Child & Family Social Work · Travail social

Le cadre restauratif : une théorie ancrée des facteurs de protection contre les ruptures de placement en famille d’accueil

Pourquoi certains placements en famille d’accueil tiennent-ils quand d’autres se rompent ? À partir de 22 entretiens croisés avec des parents d’accueil, des personnes référentes et des thérapeutes aux États-Unis, une équipe de travail social dégage quatre processus protecteurs, dont une « résilience relationnelle » qui permet de rester en lien avec l’enfant au plus fort de la crise, et propose d’adapter le modèle de Belsky à l’accueil familial.

Auteurs J. Wesley Furlong et Gaynor Yancey (école de travail social Diana R. Garland, université Baylor, Waco, Texas, États-Unis) ; Jillian Landers (école de travail social Steve Hicks, université du Texas à Austin, États-Unis)Première publication Child & Family Social Work, 30 juin 2025Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le cadre restauratif : une théorie ancrée des facteurs de protection contre les ruptures de placement en famille d’accueil, par J. Wesley Furlong, Jillian Landers et Gaynor Yancey, publié dans Child & Family Social Work (Wiley) (2026), doi : 10.1111/cfs.70008, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; les figures restent en anglais, avec des légendes traduites. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

La recherche de soutien n’est donc pas seulement un comportement, mais aussi une orientation vers l’interdépendance.

J. Wesley Furlong, Jillian Landers et Gaynor Yancey

Résumé

Cette étude a utilisé la théorie ancrée pour explorer les facteurs de protection contre les ruptures de placement en famille d’accueil. Vingt-deux entretiens ont été menés avec des parents d’accueil, des personnes référentes de l’agence et des thérapeutes qui accompagnaient 14 enfants plus âgés ou fratries ayant connu des ruptures de placement et pour qui le risque d’en connaître d’autres était élevé. Un modèle théorique des traits dispositionnels des parents a été élaboré afin d’éclairer les efforts pour atténuer les causes de rupture liées au lieu de placement. Cette théorie propose un cadre de quatre processus protecteurs (adaptabilité active, résilience relationnelle, plaidoyer déférent et recherche de soutien) qui atténuent les causes fréquentes de rupture liées au lieu de placement (stress, manque de contrôle, contraintes de ressources et attentes déçues). La théorie étend le modèle des déterminants de la parentalité de Belsky à l’accueil familial, avec trois modifications. Les implications pour la pratique comprennent des outils de formation et d’évaluation sur le cadrage restauratif en accueil familial, notamment pour les formations préalables à l’agrément et pour guider les personnes référentes dans les décisions de placement.

1. Introduction

La rupture de placement en famille d’accueil reste l’un des obstacles les plus insolubles du système américain de protection de l’enfance (Connell et al. 2006 ; Helton 2011). Malgré des efforts coordonnés dans l’ensemble du système, les ruptures de placement restent obstinément élevées, en particulier après 12 mois de placement (Children’s Bureau 2020). À partir des rapports des États dans le système AFCARS (Adoption and Foster Care Analysis and Reporting System), nous estimons que 37,2 % des enfants placés en famille d’accueil (n = 227 526) ont connu trois ruptures de placement ou plus en 2019. Ce pourcentage global masque toutefois l’effet de la durée du placement. Parmi les enfants placés depuis 12 mois ou moins, 16,51 % ont connu trois ruptures ou plus (n = 47 290). Comme le montre le tableau 1, la proportion atteint 35,09 % pour les enfants placés depuis 12 à 24 mois (n = 64 623) et 60,12 % pour ceux placés depuis plus de 2 ans (n = 115 613).

Tableau 1 — Nombre de ruptures selon la durée du placement (2019)

Pour chaque durée : niveau de ruptures, effectif et pourcentage.

  • 12 mois ou moins. Deux ruptures ou moins : 247 065 (83,02 %) ; trois ou plus : 47 290 (16,51 %).
  • De 12 à 24 mois. Deux ruptures ou moins : 121 418 (64,60 %) ; trois ou plus : 64 623 (35,09 %).
  • 2 ans et plus. Deux ruptures ou moins : 76 677 (39,51 %) ; trois ou plus : 115 613 (60,12 %).

Il a été montré que les ruptures de placement nuisent à presque tous les aspects du développement de l’enfant, notamment au développement physique et cérébral (Johnson et al. 2018), à l’estime de soi (Becker et al. 2006) et à la confiance envers les adultes (Humphreys et al. 2015 ; Rock et al. 2015). La recherche sur la théorie de l’attachement a fait mieux mesurer l’importance de la stabilité du placement en accueil familial. La stabilité du placement est fondamentale pour un attachement sécure, et la qualité de l’attachement d’un enfant a de larges implications pour son bien-être. Les études sur les styles d’attachement des enfants placés révèlent de fortes associations entre dimensions insécures de l’attachement (par exemple l’évitement et l’anxiété d’attachement) et effets néfastes sur la santé mentale (Bederian-Gardner et al. 2017 ; Hobbs et al. 2021). À l’inverse, l’attachement sécure est lié à moins de comportements extériorisés (Rubin et al. 2007), à des niveaux plus faibles de psychopathologie (Humphreys et al. 2015) et à de meilleurs résultats scolaires (Zima et al. 2000).

Compte tenu de l’importance de la stabilité du placement pour un attachement sain et pour le bien-être de l’enfant, réussir à recruter et à retenir des parents d’accueil a été désigné comme un enjeu urgent aux échelons national et des États (Government Accountability Office [GAO], 2018, dans Hanlon et al. 2021). Malgré une large reconnaissance de cet enjeu, le taux de renouvellement des parents d’accueil reste obstinément élevé. Wulczyn et al. (2018) ont observé que 25 % des nouveaux foyers d’accueil ferment dans les 4 premiers mois, et entre 30 et 50 % au cours de la première année (Gibbs et Wildfire 2007). Haskins et al. (2019) ont estimé un taux de fermeture semblable, de 30 à 40 % chaque année, tandis que le National Council for Adoption (2018b) faisait état plus généralement d’une baisse « à deux chiffres » au cours de la deuxième année d’agrément des foyers d’accueil (Wulczyn et al. 2018). Ce taux de renouvellement élevé est particulièrement préoccupant, sachant que 59 % des enfants placés en famille d’accueil le restent au moins 1 an, et 33 % deux ans ou plus (AFCARS 29, 2022). Les parents d’accueil n’exerçant en moyenne que 8 à 14 mois (Gibbs et Wildfire 2007), bien en deçà de la durée moyenne de placement des enfants, 21 mois (AFCARS 29, 2022), il en résulte un décalage critique entre la disponibilité des personnes qui accueillent et les besoins des enfants, ce qui accroît le risque de rupture de placement.

Il faut cependant reconnaître que l’évaluation de la stabilité des placements est compliquée par le fait que certaines transitions sont dans l’intérêt de l’enfant et nécessaires pour atteindre l’objectif du projet de l’enfant. De fait, la plus récente évaluation fédérale CFSR (2020) a constaté que 43 % des 922 changements de placement examinés avaient été planifiés par l’agence afin « d’atteindre les objectifs du projet de l’enfant ou de répondre à ses besoins » (CFSRS Aggregate Report 2020). La recherche en protection de l’enfance sur la stabilité des placements s’est surtout intéressée aux facteurs qui contribuent aux fins de placement non planifiées, que nous appelons « ruptures de placement ». Dans cette étude, nous limitons notre attention aux ruptures de placement non planifiées, à l’initiative d’un parent d’accueil.

Malgré les conséquences bien documentées de l’instabilité des placements, on sait relativement peu de choses des facteurs de protection liés au lieu de placement, en particulier lorsque le risque est élevé. Avec la mise en œuvre de la loi Family First Prevention Services Act (FFPSA), qui donne la priorité aux placements en milieu familial sur l’accueil collectif, il nous faut déterminer les caractéristiques des foyers d’accueil qui favorisent la stabilité.

1.1 Les approches actuelles pour réduire les ruptures de placement

Une analyse de la manière dont les États cherchent à réduire les ruptures de placement (Blakey et al. 2012) a relevé huit approches (de la plus à la moins fréquente) : (1) les services aux enfants placés, (2) le placement et l’appariement, (3) le recrutement et la sélection des parents d’accueil, (4) le soutien et les services continus aux parents d’accueil, (5) la formation, (6) la consultation et la collaboration, (7) les approches collaboratives en équipe et (8) l’association des parents biologiques. Les frères et sœurs placés ensemble obtiennent de meilleurs résultats en matière de permanence (Akin 2011) et connaissent moins de ruptures de placement (Waid et al. 2016).

Deux programmes de formation et de soutien des parents d’accueil, fondés sur des données probantes, ont montré leur capacité à réduire les ruptures : le Multidimensional Treatment Foster Care (MTFC) et le programme KEEP (Keeping Foster parents Supported and Trained). Dans le MTFC, les parents d’accueil remplissent le Parent Daily Report (PDR ; Chamberlain et Reid 1987) lors d’appels téléphoniques quotidiens avec l’équipe du programme et participent à des groupes de soutien hebdomadaires. Un soutien de crise est aussi disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Ces mesures proactives contribuent probablement au faible taux de rupture du programme (Bergström et Höjman 2015). Le programme KEEP offre aux parents d’accueil une formation aux soins tenant compte du traumatisme et à la gestion des comportements avant les placements, ainsi qu’un soutien continu, mais il est moins intensif que le MTFC. Chamberlain et Lewis (2010) ont recommandé une approche graduée du soutien, fondée sur une communication fréquente avec les parents d’accueil, qui commence par KEEP lorsqu’un soutien est nécessaire et s’étend au MTFC, plus intensif et plus coûteux, lorsque les difficultés persistent. Il a aussi été montré que réduire le renouvellement des personnes référentes diminue les ruptures en raccourcissant le délai pour parvenir à une solution de permanence positive (Potter et Klein-Rothschild 2002).

Le constat que des frères et sœurs placés ensemble, une bonne formation et un bon soutien des parents d’accueil et une continuité des personnes référentes peuvent réduire les ruptures souligne l’importance d’une approche systémique, attentive à la manière dont les facteurs de protection agissent ensemble. Le choix de mettre fin au placement d’un enfant est souvent une décision complexe, qui mûrit dans la durée. En s’appuyant sur le modèle des déterminants de la parentalité (Belsky 1984), cette étude a examiné comment les facteurs de protection liés au lieu de placement agissent collectivement et dans leur contexte social.

1.2 Cadre théorique : le modèle des déterminants de la parentalité

Dans le modèle des déterminants de la parentalité de Belsky (1984), le fonctionnement parental est façonné par l’interdépendance de trois déterminants principaux : les ressources psychologiques personnelles des parents, les caractéristiques de l’enfant et les sources contextuelles de stress et de soutien. Le modèle met l’accent sur les effets directs et indirects de ces déterminants sur le fonctionnement parental, au sein d’un système structuré mais souple. Le stress et le soutien peuvent agir sur la parentalité par une voie directe, ou par une voie indirecte en influençant d’abord le bien-être psychologique. La personnalité d’un parent peut influencer sa manière de vivre le soutien et le stress contextuels, ce qui peut façonner son fonctionnement parental. Les trois déterminants n’ont pas le même poids sur le fonctionnement parental (p. 84). Les ressources psychologiques personnelles des parents ont une plus grande capacité à atténuer le stress pesant sur la relation parent-enfant que les sources contextuelles de soutien, qui ont elles-mêmes une plus grande capacité que les caractéristiques de l’enfant. La figure 1 illustre ces voies interdépendantes du modèle de Belsky.

Schéma du modèle des déterminants de la parentalité de Belsky : histoire développementale, relations conjugales, réseau social et travail, personnalité, caractéristiques de l'enfant et fonctionnement parental, reliés par des flèches
Figure 1. Le modèle des déterminants de la parentalité de Belsky (schéma original en anglais)

Les ressources psychologiques d’un parent sont façonnées par sa propre histoire développementale et par son système social, en particulier les relations conjugales, les réseaux sociaux et l’expérience de travail. La personnalité a un effet direct sur le fonctionnement parental et elle est elle-même influencée par le contexte social et l’histoire développementale.

Le modèle de Belsky reste un cadre théorique solide pour comprendre les influences qui s’exercent sur les comportements parentaux et la résilience familiale (Taraban et Shaw 2018 ; Bornstein 2015 ; Roggman et al. 2008). Le cadre de la parentalité développementale (Roggman et al. 2008 ; Newland 2014) a étendu la vision écologique de la parentalité de Belsky pour examiner comment des comportements précis des personnes qui prennent soin de l’enfant (par exemple l’affection, l’encouragement et l’enseignement) influencent le développement du jeune enfant. Newland (2014) a encore élargi ce cadre en y intégrant d’autres dimensions de la parentalité, dont l’engagement, une discipline adaptée et une coparentalité soutenante. Son modèle de la résilience familiale, qui comprend le fonctionnement familial, le leadership familial et les relations soutenantes, reflète et prolonge à la fois les domaines originels de Belsky, en soulignant l’interaction dynamique des influences individuelles, relationnelles et contextuelles sur le bien-être familial.

Ce fondement théorique offre une base précieuse pour examiner les facteurs de protection contre les ruptures de placement en accueil familial. Le modèle de Belsky, en particulier, fournit un prisme écologique complet pour conceptualiser les effets directs et indirects possibles des facteurs de protection liés au lieu de placement. À l’instar de Belsky, nous faisons l’hypothèse que les traits dispositionnels d’un parent d’accueil pèsent davantage que les facteurs du contexte social sur les ruptures de placement ; ces traits sont toutefois façonnés en retour par le contexte social de la personne. Un parent qui a de solides traits dispositionnels pour l’accueil aura une plus grande capacité à amortir le stress et les comportements extériorisés, ce qui renforcera l’attachement au fil du temps et atténuera les ruptures de placement. Un tel parent est aussi susceptible de s’inscrire dans des contextes sociaux qui soutiennent ces traits.

1.3 La présente étude

L’intention de la présente étude exploratoire était de mieux comprendre les facteurs de protection contre les ruptures de placement en famille d’accueil liés au lieu de placement, et d’élaborer une théorie, éclairée par l’approche des systèmes écologiques, des placements optimaux pour les jeunes dont le risque de rupture est le plus élevé. L’accent mis sur le lieu de placement vise à se distinguer des facteurs liés à l’enfant et à inclure toutes les influences possibles liées au lieu où l’enfant est placé. À partir du modèle de Belsky et des observations des membres du personnel de l’agence (par exemple les personnes référentes et les thérapeutes), nous avons fait l’hypothèse qu’un ensemble de traits intra- et interpersonnels, de caractéristiques du foyer, de soutien social et de soutien de l’agence jouaient le rôle de facteurs de protection. Nous avons cherché à déterminer leur importance relative et la manière dont ils agissaient ensemble pour stabiliser les placements. Les deux questions de recherche qui ont guidé notre étude étaient les suivantes :

Quels facteurs de protection liés au lieu de placement contribuent à la stabilité du placement des enfants accueillis dont le risque de rupture est le plus élevé ?

Et comment ces facteurs de protection pourraient-ils agir ensemble pour réduire les ruptures ?

2. Méthode

Une méthode de théorie ancrée (TA) (Charmaz 2003 ; Corbin et Strauss 2015 ; Glaser et Strauss 1967) a été utilisée pour notre étude exploratoire, faute de recherches antérieures sur la nature et la composition des facteurs de protection liés au lieu de placement à partir desquelles développer une théorie. Nous avons adopté un cadre constructiviste (Charmaz 2014 ; Creswell et Poth 2018) de la TA pour des raisons épistémologiques liées à la conception de notre étude. Charmaz, qui a étudié auprès de Corbin et Strauss, a pris ses distances avec l’approche classique de la TA en insistant sur la nécessité de « tolérer l’ambiguïté » et de « s’ouvrir à la création de catégories et de stratégies émergentes » (Charmaz 2008, 168). Trois aspects précis de notre étude ont conduit l’équipe à préférer l’approche plus fluide de Charmaz : l’orientation vers les systèmes écologiques, la tentative de trianguler les cas entre parents d’accueil, personnes référentes et thérapeutes, et notre hypothèse selon laquelle les facteurs de protection agissaient en symbiose.

2.1 Personnes participantes

Après approbation par le comité d’éthique (Institutional Review Board) de l’établissement de rattachement, les personnes participantes ont été repérées et recrutées par la direction régionale et quatre directions locales d’une agence de protection de l’enfance. Ces responsables supervisent une région qui couvre environ la moitié d’un État américain et dont les bureaux sont répartis sur tout le territoire. À partir des critères d’inclusion et d’exclusion de l’étude, les cinq responsables ont dressé une liste d’environ 30 placements susceptibles d’être inclus. L’agence a contacté les personnes chargées du suivi des dossiers, les thérapeutes et les parents d’accueil pour évaluer leur intérêt à participer. La personne responsable de l’étude (investigation principale) s’est vu présenter 21 cas dans lesquels une personne jeune (de 6 ans ou plus) avait connu une rupture de placement à l’initiative d’un parent d’accueil, puis un placement stable. Les personnes éligibles ont été contactées par la personne responsable de l’étude pour obtenir leur consentement écrit. Les personnes participantes (n = 22) comprenaient des parents d’accueil (n = 14), des personnes référentes de l’agence (n = 5) et des thérapeutes (n = 3). Les thérapeutes faisaient partie du personnel de l’agence et assuraient des soins directs à plus de la moitié de l’échantillon (n = 15). Les personnes référentes de tous les enfants suivis ont été incluses dans l’étude. En menant des entretiens séparés avec les parents d’accueil, les personnes référentes et les thérapeutes, nous visions à trianguler les facteurs de protection propres à chaque placement. La saturation a été atteinte après 22 entretiens, moment où aucun thème nouveau ni aucune variation importante n’émergeaient plus dans les réponses (Charmaz 2014).

2.2 Critères d’éligibilité

Les critères d’inclusion comprenaient un placement en famille d’accueil d’au moins 9 mois d’un enfant de 6 ans ou plus ayant déjà connu une rupture à l’initiative d’un parent d’accueil, avec un risque d’en connaître d’autres. Les personnes référentes des enfants évaluaient subjectivement la probabilité d’une future rupture et la stabilité du placement. Les critères d’exclusion comprenaient les projets de permanence limités à l’adoption.

2.3 Protocole d’entretien

Les entretiens semi-directifs exploraient les traits protecteurs, les pratiques des personnes qui accueillent, les signes avant-coureurs de rupture et les sources de soutien de l’agence et de la communauté. Les mêmes questions ont été posées à toutes les personnes participantes, légèrement adaptées à leur rôle :

  1. Décrivez le cadre d’accueil familial le plus favorable pour des enfants dont le risque de rupture de placement est plus élevé. Quels traits les bons foyers d’accueil ont-ils en commun ?
  2. Si vous participiez à une formation préalable à l’agrément destinée à de futurs parents d’accueil et qu’on vous demandait quelles caractéristiques personnelles et familiales sont les plus importantes pour décider de devenir parent d’accueil, quelles caractéristiques mettriez-vous en avant ?
  3. Ces personnes sont maintenant devenues parents d’accueil, et on vous fait revenir pour une formation. On vous a demandé de parler des pratiques les plus importantes pour rester, sur le long terme, un parent d’accueil en bonne santé et efficace : quelles pratiques mettriez-vous en avant ?
  4. On dit souvent que le soutien de la famille élargie et des proches est un élément important d’un placement réussi. Quelles formes de soutien jugez-vous les plus importantes ? (par exemple émotionnel, pratique, financier, conseil et orientation)
  5. Comment votre agence d’agrément peut-elle soutenir au mieux les parents d’accueil ?
  6. Quels seraient les signes avant-coureurs les plus inquiétants qu’un placement s’achemine vers une rupture ?
  7. Décrivez une stratégie d’intervention précoce idéale visant à prévenir la rupture de placement.

Que devraient faire les parents d’accueil ? La personne référente et l’agence ?

  1. Chaque situation est différente, mais imaginez un scénario où un enfant connaît une rupture de placement parce que la famille d’accueil dit ne pas pouvoir s’en occuper, et où l’enfant est confié à une nouvelle famille d’accueil où les enfants vivent un placement idéal. Quelles pourraient être, selon vous, les différences entre les deux foyers ?
  2. Une nouvelle loi fédérale conduit les agences d’accueil familial à faire passer des enfants de foyers collectifs vers des familles d’accueil. Comment les agences peuvent-elles au mieux soutenir et outiller les familles d’accueil pour prendre en charge des enfants aux besoins plus importants ?

2.4 Analyse

L’équipe d’analyse principale se composait de deux membres de l’équipe de recherche, qui ont analysé toutes les données et effectué le codage initial ligne à ligne des transcriptions dans NVivo, selon la méthode de comparaison constante (Glaser et Strauss 1967). Ces deux personnes ont effectué le codage initial séparément, sans discuter des données (Hill 2012). Une fois le codage initial terminé, elles se sont réunies pour examiner et comparer leurs codes initiaux. Le codage axial a ensuite été réalisé ensemble, par Zoom. Une troisième personne de l’équipe a ensuite relu les transcriptions de façon indépendante et vérifié les codes. Enfin, un codage sélectif a permis de dégager les catégories centrales des données.

Les deux membres de l’équipe d’analyse principale ont relevé dans leurs mémos l’importance, pour les parents d’accueil, d’un état d’esprit de croissance plutôt que d’un état d’esprit fixe (Dweck 2006). Dans les mémos analytiques des deux, l’humilité, l’adaptabilité et des attentes modérées quant aux changements chez l’enfant (ou dans le système de protection de l’enfance) ont été relevées comme des traits liés entre eux. La personne responsable de l’étude a noté l’importance de l’interprétation que font les parents d’accueil des comportements extériorisés, et de son effet sur leur « récit » du placement de l’enfant. Par exemple, l’adaptabilité et l’empathie étaient fréquemment codées ensemble comme facteurs de protection personnels. À l’inverse, une structure familiale rigide et l’accent mis sur l’obéissance comportementale (par exemple « irrespect » et « désobéissance ») étaient régulièrement associés comme facteurs de risque par le personnel de l’agence et les thérapeutes. Une attention conjointe à l’état d’esprit (perspective, idées et récit) et aux comportements (posture, langage et actions) semblait essentielle pour comprendre comment agissaient les facteurs de protection.

La nécessité d’envisager le soutien dans un cadre systémique est aussi apparue très tôt. En évoquant le soutien pratique et émotionnel nécessaire, toutes les personnes participantes ont désigné des sources situées aux niveaux micro et méso.

Lors de la première réunion d’examen, les deux membres de l’équipe d’analyse principale ont dégagé six thèmes émergents des transcriptions :

  1. Quatre facteurs de protection personnels : nous avons mis en avant l’adaptabilité, l’empathie, un état d’esprit de croissance à l’égard des techniques parentales et l’humilité nécessaire pour jouer collectif.
  2. Chercher de l’aide auprès du soutien : les réseaux de soutien pouvaient prendre de nombreuses formes, mais le parent d’accueil devait être proactif pour demander de l’aide.
  3. La religion comme facteur de protection et de risque : la religion semblait jouer un rôle protecteur pour certains parents d’accueil et un rôle de risque pour d’autres. Les aspects de la religion relevés comme facteurs de protection comprenaient le sentiment d’une vocation, la conscience du besoin et une communauté soutenante. À l’inverse, l’accent mis sur « le péché et l’obéissance » (thérapeute), associé à une structure familiale rigide, était codé comme facteur de risque.
  4. Modèles de parentalité tenant compte du traumatisme ou fondés sur l’obéissance comportementale : distinguer un modèle de parentalité tenant compte du traumatisme d’un modèle fondé sur l’obéissance comportementale pourrait permettre de répartir des traits parentaux précis entre facteurs de protection et facteurs de risque.
  5. Différenciation de soi : la nécessité de garder sa différenciation, sans réactivité, tout en restant en lien lorsqu’un enfant est dysrégulé était primordiale pour la stabilité du placement.
  6. Récit centré sur l’enfant : un récit centré sur l’enfant, avec des attentes de changement modérées, semblait jouer un rôle protecteur.

3. Résultats

3.1 Les ressources psychologiques des parents d’accueil

3.1.1 L’adaptabilité active

L’adaptabilité est apparue comme le facteur de protection contre les ruptures de placement le plus souvent évoqué (n = 54) : elle figurait dans chaque transcription et était soulignée à plusieurs reprises par les parents d’accueil, les personnes référentes et les thérapeutes. Les personnes participantes décrivaient l’adaptabilité comme essentielle pour faire face aux attentes déçues, à la dysrégulation de l’enfant, aux changements d’emploi du temps de dernière minute et à l’incertitude inhérente à l’accueil. Six codes, souplesse, patience, acceptation, résilience, ouverture d’esprit et regard positif, ont été regroupés sous le thème de l’adaptabilité active.

Cette adaptabilité n’était pas une acceptation passive, mais un équilibre dynamique entre fermeté de décision et conciliation (voir la figure 2). Un parent d’accueil a évoqué une jeune fille de 14 ans accueillie dans la famille, qui avait un bébé. « Elle répétait qu’elle voulait aller au parc toute seule avec son bébé. “Je devrais avoir le droit de le faire”, disait-elle. » Les parents avaient proposé de l’accompagner, mais refusaient qu’elle y aille seule par crainte de la traite des êtres humains. Ils l’avaient récemment surprise en train d’échanger des messages avec des inconnus en ligne. « Alors, côté thérapie, on revient vers nous et on nous dit : “Elle veut un peu de temps à elle, et nous pensons que c’est une bonne chose que vous devez soutenir.” Nous avons dit d’accord. » Contre leur propre jugement, ils ont suivi la recommandation thérapeutique et l’ont laissée aller seule à pied au parc. Le père observait de loin lorsqu’une voiture s’est arrêtée à sa hauteur. Il a aussitôt crié son prénom, et la voiture est repartie.

Schéma de l'adaptabilité active comme équilibre entre fermeté de décision et conciliation, orienté vers l'intérêt de l'enfant
Figure 2. L’adaptabilité active (schéma original en anglais)

Les parents d’accueil ont décrit comment il leur avait fallu apprendre à adapter leurs habitudes et leurs attentes :

Elle était allongée par terre à l’entrée du magasin. Les gens devaient l’enjamber… on finit par apprendre certains déclencheurs, mais on a dû limiter nos sorties pendant un moment. (Parent d’accueil)

Les thérapeutes et le personnel de l’agence ont eux aussi insisté sur la nécessité de la souplesse :

Les gens très centrés sur les tâches ont des difficultés. Les esprits en noir et blanc, tournés vers la réussite… ont du mal avec l’accueil. (Thérapeute)

Il faut pouvoir continuer à ajouter des outils dans la boîte. « Bon, on a essayé ça, et ça n’a pas marché. Essayons autre chose. » (Personne référente)

3.1.2 L’état d’esprit de croissance

Un état d’esprit de croissance (Dweck 2006) a été désigné comme un facteur de protection clé, en particulier chez les parents d’accueil ayant des enfants biologiques. Les personnes référentes et les thérapeutes ont observé que les parents ayant déjà de l’expérience s’appuyaient souvent sur des approches parentales instinctives ou traditionnelles, moins efficaces pour des enfants placés ayant un passé traumatique.

Il vous faudra sortir la parentalité du pilote automatique et apprendre de nouvelles façons de faire. (Psychologue)

Êtes-vous capable de jouer avec l’enfant quand la maison est en désordre ? (Thérapeute)

Le personnel de l’agence a souligné l’importance de l’humilité et de l’ouverture :

« Apprenez-moi, s’il vous plaît », c’est la phrase que j’attends… Ce sont des gens prêts à apprendre et à écouter des conseils. (Personne référente)

Ce n’est pas que ça nous soit égal que vous ayez déjà été parent, mais tout ce que vous savez de la parentalité traditionnelle, il faut le jeter par la fenêtre. On ne peut tout simplement pas élever des enfants placés de la même manière que ses propres enfants… Ce que j’attends, c’est qu’ils renoncent à la parentalité traditionnelle pour ces enfants. (Personne référente)

Cette volonté d’apprendre et de s’adapter se traduisait souvent par de la persévérance face aux revers, une ouverture aux retours et un engagement dans la formation et les dispositifs de soutien.

3.1.3 Empathie et orientation centrée sur l’enfant

Les parents d’accueil faisaient régulièrement preuve d’empathie en déplaçant l’attention des comportements difficiles vers le passé traumatique de l’enfant. Cette orientation centrée sur l’enfant jouait un rôle clé dans la désescalade et la construction de la confiance.

Ils ont sans doute vécu beaucoup de traumatismes, et on ne peut pas s’attendre à ce que leurs comportements soient les mêmes que ceux d’un enfant qui n’a pas eu à traverser ça. (Parent d’accueil)

Le moment de l’empathie comptait. Lorsque l’empathie s’exprimait à la fois pendant et après les épisodes de dysrégulation, elle semblait atténuer l’escalade et renforcer la relation de soin.

3.1.4 Humilité et motivation

Les parents d’accueil exprimaient souvent un sentiment d’impuissance face aux décisions de permanence. Nouer des liens d’attachement et assumer une responsabilité importante envers un enfant peut être particulièrement difficile lorsque les parents d’accueil n’ont qu’une influence limitée sur l’issue du placement. Lorsque les parents d’accueil abordaient leur rôle avec humilité, en acceptant leur contrôle limité et leur place au sein d’une équipe plus large, la stabilité du placement était plus souvent préservée.

Les tribunaux font ce qu’ils veulent… ils ne nous demandent pas ce qu’ils devraient faire. (Parent d’accueil)

Nous voulons soutenir un enfant et l’aider à trouver de la stabilité jusqu’à ce que la réunification soit possible… c’est ce que nous aimerions voir. (Personne référente)

Quand ils disent : « Nous voulons travailler en partenariat avec les familles de naissance et nous voulons aimer toute la famille, parce qu’il ne s’agit pas seulement des enfants placés, il s’agit d’une famille qui a »… on peut enseigner les compétences, mais il y a la part du cœur, et quand elle est là, on en tient peut-être une pour la durée. (Personne référente)

3.1.5 Le traumatisme personnel, facteur de protection et de risque

Le rôle du traumatisme passé est apparu comme une ressource personnelle complexe, qui pouvait renforcer l’empathie et la résilience ou, au contraire, contribuer à la rigidité et à la réactivité émotionnelle, selon la manière dont il avait été élaboré. Une personne référente a déclaré sans équivoque : « Pour moi, le traumatisme personnel est un signal d’alarme. » Elle a raconté quelques expériences avec des parents d’accueil ayant connu le placement dans leur jeunesse, en notant que leurs propres traumatismes avaient probablement contribué aux ruptures de leurs placements. Une personne thérapeute a proposé un éclairage sur les raisons pour lesquelles le traumatisme personnel peut être à la fois un facteur de protection et de risque :

Les expériences de traumatisme personnel peuvent être des facteurs de risque ou de protection selon la manière dont les gens y ont déjà répondu. Une vraie dichotomie, c’est que parfois des personnes qui ont vécu beaucoup de traumatismes s’en sortent mieux pour élever un enfant en tenant compte du traumatisme et peuvent comprendre l’importance de l’empathie plutôt que de la seule obéissance. À l’inverse, nous voyons des personnes qui sont réactivées et ne semblent pas capables de s’adapter ni de recevoir de l’aide. « J’ai connu ça et je sais ce qui est le mieux. » Tout tient à la manière dont elles y ont répondu et à leur ouverture au soutien et à de nouvelles façons de faire.

3.1.6 La résilience relationnelle

La différenciation, c’est-à-dire la capacité à rester en lien avec l’enfant tout en régulant sa propre réponse émotionnelle, est apparue comme un facteur de protection central. Nous appelons « résilience relationnelle » ce lien durable et non réactif, maintenu pendant et après les épisodes de dysrégulation comportementale.

Vos sentiments sont importants, mais ce n’est pas la même chose que les sentiments des enfants. Est-ce qu’ils sont capables de sortir de leurs propres sentiments et de garder l’enfant au centre ? (Thérapeute)

Ce trait était particulièrement visible dans les moments de crise, lorsque les parents d’accueil choisissaient le lien plutôt que le contrôle : « Récemment, elle m’a lancé une tasse… au bout d’une demi-heure, elle s’est assise à côté de moi et s’est excusée. Ça ne serait jamais arrivé il y a quelques mois » (parent d’accueil).

3.2 Caractéristiques de l’enfant et parentalité tenant compte du traumatisme

3.2.1 Comprendre le comportement à travers le prisme du traumatisme

Les parents d’accueil qui adoptaient une perspective tenant compte du traumatisme parvenaient mieux à interpréter les comportements extériorisés comme l’expression de besoins sous-jacents plutôt que comme une provocation délibérée. Les thérapeutes et les personnes référentes insistaient régulièrement sur cette distinction, en opposant les soins tenant compte du traumatisme à des approches plus rigides, centrées sur le comportement.

Rien ne vous oblige à renoncer à vos principes, mais il faut reconnaître que cet enfant a peut-être un problème de fonctions exécutives… il ne voit pas les choses de la même manière. (Thérapeute)

Plusieurs signes avant-coureurs de rupture de placement, reflétant un état d’esprit d’obéissance comportementale, sont apparus : une vision de plus en plus pessimiste de l’enfant, un retrait émotionnel vis-à-vis des dispositifs de soutien, la dysrégulation de la personne qui accueille et une rigidité croissante autour de l’obéissance et du contrôle. Ces schémas s’accompagnaient souvent d’attentes irréalistes de gratitude, de règles alimentaires strictes et d’une focalisation sur les effets négatifs du comportement de l’enfant sur les autres.

Un signal d’alarme, c’est l’insistance sur la désobéissance… c’est l’indice qu’il va y avoir des difficultés. (Personne référente)

Outre ces quatre préoccupations, nous avons observé une constellation de trois facteurs de risque de rupture centrés sur un désir de contrôle : de fortes attentes de changer « le système » ou l’enfant, le recours à des techniques parentales traditionnelles et une forte attente de pouvoir maîtriser son environnement. Fait intéressant, des traits comme un revenu élevé, un niveau d’études avancé et une orientation vers la réussite ont aussi été décrits par le personnel de l’agence comme des facteurs de risque potentiels. Nous avons interprété ces traits démographiques et psychographiques au regard de la maîtrise qu’ils procurent sur l’environnement.

« Mon enfant a besoin d’un suivi psychologique maintenant, alors je vais en trouver un. » Ce n’est pas possible. Il faut s’inscrire sur la liste d’attente, et ensuite il faudra faire ceci, et puis le comté où vous êtes a d’autres règles. (Personne référente)

« Je peux faire un plan et je peux réaliser ce plan »… pardon, mais vous n’aurez pas la même maîtrise des résultats. (Thérapeute)

Nous avons noté qu’une forte orientation personnelle vers la réussite peut compromettre la stabilité du placement, puisque l’accueil familial offre rarement les possibilités de contrôle et de prévisibilité dont certains parents d’accueil peuvent avoir l’habitude dans d’autres domaines de leur vie personnelle ou professionnelle. À l’inverse, les parents d’accueil qui acceptaient l’incertitude et abordaient leur rôle avec humilité, adaptabilité et une volonté de servir (plutôt que de réparer) montraient une plus grande capacité à surmonter les difficultés et à préserver la stabilité du placement.

Lors du codage axial, ces sept facteurs de risque de rupture ont été regroupés sous deux grands thèmes : parentalité fondée sur l’obéissance comportementale ou tenant compte du traumatisme, et plaidoyer déférent. Ces résultats ont soulevé deux questions clés : est-il possible, pour les parents d’accueil, en particulier quand il y a des enfants biologiques, de passer d’un style parental fondé sur l’obéissance comportementale à une approche tenant compte du traumatisme ? Et de continuer à jouer collectif, même en cas de désaccord avec les décisions du comté ou des tribunaux ? Selon les thérapeutes et les personnes référentes, des réponses affirmatives à ces questions sont décisives pour maintenir la stabilité du placement.

À la différence des approches fondées sur l’obéissance comportementale, les personnes qui accueillaient en tenant compte du traumatisme s’attachaient davantage à construire la confiance et à interpréter les comportements à la lumière du passé traumatique de l’enfant. Cela exigeait des parents d’accueil de remettre en question leurs présupposés et d’adopter de nouvelles stratégies pour des enfants aux attachements perturbés.

Les ressources psychologiques personnelles relevées dans cette étude reflétaient de manière constante une orientation relationnelle marquée par l’humilité, l’adaptabilité, l’empathie et un état d’esprit de croissance. Ces facteurs de protection ne s’exprimaient pas isolément, mais à travers la posture, la perspective et le langage des parents d’accueil envers soi, l’enfant, leur système familial (par exemple partenaire ou conjoint, enfants biologiques), leurs réseaux de soutien et l’agence. Le tableau 2 résume ces résultats en offrant une vue systémique des principales ressources psychologiques manifestées par les parents d’accueil dans les différents domaines relationnels. Il montre comment des dispositions intérieures comme l’altruisme, le lien et l’ouverture se traduisaient en modes relationnels qui contribuaient à la stabilité du placement.

Tableau 2 — Une perspective systémique des facteurs de protection des parents d’accueil contre la rupture de placement

Pour chaque domaine relationnel : posture, perspective et langage.

  • Soi. Posture : altruisme (pas d’abord la quête de réussite) ; perspective : état d’esprit de croissance (volonté de changer et d’apprendre) ; langage : « Ce n’est pas une question de moi » (mais j’ai besoin d’être en bonne santé).
  • Enfant. Posture : en lien (pas de mur de silence) ; perspective : passé et avenir (pas le comportement présent) ; langage : « Viens t’asseoir avec moi. »
  • Partenaire ou conjoint, enfant biologique. Posture : en phase (communication ouverte) ; perspective : adaptative (pas rigide) ; langage : « Parle-moi. »
  • Soutien. Posture : proactive (pas de repli) ; perspective : interdépendance (pas d’autosuffisance) ; langage : « Aide-moi. »
  • Agence. Posture : esprit d’équipe (pas la seule voix qui défend l’enfant) ; perspective : autorité de confiance (acceptation du manque de contrôle) ; langage : « Apprenez-moi. »

3.3 Soutiens contextuels et facteurs systémiques

3.3.1 Réseaux de soutien et communautés religieuses

Toutes les personnes participantes considéraient les réseaux de soutien comme essentiels à la stabilité du placement à long terme. Si la taille et la composition du réseau variaient, l’essentiel était la volonté du parent d’accueil de chercher et d’accepter l’aide d’autrui. Presque tous les parents d’accueil de cet échantillon citaient la foi religieuse et le soutien de leur paroisse comme centraux, à la fois pour leur motivation et pour leur capacité à endurer les difficultés de l’accueil.

Les thérapeutes et les personnes référentes avaient toutefois un point de vue plus nuancé sur le rôle de la foi religieuse dans la stabilité des placements. Comme le traumatisme personnel, la religion a été désignée comme un facteur potentiel de protection ou de risque, selon la manière dont elle était mise en avant et vécue dans le foyer. Pour la religion, les différences tenaient aux croyances mises en avant (par exemple vocation et soutien, ou péché et obéissance) et à la souplesse du système familial (par exemple adaptable ou rigide). Des convictions religieuses conservatrices, associées à une structure familiale rigide et à un style parental fondé sur l’obéissance comportementale, étaient liées à un risque plus élevé de rupture de placement.

Il est toutefois notable que le groupe religieux le plus conservateur avec lequel l’agence travaillait, les mennonites, était régulièrement désigné comme le premier choix de placement pour les enfants dont le risque de rupture est le plus élevé. Les familles mennonites exploitant une ferme, en particulier, étaient décrites à maintes reprises par les thérapeutes et les personnes référentes comme des lieux d’accueil idéaux pour les enfants nécessitant le plus haut niveau de soins.

Mon lieu de placement qui réussit le mieux, c’est une ferme laitière. En général, c’est un couple marié et les deux sont à la maison, donc le travail est à la maison ; il y a des adultes sur place, mais en plus une ferme laitière, c’est très réglé. (Thérapeute)

Leur communauté s’organise pour s’entraider. Quand quelqu’un a un bébé, d’autres membres de l’Église viennent apporter à manger et proposent de garder les autres enfants. Il y a un système de soutien collectif. (Thérapeute)

Des rythmes prévisibles et des visages familiers. Il y a beaucoup de soutien, mais ce sont les mêmes personnes, dans un environnement stable et constant. Pour nos enfants, c’est bien qu’ils connaissent les gens, qu’ils sachent ce qui va se passer, qu’ils sachent qu’à telle heure on fait ceci et qu’à telle heure on fait cela… la routine aide tellement nos enfants, et ils s’attachent bien à ces familles. (Personne référente)

Le mélange de structure, de soutien, de constance et de marge de temps qu’offraient ces familles constituait un puissant facteur de protection contre la rupture de placement.

Pris ensemble, ces résultats confirment l’utilité du modèle des déterminants de la parentalité de Belsky pour comprendre la stabilité des placements en accueil familial. Des facteurs de protection sont apparus dans les trois domaines de Belsky (ressources psychologiques personnelles, caractéristiques de l’enfant et soutiens contextuels), mais le thème le plus constant a été l’importance d’une posture de soin relationnelle et adaptable. Les parents d’accueil qui faisaient preuve d’humilité, d’adaptabilité active, de résilience relationnelle et d’un état d’esprit de croissance avaient plus de ressources pour répondre aux besoins complexes des enfants accueillis et à l’incertitude du système d’accueil familial. De même, les parents d’accueil qui pouvaient compter sur des systèmes de soutien stables et réactifs maintenaient plus souvent les placements dans la durée. Ces enseignements fournissent une base pour repérer et soutenir les familles d’accueil au plus fort potentiel de réussite à long terme.

4. Discussion

4.1 La théorie du cadrage restauratif

Cette étude a exploré les questions suivantes : quels facteurs de protection liés au lieu de placement contribuent à la stabilité du placement des enfants accueillis dont le risque de rupture est le plus élevé ? Et comment ces facteurs pourraient-ils agir ensemble pour réduire les ruptures ? En nous appuyant sur le modèle des déterminants de la parentalité de Belsky, nous avons cherché à déterminer comment des traits précis des parents d’accueil et des structures de soutien interagissent pour prévenir les ruptures de placement non planifiées. Les entretiens avec des parents d’accueil, des personnes référentes et des thérapeutes ont fait émerger quatre processus protecteurs interdépendants : l’adaptabilité active, la résilience relationnelle, le plaidoyer déférent et la recherche de soutien. Chacun de ces processus était façonné par des traits dispositionnels centraux : l’humilité, l’état d’esprit de croissance, l’empathie et l’altruisme. Ces traits semblaient amortir les effets des comportements extériorisés, des facteurs de stress systémiques et de l’ambiguïté des rôles, et agir ensemble pour former ce que nous appelons un cadre restauratif, comme l’illustre la figure 3.

Schéma du cadre restauratif : quatre traits dispositionnels (humilité, état d'esprit de croissance, empathie, altruisme) et quatre processus protecteurs (adaptabilité active, résilience relationnelle, plaidoyer déférent, recherche de soutien)
Figure 3. Le cadre restauratif (schéma original en anglais)

Nos résultats concordent avec des recherches antérieures qui soulignent l’importance de la régulation émotionnelle des parents d’accueil (Mennen et O’Keefe 2005), de systèmes familiaux d’accueil structurés mais souples (Buehler et al. 2003) et de relations soutenantes et collaboratives entre parents d’accueil et agences d’agrément (Leve et al. 2012) pour réduire le risque de rupture de placement. Notre étude confirme l’importance de ces traits individuels, tout en montrant comment ils fonctionnent de manière interdépendante, dans une version adaptée du modèle écologique de Belsky, pour atténuer les ruptures de placement. Dans cette discussion, nous présentons la théorie du cadrage restauratif comme un cadre écologique et relationnel pour comprendre la stabilité des placements à haut risque.

Lors du codage axial, nous avons observé que la parentalité tenant compte du traumatisme recoupait largement l’état d’esprit de croissance et l’empathie, et nous avons finalement organisé les résultats autour des quatre traits dispositionnels. Plus précisément :

l’état d’esprit de croissance et l’empathie nourrissaient l’adaptabilité active, une posture souple et centrée sur l’enfant face à l’incertitude ;

l’humilité et l’altruisme façonnaient le plaidoyer déférent, qui permettait aux parents de composer avec le système avec bienveillance tout en acceptant un contrôle limité ;

l’empathie et l’altruisme soutenaient la résilience relationnelle, qui maintenait le lien face au stress et à la dysrégulation ;

l’humilité et l’état d’esprit de croissance sous-tendaient la recherche de soutien, en renforçant l’importance de demander de l’aide dans des contextes émotionnellement exigeants.

Dans les sections qui suivent, nous examinons plus en profondeur chacun de ces processus protecteurs.

4.2 La résilience relationnelle

Nous définissons la résilience relationnelle comme la capacité du parent d’accueil à maintenir un lien émotionnel avec l’enfant, en particulier pendant et après les épisodes de dysrégulation comportementale, sans réagir de manière néfaste. Ce thème est issu de codes dont l’empathie, l’altruisme, la perspective tenant compte du traumatisme, le regard positif, la chaleur affective, la différenciation, la non-réactivité, la conscience de soi et l’autorégulation.

En nous appuyant sur le concept de leader bien différencié d’Edwin Friedman (1999), c’est-à-dire une personne qui reste émotionnellement en lien sans être absorbée par la réactivité émotionnelle des autres, nous avons observé une qualité semblable chez des parents d’accueil. Même sous le stress ou face à une provocation directe, ces personnes restaient ancrées dans les besoins de l’enfant, au lieu de réagir sous l’effet de la frustration ou d’une blessure personnelle.

Les parents d’accueil qui faisaient preuve de résilience relationnelle ne répondaient pas par le retrait émotionnel ni par une mise à distance punitive. Ils s’engageaient au contraire dans une réparation active, en aidant l’enfant à donner sens à l’événement et en réaffirmant la relation ensuite. Ces petits gestes de reconnexion, modestes mais délibérés, jouaient un rôle important dans la construction de la confiance et de l’attachement au fil du temps (Mennen et O’Keefe 2005). Fait notable, cette capacité semblait aussi amortir le stress lié aux difficultés systémiques, comme le renouvellement des personnes référentes ou les ratés de communication, en aidant les parents d’accueil à garder leur ancrage, et l’enfant au centre, dans les moments d’instabilité.

4.3 L’adaptabilité active

Nous définissons l’adaptabilité active comme la capacité à maintenir une tension saine entre fermeté de décision et conciliation, sans jamais perdre de vue l’intérêt supérieur de l’enfant. Ce trait est apparu comme le facteur de protection le plus souvent évoqué (n = 54), cité dans chaque entretien et souligné aussi bien par les parents d’accueil que par les personnes référentes et les thérapeutes. Il concorde avec les recherches existantes qui font de l’adaptabilité un contributeur clé de la stabilité des placements en accueil familial (Koh et al. 2014 ; Chamberlain et al. 2006 ; Buehler et al. 2003).

Le thème regroupait cinq codes initiaux : souplesse, patience, acceptation, résilience et regard positif. Les parents d’accueil faisaient preuve d’adaptabilité active en gérant les changements d’emploi du temps de dernière minute, en naviguant dans des dynamiques relationnelles complexes et en répondant aux besoins changeants des enfants, en particulier lorsque les techniques parentales traditionnelles se révélaient inefficaces. Ils faisaient preuve de persévérance face aux revers et d’ouverture aux retours, et leur engagement restait profond pour répondre aux besoins changeants des enfants dont ils avaient la charge.

4.4 Le plaidoyer déférent

Le plaidoyer déférent désigne la capacité d’un parent d’accueil à s’engager pleinement dans le rôle de soin malgré un contrôle limité sur les décisions clés, en particulier celles qui concernent la permanence. Proche de l’adaptabilité active, ce trait reflète plus précisément la posture du parent d’accueil envers les systèmes institutionnels, comme les tribunaux et les agences de protection de l’enfance (Bell et Romano 2017 ; Becker et al. 2006).

Ce thème était le plus manifeste dans les échanges sur le projet de permanence, mais il apparaissait aussi dans les décisions touchant à la scolarité, à la santé et à la vie sociale de l’enfant. Les codes initiaux regroupés sous le plaidoyer déférent comprenaient l’humilité, des attentes modérées, l’orientation vers l’équipe, un regard positif sur les parents de naissance et une motivation à accueillir centrée sur l’enfant.

Les parents d’accueil qui manifestaient un plaidoyer déférent parvenaient à garder leur investissement dans le bien-être de l’enfant tout en gardant les pieds dans les réalités du système. Leurs motivations reflétaient souvent un sens profond du but et de l’acceptation, fondé sur le soutien non seulement de l’enfant mais aussi de sa famille d’origine. Cette orientation, à la fois investie et sans emprise, permettait aux parents d’accueil de composer avec les contraintes systémiques sans s’opposer, ce qui réduisait la probabilité de rupture du placement.

4.5 La recherche de soutien

D’un entretien à l’autre, le facteur le plus important concernant le soutien n’était pas sa source, mais la recherche proactive qu’en faisait le parent d’accueil. Les personnes participantes ont cité un large éventail de systèmes de soutien, dont la famille élargie, les proches, les communautés paroissiales, les groupes de soutien entre pairs et l’agence de protection de l’enfance, comme essentiels à leur capacité de prendre soin. Quelle qu’en soit la source, chaque parent d’accueil a souligné qu’il lui serait impossible de tenir dans l’accueil sans un soutien extérieur véritable (Bell et Romano 2017).

Les thérapeutes et les personnes référentes allaient dans le même sens, en insistant sur le fait que la plus grande résilience se trouvait chez les parents d’accueil qui cherchaient activement de l’aide plutôt que d’attendre qu’on la leur propose ou de tenter de faire face aux difficultés sans appui. Ce comportement de demande d’aide reflète à la fois un état d’esprit de croissance, partagé avec l’adaptabilité active, et l’humilité qui est au cœur du plaidoyer déférent.

Fait intéressant, le temps, plus que l’argent, est apparu comme une ressource décisive. Les parents d’accueil qui disposaient de plus de marge dans leur emploi du temps et de proches ou de membres de la famille disponibles pour aider aux trajets ou assurer un accueil de relais, en particulier au pied levé, avaient plus de ressources pour faire face aux exigences imprévisibles de l’accueil. La recherche de soutien n’est donc pas seulement un comportement, mais aussi une orientation vers l’interdépendance, qui renforce la stabilité du placement en élargissant la capacité relationnelle et émotionnelle du parent d’accueil.

4.6 Adapter le modèle des déterminants de la parentalité de Belsky à l’accueil familial

Comme dans le modèle des déterminants de la parentalité de Belsky (1984), nous constatons que le fonctionnement parental en accueil familial est façonné par l’interdépendance de trois domaines principaux : (1) les ressources psychologiques personnelles du parent, (2) les caractéristiques de l’enfant et (3) les sources contextuelles de stress et de soutien. Dans le modèle originel de Belsky, le stress et le soutien peuvent influencer la parentalité directement, ou indirectement en agissant sur le bien-être psychologique. Nos résultats suggèrent que, dans le contexte de l’accueil familial, les ressources psychologiques personnelles jouent un rôle plus important que les seuls facteurs contextuels pour amortir le stress et préserver l’intégrité de la relation parent-enfant.

La théorie du cadrage restauratif prolonge cette idée en soulignant l’importance des traits dispositionnels, à savoir l’humilité, l’empathie, l’altruisme et l’état d’esprit de croissance, comme facteurs de protection primaires contre la rupture de placement. Ces traits aident les parents d’accueil à gérer la charge émotionnelle, à tolérer l’incertitude et à répondre de manière constructive à la dysrégulation de l’enfant et aux difficultés systémiques. Nous reconnaissons en même temps que ces traits sont façonnés en retour par le contexte social de la personne. Par exemple, l’humilité et un état d’esprit de croissance conduisent souvent à une demande d’aide proactive, qui élargit à son tour l’accès à des réseaux et à des ressources de soutien.

Pour rendre le modèle de Belsky plus pertinent pour l’accueil familial, nous proposons trois modifications clés (voir la figure 4) :

  1. Des « relations conjugales » aux « relations familiales » : les parents d’accueil évoquaient régulièrement leurs enfants biologiques comme une considération clé dans la décision de continuer ou non l’accueil. Ce déplacement reflète une compréhension plus large de la manière dont les dynamiques du système familial influencent la capacité parentale.
  2. De l’« emploi » à la « disponibilité en temps » : nos résultats suggèrent que le temps, plus que le revenu, est la ressource la plus décisive pour la stabilité du placement. Les parents qui avaient de la marge dans leur emploi du temps (ou un réseau de soutien capable de leur en donner) pouvaient répondre avec plus de souplesse aux besoins des enfants.
  3. L’intégration des relations avec l’agence : d’un entretien à l’autre, les parents d’accueil décrivaient des relations positives avec l’agence comme essentielles à la stabilité du placement. Si le stress et la dysrégulation venant des enfants étaient attendus, une communication irrégulière et un soutien limité de l’agence étaient souvent cités comme facteur de risque de rupture de placement.
Schéma du modèle de Belsky étendu à l'accueil familial : relations familiales à la place des relations conjugales, disponibilité en temps à la place de l'emploi, et ajout des relations avec l'agence
Figure 4. Extension du modèle des déterminants de la parentalité de Belsky (schéma original en anglais)

En résumé, nos résultats suggèrent qu’un ensemble précis de traits psychologiques, état d’esprit de croissance, empathie, humilité et altruisme, combiné à des relations soutenantes, peut atténuer les facteurs de rupture de placement les plus courants. Ces traits agissent au travers de quatre processus protecteurs interdépendants : la résilience relationnelle, l’adaptabilité active, le plaidoyer déférent et la recherche de soutien. Ensemble, ils forment ce que nous appelons le cadre restauratif, un cadre qui rend compte de la manière dont les ressources internes et les dynamiques relationnelles se croisent pour soutenir la stabilité en accueil familial.

4.7 L’isolation sismique, métaphore du cadrage restauratif

Les processus protecteurs décrits dans cette étude fonctionnent un peu comme les systèmes d’isolation sismique utilisés dans la construction en zone sismique. Dans ces systèmes, les bâtiments sont reliés à leurs fondations par des appuis souples ou des amortisseurs conçus pour absorber les chocs plutôt que de les transmettre à toute la structure (voir la figure 5). De même, nous avons observé que les parents d’accueil qui faisaient preuve de résilience relationnelle, d’adaptabilité active, de plaidoyer déférent et de recherche de soutien parvenaient à absorber le stress et les tensions, qu’ils viennent du comportement des enfants ou des difficultés systémiques, sans les reporter sur l’enfant ou sur l’équipe.

Schéma d'un bâtiment posé sur des isolateurs sismiques qui absorbent les secousses du sol
Figure 5. L’isolation sismique (schéma original en anglais)

De même que les amortisseurs sismiques stabilisent une structure sous pression, ces quatre traits dispositionnels (état d’esprit de croissance, humilité, empathie et altruisme) fonctionnent comme des amortisseurs émotionnels et relationnels. Combinés à un solide réseau de soutien, ils permettent aux parents d’accueil de garder souplesse, réactivité et ancrage face aux forces imprévisibles du soin en accueil familial. Avec le temps, cette capacité à absorber le stress plutôt qu’à le renvoyer pourrait être déterminante pour maintenir une stabilité durable dans les placements à haut risque.

4.8 Limites et implications pour les recherches futures

Les résultats de cette recherche sont limités de deux manières importantes. Premièrement, notre échantillon se limitait à des personnes liées à une agence de protection de l’enfance confessionnelle, et les résultats ne peuvent pas être généralisés à l’ensemble des parents d’accueil. Deuxièmement, nous n’avons pas pu trianguler autant de cas que prévu initialement avec des entretiens de parents d’accueil des deux côtés d’une rupture de placement. La plupart des parents d’accueil à l’origine des ruptures n’exerçaient plus comme parents d’accueil pour l’agence. Si nous avons interrogé les parents d’accueil actuels ainsi que les personnes référentes et les thérapeutes des enfants, l’inclusion des anciens parents d’accueil aurait offert un contraste plus net pour distinguer les facteurs de protection contre les ruptures liés au lieu de placement.

D’autres études sont aussi nécessaires pour comprendre comment les structures de soutien social des parents d’accueil atténuent les conflits avec l’agence. Nous avons observé que le conflit avec l’agence constituait un facteur de risque potentiel important de rupture de placement, et nous pensons qu’une analyse plus poussée de ce conflit, dans un cadre des systèmes écologiques (y compris le chronosystème) attentif aux systèmes de soutien comme facteurs de protection, est nécessaire.

Un domaine connexe pour les recherches futures est l’examen de la manière dont la religion et le soutien paroissial influencent l’issue des placements. La religion a fonctionné comme un puissant facteur de protection dans l’échantillon de cette étude. Les parents d’accueil désignaient le sentiment d’une vocation, une conscience accrue du besoin et le soutien de leur paroisse comme des facteurs de protection précis contre la rupture de placement. Le fait que des fermes mennonites soient désignées comme « premier choix de placement » (direction locale) pour les « enfants de niveau 5 » a été relevé par les deux membres de l’équipe d’analyse principale comme une piste pour de futures recherches. Dans le même temps, le personnel de l’agence mettait en garde : la religion peut aussi représenter un risque lorsqu’elle s’associe à des structures familiales rigides ou à un fort accent sur l’obéissance, le respect et le péché. Malgré ces différences contextuelles, des facteurs de protection comme des facteurs de risque ont été observés dans des contextes religieux conservateurs, ce qui appelle une étude plus nuancée de la manière dont des accents théologiques et des dynamiques relationnelles précis influencent l’issue des placements.

Enfin, de futures études devraient tester la validité et l’utilité de la théorie du cadrage restauratif, en particulier comme cadre pour les évaluations d’agrément et comme outil de renforcement des capacités une fois les enfants placés.

4.9 Implications pour la pratique

Les agences de protection de l’enfance peuvent réduire les ruptures de placement en comprenant mieux comment les traits dispositionnels des parents d’accueil agissent comme facteurs de protection primaires, surtout lorsqu’on les considère à travers le prisme des systèmes écologiques. La théorie du cadrage restauratif offre deux applications pratiques immédiates.

4.9.1 Évaluations d’agrément

La capacité des parents d’accueil au cadrage restauratif pourrait être évaluée lors de la procédure d’agrément, en appréciant la présence de quatre traits clés : l’état d’esprit de croissance, l’humilité, l’empathie et l’altruisme. Des outils fondés sur des mises en situation pourraient être développés pour évaluer comment ces traits se manifestent dans les quatre processus protecteurs associés : la résilience relationnelle, l’adaptabilité active, le plaidoyer déférent et la recherche de soutien.

4.9.2 Renforcement des capacités

Le cadrage restauratif peut aussi s’enseigner. Alors que les parents d’accueil demandent souvent des formations sur la gestion des comportements extériorisés et sur des diagnostics précis (Price et al. 2008 ; Strijker et al. 2008), les programmes de formation pourraient être enrichis en y intégrant les principes du cadrage restauratif. Ces programmes offriraient une approche fondée sur les forces pour repérer, soutenir et renforcer les traits centraux et les processus protecteurs qui atténuent les ruptures.

5. Conclusion

La théorie du cadrage restauratif pose que les causes courantes de rupture de placement peuvent être contrebalancées par une constellation de traits dispositionnels interconnectés. Il s’agit de l’état d’esprit de croissance, de l’empathie, de l’humilité et de l’altruisme, tous soutenus par un solide réseau de soutien social. Ensemble, ces traits donnent naissance à quatre processus protecteurs clés : la résilience relationnelle, l’adaptabilité active, le plaidoyer déférent et la recherche de soutien. Collectivement, ces mécanismes forment le socle du cadrage restauratif, un cadre écologique lié au lieu de placement, destiné à stabiliser les placements à haut risque et à réduire la probabilité de ruptures.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de cette étude est de déplacer la question : la rupture de placement n’est plus lue comme le symptôme d’un enfant « trop difficile », mais comme un événement relationnel qui se joue entre l’enfant, la famille d’accueil, sa propre famille, son réseau et l’institution. On y retrouve des repères familiers aux systémiciens : la différenciation au sens de Bowen, reprise par Friedman, comme capacité à rester en lien sans être happé par la crise ; la réparation après l’orage ; le besoin de maîtrise et l’orientation vers la réussite comme facteurs de risque ; le temps disponible, plus que l’argent ; la relation avec l’agence comme partie du système. Les limites invitent à la prudence : l’échantillon vient d’une agence confessionnelle, seules les familles chez qui le placement a tenu ont été interrogées, et la notion de « traits dispositionnels » risque de ramener dans l’individu ce que l’étude décrit comme systémique, voire de servir au tri des candidatures. Le « plaidoyer déférent » peut aussi faire taire des désaccords légitimes avec l’institution. À lire avec la théorie ancrée de l’accueil en milieu familial, et avec l’article sur les relations de jeunes adultes ayant connu le placement avec leurs parents de naissance.

Notes de l’original

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Références

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Traduction non officielle en français de Le cadre restauratif : une théorie ancrée des facteurs de protection contre les ruptures de placement en famille d’accueil, par J. Wesley Furlong, Jillian Landers et Gaynor Yancey, Child & Family Social Work, vol. 31, no 2 (2026), doi : 10.1111/cfs.70008, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « The Restorative Frame: A Grounded Theory Study of Protective Factors for Foster Care Disruptions », publié dans Child & Family Social Work (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Furlong, J. W., Landers, J., et Yancey, G. (2026). Le cadre restauratif : une théorie ancrée des facteurs de protection contre les ruptures de placement en famille d’accueil (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-cadre-restauratif-une-theorie-ancree-des-facteurs-de-protection-contre-les-ruptures (Œuvre originale publiée en 2025 dans Child & Family Social Work, 31(2), 834-846 (2026) ; republiée en 2026 par Child & Family Social Work, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/cfs.70008)

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