Trauma Counseling and Resilience · Thérapie familiale

Padres Ayudando a Padres : co-construire une intervention de santé mentale centrée sur la famille, de, par et pour des parents immigrés d’Amérique centrale

Comment bâtir une intervention de santé mentale qui ne soit pas plaquée de l’extérieur sur une communauté immigrée ? En Virginie, une équipe de l’université George Mason et un comité de mères centraméricaines, les Amigas de la Comunidad, ont conçu ensemble, réunion après réunion, un groupe de soutien pour parents éprouvés par la pandémie. Le récit, étape par étape, montre ce que coûte et ce que rapporte le fait de partager vraiment le pouvoir.

Auteurs Rachael D. Goodman, Colleen K. Vesely, Maribel Tohara Nakamatsu, Victoria Stone et Bethany Letiecq (université George Mason, Virginie, États-Unis) ; Valeria Quintana (écoles publiques de la ville d’Alexandria, Virginie, États-Unis) ; Amigas de la Comunidad (collectif de mères partenaires de la communauté)Première publication Trauma Counseling and Resilience, août 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Padres Ayudando a Padres : co-construire une intervention de santé mentale centrée sur la famille, de, par et pour des parents immigrés d’Amérique centrale, par Rachael D. Goodman, Colleen K. Vesely, Maribel Tohara Nakamatsu, Victoria Stone, Valeria Quintana, Bethany Letiecq et Amigas de la Comunidad, publié dans Trauma Counseling and Resilience (Marshall Digital Scholar (Marshall University)) (2026), doi : 10.33470/2997-7088.1095, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les sigles du comité consultatif communautaire (CCC) sont traduits. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Des interventions efficaces et porteuses de sens doivent placer au centre les savoirs, les priorités et le leadership des familles et des communautés.

Rachael D. Goodman, Colleen K. Vesely, Maribel Tohara Nakamatsu, Victoria Stone, Valeria Quintana, Bethany Letiecq et Amigas de la Comunidad

Résumé

Dans le sillage de la pandémie de COVID-19, nos partenaires d’une enclave d’immigration centraméricaine ont signalé un besoin croissant de soutenir des parents et des enfants dont la santé mentale avait été durement affectée par la conjonction de facteurs de stress systémiques sous-jacents et d’expériences traumatiques. En nous appuyant sur notre démarche de recherche-action participative centrée sur la famille (FCPAR ; Letiecq, Vesely, et al., 2022) et en nous laissant guider par le modèle de la transcréation (Nápoles & Stewart, 2018), nous avons co-construit une intervention de santé mentale en partenariat avec des membres de la communauté, par l’intermédiaire de notre comité consultatif communautaire (CCC). L’essentiel de ce processus était de bâtir l’intervention avec la communauté, en veillant à ce qu’elle soit ancrée dans la culture et le contexte, pour répondre aux expériences vécues, aux besoins et aux forces propres à cette communauté. À travers le prisme des théories intersectionnelles du trauma et de la résilience (Ezell et al., 2021 ; Goodman et al., 2017) et de la théorie relationnelle-culturelle (RCT ; Comstock et al., 2008), nous avons travaillé avec le CCC pour intégrer les savoirs locaux à la littérature existante ; nous avons aussi co-élaboré les méthodes et les processus de mise en œuvre et d’évaluation de l’intervention. Parmi les principaux constats figurent les avantages et les limites d’un travail en relation directe avec les membres de la communauté, ainsi que l’importance cruciale de la souplesse. Nous formulons des recommandations pour s’engager dans une co-création d’interventions qui ait du sens et de la portée, afin de faire obstacle à l’oppression et à la marginalisation par le partage du pouvoir et l’attention portée à la positionnalité et au contexte sociopolitique.

Mots-clés : trauma, résilience, personnes immigrées, parentalité, transcréation

Les inégalités structurelles existantes aux États-Unis ont entraîné des effets délétères disproportionnés de la COVID-19 sur les communautés minorisées, en particulier les communautés immigrées latino-américaines (Echeverri Herrera et al., 2025 ; Fortuna et al., 2020 ; Kira et al., 2021). Les politiques anti-immigration et racialisées ont provoqué un stress et un trauma systémiques, historiques et persistants, liés à la migration, au statut légal, aux obstacles financiers et aux barrières linguistiques (Fortuny et al., 2007 ; Menjívar & Abrego, 2012 ; Pereira et al., 2012 ; Vogt, 2013). La COVID-19 a aggravé ces disparités, en creusant des problèmes comme le sous-emploi, l’accès limité aux soins, le logement inabordable et la discrimination systémique (Clark et al., 2020 ; Falicov et al., 2020). Les mères latinas, en particulier, ont connu un stress, une anxiété et une dépression accrus en raison des pertes d’emploi et de la peur (Hibel et al., 2021).

Si une myriade d’interventions et de programmes ont été conçus pour réduire les disparités de santé mentale, beaucoup ont une efficacité limitée parce qu’ils ne sont pas alignés sur les perspectives culturelles, les besoins et les forces de la communauté, et qu’ils reflètent plutôt les biais implicites inscrits dans une grande partie des traitements en santé mentale (par exemple Comas-Díaz, 2016 ; McKinley et al., 2019 ; Nápoles & Stewart, 2018). Le partenariat avec la communauté et la co-création permettent de concevoir des interventions qui prennent en compte, au lieu de l’ignorer ou de le perpétuer, le trauma et le stress systémiques continus que vivent les communautés minorisées (Echeverri Herrera et al., 2025 ; Israel et al., 2005 ; Nápoles & Stewart, 2018). Dans le cadre d’un projet de recherche-action participative centrée sur la famille (FCPAR) en cours, cet article décrit en détail la manière dont nous avons co-élaboré et expérimenté une intervention de groupe de soutien pour parents, Padres Ayudando a Padres: Construyendo Familias Fuertes [Des parents qui aident des parents : construire des familles fortes], en collaboration avec notre comité consultatif communautaire (CCC). Le projet s’ancrait dans un cadre intersectionnel du trauma et de la résilience (Ezell et al., 2021 ; Goodman et al., 2017 ; Kira et al., 2021) ainsi que dans la théorie relationnelle-culturelle (RCT ; Comstock et al., 2008), et il était guidé par le modèle de transcréation en sept étapes de Nápoles et Stewart (2018). Cette élaboration collaborative de l’intervention a abouti à la mise en œuvre d’un groupe de soutien pour parents en sept séances hebdomadaires de 90 à 120 minutes, avec 15 personnes participantes.

Notre démarche de recherche-action participative centrée sur la famille (FCPAR)

Depuis 2014, notre équipe de recherche travaille en partenariat avec des mères immigrées, originaires pour la plupart d’Amérique centrale et issues de familles à statut mixte, qui vivent dans une enclave ethnique du nord de la Virginie, Chalatenango (pseudonyme). Dans notre travail, nous avons appliqué une stratégie à plusieurs volets fondée sur la FCPAR (voir Letiecq, Vesely, et al., 2022 ; Vesely et al., 2023), comprenant : (1) le repérage des leaders de la communauté ; (2) la création d’un comité consultatif communautaire (CCC) composé de membres de la communauté ; (3) la construction de partenariats avec des organisations au service des familles ; (4) la collaboration en matière de recherche ; et (5) la mise en œuvre d’étapes d’action. Grâce à cette démarche, le CCC a noué des relations solides avec des institutions locales clés. Par exemple, le CCC collabore régulièrement avec la circonscription scolaire locale pour aider les écoles à répondre aux besoins des enfants et des familles d’origine latino-américaine. Depuis le début de notre travail commun, le CCC et les partenaires universitaires ont mené ensemble des recherches (par exemple recueil, analyse et diffusion des données) et des initiatives d’action (par exemple des permanences juridiques consacrées à la séparation des familles et à la protection de l’enfance, des événements « connaître ses droits » ; Letiecq, Vesely, et al., 2022 ; Vesely et al., 2018), et ont abordé de nombreuses questions qui intéressent la communauté, dont l’accueil et l’éducation de la petite enfance (Vesely et al., 2021, Vesely, Letiecq, Davis, et al., 2024), le logement (Vesely et al., 2018), la COVID-19 (Vesely, Letiecq, Davis, et al., 2024), les préoccupations liées à l’immigration (Letiecq, Davis, et al., 2022), ainsi que la santé mentale et le trauma des parents et des enfants (Hernandez Dubon et al., 2024 ; Letiecq et al., 2019). Si la composition du CCC a quelque peu varié depuis sa création en 2014, ses membres sont recrutés par l’intermédiaire d’organisations partenaires ou par d’autres membres du CCC, pour leur intérêt et leur engagement à aider leur communauté en partenariat avec notre équipe de recherche universitaire. Le CCC comptait cinq membres pendant le processus de transcréation ; toutes étaient des mères immigrées latinas (d’Amérique centrale ou du Mexique) et vivaient dans le quartier de Chalatenango. La mission du CCC guide la participation aux actions que nous menons ensemble : Somos un grupo de madres trabajando juntas para el mejoramiento bienestar de nuestras familias y comunidad. [Nous sommes un groupe de femmes qui travaillent ensemble à l’amélioration et au bien-être de nos familles et de notre communauté.]

Les principes de la FCPAR, comme ceux d’autres démarches communautaires, visent à situer le pouvoir au sein des communautés et à placer, en l’occurrence, les familles aux commandes de tous les aspects de nos projets collaboratifs, dans le but de démocratiser la production et la diffusion des connaissances, en reconnaissant que les familles subissent une marginalisation structurelle non seulement dans les systèmes sociaux, mais aussi dans la recherche (Fals Borda, 2001 ; Freire, 1982 ; Israel et al., 2005 ; Letiecq, Vesely, et al., 2022 ; Wallerstein et al., 2018). Les démarches FCPAR d’élaboration d’interventions en santé mentale, et la recherche qui s’y rattache, incluent délibérément les familles qu’elles entendent servir, alors que les démarches plus traditionnelles excluent généralement ces familles. L’exclusion des familles les plus touchées par les inégalités de santé mentale, en particulier les communautés non blanches et économiquement marginalisées, est une manifestation d’une oppression systémique de longue date qui contribue à figer les disparités que beaucoup prétendent réduire. Si de nombreuses démarches similaires recourent à des processus dirigés par la communauté, la FCPAR s’en distingue en ce que nous (partenaires universitaires) travaillons directement avec les familles, plutôt que par l’intermédiaire d’organisations communautaires, ce qui conduit à des relations interpersonnelles plus directes, à moins de structures organisationnelles avec lesquelles négocier, et à davantage de décisions, et donc de pouvoir, entre les mains des membres de la communauté. Surtout, conformément à la FCPAR, nous nous engageons à agir ensemble, souvent à partir des résultats de nos recherches, de sorte que les familles et les communautés bénéficient directement de nos efforts collectifs pour faire progresser la résilience communautaire.

La COVID-19 et le contexte communautaire

Le quartier de Chalatenango a été durement touché par la COVID-19, le secteur de recensement local ayant été désigné comme « point chaud » en raison de taux de positivité élevés (Miles, 2020). De nombreux adultes travaillaient de manière disproportionnée dans des secteurs affectés par la pandémie, comme le soin, l’hôtellerie et la restauration (Gould et al., 2020), et de nombreuses familles vivaient dans des logements partagés, sans possibilité de s’isoler (Vesely et al., 2018). L’impact disproportionné de la pandémie reflétait le racisme structurel et les innombrables disparités de santé infligées de longue date aux communautés opprimées (Grant, 2025). Au début de la pandémie, le CCC nous a demandé instamment, en tant que partenaires universitaires, d’aider à documenter les expériences de la communauté au moyen d’entretiens approfondis. Ces entretiens portaient sur la garde des enfants, l’éducation, l’emploi, le logement, et la santé physique et mentale. En analysant les entretiens avec le CCC (Vesely, Letiecq, Davis, et al., 2024), nous avons relevé des préoccupations très répandues qui reflétaient des inégalités à la fois anciennes et actuelles pour les communautés minorisées, notamment : les atteintes à l’éducation des enfants, les risques d’exposition à la COVID-19, les effets sur la santé mentale des enfants et des parents, et les conséquences d’un temps d’écran excessif chez les jeunes. De même, la circonscription scolaire locale faisait état de préoccupations croissantes au sujet du trauma et des problèmes de comportement des élèves. Alors que la pandémie continuait d’entretenir des cycles de disparités, le CCC a reconnu l’urgence de soutenir la santé mentale des parents comme des enfants. Ses membres ont confié : « Nous sommes inquiètes des changements chez nos enfants et dans nos familles. Nous ne savons pas comment nous remettre de ce qui a été perdu. » Avec cette préoccupation au centre de notre travail, nous avons co-créé ensemble un groupe de soutien à la parentalité pour des parents ayant immigré d’Amérique centrale, en cherchant à bousculer les dynamiques de pouvoir traditionnelles : les expériences vécues et l’expertise des membres de la communauté devaient piloter l’élaboration et la mise en œuvre de l’intervention.

Placer la culture et le contexte au centre de la conception des interventions thérapeutiques

Nápoles et Stewart (2018), qui ont créé le cadre de la transcréation, soutiennent que de nombreuses interventions échouent, en particulier auprès des communautés confrontées à des disparités de santé persistantes, parce qu’elles négligent les facteurs contextuels, culturels et systémiques, souvent faute de partenariat avec les communautés. Ces préoccupations ont été exprimées dans l’ensemble des communautés minorisées et reflètent les systèmes d’oppression qui empêchent l’élaboration d’interventions efficaces. Par exemple, McKinley et al. (2019) et Dixon et al. (2007) notent que les interventions de santé mentale déconnectées de la culture, en particulier auprès des communautés autochtones, peuvent être inefficaces, voire nuisibles. Comas-Díaz (2016) souligne que, pour les communautés minorisées, des interventions thérapeutiques efficaces doivent intégrer les facteurs culturels et s’attaquer aux problèmes systémiques comme le racisme. Gone (2009), dont les travaux s’inscrivent dans la recherche autochtone, soutient qu’adapter des traitements existants à des fins culturelles et contextuelles ne suffit pas, et que les interventions devraient être élaborées avec les communautés, en intégrant leurs croyances et leurs pratiques culturelles.

Des thèmes semblables valent pour la communauté qui nous occupe, et soulignent la nécessité de placer les facteurs culturels et systémiques au centre d’interventions efficaces. Par exemple, Hurtado-de-Mendoza et al. (2014) ont constaté que les immigrées latinas aux États-Unis connaissent un isolement élevé en raison d’obstacles systémiques. Menjívar et Abrego (2009) ont montré comment l’instabilité juridique que connaissent les personnes immigrées d’Amérique centrale aux États-Unis nuit à la santé mentale et aux relations parents-enfants ; cette instabilité est une forme de violence légale propre à l’expérience de l’immigration centraméricaine (Menjívar & Abrego, 2012). Kaltman et al. (2016) ont souligné l’importance des facteurs systémiques pour le bien-être des personnes originaires d’Amérique centrale aux États-Unis, en appelant à davantage de recherches sur ces expériences. Pourtant, la plupart des interventions de santé mentale destinées aux personnes immigrées d’origine latino-américaine se concentrent sur des facteurs individuels, négligeant, voire aggravant, les problèmes systémiques, ce qui souligne la nécessité d’interventions co-construites avec les communautés (Echeverri Herrera et al., 2025).

Une élaboration de l’intervention pilotée par la communauté

La co-construction de Padres Ayudando a Padres a suivi le cadre de la transcréation, un modèle en sept étapes conçu pour réduire les disparités de santé (Nápoles & Stewart, 2018) en plaçant au centre les besoins, les valeurs, les situations et les caractéristiques spécifiques que les interventions existantes négligent souvent (par exemple Echeverri Herrera et al., 2025 ; McKinley et al., 2019). La transcréation repose sur une démarche communautaire, dans laquelle les interventions sont conçues avec la communauté dès le départ, plutôt qu’adaptées après coup. Elle place la culture et le contexte au centre, comme conditions essentielles de la pérennité, de l’efficacité et d’une évaluation juste. Le processus de transcréation comprend : (1) repérer l’infrastructure communautaire et mobiliser les partenaires ; (2) préciser la théorie ; (3) identifier les apports ; (4) concevoir l’intervention ; (5) concevoir les méthodes d’étude ; (6) renforcer les capacités ; et (7) mettre en œuvre l’intervention. Notre démarche a aussi été guidée par l’outil « boulier du degré de collaboration » de Doberneck et Dann (2019), qui offre un cadre pour aider les équipes de recherche communautaire à réfléchir de façon critique et concrète au leadership et au partage du pouvoir à chaque phase de la recherche. Cet outil a nourri notre réflexion sur nos manières de partager le pouvoir et a contribué à la construction de la confiance et à la prise de décision collaborative. Dans l’ensemble, ces cadres ont guidé notre processus, tout en laissant la priorité à la réactivité envers la communauté. Si les étapes de la transcréation sont présentées de manière linéaire, nous les avons abordées de façon itérative ; le tableau 1 décrit notre processus dans l’ordre chronologique, en indiquant quelle ou quelles étapes de la transcréation étaient concernées. La description ci-dessous signale les moments où certaines composantes ont été traitées à d’autres moments du processus d’ensemble, au lieu de la description linéaire fournie par le tableau.

Tableau 1 — Activités d’élaboration et apports

Pour chaque période : activités, puis apports mobilisés. Dans le tableau original, les Amigas désignent les membres du CCC.

Phase fondatrice : étapes 1, 2 et 3 de la transcréation (1) repérer l’infrastructure communautaire et mobiliser les partenaires ; (2) préciser la théorie ; (3) identifier les apports.

  • Semestre d’automne 2021. Activités : les Amigas font part, lors des réunions du CCC, de préoccupations concernant la santé mentale et la parentalité, et repèrent un besoin de soutien. Apports : échanges avec des partenaires en milieu scolaire, qui ajoutent du contexte et des informations aux préoccupations et aux besoins décrits par les Amigas.
  • Semestres de printemps et d’été 2022. Activités : élaboration, en partenariat avec les Amigas et d’autres partenaires universitaires, d’une demande de subvention d’amorçage pour financer l’élaboration d’un groupe de soutien à la parentalité propre à la communauté. Apports clés qui ont guidé notre processus : le cadre de la transcréation (Nápoles & Stewart, 2018), associé à la démarche globale de recherche-action participative centrée sur la famille (FCPAR ; Israel et al., 2005 ; Wallerstein et al., 2018) proposée pour la co-élaboration de l’intervention ; le boulier du degré de collaboration (Doberneck & Dann, 2019), utilisé pour veiller au partage du pouvoir tout au long du processus. Apports clés qui ont guidé notre cadrage théorique : le trauma et la résilience intersectionnels (Ezell et al., 2021 ; Kira et al., 2021), perspective théorique de fond ; la théorie relationnelle-culturelle (RCT ; Comstock et al., 2008 ; Jordan, 2024), qui a éclairé le changement de comportement.

Phase d’élaboration : étapes 4, 5 et 6 de la transcréation (4) concevoir l’intervention ; (5) concevoir les méthodes d’étude ; (6) renforcer les capacités. Étapes secondaires de la transcréation : 2 et 3 (2) préciser la théorie ; (3) identifier les apports.

  • Septembre 2022. Réunion no 1 : définition des trois thèmes principaux du groupe de soutien (1. compétences parentales ; 2. ressources et plaidoyer ; 3. santé mentale des parents). Apports : expériences vécues et données informelles recueillies par les Amigas auprès de la communauté ; données d’entretiens qualitatifs (formels) recueillies par l’équipe de recherche pendant la COVID-19 et analysées en collaboration avec les Amigas ; littérature existante et expertise de l’équipe de recherche en matière de trauma, de stress et de parentalité.
  • Septembre-novembre 2022. Réunions nos 2, 3, 4 et 5 : élaboration du contenu du groupe de soutien pour le thème 1 (compétences parentales). Apports : contributions des Amigas sur les préoccupations parentales ; membres de l’équipe de recherche experts de la parentalité, de la confiance et de l’intentionnalité, des contextes difficiles, des familles immigrées ; littérature sur la parentalité en contexte dangereux (Ceballo et al., 2012 ; Cruz-Santiago & Ramírez García, 2011) et sur la construction de la confiance (Borelli et al., 2021).
  • Décembre 2022. Réunion no 6 : élaboration du contenu du groupe de soutien pour le thème 2 (ressources et plaidoyer). Apports : expériences vécues et données informelles recueillies par les Amigas auprès de la communauté ; contributions de partenaires en milieu scolaire et communautaire.
  • Janvier 2023. Réunion no 7 : révision du contenu du thème 1 (compétences parentales) au vu de préoccupations émergentes de la communauté ; élaboration du contenu du thème 3 (santé mentale des parents). Apports : expériences vécues et données informelles recueillies par les Amigas auprès de la communauté ; expertise de l’équipe de recherche en santé mentale.
  • Février 2023. Réunion no 8 : organisation du contenu en un plan d’ensemble du groupe de soutien, aboutissant à une intervention en sept séances ; clarification des objectifs d’ensemble du groupe. Apports : expériences vécues et données informelles recueillies par les Amigas auprès de la communauté ; expertise de l’équipe de recherche en animation de groupes en santé mentale.
  • Février 2023. Réunion no 9 : révision du contenu du thème 1 (compétences parentales) pour renforcer l’alignement culturel. Apports : cadre BRAVING (Brown, 2017) pour soutenir la construction de la confiance ; contributions des Amigas sur l’alignement culturel.
  • Mars 2023. Réunion no 10 : choix du nom du groupe ; discussion des préoccupations de la communauté. Apports : expériences vécues et données informelles recueillies par les Amigas auprès de la communauté.
  • Mars 2023. Réunion no 11 : intégration du contenu au cadre de l’arbre de vie. Apports : littérature sur l’arbre de vie, de Borelli et al. (2021) et de Ncube et Denborough (cités dans Pells & Treisman, 2012).
  • Avril 2023. Réunion no 12 : définition des processus et de la logistique du groupe ; examen des évaluations possibles. Apports : littérature et mesures existantes, Kansas Parental Satisfaction Scale et Stress of Immigration Survey (Borelli et al., 2021 ; James et al., 1985 ; Sternberg et al., 2016) ; expertise de l’équipe de recherche et des Amigas.
  • Mai 2023. Réunion no 13 : examen et confirmation des sources de données. Apports : littérature et mesures existantes, Kansas Parental Satisfaction Scale et Stress of Immigration Survey (Borelli et al., 2021 ; James et al., 1985 ; Sternberg et al., 2016) ; expertise de l’équipe de recherche et des Amigas.
  • Mai-août 2023. Pause estivale en raison de la disponibilité limitée des membres des Amigas.
  • Août 2023. Réunion no 14 : confirmation de la logistique du groupe et du recrutement.
  • Septembre 2023. Finalisation du manuel de l’intervention. Apports : retours sur le contenu et la mise en œuvre de partenaires en milieu scolaire ayant une longue expérience du travail avec la communauté, ainsi qu’éclairages linguistiques et culturels.
  • Septembre 2023. Finalisation et approbation par le comité d’éthique (IRB).
  • Septembre 2023. Passage temporaire de l’élaboration du groupe de soutien au traitement de préoccupations actuelles de la communauté, déjà discutées lors de réunions antérieures (nos 9, 10, 11 et 14). Priorité donnée à la préparation et à la tenue d’une rencontre avec la direction scolaire pour discuter de la sécurité des bus et des écoles.
  • Octobre 2023. Rencontre individuelle avec une membre des Amigas pour tester le protocole d’entretien.
  • Mise en œuvre retardée faute de lieu approprié disponible.
  • Août 2024. Confirmation de la logistique et recrutement des personnes participantes. Apports : soutien et conseils de partenaires en milieu scolaire et communautaire, ainsi que des Amigas.
  • Août-septembre 2024. Recrutement et accueil de renforts supplémentaires pour l’animation.

Phase de mise en œuvre : étape 7 de la transcréation (7) mettre en œuvre l’intervention. Étapes secondaires de la transcréation : 3, 4 et 6 (3) identifier les apports ; (4) concevoir l’intervention ; (6) renforcer les capacités.

  • Août-septembre 2024. Réalisation des entretiens préalables à l’intervention.
  • Septembre-octobre 2024. Tenue des 7 séances du groupe de soutien : (1) créer le lien et fixer des objectifs ; (2) exercer la parentalité aux États-Unis ; (3) améliorer la communication et la confiance ; (4) ressources et plaidoyer ; (5) fierté culturelle ; (6) bien-être des parents ; et (7) enseignements et clôture. Apports : réunions de préparation hebdomadaires en co-animation avant chaque rencontre du groupe de soutien, pour planifier et réviser au besoin ; débriefings après chaque séance avec toute l’équipe d’animation ; intégration d’une psychoéducation sur la régulation du système nerveux (Porges, 2020) et de pratiques de régulation à base somatique (Levine, 1997 ; Rothschild, 2021).
  • Octobre-novembre 2024. Réalisation des entretiens postérieurs à l’intervention.
  • Décembre 2024 et au-delà. Engagement maintenu par des rencontres de groupe, des ateliers et une messagerie de groupe. Apports : retours et demandes des Amigas et des membres du groupe ; retours de partenaires en milieu scolaire et communautaire.

Étape 1 : repérer l’infrastructure communautaire et mobiliser les partenaires

Selon le cadre de la transcréation, la première étape de la création d’une intervention culturellement et structurellement humble (Asabor et al., 2024) consiste à repérer les lieux communautaires les plus adaptés et à trouver des « partenaires et former une coalition université-communauté pour s’attaquer à la disparité de santé » (Nápoles & Stewart, 2018, p. 5). Les membres de notre CCC étaient nos principales partenaires et co-conceptrices de l’intervention ; ce sont toutes des mères immigrées d’Amérique centrale ou du Mexique, résidentes de la communauté, et la force motrice de ce projet. Depuis des années, elles étaient des partenaires essentielles des projets FCPAR, en tant que leaders et porte-parole de la communauté. Nous avons aussi pris appui sur nos relations existantes avec des membres du personnel du système scolaire local, qui ont offert des ressources pour soutenir la mise en œuvre et la pérennité de l’intervention : aide en nature (par exemple repas et garde d’enfants), lieux de réunion, recrutement et soutien à l’animation. Des membres du corps enseignant universitaire et de la population étudiante disposant de l’expertise et des compétences linguistiques voulues ont aussi été des partenaires décisifs. Ainsi, l’équipe a intégré des partenaires universitaires spécialistes de la santé mentale et de la parentalité, ainsi que des partenaires en formation qui apportaient des compétences linguistiques et une expertise culturelle.

Étape 2 : préciser la théorie

Le cadre de la transcréation aborde la théorie en deux composantes distinctes mais qui se recoupent : (a) identifier un « cadre des déterminants socio-écologiques des disparités » et (b) identifier une « base théorique pour les changements de comportement » (Nápoles & Stewart, 2018, p. 5). D’abord, le trauma intersectionnel désigne la manière dont le trauma est façonné par des formes entrecroisées d’injustice sociale et de discrimination (Ezell et al., 2021), en reliant le racisme, aux niveaux structurel, interpersonnel et individuel, à ses effets sur la santé physique et mentale (Bailey et al., 2021 ; Carter, 2007 ; Goodman & West-Olatunji, 2010 ; Kira, 2021). La santé mentale doit donc être comprise en relation avec les expériences vécues et les identités des personnes. De même, la résilience, c’est-à-dire la capacité à faire face, à résister ou à se rétablir, doit être envisagée à travers un prisme intersectionnel qui prend en compte les facteurs contextuels et culturels (Goodman & West-Olatunji, 2008 ; Goodman et al., 2017 ; Raghavan & Sandanapitchai, 2020). Ces dimensions étaient particulièrement pertinentes pour cette enclave d’immigration centraméricaine, étant donné l’importance des difficultés structurelles qui façonnent le trauma et la résilience (Fortuny et al., 2007 ; Goodman et al., 2017 ; Letiecq et al., 2019).

Ensuite, notre approche du changement de comportement et du bien-être s’est inspirée de la RCT. La RCT souligne que la croissance passe par le lien, en privilégiant l’empouvoirement mutuel, l’engagement et la justice sociale (Comstock et al., 2008 ; Jordan, 2024 ; Westcott & Grimes, 2023). Comme les personnes immigrées vivent souvent l’isolement et un accès limité au soutien, en particulier dans des environnements hostiles à l’immigration (Hurtado-de-Mendoza et al., 2014 ; Mora et al., 2014), la RCT est particulièrement pertinente pour les communautés immigrées confrontées à ce trauma lié à l’oppression, puisqu’elle favorise la guérison par les relations (Birrell & Freyd, 2006). La RCT a été appliquée avec efficacité au sein de la communauté latino-américaine. Elle a par exemple servi à aligner le conseil scolaire sur les valeurs des parents d’origine latino-américaine (Tuttle & Haskins, 2017), à construire des partenariats entre parents et écoles (Tuttle et al., 2022) et à explorer les forces relationnelles de couples d’origine latino-américaine ayant immigré (Silverio et al., 2025). Ruiz (2012) a aussi souligné la valeur de la RCT pour aborder le lien, le pouvoir et la pertinence culturelle dans le travail avec les immigrées latinas.

Nous avons examiné les cadres théoriques avec le CCC pour vérifier leur adéquation avec les expériences de ses membres, y compris le stress et le trauma communautaires, comme la discrimination et les politiques d’immigration injustes. Nous avons aussi relevé comment ces facteurs contribuent à l’isolement, nuisent à la santé mentale et freinent le soutien communautaire, en particulier chez les personnes immigrées (Hurtado-de-Mendoza et al., 2014 ; Rogers, 2025). Ces idées ont trouvé un écho chez les membres du CCC, de même que l’importance de cultiver des relations de soutien mutuel. Par exemple, une membre du CCC a raconté comment l’absence de numéro de sécurité sociale empêchait des parents d’accompagner les sorties scolaires de leurs enfants, ce qui suscitait du stress, de la tristesse et du désengagement. Dans la communauté, « tout le monde s’est impliqué pour lutter contre ça » et les parents ont obtenu que la règle soit modifiée, démontrant la force de la résilience, de la communauté et de l’action collective pour surmonter les injustices systémiques. En co-créant Padres Ayudando a Padres, nous avons intégré d’autres théories et perspectives qui aidaient à traiter des points précis que le CCC jugeait importants pour l’intervention (détails ci-dessous).

Étape 3 : identifier les apports pour élaborer le programme

Le cadre de la transcréation souligne l’importance que l’élaboration de l’intervention s’appuie sur des apports issus (a) des données scientifiques et (b) de la communauté. Nous avons utilisé un processus itératif et intégratif, qui combinait la recherche scientifique et les éclairages des membres du CCC, en permettant à chacun de nourrir l’autre et de façonner une compréhension nuancée et ancrée localement des problèmes. Les données scientifiques comprenaient la littérature existante sur le trauma intersectionnel (par exemple Ezell et al., 2021) et sur les effets de la COVID-19 (par exemple Hibel et al., 2021), centrée sur des communautés similaires. Pendant la transcréation de Padres Ayudando a Padres, nous avons puisé dans d’autres travaux pour éclairer notre démarche et traiter les problèmes repérés par le CCC. Par exemple, les membres du CCC ont fait état d’un stress important lorsqu’elles essayaient de poser des limites à leurs enfants, en particulier autour de l’usage des technologies. Elles disaient que les enfants semblaient « accros » à la technologie et s’en servaient pour « faire face à leurs propres mauvais sentiments », comme le font souvent les adultes. Le CCC a estimé que des outils pour gérer la détresse émotionnelle étaient essentiels pour que les parents puissent à la fois se soutenir et soutenir leurs enfants ; nous avons donc pris appui sur la théorie polyvagale (Porges, 2020, 2022) pour intégrer aux séances une éducation au système nerveux et des compétences de régulation destinées à soutenir les parents.

En outre, les recherches antérieures de notre équipe auprès de cette communauté ont servi à la fois de données scientifiques et d’informations issues de la communauté (voir Letiecq et al., 2019 ; Vesely, Letiecq, Davis, et al., 2024). Par exemple, nos recherches antérieures à la COVID-19 avaient montré que la dépression, le trauma, les conditions de logement et les soucis économiques étaient des préoccupations communes dans la communauté (voir Letiecq et al., 2019), tandis que Vesely, Letiecq, Davis, et al. (2024) ont apporté des éclairages sur les expériences de la communauté pendant la COVID-19, en particulier en matière de garde d’enfants, d’éducation et d’emploi. De plus, nos travaux précédents (voir Letiecq, Vesely, et al., 2022 ; Vesely, et al., 2018, 2021, 2023 ; Vesely, Letiecq, Choe, et al., 2024) ont orienté notre stratégie de mise en œuvre de la FCPAR et nos efforts de codage communautaire.

Des éclairages propres à la communauté provenaient aussi d’une enquête scolaire locale montrant que les parents plaçaient en priorité un soutien face aux préoccupations de santé mentale. Des partenaires scolaires ont indiqué que l’intérêt des parents pour un soutien en santé mentale tenait à des inquiétudes croissantes concernant le stress lié à la pandémie et les comportements liés au trauma chez leurs enfants, comme la prise de risques et la dépression. À partir des éclairages communautaires et des observations du CCC, nos réunions semi-régulières du CCC se sont recentrées sur les préoccupations émergentes liées à la COVID-19, à la santé mentale et à la parentalité. Les discussions continues avec les partenaires scolaires ont renforcé le consensus croissant sur la nécessité d’interventions pour soutenir la santé mentale des parents et des enfants. C’est pourquoi, début 2022, nous avons collaboré avec le CCC pour élaborer une demande de subvention pour un groupe de soutien à la parentalité adapté aux besoins, aux valeurs et à la culture de la communauté. La demande a été financée par une subvention d’amorçage de l’université destinée à soutenir l’élaboration de l’intervention, sa mise en œuvre et une étude pilote d’évaluation. Il s’agissait d’un élément décisif de l’engagement dans le processus de transcréation, puisqu’il nous permettait de rémunérer les membres du CCC pour leur temps, un principe clé du travail en FCPAR.

Étape 4 : concevoir l’intervention

Dans le cadre de la transcréation, une étape clé consiste à (co)concevoir l’intervention avec la communauté, de sorte qu’elle intègre les données scientifiques tout en étant alignée, sur le plan contextuel et culturel, sur les expériences et les besoins de la communauté. La co-construction de l’intervention est nécessaire pour atteindre cet alignement et cette pertinence, en soumettant les prototypes et les plans d’intervention au CCC (Nápoles & Stewart, 2018).

En 2022, nous avons commencé à co-concevoir Padres Ayudando a Padres avec le CCC. Ces efforts de conception et d’élaboration ont duré environ un an (voir tableau 1). Conformément aux principes de la FCPAR, les membres du CCC ont été rémunérées pour chaque réunion à laquelle elles assistaient, grâce aux fonds de la subvention d’amorçage. De manière générale, lors de ces réunions, nous avons examiné divers apports (données antérieures, littérature existante, expériences vécues et connaissances des membres du CCC), qui ont nourri l’élaboration des thèmes principaux, des objectifs, du contenu des séances, de leur déroulement, de l’évaluation de l’intervention et de sa logistique. Telle que le CCC l’envisageait, l’intervention a été conçue comme un groupe de soutien, et non comme un counseling ou une thérapie, en insistant sur l’importance de l’apprentissage collaboratif et du soutien réciproque entre les membres, enrichis par des informations apportées par des spécialistes.

Les séances d’élaboration du groupe de soutien ont été organisées autour des trois axes que le CCC jugeait essentiel de traiter : (1) les compétences parentales, (2) les ressources et le plaidoyer, et (3) la santé mentale des parents. Ensemble, nous avons traduit chacun de ces axes généraux en sept séances et interventions du groupe de soutien (voir tableau 1). Par exemple, pour les compétences parentales, le CCC a repéré des problèmes que les parents de sa communauté avaient du mal à gérer avec leurs enfants. La difficulté à poser des limites à l’usage des technologies est apparue comme un thème ; les membres du CCC disaient que les parents se sentaient « impuissants et stressés » lorsque les enfants, par exemple, « faisaient une crise et refusaient de faire des choses comme les tâches ménagères pendant une partie de jeu vidéo ». Le CCC a décidé de donner aux parents des compétences pour poser des limites et gérer les comportements, tout en reconnaissant que les enfants pouvaient avoir le sentiment d’« “avoir besoin” du téléphone ou de la tablette parce que le stress et l’ennui les gagnaient pendant la COVID-19 et encore maintenant ». En réponse, la quatrième autrice, spécialisée dans le travail avec les jeunes et les parents, s’est jointe à la réunion suivante du CCC pour aider à trouver des manières de soutenir les parents dans la pose de limites, en particulier à mesure que les enfants grandissent. Elle a amené le CCC à repérer les pratiques parentales efficaces et inefficaces, les manières de soutenir les enfants selon les âges et les étapes, ainsi que les objectifs parentaux. À la réunion suivante, nous avons repris les thèmes et les suggestions qui en étaient ressortis, et le CCC a indiqué quels aspects correspondaient à ses valeurs personnelles et culturelles. Les principaux enseignements de ces discussions, ensuite intégrés à plusieurs séances, comprenaient des compétences pour réfléchir aux objectifs parentaux, construire la confiance dans la relation parent-enfant et prendre en compte les enjeux culturels propres aux parents qui, après avoir immigré, élèvent leurs enfants aux États-Unis.

Tout au long de notre processus, notre attention s’est délibérément portée sur les intersections entre culture, contexte et parentalité en tant que personnes immigrées aux États-Unis, ainsi que sur les préoccupations de santé mentale qui s’y rattachent. Par exemple, le CCC a désigné la fierté culturelle comme un thème de séance important : les parents voulaient apprendre à leurs enfants à ne pas « perdre leur culture », mais cela peut être difficile. Les membres ont décrit comment, à mesure que leurs enfants devenaient plus « américains », les enfants hésitaient parfois davantage à exprimer une fierté culturelle, surtout dans le climat hostile à l’immigration (Eyal et al., 2023). Les membres du CCC voulaient que leurs enfants comprennent leurs histoires migratoires et les injustices systémiques qu’elles avaient vécues, notamment en découvrant « les choses qui étaient injustes » et « l’histoire, le danger et la lutte » de leur parcours d’immigration.

Dans le même ordre d’idées, les membres du CCC ont indiqué que les parents voulaient « plus d’idées sur une façon d’être parent différente de celle de leurs propres parents », qui recouraient à la « correction physique », et ont demandé : « Quelles sont les autres manières de corriger un comportement ? » La personne qui signe en deuxième a présenté la littérature sur la parentalité en contexte dangereux (Ceballo et al., 2012 ; Cruz-Santiago & Ramírez García, 2011), compte tenu des menaces persistantes d’expulsion, de détention et de criminalité que les familles disaient vivre. En associant ces éléments à des compétences de construction de la confiance, nous avons pu créer un cadre dans lequel les parents pouvaient faire preuve d’intentionnalité et de discernement pour choisir le bon « outil » selon la situation, en accord avec leur ou leurs objectifs parentaux. Autrement dit, si l’objectif retenu par le parent était la sécurité, alors des stratégies de contrôle, de surveillance ou de retrait étaient appropriées ; si l’objectif était le lien ou la construction de la confiance, alors des stratégies d’empathie ou d’accompagnement étaient appropriées (par exemple Borelli et al., 2021 ; Ceballo et al., 2012).

Pendant que nous construisions cette composante, le CCC a indiqué que les parents avaient du mal à discerner leur objectif et leur stratégie parentale ; face à une situation difficile avec leurs enfants, le débordement ou la dérégulation l’emportaient souvent, une expérience qui faisait écho à celle des parents de l’équipe de recherche et qui rejoint l’abondante littérature sur la réactivité du système nerveux en situation de stress (par exemple Levine, 1997 ; Porges, 2020, 2022 ; Rothschild, 2021). Pour aider les parents à comprendre leur propre réactivité dans leurs interactions, en particulier à mesure que le stress contextuel lié à la COVID-19 se prolongeait, nous avons ajouté à l’intervention une psychoéducation sur la régulation du système nerveux (Porges, 2020) et des pratiques de régulation à base somatique (Levine, 1997 ; Rothschild, 2021), qui aidaient les parents à développer leur capacité à répondre de façon intentionnelle à leurs enfants.

Après sept réunions d’élaboration de l’intervention, l’équipe de recherche a organisé les idées et rédigé sept thèmes de séances du groupe de soutien couvrant les trois axes initiaux : (1) créer le lien et fixer des objectifs ; (2) exercer la parentalité aux États-Unis ; (3) améliorer la communication et la confiance ; (4) ressources et plaidoyer ; (5) fierté culturelle ; (6) bien-être des parents ; et (7) enseignements et clôture. Lors de la huitième réunion d’élaboration, le CCC a confirmé que ces thèmes reflétaient fidèlement ses objectifs. Ensemble, nous avons ensuite défini les objectifs de chaque séance et le contenu supplémentaire nécessaire pour les atteindre. Par exemple, le CCC a souligné que la construction de la confiance était un objectif essentiel pour les parents ; la troisième autrice a repéré le cadre BRAVING de Brown (2017), qui expose comment créer des relations de confiance. Le CCC s’est assuré que ce cadre trouvait un écho sur le plan culturel et contextuel, et il a été retenu pour la séance 3, « Améliorer la communication et la confiance ». Nous avons en outre proposé d’utiliser le cadre de l’arbre de vie pour ancrer l’intervention, à partir des travaux de Borelli et al. (2021) et de Ncube et Denborough (cités dans Pells & Treisman, 2012). L’arbre de vie repose sur une activité fondée sur les forces, dans laquelle chaque personne associe différentes parties de l’arbre à des facettes particulières de sa vie. Par exemple, le tronc (el tronco) représente les compétences et les forces, tandis que les branches (las ramas) représentent les rêves et les espoirs. Les membres du CCC ont examiné et confirmé l’alignement culturel et la pertinence de cette métaphore comme fil conducteur des séances du groupe de soutien.

D’autres réunions d’élaboration de Padres Ayudando a Padres ont porté sur l’animation du groupe. Le CCC a évalué et choisi des options d’animation que nous lui avions présentées, ainsi que ses propres idées. Par exemple, le CCC a proposé de donner aux membres du groupe l’occasion de partager « leurs propres astuces pour que nous apprenions des forces des unes et des autres ». Nous avons demandé s’il serait efficace de faire écrire ou dessiner les réponses ; la réponse a été que certaines personnes aiment cela, mais que d’autres « préfèrent parler » ; nous avons donc prévu plusieurs manières de répondre pour les membres du groupe.

Le CCC a aussi pris des décisions sur les aspects logistiques. Par exemple, au lieu de cibler des parents d’enfants d’un certain âge et d’adapter Padres Ayudando a Padres à des préoccupations propres à cet âge, le CCC a décidé que le groupe devait être ouvert aux parents d’enfants de tous âges « pour que les parents apprennent mutuellement, avec des enfants à différentes étapes ». Le CCC a fixé la durée de chaque séance (60 à 90 minutes), l’horaire (18 h 30 un jour de semaine), le lieu (un centre communautaire de confiance dans le quartier), l’incitation (25 dollars par séance) et le nombre de séances (sept, « pour que les parents puissent construire la confiance dans le temps »).

Une fois le contenu et la logistique arrêtés par le CCC, l’équipe de recherche a rédigé le manuel de Padres Ayudando a Padres destiné aux personnes chargées de l’animation. La personne qui signe en premier et la troisième autrice ont travaillé ensemble pour rédiger le document en anglais, puis la troisième autrice l’a traduit en espagnol, de sorte que les instructions figurent côte à côte dans les deux langues. Pour chaque séance, nous avons défini : un titre, une citation d’orientation (issue du processus d’élaboration du CCC), des objectifs, des interventions, du matériel, des références et des instructions minutées pour l’animation.

Étape 5 : concevoir les méthodes d’étude

Le cadre de la transcréation guide la recherche dans la création d’évaluations rigoureuses, adaptées sur le plan culturel et contextuel, pour les interventions communautaires, y compris des outils de recueil et d’analyse des données sur mesure. Nous avions prévu d’utiliser des sources de données qualitatives et quantitatives dans le cadre de l’étude pilote de Padres Ayudando a Padres. Pour déterminer quelles sources de données seraient appropriées, nous avons discuté des objectifs du programme avec le CCC, en demandant : qu’aimeriez-vous que les personnes participantes aient ou ressentent après avoir suivi ce groupe de soutien ? Les membres du CCC ont indiqué qu’un objectif était de se sentir « plus en confiance dans leur rôle de parent » ; nous avons donc retenu la Kansas Parental Satisfaction Scale (KPS ; James et al., 1985), disponible en espagnol et déjà utilisée auprès de mères immigrées latinas (Borelli et al., 2021). Le CCC voulait aussi que les parents se sentent « moins stressés » ; comme une grande partie du stress était liée à leurs expériences de personnes immigrées, nous avons retenu le Stress of Immigration Survey (SOIS ; Sternberg et al., 2016), déjà utilisé auprès d’immigrées latinas économiquement marginalisées et disponible en espagnol. Les personnes participantes ont rempli les évaluations KPS et SOIS avant et après l’intervention.

Nous avons élaboré des questions qualitatives pour les entretiens préalables et postérieurs à l’intervention. Les questions préalables visaient à comprendre les difficultés, les forces et les soutiens des personnes participantes dans leur parentalité. Pour les données postérieures à l’intervention, le CCC voulait connaître « ce que les parents en retiennent et ce qui leur a plu », ainsi que « s’ils voient des différences chez leurs enfants ». Nous avons donc formulé des questions sur ce que les personnes participantes avaient appris, les changements de comportement, les effets sur leur parentalité et sur leurs enfants, les forces et les faiblesses de l’intervention, et les autres soutiens nécessaires.

Une fois les questions qualitatives rédigées et les instruments retenus, nous avons passé en revue les sources de données possibles lors de réunions avec le CCC (par exemple en lisant une à une les questions et les modalités de réponse). L’usage d’évaluations standardisées, conjugué à l’écoute de la communauté, nous a mis face à un dilemme. Par exemple, le CCC recommandait de n’utiliser que trois modalités de réponse, alors que la KPS en comptait sept et le SOIS cinq. Nous avons aussi discuté du fait que le SOIS comprenait des items qui ne relevaient pas spécifiquement du groupe de soutien pour parents, comme « Dans quelle mesure avez-vous ressenti du stress ou de l’inquiétude parce que vous n’avez pas d’emploi avec des avantages comme une assurance maladie ? » Le CCC a estimé que la plupart des questions étaient pertinentes et que le SOIS donnait une bonne image d’ensemble du stress dans cette communauté. Si ses membres se reconnaissaient surtout dans la sous-échelle « Dissonance culturelle avec les États-Unis », elles ont noté que « les autres questions sont importantes aussi ». Nous avons donc choisi de garder tous les items, puisque ceux qu’elles avaient désignés se répartissaient sur différentes sous-échelles. Une fois toutes les sources de données définies, nous avons testé le protocole avec une membre du CCC par Zoom. Elle a été choisie surtout en fonction de sa disponibilité et de son intérêt pour donner un retour, puisque toutes les membres du CCC ont une connaissance de la communauté et de sa culture ainsi que la maîtrise de l’espagnol. Les membres du CCC ont apporté des éclairages sur la formulation des questions, sur les moyens d’en améliorer la clarté et sur la conduite d’entretiens par logiciel de visioconférence à partir d’un téléphone plutôt que d’un ordinateur.

Étape 6 : renforcer les capacités de mise en œuvre de l’intervention

Selon le modèle de la transcréation, un manuel qui « précise les composantes, le contenu et les procédures de mise en œuvre du programme » (Nápoles & Stewart, 2018, p. 5) aide à accroître la fidélité. Notre projet de manuel pour Padres Ayudando a Padres contenait donc des instructions détaillées pour les personnes chargées de l’intervention, notamment le minutage, des consignes à lire mot pour mot et des instructions d’animation du processus, comme la répartition des personnes participantes en petits groupes de 3 à 5 pour une activité donnée. Une fois ce manuel créé, nous avions prévu que la troisième autrice et une employée de notre partenaire scolaire ayant l’expérience de la communauté animent Padres Ayudando a Padres entièrement en espagnol. Une réunion commune a permis de passer en revue le manuel et de discuter de la façon dont les deux animatrices travailleraient ensemble (par exemple en désignant qui mènerait chaque composante). Comme cette employée de l’école n’avait pas participé aux réunions du processus de transcréation, mais connaissait bien la communauté et avait l’expérience de l’animation de groupes, nous l’avons familiarisée avec les objectifs et les modalités élaborés avec le CCC.

Nous avons rencontré d’importantes difficultés pour programmer Padres Ayudando a Padres dans un lieu communautaire de confiance, ce qui a retardé l’intervention. Le CCC a exclu de tenir l’intervention hors de la communauté pour des raisons de sécurité et de transport. Au moment où nous avons obtenu le lieu souhaité, l’employée de notre partenaire, la circonscription scolaire, n’était plus disponible pour co-animer. Nous avons revu notre plan : la personne qui signe en premier et la troisième autrice, qui avaient participé au processus de transcréation et ont une expérience complémentaire de la communauté, ont pris le relais comme binôme principal d’animation. La personne qui signe en premier, titulaire d’un agrément de counselor, a une maîtrise limitée de l’espagnol, tandis que la troisième autrice, doctorante bilingue, a une formation moins formelle en santé mentale. Le binôme s’est préparé en repérant et en discutant les points forts de chacune des deux personnes : la personne qui signe en premier menait les aspects cliniques, et la troisième autrice veillait à l’ajustement linguistique et culturel et co-animait les parties relevant de son expertise en enseignement et en soutien aux parents.

Pour renforcer l’équipe, nous avons recruté d’autres membres, de sorte que cinq personnes assistantes sont venues épauler le binôme principal d’animation. D’abord, quatre personnes hispanophones inscrites en master de counseling ont été recrutées dans le programme universitaire de la personne qui signe en premier. Celle-ci a rencontré individuellement chacune de ces personnes pour évaluer son intérêt et sa capacité à s’impliquer dans le travail ; toutes maîtrisaient l’espagnol, avaient des expériences culturelles vécues et des connaissances utiles pour travailler dans cette communauté (par exemple une expérience personnelle ou familiale de l’immigration depuis l’Amérique latine), avaient suivi des cours de counseling et avaient une expérience du counseling ou d’activités proches. Elles ont reçu une brève présentation du contexte, de l’élaboration et des objectifs de l’intervention. Pour tirer parti de leurs forces pendant le groupe, elles ont été chargées de la création du lien et de l’animation des petits groupes. Ensuite, une doctorante hispanophone en sciences de l’éducation, ancienne enseignante dans le quartier et qui aidait déjà aux travaux du CCC, s’est aussi portée volontaire comme assistante d’animation. Pour tirer parti de ses forces, elle a été chargée de soutenir le recueil et la documentation des données, et d’apporter des informations culturelles et contextuelles supplémentaires fondées sur sa longue expérience auprès des familles de la communauté. Les cinq personnes assistantes, qui ont toutes assisté à presque toutes les sept séances du groupe de soutien, ont joué un rôle clé dans le recours aux petits groupes tout au long de l’intervention ; en outre, leurs origines culturelles et linguistiques ont contribué à renforcer le lien et l’accordage avec les personnes participantes.

Étape 7 : mettre en œuvre l’intervention

Padres Ayudando a Padres s’est tenu chaque semaine pendant sept semaines, avec au total 15 personnes participantes qui ont assisté aux séances. Chaque séance durait environ 90 minutes. La plupart des entretiens préalables ont été menés environ une semaine avant la première séance, afin d’obtenir des données de référence et de mieux comprendre les besoins et les intérêts des personnes participantes. Plusieurs entretiens préalables ont été menés pendant la première séance pour des personnes inscrites à la dernière minute ; cela n’était pas prévu dans le plan initial, mais notre assistante doctorante s’est portée volontaire pour mener ces entretiens afin que nous puissions accueillir le plus de personnes possible. Les entretiens postérieurs ont été menés dans les deux semaines qui ont suivi l’intervention, pour des données rétrospectives.

Pendant Padres Ayudando a Padres, nous avons prêté attention aux informations en temps réel, en notant la « réception du programme » par les personnes participantes et les difficultés rencontrées par l’équipe d’intervention pour mettre en œuvre le programme, conformément au cadre de la transcréation (Nápoles & Stewart, 2018, p. 6). Nous avons décidé d’apporter des changements à l’intervention à partir des retours reçus pendant son déroulement, plutôt que de nous en tenir strictement au manuel. Même si elle s’écartait de l’accent mis par la transcréation sur la fidélité au traitement manualisé, notre réactivité traduisait notre engagement envers les principes de la FCPAR, en maintenant la co-création et en plaçant au centre les besoins et les expériences vécues de la communauté. Par exemple, après la première séance, nous avons intégré davantage d’activités en petits groupes, à partir de nos observations des réactions des personnes participantes. Avec 15 personnes participantes et cinq personnes assistantes en plus du binôme principal, chacune des quatre personnes inscrites en master de counseling a pu travailler avec un petit groupe, tandis que la doctorante bénévole recueillait des données d’observation. Nous n’avons pas enregistré les séances pour des raisons de confidentialité ; les notes de terrain ont donc été une source de données essentielle.

Immédiatement après chaque séance, le binôme principal et les cinq personnes assistantes faisaient un débriefing. L’équipe d’animation sollicitait les retours et les idées des bénévoles, en demandant à chacune de ces personnes de partager ses observations et ses impressions à chaud sur l’efficacité du groupe et les réactions des personnes participantes. Avant la séance suivante, le binôme principal passait en revue la séance précédente, les retours des bénévoles et les plans de la séance à venir. Nous avons adapté notre manuel en fonction des besoins des personnes participantes et des modalités de mise en œuvre les plus efficaces et les plus centrées sur la communauté.

Par exemple, lors de la deuxième séance, les personnes participantes avaient du mal à partager des exemples de leurs propres difficultés parentales. Une personne assistante a rapporté qu’« une barrière de timidité s’était installée et j’ai remarqué que les mères se sentaient vulnérables si elles parlaient de “mauvaises situations” ». Alors que nous avions prévu que les exemples viendraient du groupe pour en garantir la pertinence, nous avons compris qu’il était difficile de partager ses difficultés personnelles lorsque le lien au sein du groupe était encore limité. Nous avons plutôt utilisé ce que nous savions de nos conversations avec le CCC et avec le groupe, ainsi que des recherches antérieures, pour créer des scénarios pertinents pour la troisième séance. L’un de ces scénarios était le suivant :

Un garçon de 10 ans ne veut pas ranger ses jouets après avoir joué avec. Un jour, ses parents se fâchent contre lui parce qu’il ne s’en montre pas responsable, et il se fâche contre eux parce qu’ils lui demandent d’obéir. Ses parents lui disent qu’il est « malcriado » [vilain] et « cochino » [sale].

Les mères ont indiqué que les scénarios leur parlaient, et elles se sont engagées dans une discussion animée. Une personne assistante a noté que « les mères étaient animées et investies dans ce qu’elles partageaient ».

Les personnes assistantes ont aussi fait des suggestions pour améliorer l’animation d’ensemble ainsi que leur propre capacité à animer les petits groupes. Par exemple, l’une d’elles a demandé : « Comment faut-il aborder les situations sensibles ou négatives ? Par exemple, des mères ont mentionné que leurs enfants n’ont pas envie d’aller à l’école. » L’un des changements apportés à partir de questions semblables venues de plusieurs personnes assistantes a été de fournir des questions ou des relances supplémentaires pour l’animation des petits groupes. Selon ces personnes, cela les a aidées à travailler plus efficacement avec leurs petits groupes, surtout lorsqu’elles se sentaient bloquées ou ne savaient pas comment clarifier une idée ou une question. Les notes de séance des personnes assistantes ont permis d’améliorer l’intervention en temps réel et ont aussi fourni des données rétrospectives. Par exemple, une assistante a indiqué qu’elle avait « remarqué un thème commun : des parents frustrés que leurs enfants ne les entendent pas ou ne les écoutent pas quand il y a un conflit ».

Un autre domaine décisif d’amélioration en temps réel concernait le travail entre les langues. Par exemple, nous avons utilisé le cadre BRAVING de Brown, que nous avions traduit en espagnol. Accountability [le fait de répondre de ses actes] avait été traduit par « responsabilidad » [responsabilité], et nous avons compris pendant la séance que les mères l’interprétaient comme le fait d’aider leurs enfants à devenir responsables, alors que l’intention était la manière dont les parents répondent de leurs propres actes. Nous avons clarifié ce point pendant la séance, mais noté qu’il faudrait « envisager une autre traduction pour les prochaines éditions » afin de réduire la confusion.

À la fin de l’intervention, les personnes participantes ont exprimé le souhait de continuer à échanger entre elles, et d’être soutenues sur d’autres thèmes. Il a alors été proposé aux membres du groupe de rejoindre une messagerie de groupe facultative, où les membres et l’équipe d’animation pouvaient partager des informations et rester en contact. Nous avons en outre tenu des rencontres ponctuelles sur des thèmes d’intérêt (par exemple, s’orienter dans les outils numériques de l’école ; connaître ses droits), et restons en lien avec les membres selon les besoins qui se présentent. Les retours informels des personnes participantes comme les entretiens formels postérieurs à l’intervention ont guidé la révision du manuel et la préparation d’une recherche de financement externe pour soutenir de futures mises en œuvre de l’intervention. Les données recueillies ont été analysées et préparées pour une publication distincte sur les résultats de l’intervention.

Discussion

Cet article a décrit la co-création d’une intervention de santé mentale centrée sur la communauté, à l’aide du cadre de la transcréation (Nápoles & Stewart, 2018) et sous la conduite de notre démarche FCPAR. L’intervention est née en réponse directe à une demande du CCC de soutenir les familles aux prises avec la parentalité et la santé mentale dans le sillage de la pandémie de COVID-19. Au cœur de ce processus se trouvait une attention délibérée aux réalités culturelles et contextuelles, si souvent négligées ou écartées dans les interventions communautaires, ce qui provoque des décalages, voire des préjudices, tout en renforçant les inégalités mêmes que ces interventions prétendent combattre (par exemple Comas-Díaz, 2016 ; Dixon et al., 2007). Le cadre de la transcréation a constitué une base précieuse ; nous avons toutefois constaté qu’il fallait l’adapter pour l’aligner sur la FCPAR et résister à la tendance à réduire la capacité d’agir et le pouvoir de la communauté au nom de la fidélité à l’intervention proposée. Nous avons en outre constaté que notre démarche FCPAR de collaboration directe avec les familles que nous voulions servir, plutôt que par l’intermédiaire de partenariats organisationnels, présentait à la fois des enjeux particuliers et des forces et limites distinctes.

Implications pour le counseling : la pratique clinique

Du point de vue du counseling, nous situons ce type d’intervention dans la première phase du modèle triphasique du counseling du trauma de Herman (1997), centrée sur le soutien et la stabilité. En tant qu’intervention de groupe de soutien, et non de counseling ou de thérapie, elle ne vise pas explicitement à traiter les expériences traumatiques et leurs séquelles, mais elle s’aligne sur les objectifs de la première phase, pertinents et essentiels pour le counseling du trauma dans son ensemble. Cette intervention a donc un fort potentiel pour traiter le trauma et favoriser la résilience par un apprentissage réciproque et un développement de compétences culturellement alignés et centrés sur la communauté.

Ce projet a fait apparaître et souligné certaines des difficultés que pose le fait de placer véritablement au centre les familles, la culture et le contexte. Malgré notre attachement à ces valeurs, les malentendus sont restés un problème et ont souligné la complexité du travail entre langues et cultures. Sur le plan clinique, cela implique que donner la priorité à l’établissement d’une compréhension partagée est une composante essentielle de tout le processus d’intervention en santé mentale, et pas seulement de la co-création de l’intervention, comme le souligne l’humilité culturelle (Tervalon & Murray-García, 1998). En outre, pour réduire encore les malentendus entre langues et cultures, il faut non seulement mieux former les équipes cliniques au travail interculturel, mais aussi faire en sorte que ces équipes représentent davantage, sur le plan linguistique et culturel, les communautés minorisées. Actuellement, seuls 5 % des prestataires de soins parlent espagnol, contre 13 % de la population des États-Unis (Martinez & Sanchez, 2024), ce qui souligne les obstacles systémiques à lever pour améliorer les soins cliniques destinés aux communautés minorisées.

La clinique peut aussi s’interroger sur la manière dont la co-élaboration d’une intervention peut influer sur le bien-être des membres du CCC, ce qui pourrait constituer un thème important, ou une « intervention organique », pour de futures recherches, en plus de la compréhension des effets sur les personnes participantes. S’engager dans le plaidoyer et soutenir d’autres personnes peut constituer une voie marquante pour guérir de son propre trauma (Herman, 1997).

Implications pour le counseling : la co-création d’interventions

Par l’engagement direct, la FCPAR contourne le filtrage institutionnel en plaçant au centre les voix et les expériences vécues des familles et de la communauté. Cette démarche bouscule les solutions descendantes courantes dans les pratiques de santé mentale et de recherche, en particulier auprès de groupes minorisés comme les communautés immigrées. D’après notre expérience, la FCPAR, en visant à déplacer les dynamiques de pouvoir et à mener des actions collectives, a favorisé un engagement communautaire authentique et réactif. Par exemple, pendant l’élaboration de l’intervention, les membres du CCC ont fait part de préoccupations urgentes concernant la sécurité à l’école et aux arrêts de bus. En réponse, nous avons suspendu l’élaboration de l’intervention pour mener un plaidoyer et préparer une rencontre avec la direction générale de la circonscription scolaire (voir tableau 1, « septembre 2023 »). Nos travaux antérieurs dans la communauté avaient établi un lien important entre le CCC et la direction scolaire, sur lequel nous avons pu nous appuyer rapidement dans ce cas. Après la rencontre avec la direction générale, nous avons repris l’élaboration de l’intervention, en intégrant ces préoccupations de sécurité pour refléter les besoins actuels de la communauté. La souplesse et un engagement sincère envers la capacité d’agir de la communauté ont été nécessaires pour maintenir une prise de décision conjointe et concrétiser les principes de démocratisation des savoirs et de leadership piloté par la communauté (Asabor et al., 2024 ; Echeverri Herrera et al., 2025). Nous avons souvent réfléchi aux tensions qui peuvent surgir lorsqu’on tient de tels engagements à déplacer le pouvoir dans des relations inégales, mais nous avions pleinement conscience que ne pas maintenir une prise de décision conjointe pouvait facilement conduire aux pratiques d’altérisation, de réduction au silence et de marginalisation que nous cherchions à combattre.

Nous avons constaté que les relations directes avec la communauté réduisent les déséquilibres de pouvoir et la rigidité qui accompagnent souvent les partenariats institutionnels (par exemple les partenariats entre universités et organisations communautaires). Par exemple, notre petite subvention d’amorçage universitaire (et les mécanismes internes permettant de prolonger ce financement) nous a permis de reporter l’intervention jusqu’à ce qu’un lieu souhaité soit disponible. L’échéance d’un financeur externe aurait pu limiter cette souplesse, au prix d’un lieu moins accessible et peut-être d’une participation ou d’une sécurité moindres pour les personnes participantes. En outre, les priorités changent souvent au gré des changements organisationnels, ce qui déplace les engagements envers les communautés (et les partenariats universitaires) et, par ricochet, laisse les besoins des communautés sans réponse (Vesely, Letiecq, Choe, et al., 2024). Dans ces scénarios, les limites structurelles des organisations peuvent retirer le pouvoir de décision à la communauté, ce qui risque de créer de la méfiance, voire de causer du tort, au sein de communautés qui vivent déjà un stress et un trauma liés à l’oppression systémique (Echeverri Herrera et al., 2025 ; Ezell et al., 2021).

Malgré notre accent sur les relations directes, composer avec le besoin de soutiens financiers et institutionnels, et avec leurs bénéfices, est inévitable et nécessaire au travail d’intervention communautaire. Par exemple, le soutien de notre partenaire, la circonscription scolaire, et notre subvention d’amorçage universitaire ont fourni au projet des ressources vitales, comme la garde d’enfants, la traduction et les incitations pour les personnes participantes. Limiter l’implication institutionnelle a réduit les contraintes et le contrôle institutionnel, mais a aussi limité nos capacités. Avec davantage de ressources financières, nous aurions pu inclure plus de personnes participantes, recruter du personnel supplémentaire et offrir une formation rémunérée. Tout au long du processus d’élaboration, nous avons dû évaluer avec soin comment utiliser au mieux notre temps et nos ressources dans ces limites. Par exemple, pour élaborer le contenu de l’intervention, les partenaires universitaires proposaient des idées et des cadres en réponse aux demandes du CCC, comme l’ajout de pratiques polyvagales et somatiques pour enseigner la régulation émotionnelle ; le CCC évaluait et approuvait ensuite ces concepts. Avec plus de temps et de ressources, nous aurions pu co-créer des pratiques d’autorégulation avec le CCC. Idéalement, de futurs travaux pourraient associer les membres du CCC à l’élaboration de leur propre compréhension des réponses au stress et au repérage de stratégies de régulation ancrées dans leur culture. Si nous avons pris appui sur l’universalité présumée des réponses du système nerveux, un alignement sur des pratiques culturellement ancrées aurait pu renforcer l’impact de cette composante (Marsella, 2010). Avec davantage de ressources, des membres de la communauté auraient pu être formés pour mener l’intervention.

Plusieurs pistes clés s’ouvrent pour la recherche future, notamment la formation de membres de la communauté selon un modèle de promotores (Cáceres et al., 2022), afin de savoir si le fait que l’animation soit assurée par des personnes partageant la culture et les expériences vécues des personnes participantes renforce l’efficacité de l’intervention. Explorer et identifier les composantes de l’intervention qui ont eu un impact particulier, ainsi que les approches d’animation particulièrement efficaces, fournirait des données clés pour améliorer l’intervention, tant sur le fond que sur le processus. Avec un temps et des ressources limités, accroître l’impact de l’intervention sur une période plus courte pourrait être bénéfique pour la communauté. En outre, des études longitudinales pourraient examiner les effets dans le temps, à partir de données individuelles, familiales et communautaires, et repérer des moyens de maintenir l’engagement et de prolonger le travail commencé pendant cette intervention de courte durée. Une clé de ce travail est le financement nécessaire pour soutenir non seulement l’animation, mais aussi les personnes participantes ; au sein des communautés minorisées, la participation se heurte à d’importants obstacles financiers, si bien que des ressources pour alléger ce fardeau et permettre de participer sont essentielles.

Conclusion

En résumé, nous avons constaté que si nos adaptations s’écartaient de l’accent mis par la transcréation sur la fidélité au traitement manualisé, nous avons gardé l’intégrité de nos principes de FCPAR et à un engagement de co-création qui résiste aux pratiques qui réduisent souvent au silence ou mettent à l’écart les communautés minorisées. En reconnaissant les préjudices structurels subis par les personnes historiquement tenues à l’écart de la définition des soins qu’elles reçoivent, cette démarche affirme que des interventions efficaces et porteuses de sens doivent placer au centre les savoirs, les priorités et le leadership des familles et des communautés. Traiter le trauma et favoriser la résilience se fait au mieux par des processus qui nous permettent de déplacer les rapports de pouvoir, de démocratiser les savoirs et d’agir collectivement, afin de faire advenir un monde plus juste où chaque famille peut s’épanouir.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de ce texte est de montrer de l’intérieur ce que veut dire « co-construire » une intervention, au-delà du slogan. Le comité de mères ne sert pas de caution : il choisit les thèmes, le lieu, l’horaire, le nombre de séances, relit les questionnaires un à un et suspend le projet quand la sécurité des enfants à l’arrêt de bus devient plus urgente. Pour la clinique systémique, plusieurs leçons se dégagent : le symptôme familial (les écrans, la colère, la fatigue parentale) s’inscrit dans un contexte de stress migratoire et de précarité juridique ; l’animation se réajuste séance après séance à partir des retours du groupe ; et la traduction elle-même produit des malentendus, comme ce « responsabilidad » compris comme la responsabilité de l’enfant plutôt que celle du parent. Les limites sont assumées : un groupe unique de 15 personnes, des résultats renvoyés à une autre publication, des pratiques de régulation importées plutôt que co-créées. À lire avec l’entretien avec Celia Falicov sur les interventions communautaires, et avec l’article sur le test en salle et l’adaptation culturelle participative.

Notes de l’original

Financement. Ce projet a été soutenu en partie par le programme de subventions d’amorçage du College of Education and Human Development de l’université George Mason.

Liens d’intérêts. L’équipe déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Références

Asabor, E. N., Aneni, K., Weerakoon, S., & Opara, I. (2024). Applying a community-engaged participatory machine learning model. American Journal of Community Psychology, 74(3–4), 262–268. https://doi.org/10.1002/ajcp.12765

Bailey, Z. D., Feldman, J. M., & Bassett, M. T. (2021). How structural racism works — Racist policies as a root cause of U.S. racial health inequities. New England Journal of Medicine, 384, 768–773. https://doi.org/10.1056/NEJMms2025396

Birrell, P. J., & Freyd, J. J. (2006). Betrayal trauma: Relational models of harm and healing. Journal of Trauma Practice, 5(1), 49–63. https://doi.org/10.1300/J189v05n01_04

Brown, B. (2017). Braving the wilderness. Random House.

Borelli, J. L., Yates, T. M., Hecht, H. K., Cervantes, B. R., Russo, L. N., Arreola, J., Leal, F., Torres, G., & Guerra. N. (2021). Confía en mí, Confío en ti: Applying developmental theory to mitigate sociocultural risk in Latinx families. Development and Psychopathology, 33(2), 581–597. https://doi.org/10.1017/S0954579420001364

Cáceres, N. A., Shirazipour, C. H., Herrera, E., Figueiredo, J. C., & Salvy, S. J. (2022). Exploring Latino promotores/a de salud (community health workers) knowledge, attitudes, and perceptions of COVID-19 vaccines. SSM-Qualitative Research in Health, 2, 100033. https://doi.org/10.1016/j.ssmqr.2021.100033

Carter, R. T. (2007). Racism and psychological and emotional injury: Recognizing and assessing race-based traumatic stress. The Counseling Psychologist, 35(1), 13–105. https://doi.org/10.1177/0011000006292033

Ceballo, R., Kennedy, T. M., Bregman, A., & Epstein-Ngo, Q. (2012). Always aware (Siempre pendiente): Latina mothers' parenting in high-risk neighborhoods. Journal of Family Psychology, 26(5), 805–815. https://doi.org/10.1037/a0029584

Clark, E., Fredricks, K., Woc-Colburn, L., Bottazzi, M. E., & Weatherhead, J. (2020). Disproportionate impact of the COVID-19 pandemic on immigrant communities in the United States. PLoS Neglected Tropical Diseases, 14(7), Article e0008484. https://doi.org/10.1371/journal.pntd.0008484

Comas-Díaz, L. (2016). Racial trauma recovery: A race-informed therapeutic approach to racial wounds. In A. N. Alvarez, C. T. H. Liang, & H. A. Neville (Eds.), The cost of racism for people of color: Contextualizing experiences of discrimination (pp. 249–272). American Psychological Association. http://doi.org/10.1037/14852-012

Comstock, D. L., Hammer, T. R., Strentzsch, J., Cannon, K., Parsons, J., & Salazar, G. (2008). Relational-cultural theory: A framework for bridging relational, multicultural, and social justice competencies. Journal of Counseling & Development, 86(3), 279–287. https://doi.org/10.1002/j.1556-6678.2008.tb00510.x

Cruz-Santiago, M., & Ramírez García, J. I. (2011). "Hay que ponerse en los zapatos del joven": Adaptive parenting of adolescent children among Mexican-American parents residing in a dangerous neighborhood. Family Process, 50(1), 92–114. https://doi.org/10.1111/j.1545-5300.2010.01348.x

Dixon, A. L., Yabiku, S. T., Okamoto, S. K., Tann, S. S., Marsiglia, F. F., Kulis, S., & Burke, A. M. (2007). The efficacy of a multicultural prevention intervention among urban American Indian youth in the southwest U.S. Journal of Primary Prevention, 28(6), 547–568. https://doi.org/10.1007/s10935-007-0114-8

Doberneck, D. M., & Dann, S. L. (2019). The degree of collaboration abacus tool. Journal of Higher Education Outreach and Engagement, 23(2), 93–107. https://openjournals.libs.uga.edu/jheoe/article/view /1453/1445

Echeverri Herrera, S., Ruiz-Negrón, B., Lemus, A., Guzmán, C. E. V., Hess, J. M., Ramírez, J., Ramírez, S., Casas, N., Galvis, M., Aguirre, I., & Goodkind, J. R. (2025). Centering Latinx immigrant knowledge for wellbeing, liberation, and justice in community-university research partnerships. American Journal of Community Psychology, 75, 265–77. https://doi.org/10.1002/ajcp.12782

Eyal, K., Perreira, K., & Schilling, S. (2023). “We can’t say this won’t happen to me”: Parent-child communication about anti-Latino discrimination. Journal of Family Issues, 44(8), 2096–2117. https://doi.org/10.1177/0192513X211069585

Ezell, J. M., Salari, S., Rooker, C., & Chase, E. C. (2021). Intersectional trauma: COVID-19, the psychosocial contract, and America’s racialized public health lineage. Traumatology, 27(1), 78–85. https://doi.org/10.1037/trm0000302

Falicov, C., Niño, A., & D'Urso, S. (2020). Expanding possibilities: Flexibility and solidarity with under-resourced immigrant families during the COVID-19 pandemic. Family Process, 59(3), 865–882. https://doi.org/10.1111/famp.12578

Fals Borda, O. (2001). Participatory (action) research in social theory: Origins and challenges. In P. Reason & H. Bradbury (Eds.), Handbook of action research (pp. 27–37). Sage.

Fortuna, L. R., Tolou-Shams, M., Robles-Ramamurthy, B., & Porche, M. V. (2020). Inequity and the disproportionate impact of COVID-19 on communities of color in the United States: The need for a trauma-informed social justice response. Psychological Trauma: Theory, Research, Practice, and Policy, 12(5), 443–445. https://doi.org/10.1037/tra0000889

Fortuny, K., Capps, R., & Passel, J. S. (2007). The characteristics of unauthorized immigrants in California, Los Angeles county, and the United States. The Urban Institute; http://www.urban.org/UploadedPDF/411425_Char acteristics_Immigrants.pdf

Freire, P. (1982). Pedagogy of the oppressed. Continuum International Publishing Group, Inc.

Gone, J. P. (2009). A community-based treatment for Native American historical trauma: Prospects for evidence-based practice. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 77(4), 751–762. https://doi.org/10.1037/a0015390

Goodman, R. D., Vesely, C., Letiecq, B., & Cleaveland, C. (2017). Trauma and resilience among refugee and undocumented immigrant women. Journal of Counseling & Development, 95(3), 309–321. https://doi.org/10.1002/jcad.12145

Goodman, R. D., & West-Olatunji, C. A. (2008). Transgenerational trauma and resilience: Improving mental health counseling for survivors of Hurricane Katrina. Journal of Mental Health Counseling, 30(2), 121–136. https://doi.org/10.17744/mehc.30.2.q52260n24220 4r84

Goodman, R. D., & West-Olatunji, C. A. (2010). Educational hegemony, traumatic stress, and African American and Latino American students. Journal of Multicultural Counseling & Development, 38(3), 176–186. https://doi.org/10.1002/j.2161-1912.2010.tb00125.x

Gould, E., Perez, D., & Wilson, V. (2020). Latinx workers – particularly women – face devastating job losses in the COVID-19 recession. Economic Policy Institute. https://www.epi.org/publication/latinx-workers-covid/

Grant, T. J. (2025). COVID-19 as a mirror: Reflecting the pandemic of racism and the historical roots of health inequities. International Journal of Environmental Research and Public Health, 22(2), 273–285. https://doi.org/10.3390/ijerph22020273

Herman, J. (1997). Trauma and recovery. Basic Books.

Hernández Dubon, R. E., Letiecq, B. L., Chaplin, T., Vesely, C. K., Goodman, R. D., & Marquez, M. (2024). Immigration-related stress, depression, and positive parenting among undocumented Central American immigrant mothers. Family Relations, 74(2), 674–691. https://doi.org/10.1111/fare.13106

Hibel, L. C., Boyer, C. J., Buhler-Wassman, A. C., & Shaw, B. J. (2021). The psychological and economic toll of the COVID-19 Pandemic on Latina mothers in primarily low-income essential worker families. Traumatology, 27(1), 40–47. https://doi.org/10.1037/trm0000293

Hurtado-de-Mendoza, A., Gonzales, F. A., Serrano, A., & Kaltman, S. (2014). Social isolation and perceived barriers to establishing social networks among Latina immigrants. American Journal of Community Psychology, 53(1–2), 73–82. https://doi.org/10.1007/s10464-013-9619-x

Israel, B., Eng, E., Schulz, A., & Parker, E. (2005). Methods in community-based participatory research for health. Jossey-Bass.

James, D. E., Schumm, W. R., Kennedy, C. E., Grigsby, C. C., Shectman, K. L., & Nichols, C. W. (1985). Characteristics of the Kansas Parental Satisfaction Scale among two samples of married parents. Psychological Reports, 57(1), 163–169. https://doi.org/10.2466/pr0.1985.57.1.163

Jordan, J. V. (2024). Relational–Cultural Therapy (3rd ed.). American Psychological Association.

Kaltman, S., Hurtado de Mendoza, A., Serrano, A., & Gonzales, F. A. (2016). A mental health intervention strategy for low-income, trauma-exposed Latina immigrants in primary care: A preliminary study. The American Journal of Orthopsychiatry, 86(3), 345–354. https://doi.org/10.1037/ort0000157

Kira, I. (2021). The development-based taxonomy of stressors and traumas: An initial empirical validation. Psychology, 12(10), 1575–1614. https://doi.org/10.4236/psych.2021.1210099

Kira, I. A., Shuwiekh, H. A. M., Alhuwailah, A., Ashby, J. S., Sous Fahmy Sous, M., Baali, S. B. A., Azdaou, C., Oliemat, E. M., & Jamil, H. J. (2021). The effects of COVID-19 and collective identity trauma (intersectional discrimination) on social status and well-being. Traumatology, 27(1), 29–39. http://doi.org/10.1037/trm0000289

Letiecq, B. L., Davis, E., Vesely, C. K., Goodman, R. D., Zeledon, D., & Marquez, M. (2022). Central American immigrant mothers’ narratives of intersecting oppressions: A resistant knowledge project. Journal of Marriage and Family, 84, 1291–1313. https://doi.org/10.1111/jomf.12854

Letiecq, B. L., Mehta, S., Vesely, C. K., Marquez, M., Goodman, R. D., & Moron, L. (2019). Central American immigrant mothers’ mental health in the context of illegality: Structural stress, parental concern, and trauma. Journal of Family and Community Health, 42(4), 271–282. https://doi.org/10.1097/FCH.0000000000000233

Letiecq, B., Vesely, C.K., & Goodman, R. (2022). Participatory action research with, by, and for families. In K. Adamson, A. Few-Demo, C. Proulx and K. Roy (Eds.), Sourcebook of Family Theories and Methodologies (pp. 483-503). Springer. https://doi.org/10.1007/978-3-030-92002-9_35

Levine, P. A. (1997). Waking the tiger: Healing trauma. North Atlantic Books.

Marsella, A. J. (2010). Ethnocultural aspects of PTSD: An overview of concepts, issues, and treatments. Traumatology, 16(4), 17–26. https://doi.org/10.1177/1534765610388062

Martinez, S., & Sanchez, Z. (2024, February 20). Connecting Spanish-speakers to mental health providers attuned to their culture. California Health Care Foundation. https://www.chcf.org/resource/connecting-spanish-speakers-mental-health-providers-attuned-their-culture/

McKinley, C. E., Figley, C. R., Woodward, S. M., Liddell, J. L., Billiot, S., Comby, N., & Sanders, S. (2019). Community-engaged and culturally relevant research to develop behavioral health interventions with American Indians and Alaska Natives. American Indian and Alaska Native Mental Health Research, 26(3), 79–103. https://doi.org/10.5820/aian.2603.2019.79

Menjívar, C. & Abrego, L. (2009). Parents and children across borders: Legal instability and intergenerational relations in Guatemalan and Salvadoran families. In N. Foner (Ed.), Across generations: Immigrant families in America (pp. 160–189). New York University Press.

Menjívar, C., & Abrego, L. (2012). Legal violence: Immigration law and the lives of Central American immigrants. American Journal of Sociology, 117(5), 1380–1421. https://doi.org/10.1086/663575

Miles, V. (2020, June 26). Coronavirus testing in Alexandria to shift toward targeting hotspots. ALXnow. https://www.alxnow.com/2020/06/26/coronavirus-testing-in-alexandria-to-shift-towards-targeting-hotspots/

Mora, D. C., Grzywacz, J. G., Anderson, A. M., Chen, H., Arcury, T. A., Marín, A. J., & Quandt, S. A. (2014). Social isolation among Latino workers in rural North Carolina: Exposure and health implications. Journal of Immigrant Minority Health, 16, 822–830. https://doi.org/10.1007/s10903-013-9784-x

Nápoles, A. M., & Stewart, A. L. (2018). Transcreation: an implementation science framework for community-engaged behavioral interventions to reduce health disparities. BMC Health Services Research, 18(710), 1–15. https://doi.org/10.1186/s12913-018-3521-z

Pereira, K. M., Crosnoe, R., Fortuny, K., Pedroza, J. M., Ulvestad, K., Weiland, C., Yoshikawa, H., & Chaudry, A. (2012). Barriers to immigrants access to health and human services programs. Office of the Assistant Secretary for Planning and Evaluation. https://aspe.hhs.gov/reports/barriers-immigrants-access-health-human-services-programs-0

Pells, K., & Treisman, K. (2012). Genocide, ethnic conflict, and political violence. In L. L. Levers (Ed.), Trauma counseling (pp. 389–411). Springer.

Porges, S. W. (2020). The COVID-19 Pandemic is a paradoxical challenge to our nervous system: A polyvagal perspective. Clinical Neuropsychiatry, 17(2),135–138. https://doi.org/10.36131/CN20200220

Porges, S. W. (2022). Polyvagal theory: A science of safety. Frontiers in Integrative Neuroscience, 16, 1–15. https://doi.org/10.3389/fnint.2022.871227

Raghavan, S., & Sandanapitchai, P. (2020). The relationship between cultural variables and resilience to psychological trauma: A systematic review of the literature. Traumatology, 30(1), 37–51. https://doi.org/10.1037/trm0000239

Rogers, R. G. (2025, February 5). The dire mental health effects of restrictive immigration policies. U.S. Committee for Refugees and Immigrants. https://refugees.org/the-dire-mental-health-effects-of-restrictive-immigration-policies/

Rothschild, B. (2021). Revolutionizing trauma treatment: Stabilization, safety, & nervous system balance. Norton Professional Books.

Ruiz, E. (2012). Understanding Latina immigrants using relational cultural theory. Women & Therapy, 35(1–2), 68–79. https://doi.org/10.1080/02703149.2012.634727

Silverio, N., Gutierrez, D., & Wester, K. L. (2025). “Fue el amor que nos sostuvo”: The relational strengths of Latine immigrant couples. The Family Journal, 33(1), 19–30. https://doi.org/10.1177/10664807241276203

Sternberg, R. M., Nápoles, A. M., Gregorich, S., Paul, S., Lee, K. A., & Stewart, A. L. (2016). Development of the stress of immigration survey: A field test among Mexican immigrant women. Family & Community Health, 39(1), 40–52. https://doi.org/10.1097/FCH.0000000000000088

Tervalon, M., & Murray-García, J. (1998). Cultural humility versus cultural competence: A critical distinction in defining physician training outcomes in multicultural education. Journal of Healthcare for the Poor and Underserved, 9(2), 117–125. https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmed/10073197

Tuttle, M., Haskins, N. H., Mecadon-Mann, M., & Windham, H. D. (2022). Relational cultural theory: School counselors building partnerships with Latinx parents and caregivers. Journal of Child and Adolescent Counseling, 8(3), 115–127. https://doi.org/10.1080/23727810.2022.2102395

Tuttle, M., & Haskins, N. (2017). “A different way”: The experiences of Latinx parents with school counselors. Journal for Social Action in Counseling & Psychology, 9(2), 95–111. https://doi.org/10.33043/JSACP.9.2.95-111

Vesely, C. K., DeMulder, E., Sansbury, A., Davis, E., Letiecq, B., Willard, I. Goodman, R. D., & Amigas de la Comunidad. (2021). “A place where my children could learn to read, write, and play”: The search for early care and education among undocumented Central American immigrant mothers. Early Childhood Research Quarterly, 56(3), 306–319. https://doi.org/10.1016/j.ecresq.2021.03.016

Vesely, C. K., Letiecq, B. L., Choe, J., Nakamatsu, M. T., DeMulder, E., & Thomas, H. (2024, November 20–23). “We know what we need”: Family-led early childhood systems change for equity. In K. Roy (chair), Moving the field from Community-based to community-led participatory research: Studies of collaboration to promote equity and justice. National Council on Family Relations Annual Meeting. Bellevue, WA.

Vesely, C. K., Letiecq, B. L., Davis, E., Goodman, R. D., DeMulder, E., Marquez, M., & Amigas de la Comunidad (2024). “The spirit of a fighter”: Mixed-status Latine immigrant families’ experiences during COVID. Family Relations, 73(3), 1483–1500. https://doi.org/10.1111/fare.13010

Vesely, C. K., Letiecq, B. L., Goodman, R. D., DeMulder, E., Leyva, K., Marquez, M., & Amigas de la Comunidad (2023). Amigas de la Comunidad: A critical case study of community-based participatory research (CBPR) with Central American immigrant mothers. In M. Call-Cummings, G. Dazzo, & M. Hauber-Özer, Critical participatory inquiry: An interdisciplinary introduction and guide, (pp. 221-229). SAGE Press.

Vesely, C. K., Letiecq, B. L., Goodman, R. D., Marquez, M., Lazo, W., & Martinez, R. (2018). What does this mean to you?: Partnering with Amigas de la Comunidad to analyze the housing conditions of undocumented Latina immigrants. In A. Humble and E. Radina (Eds.), How Qualitative Data Analysis Happens: Moving Beyond “Themes Emerged”. Taylor & Francis. https://doi.org/10.4324/9781315171647-8

Vogt, W. A. (2013). Crossing Mexico: Structural violence and the commodification of undocumented Central American migrants. American Ethnologist, 40(4), 764–780. https://doi.org/10.1111/amet.12053

Wallerstein, N., Duran, B., Oetzel, J., & Minkler, M. (2018). Community-based participatory research for health: Advancing social and health equity (3rd ed.). Jossey-Bass.

Westcott, J. B., & Grimes, T. O. (2023). Applications of relational-cultural theory for social justice in mental health counseling. Journal of Mental Health Counseling, 45(1), 1–19. https://doi.org/10.17744/mehc.45.1.01

Traduction non officielle en français de Padres Ayudando a Padres : co-construire une intervention de santé mentale centrée sur la famille, de, par et pour des parents immigrés d’Amérique centrale, par Rachael D. Goodman, Colleen K. Vesely, Maribel Tohara Nakamatsu, Victoria Stone, Valeria Quintana, Bethany Letiecq et Amigas de la Comunidad, Trauma Counseling and Resilience, vol. 3, no 1 (2026), doi : 10.33470/2997-7088.1095, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Padres Ayudando a Padres: Co-constructing a Family-Centered Mental Health Intervention of, by, and for Central American Immigrant Parents », publié dans Trauma Counseling and Resilience (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Goodman, R. D., Vesely, C. K., Tohara Nakamatsu, M., Stone, V., Quintana, V., Letiecq, B., et Amigas de la Comunidad (2026). Padres Ayudando a Padres : co-construire une intervention de santé mentale centrée sur la famille, de, par et pour des parents immigrés d’Amérique centrale (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/padres-ayudando-a-padres-co-construire-une-intervention-de-sante-mentale (Œuvre originale publiée en 2026 dans Trauma Counseling and Resilience, 3(1), article 3 (2026) ; republiée en 2026 par Trauma Counseling and Resilience, https://mds.marshall.edu/tcr/vol3/iss1/3/)

Panier

Votre panier est vide.