Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale

Nouvelles stratégies d’étude des familles dans le trouble de la personnalité borderline : défis et potentialités du génogramme

Une patiente et un membre de sa famille dessinent-ils la même famille ? À São Paulo, l’équipe d’Ana Carolina Soares Marinho a construit à distance, séparément, le génogramme de six femmes ayant un trouble de la personnalité borderline et celui d’un membre de leur famille. Les récits divergent surtout sur deux points : les patientes rapportent davantage de maltraitance physique, leurs proches davantage de relations distantes. Une étude exploratoire qui fait du génogramme un outil de recherche.

Auteurs Ana Carolina Soares Marinho, Camila Chagas, José Carlos Galduróz et Claudia Berlim de Mello (département de psychobiologie, Université fédérale de São Paulo, Brésil) ; Fernanda Celeste de Oliveira Martins Sassi, Erlei Sassi Junior et Francisco Lotufo Neto (Institut de psychiatrie, université de São Paulo, Brésil)Première publication Journal of Marital and Family Therapy, 18 août 2025Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Nouvelles stratégies d’étude des familles dans le trouble de la personnalité borderline : défis et potentialités du génogramme, par Ana Carolina Soares Marinho, Camila Chagas, José Carlos Galduróz, Fernanda Celeste de Oliveira Martins Sassi, Erlei Sassi Junior, Francisco Lotufo Neto et Claudia Berlim de Mello, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2025), doi : 10.1111/jmft.70065, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; les deux figures (génogrammes) sont reproduites dans leur version originale, avec des légendes traduites. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Plutôt qu’un biais méthodologique, ces divergences traduisent des écarts d’interprétation.

Ana Carolina Soares Marinho, Camila Chagas, José Carlos Galduróz, Fernanda Celeste de Oliveira Martins Sassi, Erlei Sassi Junior, Francisco Lotufo Neto et Claudia Berlim de Mello

Résumé

Le trouble de la personnalité borderline (TPB) est une affection complexe, caractérisée par l’instabilité émotionnelle, les difficultés interpersonnelles et l’impulsivité. Des études antérieures ont exploré l’influence de l’environnement familial sur l’expression du TPB, mais des lacunes méthodologiques demeurent dans l’examen de ces liens, en particulier pour saisir plusieurs points de vue au sein d’une même famille. Cette étude propose une démarche méthodologique qui compare, à l’aide d’un génogramme, des dyades formées d’une personne patiente et d’un membre de sa famille. La recherche a porté sur 12 personnes (6 patientes et 6 membres de leur famille) et a analysé leurs perceptions des relations émotionnelles familiales (facteurs de risque ou de protection, par exemple) ainsi que la sévérité des symptômes. Les résultats, obtenus par des méthodes mixtes, montrent des divergences entre patientes et proches sur deux catégories de relations émotionnelles et de comportements à risque : « Distante/pauvre » et « Maltraitance physique ». L’étude discute d’autres usages possibles du génogramme pour saisir les nuances des relations familiales, et de nouvelles pistes pour des interventions thérapeutiques plus efficaces.

1. Introduction

Le trouble de la personnalité borderline (TPB) se caractérise par un mode durable d’instabilité des relations interpersonnelles, de l’image de soi et de la régulation émotionnelle, associé à une impulsivité marquée (APA 2022). Selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5-TR), les critères diagnostiques du TPB comprennent : (1) des efforts effrénés pour éviter un abandon réel ou imaginé ; (2) un mode de relations interpersonnelles instables et intenses, qui alternent entre les extrêmes de l’idéalisation et de la dévalorisation ; (3) une perturbation de l’identité, avec une image ou une perception de soi nettement et durablement instable ; (4) une impulsivité dans au moins deux domaines potentiellement dommageables pour la personne ; (5) la répétition de comportements, de gestes ou de menaces suicidaires, ou d’automutilations ; (6) une instabilité affective due à une réactivité marquée de l’humeur ; (7) des sentiments chroniques de vide ; (8) des colères intenses et inappropriées ou une difficulté à contrôler sa colère ; et (9) une idéation persécutoire transitoire liée au stress, ou des symptômes dissociatifs sévères (APA 2022). Dans différents pays, dont les États-Unis, le Royaume-Uni et les Pays-Bas, la prévalence du TPB se situe entre 1,1 % et 3,2 % (Ellison et al. 2018). Trouble complexe et multidimensionnel, qui englobe des phénomènes affectifs, comportementaux et cognitifs, le TPB, dont les personnes concernées luttent souvent contre un vide et une solitude chroniques en recherchant l’excitation pour y faire face, peut se manifester par un large éventail de symptômes, souvent associés à des troubles comorbides (APA 2022 ; Fatimah et al. 2023 ; Paris 2005 ; Zanarini et al. 1998). Poser un diagnostic exact peut donc être difficile, car le trouble peut être confondu avec d’autres tableaux cliniques, comme le trouble affectif bipolaire ou le trouble de stress post-traumatique (Gunderson 2009).

Les risques liés aux traits borderline et au trouble lui-même résultent de l’interaction de facteurs génétiques, épigénétiques, psychologiques, sociaux et liés à l’expérience de vie (Bozzatello et al. 2021 ; Perez-Rodriguez et al. 2018). Les traumatismes de l’enfance, comme la négligence ou la maltraitance physique ou sexuelle, augmentent nettement la probabilité de développer le trouble (Porter et al. 2020 ; Zanarini et al. 2002). On estime qu’entre 30 % et 90 % des personnes ayant un TPB rapportent des antécédents de maltraitance ou de négligence, des taux nettement plus élevés que dans les autres troubles de la personnalité (Bozzatello et al. 2021). Selon la revue de Bozzatello et al. (2021), ces expériences adverses, surtout lorsqu’elles sont le fait de figures d’attachement, peuvent conduire les enfants à intérioriser la responsabilité des mauvais traitements subis dans leur famille. Parmi elles, l’abus sexuel est la seule forme de maltraitance associée de façon indépendante à une apparition précoce du TPB chez les adolescentes (Infurna et al. 2016), et il est souvent rapporté comme survenu dans un contexte intrafamilial (Australian Institute of Health and Welfare 2025 ; CSA 2025). Outre la maltraitance, Crawford et al. (2009) ont observé, à partir de données empiriques, que des séparations d’un mois ou plus entre la mère et l’enfant avant l’âge de cinq ans (hospitalisation, maladie, séjours prolongés chez des proches, exigences personnelles, scolaires ou professionnelles de la mère) sont associées à des symptômes borderline. Par ailleurs, Fatimah et al. (2020) ont constaté que les comportements antisociaux à l’âge adulte, les troubles liés à l’usage de substances et les traits borderline paternels n’augmentent le risque de traits borderline que chez les enfants biologiques. Si ces résultats orientent vers une transmission génétique, l’étude discute aussi de voies de transmission environnementales, comme le TPB maternel et des pratiques parentales inadaptées (conflits, manque d’implication, manque de respect, par exemple). De tels schémas ont été observés dans la filiation biologique comme adoptive (Fatimah et al. 2020 ; Zalewski et al. 2014), ce qui suggère que facteurs génétiques et environnementaux peuvent contribuer ensemble au développement de traits borderline, selon la nature de la psychopathologie parentale.

Au-delà du repérage de schémas problématiques dans le fonctionnement familial, Gunderson et Lyoo (1997) ont souligné l’importance de la manière dont ces schémas sont perçus par les différents membres de la famille. Leur étude a montré, par exemple, que ce sont en général les proches des personnes ayant un TPB qui rapportent des problèmes de communication et de tempérament ou d’hostilité. On dispose aussi d’éléments indiquant que les personnes ayant un TPB portent sur leur famille des jugements plus négatifs que leurs parents (Gunderson et Lyoo 1997). Fait notable, par comparaison avec des échantillons de familles normatives (sans membre présentant un trouble psychiatrique) et même de familles en détresse (familles en crise, ou dont un membre présente une maladie psychiatrique ou un abus de substances), les personnes ayant un TPB percevaient leur famille comme nettement moins cohésive, moins expressive et plus conflictuelle. En outre, chaque fois que des différences apparaissaient entre personnes patientes, parents et groupe en détresse, les parents avaient tendance à voir la famille plus positivement, tandis que les perceptions des personnes patientes étaient plus négatives que celles du groupe en détresse. Ces résultats suggèrent que les divergences de perception dans les familles touchées par le TPB pourraient dépasser la variation familiale ordinaire et refléter une dimension spécifique, et cliniquement significative, de la variabilité individuelle dans cette population. Ils indiquent que les études auprès de ces familles ne devraient pas porter seulement sur les modes de fonctionnement familial associés aux comportements à risque, mais aussi sur la manière dont ces modes sont interprétés par les différents membres. Comparer la perception des relations émotionnelles au sein de dyades formées d’une personne patiente et d’un membre de sa famille peut donc aider à mieux comprendre le fonctionnement relationnel des personnes ayant un TPB.

La recherche sur le rôle des liens familiaux dans les symptômes comportementaux du TPB a employé diverses méthodologies, en privilégiant les échelles autorapportées (Bozzatello et al. 2021). Roca et al. (2024), par exemple, ont évalué au moyen de trois questionnaires le fonctionnement conjugal (la relation entre les parents) et parental (la relation entre les parents et leurs enfants) dans des familles dont un enfant a reçu un diagnostic de TPB. Leurs résultats font apparaître des divergences notables entre parents et enfants dans la perception des soins et de la surprotection, les personnes ayant un TPB tendant à voir leur environnement familial plus négativement ; l’équipe souligne aussi des difficultés de communication familiale. Elle a également trouvé un lien entre de meilleures relations conjugales et une plus grande sévérité des symptômes du TPB. Adoptant un cadre relationnel, qui met l’accent sur la forte influence des tendances dysfonctionnelles des relations conjugales et parentales sur le développement de la personnalité et la santé mentale des enfants, cette équipe soutient qu’une approche relationnelle peut favoriser une planification thérapeutique plus efficace, en prenant en compte l’importance des interactions familiales et pas seulement une perspective individuelle. Bien que son objet principal soit les schémas relationnels, les divergences de perception rapportées entre parents et enfants signalent aussi la portée clinique possible de la manière dont ces interactions sont vécues subjectivement par les différents membres de la famille. Des études observationnelles ont par ailleurs été menées, comme celle de Kluczniok et al. (2018), qui comprenait l’observation d’une séance de jeu entre une mère ayant des antécédents de TPB et son enfant. Cette étude a mis en évidence un lien entre le TPB maternel et une hostilité accrue dans l’interaction mère-enfant, l’hostilité maternelle jouant un rôle de médiation entre le TPB maternel et le nombre de diagnostics psychiatriques de l’enfant. Sur le plan clinique, ces résultats soulignent l’intérêt d’interventions préventives propres au trouble, par exemple centrées sur la réduction des comportements maternels hostiles dans le contexte du TPB.

Ainsi, les études sur la psychopathologie du TPB dans le contexte de l’environnement familial peuvent conduire à des interventions qui considèrent les proches comme une composante importante. L’intervention Helping Young People Early (HYPE), par exemple, mise au point par une équipe de recherche australienne à l’intention de jeunes de 15 à 24 ans ayant un TPB, comprend une psychoéducation des membres de la famille sur le trouble. Elle vise aussi à favoriser le bien-être des membres de la famille et des personnes aidantes (Chanen et al. 2009, 2022). Outre l’amélioration du fonctionnement psychosocial, cette intervention s’est montrée efficace pour maintenir dans les soins les jeunes ayant un TPB (Chanen et al. 2022). Autre exemple, l’intervention BRIDGE (Brief, Intensive Assessment and Integrated Formulation), mise au point au Royaume-Uni, elle aussi pour des jeunes ayant un TPB, intègre une collaboration avec une équipe multi-institutionnelle adaptée à la personne, qui peut associer des membres de la famille et des services de conseil (Gajwani et al. 2024). Mais, comme dans HYPE, l’implication de la famille n’est pas l’objet principal de ces interventions. Le rôle de la famille consiste généralement à participer à l’élaboration d’une formulation partagée, c’est-à-dire un processus collaboratif centré, avec la personne jeune, sur la définition des principaux problèmes et des objectifs thérapeutiques, lorsque c’est cliniquement indiqué (Gajwani et al. 2024). Il faut noter que BRIDGE est encore à l’étude et que les données sur son efficacité n’ont pas encore été publiées. Ainsi, bien que les études d’intervention auprès des familles de personnes ayant un TPB aient montré, par exemple, une diminution des sentiments de douleur et de culpabilité, de la surcharge et des symptômes anxio-dépressifs, ainsi qu’une amélioration des compétences relationnelles et du climat familial (Guillén et al. 2021), il reste une lacune quant à la manière dont les approches thérapeutiques pourraient traiter les divergences de perception au sein des familles.

La recherche sur les relations intimes et familiales souligne le poids de la perception, plus que de la réalité objective, dans les issues relationnelles. On a montré que la similarité perçue (et non réelle) entre partenaires prédit une plus grande attirance, quelle que soit la relation, ce qui pourrait tenir à des biais cognitifs et à des processus de maintien de l’estime de soi (par exemple « cette personne me ressemble, ou devrait me ressembler ») (Montoya et al. 2008). Dans les relations amoureuses, l’idéalisation, donnée et reçue, est associée à moins de conflits et à une plus grande satisfaction (Murray et al. 1996). Des résultats récents de Salla et Feixas (2023) soulignent encore la portée clinique d’un travail sur la perception interpersonnelle dans les relations proches. Leur analyse a montré que la similarité perçue avec l’idéal de partenaire et l’exactitude dans la perception de l’image de soi de l’autre étaient significativement associées à la satisfaction relationnelle. En particulier, une vision plus positive de l’autre membre du couple était liée non seulement à une plus grande satisfaction personnelle, mais aussi à une satisfaction plus élevée rapportée par l’autre. À partir de ces résultats, cette équipe plaide pour des stratégies thérapeutiques qui travaillent explicitement les métaperceptions (c’est-à-dire « que pense cette personne de moi ? »).

Ensemble, ces résultats issus de contextes cliniques et relationnels soulignent l’intérêt de travailler non seulement sur les aspects structurels du fonctionnement familial, mais aussi sur la manière dont chaque personne interprète ses expériences relationnelles et leur donne sens. Dans le cas du TPB, cette perspective peut apporter une contribution importante à des approches thérapeutiques qui dépassent la gestion individuelle des symptômes et prennent en compte le contexte relationnel et perceptif dans lequel les symptômes s’expriment et se maintiennent.

Le rôle possible des membres de la famille dans l’expression des symptômes du TPB peut aussi être étudié à l’aide du génogramme, méthode graphique descriptive d’analyse des relations familiales qui a une longue histoire en clinique (Varty et al. 2023). Il permet de représenter l’arbre familial d’une personne, dans des dimensions allant du biologique au socioculturel (Sourdeau 2024), et il a été utilisé dans diverses études pour décrire plus en profondeur les aspects relationnels, ce qui permet d’observer des schémas familiaux insoupçonnés (Sitnik-Warchulska et Izydorczyk 2018 ; Wendt et Crepaldi 2008). Repérer les perceptions des relations familiales et les divergences entre membres importe aussi pour la recherche sur les troubles psychiatriques. Pourtant, peu d’études ont fait du génogramme une stratégie méthodologique pour examiner le rôle des relations familiales dans la symptomatologie du TPB. Dominguez et al. (2025) en rapportent l’usage dans l’étude de cas d’une personne ayant subi des violences sexuelles, mais dans le seul but de décrire la structure familiale. Par ailleurs, une étude consacrée à un essai clinique évaluant l’efficacité d’un programme d’intervention a également inclus le génogramme, mais comme élément de la caractérisation sociodémographique de l’échantillon (Guillén et al. 2024). Aussi l’élaboration et l’usage de stratégies méthodologiques centrées sur les relations familiales, et sur d’éventuels biais de perception, pourraient-ils être utiles, en clinique comme en recherche, dans l’approche du TPB.

En somme, l’environnement familial joue un rôle central dans le développement et l’expression des symptômes du TPB, non seulement comme source d’expériences adverses précoces liées à des facteurs de risque comme la maltraitance, la négligence ou la séparation, mais aussi comme contexte où des dynamiques relationnelles en cours, comme les difficultés de communication et les perceptions divergentes entre personnes patientes et proches, peuvent influer sur la manière dont les symptômes sont vécus et entretenus. Et si les études auprès des familles de personnes ayant un TPB ont donné des résultats importants, il faut encore des améliorations méthodologiques et des études qui envisagent de viser la réduction des conflits intrafamiliaux (Guillén et al. 2021). L’objectif principal de cette étude était d’examiner, au moyen du génogramme, comment des dyades formées d’une personne ayant un TPB et d’un membre de sa famille (de préférence un membre de la fratrie ou un parent) identifient les relations émotionnelles et les comportements à risque (RECR) dans la famille. Ces données correspondent à des relations et à des événements rapportés individuellement, qui peuvent être associés à des facteurs de risque ou de protection liés au développement et à la sévérité du trouble. On a en outre examiné dans quelle mesure ces schémas étaient associés à la sévérité des symptômes borderline, évaluée par un questionnaire. En somme, l’étude introduit de nouvelles méthodologies mixtes et met en avant l’usage du génogramme dans la recherche auprès de personnes ayant reçu un diagnostic de TPB et de leur famille. L’hypothèse est que des divergences de perception significatives apparaîtront entre les personnes ayant un TPB et leurs proches à propos des RECR. Nous avançons en outre que le génogramme peut constituer un précieux outil clinique et de recherche pour explorer et rendre visibles ces dynamiques relationnelles.

2. Méthode

2.1. Personnes participantes

L’échantillon se composait de six femmes ayant reçu un diagnostic de TPB et de six membres de leur famille désignés par elles (trois hommes et trois femmes), l’ensemble ayant entre 18 et 56 ans. Les proches comprenaient quatre membres de la fratrie, un père et une mère, selon les indications des patientes. Le diagnostic avait été confirmé par au moins deux psychiatres spécialistes et par des tests fondés sur le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-IV) et la Borderline Symptom List (BSL-23). Le recrutement a eu lieu à l’Hospital das Clínicas de la faculté de médecine de l’université de São Paulo, plus précisément au centre ambulatoire intégré. Les personnes ont d’abord été informées de la recherche par l’équipe clinique. Elles ont ensuite reçu une invitation officielle et des informations complémentaires sur l’étude par un message texte envoyé par la personne responsable de la recherche. Il était clairement indiqué que la participation était entièrement volontaire et n’affecterait en rien leurs soins, en cours ou futurs. L’équipe clinique s’est limitée à une information initiale sur l’étude et n’a joué aucun rôle dans les décisions de participation. Les participantes du groupe clinique étaient en traitement depuis au moins un an, avec un suivi médical, et prenaient part avec des membres de leur famille à une intervention de groupe opératif visant à améliorer l’alexithymie et les compétences narratives, en préparation d’une psychothérapie brève.

Pour le groupe clinique (patientes ayant un TPB), les critères d’inclusion étaient un diagnostic confirmé par l’équipe hospitalière (composée de psychiatres et de psychologues), savoir lire et écrire, et avoir plus de 18 ans. Pour le groupe familial (les proches désignés), les critères d’inclusion étaient d’avoir plus de 18 ans et de savoir lire et écrire. Étaient exclues les personnes présentant des déficiences visuelles non corrigées, des affections neurologiques ou un diagnostic de déficience intellectuelle. En outre, les membres du groupe familial ne devaient pas avoir de diagnostic de TPB.

Le profil sociodémographique et clinique est présenté dans le tableau 1. Pour le niveau d’études, des différences significatives ont été observées entre les groupes. Dans le groupe TPB, la plupart des personnes (42 %) avaient achevé le lycée, et 8 % seulement des études supérieures. Aucune personne de ce groupe n’avait achevé d’études de troisième cycle, ni seulement l’école primaire. Le groupe familial présente en revanche une répartition plus diverse : 17 % avaient achevé le lycée, 17 % des études supérieures, 8 % des études de troisième cycle et 8 % l’école primaire.

Tableau 1 — Profil sociodémographique et clinique de l’échantillon

  • Âge. Moyenne : TPB 23,83 ; famille 34,17. Médiane : 23,00 et 29,50. Écart type : 2,71 et 16,38. Minimum/maximum : 20,00/27,00 et 18,00/56,00.
  • Niveau d’études. Lycée achevé : TPB 5 (42 %) ; famille 2 (17 %). Diplôme universitaire : 1 (8 %) et 2 (17 %). Troisième cycle : 0 (0 %) et 1 (8 %). École primaire achevée : 0 (0 %) et 1 (8 %).
  • Genre. Femmes : TPB 6 (50 %) ; famille 3 (25 %). Hommes : 0 (0 %) et 3 (25 %).
  • BSL (Borderline Symptom List). Moyenne : TPB 1,500 ; famille 0,616. Médiane : 1,543 et 0,435. Écart type : 0,545 et 0,483. Minimum/maximum : 0,826/2,217 et 0,217/1,391.
  • Fréquences du diagnostic et de la sévérité à la BSL. Nulle ou faible : TPB 0 (0 %) ; famille 3 (25,0 %). Légère : 0 (0 %) et 1 (8,3 %). Modérée : 4 (33,3 %) et 2 (16,7 %). Élevée : 2 (16,7 %) et 0 (0 %).

Six personnes par groupe. Famille : membre de la famille (membre de la fratrie ou parent). TPB : participante ayant un trouble de la personnalité borderline.

Sur le plan clinique, le groupe TPB présentait des symptômes borderline plus sévères, la majorité des participantes étant classées « modérée » (33 %) et « élevée » (17 %). Le groupe familial, à l’inverse, présentait une prédominance de cas aux symptômes légers ou absents, 25 % étant classés « nulle ou faible » et 8 % « légère ». Cette différence suggère une symptomatologie plus sévère dans le groupe TPB pour les traits borderline mesurés par la BSL-23, tandis que le groupe familial présentait une répartition plus équilibrée, moins marquée par les symptômes borderline.

2.2. Recueil des données et cadre

Les personnes participantes ont pris part à un entretien semi-directif mené par la personne qui signe en premier, psychologue formée à la thérapie comportementale dialectique et ayant une expérience clinique de la psychothérapie auprès de personnes ayant reçu un diagnostic de TPB. Il s’agissait de construire un génogramme familial (tableau 2). Le génogramme est une stratégie graphique d’enregistrement et d’interprétation des données familiales (génétiques, culturelles, sociales, etc.), avec des codes propres aux membres et aux variables relationnelles (voir la figure 2, section 3, pour le détail). Les questions portaient sur la présence de comportements à risque dans la famille, la perception du soutien social, la qualité des relations familiales et les caractéristiques sociodémographiques. Le tableau 2 synthétise les principaux contenus visés par les questions.

Tableau 2 — Principales catégories abordées dans les entretiens semi-directifs et aspects analysés

  • Informations générales. Identification de trois générations familiales (parents, frères et sœurs, grands-parents). Âge, niveau d’études, profession, nombre d’enfants.
  • Histoire familiale. Traumatismes et violences : événements comme des décès, des maltraitances, des conflits.
  • Soutien social. Degré de proximité avec les membres de la famille. Ruptures et aide perçue.
  • Comportements à risque. Usage de substances, automutilation, crises de boulimie.
  • Perceptions et relations. Relations familiales : proximité, compréhension et aide. Événements marquants de l’enfance.

Le recueil des données s’est fait à distance, sur la plateforme Google Meet, la fonction de duplication d’écran d’une tablette servant à construire le génogramme. Les entretiens de construction du génogramme ont été menés séparément, l’un avec la patiente, l’autre avec le membre de sa famille. Cela a permis de limiter les biais et d’éviter que le discours d’une personne soit influencé par les propos de l’autre. Le format à distance a été choisi pour s’accorder aux procédures cliniques du centre ambulatoire où le recrutement avait eu lieu.

Tous les entretiens ont été enregistrés puis transcrits, ce qui a permis de revenir aux catégories pendant l’analyse des données et donc d’interpréter les récits avec plus de précision. Pendant l’entretien, le génogramme était dessiné directement sur l’écran de la tablette, ce qui permettait à la personne interrogée de suivre la construction en temps réel et de contribuer activement à l’organisation et à la validation du schéma familial (un écran ligné facilitait le dessin).

Après cette construction initiale sur la tablette, le génogramme a été transféré dans le logiciel GenoPro (2020) (figure 1), qui a servi à stocker et à représenter graphiquement des données familiales détaillées.

Un génogramme dessiné à la main sur tablette et sa version mise au propre dans le logiciel GenoPro
Figure 1. Exemple de génogramme construit sur la tablette (a) puis transféré dans le logiciel (b). (Schéma original.)

Comme indiqué dans l’introduction, l’ensemble des représentations de relations émotionnelles et de comportements à risque dégagées de l’analyse du discours des personnes participantes lors de la construction des génogrammes a été désigné, dans la présente étude, par le sigle RECR.

Pour classer et catégoriser ces relations familiales telles que les personnes les définissaient, on a utilisé les catégories fournies par la légende du logiciel de génogramme, ainsi que la fréquence des relations, elle aussi tirée du génogramme. Chaque score de RECR correspond à la fréquence de chacune de ces relations catégorisées, c’est-à-dire à chaque événement repéré par chaque personne. Au total, 28 catégories distinctes de RECR ont été identifiées. On a toutefois constaté que certaines relations mentionnées dans les entretiens, et visibles dans le génogramme, ne figuraient pas dans la légende fournie. Ces relations manquantes ont donc été repérées et classées manuellement par la personne qui menait la recherche, afin que toutes les relations pertinentes soient prises en compte dans l’analyse.

Avant les entretiens, il a été demandé aux personnes participantes de remplir la Borderline Symptom List (BSL-23), instrument validé qui évalue la sévérité des symptômes associés au TPB (Bohus et al. 2009 ; Catelan et Nardi 2021). Cette échelle a fourni les données sur la sévérité des symptômes dans l’échantillon. Ces symptômes ont aussi été évalués chez les proches, car il s’agissait d’examiner dans quelle mesure des symptômes borderline pouvaient influencer la perception des caractéristiques des RECR. Il faut préciser que la BSL-23 évalue des symptômes du TPB et ne fournit pas de diagnostic clinique. Si des membres de la famille rapportent des symptômes du TPB selon l’échelle, cela n’indique donc pas nécessairement un diagnostic formel du trouble.

2.3. Analyses quantitatives

Les données ont d’abord été saisies dans Excel, puis transférées dans le logiciel Jamovi (The Jamovi Project 2022) pour l’analyse statistique. La fréquence des RECR dans chaque famille a été pondérée par le nombre de membres de la famille présents sur trois générations dans le génogramme (frères et sœurs, parents, oncles et tantes, grands-parents). En cas de divergence entre le nombre de membres rapporté par la patiente et celui rapporté par le membre de la famille, on a retenu le nombre fourni par la patiente, puisque l’étude était centrée sur son point de vue. Cette pondération visait à ce que l’analyse quantitative reflète fidèlement la distribution des RECR, compte tenu des variations du nombre de membres d’un génogramme à l’autre.

Pour tester les différences de RECR entre les groupes (personnes ayant un TPB et membres de la famille) et selon la sévérité des symptômes du TPB, on a d’abord examiné les postulats de normalité et d’homogénéité des variances. Le test de Shapiro-Wilk a indiqué que plusieurs variables violaient le postulat de normalité (par exemple Maltraitance, W = 0,520, p < 0,001 ; Méfiance, W = 0,561, p < 0,001 ; Comportements alimentaires à risque, W = 0,828, p = 0,0199). Le test de Levene a aussi révélé des violations du postulat d’homogénéité des variances pour certaines variables (par exemple Hostile, F(1, 10) = 10,44, p = 0,009 ; Distante/pauvre, F(1, 10) = 5,62, p = 0,039). Compte tenu de ces violations (p < 0,05), le test non paramétrique de Kruskal-Wallis a été utilisé pour les comparaisons de groupes.

Une analyse de variance non paramétrique de Kruskal-Wallis a été menée, avec la variable « diagnostic », variable catégorielle représentant l’appartenance au groupe (groupe clinique, personnes ayant un TPB, ou membres de la famille), et les scores de RECR comme variable dépendante continue. Le même test a servi à analyser la relation entre la sévérité des symptômes, variable catégorielle à quatre niveaux (nulle ou faible, légère, modérée, élevée), et les RECR.

2.4. Analyses qualitatives

Pour l’analyse qualitative, les génogrammes de la patiente et du membre de la famille correspondant ont d’abord été examinés séparément, puis rassemblés et intégrés dans un document unique permettant une interprétation comparative des schémas relationnels. Il s’agissait de repérer si les RECR significatives mises en évidence par les analyses quantitatives étaient présentes, et entre quels membres précis de la famille ces relations se produisaient.

Cette démarche s’est appuyée sur la méthodologie de l’étude de cas multiples telle que la décrit Yin (2003), qui considère chaque cas (dans notre étude, chaque dyade patiente-proche) comme une « étude à part entière ». Dans les études de cas multiples, le but n’est pas de généraliser statistiquement d’un échantillon à une population, mais d’explorer si des schémas se répètent d’un cas à l’autre, dans des cas choisis à dessein. C’est ce qu’on appelle la logique de réplication : chaque cas soit confirme un schéma (réplication littérale), soit donne un résultat contrasté pour des raisons théoriquement prévues (réplication théorique) (Yin 2003). Cette logique est analogue à une série d’expériences, dans laquelle chaque cas sert à confirmer, infirmer ou affiner les propositions théoriques émergentes.

Dans notre étude, ce plan a permis d’examiner si les RECR repérées dans l’analyse quantitative étaient aussi représentées dans les données qualitatives des génogrammes, et comment ces schémas variaient d’une famille à l’autre. Cette méthodologie intègre en outre données qualitatives et quantitatives, une combinaison très puissante.

Suivant les recommandations d’Eisenhardt (1989) pour construire des théories à partir d’études de cas, on a mené à la fois des analyses intracas et intercas. L’analyse intracas explorait en détail la dynamique de chaque dyade, tandis que la comparaison intercas cherchait à repérer les ressemblances et les différences d’une dyade à l’autre. Cette tactique oblige la recherche à comparer et à confronter systématiquement les cas. De telles comparaisons sont au cœur de la construction théorique, car elles favorisent des éclairages plus solides, plus généralisables et plus fondés empiriquement (Eisenhardt 1989). Dans l’ensemble, cette approche par cas multiples a permis d’explorer l’interaction des perceptions relationnelles d’une famille à l’autre dans le contexte du TPB.

3. Résultats

3.1. Résultats quantitatifs

L’analyse de variance non paramétrique a révélé une différence significative entre les groupes pour la relation émotionnelle Distante/pauvre, χ² (ddl = 1) = 5,429, p = 0,0198, et pour la Maltraitance physique, χ² (ddl = 1) = 5,133, p = 0,0235 (tableau 3).

Tableau 3 — Différences dans les caractéristiques des RECR familiales perçues par la patiente et par le membre de la famille

Pour chaque catégorie : χ², ddl, valeur de p, ε².

  • Distante/pauvre. 5,429 ; 1 ; 0,0198 ; 0,494.
  • Amitié/proche. 0,234 ; 1 ; 0,6285 ; 0,021.
  • Hostile. 0,000 ; 1 ; 1,0000 ; 0,000.
  • Maltraitance physique. 5,133 ; 1 ; 0,0235 ; 0,467.
  • Maltraitance. 0,015 ; 1 ; 0,9020 ; 0,001.
  • Maltraitance émotionnelle. 0,027 ; 1 ; 0,8700 ; 0,002.
  • Méfiance. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.
  • Soutien social. 0,006 ; 1 ; 0,9358 ; 0,001.
  • Comportement alimentaire à risque. 2,314 ; 1 ; 0,1282 ; 0,210.
  • Comportement sexuel à risque. 0,263 ; 1 ; 0,6081 ; 0,024.
  • Consommation d’alcool et de drogues à risque. 0,646 ; 1 ; 0,4217 ; 0,059.
  • Soupçon de consommation d’alcool et de drogues. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.
  • Contrôlante. 0,739 ; 1 ; 0,3900 ; 0,067.
  • Focalisation négative. 2,182 ; 1 ; 0,1396 ; 0,198.
  • Manipulation. 0,707 ; 1 ; 0,4005 ; 0,064.
  • Relations coupées/distantes. 1,098 ; 1 ; 0,2947 ; 0,100.
  • Relations coupées rétablies. 0,178 ; 1 ; 0,6733 ; 0,016.
  • Désaccord/conflit. 0,072 ; 1 ; 0,7884 ; 0,007.
  • Harmonie. 0,532 ; 1 ; 0,4657 ; 0,048.
  • Violence. 0,163 ; 1 ; 0,6863 ; 0,015.
  • Jamais rencontré/vu. 0,082 ; 1 ; 0,7745 ; 0,007.
  • Négligence. 0,177 ; 1 ; 0,6742 ; 0,016.
  • Incarcération. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.
  • Dépression post-partum. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.
  • Admiration. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.
  • Amour. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.
  • Jalousie. 0,544 ; 1 ; 0,4606 ; 0,049.
  • Viol/relation forcée. 1,000 ; 1 ; 0,3173 ; 0,091.

Analyse de variance non paramétrique (Kruskal-Wallis). Valeurs significatives en gras.

La comparaison des moyennes et des médianes a montré que, pour la relation émotionnelle Distante/pauvre, les participantes ayant un diagnostic de TPB présentaient des valeurs plus basses (moyenne = 0,076 ; médiane = 0,072) que les membres de la famille (moyenne = 0,238 ; médiane = 0,221), ce qui suggère que les personnes ayant un TPB percevaient cette relation moins souvent que leurs proches. À l’inverse, pour la relation émotionnelle Maltraitance physique, les personnes ayant un TPB présentaient des valeurs plus élevées (moyenne = 0,251 ; médiane = 0,191) que les membres de la famille (moyenne = 0,061 ; médiane = 0,026), ce qui indique que les patientes rapportaient davantage cette expérience que leurs proches (tableau 4).

Tableau 4 — Perception des situations par la patiente et par le membre de sa famille, pour les relations distantes/pauvres et la maltraitance physique

  • Distante/pauvre. TPB : moyenne 0,076, médiane 0,072 ; famille : moyenne 0,238, médiane 0,221.
  • Maltraitance physique. TPB : moyenne 0,251, médiane 0,191 ; famille : moyenne 0,061, médiane 0,026.

Famille : membre de la famille (membre de la fratrie ou parent). TPB : participante ayant un trouble de la personnalité borderline.

Une analyse de variance non paramétrique (Kruskal-Wallis) a en outre été menée pour examiner la relation entre la sévérité des symptômes du TPB et les RECR. Dans l’ensemble, aucune différence statistiquement significative n’a été trouvée pour la plupart des RECR évaluées (p > 0,05), à l’exception de la variable Soupçon de consommation d’alcool et de drogues, qui présentait une différence significative entre les groupes, χ² (ddl = 3) = 11,00, p = 0,0117 (tableau 5). Il faut noter que ce résultat significatif repose sur les données d’une seule personne, une sœur (groupe familial) du sous-groupe de sévérité « légère ».

Tableau 5 — Analyse statistique de la relation entre la sévérité des symptômes du TPB et les RECR

Pour chaque catégorie : χ², ddl, p, ε².

  • Distante/pauvre. 4,574 ; 3 ; 0,2058 ; 0,416.
  • Amitié/proche. 0,650 ; 3 ; 0,8849 ; 0,059.
  • Hostile. 7,294 ; 3 ; 0,0631 ; 0,663.
  • Maltraitance physique. 4,194 ; 3 ; 0,2413 ; 0,381.
  • Maltraitance. 2,182 ; 3 ; 0,5355 ; 0,198.
  • Maltraitance émotionnelle. 1,994 ; 3 ; 0,5737 ; 0,181.
  • Méfiance. 1,000 ; 3 ; 0,8013 ; 0,091.
  • Soutien social. 3,343 ; 3 ; 0,3417 ; 0,304.
  • Comportement alimentaire à risque. 3,182 ; 3 ; 0,3644 ; 0,289.
  • Comportement sexuel à risque. 3,871 ; 3 ; 0,2757 ; 0,352.
  • Consommation d’alcool et de drogues à risque. 3,986 ; 3 ; 0,2630 ; 0,362.
  • Soupçon de consommation d’alcool et de drogues. 11,000 ; 3 ; 0,0117 ; 1,000.
  • Contrôlante. 5,254 ; 3 ; 0,1541 ; 0,478.
  • Focalisation négative. 2,576 ; 3 ; 0,4618 ; 0,234.
  • Manipulation. 4,440 ; 3 ; 0,2177 ; 0,404.
  • Relations coupées/distantes. 2,850 ; 3 ; 0,4154 ; 0,259.
  • Relations coupées rétablies. 5,044 ; 3 ; 0,1686 ; 0,459.
  • Désaccord/conflit. 2,430 ; 3 ; 0,4881 ; 0,221.
  • Harmonie. 6,742 ; 3 ; 0,0806 ; 0,613.
  • Violence. 0,675 ; 3 ; 0,8790 ; 0,061.
  • Jamais rencontré/vu. 4,556 ; 3 ; 0,2074 ; 0,414.
  • Négligence. 1,811 ; 3 ; 0,6125 ; 0,165.
  • Incarcération. 5,000 ; 3 ; 0,1718 ; 0,455.
  • Dépression post-partum. 1,000 ; 3 ; 0,8013 ; 0,091.
  • Admiration. 1,000 ; 3 ; 0,8013 ; 0,091.
  • Amour. 5,000 ; 3 ; 0,1718 ; 0,455.
  • Jalousie. 1,683 ; 3 ; 0,6406 ; 0,153.
  • Viol/relation forcée. 3,000 ; 3 ; 0,3916 ; 0,273.

Analyse de variance non paramétrique (Kruskal-Wallis). TPB : trouble de la personnalité borderline ; RECR : relations émotionnelles et comportements à risque. Valeur significative en gras.

3.2. Résultats qualitatifs

Le génogramme de chaque dyade (patiente et membre de la famille) a été examiné séparément, puis comparé à l’autre, au regard des objectifs de l’étude. Cette démarche a permis non seulement de quantifier les RECR, mais aussi de comprendre comment elles se manifestaient dans chaque unité familiale et de les comparer au génogramme du membre de la famille correspondant. On présente ci-dessous une synthèse descriptive des principaux résultats, analysés au niveau individuel et d’une dyade à l’autre, qui met en évidence la fréquence et le contexte relationnel des relations distantes/pauvres et de la maltraitance physique, telles que chaque personne les a rapportées (tableau 6).

Tableau 6 — Synthèse des perceptions dyadiques des relations « Distante/pauvre » et « Maltraitance physique » rapportées dans les analyses qualitatives des génogrammes

Pour chaque personne : nombre de relations, puis entre qui.

  • Famille 1, patiente. Distante/pauvre (1) : patiente – grand-mère maternelle. Maltraitance physique (2) : mère – patiente ; grand-père maternel – grand-mère maternelle.
  • Famille 1, membre de la fratrie. Distante/pauvre (5) : patiente – mère ; fratrie – mère ; patiente – grand-mère paternelle ; patiente – oncle paternel ; père – fratrie. Maltraitance physique (2) : mère – fratrie ; mère – patiente.
  • Famille 2, patiente. Distante/pauvre (1) : patiente – grand-père maternel. Maltraitance physique (2) : mère – fratrie ; père – mère.
  • Famille 2, membre de la fratrie. Distante/pauvre (4) : patiente – grand-père paternel ; patiente – deuxième membre de la fratrie ; patiente – troisième membre de la fratrie ; fratrie – grand-mère maternelle. Maltraitance physique (0).
  • Famille 3, patiente. Distante/pauvre (0). Maltraitance physique (1) : grand-mère maternelle – patiente.
  • Famille 3, membre de la fratrie. Distante/pauvre (2) : grand-père maternel – patiente ; grand-mère paternelle – patiente. Maltraitance physique (1) : grand-mère maternelle – patiente.
  • Famille 4, patiente. Distante/pauvre (1) : patiente – fratrie. Maltraitance physique (3) : grands-parents maternels ; grands-parents paternels ; patiente – partenaire.
  • Famille 4, membre de la fratrie. Distante/pauvre (2) : patiente – fratrie ; patiente – père. Maltraitance physique (2) : mère – fratrie ; patiente – fratrie.
  • Famille 5, patiente. Distante/pauvre (2) : patiente – grand-mère paternelle ; patiente – oncle paternel. Maltraitance physique (5) : patiente – partenaire ; grand-père paternel – père ; grand-mère maternelle – patiente ; grand-mère maternelle – mère ; grand-père paternel – patiente.
  • Famille 5, mère. Distante/pauvre (3) : grand-père paternel – père ; grand-mère paternelle – père ; grand-mère paternelle – patiente. Maltraitance physique (0).
  • Famille 6, patiente. Distante/pauvre (0). Maltraitance physique (4) : grand-père paternel – père ; père – patiente ; mère – patiente ; patiente – tante maternelle.
  • Famille 6, père. Distante/pauvre (1) : patiente – fratrie. Maltraitance physique (0).

4. Discussion

Cette étude a examiné les ressemblances et les divergences dans la perception des RECR selon le point de vue de dyades formées d’une personne ayant un trouble de la personnalité borderline et d’un membre de sa famille. Pour ce faire, on a analysé les associations entre leurs composantes et deux critères, le diagnostic et la sévérité des symptômes.

Des différences sont apparues entre le groupe TPB et le groupe familial dans la perception de deux catégories de RECR : Distante/pauvre et Maltraitance physique. Dans le cadre des RECR, la maltraitance physique désigne une relation dans laquelle une personne en maltraite physiquement une autre, y compris toute blessure non accidentelle, comme frapper, donner des coups de pied, gifler, brûler ou étrangler. La catégorie Distante/pauvre décrit en revanche une relation marquée par une communication limitée, souvent due à des différences perçues de mode de vie (Emotional Relationships, GenoPro 2025). La maltraitance physique a été rapportée plus souvent par les participantes du groupe clinique, et la catégorie distante/pauvre plus souvent par les proches. Les résultats suggèrent en outre que la perception d’un soupçon de consommation d’alcool et de drogues pourrait être associée à la sévérité des symptômes du TPB, les autres dimensions des RECR ne montrant pas d’association significative. Il faut toutefois souligner que cette RECR n’a été rapportée que par une seule personne, du groupe de sévérité « légère » : une sœur qui décrivait un soupçon de consommation d’alcool et de drogues chez la patiente. Si ce témoignage isolé ne permet aucune inférence statistique, il mérite l’attention d’un point de vue clinique et exploratoire, d’autant que cette étude vise à introduire une nouvelle manière d’évaluer les dynamiques familiales émotionnelles et liées au risque dans le TPB. Ces perceptions individuelles, bien que non généralisables, peuvent néanmoins apporter des éléments précieux pour l’évaluation thérapeutique et la planification de l’intervention. Il semble donc que les récits de telles RECR pendant la construction du génogramme puissent aider à mieux comprendre la variabilité individuelle susceptible d’être associée à la sévérité des symptômes et aux difficultés relationnelles. Ils peuvent aussi refléter des biais et des modes de communication propres à la patiente elle-même comme au système familial, ce qui renforce l’importance d’examiner non seulement les schémas objectifs du fonctionnement familial, mais aussi la manière dont chaque membre les interprète subjectivement. Explorer à la fois les ressemblances et les différences de ces perceptions peut éclairer la façon dont les biais de perception et les modes de communication façonnent l’expérience des relations émotionnelles dans la famille, en révélant des distorsions ou des décalages qui resteraient sinon inaperçus.

L’analyse quantitative a montré que les patientes rapportaient la relation émotionnelle « maltraitance physique » plus souvent que le groupe familial. L’intégration de l’analyse qualitative a cependant permis d’identifier les membres de la famille mentionnés dans les récits et de vérifier la concordance entre le récit de la patiente et celui du membre de sa famille. Cette démarche méthodologique combinée nous paraît permettre de mieux comprendre les perceptions individuelles liées au TPB, ainsi que les divergences et les convergences possibles dans l’expérience des RECR au sein de la famille.

Dans l’exemple présenté à la figure 2, deux membres d’une même famille, une patiente et un membre de sa famille, ici un membre de sa fratrie, ont été analysés. Si la légende quantifiée générée par le génogramme fournissait des informations précieuses sur les RECR et leur fréquence, la représentation graphique des génogrammes a permis une analyse plus fine. Cette visualisation a montré que la patiente rapportait une relation de maltraitance physique entre ses grands-parents paternels, tandis que le membre de sa fratrie décrivait la relation du même couple comme harmonieuse. Bien que les deux génogrammes appartiennent à la même famille, chacun reflète le point de vue singulier d’une personne (l’une patiente, l’autre membre de la famille), ce qui peut entraîner des différences de représentation. Un même trait peut ainsi varier, parce que chaque personne perçoit et interprète différemment les relations familiales.

Deux génogrammes de la même famille, dessinés l'un selon la patiente, l'autre selon un membre de sa fratrie
Figure 2. Exemples de deux génogrammes construits à distance. Le numéro 1 reflète la perception de la patiente, le numéro 2 celle d’un membre de sa fratrie. Patiente : BSL-23 modérée. Membre de la fratrie : BSL-23 modérée. (Schéma original.)

Compte tenu de ces divergences de perception, des interventions qui associent les membres de la famille, comme la thérapie familiale, pourraient aider à favoriser l’accordage émotionnel, à réduire les conflits et à améliorer l’ensemble des résultats du traitement. Si l’implication de la famille n’est pas toujours centrale dans les interventions existantes pour le TPB, nos résultats suggèrent que des approches thérapeutiques qui travaillent la communication familiale et la perception interpersonnelle pourraient constituer un complément important aux stratégies de traitement individuel. Repérer comment personnes patientes et proches perçoivent la proximité émotionnelle, les conflits ou la maltraitance peut éclairer d’un jour nouveau des dynamiques relationnelles susceptibles d’influencer l’expression ou le maintien des symptômes.

Intégrer des éléments qui explorent la manière dont chaque personne croit être perçue par les autres (métaperception) pourrait donc renforcer encore l’efficacité des interventions centrées sur la famille. Compte tenu de l’influence possible des biais cognitifs et des processus de maintien de l’estime de soi sur la perception interpersonnelle (Montoya et al. 2008), ainsi que du rôle de l’idéalisation, active et subie, dans la régulation des conflits, des stratégies thérapeutiques qui aident à clarifier les perceptions mutuelles et favorisent une réinterprétation constructive des expériences relationnelles pourraient être bénéfiques (Murray et al. 1996). Des interventions qui recourent au questionnement circulaire, à la formulation partagée ou à des outils qualitatifs comme les grilles relationnelles (Salla et Feixas 2023), telles que la thérapie familiale, pourraient être adaptées pour faciliter ce processus, en aidant les membres de la famille à comprendre non seulement les expériences de chacun de ses membres, mais aussi la manière dont ces expériences sont construites subjectivement.

Cette perspective confirme aussi l’intérêt des interventions qui facilitent une communication ouverte dans les familles en contexte clinique. L’intervention Sibling (SIBS), mise au point en Norvège, vise par exemple à renforcer la communication entre les parents et les frères et sœurs d’enfants atteints de troubles chroniques, tout en donnant aux parents les moyens d’apporter un soutien à la fois informatif et émotionnel (Haukeland et al. 2020). Cette intervention a nettement amélioré la qualité de la communication dyadique, et une amélioration de la santé mentale des frères et sœurs a été rapportée. Puisque notre étude met en évidence des perceptions divergentes des dynamiques familiales dans le TPB, une intervention qui favorise le partage émotionnel et améliore la compréhension mutuelle pourrait, dans ce contexte, aider à combler ces écarts de perception.

En somme, nos résultats plaident pour une approche relationnelle, attentive aux perceptions, dans la planification du traitement du TPB. Les interventions futures gagneraient à s’inspirer des modèles thérapeutiques relationnels et métacognitifs pour réduire les incompréhensions et favoriser des environnements familiaux plus cohérents et plus validants.

Par ailleurs, pour concevoir des interventions centrées sur la communication entre membres de la famille dans le TPB, il est essentiel de mieux évaluer les déficits de communication propres à la psychopathologie du TPB et à chaque famille. Améliorer les instruments et les méthodes capables de répondre à ces objectifs devient donc crucial, d’autant que les échelles autorapportées ne parviennent souvent pas à saisir le discours de la personne de manière plus ouverte et négligent des aspects essentiels de sa subjectivité. Les méthodes mixtes semblent donc plus appropriées pour mieux élaborer des stratégies d’intervention ou des protocoles spécialisés. Dès lors, l’usage du génogramme apparaît comme une alternative méthodologique pour étudier les familles dans le contexte du TPB.

À notre connaissance, cette étude est la première à utiliser le génogramme comme méthode d’évaluation de la perception d’arbres familiaux « dupliqués » au sein des familles ; elle présente à ce titre des forces et des défis. Le génogramme permet à la personne de suivre en temps réel la construction de son génogramme familial, ce qui lui a permis de contribuer plus activement au processus en faisant les observations et les commentaires qu’elle jugeait pertinents. Procéder ainsi a réduit le risque que la personne qui menait la recherche interprète mal ce que disait la personne interrogée. En outre, les génogrammes peuvent constituer un apport précieux à la pratique clinique, notamment comme outil pour visualiser les dynamiques relationnelles et susciter la discussion sur des récits contradictoires. Le génogramme permet d’intégrer le discours de la personne recueilli par un entretien semi-directif tout en quantifiant les récits portant sur les relations émotionnelles et les comportements à risque. En cartographiant à la fois des événements objectifs et des perceptions subjectives, les génogrammes peuvent aider les équipes cliniques à repérer des zones de malentendu, des conflits non reconnus ou des asymétries relationnelles utiles à la planification du traitement. Des études futures recourant à cette stratégie méthodologique pourraient contribuer à renforcer la validité externe des résultats et à intégrer l’évaluation par génogramme dans les programmes psychoéducatifs ou familiaux.

Peu d’études, comme la nôtre, ont employé des analyses quantitatives à partir de génogrammes. On peut citer l’étude de Sitnik-Warchulska et Izydorczyk (2018) qui, comme la nôtre, a exploré des schémas familiaux, mais dans un contexte non clinique et dans une perspective individuelle plutôt que dyadique. Il s’agissait de repérer des configurations familiales qui appellent une attention thérapeutique en raison de leur association avec des comportements suicidaires ou violents chez des adolescentes. Par une analyse fondée sur le génogramme, cette équipe a constaté que ces comportements étaient liés à des facteurs de stress familiaux transgénérationnels, comme les difficultés émotionnelles, les maladies chroniques et les relations triangulées, et a souligné que ces configurations pouvaient servir d’indicateurs cliniquement pertinents. Sitnik-Warchulska et Izydorczyk (2018) insistent sur l’intérêt de reconnaître ces schémas dans la pratique clinique et sur leur utilité dans un contexte de prévention. Ces résultats confirment la pertinence des approches fondées sur le génogramme pour repérer des dynamiques familiales dysfonctionnelles, ce qui est aussi un objectif central de notre étude. Alors que Sitnik-Warchulska et Izydorczyk (2018) ont mené leur recherche en présentiel, la nôtre a été conduite à distance. Dans le même ordre d’idées, les échantillons recueillis par une recherche à distance peuvent présenter une plus grande diversité ethnique et géographique que les études en présentiel (Shields et al. 2021). L’usage du génogramme à distance a en outre présenté d’autres avantages importants, en particulier dans la recherche auprès des familles, puisqu’il permet d’inclure des personnes qui, pour diverses raisons, ne seraient pas disponibles pour une évaluation en présentiel, qu’il s’agisse de la personne patiente ou du membre de la famille. Cette démarche élargit les possibilités de recherche et facilite le recueil des données dans un format accessible et souple. Il est possible, de plus, qu’à domicile la personne se sente plus à l’aise pour aborder des sujets sensibles.

À notre connaissance, une seule étude publiée, sans se limiter au trouble de la personnalité borderline, a intégré la construction à distance d’un génogramme dans sa méthodologie. Andrade et al. (2024) ont élaboré les génogrammes des personnes participantes lors d’entretiens à distance, par duplication d’écran avec le logiciel GenoPro (GenoPro 2020). En revanche, aucune étude, à distance ou en présentiel, utilisant le génogramme dans le contexte du TPB n’a été trouvée.

Enfin, la recherche à distance peut lever certains obstacles, mais aussi en créer de nouveaux. Un aspect crucial susceptible d’influer sur la construction du génogramme est l’influence culturelle, car les mêmes mots peuvent avoir des sens différents selon les personnes. Le terme « maltraitance », par exemple, peut être interprété de diverses manières selon les expériences et les contextes culturels. Il est donc essentiel que les équipes de recherche restent attentives pour bien comprendre ce que la personne interrogée veut exprimer. Pour atténuer cette difficulté, il importe d’associer d’autres membres de l’équipe de recherche à la catégorisation des thèmes abordés (Carter et al. 2014). Relire les transcriptions avec l’apport de plusieurs regards professionnels peut aider à réduire les biais d’interprétation et à garantir une analyse plus exacte et mieux contextualisée des récits recueillis.

Cette étude présente plusieurs limites. D’abord, l’échantillon a été recruté dans un seul centre ambulatoire où les patientes étaient déjà en traitement, et il pourrait donc représenter un profil de personnes aux meilleurs résultats cliniques. En outre, un seul membre de la famille par patiente a été inclus. Le point de vue isolé d’une seule personne de l’entourage, peut-être très liée à la patiente, d’autant qu’elle avait été désignée par celle-ci, peut biaiser la perception de la famille. Enfin, la très petite taille de l’échantillon limite nos conclusions. Cette limite est toutefois cohérente avec la nature exploratoire de l’étude et son orientation méthodologique. Ainsi, bien que le lien de parenté entre chaque participante ayant un TPB et le membre de sa famille (mère, père, fratrie) ait été identifié et représenté dans le génogramme selon les conventions habituelles, ces liens familiaux précis n’ont pas été intégrés aux analyses quantitatives. Ce choix tient à la petite taille de l’échantillon et à l’objectif principal de l’étude, qui était de présenter le génogramme comme outil méthodologique de cartographie des RECR, et non d’examiner des différences selon le type de lien familial. Des études portant sur des échantillons plus grands et des contextes plus divers, avec par exemple d’autres tranches d’âge et des personnes sans traitement antérieur, sont nécessaires pour que les résultats soient plus représentatifs. Il faut aussi noter que le recueil de données à distance peut être très difficile, en raison de la diversité des dynamiques familiales et des routines domestiques, qui peuvent empêcher la personne de disposer d’une intimité complète. Cette étude porte sur les perceptions subjectives de chaque personne à propos de ses relations familiales. Des différences entre les récits, comme un parent qui ne reconnaît pas un comportement perçu comme maltraitant par l’autre, sont donc attendues et significatives. Plutôt qu’un biais méthodologique, ces divergences traduisent des écarts d’interprétation qui sont au cœur de la compréhension des relations émotionnelles et des comportements à risque pertinents.

5. Conclusion

En conclusion, l’usage du génogramme semble être une stratégie méthodologique et clinique appropriée pour étudier les familles dont un membre a un trouble de la personnalité borderline. Il a permis de repérer les convergences et les divergences dans les perceptions familiales des relations émotionnelles et des comportements à risque, d’analyser des différences précises dans ces perceptions, et d’identifier les membres de la famille mis en avant dans chaque situation. En comparant les représentations des mêmes relations selon deux points de vue différents, l’étude éclaire la manière dont les divergences de perception peuvent refléter la variabilité individuelle, les biais de perception et les modes de communication caractéristiques des dynamiques familiales liées au TPB. Cette comparaison contribue à l’élaboration d’interventions plus personnalisées, notamment pour repérer les RECR à cibler et les membres de la famille les plus touchés. Le génogramme peut ainsi constituer un outil précieux, non seulement pour la recherche, mais aussi pour l’évaluation thérapeutique et la planification de l’intervention. Son application à distance peut favoriser la diversité des échantillons et rendre le recueil des données plus souple et plus accessible. L’usage du génogramme se distingue comme une procédure innovante pour la recherche et pour l’approche clinique du traitement des personnes ayant un TPB, en offrant un moyen structuré d’explorer les dynamiques familiales et d’améliorer les interventions futures.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de l’étude tient moins à ses chiffres, tirés de six dyades, qu’à son geste méthodologique : dessiner deux fois le même génogramme, avec deux personnes différentes, et traiter l’écart comme une donnée plutôt que comme une erreur. Là où l’une voit de la violence entre des grands-parents, l’autre voit de l’harmonie. Pour la clinique systémique, c’est une vieille intuition remise au travail : il n’y a pas une famille, mais autant de cartes que de places dans le système, et la souffrance se loge aussi dans ces décalages. Construit à l’écran, en temps réel, sous les yeux de la personne, le génogramme devient un outil de co-construction, et sa version à distance ouvre l’accès à des proches qui ne viendraient pas en consultation. Les limites sont nettes : un échantillon minuscule, uniquement féminin côté patientes, recruté dans un seul service, des proches choisis par les patientes, des tests répétés sur 28 catégories qui invitent à la prudence, et une lecture encore proche d’un modèle de facteurs de risque. Reste à voir ces génogrammes croisés discutés en séance, avec la famille réunie. À lire avec l’article sur le génogramme comme outil systémique, et avec l’article sur le trouble borderline en thérapie.

Notes de l’original

Approbation éthique. Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique de la recherche de l’Université fédérale de São Paulo (avis no 6.957.080). Toutes les personnes participantes ont signé un formulaire de consentement éclairé avant de participer. L’étude a été menée conformément à la déclaration d’Helsinki.

Remerciements. Les frais de publication de cet article ont été financés par la Coordenação de Aperfeiçoamento de Pessoal de Nível Superior (CAPES, Brésil) (identifiant ROR : 00x0ma614).

Références

Andrade, I. C. S., N. P. Gomes, C. M. Correia, and C. M. C. Romano. 2024. “Development Evaluation Among Families of People With Suicidal Behavior: An Application of the Calgary Model.” Cogitare Enfermagem 29: 93835. 10.1590/ce.v29i0.93835.

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Traduction non officielle en français de Nouvelles stratégies d’étude des familles dans le trouble de la personnalité borderline : défis et potentialités du génogramme, par Ana Carolina Soares Marinho, Camila Chagas, José Carlos Galduróz, Fernanda Celeste de Oliveira Martins Sassi, Erlei Sassi Junior, Francisco Lotufo Neto et Claudia Berlim de Mello, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 51, no 4 (2025), doi : 10.1111/jmft.70065, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « New Strategies for Studies With Families in Borderline Personality Disorder: Challenges and Potentialities of the Use of Genogram », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Marinho, A. C. S., Chagas, C., Galduróz, J. C., Sassi, F. C. O. M., Sassi Junior, E., Lotufo Neto, F., et de Mello, C. B. (2025). Nouvelles stratégies d’étude des familles dans le trouble de la personnalité borderline : défis et potentialités du génogramme (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/nouvelles-strategies-d-etude-des-familles-dans-le-trouble-de-la-personnalite-borderline (Œuvre originale publiée en 2025 dans Journal of Marital and Family Therapy, 51(4), e70065 (2025) ; republiée en 2025 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.70065)

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