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Protection ou maltraitance institutionnelle ? Un carrefour dans les politiques de protection de l’enfance

Les institutions de protection de l’enfance sont conçues pour protéger les enfants de la maltraitance qu’ils peuvent subir dans leur famille lorsque celle-ci est dysfonctionnelle. Pour cela, le contrôle, nécessaire, doit être exercé dans une perspective thérapeutique. S’il n’en va pas ainsi et que le contrôle devient le fil conducteur de l’intervention, ses objectifs sont pervertis et l’on engendre de la maltraitance institutionnelle. Ces idées sont ici mises en réflexion à propos d’un cas.

Auteur Juan Luis Linares, professeur titulaire de psychiatrie à l’Université autonome de Barcelone, directeur de l’unité de psychothérapie et de l’école de thérapie familiale de l’hôpital de la Santa Creu i Sant PauPublication Red Sistémica, 2011Traduction Complexe Systémique, avec l’accord de Red Sistémica

« Autrefois, seul Dieu donnait et reprenait les enfants ; aujourd’hui, les professionnels de la protection de l’enfance rivalisent avec lui. »

Juan Luis Linares

Mots-clés : contrôle ; thérapie ; protection de l’enfance ; maltraitance familiale ; maltraitance institutionnelle.

La maltraitance familiale

Aussi incroyable que cela puisse paraître, la pleine reconnaissance de l’existence de la maltraitance familiale est un phénomène récent, auquel la science comme la politique ont traditionnellement résisté. Nous savons qu’un esprit aussi lucide que celui de Freud refusa d’accepter l’évidence de l’abus sexuel sur les enfants, attribuant au fantasme les indices qu’apportaient les patients en analyse. Le célèbre article de Kempe et coll. (1962), qui décrit le « syndrome de l’enfant battu » et pose les bases d’une inévitable prise de conscience des institutions et de la communauté scientifique, n’a pas encore cinquante ans. Et la question continue d’intriguer professionnels et profanes : comment est-il possible que la famille, et en particulier les parents, pervertissent des objectifs de protection enracinés dans l’instinct de conservation de l’espèce, au point d’attenter à celle-ci et de mettre en danger jusqu’à la vie de leurs enfants ?

La réponse est à chercher dans la relation singulière de l’espèce humaine avec la nature : loin de se contenter d’une appartenance passive, elle n’a cessé de la défier activement, faisant de ce défi l’un de ses traits définitoires les plus importants. Et cela surtout depuis que l’invention de l’agriculture et de l’élevage a libéré de la force de travail pour développer des activités autres que la lutte quotidienne pour la survie : l’art, la philosophie, la religion… Peindre une forêt, proposer une théorie cosmologique ou s’accrocher à l’immortalité représentent des défis à la nature de portée différente, comme le sont aussi l’amour et son contrepoint destructeur, résultat de son blocage par le pouvoir : la maltraitance. L’amour comme la maltraitance nous définissent en tant qu’espèce (Linares, 2002), puisque nous seuls, humains, aimons et maltraitons. Avec toutefois une nuance différentielle importante : nous sommes des créatures primairement aimantes et secondairement maltraitantes.

De ce qui précède découle la nécessité d’encourager l’amour et de diminuer la maltraitance, en comprenant qu’il serait aussi vain de vouloir introniser le premier comme roi absolu des relations humaines que d’éradiquer la seconde jusqu’à ses derniers vestiges. Laissons la promotion de l’amour à des entreprises plus ambitieuses que cet article, et bornons-nous pour l’instant à réfléchir à la diminution de la maltraitance.

Les institutions de protection de l’enfance

Les États modernes se sont dotés, au fil des dernières décennies, d’institutions chargées de veiller au bien-être des enfants en les protégeant du risque de maltraitance. À mesure que la maltraitance familiale devenait manifeste, ces institutions s’y sont spécialisées, se dotant de ressources matérielles, humaines et légales destinées à la combattre. Mais, en général, elles ont traîné avec elles la contradiction inhérente à l’exercice du contrôle combiné ou complémentaire à la restauration ou à la réparation.

Le contrôle est simple lorsqu’il s’exerce sur des cibles perçues comme hostiles et que, comme à la guerre, il importe peu de détruire ; mais il devient extraordinairement complexe si l’objet à contrôler doit être, en même temps, soigné et protégé. Exaspéré par les difficultés d’une telle entreprise, Bateson (1972) en vint à nier la possibilité même du contrôle, le définissant, avec une intention disqualifiante, comme un concept dormitif. Les arguments ne manquent pas, au vu du sort qu’ont connu quelques-unes des expériences de contrôle social les plus importantes et les plus massives des temps modernes. Le système pénitentiaire devait contrôler les délinquants en facilitant leur réhabilitation sociale, et nous connaissons, sans qu’il vaille la peine d’y insister, l’ampleur de son échec. Le système asilaire devait lui aussi contrôler les malades mentaux en permettant et en stimulant leur guérison, sans qu’il subsiste aujourd’hui le moindre doute sur le manquement radical à sa mission (Foucault, 1972). Ce sont des précédents inquiétants, qui devraient mettre en garde contre les dangers qui guettent le système de prévention de la maltraitance et de la violence conjugale et familiale, si l’on ne met pas en œuvre des idées et des ressources radicalement nouvelles.

Car, à ce jour et en Espagne concrètement, les institutions chargées de prévenir la maltraitance continuent d’appliquer le contrôle pur et dur, dans son double versant : réprimer l’auteur de la maltraitance et protéger la personne maltraitée. Mais, comme le démontre tragiquement la loi contre la violence de genre, il n’y a en réalité pas de protection, parce que le maltraitant réprimé (et seulement réprimé) tend à exacerber ses tendances auto- et hétérodestructives, et que la femme maltraitée protégée (et seulement protégée) échappe à la protection pour s’exposer de nouveau au danger, tous deux poussés par des forces psychologiques bien plus puissantes que le contrôle. Il faut espérer que la société et les institutions prennent conscience de la nécessité que le contrôle s’exerce depuis un niveau de complexité supérieur, qui l’inclue et le nuance, nécessairement thérapeutique. La thérapie de couple est indispensable pour déconstruire et dissoudre les liens morbides qui attachent le maltraitant et la femme maltraitée autour de la violence ; et cela, bien sûr, non pas dans les dernières et fatales étapes du processus, mais dans les premières, quand le dommage est encore mineur et réversible.

Et le propos s’applique aussi à la maltraitance familiale et aux institutions chargées de la prévenir, où il arrive également que les équipes de professionnels doivent s’impliquer dans des politiques orientées vers un contrôle dépourvu de vision thérapeutique. Parfois, on déclare explicitement le refus de la thérapie familiale, en invoquant la prétendue inconditionnalité du soutien à l’enfant comme critère supérieur devant régir l’intervention. Mais, pour en arriver à cette position, il faut ignorer l’opinion des enfants, qui souhaitent rarement être séparés de leur famille, ainsi que l’évidence que, tôt ou tard, l’immense majorité des mineurs placés finit par « retourner » dans celle-ci, pour peu qu’elle existe encore. C’est un paradoxe que de protéger l’enfant maltraité en faisant la sourde oreille à ses désirs et à ses demandes, et en ignorant ses intérêts. Cette position de fond est compatible avec une autre attitude, plus subtile, qui consiste à accepter, voire à rechercher une thérapie familiale, mais en la maintenant à l’écart, isolée du champ des décisions administratives, qui demeure le patrimoine exclusif de l’équipe de protection de l’enfance. Privée de toute opérationnalité, la thérapie familiale court alors le risque de se disqualifier dans l’impuissance.

C’est de cette dernière modalité que relève le cas qui a motivé le présent article, dans lequel se rejoignent des ingrédients parfaitement caractérisables comme maltraitance institutionnelle.

Le contrôle pur et dur

Réprimer l’auteur de la maltraitance et protéger la personne maltraitée. Le maltraitant seulement réprimé exacerbe ses tendances destructrices ; la personne seulement protégée échappe à la protection pour s’exposer de nouveau au danger.

Le contrôle depuis un niveau supérieur

Un contrôle inclus et nuancé par une perspective thérapeutique, capable de déconstruire les liens morbides autour de la violence, dès les premières étapes, quand le dommage est encore mineur et réversible.

La maltraitance institutionnelle

Lorsque les institutions sociales chargées de fournir des services échouent dans l’accomplissement de leur mission et causent des dommages à leurs usagers ou à leurs clients, elles commettent une maltraitance institutionnelle (Linares, 2006). Comme les institutions sanitaires comptent parmi les plus anciennes, il existe une très vaste casuistique liée à leur échec, qui dispose d’une dénomination propre et très répandue : l’iatrogénie.

Les institutions des services sociaux et de la protection de l’enfance sont beaucoup plus jeunes, mais elles comptent elles aussi des précédents effrayants de perversion de leurs objectifs. C’est pourquoi, en l’absence d’une dénomination spécifique consacrée par l’usage, la réflexion critique qui aide à prévenir de tels abus est importante. Car il est tout aussi intolérable qu’un chirurgien oublie une compresse dans l’abdomen du patient, ou que l’on contracte une infection à la suite d’une hospitalisation, que de laisser en piteux état la famille d’un enfant, qui est sa seule ressource relationnelle pour l’avenir.

Les équipes de protection de l’enfance ont une immense responsabilité, ce qui exigerait des ressources d’une ampleur proportionnelle : des espaces physiques dignes ; une politique adéquate, claire et bien planifiée ; et des effectifs humains bien sélectionnés et bien entretenus, dotés d’une formation de haut niveau. Bien qu’il existe des opinions nettement plus critiques (émanant des professionnels eux-mêmes qui y travaillent), pour autant que notre expérience nous permette d’en juger, il n’y a rien à objecter quant à la dignité des espaces physiques, plus que correcte en général puisqu’il s’agit d’institutions nouvelles logées dans des installations nouvelles. Mais, malheureusement, l’appréciation positive s’arrête là.

En Catalogne, d’où cet article est écrit, la politique a été dictée par le premier gouvernement sous lequel furent créées les institutions de protection de l’enfance, et elle n’a pas été substantiellement modifiée depuis. On pourrait en résumer le résultat en deux directives principales : pour l’enfant mais sans l’enfant ; et contre « la famille coupable ». Nous avons déjà signalé que ces deux directives nous paraissent profondément inadéquates, ancrées qu’elles sont, respectivement, dans un protectionnisme paternaliste et dans une obsession persécutoire et vindicative. Mais, de surcroît, cette politique ne remplit pas non plus les exigences de clarté et de bonne planification. Elle traite les familles d’un regard uniformisant, sans distinguer dans la pratique entre les différentes modalités de dysfonctionnement qu’elles peuvent présenter, comme si toutes étaient multiproblématiques.

Quant aux effectifs humains, ils sont bien entendu insuffisants, ce qui les empêche de prendre en charge en temps utile les situations considérées comme de moindre risque, alors même que, paradoxalement, ce sont précisément celles-là qui donnent les meilleurs résultats et sont les plus rentables pour le bien-être futur de la population suivie. En exagérant à des fins didactiques, on pourrait dire que, face à cent cas de mineurs en danger, dans quatre-vingt-dix-neuf ils s’abstiennent, et sur un seul ils s’acharnent. Il s’agit de professionnels jeunes pour la plupart, qui présentent donc inévitablement des lacunes importantes dans leur formation, que beaucoup tentent méritoirement de combler en la finançant de leur propre poche. Le système ne devrait pas se reposer sur ce mécanisme (en fait, dans une large mesure, il lui fait obstacle !), mais mettre en place au contraire de sérieux programmes de formation continue, avec des supervisions externes systématiques qui renforcent l’autocritique et diminuent les réflexes de défense corporatiste.

En définitive, les institutions de protection de l’enfance, dans le contexte qui nous sert de référence, réunissent quelques-unes des conditions les plus importantes pour dispenser de la maltraitance institutionnelle. Ce qui suit en est un petit échantillon.

L’auteur a eu des expériences (peu nombreuses, mais hautement significatives par la qualité du travail accompli) de collaboration positive avec des institutions de protection de l’enfance. Il a eu aussi des expériences négatives, en nombre malheureusement très supérieur. S’il a choisi ce cas pour illustrer le présent article, c’est parce que, tout en étant de moindre gravité, il montre de façon aussi dramatique qu’exemplaire les paradoxes de la maltraitance institutionnelle : les victimes sont à nouveau victimisées, et l’auteur de la maltraitance reçoit une récompense.

À retenir

La maltraitance institutionnelle est l’équivalent, pour les services sociaux, de l’iatrogénie médicale : une institution qui échoue dans sa mission au point de nuire à ses usagers. Pour Linares, trois conditions la préviennent : des locaux dignes, une politique claire qui distingue les modalités de dysfonctionnement familial, et des équipes formées et supervisées de l’extérieur.

Le cas de Sandra

Sandra López Castro, 11 ans, est la fille unique de Sara et d’Enrique, âgés respectivement de 38 et 40 ans. L’EAIA (Équipe d’aide à l’enfance et à l’adolescence) de la comarque où ils résident les oriente vers une thérapie familiale après avoir pris la décision de retirer aux parents la tutelle de la mineure et de confier sa garde à la grand-mère paternelle. Le motif en est la violence physique réitérée exercée par le père sur la mère, sans que celle-ci se soit, pour l’instant, séparée. Bien qu’il n’y ait jamais eu de violence contre Sandra, on considère qu’elle subit une maltraitance indirecte, par son exposition passive à celle qu’endure sa mère.

Dans les jours qui suivirent l’orientation, une petite semaine avant le début de la thérapie, Sara se sépara d’Enrique et loua un appartement où elle s’installa avec sa propre mère. Devant cette nouveauté importante, on demanda à l’EAIA de confirmer l’opportunité de poursuivre le plan thérapeutique. La réponse fut affirmative, appuyée sur l’opinion, exprimée par le psychologue référent (nous l’appellerons Jordi), selon laquelle la mère était une femme très immature et la famille maternelle très manipulatrice, de sorte que la thérapie restait nécessaire.

Et la thérapie commença.

Sandra était une enfant intelligente et très vive, qui donnait l’impression de savoir ce qu’elle voulait. Et ce qu’elle voulait, c’était vivre avec sa mère et, pour le moment, ne pas voir son père. Elle voulait aussi garder le contact avec sa famille maternelle, en plus de la famille paternelle, chez qui elle résidait. Mais l’EAIA avait décidé qu’elle ne devait avoir aucun contact avec la famille maternelle, et seulement une rencontre tous les quinze jours avec sa mère. Presque la même relation qu’avec le père, qui devait lui aussi lui téléphoner toutes les deux semaines.

Jordi affirmait ne pas se fier à la décision de Sara de se séparer, car elle l’avait déjà fait d’autres fois et était toujours revenue avec Enrique. Quant à la famille maternelle, elle était encore moins fiable, parce qu’elle avait refusé de prendre l’enfant en charge.

Sara reconnaissait avoir eu un grave problème de dépendance envers son mari, mais assurait être en train de le surmonter en voyant les difficultés que cela créait à sa fille. Quant à la famille maternelle, elle expliquait qu’ils avaient résisté à accepter la garde de Sandra parce que, vivant dans le même village, ils craignaient d’être l’objet de violentes pressions de la part d’Enrique. C’étaient des gens bien adaptés socialement, de petits commerçants aisés. Sara possédait deux boutiques, en commun avec Enrique, ce qui rendait difficile une séparation totale car ils étaient condamnés à garder des contacts professionnels. Mais sa décision était irrévocable.

Quant à la famille paternelle, la grand-mère et deux tantes, elle vivait dans la grande ville, à trente kilomètres de là. Cela la mettait davantage à l’abri des pressions d’Enrique, sur lequel, de plus, elle avait une autorité incontestable. C’est pourquoi tout le monde admettait que c’était une bonne idée qu’elle s’occupe de Sandra, sauf que… le problème, c’est qu’elle avait pris la chose trop à cœur. Il y avait toujours eu de bonnes relations entre les deux familles, mais désormais la grand-mère et les tantes paternelles s’étaient pleinement identifiées à la philosophie de l’EAIA et disqualifiaient Sara et les siens. Il est vrai aussi que Jordi les menaçait de placer Sandra en foyer d’accueil si elles ne suivaient pas strictement les règles. C’est ainsi qu’elles en arrivèrent, avec l’accord de l’EAIA, à confisquer son téléphone portable à l’enfant parce qu’elle avait parlé avec sa mère et avec la famille maternelle. Sandra ne cachait pas son exaspération. On l’avait obligée à se séparer de sa mère, on ne la laissait pas voir sa famille, elle avait dû changer d’école et ne pouvait pas retrouver ses amis… !

La thérapie

On fit le pari de renforcer la mère et de légitimer le droit à la relation avec la famille maternelle, sans pour autant ôter de validité à la position de la famille paternelle. Ce n’était pas une tâche facile, car entre les deux familles s’était déjà installée une animosité manifeste. On critiqua « la politique de l’administration », en préservant à tout moment la bonne intention des professionnels en tant que personnes. On freina Sara pour qu’elle ne porte pas sa frustration et sa colère sur le terrain judiciaire, en l’encourageant à se montrer coopérative avec l’EAIA et en lui garantissant, depuis l’espace thérapeutique, un soutien dans cette ligne conciliante.

Et Sara commençait à donner de nets signes de changement. D’une part, elle reconnaissait sa dépendance antérieure envers Enrique, presque comme s’il s’était agi d’une maladie, mais d’autre part elle consolidait ses pas vers l’autonomie. Elle vivait pour le moment avec sa mère, comme une sorte de garantie qu’elle ne retournerait pas avec Enrique, mais elle commençait à fréquenter un homme qui la traitait très bien et par lequel elle se sentait de plus en plus attirée. Elle n’osait toutefois pas rendre cette relation publique, par crainte tant de la réaction d’Enrique que de celle de l’EAIA. Quoi qu’il en soit, quand Sandra se mit à la défier sur ce point (« Si tu avais un amoureux, on serait tous plus tranquilles, on saurait que tu ne vas pas retourner avec papa »), elle comprit qu’elle devait commencer à en parler. Et la première à l’apprendre fut Sandra.

Mais les choses se compliquaient sur plusieurs fronts. La famille paternelle, devenue « les bons » par l’intervention de l’EAIA, se montrait de plus en plus rigide envers Sara et sa famille, et ne dissimulait pas une certaine méfiance devant la tentative du thérapeute de présenter une vision positive de tous. Dans la logique manichéenne qu’introduit ce type d’interventions, s’ils sont « les bons », les autres sont « les méchants », et l’on tend à préserver ce statu quo et à se retrancher dans le rôle privilégié.

D’autre part, Sandra approchait de l’adolescence. Ses résultats scolaires, qui avaient toujours été excellents, donnaient des signes de détérioration, en même temps qu’apparaissaient quelques ombres dans l’éventail de ses relations sociales. Surgirent des affrontements avec la mère, d’une virulence croissante, à l’abri d’un reproche d’une certaine légitimité, mais exprimé avec une âpreté qui le rendait terriblement injuste : « C’est ta mauvaise tête qui m’a compliqué la vie ; si tu avais su empêcher papa de te maltraiter, on n’en serait pas là. » C’est l’effet de ce que Colapinto (1995) appelle la dilution familiale, résultat de l’intervention intempestive des institutions de contrôle sur la famille : à mesure que les professionnels occupent des espaces vitaux du tissu familial, en particulier ceux qui touchent à la prise de décision, les liens s’affaiblissent, au détriment surtout des enfants.

Ce fut un travail laborieux que de diminuer les tensions entre les deux familles, et l’on ne parvint jamais à rétablir l’atmosphère de cordialité qui existait auparavant. Quant à Sandra, elle se stabilisa à l’école et normalisa ses relations sociales ainsi que ses relations avec ses deux familles, mais elle ne cessa de se montrer excessivement critique et exigeante envers sa mère, très blessée de constater l’éloignement de sa fille. Les contacts avec le père, que le thérapeute avait toujours abordés comme nécessaires à mesure qu’elle se sentirait encouragée à les avoir, devinrent eux aussi progressivement plus détendus. Dès le premier moment, le thérapeute avait annoncé son intention de convoquer le père pour l’impliquer dans le processus de changement que traversait la famille.

En définitive, malgré quelques difficultés mineures, la thérapie avançait raisonnablement bien.

La relation avec l’EAIA

Les choses en étaient là, et le thérapeute ne parvenait pas à entrer en contact avec Jordi ; la thérapie se ressentait de ce manque de communication. Les nouvelles de décisions prises par l’EAIA sans la moindre participation des critères thérapeutiques étaient constantes, et toujours avec le même biais : interdictions et contrôle. Si Sara demandait à élargir de quelques heures les contacts avec Sandra, on lui répondait non ; les contacts avec la famille maternelle étaient rejetés ; les protestations étaient étouffées sous la menace de mesures encore plus énergiques ; et même, au comble de la fureur contrôlante, on annonça une visite d’inspection du nouvel appartement de Sara pour vérifier s’il réunissait les conditions nécessaires pour recevoir Sandra. Comme si celle-ci avait jamais été maltraitée par sa mère, ou que Sara fût suspecte de négligence !

Le thérapeute téléphonait et laissait des messages sans aucun résultat. Jusqu’au jour où, sous la menace de faire un scandale, Jordi finit par prendre le téléphone. Il était très en colère contre le thérapeute parce que la famille paternelle de Sandra lui avait dit que celui-ci l’avait critiqué en séance. Il ne servit à rien que le thérapeute assure qu’il n’avait jamais émis de critiques personnelles, mais qu’il avait manifesté son désaccord avec la politique de l’institution, la Direction générale de l’aide à l’enfance et à l’adolescence, et cela dans l’objectif stratégique de créer un antagoniste anonyme et impersonnel face auquel unifier les deux familles et mettre fin au déchirement émotionnel de Sandra. Il ne servit à rien non plus qu’il revendique son rôle décisif pour que l’affaire n’ait pas été judiciarisée, ayant toujours conseillé à Sara et aux siens une attitude de coopération avec la famille paternelle et les professionnels. Jordi se montra inflexiblement disqualifiant envers la thérapie et le thérapeute, se déclarant offensé et inaccessible à toute explication raisonnable.

Le thérapeute comprit que les ponts étaient rompus et décida d’écrire une lettre, que nous transcrivons ci-après.

Lettre au professionnel de l’EAIA responsable du cas

Je vous fais parvenir le présent document devant l’évidence que nous n’allons pas nous coordonner au sujet de la famille de Sandra. J’ai l’intuition qu’il en est ainsi parce que :

a) Vous vous identifiez à l’institution objet de mes critiques (la DGAIA, à titre absolument impersonnel) et vous vous les attribuez.

b) Vous m’avez offensé et traité par le mépris, et, à ce stade de ma vie, ce n’est pas quelque chose que j’ai l’intention de tolérer.

Néanmoins, j’ai un engagement moral envers Sandra et sa famille, et je me sens donc tenu de vous communiquer mes impressions professionnelles.

Motif de l’intervention

Maltraitance avec violence physique du père de Sandra envers son épouse. Jusqu’au moment de l’intervention, celle-ci s’est montrée incapable de se défendre en interrompant efficacement le schéma dysfonctionnel. Cela retentit sur Sandra sous la forme d’une maltraitance psychologique indirecte.

Intervention

Retrait aux parents de la tutelle de Sandra. Dans un premier temps, on tente de faire assumer la garde de la mineure par la famille maternelle. Celle-ci fait valoir que, vivant dans le même village que le père, elle craint de ne pouvoir maîtriser la situation si celui-ci ne respecte pas la mesure. En second lieu, on a alors recours à la famille paternelle, qui habite Barcelone et accepte de prendre Sandra en charge.

Le couple est orienté vers une thérapie à Sant Pau mais, avant qu’elle ne commence, la mère décide de se séparer. L’indication de thérapie familiale est maintenue.

(Jusqu’ici, l’intervention me paraît correcte.)

Les contacts de Sandra, tant avec le père (que Sandra ne veut pas voir) qu’avec la mère (que Sandra veut voir en toute liberté), sont limités à un minimum symbolique. Les contacts de Sandra avec la famille maternelle sont interdits. On va jusqu’à confisquer le téléphone portable de la mineure pour qu’elle respecte les interdictions. On refuse toute crédibilité à la mère dans ses démarches de séparation d’avec son époux, bien qu’elles paraissent qualitativement différentes des précédentes (par exemple : elle entame une procédure de divorce et va vivre avec sa mère dans un nouvel appartement).

Évaluation de l’intervention

Il me paraît très négatif qu’une maltraitance psychologique indirecte soit abordée avec le même protocole que celui qu’on appliquerait à une maltraitance physique directe. Il faut comprendre que Sandra ne courait pas un danger immédiat : le risque résidait dans sa participation, en qualité de témoin, à un schéma interactionnel dysfonctionnel chronique. Dans de tels cas, la possibilité d’une exposition limitée à la source de souffrance n’implique pas un danger majeur pour la santé mentale de la mineure, qui a déjà largement intériorisé la situation redoutée. Quant à sa santé physique, elle n’a jamais été menacée.

Il me paraît très négatif que l’on ne prête pas attention aux raisons de la mineure (11 ans !, et une fille très intelligente et sensée) dans la différence qu’elle établit entre son père et sa mère. On fait pression sur la mère et on la menace d’une manière totalement inadéquate pour une femme qui sort à peine d’une maltraitance physique. De fait, on lui fait sentir qu’elle serait coupable d’avoir été maltraitée.

Il me paraît très négatif que l’on diabolise la famille maternelle, en en faisant « les méchants » à la suite de son objection plus que raisonnable à assumer la garde dans des circonstances de grande insécurité. On crée un préjudice comparatif entre les deux branches familiales, qui se voient entraînées dans un conflit entre elles, inexistant auparavant.

Conséquences iatrogènes de l’intervention

Sandra, qui a toujours été une enfant mûre, commence à se sentir en insécurité et à manifester un comportement rebelle. Des difficultés scolaires apparaissent, alors qu’elle avait auparavant d’excellents résultats. Heureusement, tous ces signes alarmants tendent à disparaître à mesure que s’assouplissent les mesures répressives.

La mère, qui s’était toujours bien entendue avec la famille de son mari, commence à s’affronter à elle (en particulier à sa belle-mère et à ses belles-sœurs), à mesure qu’elle se sent accusée d’irresponsabilité (la voix de l’EAIA, reprise à leur compte par celles-ci).

Les deux familles entrent dans une dynamique de disqualification mutuelle. Il est évident que toutes deux ont des zones d’ombre dans leur passé (quelle famille n’en a pas ?), mais les accusations réciproques les amplifient, introduisant chez Sandra une tendance au clivage, inquiétante dans une perspective d’avenir.

J’insiste sur le fait que, depuis l’assouplissement des mesures répressives, tous ces signaux d’alarme ont diminué d’intensité, même si le seul fait qu’ils aient existé invite à la réflexion. Est-il tolérable, ne serait-ce qu’à titre de possibilité, que la maltraitance institutionnelle vienne s’ajouter à la maltraitance familiale, jusqu’à la dépasser ?

Lignes directrices de la thérapie

1

Écouter Sandra

Pour que ce soient son opinion et l’expression de ses intérêts et de ses besoins qui guident la thérapie. Cela n’implique pas de renoncer à l’influencer pour l’aider à s’assouplir, par exemple en laissant une porte ouverte à de futurs contacts plus détendus avec son père.

2

Renforcer la solidité et la crédibilité de la mère

En tant que principale figure d’identification de Sandra. On encourage et on stimule ses changements, à savoir : des pas décisifs vers le divorce, comme le fait d’avoir déjà un document rédigé, de vivre avec sa mère, d’abord dans un nouvel appartement dans la même localité et maintenant dans un logement d’une autre localité, d’entretenir de nouvelles relations sentimentales avec des projets d’avenir (tout comme le père de Sandra). On accepte ses raisons : si elle continue de voir celui-ci de temps en temps, c’est pour négocier le divorce, étant donné qu’ils ont des biens et des commerces en commun, en plus d’une fille. Se sentir crue augmente son estime d’elle-même et son indépendance.

3

Faire baisser la tension entre les familles maternelle et paternelle

En dissolvant leurs rôles de « méchants » et de « bons » et en les aidant à se sentir comprises (non sans difficultés, surtout du côté de la famille paternelle) dans la délicatesse de leurs positions.

4

Apaiser la tension avec l’administration

Tenter de réduire la tension de la mère de Sandra et de sa famille avec l’administration (DGAIA et EAIA), en calmant même les avocates, qui les incitaient à engager des procédures judiciaires. Mais cela sans leur dénier la légitimité de leur indignation : en leur faisant comprendre l’inutilité de suivre d’autres chemins que celui de la collaboration. Et, certainement, en nuançant la différence entre les professionnels, qui font leur devoir, et les institutions qui, malheureusement, appliquent des politiques inadéquates.

Suggestions

J’ai beaucoup hésité avant d’exposer cette partie, conscient qu’elle peut produire un effet contraire, mais je me sens professionnellement tenu de le faire.

Je considère indispensable que soient prises en compte les circonstances propres du cas, que j’ai déjà décrites, et que, par conséquent, on ne traite pas cette famille comme une famille directement maltraitante ou négligente. Il est dépourvu de sens, par exemple, d’inspecter la nouvelle maison de la mère, s’agissant de personnes dont la bonne adaptation sociale est avérée.

Dans le même esprit, il faudrait donner au plus vite à Sandra la pleine liberté d’entretenir les contacts qu’elle souhaite avec sa mère et avec la famille de celle-ci, week-ends et vacances compris.

Sandra, bien qu’elle souhaite retourner vivre avec sa mère dès maintenant, ne veut pas changer à nouveau d’école en pleine année scolaire, et se résigne donc à reporter ce retour au mois de juin. La mère le comprend aussi. Mais cela ne devrait pas faire obstacle à la normalisation totale des contacts que toutes les parties souhaitent, en toute légitimité.

Pour ma part, je garantis la continuité de la thérapie tant qu’existeront souffrance, risque et motivation, au moins de la part de Sandra et de sa mère, tout en comptant aussi sur la collaboration des familles élargies. Et l’on n’exclut pas d’inclure le père à l’avenir.

Considérations finales

Bien que je n’aie jamais cessé de manifester publiquement mon respect pour les professionnels de l’EAIA et pour leur travail, je dois vous avouer qu’après notre désagréable conversation téléphonique, de sérieux doutes m’ont assailli dans ce cas.

En une matière aussi délicate que la souffrance des enfants, il ne me paraît pas légitime d’invoquer l’obéissance due. Il existe des manières de contourner les rigidités des protocoles, en attendant de pouvoir peser pour qu’ils soient modifiés, car c’est là aussi une tâche qui nous incombe à tous, nous qui travaillons sur ces fronts. C’est pourquoi je compte à mon actif professionnel l’expérience de collaborations exquises avec certains EAIA.

Mais, pour cela, une condition est indispensable : que l’exercice incontournable des fonctions de contrôle ne ternisse pas l’esprit thérapeutique. Il existe bien des manières, bien des modèles, pour rendre compatibles contrôle et thérapie, et l’un d’eux est celui que pratiquent habituellement nos EAIA, et vous aussi dans ce cas : orienter vers une thérapie familiale et conserver les fonctions de contrôle. C’est correct et raisonnable, à condition que celles-ci continuent de s’exercer depuis une optique et une sensibilité thérapeutiques. Malheureusement, vous avez exercé le contrôle depuis une optique et une sensibilité contrôlantes, en vous accrochant au pouvoir de décision de façon totalement dissociée de l’espace thérapeutique. Il se produit d’abord un réflexe sensé : nous allons orienter ce cas pour qu’il bénéficie des meilleures ressources. Mais ensuite, les tics de l’inertie institutionnelle l’emportent. Et ainsi, les choses ne fonctionnent pas. Je dis à votre décharge que c’est le plus fréquent dans l’immense majorité des orientations, de sorte qu’aucune de ces réflexions ne constitue une disqualification de votre personne. Mais le vase de ma patience a débordé et, voyez-vous, j’ai pris la décision de ne plus accepter d’orientations de la part des EAIA. Le mérite ne vous en revient que partiellement.

J’espère ne pas vous offenser par mes paroles, mais je ne puis taire mes pensées. Pas entre professionnels. J’espère aussi que vous êtes conscient du respect envers vous que suppose le fait d’avoir consacré tout un samedi après-midi à rédiger ces lignes. Et, enfin, j’espère que vous me répondrez avec l’esprit constructif avec lequel je me suis adressé à vous.

Signé

Conclusions

Jordi ne répondit jamais à la lettre, ce qui ne doit pas surprendre quand on sait comment on travaille dans ces contextes. Autrefois, seul Dieu donnait et reprenait les enfants ; aujourd’hui, les professionnels de la protection de l’enfance rivalisent avec lui. C’est une responsabilité excessive pour des personnes jeunes, à la formation souvent précaire, et obligées de suivre des directives grossières et inadéquates. Il n’est pas étonnant que, oscillant entre impuissance et omnipotence, elles se défendent du burn-out (Coletti et Linares, 1997) par une arrogance manifeste. Le cas de Sandra et de sa famille montre clairement jusqu’où peuvent aller les conséquences.

La situation s’améliora parce qu’il ne pouvait en être autrement : après tout, il n’y avait ni pathologies ni graves dysfonctionnements, hormis… la violence exercée par le père contre la mère, heureusement interrompue par la ferme décision de celle-ci. Cependant, la relation mère-fille en fut affectée. Sara loua un autre appartement, avec l’intention de resserrer la vie commune avec son nouveau compagnon, mais c’était dans une autre localité, et Sandra se plaignait de devoir à nouveau changer d’école et d’amis.

Et c’est alors que l’EAIA décida d’accorder la garde de la mineure… à son père !

Pour autant que nous le sachions, il semble que les hautes instances de la DGAIA n’acceptèrent pas d’emblée une telle absurdité et décidèrent d’accorder à Sandra le droit de décider. Mais le mal était fait, et Sandra choisit d’aller vivre avec son père. La conduite des institutions se qualifie d’elle-même, mais il vaut la peine d’y réfléchir brièvement. D’abord, l’opinion de l’enfant avait été systématiquement ignorée ; ensuite, on en fit l’arbitre absolu de la situation. Ni l’une ni l’autre ne sont des options correctes. La mineure doit toujours être écoutée, mais on ne doit pas faire peser sur elle la responsabilité de prendre des décisions qui touchent à des questions aussi sensibles que la loyauté envers ses parents. C’est une lourde hypothèque sur sa santé mentale future. D’autre part, Sandra n’a jamais caché que, si elle voulait aller avec son père, ce n’était pas parce qu’un enthousiasme soudain pour lui se serait éveillé. Elle l’avait toujours aimé, mais elle aurait mille fois préféré aller avec sa mère, n’étaient les désavantages matériels que cela comportait. Par conséquent, en légitimant institutionnellement l’option paternelle, on a validé l’instrumentalité de la convenance matérielle face aux choix émotionnels.

Et ne parlons pas de Sara, incompréhensible objet de la vindicte institutionnelle. Dès le début, on l’a poursuivie pour le « délit » de s’être laissé maltraiter, et à la fin on l’a dépouillée de la garde de sa fille pour la confier à son agresseur. C’est une femme paradoxalement forte, ou peut-être sa résilience (Cyrulnik, 2003) a-t-elle à voir avec un mouvement désespéré d’affirmation de soi dans la santé, après être parvenue à sortir des abîmes de la violence conjugale subie dans le passé. Depuis la thérapie, tout a été fait pour consolider ce mouvement, en tentant de neutraliser l’évidence de la maltraitance institutionnelle qu’elles subissent, elle et sa fille, dans le présent.

Si l’on tente de comprendre ce qui s’est passé, une autocritique s’impose de la part du thérapeute qui, bien qu’il se soit efforcé avec acharnement de soigner sa relation avec les professionnels de l’EAIA, est peut-être resté en deçà de ce qu’il fallait. Cette difficulté face à un obstacle, qui pour avoir été prévu n’en était pas moins infranchissable, confirme l’indication selon laquelle des interventions aussi complexes doivent être menées dans des contextes qui permettent une coordination réelle, au niveau organisationnel et non comme une simple déclaration d’intentions. C’est seulement ainsi que le contrôle peut être exercé avec la garantie d’être subordonné à une stratégie authentiquement thérapeutique.

À retenir

Ignorer l’enfant, puis en faire l’arbitre absolu : deux erreurs symétriques. L’enfant doit toujours être écouté, sans qu’on fasse peser sur lui des décisions qui engagent sa loyauté envers ses parents. Et le contrôle, incontournable en protection de l’enfance, ne protège que s’il est subordonné à une stratégie thérapeutique, dans une coordination réelle entre l’équipe qui décide et celle qui soigne.

Note de l’éditeur

Par cet article, nous souhaitons annoncer la venue du Dr Linares en Argentine, en qualité d’intervenant invité aux Journées du 15e anniversaire de la fondation de l’Escuela Sistémica Argentina (ESA), prestigieuse institution de formation et de soin. Ces journées accueilleront d’autres invités importants, professionnels étrangers reconnus du champ de la psychothérapie systémique, tels que le Dr Roberto Pereira, de l’Escuela Vasco Navarra, et le Dr Raúl Medina, du Mexique, entre autres. Elles se tiendront les 22, 23 et 24 septembre 2011.

Références

Bateson, G. (1972). Steps to an Ecology of Mind. Ballantine Books. Trad. esp. : Pasos para una Ecología de la Mente. Buenos Aires, Carlos Lohlé, 1976.

Colapinto, J. (1995). Dilution of family process in social services: implications for treatment of neglected families. Family Process, vol. 34, n° 1, 59-74.

Coletti, M. y Linares, J. L. (1997). La intervención sistémica en servicios sociales ante la familia multiproblemática. La experiencia de Ciutat Vella. Barcelona, Paidós.

Cyrulnik, B. (2003). Le murmure des fantômes. Paris, Odile Jacob. Trad. esp. : El murmullo de los fantasmas. Barcelona, Gedisa, 2003.

Foucault, M. (1972). Histoire de la folie à l’âge classique. Paris, Gallimard. Trad. esp. : Historia de la locura en la época clásica. México, Fondo de Cultura Económica, 1976.

Kempe, C. H., Silverman, F. N., Steele, B. F., Droegemueller, W. y Silver, H. K. (1962). The Battered Child Syndrome. Journal of the American Medical Association, n° 181, 341-347.

Linares, J. L. (2002). Del abuso y otros desmanes. El maltrato familiar, entre la terapia y el control. Barcelona, Paidós.

Linares, J. L. (2006). Las formas del abuso. La violencia física y psíquica en la familia y fuera de ella. Barcelona, Paidós.

Cet article est la traduction française de « ¿Protección o maltrato institucional? Una encrucijada en las políticas de atención al menor », publié par Red Sistémica (première parution : Red Sistémica). Traduit et republié avec l’accord de la revue.

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Comment citer cet article

Linares, J. L. (2023). Protection ou maltraitance institutionnelle ? Un carrefour dans les politiques de protection de l’enfance (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/protection-ou-maltraitance-institutionnelle-un-carrefour-dans-les-politiques-de-protection-de-l-enfance (Œuvre originale publiée en 2011 dans Red Sistémica ; republiée en 2023 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2023/02/08/proteccion-o-maltrato-institucional-una-encrucijada-en-las-politicas-de-atencion-al-menor/)

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