Infant Mental Health Journal · Couple

« Ne surtout pas refaire les mêmes erreurs » : l’ajustement du couple à la parentalité dans un contexte de maltraitance subie dans l’enfance

Que se passe-t-il dans un couple quand l’un de ses membres, ou les deux, a subi de la maltraitance dans l’enfance et que naît un premier enfant ? L’équipe de Laura N. Martin, à l’université George Mason, a interrogé séparément les deux membres de 11 couples américains. Loin d’une simple répétition, elle décrit un travail à deux : nommer la maltraitance, réguler le doute de soi, poser des limites à la famille d’origine et inventer d’autres manières de prendre soin.

Auteurs Laura N. Martin, Keith D. Renshaw, A. Grace Kelly et Debora G. Goldberg (université George Mason, Fairfax, Virginie, États-Unis)Première publication Infant Mental Health Journal, 15 juin 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « Ne surtout pas refaire les mêmes erreurs » : l’ajustement du couple à la parentalité dans un contexte de maltraitance subie dans l’enfance, par Laura N. Martin, Keith D. Renshaw, A. Grace Kelly et Debora G. Goldberg, publié dans Infant Mental Health Journal (Wiley) (2026), doi : 10.1002/imhj.70106, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les encadrés « Key Findings » et « Statement of Relevance », insérés dans l’introduction de l’original, sont regroupés avec le résumé ; les annexes (guide d’entretien, citations complémentaires) ne sont pas reprises. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Les expériences de maltraitance dans l’enfance ne sont pas négociées isolément pendant le passage à la parentalité, mais interprétées et gérées conjointement au sein de la relation de couple.

Laura N. Martin, Keith D. Renshaw, A. Grace Kelly et Debora G. Goldberg

Résumé

Cette étude a exploré la manière dont des antécédents de maltraitance dans l’enfance façonnent le passage à la parentalité, en s’intéressant à la façon dont les partenaires négocient ensemble cet ajustement au sein de la relation de couple. Selon une analyse phénoménologique interprétative (IPA), des entretiens semi-directifs approfondis ont été menés auprès de 11 couples hétérosexuels (22 personnes) vivant aux États-Unis, dans lesquels au moins un membre du couple déclarait avoir subi de la maltraitance dans l’enfance. Les entretiens ont été analysés pour en dégager les thèmes émergents liés à l’ajustement à la parentalité, au fonctionnement relationnel et aux processus de soutien dyadique. Quatre grands thèmes dyadiques se sont dégagés : (1) l’élaboration relationnelle du sens de la maltraitance subie dans l’enfance, (2) les difficultés relationnelles activées par l’histoire de maltraitance, (3) le soutien dyadique comme corégulation de la vulnérabilité liée à la maltraitance, et (4) l’orientation résiliente et intentionnelle des couples vers la vie de famille. Les résultats suggèrent que des relations amoureuses soutenantes peuvent fonctionner comme un contexte relationnel dans lequel le doute de soi lié à la parentalité est négocié, la sécurité émotionnelle est favorisée, et des manières de prendre soin distinctes de celles que les personnes participantes ont connues dans leur propre enfance sont construites en commun. Ces observations ont des implications pour les interventions dyadiques, pendant le passage à la parentalité, qui visent à soutenir une parentalité réflexive et la résilience relationnelle.

Mots-clés : maltraitance dans l’enfance, coparentalité, recherche qualitative, résilience, partenaires amoureux, passage à la parentalité

Principaux résultats

  • Les partenaires soutenaient l’élaboration relationnelle du sens de l’histoire de maltraitance. Dans le couple, l’autre membre jouait souvent un rôle décisif pour aider la personne concernée à reconnaître, valider et réinterpréter ses expériences de maltraitance dans l’enfance. Cette élaboration partagée du sens approfondissait la compréhension émotionnelle au sein de la relation et éclairait les attentes à l’égard de la parentalité.
  • Les couples mettaient en œuvre des processus de soutien dyadique qui régulaient la vulnérabilité liée à la parentalité. Malgré les difficultés, les couples décrivaient des stratégies de soutien relationnel (affirmation, fixation concertée de limites, coparentalité souple) qui aidaient à gérer le doute de soi lié à la parentalité, rattaché aux expériences de soin reçues plus tôt dans la vie.
  • Les couples abordaient la parentalité avec résilience et une intentionnalité partagée. Plutôt que de répéter des schémas négatifs, de nombreux couples décrivaient une réflexion commune sur la manière d’être parents autrement que leurs propres figures parentales, et une approche intentionnelle de la parentalité. Les relations soutenantes étaient vécues comme renforçant la confiance des partenaires dans leur capacité à s’adapter ensemble au rôle de parent.

Pertinence de l’étude

Cette étude apporte un éclairage nuancé sur la manière dont la maltraitance subie dans l’enfance pèse sur le passage à la parentalité au sein des relations amoureuses et coparentales. En plaçant au centre les deux membres du couple, ce travail met en lumière le rôle des partenaires dans le soutien à l’élaboration relationnelle du sens des expériences de soin passées et dans la régulation de la vulnérabilité liée à la parentalité au cours de cette transition. Les résultats contribuent au champ de la santé mentale du nourrisson en éclairant des processus dyadiques qui atténuent l’impact de l’adversité précoce et soutiennent le développement du système familial naissant pendant une fenêtre développementale critique.

1. Introduction

Devenir parents est l’une des transitions les plus importantes que vivront de nombreux couples, marquée par un stress accru, des remaniements identitaires et des changements de mode de vie. Si la plupart des couples connaissent une baisse de la qualité de leur relation pendant cette transition, certains rapportent une stabilité, voire une amélioration (Belsky et Kelly, 1994 ; Belsky et Rovine, 1990 ; Doss et al., 2009). Une grande partie de la recherche sur les couples au moment du passage à la parentalité porte sur les facteurs de risque d’un ajustement négatif (Kluwer et al., 2010). Les expériences traumatiques, comme la maltraitance dans l’enfance, sont associées à un mauvais ajustement pendant le passage à la parentalité (Belsky et Isabella, 1985), notamment à un stress parental accru, à des difficultés de santé mentale et à des perturbations du lien parent-enfant (Racine et al., 2021). Cela pourrait tenir au fait que l’anticipation des responsabilités de soin active les modèles internes opérants d’attachement et de soin formés dans sa propre enfance (Cowan et Cowan, 2000). Les recherches suggèrent que devenir parent pour la première fois constitue une période développementale au cours de laquelle les expériences relationnelles passées sont réévaluées et peuvent façonner les attentes à l’égard des rôles parentaux et coparentaux (George et Solomon, 2008). Ainsi, les couples primipares pourraient être particulièrement enclins à réfléchir à l’influence de la maltraitance subie dans l’enfance sur leur identité parentale naissante et à la renégocier.

Bien que des données suggèrent que des antécédents de maltraitance dans l’enfance peuvent avoir des effets négatifs sur la personne avec qui l’on forme un couple, la recherche n’a pas exploré ces effets dans le contexte du passage à la parentalité (Vaillancourt-Morel et al., 2024). L’association négative entre des antécédents de maltraitance dans l’enfance et l’ajustement des mères pendant la grossesse et le post-partum est bien établie : sentiment de valeur personnelle plus négatif, sentiments de culpabilité et de honte, impression de manquer de contrôle dans le cadre de la parentalité, expérience de la stigmatisation, manque de connaissances et de compétences parentales, et problèmes de santé mentale et physique de tous ordres (voir la revue de Chamberlain et al., 2019a). Malgré cet ensemble solide de résultats sur l’effet de la maltraitance chez les mères, moins de recherches portent sur la manière dont la maltraitance affecte les couples pendant cette période.

Le changement post-traumatique désigne des modifications des croyances, de l’identité ou des schémas relationnels d’une personne qui apparaissent après des expériences traumatiques et peuvent comprendre des adaptations à la fois positives et négatives. Si une grande partie des changements post-traumatiques qui surviennent après une maltraitance sont négatifs, certaines personnes rapportent que leurs expériences de maltraitance les affectent de façon plus nuancée. L’équipe de Fava (2016) a codé des entretiens avec de nouvelles mères pour comprendre leur perception des changements post-traumatiques, généraux et propres à la parentalité, après une maltraitance dans l’enfance. Les trois quarts des mères indiquaient que les changements post-traumatiques généraux mêlaient changements positifs et négatifs, 8 % ne rapportant que des changements négatifs (17 % ne rapportaient que des changements positifs). En outre, les changements post-traumatiques propres à la parentalité, comme le fait de pouvoir mieux se relier à son enfant et le comprendre grâce à ses expériences passées, étaient encore plus souvent perçus comme entièrement positifs. Cette variabilité suggère l’existence de facteurs de protection, susceptibles d’éclairer les interventions destinées aux parents ayant des antécédents de maltraitance dans l’enfance.

La plupart des études qui examinent le passage à la parentalité après une maltraitance dans l’enfance sont quantitatives et n’examinent que l’expérience des mères (voir les revues de Chamberlain et al., 2019a ; Christie et al., 2017). Un résultat dominant est que des relations de couple positives et le soutien social constituent des facteurs de protection pour les mères ayant des antécédents de maltraitance pendant la période périnatale (Chamberlain et al., 2019a). De même, dans la poignée d’études qualitatives (dont la plupart portent sur des femmes ayant subi des violences sexuelles), les trajectoires positives sont souvent associées aux relations et aux environnements dans lesquels vivent ces mères plutôt qu’à des processus individuels. Par exemple, des thèmes comme créer de la sécurité (construire des relations et des lieux sûrs pour son bébé), des soins empreints de compassion (se sentir valorisée et prise en charge) et se sentir reliée (qualité des relations pendant la transition) reposent sur des systèmes de soutien (Chamberlain et al., 2019b). La recherche antérieure souligne aussi la complexité des relations de couple dans ce contexte, puisque certaines personnes survivantes rapportent des conflits, des malentendus, voire des violences conjugales pendant le passage à la parentalité (Chamberlain et al., 2019b). Ainsi, la qualité de la relation amoureuse pourrait influer sur l’ajustement à la parentalité des personnes ayant des antécédents de maltraitance dans l’enfance. Reconnaître cette variabilité souligne l’importance d’examiner les relations amoureuses comme un déterminant décisif de l’ajustement et du bien-être parental pendant le passage à la parentalité.

La révélation de la maltraitance et la communication à son sujet entre partenaires pourraient jouer un rôle dans leur ajustement pendant le passage à la parentalité. Les recherches suggèrent que la majorité des personnes survivantes de violences révèlent leurs expériences à leur partenaire (Rubinsky et al., 2023 ; Ullman, 2002) ; certaines y trouvent une forme d’émancipation, qui suscite davantage de soutien et de sensibilité de la part des autres, tandis que d’autres se sont senties jugées ou stigmatisées (Palmer, 2004). Dans une étude qualitative menée auprès de femmes survivantes de violences sexuelles, plusieurs mères exprimaient une réticence à parler de la maltraitance passée, l’une d’elles déclarant que cela donnerait à sa grossesse le sentiment d’être « entachée par les souvenirs d’un passé sale » (Palmer, 2004, p. 162). Malgré cette réticence, éviter d’en parler n’était pas lié à des pensées moins fréquentes sur la maltraitance pendant la grossesse, et beaucoup de ces femmes éprouvaient malgré tout une détresse pendant cette période. Si ces résultats suggèrent que la révélation de la maltraitance peut influer sur l’ajustement à la parentalité, aucune étude n’a examiné la communication sur la maltraitance au sein du couple pendant le passage à la parentalité.

Les réactions du ou de la partenaire à la révélation sont cruciales, car des réactions négatives peuvent aggraver les symptômes psychologiques (Ullman, 2002). Dans des études qualitatives sur le passage à la parentalité, se sentir soutenues et non jugées par leur partenaire aidait des femmes à vivre leur grossesse de façon plus positive (Chamberlain et al., 2019b), tandis que d’autres se sentaient jugées par leur partenaire au sujet de leurs symptômes liés au trauma pendant cette transition (Berman et al., 2014). Étant donné l’importance des réactions de l’autre membre du couple à la révélation de la maltraitance, il est possible que former un couple avec une personne ayant connu une enfance semblable soit bénéfique, grâce à une empathie accrue pour les nombreuses manières dont le passage à la parentalité peut être retraumatisant. Si des résultats quantitatifs préliminaires suggèrent des effets négatifs cumulés lorsque les deux membres du couple ont des antécédents de maltraitance (Martin et al., 2025), davantage de recherches sont nécessaires pour tirer des conclusions fermes.

Enfin, l’ajustement à la parentalité peut être influencé par un décalage entre les attentes et la réalité, en particulier chez des parents ayant des antécédents de maltraitance dont l’image de soi peut être déformée (Fitzgerald et al., 2005). Ces perceptions de soi déformées peuvent être renforcées par le réseau de soutien. Une étude qualitative sur l’expérience de la grossesse chez des personnes survivantes de violences sexuelles dans l’enfance a mis en évidence la manière dont de nouveaux parents peuvent prendre en compte l’éducation reçue par leur partenaire pour évaluer ses capacités parentales (Lasiuk, 2007). Une participante soulignait combien sa vision de l’éducation reçue par son partenaire, qui n’avait pas subi de maltraitance, la rassurait sur le fait qu’il serait un « bon papa » (Lasiuk, 2007, p. 184). On sait cependant peu de chose sur la manière dont les partenaires sans antécédent de maltraitance perçoivent l’aptitude à être parent de leur partenaire ayant subi de la maltraitance dans l’enfance, ni sur la façon dont cela peut affecter l’ajustement à la parentalité des deux membres du couple.

Parce qu’on a tendance à présumer que les séquelles de la maltraitance sont négatives, les études quantitatives peuvent accorder une importance excessive aux effets négatifs plutôt que de saisir les nuances de l’impact d’une histoire de maltraitance sur de nouveaux parents. Les méthodes qualitatives permettent aux personnes de partager tout un éventail d’attributions et de perceptions liées au passage à la parentalité et à la manière dont leur histoire de maltraitance a influé sur cette transition. Cette étude adopte une approche qualitative pour explorer la manière dont des parents ayant subi de la maltraitance et leurs partenaires s’ajustent à la parentalité, en s’intéressant au fonctionnement de la relation comme facteur de protection possible. Malgré les recherches qualitatives existantes sur les expériences périnatales, peu d’études incluent à la fois des mères et des pères, se centrent sur la qualité de la relation ou examinent les deux membres de couples dans lesquels un parent a subi de la maltraitance (Chamberlain et al., 2019b). En étudiant des couples plutôt que des personnes isolées, cette recherche adopte une approche plus naturaliste, qui reconnaît que la parentalité se vit rarement de manière isolée.

1.1 Objectifs de l’étude et questions de recherche

Cette étude vise à explorer, selon une démarche orientée vers la découverte, la manière dont des antécédents de maltraitance dans l’enfance façonnent la dynamique et le soutien au sein du couple pendant le passage à la parentalité. Les questions de recherche qui guident cette étude sont les suivantes :

  1. Quelle est l’expérience vécue, pendant le passage à la parentalité, des couples dont au moins un membre a des antécédents de maltraitance dans l’enfance ?
  2. Comment ces couples répondent-ils mutuellement aux besoins liés à la maltraitance pendant le passage à la parentalité ? Comment ce soutien influe-t-il sur leur ajustement ?

2. Méthode

2.1 Analyse phénoménologique interprétative

Pour explorer ces questions de recherche, l’analyse phénoménologique interprétative (IPA) a été retenue comme l’approche la plus adaptée (Smith et Osborn, 2015 ; Smith et al., 2009). S’inspirant de la phénoménologie, l’IPA est une approche qualitative qui vise à produire un savoir contextualisé afin d’apporter un éclairage nouveau sur l’expérience vécue des personnes. L’IPA reconnaît que l’interprétation se joue à deux niveaux (double herméneutique) : la recherche qui tente de donner sens à ce que partagent les personnes participantes, et ces personnes elles-mêmes qui tentent de donner sens à leurs propres expériences (Smith et al., 2009). D’autres études portant sur des sujets proches ont utilisé cette méthodologie (par exemple Bécotte et al., 2023 ; Ngameni et al., 2022).

2.2 Personnes participantes

Les critères d’inclusion de l’étude étaient les suivants : avoir donné naissance à un premier enfant au cours des 12 derniers mois ; être marié ou dans une relation engagée (en couple depuis plus de 18 mois ou en cohabitation) ; au moins un parent ayant des antécédents de maltraitance dans l’enfance (évalués à l’aide des seuils établis du Childhood Trauma Questionnaire [CTQ] pour toute forme cliniquement significative de maltraitance ; Bernstein et al., 1994) ; et le consentement des deux membres du couple à participer à l’étude. En outre, les couples devaient être anglophones et en mesure de participer à des entretiens en ligne sur Zoom, une plateforme de télécommunication sécurisée.

Onze couples de sexe différent ont été interrogés pour l’étude. Tous les couples étaient mariés, avaient eu leur premier enfant ensemble au cours de l’année écoulée et vivaient ensemble au moment de l’entretien. L’âge moyen était de 33,82 ans (ET = 7,21) pour les hommes et de 31,00 ans (ET = 5,10) pour les femmes. Dans quatre couples sur 11, les deux partenaires déclaraient avoir subi une forme de maltraitance dans l’enfance, tandis que dans les sept autres couples, un seul membre (3 femmes et 4 hommes) déclarait une maltraitance. Parmi les 15 personnes qui atteignaient les critères de niveaux cliniques de maltraitance dans l’enfance au CTQ (CTQ ; Bernstein et al., 1994), le score moyen de maltraitance dans l’enfance était de 40,00 (ET = 11,42). Parmi les personnes qui déclaraient une maltraitance, la plupart rapportaient au moins de faibles niveaux de violence psychologique (80 % ; M = 10,53, ET = 4,39, étendue = 5–23) et de négligence affective (73 % ; M = 11,07, ET = 4,89, étendue = 5–24). Moins nombreuses étaient celles qui rapportaient des violences physiques (47 % ; M = 6,60, ET = 1,80, étendue = 5–9), des violences sexuelles (20 %) et une négligence physique (13 % ; M = 6,33, ET = 2,20, étendue = 5–14). L’âge moyen du nourrisson au moment de l’entretien était de 7,45 mois (ET = 2,36), de 4 à 12 mois. Les couples vivaient dans 8 États différents. D’autres caractéristiques de l’échantillon figurent dans le tableau 1.

Tableau 1 — Caractéristiques des personnes participantes (N = 22)

  • Âge de l’enfant (N = 11), N (%). 4–6 mois : 4 (36,4 %) ; 7–9 mois : 4 (36,4 %) ; 10–12 mois : 3 (27,3 %).
  • Âge des personnes participantes (années), N (%). 20 à 24 : 1 (4,5 %) ; 25 à 29 : 9 (40,9 %) ; 30 à 34 : 4 (18,2 %) ; 35 à 39 : 6 (27,3 %) ; 40 à 44 : 1 (4,5 %) ; 45 à 49 : 1 (4,5 %).
  • Revenu du ménage, N (%). 20 000–50 000 $ : 2 (9,1 %) ; 50 000–100 000 $ : 4 (18,2 %) ; 100 000–150 000 $ : 5 (22,7 %) ; 150 000 $ ou plus : 11 (50,0 %).
  • Origine ethnoraciale, N (%). Blanche/caucasienne : 14 (63,6 %) ; asiatique (indienne, chinoise, etc.) : 1 (4,5 %) ; hispanique/latino/latinx : 4 (18,2 %) ; multiraciale ou biraciale : 3 (13,6 %).
  • Niveau d’études, N (%). Associate’s degree (diplôme de premier cycle court) : 3 (13,6 %) ; licence (bachelor’s degree) : 8 (36,4 %) ; master : 5 (22,7 %) ; doctorat ou diplôme professionnel : 6 (27,3 %).
  • Région des États-Unis, N (%). Nord-Est : 2 (9,1 %) ; Mid-Atlantic : 10 (45,5 %) ; Sud : 8 (36,4 %) ; Midwest : 2 (9,1 %).

2.3 Procédures

Toutes les procédures de l’étude ont été examinées et approuvées par le comité d’éthique institutionnel (Institutional Review Board) de l’établissement de rattachement de l’équipe de recherche, et toutes les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé avant de participer. Les données ont été recueillies par des entretiens semi-directifs avec des couples primipares entre 0 et 12 mois après la naissance. Le recrutement s’est fait par échantillonnage raisonné (Patton, 2002), dans des services d’obstétrique de la région Mid-Atlantic ainsi qu’en ligne, par des annonces sur des réseaux sociaux ciblés et dans des groupes consacrés à la grossesse et à la parentalité. L’échantillonnage raisonné vise à recruter des personnes particulièrement informées du phénomène étudié ou qui en ont une expérience particulière (Creswell et Plano Clark, 2011). Les couples en post-partum pouvaient rendre compte rétrospectivement des différentes phases de leur ajustement à la parentalité et de l’évolution des facteurs relationnels dans le temps (par exemple, l’adéquation entre les attentes à l’égard de la parentalité pendant la grossesse et l’expérience parentale réelle). Les couples primipares ont été privilégiés parce que l’influence de la maltraitance dans l’enfance est probablement la plus saillante lors du passage à une première parentalité (George et Solomon, 2008).

Les critères d’inclusion ont été évalués au moyen d’un questionnaire de présélection en ligne envoyé par courriel avant l’inscription à l’étude. Ce questionnaire comprenait le CTQ (CTQ ; Bernstein et al., 1994), pour établir l’existence d’antécédents de maltraitance, et un bref questionnaire sociodémographique pour établir la langue, l’âge, la durée de la relation et le nombre de mois écoulés depuis la naissance. Les deux partenaires remplissaient le questionnaire de présélection séparément. Les couples jugés admissibles à l’issue de ce questionnaire étaient ensuite contactés par l’équipe de recherche pour programmer les entretiens.

Des entretiens semi-directifs ont été menés individuellement avec chaque partenaire, et les couples ont reçu une compensation de 50 $ au total (25 $ par partenaire) une fois que les deux partenaires avaient terminé leur entretien. Les entretiens ont eu lieu séparément afin d’encourager une réflexion ouverte sur des expériences sensibles et de saisir l’élaboration de sens propre à chaque partenaire avant d’examiner les schémas dyadiques d’un entretien à l’autre. Les entretiens devaient durer 60 minutes chacun, mais leur durée variait selon la longueur des réponses. Les données ont été recueillies au moyen d’entretiens enregistrés en audio sur Zoom, et les transcriptions ont été produites par un logiciel de transcription. Les transcriptions ont été vérifiées par rapport aux enregistrements audio pour en assurer la fiabilité, puis importées dans MAXQDA, utilisé pour la gestion, le codage et l’analyse des données. Une fois les entretiens et le codage terminés, une validation par les personnes participantes (member checking) a été réalisée : elles ont reçu un résumé écrit des thèmes et sous-thèmes dégagés des données et ont eu la possibilité de faire part de leurs remarques à l’équipe de recherche. Ces retours ont été intégrés à l’analyse présentée ci-dessous.

L’IPA n’a pas de règle universelle en matière de taille d’échantillon ; celle-ci varie plutôt selon la possibilité de recruter de façon raisonnée des personnes ayant vécu le phénomène étudié (Pietkiewicz et Smith, 2014). Des études IPA ont été publiées avec des nombres de personnes participantes très variables, mais en psychologie clinique, le nombre recommandé est de 6 à 8 (Turpin et al., 1997). Notre objectif de recrutement était de 10 couples, le couple étant l’unité d’analyse. Le recrutement s’est poursuivi jusqu’à saturation, c’est-à-dire jusqu’à ce que de nouveaux entretiens n’élargissent ou ne remettent plus en question de manière significative les éléments d’interprétation existants, tout en respectant la singularité idiographique de chaque couple (Roberts, 2014).

2.4 Mesures

2.4.1 Childhood Trauma Questionnaire

Chaque parent a rempli le Childhood Trauma Questionnaire en 28 items (CTQ ; Bernstein et al., 1994), une mesure autorapportée qui comprend cinq sous-échelles (violence psychologique, violence physique, violence sexuelle, négligence affective et négligence physique) de 5 items chacune, et une échelle de minimisation/déni en 3 items. Les items sont cotés sur une échelle de Likert en 5 points, de 1 (jamais vrai) à 5 (très souvent vrai). Les personnes remplissaient les critères d’inclusion si elles atteignaient les seuils indiquant au moins un niveau « faible » de maltraitance sur au moins l’une des cinq sous-échelles (Bernstein et al., 1994).

2.4.2 Entretien

La personne qui signe en premier a mené les entretiens semi-directifs sur Zoom entre juillet 2023 et avril 2024. Les entretiens ont eu lieu à distance afin de faciliter la participation de parents ayant un nourrisson à la maison et de réduire les obstacles à la participation. La durée moyenne des entretiens était de 64 minutes (étendue : 53–85 minutes). Le guide d’entretien complet figure en annexe A. Les entretiens comportaient délibérément peu de relances, afin de laisser les personnes participantes orienter le thème et la profondeur de la discussion, en préservant leur propre processus d’élaboration du sens plutôt qu’en imposant les interprétations a priori de l’équipe de recherche. La personne qui menait l’entretien vérifiait souvent auprès des personnes participantes s’il restait des informations qu’elles jugeaient pertinentes pour leur expérience et qui n’avaient pas été abordées, en gardant du temps pour explorer ces points.

2.5 Plan d’analyse

Les transcriptions d’entretien ont été codées par la personne qui signe en premier selon la méthode décrite par Finlay (2011), en suivant deux niveaux clés de codage. D’abord, chaque transcription a été réécoutée et relue afin que cette personne se familiarise de nouveau avec le matériau. Ensuite, une analyse de premier ordre, ou codage initial/ouvert, a été réalisée, consistant à annoter chaque transcription pour rattacher des concepts à des passages des entretiens. Des mémos ont aussi été rédigés pour consigner les idées issues des données et repérer les processus à l’œuvre. Après l’analyse de chaque transcription individuelle, les transcriptions des deux partenaires ont été examinées ensemble, comme une dyade, pour explorer les convergences, les divergences et le sens co-construit autour de la maltraitance dans l’enfance et du passage à la parentalité.

Est ensuite venue l’analyse de second ordre, qui dépasse la pure description pour aller vers l’interprétation. Elle a consisté à créer des catégories ou des concepts d’ordre supérieur, qui attribuent un sens, et l’interprétation de la recherche, aux concepts de premier ordre issus du codage initial. Les catégories ont été créées en examinant à la fois les thèmes récurrents d’un couple à l’autre et les thèmes au sein de chaque couple, en particulier les expériences en miroir ou partagées et les asymétries entre partenaires d’un même couple. La personne qui signe en premier s’est engagée dans la double herméneutique, en tentant de donner sens à la manière dont les personnes participantes donnaient sens à leurs propres expériences (Smith et al., 2009), puis en réexaminant, à la lumière de l’analyse d’ordre supérieur, les premières interprétations consignées dans les mémos rédigés pendant les entretiens et lors des premières lectures des transcriptions.

Ces codes ont ensuite été discutés avec l’équipe de recherche afin de comprendre les schémas plus larges à l’œuvre et les expériences nouvelles décrites par chaque personne. Pour réduire les biais pendant l’analyse, la personne qui signe en premier a rencontré régulièrement l’équipe de recherche et les autres signataires pour partager son processus d’analyse et réfléchir aux thèmes dégagés. L’équipe de recherche, y compris la personne qui signe en premier, se composait de 5 femmes : 3 s’identifiant comme blanches, 1 comme originaire d’Asie centrale et 1 comme métisse. La personne qui signe en premier et 1 autre membre de l’équipe de recherche ont elles-mêmes des enfants. Comme une partie de l’équipe de recherche avait elle-même des enfants, les discussions réflexives ont porté sur la manière dont les présupposés sur une parentalité ou un fonctionnement de couple « sains » pouvaient orienter l’interprétation, en particulier dans l’analyse de la qualité de l’ajustement des personnes participantes à la parentalité.

L’équipe de recherche a ensuite examiné le codage réalisé par la personne qui signe en premier et relu chaque transcription pour repérer d’éventuels thèmes ou concepts manqués. Dans l’ensemble, les deux étapes du codage étaient conformes à la nature idiographique de l’IPA, permettant d’identifier et d’analyser les expériences de chaque couple avant d’établir des liens entre les expériences partagées (Miller et al., 2018).

3. Résultats

L’analyse a mis au jour quatre processus dyadiques interdépendants par lesquels les couples ont traversé le passage à la parentalité dans un contexte de maltraitance subie dans l’enfance : (1) donner sens à la maltraitance au sein du couple, (2) les difficultés relationnelles activées par l’histoire de maltraitance, (3) le soutien dyadique comme corégulation de la vulnérabilité liée à la maltraitance, et (4) l’orientation résiliente et intentionnelle des couples vers la vie de famille. La figure 1 montre comment les couples sont passés d’une élaboration partagée du sens des expériences de maltraitance à des approches intentionnelles de la parentalité. D’autres citations représentatives figurent en annexe B.

Carte des thèmes : quatre thèmes reliés par des flèches, de l'élaboration relationnelle du sens de la maltraitance aux difficultés relationnelles, au soutien dyadique comme corégulation, puis à l'orientation résiliente et intentionnelle vers la vie de famille, chacun avec ses sous-thèmes
Figure 1. Carte des thèmes illustrant les processus dyadiques par lesquels des couples ayant des antécédents de maltraitance dans l’enfance traversent le passage à la parentalité (schéma original en anglais).

3.1 Thème 1 : l’élaboration relationnelle du sens de la maltraitance subie dans l’enfance

De nombreux couples ont raconté qu’être en couple avait créé de nouveaux contextes dans lesquels les expériences de maltraitance passées étaient nommées, réinterprétées et élaborées ensemble. Une participante a bien saisi ce phénomène :

Je crois qu’il y a un dicton qui dit qu’être marié, c’est comme avoir un miroir tendu devant soi. Alors [mon partenaire] me fait remarquer des choses, il me dit genre : « Ça, c’est tout à fait ta mère. » (38b)

3.1.1 Une identification de la maltraitance amenée par l’autre membre du couple

Dans tous les couples, le membre du couple ayant subi de la maltraitance avait révélé ses expériences, mais presque toujours en en minimisant la portée, à un degré ou à un autre, auprès de l’autre. Les personnes participantes comparaient souvent leurs expériences à des formes plus extrêmes de violence ou de négligence, présentant implicitement leur propre souffrance comme moins légitime. Certaines avaient conscience de cette minimisation : « Je sais que beaucoup d’enfants trouvent aussi des excuses à leurs parents, donc il se peut que je fasse pareil » (23b). Les personnes participantes expliquaient souvent cette minimisation comme une façon de concilier la poursuite des relations avec leurs figures parentales, ou de justifier les comportements de celles-ci par le contexte de leur propre enfance difficile. Enfin, certaines indiquaient avoir minimisé ou tu leurs expériences par crainte que leur partenaire ne juge leurs parents ou les personnes qui les avaient élevées.

À l’échelle du couple, cette minimisation devenait souvent un lieu d’identification de la maltraitance et d’élaboration de son sens. Environ la moitié des couples ont rapporté qu’un des partenaires avait dû identifier comme telle l’expérience de maltraitance de l’autre. Un thème fréquent était que des personnes participantes n’avaient pas compris que leurs expériences relevaient de la maltraitance avant de révéler leur enfance à leur partenaire. Les partenaires 36a et 36b ont l’un et l’autre décrit un sentiment de validation lorsque l’autre avait été témoin de leur propre expérience de maltraitance : « Je crois que pour moi, l’avantage, c’était… la validation du fait que certaines des choses qui se sont passées étaient absurdes. Ou des choses qui n’auraient pas dû arriver » (36b). La partenaire 36b décrivait la validation de son mari comme plus précieuse que celle d’une ou d’un thérapeute, puisqu’il est témoin de la façon dont la traitent les personnes qui l’ont élevée. De même, le partenaire 36a décrivait comme utile, pour identifier la maltraitance, le fait que sa femme, sur le haut-parleur du téléphone, entende la façon dont sa mère lui parle. Cela suggère que la personne avec qui l’on forme un couple offre un regard singulier, qui peut aider à identifier l’expérience de maltraitance et à la valider comme anormale.

3.1.2 Les réactions émotionnelles à l’histoire de l’autre

Un autre aspect important était l’expérience vécue par les personnes participantes en découvrant l’histoire de maltraitance de leur partenaire. Beaucoup ont exprimé de la colère ou de la tristesse face à la maltraitance subie par l’autre.

Ça me fait mal quand il raconte comment on lui parlait quand il était enfant, et de penser qu’on peut rabaisser quelqu’un tout le temps comme ça… ça me rend vraiment triste qu’il n’ait pas eu ce soutien quand il était plus jeune. (34b)

Deux partenaires ont raconté que découvrir la maltraitance subie par l’autre leur avait donné le sentiment d’avoir eu davantage de chance et leur avait fait mieux apprécier leurs propres expériences d’enfance positives.

Mieux comprendre d’où elle venait a accru mon respect et ma confiance envers elle, et le fait que c’est la personne qu’elle a réussi à devenir, malgré toutes ces difficultés. Je pense que ça m’a motivé, dans une certaine mesure, à vouloir faire encore mieux, parce que, bon, j’ai reçu de très bonnes cartes, tu vois, est-ce que je vais les gâcher ? (38a)

Si la réponse des partenaires était, dans une écrasante majorité, soutenante et validante, deux des sept personnes participantes sans antécédent de maltraitance ont indiqué que découvrir l’histoire de maltraitance de leur partenaire avait d’abord suscité des inquiétudes sur sa capacité à être parent ou sur leurs schémas relationnels. Par exemple, le participant 23a expliquait qu’il craignait qu’il y ait en lui quelque chose qui rappelle à sa femme son père, qui l’avait maltraitée, et que leur relation reproduise certains de ces schémas négatifs.

Presque tous les couples avaient encore un certain niveau d’interaction ou de contact avec les figures parentales maltraitantes, ce qui ajoutait un niveau de complexité à la réponse de l’autre membre du couple face à la découverte de la maltraitance. Les partenaires devaient à la fois valider l’expérience négative de leur conjoint ou conjointe et soutenir ses relations en cours avec ces mêmes figures parentales (voir Fixer ensemble des limites et les tenir). Le participant 38a expliquait ressentir « de la colère et du ressentiment envers » la mère de sa femme et remarquait : « Je crois que [ma femme] vivait [ma] colère comme presque exclusivement blessante… Je pense qu’il lui a fallu du temps pour comprendre que quand j’exprimais de la frustration ou de la colère envers sa mère, ce n’était pas elle que j’attaquais, mais à cause de son histoire, ça n’avait rien d’évident. »

3.2 Thème 2 : les difficultés relationnelles activées par l’histoire de maltraitance

Bien que les difficultés liées à l’histoire de maltraitance soient souvent apparues avant la grossesse, les personnes participantes décrivaient ces questions comme devenant plus saillantes au moment de discuter du projet d’enfant. Dans plusieurs couples, les difficultés de régulation émotionnelle ou de communication que les personnes participantes attribuaient à leur éducation devenaient de plus en plus importantes à traiter dès lors que la parentalité était envisagée.

Je crois qu’il y a eu un moment où je me disais : s’il ne se reprend pas en main et ne maîtrise pas cette colère, je vais partir, parce que je ne veux pas que mes enfants grandissent avec quelqu’un qui est en colère et qui va traiter les autres de cette façon. (34a)

Ma façon de me mettre en colère, c’était exactement celle de mon père… Je savais d’où venait cette colère. Simplement, je ne voulais pas travailler dessus. Parce que j’avais l’impression que si je travaillais dessus, il faudrait que je revive ces souvenirs. Alors ce n’est qu’au moment où j’ai enfin trouvé le courage d’aller en thérapie, parce que je me suis rendu compte que je devenais mon père, que ma femme et moi avons commencé à parler d’avoir un enfant. (34b)

Les principales difficultés apparues au sein des couples en raison de l’histoire de maltraitance étaient la crainte de la stigmatisation ou du jugement de l’autre, les émotions négatives suscitées par la comparaison des enfances, et le sentiment d’être inadéquat comme partenaire ou comme parent.

3.2.1 Stigmatisation et jugement

Certains couples exprimaient une compréhension partagée de la stigmatisation associée au fait d’avoir subi de la maltraitance et de la croyance selon laquelle cela pourrait rendre une personne moins apte à être parent, du fait de la répétition de certains schémas. La participante 36b exprimait combien il était plus difficile pour son mari, qui avait subi de la maltraitance, d’être en public avec leur bébé en pleurs, car cela réveillait sa peur d’être perçu comme un mauvais parent.

D’autres exprimaient la crainte d’un jugement venant spécifiquement de partenaires de couple en raison de leur histoire de maltraitance. Le participant 15b racontait que l’infidélité de sa mère était un sujet difficile à aborder avec ses partenaires amoureuses, et que celles-ci considéraient le fait de sortir avec lui comme une « bataille perdue d’avance » à cause de ses difficultés avec sa mère. Le participant 16b racontait lui aussi avoir reçu des réactions négatives lorsqu’il évoquait ses difficultés avec sa mère auprès d’une ancienne partenaire amoureuse : « Elle me ridiculisait et me critiquait énormément. Tu vois, genre : “Tu dois être misogyne si tu ne t’entends pas avec ta mère”, ce genre de choses. » Fait notable, aucune personne participante n’a dit se sentir stigmatisée ou jugée pour son histoire de maltraitance dans sa relation de couple actuelle.

Des partenaires sans antécédent de maltraitance ont indiqué avoir conscience de ces inquiétudes liées à la stigmatisation. Par exemple, la personne participante 34b remarquait : « Je crois qu’il pensait que s’il venait d’une famille aussi détraquée, je ne voudrais pas être avec quelqu’un comme ça. » Si certains de ces partenaires reconnaissaient qu’apprendre l’histoire de maltraitance avait d’abord suscité des inquiétudes quant à la manière dont certains schémas pourraient se rejouer dans leur communication ou leur gestion des conflits, ces inquiétudes étaient en grande partie résolues au moment de l’arrivée des enfants.

3.2.2 Comparer les enfances

Des comparaisons entre les expériences d’enfance des deux partenaires sont apparues dans sept couples. Les personnes participantes décrivaient des émotions négatives, de la jalousie au ressentiment en passant par le chagrin, nées de cette comparaison. Le participant 15b remarquait : « Comparer mes parents à ce qu’ils étaient, à ce qu’ils auraient dû être… [ça mène] juste à du ressentiment, à ressasser. » Une participante évoquait les sentiments négatifs qui surgissent lorsqu’elle se trouve auprès de la famille de son partenaire et voit combien ses membres sont proches les uns des autres : « Je ne sais pas si [mes émotions négatives viennent de ce que ça] me rappelle quelque chose que je n’aimais pas, et que j’ai besoin de plus d’espace, ou si c’est que je regrette de ne pas avoir une relation familiale comme celle-là » (10b).

3.2.3 Le sentiment d’inadéquation

Dans de nombreux couples, les personnes participantes ayant une histoire de maltraitance exprimaient un sentiment d’inadéquation relationnelle, et ces inquiétudes devenaient les plus saillantes au moment de devenir parent. Une dyade montrait cependant l’asymétrie entre la manière dont des personnes ayant subi de la maltraitance se percevaient comme parents et la manière dont leur partenaire les percevait. Le participant 15b confiait : « J’ai peur, ma peur, c’est de manquer d’instinct parental, alors qu’elle en a à revendre », tandis que sa partenaire estimait qu’« il fait un excellent travail [comme parent], il n’a simplement pas la confiance en lui qu’il devrait avoir, parce qu’il s’en sort très bien avec elle » (15a). Cette dyade montre combien il est difficile de convaincre une personne ayant une histoire de maltraitance qu’elle fait du bon travail comme parent. Le sentiment d’inadéquation était puissant pour beaucoup de personnes ayant subi de la maltraitance, et leurs partenaires peinaient parfois à savoir comment les aider à dépasser ces croyances. Bien que les personnes ayant subi de la maltraitance aient souvent exprimé des inquiétudes quant à leur propre adéquation parentale, les couples ne considéraient généralement pas le membre du couple sans antécédent de maltraitance comme intrinsèquement plus apte à être parent. Ces inquiétudes semblaient plutôt refléter des croyances intériorisées sur leur compétence, chez les personnes ayant subi de la maltraitance, croyances qui étaient négociées au sein du couple. Par exemple, alors que le partenaire 15b disait craindre de manquer d’instinct parental, la partenaire 15a attribuait les différences d’attachement du nourrisson à des facteurs de situation (par exemple la préférence du nourrisson pour la personne qui s’en occupe principalement) plutôt qu’à une aptitude innée à prendre soin. Considérés ensemble, ces récits suggèrent que les perceptions d’inadéquation n’étaient pas nécessairement interprétées comme le reflet de différences réelles de capacités parentales, mais plutôt comme des croyances négociées dans la relation, réajustées au fil de l’expérience coparentale.

Exprimer ces sentiments d’inadéquation était parfois difficile pour les personnes participantes. Plusieurs ont souligné les obstacles à la recherche de soutien et d’aide auprès de leur partenaire ou d’autres personnes, par exemple d’une ou d’un thérapeute, notamment la honte ou l’évitement.

Il y a eu des moments où je savais que j’avais, face à certaines situations, une réaction que je tiens directement de [mes figures parentales]. Et ça a été dur pour moi de l’admettre et de le dire à [ma femme]… J’ai honte d’en reparler. (25b)

3.3 Thème 3 : le soutien dyadique comme corégulation de la vulnérabilité liée à la maltraitance

Les couples décrivaient tout un ensemble de stratégies qui servaient non seulement à apporter un soutien pratique pendant le passage à la parentalité, mais aussi à réguler, au sein de la relation de couple, les vulnérabilités associées à la maltraitance subie dans l’enfance. D’une dyade à l’autre, ces stratégies semblaient favoriser la sécurité émotionnelle, renforcer la confiance parentale et aider les partenaires à mettre en œuvre des manières de prendre soin différentes de celles connues dans l’enfance. Le mot « stable » revenait souvent dans les entretiens pour décrire le soutien apporté par l’autre, traduisant le sentiment de sécurité émotionnelle et de structure que procuraient ces relations, en contraste avec l’inconstance et le manque de sécurité qui marquaient souvent leur enfance.

[Ma femme] est capable, face à la totalité de mon expérience, de mon caractère et de mon enfance, de rester stable, ancrée dans ses propres racines. Alors que je crois que c’est une différence avec mes relations précédentes, puisque j’ai confiance en ma femme, implicitement et explicitement. Et il manquait de la confiance envers ces personnes-là pour être (je déteste citer ça, mais comme le disait Sheryl Crow) assez fortes pour être ma [partenaire], mais c’est l’idée. (Participant 15b)

Ce sentiment de stabilité ne se limitait pas aux personnes en couple avec une personne sans antécédent de maltraitance : dans les couples où les deux partenaires avaient subi de la maltraitance, on ressentait aussi une forme de stabilité chez l’autre. En outre, si ces entretiens portaient sur la manière d’aider le membre du couple ayant subi de la maltraitance à trouver du soutien et à s’ajuster à la parentalité, la plupart de ces stratégies aidaient aussi les partenaires sans antécédent de maltraitance et pourraient être utiles à tous les couples pendant cette période.

3.3.1 Les partenaires comme source externe de régulation du doute de soi

D’une dyade à l’autre, l’affirmation verbale et l’écoute active fonctionnaient comme des mécanismes par lesquels les partenaires régulaient le doute de soi lié à la maltraitance pendant le passage à la parentalité. Loin de n’être que des compétences relationnelles génériques, ces pratiques semblaient contrebalancer des croyances d’inadéquation profondément intériorisées, que les personnes participantes reliaient à leurs expériences d’enfance.

« Quand il exprime sa reconnaissance, ou qu’il dit qu’il trouve que je suis une bonne mère, que les enfants adorent ça, ou que c’était tellement spécial, je lui ai dit que c’est la manière la plus simple de me faire sentir soutenue et aimée. » (16a)

L’affirmation de son partenaire n’était pas simplement vécue comme un compliment, mais comme un retour correcteur qui remettait en question ses doutes sur sa compétence à prendre soin. Fait notable, les personnes participantes opposaient souvent cette affirmation à l’absence de validation dans le foyer de leur enfance, ce qui suggère que les paroles rassurantes de l’autre avaient un poids émotionnel particulier parce qu’elles représentaient quelque chose qui avait manqué jusque-là.

L’écoute fonctionnait de même comme une pratique régulatrice au sein des dyades. Les personnes participantes décrivaient comme profondément stabilisante la disposition de leur partenaire à être témoin de leur histoire sans chercher à la réparer ni à la minimiser. Comme l’expliquait la participante 16a : « Il sait bien écouter… on ne peut rien faire pour, genre, réparer ça, ou le défaire. »

L’accent mis sur le fait d’être témoin plutôt que de résoudre semblait particulièrement significatif dans un contexte de maltraitance, où les personnes participantes décrivaient souvent s’être senties non entendues ou ignorées dans l’enfance. Ainsi, l’écoute n’opérait pas seulement comme une communication soutenante, mais comme une expérience relationnelle qui validait l’histoire des personnes participantes et réduisait leur isolement pendant le passage à la parentalité.

Ensemble, ces processus dyadiques suggèrent que l’affirmation et l’écoute fonctionnaient comme des formes de corégulation, aidant les personnes ayant subi de la maltraitance à réajuster leurs croyances intériorisées sur leur adéquation parentale au moment d’endosser de nouveaux rôles de soin.

3.3.2 La responsabilisation mutuelle comme stratégie parentale préventive

Une autre stratégie utile mobilisée par les couples consistait à se tenir mutuellement responsables du respect des attentes parentales fixées pour soi-même et pour la famille. Les personnes participantes ayant subi de la maltraitance disaient se sentir plus confiantes dans leur capacité à être parents autrement qu’on ne l’avait été avec elles, parce qu’elles comptaient sur leur partenaire pour relever tout comportement problématique :

J’ai une très bonne partenaire, qui m’aide à rester responsable. Et j’ai l’impression que je fais pareil pour elle. Donc ça ne m’intimide pas du tout de savoir que j’ai à côté de moi quelqu’un qui n’a jamais peur de dire exactement ce qu’elle pense. (25b)

Le participant 34b disait de même : « Une des choses qu’elle m’a dites un jour, c’est : “La seule façon pour toi de devenir ton père, c’est de ne pas travailler sur toi.” Et je crois que c’est une des choses qui m’ont vraiment marqué… Alors je vais travailler sur moi. » Plusieurs personnes participantes décrivaient les nuances nécessaires pour que cette stratégie soit vécue comme un soutien plutôt que de susciter une attitude défensive. Par exemple, le participant 16b remarquait : « Je ne fais jamais ce truc du “tu te comportes comme ta mère”, mais je vais dire : “Tu n’es pas anxieuse à cause de quelque chose que j’ai dit, ni de quelque chose que tu fais de travers. D’où ça vient ?” »

Dans les dyades où les deux partenaires rapportaient des antécédents de maltraitance dans l’enfance, le soutien était moins souvent décrit comme la stabilisation d’un partenaire par l’autre, et plus souvent comme un engagement commun à surveiller les schémas relationnels susceptibles de reproduire ceux vécus dans l’enfance. Dans ces couples, les pratiques de responsabilisation étaient décrites comme réciproques plutôt que correctrices, ce qui suggère que la corégulation passait par une attention mutuelle à éviter la répétition intergénérationnelle.

3.3.3 Fixer ensemble des limites et les tenir

La dernière stratégie évoquée par la plupart des couples était la co-construction de limites et le soutien mutuel pour les faire respecter. Beaucoup de personnes ayant subi de la maltraitance étaient toujours en contact avec leurs figures parentales, et l’arrivée d’un enfant impliquait souvent de renégocier ce que serait cette relation. De nombreuses personnes participantes disaient avoir jugé nécessaire de poser des limites entre ces figures parentales et elles-mêmes ou leur enfant, mais cela pouvait être difficile, car ce processus pouvait raviver des souvenirs d’impuissance ou d’insécurité éprouvés enfant auprès de ces figures parentales. L’une des principales manières dont les partenaires manifestaient leur soutien consistait à aider à fixer ces limites et à les tenir, que ce soit en discutant de ce que seraient ces limites, en aidant l’autre à élaborer ses émotions face aux interactions entre ses figures parentales et l’enfant, ou en faisant respecter ces limites auprès des figures parentales de l’autre.

Plusieurs partenaires sans antécédent de maltraitance ont décrit leur expérience de soutien pour faire tenir ces limites et leur disposition à intervenir, si nécessaire, pour aider l’autre à négocier ce que devait être cette limite. La participante 25a décrivait ce processus :

[Les parents de mon partenaire] n’ont que très peu, voire pas du tout, de contact avec notre bébé, parce qu’il ne veut pas que cette toxicité, genre, déteigne sur lui. Et j’ai toujours dit que la relation qu’il veut avoir avec eux, c’est la relation qu’il doit et peut avoir. Mais s’il estime qu’il vaut mieux, pour notre enfant, ne pas être en lien avec eux, c’est sa décision. S’il arrive un moment où je sens que je dois intervenir, ou si j’ai l’impression qu’il prend la mauvaise décision, je suppose qu’alors je taperais du poing sur la table.

Dans les couples où les deux partenaires avaient subi de la maltraitance, les personnes participantes décrivaient parfois comment leurs propres expériences d’enfance avaient accru leur sensibilité à la détresse relationnelle de l’autre et renforcé leur engagement à soutenir la mise en place et le maintien de limites. Dans certains cas, avoir été témoin, dans leur propre famille, de l’impact émotionnel durable de dynamiques familiales violentes semblait inciter les personnes participantes à soutenir activement leur partenaire dans l’établissement de limites. Comme le disait un participant : « Honnêtement, je crois que ça m’a donné la clairvoyance de soutenir pleinement ma femme… En voyant comment [la violence] a affecté ma mère, je ne voulais pas que ma femme souffre ou ait à affronter ces chagrins et ces épreuves émotionnelles comme ma mère » (61b).

3.4 Thème 4 : l’orientation résiliente et intentionnelle des couples vers la vie de famille

Le dernier thème reflétait la manière dont les couples décrivaient une réorientation commune de leur vie autour de la famille, traduisant des efforts partagés pour construire une approche de la parentalité distincte de leurs expériences d’enfance.

Jamais je n’ai connu une telle fatigue, mais jamais non plus autant de bonheur, autant d’amour, autant, genre, de satisfaction : tout doit simplement grandir. Je n’ai jamais autant aimé ma vie. C’est juste que l’éventail de ce que je vis s’est élargi. (49b)

3.4.1 Le sentiment d’appartenance comme coparents

D’une dyade à l’autre, les partenaires décrivaient un sentiment accru d’appartenance émotionnelle au sein de leur relation après la naissance de leur enfant, souvent présenté comme une responsabilité partagée dans la traversée des débuts de la parentalité. « Au contraire, ça nous a sans doute rapprochés, dans le sens où, même si on n’en parle pas ouvertement, on sent clairement qu’on est l’équipe, genre, c’est elle et moi contre le reste du monde » (16b).

Ce participant expliquait que ce sentiment d’unité depuis l’arrivée de l’enfant tenait peut-être en partie à l’histoire de maltraitance de sa partenaire, parce que c’était peut-être la première fois qu’elle éprouvait un sentiment d’appartenance à un système familial ou qu’elle pensait la famille comme une entité soutenante. Ce phénomène du « nous contre le reste du monde » semble renforcé pour ces couples lorsqu’on le met en regard de l’expérience d’enfance du membre du couple ayant subi de la maltraitance, ou de sa relation actuelle avec ces figures parentales.

Ce nouveau sentiment de lien était aussi lié à une conscience aiguë du soutien que chaque membre du couple attend de l’autre pour élever un enfant.

Je me sens plus proche [de mon partenaire], comme si cette expérience nous liait. On a besoin l’un de l’autre pour élever notre enfant… Reconnaître combien il est important d’avoir l’autre moitié du couple pour ma capacité à affronter cette épreuve m’est apparu de façon très, très évidente. Et du coup, reconnaître à quel point j’ai besoin d’un partenaire et à quel point je dépends de lui a pris beaucoup plus de place dans ma vie. (10b)

Ensemble, ces récits suggèrent que la dépendance mutuelle face aux exigences des premiers soins a contribué à un sentiment partagé de partenariat, vécu comme protecteur pendant le passage à la parentalité.

3.4.2 Réécrire ensemble le récit familial

Dans plusieurs couples, les partenaires décrivaient une réflexion commune sur la question de savoir si, et comment, certains aspects des environnements de soin de leur enfance allaient inspirer leurs propres pratiques parentales. Certaines personnes décrivaient une confiance en elles croissante après avoir constaté que leurs craintes de répéter d’anciens schémas ne se concrétisaient pas.

Cette anxiété, ce sentiment effrayant de « Et si je devenais vraiment mon père ? », ça s’est comme qui dirait juste… évaporé. … Je ne me vois pas du tout la traiter comme mes parents l’ont fait. C’est tellement évident pour moi, genre : tu n’es plus ton père, tu ne le seras jamais. (34b)

Les couples décrivaient une prise de décision commune sur les stratégies parentales qui leur convenaient en tant que famille, puisées à diverses sources et à divers modèles. Des amis ayant des enfants, des responsables et des enseignements religieux, leur propre famille élargie, ou tout simplement le fait de faire l’inverse de ce qu’avaient fait leurs figures parentales : tous ces modèles ont été mentionnés. Les couples ne considéraient généralement pas une histoire de maltraitance dans l’enfance comme le signe de capacités parentales moindres. La parentalité était plutôt décrite comme un processus collaboratif dans lequel les deux partenaires pouvaient développer de nouvelles pratiques de soin, quelle que soit leur expérience antérieure. Le participant 15b expliquait bien ce phénomène au moyen d’une analogie.

Mon premier réflexe, c’est, disons, d’aller faire les courses avec ce qu’on peut apprendre de notre vie. Genre : « Oh, ça a l’air super. J’ai envie d’essayer. » Et si tu l’essaies et que ça marche pour toi, alors je crois que tu continues à cuisiner avec cet ingrédient. Et si ça ne marche pas, tu arrêtes, mais il ne s’agit pas d’échanger mes parents contre les siens.

Cette conviction permettait aux personnes ayant subi de la maltraitance de se sentir compétentes et valorisées dans la coparentalité, et contribuait à réduire la stigmatisation selon laquelle une histoire de maltraitance rendrait inapte à être parent.

3.4.3 Avancer avec intention

De nombreux couples décrivaient une coparentalité intentionnelle. Aborder la parentalité avec ce degré de planification et de structure était peut-être plus fréquent en raison de l’anxiété liée à la répétition des schémas de maltraitance passés.

Une chose que j’adore chez [mon partenaire] et dans sa manière d’aborder la parentalité, c’est qu’il choisit activement ; genre, quand j’étais enceinte, il a eu plusieurs moments très vulnérables et chargés d’émotion où il me disait en gros : « Je suis comme mes parents. J’ai peur, si c’est tout ce que je connais, que ce soit tout ce que je puisse être. » Et j’adore qu’il réfléchisse à ce genre de choses, parce qu’il est évident que ce n’est pas ce qu’il veut. Genre, il veut faire mieux, et il veut être différent pour nos enfants. Et il dépasse évidemment toutes les attentes. (25a)

D’autres personnes participantes ayant une histoire de maltraitance expliquaient la préparation et les efforts qu’elles déployaient pour s’assurer de ne pas perpétuer le cycle de la maltraitance. Il s’agissait souvent de gérer les émotions ou de réagir autrement pendant les conflits. Par exemple, la participante 23b déclarait : « Je tiens tellement à ne surtout pas refaire les mêmes erreurs que mes parents que c’est facile pour moi [de me calmer pendant un conflit], genre, surtout avec le bébé dans le tableau, en plus. » Les partenaires disaient souvent encourager ou renforcer ces efforts, présentant la parentalité intentionnelle comme un engagement partagé au sein du couple.

D’une dyade à l’autre, la résilience dans un contexte de maltraitance était souvent décrite comme naissant d’un engagement commun à mettre en œuvre des pratiques de soin différentes au sein de leur propre système familial.

Toutes les [saloperies] que j’ai traversées enfant, tu vois, je crois que si je ne les avais pas traversées, je ne serais pas le parent que je suis aujourd’hui. Je crois que tout ce que j’ai traversé a fait de moi un meilleur mari et un meilleur père. (34b)

4. Discussion

La présente étude a examiné la manière dont des couples ont traversé le passage à la parentalité dans un contexte d’antécédents de maltraitance dans l’enfance, en portant une attention particulière à la façon dont les partenaires donnaient sens ensemble aux expériences de soin passées et se soutenaient mutuellement pour endosser de nouveaux rôles de soin. Les résultats suggèrent que l’influence de la maltraitance subie dans l’enfance sur l’ajustement à la parentalité se comprend peut-être mieux comme un processus relationnel, négocié au sein du couple à mesure que les partenaires se préparent aux responsabilités de soin et les exercent. D’une dyade à l’autre, les partenaires contribuaient à identifier, valider et réinterpréter les expériences de maltraitance passées, et ces processus d’élaboration partagée du sens semblaient façonner la manière dont les couples anticipaient les difficultés liées à la parentalité et y répondaient.

Conformément au thème 1 (élaboration relationnelle du sens), les personnes participantes décrivaient leur partenaire comme jouant un rôle actif pour les aider à nommer ou à réinterpréter des expériences de soin passées jusque-là minimisées ou banalisées. Dans certaines dyades, ce processus passait par un questionnement délicat (par exemple demander d’où venaient certaines réactions émotionnelles), tandis que dans d’autres, les partenaires établissaient plus directement des liens entre les comportements parentaux actuels et les expériences vécues par l’autre avec ses propres figures parentales. Considérés ensemble, ces récits suggèrent que les partenaires fonctionnaient comme des miroirs relationnels, grâce auxquels des modèles de soin anciens pouvaient être identifiés et reconsidérés. Dans plusieurs cas, cela semblait contribuer à un sentiment de stabilité dans la relation, que les personnes participantes décrivaient comme une constance émotionnelle, une prévisibilité des réactions pendant les conflits, ou une capacité partagée à marquer une pause pour se demander si une réaction reflétait les valeurs parentales actuelles ou des expériences anciennes.

Conformément à la littérature antérieure (par exemple Belsky et Isabella, 1985 ; Chamberlain et al., 2019a), les couples ayant des antécédents de maltraitance dans l’enfance rencontraient des difficultés particulières dans leur relation ou dans le passage à la parentalité. Les personnes participantes ayant une histoire de maltraitance exprimaient souvent la crainte de répéter des schémas de soin négatifs ; leurs partenaires, cependant, n’interprétaient généralement pas ces inquiétudes comme le reflet de différences intrinsèques de capacités parentales. Les inquiétudes sur leur adéquation semblaient plutôt refléter des croyances intériorisées sur leur compétence, négociées au sein de la relation. Dans plusieurs dyades, les partenaires attribuaient les différences perçues de confiance dans le soin à des facteurs de situation (par exemple les schémas d’attachement du nourrisson ou l’expérience du soin) plutôt qu’à des différences stables de capacités parentales, ce qui suggère que la compétence parentale se construisait avec le temps plutôt qu’elle ne s’héritait.

Le thème 3 a mis en lumière les manières dont les partenaires contribuaient à la corégulation des émotions et des comportements apparus pendant le passage à la parentalité. Les partenaires décrivaient un éventail de comportements soutenants qui semblaient réguler les vulnérabilités associées aux rôles de soin attendus. L’affirmation verbale, l’écoute active et la responsabilisation mutuelle étaient vécues non seulement comme des pratiques de communication soutenantes, mais comme des mécanismes par lesquels les partenaires s’aidaient mutuellement à gérer le doute de soi lié à la parentalité et rattaché aux expériences de soin passées. De même, fixer et maintenir ensemble des limites avec les familles d’origine était décrit comme un processus relationnel, les partenaires s’aidant mutuellement à traverser des décisions émotionnellement complexes concernant la poursuite du contact avec des figures parentales qui avaient été des sources de tort. Cette dynamique régulatrice différait parfois dans les dyades où les deux partenaires rapportaient des antécédents de maltraitance : le soutien y était moins décrit comme la stabilisation d’un partenaire par l’autre que comme un effort partagé pour surveiller les schémas relationnels susceptibles de refléter ceux vécus dans l’enfance. Ces résultats concordent avec les perspectives fondées sur l’attachement, selon lesquelles des relations adultes soutenantes peuvent faciliter la révision de modèles opérants anciens dans le contexte de nouveaux rôles de soin (Rholes et al., 2021 ; Simpson et al., 2003).

De manière générale, les dyades tendaient à rapporter une vision résiliente et intentionnelle de la parentalité et de la vie de famille (thème 4). La théorie de l’attachement suggère que les premières relations avec les figures de soin façonnent les styles d’attachement jusqu’à l’âge adulte (Fraley et Roisman, 2019). Si les personnes ayant subi de la maltraitance développent souvent des styles d’attachement insécures, des expériences de vie qui contredisent les modèles opérants précoces, comme une relation amoureuse sécure, peuvent favoriser un attachement plus sécure (Rholes et al., 2021 ; Simpson et al., 2003). Cela pourrait expliquer la vision largement positive des personnes participantes. Bien qu’ayant subi de la maltraitance, beaucoup voyaient la période périnatale comme l’occasion de réécrire ensemble leur récit et de faire les choses autrement que leurs figures parentales. Beaucoup considéraient leur relation comme la base stable à partir de laquelle elles pouvaient créer ce nouveau récit, et très peu gardaient de profondes inquiétudes quant à la répétition d’anciens schémas une fois leur enfant né. Si beaucoup avaient connu plus tôt dans leur vie une anxiété à l’égard des relations ou de la parentalité en raison de leur éducation, le fait de pouvoir construire un couple solide et traverser ensemble les difficultés de la période périnatale leur donnait confiance dans leur capacité à briser le cycle de la maltraitance.

4.1 Limites et pistes de recherche

Plusieurs limites doivent être prises en compte dans l’interprétation de ces résultats. La présente étude portait sur des couples engagés dans une relation durable, dont les deux partenaires acceptaient de participer à une recherche commune. Étant donné que la maltraitance dans l’enfance a été associée à des difficultés ultérieures de fonctionnement relationnel (Zamir, 2022), il est possible que les personnes les plus fortement touchées par leur histoire de maltraitance aient été moins susceptibles de figurer dans cet échantillon. La participation exigeait aussi le consentement des deux partenaires, ce qui a pu limiter davantage l’inclusion de couples connaissant des niveaux plus élevés de détresse ou d’instabilité relationnelle. Une maltraitance grave dans l’enfance est souvent associée à des difficultés de fonctionnement plus larges plus tard dans la vie (Kim et Cicchetti, 2010 ; McLaughlin et al., 2020), et pas seulement à des difficultés relationnelles ; le présent échantillon pourrait donc ne pas refléter tout l’éventail des difficultés d’ajustement que connaissent les parents ayant une histoire de maltraitance. Si cela limite la généralisation, l’étude visait à examiner les processus dyadiques par lesquels les couples traversent le passage à la parentalité dans un contexte de maltraitance subie dans l’enfance, au sein de relations en cours.

Comme la participation exigeait des deux partenaires la connaissance des expériences d’enfance et la volonté d’en parler dans le cadre d’une étude par entretiens associant le couple, ces résultats reflètent l’expérience de couples dans lesquels l’histoire de maltraitance avait déjà été révélée au sein de la relation. Les recherches futures gagneraient à explorer l’expérience de parents qui n’ont pas révélé leur histoire de maltraitance à leur partenaire, au moyen de méthodologies centrées sur la personne qui n’impliquent pas la participation de l’autre membre du couple, étant donné les complexités éthiques et relationnelles inhérentes à l’étude de la non-révélation dans des dispositifs dyadiques.

Enfin, réserver la participation aux couples anglophones a limité notre capacité à examiner comment des facteurs culturels ou linguistiques peuvent façonner l’élaboration du sens de la maltraitance subie dans l’enfance et son influence sur l’ajustement coparental. Les recherches futures gagneraient à examiner explicitement le rôle de la culture dans la manière dont la maltraitance est interprétée d’une génération à l’autre et au sein des relations de couple pendant le passage à la parentalité.

4.2 Implications pour la pratique clinique

Cette étude élargit notre compréhension de la manière dont la maltraitance façonne le passage à la parentalité au sein des relations amoureuses et coparentales. Alors que la recherche antérieure met l’accent sur les risques associés à la maltraitance, nos résultats montrent comment des processus relationnels peuvent soutenir l’ajustement à la parentalité.

La révélation précoce de la maltraitance et la validation par l’autre membre du couple aidaient à apaiser les craintes de ne pas être apte à être parent. En contexte clinique, les thérapeutes peuvent envisager d’aider les couples à parler de la manière dont les expériences passées façonnent leurs attentes en matière de coparentalité, afin d’encourager un dialogue ouvert sur les histoires de maltraitance. Les personnes participantes trouvaient aussi souvent cathartique de parler de leur histoire pendant les entretiens, ce qui suggère que des espaces sûrs de réflexion et d’élaboration du sens ont une valeur clinique.

Les personnes participantes décrivaient plusieurs pratiques relationnelles qui les avaient aidées à traverser les insécurités liées à la parentalité après une maltraitance dans l’enfance. En particulier, les partenaires servaient souvent de source externe de régulation du doute de soi, en apportant des paroles rassurantes sur la compétence parentale et en validant des inquiétudes issues d’expériences de soin passées. Beaucoup de personnes participantes décrivaient l’écoute de leur partenaire comme particulièrement significative, parce qu’elle créait un espace où leur histoire de maltraitance pouvait trouver un témoin sans devoir être « réparée ». En contexte clinique, les thérapeutes peuvent envisager d’aider les couples à développer des pratiques semblables, par exemple en aidant les partenaires à repérer les moments où des paroles rassurantes, une écoute attentive ou une validation émotionnelle peuvent être plus utiles que la résolution de problèmes face aux angoisses liées à la parentalité.

Un résultat nouveau tient au rôle déterminant que jouaient les partenaires pour aider les personnes ayant une histoire de maltraitance à gagner en efficacité interpersonnelle face à leur famille d’origine. Les interventions destinées aux couples ayant une histoire de maltraitance pendant cette transition gagneraient à inclure des discussions sur ce que pourraient être les limites avec les figures parentales, et une attention générale aux compétences d’efficacité interpersonnelle, comme celles qu’enseigne la thérapie comportementale dialectique (TCD ; Linehan, 2015), afin d’aider les deux partenaires à disposer des outils nécessaires pour faire respecter les limites jugées indispensables pour leur nouvel enfant.

Si la recherche antérieure sur la maltraitance dans l’enfance et le passage à la parentalité s’est surtout intéressée aux mères, l’inclusion de dyades mère-père nous a permis d’examiner aussi l’expérience des pères. Les résultats suggèrent que les processus relationnels de soutien et d’élaboration du sens peuvent avoir des fonctions protectrices aussi bien pour les mères que pour les pères ayant une histoire de maltraitance, ce qui étend au passage à la paternité les travaux antérieurs sur le passage à la maternité (Chamberlain et al., 2019a ; Christie et al., 2017).

Cette étude phénoménologique interprétative a exploré la manière dont des couples ayant des antécédents de maltraitance dans l’enfance traversent le passage à la parentalité. Quatre processus dyadiques interdépendants ont été identifiés : l’élaboration relationnelle du sens de la maltraitance subie dans l’enfance, les difficultés relationnelles activées par l’histoire de maltraitance, le soutien dyadique comme corégulation de la vulnérabilité liée à la maltraitance, et l’orientation résiliente et intentionnelle des couples vers la vie de famille. Ensemble, ces résultats montrent que les expériences de maltraitance dans l’enfance ne sont pas négociées isolément pendant le passage à la parentalité, mais interprétées et gérées conjointement au sein de la relation de couple. Par la réflexion partagée, la fixation concertée de limites et le soutien mutuel face aux inquiétudes liées à la parentalité, les couples décrivaient un travail commun pour construire des manières de prendre soin distinctes de leurs propres expériences d’enfance et donner un nouveau cap à leur famille.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de cette étude est de déplacer la question de la transmission de la maltraitance : au lieu de mesurer un risque porté par une seule personne, elle regarde ce que le couple en fait au moment où naît le premier enfant. L’autre membre du couple devient tour à tour un témoin qui nomme ce qui avait été minimisé, une source externe de régulation du doute de soi et un allié pour poser des limites à la famille d’origine. Pour la clinique systémique, c’est une invitation à travailler la coparentalité naissante comme un espace où l’histoire de chaque partenaire peut être reconnue sans devoir être « réparée », et où les loyautés envers des parents maltraitants se renégocient sur trois générations. Les limites sont nettes : onze couples mariés, plutôt aisés et anglophones, qui avaient déjà parlé de la maltraitance entre eux et acceptaient de participer ensemble ; les couples en grande détresse, ou ceux où le secret domine, restent hors champ, et le tableau risque d’être trop rassurant. À lire avec l’article sur les attentes dyadiques lors du passage à la parentalité, et avec l’article sur la transmission intergénérationnelle du trauma.

Notes de l’original

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Financement. L’équipe de recherche ne signale aucun financement.

Disponibilité des données. Les données qui étayent les résultats de cette étude sont disponibles auprès de la personne qui signe en premier, sur demande raisonnable.

Références

Bécotte, K., Brassard, A., Brault‐Labbé, A., Gagné, A. L., & Péloquin, K. (2023). Positive relationship adaptation of couples transitioning to parenthood: An interpretative phenomenological analysis. Family Relations, 72, 2251–2269. https://doi.org/10.1111/fare.12792

Belsky, J., & Isabella, R. A. (1985). Marital and parent‐child relationships in family of origin and marital change following the birth of a baby: A retrospective analysis. Child Development, 56(2), 342–349. https://doi.org/10.2307/1129724

Belsky, J., & Kelly, J. (1994). The transition to parenthood on the marriage relationship: How a first child changes a marriage: Why some couples grow closer and others apart. Delacorte Press.

Belsky, J., & Rovine, M. (1990). Patterns of marital change across the transition to parenthood: Pregnancy to three years postpartum. Journal of Marriage and the Family, 52(1), 5–19. https://doi.org/10.2307/352833

Berman, H., Mason, R., Hall, J., Rodger, S., Classen, C. C., Evans, M. K., Ross, L. E., Mulcahy, G. A., Carranza, L., & Al‐Zoubi, F. (2014). Laboring to mother in the context of past trauma: The transition to motherhood. Qualitative Health Research, 24(9), 1253–1264. https://doi.org/10.1177/104973231452190

Bernstein, D. P., Fink, L., Handelsman, L., & Foote, J. (1994). Childhood trauma questionnaire (CTQ) [Database record]. APA PsycTests. https://doi.org/10.1037/t02080-000

Chamberlain, C., Gee, G., Harfield, S., Campbell, S., Brennan, S., Clark, Y., Mensah, F., Arabena, K., Herman, H., & Brown, S. (2019a). Parenting after a history of childhood maltreatment: A scoping review and map of evidence in the perinatal period. PLoS ONE, 14(3), e0213460. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0213460

Chamberlain, C., Ralph, N., Hokke, S., Clark, Y., Gee, G., Stansfield, C., Sutcliffe, K., Brown, S. J., Brennan, S., & Healing the Past by Nurturing the Future group. Healing the past by nurturing the future: A qualitative systematic review and meta‐synthesis of pregnancy, birth and early postpartum experiences and views of parents with a history of childhood maltreatment. PLoS ONE. 2019b;14(12). https://doi.org/10.1371/journal.pone.0225441.

Christie, H., Talmon, A., Schäfer, S. K., de Haan, A., Vang, M. L., Haag, K., Gilbar, O., Alisic, E., & Brown, E. (2017). The transition to parenthood following a history of childhood maltreatment: A review of the literature on prospective and new parents’ experiences. European Journal of Psychotraumatology, 8(sup7), 1492834. https://doi.org/10.1080/20008198.2018.1492834hamilton

Cowan, C. P., & Cowan, P. A. (2000). When partners become parents: The big life change for couples. Lawrence Erlbaum Associates Publishers.

Creswell, J. W., & Plano Clark, V. L. (2011). Designing and conducting mixed methods research. (2nd ed.). Sage Publications.

Doss, B. D., Rhoades, G. K., Stanley, S. M., & Markman, H. J. (2009). The effect of the transition to parenthood on relationship quality: An 8‐year prospective study. Journal of Personality and Social Psychology, 96(3), 601–619. https://doi.org/10.1037/a0013969

Fava, N. M., Simon, V. A., Smith, E., Khan, M., Kovacevic, M., Rosenblum, K. L., Menke, R., & Muzik, M. (2016). Perceptions of general and parenting‐specific posttraumatic change among postpartum mothers with histories of childhood maltreatment. Child Abuse & Neglect, 56, 20–29. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2016.04.007

Phenomenology for therapists: Researching the lived world. Wiley‐Blackwell; 2011. https://doi.org/10.1002/9781119975144.

Fitzgerald, M. M., Shipman, K. L., Jackson, J. L., McMahon, R. J., & Hanley, H. M. (2005). Perceptions of parenting versus parent‐child interactions among incest survivors. Child Abuse & Neglect, 29(6), 661–681. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2004.10.012

Fraley, R. C., & Roisman, G. I. (2019). The development of adult attachment styles: Four lessons. Current Opinion in Psychology, 25, 26–30. https://doi.org/10.1016/j.copsyc.2018.02.008

George, C., & Solomon, J. (2008). The caregiving system: A behavioral systems approach to parenting.

Kim, J., & Cicchetti, D. (2010). Longitudinal pathways linking child maltreatment, emotion regulation, peer relations, and psychopathology. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 51(6), 706–716. https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.2009.02202.x

Kluwer, E. S. (2010). From partnership to parenthood: A review of marital change across the transition to parenthood. Journal of Family Theory & Review, 2(2), 105–125. https://doi.org/10.1111/j.1756-2589.2010.00045.x

The lived experience of pregnancy and birthing of women with histories of childhood sexual abuse (Doctoral dissertation). . Canada: University of Alberta; 2007.

DBT® Skills Training Manual. Guilford Press; 2015.

Martin, L. N., Renshaw, K. D., Curby, T. W., & Feinberg, M. E. (2025). Dyadic relationship and coparenting quality during the transition to parenthood for couples with childhood maltreatment history. Family Process, 64(4), e70078. https://doi.org/10.1111/famp.70078

McLaughlin, K. A., Colich, N. L., Rodman, A. M., & Weissman, D. G. (2020). Mechanisms linking childhood trauma exposure and psychopathology: A transdiagnostic model of risk and resilience. BMC Medicine, 18(1), 96. https://doi.org/10.1186/s12916-020-01561-6

Miller, R. M., Chan, C. D., & Farmer, L. B. (2018). Interpretative phenomenological analysis: A contemporary qualitative approach. Counselor Education and Supervision, 57(4), 240–254. https://doi.org/10.1002/ceas.12114

Ngameni, E. G., Moro, M. R., Kokou‐Kpolou, C. K., Radjack, R., Dozio, E., & El Husseini, M. (2022). An examination of the impact of psychosocial factors on mother‐to‐child trauma transmission in post‐migration contexts using interpretative phenomenological analysis. Child Care in Practice, 30(3), 274–289. https://doi.org/10.1080/13575279.2022.2071220

The childbearing experience of women who are childhood sexual abuse survivors (Doctoral dissertation). . University of British Columbia; 2004.

Qualitative research & evaluation methods. Sage Publications; 2002.

Pietkiewicz, I., & Smith, J. A. (2014). A practical guide to using interpretative phenomenological analysis in qualitative research psychology. Psychological Journal, 20(1), 7–14. https://doi.org/10.14691/CPPJ.20.1.7

Racine, N., Madigan, S., Plamondon, A., Hetherington, E., McDonald, S., & Tough, S. (2021). Maternal adverse childhood experiences and maternal mental health during the perinatal period: A systematic review and meta‐analysis. The Lancet Public Health, 6(4), e255–e269. https://doi.org/10.1016/S2468-2667(21)00019-1

Rholes, W. S., Eller, J., Simpson, J. A., & Arriaga, X. B. (2021). Support processes predict declines in attachment avoidance across the transition to parenthood. Personality and Social Psychology Bulletin, 47(5), 810–825. https://doi.org/10.1177/0146167220948706

Roberts, R. E. (2014). The child maltreatment survivor's description of the process of becoming a parent: A grounded theory study. The Qualitative Report, 19(24), 1–27. https://doi.org/10.46743/2160-3715/2014.1217

Rubinsky, V., Collman, A., & Tolman, C. (2023). The abuse explains why I am a certain way”: Post‐abuse disclosures in romantic relationships. Atlantic Journal of Communication, 32(4),588–601. https://doi.org/10.1080/15456870.2023.2187802

Simpson, J. A., Rholes, W. S., Campbell, L., & Wilson, C. L. (2003). Changes in attachment orientations across the transition to parenthood. Journal of Experimental Social Psychology, 39(4), 317–331. https://doi.org/10.1016/S0022-1031(03)00030-1

Smith, J. A., Flowers, P., & Larkin, M. (2009). Interpretative phenomenological analysis: Theory, method, and research. Sage.

Smith, J. A., & Osborn, M. (2015). Interpretative phenomenological analysis as a useful methodology for research on the lived experience of pain. British Journal of Pain, 9(1), 41–42. https://doi.org/10.1177/2049463714541642

Turpin, G., Barley, V., Beail, N., Scaife, J., Slade, P., Smith, J. A., & Walsh, S. (1997). Standards for research projects and theses involving qualitative methods: Suggested guidelines for trainees and courses. Clinical Psychology Forum, 108, 3–7. https://doi.org/10.53841/bpscpf.1997.1.108.3

Ullman, S. E. (2002). Social reactions to child sexual abuse disclosures: A critical review. Journal of Child Sexual Abuse, 12(1), 89–121. https://doi.org/10.1300/J070v12n01_05

Vaillancourt‐Morel, M.‐P., Bussières, È.‐L., Nolin, M.‐C., & Daspe, M.‐È. (2024). Partner effects of childhood maltreatment: A systematic review and meta‐analysis. Trauma, Violence, & Abuse, 25(2), 1150–1167. https://doi.org/10.1177/15248380231173427

Zamir, O. (2022). Childhood maltreatment and relationship quality: A review of type of abuse and mediating and protective factors. Trauma, Violence, & Abuse, 23(4), 1344–1357. https://doi.org/10.1177/1524838021998319

Traduction non officielle en français de « Ne surtout pas refaire les mêmes erreurs » : l’ajustement du couple à la parentalité dans un contexte de maltraitance subie dans l’enfance, par Laura N. Martin, Keith D. Renshaw, A. Grace Kelly et Debora G. Goldberg, Infant Mental Health Journal, vol. 47(4), e70106 (2026), doi : 10.1002/imhj.70106, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « “Desperate not to make the same mistakes”: Couple adjustment to parenthood in the context of childhood maltreatment », publié dans Infant Mental Health Journal (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Martin, L. N., Renshaw, K. D., Kelly, A. G., et Goldberg, D. G. (2026). « Ne surtout pas refaire les mêmes erreurs » : l’ajustement du couple à la parentalité dans un contexte de maltraitance subie dans l’enfance (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/ne-surtout-pas-refaire-les-memes-erreurs-l-ajustement-du-couple-a-la-parentalite (Œuvre originale publiée en 2026 dans Infant Mental Health Journal, 47(4), e70106 (2026) ; republiée en 2026 par Infant Mental Health Journal, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/imhj.70106)

Panier

Votre panier est vide.