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Family Relations · Famille
Toutes les violences d’enfants envers leurs parents ne se ressemblent pas. À partir de 252 figures parentales australiennes, presque toutes des mères, l’équipe de Travis Harries distingue deux profils selon la fonction de la violence : quand elle est proactive, la hiérarchie familiale s’est inversée ; quand elle est surtout affective, le parent garde la main et la violence ressemble davantage à un débordement d’anxiété.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Les violences filio-parentales ne se ressemblent pas toutes : une analyse centrée sur la personne à partir de la fonction de l’agression, par Travis Harries, Ashlee Curtis, David Skvarc, Michelle Benstead, Arlene Walker et Richelle Mayshak, publié dans Family Relations (Wiley) (2024), doi : 10.1111/fare.12991, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; la figure reste en anglais, avec une légende traduite ; les documents supplémentaires en ligne ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les différents types de dyades confrontées à la VFP peuvent avoir des besoins d’intervention propres.
Travis Harries, Ashlee Curtis, David Skvarc, Michelle Benstead, Arlene Walker et Richelle Mayshak
Résumé
Objectif. Explorer une typologie des dyades confrontées à la violence filio-parentale (VFP) à partir de la fonction de la VFP (c’est-à-dire de sa motivation).
Contexte. La VFP peut être motivée par des fonctions réactives (c’est-à-dire de représailles), proactives (c’est-à-dire instrumentales) ou affectives (c’est-à-dire principalement émotionnelles), qui peuvent coexister chez une même personne ; leur mode de cooccurrence reste toutefois mal compris.
Méthode. L’étude a porté sur 252 personnes participantes âgées de 27 à 78 ans (M = 45,92, ET = 8,33 ; 96 % de femmes), qui avaient la charge d’un ou d’une jeune de 5 à 24 ans (M = 13,18, ET = 4,86) et qui ont rempli un questionnaire en ligne mesurant la forme et la fonction de la VFP ainsi qu’un ensemble de facteurs liés à l’enfant, au parent et à la dyade. La majorité des dyades étaient des dyades mère-enfant.
Résultats. L’analyse en profils latents a fait apparaître deux types distincts de dyades : les dyades à proactivité élevée rapportaient une VFP grave, fortement réactive et proactive, par comparaison avec les dyades à proactivité faible, dans lesquelles la VFP proactive était rare et la VFP réactive peu fréquente. Les taux de VFP affective étaient semblables d’un type à l’autre. L’analyse de variance a montré que les dyades à proactivité élevée et à proactivité faible différaient significativement sur des facteurs parentaux, infantiles et dyadiques pertinents pour l’intervention.
Conclusion. Les dyades à proactivité élevée présentaient une inversion des rôles et une conjugalisation (spousification, c’est-à-dire un débordement du conflit parental sur l’enfant) : la figure parentale y était impuissante, apeurée et effrayante, et le ou la jeune présentait des traits de domination. Les dyades à proactivité faible se caractérisaient par une figure parentale ayant comparativement la situation en main, qui se montrait intrusive et exerçait une supervision plus forte, et par un ou une jeune présentant comparativement moins de traits de domination.
Implications. Les différents types de dyades confrontées à la VFP peuvent avoir des besoins d’intervention propres.
La violence filio-parentale (VFP) est une forme de violence familiale dirigée contre une figure parentale par un ou une jeune dont elle a la charge ; elle peut se produire pour diverses raisons ou motivations relevant de trois fonctions : la VFP proactive, réactive et affective (Harries et al., 2023). La VFP proactive est dominatrice, planifiée et instrumentale ; la VFP réactive est une riposte à des intrusions, perçues ou réelles, du parent ; et la VFP affective est une réponse comportementale déplacée, issue d’une peur ou d’une frustration internes (appelée aussi agression réactive par frustration interne dans la littérature générale sur l’agression ; Blair, 2013 ; Smeets et al., 2017). La présence d’une VFP proactive pourrait être, parmi ces fonctions, l’indicateur le plus utile sur le plan pronostique. La VFP proactive est associée à des traits élevés de dureté et d’insensibilité émotionnelle (Harries et al., 2023), qui sont un marqueur de résistance au traitement (Hawes et al., 2014 ; Kimonis et al., 2019), ainsi qu’à une plus grande gravité de la VFP maltraitante (Harries et al., 2023). La connaissance de la fonction de l’agression a donc une utilité clinique importante pour la conceptualisation des situations et la conduite de l’intervention (Cano-Lozano et al., 2021a ; Curtis et al., 2022). Mais la manière dont ces fonctions coexistent chez une même personne, et les facteurs de risque qui leur sont associés, restent aujourd’hui mal compris.
Le domaine de la VFP manque d’un développement théorique cohérent. La discussion qui suit propose donc un cadre dans lequel les différentes fonctions de la VFP peuvent se manifester, fondé sur la théorie de l’attachement, la théorie des systèmes dynamiques (Granic et Patterson, 2006) et la théorie du pouvoir dyadique (Dunbar, 2004).
La VFP peut survenir dans le cadre d’une lutte de pouvoir entre parent et enfant (Bugental et Happaney, 2000). Le ou la jeune mène une lutte persistante pour le contrôle contre le parent (Calvete et al., 2014), qui peut se retirer de plus en plus (Routt et Anderson, 2011) à mesure que faiblissent ses tentatives de garder le contrôle (Eckstein, 2004 ; Selwyn et Meakings, 2016). De fait, comme le précise la théorie du pouvoir dyadique, les dynamiques de pouvoir sous-tendent tous les types de relations (Dunbar, 2004), et chaque personne tente de contrôler les autres (Dumas et al., 1995) en fonction de son pouvoir relatif au sein de la dyade. Les tentatives de contrôle deviennent plus probables lorsque les deux personnes disposent d’un pouvoir égal, et chacune peut se heurter à des tentatives de contre-contrôle, d’où une lutte pour le pouvoir. Toutefois, par rapport aux autres, les personnes qui ont très peu de pouvoir peuvent se retirer complètement de ces interactions de pouvoir (Dunbar et Mejia, 2013).
Le pouvoir perçu d’une personne, et donc la probabilité qu’elle tente d’exercer un contrôle (Dunbar et Johnson, 2015), dépend des ressources de pouvoir dont elle dispose (Kuczynski, 2012). Certains traits de personnalité peuvent accroître le pouvoir perçu ou réel du ou de la jeune et favoriser la VFP proactive. Les traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle sont associés à des attitudes de domination envers les figures d’autorité (Tampke et al., 2021) et peuvent fournir la motivation, ainsi que les moyens et le sentiment de puissance nécessaires pour les dominer. Plus précisément, les jeunes qui présentent des traits élevés de dureté et d’insensibilité émotionnelle manifestent une insensibilité à la punition (Chen et al., 2021), ce qui réduit le pouvoir relatif du parent qui recourt à la discipline pour garder le contrôle. Les traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle et les traits narcissiques coexistent souvent (Van Geel et al., 2017), et ensemble ils peuvent conférer au ou à la jeune un pouvoir perçu important dans la dyade et accroître la probabilité de conflit (Lee-Rowland et al., 2017). Un niveau élevé de narcissisme chez l’enfant peut détourner la dyade des objectifs communs au profit de la poursuite de l’intérêt personnel, ce qui accroît la fréquence des interactions de pouvoir.
La domination suppose la soumission (Dunbar, 2004) ; c’est pourquoi les agressions proactives visent de préférence des cibles passives (Hubbard et al., 2001). Les parents détiennent une autorité inhérente au sein de la dyade parent-enfant (Baumrind, 1968 ; Dunbar, 2004) et sont des cibles atypiques des agressions proactives. Il est pourtant manifeste que, dans certaines familles, les parents perdent leur pouvoir. Cette perte de pouvoir peut s’installer par des processus relationnels de dissolution des frontières (Kerig, 2005) qui altèrent un attachement parent-enfant sécure. Par exemple, le ou la jeune peut faire l’objet d’une conjugalisation (spousification) de la part de la figure parentale, qui l’élève au pouvoir d’un ou d’une partenaire et l’implique dans des conflits conjugaux ou post-conjugaux et dans un traitement hostile (Kerig, 2005). Dans un processus peut-être lié, étroitement associé à la théorie de l’attachement (Engelhardt, 2012), les figures parentales peuvent devenir vulnérables à une inversion des rôles parent-enfant dans la dyade, par des soins parentaux déconnectés (Out et al., 2009). Un attachement désorganisé peut alors se former, et la figure parentale peut se montrer tour à tour apeurée et effrayante (Hesse et Main, 2000 ; Main et Hesse, 1990), créant un environnement imprévisible que le ou la jeune cherche à contrôler, parfois en recourant à un traitement punitif et hostile du parent analogue à la VFP proactive (c’est-à-dire une inversion punitive des rôles ; Lecompte et Moss, 2014 ; Moss et al., 2004). En pareil cas, la figure parentale peut se sentir impuissante dans son rôle de soin (Lecompte et Moss, 2014).
Mais les parents disposent aussi des moyens d’affirmer leur pouvoir au sein de la dyade ; dans certains cas, la lutte de pouvoir parent-enfant peut tourner nettement à leur avantage. Cela peut favoriser une fonction à prédominance réactive de la VFP. Par exemple, la dissolution des frontières peut aussi priver le ou la jeune de son pouvoir. Les parents peuvent faire preuve d’une forte intrusivité et multiplier les tentatives de contrôle qui empiètent sur l’autonomie du ou de la jeune (Kerig, 2005). De même, l’autorité naturelle d’un parent lui permet d’affirmer son contrôle par la discipline (Dunbar, 2004).
Les issues de cette lutte de pouvoir continue peuvent se canaliser en patterns d’interaction observables entre le parent et le ou la jeune, qui maintiennent le statu quo. Bien que la théorie de la coercition (Patterson et al., 1984) soit couramment appliquée à la VFP, cette explication est trop simple lorsqu’on s’intéresse à la fonction de la VFP. Le modèle implique en effet que toute VFP s’apprend avec le temps, et donc que toute VFP devient naturellement proactive. Dans un prolongement de la théorie de la coercition, la théorie des systèmes dynamiques, Granic et Patterson (2006) ont précisé que des facteurs de risque en interaction produisent progressivement des patterns d’interaction stables (des attracteurs). Les systèmes dynamiques et les attracteurs qu’ils forment reçoivent des apports du ou de la jeune comme du parent, qui peuvent orienter la dyade vers certains attracteurs, dont certains se prêtent davantage au maintien d’agressions proactives, tandis que d’autres représentent des interactions où la VFP réactive est plus plausible. La théorie des systèmes dynamiques décrit deux attracteurs coercitifs : un attracteur permissif-hostile et un attracteur mutuellement hostile.
L’attracteur permissif-hostile décrit un état dans lequel un ou une jeune recourt à l’agression et le parent répond en se retirant (Granic et Patterson, 2006). Ces interactions peuvent découler de soins parentaux déconnectés ayant abouti à une inversion punitive des rôles ou à une conjugalisation. Les deux processus renforcent le pouvoir relatif du ou de la jeune et favorisent des tentatives de contrôle proactives susceptibles d’encourager la permissivité parentale, un peu comme chez les victimes de harcèlement (Salmivalli et Peets, 2009). Ces interactions permissives-hostiles peuvent renforcer encore la VFP proactive, puisque le ou la jeune se voit accorder davantage d’autonomie et que le comportement coercitif n’entraîne guère de conséquences ni d’interruption (Pang et al., 2013).
L’attracteur mutuellement hostile pourrait accueillir et entretenir à la fois la VFP réactive et la VFP proactive. Dans les hostilités principalement impulsées par l’enfant, des épisodes de VFP proactive pourraient déclencher une contre-tentative de contrôle du parent, à laquelle répond une VFP réactive, tandis que s’engage une lutte de pouvoir équilibrée (Bugental et Happaney, 2000 ; Dunbar, 2004). Mais l’attracteur mutuellement hostile peut aussi ne comporter aucune VFP proactive et être plutôt initié ou entretenu par le parent. Sous l’effet du stress ou d’une perte de pouvoir, les parents peuvent recourir davantage à des tactiques de contrôle fondées sur l’affirmation du pouvoir (un corrélat de la VFP ; Ibabe et Bentler, 2016) pour restaurer leur pouvoir dans la dyade (Steeger et Gondoli, 2013). Le parent peut alors faire preuve d’un pouvoir et d’un contrôle considérables et diriger son hostilité vers un ou une jeune sans pouvoir, qui riposte, en particulier lorsque ce ou cette jeune présente des traits d’irritabilité.
Les fonctions de l’agression sont fortement interdépendantes (Harries et al., 2023) et semblent coexister chez les personnes (p. ex. Brugman et al., 2017 ; Euler et al., 2017) comme dans les interactions (Dodge, 1991 ; Walters, 2005). Ce chevauchement rend statistiquement difficile la modélisation des corrélats propres à chaque fonction de la VFP (Pang et al., 2013). En outre, l’identification de corrélats au niveau des variables ne se traduira probablement pas en présentations cliniques. Il est plutôt nécessaire d’explorer les fonctions de la VFP au niveau individuel. Les analyses centrées sur la personne regroupent les individus pour produire des sous-groupes de population partageant une combinaison de variables (p. ex. l’analyse en classes latentes ; McCutcheon, 1987) et maximisent l’utilité clinique des résultats (Lanza et Rhoades, 2013). Les études qui recourent à des approches inductives de regroupement indiquent un recoupement important entre les fonctions : la quasi-totalité des jeunes ayant des conduites agressives agit de façon réactive, tandis qu’une minorité recourt à la fois à l’agression proactive et réactive (Smeets et al., 2017).
Des modélisations naissantes ont examiné les différences de fonction de la VFP entre des classes de jeunes. Navas-Martínez et Cano-Lozano (2022) ont constaté que les généralistes (c’est-à-dire les jeunes qui recouraient à la VFP et agressaient aussi leurs pairs) présentaient une inadaptation significativement plus marquée que les spécialistes (c’est-à-dire les jeunes qui recouraient uniquement à la VFP et n’agressaient pas d’autres cibles). Les généralistes manifestaient aussi davantage d’agression proactive et réactive. Bien que cette étude soit importante et utile, la fonction de l’agression n’était pas le pivot du profilage et s’est seulement révélée corrélée à l’agression généraliste. De fait, à ce jour, aucune typologie ni aucun système de classification ne s’est centré sur la fonction de la VFP, faute, jusqu’à récemment, de mesures appropriées (Harries et al., 2023).
La présente étude visait à explorer une typologie des dyades confrontées à la VFP à partir de la fonction de la VFP. Nous avons d’abord fait l’hypothèse que l’analyse centrée sur la personne produirait des profils caractérisés par des niveaux élevés de VFP proactive, réactive et affective simultanées, et d’autres caractérisés par un faible niveau de VFP proactive et des niveaux élevés de VFP réactive ou affective. Nous avons ensuite comparé ces types de dyades et des dyades témoins sans maltraitance sur un ensemble de facteurs liés au parent, à l’enfant et à la dyade. Nous avons fait l’hypothèse qu’un type de dyade à proactivité élevée serait corrélé à un retrait parental plus marqué et à des traits de domination plus prononcés chez le ou la jeune (p. ex. traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle et narcissisme) que le type de dyade à proactivité faible et le groupe témoin. Enfin, nous avons fait l’hypothèse qu’un type de dyade à proactivité faible serait corrélé à un contrôle et à une implication parentale plus importants et à des traits de domination moins marqués chez le ou la jeune que le type à proactivité élevée et le groupe témoin. L’étude visait en outre à confirmer la structure factorielle de l’échelle des fonctions de la violence filio-parentale (Child-to-Parent Violence Functions Scale, CPV-F ; selon Harries et al., 2023).
Les 252 personnes participantes, âgées de 27 à 78 ans (M = 45,92 ans, ET = 8,33), avaient la charge d’un ou d’une jeune de 5 à 24 ans (M = 13,18 ans, ET = 4,86). Il s’agissait principalement de femmes (96 %), et les jeunes dont il était question étaient majoritairement de sexe masculin (60 %). La grande majorité des personnes participantes étaient un parent biologique du ou de la jeune (86 %), et 7 % étaient un beau-parent, un parent d’accueil ou un parent adoptif. Un peu moins de la moitié (48 %) vivaient en couple marié ; 18 % étaient en situation de séparation, 14 % de divorce, 2 % de veuvage, et 18 % n’avaient jamais été en couple marié. Le recrutement s’est fait en ligne, par des annonces décrivant une recherche sur les conflits parent-enfant.
Les personnes participantes ont indiqué leur genre et leur âge, ainsi que ceux de l’enfant concerné. Elles ont aussi indiqué si le ou la jeune avait reçu un diagnostic de santé mentale.
L’Abusive Behaviour by Children—Indices (ABC-I ; Simmons et al., 2019) est une mesure de la VFP dotée de seuils établis empiriquement pour distinguer la maltraitance de la violence. Elle comprend neuf items répartis en trois sous-échelles : agression physique, agression verbale et comportement coercitif. Les personnes répondent aux items sur une échelle en 6 points allant de 0 (jamais) à 6 (tous les jours). Un score total supérieur ou égal à 16 indique une maltraitance au cours des 12 derniers mois. Les valeurs de l’échelle sont pondérées différemment selon la gravité de chaque item, pour distinguer maltraitance et violence. Par exemple, l’agression verbale (considérée isolément) doit être rapportée quotidiennement pour constituer une maltraitance, tandis que l’agression physique n’a besoin d’être rapportée qu’une fois au cours des 12 derniers mois. La fidélité n’a pas été calculée, les construits étant formatifs.
La CPV-F (Harries et al., 2023) mesure la fonction de l’agression propre à la relation parent-enfant. Avant réduction, 23 items mesuraient les différences observables entre agressions proactives et réactives (Kempes et al., 2005), centrées sur quatre facettes visibles lors de l’acte violent : l’affect, le moment, la provocation et le but. Les personnes répondent aux items sur une échelle de Likert en 5 points allant de 0 (jamais) à 4 (presque toujours). Après réduction, 18 items subsistaient, répartis en trois facteurs : réactif (α = 0,83), affectif (α = 0,68) et proactif (α = 0,93).
Quatre items de l’échelle révisée des tactiques de conflit (Revised Conflict Tactics Scale ; Straus et al., 1996) ont servi à mesurer la violence psychologique et physique envers la fratrie et les pairs. Les items mesuraient la fréquence de la violence sur une échelle de Likert en 6 points allant de 0 (jamais) à 5 (tous les jours) et étaient posés à la fois pour les pairs et pour la fratrie. Dans la présente étude, la fidélité de l’échelle était excellente pour la violence envers les pairs (α = 0,91) et envers la fratrie (α = 0,92).
L’inventaire des traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle (Inventory of Callous Unemotional Traits, ICU) est largement utilisé pour le dépistage de ces traits (Frick, 2004). L’ICU est un questionnaire de 22 items qui cible les trois facteurs sous-jacents au construit : dureté, indifférence et insensibilité émotionnelle. Les personnes répondent à chaque item sur une échelle de Likert en 4 points allant de 0 (pas du tout vrai) à 3 (tout à fait vrai). L’ICU présente une bonne validité de critère dans les échantillons adolescents et une bonne validité convergente chez les enfants plus âgés (Gao et Zhang, 2016). L’échelle complète présentait une excellente fidélité dans la présente étude (α = 0,92).
La sous-échelle du trouble de la personnalité narcissique de l’évaluation multisource de la pathologie de la personnalité (Multisource Assessment of Personality Pathology ; Oltmanns et Turkheimer, 2006) fait partie d’un instrument de 103 items, dont 79 fondés sur les 10 troubles de la personnalité reconnus dans la quatrième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux et 24 fondés sur d’autres traits de personnalité. La présente étude n’a utilisé que les 10 items relatifs au trouble de la personnalité narcissique, mesurés sur une échelle de Likert en 4 points allant de jamais à toujours. La fidélité de l’échelle était excellente dans la présente étude (α = 0,89).
L’indice de réactivité affective (Affective Reactivity Index, ARI ; Stringaris et al., 2012) mesure la réactivité affective (c’est-à-dire la colère) au moyen de sept items notés sur une échelle de Likert en 3 points allant de pas vrai à tout à fait vrai. L’ARI présente une validité et une fidélité adéquates (Stringaris et al., 2012), la fidélité étant excellente dans la présente étude (α = 0,93).
L’inventaire des dimensions de la discipline (Dimensions of Discipline Inventory, DDI ; Straus et Fauchier, 2007) est une mesure complète des tactiques de discipline parentale. Le recours à la discipline est mesuré par 26 items, notés sur une échelle de Likert en 10 points mesurant la fréquence d’utilisation de chaque tactique (p. ex. retrait de privilèges, diversion, surveillance). Le DDI a servi à construire plusieurs indicateurs. Le premier était l’effort disciplinaire, qui reflète la fréquence brute de l’ensemble des stratégies disciplinaires. On a aussi calculé la part de l’effort disciplinaire relevant de l’affirmation du pouvoir, ainsi que la part relevant de la discipline inductive. Ces parts ont été obtenues en divisant la somme de l’échelle concernée par la somme disciplinaire totale et en divisant par 100 pour obtenir un pourcentage de discipline par affirmation du pouvoir ou inductive, conformément au manuel du DDI (Straus et Fauchier, 2007). Cette méthode contrôlait les différences de fréquence de la discipline. Les items mesurant la constance de la discipline, le fait d’ignorer les mauvais comportements et la surveillance disciplinaire ont aussi été additionnés et intégrés à la présente étude. L’échelle complète avait une excellente fidélité (α = 0,92).
Le questionnaire parental de l’Alabama (Alabama Parenting Questionnaire ; Essau et al., 2006) mesure les comportements parentaux au moyen de 42 items répartis sur cinq dimensions de la parentalité, notés sur une échelle de Likert en 5 points allant de jamais à presque toujours. Seule la sous-échelle surveillance/supervision (six items) a été utilisée (α = 0,86).
Le questionnaire des styles et dimensions parentaux (Parenting Styles and Dimensions Questionnaire) mesure le style parental au moyen de 11 sous-échelles (Olivari et al., 2013). Le questionnaire complet comprend 62 items notés sur une échelle de Likert en 5 points allant de jamais à presque toujours ou toujours. Seuls les items de la sous-échelle chaleur et implication ont été utilisés dans la présente étude (α = 0,83).
L’échelle des frontières parent-enfant (Parent–Child Boundaries Scale ; Kerig, 2005 ; Rowa et al., 2001) est une échelle de 35 items renseignée par le parent, conçue pour mesurer la dissolution des frontières dans la relation parent-enfant. Les sous-échelles intrusivité et conjugalisation ont été utilisées, avec des items notés sur une échelle de Likert en 5 points allant de jamais à presque toujours. La sous-échelle de conjugalisation présentait une très bonne fidélité dans la présente étude (α = 0,84) ; la fidélité de la sous-échelle d’intrusivité était en revanche faible (α = 0,58).
Le questionnaire d’impuissance de la figure parentale (Caregiver Helplessness Questionnaire, CHQ ; Huth-Bocks et al., 2016) mesure les comportements de soin désorganisés ; il comprend 26 items notés sur une échelle de Likert en 5 points allant de 1 (pas du tout caractéristique) à 5 (très caractéristique). Le CHQ comporte trois sous-échelles : mère-enfant apeurés (six items), mère impuissante (six items) et enfant soignant (sept items ; non utilisée dans la présente étude). Un item a été retiré de la sous-échelle mère apeurée (« mon enfant me frappe, me donne des coups de pied ou me mord ») en raison de sa multicolinéarité avec la mesure de la VFP (modélisée comme variable dépendante). Les sous-échelles mère apeurée et enfant apeuré ont été séparées pour s’aligner sur les conceptualisations des soins parentaux déconnectés. Dans la présente étude, la fidélité était excellente (α = 0,91).
L’échelle de dépression, d’anxiété et de stress (Depression, Anxiety, Stress Scale ; Henry et Crawford, 2005) mesure les symptômes dépressifs, anxieux et de stress. La présente étude n’a utilisé que la sous-échelle de stress (activation non spécifique ; α = 0,87), qui comprend sept énoncés notés sur une échelle de Likert en 4 points (0 = Ne s’appliquait pas du tout à moi, 3 = S’appliquait beaucoup à moi ou la plupart du temps).
L’étude a reçu l’approbation éthique du comité d’éthique de la recherche sur l’humain de l’université Deakin (ID : 2020–227). Les personnes intéressées ont accédé à un questionnaire en ligne hébergé sur Qualtrics entre juin 2021 et mars 2022. Il fallait environ 25 minutes pour le remplir. Les personnes qui l’avaient rempli pouvaient participer à un tirage au sort pour gagner un bon d’achat. Les données ont été analysées avec SPSS version 26 (IBM Corp., 2019b), SPSS AMOS version 28 (IBM Corp., 2019a) et RStudio (RStudio Team, 2020). Pour l’analyse factorielle confirmatoire et l’analyse en profils latents, seules les personnes participantes qui remplissaient les critères de maltraitance de l’ABC-I ont été incluses (n = 195).
Pour prolonger la validation de la CPV-F, nous avons mené une analyse factorielle confirmatoire. Le modèle initial proposé par Harries et al. (2023) a été testé et affiné pour améliorer l’ajustement dans le présent échantillon. Les fonctions de l’agression étant bien connues pour être interdépendantes (Harries et al., 2023), les modifications ont principalement consisté à retirer les items présentant de fortes saturations croisées et à tenir compte de fortes covariances entre items. Les items P10 (« Après un comportement violent ou agressif envers moi, le ou la jeune semble le regretter »), A2 (« Le ou la jeune se met très vite en colère »), A1 (« Je peux prévoir quand le ou la jeune risque de répondre par la violence ou l’agression »), R3 (« Le ou la jeune est sur la défensive ») et P1 (« Le ou la jeune a beaucoup d’exigences ») ont été retirés du modèle. Une violation modérée de la normalité multivariée a été détectée (CR = 7,75 ; Yuan et al., 2005). Nous avons donc estimé le modèle avec un bootstrap de Bollen-Stine (1992) (200 échantillons). Sur la base de ces résultats, nous avons conclu que l’ajustement du modèle restait acceptable (p = 0,060) et interprété les poids de régression corrigés du biais ; toutes les trajectoires restaient significatives (p < 0,05).
Dans l’ensemble, le modèle actualisé conservait la distinction théorique entre fonctions et s’ajustait significativement mieux aux données (voir le tableau supplémentaire 1). Le facteur affectif était toutefois mieux décrit désormais comme une VFP fondée sur l’anxiété que comme une frustration interne au sens plus général. L’échelle finale et la structure factorielle utilisées dans la présente étude figurent dans la figure supplémentaire 1.
Nous avons mené une analyse en profils latents pour explorer l’existence de sous-groupes dans l’échantillon, à partir de la fonction et de la gravité de la VFP. Une comparaison des modèles à une, deux, trois et quatre classes figure dans le tableau supplémentaire 2. Bien que la solution à trois classes soit celle qui s’ajustait le mieux aux données, les modèles comportant des prédicteurs à distribution non normale (comme la gravité de la maltraitance et la VFP proactive dans la présente étude) tendent à mieux s’ajuster avec des solutions plus complexes (Morgan et al., 2016). En outre, au-delà d’une solution à deux profils, les effectifs des profils passaient sous le seuil minimal d’inclusion (les profils supplémentaires comptaient n < 25 ; Lubke et Neale, 2006). Tous les modèles produisaient une solution qualitativement semblable, caractérisée par une gravité croissante de la maltraitance, parallèlement à une VFP proactive et réactive croissante, ainsi qu’une précision acceptable de l’affectation aux classes (tous les modèles avaient une entropie supérieure à 0,80 ; Clark et Muthén, 2009). Nous avons donc retenu le modèle plus parcimonieux à deux profils (critère d’information d’Akaike = 1 906,21, critère d’information bayésien ajusté à la taille de l’échantillon = 1 926,21, entropie = 0,82).
Selon les résultats de la classification, 60 % des personnes participantes confrontées à la VFP relevaient du profil un (n = 118) et 40 % du profil deux (n = 77). Les statistiques descriptives de chaque variable contribuant aux deux profils sont présentées dans la figure 1. Le profil 1 (proactivité faible) se caractérisait par de faibles niveaux de maltraitance et une part comparativement plus faible d’agression proactive dans la VFP totale, par rapport au profil 2 (proactivité élevée), dans lequel la VFP proactive représentait une part considérable de la VFP totale (figure 1). Les dyades témoins (sans maltraitance) regroupaient les personnes participantes qui ne remplissaient pas les critères de maltraitance subie et n’ont donc pas été prises en compte dans l’analyse en profils latents. Certaines rapportaient encore une VFP verbale ou coercitive très rare (n = 24), d’autres aucune VFP.

Les données démographiques et les données relatives à la VFP pour chaque type de dyade sont présentées dans le tableau 1. Il n’y avait pas de différence significative entre les types quant à l’âge du ou de la jeune, F(2 ; 251) = 1,29, p = 0,276, ni quant au genre (χ2 = 0,16, p = 0,922). En revanche, les types à proactivité élevée et à proactivité faible comptaient tous deux une plus forte proportion de jeunes ayant reçu un diagnostic de trouble de santé mentale que les dyades sans maltraitance (χ2 = 27,89, p < 0,001).
Tableau 1 — Comparaison descriptive entre les profils latents et le groupe témoin
Note. Aucun test de significativité n’a été mené pour la forme ou la fonction de la VFP, ces variables ayant contribué au modèle en profils latents. TDAH = trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ; TSA = trouble du spectre de l’autisme ; VFP = violence filio-parentale ; Trauma = diagnostic de trouble de stress post-traumatique ou de trouble dissociatif. a Un percentile plus élevé indique un désavantage socio-économique plus grand par rapport à la population australienne. b Différence significative par paire entre les groupes sans maltraitance et à proactivité faible. c Différence significative par paire entre les groupes sans maltraitance et à proactivité élevée. d Différence significative par paire entre les groupes à proactivité faible et à proactivité élevée.
Nous avons mené une série d’analyses de variance pour explorer les différences entre les profils latents et le groupe témoin. Les valeurs aberrantes n’ont été retirées des modèles que lorsqu’elles étaient très influentes. Une correction de Welch a été appliquée, si nécessaire, pour corriger l’hétérogénéité des variances entre groupes. Les différences entre groupes les plus significatives ont été observées pour les traits de personnalité du ou de la jeune et l’impuissance de la figure parentale. Les résultats de toutes les comparaisons entre groupes sont présentés dans le tableau 2.
Tableau 2 — Différences entre les profils latents et le groupe témoin
Note. Les valeurs sont des moyennes (M) avec écarts-types (ET). a Différence significative par paire entre les groupes sans maltraitance et à proactivité faible. b Différence significative par paire entre les groupes sans maltraitance et à proactivité élevée. c Différence significative par paire entre les groupes à proactivité faible et à proactivité élevée. d Statistique de Welch.
La présente étude visait à examiner une typologie des dyades confrontées à une VFP maltraitante à partir de la fonction de la VFP, et à explorer les corrélats de ces types liés au parent, à l’enfant et à la dyade. Nous avons trouvé deux types de dyades, caractérisés principalement par des taux élevés ou faibles de VFP proactive. Dans les dyades à proactivité élevée, non seulement le taux de VFP proactive était nettement supérieur à celui des dyades à proactivité faible, mais ces dyades subissaient aussi nettement plus de violence ; la proportion au sein du groupe est donc plus parlante que les fréquences brutes. De fait, le type à proactivité élevée montrait un recours équilibré et plus fréquent aux trois fonctions que le type à proactivité faible (voir la figure 1). Le type à proactivité faible présentait moins de comportements de VFP et recourait beaucoup moins aux agressions proactives en proportion de l’ensemble des fonctions (la réponse moyenne aux items proactifs était « rarement »). La fonction de la VFP y était plutôt principalement affective et en partie réactive.
Les deux types de dyades rapportaient un recours aux trois fonctions à des degrés divers ; nous n’avons pas trouvé de type purement réactif (ou affectif). Toutes les dyades subissaient une maltraitance importante et continue, et non des incidents isolés d’agression mineure. Il se peut qu’un type purement réactif existe, mais seulement dans une population en deçà du seuil de maltraitance : les modèles de l’agression en général trouvent une agression purement réactive dans les groupes de moindre gravité (Brugman et al., 2017). Dans une analyse exploratoire, nous avons examiné cette possibilité avec les personnes participantes de notre échantillon qui rapportaient une VFP sans remplir les critères de maltraitance (n = 24). Ces dyades en deçà du seuil rapportaient une VFP principalement affective (M = 1,42) et une très faible fréquence de VFP réactive (M = 0,56) et proactive (M = 0,22). Au vu de ces tendances, il est plus probable que ce soit un type purement affectif, plutôt que purement réactif, qui puisse émerger ici. Une VFP purement réactive pourrait se rencontrer plutôt dans des cas extrêmes de maltraitance envers l’enfant, où la motivation du recours à la VFP est une réponse de survie (Ibabe, 2019 ; Loeber et Hay, 1997).
Nous avions fait l’hypothèse que les dyades confrontées à une VFP fortement proactive se caractériseraient par un parent en retrait et un ou une jeune en position de force. Nous avons trouvé des éléments en faveur de cette prédiction. D’abord, les figures parentales des dyades à proactivité élevée se décrivaient comme les plus impuissantes, les plus apeurées et les plus effrayantes, par comparaison avec celles des dyades sans maltraitance et des dyades à proactivité faible. Compte tenu du recours important du ou de la jeune à la VFP proactive, cela suggère qu’une forme d’inversion punitive des rôles s’est produite dans ces dyades. En cohérence avec une perspective d’inversion des rôles, nous avons aussi observé que les jeunes de ces dyades disposaient d’une autonomie significativement plus grande (c’est-à-dire d’une moindre surveillance) que dans les dyades à proactivité faible, et faisaient davantage l’objet d’une conjugalisation. En outre, les jeunes des dyades à proactivité élevée présentaient des caractéristiques de personnalité propices à la domination dans les relations interpersonnelles : des traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle et de narcissisme nettement plus marqués que leurs pairs, ce qui encouragerait la poursuite de l’intérêt personnel (créant les conditions d’une lutte de pouvoir) et fournirait aussi les moyens d’y parvenir par une coercition puissante.
Les dyades à proactivité élevée présentaient davantage de conjugalisation que les dyades à proactivité faible et sans maltraitance. Les dyades à proactivité faible ne différaient pas significativement des dyades sans maltraitance, ce qui indique que la conjugalisation pourrait être propre aux dyades à proactivité élevée. La littérature sur la conjugalisation hostile est rare (le concept est plus souvent mentionné qu’exploré) ; ce processus pourrait pourtant influer sur la VFP. D’abord, il peut élever le ou la jeune dans la hiérarchie du pouvoir au rang d’égal (Linde-Krieger et Yates, 2021). En cas de conjugalisation, le ou la jeune est, du point de vue du parent, comparable à un ou une partenaire adulte, et ses comportements sont perçus comme tels. Cela peut l’impliquer dans des conflits qui dépassent les frontières de la relation parent-enfant et qui débordent du sous-système conjugal ou post-conjugal (Kerig et al., 1993). Cela concorde avec les recherches antérieures sur la VFP qui relèvent des taux élevés de conflits de couple dans les familles confrontées à la VFP (Izaguirre et Calvete, 2017). À l’heure actuelle, l’explication dominante de l’impact des violences conjugales sur la VFP repose sur la théorie de l’apprentissage social, selon laquelle le ou la jeune peut être témoin des comportements violents du ou des parents et les reproduire (Tew et Nixon, 2010). Cette étude ajoute que cette explication n’est peut-être pas complète, et que les conflits de couple pourraient aussi influer sur la VFP dans les dyades à proactivité élevée à travers les représentations que la figure parentale se fait du ou de la jeune, confondues avec celles d’un ou d’une partenaire intime, et le traitement hostile semblable que cela peut entraîner.
Tout en manifestant un faible pouvoir et un retrait, les parents des dyades à proactivité élevée étaient loin de correspondre au prototype de la permissivité. Ces parents rapportaient des tentatives de discipline significativement plus fréquentes, et leur répertoire disciplinaire comportait davantage de techniques d’affirmation du pouvoir et moins de techniques inductives que celui des figures parentales non maltraitées. Leur intrusivité dépassait aussi celle des figures parentales sans maltraitance. Si leur vigilance à l’égard des mauvais comportements était également plus grande, ces transgressions étaient aussi plus souvent ignorées. Cela tient peut-être au fait que le ou la jeune se comportait fréquemment mal et que le parent était contraint de « choisir ses batailles » tout en restant sur le qui-vive, un mauvais comportement pouvant fournir l’occasion d’un conflit. Il se peut aussi que le parent attribue souvent beaucoup de pouvoir au ou à la jeune, ce qui favorise le retrait dans de nombreuses circonstances et la restauration du pouvoir dans d’autres (Steeger et Gondoli, 2013). Dans les deux cas, la dyade pourrait entrer dans un état d’attracteur permissif-hostile.
Plusieurs raisons peuvent rendre problématiques des tentatives de discipline fréquentes dans une dyade à proactivité élevée. Avant tout, les jeunes de ces dyades présentaient une forte irritabilité (d’après les scores à l’ARI) et avaient donc de fortes chances de répondre agressivement aux tentatives de contrôle, surtout coercitives, et d’entrer dans un état d’attracteur mutuellement hostile. Cela pourrait expliquer pourquoi ces jeunes manifestaient aussi davantage de VFP réactive. C’est aussi dans les dyades à proactivité élevée que le stress parental était le plus élevé de l’échantillon. Chez les parents sous stress, une discipline sévère s’accompagne d’un risque de VFP plus élevé qu’en l’absence de stress (Cano-Lozano et al., 2021b). Enfin, ces stratégies ont peu de chances de réussir, étant donné que les traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle sont associés à une insensibilité à la punition (Chen et al., 2021 ; Hawes et Dadds, 2005). Un tel processus peut entretenir l’impuissance dans le rôle parental et l’épuisement parental, facteur de risque de comportements violents et négligents (Hansotte et al., 2021), ajoutant un risque supplémentaire dans une dyade déjà mutuellement hostile. Cela n’a pas été mesuré explicitement dans la présente étude ; mais ce type de violence bidirectionnelle est fréquent dans les familles touchées par la VFP (Gallego et al., 2019) et pourrait raisonnablement découler des circonstances propres aux dyades à proactivité élevée.
Les taux de VFP affective (c’est-à-dire de VFP fondée sur l’anxiété) étaient importants dans les dyades à proactivité élevée. Dans la théorie des systèmes dynamiques (Granic et Patterson, 2006), l’anxiété et l’agression comorbides sont supposées liées à des basculements entre parentalité permissive et parentalité hostile, hypothèse qui n’a pas été testée depuis ; la présente étude apporte des éléments préliminaires en sa faveur. La composante effrayante des soins parentaux déconnectés dans les dyades à proactivité élevée pourrait générer une anxiété observable lors des interactions de VFP, intimement liée à la résolution de cette peur par le contrôle. Si tel est le cas, il serait logique que la VFP affective diminue à mesure que le ou la jeune gagne du contrôle dans la dyade. Peut-être que, la VFP proactive se développant à mesure que le contrôle s’établit dans la relation, l’anxiété qui alimente la VFP affective diminue. Dans cette étude, la VFP proactive était négativement corrélée à la VFP affective, et cette corrélation ne s’observait que dans les dyades à proactivité élevée (r = −0,29). Au niveau des variables, la VFP affective était plus fortement associée à une parentalité effrayante qu’à une parentalité apeurée, et moins fortement associée à l’impuissance de la figure parentale et au stress parental que la VFP proactive (tableau supplémentaire 1). Cela suggère que la VFP affective pourrait être plus présente plus tôt dans le processus d’inversion punitive des rôles, avant que la VFP proactive ne devienne très fréquente et que la gravité de la violence n’aggrave une parentalité impuissante et apeurée. Dans l’ensemble, dans les dyades à proactivité élevée, la VFP affective pourrait survenir comme un effet secondaire de l’établissement d’un contrôle sur une figure parentale effrayante et imprévisible, ce qui peut aussi être lié à des expériences traumatiques antérieures (Nowakowski-Sims et Rowe, 2017). La « fonction » de la VFP affective pourrait donc tenir au soulagement de l’anxiété, mais dans le contexte de motivations plus larges de contrôle et du développement de la VFP proactive.
Dans les dyades à proactivité élevée, les jeunes agressaient aussi leurs pairs et leur fratrie à des taux significativement plus élevés que dans les dyades à proactivité faible et sans maltraitance. Si cela concorde avec la caractérisation des généralistes (Navas-Martínez et Cano-Lozano, 2022), nous n’avons pas trouvé de type correspondant aux spécialistes. Il se peut que les spécialistes se situent en deçà du seuil de maltraitance (p. ex. sans violence physique et avec une agression verbale peu fréquente) ; la VFP affective est prédominante dans cette population et, au niveau des variables, elle n’était corrélée ni à l’agression envers la fratrie ni à l’agression envers les pairs.
Nous avions fait l’hypothèse que les dyades dans lesquelles le ou la jeune recourt moins ou pas du tout à la VFP proactive pourraient être celles où c’est le ou la jeune, plutôt que le parent, qui manifeste une perte de pouvoir. Les figures parentales des dyades à proactivité faible avaient davantage la situation en main, au point peut-être d’exercer un contrôle excessif. Comme dans les dyades à proactivité élevée, elles recouraient plus fréquemment que les figures parentales non maltraitées à des tentatives disciplinaires affirmées pour contrôler le ou la jeune, avec une intrusivité semblable. Ces figures parentales exerçaient toutefois une supervision plus efficace du ou de la jeune que dans le type à proactivité élevée : les jeunes de ces dyades étaient moins souvent sans surveillance et disposaient donc de moins d’autonomie. Ces figures parentales réagissaient aussi aux mauvais comportements à la même fréquence que les figures parentales non maltraitées. Dans l’ensemble, cela traduit une hiérarchie forte en faveur du parent, qui peut être maintenue par l’intrusivité et l’affirmation du pouvoir (Kerig, 2005). Malgré ce contrôle d’allure punitive, les figures parentales des dyades à proactivité faible faisaient preuve d’autant de chaleur et d’implication que les figures parentales non maltraitées et recouraient autant aux stratégies de discipline positive. Cela tient peut-être à un stress et à une impuissance moindres dans leur rôle de soin (par rapport aux dyades à proactivité élevée) ; sous l’effet du stress et du débordement (c’est-à-dire d’une perte de pouvoir), les parents tendent à privilégier une discipline sévère (Guajardo et al., 2009 ; Steeger et Gondoli, 2013). Dans l’ensemble, ces figures parentales semblaient avoir davantage la situation en main que celles des dyades à proactivité élevée et avoir donc probablement conservé une plus grande part de l’autorité inhérente à leur rôle.
Bien qu’elles manifestent plus de contrôle que dans le type à proactivité élevée, les actions intrusives et parfois fondées sur l’affirmation du pouvoir des figures parentales des dyades à proactivité faible offrent l’occasion d’une VFP réactive et de la formation d’un attracteur mutuellement hostile. Les jeunes des dyades à proactivité faible présentaient davantage de traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle, de narcissisme et d’irritabilité que dans les dyades sans maltraitance, mais dans une bien moindre mesure que dans les dyades à proactivité élevée. Ainsi, malgré une inadaptation bien moindre, il était peu probable que ces jeunes se retirent complètement face à une figure parentale plus inductive et plus chaleureuse, mais intrusive et recourant à l’affirmation du pouvoir. Le ou la jeune peut parfois tenter des contre-offensives pour reprendre le contrôle face au parent. Toutefois, vu la faible fréquence de la VFP proactive dans ces dyades, ces tentatives n’aboutissent peut-être pas, et le ou la jeune est peut-être rarement à l’initiative de ces interactions.
Bien qu’une VFP réactive ait été observée dans ces dyades, elle restait relativement peu fréquente par rapport à la VFP affective. En l’absence de VFP proactive concomitante, la VFP affective pourrait refléter l’aboutissement d’une tension qui s’accumule ; l’absence de VFP proactive suggère que les réponses agressives ne sont pas privilégiées. Une seconde hypothèse, non testée, de la théorie des systèmes dynamiques voulait qu’une anxiété prolongée, en temps réel, puisse réduire le contrôle cognitif et « déborder » en agression (Granic, 2014). Des comportements de contrôle comme l’intrusivité peuvent générer anxiété et irritabilité chez le ou la jeune (Kashdan et al., 2004 ; Silverman et al., 2021), ce qui peut surcharger ses capacités de régulation émotionnelle. Les comportements intrusifs peuvent aussi mener à l’anxiété en limitant le sentiment de contrôle du ou de la jeune (Nanda et al., 2012). Un travail qualitatif récent de Rutter (2021) rejoint cette conceptualisation en décrivant un processus de débordement chez le ou la jeune, dont la violence est involontaire, non dirigée et fondée sur l’anxiété.
Il convient de noter que les comportements déconnectés susceptibles de faciliter l’inversion des rôles n’étaient pas absents des dyades à proactivité faible. La parentalité impuissante, apeurée et effrayante y était significativement plus marquée que dans les dyades témoins, quoique dans une bien moindre mesure que dans les dyades à proactivité élevée. Ces dyades pourraient donc rester exposées au risque d’une inversion des rôles et de l’apprentissage d’une VFP importante. Mais ces comportements n’étaient que légèrement plus élevés dans les dyades à proactivité faible, si bien que le risque est probablement faible ; il pourrait exister une relation dose-effet entre comportements parentaux inadaptés et attachement désorganisé (Green et Goldwyn, 2002).
Plusieurs perturbations comptent pour la VFP (p. ex. le passage à l’adolescence). La présente étude offre une coupe transversale de ce qui constitue probablement des patterns d’interaction fluides et évolutifs entre le parent et le ou la jeune. La tranche d’âge des jeunes était large (5 à 24 ans), en accord avec les conceptualisations actuelles de la VFP, qui retiennent la relation comme qualité déterminante plutôt que des limites d’âge arbitraires (Pereira et al., 2017 ; Simmons et al., 2018). Mais la nature de la relation parent-enfant évolue avec le temps (p. ex. le pouvoir relatif du ou de la jeune et les attentes d’autonomie ; Stewart et Zaenglein-Senger, 1982 ; Youniss, 1982). Il se pourrait donc que les dyades à proactivité élevée soient saisies à deux moments d’un processus d’escalade de la VFP : l’un où le parent a appris l’impuissance, l’autre où le parent tente de reprendre le contrôle. Pour l’explorer, on pourrait suivre les dyades de façon longitudinale de l’enfance à l’adolescence, mais la population étant restreinte, cette approche exigerait des moyens importants. Les études futures pourraient plutôt considérer l’âge du ou de la jeune comme modérateur des facteurs de risque au sein des typologies.
Autre limite : la surreprésentation des figures parentales féminines et le recours au témoignage d’une seule figure parentale. Les figures parentales masculines sont particulièrement difficiles à recruter pour la recherche sur la famille. Harries et al. (2023) ont expliqué que les pères pourraient vivre une VFP à fonction principalement réactive plutôt que des agressions proactives visant le contrôle. Outre la méthodologie fondée sur le témoignage parental, la sous-représentation des figures parentales masculines a pu gonfler le niveau de VFP proactive rapporté dans la présente étude et réduire notre capacité à détecter l’agression réactive dans la population. Le fait de s’appuyer sur le témoignage de la figure parentale a probablement biaisé les informations sur les caractéristiques du ou de la jeune ; en raison de la détérioration de la relation, la figure parentale a pu surestimer les aspects négatifs de la personnalité et des comportements du ou de la jeune. Nous ne disposions que du point de vue d’une seule figure parentale par système familial. Dans les systèmes familiaux à deux parents, les parents peuvent assumer des rôles différents dans les soins (McKinney et Renk, 2007 ; Yaffe, 2020) et avoir des points de vue différents sur l’expérience de la VFP. Recouper les témoignages en recueillant des données auprès de plusieurs figures parentales d’un même système familial, ou auprès du ou de la jeune, aiderait à confirmer les résultats de la présente étude.
Enfin, nous n’avons pas recueilli de données sur l’origine raciale ou ethnique, qui peut jouer un rôle important dans le façonnement des normes, des valeurs et des comportements culturels au sein des familles. Il existe par exemple des différences culturelles dans la structure familiale et la parentalité attendues selon les pays et les cultures (Dunbar et Adams, 2017), qui peuvent influer sur le lien entre stratégie parentale et adaptation des jeunes. Le caractère culturellement normatif d’une pratique peut modérer le lien entre comportements parentaux et inadaptation des jeunes (Lansford et al., 2018), et les stratégies parentales idéales peuvent varier selon que la culture est individualiste ou collectiviste, hiérarchique ou égalitaire (Garcia et Gracia, 2009 ; Singelis et al., 1995).
La typologie de la VFP à proactivité élevée et faible est utile pour planifier l’intervention. Avant tout, elle fournit des arguments contre le recours à des interventions manualisées de la VFP fondées sur une approche « taille unique ». Bien qu’il existe un large éventail de considérations d’intervention propres aux dyades à proactivité élevée et faible, les recommandations suivantes mettent en avant des aspects qui pourraient être centraux dans le traitement et doivent être envisagées dans la complexité des systèmes familiaux et dyadiques. Par exemple, la violence au sein d’une relation s’accompagne d’une myriade de problèmes secondaires, dont la culpabilité, la honte, le traumatisme et la distance émotionnelle (Junco-Guerrero et al., 2021 ; Scharf et Goldner, 2018 ; Williams et al., 2017). Il faut aussi envisager un plan de sécurité et une gestion immédiate du comportement problématique.
Dans les dyades à proactivité élevée, la VFP pourrait être un moyen inapproprié de prendre le contrôle d’un environnement imprévisible et effrayant, caractéristique de l’attachement désorganisé (Moss et al., 2004). Nos principales recommandations d’intervention portent donc sur l’encouragement et le développement de la sensibilité dans les soins parentaux. Instaurer de l’organisation et de la constance dans la réactivité des soins pourrait être essentiel. Changer un environnement de soins parentaux déconnectés, d’attachement désorganisé et d’inversion des rôles paraît complexe, mais n’exige pas pour autant une intervention complexe. Si les interventions plus longues peuvent avoir de meilleurs résultats (Wright et al., 2017), ce sont les modules d’attachement plus simples qui semblent donner les meilleurs résultats (Bakermans-Kranenburg et al., 2003). Cibler la sensibilité parentale (comprendre les besoins du ou de la jeune et y répondre de manière appropriée ; Mesman et Emmen, 2016) produit les bénéfices les plus constants pour prévenir et réduire l’attachement désorganisé (Bakermans-Kranenburg et al., 2005 ; Wright et al., 2017). L’accroissement de la sensibilité vise à réduire les réponses parentales apeurées, effrayantes et impuissantes aux besoins du ou de la jeune et à interrompre les patterns de retrait parental (Yarger et al., 2020).
Bien que cette recommandation découle d’évaluations d’interventions parent-nourrisson ou parent-enfant, il existe des éléments montrant que les comportements parentaux liés à l’attachement désorganisé restent stables dans le temps et constituent une cible de traitement durable (Madigan et al., 2011). Une intervention très précoce pourrait néanmoins être idéale dans les dyades à proactivité élevée. L’âge moyen d’apparition de la VFP était bas dans cette étude : 7 à 8 ans dans les dyades à proactivité élevée. C’est probablement pourquoi une telle diversité d’âges est représentée dans l’échantillon, et cela met en évidence un résultat important : la VFP peut être repérée bien avant l’adolescence et constitue un risque pour la relation depuis les premiers stades du développement jusqu’à l’entrée dans l’âge adulte. La recherche future devrait en tenir compte et limiter la restriction des échantillons à l’adolescence, période où les facteurs étiologiques de l’émergence de la VFP peuvent être relativement lointains.
Le développement de compétences parentales sensibles vise à construire un attachement plus sain ; mais le ou la jeune présente là aussi des obstacles importants. Élever un ou une jeune qui présente des traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle et des traits narcissiques peut inévitablement tourner à la lutte de pouvoir, dans laquelle une figure parentale impuissante, stressée et déconnectée peut recourir à des stratégies disciplinaires d’affirmation du pouvoir pour conserver son pouvoir. Ces stratégies sont toutefois probablement inefficaces, puisque les jeunes présentant des traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle réagissent moins à ce type de discipline et répondent plutôt, principalement, à la récompense (Chen et al., 2021 ; Hawes et Dadds, 2005). Il y a là une occasion d’introduire des stratégies centrées sur l’attachement, comme la discipline sensible, composante essentielle des compétences parentales sensibles aux stades ultérieurs du développement (Juffer et al., 2017). La discipline sensible met l’accent sur le renforcement positif, l’empathie, la discipline inductive et la diversion (Juffer et al., 2017). Les implications, pour l’intervention sur la VFP, de traits élevés de dureté et d’insensibilité émotionnelle ont été passées en revue par Curtis et al. (2022) ; elles comprennent des efforts ciblés pour accroître la chaleur dans la dyade et encourager le recours aux récompenses. Il faut aussi noter que le moment de l’intervention est important pour les jeunes présentant ces traits. Les enfants plus jeunes ont un potentiel plus grand de réduction des traits de dureté et d’insensibilité émotionnelle (et, par conséquent, de l’agression grave) qu’à des stades plus tardifs du développement (Masi et al., 2013). Cela renforce la nécessité d’intervenir pendant l’enfance, en particulier avec les dyades à proactivité élevée.
La fonction de la VFP dans les dyades à proactivité faible était significativement moins diversifiée, la VFP affective y étant la plus présente. Ces dyades présentent aussi un risque moindre (c’est-à-dire que la VFP qu’elles connaissent était moins grave ou moins fréquente) et justifient donc une intervention plus légère (Bonta et Andrews, 2007). La VFP affective était étroitement liée à la réactivité affective, dont l’une des composantes est une humeur négative persistante (Stringaris et al., 2012). Il se peut que cela réduise la souplesse du ou de la jeune pour passer d’une émotion à une autre et entrave la capacité de la dyade à sortir des interactions coercitives (Granic, 2008 ; Granic et al., 2007), prolongeant l’hostilité. Travailler à accroître la capacité à sortir rapidement des attracteurs coercitifs pourrait permettre une réorganisation vers des états plus adaptatifs. Une intervention centrée sur la régulation et l’élaboration des états anxieux pourrait donc réduire la VFP dans les dyades à proactivité faible.
L’humeur négative, la frustration et l’irritabilité (c’est-à-dire la réactivité affective) du ou de la jeune peuvent aussi interagir avec l’intrusivité parentale pour accroître encore la probabilité d’une VFP réactive. L’intrusivité fait partie de la constellation des comportements parentaux perturbés pour lesquels un entraînement à la sensibilité parentale peut aussi être indiqué (Out et al., 2009 ; Yarger et al., 2016). Un entraînement à la sensibilité parentale propre à l’intrusivité peut porter sur l’individuation entre le parent et le ou la jeune et sur des stratégies de soutien à l’autonomie. L’intervention pourrait aussi chercher à aider les parents face aux déterminants des comportements intrusifs, comme une faible estime de soi et le perfectionnisme (Scharf et Goldner, 2018). Les figures parentales des dyades à proactivité faible n’étaient que légèrement plus intrusives que celles des dyades sans maltraitance. Si l’intrusivité a un effet causal sur la VFP, cela indique que de petits changements du comportement parental pourraient suffire. Cela concorde avec le risque moindre que présentent ces dyades et constitue un élément pronostique favorable.
La fonction de la VFP semble être un moyen valide de délimiter et d’inférer des types de dyades, du fait de son lien avec les dynamiques de pouvoir parent-enfant. La présente étude a identifié deux types distincts de dyades confrontées à la VFP : les dyades à proactivité élevée et les dyades à proactivité faible. Les jeunes qui recourent à une VFP comportant une composante proactive importante présentent des traits de personnalité qui leur confèrent du pouvoir dans la relation, et les figures parentales se montraient tour à tour en retrait et hostiles. À l’inverse, dans les dyades où la VFP est principalement affective, et rarement proactive et réactive, la figure parentale peut conserver pouvoir et contrôle par des moyens d’affirmation du pouvoir et d’intrusion. La recherche future devrait considérer la fonction de la VFP comme modérateur de la réponse à l’intervention et chercher à reproduire la typologie décrite dans cette étude sur des échantillons plus larges et plus diversifiés.
Complexe Systémique : à retenir
L’intérêt de l’étude est de regarder la violence filio-parentale non comme un bloc, mais à partir de sa fonction dans la relation. Deux configurations se dessinent. Dans la première, la hiérarchie s’est inversée : une figure parentale épuisée et apeurée, qui alterne retrait et tentatives de reprise en main, un ou une jeune qui domine, et souvent une conjugalisation où l’enfant hérite des conflits du couple. Dans la seconde, le parent garde la main, parfois de façon intrusive, et la violence ressemble davantage à un débordement d’anxiété. Pour la clinique systémique, la lecture est familière (frontières générationnelles, triangulation, boucles coercitives décrites comme des attracteurs) et elle invite à ajuster l’intervention plutôt qu’à appliquer un programme unique : restaurer une réponse parentale sensible et prévisible dans le premier cas, travailler la régulation de l’anxiété et l’intrusivité dans le second. Les limites sont nettes : un échantillon australien recruté en ligne, presque uniquement des mères, le seul point de vue du parent, une mesure transversale et une fidélité faible pour l’intrusivité. À lire avec l’article sur une compréhension écologique de la violence filio-parentale, et avec l’article sur la parentification.
Notes de l’original
Remerciements. Publication en libre accès permise par l’université Deakin, dans le cadre de l’accord entre Wiley et l’université Deakin, via le Council of Australian University Librarians.
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Traduction non officielle en français de Les violences filio-parentales ne se ressemblent pas toutes : une analyse centrée sur la personne à partir de la fonction de l’agression, par Travis Harries, Ashlee Curtis, David Skvarc, Michelle Benstead, Arlene Walker et Richelle Mayshak, Family Relations, vol. 73, no 3 (2024), doi : 10.1111/fare.12991, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Not all child‐to‐parent violence is the same: A person‐based analysis using the function of aggression », publié dans Family Relations (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
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Harries, T., Curtis, A., Skvarc, D., Benstead, M., Walker, A., et Mayshak, R. (2024). Les violences filio-parentales ne se ressemblent pas toutes : une analyse centrée sur la personne à partir de la fonction de l’agression (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/les-violences-filio-parentales-ne-se-ressemblent-pas-toutes (Œuvre originale publiée en 2024 dans Family Relations, 73(3), 1968-1988 (2024) ; republiée en 2024 par Family Relations, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/fare.12991)
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