The British Journal of Social Work · Conférences familiales

L’offre de conférences familiales tout au long de l’intervention en protection de l’enfance : une évaluation mixte d’inspiration réaliste comparant trois stades d’inquiétude

Une conférence familiale proposée tôt réussit-elle mieux qu’une conférence tenue au seuil du placement ? L’équipe de l’étude Family VOICE, à Cardiff, compare l’expérience de 155 familles britanniques à trois stades de la protection de l’enfance, questionnaires et entretiens à l’appui. Les différences sont minimes : c’est la qualité de la mise en œuvre qui semble compter.

Auteurs Lee Sobo-Allen, Lois Liao, Felicity Smith, Kar Man Au, Abigail Palmer et David Wilkins (Children’s Social Care Research and Development Centre, CASCADE, School of Social and Spatial Sciences, université de Cardiff, Royaume-Uni), Jonathan Scourfield (CASCADE, université de Cardiff, et School of Social Work, université de Lund, Suède), Sophie Wood (School of Public Health, université de l’Alberta, Canada), Melissa Meindl (Centre for Adult Social Care Research, université de Cardiff), Rhiannon Evans (DECIPHer, université de Cardiff), Fiona Lugg-Widger, Tarirai Lincoln Mahachi, Philip Pallmann et Michael Robling (Centre for Trials Research, université de Cardiff), Stavros Petrou et Elizabeth-Ann Schroeder (Nuffield Department of Primary Care Health Sciences, université d’Oxford, Royaume-Uni)Première publication The British Journal of Social Work, 9 octobre 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’offre de conférences familiales tout au long de l’intervention en protection de l’enfance : une évaluation mixte d’inspiration réaliste comparant trois stades d’inquiétude, par Lee Sobo-Allen, Lois Liao, Jonathan Scourfield, Felicity Smith, Sophie Wood, Melissa Meindl, Kar Man Au, Abigail Palmer, Rhiannon Evans, Fiona Lugg-Widger, Tarirai Lincoln Mahachi, Philip Pallmann, Stavros Petrou, Michael Robling, Elizabeth-Ann Schroeder et David Wilkins, publié dans The British Journal of Social Work (Oxford University Press) (2026), doi : 10.1093/bjsw/bcag248, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux tableaux sont présentés sous forme de listes ; les déclarations de fin d’article (remerciements, liens d’intérêts, financement) sont regroupées dans les notes ; le matériel supplémentaire en ligne et la déclaration sur la disponibilité des données ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

La manière dont les FGC sont mises en œuvre pourrait compter davantage que le moment où elles sont proposées dans le parcours d’intervention du travail social.

Lee Sobo-Allen, Lois Liao, Jonathan Scourfield, Felicity Smith, Sophie Wood, Melissa Meindl, Kar Man Au, Abigail Palmer, Rhiannon Evans, Fiona Lugg-Widger, Tarirai Lincoln Mahachi, Philip Pallmann, Stavros Petrou, Michael Robling, Elizabeth-Ann Schroeder et David Wilkins

Résumé

Dans les services à l’enfance, les conférences familiales (family group conferences, FGC) sont des réunions du réseau familial, convoquées pour élaborer un plan en faveur d’un enfant en besoin ou en danger. Les données restent lacunaires, notamment sur la manière dont les variations du contexte de mise en œuvre influent sur l’expérience des FGC et sur leurs effets. L’étude Family Views and Context fait partie d’une évaluation plus large d’inspiration réaliste (Family VOICE). Elle a porté sur 380 personnes ayant participé à des FGC, issues de 155 familles de l’ensemble du Royaume-Uni. Les membres des familles ont rempli des questionnaires à trois moments, comprenant des mesures standardisées du sentiment d’efficacité personnelle, du fonctionnement familial, du bien-être des adultes et de la santé psychosociale des enfants. Les personnes qui coordonnaient les FGC ont également rempli des questionnaires. Cet article porte sur un aspect clé de la variation du contexte de mise en œuvre, à savoir le stade d’inquiétude au sujet de l’enfant. Trois catégories sont comparées : (1) l’aide précoce et l’enfant en besoin ; (2) la protection de l’enfance et le seuil du placement ; et (3) les enfants confiés à l’État. Outre les questionnaires, un sous-groupe de personnes participantes (n = 25) a pris part à des entretiens semi-directifs, avec un échantillonnage raisonné selon ces trois stades d’inquiétude. Les comparaisons quantitatives n’ont mis en évidence presque aucune différence significative entre les trois catégories quant à l’expérience des familles ou aux effets. Les entretiens qualitatifs suggèrent davantage de similitudes que de différences entre les trois catégories dans l’expérience des personnes participantes, dans leur perception des mécanismes des FGC et dans les effets recherchés.

Introduction

Les conférences familiales (FGC) ont été introduites dans les années 1980 pour réduire le nombre d’enfants maoris placés sous la responsabilité de l’État en Aotearoa-Nouvelle-Zélande (Ban 2005). Elles se sont depuis répandues dans une grande partie du monde et restent principalement employées pour éviter le placement des enfants ou pour les faire revenir dans leur famille après un placement (Dijkstra et al. 2016 ; McGinn et al. 2020 ; Nurmatov et al. 2020). Elles sont largement utilisées au Royaume-Uni, où 79 % des collectivités locales déclarent en proposer (Wood et al. 2024). Leur usage devrait s’étendre, puisque le Children’s Wellbeing and Schools Bill impose, en Angleterre, la prise de décision en groupe familial (family group decision-making) pour les enfants dès lors qu’une ordonnance judiciaire de placement sous la responsabilité de l’État est sérieusement envisagée. L’enquête de Wood et al. (2024) a montré qu’au Royaume-Uni l’usage des FGC s’est étendu au-delà de la seule prévention du placement. La plupart des collectivités locales proposent des FGC d’aide précoce, et beaucoup en proposent aussi pour soutenir des enfants confiés à l’État, par exemple pour (re)construire les relations avec la famille de naissance et préparer la sortie de prise en charge. Certaines collectivités locales les utilisent aussi dans les services aux adultes (Tew et al. 2025). On dispose de peu de données sur la manière dont l’expérience des familles qui bénéficient de FGC, et les effets obtenus dans la durée, se comparent d’un stade d’intervention de la protection de l’enfance à l’autre. Cette étude vise à contribuer à combler cette lacune.

Contexte

Le modèle des FGC et le contexte de la protection de l’enfance au Royaume-Uni

L’idée d’une FGC est de transférer la prise de décision concernant un enfant (ou des enfants) en besoin ou en danger des équipes professionnelles vers la famille élargie. Dans de nombreux pays dotés de systèmes de protection de l’enfance anciens, les processus mis en place pour assurer la sécurité des enfants sont dominés par les équipes professionnelles (Ney, Stoltz et Maloney 2013). Le modèle de FGC, dont la qualité est garantie au Royaume-Uni par le Family Rights Group (2026), fait intervenir une personne chargée de la coordination, professionnelle du soutien aux familles mais indépendante de l’équipe de travail social responsable du dossier. Celle-ci rencontre les personnes qui s’occupent principalement de l’enfant pour lancer le processus de convocation d’une réunion des membres de la famille élargie et des personnes amies de la famille qu’elles ont désignées. Ce réseau est ensuite invité à une réunion ou conférence familiale pour discuter de la meilleure manière de prendre soin de l’enfant qui se trouve dans une forme de besoin, y compris de la façon dont tout ou partie des membres de la famille peuvent apporter leur soutien. Si une personne du travail social est chargée du dossier, elle est généralement présente pour la discussion initiale ; puis elle se retire, avec la personne qui coordonne, pour laisser la famille seule pendant le « temps familial privé ». S’il existait des inquiétudes relevant de la protection de l’enfance, le plan élaboré par la famille est ensuite présenté aux services sociaux légaux de la collectivité, qui décident s’il est viable. Il existe d’autres variantes de la prise de décision en groupe familial, mais certaines voix (par exemple Merkel-Holguin 2004) soutiennent que la FGC est le modèle le plus participatif. L’une des variantes des FGC est le modèle « navette » (shuttle model), utilisé lorsqu’il existe un conflit particulièrement difficile entre les parents ou des antécédents de violences conjugales. Il permet deux discussions parallèles animées par la même personne chargée de la coordination.

Dans les comparaisons internationales, le système britannique de protection de l’enfance est décrit comme orienté vers la protection de l’enfant plutôt que vers le service aux familles (Gilbert, Parton et Skivenes 2011). Les quatre nations du Royaume-Uni exercent une compétence propre en matière de services sociaux, mais leurs systèmes de protection de l’enfance sont, sur le fond, très semblables. La terminologie des services diffère légèrement d’une nation à l’autre, mais on retrouve un découpage commun selon le stade d’inquiétude au sujet d’un enfant : l’aide ou l’intervention précoce, à visée préventive ; le soutien légal, qui commence par des services volontaires pour « enfant en besoin » (child in need, ou équivalent) ; un plan formel de protection de l’enfance lorsqu’on estime qu’un enfant risque de subir un préjudice important ; puis une procédure judiciaire de placement lorsqu’un enfant doit être légalement confié à l’État, ce qui signifie généralement son retrait de sa famille de naissance.

L’évaluation réaliste

Le contexte de mise en œuvre de toute intervention sociale peut influer fondamentalement sur son fonctionnement et sur la mesure dans laquelle les effets visés sont atteints. Les approches réalistes (Pawson et Tilley 1997) soulignent l’importance de l’interaction entre intervention et contexte dans l’évaluation, et divers cadres opérationnalisent les domaines du contexte qui influencent le fonctionnement et l’efficacité d’une intervention (Pfadenhauer et al. 2017). Il existe à ce jour peu de travaux explicitement réalistes sur les FGC, même si certains commencent à paraître (Bernheim et al. 2025 ; Stabler et al. 2025 ; Tew et al. 2025). Notre travail s’inspire de cette approche en s’intéressant au contexte de mise en œuvre des FGC, et en particulier à un domaine clé : le stade d’intervention de la protection de l’enfance. Ce domaine rejoint en partie celui du contexte épidémiologique théorisé par le cadre Context and Implementation of Complex Interventions, qui porte sur la répartition et les déterminants des besoins dans les populations (Pfadenhauer et al. 2017). Dans cet article, nous cherchons à comprendre si des configurations de moyenne portée associant contexte, mécanismes et effets fonctionnent différemment selon trois stades d’intervention : (1) l’aide précoce et l’enfant en besoin ; (2) la protection de l’enfance et le seuil du placement ; et (3) les enfants confiés à l’État. Un article distinct (Liao et al. 2026) examine les interactions entre intervention et contexte pour d’autres domaines du contexte de mise en œuvre.

Les données sur les FGC aux différents stades d’inquiétude

Il existe plusieurs stades d’inquiétude au sujet d’un enfant auxquels le système de protection de l’enfance intervient, depuis un soutien d’aide précoce plus léger, lorsque le risque est jugé relativement faible, jusqu’à l’intervention légale. Au Royaume-Uni, l’intervention légale commence avec le statut d’enfant en besoin (ou équivalent, la terminologie variant selon les nations du Royaume-Uni). Lorsque le risque est jugé élevé, l’activité de protection de l’enfance devient plus intensive. Enfin, en cas de préjudice réel ou potentiel grave, reste la possibilité de l’intervention la plus lourde : retirer l’enfant de sa famille pour le placer hors du foyer, sous la responsabilité de l’État.

La population de la protection de l’enfance la plus connue parmi celles que visent les FGC est celle des enfants en danger. Les synthèses internationales des données sur les FGC portent toutes sur ce scénario de risque (Dijkstra et al. 2016 ; McGinn et al. 2020 ; Nurmatov et al. 2020 ; Stabler et al. 2025). Wood et al. (2024) ont constaté qu’au Royaume-Uni les contextes de FGC les plus courants étaient l’existence d’un plan de protection de l’enfance, ou l’engagement ou le déroulement d’une procédure judiciaire de placement. Dans les revues mentionnées, l’essentiel des données porte sur la prévention du placement et le maintien des enfants dans leur famille. Parmi les exemples récents d’études britanniques figurent l’évaluation par Mason et al. (2017) d’un changement de système dans une collectivité locale qui a proposé une FGC à chaque famille qui, habituellement, aurait été convoquée à une conférence initiale de protection de l’enfance, et l’essai contrôlé randomisé (ECR) de Taylor et al. (2024) sur les FGC en phase préalable à la procédure (pre-proceedings). Il s’agissait de la première étude britannique sur les FGC fondée sur ce plan d’étude, et ses données positives montrant que les FGC réduisent l’entrée en placement ont influencé la politique gouvernementale en Angleterre (Foundations and What Works Centre for Children and Families 2025).

Les autres stades d’inquiétude ont fait l’objet de moins de recherches, surtout au Royaume-Uni. Un autre courant important de la pratique des FGC concerne les enfants confiés à l’État qui se préparent à retourner dans leur famille (le « retour en famille », reunification), scénario largement présent dans les revues de données citées plus haut. La revue de Nurmatov et al. (2020) comprenait quelques études comparatives britanniques, mais celles-ci ne portaient pas sur le retour en famille : toutes les données sur ce point venaient des États-Unis ou des Pays-Bas. Pourtant, plus de 80 % des collectivités locales britanniques dotées de FGC ayant répondu à l’enquête de Wood et al. (2024) déclaraient utiliser les FGC pour préparer le retour en famille.

Les FGC sont parfois utilisées pour des enfants confiés pour d’autres raisons que le retour en famille. Lifelong Links est un programme britannique relativement récent, conçu par le Family Rights Group, qui porte sur les réseaux de soutien des jeunes pendant leur prise en charge et après leur sortie (Holmes et al. 2020). Il peut comprendre une FGC réunissant les personnes que l’enfant juge importantes, qu’il s’agisse de membres de sa famille ou d’autres personnes rencontrées au cours de son parcours de placement, pour planifier le soutien à venir. Les évaluations ont été positives en matière de recours au soutien à la sortie de prise en charge et de prévention de l’absence de logement, et positives ou neutres quant à la stabilité du placement (Holmes et al. 2020 ; Porter et Fowler 2024 ; Sanders, Hirneis et Picker 2024).

Bien que 71 % des collectivités locales britanniques dotées d’un service de FGC déclarent proposer des FGC d’aide précoce (Wood et al. 2024), les données sur les FGC à ce stade d’inquiétude sont rares. Une évaluation interne des FGC d’aide précoce du conseil de Camden a montré que 79 % des familles n’avaient eu besoin d’aucune nouvelle intervention d’aide précoce ou de travail social au cours des douze mois suivants (Early Intervention Foundation 2018). L’étude qualitative d’Edwards et Parkinson (2026) portant sur quatre FGC d’aide précoce décrit des expériences positives. S’agissant d’un développement plus récent, les FGC d’aide précoce n’ont pas encore fait l’objet du même éventail d’évaluations que les FGC de protection de l’enfance et de seuil du placement.

Peu d’études ont comparé explicitement les FGC dans différents contextes de protection de l’enfance, surtout au Royaume-Uni. L’étude de Marsh et Crow (1998) fait exception. Un sous-groupe de jeunes pris en charge par l’État (looked after, terme britannique) obtenait des résultats de FGC plus favorables que deux groupes différents au seuil du placement : pour la majorité de ces jeunes, les plans ont été menés à bien sur une période de six mois, avec des contacts croissants conduisant au retour dans la famille.

Cet article pose la question suivante : « Comment l’expérience des FGC par les familles et leurs effets se comparent-ils aux différents stades d’inquiétude de la protection de l’enfance ? » Plusieurs raisons justifient de s’y intéresser. Premièrement, l’usage des FGC s’étend au Royaume-Uni et l’on dispose à ce jour de peu de données en dehors de la protection de l’enfance et de la prévention du placement. Deuxièmement, la question du stade d’inquiétude est d’actualité, puisque la loi change en Angleterre pour imposer l’offre de prise de décision en groupe familial à un seul stade : la phase préalable à la procédure, ultime occasion d’éviter le placement. Ce changement intervient à la lumière des données positives d’un ECR (Taylor et al. 2024). Troisièmement, une hypothèse est ressortie de nos échanges avec les équipes de FGC au cours de l’étude : proposer des FGC à un stade plus précoce aurait plus de chances de réussir. Il importe de mettre cette hypothèse à l’épreuve.

Méthodes

L’étude à méthodes mixtes « Family Group Conferencing for children and families: Evaluation of implementation, context, and effectiveness (Family VOICE) » comprend trois volets de travail (work packages, WP) (Scourfield et al. 2024). Le WP1 a consisté à co-concevoir la théorie du programme et les questionnaires d’évaluation lors d’ateliers avec des membres de familles ayant elles-mêmes bénéficié de FGC et avec des équipes de terrain (Meindl et al., à paraître). Ces questionnaires co-conçus ont ensuite été diffusés dans le WP2, l’étude Family Views and Context (objet de cet article, voir plus bas). L’étude Service Use du WP3 est une comparaison quasi expérimentale entre des familles de collectivités locales qui proposaient ou non des FGC, portant sur leurs trajectoires dans les systèmes d’aide sociale à l’enfance et d’éducation deux ans plus tard. Cet article ne présente aucun résultat de l’étude Service Use.

Co-conception

Des ateliers ont été organisés avec des membres de familles ayant participé à des FGC sur deux sites : le borough londonien de Camden et Y Bont, une association du Gwynedd, dans le nord-ouest du pays de Galles. Les ateliers avec des jeunes ayant participé à des FGC, et avec des équipes de terrain (personnes chargées de coordonner et d’encadrer les FGC, équipes locales de travail social), ont eu lieu en ligne. Au total, cinquante-six personnes ont participé aux ateliers : vingt-cinq membres adultes de familles, sept enfants ou jeunes (de 10 à 20 ans) et vingt-quatre membres d’équipes professionnelles. Chaque groupe a participé à deux ateliers. Le premier portait sur l’élaboration d’un modèle logique des FGC, le second sur la hiérarchisation des mesures du questionnaire. Ce dernier comprenait une discussion et un classement de certaines mesures standardisées.

L’étude Family Views and Context

Dix-huit collectivités locales des quatre nations du Royaume-Uni ont accepté de participer à cette étude. Les personnes chargées de la coordination des FGC ont invité les familles orientées vers une FGC à remplir des questionnaires. Ceux-ci ont été diffusés à trois moments : dans les semaines précédant la FGC (T1), deux semaines après la FGC (T2) et six mois après la FGC (T3). Il existait treize versions différentes du questionnaire selon l’âge et le moment. Presque toutes ont été remplies en ligne (99,7 % à T1 et 99,6 % à T2), mais une version téléphonique plus courte était disponible. Les personnes qui coordonnaient les FGC ont aussi rempli un questionnaire à T2. Des familles ont pu être recrutées dans quinze des dix-huit collectivités locales. D’après les estimations fournies par la plupart des collectivités participantes sur le nombre de familles invitées à participer par les équipes de FGC, le taux de réponse des familles était d’environ 26 %. Deux cent seize familles ont rempli les questionnaires T1, mais seules 155 d’entre elles (380 personnes) ont ensuite eu une FGC et consenti à participer à l’étude. Les données de certaines familles n’ont pu être incluses faute de données de la personne chargée de la coordination. À T2, 119 familles (254 personnes) ont rempli les questionnaires, et quatre-vingt-dix-neuf familles (168 personnes) l’ont fait à T3 (figure 1 du matériel supplémentaire, voir les données supplémentaires en ligne). Compte tenu de l’importance du réseau élargi de la famille et des proches dans le processus de FGC, toute personne ayant participé à la FGC pouvait remplir un questionnaire, mais les questions étaient adaptées en conséquence : par exemple, certains items n’apparaissaient que pour les personnes répondantes qui déclaraient vivre avec le ou les enfants. À chaque questionnaire rempli, les personnes répondantes recevaient un bon d’achat de 10 £. L’approbation éthique a été accordée par le Social Care Ethics Committee de la Health Research Authority du Royaume-Uni (référence REC 23/IEC08/0029).

Variables du questionnaire

Le tableau 1 du matériel supplémentaire (voir les données supplémentaires en ligne) présente toutes les variables du questionnaire, les moments de mesure (T1, T2 et/ou T3), les sources (famille et/ou personne chargée de la coordination), la manière dont elles ont été mesurées et leur usage dans l’analyse statistique. Certaines des données recueillies étaient plus fines, mais ont dû être recodées en un nombre réduit de catégories pour que les effectifs soient suffisants pour une analyse pertinente. L’échelle d’efficacité personnelle de l’aidant n’apparaissait que pour les adultes vivant avec le ou les enfants, et la qualité de vie psychosociale de l’enfant apparaissait pour les enfants et les jeunes ainsi que pour les adultes partageant leur foyer.

Tableau 1 — Caractéristiques et effets des FGC selon le stade d’inquiétude

Pour chaque variable, par stade (AP/EB : aide précoce et enfant en besoin ; PE/SP : protection de l’enfance et seuil du placement ; EC : enfant confié) : médiane, écart interquartile (EIQ) et effectif, puis test de Kruskal-Wallis ; pour les dernières lignes, effectif et pourcentage, puis test du khi-deux.

  • Âge moyen des enfants concernés par la FGC (par famille). AP/EB : médiane 8,00, EIQ 8,50, n = 53 ; PE/SP : médiane 5,25, EIQ 6,54, n = 56 ; EC : médiane 8,50, EIQ 9,50, n = 31 ; Kruskal-Wallis H (p) : 5,47 (0,06).
  • Le réseau familial a eu son mot à dire sur le lieu de la FGC. AP/EB : médiane 4,00, EIQ 0,83, n = 42 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 1,13, n = 36 ; EC : médiane 4,00, EIQ 1,00, n = 21 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,68 (0,43).
  • Le réseau familial a eu son mot à dire sur la modalité de la FGC. AP/EB : médiane 4,00, EIQ 0,42, n = 8 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 0,44, n = 8 ; EC : médiane 4,00, EIQ 0,75, n = 6 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,49 (0,78).
  • La famille a eu son mot à dire sur les personnes invitées à la réunion. AP/EB : médiane 4,00, EIQ 1,17, n = 45 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 1,62, n = 44 ; EC : médiane 4,00, EIQ 1,00, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 2,48 (0,29).
  • Personnes présentes du côté de la mère (famille à parents de sexe différent)a. AP/EB : médiane 3,00, EIQ 2,00, n = 52 ; PE/SP : médiane 2,00, EIQ 2,00, n = 56 ; EC : médiane 2,00, EIQ 1,00, n = 22 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,47 (0,48).
  • Personnes présentes du côté du père (famille à parents de sexe différent)a. AP/EB : médiane 1,00, EIQ 2,00, n = 52 ; PE/SP : médiane 1,00, EIQ 2,00, n = 56 ; EC : médiane 2,00, EIQ 3,00, n = 22 ; Kruskal-Wallis H (p) : 2,03 (0,36).
  • Personnes présentes du côté du parent seul (famille monoparentale). AP/EB : médiane 4,00, EIQ 2,00, n = 5 ; PE/SP : médiane 3,00, EIQ 4,00, n = 6 ; EC : médiane 5,00, EIQ 3,00, n = 8 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,73 (0,69).
  • Personnes présentes du côté de l’autre parent (famille monoparentale). AP/EB : médiane 0,00, EIQ 0,50, n = 5 ; PE/SP : médiane 0,00, EIQ 3,25, n = 6 ; EC : médiane 0,00, EIQ 0,75, n = 8 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,68 (0,71).
  • Score de participation familiale : voix pendant la FGC. AP/EB : médiane 4,00, EIQ 0,51, n = 56 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 0,50, n = 57 ; EC : médiane 4,17, EIQ 0,75, n = 29 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,23 (0,89).
  • Satisfaction à l’égard de la FGC. AP/EB : médiane 4,11, EIQ 0,75, n = 45 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 1,50, n = 45 ; EC : médiane 4,00, EIQ 1,50, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,47 (0,79).
  • Les équipes de travail social comprennent la famille. AP/EB : médiane 3,63, EIQ 1,00, n = 44 ; PE/SP : médiane 3,25, EIQ 1,00, n = 45 ; EC : médiane 4,00, EIQ 1,00, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,87 (0,39).
  • Respect de la culture familiale. AP/EB : médiane 4,33, EIQ 0,67, n = 46 ; PE/SP : médiane 4,25, EIQ 0,67, n = 45 ; EC : médiane 4,00, EIQ 0,63, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,64 (0,44).
  • Temps de préparation (heures déclarées par la coordination). AP/EB : médiane 14,00, EIQ 12,00, n = 56 ; PE/SP : médiane 12,00, EIQ 13,75, n = 62 ; EC : médiane 15,00, EIQ 12,00, n = 31 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,19 (0,91).
  • Communication familiale (deux semaines après). AP/EB : médiane 3,00, EIQ 1,17, n = 45 ; PE/SP : médiane 3,00, EIQ 1,50, n = 45 ; EC : médiane 3,00, EIQ 1,00, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,43 (0,49).
  • Communication avec les équipes de travail social (deux semaines après). AP/EB : médiane 2,00, EIQ 0,50, n = 42 ; PE/SP : médiane 2,00, EIQ 0,38, n = 44 ; EC : médiane 2,00, EIQ 0,88, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,50 (0,78).
  • Plan mis en œuvre (six mois après). AP/EB : médiane 2,67, EIQ 1,00, n = 38 ; PE/SP : médiane 3,00, EIQ 1,00, n = 39 ; EC : médiane 3,00, EIQ 1,00, n = 17 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,15 (0,93).
  • Enfant perçu comme en sécurité (deux semaines après). AP/EB : médiane 4,50, EIQ 1,00, n = 45 ; PE/SP : médiane 4,67, EIQ 1,00, n = 45 ; EC : médiane 4,33, EIQ 1,00, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,70 (0,70).
  • FGC jugée importante pour la sécurité de l’enfant (deux semaines après). AP/EB : médiane 4,00, EIQ 0,88, n = 45 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 0,96, n = 45 ; EC : médiane 4,00, EIQ 1,00, n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 2,47 (0,29).
  • Enfant perçu comme en sécurité (six mois après). AP/EB : médiane 4,42, EIQ 1,33, n = 40 ; PE/SP : médiane 4,50, EIQ 1,00, n = 39 ; EC : médiane 4,75, EIQ 1,00, n = 18 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,12 (0,57).
  • FGC jugée importante pour la sécurité de l’enfant (six mois après). AP/EB : médiane 4,00, EIQ 1,50, n = 37 ; PE/SP : médiane 4,00, EIQ 1,00, n = 39 ; EC : médiane 4,25, EIQ 1,94, n = 18 ; Kruskal-Wallis H (p) : 3,36 (0,19).
  • Famille entièrement blanche. AP/EB : 53 (92,98 %) ; PE/SP : 54 (84,38 %) ; EC : 26 (83,87 %) ; Test du khi-deux : 0,51 (0,77)b.
  • Famille pas entièrement blanche. AP/EB : 4 (7,02 %) ; PE/SP : 10 (15,62 %) ; EC : 5 (16,13 %).
  • Vit au sein de la famille élargie après la FGC (deux semaines après). AP/EB : 40 (90,91 %) ; PE/SP : 32 (86,49 %) ; EC : 15 (55,56 %) ; Test du khi-deux : 0,33 (0,85)b.
  • Hébergement mixte après la FGC (deux semaines après). AP/EB : 3 (6,82 %) ; PE/SP : 1 (2,70 %) ; EC : 3 (11,11 %).
  • Ne vit pas au sein de la famille élargie après la FGC (deux semaines après). AP/EB : 1 (2,27 %) ; PE/SP : 4 (10,81 %) ; EC : 9 (33,33 %).
  • Vit au sein de la famille élargie après la FGC (six mois après). AP/EB : 38 (95,00 %) ; PE/SP : 31 (81,58 %) ; EC : 10 (58,82 %) ; Test du khi-deux : 0,96 (0,09)b.
  • Hébergement mixte après la FGC (six mois après). AP/EB : 0 (0,00 %) ; PE/SP : 2 (5,26 %) ; EC : 3 (17,65 %).
  • Ne vit pas au sein de la famille élargie après la FGC (six mois après). AP/EB : 2 (5,00 %) ; PE/SP : 5 (13,16 %) ; EC : 4 (23,53 %).

a Réponses « tous » exclues, ainsi qu’une famille dont les parents avaient eu des FGC séparées mais pour laquelle aucune information n’était fournie sur celle qui concernait le père. b Les tests examinent les différences entre les trois catégories du processus de protection de l’enfance quant au nombre de familles dont les enfants vivent au sein de la famille élargie (deux semaines et six mois après la FGC) et quant au nombre de familles identifiées comme blanches.

Recueil des données qualitatives

Dans le questionnaire T2, on a demandé aux membres des familles ayant récemment participé à une FGC d’indiquer si un entretien complémentaire leur convenait. Au total, 186 personnes ont manifesté un intérêt initial et toutes ont été contactées par courriel. Un échantillonnage raisonné a été adopté, visant à recruter à peu près le même nombre de personnes (une dizaine) dans chacune des trois grandes catégories de stade d’intervention de la protection de l’enfance, telles qu’indiquées dans le tableau 1 du matériel supplémentaire (voir les données supplémentaires en ligne) : (1) l’aide précoce et l’enfant en besoin (AP/EB) ; (2) la protection de l’enfance et le seuil du placement (PE/SP) ; et (3) l’enfant confié (EC). L’objectif d’une trentaine d’entretiens était pragmatique, fondé sur l’expérience antérieure de l’effectif nécessaire pour couvrir un éventail d’expériences et susceptible d’atteindre la saturation. Un bon d’achat de 20 £ était proposé à chaque personne interviewée, comme incitation et en « remerciement ».

Sur une période de trois mois, trente et un entretiens individuels semi-directifs ont été menés par téléphone ou en ligne. Quatre autres personnes se sont proposées, mais n’ont pas été retenues, la saturation ayant été atteinte. Bien que toute personne ayant participé à une FGC fût éligible, quel que soit son lien avec l’enfant concerné, l’ambition initiale était de couvrir un éventail de genres et de liens familiaux. Toutefois, trop peu de personnes se sont proposées pour permettre une sélection, si bien que l’échantillon finalement constitué relevait en partie de la commodité pour les facteurs autres que le stade d’intervention de la protection de l’enfance. Les personnes interviewées ont été recrutées dans douze des quinze collectivités locales participantes et dans chacune des quatre nations du Royaume-Uni. Le consentement écrit n’a pu être obtenu pour six des trente et une personnes participantes : ces entretiens ont donc été supprimés, ce qui laisse vingt-cinq personnes interviewées, dont les caractéristiques démographiques figurent dans le tableau 2 du matériel supplémentaire (voir les données supplémentaires en ligne).

Tableau 2 — Évolution sociale et psychologique des membres de la famille, deux semaines et six mois après la FGC, selon le stade d’inquiétude de la protection de l’enfance

Changement entre T1 et T2 ou T3, par stade (AP/EB, PE/SP, EC) : médiane (écart interquartile) et effectif, puis test de Kruskal-Wallis.

  • Efficacité personnelle, T1-T2. AP/EB : médiane (EIQ) 0,01 (0,15), n = 34 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,03 (0,19), n = 36 ; EC : médiane (EIQ) 0,00 (0,18), n = 16 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,15 (0,93).
  • Efficacité personnelle, T1-T3. AP/EB : médiane (EIQ) 0,03 (0,19), n = 28 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,04 (0,14), n = 26 ; EC : médiane (EIQ) 0,09 (0,13), n = 8 ; Kruskal-Wallis H (p) : 7,07 (0,03).
  • Fonctionnement familial, T1-T2. AP/EB : médiane (EIQ) 0,00 (0,28), n = 34 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,00 (0,30), n = 36 ; EC : médiane (EIQ) 0,03 (0,49), n = 16 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,19 (0,91).
  • Fonctionnement familial, T1-T3. AP/EB : médiane (EIQ) 0,07 (0,35), n = 28 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,07 (0,22), n = 25 ; EC : médiane (EIQ) 0,11 (0,33), n = 8 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,27 (0,87).
  • Bien-être des adultes, T1-T2. AP/EB : médiane (EIQ) 0,08 (0,25), n = 45 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,08 (0,27), n = 45 ; EC : médiane (EIQ) 0,05 (0,23), n = 27 ; Kruskal-Wallis H (p) : 1,57 (0,46).
  • Bien-être des adultes, T1-T3. AP/EB : médiane (EIQ) 0,03 (0,26), n = 40 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,04 (0,35), n = 39 ; EC : médiane (EIQ) 0,04 (0,34), n = 18 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,24 (0,89).
  • Santé psychosociale de l’enfant, T1-T2. AP/EB : médiane (EIQ) 0,13 (0,27), n = 30 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,02 (0,12), n = 28 ; EC : médiane (EIQ) 0,11 (0,38), n = 14 ; Kruskal-Wallis H (p) : 0,82 (0,66).
  • Santé psychosociale de l’enfant, T1-T3. AP/EB : médiane (EIQ) 0,01 (0,27), n = 24 ; PE/SP : médiane (EIQ) 0,19 (0,37), n = 18 ; EC : médiane (EIQ) 0,08 (0,22), n = 8 ; Kruskal-Wallis H (p) : 4,05 (0,13).

On a demandé aux personnes interviewées de partager leur expérience de la réunion de FGC et du rôle de la personne chargée de la coordination, ainsi que les changements marquants survenus dans leur vie depuis la FGC. La structure du guide d’entretien (voir https://doi.org/10.17035/cardiff.32257299) a orienté l’approche de l’analyse des données (voir plus bas) et la présentation des résultats. Les thèmes abordés comprenaient le rôle de la personne chargée de la coordination, le déroulement de la réunion de FGC, le rôle de la collectivité locale, un retour sur ce qui s’est passé depuis la FGC et les avis sur la manière d’améliorer l’expérience de la FGC.

Analyse

L’analyse quantitative des données des questionnaires s’est déroulée en deux étapes. D’abord, les aspects du contexte et des effets des FGC ont été classés selon le stade d’inquiétude au sujet du ou des enfants, et des statistiques descriptives ont été produites. Ensuite, des tests statistiques ont été réalisés. Un test de Shapiro-Wilk a d’abord permis d’examiner si les variables continues suivaient une distribution normale. Les résultats ont montré des écarts significatifs à la normalité (P < 0,05) pour au moins l’un des trois stades d’inquiétude, pour chaque variable dépendante. Des tests de Kruskal-Wallis ont donc été utilisés pour évaluer les différences entre les trois stades. Lorsque des résultats statistiquement significatifs étaient obtenus (P < 0,05), des tests post hoc de Dunn avec correction de Bonferroni ont été réalisés pour déterminer quelles catégories différaient. Les analyses ont été effectuées avec le logiciel Python.

Pour les proportions issues de données de comptage, des tests du khi-deux ont été utilisés pour examiner les différences entre les trois catégories du processus de protection de l’enfance. Lorsque le test du khi-deux global indiquait des différences significatives entre les trois catégories, des tests du khi-deux par paires ont ensuite été réalisés entre chaque paire de catégories pour déterminer où se situaient ces différences. Le test du khi-deux était approprié, car toutes les variables avaient des effectifs totaux ≥ 20 et respectaient la condition selon laquelle tous les effectifs théoriques des cellules étaient ≥ 5 (ou au moins 80 % d’entre eux ≥ 5, aucun n’étant < 1).

Les effets mesurés aux trois moments étaient la santé psychosociale de l’enfant, le bien-être des adultes, le sentiment d’efficacité personnelle et le fonctionnement familial. Le changement a été calculé de T1 à T2 et de T1 à T3. L’analyse a été menée à l’échelle de la famille plutôt qu’à l’échelle individuelle : lorsque plusieurs personnes d’une même famille avaient rempli des questionnaires, on a utilisé la réponse moyenne par famille. Pour les scores de santé psychosociale de l’enfant, un score combiné a été calculé à partir des réponses des enfants et des adultes d’une même famille. Lorsque les deux séries de réponses étaient disponibles, chacune (enfants et adultes) a été pondérée à parts égales, soit 50 %.

Les entretiens semi-directifs ont été transcrits, et les transcriptions anonymisées importées dans le logiciel QSR NVivo V.12 pour faciliter le codage. Une analyse thématique qualitative a été adoptée, centrée sur l’identification, la description et l’analyse des thèmes implicites et explicites de l’ensemble des données (Guest, MacQueen et Namey 2012). Elle a comporté deux processus. D’abord, des thèmes descriptifs ont été repérés et construits à partir de l’expérience qu’avaient les personnes participantes de la réunion de FGC et du rôle de la personne chargée de la coordination. Ensuite, les changements rapportés depuis la FGC ont été interprétés et mis en correspondance avec les mécanismes et les effets identifiés dans le modèle logique initial de l’étude, tout en laissant émerger des données de nouveaux mécanismes et de nouveaux effets et en laissant place à des thèmes inattendus. Dans les deux processus, l’analyse a consisté à repérer à la fois les similitudes et les différences entre les trois stades d’inquiétude de la protection de l’enfance.

Les données quantitatives et qualitatives ont été analysées simultanément, puis les résultats ont été réunis et comparés dans un processus d’interprétation intégrée. On parlerait généralement d’un processus à méthodes mixtes parallèle convergent (Creswell et Plano Clark 2018).

Résultats

Recherche quantitative

Sur les 155 familles ayant fourni des données pour l’analyse, la plupart relevaient soit du stade aide précoce/enfant en besoin (n = 57), soit du stade protection de l’enfance/seuil du placement (n = 64), les FGC concernant des enfants confiés étant moins nombreuses (n = 31) (figure 1 du matériel supplémentaire, voir les données supplémentaires en ligne). Le tableau 1 montre la variation des caractéristiques et des effets des FGC selon le stade d’inquiétude, et le tableau 2 présente les résultats pour le sous-ensemble des effets mesurés aux trois moments.

Le résultat le plus frappant et le plus constant est l’absence de différence significative entre les trois stades d’inquiétude, sur presque toutes les mesures. Le tableau 1 montre que, dans les trois catégories, les familles déclaraient de façon constante avoir eu leur mot à dire sur le lieu de la FGC, sa modalité (en ligne ou en présentiel) et les personnes invitées aux réunions. Le nombre de personnes venues des différentes branches de la famille était globalement comparable d’un stade à l’autre. L’appréciation de la communication, tant au sein de la famille qu’entre la famille et les équipes de travail social, était semblable. La compréhension de la famille par les équipes de travail social (du point de vue des membres de la famille) était la plus faible dans la catégorie protection de l’enfance/seuil du placement, comme on pouvait s’y attendre, mais les différences entre les trois stades pour cet item n’étaient pas statistiquement significatives. La mise en œuvre du plan, le sentiment que l’enfant était en sécurité et le sentiment que la FGC y avait contribué étaient également semblables d’un stade d’inquiétude à l’autre. La satisfaction globale était constamment élevée, avec des notes moyennes de quatre sur une échelle en cinq points.

De manière générale, dans les trois catégories, on n’observait que des changements très faibles et non significatifs dans le temps pour les effets mesurés à plusieurs moments (tableau 2). Les changements du sentiment d’efficacité personnelle entre T1 et T3 font exception. Le test de Dunn (tableau 3 du matériel supplémentaire, voir les données supplémentaires en ligne) a montré une diminution significative du sentiment d’efficacité personnelle entre T1 et T3 dans le groupe aide précoce par rapport au groupe enfant confié (P = 0,039). Il faut toutefois souligner que l’effectif du groupe enfant confié était très faible à T3 (n = 8).

Recherche qualitative

Les thèmes issus de l’analyse qualitative portent sur l’expérience que les personnes participantes ont eue du processus de FGC, sur les mécanismes centraux et sur les effets de l’intervention. Les trois ensembles de thèmes s’intéressent aux similitudes et aux différences entre les trois stades d’inquiétude de la protection de l’enfance : (1) aide précoce et enfant en besoin (AP/EB) ; (2) protection de l’enfance et seuil du placement (PE/SP) ; (3) enfant confié (EC).

L’expérience de la FGC

Dans l’ensemble, les personnes participantes ont fait état d’expériences positives des FGC, notamment dans trois domaines de la participation.

À tous les stades d’inquiétude, les personnes participantes ont décrit une expérience positive de la préparation de la réunion de FGC par la personne chargée de la coordination et de l’organisation pratique. Les aspects positifs de la préparation, présents dans les trois catégories, concernaient le calendrier ainsi que les formes et le niveau de communication (AP/EB 5 personnes sur 8, PE/SP 6 sur 9, EC 5 sur 8). En voici un exemple, chez cette mère :

Elle a fait un travail formidable… Elle a veillé à ce que nous soyons en communication constante. Donc, on s’est parlé par WhatsApp, par téléphone, par courriel. Mais elle veille toujours à nous prévenir bien à l’avance. (Mère 11, PE/SP)

La seule expérience négative rapportée concernait une mère de la catégorie EC, qui avait subi un retard dans l’organisation de la FGC :

Je crois que ça a pris huit semaines, ou six semaines, donc j’y pensais constamment, et j’ai l’impression qu’on aurait pu trouver une solution en famille. (Mère 17, EC)

Pendant cette période de communication entre la personne chargée de la coordination et les membres de la famille, un constat revenait dans les trois catégories : la souplesse accordée quant au calendrier et au format de la réunion.

Il s’est adapté à mon emploi du temps, à ce que je pouvais faire et à ce que je ne pouvais pas faire. (Mère 1, AP/EB)

Pour plusieurs familles, un format souple était important compte tenu de la géographie ainsi que des engagements personnels et professionnels, comme le montre l’extrait suivant :

Elle a préparé et organisé le moment où tout le monde pourrait y aller… c’était loin de chez nous. Elle a réglé tout ça, et elle a aussi organisé un appel Zoom pour une de mes filles qui ne pouvait pas venir. L’autre a répondu par une lettre, parce qu’elle est infirmière et ne pensait pas pouvoir se libérer. (Grand-parent 25, EC)

De même, lorsque la sécurité ou l’intérêt supérieur de membres de la famille étaient en jeu, des réunions séparées étaient parfois organisées :

C’est une autre chose que j’ai vraiment appréciée, le fait qu’ils aient pris le temps de faire les conférences séparément… parce que je ne me serais pas assise dans la même pièce que lui… (Mère 6, EC)

Les personnes participantes ont décrit une expérience positive du rôle de la personne chargée de la coordination pendant la réunion de FGC elle-même. Ce constat revenait de façon constante aux trois stades d’inquiétude, sans aucun cas négatif. Le rôle de la personne chargée de la coordination était jugé essentiel pour garantir le caractère démocratique de la conférence, où chaque personne avait la même possibilité d’exprimer ses sentiments et ses opinions. Pour la mère suivante, il était particulièrement important que ce processus permette à tout le monde de poser des questions :

Elle a veillé à ce que tout le monde puisse faire passer son point de vue et à ce qui devait être fait pour la suite… genre, toutes les personnes qui avaient une question ont réussi à la poser et à obtenir une réponse. (Mère 1, AP/EB)

On retrouvait aussi, dans les trois catégories, l’importance du savoir-faire de la personne chargée de la coordination pour trouver le juste degré d’implication, comme l’exprime l’extrait suivant :

Il s’est impliqué, mais pas de manière envahissante. Il nous a en quelque sorte aidés à voir l’autre côté des choses, d’une certaine façon. Donc il s’est impliqué, mais je n’ai jamais eu l’impression qu’il dépassait les limites, ou… ou quoi que ce soit de ce genre. (Mère 6, EC)

Pour trouver cet équilibre, il était essentiel de laisser aux membres de la famille le temps et l’espace matériels pour discuter et trouver leurs propres solutions, la personne chargée de la coordination quittant la réunion pendant un moment. C’est ce qu’on appelle le « temps familial privé » :

Genre, je sais que pendant la réunion, mais elle ne nous a pas pressés, elle n’a pas dit : bon, vous avez une demi-heure. Elle disait : prenez tout le temps qu’il vous faut et appelez-moi quand vous voudrez que je revienne. (Tante 13, AP/EB)

Aux trois stades, les personnes participantes ont souligné de façon positive que la FGC offrait un cadre sûr pour parler (AP/EB 6 personnes sur 8, PE/SP 6 sur 9, EC 5 sur 8), sans aucune expérience négative rapportée. Un sentiment de sécurité était décrit dans les réunions, où chaque personne pouvait exprimer ses émotions et ses sentiments en présence des membres de la famille et des équipes professionnelles :

J’ai pu m’ouvrir et parler de la situation et de ce que je ressentais. Oui, ça en a vraiment fait un environnement sûr, maintenant, pour pouvoir parler de tout ce qui s’est passé. (Mère 2, AP/EB)

De même, la réunion de FGC offrait un espace pour partager des expériences difficiles avec d’autres membres de la famille qui n’en avaient pas connaissance jusque-là, comme dans l’extrait suivant :

Je ne sais pas ce qu’ils savaient de ce qui se passait, mais je suppose que c’est un espace où ils peuvent… vous savez, ils… ils apprennent ce que vous traversez, non ? (Mère 20, PE/SP)

Les mécanismes perçus de l’intervention

Les personnes participantes ont évoqué deux mécanismes centraux par lesquels, selon elles, l’intervention produirait des effets.

Le premier mécanisme, repéré surtout dans les entretiens avec des membres de familles des stades AP/EB et EC, consistait à éprouver un sentiment d’inclusion et à avoir une « voix » dans la famille à la suite de la réunion de FGC. Ce mécanisme semble activé par le cadre sûr créé par la réunion de FGC, qui permettait aux expériences et aux sentiments d’être à la fois partagés et entendus, comme dans les extraits suivants :

Je me sens plus incluse dans la situation, alors qu’avant j’étais un peu comme une paria, mais après la réunion, on m’a confié le rôle d’aider grand-père à garder la tête hors de l’eau et d’aller aux réunions avec lui, donc la conférence m’a donné cette occasion de dire que j’aimerais être là pour grand-père. (Tante 13, AP/EB)

Je me sens vraiment écoutée. Je me sens soutenue… Je pense que ce qui a aidé avec cette conférence familiale… parce que, dans cette situation, mon enfant revenait vivre avec moi, alors je me suis vraiment sentie écoutée, parce qu’au bout du compte, c’est moi qui tiens le volant. (Mère 28, EC)

De même, pour la mère suivante, la réunion a été l’occasion de rééquilibrer en partie le déséquilibre de pouvoir qu’elle ressentait entre elle et les équipes de travail social, et de lui donner une « voix » :

Je n’aimais pas trop la confrontation quand je parlais avec le service social… c’était dur pour moi de, genre, prendre la parole et… et d’être entendue. Je faisais avec, c’est tout. Mais ça a tout changé : maintenant j’ai une voix, je peux parler, c’est moi qui ai l’autorité parentale, et oui, il y a des choses que je dis avec lesquelles vous ne serez peut-être pas d’accord, mais je vais quand même… je vais quand même… je vais quand même donner mon avis. (Mère 15, AP/EB)

Le second mécanisme concernait la manière dont la FGC donnait aux membres de la famille et aux proches l’occasion de réfléchir à leur motivation et à leur capacité à soutenir le ou les parents et l’enfant concernés par la FGC. Ce mécanisme ressortait principalement des contextes légaux PE/SP et EC :

C’était assez intéressant, genre, je pense… parce qu’on se connaît déjà de toute façon, mais c’était assez intéressant pour nous de nous retrouver dans une même pièce et de comprendre en quelque sorte ce que chaque personne propose pour aider les autres, et ça a sans doute montré ce que chaque personne ressent face à la situation. (Proche de la famille 7, EC)

Pour la tante suivante, l’activation de ce mécanisme l’a conduite à décider de ne plus soutenir sa sœur, après avoir réfléchi à une précédente réunion de FGC et au soutien qu’elle avait alors apporté :

Je pense que c’était un bon tremplin et, vous savez, si c’est votre premier tour de piste, c’est vraiment un endroit formidable, mais pas pour un deuxième round. Ça n’a rien à voir avec la personne qui coordonnait ni avec le processus, mais je ne veux absolument plus rien avoir à faire avec ça maintenant… c’était le deuxième round pour moi, et je ne peux pas recommencer… (Tante 9, PE/SP)

Les effets perçus de l’intervention

Les personnes participantes ont rapporté deux effets clés, activés par les mécanismes perçus.

Les personnes participantes, en particulier dans la catégorie AP/EB (5 personnes sur 8), ont décrit une communication accrue entre les membres de la famille et la reconstruction de relations auparavant distantes ou difficiles. Par exemple, dans l’extrait suivant, une mère revient sur l’amélioration de sa relation avec son père :

Ça a aussi construit une relation entre mon père et moi, parce qu’on n’avait pas la meilleure des relations quand je grandissais. Donc ça nous a aussi rapprochés. Le fait de pouvoir en parler et de s’ouvrir, en quelque sorte, ça a comme construit un pont. (Mère 1, AP/EB)

Le beau-père suivant explique comment la réunion, en lui permettant d’être ouvert et honnête sur les problèmes qu’il rencontrait, a rendu possible une relation plus positive avec les autres membres de la famille :

Au début, on mentait sur la drogue et tout ça, et puis une fois qu’on a tout avoué, maintenant on dirait que tout se passe plutôt bien. (Beau-père 10, AP/EB)

De même, un autre effet était le soutien accru des membres de la famille et des proches après la FGC.

Aux trois stades, les personnes participantes ont fait état d’un soutien familial accru (AP/EB 4 personnes sur 8, PE/SP 4 sur 9, EC 4 sur 8). En voici un exemple, dans l’extrait suivant d’une mère qui revient sur le soutien accru de ses parents :

Ils les prennent régulièrement, donc si je leur dis juste : « Oh, vous pouvez les prendre pour ça ? Je… », ou si je les appelle pour dire : « Écoutez, vous pouvez les prendre deux ou trois heures ? » Avant la conférence, ça aurait été non… Donc ça a énormément changé. (Mère 2, AP/EB)

Cependant, plusieurs membres de familles du stade AP/EB (4 personnes sur 8) ont fait état d’un manque de soutien de leur collectivité locale après la FGC, les membres de la famille ayant le sentiment qu’on leur en demandait trop, comme l’a vécu cette tante, pour qui la FGC était le moyen par lequel cela se produit :

Je ne sais pas, pour moi, c’était… c’était les services sociaux qui refilaient encore une fois le travail à quelqu’un d’autre, c’est à ça que servent ces trucs, et… oui, parfois, ce n’est pas l’aide dont on a besoin. (Tante 13, AP/EB)

Les autres expériences négatives rapportées en entretien ne concernaient pas, en réalité, la FGC en tant que telle, mais les équipes de travail social de la collectivité locale qui suivaient les familles. Présente surtout dans les contextes PE/SP (6 personnes sur 9) et EC (5 sur 8), cette négativité tenait au fait que des membres de la famille ne voulaient pas de l’équipe de travail social à la réunion de FGC, faute de confiance ; ou que les équipes de travail social ne mettaient pas en œuvre le plan de prise en charge après la FGC ; ou encore à l’agacement suscité par les changements répétés dans le suivi social pendant et après le processus de FGC.

Discussion

L’étude Family Views and Context a examiné la manière dont le contexte de mise en œuvre influe sur l’expérience des FGC et sur leurs effets, cet article portant sur le contexte particulier du stade d’inquiétude de la protection de l’enfance. À notre connaissance, l’étude dispose du plus large échantillon de familles rendant compte de leur expérience de toutes les études britanniques sur les FGC à ce jour, même si d’autres (par exemple Mason et al. 2017 ; Taylor et al. 2024) ont eu des échantillons plus larges issus de données administratives.

Le résultat d’ensemble est une faible variation entre les trois stades : aide précoce et enfant en besoin ; protection de l’enfance et seuil du placement ; enfant confié. C’était le cas pour les données quantitatives des questionnaires sur les facteurs de mise en œuvre et les effets, comme pour les entretiens qualitatifs, où les familles décrivaient, quel que soit le stade, des expériences positives globalement semblables de la préparation, de la conduite de la réunion et du sentiment d’avoir une voix dans un cadre sûr. Pris ensemble, ces éléments désignent des mécanismes communs susceptibles d’opérer indépendamment du stade.

Deux configurations de contexte, de mécanismes et d’effets, cohérentes avec notre modèle logique, peuvent être identifiées, à titre provisoire, à partir des entretiens qualitatifs. Premièrement, lorsque les personnes chargées de la coordination préparent les FGC tôt et avec souplesse (C), un sentiment d’appropriation se développe chez les membres de la famille élargie (M), ce qui favorise à son tour, au sein des familles, une communication plus claire, une implication plus large dans les soins aux enfants et une planification pragmatique (E). Deuxièmement, les composantes de l’intervention que sont une réunion structurée, une animation équilibrée et le temps familial privé, mises en œuvre avec succès grâce à une pratique de coordination habile et proactive (C), ont permis la sécurité psychologique et la prise de parole (M), produisant des engagements des membres de la famille élargie à apporter un soutien concret et une meilleure communication intrafamiliale (E). Les mécanismes centraux étaient décrits de manière assez constante dans les entretiens et étayés par l’analyse quantitative, ce qui suggère que la manière dont les FGC sont mises en œuvre pourrait compter davantage que le moment où elles sont proposées dans le parcours d’intervention du travail social, du moins pour les effets proximaux mesurés ici. Les deux configurations CME rejoignent la revue réaliste de Stabler et al. (2025) sur la manière dont les FGC peuvent prévenir le placement hors du foyer ; nous en déduisons, sur le plan théorique, que les FGC peuvent fonctionner de façon semblable à d’autres stades d’inquiétude.

Pour revenir au résultat d’ensemble, soit la faible différence entre les catégories, les tests statistiques n’ont mis en évidence aucune différence significative pour sept des huit effets mesurés aux trois moments. L’unique différence significative reposait en outre sur huit familles seulement dans la catégorie enfant confié lors du suivi à six mois : elle ne doit donc pas être considérée comme une preuve définitive. Les entretiens qualitatifs ont montré de manière constante, dans toutes les catégories, des expériences positives de la préparation et de la conduite de la réunion de FGC, ainsi que d’une réunion vécue comme un lieu sûr où les opinions pouvaient être entendues. Les changements des effets mesurés à plusieurs moments étaient faibles ; toutefois, dans les trois catégories, des notes élevées ont été attribuées à la sécurité perçue de l’enfant (et au rôle de la FGC dans celle-ci) et au fait que les familles avaient leur mot à dire, tant dans l’organisation pratique de la FGC que pendant la réunion elle-même. La participation des familles aux décisions importantes concernant les enfants est considérée par beaucoup, y compris par les familles elles-mêmes (Mitchell 2020), comme le but principal d’une FGC et comme un effet important en soi.

La catégorie aide précoce est celle pour laquelle les données de recherche sont, à ce jour, les plus rares au niveau international. Notre étude apporte des données préliminaires suggérant que les FGC pourraient être associées à certains effets positifs pour ces familles, comme le montrent les résultats des questionnaires sur la satisfaction, la participation, la communication, la santé psychosociale de l’enfant et le gain à court terme du sentiment d’efficacité personnelle, ainsi que les résultats qualitatifs sur l’amélioration de la communication et du soutien au sein de la famille. Ces résultats qualitatifs positifs font écho à ceux de nombreuses autres études menées au fil des années sur les FGC à des stades plus avancés de l’inquiétude en protection de l’enfance (par exemple Holland et al. 2005 ; Mutter et al. 2008 ; Mason et al. 2017 ; Stabler et al. 2025).

En résumé, nos résultats désignent des mécanismes communs, dépendants de la mise en œuvre (notamment une préparation de grande qualité, une animation équilibrée et le temps familial privé), qui semblent opérer aux différents stades d’intervention. Dans les limites de la puissance statistique, de la mesure et de la structure des catégories, nous avons relevé très peu de différences liées au stade sur les effets proximaux évalués.

Limites

Plusieurs limites importantes doivent être signalées. Premièrement, le taux de réponse à l’enquête quantitative était faible. La baisse des taux de réponse est malheureusement une tendance mondiale, qui s’explique au moins en partie par la prolifération des enquêtes en ligne (Eggleston 2024). Avec le recul, si l’équipe de recherche avait travaillé de manière plus intensive avec un plus petit nombre de collectivités locales, le taux de réponse aurait peut-être été meilleur. Deuxièmement, l’étude Family Views and Context est une étude à bras unique, sans groupe de comparaison composé de familles n’ayant pas bénéficié de FGC. Troisièmement, le regroupement choisi pour les stades d’inquiétude aura une incidence importante sur les résultats. Si nous avions découpé l’échantillon autrement, nous aurions peut-être observé davantage de variation entre les catégories. Au sein de nos catégories, l’éventail des situations était large : par exemple, la catégorie aide précoce et enfant en besoin comprenait certaines familles aux problèmes relativement légers et d’autres aux problèmes beaucoup plus graves, pour lesquelles un plan de protection de l’enfance semblait probable. Tout bien considéré, nos regroupements ont toutefois une certaine crédibilité et ont, pour la plupart, fourni des effectifs suffisants pour l’analyse comparative.

Une quatrième question tient à un possible biais de sélection dans l’échantillon des entretiens. Environ une personne sur six parmi celles qui s’étaient déclarées prêtes à être interviewées a ensuite répondu pour organiser l’entretien. Ces personnes étaient très positives au sujet de leur expérience de la FGC, mais il se pourrait bien que les personnes ayant eu une expérience plus positive aient été proportionnellement plus disposées à être interviewées. Enfin, nous notons que les membres de familles de la catégorie aide précoce/enfant en besoin s’exprimaient davantage et s’engageaient plus dans l’entretien, tandis que les membres de la catégorie protection de l’enfance/seuil du placement semblaient plus réticents à partager en détail leur expérience du processus de FGC. Les études sur le regard des parents sur le processus de protection de l’enfance montrent qu’ils vivent le système comme indifférent et rigide, marqué par un déséquilibre de pouvoir qui les laisse souvent avec un sentiment de honte et une réticence à s’exprimer ou à parler de leur expérience aux équipes professionnelles et aux membres de la famille (Smithson et Gibson 2017 ; Gibson 2020). Il se peut que des entretiens de recherche comportant des questions sur le processus de protection de l’enfance aient ravivé des sentiments de honte et, partant, une réticence à se confier.

Implications pour les politiques et la pratique

Les personnes favorables aux FGC pourraient considérer ces résultats comme globalement positifs. Alors que le gouvernement anglais s’apprête à imposer les FGC uniquement en phase préalable à la procédure, nos résultats d’ensemble, qui montrent certains effets semblables des FGC à tous les stades du processus de protection de l’enfance, pourraient plaider pour que les FGC soient proposées davantage, à un plus grand nombre de familles, au-delà du contexte assez étroit de la phase préalable à la procédure. Cela renforcerait la voix des familles dans un système de protection de l’enfance où les décisions concernant les enfants tendent à être pilotées par les équipes professionnelles. En particulier, le groupe aide précoce/enfant en besoin était jusqu’ici le moins étudié, et ces familles présentaient des effets prometteurs, même si, comme dans les autres catégories, les effets mesurés aux trois moments évoluaient relativement peu. Les FGC ne sont qu’une intervention relativement légère, et une analyse distincte tirée de la même étude (Liao et al. 2026) montre l’importance, pour des effets positifs sur les familles, d’autres services de soutien en plus des FGC.

Au moins tant que l’on ne disposera pas de davantage de données sur ces questions, les collectivités locales et les responsables des politiques publiques devraient donc donner la priorité à des normes de mise en œuvre homogènes et envisager une offre de FGC à tous les stades, sans perdre de vue les besoins propres à chaque stade (par exemple la réparation des relations dans un contexte de protection de l’enfance, la gestion des attentes pour les enfants confiés). Le risque existe que, sans ressources supplémentaires, multiplier les FGC dilue les qualités mêmes qui les rendent efficaces pour les familles au stade protection de l’enfance/seuil du placement. Si une offre généralisée de pleine qualité n’est pas possible compte tenu des contraintes de ressources, nos résultats pourraient aussi être lus comme un argument pour privilégier la qualité sur la quantité.

Implications pour la recherche

Des recherches plus approfondies seraient utiles pour comparer davantage les FGC à ces différents stades d’inquiétude de la protection de l’enfance. Elles pourraient recourir à des méthodes qualitatives comme l’observation et des entretiens suivant les familles dans le temps ; l’analyse quantitative de données administratives offrirait des jeux de données plus importants et un meilleur accès aux données sur les effets à l’échelle du système. Notre étude Service Use, à paraître (Scourfield et al. 2024), utilise des données administratives pour mesurer les effets des FGC sur le recours aux services à différents stades d’inquiétude, mais il faudra aller plus loin.

Complexe Systémique : à retenir

Pour une lecture systémique, cette étude a le mérite de mettre à l’épreuve une intuition répandue dans les équipes : une conférence familiale réussirait mieux si on la proposait tôt. Les données de 155 familles ne la confirment pas. Que la famille relève de l’aide précoce, de la protection de l’enfance ou du placement, l’expérience décrite est la même, et ce qui semble agir tient au dispositif : une préparation souple, une animation équilibrée, un temps familial privé où la famille élabore seule son plan. Autrement dit, le levier est moins le moment que la qualité du cadre qui permet au réseau de se parler et de se répartir le soutien. Les limites sont nettes et l’équipe les assume : faible taux de réponse, absence de groupe de comparaison, effectifs réduits pour les enfants confiés, entretiens surtout avec des familles satisfaites. Pour la clinique, on retiendra aussi le revers signalé en aide précoce : quand le service se retire, la conférence peut devenir une manière de transférer la charge sur la famille. À lire avec l’exemple détaillé d’évaluation réaliste appliquée aux conférences familiales de protection, et avec l’analyse d’un service de conférences familiales en aide précoce.

Notes de l’original

Remerciements. L’équipe remercie chaleureusement les membres des familles et les équipes de terrain qui ont participé aux ateliers de co-conception de l’étude, ainsi que les membres du Families Research Advisory Group, qui ont conseillé l’équipe sur la conception et la conduite de la recherche tout au long de l’étude.

Liens d’intérêts. Jonathan Scourfield siège au conseil d’administration (trustee) du Family Rights Group, qui promeut le recours aux conférences familiales.

Financement. Cette recherche a été financée par le programme Health and Social Care Delivery Research du NIHR (subvention NIHR131866). Les opinions exprimées sont celles de l’équipe de recherche et pas nécessairement celles du NIHR ou du Department of Health and Social Care. CASCADE, DECIPHer et le Centre for Trials Research reçoivent un financement d’infrastructure de Health and Care Research Wales. Jonathan Scourfield reçoit également un financement de Health and Care Research Wales en tant que senior research leader.

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Traduction non officielle en français de L’offre de conférences familiales tout au long de l’intervention en protection de l’enfance : une évaluation mixte d’inspiration réaliste comparant trois stades d’inquiétude, par Lee Sobo-Allen, Lois Liao, Jonathan Scourfield, Felicity Smith, Sophie Wood, Melissa Meindl, Kar Man Au, Abigail Palmer, Rhiannon Evans, Fiona Lugg-Widger, Tarirai Lincoln Mahachi, Philip Pallmann, Stavros Petrou, Michael Robling, Elizabeth-Ann Schroeder et David Wilkins, The British Journal of Social Work, publication en ligne anticipée (2026), doi : 10.1093/bjsw/bcag248, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Family group conference provision across the lifespan of child welfare intervention: A mixed-method realist-informed evaluation comparing three stages of welfare concern », publié dans The British Journal of Social Work (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Sobo-Allen, L., Liao, L., Scourfield, J., Smith, F., Wood, S., Meindl, M., Au, K. M., Palmer, A., Evans, R., Lugg-Widger, F., Mahachi, T. L., Pallmann, P., Petrou, S., Robling, M., Schroeder, E.-A., et Wilkins, D. (2026). L’offre de conférences familiales tout au long de l’intervention en protection de l’enfance : une évaluation mixte d’inspiration réaliste comparant trois stades d’inquiétude (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-offre-de-conferences-familiales-tout-au-long-de-l-intervention-en-protection (Œuvre originale publiée en 2026 dans The British Journal of Social Work, publication en ligne anticipée (2026) ; republiée en 2026 par The British Journal of Social Work, https://academic.oup.com/bjsw/advance-article/doi/10.1093/bjsw/bcag248/8898819)

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