Red Sistémica · Crise et résilience
Quels événements de la crise ouverte en décembre 2001 les Argentins ont-ils vécus comme les plus déstabilisants, et quelles conduites ont-ils mises en œuvre pour tenir ? Ruth Casabianca et Hugo Hirsch présentent les conclusions préliminaires d’une recherche conduite à Santa Fe auprès de la classe moyenne, à la croisée des concepts de stress, de trauma et de résilience.
« La distinction entre stress et trauma est valide lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des procédures thérapeutiques professionnelles, mais non lorsque nous nous centrons sur les capacités de rétablissement des sujets eux-mêmes. »
Ruth Casabianca et Hugo Hirsch
Résumé de l’original
Ce travail offre les conclusions préliminaires d’une recherche menée pour explorer l’impact qu’a eu, sur certains secteurs de la population, la crise déclenchée en décembre 2001. En s’appuyant sur les concepts de stress, de trauma et de résilience, il examine quels ont été les événements perçus comme les plus significativement déstabilisants, et quels ont été les comportements adaptatifs décrits comme les plus fréquents et les plus efficaces.
Les données semblent appuyer les conclusions de recherches antérieures menées dans d’autres contextes, quant aux caractéristiques personnelles et aux modes d’action interpersonnels les plus efficaces pour affronter des infortunes durables.
Nous examinerons dans cette présentation quelques-uns des effets qu’a eus la violence déclenchée par la crise institutionnelle au cours des années 2001-2002, tels qu’ils sont décrits par certains de ceux qui l’ont subie. Et aussi ce qu’ils disent de la manière dont ils ont cherché à les atténuer. En définitive : les dommages et leurs palliatifs, décrits par les victimes-protagonistes. Nous ne parlerons pas ici des causes de cette violence, ni des méthodes professionnelles permettant de la résoudre ou d’en soulager les effets.
Ces dernières années, et tout particulièrement à partir de décembre 2001, s’est produite dans le pays une série de faits inédits dans notre histoire, qui ont eu un large retentissement non seulement dans notre population, mais aussi au niveau de la presse mondiale.
Parmi ces événements marquants, qui ont fait office de stresseurs sociaux, citons : l’augmentation continue du chômage et de la pauvreté, ce que l’on a appelé le « corralito financier », la chute d’un président constitutionnel et la succession de plusieurs présidents en l’espace de cinq jours, la destruction physique des banques, les cacerolazos et les manifestations de piqueteros, l’expression publique du rejet de la classe dirigeante et du système judiciaire, la dévaluation de la monnaie et l’hyperinflation qui s’est ensuivie, l’insécurité physique et les faits de violence contre les personnes et les biens, la perte progressive de confiance dans les forces de sécurité publique, entre autres.
Depuis notre profession de psychologues, engagés sur les questions de santé — au sens le plus général de bien-être physique, psychosocial et spirituel —, nous ne pouvions pas ne pas percevoir que la majorité de la population, individuellement ou dans les groupes auxquels elle appartient, semblait avoir été affectée dans son bien-être à des degrés divers et de différentes manières.
Dans notre expérience de cabinet ou d’institution de santé publique, nous recevions quotidiennement des messages qui nous aidaient à détecter, de façon non systématique, à quel point et de quelle manière les personnes se sentaient bafouées dans leur dignité humaine, dans leurs valeurs et leurs principes de vie, dans la qualité de leurs liens les plus significatifs, et dans leurs attitudes envers elles-mêmes et envers les autres.
Cette perception nous a conduits à concevoir une recherche que nous avons commencée dans notre ville et auprès de la population de classe moyenne : en partie parce qu’une recherche exige de définir certaines constantes, et en partie parce que nous pensions a priori que cette classe sociale avait été particulièrement atteinte dans sa vision du monde. Nous analyserons ici quelques-unes des données significatives que nous avons recueillies lors d’une étape préliminaire, réalisée avec la collaboration méthodologique de la Dre Liliana Tauber, la participation d’étudiants du cursus de psychologie, et le soutien de notre Universidad Católica de Santa Fe.
Nous sommes partis de la conception selon laquelle les individus sont toujours immergés dans des contextes de signification et d’interaction qui les influencent et les transforment, et auxquels ils réagissent aussi en s’adaptant de différentes manières, et aux différents niveaux d’insertion : comme personnes, dans les groupes les plus proches tels que le couple ou la famille, dans nos réseaux sociaux et dans les institutions auxquelles nous appartenons. Chacun de ces niveaux est connecté à l’autre et interdépendant de lui ; autrement dit, un changement dans l’un d’eux affecte l’autre et est affecté par lui.
Aux fins de cette recherche — et en lien avec la conception que nous venons de décrire —, nous allons considérer les concepts de stress, de trauma et de résilience, pour les appliquer à l’analyse et à la compréhension des phénomènes observés.
Nos objectifs étaient les suivants :
La méthodologie a impliqué plusieurs étapes.
Une première enquête pilote a été construite avec des questions ouvertes, qui a été administrée à cinquante sujets de Santa Fe et de la Capitale fédérale. À partir des réponses obtenues, les catégories de l’enquête définitive ont été élaborées par accord entre les chercheurs.
Ces accords ont abouti à formaliser, selon les questions, entre douze et trente-trois catégories.
Le questionnaire est constitué en majorité d’alternatives fermées avec des items d’échelle (Cohen et Manion, 1990) et de quelques rares questions ouvertes. Les réponses ont été quantifiées de 1 à 6 pour les catégories suivantes : « très légèrement intense », « légèrement intense », « intense », « assez intense », « très intense », « ne se prononce pas ».
Il comporte trois étapes de traitement quantitatif des données.
1re étape : stratification des quartiers de la ville de Santa Fe. Pour ce faire, nous avons recueilli des informations issues du recensement et de l’enquête permanente auprès des ménages de la ville de Santa Fe, dont la source était le « Programa de Información sobre Municipios » de l’INDEC, dans des unités d’observation minimales (fractions et districts de recensement).
La base de données du PRINEM nous a fourni, par district de recensement, des informations sur les variables suivantes :
Chaque quartier a été identifié avec ses fractions et districts correspondants, ce qui a permis d’obtenir, pour chacun d’eux, une quantification en termes des variables indiquées. Nous avons enfin procédé à un regroupement des quartiers au moyen d’une analyse par conglomérats (cluster analysis) — méthode statistique de regroupement des unités d’observation selon leur proximité en termes de distance. Cela a permis de construire des strates de quartiers, classés de manière approximative comme relevant de la « classe supérieure », de la « classe moyenne » ou de la « classe populaire ». Nous avons ainsi sélectionné les quartiers dont les caractéristiques étaient celles de la « classe moyenne ».
2e étape : délimitation de chacun des quartiers sélectionnés à l’étape précédente. Il s’est agi, à cette étape, de délimiter chaque quartier retenu, en repérant ses limites et ses rues.
3e étape : tirage au sort de l’îlot dans les quartiers retenus à la première étape. Les îlots de chaque quartier ont été numérotés afin de rendre possible leur tirage au sort. Un échantillonnage aléatoire simple a été réalisé pour sélectionner chacun des îlots.
Une classification et une sélection ont par ailleurs porté sur l’âge et le sexe que devaient avoir les personnes interrogées. Les âges ont été répartis ainsi : de 18 à moins de 30 ans, de 30 à moins de 40, de 40 à moins de 50, de 50 à moins de 60, et 60 ans ou plus. Chaque enquêteur devait sélectionner, dans chaque ménage, la personne qui répondrait à l’enquête, afin de recueillir les opinions de personnes d’âges et de sexes différents.
L’échantillon préliminaire analysé pour le présent travail est de cinquante sujets.
[La revue interrompt ici le texte, puis le reprend plus loin.]
La littérature scientifique développée au cours des quinze dernières années n’insiste pas sur la différenciation entre stress et trauma lorsque le foyer de l’analyse est la résilience. Cette distinction est valide lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des procédures thérapeutiques professionnelles, mais non lorsque nous nous centrons sur les capacités de rétablissement des sujets eux-mêmes…
Notes de l’original
(*) L’article complet a été publié dans le n° 79 de Perspectivas Sistémicas.
Qui sont les auteurs
Ruth Casabianca est licenciée en psychologie. Elle dirige le cursus de psychologie de l’Universidad Católica de Santa Fe. Elle est enseignante invitée en troisième cycle à l’Universidad Nacional del Litoral, à l’Universidad de Buenos Aires et à l’Universidad del Aconcagua.
Hugo Hirsch est licencié en psychologie. Il enseigne à l’Universidad de Buenos Aires, est enseignant invité à l’Universidad Adventista del Plata, et a été enseignant de troisième cycle à l’Universidad de Belgrano.
Liliana Tauber est professeure de mathématiques et docteure en pédagogie. Elle enseigne à l’Universidad Católica de Santa Fe et à l’Universidad Nacional del Litoral.
Un extrait
Red Sistémica ne publie en ligne qu’un fragment de cet article : le texte intégral a paru dans le n° 79 de Perspectivas Sistémicas. Notre traduction reprend la totalité du fragment mis en ligne, et rien de plus ; les résultats de la recherche et leur discussion ne nous sont pas accessibles. Lire le fragment original en espagnol.
Références
Bell, Carl (2002) : « Cultivating resilience ». Artículo publicado en Gift from Within, en asociación con Amazon.com.
Casabianca, Ruth ; García, Adela (1998) : « Familias a cargo de un solo padre. Terapia y resiliencia ». Investigación presentada al XI Congreso de la International Family Therapy Association. Düsseldorf.
Cohen, L. y Manion, L. (1990). Métodos de investigación educativa. Madrid : La Muralla.
Henderson Grotberg, Edith (2002) : « Nuevas tendencias en resiliencia », en Melillo, A. ; Suárez Ojeda, E. : Resiliencia. Paidós. Bs. As.
Lewis Herman, Judith (1992) : Trauma and Recovery. The aftermath of violence — from domestic abuse to political terror. Basic Books. New York.
López Rosetti, Daniel (2000) : Estrés : cómo entenderlo y vencerlo. Lumen. Bs. As.
Ravazzola, Cristina (2002) : « Resiliencias familiares », en Melillo, A. ; Suárez Ojeda, E. : Resiliencia. Paidós. Bs. As.
Reivich, Karen ; Shatté, Andrew (2002) : The Resilience Factor. Broadway Books. New York.
Siebert, Al (2001) : « How to Develop Survivor Resiliency ». The Resiliency Center. Chicago.
Spera, Stefanie ; Lanto, Sandra (1997) : Beat Stress with Strength. Park Avenue. New York.
Walsh, Froma (1982) : Normal Family Process. Guilford Press. New York.
Cet article est la traduction française de « Argentina 2001-2003: Stress, trauma y resiliencia », publié par Red Sistémica (première parution : Perspectivas Sistémicas, n° 79, décembre 2003 – février 2004). Traduit et republié avec l’accord de la revue.
Lire l’article originalComment citer cet article
Casabianca, R., & Hirsch, H. (2022). Argentine 2001-2003. Stress, trauma et résilience (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/argentine-2001-2003-stress-trauma-et-resilience (Œuvre originale publiée en 2003 dans Perspectivas Sistémicas, n° 79, décembre 2003 – février 2004 ; republiée en 2022 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2022/07/15/argentina-2001-2003-stress-trauma-y-resiliencia/)
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