Child and Adolescent Social Work Journal · Travail social

Comprendre l’impact de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille : effets, éléments efficaces et points de bascule vécus par les parents et les jeunes

Qu’est-ce qui change vraiment, pour l’enfant, les parents et la famille, après une aide à la jeunesse centrée sur la famille, et qu’est-ce qui a fait basculer les choses ? Aux Pays-Bas, l’équipe de Tilburg croise un questionnaire de fin d’aide et quatorze entretiens menés plusieurs mois après : l’enfant et la famille vont mieux, les parents beaucoup moins.

Auteurs Bernadette M. Janssen (School of Social and Behavioral Sciences, TRANZO, université de Tilburg ; Sterk Huis, Goirle), Jolanda J. P. Mathijssen et Hedwig J. A. van Bakel (School of Social and Behavioral Sciences, TRANZO, université de Tilburg), Heleen I. J. Sillekens (Sterk Huis, Goirle) et Judith P. M. van Vugt (Combinatie Jeugdzorg, Eindhoven), Pays-BasPremière publication Child and Adolescent Social Work Journal, 3 septembre 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Comprendre l’impact de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille : effets, éléments efficaces et points de bascule vécus par les parents et les jeunes, par Bernadette M. Janssen, Jolanda J. P. Mathijssen, Heleen I. J. Sillekens, Judith P. M. van Vugt et Hedwig J. A. van Bakel, publié dans Child and Adolescent Social Work Journal (Springer) (2026), doi : 10.1007/s10560-026-01164-9, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes et la figure reste en anglais, avec une légende traduite ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Si l’aide à la jeunesse tend à avoir des effets positifs sur le fonctionnement de l’enfant et de la famille, son impact sur le bien-être individuel des parents est plus limité.

Bernadette M. Janssen, Jolanda J. P. Mathijssen, Heleen I. J. Sillekens, Judith P. M. van Vugt et Hedwig J. A. van Bakel

Résumé

Face aux inquiétudes persistantes sur l’efficacité et la durabilité des résultats de l’aide à la jeunesse, cette étude a examiné l’impact perçu de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille, du point de vue des parents et des jeunes. La recherche visait à explorer les effets perçus, à repérer les éléments efficaces de l’aide et à examiner les points de bascule qui ont marqué des changements importants au cours du parcours d’aide. Des données quantitatives issues du questionnaire BESTE (N = 75 ; n = 60 parents ; n = 15 jeunes) et des données qualitatives issues d’entretiens (N = 14 familles) ont été combinées. Les résultats quantitatifs indiquent que la plupart des parents (70,0 %) et des jeunes (73,4 %) ont jugé l’aide efficace, en termes d’amélioration du fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille. Les données qualitatives révèlent elles aussi des changements significatifs dans le fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille, à côté de vulnérabilités persistantes, en particulier dans le bien-être parental et dans des facteurs contextuels familiaux complexes. L’alliance thérapeutique, le contenu de l’intervention et les facteurs organisationnels ont été confirmés comme éléments efficaces de l’aide. Les éléments facilitateurs relevaient surtout de l’alliance thérapeutique et du contenu de l’intervention. Les facteurs organisationnels, dont la bureaucratie, les listes d’attente et une collaboration fragmentée, ont souvent été cités comme des obstacles. Les points de bascule étaient souvent liés à des interactions professionnelles respectueuses, à des éclairages diagnostiques et à des événements extra-thérapeutiques, comme des changements dans les relations ou le cadre scolaire. Les résultats soulignent l’importance d’une approche systémique attentive aux besoins des parents, aux facteurs de stress contextuels et aux réseaux de soutien informels. Pour la pratique, ils plaident pour une approche globale intégrant les facteurs systémiques, notamment un soutien parental intégré à l’aide à la jeunesse, le renforcement des compétences de construction de l’alliance, l’amélioration de la collaboration interdisciplinaire et la réduction des obstacles organisationnels. D’autres recherches sont nécessaires pour examiner l’ordre et l’intégration de l’aide aux jeunes et de l’aide aux parents afin d’améliorer les résultats à long terme.

Mots-clés : aide à la jeunesse centrée sur la famille, effets perçus, éléments efficaces, points de bascule, approche systémique, entretiens

Introduction

Évaluer les résultats de l’aide à la jeunesse est essentiel pour améliorer la qualité de l’aide et rendre compte de l’usage des fonds publics (Flynn et al., 2024). En raison de la hausse des coûts et des réflexions critiques continues sur l’efficacité et la durabilité de l’aide à la jeunesse, son efficacité fait débat depuis longtemps (De Swart et al., 2012 ; Gutterswijk et al., 2020 ; Souverein et al., 2013 ; Strijbosch et al., 2015). Pour éviter les nouvelles orientations, contenir les coûts et obtenir des résultats positifs pour les familles, il est impératif de savoir ce qui fonctionne pour les familles concernées par l’aide à la jeunesse (Visscher et al., 2022). Au-delà de son importance pour l’action publique et les organismes de financement, cette question est particulièrement cruciale pour les familles elles-mêmes, car l’aide à la jeunesse est souvent un processus intense et chronophage. Pour mieux comprendre l’impact de l’aide à la jeunesse et les facteurs qui le façonnent, cette étude examine (1) les effets de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille du point de vue des parents et des jeunes, (2) les éléments perçus comme efficaces et (3) les points de bascule décisifs qui ont pu influencer les effets perçus.

Le point de vue des familles sur les effets perçus, les éléments efficaces et les points de bascule

Comprendre le point de vue des familles sur les effets vécus de l’aide et sur ce qu’elles trouvent utile ou non est essentiel pour adapter les services à leurs besoins, dans le but d’obtenir des résultats plus efficaces et plus durables (Bjørknes et Ortiz-Barreda, 2021 ; Van Bijleveld et al., 2014). En outre, associer activement les familles renforce leur sentiment de pouvoir d’agir, ce qui peut accroître leur satisfaction et leur motivation (Tilbury et Ramsay, 2018). Savoir quels événements ou éléments de l’aide sont considérés comme des points de bascule peut permettre aux équipes professionnelles, dans de futurs parcours, de favoriser ces éléments et d’amorcer plus tôt un changement positif pour les familles. Par ailleurs, étudier les conditions dans lesquelles d’éventuels points de bascule émergent, ainsi que les facteurs qui contribuent à leur apparition, peut apporter des éclairages précieux pour optimiser les effets des interventions d’aide à la jeunesse.

L’aide à la jeunesse centrée sur la famille

L’aide à la jeunesse centrée sur la famille s’adresse aux enfants, de la petite enfance à l’adolescence, et à leurs parents, lorsque l’enfant connaît de graves problèmes de développement, émotionnels ou de comportement, associés à des difficultés parentales importantes. Ces difficultés sont souvent aggravées par de multiples facteurs de stress chroniques, dont les difficultés financières, les problèmes de santé et l’instabilité relationnelle (Tausendfreund et al., 2016 ; Visscher et al., 2020b). La théorie des systèmes familiaux (Minuchin, 1974) et le modèle bioécologique du développement humain (Bronfenbrenner et Morris, 2007) offrent l’un et l’autre un cadre pertinent pour comprendre ces besoins complexes, en soulignant que les individus doivent être considérés dans leur environnement et leur contexte plus larges (Tong et An, 2024 ; Willemse, 2015).

Selon la théorie des systèmes familiaux, les familles fonctionnent comme des systèmes interconnectés dans lesquels les changements chez l’un de leurs membres affectent l’ensemble (Bowen, 1978 ; Gavazzi et Lim, 2023). Par ailleurs, le modèle bioécologique pose que le développement de l’enfant est façonné par des interactions réciproques entre l’individu et de multiples systèmes environnementaux emboîtés, du contexte immédiat de la famille et de l’école jusqu’aux influences culturelles et sociétales plus larges (Tong et An, 2024).

En conséquence, les interventions d’aide à la jeunesse centrées sur la famille adoptent une perspective systémique en impliquant non seulement l’enfant, mais aussi les parents et d’autres membres clés de la famille (Willemse, 2015). Outre l’amélioration du fonctionnement de l’enfant, par exemple la réduction des problèmes émotionnels et de comportement et le développement des compétences sociales, ces interventions visent à améliorer les compétences parentales, à renforcer les relations mutuelles et la résilience de la famille et à activer son réseau social (Damen et al., 2021 ; Evenboer et al., 2018 ; Visscher et al., 2020b). Les interventions systémiques centrées sur la famille sont le plus souvent des interventions à domicile, comme le traitement familial intensif (Intensive Family Treatment, Visscher et al., 2020a), la thérapie familiale fonctionnelle (Functional Family Therapy, Alexander et al., 2013) et la thérapie multisystémique (Multisystemic Therapy, Henggeler et al., 1998) ; elles peuvent toutefois aussi être proposées en cadre résidentiel et semi-résidentiel (Blankestein et al., 2022).

Les effets perçus de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille

Définition

Les effets perçus de l’aide à la jeunesse désignent les changements dans le fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille tels que les jeunes et les parents les vivent subjectivement et les rapportent. Ces effets perçus vont au-delà de la réduction des symptômes (Ladmanová et al., 2025 ; Nooteboom et al., 2020) et peuvent englober des changements dans le fonctionnement quotidien après l’aide, comme le fonctionnement émotionnel et relationnel, le bien-être et la connaissance de soi, qui touchent le fonctionnement de l’enfant, des parents ou de la famille dans son ensemble.

Les recherches antérieures sur les effets de l’aide à la jeunesse

L’examen des recherches antérieures sur les effets de l’aide à la jeunesse, qu’il s’agisse d’études quantitatives ou qualitatives et de divers types d’intervention, fait apparaître des résultats majoritairement favorables. Des effets positifs des interventions d’aide à la jeunesse centrées sur la famille sur le fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille ont été constatés dans les revues systématiques de Janssen et al. (2025) et de Pederson et al. (2019). À partir d’entretiens avec des jeunes, Paradisopoulos et al. (2015) ont relevé des résultats positifs de la thérapie multisystémique (MST), comme l’amélioration des relations familiales, la reconnaissance des conséquences de son comportement et des relations plus saines avec les pairs. Une amélioration de la communication familiale a aussi été rapportée par Celinska et al. (2015) et par Morino (2018), qui ont l’une et l’autre examiné qualitativement le point de vue de parents et de jeunes sur des formes de thérapie familiale.

Les éléments efficaces de l’aide à la jeunesse

Les recherches internationales qui examinent le point de vue des familles sur les résultats de l’aide à la jeunesse mettent régulièrement en avant des facteurs efficaces au sein du processus d’aide (par exemple Soenen et al., 2013 ; Todd et al., 2025 ; Visscher et al., 2022). Ces facteurs tendent à converger autour de trois composantes centrales d’une aide efficace : l’alliance thérapeutique, les éléments de l’intervention et les facteurs organisationnels.

L’alliance thérapeutique

Le premier élément central, l’établissement d’une alliance thérapeutique solide, entre l’enfant et la personne professionnelle comme entre le parent et la personne professionnelle (De Greeff et al., 2018 ; Pölkki et Vornanen, 2015), apparaît comme l’un des éléments les plus constamment reconnus comme contribuant à des résultats positifs. L’alliance thérapeutique désigne une relation de travail collaborative et fondée sur la confiance entre les personnes qui apportent l’aide et celles qui la reçoivent (jeune et/ou parents), caractérisée par un accord mutuel sur les objectifs, une compréhension partagée des tâches et un lien émotionnel (De Greeff et al., 2018). Cette alliance se construit par l’écoute active, la disponibilité, un intérêt sincère et la promotion de la confiance et de l’engagement mutuels (Morino, 2018 ; Paradisopoulos et al., 2015 ; Pölkki et Vornanen, 2015 ; Soenen et al., 2013 ; Todd et al., 2025 ; Tranquilla, 2013). Le soutien pratique et émotionnel, une attitude respectueuse et non jugeante de la part des équipes (Morino, 2018 ; Tilbury et Ramsay, 2018 ; Visscher et al., 2022) et la prise en compte sérieuse du point de vue de l’enfant et des parents sont aussi des composantes essentielles de l’alliance (Bouma et al., 2019 ; Pölkki et Vornanen, 2015 ; Tilbury et Ramsay, 2018 ; Visscher et al., 2022). Enfants et parents soulignent l’importance d’être activement associés aux processus de décision concernant leur parcours d’aide (Barnhoorn et al., 2025 ; Furrer et al., 2023 ; McLoughlin et al., 2020 ; Morino, 2018 ; Tilbury et Ramsay, 2018 ; Todd et al., 2025 ; Van Bijleveld et al., 2014). Si les familles apprécient d’être consultées et que leur avis soit pris en compte dans les décisions finales, elles indiquent qu’une telle implication n’est pas encore une pratique courante dans le système d’aide à la jeunesse (Peper et al., 2025 ; Van Bijleveld et al., 2014). La transparence, une communication claire et l’honnêteté sont en outre considérées comme décisives pour construire la confiance (Doelman et al., 2024 ; McLoughlin et al., 2020 ; Morino, 2018 ; Tilbury et Ramsay, 2018). Pour ce qui est de l’alliance entre parents et équipes professionnelles, une collaboration positive est facilitée lorsque les uns et les autres partagent une compréhension commune du besoin d’aide (Doelman et al., 2024) et lorsque les équipes font preuve de compétence culturelle et d’une compréhension globale de l’histoire et de la situation de la famille (Bouma et al., 2019 ; McLoughlin et al., 2020 ; Pölkki et Vornanen, 2015 ; Todd et al., 2025). Les familles apprécient aussi l’esprit de décision (Bouma et al., 2019 ; Doelman et al., 2024) et la fiabilité, en soulignant l’importance que les engagements pris soient tenus (Tilbury et Ramsay, 2018).

Les facteurs liés à l’intervention

Un deuxième élément central d’une aide à la jeunesse efficace concerne les facteurs liés à l’intervention, c’est-à-dire le contenu méthodologique de l’aide apportée. Le contenu méthodologique désigne les composantes, techniques et méthodes d’intervention précises par lesquelles on cherche à produire le changement. Une préoccupation centrale exprimée par les familles est que les enfants soient reconnus comme des individus ayant des besoins, des forces et une situation propres. Une aide efficace doit être adaptée en conséquence, avec une approche personnalisée (McLoughlin et al., 2020 ; Visscher et al., 2022). En outre, lorsque l’intervention s’appuie sur les forces, la motivation à y participer activement augmente (Todd et al., 2025). Les familles soulignent aussi l’importance de répondre à l’ensemble des besoins d’aide pertinents plutôt que de se concentrer sur un seul problème. Une approche systémique incluant l’environnement social élargi de l’enfant, comme la famille, l’école et la communauté, est jugée essentielle pour obtenir des résultats significatifs et durables (McLoughlin et al., 2020 ; Todd et al., 2025 ; Visscher et al., 2022). L’élargissement du réseau social de l’enfant est essentiel pour le soutien des pairs et la construction d’un sentiment d’identité (Paradisopoulos et al., 2015). Chez les enfants et à l’adolescence, l’aide à la jeunesse favorise le développement de la capacité à adopter le point de vue d’autrui et à reconnaître l’impact de leur comportement sur les autres membres de la famille (Paradisopoulos et al., 2015). Cette conscience interpersonnelle est considérée comme un objectif thérapeutique important des interventions d’aide à la jeunesse. Pour les parents en particulier, le soutien au développement des compétences parentales, à la compréhension du développement de l’enfant et à la gestion du comportement est très apprécié (Fernandez, 2004 ; Todd et al., 2025). Enfin, en aide à la jeunesse résidentielle, les jeunes ont souligné l’importance de la disponibilité et de la proximité des équipes, ainsi que de routines, de structures et de limites claires (Soenen et al., 2013).

Les facteurs organisationnels

Les facteurs organisationnels et liés à l’équipe sont aussi reconnus par les familles comme le troisième élément central de l’aide à la jeunesse. Un premier facteur organisationnel est la capacité des personnes professionnelles à mettre en œuvre l’intervention efficacement, appuyée sur des compétences qui favorisent la communication, l’expression des émotions et la prise de perspective au sein du système familial (Bouma et al., 2019 ; Todd et al., 2025). Ensuite, une vision clairement formulée de l’organisation, soutenue par une supervision régulière, l’intervision entre pairs et des possibilités de développement professionnel continu, est essentielle pour permettre aux équipes de travailler efficacement (Pölkki et Vornanen, 2015 ; McLoughlin et al., 2020). Cependant, des facteurs systémiques comme les longues listes d’attente (Doelman et al., 2024 ; Tilbury et Ramsay, 2018) et un fort renouvellement du personnel (Bouma et al., 2019 ; Doelman et al., 2024 ; Pölkki et Vornanen, 2015 ; Tilbury et Ramsay, 2018 ; Vliet et al., 2020) sont souvent cités comme des obstacles à l’aide. Un fort renouvellement rompt la continuité et rend difficile, pour les enfants, l’établissement de relations stables et confiantes avec les équipes. Chaque changement de personne référente peut être vécu comme une nouvelle perte (Vliet et al., 2020), ce qui peut retarder l’aide et diminuer la motivation ou la confiance dans le système (Sanders, 2019). Un dernier facteur organisationnel jugé essentiel pour obtenir des résultats positifs, compte tenu notamment des difficultés multiples et complexes auxquelles font face les familles en aide à la jeunesse, est la nécessité d’une collaboration coordonnée et interdisciplinaire entre les services (McLoughlin et al., 2020 ; Pölkki et Vornanen, 2015 ; Tranquilla, 2013).

Les points de bascule

La troisième dimension thématique abordée dans cette étude, à côté des effets perçus et des éléments efficaces, porte sur le repérage des points de bascule dans le processus d’aide à la jeunesse. Un point de bascule est défini comme « le premier point, parmi des observations identiques, où l’on conclut qu’une configuration n’est plus une anomalie » (O’Brien, 2020, p. 55). Autrement dit, un point de bascule est le moment où quelqu’un décide que de petits signes répétés s’additionnent pour former un changement plus important et durable. Un point de bascule, ou tournant, peut aussi être un événement ou une situation précise qui provoque une réorientation du chemin sur lequel se trouve une personne, telle que cette personne la perçoit (Taussig et al., 2022). En aide à la jeunesse, un point de bascule peut correspondre à un événement, une intervention ou une situation qui réoriente le parcours d’aide ou modifie ses résultats. Cet événement ou cette intervention peut être une intervention, intentionnelle ou non, de la personne professionnelle de l’aide à la jeunesse, ou survenir dans la vie du parent ou de l’enfant, comme une nouvelle relation amoureuse pour un parent ou un adolescent, un nouveau logement ou un changement d’école.

Objectifs de l’étude

Dans l’ensemble, cette étude vise à explorer l’expérience que les familles ont de l’aide à la jeunesse en examinant les effets perçus et les éléments efficaces, et en approfondissant la compréhension des principaux points de bascule dans l’aide à la jeunesse centrée sur la famille. Si la recherche sur l’aide à la jeunesse s’est largement concentrée sur les résultats quantitatifs du fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille (par exemple Janssen et al., 2025), on en sait comparativement moins sur la manière dont les familles elles-mêmes perçoivent ces changements et sur les éléments qu’elles vivent comme utiles. En particulier, les mécanismes de changement, comme les processus ou les facteurs qui facilitent ou freinent les progrès, demandent à être davantage étudiés (Tang et al., 2024). En intégrant résultats quantitatifs et éclairages qualitatifs, cette étude vise à fournir une compréhension plus complète de la manière dont l’aide à la jeunesse contribue au changement au sein des familles.

Méthodes

Pour cette étude, des données quantitatives et qualitatives du projet de recherche « What happens afterwards ? » (« Et après ? ») ont été utilisées. Ce projet de recherche étudie l’expérience que les parents et les jeunes ont de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille reçue par ces familles. Le projet a été approuvé par le comité d’éthique de la recherche de l’université de Tilburg (numéro de référence RP245). Dans cette étude, le terme « jeunes » est employé au sens large, selon le contexte, pour désigner à la fois les enfants et les jeunes plus âgés qui bénéficient d’une aide centrée sur la famille.

Cadres de l’étude

Le projet What Happens Afterwards ? a été mené dans quatre organisations néerlandaises d’aide à la jeunesse, toutes affiliées à l’Academic Collaborative Center for Youth de l’université de Tilburg. Ces organisations proposent un continuum de services centrés sur la famille, fondés sur des cadres d’intervention systémiques, qui impliquent non seulement l’enfant mais aussi les parents et d’autres personnes importantes du réseau familial, afin de répondre de manière globale aux besoins de l’enfant et de la famille. Leur offre comprend un soutien intensif à domicile, des programmes semi-résidentiels et des placements en résidence pour les enfants, les jeunes et les jeunes adultes de 0 à 27 ans, ainsi que pour leurs parents et d’autres membres de la famille. Globalement, l’aide à la jeunesse de ces organisations se répartit en trois types : l’aide à domicile, dans laquelle les équipes travaillent avec la famille dans son cadre de vie pour atteindre des objectifs fixés ; l’aide semi-résidentielle, dans laquelle l’enfant fréquente un groupe de traitement une partie de la journée tout en continuant à vivre à la maison ; et l’aide résidentielle, dans laquelle l’enfant réside temporairement ou durablement dans une structure de traitement. L’aide semi-résidentielle et l’aide résidentielle sont, dans tous les parcours, combinées à une aide intensive à domicile.

Les interventions systémiques comprennent par exemple le soutien à la parentalité (Nuntavisit et Porter, 2022), le travail sur les questions intergénérationnelles (Mooren et al., 2023) ainsi que la cartographie et l’activation du réseau social de la famille (Visscher et al., 2022). En complément des interventions systémiques, les organisations peuvent, si nécessaire, proposer des formes de thérapie centrée sur l’enfant, comme l’EMDR, la thérapie cognitivo-comportementale ou les thérapies par les arts créatifs.

Données quantitatives

Personnes participantes

Les parents d’enfants âgés de 6 à 16 ans au début de l’aide, orientés vers l’une des quatre organisations d’aide à la jeunesse participantes, ont été invités à participer à l’étude au début d’un nouveau parcours d’aide. Les enfants de 11 ans et plus ont également été invités à y prendre part. L’échantillon de l’étude comprend donc des familles qui commençaient un nouveau parcours dans l’une des quatre organisations, qu’il s’agisse d’aide intensive à domicile, d’aide semi-résidentielle ou d’aide résidentielle.

Après inclusion, 86 familles, comptant au total 88 enfants et jeunes bénéficiant d’une aide à la jeunesse, ont participé au projet de recherche What Happens Afterwards ?. Deux jeunes ont participé sans leur(s) parent(s) ; dans tous les autres cas, au moins un parent a pris part au projet, soit 89 parents au total ayant participé. À la mesure de fin d’aide, 60 parents ont contribué au volet quantitatif de cette étude. L’attrition parmi les parents s’explique en partie par le fait qu’à la fin du recueil des données, en juillet 2024, l’aide n’était pas encore terminée pour huit familles. En outre, 21 parents n’ont pas rempli le questionnaire en fin de traitement, faute de réponse ou parce que ces parents ont indiqué ne plus vouloir participer. Les analyses du biais d’attrition n’ont pas montré de différence significative entre personnes répondantes et non répondantes quant à l’âge de l’enfant, à son sexe ou au type d’intervention.

En outre, 23 jeunes ont participé au projet de recherche, dont 15 au volet quantitatif de cette étude. À ce moment-là, 22 jeunes avaient terminé leur parcours d’aide ; sept n’ont cependant pas répondu à l’invitation à remplir le questionnaire.

Procédure et recueil des données

Dans le cadre du projet de recherche What Happens Afterwards ?, les parents et les enfants du projet ont rempli des questionnaires au début et à la fin de leur parcours d’aide à la jeunesse. Pour cette étude, on a utilisé les données quantitatives transversales d’un questionnaire (BESTE), recueillies à la fin du parcours d’aide.

Le recueil des données quantitatives avec l’instrument BESTE a eu lieu entre février 2021 et juillet 2024.

Mesure : l’instrument BESTE

L’instrument BESTE (BEoordelingsSchaal voor Tevredenheid en Effect, échelle d’évaluation de la satisfaction et des effets) (De Meyer et al., 2004) est un questionnaire issu de la pratique, rempli par les parents et les jeunes après l’aide, pour évaluer leur expérience du parcours d’aide à la jeunesse de l’enfant. L’échelle comprend sept items et évalue à la fois l’efficacité perçue de l’intervention et la satisfaction globale des parents ou des jeunes à l’égard de l’aide apportée. Pour la plupart des items, les réponses se situent sur une échelle de Likert en 4 points : 1 (s’est plutôt dégradé qu’amélioré), 2 (pas de changement), 3 (une certaine amélioration) et 4 (une nette amélioration). Exemples d’items : Le comportement de votre enfant a-t-il changé grâce au traitement ? (BESTE-O, version parents) ou Le fonctionnement de la famille dont tu fais partie a-t-il changé grâce au traitement ? (BESTE-J, version jeunes).

Les effets perçus de l’intervention mesurés par l’instrument BESTE correspondent au score moyen des quatre premiers items. Un score moyen de 3,00 ou plus indique un score d’effet positif du traitement. Les quatre items utilisés dans les versions parents et jeunes sont présentés intégralement dans le tableau 2.

La cohérence interne des quatre premiers items s’est révélée acceptable à bonne (α = 0,69 pour la version parents ; α = 0,91 pour la version jeunes). La validité de construit s’est révélée suffisante (De Meyer et al., 2004).

Analyse des données

Pour évaluer les effets perçus de l’aide à la jeunesse, on a utilisé les scores moyens des quatre premiers items des instruments BESTE-O (parents) et BESTE-J (jeunes), avec un seuil de 3,0 ou plus indiquant des effets positifs. Outre le score moyen des quatre items, pour cerner les domaines précis dans lesquels parents et jeunes percevaient des effets, nous avons aussi examiné le pourcentage de personnes répondantes obtenant un score de 3 ou plus à chaque item.

Caractéristiques de l’échantillon BESTE

Sur les 60 parents participants, 73,3 % étaient des mères (n = 44) et 25,0 % des pères (n = 15). Dans un cas (1,7 %), les deux parents ont rempli ensemble le BESTE-O. L’échantillon comptait un peu plus de garçons que de filles (53,3 % contre 46,7 %), avec un âge moyen de 12,1 ans (ET = 2,8). Quant au type d’intervention, 50,0 % ont bénéficié d’une aide à domicile, 23,3 % d’une aide semi-résidentielle et 26,7 % d’une aide résidentielle.

Sur les 15 jeunes ayant participé, 33,3 % étaient des garçons (n = 5) et 66,7 % des filles (n = 10), avec un âge moyen de 14,2 ans (ET = 2,4). Quant au type d’intervention, 46,7 % (n = 7) ont bénéficié d’une aide à domicile, les proportions d’aide semi-résidentielle et résidentielle étant égales (n = 4 chacune ; 26,7 %).

Données qualitatives

Personnes participantes

Pour le recueil des données qualitatives, les parents du projet de recherche What Happens Afterwards ? ont été sollicités. Conformément à l’étude dans son ensemble, ont donc été inclus des parents d’enfants âgés de 6 à 16 ans au début de l’aide, ayant bénéficié d’un parcours d’aide à la jeunesse centrée sur la famille dans l’une des quatre organisations concernées. Au final, 11 familles de l’échantillon du projet de recherche ont participé. Des efforts de recrutement supplémentaires, décrits dans la partie procédure et recueil des données, ont permis d’inclure trois familles de plus. Au total, 14 familles ont accepté de participer à l’entretien, dont cinq enfants et jeunes, parmi lesquels un enfant de moins de 11 ans, avec les consentements appropriés.

Procédure et recueil des données

Les entretiens ont eu lieu entre avril 2022 et novembre 2023.

Pour le recueil des données qualitatives, entre trois et six mois après la fin du parcours d’aide à la jeunesse, la personne chargée de la recherche a contacté tous les parents du projet par courriel, messagerie ou téléphone pour les inviter à un entretien semi-directif sur leur expérience du processus et des résultats de l’aide. En plus de leur consentement antérieur, les parents ont donné un consentement éclairé distinct pour leur participation à l’entretien.

En raison des difficultés à inclure des personnes issues de l’échantillon de recherche existant, d’autres parents des organisations participantes, hors de l’échantillon initial, ont été sollicités pour les entretiens. Les mêmes critères d’inclusion ont été appliqués : parents d’enfants âgés de 6 à 16 ans au début de l’aide, ayant bénéficié d’une forme d’aide intensive à domicile ou (semi-)résidentielle, et ayant terminé leur parcours d’aide trois à six mois auparavant.

Compte tenu du temps nécessaire au recrutement et à la planification, tous les entretiens ont été menés entre six et neuf mois après la fin de l’aide.

Selon la préférence du parent, l’entretien s’est déroulé en ligne ou en face à face au domicile du parent. Selon la profondeur et le degré de détail du récit du parent, les entretiens ont duré entre une heure et demie et deux heures. Tous les entretiens ont été enregistrés. Les parents ont reçu pour leur participation une carte cadeau d’une valeur de 25 euros. Pour intégrer le point de vue de l’enfant sur l’aide reçue, la personne chargée de la recherche a demandé aux parents, à la fin de leur entretien, s’ils consentaient à ce que leur enfant participe à un entretien séparé. Si les parents donnaient leur accord, la personne chargée de la recherche ou le parent demandait ensuite le consentement de l’enfant. L’entretien avec l’enfant était alors programmé séparément, à une date ultérieure, ou juste après l’entretien du parent si l’enfant était là et prêt à participer. Les enfants ont reçu une carte cadeau d’une valeur de dix euros.

Le recrutement pour le recueil des données qualitatives par entretiens a commencé en mars 2022. À ce moment-là, sur les 86 familles participantes, 24 avaient terminé l’aide depuis plus de six mois et ont donc été exclues. Sur les 47 familles invitées à l’entretien, 27 n’ont pas répondu et 9 ont décliné l’invitation. Au total, 14 familles, dont 11 issues de l’échantillon de l’étude, ont participé aux entretiens.

Nous avons cherché à inclure une diversité de points de vue pour parvenir à une compréhension riche et contextualisée des processus d’aide et des effets perçus, dont ceux de mères, de pères et d’enfants, ainsi qu’une variété d’âges et de genres des enfants, de structures familiales, de types d’intervention et de caractère volontaire ou contraint de l’aide. En novembre 2023, le recrutement a été arrêté, faute de nouveaux éclairages substantiels sur les expériences ou les résultats de l’aide à la jeunesse dans les derniers entretiens. On a alors considéré que la saturation des données était atteinte.

À la fin du recrutement, en novembre 2023, 15 familles bénéficiaient encore d’une aide. L’inclusion de parents et de jeunes supplémentaires, qui a permis d’ajouter trois familles, a eu lieu en mai et juin 2023.

Mesure : le format d’entretien

Le format d’entretien reposait sur une approche phénoménologique, centrée sur l’expérience vécue des personnes, telle qu’elles perçoivent une situation ou un phénomène donné et lui attribuent un sens (Hossain et al., 2024 ; Kars, 2023). Dans notre étude, le phénomène étudié était l’expérience que les parents et les jeunes avaient de leur parcours d’aide à la jeunesse, y compris le déroulement du parcours, les effets positifs ou négatifs vécus de l’aide, les éléments facilitateurs et entravants et les points de bascule. À cette fin, nous avons construit une liste de thèmes d’entretien semi-directif, élaborée en quatre étapes. D’abord, le conseil des personnes accompagnées (client council) de l’une des organisations participantes a été consulté pour proposer les principaux thèmes d’entretien. Ensuite, à partir de ces suggestions et des objectifs de recherche, la personne qui signe en premier cet article a construit la première version de la liste de thèmes semi-directive, en commençant par des questions générales suivant les étapes successives du processus d’aide à la jeunesse : le déroulement de l’orientation, l’aide reçue auparavant et le début de l’aide, le contenu de l’aide, la fin de l’aide, le fonctionnement actuel de l’enfant, des parents et de la famille, et le besoin d’un suivi après l’aide. Comme première étape de l’examen des effets perçus, on a ajouté des questions ouvertes sur les espoirs et les attentes avant le début du parcours d’aide, suivies de questions ouvertes sur les effets perçus de l’aide, les éléments efficaces au cours du processus, les éventuels points de bascule et la contribution des réseaux sociaux au bien-être familial pendant et après l’aide. Pour réduire les biais et éviter les questions orientées pendant les entretiens, les questions sur les effets perçus de l’aide n’ont pas été formulées directement. Ces thèmes ont plutôt été abordés au moyen de relances sur la mesure dans laquelle les espoirs et attentes initiaux avaient été satisfaits et sur l’atteinte des objectifs liés à l’aide.

Puis l’équipe de recherche a examiné, discuté et complété la liste de thèmes. Cela a conduit à ajouter des questions ouvertes sur le fonctionnement actuel de l’enfant, des parents et de la famille, y compris les attentes pour l’avenir. Enfin, la liste de thèmes a été testée lors d’un premier entretien avec un parent. À partir de la transcription intégrale de cet entretien pilote, l’équipe de recherche a conclu que le format d’entretien couvrait de manière adéquate les thèmes clés nécessaires pour répondre aux objectifs de recherche.

Analyse des données

L’analyse thématique réflexive (Braun et Clarke, 2021) a guidé le processus de codage et d’analyse, réalisé avec ATLAS.ti (ATLAS.ti, 2023). D’abord, tous les entretiens ont été transcrits intégralement et lus attentivement. Ensuite, la personne qui signe en premier a élaboré de manière déductive un premier livre de codes à partir des questions dichotomiques de l’entretien et de codes initiaux liés aux thèmes de l’entretien, fondés sur la littérature pertinente. Puis les personnes qui signent en premier et en deuxième ont codé ensemble trois entretiens, en ajoutant de manière inductive de nouveaux codes et en discutant des citations jusqu’au consensus. La personne qui signe en premier et une personne assistante de recherche ont ensuite codé les autres entretiens, en révisant et en ajoutant de nouveaux codes si nécessaire. Pour garantir la saturation du codage et contrôler d’éventuels biais, la personne qui signe en deuxième a codé de façon indépendante deux entretiens tirés au hasard à l’aide du livre de codes établi. La plupart des codes ont montré un fort accord entre les codages, à l’exception du repérage d’un code général lié à la durabilité perçue des effets. Ce code a été ajouté au livre de codes et appliqué à toutes les transcriptions. Lors de la troisième étape, la personne qui signe en premier a revu les codes initiaux et les a regroupés en groupes de codes généraux, en fusionnant les codes qui se recoupaient pour gagner en clarté et réduire les redondances. Lors de la quatrième étape, deux membres de l’équipe de recherche ont examiné de façon indépendante et critique tous les groupes de codes et les codes attribués, et ont trouvé un consensus avec la personne qui signe en premier pour fusionner des groupes de codes lorsque c’était pertinent. Enfin, avant la présentation des résultats, le contenu central et l’intitulé de tous les groupes de codes ont été revus et, si nécessaire, modifiés.

Caractéristiques de l’échantillon des entretiens

L’échantillon des entretiens comprenait quatorze familles, qui avaient bénéficié de formes spécialisées d’aide à la jeunesse centrée sur la famille dans l’une des quatre organisations participantes. Les entretiens ont été menés avec dix mères, deux pères et deux couples parentaux. En outre, trois enfants, âgés de 9, 12 et 14 ans, ont été interrogés séparément de leur(s) parent(s), ce qui leur donnait la possibilité de parler de leur expérience hors de la présence parentale. Dans deux familles, des jeunes ont assisté à une partie des échanges et se sont progressivement joints aux entretiens, apportant leur point de vue à côté de celui de leurs parents. Pendant ces entretiens, la personne qui menait l’entretien a explicitement sollicité et vérifié le point de vue et les opinions de l’enfant, pour s’assurer que l’enfant se sentait à l’aise pour exprimer sa propre expérience.

Chacune des 14 familles participantes comptait un enfant directement concerné par l’intervention : sept garçons et sept filles. Six familles ont bénéficié d’une aide intensive à domicile ; dans trois familles, l’enfant fréquentait une aide semi-résidentielle ; et cinq jeunes ont fait l’objet d’un placement temporaire dans un groupe de traitement résidentiel. Ces deux dernières formes d’aide étaient combinées à une aide intensive à domicile. L’aide intensive à domicile comprenait plusieurs composantes, dont le soutien à la parentalité, l’aide sur des questions liées à la séparation, comme le rétablissement du contact parent-enfant, des entretiens thérapeutiques avec les enfants et des interventions visant à renforcer la sécurité, adaptées aux besoins de la famille. Pour sept familles, l’intervention était complétée par une thérapie centrée sur l’enfant, par exemple l’EMDR. Quatre familles de l’échantillon ont bénéficié d’une aide contrainte, 10 familles avaient été orientées sur une base volontaire. Toutes les familles avaient déjà bénéficié d’une forme d’aide à la jeunesse avant le parcours sur lequel portait l’entretien, le plus souvent sous forme de bilan psychodiagnostique de l’enfant, d’intervention du système de protection de l’enfance ou de soutien à la parentalité. Au moment de l’entretien, douze familles bénéficiaient d’une forme de suivi. Quant à la structure familiale, trois couples parentaux étaient toujours ensemble, tandis qu’une séparation parentale était intervenue dans 11 familles, dont huit avec des difficultés complexes liées à la séparation, comme une consommation de substances par un parent, des violences conjugales et/ou la perte de contact avec l’un des parents. Dans deux de ces familles séparées, deux parents étaient décédés. Le tableau 1 présente une vue d’ensemble des caractéristiques de l’échantillon.

Tableau 1 — Caractéristiques de l’échantillon qualitatif

Pour chaque famille (numéro de l’enfant concerné) : sexe ; âge ; personne(s) interrogée(s) ; intervention ; durée de l’intervention (mois).

  • 1. Garçon ; 11 ans ; la mère ; AD ; 9 mois.
  • 2. Garçon ; 12 ans ; la mère et l’enfant séparément ; AD ; 24 mois.
  • 3. Fille ; 12 ans ; la mère ; AD ; 12 mois.
  • 4. Fille ; 16 ans ; le père ; AR + AD ; 10 mois.
  • 5. Garçon ; 11 ans ; la mère ; ASR + AD ; 10 mois.
  • 6. Fille ; 16 ans ; le père ; AR + AD + TCE ; 18 mois.
  • 7. Garçon ; 11 ans ; la mère ; ASR + AD + TCE ; 18 mois.
  • 8. Fille ; 18 ans ; la mère avec l’enfant ; AR + AD ; 18 mois.
  • 9. Garçon ; 16 ans ; la mère ; AR + AD ; 12 mois.
  • 10. Fille ; 14 ans ; la mère et l’enfant séparément ; AD + TCE ; 18 mois.
  • 11. Fille ; 9 ans ; la mère et l’enfant séparément ; AD + TCE ; durée inconnue.
  • 12. Fille ; 16 ans ; les deux parents avec l’enfant ; AD + TCE ; 18 mois.
  • 13. Garçon ; 13 ans ; les deux parents ; ASR + AD + TCE ; 12 mois.
  • 14. Garçon ; 13 ans ; la mère ; AR + AD + TCE ; 24 mois.

AD = aide intensive à domicile ; ASR = aide semi-résidentielle ; AR = aide résidentielle ; TCE = thérapie centrée sur l’enfant. La durée de l’intervention pour la famille 11 n’a pas été abordée lors de l’entretien.

Résultats

Données quantitatives

L’instrument BESTE a permis d’étudier quantitativement les effets perçus de l’aide à la jeunesse apportée, selon les parents et les jeunes. Parmi les parents et les jeunes du projet, 60 parents et 15 jeunes ont rempli le BESTE en fin d’aide.

Le score moyen des parents (n = 57, aucun score moyen n’ayant pu être calculé pour trois parents en raison de scores d’items manquants) aux items reflétant les effets perçus (BESTE-O) était de M = 3,28 (ET = 0,74). La majorité des parents (70,0 %) ont rapporté des effets moyens positifs du traitement (M > 3,00). Dans ce groupe, 23,3 % ont donné le score maximal aux effets perçus (M = 4,00). Le score moyen des jeunes (n = 15) au BESTE-J était de M = 3,56 (ET = 0,37). Parmi les jeunes, 73,4 % ont rapporté des effets moyens positifs du traitement (M > 3,00). Dans ce groupe, 13,3 % ont donné le score maximal aux effets perçus (M = 4,00). Le tableau 2 présente les pourcentages d’effets positifs du traitement par question, qui indiquent les effets sur le fonctionnement de l’enfant, les compétences parentales et le fonctionnement familial, ainsi que le score d’effet perçu des quatre items, pour les parents comme pour les jeunes.

Tableau 2 — BESTE : scores moyens, écarts types et pourcentages d’effets positifs par question et pour l’ensemble des quatre items

Pour chaque question : formulation parents, puis moyenne, ET et % d’effet positif chez les parents (N = 57) ; formulation jeunes, puis moyenne, ET et % d’effet positif chez les jeunes (N = 15).

  • 1. Parents : « Le comportement de votre enfant a-t-il changé grâce au traitement ? » M = 3,28 ; ET = 1,04 ; 75,0 %. Jeunes : « Ton comportement a-t-il changé grâce au traitement ? » M = 3,57 ; ET = 0,65 ; 86,7 %.
  • 2. Parents : « Le traitement a-t-il changé quelque chose au fonctionnement de la famille ? » M = 3,27 ; ET = 0,92 ; 78,0 %. Jeunes : « Le traitement a-t-il changé quelque chose au fonctionnement de la famille dont tu fais partie ? » M = 3,46 ; ET = 0,52 ; 86,7 %.
  • 3. Parents : « Le traitement a-t-il changé quelque chose à la manière dont vous éduquez votre enfant ? » M = 3,27 ; ET = 0,84 ; 76,7 %. Jeunes : « Le traitement a-t-il changé quelque chose à la manière dont tes parents t’éduquent ? » M = 3,36 ; ET = 0,67 ; 71,4 %.
  • 4. Parents : « Le traitement a-t-il clarifié votre compréhension du comportement de votre enfant ? » M = 3,30 ; ET = 0,76 ; 81,6 %. Jeunes : « Le traitement a-t-il clarifié ta vision de ton propre comportement ? » M = 3,50 ; ET = 0,67 ; 73,4 %.
  • Score d’effet (questions 1 à 4). Parents : M = 3,28 ; ET = 0,74 ; 70,0 %. Jeunes : M = 3,56 ; ET = 0,37 ; 73,4 %.

BESTE : échelle d’évaluation de la satisfaction et des effets. Moyenne et ET de l’ensemble des quatre items = score d’effet. Un score > 3 indique des effets positifs.

Données qualitatives

Thèmes généraux et sous-thèmes repérés

Grâce à l’analyse thématique réflexive, nous avons repéré plusieurs thèmes généraux et sous-thèmes au cours du codage. Pour les effets perçus de l’aide, trois thèmes généraux sont apparus : les effets perçus en fin d’aide, les effets limités et les effets durables. Dans les thèmes des effets perçus et des effets durables, des sous-thèmes rendaient compte des changements au niveau du fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille, étroitement liés aux espoirs et attentes initiaux, eux aussi décrits dans ces domaines. En outre, dans le thème de la durabilité, les sous-thèmes comprenaient les effets durables, la vulnérabilité persistante et les reculs du fonctionnement.

Les résultats sur les éléments perçus comme efficaces correspondaient largement aux classifications de la littérature : alliance thérapeutique, facteurs liés à l’intervention et facteurs organisationnels. Au cours du codage, les éléments perçus comme efficaces ont été classés comme facilitateurs ou entravants. Un quatrième thème général concernait des facteurs individuels, comme la motivation.

L’analyse des points de bascule a fait apparaître des thèmes généraux similaires : alliance thérapeutique, facteurs liés à l’intervention, facteurs organisationnels et facteurs individuels. Enfin, un thème général supplémentaire rendait compte des influences extérieures sur les effets perçus de l’aide, comme les difficultés financières et le rôle du réseau social.

Résultats des entretiens

Les expériences des parents et des enfants avec l’aide à la jeunesse reçue sont présentées ci-dessous, organisées selon les objectifs de la recherche, avec les thèmes généraux et sous-thèmes repérés lors du codage.

Début de l’aide : attentes initiales et besoins d’aide. Comme première étape de l’examen des effets perçus, les personnes qui menaient les entretiens ont invité les parents et les enfants à revenir sur leurs espoirs et attentes initiaux avant le début de l’aide, ainsi que sur les besoins précis qui les avaient amenés à demander du soutien. La plupart des attentes et des besoins concernaient l’amélioration du fonctionnement de l’enfant, en lien avec des problèmes de comportement intériorisés et extériorisés ou des symptômes liés à un trauma.

« Plus de confiance en moi et une meilleure image de moi, et ne plus rester éveillée la nuit à cause de mes traumas. » (Enfant 10).

Un parent a décrit l’escalade des conflits avec sa fille, manifestation de problèmes de comportement extériorisés, comme la raison de sa demande de soutien.

« Oh, eh bien, d’abord, les portes étaient abîmées. Ensuite, en haut, elle (sa fille) pouvait vraiment tout mettre sens dessus dessous. Et dans les cas extrêmes, elle partait tout simplement en courant. C’est arrivé plusieurs fois, j’ai dû lui courir après en voiture, parce qu’à ce moment-là elle était plus rapide que moi. » (Parent 6).

Pour le fonctionnement parental, renforcer les compétences parentales et reprendre la maîtrise du comportement de l’enfant était un thème clé, de même que l’allègement de la charge parentale.

« Le TDAH et ce genre de choses, je ne connaissais pas. Je me souviens m’être dit : “Comment je suis censée faire avec ça ?” C’est pour ça que j’ai demandé de l’aide, pour qu’on me soutienne, parce qu’à ce moment-là j’en avais vraiment besoin. Son comportement (celui de son fils) n’était pas toujours facile à gérer. » (Parent 2).

L’amélioration des relations interpersonnelles et du climat familial a souvent été citée comme objectif premier pour le fonctionnement familial.

« On avait toujours l’impression d’attendre qu’une bombe explose à la maison. Ce qu’on espérait, c’était simplement créer un environnement calme, où on pourrait tous circuler tranquillement et coucher les enfants avec le sourire, au lieu de baigner dans une atmosphère de morosité permanente. » (Parents 13).

« Mon fils n’invitait plus ses amis parce qu’il avait honte de sa sœur. Il y avait sans arrêt des disputes à la maison. Ma fille était toujours anxieuse. (…). Nos vies étaient entièrement façonnées par son comportement. Il y avait de l’agitation à la maison, des conflits permanents. » (Parent 8).

Certains parents, du fait de leurs expériences antérieures avec les services d’aide à la jeunesse, ont indiqué n’avoir aucune attente à l’égard de l’aide proposée.

« À ce moment-là, je n’avais plus vraiment d’attentes. Je me suis dit : “On verra bien.” Si je n’attends rien, je ne peux pas être déçue non plus. » (Parent 11).

Effets perçus de l’aide à la jeunesse. Les résultats sur les effets perçus de l’aide à la jeunesse apportée sont décrits en trois sous-thèmes : (1) les effets perçus de l’aide apportée, (2) les effets perçus comme limités et (3) la durabilité des effets perçus.

Effets perçus de l’aide apportée. Neuf parents et deux enfants ont indiqué que, de leur point de vue, les objectifs ou attentes fixés au départ avaient été atteints.

« J’ai beaucoup moins de traumas maintenant et ils me touchent beaucoup moins. Je n’y pense plus autant. Seulement parfois, quand je suis seule, j’y pense encore, mais ce n’est plus aussi intense. » (Enfant 10).

Les effets rapportés concernaient le fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille. Les améliorations les plus souvent rapportées concernaient le fonctionnement de l’enfant : meilleures capacités de communication, meilleure régulation des émotions, meilleures interactions sociales, bien-être accru et plus grande confiance en soi.

« Avant, il se mettait souvent en colère, mais plus maintenant. (…). Quand on lui explique ce qu’on doit faire et ce qui se passe, il dit : “D’accord, je comprends.” C’était bien pire avant. Donc il a aussi appris à connaître les émotions. » (Parent 5).

« J’ai vu cette fille (ma fille) s’épanouir vraiment : d’une enfant timide et renfermée, en passant par une phase d’opposition, elle a peu à peu trouvé plus de calme, pour finir par devenir une jeune femme sûre d’elle, qui sait clairement ce qu’elle veut et qui y travaille avec constance. » (Parent 4).

« Ça va mieux à la maison maintenant. Avant, je me mettais vite en colère, mais plus maintenant. Je me mets encore en colère parfois, mais je pense que ça arrive à tout le monde. » (Enfant 10).

Pour les améliorations du fonctionnement parental, deux composantes générales ont été rapportées : un meilleur sentiment de bien-être du parent et une compétence parentale accrue, par exemple pour structurer et poser des limites.

À propos d’un meilleur sentiment de bien-être, le parent 1 a rapporté :

« R : Plus de calme, vraiment. (…). Je peux être moi-même, (…). Je ne ressens pas le besoin de me justifier auprès des autres. Que le comportement [de mon fils], sa façon d’agir, fait tout simplement partie de son âge. Et que quand il s’en prend à moi, c’est parce que je suis proche de lui et qu’il sent qu’il peut tout me dire et tout faire avec moi. »

Dans l’ensemble, l’effet le plus souvent rapporté sur la compétence parentale est une meilleure compréhension des stratégies pour comprendre les besoins de l’enfant et y répondre.

« Une personne conseillère familiale est venue chez nous et nous a fait de la psychoéducation sur le TDA et le TDAH, sur la manière de faire avec. (…). Cette personne m’a donné des outils en plus : comment réagir à certaines situations ou comment les gérer. Des choses comme ça. On est vraiment soutenu là-dessus. Donc oui, j’en ai vraiment appris quelque chose. » (Parent 2).

« Je le vois vraiment maintenant : je vois maintenant le côté adolescent de [ma fille], l’aspect socio-émotionnel, et j’ai commencé à le regarder autrement. Ça a vraiment changé. Avant, je voyais juste [ma fille] comme une jeune de 16 ans. On a été vraiment choqués quand on a eu les résultats [du bilan psychologique], genre, waouh, on ne s’y attendait vraiment pas. Et là, on commence à regarder autrement tout ce qu’elle a traversé et la manière dont elle y a fait face. » (Parents 12).

Enfin, les effets de l’aide sur le fonctionnement familial ont surtout été décrits comme une amélioration des relations familiales et du climat familial.

« À un moment, je me suis dit : ce n’est pas sain, que tu (mon fils) prennes ma défense comme ça. C’est incroyablement gentil, mais tu dois aussi tenir ton propre rôle. C’est quelque chose sur lequel j’ai travaillé avec [la personne professionnelle] de [l’organisation]. » (Parent 10).

« Ça m’a aussi fait réfléchir à la manière dont je parlais à mes enfants et dont je les traitais. (…) Genre, oui, certaines choses n’allaient vraiment pas. Comme traiter ses enfants de noms, “sale gosse”, “petits merdeux”, des trucs comme ça. Elle (la professionnelle) a dit : “Ça, ce n’est pas acceptable.” Et je me suis dit : oui, elle a raison. J’ai vraiment commencé à réfléchir à ça. » (Parent 3).

Effets perçus comme limités. Si certaines familles ont indiqué que leurs espoirs ou attentes initiaux n’avaient pas été satisfaits, elles ont néanmoins constaté d’autres effets significatifs de l’aide. Dans l’ensemble, toutes les familles sauf une ont repéré un ou plusieurs résultats concernant le fonctionnement de l’enfant, des parents ou de la famille. Outre les effets rapportés, plusieurs parents ont noté que l’impact perçu de l’aide était limité, en particulier quant aux progrès du développement de leur enfant ou de leurs propres capacités parentales.

« R : Ce n’était pas adapté pour lui. (…) C’étaient peut-être les autres enfants autour de lui. Il y avait beaucoup de jeunes en dépression là-bas (…). L’équipe était bien, il recommençait à faire des blagues. Il s’entendait mieux avec l’équipe qu’avec les autres jeunes. » (Parent 9).

« Je suis devenu un peu plus calme, c’est vraiment le seul changement. Mais à part ça, non, ça n’a pas apporté beaucoup de changements pour moi. » (Parent 6).

Un parent n’a rapporté aucun effet perçu de l’aide apportée, son principal espoir et sa principale attente étant d’obtenir un placement résidentiel de long terme pour son fils après plusieurs séjours infructueux en familles d’accueil et en structures d’accueil temporaire.

« [Mon fils] doit de nouveau en assumer les conséquences, parce que l’aide complémentaire n’a pas commencé à temps. Il s’est mis en colère et a fini par frapper la personne éducatrice du foyer. Bien sûr, ce n’est pas un comportement acceptable, mais je comprends d’où ça vient. Et puis il a dû partir immédiatement. » (Parent 14).

Durabilité des effets perçus. Tous les entretiens ont été menés entre six et neuf mois environ après la fin du parcours d’aide à la jeunesse. L’exploration du bien-être actuel de l’enfant et du fonctionnement des parents et de la famille au moment de l’entretien faisait partie des thèmes abordés, ce qui a fourni des informations sur la durabilité des résultats.

Sur les 14 entretiens menés, huit parents et trois enfants ont indiqué que l’enfant allait bien.

« Bien. Il a vraiment fait d’énormes progrès. (…). Surtout à l’école, ce genre de choses. Il se sent mieux dans sa peau. Il commence aussi à créer plus de liens avec des copains, vous voyez, le genre de choses typiques de son âge. » (Parent 2).

« Elle retourne à l’école. Elle sourit, elle se promène dans la maison avec entrain, pas toujours, bien sûr, mais elle bouge dans la maison. Elle va à l’école, elle va à son stage, elle voit des amis, et on peut avoir une conversation avec elle. Elle est beaucoup plus autonome, elle a beaucoup mûri. Donc en ce sens, elle a énormément grandi. » (Parent 8).

En outre, sept parents et deux enfants ont décrit le fonctionnement familial global comme positif. À une question sur la poursuite du contact avec la personne professionnelle qui avait orienté la famille, le parent 10 a répondu :

« Elle (la professionnelle qui avait orienté la famille) a dit : “Ça va bien pour vous, donc je ne peux plus rien faire de plus pour vous. Les enfants sont en sécurité, ils vont bien, à part les hauts et les bas habituels, et vous aussi, vous allez bien. Vous n’avez plus de besoin d’aide, donc je vais clore ce dossier.” Et c’est très bien, parce que ça va vraiment bien. »

« Ça va bien pour moi maintenant. J’ai des amis avec qui je fais plein de choses sympas, et ça va bien à la maison. Bien sûr, il y a encore quelques difficultés ou des reculs, mais tout le monde en a. » (Enfant 10).

Quant au fonctionnement parental, trois parents ont parlé positivement de leur bien-être actuel.

« J’ai décidé de reprendre des études. J’ai contacté moi-même l’UWV (l’agence néerlandaise d’assurance des salariés) et j’ai dit : on m’a déclarée inapte au travail à 100 %, mais je veux vraiment refaire partie de la société, pas seulement être quelqu’un qu’on a mis au rebut, qui va à des rendez-vous de psychologie et qui ressasse sans arrêt le passé et les problèmes. (…) Je veux juste participer de nouveau, me concentrer sur des choses saines. » (Parent 11).

À côté de la majorité de parents et d’enfants qui ont rapporté des résultats positifs durables, les entretiens ont aussi révélé des vulnérabilités persistantes dans le fonctionnement de l’enfant comme dans celui des parents. Pour le fonctionnement de l’enfant, il s’agit surtout de la persistance de problèmes qui continuaient de peser malgré la fin de l’aide.

« Ça (gérer les interactions sociales), c’était vraiment sa plus grosse pierre d’achoppement : il a beaucoup de mal avec les moments de jeu libre. C’est là que se situe la difficulté pour lui. C’est encore difficile, en fait. Il a encore besoin d’être accompagné pour jouer au football, et en cours d’EPS, il faut en général un encadrement supplémentaire, parce que c’est souvent là que ça se passe mal. » (Parent 7).

« Elle a fait beaucoup de chemin, mais elle n’est pas encore arrivée. C’est comme ça qu’il faut le voir. Et je ne pense pas qu’elle y arrive un jour complètement. (…). Elle portera toujours des questions en elle et aura toujours besoin d’une attention et d’un soutien continus. » (Parent 8).

Pour le fonctionnement parental, le thème dominant de la vulnérabilité concernait le sentiment de bien-être du parent, par exemple la charge parentale et le fait d’être mentalement accaparé par son propre bien-être et celui de l’enfant.

« À l’époque où je parlais avec [la personne professionnelle], je devais consulter en psychologie, pour moi aussi, parce que, comme je l’ai dit, je n’allais pas bien, et je ne vais toujours pas bien. Je n’ai juste pas le temps en ce moment de prendre ces rendez-vous. Mais elle ne voulait pas l’entendre. Elle disait : “Comment ça, tu n’as pas le temps de faire quelque chose pour toi ? Tu dois prendre le temps pour ça.” Maintenant qu’elle ne vient plus, cette question s’est calmée. Mais je n’ai toujours pas la place pour ça : j’ai la tête trop pleine, trop occupée. Quand les choses reprendront, je pense que ça ira mieux ici. Parce que je le sens : je ne me sens tout simplement pas bien en moi. » (Parent 3).

« Je sens vraiment que mon réservoir est vide maintenant, surtout depuis que j’ai recommencé à travailler. Après 10, non, 13 ans, maintenant qu’il y a plus de calme à la maison, tout se relâche. Je me fatigue plus vite, je stresse plus facilement. Et pour elle (ma fille), c’est comme si elle ne pouvait pas venir vers moi, elle le dit elle-même. J’essaie d’être là pour elle, mais j’ai aussi un fils qui a besoin de moi, il commence à rencontrer des difficultés lui aussi. Alors maintenant, je dois être plus présente pour lui. Je sens qu’elle me laisse de la place pour ça, mais en même temps, je sens que je manque de place pour moi. » (Parent 8).

La vulnérabilité du fonctionnement familial était liée à des difficultés complexes de séparation et à des relations familiales complexes persistantes, qui pèsent aussi sur la charge parentale.

« Par moments, j’en arrive au point où je ne sais plus du tout quoi faire avec elle, où je me dis : tu es vraiment insupportable en ce moment. Je dis des choses comme ça. Ce n’est pas toutes les semaines ni tous les jours, mais de temps en temps, ça arrive. (…). Je suis constamment en alerte pour elle. » (Parent 10).

À côté d’un bien-être actuel positif et de vulnérabilités, certaines réponses de parents ont révélé un recul du fonctionnement. Il a toutefois été rapporté moins souvent que le bien-être positif et la vulnérabilité. Aucun recul du fonctionnement de l’enfant n’a été rapporté. Une mère a décrit un recul de l’autre parent, lié à une consommation de substances, qui a affecté le fonctionnement familial, et deux parents ont rapporté une dégradation du fonctionnement familial.

« Maintenant que [la personne professionnelle] ne vient plus, je remarque bien qu’ils (les enfants) commencent à résister un peu plus à papa et maman. Mais pour être honnête, j’ai moi aussi tendance à retomber dans les reproches et à communiquer avec eux de cette façon. » (Parent 3).

Le tableau 3 donne une vue d’ensemble de la durabilité des résultats en termes de fonctionnement actuel de l’enfant, des parents et de la famille.

Tableau 3 — Durabilité des effets perçus

Pour chaque domaine : numéros des personnes répondantes (1 à 14 ; « -E » désigne l’enfant comme personne répondante) chez qui il est coché.

  • Fonctionnement positif — enfant. 1, 2, 2-E, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 10, 10-E, 11-E, 12, 13.
  • Fonctionnement positif — parent. 2, 5, 11.
  • Fonctionnement positif — famille. 1, 2, 2-E, 4, 6, 7, 9, 10, 10-E, 11, 13.
  • Vulnérabilité — enfant. 1, 2, 5, 6, 7, 8, 10, 11-E, 12, 13, 14.
  • Vulnérabilité — parent. 1, 3, 4, 8, 10, 13, 14.
  • Vulnérabilité — famille. 1, 6, 8, 10, 11.
  • Recul — enfant. Aucun.
  • Recul — parent. 12.
  • Recul — famille. 3, 11-E, 12.

Les numéros 1 à 14 renvoient aux personnes répondantes. « -E » renvoie à l’enfant comme personne répondante (-C dans l’original).

Éléments efficaces. En réfléchissant aux facteurs qui avaient contribué à des résultats positifs ou négatifs, parents et enfants ont formulé à la fois des facilitateurs et des obstacles. La figure 1 donne une vue d’ensemble de ces facilitateurs et obstacles par thème, tels que les parents et les enfants les ont mentionnés. Le quatrième sous-thème repéré parmi les éléments contributifs concernait les caractéristiques individuelles des personnes aidées. Ces quatre facteurs sont décrits ci-dessous.

Schéma « Éléments efficaces de l’aide à la jeunesse » en trois colonnes. Alliance thérapeutique : soutien émotionnel, reconnaissance, être pris au sérieux ; bonne adéquation ; contact amical et chaleureux ; approche et contact respectueux ; décision partagée ; confiance dans les capacités de la personne aidée (facilitateurs) ; collaboration et alignement sur les objectifs et l’approche, esprit de décision et assurance de la personne professionnelle, respect des engagements (facilitateurs et obstacles). Éléments de l’intervention : aide adaptée aux besoins de la famille, amélioration de la communication et des relations familiales, meilleure compréhension des besoins de développement de l’enfant, renforcement des compétences parentales, renforcement positif, intervention sur le trauma, renforcement des compétences socio-émotionnelles de l’enfant (facilitateurs) ; adaptation au rythme et à la motivation, approche systémique, climat pédagogique (facilitateurs et obstacles). Éléments organisationnels : expertise de la personne professionnelle (facilitateur) ; influence des pairs, distance au lieu de l’aide, fin de l’aide, collaboration interdisciplinaire (facilitateurs et obstacles) ; discontinuité des intervenants, délais d’attente, disponibilité de l’aide adaptée, complexité du système (obstacles).
Figure 1. Vue d’ensemble des facilitateurs et des obstacles relatifs aux éléments efficaces de l’aide à la jeunesse, tels que les personnes participantes les ont repérés (schéma original en anglais).

Alliance thérapeutique. Des éléments thérapeutiques ont souvent été cités comme facilitateurs des effets perçus, par exemple une bonne adéquation avec la personne professionnelle et un contact agréable et chaleureux.

« R : Oui, j’avais vraiment un lien avec cette femme. (…). Au début, je me disais : “Je n’ai vraiment pas envie de raconter mon histoire.” Mais quand quelqu’un vient régulièrement chez vous, on commence à créer un lien. Elle était vraiment gentille, et elle aussi élevait seule deux enfants. Elle sait de quoi elle parle, vous voyez ? » (Parent 2).

La prise de décision partagée contribue au processus thérapeutique :

« Tout était vraiment discuté avec nous, genre : “Qu’est-ce qui est le plus difficile pour vous ?” et “Par quoi voulez-vous commencer ?” Donc vraiment, tout se faisait en concertation avec nous. » (Parent 12).

« Elle posait beaucoup de questions, et si je ne voulais pas répondre, je pouvais choisir de ne pas répondre, ou si c’était trop difficile. » (Enfant 10).

Une attitude respectueuse et non jugeante et la confiance dans les forces de la personne aidée ont aussi été citées comme facilitateurs.

« Ce qui a rendu la collaboration si agréable, c’est le respect mutuel pour le travail qu’ils font en tant que professionnels et pour moi en tant que père. Mon rôle de père n’a pas été remis en question, il a simplement été reconnu. » (Parent 4).

Le parent 7 a vécu une attitude non jugeante envers son fils : « Je pense que [prénom] a vraiment été vu pour ce qu’il est, et pas comme un enfant difficile. À l’école, on lui colle souvent une étiquette, on le voit comme un fauteur de troubles, un enfant à problèmes. On le sort sans arrêt du groupe. Mais ce n’était pas le cas à [l’organisation]. »

Le parent 1 a résumé tous ces aspects : « La personne assise en face de moi était vraiment sympa. On a tout de suite eu des points communs, et elle a dit : “Je ne suis pas là pour vous juger”, c’est l’une des premières choses qu’elle a dites. “Je suis juste là pour regarder avec vous et pour vous aider.” Et ça, c’est déjà reçu très différemment de : “On est là pour relever vos erreurs.” »

Aucun élément de l’alliance thérapeutique mentionné par les parents et les enfants n’a été formulé uniquement comme un obstacle. Certains éléments ont été perçus à la fois comme facilitateurs et comme obstacles, selon l’expérience de chaque personne répondante. L’élément le plus souvent cité comme jouant ces deux rôles était la collaboration entre parent et personne professionnelle. Dans la plupart des récits, il s’agissait de la mesure dans laquelle les deux parties étaient alignées sur les objectifs et les approches de l’aide.

« On s’est souvent retrouvés en désaccord avec [l’organisation] : quand il faisait une crise là-bas, on imposait des conséquences à la maison pour montrer qu’on était sur la même ligne que [l’organisation] et qu’on ne tolère pas les comportements agressifs. Mais [l’organisation] n’était pas d’accord avec cette approche. » (Parent 14).

« On reçoit des conseils et des astuces, et oui, on est guidé dans une certaine mesure, mais toujours dans un esprit de respect mutuel. Ce qui comptait le plus pour moi, c’est qu’on était tous centrés sur [ma fille]. C’était elle le point central, pas moi, pas les professionnels. Ma fille était au cœur de tout, et pour moi c’était la partie la plus importante de la collaboration. » (Parent 4).

Facteurs liés à l’intervention. En évoquant leur expérience de l’aide reçue, parents et enfants ont repéré plusieurs éléments liés à l’intervention. La plupart ont été perçus comme facilitateurs. Le renforcement positif a été cité dans neuf entretiens.

« J’ai plus confiance en moi. Je suis une bonne mère, j’ai donné une bonne éducation à [mon fils]. Avant, je pouvais me sentir une mauvaise mère, mais l’accompagnement à domicile de [l’organisation] m’a dit : “Non, écoutez, vous vous en sortez vraiment bien.” On m’a dit que je pouvais toujours mettre les “lunettes de l’autisme” et que je sais exactement ce dont mon enfant a besoin. » (Parent 5).

« Je pouvais tout lui raconter, et on parlait beaucoup de ce que j’avais fait dans la semaine. Elle (la professionnelle) me disait que je pouvais être fière de moi, ce genre de choses. » (Enfant 10).

La psychoéducation et une meilleure compréhension des besoins individuels et des schémas de comportement de l’enfant ont été repérées comme facilitant l’efficacité perçue de l’aide.

« Il s’agissait surtout de [notre fille], qui avait 14 ans à l’époque. Elle a peut-être l’air d’avoir 18 ans, mais sur le plan émotionnel et social, c’est plutôt 6 à 9 ans. Et comment on fait avec ça ? Parce que c’est aussi une ado : elle veut repousser les limites comme les autres ados. Mais en réalité, on doit lui imposer des limites, la cadrer, parce que sur le plan émotionnel, elle ne peut tout simplement pas les gérer. C’est surtout là-dessus qu’on a travaillé : comment, en tant que parents, on fait avec ça ? » (Parents 12).

Certains éléments de l’intervention ont été vécus à la fois comme facilitateurs et comme obstacles, par exemple l’approche systémique. La plupart des parents ont décrit leur implication active dans l’aide apportée.

« Dès le tout début, on a été mis en lien avec la personne conseillère familiale, qui venait chez nous toutes les semaines ou toutes les deux semaines, selon nos besoins et les problèmes du moment. Ces séances apportaient un soutien sur mesure grâce à des entretiens réguliers. » (Parents 13).

Le parent 6 a toutefois souligné qu’une approche systémique lui avait manqué. « Je pense qu’ils sont plus centrés sur le soutien aux enfants, par exemple à travers les services d’aide et la psychiatrie. Mais pour les parents, c’est très limité. En gros, il faut prendre l’initiative soi-même, comme je l’ai fait à un moment, quand je suis allé voir un psychiatre. Mais c’était vraiment juste pour moi. »

D’autres éléments d’une approche systémique, comme l’implication du réseau social et le travail sur les questions intergénérationnelles, ont été qualifiés d’utiles.

« Et surtout la manière dont notre propre passé a façonné les choses jusqu’ici, et que notre passé ne doit pas forcément définir notre avenir. Ça a été un apprentissage majeur pour nous deux, et ça l’est encore, parce que ça joue toujours un rôle dans la tête. » (Parents 13).

« À un moment, on (la professionnelle et moi) a eu une réunion à l’école avec mon professeur référent, parce que j’étais souvent très fatiguée. On a discuté de ce que l’école pouvait faire pour aider, et ça a débouché sur une série d’entretiens à l’école. » (Enfant 10).

Facteurs organisationnels. Plusieurs éléments perçus exclusivement comme des obstacles étaient liés aux structures et aux processus organisationnels, par exemple la bureaucratie, la complexité des lois et règlements et les listes d’attente.

« Oui, mais ils (l’organisation) n’ont pas les moyens pour ça (les tests psychologiques). Alors ça doit passer par un autre circuit, un autre niveau, toutes sortes de choses, et c’est justement ce qui leur manque. Ils pourraient le faire, mais seulement si c’est un cas aigu. » (Parent 6).

« En gros, on criait à l’aide, et tout ce qu’on nous disait, c’était : “Vous êtes sur la liste d’attente.” (…). Et là, on se demande : qu’est-ce qu’on est censé faire en attendant ? Les enfants comme les parents doivent se débrouiller seuls. Il faut vraiment mettre quelque chose en place pour combler ce vide pendant l’attente. » (Parents 13).

Du point de vue de plusieurs parents, la collaboration interdisciplinaire coordonnée entre les personnes professionnelles qui intervenaient auprès de la famille a surtout été perçue comme un obstacle.

« Le fil rouge, c’était vraiment la communication (entre les différentes personnes professionnelles impliquées), qu’elle (la professionnelle) trouvait elle aussi très mauvaise. Elle disait : “C’est vous qui tirez toutes les ficelles, vous portez tout le système, et tous les autres se reposent sur vous, y compris la tutelle. C’est vous qui demandez : quand les rendez-vous seront-ils pris, quand quelqu’un d’autre va-t-il enfin prendre l’initiative ?” Elle aussi avait du mal avec ça. » (Parent 1).

La durée du parcours d’aide et le passage vers un suivi ont été perçus à la fois comme facilitateurs et comme obstacles. L’influence des autres membres du groupe résidentiel a de même été vécue à la fois comme un soutien positif des pairs et comme une influence négative sur le comportement et le bien-être de l’enfant. En outre, les connaissances et les compétences de la personne professionnelle ont été spécifiquement citées comme facilitateur.

« Le comportement que montraient les enfants (dans le groupe thérapeutique) : il (mon fils) se mettait souvent en colère ou faisait des crises. Ça ne veut pas dire que c’était toléré, mais l’équipe restait calme. Et peut-être que, d’une certaine manière, ils (les enfants) avaient le droit d’exprimer leur colère. Ils avaient le droit de montrer qu’ils étaient contrariés, et l’équipe savait exactement comment ramener [prénom] au bon moment, en disant quelque chose comme : “[Prénom], qu’est-ce qui s’est passé ? Comment tu pourrais gérer ça autrement la prochaine fois ?” » (Parent 7).

Facteurs individuels. Les parents ont décrit des caractéristiques individuelles, les leurs ou celles de leur enfant, comme facilitant ou entravant les résultats. Ils évoquaient en particulier des facteurs comme la motivation à s’engager dans l’aide, la persévérance et la capacité d’autoréflexion.

« Il devait voir une personne professionnelle de l’aide une fois par semaine, mais il ne l’a pas fait du tout. Il ne veut tout simplement pas. Quand je lui demande pourquoi, il dit : “Qu’est-ce que je suis censé faire là-bas ?” Je lui dis : “[Prénom], tu es obligé d’y aller. Si tu prends rendez-vous, la personne t’expliquera ce que vous allez faire et de quoi vous allez parler.” Mais ça ne l’intéressait pas. Il voulait juste traîner avec ses copains. » (Parent 9).

« J’ai toujours été très impliquée, très assidue en thérapie, je n’ai jamais manqué un rendez-vous. J’ai toujours réfléchi, je suis restée ouverte à l’aide, aux conseils, aux suggestions. Et quand ça coinçait, j’ai essayé de remettre le train sur les rails. Je ne me suis jamais dérobée à mes responsabilités, ni aux problèmes. Et même si on a rencontré beaucoup de méfiance et de revers dans le système d’aide, j’ai quand même réussi à retrouver confiance dans quelque chose de nouveau, à dire : “D’accord, on y va.” Je me suis aussi autorisée à être vulnérable dans ce processus. » (Parent 11).

Points de bascule. Dix familles ont indiqué avoir vécu un point de bascule net au cours du parcours d’aide à la jeunesse. En outre, trois familles, qui recoupent en partie le groupe précédent, ont décrit un point de bascule indirect. Sans le désigner explicitement comme tel, leurs récits faisaient apparaître un moment qui marquait un tournant important dans le cours de l’aide. Trois familles, en revanche, n’ont rapporté aucun point de bascule distinct, et ont plutôt décrit des changements survenus progressivement au fil du temps.

Après le codage des points de bascule, les codes ont été répartis selon les mêmes thèmes que les facilitateurs et obstacles perçus : (1) l’alliance thérapeutique, (2) les facteurs liés à l’intervention et (3) les facteurs organisationnels. Les facteurs individuels ont aussi été repérés comme un thème des points de bascule.

Les éléments liés à l’alliance repérés comme points de bascule comprenaient des interactions respectueuses et soutenantes, le sentiment d’être entendu et la perception que la personne professionnelle ne renonçait pas. Dans certains cas, ces qualités étaient visibles dès le premier contact, ce qui a aidé à transformer les réticences ou résistances initiales en confiance et en engagement.

« La peur et la stigmatisation liées au fait de demander de l’aide étaient importantes. Mais notre professionnelle a réussi à les dissiper complètement dès la toute première visite. Elle nous a donné une vraie confiance dans le processus d’accompagnement, (…) simplement en étant honnête, directe et sans tourner autour du pot. » (Parents 13).

Le fait de ressentir le soutien, la reconnaissance et l’esprit de décision de la personne professionnelle a été cité comme point de bascule :

« Elle (la professionnelle) a dit : “C’est une grosse réunion, je viens avec vous.” Pendant tout le processus, c’est elle qui a pris la parole la première pour dire : “On est assis ici avec tant de monde, et vous n’arrêtez pas de discuter de ce rapport. Je l’ai lu, mes collègues et moi l’avons parcouru sept fois, et on n’arrive toujours pas à lui donner un sens. Comment pouvez-vous continuer à débattre d’un rapport complètement incohérent ?” (…) C’était comme si une bombe avait explosé dans la pièce. C’est à ce moment-là qu’on est vraiment entrés dans le dialogue : pas seulement parler, mais avoir une vraie conversation qui a du sens. » (Parent 4).

Les points de bascule liés à l’intervention allaient des résultats d’un bilan psychologique apportant des éclairages précieux sur le développement cognitif, émotionnel et social de l’enfant au début d’un traitement médicamenteux régulant le comportement, en passant par une intervention précise visant à renforcer la sécurité. Parents comme enfants ont pu décrire ces points de bascule :

« R1 : Oui, les médicaments. Ça a vraiment fait la différence. (…) Je suis juste devenu beaucoup plus calme. Le traitement que j’ai maintenant m’aide à mieux me concentrer, je fais moins d’erreurs. » R2 : « À l’école, oui. Moins d’erreurs, moins en colère, voilà. Moins de drames. » (Parent et enfant 2).

« À un moment, plusieurs professionnels, [l’organisation], Safe at Home (Veilig Thuis, l’organisme néerlandais de lutte contre les violences domestiques et de protection de l’enfance) et la police ont envoyé un message au père pour lui dire que toute forme de contact, de quelque manière que ce soit, serait préjudiciable à l’enfant et à moi. La demande était donc de nous laisser tranquilles et de ne plus chercher à nous contacter. (…). On ne le voit plus, et ça apporte une grande paix. » (Parent 11).

« Ils (les professionnels) ont aussi envoyé une lettre disant qu’il (mon père) n’a plus le droit de me voir, et que si moi je veux le voir, c’est à moi de le dire. Depuis qu’ils ont envoyé cette lettre, ça va beaucoup mieux. » (Enfant 11).

Les facteurs organisationnels n’ont guère été perçus comme des points de bascule. Cependant, comme le montre la citation précédente, la collaboration interdisciplinaire est aussi apparue comme un point de bascule décisif.

« Finalement, [l’organisation] a contacté à la fois la police et Safe at Home pour dire : “Unissons nos forces, il faut que quelque chose se passe.” C’est là qu’on se sent vraiment renforcé. » (Parent 11).

Facteurs individuels. L’adolescente de l’entretien 8 a décrit un point de bascule en elle-même.

« J’ai vraiment eu un tournant. C’était vers juin, je crois. (…). J’étais coincée dans une spirale négative, et à un moment, il y a eu un déclic. J’ai compris que si je continuais comme ça, ça finirait mal. Je ne voulais plus vivre comme ça, tout était négatif. Et là, je me suis dit : bon sang. J’en ai vraiment marre. C’est à ce moment-là que j’ai su que je devais changer quelque chose. À partir de là, j’ai eu ce moment de bascule. Ça n’a pas marché tout de suite, mais j’ai commencé à essayer de faire tourner les choses dans un sens plus positif. » (Enfant 8).

Facteurs extra-thérapeutiques influant sur le bien-être et les résultats. À côté des facteurs liés à l’aide qui influaient sur les résultats positifs ou négatifs, parents et enfants ont parlé d’événements ou de conditions extérieurs à l’aide à la jeunesse qui ont néanmoins influé sur le bien-être de l’enfant, du parent ou du système familial, et donc, positivement ou négativement, sur les résultats de l’aide. Au cours du codage, ce thème a été repéré comme un facteur d’influence supplémentaire sur les effets perçus de l’aide et sur le bien-être de l’enfant, du parent ou de la famille. Quatre grands sous-thèmes ont été repérés : (1) les difficultés complexes de séparation, (2) les problèmes financiers et la pauvreté, (3) l’école et la collaboration entre l’école et les parents et (4) le réseau social de la famille, y compris les relations de couple et les contacts avec les pairs.

Dans plusieurs familles, des difficultés complexes de séparation ont influé sur le bien-être de l’enfant ou de la famille pendant et après l’aide.

« Je ne pense toujours pas qu’il (mon fils) ait surmonté son problème. (…). La peur est toujours là. Il dit qu’il ne veut plus dormir là-bas (chez son père). La peur, c’est que s’il n’y a personne, papa se remette à boire : même s’il dit qu’il ne le fera pas, il le fera quand même. “Quand je vais me coucher, c’est là qu’il commence”, dit-il. Donc il ne s’est pas défait de cette peur, et il n’a certainement pas retrouvé confiance. Ça, ce n’est pas encore là où ça devrait être. Et je pense que ça ne pourra changer que si la situation se représente. » (Parent 1).

« Ce soir-là, il (mon fils) a appelé mon compagnon pour lui demander s’il pouvait l’appeler “papa”. Je pense que c’était sa manière à lui de clore ce chapitre. Depuis, il n’en a plus du tout parlé. Ils n’ont jamais vraiment grandi avec lui, donc ils ne le connaissent pas vraiment. Je pense qu’il se dit : ça n’a plus d’importance. C’est aussi ce qu’il vient de dire (pendant l’entretien). Ça fait quand même mal, bien sûr, parce que c’est son père. » (Parent 2).

Les problèmes financiers et la pauvreté sont un facteur extra-thérapeutique qui influe sur le fonctionnement familial.

« Financièrement, on a du mal depuis des années. Je ne travaille pas, j’ai été déclarée inapte au travail, mais j’essaie maintenant de reprendre un travail. Les soucis financiers ont joué un rôle majeur, surtout pour [ma fille]. Sans doute aussi pour [mon fils], mais il l’exprime moins. Mais [ma fille], ça la touche vraiment. Elle veut travailler, alors qu’elle n’en est pas vraiment capable. Moi aussi, j’ai recommencé à travailler, alors que physiquement je n’en suis pas vraiment capable. Donc oui, c’est un facteur majeur qui apporte beaucoup d’agitation dans nos vies. » (Parent 8).

L’école et la collaboration entre l’école et les parents ont été citées à la fois comme un facteur positif et comme un facteur négatif.

« Il (mon fils) est passé d’une école ordinaire à un établissement d’enseignement spécialisé, ce qui a nettement renforcé sa confiance en lui. Avant, il était le dernier de sa classe, et maintenant il est le premier. Ça l’a vraiment aidé à prendre confiance et à s’affirmer, donc oui, ça a vraiment fait la différence. » (Parent 1).

« Le problème, c’est qu’après ça (après l’EMDR), il (mon fils) était encore souvent mis à la porte de la classe ou sorti du groupe. Donc d’une certaine manière, il se construisait un nouveau trauma. À chaque fois, il était de nouveau confronté à cette vieille douleur. Parfois, je me dis qu’il faudrait tout recommencer, pour qu’il puisse retrouver un peu confiance en lui. En ce moment, on le voit souvent comme celui qui pose problème. Il est en fait assez abîmé de ce point de vue. » (Parent 7).

Les réseaux sociaux qui entourent l’enfant ou la famille sont importants pour le soutien émotionnel et pratique.

« On a un couple qui sont des amis très proches à moi. Ils sont aussi les tuteurs légaux de mes enfants et le parrain et la marraine de [ma fille]. Dès le début, il a été une figure paternelle pour mes enfants et un soutien essentiel. Quand [ma fille] est revenue vivre à la maison et que j’avais du mal à faire face, elle pouvait aller chez eux. Ils prenaient des repas avec elle et lui apportaient un soutien émotionnel. Ils ont pris beaucoup sur eux, aussi pour mon fils. Chaque fois qu’il rencontre des difficultés, il leur en parle. Ils sont vraiment un filet de sécurité pour mes deux enfants. » (Parent 8).

« Ma tante, parce que [la personne professionnelle] est partie à ce moment-là, est devenue quelqu’un vers qui je pouvais me tourner. Avec [la personne professionnelle], j’ai cherché dans mon entourage quelqu’un avec qui je me sentais à l’aise pour parler, quelqu’un que je pouvais contacter quand ça n’allait pas. J’ai eu une conversation avec ma tante, et on s’est mises d’accord pour faire quelque chose ensemble toutes les deux semaines ou une fois par mois, comme promener le chien ou passer du temps ensemble. » (Enfant 10).

Les relations du réseau social peuvent cependant aussi constituer un obstacle, comme l’a rapporté le parent 14.

« C’est une situation difficile avec les grands-parents de Rotterdam, les parents de mon ex. En ce moment, on est en conflit grave (…). Leur manière d’éduquer en particulier, une approche très permissive, je suis fondamentalement en désaccord avec ça, surtout parce que ça ne marche tout simplement pas pour [mon fils]. »

Dans le réseau social, une (nouvelle) relation amoureuse du parent ou de l’enfant et des contacts positifs avec les pairs ont souvent été cités, le plus souvent comme facilitateurs.

« Il (mon fils) a un ami très proche. Au début, il avait plusieurs amis, mais on voit qu’il se concentre maintenant sur une amitié en particulier, qui a sur lui un effet apaisant et stimulant. » (Parent 7).

« Je suis avec lui (mon nouveau compagnon) depuis environ trois ans et demi. C’est quelqu’un de très calme et posé, et les enfants trouvent beaucoup de soutien auprès de lui, c’est quelque chose dont ils ont vraiment besoin. » (Parent 2).

Discussion

Les objectifs de cette étude étaient triples. D’abord, approfondir la compréhension des effets perçus de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille et, ensuite, des éléments perçus comme efficaces. Un troisième objectif était d’explorer les points de bascule tels que parents et enfants les ont vécus rétrospectivement. Les conclusions sur les effets perçus doivent être considérées comme exploratoires, puisque les données quantitatives se limitaient à une mesure de fin d’aide issue de la pratique et que l’échantillon de jeunes était restreint.

Les effets perçus de l’aide apportée

Les résultats quantitatifs comme qualitatifs indiquent que la majorité des parents ont rapporté des résultats positifs de l’aide à la jeunesse apportée. La plupart des effets perçus concernent le fonctionnement de l’enfant et le fonctionnement familial et, dans une moindre mesure, le fonctionnement parental. Les réponses des parents et des jeunes concordaient largement dans les données quantitatives, avec des proportions comparables de scores d’effet positifs dans les deux groupes. De même, les données qualitatives montraient un recoupement important entre les récits des parents et des jeunes quant aux améliorations, aux éléments utiles de l’intervention et aux principaux points de bascule.

Des différences entre les points de vue des parents et des jeunes ont cependant aussi été observées. En particulier, des vulnérabilités et des reculs du fonctionnement ont été rapportés par les parents, mais pas par les enfants. Une explication possible est que les enfants ont tendance à adopter une perspective plus centrée sur le présent et sont peut-être moins enclins à anticiper les conséquences futures, alors que les parents sont plus enclins à adopter une perspective de long terme, sensible aux risques (Steinberg et al., 2009).

Nos résultats sur les effets perçus concordent avec les recherches antérieures, quantitatives (par exemple Blankenstein et al., 2018 ; Damen et al., 2021 ; Nuntavisit et Porter, 2022) comme qualitatives (par exemple Hurley et al., 2020 ; Paradisopoulos et al., 2015), qui ont elles aussi constaté des effets positifs comparables de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille sur le fonctionnement de l’enfant, des parents ou de la famille.

Quant à la durabilité des effets perçus, les résultats positifs dans le fonctionnement de l’enfant et de la famille semblaient en général se maintenir. Plusieurs parents et enfants ont fait état d’améliorations notables et durables de l’estime de soi et du fonctionnement quotidien de l’enfant, dont une fréquentation scolaire régulière et des interactions positives avec les pairs.

Malgré ces changements positifs, les parents ont aussi rapporté des vulnérabilités dans le fonctionnement de l’enfant et de la famille. Pour le fonctionnement de l’enfant, les problèmes de développement ou de comportement n’avaient pas disparu mais étaient devenus plus gérables, soit parce que les problèmes de comportement ou émotionnels de l’enfant avaient diminué, soit parce que les parents avaient été aidés à mieux reconnaître les besoins de leur enfant et à y répondre. Aider les parents à comprendre les besoins de développement de l’enfant est un axe important de l’aide à la jeunesse, car la psychoéducation des personnes qui prennent soin de l’enfant et l’amélioration de leurs capacités d’adaptation produisent des résultats positifs (Pedersen et al., 2019). Cette intervention vise à renforcer encore le pouvoir d’agir des familles, en développant un plus grand sentiment de maîtrise de la vie familiale et en réduisant la charge parentale (Damen et al., 2021). D’autres difficultés persistantes concernaient les interactions sociales de l’enfant, son fonctionnement scolaire ou des questions traumatiques non résolues. La vulnérabilité du fonctionnement familial se traduisait surtout par des relations mutuelles fragiles ou des difficultés complexes de séparation persistantes, qui influaient sur le bien-être de l’enfant et de la famille. Fait notable, les parents ont surtout rapporté des vulnérabilités de leur propre fonctionnement quant à leur sentiment de bien-être, dont des niveaux élevés de stress parental et un besoin de soutien thérapeutique pour eux-mêmes. Cela suggère que si l’aide à la jeunesse tend à avoir des effets positifs sur le fonctionnement de l’enfant et de la famille, son impact sur le bien-être individuel des parents est plus limité.

Outre la persistance de problèmes de comportement de l’enfant, les vulnérabilités du fonctionnement des membres de la famille et du système familial dans son ensemble étaient influencées par des facteurs extra-thérapeutiques, comme des difficultés complexes de séparation et des difficultés financières. La perte de contact entre un enfant et un parent après la séparation, les problèmes de coparentalité, la consommation de substances par un parent et des violences persistantes ont été les plus souvent cités. Au-delà des risques inhérents que le divorce fait peser sur le développement des enfants (Caksen, 2022 ; D’Onofrio et Emery, 2019), un conflit parental persistant ou des problèmes de coparentalité après la séparation aggravent encore le niveau de stress, ce qui nuit au bien-être des enfants comme de leurs parents (Van der Valk et al., 2020). La pauvreté et les difficultés financières sont aussi des facteurs de risque pour les résultats chez l’enfant et dans la famille (Chaudry et Wimer, 2016). À l’inverse, les facteurs de protection cités pour le bien-être de l’enfant, des parents et de la famille comprenaient l’accès à un environnement scolaire adapté, une nouvelle relation de couple soutenante et la présence d’un réseau de soutien informel impliqué, pour l’enfant comme pour les parents. Un réseau social soutenant peut contribuer à réduire le stress parental et à améliorer le fonctionnement émotionnel et comportemental des enfants (Negi et Sattler, 2024 ; Nunes et al., 2022). L’activation du réseau social s’est révélée un élément efficace de l’aide (Visscher et al., 2022).

La persistance des vulnérabilités parentales interroge l’approche systémique de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille qui a été apportée. Bien que les parents aient été étroitement associés à presque tous les parcours, les thèmes abordés semblaient surtout porter sur l’amélioration du fonctionnement de l’enfant et de la famille et sur l’aide aux parents pour comprendre les besoins de développement de l’enfant. Les difficultés complexes de séparation ont été abordées, mais n’ont souvent pas pu être résolues, si bien que leur influence négative sur le fonctionnement de l’enfant et de la famille a persisté. D’autres facteurs qui influent sur le fonctionnement de l’ensemble du système, comme les besoins individuels des parents ou les problèmes financiers de la famille, ne faisaient pas explicitement partie du processus d’aide. Si l’approche systémique est au cœur de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille, les présents résultats suggèrent que sa mise en œuvre dans la pratique pourrait rester partielle. La vulnérabilité persistante des parents quant à leur propre bien-être pourrait constituer un facteur de risque de recul du fonctionnement de l’enfant et de la famille, puisque le fonctionnement parental est lié à l’un et à l’autre (Crnic, 2024 ; Packerd et al., 2020 ; Schleider et al., 2015). En outre, l’activation du réseau social de la famille est largement considérée comme une composante clé du renforcement de la résilience familiale et, par conséquent, de la durabilité des résultats de l’aide. Les résultats des entretiens suggèrent pourtant que cette composante n’a pas été traitée de manière suffisamment explicite dans les parcours d’aide. Les recherches futures pourraient donc examiner plus systématiquement dans quelle mesure la mobilisation du réseau social est mise en œuvre dans la pratique et comment elle se rapporte aux effets perçus à plus long terme de l’aide à la jeunesse.

Les éléments efficaces

Les résultats de cette étude concordent avec les éléments efficaces de l’aide à la jeunesse déjà repérés, et renforcent ainsi les données existantes sur ce qui contribue à des résultats positifs dans les interventions centrées sur la famille (Soenen et al., 2013 ; Todd et al., 2025 ; Visscher et al., 2022). Parmi les éléments perçus comme efficaces, la plupart des facteurs facilitateurs relevaient de l’alliance thérapeutique et du contenu de l’intervention. Parents et jeunes se sont en général sentis bien soutenus, et l’aide apportée correspondait le plus souvent à leurs besoins. À l’inverse, les facteurs entravants étaient surtout associés à des questions organisationnelles comme les listes d’attente, les procédures bureaucratiques et l’intervention de multiples personnes professionnelles, du fait de parcours successifs ou du renouvellement du personnel. Une notion perçue à la fois comme entravante et facilitatrice est la validation des parents et des jeunes (« être entendu »). Lorsqu’elle était vécue positivement, parents et jeunes se sentaient reconnus, compris et pris au sérieux (Wasson Simpson et al., 2022), grâce à des personnes professionnelles qui manifestaient de l’empathie, du respect et un intérêt sincère pour l’expérience et le point de vue des parents et des jeunes (Persson et al., 2016). À l’inverse, l’invalidation vécue par des parents (« ne pas être entendu ») traduit un manque de reconnaissance de leur expertise et de leur inquiétude au sujet de leur enfant (Nooteboom et al., 2020), ce qui peut conduire à des divergences de vues entre parents et équipes professionnelles, freiner leur collaboration (Barnhoorn-Bos et al., 2025) et, par conséquent, entraver les effets de l’aide. L’alignement et l’engagement entre parents et équipes, comme entre enfants et équipes, sont essentiels pour repérer les besoins d’aide et garantir l’efficacité des interventions (De Greef et al., 2016 ; Roest et al., 2023).

Les points de bascule

Les points de bascule (ou tournants) rapportés par les parents et les enfants étaient surtout associés à des facteurs liés à l’alliance thérapeutique et au contenu de l’intervention. L’attitude de la personne professionnelle, faite de bienveillance, de soutien au pouvoir d’agir, de respect et d’une approche non jugeante, a été plus d’une fois vécue comme un point de bascule positif au début de l’aide. Le bilan diagnostique et la reconnaissance des besoins de développement de l’enfant ont été cités comme points de bascule liés à l’intervention. D’autres influences, comme un traitement médicamenteux du comportement, une nouvelle relation soutenante ou la motivation propre d’une personne, ont toutefois aussi contribué à ces bascules, bien qu’elles échappent davantage à la maîtrise des services d’aide. Dans l’ensemble, aucun thème ni élément univoque n’a pu être dégagé quant aux points de bascule. Cela rejoint O’Brien (2020), qui a constaté que l’expérience d’un point de bascule est subjective, et qu’elle est repérée et interprétée différemment selon les personnes, même lorsqu’elles parlent de la même situation.

Pour mieux comprendre les tournants décisifs des parcours d’aide à la jeunesse, il est essentiel d’associer directement les enfants et les familles, en fin d’aide, à une réflexion sur la question de savoir si, quand et comment de tels moments charnières ont marqué leur parcours.

Implications pratiques

Bien que presque toutes les familles aient été activement associées au processus et aient fait l’expérience d’une approche centrée sur la famille, la méthode systémique en aide à la jeunesse reste un sujet de préoccupation. Une approche globale semble nécessaire pour intégrer à l’intervention des facteurs systémiques comme la pauvreté, l’influence de l’école et les réseaux sociaux. Des recherches antérieures ont mis en évidence un lien entre le recours des parents à un traitement en santé mentale et le recours à l’aide à la jeunesse (Batterink et Van Plaggenhoef, 2022). Il est donc décisif de prêter attention au bien-être parental, à la pauvreté et aux difficultés complexes de séparation, car ces facteurs influent sur le fonctionnement de l’enfant, qui peut à son tour influer sur la durabilité des résultats de l’aide. La collaboration avec les écoles et les réseaux informels devrait faire partie intégrante de cette approche. Si certains cas témoignent d’une telle intégration, elle ne semble pas encore être une pratique courante. Une équipe d’aide pluridisciplinaire est nécessaire pour prendre en compte ces facteurs, soutenir les familles confrontées à des vulnérabilités persistantes et renforcer l’impact à long terme.

Le nombre de familles confrontées à des difficultés complexes de séparation est frappant. Cela rejoint les résultats de Batterink et Van Plaggenhoef (2022), qui montrent que les enfants de parents divorcés recourent beaucoup plus souvent à l’aide à la jeunesse que ceux de familles non séparées. Les entretiens de cette étude révèlent que l’impact de ces difficultés persiste au-delà de la fin de l’aide, puisque les deux parents restent, visiblement ou invisiblement, liés à l’enfant (Harman et al., 2022 ; Xerxa et al., 2020). Il est donc essentiel que la capacité à faire face à ces difficultés liées à la séparation soit suivie ou travaillée dans les services de suivi après l’aide, pour les enfants comme pour les parents.

Si les parents se sont dits satisfaits de l’aide reçue et ont constaté des résultats positifs, des vulnérabilités persistantes demeuraient, qui affectaient le fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille et faisaient peser un risque de dégradation. Un soutien ou un suivi continu paraît essentiel pour prévenir les reculs. Une nouvelle orientation vers l’aide à la jeunesse n’est pas problématique en soi, car de nouvelles phases du développement de l’enfant peuvent demander une aide renouvelée. Un déclin grave peut toutefois être atténué si les familles restent visibles pour les services et si une intervention rapide est possible en cas de besoin.

L’importance, comme élément d’intervention, d’une meilleure compréhension du comportement et des besoins de l’enfant ressortait à la fois des données quantitatives et qualitatives. Cela semble particulièrement important et d’une valeur ajoutée en aide à la jeunesse, pour les parents comme pour les enfants, dans une perspective de pouvoir d’agir et de durabilité des effets (Damen et al., 2021 ; Pederson et al., 2019).

Cette étude montre l’importance d’une alliance thérapeutique positive et d’un contenu d’intervention adapté. Pour les futures personnes professionnelles, la formation devrait viser explicitement le développement des compétences de construction de l’alliance et des compétences méthodologiques. Solliciter des retours intermédiaires au moyen d’un traitement guidé par les retours (feedback-informed treatment) favorise l’alignement et le consensus entre parents, enfants et équipes professionnelles, et améliore ainsi les résultats de l’aide (Tam et Ronan, 2017).

Dernière implication : les politiques et les structures organisationnelles doivent s’attaquer aux obstacles à l’aide, qui étaient surtout liés à des facteurs organisationnels. Il est recommandé d’améliorer la collaboration entre les services de santé mentale pour adultes destinés aux parents et les services de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent destinés à leurs enfants, tout en prenant en compte d’autres facteurs contextuels (Stolper et al., 2024). En outre, proposer une aide provisoire pendant les périodes d’attente pourrait renforcer chez les parents et les jeunes le sentiment d’être soutenus, ainsi que leur disposition et leur motivation pour l’intervention à venir.

Forces et limites

Dans cette étude, des méthodes quantitatives et qualitatives ont été utilisées pour mieux comprendre les effets perçus de l’aide à la jeunesse. Le volet qualitatif a été délibérément privilégié par rapport au volet quantitatif. Dans l’évaluation d’interventions à composantes multiples, l’expérience subjective des personnes qui reçoivent l’aide est essentielle à côté des données quantitatives, car une approche narrative qualitative met au jour des aspects de l’aide que les mesures quantitatives ne saisissent pas, comme le sentiment de confiance et de reconnaissance vécu (Busetto et al., 2020 ; Verheijen et al., 2025).

L’échantillon reflétait des points de vue variés, dont ceux de familles avec des enfants plus jeunes et plus âgés bénéficiant d’une aide ambulatoire, résidentielle ou semi-résidentielle. Des expériences d’aide volontaire comme d’aide contrainte y étaient représentées. Cette démarche visait à saisir un large éventail d’expériences de parents et de jeunes quant aux résultats et aux éléments perçus comme efficaces de l’aide.

Recruter un nombre suffisant de familles pour les données qualitatives s’est révélé difficile, beaucoup n’ayant pas répondu à l’invitation ou ayant refusé de participer. Quatorze familles ont néanmoins accepté de partager leur expérience, le plus souvent positive quant aux effets perçus et aux éléments efficaces. Cela pourrait suggérer un biais d’échantillonnage, reflétant peut-être un stress parental plus faible et des résultats plus favorables parmi les familles participantes. Plusieurs aspects semblent toutefois atténuer ce biais. D’abord, pour élargir le champ dès le départ, un questionnaire a été utilisé en plus des entretiens, ce qui a permis de recueillir un éventail de réponses plus large. Les données quantitatives indiquaient elles aussi des effets positifs selon les parents et les jeunes. En outre, le recrutement invitait explicitement des familles ayant eu des expériences positives comme négatives. Plusieurs familles ont fait part non seulement de résultats positifs, mais aussi de difficultés dans l’aide et de vulnérabilités persistantes après l’intervention, ce qui suggère une représentation équilibrée des expériences. Enfin, l’échantillon qualitatif reflétait des tendances plus larges observées dans les données de l’aide à la jeunesse, comme des antécédents d’aide et des besoins d’aide persistants chez les familles concernées (Statistics Netherlands, 2024). La prudence reste toutefois de mise quant à la représentativité de l’échantillon pour l’ensemble des familles bénéficiant d’une aide à la jeunesse centrée sur la famille.

Outre l’expérience des parents, il a semblé important d’inclure le point de vue des jeunes sur les effets perçus, les éléments efficaces et les points de bascule. L’échantillon de jeunes était cependant réduit, tant pour le volet quantitatif que pour le volet qualitatif. Bien que des éclairages précieux sur leur expérience aient été obtenus, la petite taille de l’échantillon invite à interpréter ces résultats avec prudence et à les considérer comme préliminaires.

Implications pour la recherche future

Compte tenu de l’impact limité de l’aide à la jeunesse sur le fonctionnement parental, malgré la relation bien établie entre le bien-être parental et les résultats chez l’enfant (Batterink et Van Plaggenhoef, 2022 ; Crnic, 2024), les recherches futures devraient approfondir la manière dont l’aide à la jeunesse touche les parents individuellement. Une question clé est de savoir pourquoi l’aide à la jeunesse semble moins bénéfique pour le sentiment de bien-être des parents. Pour mieux comprendre, il importe d’examiner les situations où les parents bénéficient d’une aide individuelle en plus de l’aide à la jeunesse, et de déterminer comment l’une et l’autre influent sur le fonctionnement parental.

En particulier, la recherche devrait repérer les facteurs qui facilitent ou freinent l’aide individuelle aux parents lorsqu’elle est apportée en même temps que l’aide à la jeunesse, et déterminer si ces facteurs relèvent de l’alliance thérapeutique, de l’intervention elle-même ou d’aspects organisationnels (par exemple les listes d’attente, le calendrier ou le contenu de l’intervention auprès des parents). Le moment de l’aide aux parents par rapport à l’aide à la jeunesse mérite aussi l’attention. Par hypothèse, traiter les facteurs de stress parentaux, comme des problèmes de santé mentale ou des difficultés financières, avant le début de l’aide à la jeunesse pourrait favoriser de meilleurs résultats pour les parents, et créer ainsi des conditions propices à la progression dans les parcours d’aide à la jeunesse. À l’inverse, commencer par l’aide à la jeunesse pourrait alléger la charge parentale, et ainsi améliorer le fonctionnement parental et accroître les effets d’une aide individuelle ultérieure.

Les recherches futures devraient examiner quel ordre, aide individuelle aux parents suivie de l’aide à la jeunesse ou l’inverse, produit les résultats les plus durables pour les enfants et les familles. Il conviendrait en outre d’examiner la valeur ajoutée de l’aide intégrée aux parents et aux jeunes, récemment mise en place aux Pays-Bas (Stolper et al., 2024), quant à son impact sur le fonctionnement de l’enfant, des parents et de la famille dans son ensemble.

Conclusion

Cette étude a exploré l’impact vécu de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille du point de vue des parents et des enfants, en se concentrant sur les effets perçus, les éléments facilitateurs et entravants et les points de bascule. Les résultats quantitatifs indiquent que la majorité des personnes participantes jugent l’aide efficace, en particulier en termes d’amélioration du fonctionnement de l’enfant et de la famille et des compétences parentales. Les données qualitatives révèlent que si la plupart des familles connaissent des changements significatifs, des vulnérabilités dans le fonctionnement de l’enfant et de la famille, et surtout dans le bien-être parental, persistent au-delà du parcours d’aide. Les éléments efficaces relèvent surtout de l’alliance thérapeutique et du contenu de l’intervention, tandis que des obstacles organisationnels comme les listes d’attente et la complexité des lois et règlements freinent les résultats. Les points de bascule perçus sont liés à des interactions professionnelles respectueuses, à des éclairages diagnostiques et à des événements extra-thérapeutiques. Les résultats de cette étude soulignent l’importance d’une approche systémique attentive aux besoins des parents et aux facteurs contextuels. Pour mieux comprendre les effets perçus et les points de bascule, il est essentiel d’associer directement les enfants et les familles à la réflexion sur l’aide à la jeunesse.

Disponibilité du matériel et/ou du code

Le matériel et/ou les codes sont disponibles sur demande auprès de l’équipe de recherche.

Complexe Systémique : à retenir

Cette étude rappelle utilement qu’« approche systémique » et « parents impliqués » ne sont pas synonymes. Les familles néerlandaises interrogées disent que l’aide a marché pour l’enfant et pour le climat familial, et c’est surtout la qualité du lien qui a compté : être pris au sérieux, décider ensemble, une personne qui ne lâche pas, un bilan qui fait enfin comprendre l’enfant. Mais plusieurs mois après la fin de l’aide, ce sont les parents qui vont mal : épuisés, en besoin de soin pour eux-mêmes, pris dans des séparations conflictuelles, des dettes ou des grands-parents en désaccord, toutes choses restées hors du cadre. Les points de bascule, eux, échappent souvent au dispositif : un médicament, un nouveau compagnon, une lettre commune de plusieurs services, une adolescente qui « en a marre ». Pour la clinique systémique, la leçon est de traiter le parent comme une partie du système à soigner, pas seulement comme un levier. Les limites sont celles d’un petit échantillon volontaire, probablement plus favorable que la moyenne, et d’une mesure quantitative prise une seule fois. À lire avec l’étude sur des soins sur mesure pour les familles aux problèmes multiples, et avec l’article sur la contribution des thérapeutes à l’alliance dans le traitement familial à domicile.

Notes de l’original

Financement. Cette étude a été financée par l’Organisation néerlandaise pour la recherche et le développement en santé (ZonMw), subvention no 10190022010007, ainsi que par Sterk Huis et Combinatie Jeugdzorg (sans numéro de subvention).

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir connaissance d’aucun intérêt financier concurrent ni d’aucune relation personnelle qui auraient pu sembler influencer le travail présenté dans cet article.

Approbation éthique. Le projet de recherche « What happens afterwards ? » a été approuvé par le comité d’éthique de la recherche de l’université de Tilburg (numéro de référence RP 245).

Consentement. Tous les parents et les enfants ayant participé au projet « What happens afterwards ? » ont signé un consentement éclairé à leur participation.

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Traduction non officielle en français de Comprendre l’impact de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille : effets, éléments efficaces et points de bascule vécus par les parents et les jeunes, par Bernadette M. Janssen, Jolanda J. P. Mathijssen, Heleen I. J. Sillekens, Judith P. M. van Vugt et Hedwig J. A. van Bakel, Child and Adolescent Social Work Journal, publication en ligne anticipée (2026), doi : 10.1007/s10560-026-01164-9, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux en listes, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Understanding the Impact of Family-Focused Youth Care: Examining Outcomes, Effective Elements and Tipping Points as Experienced by Parents and Youth », publié dans Child and Adolescent Social Work Journal (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Janssen, B. M., Mathijssen, J. J. P., Sillekens, H. I. J., van Vugt, J. P. M., et van Bakel, H. J. A. (2026). Comprendre l’impact de l’aide à la jeunesse centrée sur la famille : effets, éléments efficaces et points de bascule vécus par les parents et les jeunes (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/comprendre-l-impact-de-l-aide-a-la-jeunesse-centree-sur-la-famille-effets-elements (Œuvre originale publiée en 2026 dans Child and Adolescent Social Work Journal (2026), publication en ligne anticipée ; republiée en 2026 par Child and Adolescent Social Work Journal, https://link.springer.com/article/10.1007/s10560-026-01164-9)

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