Red Sistémica · Entretien
Invité à Buenos Aires par le Centro de Terapia Cognitiva et le Centro Privado de Psicoterapias, Jeffrey Young a donné devant plus de quatre cents professionnels une conférence sur la thérapie des schémas et le traitement des patients borderline. Dans cet extrait, il raconte à Lydia Tineo comment, parti de la thérapie cognitive d’Aaron Beck, il en est venu à un modèle intégratif entièrement nouveau.
« Plus ces problèmes étaient persistants dans le temps, moins la thérapie cognitive était efficace ; et plus la dépression était simple, mieux elle fonctionnait. »
Jeffrey Young
Note de la rédaction de Perspectivas Sistémicas
Le Dr Jeffrey Young, invité par deux institutions reconnues de notre milieu, le Centro de Terapia Cognitiva et le Centro Privado de Psicoterapias, a récemment donné à Buenos Aires une conférence sur « La thérapie des schémas : le traitement des patients borderline », à laquelle ont assisté plus de quatre cents professionnels invités par ces institutions.
Le Dr Young, fondateur et directeur des centres de thérapie des schémas de New York et du Connecticut, ainsi que du Schema Therapy Institute (États-Unis), a présenté des séminaires dans le monde entier au cours des vingt-trois dernières années et a publié de nombreux articles dans des revues spécialisées, des chapitres de manuels et des livres, dans son pays comme en Europe ; parmi les plus récents, Schema Therapy: A Practitioner’s Guide (La thérapie des schémas : approche cognitive des troubles de la personnalité) et un livre d’auto-assistance, Reinventing Your Life (Je réinvente ma vie), dont il existe une édition en espagnol.
Le texte republié par Red Sistémica est un extrait ; le texte complet a paru dans Perspectivas Sistémicas n° 88.
Pourriez-vous nous raconter comment vous en êtes venu à développer ce modèle pour le traitement des patients présentant des troubles de la personnalité, et en particulier des troubles borderline et narcissiques ?
À l’origine, j’ai été formé par Aaron Beck ; j’ai été l’un des premiers qu’il a formés à la thérapie cognitive (TC). À cette époque, la TC n’était pas ce qu’elle est devenue plus tard. J’ai commencé dans son centre, en menant l’une des premières études de résultats réalisées auprès de patients dépressifs. J’ai traité beaucoup de patients déprimés dans cette étude, et nous avons trouvé que la TC était très, très bonne pour les personnes qui avaient une dépression sans autre problème associé ; le fait saillant de cette étude était que, lorsque la dépression s’accompagnait d’autres troubles, plus ceux-ci étaient sérieux, moins elle donnait de résultats. Nous travaillions là avec une population particulière, et nous étions très enthousiasmés par les bons résultats que nous obtenions : entre 65 et 70 % des patients s’amélioraient avec la TC.
À cette époque, j’ai quitté le centre du Dr Beck pour poursuivre ma propre pratique, et quand j’ai commencé à voir des patients qui n’avaient pas été sélectionnés pour la recherche, il s’est trouvé que ceux qui consultaient présentaient, en plus de la dépression, des problèmes de toutes sortes, et pas seulement une dépression simple. Ils venaient avec des dépressions qu’ils traînaient depuis dix ans ou plus, ou bien ils étaient déprimés maintenant, mais avaient eu auparavant des problèmes d’anxiété ou des troubles alimentaires. Beaucoup de patients, plus de la moitié de ceux que je voyais, avaient des problèmes psychologiques de longue date, et j’ai découvert que plus ces problèmes étaient persistants dans le temps, moins la TC était efficace avec eux, tandis que plus la dépression était simple, mieux elle fonctionnait. Le fait que ce pourcentage de patients ne s’améliore pas m’a conduit à chercher d’autres modèles ou thérapies à intégrer à la TC, pour parvenir à être efficace avec les patients présentant des problèmes de longue date. Chez ces patients, qu’ils aient ou non un trouble de la personnalité, même si nous résolvions leur dépression ou leur anxiété, ils continuaient à avoir des problèmes dans leur vie. J’ai commencé par inclure avec eux la Gestalt-thérapie, que j’avais connue comme patient, et j’y ai trouvé plusieurs techniques qui se sont révélées extrêmement utiles pour travailler avec les émotions profondes, que je ne pouvais pas atteindre avec la TC. Ce fut le premier pas de cette recherche, que j’ai poursuivie avec les nouvelles approches psychanalytiques auxquelles je m’étais toujours intéressé, comme la théorie de l’attachement, en particulier les travaux de Bowlby. Il y avait des aspects de la psychanalyse qui fonctionnaient très bien avec ces patients, comme ceux qui mettaient l’accent sur la « relation thérapeutique », et aussi l’idée de « mécanismes de défense », qui n’était pas un concept dont je disposais en TC. Les modèles de Kohut, de Kernberg, de Guidano et Liotti, et d’autres comme la théorie de l’attachement et celle des relations d’objet, apportaient une perspective intéressante que j’ai incluse avec ces patients ; j’ai donc décidé d’intégrer ces aspects à mon modèle conceptuel.
À retenir
Le point de départ de Young est un constat clinique : la thérapie cognitive fonctionne très bien pour la dépression simple (65 à 70 % d’amélioration), mais d’autant moins que les problèmes sont anciens et associés à d’autres troubles. La thérapie des schémas naît de la recherche d’outils pour ces patients de longue date, avec ou sans trouble de la personnalité.
Ces points de vue que j’ai commencé à intégrer au modèle cognitif ont construit ce que j’ai d’abord appelé la « thérapie cognitive centrée sur les schémas », qui impliquait une intégration à parts égales d’autres modèles : 25 % de cognitif, 25 % de comportemental, 25 % de Gestalt et 25 % de théorie psychanalytique de l’attachement. À ce point, dire qu’il s’agissait d’un modèle cognitif n’était plus adéquat, puisqu’il n’était cognitif qu’à 25 % ; c’est pourquoi, aujourd’hui, pour indiquer qu’il ne s’agit pas seulement d’une thérapie un peu différente, mais d’un modèle intégratif totalement nouveau, en ce qu’il intègre des techniques de façon systématisée dans un nouveau modèle conceptuel, nous l’appelons « thérapie des schémas ».
25 %
L’héritage de la thérapie cognitive d’Aaron Beck, point de départ du modèle.
25 %
Les techniques comportementales associées à la TC.
25 %
Des techniques découvertes comme patient, pour atteindre les émotions profondes.
25 %
Bowlby, Kohut, Kernberg, Guidano et Liotti, les relations d’objet : relation thérapeutique et mécanismes de défense.
Dans votre nouveau livre, Schema Therapy: A Practitioner’s Guide, vous abordez des troubles particulièrement difficiles comme le trouble borderline et le trouble narcissique. N’y est développé que le modèle actuel, ou inclut-il ce qui précède et qui fonctionnait très bien avec d’autres troubles de la personnalité ?
Note de la rédaction
L’extrait republié par Red Sistémica s’interrompt sur cette question. La suite de l’entretien fait l’objet de la deuxième partie.
Qui est Lydia Tineo
Psychologue, cofondatrice, enseignante et chercheuse au Centro de Terapia Cognitiva de Buenos Aires, Lydia Tineo étudie, applique et fait de la recherche sur le modèle de la thérapie des schémas depuis 1988, participant depuis lors à de nombreux séminaires, formations et supervisions dispensés par le Dr Young. Elle a publié des chapitres de manuels et de livres, dans son pays et à l’étranger, ainsi que des articles dans des revues spécialisées, sur les applications cliniques et la recherche sur les processus thérapeutiques auprès de patients présentant des troubles de la personnalité.
Cet entretien est la traduction française de « Terapia de esquemas: Tratamiento de trastorno de pacientes borderline. Entrevista a Jeffrey Young », publié par Red Sistémica (première parution : Perspectivas Sistémicas, n° 88). Traduit et republié avec l’accord de la revue.
Lire l’article originalComment citer cet article
Tineo, L. (2022). Thérapie des schémas : le traitement des patients borderline (1re partie). Entretien avec Jeffrey Young (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/therapie-des-schemas-le-traitement-des-patients-borderline-1re-partie-entretien-avec-jeffrey-young (Œuvre originale publiée en 2022 dans Perspectivas Sistémicas, n° 88 ; republiée en 2022 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2022/08/01/terapia-de-esquemas-tratamiento-de-trastorno-de-pacientes-borderline-entrevista-a-jeffrey-young/)
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