Family Relations · Famille

Être parent, sans l’être : une théorie ancrée de l’accueil en milieu familial

On leur demande d’aimer, de stabiliser, de créer un lien d’attachement, mais sans jamais devenir tout à fait parents. Seize familles d’accueil et proches qui accueillent un enfant de leur entourage, dans le Victoria australien, racontent ce rôle tiraillé entre le foyer et l’institution. L’équipe de Kimberlea Cooper en tire une théorie ancrée centrée sur une formule : « être parent, sans l’être ».

Auteurs Kimberlea Cooper (travail social, Federation University Australia, Mt Helen, et université La Trobe, Bundoora), Christina Sadowski (travail social, Federation University Australia, Mt Helen) et Rob Townsend (Institute of Health and Management, Melbourne), Victoria, AustraliePremière publication Family Relations, 27 novembre 2023Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Être parent, sans l’être : une théorie ancrée de l’accueil en milieu familial, par Kimberlea Cooper, Christina Sadowski et Rob Townsend, publié dans Family Relations (Wiley) (2024), doi : 10.1111/fare.12969, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; la figure est reproduite dans sa version originale anglaise, avec une légende traduite. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Qu’elles conçoivent leur rôle avant tout sous un angle professionnel ou parental, les personnes accueillantes occupent des rôles qui n’entrent proprement dans aucune de ces catégories normatives.

Kimberlea Cooper, Christina Sadowski et Rob Townsend

Résumé

Objectif. Cette étude en théorisation ancrée constructiviste a exploré la manière dont les familles d’accueil et les proches qui accueillent un enfant de leur entourage conçoivent et vivent leur rôle.

Contexte. Partout dans le monde, alors que l’accueil en milieu familial est de plus en plus privilégié pour les enfants et les jeunes qui vivent hors de la garde de leurs parents, des problèmes comme le manque de personnes accueillantes, leur insatisfaction et l’instabilité des placements posent des défis importants.

Méthode. Seize personnes accueillantes (sept familles d’accueil et neuf proches accueillant un enfant de la famille) d’une zone régionale du Victoria, en Australie, ont participé à des entretiens approfondis menés selon les protocoles de la théorisation ancrée constructiviste.

Résultats. Six catégories font apparaître les principales manières dont les personnes accueillantes prennent soin des enfants et des jeunes, et les principales difficultés qu’elles rencontrent pour le faire. La catégorie centrale, « être parent, sans l’être », met en évidence les tensions qu’elles éprouvent en cherchant à construire un sentiment d’appartenance et de lien avec un enfant, dans les limites du système d’accueil familial du Victoria.

Conclusion. Les personnes accueillantes voient leur rôle sous un angle parental, mais avec diverses limites qui restreignent leur sentiment d’être parent.

Implications. La présente recherche reconnaît les tensions de rôle inhérentes au système d’accueil familial du Victoria et souligne l’importance de rehausser le statut des familles d’accueil et des proches qui accueillent, afin de mieux reconnaître l’expertise de ces personnes dans la prise en charge des enfants et des jeunes, dans ce contexte complexe.

Les proches qui accueillent un enfant de la famille et les familles d’accueil jouent un rôle crucial dans l’éducation et le développement des enfants et des jeunes qui vivent hors de la garde de leurs parents. Du fait de la tendance à la désinstitutionnalisation, les programmes d’accueil familial et d’accueil par des proches connaissent partout dans le monde une forte croissance (Garcia Quiroga et Hamilton-Giachritsis, 2014). Ces formes de suppléance familiale en milieu de vie affrontent pourtant aujourd’hui des défis majeurs, dont le manque de personnes accueillantes, la surcharge et l’insatisfaction de celles qui accueillent, et l’instabilité des placements (D’Amato et Brownlee, 2022 ; McPherson et al., 2022 ; Rose et al., 2022). Les programmes d’accueil familial comptent sur les familles d’accueil et les proches pour ouvrir leur foyer à des enfants et à des jeunes. Il est donc crucial de s’appuyer sur les points de vue et les expériences des personnes accueillantes elles-mêmes pour bâtir une base de recherche solide, qui éclaire les efforts visant à renforcer les programmes d’accueil familial et à faire en sorte que ces personnes se sentent soutenues pour continuer à assumer leur rôle.

Contexte : le passage à l’accueil en milieu familial

À l’échelle mondiale, on observe une tendance croissante et continue à privilégier l’accueil en milieu familial plutôt que les formes institutionnelles de suppléance pour les enfants séparés de leurs parents (Garcia Quiroga et Hamilton-Giachritsis, 2014), avec un net recul des foyers collectifs et des institutions dans des pays comme les États-Unis (Child Welfare Information Gateway, s. d.) et l’Australie (Musgrove et Michell, 2018). Ce mouvement vers l’accueil en milieu familial s’observe dans toutes les régions du monde, y compris celles où la prise en charge en institution reste dominante (Garcia Quiroga et Hamilton-Giachritsis, 2014). C’est la nature même du « foyer » qui distingue l’accueil en milieu familial des modèles institutionnels de suppléance, car un foyer est vu comme un environnement sûr, stable et familial, qui donne aux enfants la possibilité de nouer des liens affectifs avec les personnes qui prennent soin d’eux (Musgrove et Michell, 2018).

La théorie de l’attachement a joué un rôle déterminant dans l’essor de l’accueil en milieu familial à travers le monde (Hart et al., 2011 ; Smith et al., 2017). Selon cette théorie, les premières relations avec les figures qui prennent soin de l’enfant sont fondamentales pour son développement, et ces liens affectifs comptent autant pour son bien-être que la satisfaction de ses besoins physiques et biologiques (Chinnery, 2016). Les relations d’attachement avec ces figures permettent aux enfants de se sentir en sécurité et protégés, et leur donnent ainsi une base à partir de laquelle explorer le monde avec confiance. Ce point de vue se reflète dans la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant, selon laquelle la priorité de la protection de remplacement doit être une relation d’attachement avec au moins un adulte, ainsi que l’attention, la stabilité et une vie de famille (Comité des droits de l’enfant des Nations unies, 2011, par. 72e).

Le contexte du Victoria, en Australie

Dans l’État du Victoria, en Australie, la stratégie actuelle du gouvernement de l’État en matière d’accueil fait de l’accueil en milieu familial la forme de suppléance privilégiée (Department of Health and Human Services [DHHS], 2019), ce qui se traduit dans les faits : en 2021, 91 % des enfants placés hors du foyer familial (Out-of-Home Care, OOHC) en Australie vivaient dans un accueil en milieu familial (Australian Institute of Health and Welfare [AIHW], 2022). La vision politique de l’État pour l’accueil en milieu familial est que tous les enfants « vivent avec des personnes accueillantes soutenues pour créer un foyer sûr et bienveillant » (DHHS, 2019, p. 6) et « grandissent dans des familles aimantes, attentionnées et stables » (DHHS, 2019, p. 9). Cette vision reflète clairement la reconnaissance croissante de l’importance des liens relationnels avec les figures de soin pour le développement des enfants, dans le sillage de la tendance internationale vers l’accueil en milieu familial et de l’accent mis sur les relations d’attachement.

En Australie, la protection de l’enfance et le placement hors du foyer relèvent des gouvernements des États. Dans le Victoria, le service de protection de l’enfance (Victoria Child Protection Service) supervise et gère le placement, mais finance un ensemble d’organismes sociaux non gouvernementaux répartis dans l’État pour mettre en œuvre les programmes (AIHW, 2022). Ces organismes sont chargés de recruter les familles d’accueil et les proches qui accueillent, de les former et de les soutenir, et d’assurer le suivi des enfants et des jeunes placés. Ils ont l’obligation contractuelle de se conformer à une législation, à des normes, à des politiques et à des mesures de conformité précises, et de rendre compte à la protection de l’enfance (AIHW, 2022).

Dans toute l’Australie, l’accueil en milieu familial comprend l’accueil familial et l’accueil par des proches, qui se distinguent en ceci que les proches ont déjà une relation ou un lien familial ou social avec l’enfant, ce qui n’est pas le cas des familles d’accueil. Dans le Victoria, ces deux formes d’accueil fonctionnent comme deux programmes distincts, avec des niveaux d’accès différents au soutien et aux ressources ; mais du point de vue des politiques publiques, l’accueil familial et l’accueil par des proches sont réunis et traités ensemble, comme dans l’actuelle stratégie de l’État pour l’accueil en milieu familial (DHHS, 2019). Les personnes accueillantes assument la prise en charge quotidienne des enfants et des jeunes à titre bénévole, avec un certain soutien financier sous forme d’allocations et de remboursements destinés à couvrir les frais (AIHW, 2022).

Il arrive que des proches qui accueillent ou des familles d’accueil deviennent à plus long terme les figures de soin de l’enfant, dans le cadre d’une prise en charge permanente ou d’une adoption, lorsque l’enfant ne peut pas retourner chez ses parents de naissance. Dans toute l’Australie, la prise en charge permanente est privilégiée par rapport à l’adoption pour les enfants et les jeunes qui ne peuvent pas être réunis avec leurs parents de naissance (Permanent Care and Adoptive [PCA] Families, 2021). L’adoption est rare dans le Victoria : seuls 17 enfants y ont été adoptés en 2019-2020 dans tout l’État (PCA Families, 2021). Les objectifs de permanence y sont plutôt atteints par des ordonnances d’accueil familial de longue durée (l’autorité parentale restant alors à l’État) ou par des ordonnances de prise en charge permanente. Ces dernières transfèrent l’autorité parentale à la personne accueillante jusqu’aux 18 ans de l’enfant, mais se distinguent de l’adoption en ce qu’elles n’entraînent aucune modification automatique de l’acte de naissance ni des droits successoraux de l’enfant, et que le maintien des contacts avec la famille de naissance est attendu (PCA Families, 2021). [Correction ajoutée le 29 décembre 2023, après la première publication en ligne : le passage « La principale différence entre la prise en charge permanente et l’adoption est que l’autorité parentale sur les enfants en prise en charge permanente revient au ministère compétent et non à la personne accueillante elle-même, comme dans l’adoption. L’adoption est cependant rare dans le Victoria, avec seulement 17 enfants adoptés en 2019-2020 dans tout l’État (PCA Families, 2021) » a été remplacé par « L’adoption est rare dans le Victoria, avec seulement 17 enfants adoptés en 2019-2020 dans tout l’État (PCA Families, 2021). Les objectifs de permanence y sont plutôt atteints par des ordonnances d’accueil familial de longue durée (l’autorité parentale restant alors à l’État) ou par des ordonnances de prise en charge permanente. Les ordonnances de prise en charge permanente transfèrent l’autorité parentale à la personne accueillante jusqu’aux 18 ans de l’enfant, mais se distinguent de l’adoption en ce qu’elles n’entraînent aucune modification automatique de l’acte de naissance ni des droits successoraux de l’enfant, et que le maintien des contacts avec la famille de naissance est attendu (PCA Families, 2021) ».] Sur le plan international, les réponses des politiques publiques diffèrent lorsque les enfants ne peuvent pas retrouver leur famille de naissance. L’Australie, les pays nordiques, les Pays-Bas et l’Espagne privilégient un accueil familial stable et de longue durée, tandis que les États-Unis et le Royaume-Uni privilégient l’adoption (Konijn et al., 2019). Ainsi, alors que dans les pays qui privilégient l’adoption, les personnes accueillantes peuvent finir par devenir parents adoptifs, cette issue est très peu probable dans le Victoria (PCA Families, 2021). En outre, les documents de politique publique du Victoria mettent clairement en avant le terme de carer (personne accueillante) comme terminologie de référence, plutôt que celui de foster parent (parent d’accueil), parfois utilisé dans d’autres juridictions (Kirton, 2022). Par conséquent, si les orientations politiques du Victoria encouragent les personnes accueillantes à nouer des liens stables et aimants avec les enfants, elles ne les encouragent pas ouvertement à se considérer, à long terme, comme les parents des enfants qu’elles accueillent.

Le rôle complexe des personnes accueillantes

La façon dont les personnes accueillantes conçoivent leur rôle a suscité l’intérêt de la recherche dans divers contextes, en raison de la complexité qui naît de leur position à cheval entre la sphère publique des services sociaux et la sphère privée de la famille (Blythe et al., 2014 ; Pinto et Luke, 2022). Si, historiquement, leur rôle consistait à tenir celui d’un parent de substitution, il s’est élargi au fil du temps et exige désormais davantage de compétences professionnelles pour aider des enfants et des jeunes aux émotions et aux comportements difficiles, liés à des expériences de traumatisme complexe ou de maltraitance (Fergeus et al., 2017 ; Musgrove et Michell, 2018). Berrick et Skivenes (2012) ont employé l’expression « parentalité plus » (Parenting Plus) pour décrire « les exigences propres à une parentalité comportant la composante “accueil” de leur prise en charge » (p. 1964). Les résultats de la recherche sur la perception de leur rôle par les personnes accueillantes sont toutefois contrastés : certaines se voient avant tout dans un rôle parental (Blythe et al., 2013 ; Borenstein, 2022 ; De Wilde et al., 2019 ; Riggs et al., 2009), d’autres avant tout dans un rôle professionnel (Hollett et al., 2022 ; Smyth et McHugh, 2006), d’autres encore voient leur rôle comme un hybride des deux (Blythe et al., 2014 ; Farmer et Lippold, 2016), ou les résultats sont mitigés (Schofield et al., 2013). Selon Sprecher et al. (2021), les relations entre familles d’accueil et jeunes sont diverses et ne devraient pas être réduites à des catégories comme « parent » ou « professionnel ».

La présente recherche

Cette recherche visait à s’appuyer sur l’expertise des personnes qui ont le plus d’expérience dans la mise en œuvre de l’accueil en milieu familial, à savoir les familles d’accueil et les proches qui accueillent. L’objectif était d’utiliser leurs éclairages pour orienter des stratégies de renforcement des programmes d’accueil familial et pour répondre à certains des défis auxquels l’accueil en milieu familial est aujourd’hui confronté, dont le manque de personnes accueillantes, l’instabilité des placements et la pression qui pèse sur les proches qui accueillent (D’Amato et Brownlee, 2022 ; McPherson et al., 2022 ; Rose et al., 2022).

Contexte et questions de recherche

Le Central Highlands Children and Youth Area Partnership (CHCYAP) a réuni les principaux organismes de services à l’enfance et à la famille, des alliances de services et les pouvoirs publics des Central Highlands (une région de l’ouest de l’État du Victoria, en Australie, centrée sur la ville régionale de Ballarat) afin de créer des innovations de services collaboratives répondant aux difficultés des enfants, des jeunes et des familles (Vulnerable Children Reform Unit, s. d.). Dans le cadre de ce partenariat territorial, la Federation University a établi une collaboration de recherche avec les parties prenantes participantes, avec l’objectif commun de fournir des données de recherche pour étayer des développements de services locaux innovants. Les parties prenantes ont choisi des thèmes pertinents et mis en commun des ressources pour financer et soutenir en nature des projets de doctorat, dont la présente étude. L’équipe de recherche de cette étude se composait de la doctorante, de deux personnes chargées de l’encadrement universitaire et de deux personnes chargées de l’encadrement au sein de l’organisation (responsables de programme). Dans le souci de mieux comprendre l’accueil en milieu familial dans le contexte local et de contribuer à éclairer le développement des programmes, l’équipe de recherche et diverses parties prenantes ont élaboré ensemble deux grandes questions de recherche :

Comment les personnes accueillantes comprennent-elles et soutiennent-elles les enfants et les jeunes qu’elles accueillent ?

Qu’est-ce que les personnes accueillantes trouvent soutenant et difficile dans la prise en charge des enfants et des jeunes ?

Méthode

L’équipe de recherche s’est appuyée sur la théorisation ancrée constructiviste pour guider un processus itératif de recueil et d’analyse des données, dans la lignée de Charmaz (2014). La théorisation ancrée a été jugée utile pour explorer les significations, les actions et les processus sociaux du quotidien du point de vue des personnes accueillantes (Charmaz, 2014). La méthodologie s’adossait à l’interactionnisme symbolique (Blumer, 1969), afin d’explorer plus avant la manière dont la conception que les personnes accueillantes se font de leur rôle, et le contexte qui l’entoure, encadrent les actions qu’elles mobilisent pour prendre soin des enfants et des jeunes. En théorisation ancrée, le recueil et l’analyse des données se déroulent simultanément, l’analyse et la théorie émergentes orientant la suite du recueil (Charmaz, 2014). Les méthodes présentées ici s’inscrivent donc dans une démarche itérative.

Échantillonnage et recrutement

Conformément à la théorisation ancrée constructiviste (Charmaz, 2014), un échantillonnage raisonné a d’abord servi à trouver des personnes ayant une expertise quotidienne de l’accueil en milieu familial, à savoir des proches qui accueillent et des familles d’accueil de la région. Une fois le recueil des données commencé, un échantillonnage théorique a permis de recruter des personnes accueillantes ayant une expérience ou des caractéristiques précises, utiles au développement de la théorie émergente (Charmaz, 2014). L’équipe de recherche a choisi d’inviter à la fois des familles d’accueil et des proches qui accueillent, car les orientations politiques du Victoria en matière d’accueil en milieu familial mettent fortement l’accent sur ces deux groupes.

Le recrutement s’est fait par des annonces dans les bulletins destinés aux personnes accueillantes, dans les groupes de soutien qui leur sont consacrés et par des affiches dans leur salon au sein de l’organisation partenaire. Pour limiter les risques éthiques liés à la contrainte, à une pression indue à participer et à la confidentialité, du fait de la relation existante entre les personnes accueillantes et l’organisation partenaire, les personnes intéressées contactaient directement la chercheuse pour manifester leur intérêt. En outre, les membres universitaires de l’équipe ont retiré les détails permettant une identification et regroupé les données avant toute discussion d’analyse avec les membres de l’équipe rattachés à l’organisation.

Personnes participantes

Les personnes participantes étaient 16 personnes accueillantes de la région des Central Highlands, dans le Victoria, liées à un même organisme de services communautaires. Six étaient en accueil familial, neuf accueillaient un enfant de leur famille ou de leur entourage, et une assurait de l’accueil de répit. Leur expérience de l’accueil allait de 1 à 25 ans. Parmi les enfants qu’elles accueillaient figuraient trois nourrissons (0 à 2 ans), deux enfants d’âge préscolaire (3 à 5 ans), 10 enfants d’âge scolaire primaire (6 à 12 ans) et huit jeunes de 13 à 18 ans. La plupart des accueils avaient commencé dans la petite enfance ou à l’âge de l’école primaire ; deux personnes accueillantes avaient toutefois pris en charge des jeunes déjà adolescents. Quatorze avaient une ascendance britannique blanche et deux une ascendance d’Europe continentale. Le tableau 1 précise les caractéristiques démographiques des personnes participantes.

Tableau 1 — Personnes participantes et caractéristiques démographiques

  • Marie. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur avec l’enfant : grand-mère ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : femme ; ancienneté dans l’accueil : 5-10 ans ; informations complémentaires : accueil permanent.
  • Sharon. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : tante ; tranche d’âge : 40-50 ans ; genre : femme ; ancienneté : 5-10 ans ; informations complémentaires : sans objet.
  • Lorraine. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-mère ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : femme ; ancienneté : 10-15 ans ; informations complémentaires : accueil permanent, commencé dans un autre État.
  • Elizabeth. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-mère ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : femme ; ancienneté : 0-5 ans ; informations complémentaires : accueil commencé dans un autre État.
  • Debbie. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-mère ; tranche d’âge : 50-60 ans ; genre : femme ; ancienneté : 5-10 ans ; informations complémentaires : accueil permanent.
  • Heather. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-mère ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : femme ; ancienneté : 10-15 ans ; informations complémentaires : accueil permanent.
  • Denise. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-mère ; tranche d’âge : 50-60 ans ; genre : femme ; ancienneté : 0-5 ans ; informations complémentaires : sans objet.
  • Les. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-père ; tranche d’âge : 50-60 ans ; genre : homme ; ancienneté : 0-5 ans ; informations complémentaires : sans objet.
  • Joan. Type d’accueil : par des proches ; lien antérieur : grand-mère ; tranche d’âge : 50-60 ans ; genre : femme ; ancienneté : 0-5 ans ; informations complémentaires : accueil informel.
  • Jane. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : femme ; ancienneté : 10-15 ans ; informations complémentaires : placements multiples.
  • Hugh. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : homme ; ancienneté : 10-15 ans ; informations complémentaires : placements multiples.
  • Alexandra. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 40-50 ans ; genre : femme ; ancienneté : 5-10 ans ; informations complémentaires : accueil permanent.
  • Evelyn. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 40-50 ans ; genre : femme ; ancienneté : 20-25 ans ; informations complémentaires : placements multiples.
  • Steve. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 60-70 ans ; genre : homme ; ancienneté : 35-40 ans ; informations complémentaires : placements multiples.
  • Nicole. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 50-60 ans ; genre : femme ; ancienneté : 0-5 ans ; informations complémentaires : souhaite passer à un accueil permanent.
  • Gary. Type d’accueil : familial ; lien antérieur : aucun ; tranche d’âge : 50-60 ans ; genre : homme ; ancienneté : 5-10 ans ; informations complémentaires : accueil de répit, placements multiples.

Donner davantage d’informations sur les personnes participantes risquerait de permettre de les identifier, en raison de la petite taille de la communauté des personnes accueillantes dans laquelle se déroule la recherche. Nous avons donc dosé les informations fournies pour donner au lectorat une connaissance suffisante des personnes participantes, tout en donnant la priorité à leur confidentialité. Tous les noms employés dans cet article sont des pseudonymes.

Recueil des données

Le recueil des données a consisté en entretiens approfondis, en face à face, avec des familles d’accueil et des proches qui accueillent. L’autrice principale s’est servie d’un guide thématique général et a posé diverses questions de relance pour approfondir la discussion avec les personnes participantes, en fonction des thèmes qui les intéressaient et de la théorie émergente (Charmaz, 2014). Parmi les questions posées figuraient par exemple : a) comment décririez-vous votre rôle de personne accueillante ? b) quels sont les principaux besoins des enfants ou des jeunes que vous accueillez ? c) pensez à un exemple récent où vous avez fait face à une situation difficile en prenant soin d’un enfant ou d’un jeune (décrivez et développez) ; d) qu’est-ce qui vous aide le plus à soutenir les enfants que vous accueillez ? e) à quels types d’obstacles faites-vous face pour soutenir les enfants que vous accueillez ?

L’autrice principale a mené 15 entretiens initiaux avec 16 personnes accueillantes (l’un des entretiens réunissait un couple) et un entretien de suivi avec l’une des premières personnes participantes. Toutes ont accepté l’enregistrement audio des entretiens, dont la durée allait de 52 à 106 minutes, pour une moyenne de 68 minutes. Au total, les entretiens représentent 20 heures et 39 minutes de données. L’autrice principale a retranscrit les données à la main. L’équipe de recherche a mis fin au recueil lorsqu’elle a estimé que la saturation théorique était atteinte, de nouvelles données n’apportant plus de développement aux catégories (Charmaz, 2014).

Analyse des données

L’analyse des données s’est faite par étapes itératives de codage, en commençant par un codage initial ligne par ligne des transcriptions d’entretiens, puis en passant par les étapes successives du codage focalisé et de l’intégration théorique, telles que les décrit Charmaz (2014). L’autrice principale a, autant que possible, employé les mots des personnes participantes pour nommer les codes initiaux, afin de préserver leur voix dans l’analyse (Charmaz, 2014). L’équipe a recouru à la comparaison constante, qui consiste à comparer deux éléments d’information pour évaluer leur ressemblance ou leur différence aux fins de l’analyse des données (Charmaz, 2014), pour décider quels codes ou quelles catégories étaient assez semblables pour être regroupés, lesquels différaient et pourquoi, et pour expliquer les relations entre eux. Elle a combiné un codage sur papier et des techniques de cartographie des codes (Saldaña, 2013) avec le logiciel NVivo (https://lumivero.com/products/nvivo/) pour gérer et trier le grand nombre de codes produits au cours de l’analyse. L’autrice principale a mené le codage initial, et les autres membres de l’équipe de recherche ont contribué aux discussions sur les étapes ultérieures du codage et de l’intégration théorique.

L’équipe a rédigé des mémos à chaque étape du processus de recherche. La rédaction de mémos est un moyen important de rester en immersion dans les données tout au long de l’analyse en théorisation ancrée (Lempert, 2007), de réfléchir à son propre rôle dans le processus de recherche et de constituer une trace d’audit importante du processus d’analyse (Charmaz, 2014). L’autrice principale a rédigé des mémos pour exposer le processus d’analyse et l’élaboration de chaque catégorie, ainsi que pour éclairer ses pensées, ses présupposés et ses réflexions au cours de la recherche, ce qui a permis de dégager des éléments réflexifs sur la manière dont l’équipe de recherche et le contexte ont façonné la théorie qui en résulte.

Au départ, l’équipe de recherche prévoyait d’analyser les familles d’accueil et les proches qui accueillent comme deux groupes distincts. Au cours de l’analyse, elle a cependant décidé de garder ensemble les données relatives aux deux groupes. Dans le processus itératif de la théorisation ancrée, de telles décisions peuvent être guidées par l’analyse émergente et par les points de vue des personnes participantes (Charmaz, 2014). Même si chaque groupe présentait certaines circonstances particulières, les significations, les actions et les processus sous-jacents étaient communs à l’ensemble des personnes participantes. Le recours à l’interactionnisme symbolique (Blumer, 1969) a aidé à explorer ces significations sous-jacentes et a contribué à cette compréhension. Certains éléments supplémentaires, propres aux seuls proches qui accueillent, sont présentés à part dans la section « Résultats ».

Éthique, qualité et rigueur

L’approbation du comité d’éthique de la recherche sur l’être humain (Human Research Ethics Committee, HREC) a été accordée le 3 août 2017 (A17-103), et tous les protocoles ont été suivis conformément à cette approbation et aux lignes directrices du comité. La chercheuse a obtenu le consentement écrit et oral de toutes les personnes susceptibles de participer avant de commencer les entretiens.

L’équipe de recherche s’est appuyée sur les quatre critères proposés par Charmaz (2014) pour garantir la qualité et la rigueur : la crédibilité, l’originalité, la résonance et l’utilité. Parmi les stratégies employées pour respecter ces exigences figuraient la rédaction de mémos détaillés sur les raisons des choix du processus de recherche, l’usage des mots des personnes participantes dans l’analyse et la présentation des résultats, la vérification auprès des personnes participantes que le sens qu’elles voulaient donner avait bien été saisi, l’inclusion d’un large éventail d’observations à l’appui de chaque catégorie, et la rédaction de mémos sur les convictions et les présupposés personnels de la chercheuse.

Résultats

Les résultats montrent comment les proches qui accueillent et les familles d’accueil de la région des Central Highlands, dans le Victoria, en Australie, conçoivent et exercent leur rôle. Nous présentons d’abord les trois thèmes liés aux actions des personnes accueillantes, pour montrer comment elles s’y prenaient pour prendre soin des enfants et des jeunes et ce qui leur semblait le plus important. Ces thèmes sont « faire entrer les enfants dans son cercle », « donner aux enfants une vie normale » et « faire face à tout ce que les enfants apportent avec eux ». Nous présentons ensuite les trois thèmes liés aux expériences des personnes accueillantes, pour montrer ce qu’elles trouvaient soutenant et difficile dans leur rôle. Ces thèmes sont « avoir le sentiment de n’être “que” la personne qui accueille », « verser d’une tasse vide » et « vivre dans l’incertitude ». Enfin, nous présentons la catégorie centrale, « être parent, sans l’être », pour mettre en évidence les tensions et les contradictions que les personnes accueillantes des Central Highlands ont vécues en cherchant à prendre soin d’enfants et de jeunes dans un contexte complexe. La catégorie centrale montre comment ces personnes concevaient leur rôle sous un angle parental, mais avec diverses limites à leur capacité de remplir ce rôle. La figure 1 illustre les grands thèmes de la recherche et représente un modèle de la manière dont les personnes accueillantes comprenaient et soutenaient les enfants et les jeunes qu’elles accueillaient dans la région des Central Highlands.

Schéma de synthèse des résultats : trois actions des personnes accueillantes (faire entrer les enfants dans son cercle, donner une vie normale, faire face à ce que les enfants apportent), trois expériences (n’être que la personne qui accueille, verser d’une tasse vide, vivre dans l’incertitude) et la catégorie centrale « être parent, sans l’être »
Figure 1. Vue d’ensemble des résultats de la recherche (schéma original en anglais)

Le soutien apporté aux enfants et aux jeunes

Les familles d’accueil et les proches qui accueillent prenaient soin des enfants et des jeunes de trois grandes manières. Même si chaque personne abordait différemment la prise en charge quotidienne, pour l’adapter aux besoins et à l’âge des enfants accueillis, toutes partageaient des intentions semblables quant à ce qu’elles cherchaient à accomplir. Trois grandes actions leur paraissaient les plus importantes dans la manière d’aborder leur rôle au quotidien :

  1. faire entrer les enfants dans son cercle : construire un sentiment d’appartenance et de lien en nouant une relation de confiance avec l’enfant ;
  2. donner aux enfants une vie « normale » : offrir aux enfants la normalité du quotidien en répondant à leurs besoins fondamentaux et en les aidant à se préparer à leur vie future ;
  3. faire face à tout ce que les enfants apportent avec eux : aider les enfants dans leurs difficultés physiques, émotionnelles, comportementales ou psychologiques, en recueillant des informations pour comprendre ce qui se passe pour l’enfant et en trouvant des stratégies pour y répondre efficacement.

Faire entrer les enfants dans son cercle

« Faire entrer les enfants dans son cercle » montre l’importance que les personnes accueillantes de cette recherche accordaient au fait de créer un lien avec les enfants et les jeunes qui leur étaient confiés, afin de construire la confiance. Elles expliquaient que ce lien se construit avec le temps, à mesure qu’une relation de confiance s’établit peu à peu de part et d’autre et qu’elles montrent à l’enfant qu’elles le soutiendront. À plus long terme, disaient-elles, elles entretiennent ce lien en étant présentes pour les enfants, afin de nourrir un sentiment d’appartenance, de lien, d’amour et de sécurité. Toutes exprimaient leur compréhension des expériences passées des enfants et des jeunes accueillis, et reconnaissaient ajuster leur approche pour soutenir des enfants qui avaient déménagé de nombreuses fois ou n’avaient pas eu jusque-là d’adultes soutenants dans leur vie.

Les citations suivantes montrent comment les personnes accueillantes décrivaient le fait de créer un lien et d’être présentes pour les enfants, et pourquoi elles y voyaient quelque chose d’important :

Il faut les faire entrer dans son cercle. Si on ne les fait pas entrer dans son cercle, ils vont toujours rester dehors, et ils ne vont pas se sentir en sécurité. Ils ne vont pas se sentir aimés et désirés. (Debbie)

Avec l’amour, l’enfant a un sentiment d’appartenance, euh, le sentiment d’avoir sa place, de la fierté, euh, « quelqu’un m’aime », vous voyez, « je mérite d’être aimé », je dois faire quelque chose pour que ce soit le cas, mais oui, euh, c’est là. Et il y a eu des moments où j’ai eu le sentiment d’être la seule [à aimer Jack]. (Marie)

Toutes les personnes accueillantes de cette recherche expliquaient que créer un lien et être présentes étaient des actions importantes pour elles. Elles précisaient cependant que la façon de construire ces liens avec les enfants dépendait de chaque enfant, de sa situation particulière et de ses centres d’intérêt, comme dans l’exemple suivant de Steve :

Elle n’est pas du tout confiante, elle a l’habitude d’être déçue, alors elle s’y attend, et elle fait tout pour vous repousser, juste pour s’assurer que vous allez revenir, ce genre de chose… il faut aller la chercher et la ramener vers soi, parce qu’elle va rester en retrait et se dire, ouais, c’est ce à quoi je suis habituée, et vous savez, la vie n’a pas vraiment changé, j’aurai peut-être à manger à l’heure, mais vous savez, personne ne s’intéresse à moi, personne ne m’aime, ce genre de chose… il faut juste l’accompagner tout en douceur à travers ça, pour qu’elle sache que vous tenez à elle.

Donner aux enfants une vie « normale »

« Donner aux enfants une vie “normale” » montre que les personnes accueillantes de cette recherche estimaient que leur objectif fondamental était de donner aux enfants une vie aussi normale que possible. Cela impliquait de répondre à leurs besoins quotidiens et de veiller à ce qu’ils aient accès à une scolarité adaptée, à des occasions de sociabilité, ainsi qu’à des loisirs et à des moments de plaisir. Ces personnes se voyaient jouer un rôle important pour aider les enfants à devenir autonomes et à préparer leur vie future. Les citations suivantes illustrent ces sentiments :

Alors vous voyez, on essaie de donner aux enfants une vie aussi normale que possible, en grandissant ici, un séjour chez nous, autant qu’on peut, en quelque sorte, leur en donner une. (Hugh)

J’essaie de préparer cet enfant avec les outils qu’il a, j’essaie d’ajouter à ces outils, pour qu’au moment où cet enfant sera autonome, ou s’il est passé chez nous, il emporte un autre ensemble d’outils qui peuvent l’aider. Ou, le préparer à la vie. Et c’est comme ça que je vois la parentalité. (Jane)

Toutes les personnes accueillantes expliquaient que ces activités quotidiennes ne servent pas seulement à répondre aux besoins fondamentaux, mais aussi à donner aux enfants de la constance, une routine et un cadre : si les tâches précises varient selon l’âge et la situation de chaque enfant, les intentions avec lesquelles elles les accomplissaient restaient constantes.

Ils ont de la discipline ici, ils ont vraiment un cadre, ils savent ce qu’on attend d’eux, et grâce à ça, ils ont trouvé de la sécurité et de la sûreté. Et je pense que c’est ce qui se passe pour les enfants quand ils ont un cadre, ils savent ce qu’on attend d’eux, ils connaissent les limites. Euh, ils ont une bonne routine, saine, ils mangent bien, ils dorment, vous voyez. Alors ils, ils ont la possibilité de s’épanouir, tout simplement. (Alexandra)

Les personnes accueillantes expliquaient qu’elles cherchaient à préparer les enfants à l’avenir en commençant par reconnaître où en était chaque enfant, puis en avançant de là vers davantage d’autonomie. Cela prenait une forme différente pour chaque enfant, selon son âge, ses capacités et ses centres d’intérêt. Pour Jane, accueillir des jeunes à l’adolescence signifiait mettre l’accent sur l’acquisition de compétences financières, l’épargne, la prise de décision et le travail sur une compétence ou un intérêt particulier en vue d’études ou d’un emploi futurs. Pour Marie, Steve et Sharon, prendre soin d’enfants ou de jeunes en situation de handicap signifiait les aider à atteindre leurs objectifs d’avenir, comme vivre de façon autonome. Pour Evelyn, accueillir des bébés à court terme signifiait les aider à franchir les étapes de leur développement et à acquérir des compétences de langage et de jeu qui les aideront lorsqu’ils quitteront son foyer.

Faire face à tout ce que les enfants apportent avec eux

« Faire face à tout ce que les enfants apportent avec eux » montre que les personnes accueillantes de cette recherche considéraient qu’une part importante de leur rôle consistait à aider les enfants et les jeunes à faire face à leurs propres difficultés, ou à s’en remettre. Ces difficultés comprenaient des problèmes physiques, émotionnels, comportementaux ou psychologiques, qu’elles attribuaient aux expériences passées des enfants. Comme le disait Nicole : « Alors il y a des enfants qui apportent, genre, euh, du traumatisme, mentalement, et il y a des enfants, c’est physique. » Quatorze des 16 personnes accueillantes ont indiqué que les enfants et les jeunes qu’elles accueillaient présentaient des comportements et des émotions difficiles. Même si les difficultés rencontrées par chaque enfant et chaque personne accueillante étaient singulières, ces personnes décrivaient un processus commun pour comprendre ce qui se passe pour l’enfant et comment le soutenir au mieux. Elles expliquaient recourir de façon proactive au soutien de professionnels et suivre des formations pour mieux savoir comment répondre à chaque enfant.

Jane a donné un exemple de ce processus d’apprentissage. Lors de son premier entretien de recherche, Jane disait ne pas savoir exactement ce qui se passait pour l’enfant, se demandait si elle était autiste et organisait des évaluations professionnelles pour approfondir la question. Au moment de son entretien de suivi pour cette recherche (12 mois plus tard), Jane expliquait disposer de nouvelles stratégies qui soutenaient plus efficacement l’enfant, ainsi que d’un diagnostic professionnel d’autisme. Jane revenait sur son propre apprentissage au cours de ce processus dans l’explication suivante :

Avec le recul, je vois que j’ai aggravé les choses. Euh, en me disant bon, c’est un mauvais comportement, je vais sévir, oh, grosse explosion, oh, eh bien, c’était moche [rires]. Alors, maintenant j’ai un peu avancé sur le chemin. […] Alors maintenant je m’y prends d’une manière très différente. Je veux toujours le même résultat, mais j’ai appris maintenant [des stratégies plus efficaces pour y arriver].

Certaines personnes accueillantes concevaient l’aide aux enfants qui présentent des comportements et des émotions difficiles comme faisant partie du rôle de tout parent. D’autres, en revanche, décrivaient cette dimension de leur rôle comme allant au-delà de ce qu’elles attendaient d’une parentalité « ordinaire ». Steve déclarait : « [Les enfants] ont tous des besoins particuliers. La plupart en tout cas, alors c’est un parent avec des extras, en fait, ouais. » Il expliquait qu’il voyait cette part de son rôle comme dépassant sa conception de la parentalité ordinaire, parce qu’il ne l’avait pas vécue en élevant ses enfants biologiques, alors que d’autres personnes accueillantes y voyaient une part du rôle de parent de tout enfant ayant des besoins particuliers. Beaucoup évoquaient cependant les difficultés supplémentaires que pose l’exercice de ce rôle en accueil familial, sans accès complet aux informations sur l’enfant. Certaines décrivaient des moments où elles ignoraient des comportements ou des émotions précis qui les auraient aidées à apporter aux enfants et aux jeunes une prise en charge plus ciblée et plus efficace. Marie expliquait par exemple qu’elle était passée à côté de « signaux d’alerte » concernant l’enfant qu’elle accueillait, parce qu’elle ignorait qu’il avait été exposé à des drogues in utero, et qu’elle s’était sentie accusée de ne pas avoir demandé plus tôt une aide professionnelle. Marie disait avoir l’impression que « c’est toujours mon manque de connaissances… il faut que je continue à chercher… à l’aveugle ».

Ce que les personnes accueillantes vivent comme soutiens et comme difficultés

Cette section présente les trois grands facteurs qui rendent compte de ce que les familles d’accueil et les proches qui accueillent trouvaient soutenant et difficile dans leur rôle. Chaque catégorie se situe sur un continuum : une extrémité rend compte de ce qui soutenait les personnes accueillantes dans leur rôle, l’autre de ce qui les mettait en difficulté. Les trois catégories sont les suivantes :

  1. avoir le sentiment de n’être « que » la personne qui accueille : la mesure dans laquelle les personnes accueillantes se sentaient valorisées, écoutées et reconnues. Cela influait sur leur manière de communiquer avec les équipes professionnelles, de participer aux décisions et de défendre leurs propres intérêts et ceux de l’enfant accueilli ;
  2. verser d’une tasse vide : la mesure dans laquelle les personnes accueillantes se sentaient soutenues pour faire face au stress émotionnel de la prise en charge des enfants, qui peut peser sur leur capacité à s’occuper des enfants et des jeunes au quotidien ;
  3. vivre dans l’incertitude : la mesure dans laquelle les personnes accueillantes étaient informées de la durée du séjour d’un enfant ou de son changement de placement. Cela influait sur leur capacité à se préparer, et à préparer les membres de leur famille, à dire au revoir à un enfant ou à l’accueillir, à préparer l’enfant à une transition, ainsi que sur la manière dont elles créent un lien avec lui.

Avoir le sentiment de n’être « que » la personne qui accueille

« Avoir le sentiment de n’être “que” la personne qui accueille » rend compte du sentiment de reconnaissance des familles d’accueil et des proches qui accueillent. Les personnes accueillantes de cette étude disaient, à des degrés divers, avoir le sentiment de n’être que des personnes accueillantes. Leur sentiment de reconnaissance tenait à la façon dont, selon elles, d’autres personnes (principalement le personnel des services) percevaient leur contribution propre à la prise en charge d’un enfant ou d’un jeune. Celles qui sentaient leur contribution valorisée pensaient que les équipes les voyaient comme capables, dignes de confiance et bien informées sur l’enfant ou le jeune accueilli. Lorsqu’elles étaient tenues au courant des informations importantes concernant l’enfant et associées aux décisions, elles disaient se sentir valorisées. Steve, par exemple, racontait comment « la réunion s’est faite avec tout le monde et… tout le monde est tombé d’accord sur ce qui allait se passer. Ouais. C’est une bien meilleure façon de faire ».

À l’inverse, les personnes qui avaient le sentiment de n’être que des personnes accueillantes disaient avoir l’impression que les équipes les considéraient comme « juste un numéro » et ne leur accordaient pas la même valeur qu’aux professionnels. Sharon l’illustrait en confiant que « parfois j’ai l’impression de n’être rien, je suis juste la personne qui accueille Sienna, et c’est tout. Vous voyez ? ».

Lorsqu’elles n’étaient pas associées, les personnes accueillantes avaient le sentiment que les équipes ne reconnaissaient pas leur contribution et ne les jugeaient pas dignes d’apporter une contribution significative. Beaucoup ont dit hésiter à défendre leurs propres intérêts ou ceux des enfants accueillis auprès de la protection de l’enfance, de crainte que les équipes soient moins disposées à recommander que l’enfant reste chez elles à plus long terme, et les jugent pour l’avoir fait. Dans la citation suivante, Denise exprimait son sentiment que les équipes jugeaient sa capacité à prendre soin des enfants, et que ses points de vue n’étaient ni valorisés ni reconnus :

Notre référente à la protection de l’enfance, elle avait peut-être 20, 21 ans, euh, toute nouvelle dans le métier, euh, elle me disait quoi faire, et ouais, comment le faire, et comment m’occuper des enfants, et je me suis dit, vous voyez, j’en ai assez. Et en 12 mois, elle est venue seulement une fois chez nous, elle est venue chez nous ? Ouais, une fois… Et pourtant, quand je voulais faire quelque chose, oh non, on ne peut pas faire comme ça, il faut faire comme ça. On ne peut pas discuter, parce qu’on ne gagnera pas.

En revanche, lorsque les personnes accueillantes sentaient que les équipes leur faisaient confiance et les valorisaient, elles abordaient plus sereinement les problèmes et exprimaient plus facilement leurs inquiétudes, car elles ne pensaient pas que cela jetterait le discrédit sur leur capacité à prendre soin des enfants. C’était le cas de Hugh, qui expliquait avoir contacté une personne du service pour l’informer d’un problème : un enfant avait allumé un feu chez eux. L’autrice principale a demandé à Hugh s’il avait hésité à signaler le problème, puisque d’autres personnes accueillantes avaient fait part de cette inquiétude en entretien. Hugh a répondu qu’il n’avait pas hésité, parce que « le service a confiance en nous, quelle que soit la situation, et sait parfaitement qu’on la gérera au mieux de nos capacités ».

Verser d’une tasse vide

« Verser d’une tasse vide » rend compte de la mesure dans laquelle les personnes accueillantes, familles d’accueil comme proches, se sentent soutenues dans leur rôle. Les personnes accueillantes se sentaient plus ou moins capables de faire face au stress lié à leur rôle, mais toutes estimaient que leur propre bien-être avait un effet sur la façon dont elles prenaient soin des enfants ou des jeunes.

Parce que parfois on a l’impression de verser d’une tasse vide, mais si on se sent soutenue, et qu’on se sent appréciée, oh mon Dieu, ça change tout. Et ça se traduit dans la prise en charge, dans la qualité de la prise en charge qu’on apporte aux enfants. (Elizabeth)

Les personnes accueillantes, familles d’accueil comme proches, expliquaient se sentir plus à même de faire face lorsqu’elles avaient de bonnes relations avec les équipes, un solide réseau de soutien familial et amical, le soutien d’autres personnes accueillantes, un soutien pratique et financier, et la possibilité de faire des pauses. Lorsque les personnes accueillantes disaient se sentir émotionnellement épuisées, elles estimaient ne pas trouver de soutien suffisant dans leur propre réseau personnel ni en recevoir des équipes. Pour certaines, cet épuisement émotionnel était assez grave pour qu’elles envisagent de renoncer à la prise en charge des enfants ou des jeunes, faute de se sentir capables de continuer. C’est ce qu’a vécu Debbie, grand-mère accueillant ses petits-enfants, confrontée à des dynamiques familiales difficiles avec peu de soutien personnel ou professionnel, et qui craignait de demander de l’aide aux équipes, de peur qu’elles y voient un signe d’incapacité et lui retirent les enfants. Mais la tension persistait et a conduit Debbie à envisager elle-même cette option, comme le montre la citation suivante :

Alors, on en est arrivé à un point il n’y a pas si longtemps, je crois que c’était vers juin, juin-juillet, où je traversais une période émotionnellement très intense, et j’étais sur le point de rendre, de renoncer aux enfants au bout de 8 ans à cause de ce qui se passait.

Dans cette situation, Debbie a finalement pu accéder à un accueil de répit par l’intermédiaire d’un service de santé pour personnes handicapées, distinct du système de placement, ce qui lui a donné l’espace nécessaire pour retrouver son énergie émotionnelle et continuer à prendre soin de ses petits-enfants.

Certaines personnes accueillantes disaient ressentir de l’amertume face au type d’implication des équipes du système de placement : selon elles, ces équipes auraient dû être là pour les soutenir, alors qu’elles avaient le sentiment d’être surtout surveillées. C’est ce que montre la citation suivante de Steve :

La surveillance, je suppose, on est tout le temps sur le qui-vive… on sait qu’on se fera taper sur les doigts plus tard si on fait ce qu’il ne faut pas, mais c’est quelque chose qu’on encaisse… Quand j’ai besoin de quelqu’un, il n’y a jamais personne, quand je n’ai pas besoin de vous, vous êtes toujours là à m’embêter !

Vivre dans l’incertitude

« Vivre dans l’incertitude » rend compte de la mesure dans laquelle les personnes accueillantes ont le sentiment de disposer de stabilité et de prévisibilité dans leur rôle. Les personnes accueillantes des Central Highlands expliquaient que ce sentiment vient du fait de ne pas savoir à quoi s’attendre quant à la durée pendant laquelle l’enfant resterait chez elles. Elles avaient pris ce rôle en sachant que les enfants pouvaient retourner chez leurs parents ou partir vers un autre placement, mais elles expliquaient ne pas se sentir « tenues au courant », et s’inquiétaient donc de voir des enfants arriver chez elles ou en partir sans préavis. Elles expliquaient que ce sentiment de vivre dans l’incertitude influait sur la manière dont elles exerçaient leur rôle, en particulier pour créer un lien avec l’enfant et l’aider à se préparer à l’avenir. Lorsqu’elles savaient à quoi s’attendre, elles disaient ressentir elles-mêmes davantage de stabilité et de prévisibilité, qu’elles pouvaient transmettre aux enfants accueillis. Elles se disaient conscientes que les transitions pouvaient être des moments difficiles pour toutes les personnes concernées ; elles préparaient donc la manière de bien dire au revoir et de faciliter la passation.

Quand l’enfant s’en va, les enfants écrivent une lettre ou font un dessin pour dire au revoir à l’enfant, et ensuite l’enfant emporte ce livre avec lui. Et on achète toujours, genre quand l’enfant s’en va, on va toujours acheter un ours ou un livre ou quelque chose, et les enfants m’aident à le choisir et ils peuvent dire au revoir. (Evelyn)

À l’inverse, lorsque les personnes accueillantes ne savaient pas à quoi s’attendre, elles éprouvaient un sentiment d’incertitude lié au fait d’ignorer combien de temps un enfant resterait chez elles. Comme l’expliquait Elizabeth dans la citation suivante, devoir se préparer souvent à dire au revoir à un enfant pesait sur sa capacité à faire des projets et à offrir de la stabilité à l’enfant qu’elle accueillait :

C’est pour ça que j’ai fini par accueillir Toby de façon permanente. Comme je l’ai dit, il ne devait venir que pour 3 mois. Euh, alors, on arrive à la fin de ces 3 mois, et la référente disait, bon, on passe devant la commission de prise en charge permanente le mois prochain, alors on rationnait les couches, on lavait ses vêtements, on faisait ses valises. Euh, et puis, on n’avait même pas un coup de téléphone, on recevait juste un e-mail la veille au soir disant oh, eh bien, on n’a trouvé personne d’adapté, vous allez le garder un mois de plus. Et c’est arrivé 3 ou 4 fois, d’accord, et j’ai fini par me dire, mon pauvre petit bonhomme, tu vois, tu te fais trimballer de partout, euh, ma vie est en suspens, sa vie est en suspens, je ne peux rien prévoir.

À l’inverse encore, les personnes accueillantes décrivaient des situations où des enfants leur avaient été brusquement retirés sans préavis, et expliquaient que cela les faisait craindre de ne pas avoir le temps de se préparer, de préparer les enfants et le reste de leur famille à de telles transitions. Elles donnaient des exemples où elles n’avaient été prévenues que quelques heures avant le départ d’un enfant, et d’autres où les autorités avaient retiré un enfant sans possibilité de lui dire au revoir. Elles expliquaient que cela les amenait à redouter par avance d’éventuelles fins abruptes, en particulier pour leurs effets sur les enfants concernés. Dans la citation suivante, Evelyn décrivait une situation où une enfant qu’elle accueillait avait été rendue sans préavis à sa mère de naissance. Même si Evelyn était heureuse que l’enfant puisse retrouver sa famille, elle s’inquiétait du caractère inattendu de la transition et de ses effets sur l’enfant, sur elle-même et sur les autres enfants qu’elle accueillait.

[Le ministère] a appelé et a dit qu’il y avait une place dans un programme mère-bébé à Melbourne, que [l’enfant] allait y aller et que je devais faire ses affaires et l’y emmener dans l’heure. Alors j’ai dit, d’accord, est-ce qu’elle va revenir ? Oui, elle reviendra sûrement, on va essayer une semaine et on verra comment ça se passe. Et puis on m’a rappelée deux heures plus tard pour me dire ah non, la maman s’en sort vraiment bien, en 2 heures, la maman s’en sort vraiment bien, on va la renvoyer à la maison.

Être parent, sans l’être

« Être parent, sans l’être » résume la manière dont les personnes accueillantes comprennent leur rôle et lui donnent sens. Les personnes accueillantes de cette étude expliquaient qu’elles se voyaient assumer la parentalité d’un enfant ou d’un jeune à travers la prise en charge quotidienne, mais qu’elles ne pouvaient pas être pleinement parents en raison des tensions inhérentes aux dispositifs de placement. Comme le disait Joan : « Vous voyez, quand vous faites quelque chose pour un enfant qui est le vôtre, mais pas le vôtre. »

Les personnes accueillantes expliquaient que les actions quotidiennes qu’elles accomplissaient pour prendre soin des enfants faisaient d’elles, avant tout, les parents de l’enfant ou du jeune. Elles voyaient cependant leur rôle comme différent de celui des parents de naissance et reconnaissaient que cela crée une complexité au sein de leur rôle parental. Joan décrivait son rôle auprès de la petite-fille qu’elle accueillait comme celui de « jouer le rôle de sa maman alors qu’elle a une maman ». D’autres personnes accueillantes partageaient ce sentiment en expliquant qu’elles voyaient leur rôle comme celui d’un parent, bien que l’enfant ait déjà des parents de naissance. Jane expliquait qu’elle considérait ses gestes quotidiens de prise en charge comme relevant de la parentalité, mais qu’elle les distinguait du rôle des parents de naissance dans la vie d’un enfant.

Mais je dis très clairement aux enfants que, si nous sommes leurs parents, nous ne sommes pas leurs parents de naissance, on n’en a qu’une seule paire, personne ne leur enlève ce rôle, mais tant que c’est moi qui te prépare tes repas, qui fais le ménage chez toi, je suis ton parent.

Les personnes accueillantes qui assuraient un accueil non permanent, comme Jane, expliquaient qu’elles s’attendaient à quitter leur rôle de principale figure de soin de l’enfant ou du jeune ; elles préparaient donc cette transition et savaient dès le départ qu’elles ne seraient pas, à plus long terme, la seule figure de soin de l’enfant ou du jeune. Cela limitait la façon dont elles se voyaient comme parents de l’enfant. À l’inverse, certaines personnes en accueil familial ou en accueil par des proches devenaient ensuite les figures de soin permanentes, ou de longue durée, des enfants. Elles décrivaient leur passage à un rôle parental autrement que les personnes qui s’étaient engagées dans un accueil de courte durée. Une relation d’accueil de longue durée ou permanente avec un enfant ou un jeune modifiait les attentes qu’elles avaient envers leur rôle et renforçait leur sentiment d’être parent de l’enfant.

Je suppose que ça nous a donné davantage le sentiment d’être ses parents. Ça nous était confirmé, validé, qu’elle allait probablement rester, et ouais, maintenant il n’y a plus qu’à attendre. Ça peut être un processus assez long, apparemment. Alors c’est à la fois excitant et angoissant, parce qu’elle pourrait encore nous être enlevée… Plus on l’a longtemps avec nous, plus elle est à nous, plus on est liés, et plus elle trouve parfaitement sa place dans notre famille. Et ouais, je la considère comme mon enfant, ma fille. (Nicole)

Les personnes accueillantes décrivaient un processus de transition, « devenir parent », qui émergeait lentement avec le temps, à mesure que leur relation avec l’enfant se développait et que les attentes envers leur rôle évoluaient. Certaines expliquaient qu’à partir du moment où elles avaient vu la prise en charge permanente comme une possibilité, elles s’étaient senties davantage parents, du fait de la relation durable qu’elles auraient probablement avec l’enfant, comme Nicole l’exprimait dans la citation précédente. En outre, la durée depuis laquelle elles prenaient soin de l’enfant ou du jeune contribuait à leur sentiment d’« être parent », car cette transition se faisait progressivement, au fil des expériences partagées.

Je ne me vois pas comme la personne qui accueille Sienna, je suis la maman de Sienna… J’ai Sienna depuis qu’elle a 3 mois, alors je me considère simplement comme sa maman, parce que j’ai été là pour tout. (Sharon)

Il faut du temps pour que le rôle de proche qui accueille rejoigne celui de parent. Quand les enfants sont chez vous depuis si longtemps, vous devenez leur parent. Vous arrivez à ce même niveau. (Debbie)

Éléments supplémentaires propres aux proches qui accueillent

De manière générale, l’expérience d’« être parent, sans l’être » et le processus consistant à devenir parent étaient communs aux familles d’accueil et aux proches qui accueillent. Ces proches décrivaient cependant des complexités supplémentaires, dues à leur relation préexistante avec l’enfant et avec son ou ses parents de naissance. Les proches qui accueillent décrivaient leur passage au rôle de parent comme impliquant aussi la perte de leur rôle initial, ou comme la recherche d’un équilibre entre les deux rôles.

Et quand j’étais juste sa mamie, on faisait des trucs vraiment chouettes ensemble. Vous voyez, c’était complètement différent. Je ne sais pas. J’étais la mamie cool ! Alors maintenant je dois en quelque sorte, il faut des limites et il faut des règles, des trucs qu’on n’avait pas à gérer avant, alors c’est un rôle beaucoup plus exigeant, parce que je veux toujours être mamie, mais je ne peux pas. (Joan)

Parce que je ne le vois pas, enfin, je suis leur grand-mère, bien sûr, mais dans un rôle différent, dans un rôle parental. Et ça, ce n’est pas ce que les grands-parents devraient faire, ils devraient gâter leurs petits-enfants et, euh, ça, ça me manque. (Heather)

Les proches qui accueillent expliquaient que leurs relations avec les parents de naissance des enfants et des jeunes accueillis pouvaient être une source de tension. Certaines de ces personnes expliquaient que leur passage à un rôle parental et la relation nouée avec les enfants et les jeunes pouvaient être difficiles à gérer au sein de la famille élargie.

Ouais, ça fait un certain nombre d’années que je suis leur parent. Euh, le petit m’appelait même maman. Jusqu’à ce que sa mère l’entende et, vraiment, lui hurle dessus, et ce n’était qu’un petit bébé, un petit garçon, ça m’a fait une peur bleue. Mais euh, ouais, ça fait longtemps que je suis vraiment leur parent. (Debbie)

Discussion

Le concept d’« être parent, sans l’être » soulève des questions importantes sur les attentes de rôle qui pèsent sur les personnes accueillantes. Cette recherche suggère que les personnes accueillantes ont le sentiment de remplir le rôle de parent d’un enfant, mais avec des extras qui dépassent ce qu’elles attendent d’une parentalité ordinaire, au sein d’un vaste système bureaucratique qui ajoute des complexités et des obstacles à leur rôle parental. Certaines de ces tensions sont inhérentes à la nature même de l’accueil en milieu familial, puisque les personnes accueillantes prennent en charge des enfants qui ont déjà une famille, une histoire et des complexités propres. Mais d’autres naissent de la manière dont les systèmes d’accueil familial sont pensés et conçus, ce qui oblige à se demander comment mieux soutenir les personnes accueillantes pour qu’elles puissent faire face aux tensions inévitables de leur rôle.

Les personnes accueillantes agissent dans un contexte qui les encourage à nouer de solides relations d’attachement et à offrir des environnements sûrs, stables et chaleureux aux enfants et aux jeunes qu’elles accueillent, en phase avec la reconnaissance croissante de l’importance des liens relationnels pour le développement de l’enfant et avec l’essor des formes de suppléance en milieu familial (DHHS, 2019 ; Harlow, 2021 ; Smith et al., 2017). Les personnes accueillantes de la recherche présentée ici ont montré que leurs points de vue rejoignent cette conception de l’accueil en milieu familial, puisqu’elles s’efforçaient de nouer des relations de confiance avec les enfants et de créer un environnement familial normal et quotidien. Elles avaient pourtant du mal à remplir ce rôle lorsqu’elles ne savaient pas combien de temps l’enfant resterait chez elles et qu’elles craignaient de devoir lui dire au revoir de manière inattendue, en raison de politiques systémiques qui entraînent des taux élevés d’instabilité des placements (Riggs et al., 2009). Les personnes accueillantes se trouvaient ainsi prises dans un dilemme entre le désir de faire sentir à l’enfant qu’il fait partie de leur foyer et de leur famille, et la peur de trop s’attacher au cas où le lien serait rompu de manière inattendue. Wheeler (2022, p. 123) a décrit cette tension comme un « risque émotionnel » que prennent les personnes accueillantes en créant un lien avec les enfants, du fait du chagrin qu’elles s’attendent à éprouver si la relation prend fin. Cette anticipation d’une fin possible est l’une des limites à une identité parentale décrites par les personnes accueillantes de la présente recherche.

Le processus de « devenir parent » dégagé dans cette recherche montre que les personnes accueillantes décrivaient un passage du sentiment d’agir comme le parent de l’enfant au sentiment d’être son parent. Elles expliquaient se sentir davantage parents lorsqu’elles prenaient soin d’enfants sur de longues périodes, et lorsqu’elles s’attendaient à pouvoir poursuivre leur relation avec l’enfant à long terme, en particulier si elles prévoyaient de passer à un accueil permanent. Ce résultat rejoint une recherche menée aux États-Unis, qui montre que les familles d’accueil s’engageaient davantage auprès des enfants accueillis lorsqu’elles s’attendaient à poursuivre la relation à plus long terme, par exemple en adoptant l’enfant (Leathers et al., 2019). La recherche existante montre que les familles d’accueil de longue durée se voient comme des parents (Blythe et al., 2013), et la présente recherche complète ce constat en incluant à la fois des familles d’accueil et des proches qui accueillent, à différentes étapes d’accueils de longue et de courte durée, afin d’éclairer le processus par lequel on se sent de plus en plus parent avec le temps. Il est à noter que les personnes accueillantes du contexte victorien disaient tout de même accéder peu à peu à une identité parentale, alors même qu’elles ne seraient probablement jamais reconnues comme parents au même titre qu’un parent adoptif pourrait l’être.

L’une des principales frustrations exprimées par les personnes accueillantes de cette recherche était le sentiment d’être considérées comme acquises et traitées sans égards dans leurs échanges avec les équipes du système de placement. Cela rejoint la recherche existante, qui montre que les proches qui accueillent (McPherson et al., 2022 ; Rose et al., 2022 ; Zuchowski et al., 2019) comme les familles d’accueil (D’Amato et Brownlee, 2022) vivent une mise à l’écart des décisions et de la détresse dans leur communication avec les organismes et les administrations dans diverses juridictions. Il n’est pas surprenant que les personnes accueillantes se soient décrites comme « parents, sans l’être » alors qu’elles recevaient des messages contradictoires entre l’intention politique de l’accueil en milieu familial (offrir des familles stables et aimantes) et leur expérience des pratiques de niveau méso au sein du système de placement (se sentir non reconnues, non soutenues et dans l’incertitude). Les personnes accueillantes voulaient être vues et valorisées comme des personnes importantes dans la vie des enfants, et voir leur expertise propre reconnue. Le système d’accueil familial compte sur les familles d’accueil et les proches qui accueillent pour investir du temps, de l’énergie et des émotions dans la prise en charge des enfants ; il est donc crucial de valoriser la contribution propre des personnes accueillantes et de les soutenir pour qu’elles puissent tenir ce rôle important dans la durée.

Les efforts pour que les personnes accueillantes obtiennent davantage de reconnaissance et de soutien ont contribué, au Royaume-Uni, au mouvement de professionnalisation de l’accueil familial, conçu comme un moyen de répondre à certains défis de cette forme de suppléance (Kirton, 2022). Une recherche britannique récente menée auprès de familles d’accueil a pourtant montré que, même lorsqu’elles concevaient leur rôle sous un angle professionnel, elles avaient le sentiment que leur statut professionnel restait jugé inférieur à celui des « vrais » professionnels qui accompagnent les enfants et les personnes accueillantes dans le système de placement (Wheeler, 2022). Ce sentiment ressemble à celui, rapporté par les personnes accueillantes de cette recherche, de n’être « pas tout à fait » parents. Il semble que, qu’elles conçoivent leur rôle avant tout sous un angle professionnel ou parental, les personnes accueillantes occupent des rôles qui n’entrent proprement dans aucune de ces catégories normatives. Plutôt que de chercher à obtenir une meilleure reconnaissance en présentant les personnes accueillantes soit comme des parents, soit comme des professionnels, il serait peut-être plus utile de rehausser leur statut et leur visibilité en reconnaissant l’expertise des familles d’accueil et des proches qui accueillent comme des catégories de rôle à part entière. Les personnes accueillantes pourraient ainsi acquérir un statut d’expertise propre, au lieu d’avoir le sentiment de n’être ni tout à fait parents, ni tout à fait professionnelles.

Limites et études futures

La présente recherche était une exploration de l’accueil en milieu familial propre à un contexte donné. Il importe donc de tenir compte de l’effet des différences systémiques et culturelles dans l’interprétation de ses résultats, comme le recommandent Pinto et Luke (2022). La présente recherche nous invite à placer les familles d’accueil et les proches qui accueillent au centre, en position d’expertise, dans la conception des programmes et la mise en œuvre des changements de politique. Nous recommandons que la recherche future reconnaisse ce statut d’expertise aux familles d’accueil et aux proches qui accueillent en recourant à des méthodologies de recherche émancipatrices, comme la recherche-action (Kolenick, 2021). Réunir les personnes accueillantes avec les responsables de programme, les équipes de terrain et les instances de décision, dans des environnements propres à chaque contexte, pourrait permettre de mettre la voix des personnes accueillantes au centre et de créer des solutions qui accordent mieux les politiques et les pratiques pour soutenir leurs expériences. Si la présente recherche a proposé quelques stratégies susceptibles d’aider à relever les défis des programmes d’accueil familial, les différences de contexte imposent d’élaborer des stratégies spécifiques dans les conditions systémiques et législatives de chaque juridiction (Konijn et al., 2019).

Il importe en outre de reconnaître que les personnes accueillantes ne sont qu’un des nombreux groupes importants à prendre en compte en matière d’accueil en milieu familial. Les enfants et les jeunes eux-mêmes, les parents de naissance et diverses autres parties prenantes doivent aussi être entendus, et il importe d’équilibrer les besoins et les droits de toutes ces personnes lorsqu’on envisage de modifier les systèmes d’accueil familial. Une recherche australienne récente montre par exemple que les mères de naissance comme les femmes qui accueillent des enfants à long terme doivent renégocier leurs rôles pour soutenir les enfants dans des dispositifs de prise en charge complexes (Collings et Wright, 2022). Si l’objectif de l’accueil en milieu familial est d’offrir des environnements de type familial et des liens stables avec les figures de soin, il est crucial que toutes les personnes concernées par le processus soient associées à la recherche et à la réforme des politiques.

Une limite de la présente recherche est qu’aucune des personnes accueillantes qui y ont participé n’est aborigène ou insulaire du détroit de Torres. Étant donné que les enfants aborigènes et insulaires du détroit de Torres sont placés hors du foyer en Australie dans des proportions plus élevées que les autres enfants (AIHW, 2022), il est crucial de concevoir des recherches qui incluent de manière proactive les Premières Nations. Les points de vue des Premières Nations et d’autres cultures pourraient apporter un éclairage précieux sur ce sujet, compte tenu des différences de systèmes de parenté et de conceptions de la famille par rapport aux cultures occidentales ; il importe donc d’associer de manière proactive l’expertise des personnes accueillantes aborigènes et insulaires du détroit de Torres à la recherche future.

Implications et conclusions

La présente recherche peut aider les programmes d’accueil familial à répondre à certains des défis que cette forme de suppléance connaît aujourd’hui, comme le manque de personnes accueillantes, leur insatisfaction et l’instabilité des placements (D’Amato et Brownlee, 2022). Plutôt que d’examiner isolément chacun des défis de l’accueil en milieu familial, la théorie ancrée intégrée offre un cadre pour comprendre comment les actions et les intentions des personnes accueillantes, le contexte et leurs attentes de rôle s’articulent. Autrement dit, elle montre ce que font les personnes accueillantes, familles d’accueil comme proches, pourquoi elles le font et ce qui les amène à le faire. Cette perspective intégrée offre aux responsables des politiques publiques un cadre pour examiner les attentes de rôle qui pèsent sur les personnes accueillantes et la manière dont les systèmes d’accueil familial soutiennent ou limitent leur capacité à y répondre. La présente recherche place en outre les familles d’accueil et les proches qui accueillent en position d’expertise sur l’accueil en milieu familial et offre un espace où leurs points de vue peuvent être entendus et partagés.

Les proches qui accueillent et les familles d’accueil de cette recherche partagent leur expérience de ce qui a aidé et de ce qui a posé difficulté dans l’exercice de leur rôle, en particulier au regard du système de placement dans lequel ce rôle s’exerce. L’étude montre que des facteurs comme de bonnes relations avec les équipes, de solides réseaux de soutien, le soutien d’autres personnes accueillantes, un soutien financier et la possibilité de faire des pauses faisaient tous une différence dans l’expérience des personnes accueillantes et dans leur capacité à remplir leur rôle et à le tenir dans la durée. Ces pistes éclairent certaines des façons dont les programmes d’accueil familial peuvent améliorer l’expérience des familles d’accueil et des proches qui accueillent, une fois adaptées aux différences de contexte. Elles portent toutefois surtout sur des solutions de niveau micro (individuel) qui aideraient les personnes accueillantes à faire avec le système de placement tel qu’il existe actuellement.

La présente recherche nous invite à dépasser le niveau micro pour relier politiques, pratiques et expériences des personnes accueillantes. En explorant les tensions et les frustrations que vivent ces personnes du fait des écarts entre leurs propres attentes de rôle, les pratiques au niveau des programmes et les orientations politiques, on voit clairement la nécessité d’un changement aux niveaux méso (communauté et organisation) et macro (système). Si l’accueil en milieu familial a pour intention d’offrir aux enfants et aux jeunes la possibilité de « vivre avec des personnes accueillantes soutenues pour créer un foyer sûr et bienveillant » (DHHS, 2019, p. 6), il est crucial de réduire les écarts que les familles d’accueil et les proches qui accueillent ressentent dans leur rôle, par des changements systémiques qui leur permettent de mettre en œuvre les principes de l’attachement dans la prise en charge quotidienne des enfants et qui réduisent les messages contradictoires que ces personnes rapportent. La présente recherche plaide pour une meilleure reconnaissance de l’expertise des familles d’accueil et des proches qui accueillent en matière d’accueil en milieu familial, afin de rendre possibles ces changements systémiques.

Complexe Systémique : à retenir

L’étude décrit avec justesse une position de tiers : la personne qui accueille tient le quotidien de l’enfant, mais la décision, l’information et l’avenir du lien appartiennent à l’institution et, souvent, aux parents de naissance. On attend d’elle un attachement solide tout en lui refusant la place et la durée qui le rendraient supportable, ce qui ressemble fort à des messages contradictoires. Pour la clinique, on retiendra trois points : inclure le service de placement dans la carte du système, plutôt que de ne voir que la famille d’accueil ; reconnaître le deuil anticipé qui freine l’engagement ; accompagner, chez les grands-parents qui accueillent, la perte du rôle de grand-parent et les conflits avec leur propre enfant. La portée reste limitée : seize personnes rattachées à un seul organisme, surtout des grands-mères, aucune personne aborigène, et ni les enfants ni les parents de naissance ne sont entendus. Le récit des services est celui des personnes accueillantes. À lire avec l’article sur les loyautés invisibles, et avec l’article sur la maltraitance institutionnelle en protection de l’enfance.

Notes de l’original

Remerciements. Publication en libre accès permise par Federation University Australia, dans le cadre de l’accord entre Wiley et Federation University Australia, par l’intermédiaire du Council of Australian University Librarians.

Références

Australian Institute of Health and Welfare. (2022). Child protection Australia 2020–21. https://www.aihw.gov.au/reports/child-protection/child-protection-australia-2020-21/

Berrick, J. D., & Skivenes, M. (2012). Dimensions of high quality foster care: Parenting Plus. Children and Youth Services Review, 34(9), 1956–1965. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2012.05.026

Blumer, H. (1969). Symbolic interactionism: Perspective and method. Prentice-Hall.

Blythe, S. L., Halcomb, E. J., Wilkes, L., & Jackson, D. (2013). Perceptions of long-term female foster-carers: I'm not a carer, I'm a mother. British Journal of Social Work, 43(6), 1056–1072. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcs047

Blythe, S. L., Wilkes, L., & Halcomb, E. J. (2014). The foster carer's experience: An integrative review. Collegian, 21(1), 21–32. https://doi.org/10.1016/j.colegn.2012.12.001

Borenstein, J. (2022). Towards a conceptual and practice framework for statutory kinship care in Victoria [Unpublished doctoral dissertation]. La Trobe University.

Charmaz, K. (2014). Constructing grounded theory ( 2nd ed.). SAGE Publications.

Child Welfare Information Gateway. (n.d.). Foster care statistics 2019. U.S. Department of Health and Human Services, Administration for Children and Families, Children's Bureau. https://www.childwelfare.gov/topics/systemwide/statistics/foster-care/

Chinnery, S. (2016). Social work's fingerprint on the evolution of attachment theory: Some essential knowledge for care practice. Aotearoa New Zealand Social Work, 28(3), 79–90. https://doi.org/10.11157/anzswj-vol28iss3id216

Collings, S., & Wright, A. C. (2022). “You are mum and then they are mum”: Negotiating roles, relationships, and contact in out-of-home care. Family Relations, 71(3), 1211–1225. https://doi.org/10.1111/fare.12649

D'Amato, S., & Brownlee, K. (2022). Qualitative studies of foster carer experiences in providing Out of Home Care for children: A scoping review and narrative synthesis. The British Journal of Social Work, 52(6), 3078–3094. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcab223

De Wilde, L., Devlieghere, J., Vandenbroeck, M., & Vanobbergen, B. (2019). Foster parents between voluntarism and professionalisation: Unpacking the backpack. Children and Youth Services Review, 98, 290–296. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2019.01.020

Department of Health and Human Services. (2019). Strong carers, stronger children: Supporting kinship, foster and permanent carers to achieve the best outcomes for children and young people in care. Victorian Government.

Farmer, E. M. Z., & Lippold, M. A. (2016). The need to do it all: Exploring the ways in which treatment foster parents enact their complex role. Children and Youth Services Review, 64, 91–99. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2016.03.005

Fergeus, J., Humphreys, C., Harvey, C., & Herrman, H. (2017). Assisting carers to respond to the mental health needs of children. Children Australia, 42(1), 30–37. https://doi.org/10.1017/cha.2017.1

Garcia Quiroga, M., & Hamilton-Giachritsis, C. (2014). “In the name of the children”: Public policies for children in out-of-home care in Chile. Historical review, present situation and future challenges. Children and Youth Services Review, 44, 422–430. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2014.07.009

Harlow, E. (2021). Attachment theory: Developments, debates and recent applications in social work, social care and education. Journal of Social Work Practice, 35(1), 79–91. https://doi.org/10.1080/02650533.2019.1700493

Hart, S. N., Lee, Y., & Wernham, M. (2011). A new age for child protection—General comment 13: Why it is important, how it was constructed, and what it intends? Child Abuse & Neglect, 35(12), 970–978. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2011.09.007

Hollett, M., Hassett, A., & Lumsden, V. (2022). Foster caring as ‘professional parenting’: A grounded theory of the relationships between parent and professional in long-term foster care. Adoption & Fostering, 46(4), 413–436. https://doi.org/10.1177/03085759221139490

Kirton, D. (2022). Exploring the anti-professional turn in English foster care: Implications for policy, practice and research. The British Journal of Social Work, 52(7), 4021–4039. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcac039

Kolenick, P. (2021). Communicative space and the emancipatory interests of action research. Action Research, 19(2), 129–145. https://doi.org/10.1177/1476750317699461

Konijn, C., Admiraal, S., Baart, J., van Rooij, F., Stams, G. J., Colonnesi, C., Lindauer, R., & Assink, M. (2019). Foster care placement instability: A meta-analytic review. Children and Youth Services Review, 96, 483–499. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2018.12.002

Leathers, S. J., Spielfogel, J. E., Geiger, J., Barnett, J., & Vande Voort, B. L. (2019). Placement disruption in foster care: Children's behavior, foster parent support, and parenting experiences. Child Abuse & Neglect, 91, 147–159. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2019.03.012

Lempert, L. B. (2007). Asking questions of the data: Memo writing in the grounded theory tradition. In A. Bryant & K. Charmaz (Eds.), The SAGE handbook of grounded theory (pp. 245–264). SAGE.

McPherson, L., Gatwiri, K., Day, K., Parmenter, N., Mitchell, J., & Macnamara, N. (2022). “The most challenging aspect of this journey has been dealing with child protection”: Kinship carers' experiences in Australia. Children and Youth Services Review, 139, Article 106550. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2022.106550

Musgrove, N., & Michell, D. (2018). The slow evolution of foster care in Australia: Just like a family? Palgrave McMillan.

Permanent Care and Adoptive Families. (2021). Permanence and stability: The missing ingredients for Victoria's most vulnerable children. https://www.pcafamilies.org.au/advocacy/submissions-policy-resources#permanence-and-stability-the-missing-ingredients-for-victoria-s-most-vulnerable-children-2021

Pinto, V. S., & Luke, N. (2022). The role of foster carers in England and Portugal: Is it solely a parenting role? Children & Society, 36(2), 249–265. https://doi.org/10.1111/chso.12536

Riggs, D. W., Delfabbro, P., & Augoustinos, M. (2009). Negotiating foster-families: Identification and desire. The British Journal of Social Work, 39(5), 789–806. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcm156

Rose, L., Taylor, E. P., Di Folco, S., Dupin, M., Mithen, H., & Wen, Z. (2022). Family dynamics in kinship care. Child & Family Social Work, 27(4), 635–645. https://doi.org/10.1111/cfs.12912

Saldaña, J. (2013). The coding manual for qualitative researchers ( 2nd ed.). SAGE.

Schofield, G., Beek, M., Ward, E., & Biggart, L. (2013). Professional foster carer and committed parent: Role conflict and role enrichment at the interface between work and family in long-term foster care. Child and Family Social Work, 18(1), 46–56. https://doi.org/10.1111/cfs.12034

Smith, M., Cameron, C., & Reimer, D. (2017). From attachment to recognition for children in care. The British Journal of Social Work, 47(6), 1606–1623. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcx096

Smyth, C., & McHugh, M. (2006). Exploring the dimensions of professionalising fostering: Carers' perceptions of their fostering role. Children Australia, 31(1), 12–20. https://doi.org/10.1017/S1035077200010944

Sprecher, E., Tuitt, I., Hill, D., Midgley, N., & Sleed, M. (2021). No typical care story: How do care-experienced young people and foster carers understand fostering relationships? Adoption & Fostering, 45(3), 248–264. https://doi.org/10.1177/03085759211037156

United Nations Committee on the Rights of the Child. (2011). General comment 13: The right of the child to freedom from all forms of violence (CRC/C/GC/13). https://digitallibrary.un.org/record/711722?ln=en

Vulnerable Children Reform Unit. (n.d.). Children and Youth Area Partnerships overview. Department of Health and Human Services, Victorian Government.

Wheeler, P. (2022). Multiple modes of being: Exploring the complex role of a foster carer. [Unpublished doctoral dissertation]. University of Essex.

Zuchowski, I., Gair, S., Henderson, D., & Thorpe, R. (2019). Convenient yet neglected: The role of grandparent kinship carers. The British Journal of Social Work, 49(3), 615–632. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcy085

Traduction non officielle en français de Être parent, sans l’être : une théorie ancrée de l’accueil en milieu familial, par Kimberlea Cooper, Christina Sadowski et Rob Townsend, Family Relations, vol. 73, no 3 (2024), doi : 10.1111/fare.12969, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste, légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Being a parent, but not: A grounded theory of home-based care », publié dans Family Relations (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Cooper, K., Sadowski, C., et Townsend, R. (2024). Être parent, sans l’être : une théorie ancrée de l’accueil en milieu familial (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/etre-parent-sans-l-etre-une-theorie-ancree-de-l-accueil-en-milieu-familial (Œuvre originale publiée en 2023 dans Family Relations, 73(3), 1880-1898 (2024) ; republiée en 2024 par Family Relations, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/fare.12969)

Panier

Votre panier est vide.