S’il est possible que certaines études pertinentes n’aient pas été retenues, la stratégie de recherche a été élaborée avec l’aide d’une personne bibliothécaire experte en sciences de la santé (KAH) et menée de façon systématique dans plusieurs bases de données, afin de renforcer la rigueur et l’exhaustivité de la recherche. La plupart des études retenues dans cette revue évaluaient des stratégies d’engagement aux États-Unis. Comme les différences culturelles, les infrastructures de santé, l’accessibilité des services et les perceptions des violences familiales varient selon les contextes, ces stratégies pourraient ne pas être transposables aux pays à revenu faible ou intermédiaire ni à d’autres contextes socioculturels. Des facteurs comme la confiance et les approches centrées sur la famille ont néanmoins été repérés de façon constante d’une étude à l’autre, ce qui suggère qu’ils peuvent servir de principes fondamentaux pour adapter les stratégies à d’autres pays et contextes. En outre, la plupart des études ne précisaient pas la gravité des violences visées par les services. On ignore donc s’il existe des leviers ou des obstacles distincts pour les familles qui vivent des violences plus ou moins graves, et comment ces différences peuvent influer sur l’engagement des familles dans les services concernés. Enfin, les résultats ne sont probablement pas généralisables à certaines populations (par exemple les parents appartenant à des minorités sexuelles et de genre), car ces groupes font face à des difficultés et à des formes de violence spécifiques qui n’étaient pas suffisamment prises en compte dans les études incluses.
Cette revue réaliste, menée de façon systématique, a synthétisé la littérature sur les obstacles et les leviers qui influent sur l’engagement des familles dans les services de lutte contre les VF, ce qui a guidé la recommandation d’une stratégie détaillée portant sur l’accueil (par exemple répondre aux difficultés socioéconomiques propres à chaque parent, mettre les familles en lien avec des prestataires qui partagent des identités ou des expériences vécues proches), le démarrage (par exemple stratégies préparatoires, approches de soins centrées sur la famille) et la mise en œuvre du service (par exemple relances persévérantes, formats de groupe pour les pères, programmes créatifs pour les enfants). Les méthodes de la science de la mise en œuvre sont recommandées pour évaluer ces stratégies et repérer d’autres approches fondées sur les données afin de favoriser un engagement effectif des familles, des mères, des pères et des enfants dans les services de lutte contre les VF.
Complexe Systémique : à retenir
La revue a le mérite de déplacer la question de l’engagement : une famille qui décroche n’est pas d’abord une famille « résistante », c’est souvent une famille qu’on n’a pas préparée, pas aidée à venir, ou qu’on a menacée. Les leviers repérés parleront à la pratique systémique : une alliance construite avec chaque membre, des objectifs fixés par la famille elle-même, une place réelle pour les enfants dans les décisions, des pères inclus plutôt que contournés, et une collaboration entre services qui évite aux familles de porter seules un système éclaté. On retiendra aussi que les mêmes obstacles ne pèsent pas sur les mères et sur les pères, à cause des rôles de genre. La prudence s’impose toutefois : 24 études hétérogènes, surtout nord-américaines, sans évaluation de la qualité, peu de voix d’enfants, des pères auteurs de violence et des mères victimes parfois traités dans une même logique d’engagement, et des calculs d’économies présentés comme illustratifs. À lire avec l’article sur l’engagement des pères dans les enquêtes de protection de l’enfance, et avec l’article sur les composantes des interventions centrées sur la famille.
Notes de l’original
Financement. L’équipe déclare n’avoir reçu aucun soutien financier pour ce travail et/ou sa publication.
Remerciements. L’équipe remercie toutes les équipes de recherche des études incluses, ainsi qu’Olivia Giacobbo, Carrie Pohl (CP), Gillian Weaver-Dunlop et Lyndsay MacKay (LM) pour leur soutien dans les premières phases de ce travail.
Contributions. SK : conceptualisation, enquête, méthodologie, administration du projet, logiciels, validation, rédaction de la version initiale, relecture et révision, gestion des données, analyse formelle, visualisation. JW : conceptualisation, gestion des données, analyse formelle, enquête, méthodologie, validation, visualisation, rédaction de la version initiale, relecture et révision. DC : conceptualisation, gestion des données, analyse formelle, enquête, méthodologie, rédaction de la version initiale, relecture et révision, administration du projet. AT : conceptualisation, gestion des données, analyse formelle, enquête, méthodologie, administration du projet, rédaction de la version initiale, relecture et révision. KAH : gestion des données, méthodologie, validation, rédaction de la version initiale, relecture et révision. SE : conceptualisation, gestion des données, analyse formelle, rédaction de la version initiale, relecture et révision. NL : conceptualisation, enquête, méthodologie, administration du projet, ressources, logiciels, supervision, validation, rédaction de la version initiale, relecture et révision.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare que ce travail a été mené en l’absence de toute relation commerciale ou financière susceptible d’être interprétée comme un lien d’intérêts potentiel.
Déclaration sur l’IA générative. L’équipe déclare que l’IA générative n’a pas été utilisée pour rédiger ce manuscrit. Les textes alternatifs éventuellement fournis avec les figures de l’article original ont été générés par Frontiers avec l’aide de l’intelligence artificielle, et des efforts raisonnables ont été faits pour en garantir l’exactitude, y compris une relecture par l’équipe autant que possible.
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Traduction non officielle en français de Accroître l’engagement des familles dans les services de lutte contre les violences familiales : une revue réaliste, menée de façon systématique, des obstacles et des leviers, par Stefan Kurbatfinski, Julia Wilson, Daniel Cosic, Alexa Toews, K. Alix Hayden, Sarah Erickson et Nicole Letourneau, Frontiers in Psychiatry, vol. 17, article 1588381 (2026), doi : 10.3389/fpsyt.2026.1588381, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté sous forme de liste, légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Increasing familial engagement in family violence services: a systematically conducted realist review of barriers and facilitators », publié dans Frontiers in Psychiatry (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Kurbatfinski, S., Wilson, J., Cosic, D., Toews, A., Hayden, K. A., Erickson, S., et Letourneau, N. (2026). Accroître l’engagement des familles dans les services de lutte contre les violences familiales : une revue réaliste, menée de façon systématique, des obstacles et des leviers (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/accroitre-l-engagement-des-familles-dans-les-services-de-lutte-contre-les-violences (Œuvre originale publiée en 2026 dans Frontiers in Psychiatry, 17, 1588381 (2026) ; republiée en 2026 par Frontiers in Psychiatry, https://www.frontiersin.org/journals/psychiatry/articles/10.3389/fpsyt.2026.1588381/full)
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