European Journal of Social Work · Migration
En Belgique comme en Norvège, des mineurs non accompagnés obtiennent une protection, puis font venir leurs parents. L’équipe de Kari Bergset a réanalysé 25 entretiens : procédures, argent des billets, rendez-vous médicaux, traduction, devoirs des frères et sœurs, tout retombe sur ces jeunes, souvent avec l’assentiment tacite des services. Une parentification produite par les institutions bien plus que par les familles.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de La reconstruction de la vie familiale et les « formes institutionnelles de parentification » : le regroupement familial vécu par des mineurs non accompagnés en Belgique et en Norvège, par Kari Bergset, Pascal Debruyne, Kaat Van Acker et Monika Alvestad Reime, publié dans European Journal of Social Work (Taylor & Francis) (2025), doi : 10.1080/13691457.2025.2492852, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux reproduits en image (figures 1 à 4) restent en anglais, avec une légende traduite ; le résumé et les mots-clés en norvégien de l’original, qui doublent le résumé anglais, ne sont pas repris ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Ces jeunes peuvent devenir des auxiliaires des équipes professionnelles dans le travail d’intégration qu’elles mènent avec la famille, parce qu’il est facile de les solliciter.
Kari Bergset, Pascal Debruyne, Kaat Van Acker et Monika Alvestad Reime
Résumé
Le regroupement familial dans le cas des mineurs réfugiés non accompagnés (MNA) est devenu, au cours de la dernière décennie, un phénomène émergent en Europe. Il est nécessaire de connaître l’expérience que les MNA ont du regroupement familial pour mieux faire comprendre au travail social les dynamiques familiales des familles réfugiées réunies et la manière dont elles s’entremêlent avec le contexte institutionnel. Cet article repose sur une nouvelle analyse de deux ensembles d’entretiens approfondis menés en Norvège (n = 10) et en Belgique (n = 15) avec des jeunes anciennement MNA. En s’appuyant sur la notion de « parentification institutionnelle », l’article explore les tâches et les responsabilités que ces jeunes anciennement MNA assument pour leur famille au cours du processus de regroupement familial. Les résultats de l’étude montrent que la reconstruction de la vie familiale est influencée par les réglementations institutionnelles, les règles et les pratiques du travail social. À travers un agencement complexe de questions juridiques, administratives et politiques, de nouveaux rôles et de nouvelles responsabilités dans le processus de réintégration familiale sont attribués à ces jeunes, et ces jeunes les endossent. En éclairant les formes institutionnelles de parentification, l’article appelle à une conscience accrue de l’effet des politiques qui encadrent le regroupement familial et de leurs conséquences pratiques, et ramène l’attention sur le rôle politique du travail social auprès des familles réfugiées.
Mots-clés : regroupement familial ; mineurs non accompagnés ; familles réfugiées ; parentification ; théorie institutionnelle
Cet article s’appuie sur une recherche approfondie menée en Belgique et en Norvège sur le regroupement familial des mineurs non accompagnés (MNA). Il porte sur les dynamiques du monde vécu de familles réfugiées séparées pendant des années. Plus précisément, la recherche concerne les situations où les parents, les frères et les sœurs de MNA bénéficiant d’une protection internationale demandent le regroupement familial depuis leur pays d’origine. On désigne alors souvent les MNA comme « regroupants » (sponsors). De telles situations sont devenues un phénomène émergent dans les pays européens au cours de la dernière décennie. Des recherches antérieures ont montré l’importance d’un contexte familial soutenant pour la résilience et l’adaptation des enfants en exil (Lustig et al., 2003). Les difficultés institutionnelles, logistiques et émotionnelles que rencontrent les mineurs pendant le processus de regroupement familial et après l’arrivée de la famille peuvent compromettre leur bien-être et leurs relations familiales (Debruyne et al., 2023 ; De Hertog et Belloni, 2023). Au moyen d’entretiens qualitatifs approfondis avec des MNA, actuels ou anciens, dans deux pays européens, cette recherche explore les « nouvelles » tâches et responsabilités que les MNA assument pour leur famille au cours du processus de regroupement familial ; un processus qui commence lorsque ces jeunes envisagent de faire venir leurs parents, frères et sœurs, et qui s’achève par un éventuel regroupement (ou par l’abandon du projet de regroupement). Connaître les rôles et les responsabilités des MNA permet de mieux comprendre les relations parents-enfants dans les familles réfugiées, ce qui est indispensable pour cerner les conditions et les besoins de soutien social.
À ce jour, la recherche sur le regroupement familial des MNA est rare (Lidén et al., 2020 ; Raghallaigh, 2018 ; Smith et al., 2025). La plupart des travaux sur le regroupement familial ont porté sur les seuils d’accès au regroupement, par exemple sur le poids des « papiers » et des documents (De Hertog et Belloni, 2023 ; Kraler et Bonizzoni, 2010) ou sur la manière dont les familles composent avec les règles et les politiques existantes (Bonjour et Cleton, 2021). D’autres études se sont intéressées aux relations familiales en général en cas de séparation due à la migration, par exemple aux situations de circulation transnationale du soin (Baldassar et al., 2007 ; Merla et al., 2020), au fait de « faire famille à distance » (Rousseau et al., 2004 ; Strasser et al., 2009) ou au rôle de la technologie dans la communication intrafamiliale (Bacigalupe et Parker, 2015 ; Bryceson et Vuorela, 2020). Certaines études se sont penchées sur la résilience des jeunes pendant la séparation d’avec leur famille (Meloni, 2021 ; Raghallaigh, 2018) ou sur la manière dont les rôles se déplacent dans les familles qui ont migré ensemble, par exemple lorsque les enfants assurent une médiation culturelle ou linguistique (Delgado, 2020 ; Trickett et Jones, 2007).
À notre connaissance, seules quelques études ont exploré les processus de regroupement familial dans les cas où l’arrivée des MNA a précédé celle de leur famille. Tørrisplass (2022) étudie les responsabilités confiées à une jeune fille après le regroupement familial, tandis que Johansen et Tørrisplass (2024) abordent la vie des MNA après le regroupement familial comme l’un des thèmes des relations familiales des MNA. En outre, Smith et al. (2025) explorent le regroupement familial de jeunes anciennement MNA en Irlande du point de vue des parents et des équipes professionnelles. Cette étude met en évidence des charges et des responsabilités lourdes pour les jeunes, en particulier pour aider leur famille à s’installer. On manque toutefois de connaissances recueillies du point de vue des jeunes. Cet article vise à combler cette lacune et pose la question de recherche suivante : comment les règles, les réglementations et les pratiques du travail social façonnent-elles la manière dont les MNA endossent de nouveaux rôles et de nouvelles responsabilités ?
Dans les discours du monde social et des responsables politiques, ces déplacements de rôles sont souvent perçus à travers le prisme de la « parentification », comprise au niveau micro des jeunes et de leur famille (Delgado, 2020 ; Oznobishin et Kurman, 2009 ; Walsh et al., 2006). Fait important, la plupart des recherches sur la parentification se sont centrées sur l’individu ou sur le système familial, en situant les causes de la parentification dans la situation des parents, par exemple une maladie physique (Dearden et Becker, 2004) ou la migration (Oznobishin et Kurman, 2009), et en s’appuyant sur des conceptions occidentales de la parentalité. Pour éviter la connotation négative attachée à la notion de parentification, des recherches récentes l’ont remplacée par celle de « responsabilité filiale », plus descriptive et centrée sur les différents rôles que les mineurs endossent (Dabbagh et al., 2017). Dans une perspective anthropologique, des travaux ont aussi qualifié les tâches et les responsabilités des mineurs réfugiés au sein de la famille de « pratique du soin entre proches » (practicing kinship care) (Crafter et Iqbal, 2022). Ces termes alternatifs posent que la prise en charge de tâches (perçues comme) parentales n’est pas forcément négative, mais peut aussi être une source de solidarité, de résilience et d’adaptation (De Haene et al., 2014).
Dans une étude récente auprès de mineurs vivant avec leur famille dans des centres d’asile belges (Van Acker et al., 2024), nous avons introduit l’expression « formes institutionnalisées de parentification » pour attirer l’attention sur les facteurs institutionnels et structurels qui conduisent des enfants à assumer des responsabilités d’adulte. En prolongeant ces résultats, cet article analyse à travers une lentille sociale et politique les rôles et les responsabilités que les MNA endossent au cours du processus de regroupement familial.
Le regroupement familial est, selon les termes de la « directive relative au droit au regroupement familial » de l’Union européenne, un « moyen nécessaire pour permettre la vie en famille » (directive 2003/86/CE du Conseil ; voir Conseil de l’Union européenne, 2003). L’article 10 de la Convention relative aux droits de l’enfant (Fonds des Nations unies pour l’enfance [UNICEF], 1989) dispose que les demandes de réunification entre enfants et parents « sont considérées par les États parties dans un esprit positif, avec humanité et diligence ». Les politiques nationales varient cependant et produisent des pratiques et des conditions différentes pour les dynamiques de la vie familiale (Debruyne, 2024b). Dans tous les cas, toutefois, les parents de MNA doivent déposer leur demande de regroupement familial auprès d’un poste diplomatique étranger dans leur pays d’origine ou dans un pays voisin (Debruyne, 2024a).
En Norvège, dès son arrivée, chaque MNA bénéficie jusqu’à sa majorité d’une tutelle désignée par l’État. Une fois le statut de réfugié obtenu, les MNA relèvent d’une commune, avec une personne référente du service local de protection de l’enfance. Selon leur âge et leur vulnérabilité présumée, les MNA vivent en famille d’accueil, dans des établissements de protection de l’enfance ou dans d’autres formes d’hébergement moins encadrées (Eide, 2020). En Norvège, le regroupement familial des MNA est limité aux cas où l’asile a été accordé au MNA (ministère de la Justice et de la Sécurité publique, 2008, § 43), et la demande doit être déposée avant que le MNA ait 18 ans. À partir de 2015, le nombre de parents et de frères et sœurs mineurs ayant obtenu le regroupement familial avec des MNA a fortement augmenté, comme le montre la figure 1 (Bergset et al., 2024).

Les collectivités locales reçoivent de l’État un financement pour chaque personne réfugiée, MNA comme membres de la famille réunie (Bergset et al., 2024). Les MNA doivent vivre avec leurs parents pendant les cinq années suivantes. Le logement des familles est considéré comme une responsabilité publique. Le soutien varie pourtant d’une collectivité à l’autre, et certaines communes apportent moins de soutien aux membres de familles réunies qu’aux familles réfugiées arrivées ensemble (Johansen et Tørrisplass, 2024). Des organisations de la société civile complètent parfois les services publics (figures 2 et 3).


En Belgique, le nombre de parents réunis avec d’anciens MNA est passé de 40 en 2016 à 183 en 2021 (Dienst Vreemdelingenzaken, 2017, p. 6, 11 ; Myria, 2022, p. 8). Comme en Norvège, une tutelle légale est attribuée aux MNA dès leur arrivée en Belgique. Selon leur âge et leur vulnérabilité, l’hébergement se fait dans des centres d’accueil collectifs, des établissements de protection de l’enfance ou en famille d’accueil. Dans chacune de ces formules, un accompagnement par des équipes de travail social est aussi assuré (Behrendt et al., 2024).
Contrairement à la Norvège, le regroupement familial des MNA est légalement limité aux parents ; les frères et sœurs mineurs peuvent demander à les rejoindre au moyen de visas humanitaires. Autre différence, la réglementation permet aux MNA titulaires du statut de réfugié comme de la protection subsidiaire de demander le regroupement familial. Une fois que les MNA atteignent 18 ans, le délai pour déposer la demande n’est que de trois mois, ce qui ajoute une forte pression temporelle (Myria, 2020, p. 5). Même si la tutelle offre un soutien juridique, le soutien (socio)juridique formel est rare dans la pratique (Myria, 2022, p. 18).
L’Office des étrangers belge vérifie les conditions administratives et doit répondre à la demande dans un délai de neuf mois. Si le regroupement familial est accordé et que la famille arrive, les MNA doivent quitter leur hébergement privé ou collectif, en général en quelques mois. Les MNA doivent vivre avec leurs parents pendant les cinq années suivantes, sauf en cas de majorité atteinte pendant cette période. Il n’existe actuellement que peu ou pas de soutien familial formel pour les familles en cours de regroupement ou réunies, qu’il s’agisse de soutien psychosocial ou de logement (Debruyne, 2024b). En dehors de quelques « bonnes pratiques » locales, les questions de parentalité transnationale et de relations familiales transnationales sont largement absentes de la pratique du travail social.
La présente recherche repose sur une nouvelle analyse de deux projets de recherche, l’un norvégien et l’autre belge, comprenant 25 entretiens semi-directifs avec des jeunes. L’idée d’un projet commun est née d’un séminaire où les deux équipes ont présenté leurs recherches initiales et constaté que les deux projets présentaient plusieurs similitudes dans les questions de recherche, l’échantillon et les résultats. Les équipes ont en particulier trouvé dans la notion de « parentification institutionnelle » un concept d’analyse utile pour réexaminer les données.
L’échantillon belge comprend 15 MNA en cours de regroupement. Ces jeunes venaient d’Afghanistan, de Somalie, d’Érythrée et de Syrie (11 garçons, 4 filles). Le recrutement s’est fait par l’intermédiaire de partenaires de la société civile. Les entretiens comportaient des questions sur leur expérience de la communication et des dynamiques familiales, ainsi que sur leur expérience des règles et des politiques (in)formelles et du soutien apporté par les équipes de travail social, la tutelle et d’autres professions du social tout au long du processus.
L’échantillon norvégien comprend 10 jeunes (8 garçons et 2 filles), venus d’abord comme MNA, qui vivaient déjà avec leurs parents et, dans la plupart des cas, avec leurs frères et sœurs au moment des entretiens. Ces jeunes venaient de Syrie, d’Afghanistan, de Somalie et d’Érythrée. Les entretiens comportaient des questions sur leur vie quotidienne après le regroupement familial, les dynamiques familiales, leur expérience de la procédure de regroupement et leur expérience du soutien proposé.
Tous les entretiens ont été menés dans la langue locale (néerlandais ou norvégien), en raison des compétences linguistiques des jeunes. Ils ont été enregistrés en audio et transcrits mot à mot.
Les deux corpus ont été analysés séparément selon une approche thématique réflexive (Braun et Clarke, 2022), à partir de la question de recherche Quelles tâches et quelles responsabilités les jeunes assument-ils pour la famille au cours du processus de regroupement ? Les transcriptions ont été lues à plusieurs reprises, et plusieurs thèmes liés à la question de recherche ont été dégagés séparément pour chaque corpus. Puis l’ensemble de l’équipe s’est réuni et chaque partie a présenté ses analyses préliminaires. Les thèmes des deux corpus ont été discutés de manière approfondie par les quatre membres de l’équipe, qui ont retenu d’un commun accord un thème général réunissant les tendances communes aux deux corpus et décrivant les responsabilités (modifiées) des jeunes face au regroupement familial (« Nouvelles responsabilités et nouveaux rôles »). À partir de cette sélection, l’équipe a dégagé conjointement trois codes subordonnés, présentés dans la section des résultats (voir la figure 4).

Le protocole de recherche belge a été approuvé par le comité d’éthique sociale et sociétale de la KU Leuven. La recherche norvégienne a été approuvée par l’Agence norvégienne des services partagés pour l’éducation et la recherche (SIKT) ainsi que par l’établissement de l’équipe de recherche. Dans les deux pays, toutes les personnes participantes ont donné leur consentement oral ou écrit après une explication complète de l’étude et de leurs droits en tant que participantes au projet. Les formulaires de consentement et les guides d’entretien ont été approuvés par les comités nationaux. Des efforts ont été faits pour mener les entretiens dans des conditions protectrices, compte tenu du risque de retraumatisation (De Haene et al., 2010). Les jeunes se sont ainsi vu proposer la possibilité de parler après coup de l’expérience de l’entretien, avec la personne qui avait mené l’entretien comme avec les équipes sociales qui avaient servi d’intermédiaires. Les entretiens ont été conduits par des personnes expérimentées en recherche et formées au travail social. L’anonymat complet a été garanti à toutes les personnes participantes. Tous les noms de cet article sont fictifs, et les autres informations susceptibles de permettre une identification ont été supprimées.
Malgré des contextes différents et des systèmes sociaux et politiques différents, l’ensemble des jeunes a répété que le regroupement familial avait eu un effet sur leurs rôles et leurs responsabilités. L’analyse a notamment fait apparaître trois domaines de responsabilités. Ils sont décrits en détail dans les sections suivantes (voir la figure 4).
Une fois achevé leur parcours migratoire en quête de protection internationale, beaucoup de jeunes de notre étude ont ressenti une forte responsabilité d’organiser leur vie autour de l’objectif du regroupement familial, formellement suspendu tant que la protection internationale ne leur avait pas été accordée. Face à des délais d’attente très longs, ces jeunes devaient faire face aux attentes de leur famille en plus de toutes les difficultés liées à l’intégration et à la migration. Rezwan, un Afghan arrivé en Belgique à 16 ans, a parlé du poids de l’attente, qui a pesé sur sa scolarité :
Après le premier entretien, j’ai dû attendre presque huit mois pour le deuxième entretien. [Ensuite] j’ai dû attendre presque quatre mois et vingt jours pour la réponse. J’étais vraiment fatigué, j’ai quitté l’école. C’était juste à cause de l’attente. Est-ce que tu vas avoir « ton positif » ? Est-ce que je peux rester ou pas ? Et j’avais le stress de ma famille de l’autre côté, c’était dur. Après quatre mois et vingt jours, ma tutrice m’a appelé : j’ai une bonne nouvelle pour toi, tu as reçu un positif. J’étais vraiment content. Mais après, il y a eu de nouveau du stress. J’ai vite dit à ma tutrice : « Je vais bientôt avoir dix-huit ans, et je dois me dépêcher. » Elle a dit : « D’accord », et elle a demandé le regroupement familial et tout ça. Elle a fait beaucoup de choses, elle a pris rendez-vous à l’ambassade au Pakistan et ma famille y est allée, et le jour où ma famille y est allée, c’était le lendemain de mes dix-huit ans. Cette attente… J’étais vraiment, comment on dit ça en néerlandais… je ne savais pas quoi faire. J’ai arrêté l’école, c’était vraiment dur, et je n’avais envie ni d’aller à l’école ni de travailler, ni de manger, ni de rien.
Nos parents se connaissent maintenant. C’est très bien, parce que maintenant ils s’entraident. Il n’y a que sa mère là-bas [au Kenya]. C’est une mère seule avec beaucoup d’enfants, et sa mère a un bébé (…). Je demande à mon père s’il peut l’aider, s’il te plaît. Ils se sont déjà rencontrés au Kenya. Et la personne chargée de ma tutelle aide aussi la sienne. C’est maintenant beaucoup plus facile d’aller à l’ambassade pour les papiers, parce qu’il y avait déjà un bon exemple pour son dossier. La famille pouvait lui demander : « Comment ça s’est passé, où est-ce que tu as eu ça, où est-ce que c’est ? »
Les procédures de regroupement familial ont dominé beaucoup des choix faits par les jeunes. Par exemple, on encourageait souvent ces jeunes à endosser ce que les sociétés occidentales considèrent généralement comme des « rôles d’adulte », comme trouver un emploi ou s’occuper de leurs procédures et de leurs avocats. Le processus de regroupement lui-même entraînait pour les jeunes des frais administratifs, de voyage et de logement qui atteignaient vite des sommes importantes. Abdul, un mineur afghan qui a obtenu le statut de réfugié en Norvège pendant la pandémie, a témoigné qu’il se sentait responsable du coût de la procédure et que cela lui causait un stress considérable :
J’ai dû leur envoyer de l’argent, j’ai dû payer au moment de la demande de regroupement familial, (…) j’ai dû payer leurs billets. J’ai économisé chaque couronne [la monnaie] pour avoir assez d’argent, pour qu’ils en aient assez pour aller jusqu’à l’aéroport… Et c’était pendant la pandémie, et plusieurs des billets d’avion que j’ai achetés (…) les vols ont été annulés. J’ai rendu les billets, mais la compagnie ne m’a pas remboursé.
Les récits que les jeunes font de leur vie quotidienne après l’arrivée de leurs parents, frères et sœurs montrent de quelles multiples façons ces jeunes ont pris soin de leur famille. Nora et Salman, deux jeunes vivant en Norvège, ont décrit la même expérience : devenir la mère de sa propre mère.
Les entretiens suggèrent aussi que ces jeunes ont commencé à remplir des fonctions parentales dès la séparation, voire plus tôt encore, pendant la guerre. En plus de gérer toutes les tâches liées à la procédure, ces jeunes essayaient de veiller au bien-être de leurs parents, frères et sœurs, et s’inquiétaient pour leur sécurité. Rezwan (voir plus haut) s’inquiétait profondément, à distance, du bien-être de sa famille, mais gardait espoir pour elle :
Et puis, pour ma famille, on est trois frères et une sœur (…). Je suis l’aîné de la famille. Je n’ai pas de maman. Elle est morte quand mon frère est né. Elle est allée à l’hôpital, avec une opération et tout ça. C’était un peu difficile. C’était une femme un peu fragile, ma mère. J’ai aussi un père, trois frères et un grand-père. Ils vivent tous les trois en Afghanistan. Mon père ne vit pas avec ma famille. Il vit dans un endroit que personne ne connaît. Je n’ai pas le droit de le dire non plus, parce que c’est dangereux pour mon père. (…) Mais je trouve super dur de dire à papa : est-ce que je peux t’aider ? Je dis toujours des choses positives. Tout va bien se passer. Je m’occupe ici de la famille, de l’ambassade, mais en fait je ne fais pas grand-chose ici. Je suis encore petit ici, il y a une semaine j’ai eu 18 ans. Je vais aussi à l’école ici.
Dans la plupart des familles installées en Norvège, un seul des parents est venu dans le cadre du regroupement. Cela a contribué aux rôles d’adulte du fils ou de la fille. Jamal a retrouvé sa mère, veuve, qui souffrait de troubles cognitifs après un accident. Pendant l’entretien, il a répété encore et encore le mot « responsabilité » : « J’ai la responsabilité de ma famille ; ma mère est un peu malade. » Jamal a raconté qu’il accompagnait ses frères et sœurs aux réunions parents-professeurs et comment il avait expliqué son rôle à la personne qui enseignait : « J’ai dit : on n’a pas de père, et je suis responsable de ma famille. (…) Si une personne est seule, il n’y a pas tellement de travail. Quand on est quatre, tu es responsable de tout. » Au-delà de ses propos sur la responsabilité, son langage non verbal pendant l’entretien laissait penser qu’il était fier de sa fonction essentielle dans la famille et de sa capacité à assumer cette responsabilité.
Le père de Selma était lui aussi mort, et elle a obtenu en Norvège le regroupement familial avec sa mère et ses cinq frères et sœurs plus jeunes. La citation suivante montre comment Selma compare le nouveau rôle qui est le sien depuis l’arrivée de sa mère, de ses frères et sœurs à celui d’un père de famille, en le décrivant comme un rôle global :
C’est papa qui faisait tout pour nous. Puis, quand il est mort, et quand je suis arrivée en Norvège, je suis devenue responsable comme papa, à tout faire. Je me suis dit : (…) si tu n’envoies pas d’argent à ta famille aujourd’hui, ils n’ont rien à manger, ils ne peuvent pas avoir un endroit où vivre. Alors tu dois faire ton travail (…) Oui, je suis devenue adulte tôt. Je le dis souvent. (…). C’est bien pour moi d’être devenue responsable tôt, quand j’avais 16 ans. Pour moi, c’est normal, la façon dont je l’ai fait. C’est tout à fait normal.
On doit payer le loyer, on doit payer l’électricité, et les enfants ont besoin de chaussures, de vêtements et de tout. (…). Alors je demande tous les jours à mes frères et sœurs ce qu’ils ont fait, ce qui s’est passé à l’école, est-ce que quelqu’un t’a cherché des histoires, des choses comme ça. Je demande toujours, parce que ma mère ne connaît pas grand-chose à tout ça. Alors je leur pose beaucoup de questions.
Une partie des jeunes a eu le sentiment qu’on lui confiait des tâches qui relevaient, à ses yeux, de la responsabilité des équipes de travail social, pour compenser les défaillances du système. Par exemple, Naim, en Norvège, avait de nombreux exemples de tâches qu’il estimait imposées par les équipes professionnelles et qui, à ses yeux, relevaient de leur responsabilité. L’une de ces tâches était liée aux problèmes de santé de son père, et Naim a donné un exemple très précis de la manière dont la travailleuse sociale lui avait transmis des tâches :
Alors il (papa) parle à la travailleuse sociale (…), et elle dit que s’il a besoin de médicaments, « … vous pouvez rentrer chez vous et votre fils peut appeler le médecin pour avoir une ordonnance ». Et ensuite, papa vient me voir. Comment est-ce que ça peut arriver ?
J’ai perdu quelque chose. J’ai perdu la capacité de profiter de la vie, de ma vie de tous les jours. (…). Oui, à cause de la pression, du stress et de la responsabilité pendant très longtemps. Je suis au plus bas, vraiment très bas. Je ne peux pas aller à l’école. (…). Alors maintenant, je me sens comme une personne malade qui a du mal psychologiquement. (…). Je n’ai pas la même normalité que tous ces gens qui marchent dans la rue ou à l’école (…). Et je n’avais jamais ressenti ça avant. Alors, recevoir cette lourde responsabilité pour ma famille a fait de moi quelqu’un d’autre. Je suis maintenant une autre personne, quelqu’un de faible, en fait. (…) Alors, la direction de ma vie a changé à cause de ce stress et de la responsabilité que j’ai dû assumer.
Puis, tout à coup, maman est arrivée (…) et il s’est avéré que… je ne sais pas comment le décrire, mais c’était comme me retrouver au milieu d’un immense océan, sans savoir nager. C’est vraiment comme ça. J’ai dû prendre beaucoup de responsabilités pour ma mère. Tout à coup, c’est moi qui étais sa mère, alors que je vais encore à l’école.
Les règles formelles et informelles et les pratiques institutionnelles de la société d’arrivée ont clairement influé sur le rôle des jeunes dans la famille. Salman, qui vit en Norvège, a décrit combien il aspirait à être un fils dans la famille après tant d’années seul, mais, pour lui, le bonheur ressenti au moment du regroupement a été éclipsé par les obligations :
Après leur arrivée ici, alors que j’aurais dû avoir du temps avec eux, toutes les obligations sont arrivées. Est-ce que je dois être interprète, ou l’adulte qui… ? (…) Ma mère s’est habituée à me demander à moi plutôt qu’au travailleur social. Elle ne se sentait pas à l’aise pour lui demander. (…) Tout devait passer par moi. J’aimerais être dans un rôle d’enfant ou de jeune qui a enfin un peu de temps avec sa famille, mais je me suis retrouvé dans un rôle d’adulte qui devait s’occuper d’eux. J’aimerais que le système soit meilleur de ce point de vue. (…) Alors, d’une certaine manière, je suis devenu la mère de ma mère.
La plupart des jeunes ont ressenti un immense soulagement à l’arrivée de leurs parents, frères et sœurs, mais ce soulagement s’accompagnait de stress, car beaucoup de responsabilités reposaient sur leurs épaules. Shireen, une jeune Syrienne arrivée en Belgique à 17 ans, a migré avec son frère adulte, tandis que ses sept sœurs aînées sont restées au pays. Ses parents étaient assez âgés à leur arrivée. Elle a témoigné :
Le regroupement familial était difficile aussi à cause de leur âge. Parce qu’ils ne maîtrisent pas bien la langue. Et ils ne savent pas bien écrire. D’ici, j’ai pu l’aider un peu avec l’argent et tout ça. Et quand ils sont arrivés, j’ai fait la traduction… pour la visite chez le médecin et tout ça… et les papiers.
Cette étude offre plusieurs exemples de la manière dont des MNA, actuels ou anciens, ont été confrontés à de nouveaux rôles et à de nouvelles responsabilités tout au long du processus de regroupement familial. Le contexte social et politique de la vie de ces jeunes et les dispositifs institutionnels, comme les systèmes bureaucratiques et les pratiques locales, ont tous contribué à produire des attentes et des obligations avec lesquelles ces jeunes devaient composer d’une manière ou d’une autre. Les rares recherches sur la parentification chez les mineurs réfugiés se sont surtout centrées sur le niveau micro des relations et des responsabilités familiales, ce qui a conduit, souvent sans le vouloir, à stigmatiser les parents réfugiés et à faire des enfants réfugiés des victimes. Nos résultats montrent qu’un ensemble de seuils institutionnels est produit par les règles, les réglementations et les pratiques du travail social liées aux processus de regroupement familial. Ces seuils constituent les prémisses à partir desquelles la vie familiale se reconstruit et à partir desquelles de nouveaux rôles et de nouvelles positions dans la famille se négocient et se jouent.
Dans une perspective institutionnelle, nous adoptons donc l’expression « formes institutionnalisées de parentification » (voir Van Acker et al., 2024). Par cette expression, nous voulons attirer l’attention sur l’effet des politiques migratoires, des infrastructures d’accueil et des pratiques du travail social sur les dynamiques familiales, ainsi que sur les relations complexes entre les jeunes, les familles et le travail social. La perspective institutionnelle attire l’attention sur la manière dont les règles, les normes et les croyances cognitives orientent et encadrent les conduites humaines et les pratiques organisationnelles, par l’intermédiaire de structures sociales durables, dans différents contextes (Scott, 2013). Les institutions agissent à différents niveaux de compétence, du système mondial aux relations interpersonnelles locales. Dans un sens socioconstructiviste, les institutions produisent le contexte dans lequel les relations entre les jeunes et les membres de leur famille se négocient à distance, au cours du processus de regroupement familial, et « de près » (au sens physique) après l’arrivée de la famille. Par exemple, en Norvège, le financement versé par l’État aux collectivités locales est le même, qu’une famille réfugiée vienne par regroupement familial ou arrive au complet (Bergset et al., 2024). Il existe pourtant des pratiques locales qui défavorisent les membres de familles réunies par rapport aux autres familles réfugiées (Johansen et Tørrisplass, 2024). Lorsque la personne qui fait venir sa famille est un fils ou une fille, cette pratique paraît encore plus problématique et peut être vue comme un exemple de pratiques locales institutionnalisées qui produisent de la parentification. Les récits de plusieurs des jeunes cités plus haut montrent un manque de soutien professionnel, qui a eu de graves conséquences pour plusieurs de ces jeunes.
Les règles, les réglementations et les pratiques du travail social, ainsi que les normes et les croyances relatives à la vie familiale dans la société et dans les différentes cultures, façonnent la manière dont les relations familiales se pratiquent et évoluent au cours du processus de regroupement et de réintégration. Pour la pratique du travail social auprès des familles réfugiées réunies, ces connaissances seront importantes pour ajuster et cibler l’aide et le soutien. Une partie des jeunes de la présente étude ne demandait pas davantage de soutien, mais percevait ses responsabilités comme une part naturelle du processus de regroupement. D’autres ont dit avoir des parents capables de les soutenir. Les charges familiales pesant sur les jeunes étaient variables, tout comme les pratiques organisationnelles locales de protection sociale. En outre, il est probable que des normes et des croyances cognitives aient joué un rôle dans la manière dont ces jeunes percevaient leurs responsabilités accrues, et les systèmes de soutien peuvent trop facilement en tirer parti. Ces jeunes peuvent devenir des auxiliaires des équipes professionnelles dans le travail d’intégration qu’elles mènent avec la famille, parce qu’il est facile de les solliciter ou parce que les jeunes prennent l’initiative d’accomplir des tâches que ces équipes n’accomplissent pas. Cela résume une partie de la complexité qui entoure le regroupement familial lorsque l’arrivée des jeunes a précédé celle de leur famille, et qui constitue le contexte de la pratique du travail social.
L’étude repose sur les récits de 25 jeunes qui ont une expérience vécue singulière d’un processus de regroupement familial. Elle apporte des connaissances de première main à un champ de recherche peu étudié, avec la possibilité d’éclairer les politiques, la pratique et les recherches futures. Ces 25 jeunes vivaient dans deux pays, la Belgique et la Norvège, dotés de systèmes politiques et institutionnels différents. Les deux pays sont soumis au cadre juridique de la directive relative au droit au regroupement familial (directive 2003/86/CE du Conseil, 2003, considérant 8 ; voir Conseil de l’Union européenne, 2003) et de la Convention relative aux droits de l’enfant (UNICEF, 1989). L’inclusion de jeunes vivant dans deux pays a permis d’augmenter le nombre de personnes participantes et donc d’élargir la portée de l’étude. En outre, l’inclusion de deux pays dans le plan d’étude accroît la possibilité de transférer les résultats à d’autres contextes similaires. Le plan qualitatif impose toutefois des limites à la généralisation, qu’il faut signaler.
Une autre limite tient à l’amplitude d’âge des jeunes. Dans le projet norvégien, l’ensemble des jeunes avait plus de 18 ans au moment de l’entretien, tandis que dans l’échantillon belge, les jeunes avaient entre 13 et 22 ans au moment de l’entretien. Ces différences d’âge impliquaient des expériences différentes. Alors que la plupart des jeunes de Belgique étaient en cours de regroupement familial, les jeunes de Norvège pouvaient parler à la fois de leur expérience pendant le processus et de leur vie avec la famille réunie. La diversité des expériences peut donc être vue comme une force obtenue en réunissant les deux corpus. Aucune des deux études ne comportait cependant de questions sur la vie familiale des jeunes avant la migration. De telles perspectives pourraient enrichir notre compréhension de la manière dont les croyances et les normes culturelles influent sur la vie familiale, les rôles et les responsabilités, et devraient être intégrées aux recherches futures.
Malgré les différences de politiques locales et de systèmes bureaucratiques entre la Belgique et la Norvège, les similitudes entre les expériences des jeunes ont surpris l’équipe. Les caractéristiques propres aux deux États nationaux inclus dans l’étude doivent toutefois être prises en compte, et les résultats doivent être interprétés avec prudence à cet égard. L’introduction de cet article comporte une présentation détaillée du contexte de la recherche, afin de donner au lectorat les connaissances utiles pour comprendre les résultats de l’étude dans leur juste contexte.
Nous recommandons de nouvelles recherches comparatives qui examinent systématiquement comment différents contextes d’État-providence, différentes politiques et différentes pratiques de travail social influent sur l’expérience que les MNA ont des retrouvailles avec leur famille. En outre, les résultats de la présente étude mettent en évidence l’interaction complexe entre les règles institutionnelles, les réglementations et les pratiques du travail social, éléments importants du processus de regroupement familial qui influent sur les relations et les pratiques familiales. Ces connaissances complètent utilement la plupart des recherches antérieures sur la parentification dans le contexte de la migration familiale, menées dans une perspective individuelle et familiale (voir, par exemple, Oznobishin et Kurman, 2009 ; Walsh et al., 2006).
À partir du constat de la présente étude selon lequel les aspects institutionnels de la parentification définissent et déterminent les limites structurelles du regroupement familial, nous appelons à une conscience critique des politiques structurelles qui encadrent le regroupement familial et ses aspects pratiques. Cela exige une attention au rôle politique du travail social auprès des familles réfugiées. Premièrement, le travail social doit intervenir dans l’agencement complexe et transnational de questions juridiques, administratives et politiques que constitue le regroupement familial, tout en s’engageant dans la gestion quotidienne de ces questions au sein de la famille. Il lui faut pour cela naviguer entre le contexte institutionnel et la famille reconstituée afin de comprendre la responsabilité des jeunes. Cela implique d’endosser un rôle politique. Le travail social devrait s’engager dans une « pratique des politiques publiques » (policy practice) (Feldman, 2020) pour influencer et transformer les politiques en vigueur, et à l’œuvre, en matière de regroupement familial. Deuxièmement, nous invitons instamment le travail social à mobiliser les récits de vie des MNA pour contester, et ainsi politiser, les définitions, les limites et les institutions dominantes qui produisent de l’injustice et de la vulnérabilité pour les MNA pendant et après le regroupement familial (Naert et al., 2023).
Complexe Systémique : à retenir
L’article déplace utilement la question : la parentification n’est pas seulement un fait de famille, elle peut être fabriquée par des délais, des barèmes, des guichets et des habitudes de service. Quand la travailleuse sociale renvoie au fils le soin d’appeler le médecin, l’inversion des rôles ne naît pas dans la famille, elle y est déposée. Pour la pratique systémique, l’enjeu est double : inclure les institutions dans l’hypothèse, et ne pas transformer ces jeunes en auxiliaires commodes du travail d’intégration. On notera la nuance, précieuse, entre la fierté de Jamal ou de Selma et l’effondrement d’autres jeunes : la même charge peut soutenir ou briser selon qu’elle est reconnue, partagée ou imposée. L’étude, qualitative, reste limitée à deux pays et ne dit rien de la vie familiale avant l’exil, ni de la voix des parents. À lire avec l’article sur l’expérience émotionnelle de la parentification dans l’enfance, et avec l’article sur les mobilités et migrations dans l’approche systémique.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe exprime toute sa gratitude aux 25 jeunes qui lui ont confié leur expérience.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche ne signale aucun lien d’intérêts potentiel.
Références
Bacigalupe, G., & Parker, K. (2015). Transnational connections through emerging technologies. In C. Suárez-Orozco, M. M. Abo-Zena, & A. K. Marks (Eds.), Transitions: The development of children of immigrants (pp. 61–79). NYU Press.
Baldassar, L., Baldock, C. V., & Wilding, R. (2007). Introduction: Transnational caregiving. In L. Baldassar, C. V. Baldock, & R. Wilding (Eds.), Families caring across borders: Migration, ageing and transnational caregiving (pp. 1–16). Palgrave Macmillan.
Behrendt, M., Lietaert, I., Bal, S., & Derluyn, I. (2024). Coping strategies of unaccompanied refugee minors shortly after arrival in Belgium. Transcultural Psychiatry, 61(1), 47–59. https://doi.org/10.1177/13634615231165138
Bergset, K., Husabø, G., Udberg-Helle, C., & Reime, M.A. (2024). Etterlengta familieliv og tungt ansvar: unge flyktningar si erfaring med hjelpeapparat og regelverk ved familiegjenforeining med foreldre og sysken. https://doi.org/10.18261/tfv.27.2.1
Bonjour, S., & Cleton, L. (2021). Co-constructions of family and belonging in the politics of family migration. In E. Carmel, K. Lenner, & R. Paul (Eds.), Handbook on the governance and politics of migration (pp. 161–172). Edward Elgar Publishing.
Braun, V., & Clarke, V. (2022). Thematic analysis: A practical guide. Sage.
Bryceson, D. F., & Vuorela, U. (2020). Transnational families in the twenty-first century. In D. F. Bryceson, & U. Vuorela (Eds.), The transnational family (pp. 3–30). Routledge.
Council of the European Union. (2003). Council Directive 2003/86/EC of 22 September 2003 on the right to family reunification states. Official Journal L 251, 3 October 2003, pp. 12–18, https://eurlex.europa.eu/LexUriServ/LexUriServ.do?uri = CELEX:32003L0086:en:HTML.
Crafter, S., & Iqbal, H. (2022). Child language brokering as a family care practice: Reframing the ‘parentified child’ debate. Children & Society, 36(3), 400–414. https://doi.org/10.1111/chso.12485
Dabbagh, T., Roer-Strier, D., & Kurman, J. (2017). Perspectives on filial responsibility among uprooted families from South Lebanon. Journal of Research on Adolescence, 27(3), 506–520. https://doi.org/10.1111/jora.12290
Dearden, C., & Becker, S. (2004). Young carers in the UK: The 2004 report. Carers UK.
Debruyne, P., Van Acker, K., Geldof, D., Schrooten, M., Gómez-Ciriano, E. J., Dedotsi, S., & Cabiati, E. (2023). Transnational dynamics of family reunification: reassembling social work with refugees in Belgium. In Migration and Social Work (pp. 95–111). Policy Press. https://doi.org/10.51952/9781447361831.ch006
Debruyne, P. (2024a). Reassembling the right to family reunification for refugees in Belgium through social work practices of welfare bricolage. In E. Desmet, M. Belloni, D. Vanheule, J. Verhellen, & A. Güdük (Eds.), Family reunification in Europe (pp. 296–314). Routledge.
Debruyne, P. (2024b). Gezinshereniging onder druk. Transnationaal sociaal werk [Family reunification under pressure. Transnational social work]. Antwerpen: Epo Uitgeverij.
De Haene, L., Grietens, H., & Verschueren, K. (2010). Holding harm: Narrative methods in mental health research on refugee trauma. Qualitative Health Research, 20(12), 1664–1676. https://doi.org/10.1177/1049732310376521
De Haene, L., Loots, G., & Derluyn, I. (2014). Vluchtelingenkinderen en -jongeren. In H. Grietens, J. Vanderfaeillie, & B. Maes (Eds.), Handboek jeugdhulpverlening: deel 1: een orthopedagogisch perspectief op kinderen en jongeren met problemen (pp. 369–398). Acco.
De Hertog, S., & Belloni, M. (2023). Fraudulent families? Investigating the role of paperwork in the assessment of refugees’ family reunification in Belgium. Journal of Immigrant & Refugee Studies, 1–15. https://doi.org/10.1080/15562948.2023.2271864.
Delgado, V. (2020). Children of immigrants as ‘brokers’ in an era of exclusion. Sociology Compass, 14(10), 1–11. https://doi.org/10.1111/soc4.12832
Dienst Vreemdelingenzaken. (2017). Kaarten voor vreemdelingen en verblijfsdocumenten afgegeven in het Kader van de gezinshereniging. Jaarlijkse statistieken 2010–2017. https://dofi.ibz.be/sites/default/files/2021-05/Kaarten%20GH%20-%20statistieken%202010-2017%20v2.pdf.
Eide, K. (2020). Barn på flukt : Psykososialt arbeid med enslige mindreårige flyktninger. Gyldendal.
Feldman, G. (2020). Making the connection between theories of policy change and policy practice: A new conceptualization. The British Journal of Social Work, 50(4), 1089–1106. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcz081
Johansen, K., & Tørrisplass, A. T. (2024). Pain, obstacles and care: Unaccompanied minor and young refugees' challenges related to family separation and reunification. In Rebuilding family relations for children and youth separated from family (pp. 319–344). Cham: Springer Nature Switzerland.
Kraler, A., & Bonizzoni, P. (2010). Gender, civic stratification and the right to family life: Problematising immigrants’ integration in the EU. International Review of Sociology, 20(1), 181–187. https://doi.org/10.1080/03906700903525792
Lidén, H., Aasen, B., Seeberg, M. L., & Staver, A. B. (2020). Fra bosetting til voksenliv: Den kommunale tjenestekjeden for enslige mindreårige flyktninger (Report 2020: 1). Institutt for samfunnsforskning. https://hdl.handle.net/11250/2641091.
Lustig, S. L., Kia-Keating, M., Knight, W. G., Geltman, P., Ellis, H., Kinzie, J. D., … Saxe, G. N. (2003). Review of child and adolescent refugee mental health. Journal of the American Academy of Child & Adolescent Psychiatry, 43(1), 24–36. https://doi.org/10.1037/e318832004-001
Meloni, F. (2021). The limits of freedom: Migration as a space of freedom and loneliness among Afghan unaccompanied migrant youth. In A. Lems, K. Oester, & S. Strasser (Eds.), Children of the crisis(pp. 109–124).
Merla, L., Kilkey, M., & Baldassar, L. (2020). Examining transnational care circulation trajectories within immobilizing regimes of migration: Implications for proximate care. Journal of Family Research, 32(3), 514–536. https://doi.org/10.20377/jfr-351
Ministry of Justice and Public Security. (2008). Act relating to the admission of foreign nationals into the realm and their stay here (Immigration Act) (LOV-2008-05-15-35). https://lovdata.no/dokument/NLE/lov/2008-05-15-35.
Myria. (2020). Family reunification with beneficiaries of international protection in Belgium. May 2020. Federal Migration Centre. https://www.myria.be/files/Brochure_Family_reunification_-_International_protection.pdf.
Myria. (2022). Advies over gezinshereniging met begunstigden van internationale bescherming. Termijn en wijze van indiening van de aanvraag, toegang tot informatie, advies en professionele begeleiding, maart 2022. Federaal Migratie Centrum. https://www.myria.be/files/Advies_Gezinshereniging_termijn_indiening.pdf.
Naert, J., Debruyne, P., Van Bouchaute, B., & Roose, R. (2023). 'Listen very carefully, we will say this only once (again)' dead ends to politicisation in social work. The British Journal of Social Work, bcad266. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcad266
Oznobishin, O., & Kurman, J. (2009). Parent–child role reversal and psychological adjustment among immigrant youth in Israel. Journal of Family Psychology, 23(3), 405–415. https://doi.org/10.1037/a0015811
Raghallaigh, M. N. (2018). The integration of asylum seeking and refugee children: Resilience in the face of adversity. In J. Bhabha, J. Kanics, & D. S. Hernández (Eds.), Research handbook on child migration (pp. 351–368). Edward Elgar Publishing. https://doi.org/10.4337/9781786433701.00036
Rousseau, C., Rufagari, M.-C., Bagilishya, D., & Mesham, T. (2004). Remaking family life: Strategies for re-establishing continuity among Congolese refugees during the family reunification process. Social Science & Medicine, 59(5), 1095–1108. https://doi.org/10.1016/j.socscimed.2003.12.011
Scott, W. R. (2013). Institutions and organizations: Ideas, interests, and identities. Sage Publications.
Smith, K., Raghallaigh, M. N., & Johnson, D. (2025). Careless hospitality: Family reunification in Ireland involving children and young people of international protection background. International Journal of Social Welfare, 34(1), e12604, 1–15. https://doi.org/10.1111/ijsw.12604
Strasser, E., Kraler, A., Bonjour, S., & Bilger, V. (2009). Doing family: Responses to the constructions of ‘the migrant family’ across Europe. The History of the Family, 14(2), 165–176. https://doi.org/10.1016/j.hisfam.2009.02.005
Tørrisplass, A.-T. (2022). ‘Dypet i livet mitt.’ Enslige mindreårige flyktningjenters erfaringer med familiegjenforeningsprosesser. Tidsskrift for velferdsforskning, 25(4), 1–13. https://doi.org/10.18261/tfv.25.4.2
Trickett, E. J., & Jones, C. J. (2007). Adolescent culture brokering and family functioning: A study of families from Vietnam. Cultural Diversity & Ethnic Minority Psychology, 13(2), 143–150. https://doi.org/10.1037/1099-9809.13.2.143
United Nations Children’s Fund. (1989). The United Nations convention on the rights of the child. https://downloads.unicef.org.uk/wp-content/uploads/2010/05/UNCRC_united_nations_convention_on_the_rights_of_the_child.pdf.
Van Acker, K., Fournier, K., & Geldof, D. (2024). On declining parental agency and institutionalized forms of parentification: Narratives of changing parenthood among refugee families and social workers in collective reception centres. European Social Work Research, 2(2), 150–167. https://doi.org/10.1332/27551768Y2024D000000014
Walsh, S., Shulman, S., Bar-On, Z., & Tsur, A. (2006). The role of parentification and family climate in adaptation among immigrant adolescents in Israel. Journal of Research on Adolescence, 16(2), 321–350. https://doi.org/10.1111/j.1532-7795.2006.00134.x
Traduction non officielle en français de La reconstruction de la vie familiale et les « formes institutionnelles de parentification » : le regroupement familial vécu par des mineurs non accompagnés en Belgique et en Norvège, par Kari Bergset, Pascal Debruyne, Kaat Van Acker et Monika Alvestad Reime, European Journal of Social Work, vol. 28, no 5 (2025), doi : 10.1080/13691457.2025.2492852, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « On the reconstruction of family life and ‘institutional forms of parentification': unaccompanied minors’ experiences with family reunification in Belgium and Norway », publié dans European Journal of Social Work (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Bergset, K., Debruyne, P., Van Acker, K., et Reime, M. A. (2025). La reconstruction de la vie familiale et les « formes institutionnelles de parentification » : le regroupement familial vécu par des mineurs non accompagnés en Belgique et en Norvège (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/la-reconstruction-de-la-vie-familiale-et-les-formes-institutionnelles-de-parentification (Œuvre originale publiée en 2025 dans European Journal of Social Work, 28(5), 1013-1026 (2025) ; republiée en 2025 par European Journal of Social Work, https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/13691457.2025.2492852)
Pour aller plus loin