Journal of Solution Focused Practices · Entretien
Deux ans et demi dans un camping-car baptisé Hearty, cent neuf épisodes du podcast Simply Focus, et plus de praticiens orientés solutions rencontrés que quiconque sur la planète. Mark McKergow interroge le couple suisse-autrichien sur les débuts, un professeur d’économie de Bâle qui invite Peter Szabó et un entraîneur de hockey, la rencontre à Visegrád, le dessin d’un camping-car à Noël qui devient réel quatre ans plus tard, la fuite dans le toit qui les retient chez eux au bon moment, le parking devant la maison de Janet Bavelas à Vancouver Island, et la découverte qui a tout réorienté : la microanalyse, et l’idée que nous co-construisons tout, tout le temps. « Cela pourrait changer le monde si les gens le savaient. »
Traduction non officielle en français. Cet entretien est la traduction de Elfie J Czerny and Dominik Godat: Something That Could Change the World, de Mark McKergow, publié dans le Journal of Solution Focused Practices (2023), doi : 10.59874/001c.90441, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux photographies (le camping-car Hearty, Elfie Czerny à l’UNLV) ne sont pas reproduites. Cette traduction n’a été effectuée ni par l’auteur ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Dominik Godat et Elfie Czerny ont probablement rencontré plus de praticiens, d’auteurs et de chercheurs orientés vers les solutions (OS) que quiconque sur la planète. Ayant découvert l’OS, et l’un l’autre, dans les années 2000, ils sont partis avec leur jeune fille dans un camping-car pour une odyssée à travers l’Amérique du Nord et l’Europe, afin de répandre la parole OS, de rencontrer quiconque était intéressé, d’aider les gens et d’en apprendre davantage sur la façon dont l’OS est utilisée différemment par différentes personnes, ce qui a donné les 109 épisodes du podcast Simply Focus.
Ils ont chacun écrit des livres et des chapitres de livres en allemand, dont Lösungen auf der Spur: Wirkungsvoll führen dank Lösungsfokus (Sur la piste des solutions : diriger efficacement grâce à l’orientation solutions) de Dominik (Godat, 2016), et ils ont tous deux contribué à diriger Faszination Lösungsfokus: Wie du mit gezieltem Blick die gewünschte Zukunft gestaltest (Fascination orientation solutions : comment créer l’avenir que vous voulez avec un regard ciblé) (Czerny et al., 2020). Leur rencontre avec Janet Bavelas les a intéressés à la microanalyse du dialogue en face à face, et ils font aujourd’hui avancer ce travail en proposant des cours et en lançant leur nouvelle entreprise, The Interactionalists.
JSFP : Comment êtes-vous entrés dans le monde de l’OS ?
Dominik : J’étudiais l’économie à l’université de Bâle en 2001, et nous voulions savoir ce qu’était le coaching. Notre professeur a eu l’idée d’inviter deux coachs et d’analyser leurs récits pour se faire une idée de ce que le coaching pouvait être. L’un des coachs invités était Peter Szabó ! Il est arrivé avec ses cartes et ses questions, c’était un peu étrange, avec cette question du miracle et tout ça. Ça n’avait pas vraiment de sens pour nous. L’autre était un entraîneur de hockey sur glace, qui frappait sur la table et nous disait de faire exactement ce qu’il disait et que nous réussirions. Tout était étrange ! Je me suis intéressé à ce que faisait Peter Szabó.
Après l’université, je suis devenu responsable des ressources humaines, et des superviseurs et des gens venaient me demander conseil, voulaient savoir quoi faire. Je voulais apprendre à avoir de bonnes conversations avec eux. Juste à ce moment-là est arrivé le prospectus de Peter Szabó pour son cours, que j’ai suivi. Peter m’a vite suggéré de venir à la conférence SOLWorld de 2005 à Interlaken. Je n’avais pas l’argent mais j’ai fini par y aller comme client en direct pour l’expérience de coaching de Michael Hjerth. J’ai senti que j’étais à ma place, et que je pouvais moi aussi apporter des idées. Je suis donc allé à la conférence SOLWorld suivante, à Vienne en 2006, et j’y ai animé un atelier de coaching aléatoire (avec des cartes de questions). Faire partie de la communauté SOLWorld a été un grand élan, tant de gens à rencontrer. C’était encourageant pour moi, comme responsable RH, de voir tant de gens pratiquer et de l’utiliser dans mon travail.
Elfie : J’étais assistante de recherche à la PEF, université privée de management de Vienne, où Günter Lueger dirigeait le master de coaching OS. Peter Steinkeller, Günter et moi avons travaillé ensemble sur plusieurs projets, et Günter m’a invitée à sa formation. Cela m’a permis de me connecter à la communauté OS autrichienne, des gens comme Veronika Jungwirth, Doris Regele et surtout Susanne Burgstaller. Susanne et moi avons travaillé ensemble sur des centres de développement, nous sommes devenues amies, et elle m’a dit que je devais venir à une conférence SOLWorld. Nous sommes allées à la première conférence SOLWorld CEE (Europe centrale et orientale) à Visegrád, en Hongrie, où j’ai rencontré Dominik pour la première fois ! J’ai été pendant plusieurs années membre du conseil de l’Austrian Solution Circle. Je me suis vraiment passionnée pour mon engagement, partager mon travail et l’approche, la façon dont je l’appliquais avec Susanne (et plus tard Dominik) dans les conférences SOLWorld.
JSFP : Vous vous êtes rencontrés à SOLWorld CEE Visegrád… avez-vous commencé à travailler ensemble à ce moment-là ?
Elfie : Nous avons eu des conversations fascinantes sur notre travail et remarqué que nous partagions beaucoup d’intérêts : travailler dans les organisations et inviter les gens des organisations à travailler avec l’OS. Günter Lueger s’intéressait beaucoup à aider les organisations à utiliser l’OS sans tout changer, mais en révisant leurs outils existants. Dominik terminait Lösungen auf der Spur (Sur la piste des solutions), il est venu à Vienne à la réunion de l’Austrian Solution Circle, nous nous intéressions au travail l’un de l’autre, et au-delà ! Nous sommes devenus un couple en même temps que des collègues.
Dominik : Nous étions surpris de ne pas nous être rencontrés avant, nous étions dans les mêmes cercles et connaissions beaucoup des mêmes personnes. Le début a été difficile, organiser notre premier atelier ensemble a été la plus féroce dispute que nous ayons jamais eue ! À partir de là, tout est allé plus doucement.
Elfie : L’OS a beaucoup aidé à trouver notre façon de collaborer.
Dominik : C’était intéressant de trouver notre terrain commun, mais aussi nos différences, d’apprendre à nous connaître et à nous aligner.
Elfie : C’était l’une des choses les plus difficiles et les plus gratifiantes à la fois. Nous développions notre théorie du changement, comment expliquer ce que nous faisons. Cela s’est fait dès le début et continue encore. Nous nous défiions l’un l’autre. J’adorais ça et j’adore toujours.
Dominik : Nous avons eu cinq ou six ateliers avec des équipes de la même entreprise, ce qui nous a permis d’apprendre à nous connaître et d’essayer des choses. Nous avons découvert que nous voulions nous défier en mettant l’autre dans une situation où il devait réagir, à la manière de l’impro. Je peux donc commencer un atelier et dire « Elfie va maintenant vous raconter une histoire à ce sujet », et elle prend le relais et continue à partir de là, et vice versa. Ça a été un voyage amusant, avec beaucoup d’apprentissage et d’animation en commun.
JSFP : Comment avez-vous commencé à penser à SF On Tour ?
Elfie : Nous avons commencé à avoir des conversations écrites sur Facebook et nous avons esquissé un avenir préféré avec un voyage. Nous pourrions faire le tour avec un camping-car et rencontrer des gens, partager des histoires, apporter de la joie, du plaisir et de la légèreté au monde. Nous nous étions rencontrés en octobre, et à Noël j’ai dessiné un camping-car, et quatre ans plus tard nous avions un camping-car qui ressemblait beaucoup à ce dessin !
Dominik : Marco Matera avait fait un numéro de cabaret à SOLWorld sur la façon dont les Italiens s’étreignent, avec une étreinte du cœur. Je n’y étais pas, mais au petit déjeuner tout le monde en parlait. Nous nous sommes donc rencontrés par une étreinte du cœur, et nous avons appelé notre camping-car Hearty !
Elfie : J’ai remarqué combien la communauté OS a influencé notre travail et nos vies aussi. Nous sommes sur les épaules de géants, d’amis OS.
JSFP : Quand êtes-vous réellement partis en voyage ?
Elfie : Nous attendions un enfant et avons commencé à chercher une maison. Nous avons cherché en Suisse, en Autriche et en Allemagne et nous nous sommes dit que ça n’allait pas marcher. Nous avons donc décidé de prendre l’argent économisé pour une maison et de faire le voyage à la place. J’ai eu une journée seule à la maison et je me suis dit « Et si nous partions, tout simplement ? » Dominik est rentré et a dit oui, et ce fut le vrai point de départ. En 2016 nous avions le camping-car, et en 2017 nous sommes partis.
Dominik : Nous savions que pour que cela devienne réel, il fallait commencer par un premier petit pas. Le premier pas a été d’acheter le camping-car, parce qu’ensuite nous ne pouvions plus reculer ! Nous sommes partis chercher un camping-car et en avons trouvé un rapidement. Ce premier pas a mené à beaucoup de pas suivants : aller aux États-Unis, lancer le podcast, interviewer les fondateurs de l’OS encore vivants, et ainsi de suite.
Elfie : Rien de tout cela n’était prévu au départ. Nous savions que nous voulions faire un voyage OS, ce qui signifiait pour nous avoir un avenir préféré et voir ce qui émerge. Notre avenir préféré était donc de voyager, de vivre de bonnes expériences, d’avoir une machine à café avec nous pour offrir du café gratuit et des conversations qui comptent. L’idée initiale était d’aller au lac Baïkal, en Russie, mais le camping-car que nous avions acheté n’était pas à la hauteur, alors nous avons regardé ailleurs. Il y avait tant de gens en Amérique du Nord qui avaient développé l’approche, et nous avons eu l’idée de les rencontrer. Il y a tant de gens qui font un travail extraordinaire, de façons différentes, dans des champs différents. Nous avions à cœur de rendre cela visible, pour nous et pour les autres.
Dominik : C’était aussi une réaction aux discussions sur la liste de diffusion SFT à propos de ce qui était juste ou faux en OS. Nous voulions montrer comment les gens faisaient vraiment. Nous avons commencé en Amérique du Nord, nous ne savions pas comment les choses fonctionnaient là-bas et nous avons eu du mal à démarrer, nous avons presque abandonné après quelques semaines. Mais le podcast nous a connectés à tant de gens qui ont commencé à nous mettre en relation avec d’autres, et nous avons démarré.
JSFP : Quand et où avez-vous commencé ?
Elfie : En juin 2017. Nous voulions aller à la conférence SF World de Francfort en septembre 2017, alors nous avons roulé pour nous organiser, tout tester, découvrir comment le camping-car fonctionnait et rendre visite à nos parents. Puis nous sommes allés en Italie, avons organisé les peintures sur le van, et nous savions que nous voulions être prêts à le montrer à tout le monde à la conférence. Et puis il y a eu une fuite dans le toit ! Nous sommes rentrés, ma grand-mère a eu une crise pulmonaire, et deux jours plus tard mon cousin s’est suicidé. Ce fut finalement une bénédiction de pouvoir être à la maison et de tenir l’espace. C’était une part importante du voyage pour moi, cela m’a menée à cette quête de la façon dont nous pouvons soutenir la vie de façon OS, et en particulier la prévention du suicide OS. J’ai posé la question des meilleurs espoirs bien des fois et elle n’a jamais été la même, surtout après cette expérience. La fuite dans le toit a donc été une bénédiction qui nous a permis d’être à la maison à ce moment-là.
Hearty, le camping-car spécialement décoré d’Elfie et Dominik. Photographie non reproduite.
Dominik : Cela se relie aussi à un événement ultérieur, le jour de l’anniversaire d’Elfie, où nous sommes allés chez Heather Fiske et avons fait un webinaire avec Heather Fiske et Brigitte Lavoie sur la prévention du suicide, comme projet d’anniversaire. Il en est sorti un cours en ligne, toujours disponible et utilisé de nombreuses fois, avec des espoirs et des raisons de vivre. Il continue de se répandre dans le monde et les gens continuent de l’utiliser.
JSFP : Quels ont été les moments marquants de votre voyage ?
Elfie : C’est une question tellement difficile. Rencontrer Janet Bavelas vient à l’esprit, c’est sûr. Nous nous intéressions à son travail de microanalyse avant de partir, et passer du temps avec elle, Sara Healing et Jennifer Gerwing a été vraiment merveilleux.
Dominik : Nous avions fixé une rencontre avec Janet pour le lendemain mais nous ne trouvions pas où dormir, la police nous avait chassés d’un parking ! Nous avons demandé à Janet si elle savait où nous pourrions nous garer et elle a proposé devant chez elle. Nous avons garé le camping-car devant sa belle maison de l’île de Vancouver. C’était charmant de prendre le café avec elle le matin et de la rencontrer chez elle. Nous voulions passer du temps avec les gens qui voulaient nous rencontrer. Nous avons eu tant de rencontres où les gens nous ont montré comment ils vivaient et ce qui comptait pour eux. Nous avons rencontré Eve Lipchik, qui m’a demandé d’où je venais (Bâle), et il s’est avéré qu’elle avait vécu à Bâle de 1951 à 1956 ! Nous avons pu lui envoyer plus tard une gourmandise de Bâle et elle a immédiatement repris contact. Je chéris tellement ces moments. On obtient une connexion complètement différente par des moments comme ceux-là.
Elfie : Nous avons visité des lieux et avons pu les voir à travers les yeux des gens du cru. Un grand moment pour moi a été la visite de Las Vegas. J’avais rencontré une enseignante de Las Vegas dans un camping au Texas (ce qui m’a surprise, je croyais qu’il n’y avait que des casinos !). Nous sommes arrivés le jour des cinq ans de notre fille, avons rencontré Sara Jordan et sommes allés dans un musée pour enfants et à l’université. Puis Sara a proposé de garder Bibi pour nous laisser aller voir les attractions touristiques. Découvrir Las Vegas à travers leurs yeux, c’était très chouette, si différent d’un simple tourisme.
Dominik : Un autre lieu important… Nous avons roulé 1 500 km jusque chez Heather Fiske, près de Halifax, en Nouvelle-Écosse. Nous avons passé un si bon moment, pour nous elle était la Mary Poppins du monde OS. Elle fabriquait et offrait toujours des choses, mais nous ne la voyions jamais les fabriquer, seulement les produire pour nous.
Elfie : Nous avons eu tant de grandes conversations sur l’OS. Nous pouvions passer une heure à parler d’un seul mot ! Les sens, les alternatives… être des passionnés et des obsédés du langage, c’était si excitant.
Dominik : Heather est devenue notre éditrice en anglais, ce qui a été très gratifiant pour nous deux.
Elfie : Je crois qu’il y a deux éditrices brillantes en anglais ; l’une est Jenny Clarke et l’autre Heather Fiske.
Elfie Czerny (au centre) à l’université du Nevada, Las Vegas (UNLV), avec Sara Jordan (à droite d’Elfie) et quelques-uns de ses étudiants. Photographie non reproduite.
JSFP : Combien de temps a duré la tournée au total ?
Dominik : La tournée a duré deux ans et demi, nous avons vécu dans le camping-car tout ce temps. Nous avons continué le podcast, mais d’autres podcasts apparaissaient à ce moment-là, alors nous avons arrêté. Nous réfléchissons encore à la façon dont il pourrait redémarrer. Le COVID arrivait aussi, et nous avions dépensé tout notre argent, il fallait gagner quelque chose. Et j’en avais assez de monter des podcasts ! C’est une belle collection de personnes différentes et de conversations que nous avons eues. Elles sont partagées et utilisées aussi dans des formations OS, c’est formidable de voir combien elles sont appréciées. Et c’est un contrepoint à quiconque dit que l’OS doit se faire comme ceci : nous pouvons montrer toutes sortes d’exemples de façons différentes de la faire.
JSFP : Il semble que vous ayez repris le travail de microanalyse…
Elfie : Il y a des gens qui font les choses différemment, et c’est un sujet dans la communauté OS depuis des années. La microanalyse offre une façon de regarder les conversations de manière interactionnelle, ce qui est cohérent avec ce que l’OS vise. Nous pouvons regarder ce que nous croyons faire, et aussi ce que nous faisons réellement. Nous pouvons alors voir comment le sens est co-construit dans une conversation, et voir quels éléments influencent la conversation : les résumés, les formulations, les questions, ce que chacun fait dans la co-construction. Cela semble très abstrait, mais quand on regarde les détails (j’adore les détails), on voit que ce n’est pas seulement des questions et de l’écoute, c’est tout, tout le temps. On peut le voir se produire, là, sous nos yeux.
Dominik : Je cherche toujours des façons faciles de répandre les choses dans le monde. Au début, je pensais que les questions étaient tout ce dont on avait besoin (et je vendais mon jeu de cartes de questions). Puis nous avons vu la microanalyse, nous avons vu comment le calibrage (auparavant appelé grounding) se produisait instant par instant, presque seconde par seconde, ensemble. Ce n’est pas une affaire d’émetteur et de récepteur. Il est devenu clair que, quand on décrit le monde ainsi, on ne peut pas dire qu’une personne est responsable de quelque chose ; nous faisons tous partie de ce que nous co-construisons tout le temps, nous l’influençons tous, nous en faisons toujours partie. Cela pourrait changer le monde si les gens le savaient et le comprenaient. Janet Bavelas disait que c’était son travail le plus important, et elle n’était pas sûre que quelqu’un le comprenne jamais. Pour nous, c’était le concept le plus utile du monde. Tout le monde devrait le connaître. Oui, on peut entrer dans le calibrage, les questions, les formulations et ainsi de suite, mais je reste frappé par l’idée que nous co-construisons tout ensemble, tout le temps. C’est ce qui garde vive ma flamme pour la microanalyse.
Nous voulions faire quelque chose avec la microanalyse mais nous ne savions pas quoi. Puis le corona est arrivé, et tout s’est arrêté ! Nous n’avons rien eu à faire pendant deux mois. Ce fut un grand soulagement pour moi ! Pas besoin de gagner de l’argent, alors nous avons travaillé à monter notre cours de microanalyse.
Elfie : Pour nous, il s’agit de ce qu’on peut en apprendre pour la vie quotidienne. Nous voyons sans cesse combien il est difficile de le rendre accessible. C’est une quête que nous poursuivons encore : comment rendre ce travail plus accessible et compréhensible. Voir combien chaque partenaire de conversation est puissant, comment avoir des conversations qui comptent davantage, comment naviguer dans une conversation, comment cela s’accorde avec une approche OS (ou en EST simplement une), cela nous donne des mots nouveaux et des choses à montrer aux participants. Nous publions aussi Personönlichkeit!, un magazine mensuel en allemand destiné à un public plus large, où nous cherchons à offrir des perspectives interactionnelles sur la personnalité et le développement personnel, en traduisant le travail dans la vie quotidienne.
Dominik : Il s’agit aussi de continuer l’histoire de l’OS. Insoo et Steve prévoyaient de travailler avec Janet et la microanalyse, puis sont morts. Mais ils avaient déjà envoyé leurs enregistrements à Janet Bavelas. Janet disait que l’OS était l’une des approches les plus éthiques : on n’entre pas avec un problème pour ressortir avec trois ! On n’invente pas des choses dans sa tête comme praticien. Il s’agit aussi d’honorer cet héritage et de continuer à rendre visible ce qui est là.
Elfie : Nous animons des cours de microanalyse en ligne, en allemand et en anglais, et dans le cours de leadership de la Haute école de Lucerne nous animons un module appelé interactions de leadership : les participants enregistrent une conversation et l’analysent. Ils peuvent en apprendre davantage sur la façon de naviguer dans leurs conversations, et ils constatent en général qu’une façon OS (pleine d’espoir et de sens) de naviguer dans une conversation est utile !
Dominik : C’est amusant pour eux de voir leurs enregistrements et de voir comment ils utilisent les mots pour rendre les choses plus difficiles ou plus riches en ressources. Nous n’avons alors plus à vendre l’OS, ils peuvent voir ce qui marche dans leurs enregistrements. C’est très gratifiant, cela nous aide à enseigner moins et à les encourager à explorer davantage.
Elfie : Nous nous intéressons actuellement à la microanalyse des réunions et conversations d’équipe. La plupart de ce qui existe porte sur les conversations en tête-à-tête ; nous voulons faire davantage sur la façon dont des groupes plus grands co-construisent le sens.
Dominik : À la récente conférence sur la construction sociale (SoCoCon, octobre 2023), nous avons été frappés de voir que tout le monde parlait de la façon dont le sens est co-construit, mais que personne ne semblait savoir comment. C’est l’une de nos quêtes du moment.
JSFP : Merci beaucoup.
La revue InterAction (2009-2016) a publié une série d’entretiens avec des pionniers, praticiens et chercheurs de l’OS. Ils sont téléchargeables gratuitement dans les archives d’InterAction.
Soumis le 7 novembre 2023, accepté le 17 novembre 2023.
Complexe Systémique : à retenir
Un entretien de fin de numéro, chaleureux et sans prétention, mais qui documente quelque chose que les articles ne disent pas : comment une communauté se transmet, par des conférences, un camping-car, un podcast, une machine à café et des gens qui ouvrent leur porte. Les deux passages qui comptent sont la genèse du projet, un avenir préféré dessiné à Noël et un premier pas irréversible, l’achat du véhicule, qui est la théorie du changement de l’approche appliquée à ses propres auteurs ; et la conversion à la microanalyse, avec la formule de Dominik Godat qui dit l’essentiel de la vision interactionnelle : quand on décrit le monde ainsi, on ne peut plus dire qu’une personne est responsable de quelque chose. C’est du Watzlawick, dit par un ancien responsable RH. La liste des entretiens d’InterAction, en fin de texte, est une bibliographie orale du champ. À lire avec leur microanalyse des conversations de cadres et l’hommage à Jan Bavelas.
Références
Czerny, E. J., Godat, D., Gaiswinkler, M. E., Payer, H., & Titak, M. (dir.). (2020). Faszination Lösungsfokus: Wie du mit gezieltem Blick die gewünschte Zukunft gestaltest. Versus Verlag. https://doi.org/10.24096/9783039097593
Godat, D. (2016). Lösungen auf der Spur: Wirkungsvoll führen dank Lösungsfokus (2e éd.). Versus Verlag. https://doi.org/10.24096/9783039097425
Traduction non officielle en français de Elfie J Czerny and Dominik Godat: Something That Could Change the World, de Mark McKergow, publié dans le Journal of Solution Focused Practices, vol. 7, n° 1 (2023), doi : 10.59874/001c.90441, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (photographies non reproduites). Ni l’auteur ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Elfie J Czerny and Dominik Godat: Something That Could Change the World », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
McKergow, M. (2023). Elfie Czerny et Dominik Godat : quelque chose qui pourrait changer le monde (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/elfie-czerny-et-dominik-godat-quelque-chose-qui-pourrait-changer-le-monde (Œuvre originale publiée en 2023 dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 7, n° 1 (2023) ; republiée en 2023 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/90441)
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