Qualitative Social Work · Conférences familiales
Les conférences familiales (FGC) se tiennent de préférence dans un lieu « neutre ». Une équipe britannique, entre recherche et pratique à Camden, conteste cette évidence : aucun lieu n’est neutre. À travers deux vignettes fictives, celle de Grace, 15 ans, enceinte, qui choisit le club social de ses anniversaires d’enfance, et celle de sa travailleuse sociale, inquiète du bar à l’étage, l’article propose de faire du lieu une composante à part entière de l’intervention.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de La force et le potentiel de l’espace et du lieu dans les conférences familiales : repenser le rôle du lieu de réunion en protection de l’enfance, par Bekkah Bernheim, Tim Fisher, Lucia Marquez et Lorna Stabler, publié dans Qualitative Social Work (SAGE) (2025), doi : 10.1177/14733250241301829, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes ; les identifiants ORCID ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les espaces neutres deviennent des lieux chargés de sens dès que des personnes y entrent avec leurs propres histoires, croyances, présupposés et souvenirs.
Bekkah Bernheim, Tim Fisher, Lucia Marquez et Lorna Stabler
Résumé
La conférence familiale (Family Group Conferencing, FGC) est un processus de décision mené par la famille, utilisé dans les services sociaux à l’enfance au Royaume-Uni. Contrairement aux réunions habituelles entre familles et professionnels lorsqu’il existe une inquiétude sur la sécurité d’un enfant, les conférences familiales se tiennent souvent hors des locaux des services à l’enfance, dans un lieu « neutre ». Dans cet article, nous critiquons l’idée qu’un lieu de réunion puisse être neutre, car les espaces peuvent être vécus différemment et revêtir des significations multiples pour la famille, son réseau et les professionnels qui y prennent part. Partant du principe que les relations avec l’espace et dans l’espace peuvent bousculer les déséquilibres de pouvoir et influer sur l’expérience des familles et des professionnels, nous proposons de considérer plutôt le lieu de la conférence familiale comme une composante centrale de l’intervention. Cette approche sur mesure part d’une question : comment le lieu de la réunion pourrait-il améliorer l’expérience de la conférence familiale pour les familles et les professionnels ? Pour y répondre, nous utilisons deux vignettes fictives, écrites du point de vue d’une jeune femme et de sa travailleuse sociale. Les vignettes ont été élaborées à partir de l’expérience de pratique et de recherche cumulée des membres de l’équipe, et servent dans l’article d’outil pour théoriser les bénéfices et les limites possibles d’une approche qui fait du lieu de la réunion une composante de l’intervention. En réimaginant comment le fait de se réunir dans un lieu qui a du sens pour la famille pourrait influer sur l’expérience des familles et des professionnels, cet article contribue à la recherche et à la pratique du travail social au Royaume-Uni et au-delà.
Mots-clés : conférence familiale, espace, lieu, enfants, vignettes, décision menée par la famille
Un nombre croissant de travaux reconnaît l’importance de l’espace et du lieu dans la façon dont se construit la pratique du travail social auprès des enfants (Akesson et al., 2017 ; Bryant et Williams, 2020 ; Disney et al., 2019 ; Ferguson, 2018 ; Jeyasingham, 2018). Certains de ces travaux soulignent les difficultés que posent les espaces institutionnels à la manière dont familles et professionnels travaillent ensemble (Stanley et al., 2016). Des facteurs comme l’atmosphère de la pièce, la disposition du mobilier (Ogle et Vincent, 2022) et la place où chaque personne s’assoit (Race et Frost, 2022) peuvent influer sur l’expérience que les personnes ont des réunions de décision. La conférence familiale (Family Group Conferencing, FGC) est un processus de décision mené par la famille, utilisé dans les services sociaux à l’enfance. L’une des étapes de ce processus est la conférence familiale proprement dite, une réunion au cours de laquelle la famille et son réseau, famille élargie et amis, prennent la direction de l’élaboration d’un plan pour répondre aux inquiétudes concernant la sécurité de l’enfant (nous désignons désormais l’ensemble du processus par « FGC » et la réunion, ou conférence proprement dite, par « la FGC » ou « les FGC »). Contrairement aux façons de travailler habituelles, un principe central de la FGC veut que les familles participent aux décisions pratiques sur la réunion, notamment en ayant leur mot à dire sur le lieu et le moment où elle se tient (Family Rights Group, 2022). Pourtant, les recherches sont rares qui montrent comment, sur quelle base et par qui sont prises les décisions sur le lieu des FGC, et l’influence que cela a sur l’expérience que familles et professionnels ont de la réunion. Des travaux de recherche en management suggèrent que les décisions pratiques sur les horaires et les lieux de réunion ont des effets sur les dynamiques de pouvoir dans les réunions (Huxham et Vangen, 2004). Dans le cas de la FGC, associer les familles dès le début aux décisions pratiques pourrait influer sur leur sentiment d’appropriation et sur leur engagement tout au long du processus, ce qui en fait un sujet qui mérite d’être exploré.
Malgré la place centrale du lieu dans la FGC, celle-ci n’est pas pensée comme une intervention fondée sur le lieu, comme le sont certaines autres interventions de travail social. La protection contextuelle (Contextual Safeguarding ; Firmin et Lloyd, 2022), par exemple, reconnaît, cible et intègre explicitement dans son modèle d’intervention les lieux où les jeunes se sentent en sécurité ou en danger. La FGC, elle, reconnaît que le lieu de la réunion peut influer sur l’intervention. C’est pourquoi, au Royaume-Uni, certaines recommandations de pratique, certains rapports et certaines recherches préconisent de tenir les FGC dans des lieux « neutres », hors du domicile familial ou des bureaux de la collectivité locale, pour corriger les déséquilibres de pouvoir entre familles et professionnels (Munro et al., 2017 ; Taylor et al., 2023). Se réunir dans un lieu neutre est jugé important, et il est courant d’entendre parler du lieu neutre comme d’une référence absolue dans la pratique. La recommandation de tenir une FGC dans un lieu neutre ne figure pourtant pas systématiquement dans les normes de qualité ou les recommandations de pratique de la FGC (Family Rights Group, 2022).
Dans cet article, nous utilisons deux vignettes fictives pour regarder au-delà de la pratique actuelle et théoriser la force et le potentiel d’une approche qui fait du lieu une composante clé de l’intervention dans la FGC. Réfléchir dès le départ, de manière délibérée et créative, à ce que l’espace de réunion pourrait apporter, et choisir le lieu qui répond le mieux aux besoins et à la situation propres à chaque famille, pourrait avoir sur l’expérience que familles et professionnels ont de la FGC des effets positifs, à ce jour inexplorés. En outre, repenser le lieu de la réunion comme une composante clé de l’intervention pourrait aider à rendre plus cohérentes les recommandations de pratique sur le lieu des FGC.
La FGC est un processus de décision volontaire qui vise à rassembler un réseau de famille et d’amis autour d’une personne pour renforcer son système de soutien, faire face à des difficultés ou lui permettre d’atteindre un objectif. La FGC est née en Nouvelle-Zélande dans les années 1980, comme moyen d’inclure le réseau familial élargi des enfants maoris dans la planification de leur prise en charge, en réponse à la discrimination et au racisme institutionnel dans les services sociaux (Rangihau, 1986). Depuis, la FGC a gagné en popularité et elle est utilisée dans tout le Royaume-Uni dans des contextes variés, y compris en protection de l’enfance, lorsqu’il existe une inquiétude sur le bien-être d’un enfant et sur la capacité des parents ou des personnes qui s’en occupent à le protéger.
Le modèle de la FGC est bien décrit dans la littérature scientifique et les rapports de pratique (Frost et al., 2014 ; Mason et al., 2017 ; Morris et Connolly, 2012 ; Munro et al., 2017). Le processus de FGC comporte trois étapes : la préparation, la conférence proprement dite et la révision du plan (Stabler et al., 2019). Pendant la préparation, une coordination indépendante travaille avec le réseau familial et les professionnels pour les préparer à la conférence. Précisons que nous employons dans cet article le terme « professionnels » pour désigner toute personne qui participe à la FGC dans le cadre de son travail rémunéré, tout en reconnaissant que les parents et leur réseau peuvent aussi exercer à titre professionnel. L’implication de la famille et de son réseau est au cœur de la FGC. Elle comprend l’enfant, sa famille proche et élargie, et son réseau social plus large. La préparation comporte l’organisation pratique, par exemple décider qui doit assister à la FGC, quand et où elle doit avoir lieu. Selon les recommandations de pratique de la FGC, « la date, l’heure et le lieu de la FGC doivent être éclairés et acceptés par la famille » (Family Rights Group, 2022 : 2).
Après la préparation, la conférence proprement dite comprend trois temps, animés par la coordination indépendante : le partage d’informations, le temps familial privé et l’accord sur le plan. Professionnels et réseau familial assistent ensemble au premier temps. Toutes les informations partagées avec la famille à ce moment doivent l’avoir déjà été pendant la préparation. Ensuite, les professionnels se retirent pendant le temps familial privé. En protection de l’enfance, le temps familial privé donne à la famille et à son réseau l’occasion d’élaborer un plan pour répondre aux inquiétudes sur la sécurité de l’enfant. Aucune durée n’est fixée pour ce temps de la conférence, qui s’accompagne souvent d’un repas partagé. Après le temps familial privé, lors du dernier temps de la conférence, les professionnels sont invités à revenir pour entendre le plan de la famille, s’assurer qu’il répond à leurs inquiétudes et proposer leur soutien.
Les sciences sociales distinguent souvent « espace » et « lieu », en affirmant que les personnes construisent socialement le lieu en donnant du sens à l’espace (Cresswell, 2014). Dans l’éditorial du numéro thématique de Qualitative Social Work consacré à l’espace et au lieu, Bryant et Willians (2020), citant Doreen Massey, spécialiste de l’espace et du lieu, définissent le lieu « comme un lieu de rencontre plutôt que comme quelque chose de toujours déjà cohérent, comme ouvert plutôt que délimité, comme une production continue plutôt que comme une donnée préalable » (34). Cette définition est utile, car elle reconnaît les significations changeantes, multiples et parfois contradictoires que les lieux revêtent pour différentes personnes. En bref, le lieu peut être défini comme un « emplacement chargé de sens » (Cresswell, 2014 : 12).
Les personnes donnent du sens à l’espace par leurs expériences personnelles, en le nommant, en racontant des histoires, en partageant des idéologies, en se forgeant des souvenirs et en développant des attachements affectifs (Cresswell, 2008, 2011, 2014 ; Nairn et Kraftl, 2015). Les espaces et les lieux ne sont pas figés ; ils comprennent des objets physiques, des relations sociales et des mobilités, et peuvent susciter, chez les personnes qui les habitent ou les imaginent, des sentiments d’appartenance, d’attachement au lieu, ou l’absence des deux (Akesson et al., 2017 ; Massey, 1991). Il faut tenir compte des rapports de pouvoir lorsqu’il est question d’espace et de lieu, car, une fois établi, le lieu peut servir de structure sociale à partir de laquelle d’autres décident « qui et quoi a sa place où et quand » (Cresswell, 2011 : 237).
En protection de l’enfance, s’il existe quelques recherches sur l’effet de l’espace et du lieu dans les réunions entre professionnels (voir Beddoe et al., 2022), l’effet de l’espace et du lieu sur les réunions et la prise de décision entre familles et professionnels est peu étudié. Les études consacrées à l’expérience des parents et des enfants lors des réunions de protection de l’enfance montrent que parents et enfants ont du mal à se faire entendre face aux professionnels et ne se sentent pas toujours en mesure de donner leur avis (Cossar et al., 2016 ; Muench et al., 2017). Ces études ne cherchent pas à savoir si les lieux où se tiennent les réunions de protection de l’enfance influent sur l’expérience des familles ; l’influence de l’espace et du lieu sur la participation des enfants n’en est pas moins visible dans l’analyse. La recherche d’Ogle et Vincent (2022) sur la façon dont les enfants expriment leur point de vue lors des réunions de protection de l’enfance a ainsi montré que l’environnement physique et l’atmosphère de la pièce peuvent freiner leur participation. Le cadre formel de ces réunions suscitait chez les enfants de la nervosité, de la peur et de la timidité. Dans certains cas, une place près de la personne chargée du travail social ou de la présidence de la réunion rassurait les enfants (Ogle et Vincent, 2022 ; Race et Frost, 2022). L’espace et le lieu sont des facteurs souvent ignorés mais influents, qui façonnent l’expérience qu’ont les familles des rencontres avec les professionnels lorsqu’il existe une inquiétude de protection de l’enfance.
Les conférences familiales modifient la dynamique de pouvoir entre familles et professionnels, car les professionnels sont invités à faire confiance aux familles pour trouver des solutions aux difficultés qu’elles rencontrent (Holland et al., 2005). Barn et Das (2016) expliquent que se réunir hors des bureaux de la collectivité locale prolonge cette logique :
On estimait qu’un bureau de service social public, comme lieu de FGC, pouvait être perçu comme menaçant [par les familles] et qu’un espace neutre pouvait atténuer les sentiments de méfiance et aider à favoriser un meilleur engagement [des familles]. Les locaux d’une organisation communautaire étaient souvent jugés plus acceptables et moins menaçants (951).
Les collectivités locales du Royaume-Uni appliquent de diverses manières la recommandation de tenir la FGC dans un lieu neutre. Dans certaines, les familles s’appuient sur les compétences et les connaissances de la coordination FGC indépendante pour choisir un lieu de réunion sûr, propice à la collaboration et culturellement adapté (Barn et Das, 2016 ; Holland et Rivett, 2008). Dans d’autres, même si la pratique n’est pas documentée, les décisions sur le lieu des FGC sont probablement guidées par des contraintes pratiques, comme des budgets limités. L’application inégale des coupes budgétaires liées à l’austérité a creusé les géographies déjà inégales de la richesse des services à l’enfance des collectivités locales en Angleterre (Disney et Lloyd, 2020). Certaines collectivités ont donc plus de ressources que d’autres, et potentiellement plus de possibilités d’explorer des pratiques innovantes.
L’idée qu’un lieu de réunion puisse ou doive être « neutre » est problématique, car les lieux ne sont jamais neutres : ils portent différentes significations socio-symboliques, qui peuvent être partagées ou construites individuellement, façonnées par les expériences passées, les souvenirs et les présupposés de chaque personne. Si l’on reconnaît que les espaces et les lieux portent des significations diverses et parfois contestées, une question se pose : comment le lieu de la réunion influe-t-il sur l’expérience que les personnes ont de la FGC ?
La recherche qualitative donne un aperçu de la diversité des lieux de FGC utilisés au Royaume-Uni et du rôle, souvent inattendu, qu’ils ont joué dans l’intervention. Dans l’étude de Holland et Rivett (2008), une famille a tiré profit d’une réunion hors de son domicile, parce qu’elle trouvait sa maison source de distraction. Le lieu a permis au réseau de la famille de se rassembler pour écouter et comprendre les points de vue des uns et des autres. Selon certains travaux, le choix explicite du lieu pourrait avoir des significations et des potentiels différents selon les groupes ethniques et raciaux, mais davantage de recherches sont nécessaires pour l’explorer (Mohamed, 2024). Dans la recherche de Mitchell (2018) en Écosse, une FGC s’est tenue au domicile d’un membre de la famille, sans que les raisons de ce choix soient précisées. Dans d’autres recherches, le lieu a été choisi en fonction des transports disponibles et de l’accessibilité géographique, pour faciliter la présence des familles (Flynn et al., 2007 ; O’Shaughnessy et al., 2010). On peut aussi tirer des enseignements d’exemples de pratiques exceptionnelles. Dans l’aide sociale aux adultes du district londonien de Camden, les professionnels ont travaillé avec les personnes pour trouver un lieu qui avait du sens pour elles. Une femme a ainsi tenu sa FGC sur la scène d’un théâtre où elle s’était autrefois produite (Fisher et al., 2022).
Lorsque les résultats de recherche mentionnent le lieu de la FGC, c’est en général comme une préférence de la famille, ou avec une brève explication de la façon dont il a permis l’engagement de celle-ci. Dans l’aide sociale aux adultes, il existe des exemples de pratiques innovantes concernant le lieu de la FGC, mais elles sont loin d’être répandues, et rien n’indique qu’il en soit de même dans les services sociaux à l’enfance. Un travail de théorisation créative supplémentaire est nécessaire pour dégager la force et le potentiel du lieu de réunion dans la façon dont se construit l’expérience des familles et des professionnels lorsqu’il existe une inquiétude de protection de l’enfance.
Pour théoriser les bénéfices possibles d’une réflexion délibérée sur le lieu de la FGC comme composante clé de l’intervention, nous avons adopté une approche créative. En nous appuyant sur notre expérience cumulée de recherche (LS, BB et TF) et de pratique (TF), les membres de l’équipe, avec une personne autrice de fiction (LM), ont élaboré des vignettes pour théoriser des possibilités qui pourraient aller au-delà de la pratique courante au Royaume-Uni. Une vignette est une scène courte et évocatrice, utilisée pour décrire ou illustrer un phénomène plus large. Si nos vignettes sont fictives, les personnages que nous avons créés et les situations dans lesquelles nous les avons placés reflètent la situation de vie de personnes à qui une FGC pourrait être proposée aujourd’hui au Royaume-Uni. Cette approche n’est pas sans précédent : nous avons trouvé notre inspiration chez Parkinson et son équipe (2018), qui ont puisé dans leur expérience professionnelle et pratique pour créer une étude de cas collective fictive, servant de point de départ à une réflexion sur l’usage de la FGC auprès des personnes âgées. Cette équipe avait choisi cette approche parce qu’elle explorait un nouveau champ de pratique, peu documenté par la recherche (Parkinson et al., 2018). Au-delà de la recherche en travail social, nous nous appuyons aussi sur Fish et son équipe (2022), qui ont utilisé des vignettes dans leur recherche sur les pratiques éducatives en Nouvelle-Zélande. Cette équipe écrit :
Les textes des vignettes offrent un espace aux personnages imaginés et, par conséquent, à nous, qui écrivons, pour affirmer des opinions, tester et réviser des théories, exprimer des doutes et tirer des conclusions. Les vignettes offrent à qui écrit et à qui lit un forum pour bousculer les compréhensions, explorer des suggestions provisoires et imaginer d’autres possibles, en ouvrant un espace créatif au sein du texte (Fish et al., 2022 : 38).
Comme Fish et son équipe, nous utilisons les vignettes pour « imaginer d’autres possibles » dans la pratique de protection de l’enfance. Nous n’avons cependant pas mené d’étude empirique : contrairement à Parkinson et à son équipe et à Fish et à son équipe, qui ont utilisé les vignettes comme méthode de recueil de données, nous avons utilisé la vignette comme outil théorique. Créer des vignettes nous a permis de réimaginer une version future et pleine d’espoir de la pratique du travail social, où le lieu de la réunion joue un rôle clé dans l’amélioration de l’expérience que les familles ont de la FGC.
Pour élaborer les vignettes, les membres de l’équipe se sont retrouvés pour un atelier d’une journée en présentiel, au cours duquel nous avons puisé dans notre expérience cumulée de recherche et de pratique pour créer des personas pour deux personnages imaginaires : une jeune mère et sa travailleuse sociale. Les personas sont des personnages composites fictifs. Habituellement utilisés comme outil de conception dans des secteurs comme le marketing, ils servent souvent à susciter l’empathie envers différents publics et à cerner leurs besoins (Salminen et al., 2022). Il s’agissait d’écrire le nom du personnage au milieu d’une feuille de tableau de conférence et de créer un diagramme en étoile sur sa vie, ses préférences et son parcours. Nous avons attribué à chaque personnage un nom, un âge, et repéré les personnes importantes dans sa vie. Après avoir élaboré une histoire riche pour chaque personnage, la personne autrice de fiction s’en est servie pour rédiger deux vignettes. Le processus de création des personas a aidé l’équipe à réfléchir plus profondément aux personnages, à ce qu’ils pourraient penser et ressentir, et a fourni un cadre pour mettre en commun notre expérience de recherche et de pratique. Tout au long de l’atelier, nous avons discuté de ce que pourrait ressentir une personne sur le point de vivre une FGC, des circonstances de vie qui auraient pu l’y mener, et de l’effet possible, sur son expérience, d’une réunion dans un lieu qui a du sens. Nous avons utilisé des vignettes plutôt qu’une recherche empirique classique pour répondre à nos questions parce qu’il n’est pas d’usage, dans les collectivités locales anglaises, de considérer le lieu de la réunion comme une composante centrale de l’intervention dans la FGC. Pourtant, comme le montre la littérature citée dans cet article, l’espace et le lieu influent sur l’expérience qu’ont les familles des réunions avec les professionnels dans le contexte des services sociaux à l’enfance. Les vignettes nous ont permis d’ouvrir une conversation qui, nous l’espérons, amènera la recherche et la pratique à envisager de façon créative les possibilités du lieu de réunion, une composante de l’intervention aujourd’hui sous-utilisée et peu théorisée.
Dans la suite de l’article, nous réfléchissons de manière critique au potentiel d’une approche qui fait du lieu de la réunion une partie centrale de la FGC.
Les vignettes qui suivent se déroulent dans une collectivité locale fictive, en milieu urbain. Elles se concentrent sur la personne pour qui la FGC a été organisée et sur la travailleuse sociale qui a demandé la FGC. Ce choix a été fait pour réfléchir à la différence possible entre la FGC et d’autres réunions menées par le travail social. Les autres personnes présentes vivront le lieu différemment, et leur expérience serait un objet d’étude tout aussi légitime, mais elle dépasse le cadre de cet article.
La première vignette adopte le point de vue de Grace, 15 ans, qui a connu le placement, enceinte de six mois et faisant l’objet d’une évaluation au titre de la section 47 (enquête de protection de l’enfance). Grace s’apprête à vivre une FGC dans un club social, un lieu qui a du sens pour elle parce qu’elle y garde le bon souvenir d’un anniversaire d’enfance fêté en famille. La coordination FGC a aidé Grace à explorer son réseau familial : sa tante Meg, chez qui elle vit, son petit ami Alfie, père de son enfant, et la famille de celui-ci, son frère George, sa meilleure amie Suze, sa mère, espère-t-elle, ainsi que d’autres amis et soutiens assisteront à sa FGC. La seconde vignette adopte le point de vue de sa travailleuse sociale, Stephanie. Stephanie a travaillé avec Grace quand celle-ci était placée et a une relation avec elle. Elle est instinctivement réticente à l’idée de tenir la FGC dans un club social où l’on sert de l’alcool. Le choix des vignettes a été guidé par les lacunes de la littérature actuelle. Dans la vignette de Grace, nous avons choisi de nous concentrer sur la période qui précède la FGC, parce que le rôle de la famille dans le choix et la préparation d’un espace avant la réunion est largement absent de la littérature. À notre connaissance, il existe aussi peu de travaux sur ce qu’un espace de réunion peut faire ressentir aux professionnels. Nous avons donc davantage développé ce thème dans la vignette de Stephanie. Nous imaginons que Grace a eu la possibilité de choisir le lieu de la FGC, proposée par la coordination FGC et la travailleuse sociale pendant la phase de préparation. De même que les professionnels passent du temps avec les familles pour repérer leurs réseaux sociaux, ces professionnels pourraient consacrer du temps à réfléchir de manière créative avec elles au lieu où elles veulent tenir la FGC. Nous imaginons que les vignettes qui suivent ont été précédées de conversations entre Grace, Stephanie et la coordination FGC sur l’endroit où Grace se sent le plus à l’aise, sur ses besoins d’accessibilité et ceux de sa famille, ainsi que sur l’atmosphère qu’elle souhaite pour la FGC.
Ces récits à la première personne examinent le potentiel et les implications d’une approche qui fait du lieu une composante clé de l’intervention, du point de vue de Grace comme de celui de Stephanie. Précisons que les vignettes ne sont pas des données : elles sont réalistes, mais purement fictives, et servent ici à nourrir la critique et la théorisation dans la suite de l’article.
La dernière fois que je suis venue ici, j’avais dix ans et j’étais couverte de mon propre gâteau d’anniversaire, je suppose que c’est pour ça que je voulais revenir pour mon truc de réunion de famille. Le Belvedern Social Club a l’air chaleureux mais un peu pourri, alors Suze et moi, on est venues en avance pour le décorer avec des trucs de baby shower avant que tout le monde arrive. Alfie est dans le coin en train de gonfler tous les ballons pour nous. J’ai vu comment les accrocher sur Insta, et je veux vraiment que ce soit parfait.
Ça n’a pas beaucoup changé en cinq ans, cet anniversaire était trop bien, je veux vraiment cette ambiance pour ma réunion. Ça me stresse que tout le monde soit ensemble, et je suis contente pour le bébé, mais je sais que toute ma famille ne l’est pas. Ma mère, c’est peut-être, mais on ne sait jamais quelle mère va venir. J’espère que le bar en bas est fermé.
J’ai eu tellement de réunions avec les services sociaux depuis que je vis chez Meg, dans ces salles glauques avec une grande table et tous ces gens qui me fixent. C’est pour ça que quand Stephanie, ma travailleuse sociale, m’a demandé où je voulais faire ma réunion, j’ai choisi un endroit complètement différent. J’ai mis plein de photos aux murs, de mes amis, de ma famille et des échographies du bébé.
Ma famille a assuré et a aidé pour la nourriture, George m’a même pris un gâteau spécial avec plein de glaçage. Je pense que tout le monde fait vraiment des efforts pour me soutenir. Je vais pas mentir, une fois la partie réunion terminée, je veux que ça ressemble à une fête. Une fête pour moi et Alfie, il a de la famille qui vient aussi. Ça risque d’être gênant, c’est la première fois que tout le monde se rencontre et tout, mais tout le monde sait que c’est important.
Les chaises poussiéreuses sont les mêmes que celles sur lesquelles je jouais aux jeux de fête quand j’étais petite. Suze et Alfie les installent pour tout le monde qui vient à la réunion. Je crois que mon frère vient, des amis, ma responsable de niveau qui m’a vraiment aidée à traverser les choses à l’école. Je vais montrer à tout le monde que je suis prête. Mes proches arrivent avec des cadeaux pour le bébé et à manger pour la table. On se croirait déjà à une fête.
Dans cette vignette, Grace a choisi de tenir sa réunion au Belvedern Social Club, un lieu qui a du sens pour elle en raison des bons souvenirs d’un anniversaire d’enfance. Dans la discussion qui suit, nous montrons comment tenir la FGC dans un lieu qui avait du sens pour Grace pourrait améliorer l’expérience que Grace et sa famille ont de la réunion.
Les principes de la FGC encouragent la participation des familles au choix du lieu. Dans la pratique, les enfants et les jeunes sont rarement consultés sur le lieu des FGC. En tant que membres d’une équipe de recherche et de pratique, nous avons observé qu’un lieu « neutre » est souvent proposé à un parent par les professionnels, lieu que la collectivité locale peut louer à moindre coût et qui est accessible à la fois aux professionnels et à la famille. Tenir une FGC hors des locaux des services à l’enfance de la collectivité et du domicile familial vise à briser les hiérarchies de pouvoir et à garantir que ni les professionnels ni les familles ne tirent avantage d’un environnement familier (Barn et Das, 2016). L’idée qu’un lieu de réunion puisse ou doive être neutre, c’est-à-dire dépourvu de sens, est cependant un contresens. Les espaces neutres deviennent des lieux chargés de sens dès que des personnes y entrent avec leurs propres histoires, croyances, présupposés et souvenirs. Fonder le choix du lieu uniquement sur une tentative d’équilibrer les rapports de pouvoir revient à méconnaître les autres rôles que le lieu de réunion peut jouer dans la FGC. Associer la famille, et en particulier les enfants et les jeunes, au choix du lieu de réunion qui lui convient, qu’il s’agisse d’un centre communautaire, du domicile d’un proche ou d’une école, et explorer le rôle que le lieu de réunion pourrait jouer, pourrait faire davantage pour améliorer l’expérience des familles qu’une approche simpliste du lieu de la FGC, du type « pas dans les locaux de la collectivité », « pas au domicile familial ». En participant à la planification et aux décisions sur le lieu, les familles pourraient développer un sentiment d’appropriation plus fort de la FGC avant même la réunion.
Les premières lignes de la vignette de Grace montrent qu’elle participe activement à la préparation de la FGC. Dans son histoire, elle dit : « Suze et moi, on est venues en avance pour le décorer avec des trucs de baby shower avant que tout le monde arrive. Alfie est dans le coin en train de gonfler tous les ballons pour nous. J’ai vu comment les accrocher sur Insta, et je veux vraiment que ce soit parfait. » La participation active de Grace et de son réseau à la préparation du lieu montre qu’elle prend un rôle moteur dans sa FGC. Contrairement à d’autres types de réunions entre familles et professionnels, la FGC peut encourager la participation active de tout le réseau familial, quel que soit l’âge.
La possibilité de choisir et de personnaliser le lieu de réunion pourrait avoir un sens particulier pour les enfants et les jeunes, un groupe souvent exclu, ou oublié, de la conception, de la planification et des décisions sur l’usage des espaces publics et communautaires (Skelton et Gough, 2013). Les jeunes, en particulier, se voient souvent refuser l’accès à des espaces lorsque les adultes les considèrent comme « pas à leur place » (Nairn et Kraftl, 2015 : 4) ou comme une nuisance (Pain, 2006 ; Skelton et Gough, 2013). Donner aux jeunes la possibilité de choisir le lieu de réunion pourrait montrer que les professionnels de l’aide sociale se soucient de leur situation et de leur expérience, et les comprennent.
Si les enfants et les jeunes, leur famille et leur réseau plus large sont délibérément associés aux décisions sur le lieu de la FGC, et que leur choix se porte sur un endroit qui revêt une valeur personnelle, cela pourrait renforcer leur sentiment d’appropriation de la réunion. Nous avançons que, si les personnes concernées par la FGC ont dès le départ un sentiment d’appropriation, cela pourrait leur être bénéfique en favorisant leur participation à la réunion et à la planification future de leur prise en charge.
De la vignette, on peut déduire que Grace attendait sa FGC avec impatience, en partie parce qu’elle avait été pleinement associée au choix du lieu, des personnes présentes et de l’apparence de l’endroit. Sa FGC vise à élaborer un plan pour garantir qu’elle et son bébé soient en sécurité et pris en charge. Il est approprié que la FGC se tienne dans un lieu où elle garde de bons souvenirs d’enfance, d’avoir été entourée et choyée par sa famille. La familiarité avec le lieu, et un sentiment de lien avec celui-ci fondé sur des souvenirs positifs, pourraient aider à combattre l’anxiété et donner aux familles un sentiment positif d’attente avant la réunion.
En outre, la situation géographique d’une réunion peut aussi compter. Un lieu situé dans le quartier d’une personne, par exemple, peut sembler en soi plus accessible et plus accueillant qu’un lieu où elle n’est jamais allée, ou qui exige un long trajet. Se réunir dans son propre quartier pourrait réduire les inquiétudes liées au trajet avant la réunion et être source de pouvoir d’agir pour les familles qui ressentent un fort lien ou un fort sentiment d’appartenance à leur quartier. Si les professionnels consacrent du temps et de l’attention non seulement à explorer le réseau social et les liens d’une famille, mais aussi les lieux et les espaces auxquels elle est fortement attachée, alors le lieu de réunion pourrait devenir une composante centrale de l’intervention, qui nourrit un sentiment d’attente plein d’espoir avant la réunion et prépare les familles à vivre positivement leur FGC.
Le lieu de réunion peut créer les conditions pour que les familles se sentent à l’aise et engagées pendant une réunion. L’histoire de Grace y fait allusion lorsqu’elle oppose le lieu choisi pour sa FGC aux lieux de réunion habituels de la protection de l’enfance. Elle dit : « J’ai eu tellement de réunions avec les services sociaux depuis que je vis chez Meg, dans ces salles glauques avec une grande table et tous ces gens qui me fixent. » Cette partie de l’histoire de Grace reflète malheureusement la réalité des services à l’enfance au Royaume-Uni aujourd’hui. Enfants et jeunes, familles et professionnels ont évoqué la difficulté de tenir des réunions dans des cadres institutionnels souvent inconfortables (Dickens et al., 2015 ; London Borough of Camden, 2019). Grace explique ensuite que c’est pour cette raison qu’elle a choisi de se réunir dans « un endroit complètement différent ». La possibilité de se réunir dans un endroit familier, proche et/ou chargé de sens pourrait aider les enfants, les jeunes et leurs familles à se sentir plus à l’aise pour aborder des sujets très personnels et souvent difficiles.
La façon dont une personne se sent dans un lieu dépend de l’atmosphère de l’espace (pour d’autres recherches en travail social sur l’atmosphère, voir Ferguson, 2010 ; Hicks, 2020). L’atmosphère est façonnée par d’innombrables variables, de la température de la pièce à la disposition des sièges en passant par l’accueil reçu à l’arrivée. La vignette donne un aperçu du lieu de la FGC de Grace. Grace note : « J’ai mis plein de photos aux murs, de mes amis, de ma famille et des échographies du bébé. Ma famille a assuré et a aidé pour la nourriture, George m’a même pris un gâteau spécial avec plein de glaçage. » Dans la recherche sur la FGC, la présence de nourriture est citée comme un facteur qui aide les personnes à se sentir plus à l’aise (Barn et Das, 2016 ; Bell et Wilson, 2006). La nourriture et les pratiques alimentaires ont une importance sociale pour les enfants et les jeunes et jouent un rôle clé dans leurs relations avec les autres (Neely et al., 2014), et partager un repas peut aider à créer les conditions de la construction de relations et de la collaboration (Absolom et Roberts, 2011 ; Rees et al., 2012). Proposer et partager de la nourriture lors de la FGC pourrait contribuer à créer une atmosphère accueillante, qui permette aux personnes présentes de se sentir plus à l’aise et plus disposées à partager leur point de vue.
Grace décrit le club social comme « chaleureux mais un peu pourri » et mentionne les chaises poussiéreuses. Il s’agit de signifier qu’un lieu n’a pas besoin d’être coûteux ou élaboré pour avoir du sens pour un enfant ou une famille. La réalité de l’austérité contraint les budgets des services à l’enfance des collectivités locales au Royaume-Uni (Webb et al., 2022). Nous voulons que l’histoire de Grace montre qu’une pratique créative n’a pas à coûter une fortune.
Cette section a théorisé les bénéfices possibles d’une réunion dans un lieu qui a du sens pour une famille : contribuer à un sentiment d’appropriation de la réunion, créer une attente positive avant la FGC et un sentiment de confort pendant celle-ci. Dans la section suivante, nous examinons le point de vue de Stephanie, une travailleuse sociale fictive, pour donner un aperçu des pensées et des sentiments des professionnels face à la tenue d’une FGC dans un lieu qui peut leur sembler peu familier et inhabituel. Pour poursuivre notre objectif de théoriser au-delà de la « pratique habituelle », nous proposons aussi trois bénéfices inattendus pour les professionnels.
Qu’est-ce qui m’a pris ? Un club social ? En haut d’un escalier étroit qui sent comme si des années de pintes y avaient été renversées. Pas génial non plus pour l’accessibilité, il faudra s’assurer que tout le monde monte en sécurité. Mais c’est ce que Grace voulait, et à la coordination, on m’a dit que ça devait être un endroit familier. Il paraît que ça a été toute une histoire de trouver le numéro du Belverden. Quelque chose me dit que c’est sûrement le premier événement de la collectivité qui se tient là-dedans.
Grace m’a donné des instructions strictes : je dois porter de « meilleurs vêtements », une tenue plus décontractée. J’ai apporté pour Grace le coussin de grossesse du baby shower de mon amie. Je la connais depuis si longtemps que je veux que la journée d’aujourd’hui serve à quelque chose. Je l’ai rencontrée quand sa tante a obtenu une ordonnance de tutelle spéciale (Special Guardianship Order), une période tellement difficile pour elles. Grace est si résiliente.
J’avoue que j’ai eu un petit pincement au ventre quand on m’a confié son dossier, mais j’ai décidé de le voir comme une nouvelle occasion de travailler avec elle. Ça lui fera du bien d’avoir quelqu’un de familier autour d’elle en ce moment. À la coordination, on a passé un temps fou à appeler tout le monde, j’espère juste que si la mère de Grace vient, elle ne détournera pas l’attention de l’ordre du jour. La salle est vraiment belle, on voit qu’elle s’est donné beaucoup de mal pour la décoration.
Assise sur un tabouret au bar, en attendant la fin du temps familial privé, les yeux fixés sur un maillot de foot dédicacé derrière le comptoir. La première partie de la réunion s’est bien passée, la famille de Grace s’ouvre davantage que lors de mes visites précédentes. Les deux côtés font des promesses vraiment solides, j’espère que les choses prennent forme là-haut.
J’aime la façon dont la salle a tout de suite mis tout le monde à l’aise, même la mère de Grace a l’air plus détendue. Le gâteau personnalisé sur la table m’a vraiment fait sourire. L’atmosphère là-dedans, c’est vraiment quelque chose.
Les professionnels qui participent à une FGC prennent souvent part à une conversation où la communauté est majoritaire, et non les professionnels, comme c’est courant dans les réunions de protection de l’enfance. Faire la démarche d’entrer dans la communauté, pour écouter, c’est pour le travail social une façon de témoigner de son respect et de la valeur accordée à la personne et au processus. Se réunir dans un cadre choisi par la famille peut être transformateur non seulement pour les familles, mais aussi pour les professionnels, car cela bouscule les dynamiques de pouvoir habituelles : les professionnels entrent dans des espaces et des lieux qui peuvent leur être inconnus mais sont familiers aux familles accompagnées.
La vignette montre clairement que Stephanie s’inquiétait des risques liés au lieu lui-même, à savoir la présence d’alcool sur place et les questions d’accessibilité. Inviter une famille à choisir un lieu chargé de sens peut donner aux professionnels le sentiment d’avoir moins de contrôle sur la réunion et ses résultats. L’enthousiasme de Grace à l’idée de tenir sa FGC au club social contraste avec les inquiétudes initiales de Stephanie sur les variables qu’elle ne peut pas maîtriser. Les vignettes montrent que le club social n’a pas la même signification pour Grace que pour Stephanie. Tenir une FGC dans un lieu comme le club social peut bousculer les dynamiques de pouvoir « habituelles » entre une famille et les professionnels, et donner au travail social l’occasion de prendre du recul et de céder aux familles une partie du contrôle sur la FGC, pour qu’elles prennent la main sur la planification et les décisions. Familles comme professionnels peuvent vivre cela comme un bénéfice. Il faut toutefois reconnaître que la capacité des professionnels à le faire se heurte à de réelles contraintes lorsque des procédures comme l’évaluation des risques relèvent de leur responsabilité.
Comme le montrent les réticences initiales de Stephanie, les professionnels peuvent trouver les lieux de réunion moins conventionnels peu pratiques ou risqués. Se réunir dans un lieu qui a du sens pour une famille pourrait cependant offrir à cette famille des occasions de liens impossibles ailleurs. Cela pourrait à son tour donner aux professionnels une meilleure compréhension de la famille dans son contexte et l’occasion de la voir autrement. Des espaces moins institutionnels pourraient multiplier les occasions de lien entre membres des familles, et entre familles et professionnels, et donner aux professionnels une compréhension plus contextuelle et plus globale de la famille accompagnée.
Au Royaume-Uni, le travail social ne consacre souvent qu’une faible part de son temps à la vie quotidienne des quartiers où vivent les familles accompagnées (Ferguson et al., 2020 ; Jeyasingham, 2019). Explorer avec la famille les lieux possibles pourrait aider les professionnels à découvrir les structures de soutien informelles et de proximité susceptibles d’aider les familles localement. Utiliser un lieu communautaire pourrait aussi favoriser la construction de relations entre services publics, communautaires et associatifs, les professionnels du travail social devenant des visages plus familiers et plus réguliers dans ces espaces communautaires (Waites et al., 2004 ; O’Shaughnessy et al., 2010).
Le club social était un lieu où la famille de Grace s’était déjà réunie pour fêter son anniversaire. Le lieu de la FGC de Grace reflète une part de son histoire personnelle que les personnes extérieures à sa famille proche qui assistent à la FGC, professionnels compris, ne connaissent peut-être pas. En tenant la FGC au club social, les professionnels ont l’occasion de découvrir Grace comme une personne avec son histoire et ses expériences propres. Le club social éclaire l’identité de Grace et ce qui compte pour elle, tout en ouvrant aux personnes présentes une fenêtre sur son « monde vécu » (Burns et Früchtel, 2014 : 1148).
Faire du lieu de la FGC une composante clé de l’intervention se heurte à des limites pratiques. Avec l’austérité et des budgets d’aide sociale serrés, il y a probablement peu de moyens pour louer des lieux. En raison des géographies inégales de l’austérité, ces limites pratiques se feront sans doute sentir plus durement dans certaines parties de l’Angleterre, en particulier celles qui se « remettent des séquelles de la désindustrialisation » (Disney et Lloyd, 2020 : 7). En outre, les professionnels manquent souvent de temps et ont de lourdes charges de dossiers (Ravalier et al., 2020). Ces conditions de travail ne se prêtent pas à passer du temps supplémentaire avec chaque famille pour explorer comment le lieu de sa FGC pourrait soutenir son expérience globale de la réunion. De plus, la disparition de ressources communautaires signifie qu’il existe moins d’espaces communautaires où tenir une FGC. Nous reconnaissons ces difficultés structurelles, mais des récits de collectivités innovantes qui travaillent de manière créative avec les familles malgré ces obstacles sont encourageants. Lors de la conférence annuelle « Love Shows Up » du district londonien de Camden, par exemple, des membres des équipes de travail social, des personnes ayant une expérience vécue et des équipes de recherche ont pris part à une rencontre pour entendre des équipes de travail social présenter les approches créatives adoptées en réfléchissant à l’importance du lieu de la FGC (London Borough of Camden, 2024).
Les vignettes soulignent aussi la difficulté de concilier des droits concurrents, entre enfants et parents, et entre familles et professionnels. Une personne jeune peut souhaiter tenir sa FGC dans un lieu donné, mais ce choix peut être contesté par les parents. Les professionnels pourraient alors devoir négocier qui décide du lieu de la réunion. Des désaccords au sein des familles sur le lieu pourraient ajouter une couche de complexité au travail des professionnels avant la FGC. En outre, au Royaume-Uni, les professionnels du travail social organisent en général les réunions pendant les heures de travail habituelles (du lundi au vendredi, de 9 h à 17 h), en particulier lorsque d’autres services, comme la santé, l’éducation et la police, sont impliqués. Des choix de lieux plus créatifs peuvent donc ne pas être possibles. Se réunir dans le quartier d’une famille pourrait aussi signifier plus de déplacements pour les équipes de travail social. Il faut concilier les souhaits des familles avec les contraintes pratiques, notamment en s’assurant que les professionnels peuvent être présents.
Enfin, si donner aux familles la possibilité de choisir le lieu pourrait corriger les déséquilibres de pouvoir entre familles et professionnels, nous reconnaissons qu’il existe un écart de pouvoir inhérent entre travail social et familles, surtout en cas d’intervention sociale légale. Dans cet article, nous avons proposé une manière de corriger ces dynamiques de pouvoir inégales.
L’objectif de cet article était de commencer à théoriser ce que pourrait apporter une réflexion délibérée sur le rôle du lieu de la FGC dans l’amélioration de l’expérience que familles et professionnels ont de la FGC. Pour cela, nous avons utilisé des vignettes fictives destinées à susciter une pensée créative au-delà de la pratique actuelle au Royaume-Uni. En associant une personne autrice de fiction à l’écriture des vignettes, nous voulions toucher un public plus large, sortir des limites du langage académique et des études de cas orientées vers la pratique, pour comprendre ce qu’une adolescente et sa travailleuse sociale pourraient penser et ressentir. Les vignettes sont fictives, mais ancrées dans la réalité de l’importante expérience de pratique et de recherche des membres de l’équipe, qui ont puisé dans d’innombrables exemples réels en travaillant avec la personne autrice de fiction à l’élaboration des vignettes. Ayant coécrit les vignettes puis analysé leur signification, nous reconnaissons la critique selon laquelle notre analyse pourrait confirmer la thèse que nous voulions défendre. Notre objectif est de faire avancer la théorisation et d’ouvrir une conversation, et nous invitons les équipes de recherche à mener des études empiriques qui s’appuient sur notre théorisation pour réfuter, confirmer et nuancer les possibilités présentées ici.
Rares sont les recherches qui montrent la diversité et les bénéfices des différents lieux de réunion dans la FGC. Il faut cartographier la pratique actuelle pour comprendre sur quelle base et pourquoi les FGC se tiennent là où elles se tiennent. En outre, les théories proposées dans l’article sur la force et le potentiel d’une réunion dans un lieu chargé de sens pourraient être mises à l’épreuve en utilisant les vignettes comme outil d’élicitation auprès de futures parties prenantes et de futures personnes participantes, lors d’entretiens ou de groupes de discussion. La recherche future pourrait aussi gagner à examiner l’influence que le lieu de la FGC pourrait avoir sur les résultats, un sujet qui dépasse le cadre de cet article.
Dans la pratique, nous recommandons que les services à l’enfance des collectivités locales autorisent les professionnels à explorer de manière créative comment le lieu de la FGC pourrait répondre aux besoins des familles. De même que la coordination FGC travaille avec les familles pour repérer leur réseau, une approche semblable pourrait être adoptée pour comprendre les lieux et les espaces susceptibles de favoriser une meilleure expérience de la FGC. Pour que cela soit possible, des changements politiques et structurels sont nécessaires dans les services sociaux à l’enfance, afin d’encourager l’adoption généralisée d’approches créatives et sur mesure du travail avec les familles lorsqu’il existe une inquiétude de protection de l’enfance.
Enfin, il importe de reconnaître que la FGC n’est pas une panacée, et qu’associer les familles au choix d’un lieu chargé de sens n’est certainement pas une solution miracle qui effacerait les difficultés d’une pratique soutenant la décision menée par la famille. Nous n’entendons pas non plus, dans cet article, privilégier la FGC par rapport à d’autres interventions et pratiques de travail social. Nous espérons que c’est le début d’une conversation sur la manière dont la pratique de la FGC peut être améliorée en réfléchissant de façon délibérée et créative au rôle de l’espace et du lieu, et sur la manière dont cela pourrait servir dans la pratique plus large du travail social. En envisageant le meilleur scénario et en faisant preuve d’un espoir radical dans notre imagination, nous nous efforçons de faire des pas modestes, mais significatifs, vers l’amélioration de la pratique future.
Complexe Systémique : à retenir
Cet article déplace un détail de logistique au rang de question clinique : où se réunit-on quand une famille doit élaborer elle-même le plan de protection d’un enfant ? Le lieu « neutre », recommandé pour rééquilibrer les pouvoirs, reste un espace chargé de sens, et souvent celui des professionnels. Choisi par la famille, le lieu devient une ressource : il donne prise sur la réunion avant même qu’elle commence, apaise par la familiarité, ouvre aux professionnels une fenêtre sur le monde vécu de la famille et les oblige à entrer chez elle plutôt que l’inverse. Pour une pensée systémique, c’est une manière concrète de travailler le contexte comme partie du système d’intervention. Les limites sont assumées par l’équipe : les vignettes sont fictives, écrites par l’équipe même qui défend la thèse, sans données empiriques, et les contraintes d’austérité, d’horaires et d’évaluation des risques pèsent lourd. À lire avec l’article sur les pratiques de coordination des conférences familiales, et avec l’article sur la conférence familiale et de groupe pour adultes.
Notes de l’original
Remerciements. Cet article a été rendu possible par l’unité Participation du district londonien de Camden. L’étude a bénéficié du soutien du Clinical Research Network (référence CPMS54314). Remerciements particuliers à la professeure Katrina Wyatt pour ses précieux commentaires sur une première version.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche n’a déclaré aucun lien d’intérêts potentiel concernant la recherche, la rédaction et/ou la publication de cet article.
Financement. L’équipe de recherche a déclaré avoir reçu le soutien financier suivant pour la recherche, la rédaction et/ou la publication de cet article : cette étude est financée par le programme Health Services and Delivery Research du NIHR (subvention no NIHR131922). Les opinions exprimées sont celles de l’équipe et pas nécessairement celles du NIHR ou du ministère britannique de la Santé et de la Protection sociale.
Références
Absolom S, Roberts A (2011) Connecting with others: the meaning of social eating as an everyday occupation for young people. Journal of Occupational Science 18(4): 339–346.
Akesson B, Burns V, Hordyk S-R (2017) The place of place in social work: rethinking the person-in-environment model in social work education and practice. Journal of Social Work Education 53(3): 372–383.
Barn R, Das C (2016) Family group conferences and cultural competence in social work. The British Journal of Social Work 46(4): 942–959.
Beddoe L, Ferguson H, Warwick L, et al. (2022) Supervision in child protection: a space and place for reflection or an excruciating marathon of compliance? European Journal of Social Work 25(3): 525–537.
Bell M, Wilson K (2006) Children’s views of family group conferences. The British Journal of Social Work 36(4): 671–681.
Bryant L, Williams C (2020) Place and space in social work. Qualitative Social Work 19(3): 321–336.
Burns G, Früchtel F (2014) Family group conference: a bridge between lifeworld and system. The British Journal of Social Work 44(5): 1147–1161.
Cossar J, Brandon M, Jordan P (2016) You've got to trust her and she's got to trust you': children's views on participation in the child protection system. Child & Family Social Work 21(1): 103–112.
Cresswell T (2008) Space and place (1977): Yi-FU Tuan. In: Hubbard V, Kitchin (eds) Key Texts in Human Geography. London: Sage Publications Ltd., 53–60.
Cresswell T (2011) Place part 1. In: Duncan A (ed) The Wiley-Blackwell Companion to Human Geography. Chichester: Blackwell Publishing Ltd., 235–244.
Cresswell T (2014) Place. In: Lee C, Kitchin L, Paasi P, et al. (eds) The Sage Handbook of Human Geography: Two Volume Set. London: Sage Publications Inc., 3–21.
Dickens J, Masson J, Young J, et al. (2015) The paradox of parental participation and legal representation in 'edge of care' meetings. Child & Family Social Work 20(3): 267–276.
Disney T, Lloyd J (2020) Towards geographies of child protection. Geography compass 14(12): e12545.
Disney T, Warwick L, Ferguson H, et al. (2019) “Isn't it funny the children that are further away we don't think about as much?”: using GPS to explore the mobilities and geographies of social work and child protection practice. Children and Youth Services Review 100: 39–49.
Family Rights Group (2022) Family group conference quality standards. Available at: https://frg.org.uk/wp-content/uploads/2023/01/FGC-Quality-Standards.pdf (accessed 18 March).
Ferguson H (2010) Walks, home visits and atmospheres: risk and the everyday practices and mobilities of social work and child protection. The British Journal of Social Work 40(4): 1100–1117.
Ferguson H (2018) Making home visits: creativity and the embodied practices of home visiting in social work and child protection. Qualitative Social Work 17(1): 65–80.
Ferguson H, Warwick L, Cooner TS, et al. (2020) The nature and culture of social work with children and families in long-term casework: findings from a qualitative longitudinal study. Child & Family Social Work 25(3): 694–703.
Firmin C, Lloyd J (2022) Green lights and red flags: the (Im)possibilities of contextual safeguarding responses to extra-familial harm in the UK. Social Sciences (Basel) 11(7): 303.
Fish L, Flavell M, Cunningham E (2022) Reimagining communities of practice: using relational frameworks to disrupt assumptions and inequity. The International Education Journal: Comparative Perspectives 21(2): 37–52.
Fisher T, Hampton M, Appleson T, et al. (2022) Family Group Conference a place for boundless imagination of community. In: Kempe Conference Online. The Kempe Foundation.
Flynn R, Ashley C, Ashley C, et al. (2007) Providing Family Group Conferences to Families from Black and Minority Ethic Groups: The Essential Context. Family Group Conferences: Where Next? London: Family Rights Group.
Frost N, Abram F, Burgess H (2014) Family group conferences: context, process and ways forward. Child & Family Social Work 19(4): 480–490.
Hicks S (2020) “The feel of the place”: investigating atmosphere with the residents of a modernist housing estate. Qualitative Social Work: QSW: Research and Practice 19(3): 460–480.
Holland S, Rivett M (2008) ‘Everyone started shouting': making connections between the process of family group conferences and family therapy practice. The British Journal of Social Work 38(1): 21–38.
Holland S, Scourfield J, O'Neill S, et al. (2005) Democratising the family and the state? The case of family group conferences in child welfare. Journal of Social Policy 34(1): 59–77.
Huxham C, Vangen SIV (2004) Realizing the advantage or succumbing to inertia? Organizational Dynamics 33(2): 190–201.
Jeyasingham D (2018) Place and the uncanny in child protection social work: exploring findings from an ethnographic study. Qualitative Social Work 17(1): 81–95.
Jeyasingham D (2019) Seeking solitude and distance from others: children's social workers' agile working practices and experiences beyond the office. The British Journal of Social Work 49(3): 559–576.
London Borough of Camden (2019) Camden conversations: a family-led child protection enquiry. In: Gupta A, Fisher T (eds) Annie from Safeguarding Survivor. London: The London Borough of Camden and The Royal Holloway University of London.
London Borough of Camden (2024) Love Shows Up V. Available at: https://www.relationalactivism.com/love-shows-up-v (accessed 21 March 2024).
Mason P, Ferguson H, Morris K, et al. (2017) Leeds Family Valued: Evaluation Report. London: Department of Education.
Massey D (1991) A global sense of place. Marxism Today 38(June): 24–29.
Mitchell M (2018) Re-imagining Family Group Conferencing 'outcomes. Edinburgh: University of Edinburgh.
Mohamed O (2024) A systematic literature review with racially minoritised people using family group conferencing in England. Practice 36(1): 19–37.
Morris K, Connolly M (2012) Family decision making in child welfare: challenges in developing a knowledge base for practice. Child Abuse Review 21(1): 41–52.
Muench K, Diaz C, Wright R (2017) Children and parent participation in child protection conferences: a study in one english local authority. Child Care in Practice: Northern Ireland Journal of Multi-Disciplinary Child Care Practice 23(1): 49–63.
Munro ER, Meetoo V, Quy K, et al. (2017) Daybreak family group conferencing: children on the edge of care. In: Children's Social Care Innovation Programme Evaluation Report 54. London: Department for Education, 1–71.
Nairn K, Kraftl P (2015) Introduction to children and young people. In: Nairn K, Skelton (eds) Space, Pace and Environment. Singapore: Springer Singapore, 1–24.
Neely E, Walton M, Stephens C (2014) Young people's food practices and social relationships. A thematic synthesis. Appetite 82: 50–60.
O'Shaughnessy R, Collins C, Fatimilehin I (2010) Building bridges in liverpool: exploring the use of family group conferences for black and minority ethnic children and their families. The British Journal of Social Work 40(7): 2034–2049.
Ogle J, Vincent S (2022) It is really important that we sometimes remember the children and their views rather than just our own’: the presentation and representation of children’s views in the child protection conference. Practice 34(4): 273–288.
Pain R (2006) Paranoid parenting? Rematerializing risk and fear for children. Social & Cultural Geography 7(2): 221–243.
Parkinson K, Pollock S, Edwards D (2018) Family group conferences: an opportunity to re-frame responses to the abuse of older people? The British Journal of Social Work 48(4): 1109–1126.
Race T, Frost N (2022) Hearing the voice of the child in safeguarding processes: exploring different voices and competing narratives. Child Abuse Review 31(6): e2779.
Rangihau J (1986) Pau-te-Ata-tu (Daybreak): Report of the Ministerial Advisory Committee on a Maori Perspective for the Department of Social Welfare. Wellington, New Zealand: Department of Social Welfare.
Ravalier J, Wainwright E, Clabburn O, et al. (2020) Working conditions and wellbeing in UK social workers. Journal of Social Work 21(5): 1105–1123.
Rees A, Holland S, Pithouse A (2012) Food in foster families: care, communication and conflict. Children & Society 26(2): 100–111.
Salminen J, Guan KW, Jung S-G, et al. (2022) Use cases for design personas: a systematic review and new frontiers. In: Proceedings of the 2022 CHI conference on human factors in computing systems. New Orleans, LA, USA: Association for Computing Machinery.
Skelton T, Gough KV (2013) Introduction: young people’s Im/mobile urban geographies. Urban Studies 50(3): 455–466.
Stabler L, O'Donnell C, Forrester D, et al. (2019) Shared Decision-Making: What Is Good Practice in Delivering Meetings? Involving Families Meaningfully in Decision Making to Keep Children Safely at Home: A Rapid Realist Review. England: Department for Education, England What Works Centre for Children's Social Care.
Stanley N, Larkins C, Austerberry H, et al. (2016) Rethinking place and the social work office in the delivery of children's social work services. Health and Social Care in the Community 24(1): 86–94.
Taylor S, Blackshaw E, Lawrence H, et al. (2023) Randomised controlled trial of family group confrencing at pre-proceedings stage foundations.
Waites C, Macgowan MJ, Pennell J, et al. (2004) Increasing the cultural responsiveness of family group conferencing. Social Work 49(2): 291–300.
Webb CJR, Bennett DL, Bywaters P (2022) Austerity, poverty, and children’s services quality in England: consequences for child welfare and public services. Social Policy and Society: A Journal of the Social Policy Association: 1–22.
Traduction non officielle en français de La force et le potentiel de l’espace et du lieu dans les conférences familiales : repenser le rôle du lieu de réunion en protection de l’enfance, par Bekkah Bernheim, Tim Fisher, Lucia Marquez et Lorna Stabler, Qualitative Social Work, vol. 24, no 4 (2025), doi : 10.1177/14733250241301829, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « The power and potential of space and place in family group conferencing: Reimagining the role of the venue in child protection practice », publié dans Qualitative Social Work (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Bernheim, B., Fisher, T., Marquez, L., et Stabler, L. (2025). La force et le potentiel de l’espace et du lieu dans les conférences familiales : repenser le rôle du lieu de réunion en protection de l’enfance (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/la-force-et-le-potentiel-de-l-espace-et-du-lieu-dans-les-conferences-familiales-repenser (Œuvre originale publiée en 2024 dans Qualitative Social Work, 24(4), 355-372 (2025) ; republiée en 2025 par Qualitative Social Work, https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/14733250241301829)
Pour aller plus loin