Attachment & Human Development · Protection de l’enfance
Que peut dire la théorie de l’attachement à la justice quand elle doit décider d’un placement ou d’une garde ? Soixante-dix spécialistes de l’attachement, venus d’une vingtaine de pays, répondent par une déclaration de consensus. Elle démonte les malentendus qui circulent dans les tribunaux, pose trois principes simples et met en garde contre l’usage des classifications de l’attachement pour trancher le sort d’un enfant donné.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’attachement au tribunal : protection de l’enfance et questions de garde, par Tommie Forslund, Pehr Granqvist, Marinus H. van IJzendoorn, Avi Sagi-Schwartz, Danya Glaser, Miriam Steele, Mårten Hammarlund, Carlo Schuengel, Marian J. Bakermans-Kranenburg, Howard Steele, Phillip R. Shaver, Ulrike Lux, John Simmonds, Deborah Jacobvitz, Ashley M. Groh, Kristin Bernard, Chantal Cyr, Nancy L. Hazen, Sarah Foster, Elia Psouni, Philip A. Cowan, Carolyn Pape Cowan, Anne Rifkin-Graboi, David Wilkins, Blaise Pierrehumbert, George M. Tarabulsy, Rodrigo A. Carcamo, Zhengyan Wang, Xi Liang, Maria Kázmierczak, Paulina Pawlicka, Lilian Ayiro, Tamara Chansa, Francis Sichimba, Haatembo Mooya, Loyola McLean, Manuela Verissimo, Sonia Gojman-de-Millán, Marlene M. Moretti, Fabien Bacro, Mikko J. Peltola, Megan Galbally, Kiyomi Kondo-Ikemura, Kazuko Y. Behrens, Stephen Scott, Andrés Fresno Rodriguez, Rosario Spencer, Germán Posada, Rosalinda Cassibba, Neus Barrantes-Vidal, Jesus Palacios, Lavinia Barone, Sheri Madigan, Karen Mason-Jones, Sophie Reijman, Femmie Juffer, R. Pasco Fearon, Annie Bernier, Dante Cicchetti, Glenn I. Roisman, Jude Cassidy, Heinz Kindler, Peter Zimmerman, Ruth Feldman, Gottfried Spangler, Charles H. Zeanah, Mary Dozier, Jay Belsky, Michael E. Lamb et Robbie Duschinsky, publié dans Attachment & Human Development (Taylor & Francis) (2022), doi : 10.1080/14616734.2020.1840762, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux notes de bas de page, la déclaration de liens d’intérêts, les remerciements et le financement sont regroupés dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Du point de vue de l’attachement, c’est une erreur de rompre des liens affectifs par crainte d’un « attachement insécure ».
Tommie Forslund, Pehr Granqvist, Marinus H. van IJzendoorn et al.
Résumé
La théorie et la recherche sur l’attachement sont mobilisées dans de nombreux contextes appliqués, dont les tribunaux des affaires familiales, mais les malentendus sont répandus et conduisent parfois à des applications erronées. Cette déclaration de consensus vise donc à améliorer la compréhension, à contrer la désinformation et à orienter l’usage que les tribunaux des affaires familiales font de la théorie de l’attachement dans une direction soutenante et fondée sur les données probantes, en particulier pour les décisions de protection de l’enfance et de garde. L’article comporte deux parties. Dans la première, nous examinons les problèmes liés à l’usage de la théorie et de la recherche sur l’attachement par ces tribunaux, et nous en discutons les raisons. Pour cela, nous examinons les applications judiciaires de la théorie de l’attachement dans le contexte actuel du critère de l’intérêt supérieur de l’enfant, nous discutons les malentendus relatifs à la théorie de l’attachement et nous repérons les facteurs qui ont entravé une mise en œuvre exacte. Dans la seconde partie, nous formulons des recommandations pour l’application de la théorie et de la recherche sur l’attachement. Nous posons à cette fin trois principes d’attachement : le besoin qu’a l’enfant de figures de soin familières et non maltraitantes ; la valeur de la continuité de soins suffisamment bons ; et les bénéfices des réseaux de relations d’attachement. Nous discutons aussi la pertinence des évaluations de la qualité de l’attachement et des comportements de soin pour éclairer les décisions des tribunaux des affaires familiales. Nous concluons que les évaluations du comportement des figures de soin doivent occuper la place centrale. Bien que nous ne soyons pas unanimes sur l’usage des évaluations de la qualité de l’attachement pour éclairer les décisions de garde et de protection de l’enfance, ces évaluations conviennent aujourd’hui surtout pour cibler et orienter des interventions de soutien. Enfin, nous proposons des pistes pour guider de futures collaborations de recherche interdisciplinaires.
Mots-clés : théorie de l’attachement ; intérêt supérieur de l’enfant ; garde de l’enfant ; protection de l’enfance ; tribunal des affaires familiales ; déclaration de consensus
La théorie et la recherche sur l’attachement ont une très grande utilité pratique pour quiconque se soucie du bien-être des enfants, des soins qui leur sont prodigués et du fonctionnement familial. Cela est manifeste depuis les premiers travaux de Bowlby sur les effets néfastes des séparations importantes entre l’enfant et les personnes qui en prennent soin, travaux qui ont contribué à faire évoluer les pratiques hospitalières et ont permis aux enfants d’accéder davantage à leurs parents au moment où ils en avaient le plus besoin (Bowlby et al., 1952). Par ailleurs, la sensibilité de la figure de soin est établie depuis longtemps comme un prédicteur important de la qualité de l’attachement de l’enfant (Ainsworth et al., 1978 ; De Wolff et van IJzendoorn, 1997), et ce dans de nombreuses cultures (Posada et al., 2016). La qualité de l’attachement de l’enfant a, à son tour, été reliée à maintes reprises à son développement (Groh et al., 2017a ; Vaughn et al., 2019). Enfin, la théorie et la recherche sur l’attachement ont donné naissance à plusieurs interventions sur les pratiques de soin, fondées sur les données probantes, dont les effets sont bénéfiques pour les enfants et pour les personnes qui s’en occupent (Steele et Steele, 2017). La théorie et la recherche sur l’attachement sont donc devenues très influentes et sont aujourd’hui mises en pratique dans de nombreux contextes appliqués, notamment dans l’évaluation et la prise de décision des tribunaux des affaires familiales1 (Alexius et Hollander, 2014 ; Crittenden et Baim, 2017). Pourtant, la désinformation sur la théorie et la recherche sur l’attachement est répandue et conduit parfois à des applications erronées, aux conséquences négatives potentiellement graves (pour des discussions, voir Granqvist et al., 2017 ; Kelly et Lamb, 2000 ; Nielsen, 2014).
Avec cette déclaration de consensus, notre objectif est donc de contrer la désinformation et d’aider à orienter les applications judiciaires de la théorie de l’attachement dans une direction soutenante et fondée sur les données probantes, pour les questions relatives à la protection de l’enfance et aux décisions de garde. Il existe déjà divers articles qui proposent des repères pour la pratique judiciaire à partir de la théorie et de la recherche sur l’attachement (par exemple Byrne et al., 2005 ; Smith et al., 2012a), mais des opinions marginales ont parfois été présentées comme l’expression d’une position consensuelle (par exemple Hacker et Halperin Kaddari, 2013 ; Schore et McIntosh, 2011). En tant que spécialistes universitaires et cliniques qui étudient et utilisent de longue date la théorie de l’attachement, nous voulons proposer une position consensuelle mesurée, fondée sur l’ensemble concordant de la recherche sur l’attachement. Nous traitons à la fois de la protection de l’enfance et de la garde parce que, malgré des différences importantes, les principes fondamentaux en jeu du point de vue de l’attachement se ressemblent assez pour permettre de les examiner ensemble. L’article comporte deux parties.
La partie I, en trois grandes sections, traite des problèmes liés à l’usage de la théorie et de la recherche sur l’attachement par les tribunaux des affaires familiales.
La partie II, elle aussi en trois grandes sections, formule des recommandations pour l’application de la théorie et de la recherche sur l’attachement dans les tribunaux des affaires familiales.
Si nous sommes d’accord sur la plupart de ces sujets, nos avis divergent sur certains points. De telles divergences peuvent être un atout pour la science et ses applications : la diversité des perspectives peut stimuler le développement de théories, de recherches et d’applications de plus en plus valides. Nous prenons soin de signaler les points sur lesquels nos opinions diffèrent, et où des recherches supplémentaires peuvent donc être particulièrement importantes. Tout au long du texte, nous livrons nos réflexions dans un esprit de reconnaissance envers le travail exigeant de la pratique judiciaire familiale, et dans l’espoir de contribuer à poursuivre le dialogue et l’apprentissage mutuel.
Avant de proposer sa théorie fondatrice de l’attachement, John Bowlby ouvrait sa trilogie classique (1969/1982, 1973, 1980) par une section intitulée « observations à expliquer » (p. 24). Dans le même esprit, la partie I de cette déclaration de consensus est consacrée à nos observations des problèmes que pose l’application de la théorie et de la recherche sur l’attachement dans le contexte des tribunaux des affaires familiales. Pour aider à expliquer ces observations, nous montrons comment le critère de « l’intérêt supérieur de l’enfant » a enrôlé la théorie de l’attachement. Nous soulignons les malentendus courants qui en ont découlé et discutons des facteurs plus précis qui ont pu contribuer à ces malentendus.
Le critère de « l’intérêt supérieur de l’enfant » est devenu omniprésent dans les décisions des tribunaux des affaires familiales en matière de protection de l’enfance et de garde. Sa formulation large a cependant créé le besoin d’un sens plus précis pour guider la pratique judiciaire. Nous montrons comment la dépendance de ce critère à l’égard de la théorie et de la recherche psychologiques a contribué à faire entrer la théorie et la recherche sur l’attachement dans le contexte judiciaire.
Le XXe siècle a vu se développer une approche de l’éducation et de la parentalité centrée sur l’enfant. Depuis, l’enfance est largement considérée comme ayant une valeur en soi : on estime que les enfants ont besoin de soins affectueux pour se développer favorablement, et l’accent est mis sur la responsabilité parentale de répondre à leurs besoins (Kohm, 2007). Le dernier siècle et demi a aussi vu émerger progressivement le critère de « l’intérêt supérieur de l’enfant », d’abord élaboré aux États-Unis mais aujourd’hui généralement associé à l’article 3 de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CIDE ; Assemblée générale des Nations unies, 1989). La CIDE stipule que « dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale » (article 3, paragraphe 1). Ce critère est souvent invoqué dans les décisions de protection de l’enfance et de garde. Le principe a joué un rôle important pour contrer la négligence des droits et des points de vue des enfants ; en soi, il ne favorise aucun des parents en fonction du genre, et il s’inscrit dans un mouvement vers le pouvoir d’appréciation judiciaire, qui laisse aux tribunaux la liberté de peser ce qui peut être dans l’intérêt supérieur de chaque enfant (Schneider, 1991).
La formulation large du principe entraîne pourtant le besoin d’un sens plus précis dans la pratique judiciaire. Plus précisément, le principe semble exiger des descriptions des pratiques éducatives optimales et adéquates et du développement de l’enfant, en général comme dans les situations particulières. Il a donc contribué à créer un besoin d’expertise, d’évaluation et de témoignage par des spécialistes qui connaissent les soins et le développement de l’enfant (Mnookin, 1975), et une exigence que les décisions reposent sur des théories du développement jouissant d’un statut scientifique élevé.
Réunir et interpréter les preuves scientifiques s’est pourtant révélé difficile dans ce contexte. Si les recommandations de bonnes pratiques préconisent des méthodes et des procédures fondées sur l’empirie, beaucoup d’instruments manquent d’une validité suffisante (Emery et al., 2005). L’interprétation des preuves est elle aussi intrinsèquement compliquée. Il arrive que des spécialistes de la santé mentale formulent des affirmations prédictives que la recherche en sciences sociales ne permet pas de justifier, et que les juges accordent à ces affirmations une confiance mal placée (Scott et Emery, 2014). De fait, les juges peuvent avoir du mal à évaluer la valeur scientifique des méthodes psychologiques, et les tribunaux peuvent admettre des preuves de valeur scientifique faible ou inconnue (Neal et al., 2019). Une difficulté majeure liée aux données scientifiques tient aussi aux aspirations opposées de la science et des tribunaux : alors que la science généralise (habituellement des cas individuels vers des principes généraux), le tribunal particularise (parfois des principes généraux vers des cas individuels). Ainsi, un problème courant de la pratique judiciaire est le risque d’inférences invalides sur des cas individuels, tirées de tendances et de moyennes issues de recherches menées à l’échelle de groupes (Faigman et al., 2016).
Déterminer l’intérêt supérieur de l’enfant est aussi très difficile en pratique, car il faut peser les nombreux facteurs susceptibles d’influencer le développement de l’enfant tout en gardant un œil sur son développement futur probable (Salter, 2012). Les évaluations devraient par exemple inclure les facteurs qui influencent le développement physique, cognitif et socio-émotionnel de l’enfant, le risque de préjudice l’emportant sur les autres facteurs. La capacité des figures de soin à protéger leur enfant et à en prendre soin est évidemment importante pour un développement sain. Mais les soins recouvrent des domaines variés, et ces domaines peuvent avoir une importance différente selon les aspects du développement de l’enfant. En outre, les facteurs liés aux soins peuvent être difficiles à évaluer objectivement et varier dans le temps (par exemple sous l’effet temporaire de problèmes de santé mentale, d’abus de drogues et d’alcool ou de facteurs de stress environnementaux), et leurs implications à long terme pour le développement futur de l’enfant sont souvent incertaines. On a ainsi soutenu que l’intérêt supérieur de l’enfant peut être indéterminable (Mnookin, 2014) et que le principe est appliqué de manière incohérente (Emery et al., 2005 ; Font et Gershoff, 2020). De plus, le personnel des tribunaux des affaires familiales ne peut pas forcément suivre l’évolution de la théorie et de la recherche sur le développement de l’enfant, si bien que les décisions censées promouvoir l’intérêt supérieur de l’enfant peuvent être davantage influencées par l’opinion personnelle et par des forces historiques et culturelles que par une compréhension actualisée des données scientifiques (Kelly et Lamb, 2000).
Le critère de « l’intérêt supérieur de l’enfant » a entraîné de fréquentes références à la théorie et à la recherche sur l’attachement, ainsi que des tentatives d’évaluer la qualité de l’attachement pour éclairer les décisions de protection de l’enfance et de garde (Aitani, 2015 ; Crittenden et Baim, 2017 ; Gauthier et al., 2004). L’intérêt pour la théorie et la recherche sur l’attachement tient peut-être en partie à l’accent que met la CIDE sur le droit de l’enfant à une famille et sur l’importance de la famille, qui désignent les relations enfant-parent comme centrales. L’intérêt pour l’attachement découle peut-être aussi en partie des tentatives d’opérationnaliser le critère de l’intérêt supérieur, qui ont mis en avant, dans de nombreux pays, l’importance des interactions et des relations entre l’enfant et les figures de soin (pour une vue d’ensemble, voir Skivenes et Sørsdal, 2018). Ainsi, le Marriage and Divorce Act des États-Unis fait de la relation de l’enfant avec ses parents l’un des cinq facteurs sur lesquels repose l’appréciation de l’intérêt supérieur d’un enfant (Raub et al., 2013). Il n’est cependant généralement pas précisé quels aspects des interactions et des relations entre l’enfant et les figures de soin sont les plus importants, ni comment les évaluer (Harmer et Goodman-Delhauntry, 2014). L’attachement peut donc sembler particulièrement pertinent dans ce contexte, comme s’il reflétait l’ensemble de la relation entre l’enfant et la figure de soin, ou ses aspects socio-émotionnels les plus importants.
L’accent mis sur les relations entre l’enfant et les figures de soin en général, et sur la théorie de l’attachement en particulier, découle peut-être de l’importance présumée d’un « parent psychologique » (par exemple la personne qui assure principalement la sécurité de l’enfant) et de la relation entre l’enfant et cette figure de soin, idée apparue en même temps que le discours sur l’intérêt supérieur (pour une discussion ancienne, voir Goldstein et al., 1973). On en a extrapolé que la figure de soin principale devait primer sur les autres relations, et certains États américains ont même imposé que le parent psychologique soit reconnu dans les décisions fondées sur l’intérêt supérieur (Jacobs, 1997)2. Les premières recherches sur l’attachement n’examinaient généralement l’attachement qu’envers le parent qui restait au foyer, le plus souvent la mère, ce qui a probablement fait paraître la théorie de l’attachement conforme à l’idée d’un parent psychologique unique. Le champ couvert par les recherches ultérieures a pu renforcer cette impression : la grande majorité des études ont porté sur les mères, et les pères n’y ont toujours pas été suffisamment inclus (Cowan et Cowan, 2019 ; Lux et Walper, 2019).
Une autre raison probable de l’essor de la théorie de l’attachement dans les tribunaux des affaires familiales est que cette théorie, qui relie la sensibilité de la figure de soin à la qualité de l’attachement de l’enfant (Fearon et Belsky, 2016 ; Lucassen et al., 2011) et la qualité de l’attachement de l’enfant à son développement ultérieur (Groh et al., 2017a), a semblé offrir un terrain empirique solide pour ancrer les considérations relatives à l’intérêt supérieur. En somme, la théorie de l’attachement a clairement produit des recherches qui peuvent être très pertinentes pour soutenir les enfants et les personnes qui en prennent soin (Steele et Steele, 2017). Puisque l’intérêt supérieur de l’enfant est le critère des décisions de protection de l’enfance et de garde (Raub et al., 2013), que les décisions doivent être fondées sur l’empirie et que les relations entre l’enfant et les figures de soin doivent être prises en compte, la théorie et la recherche sur l’attachement ont paru, on le comprend, pertinentes pour répondre à l’exigence de l’intérêt supérieur.
Une mise en œuvre exacte de la théorie de l’attachement et des évaluations de l’attachement dans ce contexte a cependant été entravée par divers facteurs. D’abord, beaucoup de désinformation sur l’attachement circule dans divers contextes, dont les tribunaux des affaires familiales. Elle porte notamment sur des questions fondamentales comme ce qu’est l’attachement, la nature des multiples relations d’attachement de l’enfant et ce que l’on peut inférer, à l’échelle d’un enfant donné, des évaluations de la qualité de l’attachement (Granqvist et al., 2017). Il en est parfois résulté un rejet mal informé de la pertinence de l’attachement par le monde judiciaire. Ainsi, la High Court d’Angleterre et du pays de Galles a récemment affirmé que l’attachement n’est qu’un énoncé de l’évidence fondé sur une prémisse centrale intenable, et a jugé irrecevable comme preuve d’expertise un rapport d’évaluation qui invoquait des concepts de l’attachement (GM v. Carmarthenshire County Council, 2018). Dans d’autres cas, on a observé un usage excessif des idées et des mesures de l’attachement, avec une pratique détachée des données probantes (pour une discussion, voir White et al., 2019).
Traduire la recherche en pratique suppose une compréhension exacte des concepts et des résultats de recherche. Or, pour la recherche sur l’attachement, plusieurs malentendus courants ont entravé une traduction exacte dans la pratique des tribunaux des affaires familiales. À nos yeux, les plus importants concernent : 1) la nature de l’attachement, 2) l’interaction entre plusieurs relations d’attachement et 3) les implications pratiques des classifications de la qualité de l’attachement.
Les malentendus sur la nature de l’attachement sont très répandus, notamment l’idée que les enfants naissent attachés, que l’attachement équivaut à la qualité de l’attachement, que des comportements isolés révèlent la qualité de l’attachement et que la qualité de l’attachement équivaut à la qualité de la relation, à la sensibilité de la figure de soin ou à la « force » de l’attachement.
L’attachement n’est pas la même chose que la qualité de l’attachement, mais les deux concepts sont souvent confondus. L’attachement désigne un lien affectif dans lequel une personne est motivée à rechercher et à maintenir la proximité de certaines personnes familières, et le réconfort qu’elles apportent (Bowlby, 1969/1982). Les enfants naissent avec une prédisposition à développer cette motivation envers des personnes significatives (des « figures d’attachement ») qui ont été suffisamment présentes et réceptives. Pour les enfants, ces personnes sont habituellement celles qui prennent soin d’eux. On considère que cette motivation est régie par un système comportemental d’attachement. Ce système cherche à maintenir un certain degré de proximité entre l’enfant et les figures d’attachement, le niveau souhaitable se réglant de façon dynamique en réponse à des signaux internes et externes. La motivation à accroître la proximité s’active lorsqu’une personne est alarmée par des signaux internes (par exemple la douleur, la maladie) ou externes (par exemple des stimuli qui suscitent la peur, une séparation), et se manifeste par une tendance à rechercher la disponibilité d’une figure d’attachement. Lorsque le système d’attachement est fortement activé, une forme de contact physique avec une figure d’attachement est généralement recherchée, surtout par les nourrissons, même si ce contact peut aussi, plus tard dans le développement, s’obtenir par des moyens non physiques. Parmi les conditions les plus importantes de la désactivation du système d’attachement figure la perception qu’une figure d’attachement est accessible et réceptive, capable d’offrir un havre de sécurité quand le nourrisson est alarmé. Les figures de soin qui ont régulièrement interagi avec le nourrisson et l’ont protégé lorsqu’il était alarmé en viennent habituellement à être représentées par lui comme quelqu’un vers qui il ou elle peut se tourner en cas de besoin (c’est-à-dire comme un havre de sécurité). Point important, même les figures de soin les plus sensibles et les plus réceptives « décrochent » nécessairement de temps à autre : pour aller aux toilettes, préparer un thé, ou même confier temporairement les soins à une autre personne de confiance, familière du nourrisson, le temps de s’occuper d’autre chose. Ainsi, qu’une figure de soin offre un havre de sécurité n’implique pas que cette personne soit constamment accessible pour le nourrisson, physiquement ou même psychologiquement, ni que l’enfant ait un attachement sécure envers elle. À l’inverse, être physiquement présent ne signifie pas nécessairement qu’une figure de soin est émotionnellement disponible.
Dans la recherche sur l’attachement des jeunes enfants, on mesure habituellement si une relation d’attachement s’est développée en observant si l’enfant fait preuve de sélectivité en adressant ses signaux spécifiquement aux personnes qui prennent soin de lui, en particulier lorsqu’il est alarmé.
D’autres indices qu’une relation d’attachement s’est établie sont les protestations de l’enfant contre les séparations involontaires d’avec la figure de soin, souvent associées à l’apparition de la méfiance envers les inconnus (Bowlby, 1969/1982).
La qualité de l’attachement, en revanche, désigne les variations des attentes de l’enfant quant à la disponibilité (accessibilité et réceptivité) de sa figure d’attachement en cas de besoin (Ainsworth et al., 1978). La qualité de l’attachement suppose que l’enfant ait d’abord développé une relation d’attachement, et elle se lit dans la manière dont la motivation de l’enfant à rechercher et à maintenir la disponibilité de sa figure de soin s’exprime dans la relation. Presque tous les enfants forment au moins une relation d’attachement, et la plupart en forment plusieurs (Posada et al., 2013) ; ce qui varie, c’est la qualité de ces relations d’attachement. Dans la recherche sur l’attachement, des personnes formées et certifiées au codage saisissent la qualité de l’attachement par des observations standardisées de la capacité relative de l’enfant à utiliser sa figure de soin comme havre de sécurité vers lequel se tourner pour être protégé, et comme base de sécurité à partir de laquelle explorer l’environnement. Les relations d’attachement sécures se signalent par des comportements qui laissent penser que l’enfant s’attend à ce que la figure d’attachement soit disponible en cas de besoin, et l’attachement insécure par des comportements qui laissent penser qu’il s’attend à une relative indisponibilité.
On pense souvent que la qualité de l’attachement de l’enfant est le reflet fidèle de la « sensibilité » de sa figure de soin, c’est-à-dire de sa capacité à remarquer les signaux de l’enfant, à les interpréter correctement et à y répondre rapidement et de façon appropriée (Ainsworth et al., 1974). Cette perception a sans doute été renforcée par la théorie et la recherche qui soulignent l’association entre la sensibilité de la figure de soin et la qualité de l’attachement de l’enfant (Ainsworth et al., 1978). De fait, cette association a été répliquée dans de nombreuses études menées dans de nombreux pays et cultures, et la recherche méta-analytique a montré que l’attachement sécure de l’enfant est associé à des comportements de soin plus sensibles, chez les mères (r = 0,24 [d = 0,49] ; De Wolff et van IJzendoorn, 1997) comme chez les pères (r = 0,12 ; Lucassen et al., 2011). En outre, l’attachement de l’enfant s’est révélé modifiable, de l’insécurité vers la sécurité, dans des interventions qui améliorent la sensibilité de la figure de soin (Bakermans-Kranenburg et al., 2003). Toutefois, si l’association entre la sensibilité de la figure de soin et l’attachement de l’enfant est significative et notable, son ampleur est faible à modérée, et il faut se garder d’inférer la sensibilité de la figure de soin à partir de la qualité de l’attachement de l’enfant. Certes, divers facteurs peuvent accroître l’erreur de mesure dans la recherche et ainsi atténuer les associations (par exemple des observations très brèves de la sensibilité). Il n’en reste pas moins que d’autres comportements de soin que la sensibilité peuvent aussi compter pour la qualité de l’attachement de l’enfant. Des facteurs contextuels plus larges et des dispositions biologiques de l’enfant peuvent par exemple jouer un rôle dans sa réceptivité aux soins (Belsky et al., 2007). L’association plus faible chez les pères reflète probablement en partie le temps moindre qu’ils passent en moyenne avec les nourrissons dans les échantillons étudiés jusqu’ici. De plus, si les enfants peuvent développer des relations d’attachement sécures avec leurs pères comme avec leurs mères, l’hypothèse a été faite que d’autres facteurs favorisent le développement de la sécurité de l’attachement envers les pères (Grossmann et al., 2008 ; Zimmerman, 2017). Probablement en raison de normes de genre différentes, les mesures de la sensibilité et de la fonction de havre de sécurité pourraient, en moyenne, être moins fines pour les pères que pour les mères, tandis que les mesures de la fonction de base de sécurité pourraient compter comparativement davantage pour la sécurité de l’attachement envers les pères.
D’aucuns ont soutenu (par exemple Shemmings, 2018) que le terme « attachement » peut être déroutant et que le personnel judiciaire devrait lui substituer le mot « relation » dans leurs dossiers et leurs rapports. Le terme de relation est utile en soi, parce que les relations englobent de multiples domaines d’interaction et de qualités, et les tribunaux des affaires familiales devraient chercher à avoir une vue large de la qualité des soins. Utiliser « relation » à la place d’« attachement » comporte cependant de sérieux risques. Surtout, cela risque d’alimenter l’idée erronée que la qualité de la relation et la qualité de l’attachement sont des concepts équivalents. La qualité de l’attachement constitue un aspect important des relations pour les enfants, mais nous insistons pour que soient reconnus beaucoup d’autres aspects importants des relations, comme les soins physiques de base, le jeu, la surveillance, l’enseignement et l’apprentissage, la fixation de règles de conduite, la discipline et le soutien matériel (Zeanah et al., 2000). La qualité de l’attachement ne devrait donc pas être assimilée à la qualité globale de la relation.
On a parfois conclu hâtivement qu’un enfant avait un attachement insécure s’il pleurait, ou s’il ne pleurait pas, en présence de sa figure de soin (Bullens, 2003). La qualité de l’attachement ne peut pourtant pas se déduire de comportements isolés comme les pleurs. D’abord, les manifestations de comportements d’attachement comme les pleurs dépendent de ce que l’enfant a été alarmé ou non. Ensuite, l’enfant peut recourir à différents comportements selon les situations pour rechercher la disponibilité de la figure de soin, en fonction des contraintes de la situation. Ainsi, un enfant à l’attachement sécure exposé à un bruit menaçant peut pleurer pour accroître la proximité avec sa figure de soin s’il est assis dans une chaise haute, mais s’approcher d’elle pour recevoir du réconfort (en pleurant ou non) s’il peut se déplacer librement. En outre, un comportement isolé comme les pleurs peut dépendre d’autres facteurs que l’attachement. Par exemple, la détresse plus ou moins grande de l’enfant est liée à des différences individuelles de tempérament (c’est-à-dire des différences individuelles de réactivité et de régulation, d’origine biologique ; Belsky et Rovine, 1987 ; Groh et al., 2017b). Dans les évaluations de la qualité de l’attachement, on examine donc avec soin comment les différents comportements s’articulent entre eux pour utiliser la figure de soin comme havre de sécurité et base de sécurité, en tenant dûment compte du contexte de ces comportements (Ainsworth et al., 1978).
Les enfants naissent avec la capacité de rechercher des soins et une prédisposition à former des relations d’attachement. Mais les relations d’attachement se construisent dans le temps, par des interactions répétées avec les figures de soin, et dépendent de la possibilité de développer des attentes quant à l’accessibilité et à la réceptivité de la figure d’attachement. De fait, on n’observe généralement les relations d’attachement qu’à partir du dernier trimestre de la première année de vie. Avant cela, il est sans conteste possible d’évaluer certains aspects des soins, par exemple la sensibilité (Pederson et Moran, 1995). En revanche, il n’est actuellement pas conseillé d’évaluer la qualité de l’attachement de l’enfant avant l’âge d’un an environ.
L’attachement insécure est parfois qualifié à tort d’attachement « faible » (pour une discussion, voir Schofield et Walsh, 2010). Le petit d’humain est très vulnérable et dépend longtemps du soutien de ses figures de soin, et la capacité à développer des relations d’attachement semble universelle chez l’être humain (Bowlby, 1969/1982 ; Mesman et al., 2016). De fait, les enfants développent des relations d’attachement même lorsque leurs figures de soin sont rejetantes, d’une sensibilité inconstante ou maltraitantes (Simpson et Belsky, 2016). De plus, bien que certains types de relations d’attachement soient dits « insécures », on les considère néanmoins comme des stratégies adaptatives pour l’enfant, susceptibles de maximiser la disponibilité potentielle d’une figure de soin (Main, 1990). Et une relation d’attachement insécure ne signifie pas que la figure de soin n’est jamais un havre de sécurité pour l’enfant.
Pour ces raisons, parler d’attachement fort ou faible comme d’un équivalent de l’attachement sécure et insécure est une erreur. De fait, certains enfants pris dans des relations d’attachement insécures font de vigoureux efforts pour rechercher une figure de soin familière, mêlés de colère envers elle. À l’inverse, certains enfants pris dans des relations d’attachement sécures font peu d’efforts pour rechercher leur figure de soin, même lorsqu’ils sont modérément alarmés, parce qu’ils ont confiance en sa disponibilité. La recherche sur l’attachement n’emploie donc généralement pas les termes « fort » et « faible », et jamais à propos d’enfants qui ont eu assez de temps et d’interactions avec une figure de soin pour développer un attachement. L’absence d’attachement envers les figures de soin est extrêmement rare et ne s’observe généralement que chez des enfants qui n’ont pas eu assez de temps pour développer des relations d’attachement (par exemple après un placement récent dans un nouveau cadre de soins, comme une famille d’accueil) ou chez les très rares enfants qui n’ont pas eu suffisamment d’occasions de reconnaître une figure de soin comme familière (par exemple en raison d’un élevage en institution ; Zeanah et al., 2005).
Dans cette section, nous discutons des malentendus sur l’importance de développer un attachement envers une figure de soin particulière (« le parent psychologique ») plutôt qu’envers plusieurs. Nous montrons comment ces malentendus se sont exprimés après le divorce des parents, avec une influence possible sur 1) les décisions de garde et 2) l’organisation des nuitées. Nous soutenons que, pour prendre des décisions légitimes sur ces questions, les tribunaux doivent être attentifs au contexte développemental de l’enfant concerné.
On suppose souvent qu’une relation d’attachement avec une personne se fait au détriment des autres relations d’attachement, et que les décisions fondées sur l’intérêt supérieur devraient maximiser la probabilité d’un attachement sécure envers une seule « figure de soin principale ». Les décisions de garde ont par exemple été décrites comme consistant à « mettre en balance le bénéfice d’un attachement sécure envers un parent et le bénéfice de former des attachements envers les deux parents » (Tornello et al., 2013, p. 871). Or les enfants peuvent développer et maintenir simultanément des relations d’attachement sécures avec plusieurs figures de soin, s’ils passent assez de temps ensemble et si ces figures de soin répondent de manière à offrir à l’enfant un havre de sécurité en cas de besoin (Kelly et Lamb, 2000). Si l’on ne sait pas encore combien de temps est nécessaire au développement et au maintien des relations d’attachement, les décisions qui donnent systématiquement la priorité à un parent peuvent compromettre les possibilités pour l’enfant de former et de conserver des attachements envers d’autres figures de soin.
Fait notable, alors que des contacts peu fréquents entre de jeunes enfants et le parent qui n’en a pas la garde (le plus souvent le père) prédisent des contacts faibles ou nuls également à l’avenir (Cheadle et al., 2010), la résidence alternée est associée à des relations plus durables avec le parent non résident (Steinbach, 2019). Toutefois, comme le note Steinbach (2019), la plupart des recherches qui ont trouvé des effets positifs de la résidence alternée ont été menées dans des contextes de faible conflit entre les parents et auprès d’enfants plus âgés issus de familles de statut socio-économique élevé. Des recherches dans d’autres contextes sont donc nécessaires. Cependant, avec l’augmentation, dans le monde entier, du temps et de l’étendue de l’implication des pères dans l’éducation des enfants, des études ont mis en évidence les effets bénéfiques et spécifiques du père sur la maturation neurobiologique de l’enfant (Feldman et al., 2019) et sur le développement de ses compétences sociales, en particulier sa capacité à gérer l’agressivité (Bacro et Macario de Medeiros, 2020 ; Feldman et al., 2013). Priver les enfants de la possibilité d’une relation avec leur père n’est donc généralement pas dans leur intérêt supérieur. De fait, même dans les familles traditionnelles où l’implication du père est faible à modérée, des études au long cours ont montré des effets positifs de la sensibilité paternelle sur le développement de l’enfant (Grossmann et al., 2008).
Les premières affirmations de Bowlby indiquaient qu’une relation principale revêt une importance particulière. Bowlby a cependant changé d’avis par la suite sur ce point (Bowlby, 1984), et ce n’est d’ailleurs plus depuis des décennies la position de la grande majorité de la recherche sur l’attachement (Duschinsky, 2020). En fait, la recherche sur l’attachement considère généralement que l’être humain a évolué en s’attendant à un réseau limité de relations d’attachement avec des personnes précises et familières vers qui se tourner en cas de besoin (Abraham et Feldman, 2018 ; van IJzendoorn, 2005). Cette pluralité de figures de soin est d’ailleurs la norme dans de nombreux contextes culturels (Hrdy, 2011). La pluralité des figures de soin et un réseau de relations d’attachement se sont aussi révélés constituer un facteur de protection pour le développement de l’enfant, un attachement sécure envers une personne atténuant les effets de l’insécurité dans d’autres relations (Bacro et al., 2020 ; Boldt et al., 2014 ; Egeland et al., 1988 ; Saunders et al., 2011 ; van IJzendoorn et al., 1992). Dans le même ordre d’idées, dans les cultures où la cohabitation de la famille élargie est la norme, non seulement les enfants bénéficient de multiples attachements extraparentaux au sein de la parenté, mais ces attachements peuvent atténuer certaines difficultés observées dans la relation mère-enfant, par exemple lorsque la mère est déprimée (Feldman et Masalha, 2007). Des données convergentes laissent donc penser que chaque relation d’attachement compte, et que les enfants tirent profit d’avoir plus d’un havre de sécurité (Dagan et Sagi-Schwartz, 2018).
Ce serait une erreur de déduire de cette discussion qu’un enfant peut former d’innombrables attachements d’importance équivalente ; il existe assurément des limites, même si elles sont mal précisées (van IJzendoorn et al., 2020). En outre, l’enfant (surtout le jeune enfant) peut tout de même préférer une ou plusieurs figures de soin à d’autres pour répondre à ses besoins d’attachement (Bacro et al., 2020). La signification psychologique et développementale d’une telle préférence ne va cependant pas de soi. Par exemple, cette préférence ne s’observe généralement que lorsque plus d’une figure de soin est accessible au même moment, et elle ne semble pas dépendre de la qualité de l’attachement envers chacun des parents (Umemura et al., 2013 ; Zimmerman, 2017). Par ailleurs, les préférences de l’enfant sur le moment peuvent dépendre de facteurs contextuels (Lamb, 2018). Il faut toutefois noter que les connaissances scientifiques sur les préférences des enfants dans des contextes de conflit parental et de litiges de garde sont aujourd’hui insuffisantes.
Sur la base de l’ensemble concordant des recherches, la plupart des spécialistes de l’attachement s’accordent à dire que les relations d’attachement de l’enfant avec toutes les personnes qui prennent régulièrement soin de lui sont importantes et doivent être soutenues. Ce qui divise les spécialistes de l’attachement, y compris les signataires du présent article, c’est la question de savoir si la relation avec la figure de soin « la plus familière » peut avoir une importance particulière comme havre de sécurité dans les toutes premières années de la vie de l’enfant, et si cette figure de soin devrait par conséquent, dans le cadre des décisions de garde, disposer de plus de temps avec l’enfant jusqu’à ce que son développement cognitif rende les séparations d’avec elle plus supportables (par exemple Main et al., 2011 ; Sroufe et McIntosh, 2011 ; cette position a été critiquée par Lamb, 2012, 2018). La recherche actuelle est toutefois trop peu abondante pour apporter une réponse empirique définitive et simple à cette question. C’est en partie parce que la réponse varie probablement selon le contexte : la culture (par exemple des orientations surtout individualistes, interdépendantes ou collectivistes), les facteurs familiaux (par exemple une répartition égale ou inégale des responsabilités de soin entre conjoints, le conflit parental après le divorce) et le développement de l’enfant (par exemple nourrissons et tout-petits par rapport à des enfants un peu plus âgés). Nous exhortons le personnel judiciaire à tenir compte de ces circonstances contextuelles pertinentes au moment de fixer les modalités de garde des enfants, tout en visant, chaque fois que possible, un contact continu avec les deux figures de soin.
Lorsqu’une « seconde » figure de soin, pour quelque raison que ce soit, a été nettement peu impliquée dans les soins et les autres formes d’interaction avec l’enfant avant le divorce, il est important que l’enfant ait la possibilité de s’habituer progressivement à recevoir les soins de cette personne après le divorce, avant qu’il ou elle se voie attribuer une part de temps à peu près égale pour les responsabilités de soin (Kelly et Lamb, 2000, 2003 ; Warshak, 2014). C’est particulièrement vrai pour les nourrissons et les jeunes tout-petits qui sont sur le point de former, ou viennent de former, des attachements sélectifs envers la ou les figures de soin avec lesquelles ils ont une histoire d’interaction continue. Notons que cette discussion concerne spécifiquement la fonction de havre de sécurité, et non les autres aspects de la relation. Comme l’ont noté Main et ses collègues (2011), une figure de soin non résidente peut remplir d’autres fonctions relationnelles importantes pour l’enfant (par exemple l’interaction ludique), si bien qu’avoir des contacts réguliers avec elle sert habituellement le développement de l’enfant bien au-delà de l’adaptation progressive aux soins qu’elle prodigue.
Il est regrettable que la théorie et la recherche sur l’attachement soient parfois considérées comme apportant un soutien général à une forme d’organisation de la garde plutôt qu’à toutes les autres. Tantôt la théorie a été présentée comme justifiant l’accent mis sur un seul parent psychologique, généralement la mère. Tantôt on a soutenu qu’elle prescrivait systématiquement la résidence alternée, avec un partage égal du temps quel que soit l’âge de l’enfant, y compris des passages d’un foyer à l’autre tous les jours ou tous les deux jours. Un exemple particulier de la première position se trouve dans la doctrine dite Tender Years (« des années tendres »), selon laquelle la garde revient automatiquement à la mère pour les enfants qui n’ont pas dépassé un certain âge « tendre ». Bien qu’elle ait été formellement remplacée par le critère de l’intérêt supérieur de l’enfant dans la plupart des pays, on a soutenu que la doctrine Tender Years continue d’influencer les décisions de garde (pour une discussion, voir Artis, 2004). Elle est en outre encore activement appliquée dans certains pays, avec ou sans référence à la théorie de l’attachement (Aitani, 2015 ; Assemblée populaire nationale de la République populaire de Chine, 2020).
C’est le cas d’Israël, où la garde revient automatiquement à la mère pour les enfants de moins de six ans, sauf circonstances très particulières où la mère est jugée inapte. En Israël, la doctrine a été défendue par des voix influentes du monde juridique, appuyées sur des références mal informées à la théorie de l’attachement (Hacker et Halperin Kaddari, 2013). En réponse aux travaux qui avaient soutenu que la théorie et la recherche sur l’attachement impliquent une responsabilité parentale égale (Joels et Sagi-Schwartz, 2012), Hacker et Halperin Kaddari (2013) ont invoqué un numéro spécial de la Family Court Review réunissant les contributions d’un groupe choisi de spécialistes de l’attachement (McIntosh, 2011). Selon ce duo, il existerait un consensus général sur le fait que les nourrissons forment un attachement principal avec une seule figure de soin et que l’organisation de la parentalité en cas de divorce devrait refléter ce consensus (pour une discussion, voir Warshak, 2014, et, en sens contraire, McIntosh et al., 2015). Comme on l’a vu plus haut, cela ne représente pas une position consensuelle. Mais surtout, nous sommes pleinement d’accord sur le fait que la constitution, à terme, d’un réseau de relations d’attachement est généralement un facteur de protection à long terme, et donc un résultat souhaitable du développement de l’enfant. Nous sommes aussi pleinement d’accord pour dire que la perte de figures d’attachement et les séparations définitives d’avec elles sont en elles-mêmes des facteurs de risque à prévenir chaque fois que possible dans le développement de l’enfant.
Une question connexe est l’argument selon lequel les nuits passées chez une figure de soin non résidente seraient intrinsèquement néfastes pour les jeunes enfants et devraient être découragées dans l’organisation de la garde. Ces affirmations tiennent en partie à la place excessive accordée à une étude ancienne et mal interprétée de Solomon et George (1999). Cette étude concluait que les organisations coparentales comprenant des nuits chez l’autre parent étaient associées à un attachement insécure envers le parent résident. Ses propres données indiquaient pourtant une différence non significative, et montraient que le conflit parental prédisait mieux l’insécurité (van IJzendoorn et al., 2019 ; voir aussi Lamb, 2018). Solomon (2013) a par la suite critiqué l’usage qui était fait de cette étude pour s’opposer aux nuits chez le parent non résident. En outre, la plupart des données actuelles ne suggèrent aucun effet négatif sur la sécurité de l’attachement (Lamb, 2018 ; voir aussi Fabricius et Suh, 2017). L’étude de Solomon et George (1999) est néanmoins souvent citée pour démontrer les dangers potentiels des nuits chez le parent non résident (par exemple Tornello et al., 2013 ; McIntosh et al., 2013 ; pour une discussion, voir Pruett et al., 2016).
À propos de la façon dont les nourrissons passent la nuit, une étude menée dans des kibboutz israéliens (Sagi et al., 1994) a montré que les nuits passées sous la garde de veilleuses inconnues, dans des dortoirs collectifs, étaient associées à des taux élevés d’attachement insécure envers les mères. Ces résultats sont importants, mais ils ne disent rien de la question de savoir si les nuits chez le parent non résident ont des effets néfastes sur les relations d’attachement avec le parent résident. Plus précisément, l’étude des kibboutz laissait entendre que des organisations nocturnes où l’enfant n’a accès à aucun havre de sécurité familier pourraient avoir un effet négatif sur la sécurité de l’attachement, en raison de leurs effets négatifs sur les attentes de l’enfant quant à la disponibilité de ses figures d’attachement.
D’un point de vue strictement attachementiste, une partie d’entre nous fait l’hypothèse que le foyer est là où se trouvent les figures de soin familières de l’enfant, et que la sécurité de l’attachement d’un enfant dont les deux figures de soin se sont régulièrement occupées avant le divorce a peu de chances d’être compromise par des nuits passées chez l’une ou l’autre après le divorce, quel que soit son âge. Une autre partie d’entre nous fait l’hypothèse que les effets développementaux éventuellement néfastes des nuits chez un parent non résident dépendent probablement du même ensemble de facteurs contextuels que ceux évoqués plus haut (développementaux, familiaux, culturels). Bien qu’aucune littérature scientifique ne permette de fonder des recommandations précises selon l’âge, nous faisons d’un commun accord l’hypothèse que les nuits devraient être sans problème à partir de l’âge préscolaire, si les deux figures de soin se sont occupées régulièrement de l’enfant avant le divorce. En revanche, un nourrisson ou un jeune tout-petit qui a eu très peu d’occasions de développer des attentes de havre de sécurité envers l’une des figures de soin pourra avoir plus de mal, au moins au début, à passer des nuits chez elle après le divorce. Bien sûr, l’enfant peut aussi éprouver des difficultés initiales liées à d’autres facteurs que des attentes de havre de sécurité insuffisamment développées, comme le fait de ne pas connaître le nouveau cadre de vie d’une figure de soin. Mais un enfant qui a développé des attentes claires de havre de sécurité envers les deux figures de soin s’adaptera probablement assez vite et vivra bien les nuits dans les deux foyers. D’autres recherches sont toutefois nécessaires pour établir quel degré de familiarité il faut à l’enfant pour sentir qu’il dispose d’un havre de sécurité lorsqu’il passe la nuit chez une figure de soin non résidente, ou d’ailleurs chez toute autre figure de soin de son réseau d’attachement.
Une grande partie de la recherche sur l’attachement estime que la garde et les nuits chez une figure de soin donnée peuvent faciliter le développement, chez l’enfant, d’une relation d’attachement avec elle (Lamb et al., 1997). L’une des raisons en est que le système d’attachement de l’enfant serait complété, chez les figures de soin, par un système de caregiving qui, comme le système d’attachement de l’enfant, est malléable et sensible aux apports de l’environnement (George et Solomon, 2008). Priver gravement une figure de soin de temps avec son enfant et de responsabilités de soin peut donc non seulement affecter la capacité de l’enfant à développer et à maintenir une relation d’attachement avec elle, mais aussi avoir des effets fâcheux sur son système de caregiving, qui risque d’être entravé. Aucune recherche empirique ne suggère cependant que les nuits soient indispensables (c’est-à-dire une condition nécessaire) au développement d’une relation d’attachement.
Enfin, les décisions sur la garde et la répartition du temps, y compris l’organisation des nuits, devraient aussi tenir compte de la capacité des figures de soin à coopérer après le divorce. Dans certains pays, on invoque la théorie de l’attachement pour justifier systématiquement la résidence alternée, sans grand égard pour des facteurs contextuels comme le conflit entre les parents et leur capacité à coopérer. Le conflit parental après le divorce a été relié à divers effets négatifs sur l’adaptation de l’enfant (Tan et al., 2018 ; van IJzendoorn, 2019), y compris sur son attachement (Brown et al., 2010 ; Solomon et George, 1999). Le conflit et l’hostilité entre les parents peuvent non seulement miner les compétences de chaque parent, mais aussi sa capacité à laisser l’autre prodiguer des soins (Grossmann, 2013), avec des répercussions négatives pour l’enfant pris entre les deux. Des interventions visant à soutenir l’implication des figures de soin et à réduire le conflit parental après le divorce ont été élaborées pour répondre à ces difficultés et ont donné des résultats prometteurs (Pruett et al., 2016).
Les classifications de l’attachement sont souvent mal comprises et mal utilisées dans les contextes appliqués, et nous reconnaissons que la communauté de la recherche sur l’attachement, dont beaucoup d’entre nous, a parfois contribué involontairement à cette situation (Duschinsky, 2020). Il nous est arrivé de promouvoir nos méthodes d’évaluation de la qualité de l’attachement et d’exagérer la portée de certains résultats sans reconnaître explicitement leurs contraintes et leurs limites. Avec le recul, il est évident que nous aurions dû faire preuve de plus de prudence. Les mesures de la qualité de l’attachement, utilisées par des personnes formées et certifiées au codage dans des cadres validés, sont des outils remarquables pour la recherche à l’échelle des groupes. Des questions se posent cependant quant à la transférabilité de leur validité au contexte des tribunaux des affaires familiales et à des enfants (et des figures de soin) pris individuellement. La question clé est évidemment de savoir si les évaluations de la qualité de l’attachement fournissent des informations utiles pour éclairer les décisions de garde et de protection de l’enfance. Des informations valides sur la qualité de l’attachement d’un enfant donné peuvent éclairer utilement sa relation avec une figure de soin donnée et pourraient, en principe, aider à mieux prédire son développement probable. Mais, comme on le verra plus loin, les tailles d’effet des associations entre la qualité de l’attachement de l’enfant, les comportements de soin pertinents et le développement ultérieur de l’enfant sont faibles à modérées. Les mesures de l’attachement n’ont donc pas un pouvoir prédictif suffisant pour servir, à elles seules, d’« indicateurs indirects » de l’histoire des soins reçus par un enfant ou de son développement futur.
On tente parfois d’évaluer la qualité de l’attachement pour éclairer les évaluations des soins et les décisions des tribunaux des affaires familiales en matière de protection de l’enfance et de garde (Aitani, 2015 ; Crittenden et Baim, 2017 ; Gauthier et al., 2004). Or les mesures de l’attachement ont été élaborées et validées pour la recherche à l’échelle des groupes, et la validité pour cette recherche ne se traduit pas automatiquement par une validité suffisante pour le diagnostic ou la prédiction à l’échelle individuelle (Neal et al., 2019 ; van IJzendoorn et al., 2018a). En médecine et en clinique, un instrument diagnostique doit avoir une « sensibilité » et une « spécificité » élevées pour être jugé utile. La sensibilité désigne la proportion de « vrais positifs » correctement repérés (par exemple des enfants à l’attachement sécure correctement classés comme tels), la spécificité la proportion de « vrais négatifs » (par exemple des enfants à l’attachement insécure correctement repérés comme n’ayant pas un attachement sécure). Un test peut avoir à la fois une sensibilité et une spécificité élevées, mais un test très sensible peut voir sa spécificité diminuer s’il produit beaucoup de « faux positifs » (par exemple s’il repère comme sécures la plupart des enfants à l’attachement sécure, mais aussi beaucoup d’enfants à l’attachement insécure). Pour les évaluations de l’attachement dans le contexte qui nous occupe, les notions de sensibilité et de spécificité peuvent s’étendre à la capacité rétrodictive et prédictive des instruments : par exemple, repérer les enfants à l’attachement sécure qui ont reçu des soins sensibles et qui se développent favorablement, ainsi que les enfants à l’attachement insécure qui n’ont pas reçu de soins sensibles et qui ne se développent pas favorablement.
Peu d’instruments psychologiques, ou d’ailleurs biomédicaux, élaborés pour la recherche à l’échelle des groupes ont une sensibilité et une spécificité suffisantes pour un usage diagnostique valide et la prédiction du développement à l’échelle individuelle (Neal et al., 2019). Les problèmes de précision psychométrique et de pouvoir prédictif sont peut-être particulièrement marqués pour les évaluations dans la petite enfance. Les évaluations de l’attachement comptent d’ailleurs parmi les mesures de la petite enfance qui prédisent le mieux le développement ultérieur de l’enfant dans la recherche à l’échelle des groupes (Groh et al., 2017a). Que la plupart des instruments psychologiques aient, seuls, un pouvoir prédictif insuffisant ne devrait pas surprendre : le développement humain est réellement complexe, et aucun instrument ne saurait expliquer l’essentiel de la variance des trajectoires développementales. Il importe néanmoins de souligner que les mesures actuelles de l’attachement ont une sensibilité et une spécificité limitées pour prédire le développement d’un enfant donné ou rétrodire les soins qu’il a reçus (van IJzendoorn et al., 2018a). En particulier, une forte proportion des enfants classés comme ayant un attachement insécure se développent favorablement et ont reçu des soins au moins suffisants (sinon constamment sensibles).
La capacité prédictive des mesures de l’attachement à l’échelle des groupes, conjuguée à leur sensibilité et à leur spécificité limitées pour la prédiction à l’échelle individuelle, a contribué à des divergences entre nous, spécialistes de l’attachement, sur leur utilité pour éclairer les décisions des tribunaux des affaires familiales, en particulier en matière de protection de l’enfance. Une partie d’entre nous voudrait une validité plus élevée (surtout en sensibilité et en spécificité) pour la prédiction individuelle avant de soutenir l’usage de ces mesures pour éclairer les décisions de placement hors du foyer. Une autre partie estime que les mesures de l’attachement peuvent être utiles pour contribuer à une « vue d’ensemble » si elles sont utilisées conjointement avec d’autres mesures. Ces divergences, sur lesquelles nous revenons plus loin, tiennent en partie à des vues différentes sur le niveau d’exigence qu’un instrument scientifique doit atteindre pour être jugé utile aux décisions des tribunaux des affaires familiales.
La recherche méta-analytique a montré que l’attachement sécure dans l’enfance est associé par la suite à une plus grande compétence sociale (d = 0,39) et à moins de problèmes extériorisés (d = 0,31) et intériorisés (d = 0,15 ; Groh et al., 2017a). Ces tailles d’effet sont notables et ont une portée en termes d’effets moyennés sur de nombreux enfants et de nombreuses études (Funder et Ozer, 2019). L’attachement sécure est en général un facteur de protection dans le développement humain (Scott et al., 2011), et il s’ensuit que les politiques et les interventions qui favorisent des soins sensibles et un attachement sécure ont une utilité pratique (Bachmann et al., 2019). On pourrait aussi juger ces tailles d’effet suffisantes, d’un point de vue pragmatique, pour justifier l’usage de mesures de la sécurité de l’attachement par les tribunaux des affaires familiales, d’autant que beaucoup d’autres instruments disponibles ont une validité prédictive plus faible ou inconnue. Des évaluations validées de l’attachement, réalisées par des personnes formées et certifiées au codage, peuvent fournir des informations qui permettent de prédire le développement futur probable de l’enfant au moins mieux que le hasard. Mais les effets ne sont pas d’une ampleur telle que l’on puisse prédire avec assurance le développement futur d’un enfant à partir des seules évaluations de la sécurité de l’attachement. Si les tribunaux utilisent des évaluations de l’attachement pour éclairer leurs décisions, le poids accordé aux classifications de l’attachement doit refléter cette difficulté.
Il s’est révélé difficile de faire comprendre la complexité de la transposition de la recherche à l’échelle des groupes à l’évaluation d’enfants et de figures de soin pris individuellement, et l’importance de l’attachement sécure a souvent été exagérée, ou présentée d’autres manières trompeuses, dans les recommandations destinées au travail social. De telles présentations peuvent susciter ou entretenir l’idée erronée que l’attachement sécure est nécessaire à un développement favorable de l’enfant. Cela peut à son tour contribuer à une importance excessive accordée à l’attachement sécure dans les décisions des tribunaux des affaires familiales. On trouve un exemple de communication peu claire dans un guide de pratique du ministère de la Santé du Royaume-Uni qui, bien qu’il n’ait plus de valeur réglementaire, a été et reste très influent : « Ce qui arrive aux enfants dans leurs premières années de vie est le fondement du développement ultérieur et affectera leur devenir. Il faut tenir compte de cette importance dans le processus d’évaluation. C’est pourquoi les attachements sécures sont si importants dans les premières années. Lorsque ces attachements sont absents ou rompus, les décisions de donner aux enfants de nouvelles figures d’attachement doivent être prises le plus rapidement possible pour éviter des dommages développementaux » (Department of Health, 2000, p. 3).
Ce guide est peu clair et trompeur parce qu’il commence par affirmer l’importance de l’attachement sécure, puis crée une opposition extrême entre l’attachement sécure et l’« absence » d’attachement ou les attachements « rompus », pour plaider ensuite en faveur de l’attribution rapide de nouvelles figures d’attachement aux enfants. Ce ton déterministe néglige le fait que les expériences ultérieures influencent aussi les relations d’attachement (par exemple Waters et al., 2000). En outre, ce guide de pratique ne comporte aucune zone grise : il ne mentionne pas l’attachement insécure et n’évoque pas la rareté de l’absence d’attachement. Sans doute très loin des intentions qui ont présidé à sa rédaction, ce guide a pu susciter ou renforcer l’idée que tout attachement autre que sécure est associé à un risque élevé de développement défavorable, et qu’en l’absence d’attachement sécure il faudrait envisager de retirer l’enfant aux personnes qui en prennent soin (White et al., 2019). Une telle idée constituerait un grave contresens sur la théorie et la recherche sur l’attachement, et impliquerait qu’il faille retirer à leurs parents près de la moitié des enfants, puisque c’est le taux moyen d’attachement insécure dans la population générale (van IJzendoorn et al., 1999).
On distingue deux types d’attachement insécure « organisé », évalués par des personnes formées au codage lors d’une procédure de séparation et de retrouvailles appelée Situation étrange (Ainsworth et al., 1978). Dans les relations d’attachement insécure-évitant, l’enfant ne recherche pas la personne familière lorsqu’il est légèrement alarmé, tout en restant à proximité. Dans l’attachement insécure-résistant, l’enfant recherche la proximité, mais il est difficile à réconforter et mêle la recherche de proximité à des manifestations de colère envers la figure de soin. Ces patterns de minimisation et de maximisation des signaux de besoins d’attachement sont dits « organisés » parce que le comportement est cohérent et peut servir à accroître la disponibilité de figures de soin moins sensibles. Des méta-analyses ont mis en évidence des associations significatives et robustes, mais modestes, entre l’attachement évitant et une compétence sociale plus faible (d = 0,17), davantage de problèmes intériorisés (d = 0,17) et davantage de problèmes extériorisés (d = 0,12), ainsi qu’entre l’attachement résistant et une compétence sociale plus faible (d = 0,29 ; Groh et al., 2017a).
De telles tailles d’effet ne permettent pas d’utiliser l’attachement insécure organisé en soi comme indicateur indirect de soins inadéquats ou comme prédicteur d’un développement défavorable de l’enfant. Si les tailles d’effet laissent penser qu’un attachement insécure, évalué de façon valide, peut contribuer à prédire faiblement le développement futur probable de l’enfant, on peut légitimement se demander quel poids accorder à cette prédiction et quelle est sa portée pratique. Les effets de l’attachement insécure sont en outre minimes comparés aux effets néfastes associés à l’absence de possibilités de former des attachements avec des figures de soin familières, comme on l’observe chez les enfants placés en institution (van IJzendoorn et al., 2020). De fait, la capacité à développer divers patterns d’attachement (y compris insécures) s’est probablement constituée au fil de l’évolution parce qu’elle contribuait à la survie de l’enfant et à son adaptation à des conditions de soin et de contexte variables (Belsky, 1997). À moins de réussir à faire du monde un lieu réceptif et sûr, aux ressources abondantes pour toute sa population, il n’est peut-être pas justifié de considérer que seules les relations d’attachement sécures sont adaptatives pour tout le monde. Enfin, la qualité de l’attachement interagit toujours avec d’autres facteurs de risque et de protection. Par exemple, une relation d’attachement insécure peut avoir une importance différente selon des facteurs comme la qualité de l’accueil de jour, le soutien social dont dispose la famille et le tempérament de l’enfant (van IJzendoorn et Bakermans-Kranenburg, 2012), qui peuvent tous accroître ou atténuer le risque.
L’attachement désorganisé est une troisième catégorie insécure, repérée par des personnes formées au codage à partir de comportements conflictuels, confus ou appréhensifs envers une figure de soin familière, dans des conditions standardisées d’alarme légère ou modérée (Main et Solomon, 1986). L’attachement désorganisé est prédit par des comportements effrayants, effrayés et dissociatifs de la figure de soin (Main et Hesse, 1990 ; Schuengel et al., 1999), par des comportements de soin atypiques comme l’hostilité et le retrait (Lyons-Ruth et Jacobvitz, 2016), et par la maltraitance (Carlson et al., 1989 ; Cyr et al., 2010). Par ailleurs, la recherche méta-analytique sur la répartition des classifications de l’attachement chez les enfants placés en institution a trouvé un attachement sécure chez moins d’un cinquième d’entre eux et un attachement désorganisé chez plus de la moitié (Lionetti et al., 2015 ; van IJzendoorn et al., 2020).
Le lien entre attachement désorganisé et maltraitance a conduit des universitaires du travail social à recommander d’utiliser l’attachement désorganisé comme indicateur de maltraitance dans la pratique de protection de l’enfance (Shemmings et Shemmings, 2011 ; Wilkins, 2012 [mais voir Wilkins, 2020]). Le problème est que, même si les enfants maltraités sont nettement plus susceptibles que les autres de développer des relations d’attachement désorganisées (c’est le cas d’environ 50 % d’entre eux ; van IJzendoorn et al., 1999), une proportion notable d’enfants maltraités n’en développent pas. De même, une part importante des enfants des échantillons tout-venant (10 à 15 %), dont beaucoup n’ont subi aucune maltraitance, manifestent un attachement désorganisé lors de la Situation étrange (van IJzendoorn et al., 1999). Surtout, les chemins qui mènent à l’attachement désorganisé sont nombreux, et plusieurs n’impliquent pas de maltraitance (Bernier et Meins, 2008 ; Solomon et al., 2017). Comme l’ont proposé Main et Hesse (1990), une figure de soin peut par exemple manifester, en l’absence de toute maltraitance, de subtils comportements effrayants ou effrayés et désorganisants, en raison d’un trauma non résolu issu de ses propres expériences de perte ou de maltraitance (Jacobvitz et al., 2006 ; Madigan et al., 2006). La recherche méta-analytique a montré que les nourrissons dont la famille cumule cinq facteurs de risque socio-économiques ou plus présentent des taux d’attachement désorganisé statistiquement indiscernables de ceux des nourrissons des échantillons d’enfants maltraités (Cyr et al., 2010). L’attachement désorganisé peut aussi être plus fréquent après des séparations importantes, comme il peut s’en produire lors des procédures de divorce et de garde, en particulier lorsque les passages de bras et les droits de visite se déroulent dans l’animosité (Solomon et George, 2011).
L’enfant peut aussi manifester un comportement désorganisé sans que cela signifie un attachement désorganisé et l’histoire relationnelle qui lui est associée. Beaucoup d’enfants normalement « organisés » manifesteront un comportement désorganisé s’ils sont suffisamment stressés. Un stress excessif pendant les évaluations de l’attachement peut donc entraîner des manifestations de comportement désorganisé qui ne reflètent ni un attachement désorganisé ni une histoire relationnelle désorganisante (Granqvist et al., 2016). Des difficultés d’autorégulation chez le nouveau-né (Padrón et al., 2014 ; Spangler et al., 1996) et des symptômes de TDAH chez l’enfant ont aussi été associés à des comportements et à des classifications désorganisés, et peuvent constituer des « faux positifs » pour diverses raisons (Forslund et al., 2019).
Il faut noter que la recherche à l’échelle des groupes a établi l’attachement désorganisé dans la petite enfance comme l’un des plus puissants prédicteurs du développement ultérieur de l’enfant. Par exemple, l’association méta-analytique entre attachement désorganisé et problèmes de comportement extériorisés (d = 0,34) n’est clairement pas négligeable. L’attachement désorganisé est donc un phénomène pertinent qu’il ne faut pas négliger. Toutefois, les associations entre attachement désorganisé et risque d’évolutions défavorables (problèmes de comportement extériorisés compris) ne sont toujours pas assez fortes pour que l’attachement désorganisé en soi puisse être pris comme l’indice d’une pathologie dans les décisions des tribunaux des affaires familiales sur des situations individuelles (Fearon et al., 2010). Reconnaissant la complexité du phénomène de l’attachement désorganisé et de son étiologie, des universitaires ont révisé leurs positions antérieures et soulignent désormais que l’attachement désorganisé n’est pas en soi un indicateur de maltraitance (Wilkins, 2020).
Le terme de « trouble de l’attachement » a parfois été employé dans la pratique judiciaire au sens d’« attachement problématique », expression qui évoque vaguement des relations d’attachement contraires à l’intérêt supérieur de l’enfant (White et al., 2019). Or « trouble de l’attachement » est un terme technique, dont le sens est entièrement distinct de celui d’attachement insécure ou désorganisé. Il provient du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l’Association américaine de psychiatrie (DSM, aujourd’hui dans sa cinquième édition) et désigne deux affections précises et très rares, que l’on observe le plus souvent chez des enfants qui ont vécu en institution (Zeanah et al., 2005). La première, le « trouble réactionnel de l’attachement » (TRA), se caractérise par l’absence de recherche de soins de la part de l’enfant envers toute figure de soin lorsqu’il est alarmé ; il ne peut être diagnostiqué que si les soins ont été extrêmement inadéquats et si les symptômes sont apparus après l’âge de 9 mois et avant 5 ans (Zeanah et al., 2016). La seconde, le « trouble de l’engagement social désinhibé », se caractérise par un enfant socialement non sélectif et excessivement familier avec des personnes qu’il ne connaît pas (Zeanah et al., 2016).
Un recours excessif et répandu aux diagnostics de trouble de l’attachement, ainsi qu’un usage excessif de l’expression « trouble de l’attachement » en l’absence de diagnostic, ont été documentés (Allen et Schuengel, 2020 ; Woolgar et Baldock, 2015). Chez la grande majorité des enfants atteints d’un trouble réactionnel de l’attachement, les symptômes disparaissent après le placement dans un environnement de soins stable qui permet le développement de relations d’attachement sélectives (Smyke et al., 2012) et qui soutient la disponibilité émotionnelle des figures de soin (Barone et al., 2019). Il faut signaler que circulent des « thérapies de l’attachement » pour les troubles de l’attachement, présentées comme efficaces mais dépourvues en réalité de toute base scientifique (Allen, 2018 ; Chaffin et al., 2006 ; Mercer, 2019). Elles contrastent nettement avec les programmes d’intervention et de prévention fondés sur l’attachement qui ciblent l’attachement désorganisé et qui ont montré des effets positifs robustes (Bernard et al., 2012 ; Facompré et al., 2018).
Le personnel judiciaire a constaté un décalage entre les promesses parfois faites sur la pertinence de la théorie de l’attachement et la réalité de cette pertinence pour son travail (Robertson et Broadhurst, 2019). Si les équipes de travail social jugent en général la recherche sur l’attachement potentiellement précieuse, elles manquent souvent d’assurance pour relier les principes de l’attachement à des situations particulières, et craignent que les juges et le barreau accueillent avec scepticisme les prétentions à une expertise en matière d’attachement (Duschinsky, 2020 ; North, 2019). Point crucial, il existe peu d’infrastructures formalisées pour aider la pratique à adapter les considérations d’attachement aux besoins des tribunaux et pour soutenir les liens entre recherche et pratique. Il en va autrement en médecine, où ces infrastructures comprennent par exemple des diagnostics cliniques reconnus de part et d’autre, des protocoles d’évaluation, des financements de la recherche sur le sujet et des bourses qui permettent au personnel clinique de se former aussi à la recherche. Au-delà de ce point général, nous avons repéré sept autres facteurs précis qui, selon nous, ont contribué aux problèmes de traduction en pratique judiciaire et qui ont jusqu’ici suscité trop peu d’attention et d’intérêt (à l’exception de Garber, 2009).
Les preuves scientifiques sont parfois invoquées dans les évaluations de l’intérêt supérieur en accordant à des études isolées un poids inapproprié (Nielsen, 2014). Bien que supérieures aux preuves anecdotiques ou non scientifiques (par exemple lorsqu’une personne chargée d’évaluer l’attachement « sait » tout simplement qu’un parent est maltraitant), les études isolées comportent des risques élevés de faux positifs et de faux négatifs, en particulier lorsque les échantillons sont petits, comme c’est souvent le cas dans la recherche sur des sujets appliqués comme l’attachement. Les résultats de recherche devraient être tenus pour crédibles lorsque plusieurs études de grande qualité aboutissent à la même conclusion, surtout si elles ont été menées par des équipes de recherche différentes. La prudence reste toutefois de mise, car, faute d’une analyse rigoureuse de la littérature, une convergence apparente peut tenir à ce que des résultats contraires ou complexes ont été ignorés ou minimisés. Malheureusement, des recommandations destinées à la pratique ont parfois fait un tri sélectif et se sont concentrées sur les études de l’attachement désorganisé aux résultats les plus marqués (par exemple Brown et Ward, 2013), plutôt que de rendre compte de manière représentative de la recherche existante.
Les méta-analyses sont donc importantes, parce qu’elles reposent sur une recherche systématique de toutes les études pertinentes, suivie d’analyses statistiques pour calculer des effets moyens. Elles permettent de savoir s’il existe réellement des associations réplicables entre des variables, quelle est leur force et si elles sont influencées par d’autres variables. Des tailles d’effet méta-analytiques très grandes peuvent être considérées comme indiquant une probabilité nettement accrue que les effets s’appliquent à des cas individuels, mais les méta-analyses ont aussi leurs limites : leurs résultats restent à l’échelle des groupes, et les très grandes tailles d’effet sont rares, ce qui rend en général les tailles d’effet difficiles à extrapoler aux cas individuels (Funder et Ozer, 2019). En outre, on a parfois des raisons de soupçonner un biais de publication au détriment des résultats nuls ; même les résultats méta-analytiques peuvent être gonflés (Kvarven et al., 2019). Les preuves sont donc renforcées lorsque les résultats méta-analytiques sont étayés par des données issues de grands échantillons et par des recherches expérimentales, comme les essais contrôlés randomisés d’interventions, qui fournissent des preuves ordonnées dans le temps et permettent des inférences causales (van IJzendoorn et al., 2020).
Certes, les « idéaux » scientifiques élevés décrits ci-dessus peuvent souvent être difficiles à mettre en œuvre de façon constante dans la pratique judiciaire. Il peut par exemple manquer des méta-analyses ou des essais contrôlés randomisés sur les sujets pertinents. De fait, la communauté de la recherche sur l’attachement n’a pas mené assez de recherches sur des sujets et avec des échantillons pertinents pour la pratique judiciaire (par exemple la répartition du temps, les nuits et le conflit parental en lien avec l’attachement de l’enfant). Plutôt que de renoncer à toute application de la recherche sur l’attachement, il faut alors tirer des conclusions responsables de la recherche disponible, en repérant les études de grande qualité et les tendances sur lesquelles elles convergent. Il est aussi probable qu’aucun ensemble d’études ne pourra jamais satisfaire à toutes les particularités d’un litige de garde ou d’une affaire de protection de l’enfance. Autrement dit, à un moment donné, l’expertise et les juges devront peut-être passer du général au particulier, et parfois même aller au-delà des données existantes. La discussion qui précède ne vise pas à exclure toute application de la théorie de l’attachement en l’absence de méta-analyses aux grandes tailles d’effet étayées par des essais contrôlés randomisés. Nous demandons instamment, en revanche, que les tribunaux et les spécialistes qu’ils consultent restent attentifs à l’état réel des preuves scientifiques, qui devrait déterminer le poids qu’on leur accorde.
Si les tribunaux doivent faire preuve de pragmatisme compte tenu de leurs moyens et de leur temps, la pression s’accroît pour que les décisions paraissent fondées sur les données probantes, justifiables et vérifiables (Huntington, 2018). Comme les décisions fondées sur l’intérêt supérieur portent sur l’avenir probable des enfants, le pronostic d’une expertise psychologique est séduisant. On l’a vu, cela a ouvert la voie à l’entrée de la théorie de l’attachement dans les salles d’audience (Mnookin, 2014). De fait, la théorie de l’attachement s’est révélée de loin la plus populaire auprès des personnes qui travaillent avec des enfants et des familles ayant besoin de soutien (Department for Education, Royaume-Uni, 2018). En outre, si la tâche des juges, qui disposent d’un pouvoir d’appréciation et occupent une position dominante, est d’établir les faits, ces juges dépendent de l’expertise qui relie des sources de connaissance crédibles à la situation des enfants et à leur avenir probable (Schneider, 1991). On peut soupçonner que la pression pour trouver des preuves pertinentes pour les évaluations de l’intérêt supérieur a contribué à un court-circuit entre les questions de qualité de l’attachement et ces évaluations, et à une confiance excessive dans la valeur pronostique des classifications de l’attachement dans les situations individuelles.
Des présentations simplifiées de la théorie de l’attachement, qui s’appuient sur les connotations courantes de termes comme « sécurité », « désorganisation » et « attachement », ont parfois circulé dans des recommandations destinées au travail social et au personnel des tribunaux. Ainsi, l’attachement désorganisé est souvent dépeint à tort comme un sentiment de danger et d’abandon psychologique dans la relation avec une figure de soin, et comme fortement prédictif d’une maladie mentale ultérieure (par exemple Brown et Ward, 2013). De même, une agence suédoise des droits de l’enfant décrit de façon alarmante la désorganisation de l’enfant comme un facteur de risque « grave » de problèmes de comportement extériorisés, en notant que « … la peur existe dans la relation entre la personne qui prend soin de l’enfant et l’enfant. L’enfant est effrayé par la personne qui prend soin de lui, ou celle-ci a peur de l’enfant » (Barnombudsmannen, 2007, p. 84). De telles descriptions conduiraient à mal identifier systématiquement l’attachement désorganisé (Granqvist et al., 2017). De même, des recommandations destinées aux équipes chiliennes de la protection de l’enfance (Departamento de Protección de Derechos Servicio Nacional de Menores, 2019) préconisent l’usage d’un instrument d’évaluation des soins qui fait référence à un « attachement sain » et confond attachement désorganisé et trouble de l’attachement (Barudy et Dantagnan, 2010). De telles descriptions semblent davantage façonnées par les représentations culturelles de la santé et de la maladie mentales, cette dernière vue comme chaos et imprévisibilité, que par une compréhension réelle de l’attachement, y compris de l’attachement désorganisé (Reijman et al., 2018). La pratique scientifique est bien sûr toujours façonnée dans une certaine mesure par des valeurs sociales, mais les présentations vulgarisées de la théorie de l’attachement ont été particulièrement enclines à présenter des valeurs sociales comme des faits scientifiques, comme en témoignent les jugements de valeur sur les rôles des mères et des pères (pour une discussion, voir Duschinsky, 2020).
Les constructions théoriques universitaires se détachent parfois de leurs mises en garde en passant dans la pratique judiciaire (Nielsen, 2014), ce qui peut conduire à une confiance excessive dans les implications des différences individuelles de qualité de l’attachement. Par exemple, l’Attachment Styles Interview (ASI ; Bifulco et al., 2008) est parfois utilisé pour déterminer l’aptitude à devenir famille d’accueil. Comme l’a montré Granqvist (2016), cette mesure n’a pas été suffisamment validée pour évaluer la capacité à prodiguer des soins, et l’équipe qui l’a conçue le dit elle-même. Cette mise en garde a pourtant disparu de la pratique judiciaire, comme le montre une affaire suédoise récente dans laquelle deux enfants d’une même fratrie gémellaire ont dû quitter la famille d’accueil censée les accueillir durablement, après un an passé auprès d’elle, sur la seule base des ASI « insécures » des parents d’accueil (Bunnvik, 2016). Or ces parents d’accueil obtenaient de bons résultats à toutes les autres évaluations, et les enfants semblaient se développer favorablement. Pour reprendre un exemple tiré de la pratique de protection de l’enfance, des universitaires ont exagéré le recouvrement entre maltraitance et attachement désorganisé, autorisant les équipes de travail social à repérer des comportements désorganisés, en milieu naturel et sans formation à la fiabilité du codage, comme indicateur de maltraitance (Shemmings et Shemmings, 2011).
Les classifications de l’attachement sont issues de la science du développement et jouissent à juste titre d’une bonne réputation dans ce contexte. On n’a toutefois pas toujours suffisamment reconnu la nécessité d’une formation pour les attribuer correctement, en comprendre le sens et en garantir un usage approprié. Cette combinaison malheureuse a probablement contribué à la popularité des classifications de l’attachement dans les professions de la protection de l’enfance. Ainsi, le Conseil national suédois de la santé et des affaires sociales (2018a, b) demande à des équipes, dont la plupart des membres n’ont aucune formation formelle à la théorie et à l’évaluation de l’attachement, d’être attentifs aux signes possibles d’insécurité et de problèmes d’attachement, illustrés par des enfants anxieux et collants qui veulent savoir où sont leurs parents et ce qu’ils font. Avec des descriptions aussi imprécises, larges et gravement problématiques, un large éventail de comportements risque d’être pris à tort pour de l’insécurité.
Si les bases de la théorie de l’attachement font généralement partie obligatoire de la formation professionnelle, ce n’est pas le cas d’une formation spécialisée à l’évaluation de la qualité de l’attachement. Au sein du personnel judiciaire, certaines personnes doutent donc de la pertinence de la théorie de l’attachement et en négligent le potentiel ; d’autres invoquent avec un excès d’assurance les classifications de l’attachement dans leurs évaluations ; d’autres encore cherchent une formation spécialisée (North, 2019). Bien que les instruments de l’attachement n’aient pas été conçus pour la recherche diagnostique et doivent encore être validés à cette fin, chercher une formation spécialisée reste peut-être la meilleure de ces trois positions. La formation spécialisée transmet en général aussi des connaissances sur les limites des instruments (par exemple leur capacité limitée à fournir un diagnostic et une prédiction à l’échelle individuelle). Faute d’infrastructures qui relient efficacement recherche et pratique, comme des évaluations validées sur le plan diagnostique, les personnes qui, dans la pratique, estiment que classer l’attachement les aiderait dans leur travail se trouvent aujourd’hui dans une impasse.
Le plaidoyer peut parfois poser problème lorsqu’il est confondu avec une évaluation équilibrée ou un consensus scientifique, ou présenté comme tel (Emery et al., 2016). On en trouve des exemples dans le débat animé sur l’attachement de l’enfant, les décisions de garde et les nuits, évoqué plus haut. Un numéro spécial de la Family Court Review (McIntosh, 2011) a lancé ce débat. Dans ce numéro, un petit groupe de spécialistes renommés de l’attachement a été invité à commenter la façon dont la théorie de l’attachement pouvait être utilisée, ce qui a donné lieu à des affirmations imprudentes. Il a par exemple été soutenu que la science indique qu’une figure de soin principale doit être la source constante des rituels du coucher (Schore et McIntosh, 2011). Comme on l’a vu, les données scientifiques convergentes ne vont pas dans ce sens (Lamb, 2012, 2018). Le recours à l’attachement devant les tribunaux des affaires familiales serait sans doute moins partial, plus équilibré et plus conforme aux données convergentes si c’était le tribunal qui faisait appel à l’expertise plutôt que les parties représentées (par exemple par l’intermédiaire de leurs conseils), pour qui gagner l’affaire peut parfois faire perdre de vue l’intérêt supérieur de l’enfant.
Si une figure de soin est accusée d’un crime ou d’un délit, la juridiction pénale applique la norme juridique de la présomption d’innocence jusqu’à preuve de la culpabilité au-delà de tout doute raisonnable. Cette norme n’est pourtant pas appliquée par les tribunaux des affaires familiales dans les affaires de protection de l’enfance, alors que les enjeux pour les parents et les enfants concernés peuvent être au moins aussi élevés que dans n’importe quelle affaire pénale (van IJzendoorn et al., 2018b). Les décisions reposent plutôt sur la balance des probabilités et sur divers seuils de risque (Burns et al., 2016). Si la preuve au-delà de tout doute raisonnable est sans doute intenable, des questions se posent : comment mettre en balance les probabilités, quand et comment l’évaluation psychologique peut éclairer ce processus, et avec quelle netteté la balance doit pencher pour des décisions comme le retrait d’un enfant à ses parents. Des universitaires ont d’ailleurs souligné que cet exercice de mise en balance n’est pas assez strict et qu’il peut aboutir à des retraits d’enfants inutiles (Mnookin, 2014).
On a signalé que les investissements dans le soutien aux familles sont de plus en plus éclipsés par les investissements dans les enquêtes de protection de l’enfance et les services d’accueil familial (Bilson et Martin, 2016 ; Granqvist, 2016). De fait, la difficulté à peser les probabilités et des applications mal informées de la théorie de l’attachement dans les enquêtes de protection de l’enfance ont parfois abouti à des retraits d’enfants sans indice solide d’un risque d’entrave au développement ni signe de maltraitance. Une étude a par exemple relevé une abondance d’inquiétudes au sujet d’un attachement insécure et de problèmes d’attachement dans des rapports de protection de l’enfance qui ont contribué au retrait d’enfants à des mères présentant une déficience intellectuelle légère, et constaté que les tribunaux ne questionnaient ni la pertinence des recommandations fondées sur l’attachement ni l’absence de preuves à leur appui (Alexius et Hollander, 2014). Fait notable, il n’existait alors aucune recherche publiée sur la qualité de l’attachement chez les enfants de mères présentant une déficience intellectuelle légère, et les recherches ultérieures ont en fait trouvé une répartition des classifications de l’attachement conforme à celle que l’on observe habituellement dans les familles exposées à d’importants facteurs de risque socio-économiques (Granqvist et al., 2014). En outre, la sensibilité de ces mères s’est révélée très hétérogène et modifiable par l’expérience, l’exposition au trauma et à la maltraitance comptant bien plus dans les variations de la sensibilité maternelle que la déficience intellectuelle légère en elle-même (Lindberg et al., 2017). Du point de vue de l’attachement, c’est une erreur de rompre des liens affectifs par crainte d’un « attachement insécure ». À en juger par leurs séquelles, le premier (par exemple le retrait de l’enfant) est en général un facteur de risque bien plus grave pour le développement de l’enfant que le second. Ces problèmes sont encore aggravés par la rareté des spécialistes disponibles pour évaluer l’attachement. Les recommandations de bonnes pratiques sont donc rarement suivies, ce qui rend la validité des évaluations insuffisante.
Après avoir exposé les problèmes liés à l’application de la théorie et de la recherche sur l’attachement par les tribunaux des affaires familiales, et quelques-unes de leurs raisons probables, nous en venons aux applications que nous proposons. Nous avançons trois principes de l’attachement, fondés sur plus d’un demi-siècle de recherche, dont nous pensons qu’ils peuvent servir de base à la pratique judiciaire. Nous discutons aussi de l’utilité des évaluations de l’attachement et des comportements de soin pertinents pour orienter les interventions de soutien et les décisions de garde et de protection de l’enfance. Enfin, nous proposons des pistes de recherche collaborative interdisciplinaire.
La théorie et la recherche sur l’attachement sont très pertinentes pour comprendre les facteurs qui contribuent au bien-être et au développement socio-émotionnel des enfants, ainsi que pour orienter les interventions de soutien. Plus précisément, elles permettent d’inférer à quoi ressemblent généralement des soins suffisamment bons et comment on peut y parvenir (van IJzendoorn et al., 2019).
Le développement des relations d’attachement, et les bénéfices psychosociaux qui peuvent en découler, dépendent de l’expérience d’un havre de sécurité offert par des figures de soin précises, familières et non maltraitantes.
Le développement et le maintien de l’attachement demandent du temps et des interactions. Première implication, pour les situations de garde : un contact limité avec une figure de soin rend plus difficile, pour l’enfant, de former, de renforcer et de maintenir ses attentes quant à la disponibilité de cette personne en cas de besoin (Lamb et al., 1997). Seconde implication, pour la protection de l’enfance : presque tout accueil familial non maltraitant et non négligent est probablement préférable à la prise en charge en institution, qui est liée à des soins très instables et aux déficits développementaux et de santé mentale qui les accompagnent chez l’enfant (van IJzendoorn et al., 2020). De fait, on observe souvent ces déficits même lorsque les institutions assurent une alimentation et des soins médicaux suffisants. Ces résultats soulignent combien il est important que l’enfant puisse développer des attentes quant à la disponibilité, comme havre de sécurité, de figures de soin précises, familières et non maltraitantes, présentes avec une constance fiable.
D’autres considérations doivent être mises en balance avec le besoin de continuité auprès de figures de soin familières. Les dispositifs d’« alloparentalité », dans lesquels les soins parentaux sont assurés par d’autres personnes que les parents biologiques (par exemple sous forme d’accueil familial), peuvent être décisifs pour préserver les droits et les intérêts des enfants. Ainsi, un accueil familial d’urgence qui fonctionne bien est absolument essentiel lorsque le bien-être de l’enfant est gravement menacé, et même un bref séjour thérapeutique en institution peut être nécessaire dans des circonstances exceptionnelles, lorsqu’une thérapie est requise d’urgence et ne peut être dispensée en dehors d’un cadre résidentiel (Dozier et al., 2014). En outre, l’accueil familial temporaire peut être important lorsque le but ultime est la réunification de l’enfant avec ses parents, et le placement permanent (y compris la tutelle ou l’adoption) lorsque la réunification est jugée improbable. Nous faisons cependant l’hypothèse que la poursuite des contacts avec les figures de soin sera souvent bénéfique, lorsqu’elle est sans danger pour l’enfant et ne va ni contre son bien-être ni contre son souhait explicite. En définitive, la théorie et la recherche sur l’attachement soulignent, comme principe général, l’importance d’une disponibilité suffisamment continue de figures de soin familières, non maltraitantes et non négligentes (Bowlby, 1958).
Les attentes relatives à la disponibilité d’un havre de sécurité naissent de relations précises et ne sont pas simplement transférables. Il faut donc faire preuve d’une extrême prudence avant de rompre les relations d’attachement d’un enfant.
Offrir un havre de sécurité est une propriété de relations précises et familières, qui exige une interaction suffisamment continue entre l’enfant et les figures de soin. Ainsi, même si un autre environnement de soins peut être meilleur que l’environnement actuel de l’enfant sur une dimension donnée, la décision devrait accorder un poids considérable à la valeur de la continuité de soins « suffisamment bons ». Il en résulte un paradoxe : mesurer les familles à l’aune de l’intérêt supérieur apparent de l’enfant peut nuire à son intérêt supérieur véritable, à moins que cet intérêt n’inclue la valeur de la continuité des soins. Van IJzendoorn et ses collègues (2019) ont donc soutenu que les soins suffisamment bons pourraient être un critère mieux adapté que l’intérêt supérieur de l’enfant pour évaluer la qualité de la parentalité dans le contexte judiciaire. La notion de soins « suffisamment bons », développée à partir de Winnicott (1971), désigne un niveau adéquat de réponse aux besoins de l’enfant dans la durée. Ce niveau n’est peut-être pas « optimal », mais il suffit à répondre aux besoins développementaux fondamentaux de l’enfant, y compris, mais pas seulement, aux besoins liés à l’attachement comme le fait de disposer d’un havre de sécurité familier. Ce raisonnement rejoint celui de Goldstein et de ses collègues (1973) qui, en introduisant la notion d’intérêt supérieur de l’enfant, précisaient que l’idée était que les tribunaux retiennent l’option disponible « la moins préjudiciable ». Ce n’est cependant pas ainsi que l’idée d’« intérêt supérieur » a été généralement interprétée par la suite. Une autre approche du problème se retrouve dans plusieurs lois aux États-Unis et ailleurs (par exemple Aitani, 2015 ; Cour populaire suprême de la République populaire de Chine, 1993), qui précisent que la « continuité des soins avec les parents » est un facteur à prendre en compte pour déterminer l’intérêt supérieur de l’enfant (USDHHS, 2016).
Bien entendu, la décision de retirer un enfant à ses parents devrait exiger des preuves convaincantes d’un danger important pour sa santé et son bien-être, et de l’absence de moyens raisonnables de le protéger sans retrait. Les professions des tribunaux des affaires familiales reconnaissent donc depuis longtemps le délicat équilibre entre le risque de trauma lié au retrait de l’enfant et le risque de préjudice lié à son maintien dans sa famille d’origine.
Il faut souligner que des soins familiaux sûrs, continus et suffisamment bons peuvent être soutenus de diverses manières, et que la recherche sur l’attachement a élaboré des interventions qui peuvent aider les parents à les assurer (Dozier et al., 2017 ; Steele et Steele, 2017). Plusieurs d’entre elles ont été évaluées par des essais contrôlés randomisés, ce qui permet des conclusions claires sur les liens de causalité entre interventions et résultats. Les résultats sont encourageants : de nombreuses études et méta-analyses montrent des effets favorables des interventions à la fois sur certains aspects de la qualité des soins (par exemple la sensibilité ; Juffer et al., 2017 ; Moss et al., 2011) et sur la qualité de l’attachement de l’enfant (Bernard et al., 2012 ; Stronach et al., 2013). Ces interventions sont aussi économes en temps, la durée du traitement allant généralement de 6 à 10 séances (Bakermans-Kranenburg et al., 2003). D’autres recherches sont toutefois nécessaires pour apprécier si les interventions fondées sur l’attachement peuvent réduire la probabilité que des enfants soient placés hors du foyer (Cyr et al., 2020).
Les bénéfices potentiels des interventions de soutien contrastent avec les trajectoires développementales défavorables souvent associées à une prise en charge prolongée hors du foyer (par exemple en institution ou en famille d’accueil instable ; Berlin et al., 2011). L’adoption et le placement durable dans une même famille d’accueil font exception (Palacios et al., 2019), car ils peuvent offrir, et offrent souvent, des soins familiaux sûrs, continus et suffisamment bons. D’autres formes de prise en charge prolongée hors du foyer ont en revanche été reliées de façon robuste à un large éventail de problèmes, notamment « maltraitance, abus de drogues, conduites suicidaires, morbidité psychiatrique, chômage, faibles résultats scolaires, parentalité adolescente… même après contrôle des facteurs de confusion pertinents » (van IJzendoorn et al., 2018b, p. 653).
Les trajectoires développementales négatives associées à une prise en charge prolongée hors du foyer ne doivent pas être attribuées d’office au retrait de l’enfant en lui-même. Divers facteurs souvent associés au placement peuvent être ce qui comporte un risque. Par exemple, les évolutions défavorables tiennent probablement en partie au risque élevé de prises en charge instables et de ruptures de placement (par exemple l’enfant est ramené plus tard dans son foyer d’origine, pour en être à nouveau retiré). Avec des variations selon les pays, entre un cinquième et deux tiers des placements de longue durée sont interrompus prématurément (Konijn et al., 2018 ; Oosterman et al., 2007 ; Sallnäs et al., 2004 ; Wulczyn et al., 2003), et certaines recherches rapportent des résultats similaires pour les échecs d’adoption (Palacios et al., 2019). C’est là une rupture supplémentaire liée à l’attachement pour des enfants déjà vulnérables, une instabilité qui leur laisse l’expérience d’un accès peu fiable à un havre de sécurité familier. De fait, les enfants qui ont connu de multiples changements de placement se sont révélés particulièrement exposés à des effets développementaux néfastes, dont des taux nettement plus élevés de problèmes de comportement extériorisés et intériorisés (Newton et al., 2000 ; Toussaint et al., 2018) et un fonctionnement exécutif plus faible (Lewis et al., 2007). Du point de vue de l’attachement, les tribunaux devraient chercher à donner la priorité à la continuité de soins suffisamment bons et garder à l’esprit les risques qu’entraînent les placements temporaires.
La valeur de la continuité de soins suffisamment bons mérite aussi d’être soigneusement prise en compte lorsque se pose la question, fréquente dans de nombreux pays, du retour d’enfants accueillis durablement et de façon stable en famille d’accueil auprès de leurs parents de naissance, dès lors que la capacité de ceux-ci à prodiguer des soins est jugée améliorée (en général légèrement). Le droit des parents de naissance sur leurs enfants biologiques ne devrait pas l’emporter automatiquement sur le droit des enfants à des soins continus et suffisamment bons, surtout lorsque ces enfants ont passé un temps considérable, depuis leur plus jeune âge, dans un accueil familial stable et qui fonctionne bien.
Pour prévenir tout malentendu, nous reconnaissons volontiers que les placements hors du foyer (y compris, là encore, temporaires) sont parfois nécessaires, pleinement justifiés et vitaux. Lorsque le placement en famille d’accueil est inévitable, il est impératif que les parents d’accueil bénéficient, dès le début du placement, d’interventions de soutien fondées sur les données probantes, afin de réduire le risque de rupture. De fait, un soutien insuffisant aux parents d’accueil est probablement une autre raison des effets négatifs associés à certaines formes d’accueil familial. Les enfants maltraités peuvent se comporter d’une manière qui suscite chez les familles d’accueil des comportements peu nourriciers et peu sensibles, lesquels accroissent à leur tour le risque de conflit, de rejet et de rupture du placement. Les recherches disponibles laissent penser que les interventions fondées sur l’attachement peuvent accroître efficacement la sensibilité des parents d’accueil aux signaux des enfants qui leur sont confiés (Bick et Dozier, 2013 ; Dozier et al., 2009) et favoriser de plusieurs façons un développement positif de ces enfants (Bernard et al., 2017 ; Dozier et al., 2008 ; Lind et al., 2017). Il faut toutefois noter que la recherche n’a pas pu montrer jusqu’ici que ces interventions réduisent à elles seules les ruptures de placement (Schoemaker et al., 2019).
La décision de placer un enfant en famille d’accueil devrait aussi s’accompagner d’un soutien à l’enfant et à sa famille biologique tout au long du processus de retrait. Ces interventions devraient commencer dès que la décision de retrait est prise, et viser à préparer la séparation, à aider l’enfant et sa famille à comprendre les raisons du retrait et à les rassurer sur la possibilité de garder le contact (Cassibba et Cavanna, 2018). En termes d’attachement, ces interventions peuvent non seulement réduire le stress de l’enfant et des figures de soin ; le maintien des contacts pendant le placement devrait aussi offrir à l’enfant la disponibilité d’un havre de sécurité pendant qu’il fait connaissance avec ses parents d’accueil.
Nous souhaitons aussi attirer l’attention sur des facteurs structurels qui peuvent aujourd’hui accroître le risque de placements instables. Dans certains pays, les enfants placés hors du foyer changent de famille si leur statut de placement change, par exemple du placement temporaire au placement permanent en famille d’accueil, ou du placement permanent à l’adoption. C’est parce que les familles sont agréées ou évaluées pour un type de prise en charge donné. Nous craignons aussi que savoir qu’un enfant accueilli peut soudain changer de statut et être placé dans une autre famille diminue, sans que ce soit voulu, la capacité ou la volonté des familles d’accueil de s’investir auprès de lui.
Enfin, les efforts pour préserver et soutenir les familles reposent sur un engagement financier suffisant et sur des structures sociales qui soutiennent les figures de soin et les familles au sens large, car la capacité à prodiguer des soins suffisamment bons doit être replacée dans son contexte. Les problèmes de santé mentale, l’abus de substances, le chômage, le manque d’accès à l’éducation ou aux soins de santé et l’absence de logement sûr rendent difficile, pour les figures de soin, de prodiguer des soins suffisamment bons, surtout lorsque ces conditions se cumulent. Bien que ces facteurs aggravants échappent au contrôle des tribunaux des affaires familiales, ils peuvent néanmoins influencer les décisions. Ils sont par exemple pertinents lorsqu’il s’agit d’évaluer la probabilité qu’une figure de soin parvienne à des soins suffisamment bons. Les responsables politiques feraient donc bien de suivre l’exhortation de Bowlby (1951) : « De même que les enfants dépendent absolument de leurs parents pour leur subsistance, de même, dans toutes les communautés sauf les plus primitives, les parents… dépendent d’une société plus large pour leurs moyens économiques. Si une communauté accorde de la valeur à ses enfants, elle doit prendre soin de leurs parents » (p. 84).
Des relations d’attachement supplémentaires peuvent être une ressource pour l’enfant. En général, elles ne perturbent pas les attachements existants, à moins de représenter une source de menace ou de bloquer l’accès aux relations existantes.
Le principe selon lequel un réseau de relations d’attachement est précieux pour l’enfant a des implications pour les décisions de garde : il laisse penser qu’il est souhaitable de laisser suffisamment de temps au développement et au maintien de relations d’attachement avec les deux figures de soin, sauf en cas de menace pour le bien-être et la sécurité de l’enfant ou lorsque l’un des parents souhaite « se retirer ». Il faut en même temps tenir compte de l’âge développemental de l’enfant et de l’implication antérieure de chaque parent dans les soins. La théorie et la recherche sur l’attachement ne suggèrent donc aucune norme « optimale » tranchée de répartition du temps, ni aucune durée minimale bien définie à passer avec chaque figure de soin. En un mot, les recherches empiriques sont insuffisantes pour apporter une réponse simple à ces questions, et les réponses dépendraient là encore probablement des contextes du développement de chaque enfant.
La théorie et la recherche sur la valeur d’un réseau de relations d’attachement laissent penser que l’enfant peut tirer profit d’un temps à peu près égal. À supposer que les deux parents souhaitent un temps égal et que le conflit parental ne soit pas élevé, un partage égal du temps peut constituer un objectif à long terme (Bacro et al., 2020). Cette conclusion est encore étayée par le résultat de recherche selon lequel la fréquence des contacts avec le « second parent » après le divorce prédit la fréquence des contacts et la qualité de la relation plus tard dans le développement (Steinbach, 2019). Le principe souligne aussi la valeur de solutions créatives pour préserver l’accès aux figures de soin. Un parent adolescent en difficulté peut par exemple s’installer dans une famille d’accueil avec son enfant, ce qui permet de prendre soin des deux ensemble (Child Welfare Information Gateway, 2017).
Le principe selon lequel un réseau de relations d’attachement est précieux concerne aussi la protection de l’enfance. Maintenir les relations d’attachement à la fois avec les parents d’accueil et avec les parents biologiques constitue souvent l’un des principaux objectifs de l’accueil familial, et la recherche laisse penser que les enfants accueillis peuvent être aidés à développer et à maintenir des relations d’attachement à la fois avec leurs parents biologiques et avec leurs parents d’accueil, sans conflit de loyauté (Maaskant et al., 2016). Les parents d’accueil peuvent aider l’enfant à explorer ses attentes envers les relations d’attachement et à développer une plus grande capacité à s’appuyer sur autrui en cas de besoin, grâce à l’expérience de figures de soin disponibles (Cassibba et Cavanna, 2018). Le principe peut aussi éclairer le passage d’un enfant d’une famille d’accueil à une famille adoptive. Ce passage est aujourd’hui bien trop souvent brutal, et le contact avec les parents d’accueil est souvent rompu pour longtemps (Boswell et Cudmore, 2017). Les transitions devraient au contraire prévoir un chevauchement important des soins entre parents d’accueil et parents adoptifs, ainsi que le maintien du contact avec les parents d’accueil, afin que la disponibilité d’un havre de sécurité ne soit pas interrompue pendant que l’enfant développe des attentes quant à la disponibilité de ses parents adoptifs. Hormis les cas de risque imminent de préjudice, il est difficile d’imaginer des circonstances dans lesquelles le déplacement brutal d’un enfant d’une famille d’accueil à une autre servirait son intérêt. Il en va de même pour le retour d’un enfant de la famille d’accueil chez ses parents de naissance.
Une autre implication concerne les grands-parents, les beaux-parents et les relations non parentales avec la fratrie et les membres de la famille élargie. En Chine, par exemple, le contact de l’enfant avec ses grands-parents peut être pris en compte pour décider de la garde (Cour populaire suprême de la République populaire de Chine, 1993). Ce qui compte avant tout du point de vue de l’attachement, c’est de savoir si l’enfant a développé l’attente que ces personnes lui offrent un havre de sécurité, ce qui peut être le cas ou non. Les relations entre famille d’accueil et enfant peuvent remplir une fonction de régulation émotionnelle semblable à celle des relations parent-enfant (Oosterman et Schuengel, 2007), et les enfants accueillis se sont révélés capables de développer des relations d’attachement sécures avec leurs parents d’accueil en 6 à 12 mois (Lang et al., 2016). D’autres recherches sont toutefois nécessaires pour savoir à quelle vitesse s’établit la fonction de régulation émotionnelle de la relation, et l’on ignore si une familiarité préexistante avec une tante, un oncle ou un grand-parent, par comparaison avec des parents d’accueil et adoptifs inconnus, peut donner à l’enfant une longueur d’avance pour développer des relations d’attachement sécures. On sait aussi peu de chose sur la manière dont les membres plus âgés d’une fratrie peuvent offrir un havre de sécurité, et à quel moment, sur le fait de savoir si cela apporte les mêmes bénéfices développementaux qu’un havre de sécurité offert par des adultes, et si le développement de l’aîné ou de l’aînée en paie le prix. Dans une rare étude de l’attachement dans la fratrie, menée en Zambie où les aînés jouent un grand rôle dans les soins aux plus jeunes, la majorité des enfants (72 %) avaient développé un attachement envers un membre plus âgé de leur fratrie, mais l’attachement insécure était plus fréquent que l’attachement sécure (Mooya et al., 2016).
L’accueil par la parenté et la décision de placer ensemble les enfants d’une même fratrie peuvent assurément se justifier par bien d’autres motifs que l’attachement (par exemple la préservation de l’identité culturelle). On a estimé qu’environ deux tiers des enfants placés hors du foyer ont des frères et sœurs (Wulczyn et Zimmerman, 2005), et les relations fraternelles ont tendance à revêtir une forte signification émotionnelle et constituent souvent les relations les plus durables d’une vie. Que les enfants d’une fratrie aient ou non développé entre eux des relations d’attachement, il existe généralement entre eux de forts liens affiliatifs, et être placés ensemble peut vraisemblablement leur donner à la fois un sentiment de continuité avec leur famille et un sentiment de sécurité pendant leur parcours en accueil familial. Être placés ensemble est d’ailleurs souvent le souhait explicite des enfants (Hill et al., sous presse).
La plupart des spécialistes de l’attachement s’accordent à dire que les évaluations de la qualité de l’attachement peuvent être utiles pour orienter les interventions de soutien. Les avis divergent cependant, y compris parmi les signataires du présent article, quant à leur utilité pour éclairer les décisions de protection de l’enfance et de garde. Plus précisément, les avis divergent sur la validité des mesures de l’attachement à ces fins. L’une des raisons de cette absence de consensus tient probablement à nos expériences différentes de la manière dont les mesures de l’attachement sont aujourd’hui utilisées pour orienter les évaluations et les décisions dans nos pays respectifs. Ces variations internationales tiennent sans doute aux variations des infrastructures qui soutiennent les tribunaux des affaires familiales et les professions qui leur sont associées, ainsi qu’aux variations des facteurs de malentendus évoqués plus haut. Nous sommes cependant unanimes à penser que les évaluations de la capacité de la figure de soin à offrir un havre de sécurité devraient avoir la priorité sur les évaluations de l’attachement de l’enfant.
Une partie de la recherche sur l’attachement a plaidé pour l’usage des mesures de l’attachement par les tribunaux des affaires familiales (par exemple Crittenden et al., 2013 ; Isaacs et al., 2009), une autre a mis en garde contre leur usage dans ce contexte (van IJzendoorn et al., 2018a, b). L’absence de consensus dépend de plusieurs facteurs. D’abord et surtout, elle dépend de positions différentes quant aux propriétés psychométriques actuelles des mesures de l’attachement. Comme on l’a vu, les mesures de l’attachement, comme beaucoup d’autres instruments psychologiques, ont aujourd’hui une sensibilité et une spécificité insuffisantes pour des usages diagnostiques et, plus largement, prédictifs à l’échelle individuelle. Plus précisément, les instruments de l’attachement, utilisés isolément, ne permettent pas de déterminer les soins que reçoit un enfant donné, comment un enfant donné se développera, ni les modalités de prise en charge dont un enfant donné devrait bénéficier (van IJzendoorn et al., 2018).
En conséquence, une partie d’entre nous estime que les tribunaux des affaires familiales devraient se montrer prudents avant d’admettre comme preuve toute évaluation de la qualité de l’attachement d’une seule relation entre l’enfant et une figure de soin. En attendant, d’autres recherches sont nécessaires pour améliorer les propriétés diagnostiques (sensibilité et spécificité) des instruments de l’attachement et évaluer leur utilité pour éclairer les décisions des tribunaux des affaires familiales. À en juger par les données scientifiques disponibles, nous ne savons en réalité pas si les mesures de l’attachement améliorent l’évaluation et la prise de décision des tribunaux des affaires familiales par rapport à « l’évaluation habituelle » (qui varie beaucoup selon les régions et les pays). Le plaidoyer en faveur des évaluations de l’attachement dans ce contexte (Marvin et Schutz, 2009 ; Spieker et Crittenden, 2018) paraît donc prématuré (van IJzendoorn et al., 2018a). De même, nous ne savons pas aujourd’hui si les évaluations de l’attachement font mieux que l’évaluation habituelle pour distinguer les effets des soins de facteurs de confusion pertinents comme la malnutrition, les troubles du développement, la déficience intellectuelle et la prise de médicaments. La validité incrémentale est donc une priorité urgente de la recherche.
D’un autre côté, les tribunaux des affaires familiales doivent prendre des décisions difficiles, avec ou sans évaluations psychologiques. L’évaluation psychologique est assurément préférable à l’absence de toute évaluation standardisée, qui peut accroître le risque de décisions influencées par des biais professionnels. Une autre partie d’entre nous estime donc que les évaluations de l’attachement peuvent être informatives si elles sont utilisées de manière responsable. Autrement dit, diverses mesures doivent être prises pour maximiser leur validité et garantir qu’on ne leur accorde pas un poids inapproprié au détriment d’autres considérations. Plus précisément, les mesures de l’attachement ne devraient jamais être utilisées isolément, mais faire partie d’une batterie d’évaluation plus large qui comprenne aussi une évaluation directe des comportements de soin. De fait, l’évaluation des soins devrait être au premier plan, les évaluations de l’attachement n’étant qu’un complément possible : il faut d’abord et avant tout évaluer la capacité du parent à comprendre les besoins de l’enfant et à y répondre efficacement, à connaître l’enfant et à lui accorder de la valeur, et à assumer de façon constante la conduite de la relation. Point essentiel, si le phénomène de l’attachement retient souvent largement l’attention, la théorie de l’attachement est, en son cœur, une théorie qui souligne l’importance de soins sensibles (Bowlby et Ainsworth, 1991).
En outre, si des évaluations de l’attachement servent à éclairer les délibérations du tribunal, elles devraient être réalisées à plus d’une reprise, par des personnes formellement formées à l’observation. Sans formation formelle, personne ne devrait tenter de concevoir ses propres évaluations de l’attachement, ni utiliser des méthodes insuffisamment validées élaborées par d’autres, pour ensuite invoquer la qualité supposée de l’attachement de l’enfant dans des recommandations aux tribunaux des affaires familiales. La validité des mesures de l’attachement repose sur le respect des protocoles standardisés de passation et de codage. Comme la passation et le codage de l’attachement sont difficiles, l’usage des mesures de l’attachement exige généralement une formation approfondie ainsi que la réussite d’un test de fiabilité du codage. Dans la recherche sur l’attachement, un second codage indépendant est d’ailleurs généralement utilisé pour garantir la fiabilité. Comme on l’a vu, divers facteurs peuvent aussi conduire un enfant à se comporter ponctuellement de façon non représentative (par exemple la maladie, des séparations récentes et un stress excessif). La norme décrite ci-dessus, qui consiste à utiliser les mesures de l’attachement avec d’autres mesures et à examiner l’attachement à plus d’une reprise, est conforme aux recommandations relatives à l’évaluation psychologique en matière de protection de l’enfance (par exemple American Psychiatric Association [APA], 2013).
Enfin, il faut veiller à ne pas trop se focaliser sur les classifications catégorielles en elles-mêmes (sécurité contre insécurité, organisation contre désorganisation), qui posent des problèmes semblables à ceux du diagnostic catégoriel en psychologie et en psychiatrie, en ce qu’elles réduisent les nuances. Par exemple, des enfants qui reçoivent la même classification d’attachement désorganisé peuvent différer nettement par l’intensité (par exemple un score de 5 ou de 9 sur l’échelle continue de désorganisation) et par le sous-thème des comportements désorganisés qu’ils manifestent (par exemple des mouvements asymétriques ou de l’appréhension envers la figure de soin). Au-delà des classifications, plusieurs échelles d’observation, qui cotent de manière continue et plus fine les comportements de l’enfant et de la figure de soin, ont été élaborées et validées, comme l’Attachment Q Sort (AQS ; Waters et Deane, 1985 ; van IJzendoorn et al., 2004), le Maternal Behavior Q Sort (MBQ ; Pederson et al., 1990) et le Coding Interactive Behavior (CIB ; Feldman, 1998).
Il importe de souligner que les mesures de l’attachement sont conçues et validées pour des contextes standardisés. En outre, les évaluations de l’attachement comme des soins ont généralement été utilisées dans des contextes de stress au plus léger à modéré. Or, en contexte médico-légal, les évaluations se déroulent souvent dans des circonstances très chargées sur le plan affectif pour les figures de soin et les enfants, parfois en pleine séparation entre l’enfant et la figure de soin. La différence de stress vécu entre ces contextes est un facteur de confusion potentiel important (Smith et al., 2012b), et il n’existe aujourd’hui aucune recherche sur la validité des mesures de l’attachement dans de telles conditions. Nous soulignons donc que la validité des évaluations de la qualité de l’attachement et des comportements de soin est inconnue dans ces circonstances. Nous savons que les évaluations doivent parfois être réalisées dans des circonstances stressantes, et que certaines mesures des soins aujourd’hui insuffisamment validées pour ce contexte peuvent représenter la meilleure solution disponible. Ces lacunes de connaissances devraient cependant influer sur le poids accordé à de telles preuves et, selon une partie d’entre nous, des observations non standardisées réalisées par des spécialistes d’expérience apportent au moins autant de connaissances crédibles, voire davantage.
L’évaluation de la capacité d’une figure de soin à améliorer ses soins pourrait résoudre ce dilemme. Plus précisément, c’est le potentiel de la figure de soin à prodiguer des soins suffisamment bons qui constitue le résultat recherché, et les évaluations peuvent donc apprécier si une figure de soin est probablement capable d’améliorer ses soins jusqu’à ce niveau. Les familles peuvent par exemple bénéficier d’une intervention visant à éviter une discipline sévère et à promouvoir des soins constants et sensibles, et les comportements de soin et ceux de l’enfant peuvent être évalués avant et après l’intervention, comme indice de la façon dont la figure de soin répondra probablement à un soutien futur. Point important, ces interventions peuvent être brèves, ce qui rend l’approche réalisable dans un délai court. Les premiers résultats de cette approche de la « capacité de changement » indiquent une meilleure validité prédictive pour l’évolution des parents et de l’enfant que l’évaluation habituelle (Cyr et al., 2012). Il faut toutefois noter que l’efficacité de ces interventions peut dépendre de facteurs contextuels qui influencent la réceptivité de la figure de soin. Par exemple, des figures de soin qui vivent un stress très élevé, en raison d’un risque aigu de perdre la garde de leurs enfants, risquent de ne pas pouvoir en tirer profit. De fait, un essai contrôlé randomisé récent mené auprès de familles en fin de procédure judiciaire, à qui une telle intervention était proposée en dernier recours après un long parcours de soutien à domicile, n’a montré aucune différence de prédiction par rapport à l’évaluation habituelle (Van der Asdonk et al., sous presse).
Bien que d’autres données soient nécessaires, les interventions devraient intervenir en priorité tôt dans le processus d’investigation et être proposées avec bienveillance et dans une optique de soutien plutôt que comme une « dernière chance ». Il faut en outre reconnaître que la réponse d’une figure de soin à une intervention donnée peut aussi dépendre de l’adéquation de cette intervention et de la qualité de sa mise en œuvre : une figure de soin qui ne répond pas à une intervention fondée sur les données probantes peut répondre à une autre, compte tenu de l’âge de l’enfant, de son besoin de stabilité et de sa capacité à attendre.
Des universitaires ont suggéré que les évaluations de l’attachement pouvaient aider à décider de la garde et de la répartition du temps, ou ont constaté que des tribunaux les utilisaient à cette fin (par exemple Aitani, 2015 ; Kohm, 2007). Ce plaidoyer est malavisé, car on ignore aujourd’hui si, et de quelle manière, un enfant gagne à passer plus de temps avec un parent envers qui il a un attachement sécure qu’avec un parent envers qui il a un attachement insécure. En outre, priver considérablement un enfant de temps avec un parent est en soi un facteur de risque d’insécurité et de désorganisation dans cette relation (Hazen et al., 2015 ; Umemura et Jacobvitz, 2014). Pour revenir à la distinction entre qualité de l’attachement et qualité globale de la relation, l’insécurité ne signifie pas que l’enfant ne tire aucun bénéfice de sa relation avec un parent. L’insécurité comporte des désavantages probabilistes à long terme pour certains aspects du développement de l’enfant, mais elle n’est pas pathologique. Accorder une importance excessive à l’attachement sécure risque donc de priver l’enfant de temps avec des figures de soin qui lui apportent beaucoup dans d’autres domaines. Enfin, on ignore dans quelle mesure les évaluations de l’attachement sont valides pendant les litiges de garde, où parents et enfants peuvent paraître plus anxieux en raison du conflit en cours et de ses répercussions.
Dans les litiges de garde, les tribunaux des affaires familiales ont souvent affaire à des adultes blessés, centrés sur leurs propres besoins et parfois motivés à faire souffrir l’autre parent. Les enfants peuvent se retrouver pris au milieu de ces conflits acrimonieux, et les procédures contradictoires peuvent encore les attiser et aggraver la situation. De fait, on considère depuis longtemps que l’un des aspects les plus néfastes du divorce pour les enfants pourrait être le conflit parental dont ils sont témoins avant, pendant et après le divorce (Amato et Keith, 1991 ; Kalmijn, 2016). Le conflit conjugal chronique a d’ailleurs été relié à un risque accru d’attachement désorganisé chez l’enfant (Owen et Cox, 1997). Les tribunaux peuvent jouer un rôle important dans la dynamique entre les figures de soin, et la procédure judiciaire devrait encourager les figures de soin à trouver leurs propres solutions sans avoir besoin d’un jugement formel (Mnookin, 2014 ; Pruett et al., 2016). Des décisions claires sur la garde et la répartition du temps, y compris sur la manière dont sont évalués les facteurs liés à l’attachement de l’enfant, peuvent donc renforcer la capacité des figures de soin à coopérer plutôt qu’à s’affronter, et influer sur leur décision de se battre ou non pour obtenir la garde exclusive. Par exemple, s’il est clairement établi que les tribunaux s’appuient sur les principes de l’attachement exposés plus haut, notamment l’importance d’un réseau de relations d’attachement et d’un contact continu avec chaque figure d’attachement, cela peut rendre les figures de soin plus conscientes de l’importance de l’autre figure de soin pour l’enfant. Cela peut à son tour renforcer leur motivation à coopérer et les dissuader de se battre pour la garde exclusive. Par ailleurs, savoir que les tribunaux ne fondent pas leurs décisions de garde et de répartition du temps sur la qualité supposée de l’attachement de l’enfant envers chaque figure de soin peut réduire les batailles pour la garde exclusive fondées sur de tels arguments.
Si le conflit après le divorce ne peut être résolu et que les figures de soin ne parviennent pas à trouver une façon suffisamment bonne de coopérer, la garde exclusive peut devenir inévitable en dernier recours. Les décisions sur la répartition du temps peuvent néanmoins garantir que l’enfant passe assez de temps avec ses deux parents pour développer et maintenir des relations d’attachement. Dans le sillage de la notion de « parentalité coopérative » (Boyan et Termini, 1999), certains pays comme la Suède tiennent compte de la capacité des parents à coopérer autour de leur(s) enfant(s) dans les décisions relatives à la garde. Lorsqu’il faut trancher sur la garde, l’accent est mis sur la mesure dans laquelle chaque parent a facilité ou entravé les contacts de l’enfant avec l’autre parent. Par exemple, si un parent a fait obstacle aux contacts de l’enfant avec l’autre parent et aux passages de l’un à l’autre, tandis que l’autre les a facilités, la garde est souvent confiée au parent qui a montré sa capacité à agir dans l’intérêt de l’enfant. Ce principe doit bien sûr lui aussi être communiqué et appliqué avec discernement, pour éviter qu’après un divorce, des parents renoncent à engager des discussions sur leurs pratiques de soin par crainte que leur attitude ne soit jugée peu coopérative.
Si un attachement insécure semble présent dans la relation d’un enfant avec une figure de soin, il ne faut pas l’ignorer, car il peut éclairer les interventions de soutien. Nous considérons toutefois que les évaluations de la capacité d’une figure de soin à offrir un havre de sécurité à l’enfant lorsqu’il est alarmé sont plus précieuses pour cibler les interventions de soutien que l’information sur la classification de l’attachement de l’enfant en elle-même, surtout lorsque l’enjeu principal est d’obtenir des soins plus efficaces. Ces évaluations du havre de sécurité ont été élaborées pour des enfants de différents âges et peuvent être utilisées en milieu naturel (Farnfield et Holmes, 2014 ; Madigan, 2019), même si leur application pratique doit encore être validée de façon adéquate. Les obstacles à la fonction de havre de sécurité sont aussi d’une importance particulière pour repérer et cibler un soutien (par exemple des interventions sur les soins) auprès des familles dans les contextes de protection de l’enfance et de garde. En outre, les problèmes de précision diagnostique des évaluations sont bien moins graves lorsqu’elles servent à cibler des interventions de soutien que lorsqu’il s’agit de décider s’il faut ou non placer un enfant hors du foyer (pour un argument semblable, voir Faigman et al., 2014). Même si les figures de soin peuvent continuer à craindre que leur enfant soit finalement placé, préciser que l’objectif est d’orienter un travail de soutien peut aider à retrouver les contextes de difficulté légère à modérée, ou le milieu naturel, pour lesquels les mesures ont été élaborées et validées.
Par exemple, des indices d’une relation d’attachement évitante peuvent ouvrir une fenêtre sur les attentes probables de l’enfant envers cette relation. Apprendre qu’il est plus probable qu’une enfant s’attende à ce qu’une figure de soin la rejette lorsqu’elle est bouleversée (attachement insécure-évitant) peut aider à fixer les priorités d’une intervention de soutien auprès de la famille, qu’il s’agisse de parents biologiques ou de parents d’accueil (Brumariu et al., 2018 ; Green et al., 2000). Plus utile encore serait une évaluation des soins montrant que la fonction de havre de sécurité de la figure de soin est limitée par le rejet des tentatives de l’enfant pour obtenir sa disponibilité. Une telle évaluation est plus directe, et donc plus pertinente, qu’une évaluation de la qualité de l’attachement de l’enfant.
Avec ces informations, les équipes peuvent aider la famille à repérer les moments où l’enfant est bouleversée, même si elle ne le montre pas ouvertement, et la manière d’y répondre de façon appropriée. En outre, et c’est particulièrement important en famille d’accueil, expliquer aux figures de soin comment l’histoire des soins reçus par l’enfant peut la prédisposer à certains comportements peut les aider à réguler le sentiment d’être rejetées lorsque l’enfant ne cherche pas de soutien, et à rester disponibles pour elle (Stovall et Dozier, 2000). À l’inverse, apprendre qu’il est plus probable qu’un enfant s’attende à ce que les adultes ne soient vraiment disponibles que s’il manifeste une forte détresse et réclame beaucoup de disponibilité (attachement insécure-résistant) indique une autre voie. Là encore, cependant, une évaluation des soins réels permettant d’observer directement cette dynamique fournirait une information plus solide et moins inférentielle. Il est alors possible d’aider la famille à répondre de façon constante et à faire comprendre que la disponibilité n’est pas subordonnée aux manifestations de détresse. L’évaluation des représentations d’attachement des figures de soin peut aussi être utile pour cibler le soutien. Par exemple, des représentations d’attachement sécures chez des parents adoptifs d’enfants ayant vécu en institution ont été reliées à une probabilité accrue d’attachement sécure chez l’enfant (Barone et al., 2017).
Sans doute certains champs de recherche future peuvent-ils être repérés plus facilement par les personnes qui exercent dans ce domaine. En tant que communauté, nous souhaitons dialoguer avec elles et cherchons des occasions d’initiatives de recherche collaboratives et co-construites. Pour notre part, nous percevons un besoin particulier de recherche collaborative dans les domaines qui suivent. La recherche collaborative que nous envisageons ici peut idéalement aider à combler le fossé entre recherche et pratique et à construire des infrastructures qui soutiennent un transfert exact des connaissances (Nicolini et al., 2012).
Il y a de bonnes raisons de penser que les décisions de garde et de protection de l’enfance ont un effet sur la qualité de l’attachement de l’enfant, mais les connaissances empiriques sont aujourd’hui très minces. Pour les affaires de garde, des recherches sont nécessaires pour savoir si des différences de répartition du temps sont associées à des différences d’attachement de l’enfant. Par exemple, l’autorité parentale conjointe et un partage égal du temps sont-ils associés à des taux d’attachement sécure plus élevés que la garde exclusive et un partage inégal du temps ? Ces recherches devraient aussi examiner les facteurs susceptibles d’influencer l’association entre répartition du temps et attachement de l’enfant, comme le conflit parental.
Pour la protection de l’enfance, la recherche devrait examiner si, et dans quelles circonstances, les retraits d’enfants sont associés à une plus grande sécurité de l’attachement que le maintien dans la famille d’origine. Si plusieurs études ont examiné les relations d’attachement des enfants avec leurs parents d’accueil (par exemple Gabler et al., 2014 ; Van der Dries et al., 2009), la recherche pourrait comparer l’attachement de l’enfant envers ses parents d’accueil et son attachement envers des parents de naissance bénéficiant d’une intervention de soutien. La pertinence éventuelle du type de maltraitance et du moment du développement devrait être examinée. De même, des recherches sont nécessaires pour savoir si, et dans quelles circonstances, le retour des enfants chez leurs parents de naissance après un placement est associé à des taux de sécurité de l’attachement plus élevés que le maintien en famille d’accueil. Les réponses à ces questions sont d’une importance cruciale pour l’objectif des tribunaux de servir l’intérêt supérieur de l’enfant ou de garantir des soins suffisamment bons ; même si la sécurité de l’attachement n’est qu’une partie d’une relation positive entre l’enfant et la figure de soin, c’en est une partie importante.
Nous avons présenté comme principes fondamentaux de la théorie de l’attachement et de la science du développement le besoin qu’a l’enfant de figures de soin familières, non maltraitantes et non négligentes, la continuité de soins suffisamment bons et un réseau de relations d’attachement. La connaissance de ces principes peut-elle améliorer la pratique judiciaire et les évaluations du travail social sur des critères clés comme la qualité des soins, la continuité de soins suffisamment bons, la survenue ultérieure de maltraitance ou de négligence et le bien-être de l’enfant ? Outre ces questions essentielles, nous appelons à des recherches sur les questions connexes, mais plus précises, qui suivent :
Répondre à ces questions et à d’autres questions pertinentes, repérées par les personnes qui exercent ou enseignent en travail social et en droit de la famille, serait sans doute facilité par une collaboration accrue entre nos disciplines respectives. Des questions de recherche élaborées ensemble et la co-construction de normes pour une application appropriée des résultats de recherche peuvent être très bénéfiques à la recherche comme à la pratique (Madigan, 2019 ; van IJzendoorn, 2019). En bref, nous appelons au dialogue et au lancement d’efforts co-construits.
Les tribunaux des affaires familiales sont dans une position très difficile : ils doivent prendre des décisions difficiles, qui bouleversent des vies et peuvent en sauver. Ces décisions exigent de peser des probabilités sur le développement futur de l’enfant. Nous avons soutenu que la théorie et la recherche sur l’attachement sont pertinentes pour soutenir les enfants et les personnes qui en prennent soin. Plus précisément, nous avons mis en avant trois principes fondamentaux de l’attachement qui peuvent servir à guider les délibérations judiciaires : le besoin qu’a l’enfant de figures de soin familières et non maltraitantes ; la valeur de la continuité de soins suffisamment bons ; et les bénéfices des réseaux de relations d’attachement. Nous avons en outre souligné l’intérêt des évaluations des soins comme de l’attachement pour éclairer les interventions de soutien. Des essais ont aussi montré que les relations d’attachement réagissent aux interventions sur les soins fondées sur les données probantes.
Il est impératif d’apporter aux familles un soutien qui favorise des soins suffisamment bons, et de ne pas menacer la continuité des soins sans les justifications les plus sérieuses. Nous avons en outre soutenu que, si le retrait de l’enfant est parfois justifié, rompre des liens d’attachement établis comporte des risques, et que ce retrait conduit souvent à des prises en charge hors du foyer instables, aux conséquences néfastes pour le développement de l’enfant. Lorsque le retrait est inévitable, ce qui est bien sûr parfois le cas, il est donc impératif d’obtenir des placements stables marqués par des soins suffisamment bons. Lorsqu’il ne l’est pas, on peut servir l’intérêt supérieur de l’enfant en se contentant de soins continus suffisamment bons et en aidant les figures de soin à les prodiguer.
Nous avons souligné que les mesures de la qualité de l’attachement, élaborées pour la recherche à l’échelle des groupes, ont une sensibilité et une spécificité limitées à l’échelle d’enfants et de figures de soin pris individuellement. Une grande partie de la recherche sur l’attachement estime donc que les classifications de l’attachement ne devraient pas servir à orienter les décisions de garde et de protection de l’enfance, qui devraient plutôt porter sur les comportements de soin. Une autre partie de la recherche sur l’attachement estime cependant que les évaluations de l’attachement peuvent être utiles dans ce contexte, en soulignant, parmi d’autres considérations importantes, que ces observations doivent alors faire partie d’une batterie d’évaluation plus large qui comprenne aussi l’observation des comportements de soin.
Enfin, nous avons proposé des pistes de travail collaboratif entre la recherche sur l’attachement, le monde universitaire et la pratique du droit de la famille. Grâce à la collaboration interdisciplinaire, nous espérons accélérer le travail dans ce domaine extrêmement important de la science appliquée.
Complexe Systémique : à retenir
Le texte est précieux parce qu’il vient de l’intérieur : ce sont des spécialistes de l’attachement qui reconnaissent avoir parfois survendu leurs outils. La leçon centrale est une distinction : la qualité de l’attachement d’un enfant n’est ni la qualité de la relation, ni la sensibilité du parent, ni un pronostic individuel. Les classifications, valides à l’échelle des groupes, ne disent pas ce qui arrivera à cet enfant-là ; un attachement « insécure » concerne près d’un enfant sur deux et n’est pas une pathologie ; même la désorganisation n’est pas une preuve de maltraitance. Pour la clinique systémique, les trois principes proposés résonnent fortement : des figures de soin familières et non maltraitantes, la continuité de soins « suffisamment bons » plutôt qu’un intérêt supérieur idéalisé, et un réseau de relations plutôt qu’un parent unique. Ils invitent à regarder les soins, le contexte et les liens à préserver, y compris avec la famille d’accueil quand l’enfant la quitte. La limite tient aux désaccords que le texte expose honnêtement, notamment sur les nuits chez le parent non résident et sur l’usage des évaluations en protection de l’enfance. À lire avec l’article sur les divorces très conflictuels, et avec l’article sur les ruptures de placement en famille d’accueil.
Notes de l’original
1 Tous les pays n’ont pas de tribunaux des affaires familiales ; certains recourent à d’autres institutions (par exemple les tribunaux pour enfants) pour statuer dans les affaires dont il est question ici. Faute d’un terme générique plus approprié, nous employons néanmoins tout au long de cet article l’expression « tribunaux des affaires familiales » pour désigner les institutions de la société chargées des décisions juridiques en matière de protection de l’enfance ou de garde.
2 Selon l’article 12 de la CIDE (1989), l’opinion de l’enfant doit être dûment prise en considération. Dans le contexte du divorce des parents et des évaluations relatives à la garde, l’une des façons de connaître l’opinion d’un enfant est évidemment de la lui demander, ce qui se fait souvent lorsque son développement le permet (par exemple à partir de 10 à 12 ans environ). C’est cependant difficile avec les enfants plus jeunes, qui sont au cœur du présent article ; observer comment ils réagissent aux personnes qui prennent soin d’eux peut alors être une manière de comprendre leur point de vue.
Liens d’intérêts. L’ensemble des signataires déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Remerciements. Nous remercions Katarina Alexius pour sa relecture approfondie du manuscrit du point de vue du droit, et Joshua Juvrud pour la révision linguistique.
Financement. Ce travail a été soutenu par des subventions du Conseil suédois de la recherche (subvention 2017-03315) et du Conseil suédois de la recherche pour la santé, la vie professionnelle et le bien-être (subvention 2017-01182) attribuées à Pehr Granqvist et Tommie Forslund, ainsi que par un Medical Humanities Investigator Award du Wellcome Trust (subvention WT103343MA) attribué à Robbie Duschinsky.
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Traduction non officielle en français de L’attachement au tribunal : protection de l’enfance et questions de garde, par Tommie Forslund, Pehr Granqvist, Marinus H. van IJzendoorn, Avi Sagi-Schwartz, Danya Glaser, Miriam Steele, Mårten Hammarlund, Carlo Schuengel, Marian J. Bakermans-Kranenburg, Howard Steele, Phillip R. Shaver, Ulrike Lux, John Simmonds, Deborah Jacobvitz, Ashley M. Groh, Kristin Bernard, Chantal Cyr, Nancy L. Hazen, Sarah Foster, Elia Psouni, Philip A. Cowan, Carolyn Pape Cowan, Anne Rifkin-Graboi, David Wilkins, Blaise Pierrehumbert, George M. Tarabulsy, Rodrigo A. Carcamo, Zhengyan Wang, Xi Liang, Maria Kázmierczak, Paulina Pawlicka, Lilian Ayiro, Tamara Chansa, Francis Sichimba, Haatembo Mooya, Loyola McLean, Manuela Verissimo, Sonia Gojman-de-Millán, Marlene M. Moretti, Fabien Bacro, Mikko J. Peltola, Megan Galbally, Kiyomi Kondo-Ikemura, Kazuko Y. Behrens, Stephen Scott, Andrés Fresno Rodriguez, Rosario Spencer, Germán Posada, Rosalinda Cassibba, Neus Barrantes-Vidal, Jesus Palacios, Lavinia Barone, Sheri Madigan, Karen Mason-Jones, Sophie Reijman, Femmie Juffer, R. Pasco Fearon, Annie Bernier, Dante Cicchetti, Glenn I. Roisman, Jude Cassidy, Heinz Kindler, Peter Zimmerman, Ruth Feldman, Gottfried Spangler, Charles H. Zeanah, Mary Dozier, Jay Belsky, Michael E. Lamb et Robbie Duschinsky, Attachment & Human Development, vol. 24, no 1, p. 1-52 (2022), doi : 10.1080/14616734.2020.1840762, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (déclarations regroupées dans les notes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Attachment Goes to Court: Child Protection and Custody Issues », publié dans Attachment & Human Development (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Forslund, T., Granqvist, P., van IJzendoorn, M. H., Sagi-Schwartz, A., Glaser, D., Steele, M., Hammarlund, M., Schuengel, C., Bakermans-Kranenburg, M. J., Steele, H., Shaver, P. R., Lux, U., Simmonds, J., Jacobvitz, D., Groh, A. M., Bernard, K., Cyr, C., Hazen, N. L., Foster, S., … Duschinsky, R. (2022). L’attachement au tribunal : protection de l’enfance et questions de garde (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-attachement-au-tribunal-protection-de-l-enfance-et-questions-de-garde (Œuvre originale publiée en 2021 dans Attachment & Human Development, 24(1), 1-52 (2022) ; republiée en 2022 par Attachment & Human Development, https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/14616734.2020.1840762)
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