Contemporary Family Therapy · Dialogue ouvert
« De quoi serait-il utile de parler aujourd’hui ? » En filmant dix séances de dialogue ouvert avec des jeunes et leur famille à Sydney, l’équipe montre ce que produit cette question ouverte : des silences, des regards, une famille qui doit décider à la fois du sujet et de qui prend la parole. Une perturbation peut-être utile, mais qui invite les thérapeutes à désigner plus activement qui commence.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Passer au vif de la séance dans les rencontres collaboratives-dialogiques : une analyse conversationnelle, par Ben Ong, Scott Barnes et Niels Buus, publié dans Contemporary Family Therapy (Springer) (2026), doi : 10.1007/s10591-026-09798-8, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les transcriptions des extraits 1 à 4, publiées en images dans l’original, sont retranscrites et traduites ligne à ligne, dans une notation conversationnelle simplifiée (pauses, chevauchements et regards conservés) ; la figure reste en anglais, avec une légende traduite ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les rencontres collaboratives-dialogiques pourraient donc se caractériser par l’exercice de formes particulières de pouvoir plutôt que par l’apparence de son absence.
Ben Ong, Scott Barnes et Niels Buus
Résumé
Les séances de psychothérapie comportent une transition entre la phase d’ouverture, faite de salutations et de bavardage, et le travail proprement dit. Nous examinons comment cette transition est gérée par les thérapeutes et les familles dans une approche collaborative-dialogique de la thérapie familiale. À l’aide de l’analyse conversationnelle, nous avons analysé les ouvertures de 10 rencontres d’un service public de santé mentale pour enfants et adolescents de l’ouest de Sydney, en Australie. Les thérapeutes introduisaient le travail de la séance par un tour de parole marqué par des pauses, des reprises, des autoréparations et une question de la forme « de quoi serait-il utile/important de parler ? ». En réponse, les familles ne s’en saisissaient pas immédiatement, car elles devaient négocier à la fois le sujet et la personne qui prendrait la parole. Les thérapeutes réagissaient en proposant des sujets que les familles pouvaient accepter ou refuser, ou en désignant du regard la personne suivante, l’incitant ainsi à parler. Si le fait de favoriser les discussions familiales sur le choix des sujets peut avoir une utilité thérapeutique, en transférant la responsabilité de la personne thérapeute vers la famille, une désignation plus active de la personne qui parle par les thérapeutes pourrait limiter les perturbations et permettre de passer plus rapidement aux sujets thérapeutiques.
Mots-clés : thérapie collaborative, dialogue ouvert, analyse conversationnelle, ouvertures de séance, thérapie familiale
Cette étude examine comment les thérapeutes passent de la phase d’ouverture des rencontres de thérapie familiale au travail proprement dit de la séance et aux sujets dont la famille souhaite discuter. Il s’agit d’un point de transition important, car il fait passer la famille d’un registre informel à un registre formel et laisse entendre la position de thérapeute dans la conduite de la séance ainsi que les attentes quant à la manière dont la famille doit interagir. Cette étude recourt à l’analyse conversationnelle (AC), une approche analytique qui examine des enregistrements d’interactions réelles. L’AC prête une attention particulière à la manière dont les gens utilisent des pratiques conversationnelles, le choix des mots, l’intonation et la prosodie, pour proposer, négocier, accepter des actions sociales ou y résister (Sacks et al., 1974 ; Sidnell & Stivers, 2013).
Les approches de thérapie familiale sont depuis longtemps façonnées par les critiques postmodernes du pouvoir et de l’autorité dans les conversations thérapeutiques (Flaskas, 2002). Par exemple, la cybernétique batesonienne rejetait la notion de pouvoir unilatéral, ce qu’ont critiqué des féministes travaillant dans le champ de la maltraitance des enfants et des violences conjugales (Flaskas & Humphreys, 1993), et le concept de neutralité a été critiqué parce qu’il adopte une position détachée qui dispense de prendre ses responsabilités sur des questions importantes (Cecchin, 1987). D’autres ont noté comment l’autorité de la personne thérapeute, malgré les meilleures intentions, peut « coloniser » la famille en promouvant et en normalisant certaines structures et certains rôles plutôt qu’en comprenant et en valorisant les compréhensions et les ressources propres à la famille (Rober & Seltzer, 2010). Plus récemment, les services de santé mentale sont de plus en plus façonnés par le modèle du rétablissement, qui donne la priorité à une plus grande implication des personnes usagères et de leurs réseaux de soutien dans des interactions collaboratives au sujet de leurs soins (Australian Health Ministers’ Advisory Council, 2013 ; Waters et al., 2021). Il en résulte un intérêt accru pour les pratiques collaboratives-dialogiques (Anderson & Gehart, 2023), en complément ou en alternative aux interventions traditionnelles de santé mentale et de thérapie familiale (Buus et al., 2021).
Les approches collaboratives-dialogiques de la thérapie familiale recouvrent un éventail potentiellement large de modèles thérapeutiques. L’une des plus connues est le dialogue ouvert (Open Dialogue), élaboré en Finlande au cours des années 1980 et centré au départ sur la psychose (Haarakangas et al., 2007). Le dialogue ouvert s’organise autour de principes : apporter une aide immédiate ; adopter la perspective du réseau social ; flexibilité, mobilité, continuité et responsabilité des équipes cliniques ; tolérance de l’incertitude ; et promotion de conversations dialogiques. L’approche suscite un intérêt international croissant et s’est dotée d’une base de recherche (Buus et al., 2017 ; Gromer, 2012 ; Pilling, 2018 ; Seikkula et al., 2003, 2006, 2011). Une autre approche apparentée, développée aux États-Unis, est l’approche collaborative-linguistique d’Anderson et Goolishian (1988). Elle met l’accent sur la dimension linguistique et interactive de la thérapie dans la construction mais aussi la « dis-solution » des problèmes (Anderson & Goolishian, 1988, p. 371), et a proposé l’idée de considérer « le client comme l’expert » et d’adopter, côté thérapeute, une posture curieuse de « non-savoir » (Anderson & Goolishian, 1992, p. 25). Si ce sont là deux des approches les plus connues, ces idées ont imprégné d’autres approches de thérapie familiale, ainsi que la pratique clinique individuelle de la thérapie familiale.
Une idée phare des approches collaboratives-dialogiques est que les thérapeutes favorisent des relations égalitaires avec les personnes suivies et les familles, et maximisent leur capacité d’agir au cours d’une rencontre en leur laissant le choix des sujets à aborder. L’un des moments où les thérapeutes favorisent cette capacité d’agir est le début de la séance, lors du passage des salutations au travail clinique proprement dit. Il est conseillé aux thérapeutes de commencer chaque rencontre par une question ouverte, puis de suivre la famille, afin que la personne suivie et sa famille puissent fixer l’ordre du jour clinique (Haarakangas et al., 2007 ; Ong & Buus, 2021 ; Seikkula, 2011). Par exemple : « Qui aimerait commencer ? », « Quelle serait la meilleure façon de commencer ? » ou « Comment aimeriez-vous utiliser cette rencontre ? » (Olson et al., 2014, p. 9-10 ; Seikkula & Trimble, 2005). On ne sait cependant pas dans quelle mesure ces recommandations sont suivies dans une conversation thérapeutique réelle, surtout lorsqu’il y a plusieurs destinataires, comme en thérapie familiale.
La recherche en analyse conversationnelle a montré que de nombreuses rencontres cliniques routinières entre personnes soignées et équipes de santé suivent une organisation structurelle normative (Robinson, 2013). Autrement dit, les séances cliniques comportent des phases prévisibles au cours desquelles des activités précises sont accomplies (par exemple l’anamnèse, le diagnostic, les décisions de traitement). Les transitions entre ces phases sont marquées par une asymétrie déontique (Ekström & Stevanovic, 2023 ; Stevanovic & Peräkylä, 2012) : c’est surtout la partie professionnelle qui prend la direction de la séance, en changeant de sujet et en initiant les transitions entre ses phases (Bercelli et al., 2008 ; Robinson, 1998). Dans des contextes comme la médecine générale ou les consultations de chirurgie, cette organisation structurelle d’ensemble comporte des phases d’ouverture et de salutations, d’établissement de la plainte ou du motif de la consultation, de recueil d’informations ou d’examen, d’annonce du diagnostic, de recommandations thérapeutiques et de clôture (Beach, 1995 ; Robinson, 1998, 2003 ; White & Stubbe, 2022).
Robinson (1998) montre que, dans la phase d’ouverture de leurs consultations, les médecins généralistes saluent les personnes venues consulter, mais que l’orientation de leur corps vers le dossier médical montre que le moment d’entendre le motif de consultation n’est pas encore venu. Le passage au travail proprement dit de la consultation implique donc non seulement une communication verbale, comme « alors, quel est le problème ? », mais aussi un déplacement du regard et de la posture, qui se détournent du dossier pour s’orienter vers la personne soignée.
La recherche en analyse conversationnelle sur les séances de psychothérapie s’est plutôt intéressée aux phases ultérieures de la séance qu’aux ouvertures ou aux transitions. Ces travaux suggèrent une structure en phases semblable, quoique moins rigidement définie, selon une structure répétitive : recueil d’informations et exploration des préoccupations de la personne par des séquences de questions et de réponses (Bercelli et al., 2008), formulations ou réinterprétations par la personne thérapeute de ce que la personne a dit (Antaki, 2008) ou propositions de changement de comportement (Ekberg & LeCouteur, 2014), suivies de réponses de la personne qui manifestent divers degrés d’accord avec les énoncés de la personne thérapeute (Bercelli et al., 2008 ; Ekberg & LeCouteur, 2015).
La recherche en analyse conversationnelle sur les séances de thérapie familiale s’est de même concentrée sur des moments très fins au sein de phases précises de la conversation thérapeutique, plutôt que sur les ouvertures. Elle a par exemple étudié la manière dont les thérapeutes gèrent les impasses (Couture, 2006 ; Couture & Strong, 2004 ; Muntigl & Horvath, 2016), manifestent de l’empathie (Schriver et al., 2022), ou encore la structure des conversations réfléchissantes (Schriver et al., 2019 ; Williams & Auburn, 2015). Deux études ont toutefois examiné précisément la manière dont les thérapeutes passaient des phases d’exploration et de formulation à une réflexion, partie formelle de la séance au cours de laquelle deux thérapeutes échangent leurs pensées et leurs ressentis sur les moments précédents de la séance, tandis que la famille est invitée à écouter et à observer. Parker et O’Reilly (2013) décrivent comment les thérapeutes prévenaient la famille de la réflexion à venir et, à l’approche de la transition, décourageaient de nouvelles contributions de la famille tout en essayant d’éviter des ruptures dans la relation. Ong et al. (2023) ont décrit comment, dans une thérapie familiale selon l’approche du dialogue ouvert, les thérapeutes atténuaient leur autorité en proposant la transition vers une réflexion : en demandant la permission, en justifiant la transition et en faisant précéder leurs propositions de « je me demande », indice d’une faible légitimité revendiquée (Curl & Drew, 2008).
Peu d’attention empirique a été portée à la manière dont les thérapeutes passent des ouvertures et des salutations au « travail clinique proprement dit » qui constituera l’objet principal de la rencontre (Beach, 1995, p. 260 ; Robinson, 1998 ; White & Stubbe, 2022). La question est particulièrement pertinente pour les approches collaboratives-dialogiques, car les équipes cliniques y font face à un dilemme potentiel : comment orienter la séance vers des sujets thérapeutiques tout en suivant la personne suivie et sa famille. À l’aide de l’analyse conversationnelle, cette étude vise donc à examiner comment les thérapeutes qui pratiquent une approche collaborative-dialogique de la thérapie familiale introduisent la transition entre l’ouverture et le travail de la séance, comment les personnes suivies réagissent à ces transitions, et ce que ces résultats peuvent apporter plus généralement aux approches collaboratives de la thérapie familiale.
L’étude s’est déroulée dans un service de santé mentale pour jeunes de l’ouest de Sydney, en Australie, et a été approuvée par le comité d’éthique du service de santé de la région. Les personnes participantes comprenaient 12 thérapeutes qui avaient suivi soit une formation de base intensive de 5 jours au dialogue ouvert (n = 10), soit une initiation au dialogue ouvert par l’intermédiaire de collègues (n = 2). Sept de ces thérapeutes suivaient en outre, à temps partiel, une formation avancée de deux à trois ans au dialogue ouvert. Il s’agissait de cliniciens et de cliniciennes de diverses formations professionnelles, notamment psychologie, psychiatrie, travail social et soins infirmiers en santé mentale. Leur niveau d’expérience allait du tout début de carrière à plus de 10 ans de pratique professionnelle.
Les thérapeutes qui ont accepté de participer ont proposé des jeunes et des familles de leur suivi qui, à leur avis, accepteraient peut-être de participer et en auraient la capacité, compte tenu de leur situation clinique actuelle, de leurs relations et du degré d’acuité des troubles. La personne qui signe en premier a ensuite pris contact avec ces jeunes et ces familles pour leur expliquer l’étude et solliciter leur consentement. Elle ne participait pas aux soins de ces jeunes ni de leur famille, et leur a assuré que la participation était volontaire et qu’une décision de ne pas participer n’aurait aucune incidence sur les soins reçus. Neuf familles, soit 36 jeunes et membres de la famille au total, ont accepté de participer. Les jeunes de l’étude avaient moins de 18 ans, et les membres de leur famille comprenaient des parents, des personnes titulaires de la tutelle et des frères et sœurs d’âges variés. Les jeunes présentaient divers diagnostics possibles, dont la dépression, l’anxiété, la psychose et, parfois, des automutilations et des tentatives de suicide. Lorsque toutes les personnes participantes avaient donné leur consentement éclairé écrit, une séance de thérapie familiale était enregistrée. Les séances ont été filmées par trois caméras réparties dans la salle de rencontre afin de saisir les multiples aspects de cette scène visuelle complexe, et des enregistreurs audio et des microphones ont été placés à proximité des personnes. Dix séances, totalisant 14 heures d’enregistrement, ont été recueillies pour l’analyse.
La composition des rencontres était variable. Au minimum, la personne suivie était présente avec au moins un parent. Dans les rencontres plus larges, elle pouvait être accompagnée de ses deux parents, de ses frères et sœurs et de personnes d’organismes extérieurs chargées de l’accompagner. Le nombre de thérapeutes variait aussi. Les petites équipes comprenaient au minimum deux thérapeutes qui animaient conjointement la séance et échangeaient leurs réflexions. Dans les équipes plus larges, un ou une thérapeute pouvait animer la conversation, avec une « équipe réfléchissante » distincte de deux à trois thérapeutes qui ne parlaient qu’au cours d’une conversation réfléchissante prévue à cet effet.
L’analyse a suivi les procédures de l’analyse conversationnelle (Sidnell & Stivers, 2013 ; ten Have, 2007). Elle a d’abord consisté en une transcription manuelle mot pour mot des échanges enregistrés, réalisée par la personne qui signe en premier, suivie d’un réexamen des enregistrements et des transcriptions à la recherche d’interactions intéressantes. Cette recherche a étudié divers aspects de la capacité d’agir et de l’autorité dans les rencontres de dialogue ouvert (Authors, 2021, 2022, 2024). Pour la présente étude, nous avons remarqué une construction de question semblable lorsque les thérapeutes commençaient la séance, sous la forme générale « de quoi serait-il utile/important de parler aujourd’hui ? ». Cette forme récurrente ayant piqué notre curiosité, nous avons orienté l’analyse vers le repérage des séquences contenant ces premières questions qui ouvraient le travail de la séance. Les séquences repérées ont été transcrites en détail selon les conventions de l’analyse conversationnelle, qui notent le choix des mots, l’intonation, la prosodie, les chevauchements avec d’autres personnes, les silences et les comportements non vocaux ; ces transcriptions ont été vérifiées par les autres signataires (voir l’annexe pour les conventions de transcription ; Hepburn & Bolden, 2017 ; Jefferson, 2004 ; Mondada, 2018). L’analyse examine ensuite chaque tour de parole ligne par ligne, en prêtant attention à sa construction lexicale et à sa réalisation prosodique, pour comprendre quelles fonctions il remplissait et comment on y a répondu (Perakyla et al., 2008). Ces séquences comprenaient le phénomène ciblé, la question des thérapeutes « de quoi serait-il utile/important de parler aujourd’hui ? », les tours qui précédaient cette question, pour comprendre le contexte dans lequel elle était posée, et les réponses qui suivaient, pour comprendre comment la question était reçue et comprise par la famille. L’AC cherche à analyser et à comprendre comment les pratiques conversationnelles sont utilisées par les personnes qui participent à une conversation. L’AC représente donc une approche émique, qui cherche à comprendre la construction du sens propre aux personnes elles-mêmes, et peut démontrer empiriquement comment des principes thérapeutiques théoriques sont effectivement mis en œuvre dans des séances de thérapie réelles (Peräkylä & Vehviläinen, 2003). La validation des résultats repose sur un processus de concertation entre signataires et sur la présentation d’extraits de données lors de séances collectives d’analyse avec d’autres équipes de recherche en AC. La validation est donc un processus récurrent d’observation des données, d’intuitions analytiques et de cohérence avec les principes et la recherche établis de l’AC (ten Have, 2007). Comme dans toute recherche en AC, les résultats analytiques sont ancrés dans les comportements observés de l’interaction elle-même, au moyen de la preuve par le tour suivant (Potter, 1996), plutôt que dans des théories externes de l’interaction ou du langage. La validation est donc démontrée par l’interaction elle-même : tout phénomène proposé est étayé par la manière dont les autres personnes présentes y réagissent dans le contexte séquentiel de l’interaction (pour plus de détails sur la preuve par le tour suivant et les procédures de validation, voir Potter, 1996).
Les personnes qui signent en premier et en troisième ont une expérience de la pratique et de la formation au dialogue ouvert, ainsi qu’une connaissance appliquée de l’AC. La personne qui signe en deuxième est spécialiste de l’AC et a apporté son expertise sur les procédures et la validation. Toutes les personnes signataires ont contribué à l’analyse et à l’interprétation des résultats présentés. Bien que notre expérience de l’approche du dialogue ouvert influence inévitablement notre analyse, nous avons voulu utiliser l’AC comme une lentille extérieure, pour apporter un éclairage différent sur la manière dont les pratiques thérapeutiques sont mises en œuvre. La discussion cherche à conjuguer ces différentes perspectives et à voir comment elles peuvent influencer la pratique.
La phase d’ouverture des séances comportait toute une série d’actions et d’activités : présentation des nouvelles personnes présentes à la rencontre, échanges sur les rôles de chaque personne dans l’organisation ou sur les relations au sein du réseau de soutien de la personne suivie, ou description du déroulement prévu de la séance. Si les personnes se connaissaient déjà, on pouvait aussi parler de ce qu’elles avaient fait depuis la dernière rencontre. Si ces échanges de « mise à jour » peuvent porter sur des sujets d’importance thérapeutique, il y a, à un certain moment de l’interaction, une transition marquée entre cette phase d’ouverture et le travail proprement dit de la séance.
Dans ces données, le travail de la séance était introduit par une question d’ouverture de l’un ou l’autre des thérapeutes dans huit des 10 séances ; dans une autre séance, il a été amené par un membre de la famille sans question d’un thérapeute, et dans une séance, il n’a pas été abordé du tout. Ce dernier exemple a été analysé comme un cas déviant, car l’absence de la première question à visée clinique s’expliquait par le refus de la jeune personne suivie de participer à la séance, refus que les thérapeutes ont alors dû traiter.
Lorsque les thérapeutes introduisaient le travail de la séance, nous avons observé une séquence et une structure de tour semblables dans les huit séances (voir fig. 1). Cette séquence commence après la clôture du sujet précédent, qui peut comprendre des salutations, du bavardage ou des échanges sociaux, et/ou une description du déroulement de la rencontre, suivie d’un silence dans la conversation. Le tour de la personne thérapeute commence par un marqueur (par exemple « bon », « d’accord », « bien ») qui signale la clôture du sujet précédent et/ou une transition imminente dans la conversation (Bolden, 2009 ; Mondada & Sorjonen, 2021 ; Schegloff & Sacks, 1973). Vient ensuite une question ou un énoncé orienté vers le travail de la séance, marqué par des pauses (courts moments de silence), des reprises de certaines parties du tour et des autoréparations auto-initiées (autocorrections), décrites comme des caractéristiques de construction non préférées du tour, car elles nuancent ou atténuent l’action initiée par la personne thérapeute (Pillet-Shore, 2017). Les tours des thérapeutes s’adressent à la famille dans son ensemble et prennent en général la forme « de quoi serait-il utile/important de parler ? ». Cette construction du tour rend pertinentes deux tâches pour la famille : choisir la personne qui parlera ensuite et proposer un sujet de discussion. Ce tour est suivi d’un silence et d’une absence de reprise directe, tandis que les membres de la famille négocient qui parlera en premier. Pendant ce silence, la personne thérapeute peut apporter des précisions supplémentaires ou des domaines possibles parmi lesquels la famille pourrait choisir, ou désigner la personne suivante, généralement du regard. Après une certaine négociation au sein de la famille, un de ses membres fait alors avancer la conversation en développant un sujet choisi.

L’extrait 1 illustre cette forme générale, avec les phases décrites ci-dessus. Des lignes 1 à 4, Thérapeute 2 termine la description de la conversation réfléchissante qui aura lieu plus tard dans la séance, lorsque la famille écoutera en silence les thérapeutes parler de leurs observations (Ong et al., 2022 ; Schriver et al., 2019). Il termine ce tour en justifiant la conversation réfléchissante : en écoutant sans avoir à penser à une réponse, la famille peut « entendre les choses autrement ».
Transcription (traduction)
1 TH2 et je suppose que l’idée, c’est que si (1,1)
2 si on écoute sans avoir à penser
3 à ce qu’on va dire ensuite (0,5) on peut entendre
4 les choses °autrement°
5 (0,4)
6 TH1 hm
7 (4,0)
8 TH1 a → bien. (0,4) ↑alors (3,7)
9 b → je me demande quelle serait une bonne (0,7)
10 utilisation de cette heure (0,4)
11 qu’est-ce que [vous], vous pensez (0,6)
12 TH2 [mm.]
13 TH1 qu’on devrait (.) aborder
14 c → (0,2)+(0,3)+(1,4)
+.....+MOT regarde CLT
15 TH1 d → qui (.) vous serait utile
16 MOT m[m]
17 TH1 [en tant que] famille ?
18 (0,3)
19 TH1 là où vous en êtes.
20 (0,9)
21 MOT e → .mtk tu veux leur parler du
22 dernier incident qu’on a eu ?
23 (1,6)
24 CLT .mtk (0,5) ouais
TH1 : Thérapeute 1 ; TH2 : Thérapeute 2 ; MOT : Mère ; CLT : Cliente
Après un silence de 4 s (ligne 7), Thérapeute 1 amorce la transition vers le travail de la séance par un « alors » qui marque un changement (ligne 8). Vient ensuite, ligne 9, un énoncé préparatoire, « je me demande quelle serait une bonne utilisation de cette heure », puis une question adressée à la famille : « de quoi pensez-vous qu’on devrait parler ? ». Ce tour comporte plusieurs silences et allongements de sons et peut aussi être interprété comme une forme d’hésitation (Couture, 2006). Il ne précise ni un domaine de sujets ni une personne destinataire. Il revient donc à la famille de régler ces questions, par l’auto-sélection d’une personne ou par une forme de négociation (Sacks et al., 1974). Ligne 14, il y a un long silence pendant lequel la Mère regarde sa fille, la Cliente, sans réponse verbale de l’une ni de l’autre. Ligne 15, Thérapeute 1 resserre le sujet en ajoutant un incrément qui précise « quelque chose qui vous soit utile en tant que famille, où que vous en soyez », ce qui suggère que l’absence de réponse de la famille est attribuée à un problème de sujet plutôt que de choix de la personne qui parle. Il y a un nouveau silence sans réponse verbale de la famille, ligne 20, avant que la Mère ne propose à la Cliente de parler d’un incident récent, ce que la Cliente accepte. À chaque point possible d’achèvement du tour, la famille garde le silence. Thérapeute 1 ajoute alors un élément supplémentaire auquel la famille peut répondre. Cet ajout sert aussi à compléter à nouveau le tour de Thérapeute 1 et rend ainsi pertinente la prise de parole de la famille, sans pointer directement son absence de réponse. En outre, Thérapeute 1 introduit la transition vers le travail de la séance par une question ouverte qui souligne que le sujet doit être quelque chose d’utile pour la famille, sans doute par opposition à ce qui est utile aux thérapeutes. Cela est cohérent avec une approche collaborative-dialogique dans laquelle c’est à la famille de déterminer les sujets de conversation. Viennent ensuite des moments de silence, une perturbation de la progressivité de la conversation (Stivers & Robinson, 2006), pendant lesquels la Mère regarde la Cliente avant de prendre d’elle-même la parole et de proposer un sujet de discussion. Dans ce contexte, la progressivité peut prendre diverses formes, comme la réalisation d’un tour de parole et l’avancée vers les actions suivantes pertinentes, par exemple une question d’ouverture de la personne thérapeute qui reçoit une réponse ajustée. Dans les deux cas, la progressivité fait avancer ces unités interactionnelles, les tours, les séquences et la conversation dans son ensemble vers un achèvement projetable (Authors, en cours d’évaluation ; Stivers & Robinson, 2006).
L’extrait 2 montre la même structure du tour de la personne thérapeute, y compris l’ajout, en fin de tour, de précisions qui suggèrent les qualités des sujets dont la famille pourrait choisir de parler. En outre, après le silence et l’absence de reprise par la famille, la thérapeute désigne du regard la Sœur comme prochaine personne à parler. Juste avant cet extrait, chaque personne s’est présentée et a parlé de ses loisirs. L’extrait commence lorsque la membre de l’équipe réfléchissante 2 (une thérapeute supplémentaire) clôt ce sujet en disant qu’elle aime lire après le travail. Ligne 5, la Thérapeute qui anime la séance commence son tour, orienté vers le travail de la séance.
Transcription (traduction)
1 RF2 .hh et euh (.) j’aime lire après le travail.
2 (1,9)
3 THP °↑d’↓accord°
4 (0,6)
5 THP a → .mtk .hh (0,5) ↑alors ce qu’on pourrait ↓faire
6 c’est juste (0,3) ouvrir la discussion ?
7 (0,2)
8 MOT °hm°
9 (0,2)
10 THP b → euh (.) alors on va commencer simplement par lancer
11 THP (0,4) (.) euh la question de
12 (.) tu sais, ce qui serait utile
13 d’aborder ce soir. (.) .hh
14 (0,3)
15 THP euh, qu’est-ce que… ça pourrait être n’importe quoi
16 c → (0,3)
17 THP d → .hh (0,2) euh mais qu’est-ce qui serait en quelque sorte (0,2)
18 ce qui serait important d’aborder ou
19 ce qui vous vient à l’esprit comme quelque chose que vous-
20 (.) que vous trouveriez .h (0,4)
21 qui vaudrait+ la peine (.) de euh
thp +regard vers SIS----->
22 (0,8)†(0,6)
thp ------------------>
clt e → †regard vers SIS->
23 THP en famille
thp regard vers SIS->
clt regard vers SIS->
24 (1,1)
thp regard vers SIS->
clt regard vers SIS->
25 SIS e → °ah°
26 (0,2)
27 THP de soule‡ver
sis ‡regard vers clt/mot----->
28 (1,1)
sis ----->
29 SIS d’accord
30 MOT e → c’est t[oi] qui as fait [le premier br]uit [vas-y ha] heh ?
31 SIS [moi ?] [heh .huh] [A HUH HEY]
32 (0,3)
33 SIS euh je pense (0,3) plus de structure ?
RF2 : membre de l’équipe réfléchissante 2 ; THP : Thérapeute ; MOT : Mère ; CLT : Cliente ; SIS : Sœur
Ligne 3, le « d’accord » de la Thérapeute marque la réception des propos précédents et la clôture de cette phase de l’interaction. Après un silence, ligne 4, la Thérapeute prend d’elle-même la parole et commence son tour par un claquement de lèvres et une inspiration. Viennent ensuite un silence et un marquage plus explicite d’un changement dans la séance : « alors ce qu’on pourrait faire, c’est simplement ouvrir » (lignes 5-6). La préface « alors » signale « l’émergence hors de l’état latent » d’un ordre du jour en attente, qui est manifestement le travail de la rencontre (Bolden, 2009, p. 988). Si ce tour est grammaticalement et prosodiquement complet, on ne voit pas clairement, sur le plan pragmatique, quelle action « ouvrir » rend pertinente pour les destinataires. C’est ce que montrent le silence de la ligne 7 et le faible « hm » de la Mère, ligne 8, qui renonce à prendre la parole, suivi d’un nouveau silence, ligne 9. Faute de reprise, la Thérapeute poursuit, ligne 10, par un énoncé plus précis orienté vers le travail de la séance : « lancer la question de ce qu’il serait utile d’aborder ce soir ». Comme dans l’extrait 1, ce tour présente des caractéristiques de construction non préférées et se signale par un manque de progressivité au sein de ses unités de construction et du tour dans son ensemble (Schegloff, 2013).
Le tour de la Thérapeute est peut-être achevé ligne 13, bien qu’une inspiration puisse annoncer une suite. Il y a un silence aux lignes 14 et 16, pendant lequel les membres de la famille renoncent à l’occasion de parler ; la Thérapeute prend alors d’elle-même la parole et poursuit par d’autres tours qui précisent des domaines possibles dont la famille pourrait parler au-delà de l’« utile », comme « n’importe quoi » d’« important » ou qui « vaille la peine », mais aussi pertinent pour les membres « en tant que famille » (lignes 15-21). Le fait que la Thérapeute propose différents domaines de discussion suggère qu’elle traite, au moins au départ, l’absence de réponse de la famille comme un problème de sujet plutôt que de choix de la personne qui parlera ensuite. Là encore, des silences offrent de multiples occasions aux membres de la famille de prendre spontanément la parole, mais la famille ne s’en saisit pas et rien n’indique qu’une personne se prépare à parler. Vers la fin de son tour, le regard de la Thérapeute, qui balayait les membres de la famille, se fixe sur la Sœur à la ligne 21 et ne s’en détourne qu’après le début du tour de la Sœur, ligne 25. Ainsi, si le contenu du tour initial de la Thérapeute et son regard ne désignent ni personne destinataire ni prochaine personne à parler, faute de reprise, le regard de la Thérapeute finit par se poser sur la Sœur, la désignant ainsi de manière non verbale comme destinataire. À partir de la ligne 22, la Cliente dirige elle aussi son regard vers sa Sœur, la désignant implicitement comme prochaine personne à parler, tandis que le regard de la Mère reste ambigu à ce moment-là. Après un temps, c’est bien la Sœur qui parle ensuite et, après une certaine négociation avec la famille, elle se lance dans un sujet de discussion (ligne 33).
Ces deux premiers extraits montrent des caractéristiques communes de la façon dont une personne thérapeute pratiquant l’approche collaborative-dialogique construit le tour qui fait la transition vers le travail de la séance. Après la clôture de la séquence précédente, un marqueur ou une préface de tour signale un changement de sujet ; vient ensuite un tour aux caractéristiques non préférées, qui demande à la famille de proposer un sujet « important » ou « utile » à discuter. Ce tour ne désigne clairement ni un sujet ni la personne qui parlera ensuite, et il est donc suivi d’une perturbation de la progressivité de l’interaction. Peuvent alors venir des ajouts au tour, qui précisent des domaines généraux de commentaires et, dans l’extrait 2, le regard de la thérapeute, qui indique la personne attendue pour la suite, ce que la famille confirme après une certaine négociation.
Dans deux séances de ce corpus, ce ne sont pas les thérapeutes qui introduisent le travail de la séance. Dans l’une, il est amené par un membre de la famille ; dans l’autre, il n’est pas introduit du tout, car les thérapeutes doivent plutôt gérer une question plus immédiate, la participation de la jeune personne suivie. Dans l’extrait 3, c’est la Mère qui amène le travail de la séance, que Thérapeute 1 accepte au moyen d’une construction de tour semblable à celle décrite plus haut. Juste avant l’extrait 3, la Mère a expliqué qu’un nouvel arrangement prévoit que la Cliente vivra une semaine avec la Mère et la Sœur, et une semaine avec le père, absent de la séance (données non présentées). Ligne 1, la Mère résume qu’il y a beaucoup à digérer et à régler du fait de ce nouvel arrangement de résidence.
Transcription (traduction)
1 MOT (.) euh alors on- il y a beaucoup de choses à (0,4)
2 digérer et à régler et tout ça
3 → .HH (.) en fait ça fait quelques années que je demande que
4 ça se fasse[
5 TH1 [mm=
6 MOT =.hh (.) euh (0,4) avec ces deux-là parce que (.)
7 leur relation, alors qu’elles peuvent être (0,6)
((9 lignes omises))
17 MOT alors euh (0,4) ouais on a besoin de (0,6)
18 travailler [sur] .hh et explorer (0,3)
19 TH1 [mm]
20 MOT la façon dont elles s’entendent
21 surtout si on va (0,3)
22 partager (0,9) un logement
23 (0,7)
24 SIS °h[m°
25 TH2 [°d’accord°
26 (0,5)
27 TH2 b → donc c’est la chose la plus importante
28 à aborder aujourd’hui
29 SIS c’est, ouais (c’est) (0,4) une partie de (0,3)
30 la raison principale pour laquelle on (.)
31 veut vraiment faire ça parce que (.)
((9 lignes omises))
41 (0,6)
42 TH2 b → alors qui voudrait commencer.
43 c → (1,0)
44 TH2 d → pour ce qui est de (.) .h (0,3)
45 parler un peu de
46 (2,2) tu sais, votre relation (0,2) et
47 (.) de ce qui se passe, selon vous ?
48 (0,5) quel genre de .hh (0,3) euh (0,7)
49 pourquoi parfois vous pouvez (1,5)
50 [rester assises] comme ça=
51 SIS e → +[tu veux]
+((regard vers CLT ----->
52 TH2 =[et être plutôt amies, et à d’autres moments=
53 SIS e → [tu veux que je commence ?]
54 TH2 =[c’est-]
MOT : Mère ; CLT : Cliente ; SIS : Sœur ; TH1 : Thérapeute 1 ; TH2 : Thérapeute 2
Après avoir terminé son tour précédent, la Mère amène le travail de la séance en indiquant qu’elle demande cette rencontre depuis plusieurs années (ligne 3). Ligne 5, Thérapeute 1 en accuse réception, et la Mère poursuit en décrivant l’instabilité de la relation entre les sœurs (données non présentées). Elle termine ensuite son tour en soulignant combien il importe de trouver comment elles peuvent s’entendre, puisqu’elles vont partager le même logement. La Mère introduit donc le travail de la séance en proposant un sujet, sans y avoir été invitée par les thérapeutes.
Ligne 25, Thérapeute 1 accuse réception par un « d’accord » à mi-voix, puis, ligne 27, pose une question qui vérifie que c’est bien la chose la plus importante à aborder aujourd’hui. Cette question de confirmation reprend une structure et un choix de mots semblables à ceux par lesquels les thérapeutes introduisent le travail de la séance, présentés à la figure 1 et dans les extraits 1 et 2. Le tour de Thérapeute 1 commence par une préface « alors », qui marque un changement, puis par l’énoncé « c’est la chose la plus importante à aborder aujourd’hui ». Ce tour est là encore lexicalement semblable, puisqu’il porte sur ce qu’il est « important » d’aborder, et s’accompagne d’une intonation légèrement montante qui appelle une réponse. Ce tour reçoit la confirmation de la Sœur, ligne 29, qui insiste sur l’importance du problème, mais sans en développer le contenu (données non présentées). À partir de là, la conversation se déroule de manière semblable à la structure de la figure 1, Thérapeute 1 réaffirmant l’autorité déontique de diriger la séance. Après un silence, ligne 41, Thérapeute 1 demande : « alors, qui aimerait commencer ? ». En commençant par « alors », Thérapeute 1 indique l’amorce du passage au travail de la séance. Si, dans cet exemple, le sujet de la conversation a été établi, Thérapeute 1 ne désigne toujours pas la personne qui parlera ensuite. Cette question est de nouveau renvoyée à la famille, et la progressivité de la séquence est perturbée par un long silence de la famille, ligne 43. Thérapeute 1 propose alors des domaines possibles de discussion, à savoir la relation, ce que les sœurs pensent qu’il se passe et la façon dont la relation peut parfois être amicale, mais sans désigner qui doit parler. Une courte séquence permet aux sœurs de convenir de celle qui parlera en premier (lignes 52-56), avant que la Sœur ne décrive le problème en détail (données non présentées).
Cet exemple contraste avec les deux premiers, car la Mère introduit le travail de la séance sans y avoir été incitée par les thérapeutes. En réponse, Thérapeute 1 utilise une forme semblable à celle décrite à la figure 1 pour introduire le travail de la séance. En demandant « qui aimerait commencer ? », Thérapeute 1 rétablit l’initiative déontique dans la séance, ce qui revient à ratifier, ou à accepter, la proposition de la Mère de passer au travail de la séance. Cette construction du tour entraîne une perturbation de la progressivité car, bien que le sujet soit établi, Thérapeute 1 n’a pas désigné la personne qui parlera ensuite, si bien que la famille doit négocier qui prendra la parole. On voit donc ici comment le schéma normatif d’ouverture du travail de la séance est maintenu et validé : bien que la Mère ait de sa propre initiative élaboré la substance du premier sujet, Thérapeute 1 établit encore formellement et explicitement le sujet de la séance et la transition vers la personne qui parlera en premier.
Dans l’extrait 4, il n’y a pas de transition explicite vers le travail de la séance, ni de la part des thérapeutes ni de la part de la famille. La conversation se porte plutôt sur la question plus immédiate du souhait de la Cliente de quitter la rencontre, qui devient de fait l’objet de la séance. Avant l’extrait, la Cliente a dit qu’elle avait la nausée et qu’elle aimerait aller dans sa chambre regarder la télévision. La Mère a refusé parce que la séance de thérapie allait commencer (données non présentées). L’extrait commence à la fin de la phase d’ouverture, lorsque Thérapeute 2 demande à la Cliente ce que cela lui fait que les thérapeutes soient « de retour ici » (c’est-à-dire au domicile de la Cliente) pour la rencontre. Il y a une courte séquence de post-expansion avant que le sujet ne soit clos. Après un silence, ligne 10, Thérapeute 2 commence ce qui semble être une orientation vers la première question par « je me demande » (ligne 11).
Transcription (traduction)
1 TH2 je fais juste le point, qu’est-ce que ça fait
2 d’être de retour ici.
3 (2,0)
4 CLT °je sais pas°
5 TH2 pas sûre
6 (0,8)
7 CLT °°(je suis pas)°° (0,4) si (0,4) futée
8 (1,3)
9 TH2 ↑°°mm hm°°
10 (2,2)
11 TH2 a/b ? → je me demande (0,9)
12 CLT #s’il te plaît# .h (0,2) (maman)
13 ( ) il faut que je regarde mon émission de télé
14 qui me fait du bien
15 (0,2)
16 MOT non, on est (.) on est en train de faire ça
TH2 : Thérapeute 2 ; CLT : Cliente ; MOT : Mère
On ne sait pas si le « je me demande » de Thérapeute 2, ligne 11, ouvre le travail de la séance. Il présente toutefois plusieurs caractéristiques des exemples précédents : il suit la clôture du sujet de la phase d’ouverture, un long silence précède le tour, le tour est préfacé par « je me demande », qui marque peut-être une transition dans la conversation, et une pause suit ce début de tour, conformément à la construction du tour dans les autres extraits. Thérapeute 2 ne poursuit cependant pas son tour, car la Cliente prend d’elle-même la parole pour demander à la Mère si elle peut aller dans sa chambre regarder son émission de télévision, ce qui atténuerait sa nausée (lignes 12-14). La conversation se poursuit ensuite sur la nausée de la Cliente et son refus de faire la séance (données non présentées). Dans cet extrait, le silence ménagé dans la construction du tour de Thérapeute 2 offre à la Cliente l’occasion de prendre d’elle-même la parole et d’éloigner la conversation du travail de la séance. En outre, l’activité de transition vers le travail de la séance perd toute pertinence, car la nausée de la Cliente et son souhait de quitter la séance deviennent la préoccupation principale que les thérapeutes doivent traiter, faute de quoi la séance ne peut pas se poursuivre. La conversation de cette séance porte donc ensuite sur l’engagement de la Cliente dans la séance et sur une discussion à ce sujet avec la Mère. Le tour de la personne thérapeute qui ouvre le travail de la séance en sollicitant une personne et un sujet ne peut donc avoir lieu sans un accord au moins implicite de toutes les parties pour participer à une telle discussion. Si la présomption de participation vaut pour toute forme de conversation, elle prend un relief particulier lorsqu’une personne suivie se retire de la position de destinataire, puisque la psychothérapie repose sur l’idée de s’engager avec les préoccupations de la personne.
Dans ce corpus, nous mettons en évidence une orientation vers une structure normative pour introduire le travail d’une séance de dialogue ouvert et y faire la transition. Les thérapeutes clôturent la phase d’ouverture de la séance par une préface ou un marqueur de changement, et introduisent le travail de la séance par un tour interrogatif, marqué par des silences et des reprises, qui demande à la famille de proposer un sujet de discussion. Suit un silence de la famille, pendant lequel la prise de parole se négocie. Les thérapeutes peuvent alors proposer des sujets de discussion larges, centrés sur ce qui est « utile » ou « important » pour la famille, et/ou désigner implicitement une personne du regard. Après une nouvelle négociation, une personne est désignée ou se désigne elle-même et propose un sujet, ce qui permet à la séance de se poursuivre. Nous avons aussi relevé certaines variations contingentes, lorsqu’un membre de la famille amorçait la transition vers le travail de la séance. En réponse, la partie thérapeutique retrouvait l’autorité déontique en acceptant la proposition de passer au travail de la séance et en confiant à la famille la tâche de déterminer qui parlerait ensuite. Une autre variation contingente a été observée lorsque l’équipe s’apprêtait à passer au travail de la séance, mais a dû plutôt faire face au retrait de la jeune personne suivie. Ces variations contingentes apportent des éléments complémentaires qui valident le schéma normatif d’introduction du travail de la séance. Dans cette discussion, nous examinons comment ce schéma observé peut se rattacher à des principes théoriques des approches collaboratives-dialogiques, comme le fait de favoriser le choix de la famille, comment la perturbation de la progressivité affecte la conversation, et quelles en sont les implications pour les pratiques collaboratives-dialogiques.
La théorie collaborative-dialogique recommande aux thérapeutes de « suivre » la famille en la laissant déterminer les sujets et la direction de la conversation (Ong & Buus, 2021, p. 250), la tâche de la personne thérapeute étant de favoriser des interactions dialogiques autour de ces sujets en tant qu’« architecte du processus dialogique » (Anderson & Goolishian, 1992, p. 27). Les résultats de cette étude concordent avec cette orientation théorique. Les thérapeutes introduisaient la transition vers le travail de la séance, mais laissaient à la famille la décision quant au sujet et à la personne qui parlerait. Les thérapeutes ne précisent le domaine des sujets qu’en termes généraux, comme des sujets « importants », « utiles » ou qui « valent la peine » pour la famille et ses relations. Cela favorise le choix d’un sujet pertinent sur le plan institutionnel tout en laissant de la souplesse à la famille dans ce choix. C’est cohérent avec la théorie et la recherche interactionnelle antérieures sur les dialogues thérapeutiques collaboratifs, dans lesquels les thérapeutes dirigent la structure de la séance, quoique de manière atténuée, tout en s’en remettant à la famille pour ce qui relève du savoir (Guilfoyle, 2003, 2006 ; Ong et al., 2023).
L’objectif apparent des thérapeutes, favoriser le choix de la famille en évitant de désigner un sujet et une personne, entraîne une période de négociation entre les membres de la famille sur qui répondra en premier. Notre analyse suggère que les thérapeutes sont sensibles à cette absence de reprise immédiate par les personnes suivies et leurs familles, comme le montrent leurs reprises de parole après un silence, pour proposer des domaines possibles de conversation et, parfois, désigner de manière non verbale, par le regard, la personne qui parlera ensuite. La réserve des thérapeutes (au moins au départ) à désigner un sujet ou une personne semble produire régulièrement une telle perturbation. Cela peut simplement refléter les propriétés de l’interaction à plusieurs, dans laquelle le choix de la personne qui parle ensuite exige d’autres formes de coordination que dans l’interaction à deux. Plusieurs questions d’ordre professionnel se posent toutefois quant aux conséquences de cette façon de commencer la séance.
Les gens sont extraordinairement sensibles à la portée communicative des silences, et les silences entre les tours sont un phénomène « marqué » dans toutes les langues et toutes les cultures (Stivers et al., 2009). En produisant des silences prolongés au début de la séance, les thérapeutes risquent de réveiller ces orientations normatives et de créer des difficultés d’engagement, en particulier si la famille souhaite que la personne thérapeute prenne activement la direction de la séance. Plus prosaïquement, il peut aussi sembler qu’on perd du temps si la famille se lance dans de longues négociations qui retardent la discussion de sujets importants, alors que le temps et la disponibilité des thérapeutes sont limités. D’un autre côté, et conformément aux principes théoriques du dialogue ouvert, la perturbation de la progressivité peut être souhaitable et signaler d’emblée que ce contact avec le système de soins sera différent des autres. Dans d’autres contextes de soins, par exemple, les thérapeutes assument une plus grande responsabilité dans les rencontres, au moyen de séquences de questions et de réponses plus cadrées, de l’annonce de diagnostics et de recommandations de traitement ou d’intervention (Robinson, 2003). En s’abstenant de préciser d’emblée un sujet ou une personne, et en ne proposant des sujets ou une désignation implicite qu’en cas de perturbation de la progressivité, la personne thérapeute établit tôt dans la rencontre qu’elle ne dirigera la séance qu’à certains égards, et place ainsi la famille en position de devoir contribuer activement à la discussion. Buus et McCloughen (2022) ont décrit le dialogue ouvert comme favorisant la « responsabilisation » (p. 315) des familles, par un travail pratique et psychosocial accru, pendant les rencontres thérapeutiques comme en dehors. Confier aux familles le soin de décider de la direction de la rencontre active leur participation et pourrait être l’une des manières de favoriser cette « responsabilisation ».
D’autres recherches en analyse conversationnelle suggèrent que c’est précisément la perturbation de la progressivité qui caractérise le dialogue de manière plus générale (van Burgsteden et al. 2022a ; Burgsteden et al. 2022b). Dans l’interaction institutionnelle, les activités progressent vers des trajectoires et des issues conformes aux objectifs du cadre institutionnel (Drew & Heritage, 1992). L’une des conséquences en est toutefois que des perspectives différentes peuvent se perdre dans l’élan de la progressivité interactionnelle. Pour favoriser le dialogue (c’est-à-dire l’interaction entre de multiples perspectives), l’interaction doit donc être perturbée d’une manière ou d’une autre pour permettre à d’autres perspectives de s’exprimer (van Burgsteden et al. 2022a ; Burgsteden et al. 2022b). Dans les rencontres collaboratives-dialogiques, la perturbation de la progressivité (même aux premiers stades de la rencontre) montre la volonté de la personne thérapeute de développer un autre type de conversation, qui inclut une négociation potentiellement prolongée sur la personne qui parlera ensuite et favorise l’expression de perspectives multiples. L’une des conséquences de cette organisation des ouvertures de séance pourrait donc être de perturber des schémas de communication clinique bien ancrés, afin de promouvoir davantage de responsabilité en introduisant des formes de discontinuité. En outre, la tâche consistant à créer de la « collaboration » pourrait impliquer précisément ces formes de conversations perturbées.
Si cette étude a porté spécifiquement sur une approche collaborative-dialogique, ses résultats peuvent concerner toute approche collaborative de la psychothérapie qui privilégie l’établissement de partenariats collaboratifs égalitaires entre thérapeutes, personnes suivies et familles. Même les modèles qui préconisent une approche plus dirigée par la personne thérapeute doivent rester attentifs à l’engagement, aux caractéristiques, aux valeurs, au contexte et aux préférences de la personne suivie et de sa famille, conformément à la définition de la pratique fondée sur les données probantes (American Psychiatric Association, 2006).
La littérature collaborative-dialogique guide en général les thérapeutes par de grands principes de pratique, formulés comme des aspirations (Ong & Buus, 2021). Cela favorise la souplesse dans l’application de l’approche, mais aussi une grande variabilité des pratiques. La recherche en AC a souligné l’importance de considérer non seulement les principes thérapeutiques, mais aussi la manière dont ils sont mis en acte dans des situations conversationnelles réelles (Stokoe, 2014, 2020). Cette étude a montré que les types de questions recommandés pour ouvrir une séance de manière collaborative créent une perturbation dans la conversation, car les familles doivent décider « de quoi » on parlera et « qui » parlera en premier. Autrement dit, la recherche d’un ordre du jour collaboratif peut faire caler la conversation. Les thérapeutes peuvent donc se demander s’il convient d’adopter une approche plus active pour passer au travail de la séance. Si c’est le cas, la désignation de la personne qui parle vient sans doute avant le sujet, puisqu’il faut qu’une personne ait la parole pour pouvoir énoncer le sujet dont elle veut parler. Les thérapeutes pourraient donc envisager de déterminer qui parlera en premier avant de s’enquérir des sujets de discussion. Dans le même ordre d’idées, il a été soutenu ailleurs que, pour les approches collaboratives-dialogiques, l’exercice par les thérapeutes d’une autorité déontique (c’est-à-dire diriger la séance et veiller à ce que chaque personne ait l’occasion de parler) est très différent de la revendication d’une autorité épistémique sur ce qui constitue un savoir privilégié (Ong et al., 2023). À la suite d’Ong et al. (2023), les thérapeutes peuvent donc diriger activement la séance et veiller à ce que chaque personne ait l’occasion de parler, tout en s’en remettant à la famille pour ce qui relève du savoir et sans privilégier leur propre position de savoir. Ainsi, plutôt que de demander à une famille de décider qui parlera en premier, les thérapeutes pourraient solliciter tour à tour chaque membre de la famille pour demander quels sujets cette personne souhaite aborder pendant la rencontre, comme dans d’autres formes de thérapie familiale (par exemple Wallis & Rhodes, 2024). De cette façon, les thérapeutes peuvent jouer un rôle plus actif dans la désignation de la personne qui parle ensuite, sans renoncer au respect du savoir ou de l’expérience de la famille. La conduite et la maîtrise d’une séance par la personne thérapeute ne s’opposent pas nécessairement à la collaboration, et peuvent même être nécessaires pour garantir que chaque personne présente ait voix au chapitre (Ong et al., 2023).
Les personnes susceptibles de participer ont été proposées par les thérapeutes, ce qui peut être vu comme une source de biais de sélection. En outre, cette recherche s’est déroulée dans un service de santé mentale pour enfants et adolescents et pourrait donc ne pas être transférable ou généralisable à d’autres types de rencontres cliniques. La recherche en AC analyse toutefois la manière dont les gens accomplissent certaines tâches conversationnelles et leurs implications pour l’interaction. Les questions de biais de sélection ou de généralisation sont donc moins pertinentes que la mise en évidence empirique de phénomènes issus d’interactions réelles. Nos résultats attirent donc l’attention des thérapeutes sur la manière dont leur façon d’introduire le travail d’une séance peut influer sur la suite de la conversation. Cela n’a pas seulement des effets au niveau local d’une conversation thérapeutique, mais aussi des implications potentielles pour la théorie et pour la question de savoir si les pratiques conversationnelles s’accordent avec les valeurs théoriques. Il existe sans aucun doute bien d’autres pratiques conversationnelles employées par les thérapeutes pour passer au travail d’une séance, que cette étude n’a pas repérées. De futures recherches pourraient donc explorer l’éventail des autres pratiques employées à ce point de transition, ainsi que les transitions vers d’autres phases de la séance, comme le conseil, l’introduction d’interventions ou la clôture de la séance. De futures recherches pourraient aussi comparer la manière dont ces transitions sont introduites par des thérapeutes qui pratiquent d’autres approches thérapeutiques que les approches collaboratives-dialogiques.
Dans l’approche collaborative-dialogique du dialogue ouvert, la transition entre la phase d’ouverture de la rencontre et son travail proprement dit se caractérise par une construction élaborée du tour, qui fait reposer sur la famille la charge de choisir qui parlera en premier et de choisir un sujet de conversation. Si elle est cohérente avec des principes théoriques qui favorisent le choix et la capacité d’agir de la famille, cette construction du tour entraîne une perturbation de la progressivité de la conversation : la personne thérapeute propose des sujets ou désigne implicitement du regard la personne qui parlera ensuite, tandis que la famille négocie qui prendra la parole. Cette perturbation de la progressivité peut avoir une utilité, dans la mesure où la personne thérapeute délimite les contours de son rôle et confie davantage de responsabilité aux membres de la famille pour travailler ensemble. Nous suggérons aussi que les thérapeutes envisagent de jouer un rôle plus actif dans la gestion des tours de parole au cours d’une rencontre, ce qui pourrait limiter les perturbations de la conversation sans compromettre les principes thérapeutiques. Les rencontres collaboratives-dialogiques pourraient donc se caractériser par l’exercice de formes particulières de pouvoir plutôt que par l’apparence de son absence (Guilfoyle, 2003 ; Ong et al., 2023).
Complexe Systémique : à retenir
Cette analyse conversationnelle met à l’épreuve un principe central des approches dialogiques : laisser la famille choisir le sujet. Vue au ralenti, la question ouverte « de quoi serait-il utile de parler ? » ne libère pas d’emblée la parole ; elle crée un double problème, quoi dire et qui parle, que la famille règle par des silences, des regards et des négociations. Pour une lecture systémique, l’intérêt est double. L’ouverture de séance apparaît d’abord comme un moment où se définit la relation thérapeutique : en se retenant, la personne thérapeute signale une position, celle d’une direction partielle qui responsabilise la famille. L’étude distingue ensuite utilement deux autorités, déontique (organiser les tours de parole) et épistémique (savoir ce qui compte), et suggère qu’on peut exercer la première sans revendiquer la seconde, par exemple en sollicitant tour à tour chaque membre. Les limites sont celles du genre : dix séances d’un même service, des familles choisies par les thérapeutes, des transcriptions absentes de cette version. La conclusion mérite d’être retenue : la collaboration n’est pas l’absence de pouvoir, mais une certaine façon de l’exercer. À lire avec l’analyse conversationnelle des reprises en dialogue ouvert, et avec l’article sur les conversations réflexives dans les réunions de réseau.
Notes de l’original
Financement. Financement du libre accès assuré par le CAUL (Council of Australian University Librarians) et ses institutions membres.
Conflits d’intérêts. L’équipe déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts.
Références
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Traduction non officielle en français de Passer au vif de la séance dans les rencontres collaboratives-dialogiques : une analyse conversationnelle, par Ben Ong, Scott Barnes et Niels Buus, Contemporary Family Therapy, publication en ligne anticipée (2026), doi : 10.1007/s10591-026-09798-8, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (transcriptions des extraits retranscrites et traduites, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Transitioning to the Business of a Session in Collaborative-Dialogic Meetings: A Conversation Analysis », publié dans Contemporary Family Therapy (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Ong, B., Barnes, S., et Buus, N. (2026). Passer au vif de la séance dans les rencontres collaboratives-dialogiques : une analyse conversationnelle (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/passer-au-vif-de-la-seance-dans-les-rencontres-collaboratives-dialogiques-une-analyse (Œuvre originale publiée en 2026 dans Contemporary Family Therapy (2026), publication en ligne anticipée ; republiée en 2026 par Contemporary Family Therapy, https://link.springer.com/article/10.1007/s10591-026-09798-8)
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