Journal of Child & Adolescent Trauma · Famille
Quatre mères d’un kibboutz proche de Gaza, déplacées après l’attaque du 7 octobre 2023, racontent ce que la guerre a fait à leur parentalité : seules dans l’abri, des enfants qui grandissent d’un coup ou ne lâchent plus leurs parents, des moments où l’on reste sans voix. La communauté d’accueil, d’abord refuge, devient aussi une source de tension. Tamar Hadar plaide pour soutenir les parents comme des personnes survivantes à part entière.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « Sans voix devant mes enfants » : une analyse thématique de l’expérience de parents pendant la guerre et le déplacement, par Tamar Hadar, publié dans Journal of Child & Adolescent Trauma (Springer) (2026), doi : 10.1007/s40653-026-00974-4, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; la hiérarchie des intertitres de la section des résultats a été harmonisée ; les déclarations de fin d’article (remerciements, financement, éthique, consentement, recours à l’IA, liens d’intérêts) sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Soutenir les enfants au lendemain de la guerre et du déplacement ne peut être séparé du soutien aux parents à qui l’on demande de porter, d’interpréter et de réguler pour eux la réalité traumatique.
Tamar Hadar
Résumé
L’attaque terroriste du 7 octobre 2023 en Israël et le déplacement massif de population qui a suivi ont provoqué chez les familles des crises psychologiques aiguës et sans précédent. Si l’impact de la guerre et de la migration forcée sur les enfants est bien documenté, on sait beaucoup moins comment les parents, et en particulier les mères, parviennent à continuer de prendre soin de leurs enfants sous une menace aussi extrême et persistante. Cette étude explore l’expérience vécue de mères israéliennes déplacées, en se centrant sur les dimensions émotionnelles, relationnelles et fonctionnelles de la parentalité pendant et après le trauma. Des entretiens approfondis semi-directifs ont été menés auprès de quatre mères israéliennes déplacées avec leurs enfants à la suite de l’attaque. Les entretiens ont été transcrits mot pour mot et soumis à une analyse thématique selon une démarche inductive, avec une attention particulière aux récits émotionnels, aux pratiques de soin et aux perceptions tant du foyer détruit que des lieux d’accueil. Trois thèmes se sont dégagés : (A) Seule dans l’abri : le poids de la parentalité solo pendant l’attaque, la guerre et le déplacement ; (B) De la parentalité régulée à la parentalité fragmentée ; et (C) L’arme à double tranchant de la communauté d’accueil. Ensemble, ils dépeignent une tension émotionnelle intense, des identités parentales déstabilisées, une maturité accélérée ou une dépendance accrue des enfants, et une expérience ambivalente des communautés d’accueil, à la fois protectrices et déstabilisantes. Dans ce contexte, la parentalité implique à la fois une protection incessante et une lente érosion émotionnelle. Les mères oscillaient entre maîtrise de soi et effondrement, souvent avec un soutien institutionnel limité. Les résultats soulignent la nécessité d’interventions informées par le trauma et ancrées dans la relation, qui reconnaissent les parents comme des personnes survivantes à part entière et qui placent leur régulation émotionnelle, leur fonctionnement réflexif et la restauration de leur cohérence parentale au cœur du rétablissement familial.
Mots-clés : guerre, déplacement, parentalité, trauma, communauté d’accueil
L’attaque terroriste du 7 octobre 2023 en Israël et le déplacement massif de civils qui a suivi ont créé une rupture sans précédent dans la vie familiale, les routines de soin et la sécurité psychologique. Si la recherche sur l’impact de la guerre et de la migration forcée a de plus en plus mis en évidence la vulnérabilité des enfants (Bürgin et al., 2022 ; Hazer et Gredebäck, 2023), on a accordé bien moins d’attention à l’expérience vécue des parents, en particulier des mères, à qui il revient de prendre soin de leurs enfants dans des conditions de stress extrême, d’incertitude et de séparation. La détresse parentale a été identifiée comme un prédicteur clé du fonctionnement familial en temps de crise (Alfasi et al., 2025), et la parentalité solo est apparue comme un facteur de risque particulièrement aigu. Les mères servent souvent à la fois de régulatrices émotionnelles1 et de remparts protecteurs pour leurs enfants, mais leurs propres récits de submersion, de fragmentation des rôles et de rupture relationnelle restent peu explorés (Feldman et Vengrober, 2011 ; Gillespie et al., 2022). Des lacunes semblables ont été relevées dans les travaux du Moyen-Orient et de Palestine, où les parents de Gaza, de Cisjordanie et des zones de conflit voisines portent d’immenses charges émotionnelles et pratiques en tentant de protéger leurs enfants sous le siège, les frappes de missiles et un déplacement prolongé (Akesson et Sousa, 2020 ; Hamamra et al., 2025 ; Thabet et al., 2008). Cette étude explore la manière dont des mères israéliennes ont traversé la parentalité dans le sillage de la terreur et du déracinement, en éclairant les tensions émotionnelles, relationnelles et fonctionnelles qui ont pesé sur les parents pendant et après la crise. Au moyen d’entretiens qualitatifs approfondis et d’une analyse thématique, l’étude examine comment le trauma, la perte du foyer et l’effritement des soutiens sociaux ont reconfiguré l’identité parentale, la régulation émotionnelle et les dynamiques parent-enfant.
La guerre accroît considérablement le stress parental, ce qui conduit à des comportements comme la surprotection et une moindre réactivité émotionnelle envers les enfants (Conway et al., 2013). Ce stress est encore aggravé par le déplacement, les difficultés financières et la perturbation des rôles familiaux, qui rendent difficile pour les parents d’offrir de la stabilité (Bayer et Shtudiner, 2023 ; Wang et Pullman, 2019). L’exposition à la guerre peut aussi entraîner chez les parents des troubles de santé mentale comme le TSPT et la dépression, qui nuisent à leur capacité à réguler leurs propres émotions et celles de leurs enfants (Eltanamly et al., 2021). Il peut en résulter une parentalité plus dure, moins de chaleur et davantage d’hostilité dans les interactions parent-enfant (Suardi et al., 2017). Au-delà de ces effets sur les comportements parentaux, des recherches récentes soulignent que la manière dont les parents perçoivent la guerre a elle-même une portée clinique. Dans une étude qualitative menée auprès de parents en Israël pendant le premier mois de la guerre qui a suivi l’attaque du 7 octobre, les parents décrivaient la guerre à travers des expériences de choc, d’incertitude, de vigilance, d’abandon, d’impuissance, de peur pour soi et pour les autres, et d’inquiétude face à un avenir inconnu, et évaluaient aussi leur propre fonctionnement parental dans des conditions de complexité et d’incertitude aiguës (Mijalevich-Soker et Taubman-Ben-Ari, 2025). Diverses études ont souligné l’importance des pratiques parentales, qui peuvent soit atténuer soit intensifier les effets d’un trauma de masse sur l’adaptation des enfants (Joffe et al., 2025 ; Gewirtz et al., 2008 ; Hoffman et Shrira, 2019 ; Möllerherm et al., 2025 ; Murphy et al., 2017 ; Pat-Horenczyk et al., 2012). En s’appuyant sur un large éventail d’études, Murphy et al. (2017) ont examiné la dynamique complexe des relations familiales en contexte de guerre et exploré comment le trauma de guerre affecte non seulement la santé mentale des parents, mais aussi leurs pratiques parentales, qui influent à leur tour sur le bien-être psychologique et émotionnel des enfants. L’équipe a relevé que les parents ayant vécu des événements de guerre traumatiques peuvent présenter des changements importants dans leur comportement et leur style parental. Ces expériences peuvent se traduire par davantage d’autoritarisme, d’hésitation et de retrait dans les interactions parent-enfant. À l’inverse, certaines mères, après avoir vécu des événements traumatiques, peuvent devenir moins strictes et exercer moins de contrôle, ce qui modifie la dynamique des interactions mère-enfant.
Plusieurs travaux (par exemple Joffe et al., 2025 ; Khamis, 2016 ; Mladenović et al., 2021) ont montré que la détresse psychologique parentale joue un rôle de médiateur dans la relation entre le trauma de guerre et les troubles émotionnels et comportementaux des enfants, en montrant que la détresse psychologique des parents peut prédire la probabilité de troubles chez les enfants. Dans une recherche sur l’impact à long terme d’un événement traumatique comme les attentats du 11 septembre (Chemtob et al., 2010), l’équipe a non seulement mis en évidence son effet sur les parents, mais aussi souligné les graves conséquences psychologiques pour leurs enfants. L’étude insistait sur la nécessité de prendre en compte la transmission intergénérationnelle des effets du trauma, en notant en particulier que les enfants sont plus exposés à la détresse psychologique lorsqu’ils sont confrontés à la fois à une dépression et à un TSPT maternels. Dans le même temps, la parentalité ne doit pas être comprise seulement comme un lieu d’impact, mais aussi comme un médiateur possible du devenir des enfants. La détresse parentale liée à la guerre peut compromettre la chaleur, la disponibilité émotionnelle, les routines et la discipline, et ainsi transmettre ou intensifier la détresse des enfants. À l’inverse, des soins sensibles, prévisibles et émotionnellement régulés peuvent amortir l’exposition des enfants au danger et soutenir leur résilience (Gewirtz et al., 2008 ; Murphy et al., 2017 ; Pat-Horenczyk et al., 2012).
L’impact développemental du trauma dans la petite enfance ne peut pas se comprendre uniquement au regard de l’événement déclencheur. Que la menace vienne de la guerre, du déplacement forcé, de la violence interpersonnelle, de la négligence ou de soins effrayants, le trauma précoce peut compromettre les systèmes d’attachement2 et de relation par lesquels l’enfant développe ordinairement un sentiment de sécurité, de confiance et de régulation émotionnelle. Le trauma dans la petite enfance attaque simultanément le système d’attachement et le cerveau en développement (Schore, 2009). Des expériences répétées de peur, d’incohérence ou de soins effrayants perturbent l’attente que l’enfant a d’une figure parentale sûre et émotionnellement disponible, ce qui augmente la probabilité d’un attachement insécure ou désorganisé et affaiblit la capacité à se servir des adultes comme d’une base de sécurité pour explorer et se réguler. Parallèlement, le stress chronique remodèle les circuits neuronaux de la détection de la menace et de la régulation des émotions (par exemple l’amygdale, l’hippocampe, le cortex préfrontal), ce qui entraîne des schémas d’hyperactivation ou de dissociation qui entravent l’attention, l’apprentissage et l’intégration de l’expérience. Ensemble, ces perturbations relationnelles et neurobiologiques compromettent le sentiment de soi naissant des enfants, leur capacité à réguler leurs affects et leurs trajectoires de développement dans les domaines émotionnel, social et cognitif (Díaz et al., 2024 ; Lanius et al., 2018 ; Perl et al., 2023 ; Ressler et al., 2022 ; Schore, 2009).
Le trauma, en particulier la violence interpersonnelle chronique et des soins effrayants ou incohérents, attaque l’attachement en brisant l’attente du jeune enfant que la figure parentale soit protectrice, émotionnellement disponible et réactive de façon fiable, ce qui déstabilise les premiers liens d’attachement (Lieberman et Van Horn, 2005 ; Lieberman et Horn, 2008). Avec le temps, ces expériences sont intériorisées sous forme de peur et de confusion au sein du système d’attachement, ce qui augmente la probabilité de schémas d’attachement insécures ou désorganisés et limite la capacité de l’enfant à se servir des figures parentales comme d’une base de sécurité pour l’exploration et la régulation des affects (Lieberman et Van Horn, 2005 ; Lieberman et Horn, 2008).
Des travaux régionaux menés auprès de familles israéliennes et palestiniennes montrent en outre comment la violence politique et l’insécurité chronique pénètrent les systèmes familiaux. Des études longitudinales auprès de jeunes en Israël et en Palestine montrent que l’exposition à la violence ethnique et politique accroît la dépression parentale et l’agressivité entre les parents, qui à leur tour renforcent les châtiments corporels sévères et prédisent l’agressivité ultérieure des jeunes (Dubow et al., 2025). À Gaza, parents et enfants font fréquemment état de niveaux élevés d’exposition au trauma, de symptômes de TSPT et d’anxiété (Thabet et al., 2008), et des travaux qualitatifs décrivent les mères et les pères comme des « gardiens de la nuit », qui surveillent le danger et apaisent des enfants en détresse tout en faisant face à leurs propres troubles du sommeil et à leur peur (Hamamra et al., 2025). Dans des familles syriennes et palestiniennes réfugiées et récemment déplacées, des études décrivent de même chez les parents une souffrance psychologique intense, du deuil et une perte d’efficacité parentale, en même temps qu’un fort engagement moral à protéger, réconforter et guider les enfants à travers la guerre et le déplacement (Akesson et Sousa, 2020).
Exercer la parentalité dans des conditions de déplacement forcé pose un ensemble complexe de défis émotionnels, relationnels et environnementaux. Un nombre croissant de recherches souligne le potentiel des interventions centrées sur les personnes qui prennent soin des enfants pour soutenir les familles déplacées ; les résultats suggèrent toutefois que ces programmes n’atteignent souvent qu’un succès partiel : si certaines interventions ont amélioré le bien-être maternel et réduit la détresse des parents (Dybdahl, 2001 ; Morris et al., 2012 ; Ponguta et al., 2020), leur impact sur des dynamiques relationnelles plus larges, comme la réactivité parentale, les pratiques éducatives et l’ajustement émotionnel et comportemental des enfants, reste inégal (Stark et al., 2018).
Cette variabilité montre le besoin de programmes de soutien à la parentalité qui aillent au-delà des stratégies comportementales pour traiter des processus émotionnels plus profonds, notamment la régulation émotionnelle des parents et la gestion du stress (Gillespie et al., 2022). Surtout, un soutien efficace doit aussi tenir compte des besoins fondamentaux des familles, comme la sécurité, l’alimentation et l’accès aux soins médicaux, en particulier dans un contexte de crise aiguë ou prolongée, un besoin souvent négligé dans les pays à revenu élevé.
La présente recherche porte sur l’influence de la guerre et du déplacement sur la parentalité, et vise à explorer les effets émotionnels, psychologiques et relationnels, intriqués, du trauma et du déplacement sur les parents, en particulier les mères. Dans une perspective qualitative, l’étude a cherché à mettre au jour la manière dont le bouleversement lié à la guerre a remodelé les capacités de soin, la disponibilité émotionnelle et les relations parent-enfant au lendemain de l’attaque du 7 octobre. Plutôt que d’évaluer les résultats d’interventions précises, le but était de donner voix à l’expérience vécue des parents, en mettant en lumière les intersections entre la détresse personnelle, la perturbation des routines et l’effort constant pour maintenir un sentiment de lien et de sécurité pour leurs enfants au milieu de l’incertitude.
Le 7 octobre 2023, le Hamas a lancé une attaque terroriste brutale contre des communautés israéliennes proches de la frontière de Gaza, qui a fait plus de 1 200 morts et entraîné l’enlèvement de plus de 250 personnes (Palgi et al., 2024). Depuis l’attaque, des études ont fait état d’une forte hausse de la détresse psychologique dans la population israélienne, avec des taux accrus de TSPT, d’anxiété, de dépression et d’idées suicidaires (Levi-Belz et al., 2024).
Il existe une abondante littérature sur l’effet dévastateur de la guerre sur l’état social, émotionnel et cognitif des enfants (Beehler et al., 2012 ; Betancourt et al., 2012 ; Hazer et Gredebäck, 2023). En revanche, l’impact des expériences liées à la guerre sur la parentalité, et par conséquent le rôle des pratiques parentales comme médiatrices de l’influence globale de la guerre sur le bien-être des enfants, ont été nettement moins discutés dans la littérature. Cette lacune est d’autant plus frappante qu’elle contraste avec l’essor rapide de travaux régionaux qui documentent comment des parents en Israël, en Palestine et en Syrie tentent de maintenir la cohésion de leur famille sous les bombardements et dans le déplacement (Akesson et Sousa, 2020 ; Dubow et al., 2025 ; El-Khani et al., 2017 ; Hamamra et al., 2025 ; Thabet et al., 2008).
La présente étude vise à combler cette lacune en explorant le point de vue de parents qui ont vécu des événements de guerre extrêmes et un déplacement pendant six mois. Examiner l’expérience directe des parents peut éclairer les besoins de ces familles et orienter la conception d’interventions centrées sur les parents dans les contextes de guerre et de déplacement. Les questions de recherche étaient les suivantes :
Cette étude s’inscrit dans un cadre épistémologique interprétativiste et constructiviste (Crotty, 1998). Dans cette perspective, les récits des participantes sont compris comme des récits situés, à travers lesquels s’expriment des significations vécues, incarnées, relationnelles et affectives. L’étude cherche à comprendre comment les participantes [donnent sens à] leurs expériences dans le contexte du trauma et du déplacement. Les thèmes sont donc considérés comme des constructions interprétatives produites par les récits des participantes, le contexte de l’entretien et l’engagement réflexif de l’équipe de recherche avec les données (Crotty, 1998).
La lecture que l’autrice fait du matériau est façonnée par sa position de musicothérapeute israélienne, blanche, formée en Occident, et par sa propre proximité avec les événements du 7 octobre 2023 et leurs suites. L’autrice n’a pas abordé les entretiens en observatrice neutre, extérieure à la réalité traumatique décrite par les participantes, mais en chercheuse et clinicienne dont le savoir professionnel, national, émotionnel et incarné a inévitablement nourri le processus d’analyse. Dans les mois qui ont suivi l’attaque, l’autrice a travaillé comme musicothérapeute auprès de familles déplacées en Israël, une expérience qui a affiné sa sensibilité aux façons dont le trauma peut se loger non seulement dans les mots, mais aussi dans le silence, les états corporels, les schémas relationnels rompus et une présence musicale altérée.
Cette proximité était à la fois une ressource et une limite. Elle a permis une compréhension accordée des contextes sociopolitiques, familiaux et thérapeutiques dans lesquels se déployaient les expériences des participantes, tout en exigeant une attention réflexive constante aux présupposés, aux identifications et aux résonances émotionnelles introduits dans l’analyse. Dans cette posture épistémologique, les résultats ne sont pas présentés comme des vérités objectives découvertes dans les données, mais comme des interprétations situées, produites par les récits des participantes, la rencontre de recherche et l’engagement réflexif de l’autrice elle-même avec le matériau. Cela n’enlève rien à la réalité des événements traumatiques ni à leurs conséquences ; cela reconnaît plutôt que les significations du trauma et du déplacement se comprennent à travers des prismes relationnels, culturels, historiques et incarnés.
L’étude a porté sur quatre familles déplacées de leur kibboutz, proche de la frontière de Gaza, à la suite de l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023. Les familles ont été relogées temporairement dans un village du nord d’Israël, dans le cadre d’un programme national de réhabilitation d’urgence.
Une clinique a été créée spécialement pour les membres du kibboutz déplacé et a offert un soutien thérapeutique aux familles pendant la période de déplacement. La plupart des familles de la communauté ont suivi une thérapie, d’une durée variable : certaines n’ont bénéficié que de quelques séances, d’autres ont participé à des interventions thérapeutiques plus longues. Les séances offraient un cadre soutenant et contenant dans lequel les familles pouvaient commencer à approcher et à élaborer leurs expériences récentes. Bien que la présente étude n’ait pas visé à évaluer l’intervention elle-même, l’engagement récent des mères dans une thérapie était pertinent sur le plan méthodologique : il était compris comme une forme d’étayage émotionnel susceptible de soutenir leur capacité à revenir sur des expériences parentales très éprouvantes, à les formuler et à y réfléchir sans en être submergées.
Toutes les familles ont été recrutées par l’intermédiaire de la clinique temporaire créée pour soutenir les familles déplacées venues de la zone frontalière. Elle comptait dix thérapeutes bénévoles et a offert ses services à environ 40 familles, certaines bénéficiant de plusieurs formes de soutien, dont une thérapie individuelle pour les enfants, un soutien parental et des interventions familiales. Quelques semaines après la fin de la thérapie, les familles ont été sollicitées par leur thérapeute, qui leur a demandé si elles acceptaient de participer à l’étude. Les thérapeutes ont reçu un formulaire d’information expliquant que l’étude, dirigée par la Dre Tamar Hadar, de l’université de Haïfa, visait à explorer comment l’attaque terroriste du Hamas du 7 octobre 2023 et ses suites avaient marqué l’expérience parentale de familles déplacées dont les jeunes enfants (de 3 à 9 ans) avaient reçu un soutien thérapeutique. Pour être admissibles, les personnes participantes devaient avoir terminé leur thérapie au moins deux mois avant de participer.
Pour limiter les biais d’orientation, les thérapeutes avaient pour consigne d’envisager toutes les familles qui remplissaient ces critères d’admissibilité et paraissaient suffisamment stables sur le plan émotionnel pour participer, plutôt que de solliciter tel ou tel parent de manière sélective. Il leur était demandé d’évaluer la disponibilité émotionnelle et d’éviter d’orienter des personnes qui avaient présenté d’importants symptômes post-traumatiques pendant la thérapie, qui étaient encore en traitement ou qui avaient eu auparavant un contact thérapeutique avec la chercheuse. Comme la thérapie était déjà terminée, et que les thérapeutes soulignaient explicitement que la participation était entièrement volontaire et sans lien avec les services passés ou futurs, le risque de contrainte ou de sentiment d’obligation était réduit. Les parents pouvaient choisir de contacter directement la chercheuse ou d’autoriser leur thérapeute à lui transmettre leurs coordonnées, ce qui séparait encore davantage les rôles clinique et de recherche.
Il a été fait appel à six thérapeutes. Il a été difficile de repérer des familles admissibles, car beaucoup présentaient des symptômes de stress post-traumatique sévères et n’étaient donc pas jugées en mesure de participer à un entretien. Trois thérapeutes ont indiqué n’avoir aucune famille admissible, soit parce que les familles étaient encore en thérapie, soit parce que les enfants présentaient des symptômes d’une gravité qui excluait la participation. La chercheuse a pris contact avec les trois autres thérapeutes, en poste à la clinique temporaire. La première personne thérapeute, musicothérapeute, a sollicité deux familles qui semblaient admissibles ; l’une a accepté de participer. La deuxième, art-thérapeute, a sollicité une famille jugée apte à être incluse, et la famille a accepté l’invitation. La troisième, thérapeute par la danse et le mouvement, a sollicité deux familles admissibles, qui ont toutes deux accepté de participer. Au final, quatre familles remplissaient les critères d’inclusion, ont été jugées émotionnellement prêtes et ont consenti à participer à l’étude (voir tableau 1).
Tableau 1 — Caractéristiques des participantes
Les prénoms sont des pseudonymes.
Des entretiens semi-directifs ont été menés avec chacune des quatre mères israéliennes participantes à l’issue d’une intervention brève de musicothérapie consécutive à leur déplacement lors de l’attaque du 7 octobre 2023. L’étude repose sur un entretien semi-directif unique, au cours duquel les parents étaient invités à réfléchir à leur parentalité pendant la guerre et à l’accompagnement parental reçu.
Les entretiens ont été menés en hébreu et ont duré de 60 à 90 minutes, tous par Zoom. Ce format laissait aux participantes la liberté de parler dans leur langue maternelle de leur expérience vécue de la parentalité dans des conditions de trauma et de déplacement forcé. Un style d’entretien ouvert et non interventionniste a été adopté pour favoriser une compréhension riche et approfondie de l’expérience des participantes et de leur perception de l’impact de la thérapie, sur elles-mêmes, sur leurs enfants et sur leur parentalité. Les sujets abordés comprenaient notamment, sans s’y limiter : l’expérience du 7 octobre vécue par la famille ; la transition vers le nouveau logement temporaire ; la vie en déplacement ; les réflexions sur la parentalité ; la perception de ce que vivaient les enfants ; les différences entre les enfants et leurs rôles dans la famille ; et l’impact du déplacement sur la structure et le bien-être de la famille. L’autrice a suivi la démarche en six phases de Braun et Clarke (2022) : familiarisation, codage, élaboration des thèmes, révision des thèmes, dénomination des thèmes et rédaction du rapport. Cette méthode inductive privilégie un engagement étroit avec les données pour repérer des schémas ou des thèmes récurrents sans imposer de cadre théorique préalable.
Le processus s’est déroulé selon les étapes suivantes :
L’étude a reçu l’approbation éthique du comité d’éthique institutionnel (Institutional Review Board) des sciences de la santé et du bien-être social de l’université de Haïfa (no 345/24), ce qui garantit le respect des normes éthiques établies pour la recherche impliquant des êtres humains. Le consentement éclairé a été obtenu auprès de chaque parent ayant participé. Les participantes ont été assurées de leur droit de se retirer à tout moment sans conséquence. Compte tenu de la nature sensible du trauma lié à la guerre et au déplacement, un soin particulier a été apporté à la protection du bien-être des participantes, notamment en proposant des entretiens de débriefing facultatifs et en veillant à ce que tous les entretiens et toutes les séances se déroulent dans des environnements sûrs et soutenants. Les informations permettant une identification ont été anonymisées dans les transcriptions et les publications afin de garantir la confidentialité.
L’analyse des entretiens des quatre mères qui ont vécu un déplacement à la suite d’une attaque terroriste extrême a fait apparaître trois thèmes principaux et plusieurs sous-thèmes associés (voir tableau 2). Ensemble, ces thèmes éclairent l’expérience vécue des mères dans leur parentalité pendant l’attaque, la guerre et le déplacement, ainsi que la manière dont ces circonstances ont affecté leur rôle parental, leur disponibilité émotionnelle et leur sentiment de stabilité. Le premier thème, « Seule dans l’abri » : le poids de la parentalité solo pendant l’attaque, la guerre et le déplacement, rend compte du fardeau que représente le fait de prendre soin des enfants au milieu d’un danger aigu et d’une incertitude prolongée. Il comprend deux sous-thèmes : « Mon enfant a grandi en une nuit » : le basculement des rôles parent-enfant, qui reflète la manière dont les enfants ont semblé mûrir rapidement ou endosser des rôles modifiés après l’attaque ; et Dépendance accrue et absence de séparation, qui décrit le besoin intensifié de proximité et de réassurance des enfants.
Tableau 2 — Thèmes et sous-thèmes
Le deuxième thème, De la parentalité régulée à la parentalité fragmentée, porte sur l’altération de la capacité des mères à rester émotionnellement disponibles et régulées dans des conditions de stress persistant. Il comprend trois sous-thèmes : Débordement émotionnel et parent submergé : « On se sent en échec comme mère ! » ; Présence fragmentée : prendre soin tout en étant absente ; et Impuissance parentale : « Je suis restée sans voix ».
Le troisième thème, L’arme à double tranchant de la communauté d’accueil : un facteur de stabilisation dans un contexte désastreux, explore la communauté d’accueil à la fois comme source vitale de soutien et comme cadre marqué par l’instabilité et la tension. Il comprend deux sous-thèmes : Les épreuves du déplacement : surpeuplement, stress et incertitude ; et Un refuge qui n’a pas pu tenir : une sécurité ambivalente dans la communauté d’accueil. Chaque thème et ses sous-thèmes sont développés ci-dessous.
Pour trois participantes, le trauma du 7 octobre et la longue période de déplacement se sont doublés de périodes de parentalité solo3. Ces mères ont traversé la crise en portant la responsabilité principale de leurs enfants sans la présence physique d’un partenaire, une expérience qui a alourdi leur charge émotionnelle et logistique. Leurs récits révèlent non seulement une vulnérabilité aiguë, mais aussi la mobilisation de puissants élans de protection sous une pression extrême. Ces histoires montrent combien l’absence du partenaire se réfractait dans des moments de peur existentielle, d’épuisement et de solitude face aux décisions.
Rony, mère de trois enfants de moins de 10 ans au moment de l’attaque du 7 octobre, a décrit avec force la terreur d’être seule avec ses enfants sous le feu, en évoquant une prière qu’elle n’avait pas l’habitude de dire, un moment de spiritualité involontaire dans une situation qui dépassait l’entendement :
On entend des coups de feu, la terreur pure, une vraie terreur… J’étais seule dans l’abri avec trois enfants, et mon fils était en pleine crise d’hystérie… Les filles pleuraient, et j’avais peur. Je n’avais jamais ressenti ça avant. Je me suis surprise à dire « Shema Yisrael »… quelque chose qui est simplement sorti de moi… Si mon mari avait été avec nous, je suis sûre que nous l’aurions vécu de façon complètement différente. (Rony)
Sa réflexion oppose une image d’elle-même calme et compétente à l’aveu de sa peur et de son impuissance, et met à nu la rupture psychologique provoquée par l’événement. L’absence de son partenaire est imaginée non seulement comme un manque logistique, mais comme une ancre émotionnelle manquante, une présence contrefactuelle qui aurait pu amortir l’intensité de sa peur.
Yafa, mère de trois enfants de moins de 11 ans au moment de l’attaque du 7 octobre, restée sans son partenaire pendant la plus grande partie de la période de déplacement, a décrit la parentalité solo comme un poids à la fois structurel et émotionnel. Passer d’une activité professionnelle à plein temps au rôle de seule personne à prendre soin des enfants a reconfiguré son identité, et l’a confrontée chaque jour au désespoir :
Tout à coup, j’ai dû tout gérer seule. J’ai dû prendre toutes les décisions. Je me souviens d’ouvrir les yeux le matin et de me sentir sans espoir. Sans parler du fait que je dormais à peine la nuit. Mais chaque matin, c’était genre, bon sang, il faut que je tienne encore une journée… L’absence, elle est constante… On parle au téléphone avec son partenaire, mais ce n’est pas pareil… On est seule, avec des enfants à qui leur père manque, qui ont du mal… C’est ça le plus dur, la séparation, la coupure d’avec son partenaire. (Yafa)
L’expression « l’absence, elle est constante » condense le sentiment omniprésent qu’a la participante de l’absence de son partenaire. Cela contraste fortement avec la dynamique antérieure d’un couple où chacun menait sa carrière, et montre comment les conditions de crise arrachent des structures de soutien qui paraissaient autrefois stables.
La proximité de la crise et l’intensité partagée de la guerre ont semblé catalyser des inversions de rôles ou un développement émotionnel accéléré chez les enfants. Les personnes interrogées ont décrit des moments où des enfants ont pris des responsabilités accrues ou fait preuve d’une compréhension émotionnelle nouvelle, en endossant des rôles qui brouillaient la frontière entre enfant et adulte. Miri, mère de quatre enfants de moins de 6 ans au moment de l’attaque du 7 octobre, a raconté comment des conversations franches sur la mort l’avaient rapprochée de son fils tout en signalant la perte de l’innocence de l’enfance : « Tout à coup, j’ai compris que quelque chose avait changé. Il avait grandi. Il était devenu plus mûr, plus conscient. » Yuli, mère de trois enfants de moins de 14 ans au moment de l’attaque du 7 octobre, parle de son fils, devenu étonnamment autonome pendant l’évacuation : « Il se levait le matin, se préparait ses affaires… Il était tout seul, mangeait tout seul, il s’occupait simplement de lui-même. » Lorsque l’attaque a commencé, Yuli a été immédiatement appelée à l’hôpital où elle travaillait comme infirmière aux urgences, tandis que son mari était mobilisé dans l’équipe d’intervention d’urgence qui combattait les terroristes. Si ces récits témoignent de la capacité d’adaptation des enfants et d’une résilience naissante, ils portent aussi en filigrane une perte de protection, de dépendance et de l’espace de développement normalement réservé à l’enfance.
Dans un récit plus complexe, Yafa a décrit l’éruption émotionnelle de son fils, qui exprimait à la fois un chagrin personnel, un discernement moral et une ambivalence envers la communauté :
Il pleurait… il disait que c’était horrible, que des familles ne devraient pas vivre comme ça… « Je veux aller dans ce kibboutz d’accueil et leur dire qu’ils sont horribles. Je les déteste. Je déteste être ici. Mais je ne le leur dirai pas, parce que… je sais que je dois rester ici. » Et tout ce que j’ai pu faire, c’est le serrer dans mes bras et lui dire que je comprenais que c’était vraiment dur, mais que c’était notre réalité. Je ne pouvais rien faire d’autre pour lui. Ce n’était pas suffisant. Il s’est endormi en pleurant, d’épuisement. C’était dévastateur. (Yafa)
Cet éclat reflète une conscience à plusieurs niveaux : il reconnaît à la fois la nécessité de leur situation de logement actuelle et en ressent amèrement le coût émotionnel. Sa capacité à retenir sa colère pour protéger un arrangement fragile révèle un travail émotionnel prématuré, que l’on n’attend habituellement pas d’un enfant. La réponse de Yafa, limitée au réconfort physique et à la validation, révèle une impuissance parallèle : la douleur d’un parent qui reconnaît la souffrance de son enfant sans pouvoir la soulager pleinement.
À côté des récits de maturation prématurée, certains parents ont décrit une régression vers la dépendance. Pour ces familles, la proximité est devenue étouffante, les enfants s’accrochant à leurs parents pour trouver sécurité et régulation bien après que le danger immédiat fut passé. Yafa a raconté :
Quand je suis allée dormir avec eux dans l’abri le 7, je ne me doutais pas que je dormirais encore avec eux sept ou huit mois plus tard. On perd son intimité, à la fois physiquement et émotionnellement. (Yafa)
Cette proximité physique prolongée, compréhensible au lendemain du trauma, a aussi érodé les limites et compliqué le retour aux routines habituelles. La coexistence, d’un entretien à l’autre, d’une maturité prématurée et d’une dépendance prolongée illustre une tension clé : le trauma peut briser les trajectoires de développement dans des directions divergentes, poussant certains enfants vers l’hyperautonomie et d’autres vers un attachement régressif, parfois les deux au sein du même système familial.
Les participantes ont décrit le passage d’un sentiment familier de cohérence parentale et de régulation émotionnelle à des expériences de submersion, de fragmentation et de rupture de la continuité parentale. Toutes les participantes ont décrit avoir atteint un point de rupture émotionnelle pendant ou après la phase aiguë de l’attaque et de l’évacuation. Ces effondrements ne sont pas survenus au moment de la menace directe, mais plus tard, une fois une sécurité relative retrouvée.
Miri a raconté comment elle avait protégé ses enfants de l’événement, une compétence qu’elle exerçait déjà avant le 7 octobre :
Non. Non, je pense que les enfants ont été très bien protégés. Ils n’ont presque pas été exposés. La nature de l’événement compte beaucoup. Il y a une différence entre vivre une alerte à la roquette à l’intérieur de sa maison et à l’extérieur. Est-ce qu’on est exposé à d’autres gens, à la panique, à l’angoisse ? Ou est-ce qu’on est dans un environnement calme ? Nous étions tous les deux très, très calmes. (Miri)
À l’inverse, d’autres parents ont décrit leur effondrement émotionnel une fois en sécurité, au moment de s’autoriser à ressentir toutes les émotions réprimées pendant la crise aiguë. Yafa a raconté :
Au moment où je suis arrivée sur le lieu d’évacuation, je me suis mise à pleurer comme une folle. Jusque-là, j’avais tenu bon, je restais très calme… Et puis tout à coup, pour un détail, une pensée sans importance, je me suis effondrée. Complètement disproportionné… c’était juste une énorme décharge… J’étais passée du contrôle à la perte totale de contrôle, d’un seul coup. (Yafa)
Cet extrait reflète la superposition complexe de rôles et d’attentes qui pèsent sur les parents dans des circonstances extrêmes. L’effondrement émotionnel de Yafa, déclenché par « un détail », montre comment des états d’hyperrégulation laissent souvent place à un affect incontrôlable une fois passé le besoin immédiat de vigilance. Sa description traduit aussi une dissociation entre l’ampleur de ses sentiments et le déclencheur précis, ce qui laisse penser que l’effondrement ne tenait pas à un moment unique, mais à une accumulation de peur, de responsabilité et d’épuisement réprimés.
Rony est revenue de même sur le décalage douloureux entre la manière dont elle aurait voulu apparaître à ses enfants et la manière dont elle a finalement réagi : « Les enfants m’ont vraiment vue pour la première fois très, très effrayée. Je n’ai jamais… de ma vie, je n’ai jamais réagi comme ça. » Ce moment semble marquer une rupture dans son identité parentale, où la façade protectrice s’est fissurée et a révélé sa propre peur. Le coût émotionnel de l’effort pour être une source de force, pour finalement « échouer » dans cette tentative, met en évidence les attentes inatteignables que les parents peuvent porter pendant une catastrophe. Ici, la vulnérabilité n’a pas été choisie, mais elle a surgi malgré ses efforts. Le récit de Yuli ajoute encore une autre dimension, en déplaçant l’attention de l’effondrement visible vers l’engourdissement émotionnel et la fragmentation :
C’était de la survie, tout simplement. Ne pas ressentir trop profondément… et l’incertitude et les points d’interrogation permanents… On ne sait pas combien de temps on va rester là… les catastrophes continuent d’affluer… le sentiment qu’on n’a même pas d’ancre à leur donner pour s’appuyer. Il y a à manger, il y a un endroit où dormir, il y a des activités de temps en temps, mais beaucoup moins de temps parental. (Yuli)
Plutôt qu’une décharge émotionnelle, Yuli a décrit un détachement progressif de son rôle parental, écho d’un sentiment plus profond de déconnexion et d’insuffisance. Ses repères logistiques, « à manger », « un endroit où dormir », contrastent fortement avec les manques émotionnels qu’elle nomme : l’absence d’« ancre », de « temps parental », et l’évitement omniprésent du ressenti. L’extrait éclaire une autre contradiction : bien que les besoins fondamentaux de la famille aient été satisfaits, le cœur émotionnel de la parentalité a été érodé par le stress et l’épuisement persistants. Ces récits montrent comment, dans des conditions extrêmes, les parents oscillaient entre maîtrise de soi et effondrement, entre régulation et submersion. Les débordements émotionnels survenaient souvent non comme des effondrements isolés, mais comme les signaux d’une tension psychique plus profonde, qui révélaient à la fois la force et la fragilité du soin parental en temps de guerre.
La période de déplacement a introduit un fardeau psychologique durable qui a mis à l’épreuve la résilience émotionnelle et les capacités de soin des participantes. Trois des mères interrogées ont décrit des moments de surcharge émotionnelle aiguë et d’insuffisance parentale. Ces sentiments n’étaient pas des effondrements isolés, mais des réponses cumulatives au décalage entre ce dont leurs enfants avaient besoin et ce qu’elles se sentaient capables de leur donner. Toutes les participantes ont dû faire face à leur propre détresse tout en essayant de préserver leurs enfants du chaos de la guerre, souvent sans succès.
Yafa, par exemple, a décrit comment la tension s’est accentuée avec le temps, à mesure que la nouveauté initiale du déplacement s’estompait et que des difficultés plus profondes apparaissaient :
Il y avait des explosions de colère et de nerfs… Au début, tout allait bien… mais quand les difficultés sont apparues, j’ai essayé d’aider et je n’y suis pas arrivée… Ma patience, je l’avoue… avec le temps, c’est devenu plus dur… On se sent en échec comme mère. (Yafa)
Yafa révèle ici une contradiction douloureuse : la conscience qu’elle a de la dégradation émotionnelle de ses enfants se heurte à la diminution de sa capacité à rester présente et émotionnellement régulée. La répétition de « j’ai essayé… et je n’y suis pas arrivée » marque une rupture dans l’idéal de soin, une norme intériorisée d’efficacité maternelle que les conditions de guerre ont rendue intenable.
De même, l’expérience de Rony dans les premiers jours de l’attaque montre comment l’intensité de la peur de ses enfants s’est heurtée à sa propre paralysie émotionnelle :
Je n’arrivais pas à le calmer… il était tout le temps en ligne et en savait plus que moi… J’ai essayé de le faire taire… Je ne pouvais tout simplement pas être là pour lui… Je lui ai juste dit : « Tais-toi ! » (Rony)
La tentative de Rony de protéger ses plus jeunes filles du flot d’informations apporté par son fils aîné a paradoxalement abouti à le faire taire. Ce moment illustre une tension clé : les besoins concurrents de différents enfants, et la difficulté du parent à y répondre alors que ses propres émotions sont mises à mal. Son « je ne pouvais pas… » répété est un refrain d’impuissance, qui souligne des limites à la fois situationnelles et intérieures.
Yuli, à l’inverse, a insisté sur la lente érosion du lien au fil du temps, à mesure que son fils devenait de plus en plus distant, émotionnellement et physiquement : « Une perte de contrôle complète… un sentiment de distance… il était une entité séparée de nous, et il le sentait aussi. » Cette « perte de contrôle » ne renvoie pas seulement à l’autorité parentale, mais à l’intimité relationnelle. Ce qui avait commencé comme une stratégie de survie, faire confiance à un enfant plus âgé pour se débrouiller seul, s’est mué en un sentiment de négligence. Plus tard, Yuli l’exprime sous forme de culpabilité : « Il y avait ce sentiment… comme si on l’avait juste mis de côté, parce qu’il était plus grand et pouvait se débrouiller… mais ce n’est pas… ça n’a pas de sens. » La contradiction apparaît ici entre la raison et l’émotion : sur le plan cognitif, elle sait que confier cette responsabilité était nécessaire ; sur le plan émotionnel, elle le vit comme un abandon. La répétition de « ça n’a pas de sens » suggère un malaise moral non résolu : ce qui avait un sens sur le plan logistique a heurté son intuition maternelle.
Dans certains cas, des parents ont été contraints de laisser leurs enfants pendant de longues périodes en raison de fonctions professionnelles d’urgence, ce qui a aggravé leur sentiment d’échec et de déconnexion. Yuli, infirmière aux urgences, raconte comment sa double responsabilité de soin, envers les personnes blessées et envers ses propres enfants, a créé des arbitrages impossibles : « Toute la journée, j’étais en enfer à Barzilaï (un hôpital)… et mon mari combattait à la frontière… les enfants allaient d’un endroit à l’autre… sous le feu. » La fragmentation est ici à la fois physique et symbolique : les enfants sont ballottés d’une personne à l’autre tandis que les parents sont déchirés entre devoir et attachement. L’image d’enfants qui « vont d’un endroit à l’autre… sous le feu » reflète non seulement l’exposition au danger, mais aussi l’instabilité des soins, produisant ce que l’on pourrait appeler une dislocation traumatique du lien de soin lui-même.
Deux parents ont décrit des moments où leurs enfants leur ont rapporté des informations terribles, recueillies auprès de leurs pairs ou dans des espaces numériques, avant même que les parents aient eu la possibilité d’assimiler ou de médiatiser ce contenu. Ces moments mettaient à nu la perte de l’autorité narrative et l’impossibilité de protéger pleinement les enfants de la violence psychologique de la guerre. Miri se souvient que son jeune fils lui a annoncé la mort d’une personne de leur communauté : « Là, j’ai été sous le choc… j’ai été prise au dépourvu. Je ne savais pas quoi dire… J’ai juste dit quelque chose comme : “Non, personne n’est mort… ce n’est sans doute pas vrai…” Et puis on reste juste sans voix. » Son déni est moins un mensonge qu’une tentative réflexe de réaffirmer un monde dans lequel elle peut encore protéger son enfant de vérités insupportables. Pourtant, ce moment révèle aussi sa propre incapacité à réguler le terrain émotionnel : « rester sans voix » devient l’emblème de l’impuissance parentale face à un trauma partagé.
Une autre difficulté récurrente était la manière de parler aux enfants des otages, un sujet pour lequel beaucoup de parents, comme Miri, manquaient de préparation :
Nous avons décidé de ne rien leur dire tant que nous ne savions pas ce qui se passait… Je l’ai dit seulement à mon fils aîné, mais je ne l’ai pas dit au plus jeune… il y avait toujours la peur de l’écart entre ce que je leur disais et ce qu’ils entendaient autour d’eux… Nous n’avons pas réussi à avoir une vraie conversation à ce sujet. (Miri)
Cela révèle une autre contradiction : le silence est censé protéger, mais il laisse aussi un vide vite comblé par des récits extérieurs incontrôlés. Le rôle du parent comme interprète émotionnel et comme créateur de sens est sapé par la présence envahissante et non filtrée de la guerre dans toutes les sphères de la vie. Il en résulte une paralysie du langage, où même une « vraie conversation » devient insaisissable.
La métaphore de l’« arme à double tranchant » traduit la nature ambivalente de la communauté d’accueil. D’un côté, elle offrait sécurité, continuité et appartenance dans un contexte désastreux ; de l’autre, ce même cadre communautaire engendrait aussi des tensions émotionnelles et relationnelles, développées dans le sous-thème suivant. Les participantes ont constamment souligné le rôle essentiel de la communauté d’accueil pour soulager la détresse immédiate de l’évacuation. Pour beaucoup, être relogées dans un cadre familier offrait un sentiment de sécurité, de continuité et d’appartenance au milieu du chaos. Rony, par exemple, a décrit la communauté d’accueil comme un environnement qui l’ancrait émotionnellement :
Le village d’accueil était un endroit que nous aimions beaucoup. Chaque fois que nous étions évacués, nous allions là-bas. Nous y avions déjà des amis… Nous connaissions tout le monde. C’était vraiment comme une deuxième maison. Alors ça a beaucoup aidé. On veut juste être quelque part en sécurité, survivre, vous voyez ? On veut juste que tout soit sûr… c’était comme un centre de rétablissement… C’était une maison d’hôtes, il y avait de l’herbe, c’était un environnement de kibboutz, et vraiment… nous avons eu de la chance. (Rony)
Le récit de Rony reflète un rare moment de cohérence dans une réalité désintégrée. L’accent qu’elle met sur la familiarité, « nous connaissions tout le monde » et « c’était comme une deuxième maison », suggère que la continuité sociale a pu servir de facteur de protection. La métaphore du « centre de rétablissement » renforce l’idée du kibboutz d’accueil comme environnement thérapeutique de holding, où les activités structurées et le cadre champêtre apaisaient temporairement le système nerveux collectif.
Cependant, les mêmes conditions d’accueil qui apportaient du réconfort engendraient aussi de nouveaux facteurs de stress. Le surpeuplement, le manque d’intimité et une incertitude prolongée pesaient lourdement sur les parents comme sur les enfants. Miri, par exemple, a décrit comment la vie en collectivité avait érodé son sentiment d’avoir un chez-soi :
C’était absolument terrible. Je n’arrivais même pas à dire le mot « maison »… Pas d’espace, pas de salon, aucune possibilité de prendre un repas en famille, en privé, on mange dans la salle à manger commune. Toujours avec tout le monde, toujours ensemble. (Miri)
La répétition du « pas de » signale la négation des rituels familiaux qui, d’ordinaire, restaurent l’ordre et le sens. La vie en collectivité, bien que nécessaire, privait les familles des routines de base qui confèrent dignité et prévisibilité, éléments essentiels du rétablissement psychologique. Yafa a fait écho à cette tension, en soulignant combien l’étouffement physique reflétait une claustrophobie émotionnelle :
C’était étouffant, un étouffement à 360 degrés, comme si on n’avait pas d’air. Et eux non plus n’avaient pas d’air… L’une des choses les plus dures, c’est que je ne pouvais pas lui donner le sentiment qu’il y avait une solution… On vit vraiment dans l’incertitude, et il est impossible de s’habituer à vivre dans l’incertitude. (Yafa)
Ici, le langage sensoriel, « pas d’air », sert de métaphore viscérale des limites de la contenance parentale. Yafa ne peine pas seulement à gérer sa propre angoisse : elle déplore aussi son incapacité à offrir à son fils un sentiment de stabilité. Le déplacement devient une perturbation non seulement logistique, mais existentielle.
Bien qu’elles aient été conçues comme des lieux de refuge, certaines communautés d’accueil sont devenues des lieux de trauma secondaire. Deux participantes ont décrit comment la fragilité psychologique d’autres personnes évacuées, conjuguée au retour des sirènes d’alerte aérienne, avait intensifié le trauma de leurs enfants. Yafa a raconté l’une de ces expériences :
C’était terrible et horrible, choquant. Je peux vous dire que de nombreuses années de sirènes dans le pourtour de Gaza n’ont pas été aussi terribles que ces deux sirènes-là… À cause du nombre de gens, et nous étions nombreux, nous étions des centaines, à courir ensemble vers deux abris, tous entassés… avec des gens qui criaient : « Attention à ne pas perdre les enfants ! Surveillez les enfants ! Ils enlèvent des enfants ! » Parce que les gens, à cause de leurs propres expériences traumatiques, n’allaient pas bien psychologiquement. Mes enfants n’avaient jamais pleuré pendant les sirènes, jamais, de leur vie. Mais ces deux-là, elles ont été choquantes. Ce sont les pires. Elles ont laissé des traces, l’un des moments vraiment les plus durs, avec une angoisse qui nous est restée longtemps après, et des difficultés, et la peur de la solitude. C’était vraiment terrible. (Yafa)
La description de Yafa complique la notion de soutien communautaire. Ce qui aurait dû protéger, l’« être ensemble », a au contraire amplifié le chaos. La dynamique de foule, le bruit et l’hypervigilance partagée ont transformé l’abri en un lieu de dysrégulation collective. Son récit souligne que la proximité avec les autres, surtout lorsque des traumas non élaborés sont répandus, peut paradoxalement déstabiliser au lieu d’apaiser. Les suites émotionnelles, l’angoisse persistante, la peur de la solitude, montrent la longue traîne du trauma lié au déplacement, même lorsque la sécurité physique est en principe assurée.
Cette étude a exploré l’expérience vécue de mères israéliennes confrontées à la parentalité et à des relations parent-enfant perturbées à la suite de l’attaque terroriste du 7 octobre et du déplacement qui a suivi. Les résultats éclairent le fardeau psychologique aigu qui pèse sur les parents, les changements dans la régulation émotionnelle et les rôles familiaux au sein du système d’attachement, et la relation complexe avec la communauté d’accueil. Ces thèmes rejoignent, et dans certains cas prolongent, une littérature émergente sur la parentalité en situation de conflit armé, de trauma cumulatif et de déplacement forcé, en montrant comment la menace et le déplacement remodèlent à la fois la co-régulation et l’« écologie du soin » plus large qui entoure la famille (Ungar, 2011).
Les récits des participantes ont révélé une profonde vulnérabilité émotionnelle et des doutes sur leurs capacités parentales, en particulier lorsqu’elles étaient isolées du coparent, de la famille élargie et des ancrages sociaux familiers. Les mères participant à la présente étude ont décrit des moments d’effondrement psychologique suivis de brusques basculements dans l’action, souvent pour le bien de leurs enfants. Ce balancier émotionnel rejoint les résultats de Mijalevich-Soker et Taubman-Ben-Ari (2025), selon lesquels les parents israéliens, pendant la guerre, oscillaient entre paralysie et sens aigu des responsabilités, sous l’effet d’une incertitude persistante et de réseaux de soutien perturbés. Dans ces contextes, la parentalité est devenue un champ de bataille émotionnel et logistique, où faire preuve de force était à la fois une stratégie d’adaptation et un devoir parental perçu.
Diverses études montrent qu’une régulation accrue, associée à des impératifs moraux intérieurs de rester maître de soi devant les enfants, complique la dynamique parent-enfant (Mijalevich-Soker et Taubman-Ben-Ari, 2025). Il semble que les parents répriment leurs réactions émotionnelles pour protéger les enfants, ce qui fait naître une charge émotionnelle invisible, susceptible de compromettre leur disponibilité pour la co-régulation précisément aux moments où les enfants ont le plus besoin d’un « régulateur externe » (Lieberman et Van Horn, 2005 ; Lieberman et Horn, 2008).
Notre deuxième thème, « Mon enfant a grandi en une nuit », rend compte des bouleversements spectaculaires des rôles parent-enfant survenus sous une menace chronique et dans le déplacement. Dans les quatre entretiens, les mères ont décrit une association paradoxale entre une maturation accélérée (des enfants qui deviennent vigilants, protecteurs et « hyperresponsables ») et une dépendance régressive (agrippement, détresse à la séparation, troubles du sommeil et anxiété accrue). Ces doubles trajectoires, autonomie prématurée et recherche accrue de proximité, ont été documentées dans des familles exposées au trauma, y compris dans des conditions de stress lié à la guerre (Feldman et Vengrober, 2011).
Du point de vue de l’attachement, ces changements peuvent se comprendre comme des adaptations au danger, dans lesquelles les enfants alternent entre des sollicitations de co-régulation fondées sur le rapprochement et des stratégies plus autonomes lorsque le soin parental semble moins disponible (Bowlby, 1969 ; Taylor et Kaplan, 2023). Le fait apparent que les enfants « grandissent en une nuit » peut aussi être rapporté à une inversion des rôles parent-enfant ou à des dynamiques proches de la parentification, dans lesquelles les enfants assument une vigilance, des responsabilités ou des fonctions de soin d’adultes dans des conditions de stress familial et de vulnérabilité parentale. La parentification a été conceptualisée comme une perturbation des frontières entre générations, dans laquelle les enfants prennent en charge des responsabilités émotionnelles et/ou fonctionnelles qui reviennent habituellement aux adultes, en particulier lorsque la disponibilité parentale est compromise ou que le système familial est sous tension (Boszormenyi-Nagy et Spark, 1973 ; Earley et Cushway, 2002 ; Engelhardt, 2012 ; Macfie et al., 2015). Dans la présente étude, toutefois, ces dynamiques ne doivent pas être comprises comme des structures familiales figées ni comme une parentification au sens formel, mais plutôt comme des glissements de rôles situationnels, façonnés par le trauma, qui émergent dans des conditions extrêmes de menace, de déplacement et d’épuisement maternel.
Du point de vue de l’attachement, ces glissements de rôles peuvent affecter le sentiment qu’a l’enfant de pouvoir compter sur la figure parentale comme source de protection disponible de façon fiable. Lorsque l’enfant se sent tenu de surveiller la détresse du parent ou d’aider à stabiliser le système familial, la direction du soin peut s’inverser en partie : au lieu de dépendre de la figure parentale pour se réguler, l’enfant peut tenter de préserver la proximité en se rendant utile, vigilant ou émotionnellement accordé aux besoins du parent (Earley et Cushway, 2002 ; Engelhardt, 2012). Avec le temps, ces dynamiques peuvent façonner les modèles internes opérants de l’enfant, en renforçant une image de soi comme responsable de la stabilité émotionnelle des autres et une vision des relations organisées autour du soin, du devoir et de la gestion de la menace (Bowlby, 1969 ; Earley et Cushway, 2002 ; Engelhardt, 2012). Dans le présent contexte, cela n’implique pas une perturbation durable de l’attachement, mais suggère qu’un danger extrême et l’épuisement maternel peuvent mettre temporairement sous tension la hiérarchie ordinaire de l’attachement, en produisant à la fois une recherche de proximité intensifiée et une autonomie prématurée. Fait important, les récits des mères suggèrent que ces glissements de rôles étaient co-façonnés par la propre capacité de régulation des mères sous l’effet du trauma : lorsque les mères se sentaient épuisées, submergées par leurs émotions ou fragmentées dans leur rôle de soin, les stratégies des enfants semblaient se polariser, soit en endossant une responsabilité quasi adulte (pour stabiliser le foyer), soit en intensifiant les comportements de dépendance (pour solliciter proximité et contenance). Ainsi, le thème ne suggère pas une simple accélération du développement, mais plutôt une oscillation, façonnée par le trauma, entre responsabilité prématurée et dépendance intensifiée.
Les récits des mères ont révélé que le déplacement ne prenait pas fin une fois le danger physique réduit ; il continuait au contraire de se dérouler dans les conditions relationnelles et communautaires du lieu d’accueil. Les participantes ont décrit le kibboutz d’accueil ou le lieu d’installation temporaire comme un contexte à double tranchant : un lieu qui offrait d’abord sécurité, continuité et soin communautaire, mais qui s’est peu à peu associé au surpeuplement, aux tensions, à la perte d’intimité et au sentiment d’être jugées. Plusieurs travaux ont souligné l’impact du déplacement sur le milieu d’accueil (Lozynskyy et al., 2023 ; Grinshtain et Haruv, 2025 ; Richmond, 1988). Richmond (1988) a analysé comment l’adaptation socioculturelle des personnes immigrées est façonnée à la fois par le soutien institutionnel et par les conflits sociaux dans les pays d’accueil, en soulignant les tensions qui surgissent lorsque les efforts d’intégration se heurtent à la préservation culturelle et aux résistances de la société. De même, dans la présente étude, si les participantes ont d’abord vécu le kibboutz d’accueil comme un espace stabilisant, voire thérapeutique, « comme un centre de rétablissement », ce sentiment de refuge s’est souvent érodé avec le temps. Les structures mêmes qui permettaient l’appartenance et la continuité sont aussi devenues des sources de fragmentation psychologique. Les attentes culturelles, la perte d’intimité et la cohabitation avec d’autres familles traumatisées ont intensifié la détresse et sapé l’efficacité parentale. Ces résultats rejoignent les recherches sur le soutien social après une catastrophe, qui montrent que le soutien communautaire peut être puissamment protecteur dans l’immédiat après-coup du trauma, mais qu’il peut aussi se détériorer ou s’épuiser avec le temps lorsque la communauté environnante est elle-même submergée (Kaniasty, 2012).
Le contexte israélien d’après le 7 octobre éclaire encore cette dualité. Des études récentes sur les personnes évacuées en Israël décrivent le déplacement non pas simplement comme un relogement dans un lieu plus sûr, mais comme une perturbation prolongée de l’autonomie, de l’intimité, des routines familiales, de l’appartenance et de la continuité communautaire. Assaraf et Dagan (2025), par exemple, ont étudié des personnes évacuées du nord et du sud d’Israël et déplacées dans des hôtels pendant la guerre entre Israël et le Hamas, en montrant que même des lieux censés offrir une protection pouvaient être vécus comme restrictifs, liminaux et psychologiquement éprouvants.
Sur le plan écologique, ces récits peuvent se comprendre comme une transformation du microsystème de la famille, où les « environnements de holding » du quotidien (routines, intimité, rôles prévisibles et soutiens sociaux) sont reconfigurés par le lieu d’accueil et ses normes (Beck, 2025 ; Taylor et Kaplan, 2023). Dans la recherche sur les personnes réfugiées et déplacées, les cadres de l’intégration soulignent de même que les liens sociaux (liens d’attache, passerelles et liens institutionnels), avec l’accès aux services et les attitudes locales, déterminent si les contextes d’accueil fonctionnent comme des environnements protecteurs ou stressants (Ager et Strang, 2008 ; Hadar, 2024). Dans une perspective écologique informée par l’attachement, ces pressions semblent réduire la capacité des parents à maintenir une co-régulation constante et à offrir une base de sécurité, leur fonctionnement parental étant continuellement exposé à la surveillance, à la comparaison et à l’incertitude (Mladenović et al., 2021). C’est particulièrement important parce que les communautés d’accueil n’étaient pas des contenants neutres de la détresse des personnes évacuées ; elles étaient elles-mêmes prises dans la même urgence nationale et, dans bien des cas, dans une réalité traumatique partagée et toujours en cours. La littérature sur la réalité traumatique partagée souligne que le soin, l’aide et le soutien se compliquent lorsque les personnes qui aident, les équipes professionnelles et les milieux d’accueil sont exposés à des menaces, des pertes et une incertitude qui se recoupent (Dekel et Baum, 2010 ; Baum, 2014 ; Segev et al., 2026).
Grinshtain et Haruv (2025) ont constaté que des personnes évacuées de la périphérie nord d’Israël décrivaient le déplacement communautaire comme produisant à la fois des facteurs d’attraction et de répulsion : sentiment de détachement, perte involontaire de capacité d’agir et profonde inquiétude pour le bien-être des enfants. L’ambivalence émotionnelle rapportée, la sécurité mais une fragmentation émotionnelle, souligne combien le soutien doit aller au-delà des besoins matériels pour traiter les ruptures relationnelles dans les lieux d’accueil.
Les revues systématiques de Bürgin et al. (2022) et de Hazer et Gredebäck (2023) montrent que le déplacement forcé et la détresse parentale affectent de manière importante le développement socio-émotionnel et cognitif des jeunes enfants, en particulier lorsque les personnes qui en prennent soin sont submergées ou absentes. Dans la présente étude, ces récits très personnels de parentalité solo pendant les attaques du 7 octobre et tout au long d’un déplacement prolongé soulignent le fardeau psychologique cumulatif qui pèse sur les parents, en particulier les mères, qui traversent la crise sans coparent.
L’absence de prise de décision partagée et de soutien émotionnel a intensifié les sentiments d’impuissance, de culpabilité et d’insuffisance parentale. Comme le montrent les récits de Rony et de Yafa, le double rôle de protectrice et de régulatrice émotionnelle est devenu à la fois essentiel et intenable sous un stress chronique.
Alfasi et al. (2025) ont de même documenté un stress parental élevé et son impact négatif sur le fonctionnement familial chez des parents en Israël après le 7 octobre, ce qui confirme la place centrale du bien-être parental dans l’adaptation au trauma. Pourtant, même face à l’épuisement et à la fragmentation, les mères de cette étude ont déployé des efforts remarquables pour contenir la détresse de leurs enfants, que ce soit par la proximité physique, la protection émotionnelle ou un cadrage moral de l’adversité. Cela rejoint Gillespie et al. (2022), qui soulignent le rôle protecteur essentiel que jouent les mères déplacées pour préserver leurs enfants d’un trauma complexe. Leurs travaux insistent sur le besoin urgent d’interventions relationnelles centrées non seulement sur les symptômes des enfants, mais aussi sur les capacités des parents et sur la restauration de la cohérence parentale comme fondement du rétablissement.
Pris ensemble, nos résultats soulignent le double fardeau : les mères ont traversé le trauma à la fois comme pourvoyeuses de soins et comme régulatrices relationnelles. Dans ce contexte, les pourvoyeuses de soins renvoient d’abord aux dimensions pratiques et protectrices de la parentalité, dont la mise en sécurité, la gestion des contraintes liées au déplacement et le maintien des soins quotidiens dans des conditions d’instabilité. Les régulatrices relationnelles, en revanche, désignent le rôle émotionnel dyadique des mères : leurs efforts pour contenir la peur des enfants, maintenir leur disponibilité émotionnelle et restaurer la co-régulation malgré leur propre activation traumatique. Le déplacement n’a pas seulement brisé la stabilité physique, mais aussi l’identité parentale et les capacités de régulation intérieure, ce qui a compliqué la restauration d’une base de sécurité et d’une co-régulation fiable au sein de la relation parent-enfant. Des études récentes confirment l’importance du fonctionnement réflexif et de l’efficacité parentale dans les contextes exposés à la guerre (Enav et Mayer, 2025 ; Hadar, 2025). Cela suggère que les interventions devraient renforcer la capacité réflexive des parents comme voie de soutien à la résilience des enfants comme des parents. En outre, Khraisha et al. (2024) suggèrent que des systèmes de soin repensés, qui insistent sur l’urgence de la coparentalité, de la dignité, de la négociation et de la douceur, peuvent favoriser la santé mentale et la cohésion familiale générale en contexte de déplacement.
Cette étude repose sur des entretiens approfondis avec quatre mères qui ont vécu l’attaque du 7 octobre et le déplacement qui a suivi ; ses conclusions doivent donc être interprétées avec prudence. La petite taille de l’échantillon et l’éventail restreint des personnes interrogées limitent la transférabilité des résultats ; on ne peut pas présumer qu’ils représentent toute la diversité des expériences des parents en Israël selon les régions, les communautés, les structures familiales ou les milieux socioculturels.
En outre, toutes les participantes étaient des mères recrutées par l’intermédiaire d’une clinique thérapeutique temporaire, si bien que leurs récits peuvent refléter ceux de familles qui avaient un certain accès à un soutien thérapeutique et qui étaient en mesure de réfléchir à leur expérience dans un cadre relativement contenant.
Une autre limite tient à la spécificité culturelle et géopolitique de l’étude. L’ancrage empirique est très situé dans le contexte israélien, et plus précisément auprès de familles de la périphérie israélienne touchées par la terreur, la guerre et le déplacement interne. Cette spécificité est aussi une force : elle permet un compte rendu riche et sensible au contexte de la parentalité sous une menace aiguë et dans un déplacement prolongé. Mais elle signifie aussi que les résultats ne doivent pas être généralisés sans esprit critique à d’autres situations de guerre, de migration forcée ou de trauma collectif. La parentalité en déplacement est façonnée par les histoires locales, les réalités politiques, les structures familiales, les attentes culturelles, l’organisation communautaire et les dispositifs de soutien disponibles. Ces caractéristiques contextuelles sont au cœur des significations que les participantes ont attribuées à la parentalité solo, à la maturation accélérée des enfants, au soin fragmenté et au rôle ambivalent de la communauté d’accueil. En même temps, ces participantes illustrent de façon très parlante un phénomène plus large : celui de mères qui exercent leur parentalité dans des conditions de terreur aiguë, d’incertitude persistante et de déplacement prolongé. Leurs récits offrent des exemples riches et conceptuellement forts de processus probablement partagés par beaucoup de personnes dans des situations semblables, mais l’étude doit plutôt être comprise comme apportant de la profondeur et un éclairage nuancé que de l’étendue ou une représentativité statistique.
Les recherches futures devraient examiner la parentalité en déplacement dans des contextes culturels, sociaux et géopolitiques plus divers. Des études qualitatives et mixtes de plus grande ampleur sont nécessaires pour vérifier si des schémas semblables apparaissent chez des familles déplacées par d’autres formes de conflit armé, de violence politique, de catastrophe naturelle ou de déplacement forcé. Dans le contexte israélien, les études futures devraient inclure des parents de régions, de communautés ethniques et religieuses, de milieux socio-économiques et de configurations familiales variés, y compris des pères, des familles monoparentales, des grands-parents et d’autres personnes qui prennent soin des enfants.
Des études longitudinales et dyadiques qui suivent parents et enfants dans le temps sont également nécessaires, en particulier aux moments de transition clés comme l’évacuation, le relogement temporaire, l’accueil prolongé, le retour au foyer ou la réinstallation ailleurs. De tels devis pourraient aider à clarifier comment évoluent dans le temps les représentations parentales, l’ajustement des enfants, les comportements liés à l’attachement et les routines familiales. Ils pourraient aussi examiner comment les lieux d’accueil soutiennent ou fragilisent le fonctionnement parental, l’intimité, l’autonomie et la cohérence familiale.
Programmes. Les services qui travaillent avec des familles déplacées (par exemple centres communautaires, kibboutz d’accueil, cliniques, écoles) devraient proposer aux parents des interventions de groupe brèves et structurées qui ciblent directement (a) les compétences de régulation émotionnelle (par exemple l’ancrage, la co-régulation avec les enfants, la gestion de la panique dans les abris), (b) le sentiment d’efficacité parentale (aider les mères à nommer ce qu’elles font bien dans des conditions impossibles) et (c) un accompagnement relationnel (des stratégies concrètes pour parler avec les enfants de la peur, de l’absence de l’autre parent et de l’incertitude). Ces interventions peuvent prendre la forme de groupes de 6 à 8 séances ou être intégrées aux réunions de parents existantes et aux programmes destinés aux enfants.
Soutien communautaire. Les lieux d’accueil devraient être tenus d’intégrer la sécurité psychologique à leur fonctionnement ordinaire, et pas seulement de fournir un hébergement et de la nourriture. Cela peut comprendre : des réunions d’accueil qui présentent explicitement les personnes évacuées comme des hôtes que l’on est heureux de recevoir plutôt que comme un fardeau ; une formation du personnel local et des bénévoles à une communication informée par le trauma (par exemple éviter les remarques qui jugent la manière d’élever les enfants) ; des espaces calmes et privés où les parents peuvent décompresser sans se sentir exposés ; et des forums communautaires réguliers où les tensions peuvent être exprimées et faire l’objet d’une médiation au lieu de couver.
Politiques publiques. Les politiques de réinstallation et de déplacement interne devraient donner la priorité (a) au maintien de l’unité familiale lorsque c’est possible (en évitant les séparations inutiles entre parents et enfants sur des sites différents), (b) au financement, sur place, de modes de garde accessibles et de programmes de développement de la petite enfance dans les hébergements temporaires, et (c) à l’intégration d’un soutien parental informé par la santé mentale (par exemple groupes psychoéducatifs, conseil aux parents) dans les dispositifs nationaux de réponse aux situations d’urgence (Bernhardt et al., 2024). Des lignes directrices pourraient fixer des normes minimales de soutien psychosocial dans les hôtels, les kibboutz et les centres temporaires, et réserver des budgets à l’emploi de personnel psychosocial formé plutôt que de s’en remettre uniquement aux bénévoles.
Cette étude éclaire l’expérience vécue de mères israéliennes confrontées à la parentalité dans des conditions de terreur extrême et de déplacement prolongé. Dans l’ensemble des entretiens, la parentalité est apparue comme une tâche à la fois pratique et profondément relationnelle, façonnée par les exigences simultanées de la protection, de la régulation émotionnelle, de la négociation des rôles et de la survie. Les résultats montrent comment la crise traumatique et le déplacement peuvent briser non seulement les foyers physiques et les routines quotidiennes, mais aussi l’identité parentale, la cohérence émotionnelle et le champ relationnel parent-enfant. Les mères devaient maintenir sécurité et continuité pour leurs enfants tout en faisant face à leur propre peur, à leur chagrin, à leur épuisement et à leur désorientation. Dans ce contexte, le soin est devenu un acte continu de contenance émotionnelle, qui exigeait souvent des mères qu’elles affichent de la stabilité au moment même où leur propre sentiment intérieur de stabilité était profondément ébranlé.
L’étude souligne la nécessité de réponses informées par le trauma qui reconnaissent les parents en situation de déplacement non seulement comme les personnes chargées du rétablissement des enfants, mais aussi comme des personnes survivantes dont les capacités émotionnelles et relationnelles ont elles-mêmes besoin de soutien. Les interventions cliniques et communautaires devraient donc s’adresser au système familial dans son ensemble, en renforçant la sécurité relationnelle, la capacité réflexive des parents, la régulation émotionnelle et les occasions d’agentivité et de dignité parentales. Soutenir les enfants au lendemain de la guerre et du déplacement ne peut être séparé du soutien aux parents à qui l’on demande de porter, d’interpréter et de réguler pour eux la réalité traumatique. Le rétablissement, en ce sens, ne se limite pas à restaurer des routines ou à offrir un refuge temporaire ; il exige de prêter attention aux structures émotionnelles et relationnelles brisées à travers lesquelles les familles tentent de retrouver continuité, lien et sentiment de sécurité.
Complexe Systémique : à retenir
Quatre entretiens seulement, mais une description fine de ce que la menace fait au système parent-enfant : la mère tient bon pendant le danger et s’effondre une fois à l’abri, l’enfant se parentifie ou régresse selon ce que le parent peut encore contenir, et le silence protecteur laisse la place aux récits des pairs et des écrans. L’apport le plus systémique tient à la communauté d’accueil : ce contexte qui sauve devient, avec le temps, un lieu de promiscuité, de comparaison et de trauma partagé, si bien qu’il fait partie du problème autant que de la solution. Pour la clinique, on retiendra trois choses : soutenir la parentalité plutôt que traiter l’enfant seul, lire les glissements de rôles comme des adaptations situationnelles et non comme une parentification figée, et travailler avec les lieux d’accueil eux-mêmes. Les limites sont nettes : un très petit échantillon de mères recrutées par une clinique, une chercheuse elle-même engagée comme thérapeute auprès de familles déplacées, aucun père ni aucun enfant entendus, et un contexte israélien très situé, que l’autrice invite à ne pas généraliser. À lire avec l’article sur les premiers secours psychologiques aux familles en temps de guerre, et avec l’essai d’un programme familial auprès de jeunes et de familles à Gaza.
Notes de l’original
1 La régulation émotionnelle désigne les processus par lesquels une personne surveille, comprend et module ses états émotionnels afin de répondre de manière adaptée aux exigences internes et externes. Dans la petite enfance, cette capacité se développe en grande partie par la co-régulation avec les personnes qui prennent soin de l’enfant, qui l’aident à organiser sa détresse, à retrouver le calme et à intérioriser peu à peu des stratégies de gestion des affects (Paley et Hajal, 2022).
2 L’attachement désigne le lien émotionnel durable de l’enfant avec une figure parentale vécue comme une source de protection, de réconfort et de régulation dans les moments de détresse. Au fil d’interactions répétées, l’enfant se forme des attentes sur la disponibilité et la réactivité des autres, qui façonnent ses schémas ultérieurs de sécurité, d’exploration, de régulation des affects et de relation (Bowlby, 1969).
3 Dans cet article, la parentalité solo désigne les périodes pendant lesquelles un parent porte la responsabilité principale et quotidienne des enfants sans la présence physique d’un coparent. Le terme n’indique pas nécessairement une situation formelle de parent seul. Cette expérience est devenue particulièrement fréquente en Israël après l’attaque du 7 octobre, en raison du déplacement et d’autres séparations liées à la guerre, dont un service prolongé dans la réserve militaire. En janvier 2024, environ 300 000 réservistes avaient été rappelés, dont environ 120 000 étaient parents ; près de 12 % des personnes mobilisées étaient parents d’enfants de moins de neuf ans (Shay et al., 2024 ; Zerach, 2024).
Remerciements. L’autrice exprime sa profonde gratitude aux femmes courageuses qui ont participé à cette étude et partagé leur expérience de la guerre et du déplacement. Leur volonté de parler ouvertement, malgré l’incertitude et les pertes qui se prolongent, a rendu cette recherche possible. L’autrice remercie aussi les équipes professionnelles et les organisations qui ont aidé au recrutement et soutenu le processus de recherche, ainsi que toutes les personnes qui ont apporté conseils et soutien pratique pour faire avancer l’étude.
Financement. Financement du libre accès assuré par l’université de Haïfa. Sans objet.
Approbation éthique. Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique (Institutional Review Board) des sciences de la santé et du bien-être social de l’université de Haïfa (no 345/24).
Consentement à la publication. Toutes les participantes ont signé un formulaire de consentement à la publication.
Consentement à la participation. Chaque participante a donné son consentement éclairé à la participation.
Recours à l’IA pour la révision. L’autrice indique avoir utilisé ChatGPT pour la révision linguistique et stylistique lors de la préparation du manuscrit. L’outil a servi uniquement à améliorer la clarté, la grammaire et la lisibilité. L’ensemble du contenu intellectuel, de l’analyse, de l’interprétation et des décisions finales concernant le manuscrit reste sous la responsabilité de la signataire.
Liens d’intérêts. Aucun lien d’intérêts n’est déclaré.
Numéro d’essai clinique. Sans objet.
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Traduction non officielle en français de « Sans voix devant mes enfants » : une analyse thématique de l’expérience de parents pendant la guerre et le déplacement, par Tamar Hadar, Journal of Child & Adolescent Trauma, publication en ligne anticipée (2026), doi : 10.1007/s40653-026-00974-4, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, hiérarchie des intertitres harmonisée). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « “Left Speechless in Front of My Children”: A Thematic Analysis of Parents’ Experiences During War & Displacement », publié dans Journal of Child & Adolescent Trauma (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Hadar, T. (2026). « Sans voix devant mes enfants » : une analyse thématique de l’expérience de parents pendant la guerre et le déplacement (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/sans-voix-devant-mes-enfants-une-analyse-thematique-de-l-experience-de-parents-pendant (Œuvre originale publiée en 2026 dans Journal of Child & Adolescent Trauma, publication en ligne anticipée (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Child & Adolescent Trauma, https://link.springer.com/article/10.1007/s40653-026-00974-4)
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