Journal of Family Therapy · Thérapie familiale

L’expérience des équipes réfléchissantes en pratique clinique, du point de vue des personnes suivies : revue systématique et méta-synthèse

Que vivent les familles lorsqu’une équipe, derrière un miroir ou dans la pièce, commente leur séance à voix haute ? Rachael Harris et Jon Crossley, de l’université de Leicester, ont rassemblé onze études qualitatives sur l’équipe réfléchissante imaginée par Tom Andersen. L’expérience paraît d’abord étrange, parfois écrasante ; elle devient aidante lorsque la sécurité, la diversité de l’équipe et l’espoir sont au rendez-vous.

Auteurs Rachael Harris et Jon Crossley (psychologie clinique, université de Leicester, Royaume-Uni)Première publication Journal of Family Therapy, 9 mai 2021Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’expérience des équipes réfléchissantes en pratique clinique, du point de vue des personnes suivies : revue systématique et méta-synthèse, par Rachael Harris et Jon Crossley, publié dans Journal of Family Therapy (Wiley) (2021), doi : 10.1111/1467-6427.12346, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; la légende de la figure, restée en anglais, est traduite ; les versions chinoise et espagnole du résumé, publiées avec l’original, ne sont pas reprises. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

L’équipe doit créer un sentiment de sécurité pour que les personnes participantes s’engagent.

Rachael Harris et Jon Crossley

Résumé

Les données facilement accessibles sur l’impact des équipes réfléchissantes en thérapie familiale sont rares. Une synthèse de la littérature était nécessaire pour éclairer l’expérience que les personnes suivies font de ce processus. Une recherche systématique dans la littérature sur l’équipe réfléchissante a été menée et a permis de repérer 11 articles fondés sur des méthodes qualitatives. Leurs résultats ont été synthétisés par méta-ethnographie. Trois thèmes ont été dégagés : « inhabituel et étrange », « des conversations singulières » et « un environnement thérapeutique ». Le processus de l’équipe réfléchissante était inattendu et singulier, mais il pouvait être aidant lorsque les personnes se sentaient en sécurité et comprises. Les équipes réfléchissantes, d’abord reçues comme une expérience bizarre et inhabituelle, se révèlent en général une approche efficace et aidante en thérapie familiale et de couple. Des précautions supplémentaires sont à prendre pour que les personnes suivies se sentent capables de s’engager dans le processus, afin d’éviter qu’il ne devienne écrasant et inutile.

Points pour la pratique

  • La conscience de soi et l’incertitude sont plus élevées dans la famille lorsqu’on lui présente pour la première fois l’équipe réfléchissante.
  • Une relation solide avec la personne thérapeute principale peut soutenir l’engagement de la famille avec l’équipe.
  • Les équipes réfléchissantes ont été vécues comme plus efficaces lorsqu’elles représentaient un groupe diversifié sur les plans professionnel, ethnique et culturel.
  • L’espoir et la validation sont des éléments essentiels pour créer un espace thérapeutique capable d’introduire de la différence dans une famille.

Contexte

Cette étude visait à synthétiser la recherche portant sur l’usage des équipes réfléchissantes du point de vue des personnes suivies, afin d’éclairer la compréhension de la valeur de cette méthode en contexte clinique. L’école systémique de Milan (Selvini Palazzoli et al., 1979) est considérée comme la « première génération » de l’approche de l’équipe réfléchissante. Dans ce modèle, la personne « thérapeute identifiée » menait la séance avec la famille pendant que l’équipe de thérapeutes écoutait derrière un miroir sans tain. Cette personne sortait ensuite et tenait une conversation réflexive avec l’équipe, hors de l’espace thérapeutique. Il lui revenait alors de choisir quelles parties de cette discussion rapporter à la famille.

Tom Andersen aurait éprouvé un malaise face au manque de collaboration avec les personnes suivies dans ce processus, et face à la position d’« expert » occupée par la personne thérapeute identifiée et par les membres de l’équipe (Haley, 2002). En faisant entrer la conversation de l’équipe dans l’espace thérapeutique, on permettait à la famille d’entendre les idées par elle-même. Ces idées nouvelles permettaient à une famille d’envisager d’autres perspectives et de s’ouvrir à une autre manière d’être ensemble (Andersen, 1987). Cette méthode est aujourd’hui couramment appelée « équipe réfléchissante » (Andersen, 1991). Inclure les personnes suivies dans des discussions qui, auparavant, se seraient tenues hors de leur présence a permis une collaboration accrue entre elles et les thérapeutes (Andersen, 2007 ; Haley, 2002).

Les équipes réfléchissantes ont été utilisées dans des contextes cliniques variés, dont la thérapie familiale (Jenkins, 1996), la thérapie de couple (Allan et al., 2019), les services de santé somatique (West et al., 2015), les services pour personnes ayant une déficience intellectuelle (Anslow, 2013) et les services d’addictologie (Garrido-Fernandez et al., 2017). Malgré son large usage en thérapie familiale, la littérature sur le processus de l’équipe réfléchissante reste limitée (Willot et al., 2012). Les travaux disponibles montrent que son impact sur les personnes suivies peut être divers. Kleist (1999) a constaté que le processus de l’équipe réfléchissante pouvait améliorer l’alliance thérapeutique et, par là, accélérer les résultats thérapeutiques. Brownlee et al. (2009) ont en revanche constaté que l’équipe n’était pas toujours perçue comme une intervention positive, même si la plupart des personnes suivies appréciaient certains aspects de l’expérience. Tseliou et ses collègues (2020a, 2020b) ont mené une méta-synthèse sur le processus de changement en thérapie systémique. Cette équipe a constaté que les équipes réfléchissantes pouvaient constituer un obstacle parce qu’il s’agit d’une pratique peu familière, mais que l’équipe était, dans l’ensemble, vécue comme une expérience positive (Tseliou et al., 2020b).

Compte tenu du caractère rare et disparate de la littérature disponible, il a été soutenu que des recherches supplémentaires étaient nécessaires pour comprendre comment les équipes réfléchissantes fonctionnent (Heatherington, Friedlander & Greenberg, 2005), auprès de publics différents et selon des méthodologies différentes (Kleist, 1999). Pour orienter et nourrir efficacement cette recherche, des revues sont nécessaires, qui rassemblent et synthétisent ces résultats épars.

Les revues de littérature antérieures ont proposé une présentation descriptive des recherches disponibles, sans recherche systématique dans la littérature ni analyse critique des études examinées. Cette revue systématique synthétise donc et évalue la recherche qualitative récente, afin de mieux comprendre l’expérience que les personnes suivies font du processus de l’équipe réfléchissante. Elle porte uniquement sur des recherches ayant adopté une approche qualitative, pour deux raisons principales. D’abord, s’appuyer sur une seule méthodologie a donné plus de cohérence à l’analyse des données, ce qui permet de tirer des conclusions plus claires et plus cohérentes. Ensuite, les philosophies du constructionnisme et de la phénoménologie qui sous-tendent l’approche de l’équipe réfléchissante (Jenkins, 1996) se prêtent à une exploration fondée sur des données qualitatives.

Méthode

Stratégie de recherche

Des recherches exploratoires initiales ont permis d’explorer la littérature disponible et de dégager des mots-clés pertinents. PROSPERO a été consulté pour repérer d’éventuelles revues déjà enregistrées, sans résultat. Les termes « reflecting team » (équipe réfléchissante) et « reflecting process » (processus réfléchissant) étaient tous deux employés par Andersen pour décrire l’approche (Roberts, 2009) ; ils ont donc été inclus tous les deux dans la présente revue, pour recueillir le plus grand nombre possible d’articles pertinents.

Des termes de recherche plus larges ont aussi été utilisés, en raison de la rareté de la littérature et pour s’assurer que toute la recherche pertinente soit prise en compte dans cette revue. Dixon-Woods et al. (2006) suggèrent que des stratégies de recherche larges peuvent être utiles lorsqu’on synthétise des construits pour élaborer un sens nouveau au regard de la question choisie. La stratégie de recherche est présentée dans le tableau 1. Les bases de données PsychINFO, Web of Science, Medline et Scopus ont été interrogées avec ces mots-clés, car elles couvrent un large éventail de sources. Une recherche dans la littérature grise via Google Scholar et une recherche manuelle dans les articles pertinents n’ont fait apparaître aucun article supplémentaire. Ces recherches ont été réalisées entre novembre 2019 et janvier 2020. Le tri des articles a été fait par l’une des deux personnes signataires, sous la supervision de l’autre et en discussion avec elle.

Tableau 1 — Stratégie de recherche

  • Termes de recherche. ‘Reflect* team*’ OR ‘Reflect* processes’ AND ‘Therap*’.

Critères d’inclusion

Il a été décidé qu’une recherche portant sur les articles publiés au cours des 20 dernières années ferait apparaître un éventail suffisant d’études appropriées. Les recherches exploratoires initiales ont mis au jour une revue complète réalisée par Kleist en 1999. On en a donc conclu qu’examiner la littérature des 20 dernières années permettrait d’inclure le plus de recherches possible sans refaire un travail déjà accompli.

L’expérience des personnes suivies a été définie comme le point de vue d’une seule personne usagère du service et/ou de son ou sa partenaire ou d’un membre de sa famille. L’équipe réfléchissante a été opérationnalisée comme une équipe de thérapeutes et/ou de personnels de santé qui assistaient à une séance de thérapie et partageaient leurs réflexions soit directement avec la personne thérapeute, soit avec les personnes présentes et la personne thérapeute. L’équipe se trouvait soit dans la même pièce que la séance, soit dans une pièce séparée, tout en suivant la séance en direct. Cela permettait d’inclure le plus large éventail possible de déclinaisons de l’approche.

La recherche qualitative a été comprise comme toute méthodologie explorant et analysant des données descriptives riches. Il pouvait s’agir de récits rétrospectifs de l’expérience des personnes suivies ou du dialogue en séance. Malgré leurs positions épistémologiques différentes, il a été jugé utile de réunir l’expérience vécue en séance et l’expérience rapportée après coup, compte tenu de la rareté de la littérature disponible et pour obtenir la compréhension la plus large possible du processus de l’équipe réfléchissante.

Les autres critères d’inclusion et d’exclusion sont présentés dans le tableau 2.

Tableau 2 — Critères d’inclusion et d’exclusion

  • Objet. Inclusion : l’étude explore spécifiquement l’usage de l’équipe ou du processus réfléchissant (ER/PR), ou lui consacre une part importante de son propos. Exclusion : aucune mention de l’ER/PR, ou l’ER/PR ne contribue pas de façon significative aux résultats.
  • Contexte. Inclusion : usage de l’ER/PR en pratique clinique uniquement. Exclusion : études centrées sur la supervision, la formation et l’enseignement.
  • Méthode. Inclusion : méthodologie qualitative, du point de vue des personnes usagères du service ou des membres de la famille. Exclusion : données quantitatives, article théorique ou philosophique sans volet de recherche.
  • Données. Inclusion : l’étude explore l’impact et l’usage de l’ER/PR, en séance ou après coup. Exclusion : l’étude ne produit pas de données sur l’usage ou l’impact de l’ER/PR.
  • Évaluation par les pairs. Inclusion : article évalué par les pairs. Exclusion : article non évalué par les pairs.
  • Langue. Inclusion : en anglais. Exclusion : pas de version anglaise disponible.
  • Période. Inclusion : publication entre 1999 et 2019. Exclusion : publication antérieure à 1999.

La figure 1 présente le processus de recherche sous la forme d’un diagramme de flux PRISMA (Moher et al., 2009), avec la liste des motifs d’exclusion. Les douze articles restants ont été soumis à une évaluation de leur qualité.

Diagramme de flux PRISMA de la stratégie de recherche, avec les motifs d’exclusion
Figure 1. Diagramme de flux PRISMA de la stratégie de recherche (Moher et al., 2009) (schéma original en anglais)

Évaluation de la qualité

Évaluer le niveau de recherches qualitatives diverses exige une approche large, pour apprécier pleinement les différentes façons dont l’éventail des méthodes a été employé. La grille de Caldwell et al. (2011) a paru offrir une portée adaptée ; elle a donc été utilisée et adaptée pour soutenir l’évaluation de la qualité des articles restants. Seules les questions portant sur la recherche qualitative ont été retenues, et les articles ont été notés selon qu’ils remplissaient ou non les critères définis. Ils recevaient une note selon qu’ils remplissaient les critères entièrement (note 2), en partie (note 1) ou pas du tout (note 0). Tout article ayant obtenu 0 à l’une des questions a été exclu de l’analyse (tableau 3). Le score total de chaque article a servi à évaluer sa contribution à la synthèse.

Tableau 3 — Scores de l’évaluation de la qualité

Notes dans l’ordre suivant : Allan et al. (2019) ; Anslow (2013) ; Egeli et al. (2014a) ; Egeli et al. (2014b) ; Egeli et al. (2014c) ; Lever et Gmeiner (2000) ; Mitchell et al. (2014) ; Munro et al. (2008) ; Parker et O’Reilly (2013) ; Pender et Stinchfield (2014) ; West et al. (2015) ; Williams et Auburn (2016).

  • 1. Le titre reflète-t-il le contenu ? 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 1.
  • 2. L’équipe de recherche est-elle crédible ? 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2.
  • 3. Le résumé présente-t-il les éléments clés ? 2, 2, 1, 2, 1, 2, 1, 2, 2, 2, 2, 1.
  • 4. La justification de la recherche est-elle clairement exposée ? 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2.
  • 5. La revue de littérature est-elle complète et à jour ? 1, 1, 1, 2, 2, 2, 1, 2, 2, 2, 2, 1.
  • 6. L’objectif de la recherche est-il clairement énoncé ? 2, 2, 1, 2, 1, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 1.
  • 7. Toutes les questions éthiques sont-elles repérées et traitées ? 1, 2, 1, 1, 1, 0, 2, 1, 1, 1, 2, 1.
  • 8. La méthodologie est-elle identifiée et justifiée ? 2, 2, 1, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2.
  • 9. Le cadre philosophique et le devis de l’étude sont-ils identifiés, et le choix du devis est-il justifié ? 2, 2, 1, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2.
  • 10. Les concepts principaux sont-ils identifiés ? 2, 2, 2, 2, 2, 1, 2, 2, 2, 1, 2, 2.
  • 11. Le contexte de l’étude est-il présenté ? 2, 2, 2, 2, 2, 1, 2, 2, 2, 1, 2, 1.
  • 12. La sélection des personnes participantes et la méthode d’échantillonnage sont-elles décrites ? 2, 2, 2, 2, 2, 1, 1, 2, 1, 2, 1, 1.
  • 13. La méthode de collecte des données est-elle vérifiable ? 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 1, 2, 2, 2, 2.
  • 14. La méthode d’analyse des données est-elle crédible et confirmable ? 2, 2, 2, 2, 2, 2, 2, 1, 2, 2, 2, 1.
  • 15. Les résultats sont-ils présentés de façon appropriée et claire ? 2, 2, 1, 1, 1, 1, 2, 2, 1, 2, 2, 1.
  • 16. La discussion est-elle complète ? 2, 1, 1, 2, 2, 1, 2, 1, 2, 2, 2, 1.
  • 17. La conclusion est-elle complète ? 2, 1, 2, 2, 2, 1, 1, 1, 1, 2, 2, 2.
  • Score total (maximum : 34). 32, 31, 26, 32, 30, 0, 30, 29, 30, 31, 33, 24.

Légende : 0 = ne remplit pas le critère ; 1 = remplit le critère en partie ; 2 = remplit entièrement le critère.

Certaines études manquaient de clarté sur la méthodologie et le détail de l’analyse des données, que la grille de Caldwell et al. (2011) présente comme d’importants marqueurs de qualité ; elles ont reçu des notes plus basses en conséquence. Des notes plus basses ont été attribuées pour la conclusion lorsque les détails descriptifs des résultats l’emportaient sur une discussion approfondie des implications, ou lorsque la discussion des limites ou les pistes de recherche future manquaient ou restaient vagues. Un article a été exclu de l’analyse (Lever & Gmeiner, 2000), car il ne faisait aucune référence aux considérations éthiques, ce qui constituait l’un des critères de la grille. Deux articles ont obtenu des scores relativement faibles par rapport aux autres (Egali et al., 2014a ; Williams & Auburn, 2016). Ces scores ont été jugés suffisants pour que ces articles contribuent à la synthèse, mais leur influence dans l’analyse a été moindre.

Résultats

Caractéristiques des études

Les résultats représentent le point de vue de plus de 120 personnes. L’âge déclaré des personnes participantes allait de 2 à 66 ans. Cinq études indiquaient l’origine ethnique des personnes participantes. Les trente-cinq personnes dont l’origine était indiquée étaient toutes décrites comme blanches britanniques ou caucasiennes. Les études ont été menées dans des contextes occidentaux, comme le Royaume-Uni (n = 3), les États-Unis (n = 2), le Canada (n = 4) et l’Australie (n = 2).

Les onze études ont toutes été menées dans le cadre des soins de santé mentale de proximité, dont des services pour personnes sourdes (Munro et al., 2008), des services de proximité pour personnes ayant une déficience intellectuelle (Anslow, 2013), des services de conseil familial et conjugal (Egeli et al., 2014a, 2014b, 2014c ; Mitchell et al., 2014 ; Parker & O’Reilly, 2013 ; Pender & Stinchfield, 2014 ; Williams & Auburn, 2016) et des services de santé somatique (West et al., 2015). Sept des onze articles faisaient état de membres de l’équipe réfléchissante alors en formation (Allan et al., 2019 ; Egeli et al., 2014a, 2014b, 2014c ; Munro et al., 2008 ; Pender & Stinchfield, 2014 ; West et al., 2015). Les caractéristiques de chaque étude sont présentées dans le tableau 4.

Tableau 4 — Caractéristiques des études

Pour chaque étude : objectif ; format de l’équipe réfléchissante (ER) ; recrutement, procédure et échantillon ; collecte et analyse des données ; pays.

  • Munro et al. (2008). Objectif : explorer l’usage d’un modèle constructionniste de conseil avec une équipe réfléchissante, en se centrant sur l’expérience de personnes sourdes. Format : miroir sans tain ; l’interprète reste dans la salle de thérapie principale tout au long de la séance ; la personne thérapeute commence dans la salle principale avec la personne suivie, avec l’ER ; puis l’équipe et la famille échangent leurs places pour que l’ER tienne sa discussion, avant un nouvel échange pour le retour avec la personne thérapeute (durée totale : 1 heure) ; la composition de l’ER variait (équipe de deux à quatre personnes choisies dans un vivier de huit thérapeutes-conseils). Échantillon : N = 2 participantes ; personnes sourdes venues à la consultation avec leur famille, invitées en raison de leur fréquentation de la consultation. Données : entretiens approfondis guidés par des thèmes prévus à l’avance ; personne chargée de l’entretien et interprète différentes de celles impliquées dans la thérapie ; « méthodes qualitatives d’analyse comparative continue » inspirées de la théorisation ancrée. Pays : Australie.
  • Anslow (2013). Objectif : explorer l’expérience d’adultes ayant une déficience intellectuelle face à une équipe réfléchissante. Format : pas de miroir sans tain (l’ER est dans la pièce avec la famille et les thérapeutes) ; séance d’une heure ; une personne thérapeute (trois psychologues du service clinique formant l’ER). Échantillon : N = 5 (quatre femmes, un homme) ; toutes les personnes d’origine blanche britannique ; 18 à 44 ans ; deux s’exprimaient avec l’appui du Makaton ; personnes suivies par un service pour personnes ayant une déficience intellectuelle et participant à une thérapie familiale régulière avec un ou plusieurs membres de leur système. Données : entretiens semi-directifs appuyés par un rappel assisté par DVD de l’équipe réfléchissante ; analyse phénoménologique interprétative ; validation par un retour des personnes interrogées et par des groupes de discussion de thérapeutes. Pays : Royaume-Uni.
  • Parker et O’Reilly (2013). Objectif : explorer la façon dont la personne thérapeute quitte la thérapie puis y revient, le risque de rupture à ce moment-là, et la façon dont l’information issue de l’ER est transmise par la personne thérapeute et reçue par l’équipe. Format : thérapie décrite comme une « thérapie familiale post-milanaise » ; miroir sans tain ; l’équipe n’échange pas sa place avec la famille, et les réflexions sont transmises à la personne thérapeute, qui les rapporte à la famille. Échantillon : quatre familles ; N = 22 membres de famille ; N = 2 thérapeutes ; toutes les familles blanches britanniques de milieu socio-économique modeste ; échantillon de convenance de familles suivies en thérapie familiale. Données : analyse conversationnelle d’enregistrements vidéo de 22 heures de séances de thérapie familiale. Pays : Royaume-Uni.
  • Pender et Stinchfield (2014). Objectif : déterminer le point de vue des personnes suivies sur l’utilité d’un format avec équipe réfléchissante. Format : deux « thérapeutes qui mènent l’entretien », et une ou deux autres personnes thérapeutes dans la pièce comme ER ; miroir sans tain utilisé ; réflexions présentées après la séance principale ; il arrivait qu’une des personnes menant l’entretien rejoigne l’ER ; les membres de l’ER se déplacent physiquement pour se faire face, sous le regard de la famille. Échantillon : N = 2 (couple hétérosexuel marié) ; 46 et 47 ans ; origine caucasienne ; mariage depuis 10 ans ; couple sollicité par la personne qui signe l’article en premier, du fait de leur fréquentation du centre de conseil. Données : entretiens menés deux fois, une fois après l’ER et une fois un mois plus tard ; entretiens transcrits et notes de terrain codés et élaborés en « unités de sens », thèmes, catégories et concepts. Pays : États-Unis.
  • Egeli et al. (2014a). Objectif : examiner l’expérience de l’espoir et de la vulnérabilité en thérapie et face à une équipe réfléchissante. Format : séance de 40 à 45 minutes avec une personne thérapeute pendant que l’ER est derrière le miroir, puis l’ER échange de pièce avec la personne thérapeute et le couple et présente ses idées, avant un nouvel échange et un dernier débriefing du couple avec la personne thérapeute (65 à 85 minutes au total). Échantillon : N = 6 (trois couples hétérosexuels en conseil conjugal) ; 29 à 47 ans ; origine caucasienne ; échantillon de convenance de couples suivis dans une consultation de conseil. Données : entretiens de rappel du processus interpersonnel (Interpersonal Process Recall) ; analyse thématique ; évaluations autodéclarées (de 1 à 10) des niveaux d’espoir et de vulnérabilité. Pays : Canada.
  • Egeli et al. (2014b). Objectif : examiner l’expérience de la vulnérabilité en thérapie de couple et face à une équipe réfléchissante. Format : identique à celui d’Egeli et al. (2014a). Échantillon : N = 6 (trois couples hétérosexuels mariés en conseil conjugal) ; 29 à 47 ans ; origine caucasienne ; échantillon de convenance de couples suivis dans une consultation de conseil. Données : entretiens de rappel du processus interpersonnel ; analyse thématique. Pays : Canada.
  • Egeli et al. (2014c). Objectif, format, échantillon et données identiques à ceux d’Egeli et al. (2014b). Pays : Canada.
  • Mitchell et al. (2014). Objectif : explorer l’expérience des familles face à deux formats différents de première séance de thérapie familiale avec équipe réfléchissante. Format : deux conditions. (1) La personne thérapeute principale et l’équipe se réunissent avant la séance pour formuler des hypothèses ; le retour est élaboré hors de la présence de la famille, et la personne thérapeute le présente seule à la famille. (2) La personne thérapeute principale et l’équipe se réunissent avant la séance pour formuler des hypothèses ; le retour est élaboré devant la famille et la personne thérapeute (qui changent de place et écoutent derrière le miroir sans tain). Échantillon : quinze familles de « personnes adressées » et de personnes suivies en thérapie familiale ; personnes adressées âgées de 8 à 16 ans ; condition 1 : n = 8 familles adressées ; condition 2 : n = 7 familles adressées ; origine ethnique non indiquée. Données : théorisation ancrée ; entretiens semi-directifs. Pays : Australie.
  • West et al. (2015). Objectif : explorer l’expérience de la clientèle et de l’équipe clinique face à une intervention de soutien aux familles d’enfants ayant reçu un diagnostic de cancer, avec un accent particulier sur les croyances familiales relatives à la maladie. Format : conversations thérapeutiques en partie calquées sur le déroulement de séance décrit par l’équipe de Milan ; miroir sans tain. Échantillon : seize membres de trois familles, dans un service pour enfants ayant reçu un diagnostic de cancer ; trois membres de l’équipe thérapeutique ont aussi participé aux entretiens. Données : 52 heures d’enregistrements vidéo ; dix entretiens (n = 3 avec l’équipe clinique, les autres avec des membres de famille seuls ou en groupe) ; enquête herméneutique intégrant les entretiens et les transcriptions des vidéos. Pays : Canada.
  • Williams et Auburn (2016). Objectif : repérer comment la connotation positive est employée en thérapie familiale, en lien avec l’équipe réfléchissante. Format : processus en deux temps (réunion préalable de l’équipe, puis rencontre avec la famille) ; l’ER (appelée « équipe de thérapie de réseau ») se tient derrière le miroir sans tain pendant toute la séance, après une brève présentation ; changement de pièce après la séance pour donner un bref retour et d’éventuelles suggestions prudentes, puis nouvel échange pour que la famille et le réseau en discutent. Échantillon : cinq familles ; N = 15 personnes suivies : six femmes adultes, trois filles de 10 à 16 ans, six garçons de 2 à 16 ans ; N = 13 thérapeutes. Données : analyse conversationnelle des transcriptions de séances familiales enregistrées en vidéo. Pays : Royaume-Uni.
  • Allan et al. (2019). Objectif : explorer la manière dont des couples suivis en thérapie avec une ER vivent le rapport à l’espoir dans leur relation. Format : une séance unique avec équipe réfléchissante, proposée avec la promesse d’une séance de conseil gratuite en cas de participation ; l’ER écoutait derrière un miroir sans tain puis entrait dans la salle de thérapie pour offrir ses réflexions, pendant que le couple écoutait derrière le miroir. Échantillon : N = 32 couples (64 personnes) ; N = 11 couples pour les entretiens qualitatifs ; 20 à 66 ans ; durée de la relation de 1 à 37 ans ; trente et une relations hétérosexuelles, une relation homosexuelle. Données : méthodes mixtes ; analyse quantitative de la Relationship Hope Scale et de l’échelle révisée des expériences dans les relations proches ; analyse qualitative : analyse thématique d’entretiens transcrits, menés un mois après la séance avec l’équipe réfléchissante. Pays : États-Unis.

Huit articles portaient sur des récits directs de l’expérience des personnes suivies (Allan et al., 2019 ; Anslow, 2013 ; Egeli et al., 2014a, 2014b, 2014c ; Mitchell et al., 2014 ; Munro et al., 2008 ; Pender & Stinchfield, 2014), et trois sur l’interaction entre personnes suivies et thérapeutes (Parker & O’Reilly, 2013 ; West et al., 2015 ; Williams & Auburn, 2016). Les données de six personnes ont été utilisées dans trois études (Egeli et al., 2014a, 2014b, 2014c). Toutes les études sauf une ont recueilli leurs données par des entretiens avec les personnes participantes. Williams et Auburn (2016) ont recouru à l’analyse conversationnelle de transcriptions de séances de thérapie familiale enregistrées en vidéo pour explorer les interactions entre personnes suivies et thérapeutes.

Méta-synthèse

Une synthèse de données qualitatives peut fournir des explications que les études isolées ne permettraient pas (Paterson, 2012). Les revues antérieures étaient de nature agrégative, et il a semblé qu’une synthèse intégrative pourrait rassembler ces expériences pour réviser la compréhension actuelle de la manière dont les équipes réfléchissantes peuvent être utilisées au mieux.

La méta-ethnographie (Noblit & Hare, 1988) traduit les résultats de chaque article dans les termes des autres, pour produire des thèmes et des concepts transversaux. Elle a permis de rassembler ces articles divers et de les traduire les uns dans les autres, tout en laissant place aux réfutations entre articles. La partie résultats de chaque article retenu a fait l’objet d’un codage détaillé, qui a conduit à des thèmes descriptifs représentatifs de l’article initial. L’analyse portait principalement sur les citations des personnes suivies, mais les interprétations des équipes de recherche ont aussi été prises en compte, puisqu’elles avaient présidé au choix des citations. À mesure que chaque nouvel article était analysé, d’autres concepts se dégageaient et étaient synthétisés en thèmes interprétatifs transversaux, qui allaient au-delà des analyses de chaque article.

Synthèse des résultats

Trois thèmes conceptuels centraux ont été dégagés : la perception de l’équipe réfléchissante comme « inhabituelle et étrange », les « conversations singulières » vécues en thérapie avec une équipe et la reconnaissance de l’« environnement thérapeutique » créé par le recours à l’équipe réfléchissante.

Inhabituel et étrange

Deux sous-thèmes ont été dégagés au sein de ce récit d’ensemble. Le premier concernait le sentiment d’être sous observation et la conscience de soi accrue lorsqu’une équipe écoutait la séance. Le second concernait la manière dont les équipes réfléchissantes étaient reçues différemment selon les façons de procéder.

« Quelqu’un qui vous observe »

Un sentiment de malaise est apparu chez certaines personnes, lié soit au miroir sans tain, soit à la conscience directe qu’une équipe observait la séance. Des personnes suivies ont rapporté que le caractère inhabituel de l’équipe réfléchissante tenait au sentiment d’être exposées, offertes au regard de gens qu’elles n’avaient jamais rencontrés et à qui elles confiaient des détails intimes.

« Je me sentais comme une bête de cirque, il y avait des gens qui vous regardaient, c’est tout. » (Garçon de 13 ans, Mitchell et al., 2014, p. 244)

Environ un tiers des articles relevaient qu’il y avait quelque chose d’inconfortable à entendre les réflexions, en sachant qu’elles reposaient sur l’observation des discussions familiales. Les personnes participantes avaient le sentiment de recevoir des commentaires sur leur vie personnelle sans pouvoir, à ce moment-là, rien dire.

« Je crois que c’était plutôt inconfortable que ces gens soient de l’autre côté pendant notre séance. Et oui ! Comme une expérience de sortie du corps, d’être de l’autre côté. Des gens qui parlaient comme si on n’était même pas là. » (Cliente adulte, Allan et al., 2019, p. 393)

Malgré une forte conscience de soi, les personnes parvenaient à s’engager dans la séance dans une certaine mesure. À mesure que la première séance avançait, les personnes participantes avaient le sentiment de pouvoir parler plus librement et se laissaient absorber par le contenu de la rencontre.

« Quelqu’un vous observe et vous savez qu’on vous observe, mais vous ne voyez vraiment pas ces gens, alors vous finissez un peu par oublier qu’on vous observe. » (Cliente adulte, Allan et al., 2019, p. 393)

Des façons de procéder reçues différemment

Ce sous-thème rend compte de la manière dont les différentes façons d’utiliser une équipe réfléchissante ont été vécues par les personnes suivies. Dans la plupart des articles, l’équipe réfléchissante se trouvait dans les locaux, derrière un miroir sans tain, à écouter la séance. Dans un article, l’équipe écoutait en silence dans la même pièce que la famille (Anslow, 2013). Un seul article faisait appel à une équipe réfléchissante dont les réflexions n’étaient entendues que par la personne thérapeute principale (Parker & O’Reilly, 2013). Un autre article comparait les situations où les réflexions étaient entendues ou non par les personnes venues en thérapie (Mitchell et al., 2014).

Écouter directement l’équipe réfléchissante donnait aux familles l’occasion d’assister à l’élaboration des idées et au consensus qui se dégageait de la discussion, à condition de pouvoir se concentrer sur ce qui était dit. La quantité d’informations produites était parfois vécue comme déroutante et écrasante lorsque les personnes écoutaient directement les réflexions. C’était particulièrement vrai lorsque d’autres sources de distraction étaient présentes dans la pièce.

« Je me suis dit : “vous savez, je ne me souviens pas de la moitié de tout ça…” J’étais dans la pièce ; j’essayais de faire tenir les enfants tranquilles pour pouvoir entendre ce qui se passait. » (Client adulte, Mitchell et al., 2014, p. 249)

La présence d’un miroir sans tain renforçait tout particulièrement l’impression que les personnes présentes dans la salle de thérapie étaient sous le feu des projecteurs, et plus exposées.

« On se serait cru dans Bones… ils interrogent les gens, ils s’assoient dans l’autre pièce pour regarder et ils disent : “fais ci, fais ça, fais ça”. » (Fille de 12 ans, Mitchell et al., 2014, p. 244)

Un article suggérait que le recours à une lettre thérapeutique donnait aux personnes suivies quelque chose de concret à emporter pour se rappeler les conversations tenues en thérapie.

« Si c’est noir sur blanc, Jackie peut le relire encore et encore, et moins s’arrêter sur la partie négative […] parce qu’il faut chercher un peu plus pour trouver les points positifs. » (Cliente adulte, Mitchell et al., 2014, p. 249)

« Des conversations singulières »

Ce thème comprend deux sous-thèmes : l’un explore la manière dont la parole sert à produire de nouvelles idées et de nouvelles significations, l’autre examine l’impact de perspectives multiples dans l’espace thérapeutique.

Une parole qui transforme

Les réflexions de l’équipe portaient tantôt sur certaines personnes, tantôt sur des parties précises du système familial ou sur son ensemble. L’équipe à l’origine d’un article suggérait que les personnes suivies remarquaient lorsque les équipes réfléchissantes privilégiaient certains éléments des conversations thérapeutiques plutôt que d’autres. Pour une participante ayant une déficience intellectuelle, cela donnait une voix et un poids à son point de vue, ce qui n’avait pas été possible jusque-là :

« il y avait ce truc sur le fait que mon père me traite comme une adulte et me laisse prendre mes propres décisions, parce que je suis assez grande maintenant… Ça sonnait juste, oui. » (Cliente adulte, Anslow, 2013, p. 241)

Les nouvelles perspectives offertes par l’équipe étaient généralement bien accueillies, car elles permettaient l’émergence d’idées nouvelles et amorçaient la recherche de solutions.

« l’équipe l’a en quelque sorte mis sur la table et c’était une autre perspective, de regarder les choses de ce côté-là, alors on a pu en quelque sorte saisir où ça en était pour pouvoir ajuster, et c’était bien. » (Cliente adulte, Allan et al., 2019, p. 390)

Le bénéfice et le poids des voix multiples

Les familles trouvaient qu’avoir davantage de spécialistes à l’écoute et en réflexion à leur sujet donnait accès à plus d’idées et de solutions possibles. Ces autres façons de penser étaient généralement vues comme bénéfiques. Le fait que plusieurs thérapeutes partagent des pensées semblables sur une situation contribuait aussi à valider ces perspectives.

« Plus il y a de gens qui travaillent sur certains problèmes, plus une solution viendra peut-être facilement… oui, parce que ces gens ont peut-être des idées que les deux thérapeutes n’ont pas, et moi, je n’ai clairement pas les réponses. » (Client adulte, Pender & Stinchfield, 2014, p. 278)

« c’étaient des idées différentes, avec certaines j’étais d’accord, avec d’autres non, parfois ce n’étaient peut-être pas les idées que j’aurais eues, mais c’étaient de bonnes idées. » (Cliente adulte, Munro et al., 2008, p. 317)

Les personnes participantes avaient aussi conscience des différents groupes professionnels impliqués, dont des thérapeutes en formation ou en exercice, des psychologues, des psychiatres et du personnel infirmier. Cela semblait influer sur la crédibilité du retour et sur la manière dont les personnes suivies l’interprétaient.

« J’allais sans doute accorder le plus de poids à ce que [la personne responsable de la formation] avait à dire. Je me souviens avoir pensé : voilà la personne importante. » (Cliente adulte, Egeli et al., 2014c, p. 98)

Les personnes participantes ont réfléchi à la place de l’âge, du genre, de l’orientation sexuelle, de la culture et de l’origine ethnique des membres de l’équipe réfléchissante. Entendre des personnes d’un milieu différent du leur était validant pour certaines, mais faisait naître chez d’autres des doutes sur la capacité de l’équipe à saisir ce que pouvait être la vie de personnes issues d’une autre culture.

« Pour moi, c’était vraiment positif, la manière dont j’avais l’impression que l’équipe percevait notre relation. Mais ce serait vraiment intéressant de voir en quoi ce serait différent si c’étaient des femmes racisées. » (Cliente adulte, Allan et al., 2019, p. 393)

Un environnement thérapeutique

Ce thème comprenait deux sous-thèmes : l’un décrivait le climat de sécurité créé en thérapie, l’autre rendait compte du regard positif et de l’espoir offerts par l’équipe, au-delà des conversations qui avaient lieu.

Créer la sécurité

Ce sous-thème décrivait l’atmosphère de la pièce qui permettait (ou non) aux conversations thérapeutiques d’avoir lieu. Lorsque les personnes suivies se sentaient en sécurité, elles pouvaient avoir en thérapie des conversations plus difficiles, qu’elles n’auraient peut-être pas pu avoir ailleurs. L’incertitude à l’égard du processus a laissé un client incapable de répondre à sa partenaire.

« J’ai commencé à me sentir mal à l’aise, […] Oui, j’essaie de comprendre la pièce. J’étais vulnérable. J’avais besoin que quelqu’un me guide. Je ne savais pas quoi faire, alors j’ai fini par ne rien faire. » (Client adulte, Egalie et al., 2014b, p. 28)

Les personnes suivies qui avaient rencontré l’équipe avant la séance ont déclaré que voir le visage des membres de l’équipe réfléchissante les aidait à parler ouvertement et renforçait le sentiment de prendre part à un processus collaboratif. Se sentir en sécurité et pouvoir faire confiance aux membres de l’équipe était une condition importante pour pouvoir tirer parti de l’équipe réfléchissante.

« La première séance était un peu étrange, mais une fois que l’équipe s’est présentée et tout ça, c’est devenu plus facile de parler librement et ouvertement. » (Client adulte, Pender & Stinchfield, 2014, p. 278)

Les personnes appréciaient l’usage d’un langage simple, transmis avec chaleur et compréhension. Le professionnalisme, l’absence de jugement et la discrétion de l’équipe rassuraient les personnes participantes et les aidaient à poursuivre la thérapie avec l’équipe réfléchissante.

« Mais une chose… cet endroit, ici, je vois bien comment c’est. C’est très différent des autres lieux de conseil. […] J’ai l’impression que dans cette consultation, ici, vous m’avez très bien accueillie, alors quand j’ai demandé des éclaircissements, vous m’avez écoutée. » (Cliente adulte, Munro et al., 2008, p. 316)

« Un reflet d’espoir »

Les personnes participantes appréciaient l’approche professionnelle de l’équipe réfléchissante et des réflexions centrées sur les forces personnelles, le positif et la validation. L’attitude professionnelle de l’équipe réfléchissante et des thérapeutes, ainsi que le sentiment que l’équipe travaillait de façon collaborative, aidaient les personnes participantes à espérer un changement.

« Je crois que c’est d’avoir ce reflet d’espoir qui vous est renvoyé. Surtout, je pense, si on est dans une relation difficile ou qu’on traverse une période difficile, ça ferait vraiment ressortir quelque chose de positif dont beaucoup de couples auraient besoin. » (Cliente adulte, Allan et al., 2019, p. 389)

Les personnes participantes ont évoqué l’impact d’une attention portée à leurs forces, en tant que personnes et au sein de leurs relations. Cette attention était plus souvent vécue comme validante lorsque les réflexions s’accompagnaient de commentaires qui normalisaient la situation et montraient que l’équipe avait compris le point de vue de la personne.

« L’équipe avait l’air de faire très attention à ne pas tirer de conclusions extrêmes sur ce qu’elle voyait (…) si j’étais arrivée et que les gens avaient été très froids, genre « pourquoi vous n’avez pas fait comme ça », vous savez, j’aurais sans doute éclaté en sanglots. » (Cliente adulte, Pender & Stinchfield, 2014, p. 278)

Des personnes participant aux études d’Egeli et al. (2014a, 2014b) ont relevé qu’une centration sur les forces pouvait être invalidante, puisque les personnes viennent généralement en thérapie en s’attendant à parler de certaines difficultés. Certaines craignaient que l’équipe réfléchissante n’ait pas pleinement entendu ou pris la mesure de ce qu’elles avaient apporté à la séance.

« Je n’avais pas l’impression d’en faire autant qu’elle [la personne de l’équipe réfléchissante] me le reconnaissait. Alors, dans un sens, là, j’ai [ressenti] un peu de cette vulnérabilité, parce que je voyais qu’elle me voyait plus haut que je ne me vois moi-même. Elle me voyait en faire plus que je ne me vois en faire, et ça m’a un peu donné l’impression que je n’en fais peut-être pas assez. » (Cliente adulte, Egali et al., 2014b, p. 31)

Discussion

Cette méta-synthèse de onze articles a abouti à trois thèmes principaux, relatifs à l’expérience « inhabituelle et étrange » des équipes réfléchissantes, aux « conversations singulières » tenues dans l’espace thérapeutique et à l’« environnement thérapeutique » créé par la personne thérapeute et l’équipe.

L’équipe réfléchissante a été décrite comme une expérience inhabituelle, qui suscitait chez certaines personnes de l’anxiété ou un sentiment de vulnérabilité. Tseliou et al. (2020b) ont suggéré que le caractère peu familier de l’expérience de l’équipe réfléchissante peut entraver le processus thérapeutique. L’anxiété liée au recours à une équipe réfléchissante, en particulier avec un miroir sans tain, s’était déjà révélée freiner l’engagement en thérapie (Young et al., 1997). Avec le temps, ce sentiment s’estompait et permettait aux personnes suivies de faire l’expérience d’une autre manière de communiquer au sein de leurs relations. Andersen (1987) soutenait qu’en amenant les personnes suivies à entendre des idées « inhabituelles » de la part de l’équipe, on leur permettait de s’éloigner de leurs façons « habituelles » d’être en relation pour faciliter le changement, mais que si l’expérience était trop inhabituelle, elle pouvait conduire les personnes à se désengager complètement du processus (Andersen, 1991). Cette position est dans l’ensemble confirmée par les recherches examinées dans cette revue.

Les personnes qui n’entendaient pas directement les réflexions trouvaient cela aidant, car cela leur offrait une pause dans la séance pendant que l’équipe parlait avec la personne thérapeute principale. Entendre beaucoup d’informations directement de la part de l’équipe était décrit comme déroutant, en raison du format et de la quantité d’éléments produits. Cela concorde avec des résultats antérieurs selon lesquels l’équipe réfléchissante peut être peu aidante si elle partage trop d’éléments (Griffith et al., 1992), ou si certaines informations ne paraissent pas pertinentes pour la famille (Lax, 1995).

Les personnes suivies ont relevé que leurs mots et leurs significations étaient généralement repris par l’équipe et renvoyés de façon réfléchie et attentive. Cela privilégiait le point de vue de certains membres de la famille et permettait de prendre de la distance avec les difficultés en cours pour les regarder autrement. Les personnes suivies semblaient aussi apprécier les perspectives multiples, soit parce que davantage de personnes validaient une même idée, soit parce que la famille entendait plusieurs idées différentes à considérer. Des familles ont déjà rapporté avoir tiré profit d’idées contradictoires venant des membres de l’équipe, ce qui leur permettait de retenir celles qui résonnaient particulièrement pour elles (Cox et al., 2003). Il a été montré que la multiplicité des idées permet aux familles de reconnaître qu’il peut exister diverses solutions (Smith et al., 1992). Les idées différentes des membres de la famille peuvent parfois susciter des conflits, mais le rôle de la personne thérapeute, qui à la fois contient les différents récits et les fait avancer, s’est révélé être vécu comme bénéfique (Tseliou et al., 2020a).

Les personnes participantes trouvaient aussi aidant que l’équipe se compose d’un groupe diversifié en termes de formation professionnelle, d’âge, de genre et de culture. Panya et Herlihy (2009) ont suggéré que créer la sécurité dans l’espace thérapeutique pourrait importer davantage que d’assortir l’équipe réfléchissante aux personnes suivies du point de vue de l’origine ethnique et culturelle. Les résultats de la présente revue soulignent l’importance à la fois de la sécurité et d’une représentation de la diversité au sein de l’équipe réfléchissante. Une équipe réfléchissante composée de personnes diverses crée potentiellement le contexte d’une discussion plus riche entre les multiples perspectives (Smith et al., 1993).

Les résultats de cette revue suggèrent que les personnes participantes ont besoin de se sentir en sécurité pour parler ouvertement, mais que la présence de l’équipe peut d’abord faire obstacle. Cox et al. (2003) ont souligné la capacité de l’équipe réfléchissante à créer une atmosphère de soutien dans laquelle les personnes suivies se sentent respectées et comprises. Il a été constaté que l’absence d’une atmosphère de sécurité freine le désir d’une personne de partager son histoire (Lever & Gmeiner, 2000). L’usage d’un langage positif et d’une posture collaborative, ainsi que le fait de renvoyer de l’espoir à la famille, aidaient les membres de la famille à se montrer plus optimistes quant aux changements à venir. Snyder et al. (2002) ont souligné que la recherche sur les processus de changement a fait de l’espoir un facteur commun de changement à travers divers modèles de psychothérapie.

Young et al. (1997) ont montré qu’une équipe réfléchissante qui recadre les idées en possibilités permet aux membres de la famille d’entendre des réflexions positives, ainsi que des suggestions de changement. Les résultats de la présente revue plaident pour l’usage de la connotation positive dans le travail en équipe réfléchissante. Une centration sur les forces des personnes suivies est considérée comme validante et porteuse de pouvoir d’agir (Smith et al., 1995). La prudence est toutefois de mise, car cette revue a montré que cela peut aussi donner aux personnes le sentiment que leurs difficultés n’ont pas été bien représentées, ou que les problèmes apportés en thérapie n’ont pas été pleinement compris. Une position « à la fois… et… » est nécessaire : être à l’écoute de la position de la famille, y compris de ses difficultés, sans trop se centrer sur des problèmes, ce qui risquerait de faire perdre espoir à la famille (Lax, 1995).

Forces et limites

La présente revue a rassemblé un éventail d’études qualitatives examinant l’expérience du recours à une équipe réfléchissante au cours des 20 dernières années. Les données de trois des articles (Egeli et al., 2014a, 2014b, 2014c) provenaient de la même étude, mais chaque article mettait l’accent sur un aspect différent. Tous les articles ont apporté un élément précieux à la revue de littérature, mais leur contribution à chaque thème a aussi été examinée avec soin, tout au long du travail, au regard de l’évaluation de la qualité. Il est difficile d’utiliser une grille unique pour évaluer une telle variété de méthodologies qualitatives. On a cependant estimé que l’évaluation de la qualité utilisée suffisait à distinguer les articles de qualité acceptable de ceux qui ne l’étaient pas.

Le petit nombre d’études qui indiquaient l’origine ethnique faisaient état de personnes issues de milieux blancs et occidentaux. Il serait utile que les recherches futures remédient à ce manque de représentation en incluant des personnes issues de milieux sociaux, culturels et ethniques plus variés.

Il serait difficile de séparer l’impact du processus de l’équipe réfléchissante des autres processus à l’œuvre dans l’espace thérapeutique. Tseliou et al. (2020a, 2020b) ont dégagé des thèmes semblables à ceux de la présente revue dans leur examen du discours de la thérapie systémique, avec et sans équipe réfléchissante. Il s’agissait notamment des bénéfices de la reconnaissance de perspectives multiples, de la déconstruction puis de la reconstruction de significations nouvelles, et de l’abandon des récits culpabilisants.

Implications

La thérapie avec une équipe réfléchissante peut offrir un contexte propice à de nouvelles conversations et à de nouveaux comportements. La présente revue suggère que cela tient, au moins en partie, au partage de perspectives multiples dans un environnement sûr. Il importe de garder à l’esprit la quantité d’informations et le nombre de perspectives qui sont utiles à la famille, car trop d’éléments peuvent être déroutants ou écrasants. Les équipes réfléchissantes peuvent être vécues comme plus efficaces lorsque l’équipe représente un groupe diversifié sur les plans professionnel, social, ethnique et culturel. L’équipe doit créer un sentiment de sécurité pour que les personnes participantes s’engagent. L’espoir, le repérage des forces et la validation sont autant d’éléments nécessaires pour construire et maintenir un espace thérapeutique capable d’introduire de la différence.

Complexe Systémique : à retenir

Voici une revue qui donne enfin la parole aux familles sur un dispositif que la systémique pratique depuis Tom Andersen sans toujours l’interroger. Le verdict est nuancé : l’équipe réfléchissante surprend, expose, écrase parfois sous l’abondance des idées, avant de devenir pour beaucoup un espace où l’on se sent entendu et où l’espoir circule. Trois leviers cliniques en ressortent : présenter l’équipe en chair et en os avant la séance, doser la quantité de réflexions, et composer des équipes diverses par les métiers, les âges et les cultures. Le point le plus fin concerne la connotation positive : centrée sur les seules ressources, elle peut invalider des personnes venues parler de leurs difficultés ; il faut tenir le « à la fois… et… » cher à la pensée systémique. Les limites sont celles du corpus : onze études, surtout anglo-saxonnes, des publics presque tous blancs et des équipes souvent en formation, ce qui interdit de généraliser. À lire avec l’entretien avec Tom Andersen, et avec l’étude de cas sur le fait de partager ou de retenir ses réflexions en dialogue ouvert.

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Traduction non officielle en français de L’expérience des équipes réfléchissantes en pratique clinique, du point de vue des personnes suivies : revue systématique et méta-synthèse, par Rachael Harris et Jon Crossley, Journal of Family Therapy, vol. 43, no 4 (2021), doi : 10.1111/1467-6427.12346, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « A systematic review and meta-synthesis exploring client experience of reflecting teams in clinical practice », publié dans Journal of Family Therapy (2021) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Harris, R., et Crossley, J. (2021). L’expérience des équipes réfléchissantes en pratique clinique, du point de vue des personnes suivies : revue systématique et méta-synthèse (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-experience-des-equipes-reflechissantes-en-pratique-clinique (Œuvre originale publiée en 2021 dans Journal of Family Therapy, 43(4), 687-710 (2021) ; republiée en 2021 par Journal of Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/1467-6427.12346)

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