Journal of Child and Family Studies · Famille

Le rôle des processus sensoriels et narratifs dans le bien-être et l’appartenance de la jeunesse réfugiée : une revue exploratoire

Musique, danse, dessin, marionnettes, poésie, histoires racontées : que font ces médiations aux enfants et aux jeunes qui ont fui la guerre ou la persécution ? Anna Gilleard et ses collègues de Leeds rassemblent quinze études menées sur quatre continents. Elles y trouvent des liens sociaux qui réparent, une capacité d’agir retrouvée, une communication élargie au-delà des mots et un pont entre la culture familiale et celle du pays d’accueil.

Auteurs Anna Gilleard (Leeds Institute of Health Sciences, université de Leeds, et Leeds Teaching Hospitals NHS Trust, Royaume-Uni) ; Luise V. Marino (Recherche et développement, South West Yorkshire Partnership NHS Foundation Trust, hôpital de Fieldhead, Wakefield, Royaume-Uni) ; Tracey Smith (responsable des professions psychologiques, South West Yorkshire Partnership NHS Foundation Trust, Leeds, Royaume-Uni) ; David Turgoose (programme de psychologie clinique, Leeds Institute of Health Sciences, faculté de médecine, Leeds, Royaume-Uni)Première publication Journal of Child and Family Studies, 17 septembre 2025Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le rôle des processus sensoriels et narratifs dans le bien-être et l’appartenance de la jeunesse réfugiée : une revue exploratoire, par Anna Gilleard, Luise V. Marino, Tracey Smith et David Turgoose, publié dans Journal of Child and Family Studies (Springer) (2025), doi : 10.1007/s10826-025-03145-5, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux tableaux sont présentés sous forme de listes (les termes de recherche du tableau 1 restent en anglais) ; les deux figures restent en anglais, avec des légendes traduites. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Appartenir au lieu passé ou au lieu présent vaut mieux que ce qui est peut-être le plus grand risque qui guette la jeunesse : n’appartenir nulle part.

Anna Gilleard, Luise V. Marino, Tracey Smith et David Turgoose

Résumé

Des recherches antérieures ont souligné l’intérêt potentiel des approches thérapeutiques narratives et d’un engagement multisensoriel auprès des enfants et des jeunes en exil. Une revue exploratoire a été menée pour explorer le rôle des processus narratifs et sensoriels dans le sentiment d’appartenance, l’intégration sociale et le bien-être des jeunes en exil. La recherche dans les bases de données a repéré 307 références, dont 15 ont été incluses dans la revue finale. L’analyse thématique des données synthétisées a dégagé 11 sous-thèmes et 4 thèmes principaux sur les manières dont les approches narratives et sensorielles soutiennent le bien-être et l’appartenance des personnes réfugiées : (1) des liens sociaux positifs et réparateurs, (2) des liens avec l’identité culturelle, (3) le bien-être et la communication, et (4) l’autonomisation de la jeunesse. Les approches narratives et sensorielles peuvent favoriser le bien-être, le développement de l’identité et des liens positifs avec les nouvelles cultures et communautés d’accueil de la jeunesse réfugiée ; elles pourraient donc être utilement intégrées aux futures interventions thérapeutiques dans les cadres cliniques, éducatifs et de l’aide sociale. Les recherches futures devraient explorer l’expérience individuelle de l’identité et de l’appartenance de l’enfant, en particulier dans les groupes réfugiés les plus jeunes.

Points clés

  • Les approches sensorielles et narratives ont un bénéfice thérapeutique pour la jeunesse réfugiée.
  • Les jeunes en exil s’engagent dans des processus sensoriels et narratifs dans leurs interactions sociales quotidiennes, d’une manière qui semble favoriser les liens avec les cultures et les communautés passées et présentes.
  • Ces processus peuvent être intégrés avec succès à des interventions de soutien, pour favoriser le bien-être, l’appartenance, l’identité et les liens sociaux positifs des personnes réfugiées.

Mots-clés : personnes réfugiées, santé mentale, enfants, appartenance, migration, récits, sens, bien-être

On estime qu’il y a dans le monde environ 47 millions d’enfants et de jeunes en exil qui fuient les conflits, la violence et la persécution (Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés [HCR], 2024). La vie des enfants est profondément inscrite dans des systèmes sociaux que les conflits désorganisent et érodent (Bennouna et al., 2020). Leurs besoins psychosociaux sont donc vraisemblablement complexes et demandent de l’attention (Frounfelker et al., 2020 ; Hodes et Vostanis, 2019). Cet article adopte la définition de « réfugié » de la Convention des Nations unies de 1951, pour englober toutes les personnes déplacées de force en raison d’un conflit ou d’une persécution (HCR, 2011).

Les processus narratifs

Les processus narratifs portent sur la manière dont les individus donnent sens à leur vie en évaluant le passé et en anticipant l’avenir (Arvanitis et Yelland, 2021). Les théories narratives soutiennent qu’individuellement comme en groupe, nous construisons des histoires (des récits) à travers ces processus de mise en sens (Riessman, 2008). Le contexte social est considéré comme décisif dans la construction narrative, car nous envisageons notre position dans le monde par rapport aux autres qui nous entourent (Chen et Schweitzer, 2019 ; Draper et al., 2024). Des récits peuvent aussi être créés par des groupes pour produire des manières partagées d’interpréter le monde. Ce faisant, nous nourrissons des liens sociaux, des identités partagées et l’appartenance. Les récits nous renseignent donc sur les manières, individuelles et partagées, dont les personnes interprètent les mondes sociaux qu’elles habitent, y revendiquent des identités et les vivent (Riessman, 2008).

Des recherches antérieures suggèrent que la manière dont les jeunes donnent sens au conflit auquel ces jeunes ont échappé joue un rôle important dans leur santé mentale (Bennouna et al., 2020). Les enfants capables d’élaborer un récit cohérent de ce qui s’est passé pourraient mieux se remettre du trauma vécu et s’adapter à la vie après la réinstallation (Arvanitis et Yelland, 2021 ; Draper et al., 2024). Donner sens au passé peut soutenir l’identité en construction de l’enfant et son sentiment de sécurité (Lock, 2016). La dislocation, le déracinement et l’insécurité de la migration forcée perturbent des expériences formatrices de l’enfance : l’éducation, le développement social et l’expérience d’une base de sécurité (Fantino et Colak, 2001 ; Lord et Muñoz, 2023). Les processus narratifs pourraient donc être importants dans la réinstallation et l’ajustement psychosocial de la jeunesse réfugiée (Warshaw, 2019).

Les processus narratifs sont utilisés dans les thérapies psychologiques pour aider les personnes à élaborer des histoires positives et déstigmatisantes, qui mettent en lumière la force personnelle, la singularité, les capacités à faire face et la résilience ; ils peuvent ainsi être considérés comme dotés d’une valeur « thérapeutique » (Mohammad et Samarah, 2024). Ils peuvent offrir aux jeunes en exil l’occasion de réécrire le scénario de leur vie et, en un sens, d’intégrer le passé (l’ancien chez-soi) au présent (le nouveau chez-soi) (Rysst, 2016).

Reste à savoir dans quelle mesure cette intégration psychologique du passé et du présent va de pair avec le processus d’intégration sociale chez les jeunes en exil. L’intégration sociale désigne ici le processus par lequel se forment des liens positifs partagés, un sentiment de citoyenneté et un sentiment d’appartenance à sa communauté locale (Ager et Strang, 2008). Elle est considérée comme une composante attendue de l’adaptation culturelle (l’« acculturation ») et comme importante pour le bien-être général (Oudshoorn et al., 2020). Le bien-être est alors conçu comme un indicateur global de la santé psychosociale, qui inclut les ressources, la santé, le lien et le besoin d’appartenance (Haswell, 2023 ; Maslow, 1962). L’intégration sociale peut favoriser des expériences relationnelles prosociales et aider à construire des réseaux sociaux (Ager et Strang, 2008). Elle ouvre la possibilité que de nouveaux discours positifs se construisent, pour les personnes réfugiées elles-mêmes comme pour la communauté élargie, ce qui pourrait en retour réduire les attitudes négatives qui menacent le sentiment d’appartenance et d’inclusion des enfants (Mitchell et al., 2020). D’un point de vue psychologique, il peut être tout aussi important pour les jeunes en exil de garder des liens avec la ou les cultures d’origine (Pieloch et al., 2016).

Les processus sensoriels

Les processus sensoriels désignent les manières dont les humains interagissent avec l’environnement extérieur par la perception sensorielle (Ayres et Robbins, 2005). Les principaux sens sont la vue, l’ouïe, le goût, l’odorat, le toucher, la proprioception, le sens vestibulaire et le système de perception des organes internes, l’intéroception (Ayres et Robbins, 2005). Processus narratifs et sensoriels peuvent fonctionner en parallèle : le traitement narratif intègre des aspects clés de nos mondes subjectifs, tandis que le traitement sensoriel intègre le monde extérieur au monde intérieur. Il n’est donc sans doute pas surprenant que les histoires soient souvent racontées à travers de multiples processus sensoriels (Chen et Schweitzer, 2019).

Le traitement multisensoriel intervient aussi dans le développement du concept de soi : on apprend qui l’on est dans le monde à travers des expériences incarnées de soi (Scheller et Sui, 2022 ; Serino, 2019). Raconter des histoires avec des jouets, du matériel d’art et des objets de jeu a été utilisé à des fins thérapeutiques pour renforcer les liens sociaux et l’attachement entre enfants (Creegan et Cuthbert, 2014). Le jeu lui-même mobilise tout un éventail de modalités sensorielles et on sait qu’il favorise le bien-être des enfants en exil, en tant que composante fondamentale du développement psychosocial de l’enfant (Allport et al., 2019).

Des récits personnels compliqués

L’histoire de vie des jeunes en exil comporte des complexités qui peuvent les amener à appartenir à des réseaux sociaux compliqués (Chen et Schweitzer, 2019) : par exemple, appartenir à une minorité persécutée, s’identifier à une milice ou à un groupe terroriste, l’enrôlement comme enfant soldat, ou appartenir à une communauté désemparée et divisée (Creegan et Cuthbert, 2014 ; Rutter, 2003). En ce sens, l’appartenance n’est pas toujours vécue comme positive ; elle peut au contraire être liée à la nécessité, à la survie, à l’exclusion ou à la honte (McIntyre, 2024).

Les positions sociales relatives d’où viennent les enfants influent aussi sur ces attributions d’appartenance (Vitus, 2022). Venir d’une famille à la position sociale relativement élevée peut faire de l’héritage familial une ressource positive pour les jeunes. Des liens familiaux solidement maintenus, soutenants et nourriciers, peuvent fournir une base de sécurité et un scénario familial positif à partir desquels vivre l’appartenance et le bien-être (Haswell, 2023). Pour d’autres enfants en exil, en revanche, des avenirs incertains et contestés poseront des difficultés durables, qui rendent le rapport au « chez-soi » et au lieu d’« appartenance » complexe, ambigu et douloureux (Arvanitis et Yelland, 2021). Par conséquent, la capacité des enfants à choisir leur identité et leurs lieux d’appartenance sera façonnée par les circonstances sociales que ces enfants continuent de traverser (Chase, 2020).

La présente revue

S’engager dans la construction de récits et dans une expression créative multisensorielle pourrait soutenir les enfants en exil face à ces difficultés (Goodman et Dent, 2019 ; Warshaw, 2019). Il n’existe aujourd’hui aucune revue qui rassemble ces processus pour cette population. Il serait donc utile de consolider les connaissances sur les processus narratifs et sensoriels chez les jeunes en exil, et d’évaluer s’ils peuvent favoriser le bien-être, l’appartenance et l’intégration sociale. Cela pourrait aider à orienter les types de soutien proposés à la jeunesse réfugiée dans les cadres éducatifs, cliniques et de l’aide sociale, y compris la conception de futures interventions thérapeutiques et les efforts pour favoriser l’intégration sociale.

Méthodes

Une revue exploratoire a été choisie parce qu’elle se prête bien à la synthèse de recherches issues de démarches méthodologiques et de disciplines universitaires variées. Cette revue visait à répondre aux deux questions de recherche suivantes :

  1. Que sait-on du rôle des processus narratifs et sensoriels auprès des jeunes en exil ?
  2. Comment ces approches peuvent-elles agir sur l’appartenance, l’intégration sociale et le bien-être ?

Stratégie de recherche

Une recherche préliminaire sur Google Scholar et PsycINFO a confirmé qu’il n’existait aucune revue publiée sur le sujet et a permis de repérer des articles clés. Les termes clés et les descripteurs ont été établis à l’aide du cadre SPIDER (Cooke et al., 2012). Ils définissaient la manière dont les trois résultats évalués sont conceptualisés dans la littérature. Le cadre SPIDER a défini l’échantillon (Sample : enfants et jeunes en situation de refuge), les phénomènes d’intérêt (Phenomena of Interest : processus sensoriels et narratifs), l’évaluation (Evaluation : résultats en matière de bien-être, dont l’appartenance et l’intégration sociale) et le type de recherche (Research type : tous les plans d’étude, y compris qualitatifs, quantitatifs, mixtes, d’intervention, d’observation et naturalistes) (tableau 1).

Tableau 1 — Stratégie de recherche (termes de recherche en anglais, tels qu’utilisés dans les bases de données)

  • Échantillon. Unaccompanied minor*, refugee youth, refugee children*, refugee young*, child migrant*, young migrant*, asylum seek* child
  • AND
  • Phénomène d’intérêt 1. (Sensory stor*, sensory experience*, senses, sensory memor*, smell*, taste*, touch, sound*, music, image*, song*
  • OR
  • Phénomène d’intérêt 2. Intervention 2 : Storytelling, narrative*, story, stories, “tree of life”, “river* of experience”)
  • AND
  • Évaluation. Social integration, social connection, belonging, connection, mental health, well?being, social inclusion, home

Des études évaluées par les pairs et des thèses de doctorat ont été recherchées dans les bases de données Ovid suivantes : Social Science, Cumulative Index to Nursing and Allied Health Literature (CINAHL), PsycInfo, Embase et MEDLINE. Les recherches ont été menées en août et septembre 2024.

Sélection des études

Le tri sur titre et résumé, puis sur texte intégral, a été effectué principalement par une personne de l’équipe (AG), en concertation avec l’équipe de recherche. Les doublons ont été supprimés et les articles en texte intégral ont été évalués pour l’inclusion à l’aide du cadre SPIDER, selon les critères d’inclusion suivants : (1) tout plan d’étude ; (2) langue anglaise ; (3) enfants et jeunes en situation de refuge (0-18 ans) ; (4) présence de processus narratifs ou sensoriels ; (5) évaluation du bien-être, de l’appartenance ou de l’intégration sociale. Aucune période de publication n’a été fixée pour la recherche. Les revues systématiques n’ont pas été incluses, mais les références des revues pertinentes ont été examinées à la main pour repérer des citations antérieures susceptibles de remplir les critères d’inclusion. Les articles ont été exclus lorsqu’ils étaient : (1) dans une autre langue que l’anglais ; (2) sans rapport avec des jeunes en situation de déplacement forcé, de refuge ou de demande d’asile (par exemple, personnes migrantes, adultes de plus de 19 ans) ; (3) dépourvus de processus sensoriels ou narratifs ; (4) dépourvus de résultats en matière de bien-être, d’appartenance ou d’intégration sociale.

Après suppression des doublons, 307 titres et résumés ont été examinés pour l’inclusion. Les textes intégraux de 58 articles ont été évalués selon les critères SPIDER, et 15 études (datées de 2003 à 2024) ont finalement été incluses dans la revue. La figure 1 retrace le processus de revue à l’aide d’un diagramme PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic reviews and Meta-Analyses), modifié pour intégrer la « récupération » des articles dans ceux « évalués » pour l’éligibilité (Moher et al., 2009).

Diagramme de flux PRISMA en quatre étapes : 308 références identifiées et dédoublonnées ; 307 examinées sur résumé, dont 248 exclues (échantillon non réfugié, 35 ; échantillon non enfant, 39 ; pas d’élément sensoriel ou narratif, 151 ; pas de résultat de bien-être ou d’appartenance, 23) ; 58 textes intégraux évalués, dont 43 exclus (pas d’élément sensoriel, 33 ; pas de traduction anglaise, 3 ; pas d’échantillon d’enfants, 2 ; population non réfugiée, 5) ; 15 études incluses dans la synthèse
Figure 1. Diagramme de flux PRISMA modifié, fondé sur les recommandations de présentation de la sélection des études (Moher et al., 2009) (schéma original en anglais)

Synthèse des données

Les données extraites portaient sur le plan d’étude, l’objectif, les personnes participantes, le lieu, les principaux résultats et les lacunes des données relatives aux phénomènes d’intérêt. La revue a recouru à une analyse thématique pour rendre compte des thèmes communs de la littérature (Braun et Clarke, 2006 ; Pollock et al., 2023). L’extraction des données et l’analyse thématique ont été réalisées dans Microsoft Excel. L’analyse thématique visait à saisir les aspects descriptifs, la méthodologie et les principaux résultats des études incluses. Un processus de codage en quatre étapes a été utilisé pour coder les données en sous-thèmes et en thèmes principaux, afin d’élaborer un cadre conceptuel :

Étape 1 : un premier échantillon de codes bruts relatifs aux phénomènes et à l’évaluation d’intérêt a fait l’objet d’un codage ouvert par deux membres de l’équipe (AG et LVM). Étape 2 : les codes ont été transformés en catégories subordonnées et un premier cadre a été établi (AG et LVM). Les désaccords sur les thèmes ont été résolus avec une troisième personne de l’équipe (DT). Étape 3 : le cadre le mieux ajusté a guidé la catégorisation de toutes les catégories issues des données en sous-thèmes (AG), avec un affinage supplémentaire (LVM et DT). Étape 4 : les thèmes principaux ont été identifiés. Les sous-thèmes ont été comptés afin de repérer et d’équilibrer leur poids respectif au sein de chaque thème principal. Les données riches sur les composantes sensorielles des interventions étudiées et sur les résultats en matière de bien-être se recoupaient largement. Les thèmes principaux ont servi à élaborer un cadre conceptuel.

Résultats

Caractéristiques des études

Les 15 études incluses portaient sur (a) les processus sensoriels et narratifs (n = 2) ou (b) les seuls processus sensoriels (n = 13), et sur la manière dont ces processus agissent sur l’appartenance, l’intégration sociale et le bien-être. Le bien-être était défini au sens large, incluant les résultats en santé mentale, l’intégration sociale, la capacité d’agir, l’identité et l’appartenance (Dhillon et al., 2020 ; Heynen et al., 2022 ; Beauregard et al., 2024). Les processus sensoriels étaient surtout décrits en termes de méthodes d’arts créatifs, dont certaines intégraient aussi des principes narratifs (Quinlan et al., 2016 ; Beauregard et al., 2017 ; Kevers et al., 2022). La revue comprenait n = 9 études qualitatives (Beauregard et al., 2017 ; Bujorbarua, 2020 ; Dhillon et al., 2020 ; Enge et Stige, 2022 ; Heynen et al., 2022 ; Marsh et Dieckmann, 2017 ; Norton et Sliep, 2019 ; Phillips, 2021 ; Rousseau et al., 2003), n = 4 études quantitatives (Gerber et al., 2014 ; Kevers et al., 2022 ; Meyer DeMott et al., 2017 ; Quinlan et al., 2016) et n = 2 études à méthodes mixtes (Grasser et al., 2019 ; Kwon et Lee, 2018). Les études venaient de pays variés et ont toutes été publiées entre 2003 et 2024. Parmi les études qualitatives, n = 2 étaient des ethnographies (Marsh et Dieckmann, 2017 ; Dhillon et al., 2020) et n = 1 une recherche-action participative (Norton et Sliep, 2019). Plusieurs étaient des études de cas ciblées ou portant sur un seul site au sein d’un projet plus large (multicas) (Rousseau et al., 2003 ; Enge et Stige, 2022). La taille des échantillons allait de n = 1 (Beauregard et al., 2024) et n = 145 (Meyer DeMott et al., 2017) jusqu’à deux écoles participant intégralement. Les âges allaient d’environ 5 à 18 ans (tableau 2).

Tableau 2 — Caractéristiques des études incluses (n = 15)

  • Dhillon et al. (2020), Canada. Objectif : examiner l’usage du mouvement physique pour favoriser la créativité et les liens sociaux ; plan d’étude : étude ethnographique par observation d’un programme d’arts communautaires en milieu scolaire ; personnes participantes : N = 17 jeunes en exil (genres mêlés, n.p.), 11-18 ans, originaires d’Afghanistan, de Bosnie, du Congo, de République dominicaine, d’Érythrée, d’Haïti, d’Irak, de Somalie et de Syrie ; élément sensoriel : auditif, vestibulaire (musique, danse) ; principaux résultats : la danse et le mouvement corporel ont accru les liens sociaux et l’acculturation chez ces jeunes.
  • Beauregard et al. (2024), Canada. Objectif : évaluer comment une enfant réfugiée s’est engagée dans des arts expressifs mêlés et si cela a favorisé son autonomisation, sa capacité d’agir et son bien-être ; plan d’étude : étude d’observation d’un cas unique, une enfant inscrite dans un programme scolaire d’arts créatifs à méthodes multiples ; personne participante : N = 1 fille, 7 ans, originaire de Syrie ; éléments sensoriels : tactile, auditif, visuel (récit, jeu, marionnettes, dessins) ; éléments narratifs : récit d’histoires ; principaux résultats : l’introduction des marionnettes a aidé la participante à exprimer ses sentiments, à décrire et à construire du sens à mesure que des récits personnels étaient explorés ; les arts participatifs créatifs ont soutenu le bien-être ; signes d’une meilleure maîtrise de soi plus tard dans le programme.
  • Bujorbarua (2020), États-Unis. Objectif : explorer la création d’histoires et le bien-être d’enfants en exil par le mouvement et la danse ; plan d’étude : étude d’intervention d’ateliers de mouvement et de danse dans un centre communautaire ; personnes participantes : N = 2 enfants en exil (1 garçon, 1 fille), arrivés depuis moins de 5 ans, 7 et 11 ans, originaires d’Irak ; éléments sensoriels : visuel, vestibulaire, auditif, tactile ; principaux résultats : davantage de joie, de compétences de communication, de régulation émotionnelle, d’estime de soi et de conscience de soi ; le mouvement a favorisé les liens entre pairs et l’expression de soi ; les enfants ont mobilisé plusieurs modes sensoriels d’expression pendant les ateliers.
  • Heynen et al. (2022), Pays-Bas. Objectif : évaluer la mise en œuvre et les effets perçus d’une intervention de musicothérapie en milieu scolaire sur le lien social et les affects ; plan d’étude : étude d’intervention d’un programme de musicothérapie ; personnes participantes : N = 108 jeunes en exil (genre n.p.), 6-17 ans, originaires de Syrie, d’Iran, d’Érythrée et d’autres pays n.p. ; élément sensoriel : auditif (musique) ; principaux résultats : selon le personnel enseignant, le groupe de musicothérapie a réduit les affects négatifs et renforcé le sentiment de lien et d’appartenance ; un sentiment de solidarité, d’inclusion et de préservation de l’identité culturelle a été observé dans le groupe de musicothérapie.
  • Gerber et al. (2014), Kosovo. Objectif : évaluer l’effet d’un programme musical communautaire sur la santé mentale des jeunes dans le Kosovo d’après-conflit ; plan d’étude : étude d’intervention d’un programme musical en milieu scolaire ; personnes participantes : N = 74 jeunes en situation de déplacement forcé (32 filles, 42 garçons), 8-18 ans, originaires d’Albanie ; élément sensoriel : auditif (musique) ; principaux résultats : au suivi à un an, les enfants du programme musical présentaient moins de difficultés d’humeur et cognitives et moins de symptômes de TSPT que les enfants qui n’y avaient pas participé ; soutien social et sentiment d’unité collective suscités par le programme.
  • Grasser et al. (2019), États-Unis. Objectif : évaluer la thérapie par la danse et le mouvement pour réduire les difficultés de santé mentale (stress et symptômes traumatiques) dans le groupe communautaire ; plan d’étude : étude d’intervention d’un groupe de thérapie par la danse et le mouvement ; personnes participantes : N = 16 jeunes en exil (8 filles, 8 garçons), 7-14 ans, arrivés depuis 2 ans en moyenne, originaires de Syrie ; éléments sensoriels : vestibulaire, tactile (danse) ; principaux résultats : effets positifs sur la santé mentale ; la danse a accru la cohésion du groupe et l’expression ; la danse est décrite comme une méthode culturellement acceptable et inclusive pour mobiliser les jeunes en exil.
  • Quinlan et al. (2016), Australie. Objectif : évaluer une thérapie par les arts créatifs en milieu scolaire pour de jeunes en exil, sur le plan du bien-être psychologique ; plan d’étude : étude d’intervention d’un programme de groupe d’arts créatifs ; personnes participantes : N = 42 jeunes en exil (genres mêlés, n.p.), 15 ans en moyenne, étendue n.p., arrivés depuis 4 à 11 mois, originaires du Moyen-Orient, d’Afrique et d’Asie ; élément sensoriel : sens mêlés ; principaux résultats : réduction des difficultés comportementales et de la détresse psychologique (HSCL-25, SDQ) ; les écoles offraient un cadre sûr.
  • Rousseau et al. (2003), Canada. Objectif : étudier l’usage du récit d’histoires et de l’expression créative comme outils thérapeutiques pour des enfants récemment arrivés, issus de l’immigration ou en exil ; plan d’étude : étude d’intervention d’ateliers de récit d’histoires et d’expression créative ; personnes participantes : N = 40 enfants en exil, deux groupes d’âge, 6-7 ans (n = 19) et 11-12 ans (n = 21) ; élément sensoriel : auditif (histoires racontées) ; éléments narratifs : récit d’histoires, mythes ; principaux résultats : les jeunes en exil recourent à une grande variété de référents mythiques, qui aident les enfants à mieux se représenter les écarts entre la maison et l’école, entre le passé et le présent, et ouvrent la possibilité d’hybrider leurs mondes ; les mythes ont fourni des liens identitaires entre la réalité intérieure et le monde social.
  • Kwon et Lee (2018), Corée du Sud. Objectif : étudier le rôle du jeu et de méthodes créatives mêlées dans le rétablissement psychologique, le bien-être et la guérison ; plan d’étude : étude d’intervention de thérapie par le jeu recourant à des méthodes créatives mêlées ; personnes participantes : N = 4 filles réfugiées, 8-9 ans, originaires de Corée du Nord ; élément sensoriel : tactile (jeu) ; principaux résultats : le jeu a favorisé l’expression émotionnelle et le bien-être et réduit les difficultés intériorisées et extériorisées.
  • Enge et Stige (2022), Norvège. Objectif : explorer comment la participation à la musicothérapie peut contribuer au bien-être social des enfants en exil et à leur expérience de la communauté entre pairs ; plan d’étude : étude d’intervention auprès de quatre enfants dans un programme plus large de musicothérapie en milieu scolaire ; personnes participantes : N = 4 enfants en exil (2 filles, 2 garçons), 8-12 ans, arrivés depuis 6 mois à 4 ans, pays d’origine n.p. ; élément sensoriel : auditif (musique) ; principaux résultats : les enfants ont fait preuve de participation sociale par le partage et le plaisir mutuel de la musique ; la collaboration était un élément clé de la musicothérapie, mais présentait quelques difficultés ; les chansons pop ont créé un capital culturel partagé.
  • Phillips (2021), Royaume-Uni. Objectif : explorer le rôle de projets d’arts visuels pour le bien-être des personnes réfugiées ; plan d’étude : étude d’observation des personnes participant à un projet d’arts visuels (coloriage de mandalas et dessin libre) ; personnes participantes : N = 8 personnes réfugiées d’âges (enfants et adultes) et d’origines variés, arabophones et persanophones, originaires de plusieurs pays n.p., dont l’Iran ; élément sensoriel : visuel (art, dessin) ; principaux résultats : selon les comptes rendus qualitatifs, le coloriage a favorisé le bien-être, accru l’expression de soi et réduit le stress ; la réflexion et la distraction ont soutenu ce processus.
  • Norton et Sliep (2019), Afrique du Sud. Objectif : évaluer l’utilité de la recherche-action participative narrative avec de jeunes en exil ; plan d’étude : recherche-action participative autour d’ateliers d’expression créative et de poésie ; personnes participantes : N = 21 jeunes en exil (genres mêlés, n.p.), 14 ans en moyenne, étendue n.p., originaires de plusieurs pays n.p., dont la République démocratique du Congo ; élément sensoriel : auditif (poésie) ; élément narratif : sens partagé et dialogue ; principaux résultats : la poésie a aidé à faire apparaître le récit partagé ; elle est décrite comme un vecteur de dialogues sociaux réparateurs, de lien social, de co-construction du sens, de capacité d’agir partagée et de force après l’adversité.
  • Meyer DeMott et al. (2017), Norvège. Objectif : examiner si des interventions par les arts expressifs peuvent atténuer les symptômes traumatiques et améliorer des indicateurs de bien-être ; plan d’étude : étude d’intervention d’un programme d’arts expressifs ; personnes participantes : N = 145 garçons mineurs non accompagnés demandeurs d’asile, 15-18 ans, arrivés depuis 3 à 6 semaines, originaires d’Afghanistan, de Somalie, d’Iran, du Sahara occidental, de Palestine et d’Algérie ; élément sensoriel : sens mêlés ; principaux résultats : dans le groupe d’intervention, les symptômes traumatiques (PTSS) et la détresse psychologique (HSCL-25A) ont diminué, tandis que la satisfaction de vie et le sentiment de maîtrise ont augmenté ; les effets de l’intervention se sont développés progressivement au fil de l’étude ; les arts ont aidé les garçons à reconstruire du sens et à tisser des liens sociaux.
  • Marsh et Dieckmann (2017), Australie. Objectif : étudier comment le jeu musical peut soutenir les liens avec l’identité culturelle, la participation et l’inclusion sociale ; plan d’étude : étude ethnographique par observation du chant dans la cour de récréation et à l’école ; personnes participantes : N = 63 élèves, en exil ou non (observation rapprochée au sein d’une école primaire entière), âge du primaire n.p., originaires majoritairement d’Irak (26 %), ainsi que de Bosnie-Herzégovine, d’Afghanistan, du Soudan, de Sierra Leone, de RDC, du Nigeria, d’Ouganda, du Liberia, d’Iran, du Timor oriental et du Myanmar ; élément sensoriel : auditif (musique, chant) ; principaux résultats : le chant a facilité la participation sociale et l’intégration ; le jeu musical crée un lieu où les jeunes en exil peuvent trouver leur place et tisser des liens entre culture d’accueil et culture d’origine.
  • Kevers et al. (2022), Belgique. Objectif : évaluer comment l’expression créative peut soutenir la santé mentale des enfants et les relations sociales en classe ; plan d’étude : étude d’intervention (essai randomisé en grappes) d’un programme d’expression créative ; personnes participantes : N = 120 enfants issus de la migration, 47 % en exil et 53 % issus de l’immigration (1re à 3e génération), 8-12 ans, arrivés depuis moins d’un an à 10 ans, originaires de Syrie et d’Afghanistan ; élément sensoriel : sens mêlés ; principaux résultats : les enfants en exil ont montré une réduction plus forte des symptômes de TSPT que les enfants issus de l’immigration sans statut de réfugié ; 11 % du groupe d’intervention sont passés d’un niveau clinique à un niveau infraclinique de symptômes de TSPT ; le groupe d’expression a amélioré le climat de classe ; le climat de classe s’est amélioré pour les enfants du groupe.

n.p. : « non précisé ».

Processus narratifs et sensoriels de la jeunesse réfugiée

À partir de 45 codes initiaux, l’analyse thématique a dégagé, dans la littérature examinée, 11 sous-thèmes et 4 thèmes principaux sur le rôle des approches narratives et sensorielles et sur leur lien avec les résultats en matière de bien-être. Ces thèmes ont été réunis dans un cadre conceptuel qui décrit comment les approches narratives ou sensorielles peuvent agir sur le bien-être, l’intégration sociale et l’appartenance des jeunes en exil (figure 2).

Schéma coiffé du titre « Approches narratives et sensorielles », avec quatre thèmes principaux et leurs sous-thèmes : liens sociaux positifs et réparateurs (sécurité sociale et sûreté ; franchir les clivages sociaux) ; l’expression créative comme autonomisation (être guidé par l’enfant ; accroître la capacité d’agir des enfants ; relier l’individuel et le collectif) ; bien-être et communication (l’expression passe par plusieurs sens ; un moyen de communiquer ; les sens ont aidé le processus narratif) ; liens avec l’identité culturelle (créer de nouveaux points communs avec les pairs ; cultiver une identité culturelle partagée ; liens sensoriels avec la culture familiale)
Figure 2. Cadre conceptuel des thèmes émergents : les manières dont les approches narratives et sensorielles peuvent favoriser l’appartenance et le bien-être des jeunes en exil (schéma original en anglais)

Des liens sociaux positifs et réparateurs

Sécurité sociale et sûreté

Le soutien entre pairs et le sentiment de lien ont été favorisés par la musique et la danse pratiquées ensemble (Dhillon et al., 2020 ; Gerber et al., 2014 ; Heynen et al., 2022). Dhillon et al. (2020) ont décrit comment les groupes de musique créaient un respect mutuel et une attention partagée. Heynen et al. (2022) ont observé du lien social et de l’appartenance à travers la découverte mutuelle des talents de chacun, le partage d’histoires et le soutien apporté aux contributions des autres. L’équipe de recherche a rapporté que ce type d’engagement musical partagé améliorait la perception du climat général de la classe chez les jeunes en exil, ce qui suggère que les enfants des communautés locales et des communautés nouvellement arrivées partageaient, par la musique, des aspects de leur identité d’une manière qui soutenait l’appartenance de tout le monde (Heynen et al., 2022).

Franchir les clivages sociaux

Les occasions de tisser des liens interculturels pourraient être plus accessibles grâce aux formes d’expression non verbales. On a observé que les enfants apportaient instinctivement la musique de leur pays dans les interactions entre pairs de la cour de récréation (Marsh, 2017). Les chansons servaient de vecteur de participation sociale, accueillant et célébrant la musique de toutes les nationalités. Cette expérience est décrite comme déstigmatisante : elle favorisait l’acculturation par l’apprentissage mutuel et le plaisir partagé de cultures nouvelles qui, autrement, auraient pu rester inconnues ou susciter la crainte (Marsh, 2017). Les interventions étudiées se déroulaient le plus souvent à l’école, largement décrite comme un cadre sûr pour mobiliser les enfants (Quinlan et al., 2016). La scolarité peut fournir la routine et la structure indispensables pour établir la sécurité pendant la réinstallation (Ehntholt et Yule, 2006 ; Arvanitis et Yelland, 2021).

L’expression créative comme autonomisation

Être guidé par l’enfant

Les récits peuvent s’exprimer à travers de multiples supports créatifs et sensoriels. Ils étaient soit entièrement guidés par l’enfant, soit suscités par l’adulte dans le cas des plus jeunes (Beauregard et al., 2024). Même si beaucoup d’études fixaient à l’avance la tâche et les supports, les enfants prenaient souvent la main pour orienter l’attention vers leurs modes d’expression préférés.

Accroître la capacité d’agir des enfants

Les études ont décrit le rôle décisif du choix et de la capacité d’agir dans le processus d’expression créative, multisensorielle et narrative. Elles évoquaient les possibilités qu’ouvre la pluralité des modes d’expression, qui permet aux enfants et aux jeunes de décider comment et quand s’exprimer. Par exemple, en décidant quand se joindre à une chanson de groupe ou contribuer à une histoire en cours d’élaboration, les enfants devenaient plus créatifs et spontanés dans leur participation, recourant à des mouvements de danse, à des vocalisations et au jeu dramatique (Meyer DeMott et al., 2017 ; Bujorbarua, 2020). Cela semblait franchir les barrières linguistiques et les modes d’engagement didactiques traditionnels, ce qui peut être utile pour travailler avec des jeunes aux langues diverses à l’école et dans les cadres communautaires (Bujorbarua, 2020 ; Heynen et al., 2022). Des méthodes créatives et narratives comme la poésie ont permis aux jeunes de vivre une capacité d’agir partagée et une force collective après les épreuves traversées (Norton et Sliep, 2019).

Relier l’individuel et le collectif

Dans quatre des études, l’identité est apparue comme un indicateur clé du changement psychologique positif apporté par les interventions créatives. Dans certains cas, cette identité était individuelle, par exemple l’expression positive de l’identité par la musique et les arts (Meyer DeMott et al., 2017 ; Enge et Stige, 2022). Dans d’autres études, elle était pensée en termes d’identité collective, réalisée ou co-construite avec d’autres jeunes en exil d’une manière qui pouvait être transformatrice (Marsh et Dieckmann, 2017 ; Norton et Sliep, 2019).

Bien-être et communication

L’expression passe par plusieurs sens

Les études ont rapporté que les approches sensorielles et narratives entraînaient des changements positifs sur toute une gamme d’indicateurs de bien-être. Les interventions créatives multisensorielles réduisaient des difficultés psychologiques comme le TSPT, le stress, les émotions négatives et les difficultés comportementales (Gerber et al., 2014 ; Grasser et al., 2019 ; Heynen et al., 2022 ; Quinlan et al., 2016). Outre la réduction de la détresse, les approches sensorielles et narratives augmentaient d’autres résultats positifs (Kevers et al., 2022 ; Beauregard et al., 2024). La danse accroissait l’expression émotionnelle positive, tandis que les arts expressifs mêlés semblaient améliorer l’empathie des enfants, leur satisfaction de vie et leur espoir en l’avenir (Meyer DeMott et al., 2017 ; Kwon et Lee, 2018 ; Bujorbarua, 2020).

Un moyen de communiquer

Les capacités de communication s’élargissaient avec l’introduction de multiples modalités d’expression. Par exemple, dans un atelier d’expression créative, des marionnettes ont accru l’aisance, l’engagement et l’expression de soi des enfants (Beauregard et al., 2024). Les multiples modalités sensorielles soutenaient une expression spontanée, libre et créative chez les enfants (Bujorbarua, 2020). Cela renforçait encore la confiance de l’enfant et l’expression de ses forces personnelles (Meyer DeMott et al., 2017).

Les sens ont aidé le processus narratif

Les méthodes d’arts créatifs décrites dans les études comportaient plusieurs éléments sensoriels qui aidaient le processus narratif. La vue intervenait dans les arts visuels comme le dessin ou la peinture (n = 8 études) et dans l’art numérique comme la photographie et le film (n = 2). Les processus auditifs intervenaient dans les méthodes fondées sur la musique (n = 7), le récit d’histoires (n = 6) et la poésie (n = 2). Les processus vestibulaires intervenaient dans les méthodes fondées sur la danse (n = 5) et le théâtre (n = 4). Les éléments tactiles intervenaient dans les méthodes fondées sur le jeu (n = 3), les marionnettes ou les jouets (n = 2) et le modelage ou la construction avec de la pâte à modeler (Play-Doh), des tissus et du sable (n = 2). Cinq études mobilisaient plusieurs modalités sensorielles dans des interventions d’arts expressifs mêlés (n = 5).

Les multiples modalités sensorielles servaient aussi à compléter ou à élargir les capacités narratives des jeunes en exil, pour communiquer des sentiments et acquérir un sentiment de maîtrise de leurs expériences (Beauregard et al., 2024) : par exemple, construire une scène imaginaire d’une histoire à travers différents sens, composer un « patchwork » de souvenirs de sa vie ou dessiner une partie d’une histoire (Rousseau et al., 2003 ; Kevers et al., 2022). Cela suggère que les enfants peuvent mobiliser de multiples modalités sensorielles pour se relier de façon positive à des parts importantes de leur vie et à leur place dans le monde (Mitchell et al., 2020).

Des liens avec l’identité culturelle

Créer de nouveaux points communs avec les pairs

Les approches sensorielles et narratives offraient un moyen de se relier à la culture familiale des enfants et à la culture de leur pays d’accueil. Les supports multisensoriels ont été décrits comme d’utiles passeurs culturels : par exemple, partager la musique, les jeux et la nourriture de sa culture d’origine et, en retour, apprécier les emblèmes culturels de la communauté d’accueil (Meyer DeMott et al., 2017).

Cultiver le sentiment d’une identité culturelle partagée

La musique a créé des ponts culturels et linguistiques dans les cours de récréation. Des chansons populaires de la communauté d’accueil étaient chantées ensemble, et certaines étaient déjà connues des élèves en exil malgré la nouvelle langue (Marsh et Dieckmann, 2017). La réciprocité que rend possible la chanson peut servir de forme de capital culturel (Enge et Stige, 2022). Créer des points communs peut aider les jeunes en exil à tisser des liens et à se sentir appartenir à leur nouveau monde social. Les chansons, les jeux et le jeu semblaient être des moyens clés pour les jeunes enfants d’y parvenir (Kwon et Lee, 2018 ; Rousseau et al., 2003).

Des liens sensoriels avec la culture familiale

Les arts multimédias ont permis aux enfants en exil de se relier à des aspects de leur famille et de leurs cultures d’origine. Les référents culturels étaient explicitement visés dans les interventions étudiées, ou observés à travers toute une gamme de processus sensoriels, dont les mythes, le dessin, l’artisanat, la danse, le chant, les marionnettes et le jeu (Beauregard et al., 2024 ; Heynen et al., 2022).

Discussion

Les résultats de cette revue exploratoire suggèrent qu’il existe au moins quatre manières dont les processus narratifs et sensoriels peuvent améliorer le bien-être des jeunes en exil : (a) par des liens sociaux positifs et réparateurs, (b) par l’expression créative comme autonomisation, (c) par le bien-être et la communication et (d) par des liens avec l’identité culturelle. La littérature examinée décrit comment les récits peuvent s’exprimer à travers de multiples supports créatifs et sensoriels (Beauregard et al., 2024). Les modalités sensorielles visuelles étaient les plus souvent employées comme moyen de raconter des histoires, par exemple dans le dessin, la peinture, la photographie et le théâtre (Beauregard et al., 2024 ; Bujorbarua, 2020 ; Phillips, 2021). Cela se retrouve dans la littérature neuropsychologique plus large, qui se concentre généralement sur la vue, un système sensoriel qui se développe plus tard que les autres sens (Hutmacher, 2019). Sens distal, la vue prend plus d’importance lorsque nous explorons activement l’environnement et interagissons avec lui, à la différence des sens proximaux comme le toucher et l’odorat, qui communiquent immédiatement « maman est là » ou « je suis en sécurité ». Les jeunes en exil pourraient donc être mieux à même de se relier, par l’entrée visuelle, aux expériences fondatrices de soin, d’attachement et d’appartenance du début de la vie (Cowie et Mitchell, 2021).

L’usage de l’odorat et du goût comme processus sensoriels était moins bien décrit. Bien que ces sens n’aient pas été au centre de l’intervention, Kwon et Lee (2018) ont noté qu’ils étaient activés par le jeu autour de la nourriture. Les fillettes montraient qu’elles prenaient soin les unes des autres en créant et en partageant de faux aliments en pâte à modeler. On l’a observé plus largement chez des enfants touchés par un trauma, qui peuvent exprimer des besoins de soin par des mises en scène de jeu (Hyder, 2005). Étant donné que l’information sensorielle est fortement liée à la mémoire émotionnelle, il serait juste de suggérer que, pour certains jeunes en exil, se relier dans le présent à ces souvenirs d’odeurs et de goûts pourrait aider à retrouver les sentiments positifs du passé : la famille, l’appartenance, l’apaisement et le chez-soi (Akhtar, 2011 ; Wallace et Lewis, 2020).

Créer la capacité d’agir et le choix

La revue a souligné l’importance du choix et de la capacité d’agir de l’enfant pour décider quand et comment s’exprimer. Offrir de multiples supports sensoriels élargit l’éventail des communications possibles, alors que s’en remettre au seul langage verbal et à la seule langue d’accueil limite la communication des jeunes en exil (Ayob et Omidire, 2021). La majorité de la jeunesse réfugiée vient de foyers où la langue nationale est peu ou pas parlée (Rutter, 2006). Faire place à la langue maternelle des enfants, ou à d’autres supports créatifs non verbaux, accroîtra l’inclusion des enfants d’horizons linguistiques et culturels divers dans les activités éducatives, sanitaires et sociales (Radjack et al., 2020).

Créer des occasions pour les enfants d’exercer leurs choix et leurs préférences pourrait être décisif pour la réussite des efforts visant à favoriser l’appartenance entre pairs, la cohésion sociale et l’intégration des jeunes en exil (Wallace et Lewis, 2020 ; Sevón et al., 2023). Cela pourrait être particulièrement important pour ce groupe d’enfants dont les voix sont systématiquement marginalisées dans les sphères publiques et politiques (Norton et Sliep, 2019 ; Frounfelker et al., 2020). Les enfants qui ont vécu une migration forcée peuvent être placés dans un état d’entre-deux, avec moins de choix quant à qui et à quoi appartenir (Maine et al., 2021). La liberté de communiquer par des moyens multisensoriels pourrait aider les enfants à reconsidérer les questions de migration et d’identité transculturelle, d’une manière qui les fait passer du statut d’enfants à qui l’on fait à celui d’enfants qui font (Alfano et al., 2018). Le choix et la capacité d’agir pourraient aider les enfants à construire leurs propres identités et leur subjectivité, indépendamment de celles que prescrit la société (Chase, 2020).

Des liens sensoriels et narratifs avec la culture

Les approches narratives ont révélé les écarts entre la maison et l’école, par exemple dans les personnages et les mythes distincts décrits dans les histoires des enfants (Rousseau et al., 2003). Cela montre les identités culturelles doubles, et souvent concurrentes, avec lesquelles les jeunes en exil doivent composer. Mais cela souligne aussi l’usage des outils narratifs et des processus sensoriels pour cultiver un sentiment d’identité biculturelle. Haswell (2023) décrit comment, dans le contexte de la réinstallation des personnes réfugiées, rencontrer le monde social par les sens peut favoriser le sentiment d’appartenance. Cela passe par la restauration dans le présent, le maintien des liens avec le passé et la mise en forme des espoirs pour l’avenir. Les enfants recourent au récit visuel et verbal pour décrire des reliques, des objets symboliques et des représentations des différentes cultures traversées, y compris celles de leur nouveau pays. S’engager dans des interactions multisensorielles incarnées avec les pairs pourrait aider les jeunes à se sentir appartenir à plusieurs cultures, et ainsi susciter des affects positifs, un sentiment d’accomplissement et un sentiment de continuité dans le récit de vie (Haswell, 2023).

Appartenance et identité

L’appartenance permet aux enfants de percevoir le monde comme stable, contrôlable et situé dans le lieu physique où se déroule leur vie (Erwin et al., 2024). Dans la littérature examinée, l’appartenance est apparue comme une dimension importante de la manière dont les enfants en exil construisent des réseaux sociaux et communautaires, par les pairs et l’école, mais aussi dans les nouvelles communautés locales. La littérature plus large confirme le rôle que joue l’appartenance dans la médiation de la santé et du bien-être des personnes réfugiées, en particulier l’appartenance au groupe de pairs et à l’école (Draper et al., 2024 ; McIntyre, 2024).

Les enfants recherchent des liens sociaux par des pratiques incarnées d’inclusion, auxquelles répondent à leur tour d’autres personnes dans l’environnement partagé (Maine et al., 2021). Vivre sa propre culture comme incluse, et avoir en même temps sa place dans la culture locale, à l’école ou dans d’autres espaces sociaux, pourrait réparer les clivages entre l’intérieur et l’extérieur qui imprègnent les discours sociaux sur le statut de réfugié, la citoyenneté et l’ethnicité (Erwin et al., 2024). L’enfant en exil, à cheval sur (au moins) deux mondes culturels, peut mettre en acte et vivre l’appartenance à travers ces formes d’inclusion sociale. Cela souligne la nature multiple de l’appartenance. Le lieu où l’on appartient est en négociation constante, en particulier dans les moments de migration (Geng et al., 2012 ; Haswell, 2023). L’appartenance compte non seulement pour le bien-être subjectif des enfants, mais aussi comme trait de l’organisation sociale (Mitchell et al., 2020 ; Oudshoorn et al., 2020). Co-construire des identités partagées en exil peut favoriser la cohésion sociale et la réparation (Maine et al., 2021). De nouvelles conceptions de la citoyenneté peuvent émerger d’une manière protectrice et réparatrice, pour les communautés locales comme pour les communautés qui arrivent (Mitchell et al., 2020 ; Erwin et al., 2024).

Les approches multisensorielles et narratives pourraient permettre aux enfants de naviguer entre des identités qui se croisent de façon nouvelle, en développant peut-être le sentiment que « je peux appartenir à la fois à là-bas et à ici ». De fait, appartenir au lieu passé ou au lieu présent vaut mieux que ce qui est peut-être le plus grand risque qui guette la jeunesse : n’appartenir nulle part (Jones et al., 2020). On pourrait soutenir que l’appartenance est une sorte de condition préalable au développement d’une identité positive (Maine et al., 2021). Pour les jeunes en exil, l’appartenance peut aider à réparer une partie de la dislocation psychologique et des « clivages » migratoires que la migration forcée crée dans les récits identitaires des enfants (Radjack et al., 2020).

En même temps, il importe de garder à l’esprit la part non seulement des histoires personnelles, mais aussi de facteurs socioculturels plus larges, dans la formation des récits de la jeunesse réfugiée (Chen et Schweitzer, 2019). La disponibilité et le poids relatif des différentes appartenances à des groupes et à des lieux varieront selon les jeunes. L’attention à ces nuances et à cette complexité soutiendra la capacité d’agir des jeunes dans la construction de leurs récits personnels (Warshaw, 2019).

Limites

La littérature examinée recourait à un large éventail de méthodologies, de qualité inégale. Les études incluses étaient surtout descriptives et manquaient de détail analytique. Beaucoup faisaient ouvertement état des bénéfices des approches multisensorielles et narratives étudiées, mais n’abordaient pas les difficultés ou les obstacles que rencontrent ces approches, négligeant ainsi l’analyse critique nécessaire. Dans les études quantitatives, les biais étaient peu rapportés, et peu d’efforts étaient faits pour les corriger lorsqu’ils avaient été reconnus (Turner et al., 2013).

Une autre limite possible tient à l’étendue des résultats examinés. Le bien-être était opérationnalisé de façons diverses, des résultats cliniques à des construits plus abstraits comme l’identité et la capacité d’agir, alors que l’appartenance et l’intégration sociale étaient plus clairement définies. Le bien-être a pourtant reçu comparativement moins de poids dans les résultats et mériterait donc peut-être une revue à part entière.

Toutes les études sauf une examinaient des résultats de groupe, si bien que les significations et les récits personnels se perdaient en partie. Les échantillons étaient souvent petits, par exemple les études de cas approfondies d’un ou de quelques enfants en exil. La richesse du matériau clinique compensait en partie ce point, mais le manque de détails démographiques et de renseignements systématiques sur les facteurs individuels (durée de résidence, âge, contexte de réinstallation) empêche de bien comprendre ce qui importe aux différents groupes de jeunes en exil, et risque d’homogénéiser encore l’expérience des personnes réfugiées (Chase et al., 2020). Les jeunes enfants sont souvent moins visibles dans la recherche, et l’on s’en remet plutôt aux adultes pour raconter leurs histoires, comme l’a montré la présente revue. Étant donné le rôle fondamental que joue l’appartenance dans les premières années, l’étude de l’appartenance et de l’identité de l’enfant doit faire davantage de place à la voix des jeunes enfants (Erwin et al., 2024).

Conclusion

Cette revue a dégagé quatre thèmes principaux sur la manière dont les approches narratives et sensorielles peuvent soutenir le bien-être et l’appartenance des jeunes en exil : (a) le soutien au bien-être et à la communication, (b) l’expression créative comme autonomisation, (c) des liens sociaux positifs et réparateurs, et (d) des liens avec l’identité culturelle. Le bien-être était décrit comme un construit psychologique composite englobant l’appartenance et l’identité, toutes deux soutenues par les approches narratives et sensorielles et liées à des résultats psychosociaux plus larges (Rysst, 2016 ; Enge et Stige, 2022). Les liens des enfants avec l’identité culturelle et l’appartenance sont apparus comme des pistes importantes pour de futures études (Marsh et Dieckmann, 2017 ; Meyer DeMott et al., 2017), en particulier l’intersection entre l’appartenance aux identités culturelles passées et présentes, et la manière dont elles ont pu changer du fait de la migration (Rousseau et al., 2003 ; Beauregard et al., 2017 ; Marsh, 2017). Les enfants sont toujours en « devenir », et les jeunes en exil continueront d’explorer les facettes de leur identité et de leurs appartenances, par de multiples moyens sensoriels et narratifs, dans leurs sphères sociales nouvelles et émergentes. L’expérience personnelle, plutôt que collective, du passage d’un contexte culturel et géographique à un autre, en particulier chez les plus jeunes enfants, sera un point d’attention important pour les futures études sur l’appartenance et le bien-être des personnes réfugiées (Erwin et al., 2024). Les méthodes créatives et participatives devraient favoriser une inclusion réelle de la jeunesse réfugiée dans la recherche (Chase et al., 2020). C’est important compte tenu des obstacles développementaux et linguistiques à la participation réelle des enfants à la recherche, ainsi qu’à la vie politique et civique au sens large (Wallace et Lewis, 2020 ; Sevón et al., 2023).

Les résultats soulignent la valeur des interventions créatives et multisensorielles pour les jeunes en exil, en particulier en milieu scolaire. La capacité de ces approches à favoriser les liens sociaux entre groupes en exil et groupes d’accueil plaide pour leur utilité dans la pratique clinique, éducative et de l’aide sociale. Elles pourraient aider à améliorer les relations entre communautés installées et communautés migrantes, et à renforcer l’expérience du lien social, du bien-être et de l’appartenance pour l’ensemble des enfants et des jeunes.

Déclaration de positionnement

Les quatre personnes qui signent l’article sont d’origine britannique blanche : trois femmes et un homme, qui travaillent et résident au Royaume-Uni. Elles tiennent à préciser qu’aucune d’entre elles n’a elle-même vécu de migration forcée ou de déplacement. Les différences d’origine ethnique, de statut socio-économique et de contexte géographique entre l’équipe et les enfants concernés par l’étude doivent être reconnues, car elles créent d’importants écarts de pouvoir. Si cette expérience vécue n’est pas partagée avec les personnes participantes, l’équipe dispose toutefois d’une expérience clinique variée auprès de communautés réfugiées et demandeuses d’asile, en soins pédiatriques et en psychologie clinique, qui a motivé cette recherche. Cette recherche souhaite mettre en lumière des sujets de préoccupation et des possibilités de soutien créatif, centré sur l’enfant et inclusif pour cette jeunesse marginalisée. Dans une perspective internationaliste et humaniste, l’équipe défend une éthique de l’inclusion, de l’accueil et de la sécurité pour l’ensemble des enfants et des jeunes contraints de migrer dans le monde.

Complexe Systémique : à retenir

Cette revue a le mérite de déplacer le regard porté sur les jeunes en exil : au lieu de partir du trauma et de ses symptômes, elle regarde ce qui relie. Chanter ensemble dans une cour d’école, danser, dessiner, raconter avec une marionnette permet de dire sans passer par une langue qu’on ne maîtrise pas encore, de choisir quand et comment s’exprimer, et de faire circuler dans les deux sens la culture de la famille et celle du pays d’accueil. Pour la clinique systémique, l’appartenance apparaît ici comme une construction relationnelle, jamais acquise, qui se joue à l’école, entre pairs et dans la famille autant qu’en séance. La prudence s’impose pourtant : treize études sur quinze ne portent que sur le sensoriel, la plupart sont descriptives et peu critiques, et les plus jeunes enfants y parlent rarement en leur nom propre. L’intérêt pour l’odorat, le goût et le jeu autour de la nourriture reste à peine esquissé. À lire avec l’article sur la migration, la perte ambiguë et les rituels, et avec la revue sur le trauma intergénérationnel dans les familles réfugiées.

Notes de l’original

Liens d’intérêts. Deux personnes de l’équipe (LM et TS) travaillent pour Urban House, au sein du SWFT NHS Foundation Trust. L’une d’elles (LM) est liée à Migration Yorkshire, et toute l’équipe porte un intérêt clinique et universitaire à la santé mentale et au bien-être des enfants et des jeunes en exil. Hormis cela, aucun autre lien d’intérêts n’est à déclarer.

Références

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Traduction non officielle en français de Le rôle des processus sensoriels et narratifs dans le bien-être et l’appartenance de la jeunesse réfugiée : une revue exploratoire, par Anna Gilleard, Luise V. Marino, Tracey Smith et David Turgoose, Journal of Child and Family Studies, vol. 34, no 10 (2025), doi : 10.1007/s10826-025-03145-5, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « A Scoping Review of the Role of Sensory and Narrative Processes in the Wellbeing and Belonging of Young Refugees », publié dans Journal of Child and Family Studies (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Gilleard, A., Marino, L. V., Smith, T., et Turgoose, D. (2025). Le rôle des processus sensoriels et narratifs dans le bien-être et l’appartenance de la jeunesse réfugiée : une revue exploratoire (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-role-des-processus-sensoriels-et-narratifs-dans-le-bien-etre-et-l-appartenance (Œuvre originale publiée en 2025 dans Journal of Child and Family Studies, 34(10), 2684-2697 (2025) ; republiée en 2025 par Journal of Child and Family Studies, https://link.springer.com/article/10.1007/s10826-025-03145-5)

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