Journal of Family Theory & Review · Famille
Adoptée dans un système fermé, puis mère adoptive d’un enfant venu du Népal, Ellen Reeve fait de sa double position un terrain de recherche. Un acte de naissance original, une courbe de poids d’orphelinat, une boîte à chaussures, une mèche de cheveux : examinés à plusieurs, ces objets d’avant l’adoption desserrent des récits figés et rouvrent la question de ce que veut dire devenir une personne adoptée.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Devenir une personne adoptée : reconstruire l’identité adoptive à travers les artefacts, par Ellen Reeve, publié dans Journal of Family Theory & Review (Wiley) (2025), doi : 10.1111/jftr.12635, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les figures reprennent l’original, avec des légendes traduites ; les documents photographiés restent en anglais. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les objets ne parlent pas d’eux-mêmes. Ils sont interprétés, réinterprétés, et parfois refusés.
Ellen Reeve
Résumé
Dans cet article, je partage mon expérience de la construction de l’identité en tant qu’adulte adoptée dans l’enfance. J’examine ma perspective singulière et complexe, à la fois de personne adoptée et de mère adoptive. En m’engageant avec d’autres, je mets en lumière le monde intérieur des personnes adoptées, une dimension de l’identité souvent difficile à saisir en théorie comme en pratique. Leurs expériences sont façonnées par des émotions complexes et fragiles, qui résistent aux explications faciles. Cet article rend compte de mon exploration d’artefacts antérieurs à l’adoption, comme des photographies, des vêtements, des documents de naissance et de placement familial, et des lettres, qui ont aidé à éclairer différentes facettes de mon histoire, de la naissance à l’adoption. Partagés et examinés de façon critique avec d’autres personnes adoptées, ces objets peuvent devenir des outils précieux pour aborder des questions délicates d’appartenance, d’identité de soi et de famille. Les artefacts liés à l’adoption apportent aussi une profondeur émotionnelle à l’exploration identitaire. À travers cette réflexion, je propose un éclairage sur les manières toujours conflictuelles dont les personnes adoptées deviennent adoptées.
Cet article s’inscrit dans la rubrique Reflexive Voices (Voix réflexives) en proposant un regard personnel sur mes recherches auprès de personnes adultes adoptées dans l’enfance. Les pratiques réflexives en recherche exigent par nature la capacité de concilier les croyances et les idées inscrites dans ses propres récits personnels (Allen, 2000, 2023). Dans mes recherches, je me suis souvent retrouvée face à la vulnérabilité de ma position, en particulier parce que j’occupe à la fois le rôle de personne adoptée et celui de mère adoptive dans un domaine marqué par des points de vue opposés. Dans les espaces animés par des personnes adoptées, j’ai vite appris à sentir l’ambiance de la salle, de peur de faire taire les conversations. Ces personnes éprouvaient des sentiments forts à l’égard de leurs parents d’adoption. L’une d’elles s’était émancipée de ses parents d’adoption et avait renoncé à tout héritage lié à eux. En cachant mon rôle de mère adoptive, j’avais l’impression d’être une taupe dans une salle de personnes marginalisées, reconnaissant et ressentant leur douleur tout en me demandant si je n’y contribuais pas, moi aussi, sans le vouloir. C’est une position angoissante et inconfortable à occuper.
Goldberg (2023), spécialiste de l’adoption et de la famille, suggère que la pratique réflexive devrait « nous garder honnêtes, en nous permettant idéalement de réfléchir à la manière dont notre propre position et notre point de vue personnel fonctionnent comme des sources de vulnérabilité et de force, deux atouts dans notre quête de connaissance » (p. 230). Dans cet esprit, je commence par partager mon expérience de personne adoptée dans le même groupe racial, au sein de mon propre pays, dans un système d’adoption fermée. Disposant de peu d’informations sur ma naissance, j’analyse les manières dont je suis devenue adoptée. Je présente ensuite des histoires d’autres personnes adoptées, dont mon fils adoptif.
Dans cet article, je théorise la valeur des artefacts pour consolider, clarifier et enrichir les récits d’adoption. En tant que personne adoptée, mère adoptive et chercheuse sur l’adoption, j’ai appris qu’un engagement profond avec des objets évocateurs peut desserrer et réaligner les éléments figés d’une histoire d’adoption. Les artefacts antérieurs à l’adoption sont des objets liés à l’histoire, à la culture et à la construction identitaire d’une personne adoptée. Beaucoup de personnes adoptées détiennent sans le savoir de fragiles miettes de pain, transportées par procuration depuis leur passé, qui peuvent stabiliser et renforcer une histoire complexe. Il peut s’agir de lettres écrites par des mères de naissance, de pulls portés dans des orphelinats, de chaussures portées en famille d’accueil, d’une courbe de poids retraçant la croissance d’un enfant orphelin, d’une tache de rousseur permettant de distinguer de vrais jumeaux, ou d’un reçu de 12 dollars. Ces artefacts se chevauchaient, s’entremêlaient et changeaient radicalement ce que les personnes adoptées croyaient être leur histoire d’adoption. Lorsque des personnes adoptées se trouvaient prises entre leur histoire adoptive et leur histoire de naissance, les artefacts ont aidé à trouver une vérité.
En apportant à la science de la famille les perspectives de l’anthropologie et de l’étude de la culture matérielle, je montre comment les objets peuvent devenir des enseignants, si on leur en laisse la possibilité. Après plus de vingt ans d’enseignement auprès d’élèves du primaire et du collège, je plaide pour des leçons fondées sur une enquête collaborative et expérientielle. Je crois que les séances de « montrer et raconter » (show-and-tell) devraient être un incontournable de toutes les classes, quel que soit l’âge, car les objets choisis avec soin possèdent une qualité magique de récit. En adoptant une approche interdisciplinaire de l’identité adoptive, j’éclaire le récit complexe de la personne adoptée, souvent tiraillé dans des directions opposées. En partageant ma propre histoire et celles d’autres personnes, je montre comment un engagement partagé avec des objets peut donner du pouvoir d’agir et aider les personnes adoptées à réinventer les manières dont l’adoption a fait de nous des personnes adoptées.
Vers l’âge de cinq ans, mes parents m’ont dit que j’avais été adoptée. Je me souviens d’en avoir parlé à mes camarades. L’adoption me semblait un mot qui me rendait spéciale. Je n’ai jamais relié des histoires tristes comme Bambi, Cendrillon, Le Vilain Petit Canard, Anne… la maison aux pignons verts ou James et la Grosse Pêche à ma véritable histoire d’orpheline. Pourtant, deux de mes livres préférés, enfant, étaient Black Beauty et Le Prince et le Pauvre. Ces deux histoires sont centrées sur des personnages qui, comme moi, ont connu des bouleversements radicaux d’identité et de statut social.
Adoptée dans un système fermé, j’ai vu mon héritage biologique tranché à la naissance, et je me suis retrouvée greffée sur l’union de deux arbres, l’un écossais et l’autre norvégien, avec de nouveaux parents, de nouvelles coutumes, de nouvelles odeurs, de nouveaux comportements, et une fierté ethnique pour les fjords, le soleil de minuit, le golf et les kilts. Plus jeune, je pensais rarement à ma vie d’avant l’adoption. Je ne savais pas où j’étais avant d’entrer dans le foyer de ma famille adoptive, ni pendant combien de temps, ni avec qui, ni pourquoi. D’après le peu que je sais de mon histoire, je dois accepter une réalité possible : ma mère, âgée de 16 ans, aurait tenu son rôle décisif et limité de mère de naissance, puis serait simplement rentrée chez elle. Je n’ai jamais imaginé qu’elle avait une histoire, une vie au-delà de ma naissance.
Enfant, j’acceptais mon identité adoptive comme complète et incontestable. Mon identité s’est développée selon les étapes établies du développement de l’identité adoptive, c’est-à-dire le processus par lequel les personnes adoptées en viennent à comprendre et à formuler leur sentiment de soi dans le contexte de l’adoption (Grotevant & Von Korff, 2011). Grotevant et Von Korff (2011) soutiennent cependant aussi que la construction de l’identité adoptive exige une intégration du récit de vie. Si je me comprenais dans le contexte de l’adoption, je n’avais pas une idée claire de la manière dont ma vie d’avant l’adoption s’inscrivait dans mon histoire globale. Je détenais un acte de naissance modifié, qui ne mentionne que mes parents adoptifs et mon nouveau nom d’adoption. Si ce document signifie une appartenance juridique, il peut masquer mon récit d’origine, et compliquer les efforts pour construire un sentiment de soi continu et authentique.
Avec les années, j’ai fini par sentir que, sous les documents officiels et les histoires familiales racontant comment j’avais été choisie parce que ma mère voulait ce qu’il y avait de mieux pour moi, il existait une couche de vérités modifiées et incomplètes qui prétendaient dire qui j’étais. J’aurais voulu que quelqu’un me guide à travers les heures non documentées de ma naissance, les jours manquants de ma petite enfance et le moment où je suis entrée dans mon foyer adoptif : les chapitres d’une histoire que je n’ai jamais pu lire.
Aujourd’hui, mon identité personnelle, sans cesse affinée, est faite d’innombrables perceptions de soi, souvent contradictoires, à la fois comme personne adoptée et comme personne d’avant l’adoption. Mon sentiment de soi est façonné non seulement par mes interactions avec les membres de ma famille adoptive, mais aussi par l’absence des membres de ma famille biologique. Naviguer dans mon identité impliquait de gérer la tension entre les boucles ouvertes et fermées de mon histoire d’adoption. Comme je l’explique plus loin, la découverte de ma famille biologique grâce aux résultats d’un test ADN a introduit une chronologie qui ne s’accordait pas avec mon sentiment de moi-même comme personne uniquement adoptée. J’ai tenu ensemble ces deux facettes opposées en réfléchissant au moment où j’étais en train de devenir adoptée. Mon identité adoptive reflète ce parcours ardent. Je soutiens qu’appartenir à plusieurs familles, cultures et origines exige une approche de l’identité inclusive, souple et ancrée dans le contexte, en accord avec les expériences stratifiées et souvent non linéaires des personnes adoptées.
La recherche peut explorer l’identité adoptive à travers de nombreuses grilles de lecture. Je mets ici en avant une théorie constructiviste, qui souligne le rôle de la participation active dans la mise en ordre et en sens des événements de vie qui façonnent l’identité (Mahat-Shamir & Pitcho-Prelorentzos, 2019). Dans cette perspective, les personnes adoptées construisent leur identité par un engagement continu avec leur histoire de naissance, leur famille adoptive et les environnements sociaux qui les entourent. Cette construction identitaire est vue comme fluide et évolutive, non figée, et elle est façonnée par les expériences et les relations de la personne adoptée.
Lors d’entretiens qualitatifs avec des personnes adoptées, j’ai invité chaque personne participante à partager ses artefacts antérieurs à l’adoption, à l’image des objets que j’avais moi-même rassemblés : un acte de naissance, des résultats ADN, des photos, un édredon en patchwork cousu par ma grand-mère paternelle et un album de promotion avec une photo de mon père de naissance. J’ai d’abord constaté que les informations tirées des artefacts ne suscitaient ni émerveillement ni fascination. Au contraire, les faits partiels que je rassemblais ajoutaient de la colère, de la confusion et de la frustration. J’espérais que ces artefacts feraient avancer mon histoire, mais j’avais l’impression que ma collection contenait des pièces de puzzle qui semblaient toutes déplacées, jetées négligemment dans la mauvaise boîte. Le nouveau puzzle formait l’image déformée, à la Picasso, d’une famille dont je n’ai aucun souvenir. D’autres personnes adoptées rencontrées ressentaient la même chose. L’une d’elles, Tasha, qui est métisse, a récemment retrouvé sa mère de naissance après avoir rassemblé plusieurs documents. Elle a découvert qu’elles vivaient à quelques kilomètres l’une de l’autre. Bien qu’elles aient reconnu cette proximité physique, la mère de naissance de Tasha n’a pas pu, ou pas voulu, la rencontrer en personne, même après que Tasha lui a révélé un diagnostic de cancer du sein. À la place, sa mère de naissance a proposé à Tasha et à son mari un séjour gratuit dans son appartement d’une station balnéaire au Mexique. Tasha en garde un profond sentiment de distance émotionnelle avec sa mère de naissance, qui met en évidence l’écart douloureux entre proximité physique et lien relationnel.
Heureusement, lors de mes séances d’entretien, Tasha a accepté de réexplorer toutes les preuves matérielles qui reliaient sa vie de naissance et sa vie adoptive. La magie du « montrer et raconter » opère quand nous nous servons du petit bois de notre passé pour allumer un nouveau feu. Nous avons passé des mois avec ses documents, ses photos, ses actes de naissance (original et modifié) et ses lettres de placement familial. Dans mes entretiens avec des personnes adoptées, j’ai remarqué que chaque personne, moi comprise, se penchait en avant quand quelqu’un posait ses artefacts antérieurs à l’adoption sur la table ou devant la caméra. Les artefacts nous tenaient en haleine, au bord de notre chaise. Les visages passaient d’une expression assez sérieuse à des sourires épanouis ou à des regards curieux. Les phrases devenaient exclamatives et interrogatives à mesure que les artefacts saisissaient un temps antérieur à notre mémoire. Ces objets captivaient entièrement notre attention grâce à notre engagement collectif, pendant que nous réordonnions, classions et recalibrions notre monde multidimensionnel. Au fil de notre exploration archéologique, nous avons commencé à comprendre que les événements entourant notre naissance recelaient des raisons précises pour lesquelles une mère de naissance comme celle de Tasha, qui est blanche, n’avait jamais pu révéler le nom du père de naissance, qui est noir. Nos artefacts nous ont permis de trouver prise, en ouvrant une fenêtre de compréhension sur l’époque socioculturelle et économique qui détermine des décisions comme l’abandon maternel. Plus loin dans cet article, je présente l’un des artefacts de Tasha, qui nous a permis d’avoir l’esprit plus ouvert et qui a nourri notre désir d’imaginer sa vie avant l’adoption. Cet artefact a rendu le puzzle identitaire moins déformé et plus désirable à explorer.
Je m’appuie sur deux psychologues qui croyaient en l’implication et l’engagement actifs dans l’apprentissage. Le psychologue Lev Vygotski (1978) a centré ses recherches sur les aspects sociaux et culturels de l’apprentissage, en particulier le rôle du langage et de l’interaction. Les idées de Vygotski suggèrent que la construction de l’identité est un processus dynamique, influencé par les interactions sociales, le langage, les contextes culturels et l’apprentissage collaboratif. À travers ces interactions et ces expériences partagées, les personnes développent leur sentiment de qui elles sont, en négociant et renégociant sans cesse leur identité avec les gens et la culture qui les entourent. Les théories de Piaget et Carmichael (1973) présentent plusieurs points communs avec celles de Vygotski. Ces deux psychologues voient la connaissance comme quelque chose que les personnes construisent par un engagement actif avec leur environnement, plutôt que comme quelque chose de reçu passivement. Dans mes recherches auprès de personnes adultes adoptées dans l’enfance, j’ai exploré la manière dont les personnes adoptées peuvent jouer un rôle plus actif dans la façon dont elles comprennent l’identité adoptive. Je me suis donné pour objectif de mettre au jour les aspects cachés ou négligés de leur passé.
La littérature consacrée à l’identité adoptive est abondante. La fluidité et l’ambiguïté de l’identité sont particulièrement visibles dans des populations comme les personnes immigrées et les personnes adoptées, qui doivent s’adapter rapidement à de nouveaux contextes culturels (Grotevant et al., 2017 ; Yasin, 2021). L’identité de toute personne évolue avec le temps. La recherche sur l’adoption s’est intéressée au stade eriksonien de l’identité opposée à la confusion des rôles, que l’on rencontre généralement à l’adolescence et à l’entrée dans l’âge adulte (Grotevant et al., 2007 ; Grotevant & Von Korff, 2011). Ce stade du développement identitaire pose des défis importants aux personnes adoptées, souvent en raison de connaissances limitées sur leur famille de naissance et sur les circonstances de leur conception, de leur naissance et de leur abandon avant l’adoption (Grotevant & Von Korff, 2011). Dans le contexte de mon adoption fermée, entourée de secret, j’avais vécu avec prudence, en calculant la quantité d’amour que je pouvais m’offrir et offrir aux autres, comme s’il pouvait un jour s’épuiser et me laisser de nouveau sans amour sur une portion d’autoroute déserte. Je soutiens que les personnes adoptées dont le passé n’a pas été révélé méritent davantage d’occasions, et de soutien, pour explorer leur histoire. Même si nous apprécions nos foyers adoptifs, la gratitude seule ne nous libère pas de la tristesse d’avoir perdu notre foyer d’origine.
J’ai tiré des enseignements d’Erik Erikson (1959), le célèbre psychologue auteur d’une théorie du développement en huit stades. Erikson n’a pas connu son père biologique. Il a porté le nom de famille de son beau-père, Homburger, jusqu’à ce que, à 34 ans, il se réinvente sous le nom d’Erik Erikson. Il est devenu le « fils d’Erik », c’est-à-dire, au fond, le fils de lui-même (Maree, 2021). Mezirow (1991) explique la nécessité de la réinvention. Il affirme : « Ce n’est pas tant ce qui arrive aux gens que la manière dont ils interprètent et expliquent ce qui leur arrive qui détermine leurs actions, leur contentement, leur bien-être émotionnel et leur performance » (p. xiii).
D’après mon expérience des échanges avec des personnes adoptées, certains aspects de la construction identitaire restent mal compris. Pensons aux histoires que des parents d’adoption racontent aux enfants venus par l’adoption internationale. Remarquons combien de ces détails, partagés lors de mes séances avec des personnes adoptées, commencent par l’adoption de quelqu’un plutôt que par sa naissance. « J’ai atterri par un vol de Corée du Sud, sans accompagnement, dans une boîte en carton. »
« C’est dans les rues de Katmandou qu’on a fini par me trouver, dans un tel état de malnutrition que je ne pouvais pas marcher. »
« On venait de me déposer sur les marches du commissariat, si peu de temps après ma naissance que j’avais encore le cordon ombilical. » Les histoires d’adoption, souvent fondées sur la peur, s’inscrivent dans l’inconscient et attendent un comportement de type stimulus-réponse qui intervient dans les décisions quotidiennes. La manière dont les parents d’adoption racontent les détails à leurs enfants compte. Beaucoup d’histoires, comme celles citées ci-dessus, sont limitantes et privent de pouvoir d’agir. Lipton (2015), dans son livre The Biology of Belief, explique : « Nos vies sont essentiellement l’impression de nos programmes inconscients, des comportements fondamentalement acquis auprès d’autres personnes (nos parents, notre famille et notre communauté) avant l’âge de six ans » (p. 122). Dans l’esprit d’Erik Erikson, la construction de l’identité adoptive exige une réinvention de soi par un voyage d’exploration.
Lors de mes séances avec des personnes adoptées, les premières fouilles de notre passé ont donné des résumés contradictoires de la vie avant l’adoption. Les personnes participantes ne savaient pas bien où elles se trouvaient avant d’être adoptées. Beaucoup ne pouvaient pas dire quel prénom elles avaient reçu à la naissance. Pour la plupart des personnes de mon étude, l’absence de ces faits essentiels défaisait en silence une chronologie désorientée, qui remet sans cesse en question et brouille ce que nous tenons pour vrai sur nous-mêmes. Grâce à un engagement attentif avec les artefacts, nous avons découvert des membres cachés de nos familles de naissance, des noms de naissance et des dates de naissance plus exactes, tout en remettant en question nos identités adoptive, génétique, culturelle et ethnique. En aiguisant notre sens de l’observation, des indices sont lentement remontés des replis de notre corps. Les taches de rousseur en disent long quand on les trouve au même endroit sur la joue d’une mère et sur celle de sa fille.
L’archéologie commence à donner sens à ses découvertes une fois les artefacts replacés dans leur contexte, culturel, historique, spatial et temporel. Ce n’est pas seulement l’objet lui-même qui compte, mais l’endroit où il a été trouvé, ce qui l’entourait, comment il était utilisé, et par qui. Parfois, au bout d’années et de décennies, le sens émerge par une interprétation, une comparaison et souvent une mise en récit attentives, ancrées dans des preuves. Je propose l’exemple de mes récentes retrouvailles avec un membre de ma famille biologique pour montrer combien le processus de construction de sens peut être subtil et lent pour les personnes adoptées qui font des recherches.
Après une vie de secrets, j’ai cherché, trouvé et rencontré le seul parent biologique encore en vie que j’aie, en dehors de ma fille de 24 ans. J’ai récemment découvert un oncle biologique, Moses, grâce à Ancestry.com. Moses est juif à 100 %. Son frère cadet, Joe, était mon père. Quand je suis née, mon père luttait contre une maladie inconnue qui lui a coupé le souffle à 20 ans. Il n’a jamais su qu’il avait eu un enfant. Je suis restée six mois dans un orphelinat avant mon adoption.
Moses a pris son temps avant d’accepter de me rencontrer. Joe était mort des décennies plus tôt. L’idée qu’une personne surgisse de sa mort nous paraissait étrange, à lui comme à moi. Organiser une rencontre a donc demandé du temps et beaucoup de patience. Une fois le feu vert obtenu, j’ai pris l’avion de ma ville du Colorado pour le Connecticut, par une journée d’automne d’une beauté saisissante. La première rencontre a eu lieu chez lui, avant un déjeuner dans une auberge du coin.
Notre première rencontre a été maladroite. Mon oncle a descendu les marches de sa maison, sur un terrain très boisé du Connecticut, puis m’a tourné le dos pour aller regarder quelque chose qui poussait de l’autre côté de son muret de soutènement, qui lui arrivait à la taille. J’ai reconnu cette posture de dos tourné. Ma mère avait fait la même chose. Elle m’avait mise au monde, m’avait tourné le dos et était partie. Je ne voulais pas que cela se reproduise ; je me suis donc approchée de mon oncle, j’ai regardé par-dessus le mur et j’ai dit : « Qu’est-ce que vous regardez ? »
« Du lierre. Il grimpe sur ce mur, il envahit tout. » J’ai cru qu’il parlait de moi.
Avec le temps, nous avons trouvé une conversation qui a apaisé notre malaise. Nager, nous aimons ça, lui comme moi. Nous aimons les plaisanteries discrètes et spirituelles. À 89 ans, Moses a acheté un nouveau voilier et a terminé sixième à la régate de la semaine précédente. Il était médecin, et maintenant il fait de la voile. Quand il a évoqué le coût élevé de l’entretien d’un bateau, il m’a dit : « Vous connaissez mon oncle ? » Je ne connaissais personne de sa famille, mais il m’a assuré que je connaissais son oncle. « L’Oncle Sam », a-t-il dit. À la fin de notre moment ensemble, je l’ai remercié d’avoir eu le courage de rencontrer une inconnue, de l’inviter chez lui et de partager avec elle un peu de sa vie. Il m’a répondu : « J’ai rencontré beaucoup d’inconnus qui sont devenus mes amis, et j’ai rencontré beaucoup de membres de ma famille qui me sont étrangers. Vous êtes la bienvenue quand vous voulez. »
Je suis devenue chercheuse sur l’adoption parce que mon récit d’adoption ressemble à beaucoup d’autres. Les personnes adoptées qui recherchent leur famille de naissance ont besoin d’un moyen de transformer les faits étranges et fragmentés de leur histoire en quelque chose de plus significatif : un sentiment. Pour beaucoup d’entre elles, exhumer et reconnaître véritablement leur passé est presque impossible. Les mères, les pères, les oncles et les frères et sœurs découverts au fil des recherches sont souvent des figures d’ombre, qui ne portent plus l’histoire de naissance magique et comblante qui pourrait encadrer une identité. Dans mon imagination, les membres de ma famille de naissance étaient jeunes, pleins de vie, célèbres et fantastiques. Moses, à 89 ans, marchait d’un pas lent, en traînant légèrement les pieds, ses pas marquant une vie entière vécue sans moi. Sur le chemin du retour, je ne savais pas quoi ressentir après avoir rencontré mon oncle. Je l’appréciais, à la fois comme parent et comme inconnu. Mais puis-je vraiment le considérer comme mon oncle ? Des personnes inconnues, même de la famille, peuvent-elles jamais acquérir un véritable sentiment d’appartenance ?
L’adoption suspend une personne des identités d’origine situées à la naissance et transfère cette identité dans un autre temps et un autre espace. Après nos retrouvailles, je me suis trouvée au carrefour de mon histoire de naissance et de mon histoire adoptive, et j’ai ressenti une libération à savoir que je pouvais aller dans l’une ou l’autre direction.
En m’appuyant sur les idées de Vygotski (1978) concernant les influences sociales et culturelles sur le développement de l’identité, j’ai commencé à reconnaître le rôle crucial des artefacts créés et conservés par divers groupes sociaux (services sociaux, bureaux de l’état civil, avocats et familles de naissance) pour façonner et remettre en question notre compréhension de l’identité adoptive (Candlin & Guins, 2009). Je voulais utiliser les artefacts pour explorer des voix multiples et contradictoires liées à l’adoption. Selon l’archéologue Hodder (2012), les études de culture matérielle forment un champ interdisciplinaire qui examine les objets physiques, les artefacts et les matériaux créés, utilisés et valorisés par les sociétés humaines. Ce champ explore la manière dont ces objets reflètent, façonnent et influencent les pratiques culturelles, les relations sociales et l’identité. Hodder a reconnu qu’en étudiant des objets du quotidien comme les vêtements, les outils, l’architecture et l’art, la recherche en culture matérielle peut analyser la façon dont les objets incarnent du sens et aident à construire des récits sociaux, historiques et culturels. Ce champ croise souvent l’archéologie, l’anthropologie, l’histoire et la sociologie, et met l’accent sur la relation entre les personnes et le monde matériel qui les entoure. Les études de culture matérielle adoptent une approche émancipatrice pour comprendre comment les objets et les artefacts reflètent des valeurs culturelles et influencent l’identité sociale, les dynamiques de pouvoir et la mémoire collective, en donnant voix à des perspectives souvent négligées ou marginalisées. Dans mon étude, j’ai permis aux personnes de mieux se comprendre et de mieux se connaître par un engagement imprévisible et déstabilisant avec une matière inanimée, qui ouvrait l’accès à l’histoire narrative d’une personne. Ce savoir transactionnel entre un objet et un sujet a une issue encore inconnue (Nordstrom, 2013). De cette manière libre, un objet peut inciter une personne à agir.
Des artefacts comme les photographies peuvent ajuster leur sens à chaque regard (Nordstrom, 2013). Les questions de plusieurs regardeurs ajoutent une perspective plus large sur le temps, le cadre, les personnages et l’intrigue. Quand des personnes adoptées examinent des photos de bébé prises avant leur adoption, elles peuvent penser à la personne qui tenait l’appareil. Elles peuvent remarquer l’angle de prise de vue, ainsi que le moment de la journée ou de l’année. Elles peuvent aussi se demander ce qui est visible ou ce qui manque sur la photo. Chaque cadre reprend ces photos antérieures à l’adoption, souvent rangées au fond des tiroirs, et établit un nouveau récit. Comprendre un artefact lié à la naissance nourrit le sentiment d’identité d’une personne adoptée et offre un espace émancipateur aux personnes participant à la recherche (Zuev, 2022). À la fin de mes séances avec des personnes adoptées, les histoires partagées étaient plus que de simples histoires d’adoption : elles incluaient notre temps d’avant le placement, les vies imaginées que nous aurions pu vivre, et les paysages émotionnels façonnés par l’absence, la recherche et la découverte. Les artefacts antérieurs à l’adoption ont aidé les personnes participantes à accomplir cette transformation, en imprimant une torsion subtile mais importante à l’histoire kaléidoscopique de leur adoption. Ces objets ont fait passer leurs récits d’une perte abstraite à un lien tangible, et ont permis aux personnes adoptées de réimaginer leurs origines non comme des pièces manquantes, mais comme des fils porteurs de sens tissés dans une identité plus pleine et plus cohérente. Homans (2015) soutient que « les origines adoptives et les récits d’origine ne se découvrent pas tant dans le passé qu’ils ne se créent dans le présent, et pour lui » (p. 114). Accompagnées avec soin, les personnes adoptées qui recherchent leur histoire antérieure à l’adoption peuvent reconstruire leur récit en reconnaissant l’importance d’artefacts acquis et regardés à travers différents horizons chronologiques (Haug & Hielscher, 2021). Je propose mon propre dilemme d’artefact en exemple.
J’ai eu du mal à donner un sens à mon acte de naissance, qui portait un autre nom de naissance, que je ne reconnaissais pas. En 2020, l’État de New York a ouvert aux personnes adoptées l’accès à leur acte de naissance original. Seuls 15 États permettent à une personne adoptée de voir son acte de naissance original, et non modifié. Ces documents peuvent révéler un vrai nom de naissance, l’heure et la date de naissance, le nom de la mère de naissance, et peut-être même celui du père de naissance (s’il y a consenti). Mon acte de naissance original figure ci-dessous (figure 1).

Mon nom de naissance n’est pas mon nom d’adoption. Dana Marie Wentworth est un nom que je n’ai jamais entendu personne me donner ; il n’a donc aucun sens. Des décennies avant de recevoir mon acte de naissance original, vers la fin de ma vingtaine, j’ai découvert mes papiers d’adoption dans un dossier rangé dans la chambre de mes parents. Ils ne m’avaient jamais montré ces papiers. Ils étaient fermement convaincus qu’une adoption fermée voulait dire fermée pour toujours, y compris aux conversations sur mon adoption. Le dossier contenait le nom de ma mère de naissance, mon nom de naissance et quelques informations non identifiantes sur mes origines ethniques maternelles. Je n’ai jamais dit à mes parents que j’avais trouvé ce dossier. La découverte a été à la fois terriblement douloureuse et merveilleuse, comme apprendre que j’étais une extraterrestre et que personne n’avait osé me le dire.
Ma curiosité insatiable m’a permis de découvrir ma demi-sœur grâce à une base de données sur l’adoption appelée International Soundex Reunion Registry, un registre à consentement mutuel qui défend le droit de chaque personne à accéder à sa famille, à ses dossiers médicaux et aux documents qui la concernent. Avant qu’internet ne facilite la recherche de personnes comme les familles de naissance, on pouvait déposer une annonce dans ce registre en espérant une réponse. Il y a plus de vingt ans, j’ai publié ceci :
« Mon nom de naissance est Dana Marie Wentworth, née à Albany, dans l’État de New York, un 1er octobre. J’ai une belle vie, je suis en bonne santé et heureuse. J’espère simplement trouver quelqu’un de ma famille. »
De temps en temps, je vérifiais sur le site si mon annonce était toujours en ligne. Pendant des années, personne ne m’a répondu. Pour retrouver mon annonce, je tapais mon nom de naissance dans le moteur de recherche. Un jour, ceci est apparu : « On m’a appelée Dana Marie Wentworth. Je suis née à Albany, dans l’État de New York, un 19 mars. Je cherche quelqu’un avec qui partager que je suis en bonne santé, avec deux enfants qui sont une merveille. »
Cette annonce semblait écrite par moi, mais je n’avais pas deux enfants à l’époque. Et la date de naissance était fausse. Après plusieurs appels palpitants avec l’autre Dana Marie et une longue recherche auprès du registre des adoptions et des informations médicales du département de la Santé de l’État de New York, à Albany, qui a confirmé que nous étions demi-sœurs, nous avons compris que notre mère nous avait donné le même prénom.
Ce sont là les secrets que révèlent les artefacts ; une fois rassemblés, ils commencent à montrer le chaos et le désordre de l’adoption. J’ai compris pourquoi les dossiers sont tenus hors de portée des personnes adoptées : ils n’ont jamais été faits pour être partagés. Si notre nom de naissance m’a reliée à ma demi-sœur, j’ai tout de même constaté que la plupart des artefacts que je rassemblais contenaient plus de mystère que de résolution. J’avais des courbes de poids dépourvues de sens et des photographies en noir et blanc transmettant sur moi des faits confus, connus d’autres personnes mais jamais expliqués. Au fil de mes fouilles archéologiques, j’ai découvert que je n’étais pas passée directement de ma naissance à mon adoption. J’avais en fait passé six mois dans un orphelinat. Personne ne me l’avait dit. Mon rapport ADN a montré que je suis à moitié juive. Je ne l’avais jamais su. Quelle bénédiction d’être la moitié de quelque chose. Mais cette moitié m’a été offerte par un homme juif qui ne savait même pas qu’il avait eu une fille. Honnêtement, j’ai lutté contre l’envie pressante de passer à la déchiqueteuse toutes ces miettes de pain qui ne menaient nulle part. Les Dana Marie Wentworth portent désormais d’autres noms. Pourquoi garder des rappels du manque d’originalité de notre mère ?
Alors que je cherchais à pardonner les actes déroutants de ma mère de naissance, une personne de mon entourage, adoptée elle aussi, a remarqué la façon dont ma mère de naissance avait tracé ses W sur mon acte de naissance. Plutôt que de s’arrêter au prénom qu’elle avait donné à ma demi-sœur et à moi, cette personne s’est concentrée sur la manière dont ma mère, qui avait alors 16 ans, avait écrit le nom Wentworth en élégantes lettres cursives. Les W se ressemblaient, écrits avec des creux arrondis. En revanche, ses W prenaient des pointes aiguës et rapides quand elle écrivait le mot white (blanc) pour la mère comme pour le père. Nous en avons déduit que ma mère avait pris son temps pour écrire nos noms. Je peux supposer que nos prénoms jumeaux ont peut-être compté. Une fois vu, je ne peux plus ne pas voir ce détail, et il fait avancer mon histoire, un peu, vers le moment où l’on se libère de la colère et d’une telle confusion.
Ma petite découverte, faite grâce à un effort collectif, a ouvert un espace pour penser autrement. Pour réévaluer les événements qui ont précédé mon adoption, j’ai compris qu’une porte cachée devait s’entrouvrir juste assez pour laisser entrer l’amour. J’ai compris que cet amour pouvait être brut, voire en colère, un amour viscéral tourné vers ma mère de naissance. Ce que je ne voulais pas, c’était un amour enraciné seulement dans le sentiment d’être spéciale parce que j’avais été adoptée. J’avais passé ma vie à éprouver de la gratitude envers mes parents adoptifs. Ils m’ont offert une vie stable, prévisible et constante. Malheureusement, ils croyaient à la mentalité de la page blanche, selon laquelle ma vie avait commencé à mon entrée dans leur foyer. J’ai appris depuis, grâce à Angela Tucker, directrice générale de l’Adoptee Mentoring Society et fondatrice de l’Adoptee Lounge, qu’il est possible d’aimer mes parents adoptifs tout en souhaitant ne pas avoir été adoptée (Tucker, 2023). Le travail de Tucker éclaire ensemble les pertes et les gains d’une personne adoptée.
Voyons le passage sur la perte et le gain que Cameron Lee Small décrit dans son livre The Adoptee’s Journey (2024). D’abord nommé Hee-Seong, Small décrit avec tendresse son départ de la Corée, son pays natal, à l’âge de trois ans.
Sans prévenir, on t’escorte dans un avion et on te fait voler treize heures jusqu’à Chicago. Hee-Seong veut dire étoile brillante, mais tu l’as perdue dans le ciel. On te porte dans un terminal d’aéroport et on te remet à des inconnus. Tu cours pour sauver ta vie jusque dans l’avion, où une hôtesse essaie de t’apaiser. En coréen, elle dit : « Ce n’est rien, ce n’est rien, ton Omma va bientôt arriver. » Elle te soulève et te ramène le long de l’allée. Engourdi et épuisé, tu sens ta précieuse pièce de puzzle pour la dernière fois. Elle reste là, dans l’allée, pour l’équipe de nettoyage. Nouveau nom. Nouvelle famille. On t’attache dans une Volvo rouge et on te conduit pendant quatre heures jusqu’à un endroit au milieu du Wisconsin, où vivent environ deux mille cinq cents personnes, et maintenant toi. C’est à ce moment-là que tu deviens Cameron Lee Small. Ton deuxième prénom est resté coréen. Une famille. Un projet. La moitié d’un enfant (p. 88-89).
Des personnes adoptées comme Small peinent à donner sens à leur identité en tentant d’honorer à la fois leur temps avec leur famille adoptive et leur temps d’avant. La partie suivante adopte une approche intégrative et collaborative, qui utilise les artefacts pour apaiser la tension entre des récits de naissance et d’adoption contradictoires. En m’engageant avec une culture collective de matériaux, comme les objets liés à la vie avant l’adoption, j’ai cherché à parvenir à une compréhension nouvelle de moi-même en tant que personne adoptée.
L’idée que des artefacts comme des cheveux, des lettres, des photographies, des chaussures, un pull et des bijoux entrent dans une dynamique familiale offre une occasion de reconnaissance mutuelle. Cedeño (2024) définit la reconnaissance mutuelle comme la manière dont les personnes reconnaissent et respectent l’identité les unes des autres. Pour les personnes adultes adoptées dans l’enfance, le processus dialectique qui consiste à se reconnaître soi-même et à être reconnu par les autres peut être extrêmement complexe, en raison des intersections entre famille de naissance, famille adoptive et développement de l’identité personnelle. La recherche suggère que, pour beaucoup de personnes adultes adoptées dans l’enfance, le manque de connaissances complètes sur leurs origines de naissance et l’absence de reconnaissance de la part de leur famille de naissance peuvent entraîner des difficultés à développer un sentiment de soi cohérent, en particulier si elles se sentent prises entre deux mondes (Godon-Decoteau & Ramsey, 2020 ; Rizzo, 2022 ; Seek, 2022).
Les artefacts antérieurs à l’adoption relient les dynamiques de la famille de naissance et celles de la famille adoptive en faisant le pont entre des éclairages philosophiques importants sur l’adoption. S’engager avec des artefacts crée une construction de sens partagée, qui favorise l’empathie et le lien. En outre, les artefacts aident les personnes adoptées à reconnaître la différence entre elles-mêmes, leurs parents d’adoption, leurs frères et sœurs, et leur famille de naissance. Les artefacts nous ancrent dans l’histoire, en confirmant que nous étions là quand de grandes choses se produisaient. La partie suivante montre comment un artefact a aidé à préparer le terrain de l’enquête.
Mon fils de 22 ans, adopté à quatre ans au Népal, a une petite boîte à chaussures remplie d’objets de sa vie d’avant l’adoption. Nos adoptions sont toutes deux très complexes et conflictuelles. L’adoption de mon fils au Népal comportait des politiques et des procédures d’adoption corrompues, révélées seulement récemment. Mon adoption privée, dans mon propre pays, a dissimulé toute information sur mon temps d’avant l’entrée dans mon foyer adoptif. Ensemble, nos récits d’adoption et nos absences de récit se sont heurtés et ont quasiment implosé pendant l’adolescence de mon fils. Quand la phrase familière a fini par tomber, tu n’es PAS ma mère, j’étais déjà armée de l’expérience préalable de l’avoir dite moi-même à ma mère des années plus tôt. Nous étions la tempête parfaite, avec projections de salive, de deux personnes adoptées en colère, au ton méchant, qui tentaient de se débattre avec des identités ambiguës que seule une bonne thérapie pouvait apaiser.
À 20 ans, Rajan a accepté de participer à mon étude pilote, en réfléchissant aux artefacts de sa vie d’avant l’adoption. J’avais conservé quelques objets de ses premières années : des vêtements de l’orphelinat, un collier qu’il portait autrefois et des photographies prises avant notre rencontre. Pour les protéger, je les avais rangés dans une petite boîte à chaussures, de celles qu’on utilise pour les chaussures d’enfant. Rajan s’est servi d’une chaise pour atteindre la boîte, rangée en hauteur dans son placard. Je vois ces artefacts comme une métaphore discrète de ses années confuses et oniriques au Népal, avant sa venue aux États-Unis. Mais, comme toutes les métaphores, ils demandent à être déballés, et ces objets n’offraient que des indices limités. J’ai appris que Rajan n’avait jamais montré le contenu de la boîte à personne. Même s’il y avait jeté un coup d’œil récemment, les souvenirs qu’elle contient restaient pour l’essentiel non dits. J’espère qu’avec le temps il choisira de partager davantage son histoire ; ce qui suit, ce sont des réflexions tirées des moments que nous avons passés ensemble avec ces objets profondément personnels. Je n’ai inclus aucune photo des artefacts, pour protéger sa vie privée, et son prénom est un pseudonyme. J’ai enregistré nos conversations pour les utiliser dans mes recherches auprès d’autres personnes adultes adoptées dans l’enfance.
Le premier objet que Rajan a sorti de la boîte pour me le montrer est devenu assez controversé dans nos conversations. Nos pensées et nos souvenirs différaient à propos d’un pantalon et d’une chemise. J’ai compris plus tard que c’est précisément cette différence qui donne sa valeur au travail avec les artefacts.
Je présente cette partie sous forme de dialogue, plutôt que de la résumer, pour montrer le rythme de nos conversations.
Autrice : Bon. Regarde ça. Regarde cette toute petite chemise et ce pantalon. Ce sont les vêtements que tu portais. Oh, et regarde cette veste orange sur cette photo. C’était à peu près la première photo qu’on a vue de toi, avec cette énorme veste orange.
Rajan : Je ne crois pas que ce soient les vêtements que je portais. Je crois qu’ils m’ont donné ces vêtements.
Autrice : Oui, à l’orphelinat.
Rajan : Je crois. Ouais. Je crois que c’étaient les beaux vêtements qu’ils donnaient… qu’ils distribuaient avant qu’on soit adopté.
Autrice : Oh. Je les trouvais tellement ternes et sales que je les ai fait nettoyer. Regarde, ils ont été lavés. Cette petite étiquette veut dire que je les ai envoyés à la blanchisserie de l’hôtel pour les faire nettoyer.
Je reviens souvent à cette conversation quand j’essaie de justifier ma décision d’adopter. Quand j’ai rencontré ce petit garçon pour la première fois, il portait ses plus beaux vêtements, comme s’ils étaient faits pour que je les admire. Moi, j’y ai vu un symbole de pauvreté abjecte. Ces vêtements, portés comme un costume pour de futurs parents, laissaient entrevoir la fragilité de l’adoption. Vêtu de ses plus beaux habits, il se tenait devant moi : une façade soignée qui masquait la vérité de sa naissance et de son temps à l’orphelinat.
L’adoption de mon fils est intervenue à un moment où les autorités ont suspendu toutes les adoptions en provenance du Népal. Nous faisions partie d’une poignée de familles coincées entre deux situations, parce que nous avions déjà commencé la procédure ; un enfant avait été choisi pour nous, un enfant qui était à l’orphelinat depuis un moment. Nous avons attendu huit mois les dernières autorisations, et une personne de notre entourage lui a rendu visite pendant ce temps. Elle a apporté des cadeaux à Rajan et, en retour, nous a donné des photos de sa visite. La partie suivante rend compte d’un travail avec ces photographies. Rajan et moi avons comparé une photo de présentation reçue de la direction de l’orphelinat avec les photos prises par cette personne.
Rajan : Je n’ai pas de sourcils.
Autrice : Non ! Et tu avais les cheveux très raides, mais regarde tes boucles maintenant. Et là, on voit une chemise, hein ? C’est drôle, celle-ci porte l’inscription USA. Tu crois qu’elle a été choisie exprès pour toi, peut-être ? Parce que c’était là que tu allais ? J’aurais aimé que tu aies ton bonnet. Tu te souviens de ton bonnet ? Et de l’écharpe ? On te donnait des choses et elles disparaissaient. Tous les cadeaux qu’on te donnait disparaissaient un peu avec tous les autres cadeaux.
Rajan : On me les prenait, c’est tout, sans doute.
J’ai passé trois semaines au Népal pour finaliser l’adoption. Pendant ce temps, j’emmenais Rajan en sortie hors de l’orphelinat, dans Katmandou. Ma fille, qui avait alors sept ans, était avec nous. Rajan portait cette écharpe rouge pour s’essuyer le nez, qui coulait sans arrêt. Il oubliait l’écharpe d’un endroit à l’autre, comme le font la plupart des enfants de quatre ans. Alors, à chaque changement de lieu, nous mimions (nous ne connaissions pas bien le népali) : Où est ton écharpe ? Et il retournait la chercher. Une fois, il a affiché un immense sourire après notre charade répétée du Où est ton écharpe ? Il a soulevé son bonnet et l’écharpe en est sortie.
Pendant que nous étudiions les photos ensemble, je me demandais ce que Rajan pensait de lui-même à cet âge. Mes questions devaient être agaçantes. Je ne crois pas m’être contentée des réponses simples pour passer à autre chose. Au contraire, je fouillais et je poussais, et c’était étonnant qu’il n’ait pas tout arrêté. Peut-être se sentait-il obligé. Avec le recul, nous avons beaucoup appris, lui comme moi.
Rajan avait eu du mal avec son identité pendant sa première année à l’université, loin de la maison. Malgré tout le travail d’acculturation que nous avions fait (deux voyages de retour au Népal, des liens avec des Népalais de notre communauté, un emploi dans un restaurant népalais), il continuait de se demander ce qu’il faisait à l’université (et pourquoi) et ce qu’il faisait, en tant que Népalais, aux États-Unis. En essayant de démêler tout cela, il a dit : « Ça m’affecte d’une certaine façon, mais je ne sais pas comment ça m’affecte. » Les conversations ont continué.
Autrice : J’ai lu que le souvenir du Népal pouvait être stocké quelque part dans ton corps, dans tes cellules, et aussi caché dans tes comportements, comme une sorte de mémoire culturelle, même si ce n’est pas dans ton cerveau sous forme de souvenir concret.
Rajan : Ouais. Je parie que c’est genre… c’est juste comme ça que j’ai été façonné.
Autrice : Oui.
Rajan : Genre, mon temps au Népal.
Autrice : Oui. Et donc, même si le souvenir n’est pas là, je crois qu’il faut tenir compte du fait que ça t’a façonné, peut-être autant que tout le reste t’a façonné. Ça te façonne, si bien que quand tu es assis en cours, en Asian Studies, et que tu te demandes, tu vois, qui tu vas être, tu vas être cette personne que je vois aujourd’hui, qui est aussi cette personne-là (sur cette photo). Et tu sais, c’est une bonne idée, je crois, d’analyser un peu par toi-même la relation entre cette vie sur la photo et ta vie maintenant.
Rajan : Mm-hm (acquiesce)
Autrice : Quand tu regardes ces photos, qu’est-ce qu’elles te disent ? Qu’est-ce que tu crois que ce petit garçon dit (sur la photo prise par la direction de l’orphelinat) ? Ou pense, ou ressent ?
Rajan : Euh, je trouve que c’est indifférent. Et passif.
Autrice : Dis-m’en plus.
Rajan : Ben, c’est pas comme si je comprenais le but de la photo. Je ne souris pas. Je suis juste appuyé contre le mur.
En regardant les photos de Rajan d’avant l’adoption, mon fils a fait des observations remarquables sur l’identité possible des personnes qui les avaient prises et sur les circonstances de ces prises de vue. Sur une photo, prise un an avant son adoption, Rajan ne regardait pas la personne qui prenait la photo. Son regard était lointain. Sur la seconde photo, prise juste avant notre arrivée, il posait avec la personne amie de notre famille. Cette fois, il regardait droit vers l’objectif. Mon fils a réfléchi à la différence : « Sur la première photo, ils ont sans doute juste dit : "Mets-toi là." C’était sans doute la première fois qu’on me prenait en photo. C’est sans doute juste, genre, l’orphelinat a besoin de photos, tu vois ? » À propos de la seconde photo, il a ajouté : « Là, on m’a sans doute demandé si je voulais bien être pris en photo avec lui. »
En tant que parent, j’ai compris que mon fils saisissait le pouvoir du choix. Dans une vie où l’adoption laisse souvent peu de maîtrise, il m’a appris une leçon importante : l’importance d’être consulté. Quand Rajan a quitté le Népal, il n’avait jamais pris l’avion. Il ne pouvait pas communiquer avec nous ; j’ai donc demandé à la personne népalaise de notre entourage de voir si Rajan avait des questions avant l’embarquement. Je voulais savoir si Rajan comprenait ce qui se passait, où il allait et comment. Rajan a posé une question : « Où est-ce que je vais aux toilettes ? » Au fil des années, j’ai appris à laisser Rajan mener par ses questions. C’était logique. Assez de gens lui avaient dit où aller et quoi faire. Maintenant, il veut qu’on lui demande d’abord.
Mon fils s’est placé dans son histoire d’avant l’adoption. La tâche relève davantage des mémoires que du journal intime : reconnaître la réalité tout en la rapportant à soi. Erikson (1959) décrit le processus de développement de l’identité comme un processus de « réflexion et d’observation simultanées » (p. 22), dans lequel la personne porte des jugements critiques sur elle-même et sur la société. Mezirow (1991) prolonge cette idée, en expliquant que l’acquisition de nouvelles connaissances et de nouveaux sentiments liés à l’identité doit s’accompagner d’« un niveau accru de conscience du contexte de ses croyances et de ses sentiments, d’une critique de ses présupposés, et en particulier de ses prémisses, et d’une évaluation de perspectives alternatives » (p. 161). Selon Kegan (1994), les changements transformationnels de l’identité commencent à se former quand un apprentissage transformateur a lieu. Quelqu’un change « non seulement sa façon de se comporter, non seulement sa façon de ressentir, mais sa façon de connaître ; non seulement ce qu’il connaît, mais sa façon de connaître » (Kegan, 1994, p. 17).
Pendant cette période de réflexion critique, mon fils et moi avons mieux compris nos identités en explorant activement des photographies, des vêtements et des documents d’avant l’adoption, emportés dans nos foyers adoptifs. Devenir adopté est un sujet rarement abordé dans la recherche sur l’adoption. Notre engagement avec les artefacts a soulevé le voile secret qui séparait nos mondes adoptifs de nos mondes de naissance. Au fond, les artefacts sont devenus nos enseignants, en nous permettant d’accepter ou de rejeter différentes façons de nous définir. Ces artefacts antérieurs à l’adoption sont puissants et précieux parce qu’ils suggèrent une capacité d’agir. Les vêtements d’orphelinat de Rajan, par exemple, lui ont offert une occasion de revisiter le passé, de les essayer à nouveau, au sens figuré.
L’anthropologie et l’archéologie qui travaillent sur les artefacts soutiennent depuis longtemps que, si l’on étudie les objets assez en profondeur, les voix de celles et ceux qui les ont fabriqués et utilisés commencent à émerger (Deetz, 1978 ; Hodder, 2012 ; Nordstrom, 2013). À bien des égards, c’est vrai. En intégrant la personne qui photographiait dans le récit, nous avons pu mieux imaginer l’environnement de Rajan avant l’adoption, non pas comme une simple toile de fond, mais comme un monde vécu et visuel, façonné à la fois par la présence et par l’absence. Pourtant, comme nous le rappelle Olsen (2012), « ceux qui lisent le texte, souvent dans des contextes historiques et culturels différents, y apportent d’autres voix, d’autres textes, et créent des significations bien au-delà de l’intention de l’auteur » (p. 87). Rajan, avec une clarté tranquille, a interrogé le but de ces photographies. Son questionnement désigne une vérité plus large : les objets ne parlent pas d’eux-mêmes. Ils sont interprétés, réinterprétés, et parfois refusés. Leurs significations ne sont pas figées mais négociées, façonnées par les personnes qui s’engagent avec eux, par les contextes dans lesquels on les regarde, et par les histoires que nous racontons autour d’eux. En définitive, mon but, en m’engageant avec mon fils et ses artefacts, était d’entendre sa voix émerger. Dans ce contexte, les artefacts ont aidé à explorer les aspects non dits de son adoption. À la fin de ma séance avec Rajan, je lui ai posé une question assez lourde pour un jeune de 20 ans :
Est-ce qu’il t’arrive de penser à qui tu es en tant que personne adoptée ? Peut-être que, pour toi, comme pour beaucoup de gens, tu n’y penses même pas du tout. Bien sûr, moi, je fais cette étude. Alors j’y pense beaucoup. Mais qu’est-ce que l’adoption signifie pour toi aujourd’hui ? Est-ce que c’est toujours cette sorte de boîte fermée à laquelle tu ne penses pas vraiment ? Ou est-ce que, en devenant adulte, tu commences à penser à la façon dont ta vie évolue, en tant que personne adoptée qui a eu cette vie-là et qui a maintenant cette vie complètement différente ?
Rajan a répondu honnêtement, en admettant : « Je crois que c’est encore plutôt une boîte fermée. »
« Plutôt quoi ? » ai-je insisté.
« Une boîte fermée », a-t-il répété. Il a poursuivi :
Je n’y pense pas vraiment beaucoup. J’ai l’impression que, je ne sais pas. C’est juste comme cette boîte à chaussures, là. C’est comme si, toutes les quelques années, j’y revenais, mais il n’y a pas de moment où je vais me dire, oh, la boîte. Ouais. Ce sera plutôt, je vais tomber dessus par hasard, et puis je vais jeter un œil. Enfin, je ne sais pas. Peut-être que je finirai par aimer davantage ces choses-là.
J’ai adoré cette séance avec Rajan parce que, juste là, il définissait le développement d’une identité qui évolue lentement chez tout le monde, une sorte d’avancée en trébuchant, où l’on s’accroche à la fois à l’ancien et au nouveau. J’étais entrée dans l’entretien avec Rajan confiante dans mes compétences d’enseignante pour guider et relancer, mais j’ai compris qu’une minuscule boîte à chaussures remplie de trésors nous avait montré le chemin, à lui comme à moi. L’une de mes principales leçons a été de parler moins et d’écouter davantage. Pour conclure l’entretien, je lui ai demandé s’il envisagerait un jour de partager le contenu de sa boîte avec d’autres. Il a répondu avec un mélange de pragmatisme et d’autorité sur son histoire adoptive :
Je ne ressens pas le besoin, je crois, d’aller voir quelqu’un et de lui montrer ma vie, simplement. Enfin, si quelqu’un est vraiment assez curieux et qu’il pose la question, je ne suis pas secret. D’accord ? Enfin, s’ils ne vont pas poser la question, c’est que ça ne les intéresse pas. Alors ils n’ont pas à savoir.
Quand j’ai commencé mes entretiens avec d’autres personnes adoptées, j’ai suivi le conseil de Rajan : penser à demander d’abord, avec curiosité et compassion, quelle a été l’expérience vécue des personnes adultes adoptées dans l’enfance. J’ai découvert que beaucoup de personnes adoptées détiennent un nombre surprenant d’artefacts, capables de défaire et de remodeler radicalement ce qu’elles croyaient être leur histoire d’adoption. Certains artefacts, comme des lettres et des actes de naissance, ont été touchés par nos mères de naissance. Dans d’autres, le personnel des services sociaux et les personnes qui prenaient soin de nous ont noté notre premier sourire. L’entraide nous a permis de donner sens à nos artefacts d’avant l’adoption. La courbe de poids reproduite ci-dessous retraçait mon développement pendant mon séjour dans un foyer pour enfants. Je détestais que les remarques de mes six mois de séjour soient restées vides. Pourtant, une personne adoptée a reconnu l’importance de chaque point, car chacun représentait une fois où l’on m’avait prise dans les bras (figure 2).

Ensemble, ces minuscules éclats d’histoire offrent aux personnes adoptées des indices importants montrant que quelqu’un avait été avec nous avant que nous ayons des mots pour décrire nos vies. Je m’appuie sur une histoire captivante pour souligner le rôle puissant d’un artefact comme mouchard.
Avant de commencer mes entretiens avec des personnes adoptées, j’ai déjeuné avec Tasha, une amie de longue date adoptée à l’âge de cinq mois. Je l’ai complimentée sur ses cheveux, parfaitement coiffés. Tasha a toujours un style impeccable, que j’admire profondément. Elle a souri et a dit : « Merci, je les lisse. » Pendant que notre conversation passait à d’autres sujets, je suis devenue un peu curieuse du lissage des cheveux. Je me demandais comment exactement on lisse des cheveux, à quelle fréquence, et combien de temps cela prend. J’admirais simplement son souci du style. Les cheveux sont ensuite devenus notre thème central dans l’exploration de son adoption.
Tasha a rejoint mon groupe de discussion pour explorer les artefacts antérieurs à l’adoption. Dans son album de bébé, elle avait une mèche de ses cheveux d’enfant, noirs et bouclés, fixée sur la première page. J’aime cet artefact parce qu’il représente quelque chose de vivant, qui poussait pendant que Tasha était en famille d’accueil avant son adoption. Ses cheveux ont survécu au voyage, ce qui nous a permis d’y réfléchir des décennies plus tard.
Les cheveux demandent des mains pour en prendre soin, et nous avons imaginé sa mère d’accueil traitant ses cheveux avec égard, patience et ingéniosité. Les cheveux bouclés n’en font souvent qu’à leur tête. Les cheveux de Tasha, coupés et placés il y a des années entre les pages d’un album, auraient dû se défriser avec le temps. Ces cheveux sont restés bouclés. Avec ses rebondissements et ses détours compliqués, nous nous sommes demandé ce que cet artefact nous disait (figure 3).

Tasha est née d’une mère blanche et d’un père noir, et a été élevée par une famille adoptive blanche. Les personnes adoptées transraciales comme Tasha développent une identité adoptive singulière, façonnée par les différences raciales entre elles et leurs parents d’adoption (Killian & Khanna, 2019). À propos de son identité métissée, elle revient sur son héritage noir : « C’est la partie de moi que je connais le moins, surtout parce que je n’ai pas grandi dans une famille noire. Je pense que c’est le chaînon manquant de mon identité, parce qu’on n’a aucune identité autour de la moitié de ce qu’on est. »
Les cheveux de Tasha agissent comme un signe révélateur, qui montre à quel point elle est différente de sa famille adoptive. Tasha était d’accord : « Mes cheveux me donnent déjà une identité quand les gens me regardent de l’extérieur. Mais c’est une identité différente de celle que je porte à l’intérieur, parce que je ne connais même pas ce côté-là. » Sur cette photo, on voit Tasha avec sa famille (figure 4).

En regardant la photo ensemble, Tasha a réfléchi :
Avoir la peau plus foncée que ma famille tout en ayant l’air ambiguë sur le plan racial, ça a été difficile pour moi. Ma mère voulait que je garde ce lien avec mon héritage, que je garde mes cheveux bouclés. Mais bon, à un moment, j’ai voulu m’intégrer, et ça voulait dire me lisser les cheveux. J’ai commencé à les lisser à 12 ans.
Je me demandais ce qui se passerait si Tasha laissait son artefact, ses cheveux, faire ce qu’ils étaient censés faire. « Peut-être, a-t-elle dit, que je devrais les laisser faire. » Perdrait-elle sa blanchité, me demandais-je. À quoi cela ressemblerait-il ? Qu’est-ce que cela ferait ?
À trois reprises, Tasha a essayé de contacter sa famille paternelle. Elle a écrit à son père et à ses deux enfants. Personne n’a répondu. La plupart des abandons d’enfant sont empreints de honte et de culpabilité. L’abandon de Tasha, qui concernait un couple mixte, ajoute un élément de réduction au silence des pères de naissance. Tasha a dit : « Il a en gros été écarté de la décision de me faire adopter. Il a été mis à l’écart par la famille de ma mère. Son père à elle l’a obligée à couper tout lien avec lui. »
Je lui ai demandé si elle hésitait entre dompter ses cheveux pour les faire tenir tranquilles et revenir à l’approche de sa mère, qui consistait à honorer son héritage noir. Tasha pense que ses cheveux lui montrent le monde positif et négatif du caméléon, qui essaie sans cesse de s’adapter au monde, tantôt en se cachant, tantôt en se faisant remarquer. Elle a dit : « Les gens font attention aux cheveux, et c’est comme ça qu’ils savent que je suis métisse. Si j’avais d’autres cheveux, ils ne le sauraient peut-être pas. »
Tasha était profondément touchée par ses tentatives infructueuses pour retrouver son père de naissance. Elle imaginait ce que son père avait dû ressentir. Dans son esprit, il avait peut-être raisonné ainsi : « Une fois qu’on est mis à l’écart, c’est comme, d’accord, je ne fais pas partie de ça. Je n’ai pas de fille, je n’ai pas de petite amie, je n’ai rien. Ça ne fait pas partie de ma vie. »
Utiliser les objets comme enseignants, comme la boucle naturelle des cheveux de Tasha, illustre avec force l’équilibre entre ce que nous gardons pour nous et ce que nous choisissons de révéler. Un troisième élément émerge entre ces concepts binaires. Les cheveux de Tasha, en poussant, reflètent ceux de son mystérieux père de naissance. Ensemble, nous avons apprécié l’effet mouchard de ses cheveux, qui offre une perspective singulière sur l’éthique, la race, le choix et l’identité. Son récit adoptif est façonné par un objet, une voix que ni elle ni moi ne nous attendions à entendre.
L’attention méthodologique et analytique que l’anthropologue Daniel Miller (2008) porte aux objets souligne la capacité des choses, dotées d’aptitudes et de fonctions différentes de celles des humains, à susciter des questions nouvelles, susceptibles de recadrer des événements et des points de vue. Les personnes adoptées qui se sentent bloquées, avec leur seule histoire d’adoption comme référence, peuvent retrouver du mouvement grâce à leur matériel antérieur à l’adoption. En plaçant les objets au centre de l’analyse, Pitts et Versluys (2021) suggèrent qu’une nouvelle histoire advient, fondée sur cet enchevêtrement entre humains et objets.
Après trois séances consacrées à des photos, des lettres et des actes de naissance, une personne adoptée de mon étude a pris conscience d’une chose forte : sa mère de naissance ne s’était jamais vraiment remise du traumatisme d’avoir confié son enfant à l’adoption. Dans The Girls Who Went Away (2008), Fessler rapporte les mots d’une mère de naissance qui a renoncé à son enfant dans les années 1960 : « C’était à une époque où une fille ne pouvait pas faire grand-chose de pire. On vous traitait presque comme si vous aviez commis un meurtre » (p. 9). Pour Ann, la personne adoptée de mon étude, intégrer le passé au présent est devenu un moyen de mieux se comprendre, non seulement en se réappropriant une histoire perdue, mais aussi en reconnaissant les vérités émotionnelles portées par celles et ceux qui se trouvent des deux côtés de l’adoption. Ann a découvert que sa mère de naissance était restée dans la maison familiale, ne s’était jamais mariée, avait souffert d’une insuffisance rénale, perdu une jambe et était morte jeune. Sa compréhension de sa mère a évolué à travers un enchevêtrement complexe de contexte social et culturel, de détails intimes mis au jour et de questions persistantes suscitées par les artefacts.
J’en ai appris davantage sur les besoins de mon fils grâce à notre travail sur des photographies prises à différents moments dans le même cadre. Des objets comme les vêtements portés dans un orphelinat montrent les multiples trajectoires que les objets matériels peuvent emprunter à travers des significations diverses, parfois sans lien entre elles, qui défient l’ordre et la direction (Hodder, 2012). De même, le lien de Tasha avec sa famille paternelle a commencé par l’examen de ses cheveux. L’archéologue Hodder (2012) invite à regarder les objets de plus près et plus attentivement, avec leurs multiples connexions. Plutôt que d’utiliser les objets comme une sonde ou un déclencheur d’enquête, cette approche produit des récits capables de porter les événements passés vers l’avant. De fait, j’ai senti un changement après avoir travaillé, avec d’autres, sur mes documents liés à la naissance, qui révélaient des traces de contact humain et de tendresse. Quand je relis mon acte de naissance original, je sens ma mère de naissance entrer dans le cercle à travers sa signature cursive. Dans mes entretiens, les objets associés à notre passé avaient une façon de nous rassembler, comme on habille un corps. Cette identité réassemblée a permis à de nouvelles pensées d’émerger sur la manière dont l’adoption a fait de nous des personnes adoptées.
J’aime le poète Rainer Maria Rilke, peut-être parce qu’il a été adopté par ses grands-parents maternels. À partir de la Neuvième Élégie de Duino de Rilke (Rilke, 1923, traduite en anglais en 2017), je souligne son attention aux choses à travers des thèmes comme l’identité, l’appartenance et les questions existentielles :
Neuvième Élégie de Duino
Et ces Choses,
Qui vivent de périr,
savent que tu les loues ;
Éphémères, elles attendent de nous leur délivrance :
De nous, les plus éphémères de tous.
Elles veulent que nous les transformions, entièrement, dans nos cœurs invisibles,
En nous, oh infiniment, en nous ! Qui que nous soyons enfin.
Rilke (2017, 1923)
Je crois que ce qu’exprime Rilke résonne avec ma propre identité conflictuelle, à la fois de personne adoptée et de mère adoptive. Le cœur invisible symbolise mon état de conscience. J’ai sorti un garçon d’un orphelinat du Népal quand il avait quatre ans. Mes parents adoptifs m’ont sortie d’un orphelinat quand j’avais six mois. Ni Rajan ni moi ne savions ce qui se passait. Aujourd’hui, quand je regarde la première photo que j’ai reçue de mon fils, debout pieds nus contre un mur de béton, les yeux fixés sur quelque chose ou quelqu’un au-delà du cadre, je sens qu’une question était en train de se former. Cette image continuera de nous appeler, lui et moi, en cherchant sa délivrance et en nous transformant en quelque chose de nouveau.
Avant que je quitte mon oncle pour rentrer chez moi, il m’a donné un portrait encadré de mon père. Quand les deux frères étaient jeunes, leurs parents avaient engagé un peintre pour saisir leurs beaux visages. Cette peinture à l’huile est mon artefact le plus récent. La force d’un objet tient à sa capacité à faire rêver une histoire. L’idée de mon père biologique apparaît sous forme humaine, regardant sereinement vers le coin d’une pièce. J’ai le sentiment qu’il a quelque chose d’important à dire. Ses cheveux forment une ondulation calculée, qui fait écho au drapé de sa chemise. Tandis que le peintre passait des yeux aux oreilles puis à la bouche, il commençait à sculpter les prémices de ma propre création : le chaud bleu sarcelle de mes yeux et les contours et les angles de mon oreille.
Faire de la recherche, c’est chercher de nouveau. Cela peut être une activité collective, partagée avec d’autres personnes animées du même esprit. Je crois que nous nous voyons toutes et tous autrement à travers les choses. Appliquer ce type d’apprentissage par les objets peut potentiellement revitaliser, bouleverser et reconstituer la manière dont la recherche examine la culture actuelle de l’adoption. Légitimer la vie d’une personne adoptée exige une approche interdisciplinaire, qui ajoute une composante nécessaire pour transformer des registres statiques de naissance, d’orphelinat et d’adoption en un jeu de forces dynamique d’options et de compréhension. À mesure que davantage d’objets prennent un rôle généreux, les personnes adoptées pourront découvrir une ouverture plus large, qui les éloignera d’un système autrefois fermé (figures 5 et 6).


Complexe Systémique : à retenir
Ce texte autoethnographique rejoint une intuition familière aux systémiciens : un objet posé au milieu d’un groupe permet de dire ce qui ne se dit pas en face. Acte de naissance, vêtements d’orphelinat, mèche de cheveux deviennent des tiers qui déplacent la conversation, du secret vers la curiosité partagée. On y lit aussi une loyauté double, envers la famille adoptive et envers la famille de naissance, que les parents d’adoption fragilisent quand ils font commencer la vie de l’enfant à son arrivée. La leçon de Rajan est précieuse pour la clinique : demander d’abord, laisser la personne adoptée mener par ses questions. Les limites tiennent au genre même du texte : une seule voix, des entretiens peu décrits, et une recherche menée par une mère auprès de son propre fils, ce qui soulève une question de pouvoir que l’autrice effleure sans la traiter. À lire avec l’article sur la découverte d’une paternité inattendue par un test ADN, et avec l’article sur le contact avec les parents de naissance vécu par les parents d’adoption.
Notes de l’original
Liens d’intérêts. L’autrice ne déclare aucun conflit d’intérêts.
Références
Allen, K. R. (2000). A conscious and inclusive family studies. Journal of Marriage and the Family, 62(1), 4–17. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2000.00004.x
Allen, K. R. (2023). Feminist theory, method, and praxis: Toward a critical consciousness for family and close relationship scholars. Journal of Social and Personal Relationships, 40(3), 899–936. https://doi.org/10.1177/02654075211065
Candlin, F., & Guins, R. (2009). The object reader (in sight: Visual culture). Routledge.
Cedeño, D. (2024). Applying Hegelian theory to contemporary family science. Journal of Family Theory & Review, 16(3), 563–581. https://doi.org/10.1111/jftr.12574
Deetz, J. (1978). In small things forgotten: The archaeology of early American life. American Art Journal, 10(1), 116. https://doi.org/10.2307/1594120
Erikson, E. H. (1959). Identity and the life cycle (Rev. ed.). W. W. Norton.
Fessler, A. (2008). The girls who went away. Penguin Group USA.
Godon-Decoteau, D., & Ramsey, P. (2020). Transracial adoptees: Awards and challenges of searching for their birth families. In G. M. Wrobel, E. Helder, & E. Marr (Eds.), The Routledge handbook of adoption (pp. 238–252). Routledge.
Goldberg, A. E. (2023). From safety in silence to speaking up for LGBTQ+ families: A reflection on the personal, professional, and political through a feminist lens. Journal of Family Theory & Review, 15(2), 219–234. https://doi.org/10.1111/jftr.12500
Grotevant, H. D., & Von Korff, L. (2011). Adoptive identity. In S. J. Schwartz, K. Luyckx, & V. L. Vignoles (Eds.), Handbook of identity theory and research (pp. 585–601). Springer. https://doi.org/10.1007/978-1-4419-7988-9_24
Grotevant, H. D., Lo, A. H., Fiorenzo, L., & Dunbar, N. D. (2017). Adoptive identity and adjustment from adolescence to emerging adulthood: A person-centered approach. Developmental Psychology, 53(11), 2195–2204. https://doi.org/10.1037/dev0000352
Grotevant, H., Dunbar, N., Kohler, J., & Lash Esau, A. (2007). Adoptive identity: How contexts within and beyond the family shape developmental pathways. In R. Javier, A. L. Baden, F. A. Biafora, & A. Camacho-Gingerich (Eds.), Handbook of adoption: Implications for researchers, practitioners, and families (pp. 77–89). Sage. https://doi.org/10.4135/9781412976633.n6
Haug, A., & Hielscher, A. (2021). Materiality as decor: Aesthetics, semantics and function. In Materiality in Roman art and architecture (pp. 1–24). De Gruyter. https://doi.org/10.1515/9783110764734-001
Hodder, I. (2012). The interpretation of documents and material culture. In J. Goodwin (Ed.), SAGE biographical research (pp. 171–188). Sage.
Homans, M. (2015). The imprint of another life: Adoption narratives and human possibility. University of Michigan Press.
Kegan, R. (1994). In over our heads: The mental demands of modern life. Harvard University Press.
Killian, C., & Khanna, N. (2019). Beyond color-blind and color-conscious: Approaches to racial socialization among parents of transracially adopted children. Family Relations, 68(2), 260–274. https://doi.org/10.1111/fare.12349
Lipton, B. H. (2015). The biology of belief: Unleashing the power of consciousness, matter & miracles. Hay House UK.
Mahat-Shamir, M., & Pitcho-Prelorentzos, S. (2019). Grieving from the womb: Meaning construction in response to father loss before birth. Journal of Constructivist Psychology, 33(2), 172–187. https://doi.org/10.1080/10720537.2019.1568939
Maree, J. G. (2021). The psychosocial development theory of Erik Erikson: Critical overview. Early Child Development and Care, 191(7–8), 1107–1121. https://doi.org/10.1080/03004430.2020.1845163
Mezirow, J. (1991). Transformative dimensions of adult learning. Jossey-Bass.
Miller, D. (2008). The comfort of things. Polity Press.
Nordstrom, S. N. (2013). Object-interviews: Folding, unfolding, and refolding perceptions of objects. International Journal of Qualitative Methods, 12(1), 237–257. https://doi.org/10.1177/16094069130120011
Olsen, B. (2012). Scenes from a troubled engagement: Post-structuralism and material culture studies. In C. Tilley, W. Keane, S. Küchler, M. Rowlands, & P. Spyer (Eds.), Handbook of material culture (pp. 85–103). Sage. https://doi.org/10.4135/9781848607972.n7
Piaget, J., & Carmichael, L. (1973). In P. H. Mussen (Ed.), Carmichael's manual of child psychology (Vol. 86, p. 212). Wiley. https://doi.org/10.2307/1421866
Pitts, M., & Versluys, M. (2021). Objectscapes: A manifesto for investigating the impacts of object flows on past societies. Antiquity, 95(380), 367–381. https://doi.org/10.15184/aqy.2020.148
Rilke, R. M. (1923). The ninth elegy. In M. Mitchell, Trans (Ed) Duino elegies. New York Review Books.
Rilke, R. M. (2017). The Duino elegies. Bibliotech Press.
Rizzo, M. (2022). “I want the piece of paper that is my history, and why the hell can't I have it?”: Original birth certificates and adoptive identity. Journal of Family Communication, 22(3), 271–287. https://doi.org/10.1080/15267431.2022.2097234
Seek, A. (2022). The open adoption alternative, a birthmother's perspective. Adoption & Culture, 10, 210–213. https://doi.org/10.1353/ado.0.0009
Small, C. L. (2024). The adoptee's journey: From loss and trauma to healing and empowerment. IVP.
Tucker, A. (2023). “You should be grateful”: Stories of race, identity, and transracial adoption ( 32nd ed.). Beacon Press.
Vygotsky, L. (1978). Mind in society. Harvard University Press.
Yasin, G. (2021). Fluid identity of the Muslim migrants in America: A case study of Hayat Shah in Ayad Akhtar's American dervish. University of Chitral Journal of Linguistics and Literature, 5(1), 27–41. https://doi.org/10.33195/jll.v4iii.263
Zuev, D. (2022). Visual sociology: Practices and politics in contested spaces. Palgrave Pivot.
Traduction non officielle en français de Devenir une personne adoptée : reconstruire l’identité adoptive à travers les artefacts, par Ellen Reeve, Journal of Family Theory & Review, vol. 17, no 3 (2025), doi : 10.1111/jftr.12635, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Becoming adopted: Rebuilding adoptive identity through artifacts », publié dans Journal of Family Theory & Review (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Reeve, E. (2025). Devenir une personne adoptée : reconstruire l’identité adoptive à travers les artefacts (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/devenir-une-personne-adoptee-reconstruire-l-identite-adoptive-a-travers-les-artefacts (Œuvre originale publiée en 2025 dans Journal of Family Theory & Review, 17(3), 386-404 (2025) ; republiée en 2025 par Journal of Family Theory & Review, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jftr.12635)
Pour aller plus loin