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Child & Family Social Work · Travail social

Comment les adolescents négocient loyauté et équité pendant la séparation de leurs parents

En Norvège, où la médiation familiale est obligatoire pour les parents qui se séparent, la résidence alternée à parts égales passe pour la forme même de l’équité. Onze récits d’adolescents disent autre chose : on y tient les comptes de ce que chaque parent a donné ou refusé, et l’on règle en conséquence la proximité et la distance. Une lecture par la théorie des loyautés invisibles de Boszormenyi-Nagy.

Auteurs Lovise Grape, Jeanette Skoglund, Gry Mette Dalseng Haugen et Renee Thørnblad (RKBU Nord, Centre régional de connaissances sur l’enfance et la jeunesse, UiT Université arctique de Norvège, Tromsø), NorvègePremière publication Child & Family Social Work, 10 juillet 2024Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Comment les adolescents négocient loyauté et équité pendant la séparation de leurs parents, par Lovise Grape, Jeanette Skoglund, Gry Mette Dalseng Haugen et Renee Thørnblad, publié dans Child & Family Social Work (Wiley) (2025), doi : 10.1111/cfs.13215, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

La loyauté n’est pas quelque chose d’inhérent à la relation parent-adolescent, mais plutôt quelque chose qui se gagne par une légitimité acquise.

Lovise Grape, Jeanette Skoglund, Gry Mette Dalseng Haugen et Renee Thørnblad

Résumé

La recherche sur l’expérience que les enfants ont de la séparation parentale met en avant l’égalité et l’équité entre les parents comme l’une des raisons pour lesquelles les enfants souhaitent un partage du temps symétrique entre leurs parents. Dans cet article, nous analysons des récits d’adolescents et nous demandons comment les adolescents négocient la proximité et la distance avec leurs parents, en portant une attention particulière aux questions de loyauté lorsque le point de vue des adolescents s’écarte de la symétrie et de l’équité. Des récits issus d’entretiens qualitatifs avec 11 adolescents vivant en Norvège, de 12 à 17 ans ont été analysés. Des idées tirées de la théorie des loyautés invisibles ont servi à analyser les entretiens, ce qui a fait apparaître deux thèmes, à savoir « La comptabilité des obligations remplies et manquées des parents » et « Les négociations des obligations entre parents et adolescents ». Selon les adolescents de cette étude, l’équité ne signifie pas nécessairement un partage égal du temps. L’équité fait l’objet d’une négociation, et la loyauté des adolescents envers leurs parents se justifie par les obligations remplies et manquées.

1 Introduction

La dimension dynamique de la vie familiale apparaît avec une netteté particulière lors de la séparation des parents. La séparation parentale désigne la dissolution de l’union entre des parents cohabitants ou mariés. Au cours de ce processus, des routines et des pratiques familiales qui allaient relativement de soi deviennent objets de négociation (Morgan 2011). Dans cet article, nous examinons comment des adolescents donnent sens à leurs relations avec leurs parents et les négocient après la séparation parentale, dans un contexte norvégien. Alors que nous désignons les enfants en général comme les personnes âgées de 0 à 17 ans, le terme adolescents renvoie précisément aux âges compris entre 12 et 17 ans.

1.1 La séparation parentale dans le contexte norvégien

Environ 44 % de la population adulte est mariée, tandis que 20 % vit en cohabitation (Andersen 2023). D’après les tendances actuelles, le taux de divorce est de 37,1 % (Statistics Norway 2024), et la cohabitation est nettement moins stable (Golpen 2015). Environ 77 % des enfants vivent avec leurs deux parents dans le même foyer, tandis qu’environ 23 % sont enregistrés dans un foyer monoparental1 (Statistics Norway 2023). Environ 24 000 enfants vivent chaque année la séparation de leurs parents (Direction norvégienne de l’enfance, de la jeunesse et des affaires familiales ; Bufdir 2024).

Nous présentons ci-après quelques aspects clés du contexte norvégien de la séparation parentale : le droit des enfants à être entendus, la médiation familiale obligatoire (ci-après, la médiation) et la pratique de la résidence alternée. La résidence alternée désigne un accord dans lequel l’enfant est enregistré comme résidant physiquement chez ses deux parents. La résidence alternée symétrique renvoie à un partage égal du temps, tandis que la résidence alternée asymétrique renvoie au fait que l’enfant passe au moins 30 à 49 % du temps dans chacun des deux lieux (Steinbach et Augustijn 2021).

La législation norvégienne a intégré l’article 12 de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CIDE) (Convention relative aux droits de l’enfant 1989). Selon la loi sur l’enfance (1981, article 31), les enfants, à partir de sept ans (ou avant, en cas de capacité à se forger une opinion), doivent recevoir des informations et avoir la possibilité d’exprimer leur point de vue. À partir de 12 ans, leur point de vue doit se voir accorder un poids considérable. Les parents sont les premiers garants du droit des enfants à être entendus, et cette obligation leur est rappelée pendant la médiation (règlement sur la médiation familiale 2007).

Les centres de conseil familial reçoivent chaque année environ 11 000 nouvelles situations de séparation parentale, et ce service est gratuit (Nylund 2021). La médiation est l’une des formes de modes alternatifs de règlement des différends (MARD) (voir Birnbaum 2009 ; Newell, Graham et Fitzgerald 2009) qui peuvent intervenir avant l’ouverture d’une procédure en droit de la famille (Taylor et al. 2021). En Norvège, elle est distincte de la médiation judiciaire et des procès, et elle ne fait intervenir ni avocats ni experts de l’enfance désignés (Nylund 2021). Elle est obligatoire pour tous les parents d’enfants de moins de 16 ans qui se séparent (quel que soit le niveau de conflit) et pour les parents qui souhaitent engager une procédure judiciaire. Son objectif principal est de favoriser la collaboration coparentale et de résoudre les conflits entre parents. La personne chargée de la médiation familiale doit guider les parents afin de garantir l’intérêt supérieur de l’enfant dans les arrangements parentaux relatifs à l’autorité parentale, à la résidence et aux contacts (règlement sur la médiation familiale 2007). Une attestation de médiation qui prouve la présence des parents est une condition préalable pour demander le divorce, percevoir les allocations familiales après la séparation parentale et engager une procédure judiciaire portant sur la garde, la résidence et le déménagement (loi sur l’enfance 1981 ; loi sur le mariage 1991). Moins de 20 % des parents séparés engagent une procédure judiciaire, qui prend le plus souvent la forme d’une médiation judiciaire (Nylund 2021).

La participation des enfants à la médiation n’est pas encadrée par la loi en Norvège, mais nous avons observé une volonté politique d’accroître ce type de participation. Par exemple, en 2022, l’objectif était d’inclure 30 % des enfants dans le processus de médiation de leurs parents (Bufdir. 2023). Aujourd’hui, environ 25 % des enfants (généralement de 7 à 15 ans) participent à ce processus (Bufdir. 2023). C’est une hausse considérable par rapport aux niveaux antérieurs (par exemple, 4 % en 2010, voir Ådnanes et al. 2011). La recherche menée en Norvège a montré que les enfants souhaitent, de manière générale, être entendus, quel que soit le niveau de conflit entre les parents (Thørnblad et Strandbu 2018 ; Sunde, Larsen et Helland 2021). De plus, les enfants qui participent à la médiation ont souvent un avis sur les modalités de résidence (Grape, Thørnblad et Handegård 2021).

Selon l’article 9 de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CIDE) (Convention relative aux droits de l’enfant 1989) et la législation norvégienne (Haugli 2013 ; loi sur l’enfance 1981, article 42), les parents et leurs enfants ont le droit de maintenir des contacts les uns avec les autres même en vivant séparément. La coparentalité et la résidence alternée sont devenues de plus en plus courantes dans de nombreux pays occidentaux (Steinbach 2019). Une tendance à des pratiques paternelles plus impliquées peut se comprendre dans le cadre des politiques et des législations de protection sociale de la famille qui mettent l’accent sur l’égalité entre les sexes dans les pays nordiques (Andreasson et Johansson 2019 ; Eydal et Rostgaard 2018 ; Eydal et Rostgaard 2011 ; Gíslason et Símonardóttir 2018 ; Kitterød et Lyngstad 2014 ; Forsberg 2009). Si certains travaux suggèrent que la résidence alternée a des effets positifs, comme l’amélioration de la relation père-enfant ou du bien-être de l’enfant (voir Nielsen 2018 ; Sandberg 2023 ; Vrolijk et Keizer 2021), d’autres se montrent plus prudents à l’égard de ces conclusions en raison de limites méthodologiques et d’une sélection sociale parmi les parents qui pratiquent ces arrangements (voir Johansen et al. 2022 ; Ottosen et al. 2018 ; Steinbach 2019 ; Wiik 2022).

En 2020, en Norvège, 43 % des parents séparés pratiquaient la résidence alternée symétrique, un sur dix pratiquait la résidence alternée asymétrique, et environ la moitié des parents séparés pratiquaient la résidence exclusive, dans laquelle l’enfant vivait la plupart du temps chez l’un des parents, le plus souvent la mère (Wiik 2022).

1.2 La recherche sur l’expérience que les enfants ont de la séparation parentale

La recherche sur l’expérience que les enfants ont de la résidence alternée a montré qu’ils se préoccupent souvent d’égalité et de symétrie, et peuvent traiter leurs parents de manière équitable et égale dans la façon de répartir leur temps entre les deux foyers (voir Cashmore et Parkinson 2008 ; Kitterød et Lidén 2021 ; Neale et Flowerdew 2007). Plusieurs études constatent que les enfants souhaitent avoir des relations proches avec leurs deux parents après la séparation parentale (Berman et Daneback 2022 ; Graham, Fitzgerald et Phelps 2009 ; Haugen 2007 ; Kitterød et Lidén 2021 ; Thørnblad et Strandbu 2018). La proximité avec les parents est l’un des aspects de la qualité de la relation parent-enfant et peut jouer le rôle de facteur de protection lors des conflits entre les parents (van Dijk et al. 2020).

L’idéal de la « parentalité intensive » est répandu dans le contexte euro-américain (Faircloth 2023), y compris dans les pays scandinaves (Forsberg 2011 ; Hennum 2014 ; Aarseth 2018). Il signifie que la parentalité est centrée sur l’enfant et veille à l’intérêt supérieur de celui-ci. Les enfants aussi peuvent s’appuyer sur un discours de « l’intérêt supérieur de l’enfant » pour mettre en avant leurs propres souhaits (Kitterød et Lidén 2021), par exemple en soulignant le besoin de souplesse dans les modalités de résidence (Birnbaum et Saini 2015). La souplesse peut consister en de petites modifications du planning parental ou en la possibilité de passer au domicile de l’autre parent (Berman 2015 ; Graham, Fitzgerald et Phelps 2009 ; Grape, Thørnblad et Handegård 2021 ; Haugen 2010 ; Marschall 2014). Les adolescents, en particulier, semblent préférer des arrangements souples, ajustés à leur vie quotidienne (Gollop, Smith et Taylor 2000 ; Kitterød et Lidén 2021). La capacité à influer sur les modalités de résidence peut dépendre des occasions qu’ont les enfants et les adolescents d’exprimer leur point de vue et d’avoir leur mot à dire (Berman 2018 ; Carson et al. 2018 ; Gollop, Smith et Taylor 2000 ; Haugen, Dyrstad et Ådnanes 2015 ; Sunde, Larsen et Helland 2021).

Lorsqu’une préférence en matière de résidence s’écarte de la résidence alternée symétrique, les enfants peuvent éprouver des sentiments de culpabilité ou des conflits de loyauté, en raison d’un souhait simultané d’avoir des relations proches avec leurs deux parents (Haugen 2007, 2010 ; Johnsen, Litland et Hallström 2018 ; Marschall 2014). Les relations parent-enfant font souvent l’objet de négociations après la séparation parentale (voir Berman 2015, 2018). Certains enfants peuvent résister au contact avec l’un des parents, ou le refuser, en raison de violences, de maltraitances ou du comportement d’un parent qui influence le point de vue de l’enfant (Garber 2007 ; Geffner et Sandoval 2020). D’autres enclenchent des changements pour des raisons pratiques, par sentiment de proximité avec un parent ou un quartier, ou pour d’autres raisons (voir, par exemple, Carson et al. 2018). Des préférences de résidence qui s’écartent de la résidence alternée symétrique peuvent signaler le besoin de modalités de résidence souples.

1.3 Objectif de la recherche

Cet article vise à apporter de nouveaux regards sur l’expérience que les adolescents ont de leurs relations avec leurs parents après la séparation parentale, dans un contexte norvégien. On considère souvent que les adolescents se trouvent à la croisée de nouvelles formes de participation, à la fois dans les relations familiales et dans les relations entre pairs (Giordano 2003 ; Rogoff 2003). Leurs interactions avec leurs parents se caractérisent parfois par une évolution vers des relations plus égalitaires et, par périodes, par davantage de conflits (Branje 2018) ; elles présentent donc un intérêt particulier. Dans cet article, nous analysons ce que les adolescents soulignent comme important lorsque les relations et les modalités de résidence sont renégociées. Nous nous demandons comment les adolescents négocient la proximité et la distance avec leurs parents, et comment ces jeunes justifient leur loyauté envers leurs parents lorsque leur point de vue s’écarte de la symétrie et de l’équité entre les parents.

1.4 Cadre théorique

Dans une perspective socioculturelle, les adolescents sont compris comme des agents actifs, qui créent du sens dans leurs interactions avec les contextes sociaux et culturels dans lesquels se déroule leur vie (Bruner et Haste 1987 ; Rogoff 2003 ; Valsiner 1997). Leurs décisions de se comporter de manière loyale (ou non) doivent être considérées en lien avec leur contexte, à la fois l’environnement et la matrice des motivations, des options et des droits (subjectifs) (Boszormenyi-Nagy et Krasner 1986). La théorie des loyautés invisibles (Boszormenyi-Nagy et Spark 1973) conçoit les relations comme dialectiques. Nous appliquons ce cadre théorique à la compréhension des tensions dynamiques entre la dépendance ontologique des adolescents à l’égard des interactions avec leurs parents et le développement de leur autonomie. La loyauté est définie comme « un attachement préférentiel à des partenaires relationnels qui ont droit à une priorité de “lien” (Boszormenyi-Nagy et Krasner 1986, p. 418) ». Selon cette théorie, les gens se comportent de manière loyale en raison d’une contrainte extérieure, d’un intérêt conscient pour l’appartenance, de sentiments d’obligation consciemment reconnus et d’une obligation inconsciente et contraignante d’appartenir (Boszormenyi-Nagy et Spark 1973). Chaque personne tient le compte des obligations passées et présentes entre membres de la famille, qui contribuent à un « grand livre de la justice » (invisible). Ce grand livre produit une équité perçue du donner et du recevoir qui existe dans la relation (Boszormenyi-Nagy et Krasner 1986 ; Boszormenyi-Nagy et Spark 1973).

Les obligations familiales peuvent se comprendre comme négociées au fil d’un processus de répartition des responsabilités (Finch et Mason 1993). Les négociations entre les parents et leurs enfants sont devenues la norme dans les cultures occidentales contemporaines (voir Sommer 2019). Manquer à ses obligations peut entraîner de la culpabilité, qui constitue une force régulatrice secondaire en agissant sur l’homéostasie des obligations, ou système de loyauté (Boszormenyi-Nagy et Spark 1973). En considérant que les adolescents négocient avec leurs parents pendant la séparation de ceux-ci, nous les voyons comme des agents qui interagissent de façons qui influent sur les relations et les décisions (Mayall 2002). Autrement dit, ce sont des agents pris dans des relations interdépendantes au sein desquelles la loyauté est continuellement négociée (Abebe 2019 ; Alanen 1998 ; Spyrou 2018).

2 Méthodes

Cette étude fait partie du projet Entendre les enfants en médiation (HBIM), qui examine des aspects des pratiques incluant l’enfant dans les centres de conseil familial en Norvège. L’étude a été approuvée par l’Agence norvégienne des services partagés pour l’éducation et la recherche (réf. n° 150314).

2.1 Stratégie d’échantillonnage et participants

Les équipes de médiation familiale de cinq centres de conseil familial, situés dans les quatre régions du pays, en zones rurales comme urbaines, ont contribué au recrutement des adolescents. Nous avons utilisé une stratégie d’échantillonnage illustrative (Mason 2002) et raisonnée (Flick 2007). L’invitation à participer dépendait de la présence passée des jeunes au processus de médiation, quel que soit le type de médiation (divorce, parents anciennement cohabitants, médiation préalable à une procédure judiciaire et médiation liée à un déménagement), et de leur âge, compris entre 12 et 17 ans au moment du recrutement.

Notre objectif était que les récits éclairent différentes manières, pour les adolescents, de participer aux processus de décision pendant la séparation parentale. La variation a été jugée suffisante lorsque les récits présentaient des points de départ différents (par exemple, des conflits parent-adolescent ou l’absence de conflit) qui empruntaient des chemins différents vers la continuité ou la discontinuité (par exemple, des relations proches et des contacts fréquents, et des relations conflictuelles et peu de contacts). Onze adolescents (deux garçons et neuf filles) ont participé à l’étude. Leurs modalités de résidence différaient, avec des degrés de stabilité variables.

2.2 Procédure, éthique et guide d’entretien

Les jeunes ont reçu des informations sur l’étude de la part des personnes chargées de la médiation familiale qui recrutaient les familles, par téléphone et par courriel, ainsi qu’au début de l’entretien. Les adolescents de 16 ans et plus ont donné leur consentement personnel. Les plus jeunes ont donné leur consentement personnel, et les parents ont également consenti à leur participation. La personne qui menait les entretiens est restée attentive au consentement tout au long de l’entretien et a souligné qu’il était possible de se retirer à tout moment. Pour protéger la confidentialité, les entretiens ont été anonymisés, des pseudonymes ont été attribués et les âges ont été présentés par intervalles de 3 ans (12-14 ou 15-17).

Les entretiens ont été menés par la personne qui signe en premier, entre septembre et décembre 2020. Quatre entretiens ont eu lieu dans un endroit choisi par les adolescents, et sept ont été menés à distance, par visioconférence Zoom, en raison des restrictions liées au Covid-19. Les entretiens ont duré de 45 à 90 min. Tous ont été enregistrés et transcrits.

Les entretiens étaient semi-directifs et s’appuyaient sur Bamberg (2021), en considérant que les récits configurent la dimension temporelle de l’expérience humaine, passé, présent et avenir, dimension qui occupe une place privilégiée pour explorer la stabilité, la continuité et le changement. En outre, nous considérons les récits des adolescents comme des manières de créer du sens et de la cohérence (Gubrium et Holstein 2009) à partir du processus de séparation de leurs parents.

Le guide d’entretien comprenait cinq parties. (1) Informer et amorcer le processus (recueillir le consentement éclairé, reprendre le contenu de la notice d’information et présenter la personne qui menait l’entretien). (2) Parler de la période allant du moment où les jeunes ont appris la séparation parentale jusqu’à l’entretien de recherche. Des questions de relance portaient sur les pensées, les sentiments et la compréhension que les adolescents avaient des événements, ainsi que sur des éléments narratifs comme le temps et l’espace. Les questions de relance sur les modalités de résidence n’étaient posées que si le sujet avait été abordé par la personne interrogée au cours de l’entretien. Lorsqu’une personne avait du mal à donner des exemples, on lui demandait de développer un moment fort, un moment difficile et un tournant. (3) La participation des adolescents à la médiation. (4) Leurs aspirations, leurs espoirs et leurs projets d’avenir. (5) La personne qui menait l’entretien résumait le récit pour donner à la personne interrogée l’occasion de corriger et de compléter. Les jeunes pouvaient choisir d’être recontactés pour lire le manuscrit avant sa soumission à une revue scientifique.2

2.3 Analyse des données

L’analyse adopte une démarche abductive, dans laquelle les données empiriques et les connaissances théoriques s’appuient mutuellement pour faire avancer l’analyse (Alvesson et Sköldberg 2017 ; Tavory et Timmermans 2014). L’équipe de recherche a discuté de ce qu’elle attendait et de ce qui l’a surprise dans les récits. Par exemple, nous nous attendions à une conscience du droit des enfants à être entendus, du fait de l’accent mis sur des pratiques parentales centrées sur l’enfant en Norvège. Nous nous attendions aussi à ce que les jeunes réfléchissent à leurs modalités de résidence. Or ce qui a retenu notre attention, c’est la manière dont les personnes interrogées s’attachaient à expliquer comment les pratiques familiales avaient changé et comment elles évaluaient la qualité de la parentalité et des relations parent-adolescent au cours de ces changements. La plupart des jeunes ont livré des récits riches et détaillés. Deux des entretiens se caractérisaient par des récits plus brefs et par davantage de paroles et de questions de la part de la personne qui menait l’entretien. Ces deux entretiens se sont néanmoins révélés instructifs, car ils faisaient apparaître des incohérences entre la manière dont les adolescents présentaient l’accomplissement de leurs obligations par les deux parents et leur proximité affective avec chacun d’eux.

Au début du processus d’analyse, nous avons choisi Anne comme cas index (Timmermans et Tavory 2022) pour ancrer notre analyse, et l’avons utilisé comme « du point autour duquel la variation sera structurée (p. 93) ». Le récit d’Anne semblait saisir des traits centraux de la manière dont les adolescents de cette étude exerçaient leur capacité d’agir dans les négociations. Même si le récit d’Anne a retenu notre attention et notre curiosité au départ, les 11 récits ont tous fait l’objet d’une analyse systématique. Par exemple, elle faisait partie des huit adolescents qui souhaitaient moins de contacts avec l’un des parents. Trois adolescents étaient d’accord avec leurs parents pour passer autant de temps chez l’un que chez l’autre, mais cette préférence n’était pas inconditionnelle.

Après avoir retenu Anne comme cas index, nous avons examiné l’ensemble du matériau pour y repérer les extraits qui décrivaient des aspects des relations entre un enfant et un parent. Les approches narratives de l’analyse tendent à se concentrer sur les récits de chaque personne interrogée plutôt que sur des conceptions générales de la saturation (Saunders et al. 2018). Lorsque l’accent est mis sur les expériences, des échantillons plus petits peuvent être acceptables (voir, par exemple, Sandelowski 1995).

Une fois les descriptions relationnelles devenues familières d’un entretien à l’autre, nous avons appliqué les idées de Magnusson et Marecek (2015) sur la manière d’analyser des extraits individuels pour y repérer des significations culturelles implicites. La personne qui signe en premier a relevé, dans chaque transcription, les sujets textuels et les actions, comme outil d’organisation. Selon Magnusson et Marecek (2015), les personnes (les sujets textuels) sont les acteurs d’un récit qui disent et font des choses (les actions), et elles canalisent ainsi la manière dont des significations culturelles implicites (comme des normes anciennes et nouvelles) peuvent influencer ou nourrir ce qui se dit dans une conversation. L’équipe de recherche a discuté des contradictions entre ces sujets textuels et ces actions au sein de chaque cas, ce qui a aidé à repérer des tensions dialectiques. Les accords entre sujets textuels et actions ont aidé à repérer des compréhensions tenues pour acquises et ont conduit à d’autres discussions sur les significations culturelles implicites au sein de chaque entretien et d’un entretien à l’autre. Voir le tableau 1 pour une illustration de ce processus.

Tableau 1 — Illustration de l’analyse des données appliquant les idées de Magnusson et Maracek (2015)

  • Désaccords. Elle n° 3 : « la maman ourse » vs Elle n° 4 : la mère « qui a “foiré” avec ses enfants » + Elle n° 5 : la mère infaillible.
  • Accords. Je n° 1 : la fille sur le qui-vive + Elle n° 1 : la mère lunatique + Je n° 4 : la fille que sa mère fait passer au second plan + Elle n° 4 : la mère « qui a “foiré” avec ses enfants » + Elle n° 5 : la mère infaillible.
  • Significations culturelles implicites. Les adolescents ont le droit d’évaluer les efforts de leurs parents pour prendre soin d’eux.

Dans le tableau 2, nous présentons la manière dont nous avons regroupé les significations culturelles implicites en deux thèmes généraux : « La comptabilité des obligations remplies et manquées des parents » et « Les négociations des obligations entre parents et adolescents ».

Tableau 2 — Synthèse des significations culturelles implicites regroupées en thèmes

Pour chaque thème : signification culturelle implicite, puis exemple empirique (citation).

  • La comptabilité des obligations remplies et manquées des parents. Les adolescents ont le droit d’évaluer les efforts de leurs parents pour prendre soin d’eux : « J’ai des conversations plus drôles avec papa. » Attentes que les parents favorisent un sentiment d’être ensemble : « On a commencé à faire des boulettes de viande plus souvent [pour le dîner] (…) on ne savait pas qu’on aimait ça avant de commencer à en faire. » Droit des parents à la proximité affective et au fait d’être ensemble : « Je ne veux pas rester plus de temps chez l’un des deux. Parce qu’alors quelqu’un pourrait penser “Waouh ! Elle aime l’autre [parent] plus que moi !” »
  • Les négociations des obligations entre parents et adolescents. Les adolescents évaluent les stratégies des parents pour être proches de leur enfant : « Il a commencé à me harceler du genre “mais tu ne peux pas rester le mardi aussi ?” » Les adolescents régulent la proximité et la distance avec leurs parents : « (…) et j’ai dit “oui, mais je reste le lundi maintenant jusqu’à ce que j’aie parlé avec la médiatrice.” »

Nous reconnaissons que les récits peuvent être interprétés autrement. Au lieu d’une loyauté envers l’un des parents, on pourrait voir un comportement manipulateur de la part d’un parent, de la maltraitance et de la négligence, ou des violences comme raisons d’une possible « triangulation ». Nous avons toutefois évité toute supposition, pour rester au plus près du contenu des récits des adolescents.

2.4 L’incidence de la pandémie de Covid-19

Le chevauchement entre le processus de séparation parentale et le déroulement de la pandémie de Covid-19 variait d’un jeune à l’autre. Nous reconnaissons que, de manière générale, certains parents ont pu connaître un stress accru pendant le confinement (Helland et al. 2021), et que certains enfants ont connu un bien-être moindre et des niveaux plus élevés d’anxiété et de dépression au cours des premiers temps de la pandémie (Nøkleby et al. 2023). Ce n’était toutefois pas un sujet sur lequel les adolescents ont insisté, et nous comprenons que les négociations, d’après leurs récits, se poursuivaient tout au long du processus de séparation, indépendamment de la pandémie.

3 La comptabilité des obligations remplies et manquées des parents

La loyauté des adolescents envers leurs parents semblait dépendre des attentes que les parents avaient remplies ou déçues pour prendre soin de leur enfant, affectivement d’une part, dans le temps et l’espace d’autre part. Le premier aspect concernait des sentiments relationnels de proximité. Le second se rapporte au sentiment d’être chez soi, ou au sentiment de distance à l’égard du foyer d’un parent.

3.1 Les efforts des parents pour prendre soin de leur enfant

Anne (15-17) vivait de façon permanente chez son père et rendait visite à sa mère. Selon Anne, ses parents étaient hostiles l’un envers l’autre, et nous interprétons son récit comme la description de deux parents aux prises avec un conflit aigu. Elle insistait surtout sur la manière dont sa mère décevait ses attentes. Par exemple, lorsqu’Anne était plus jeune, elle voyait sa mère comme une « maman ourse » qui se battait contre les autorités pour préserver son intérêt. Cependant, cette action protectrice passée de sa mère (les mérites du passé) pesait moins lourd que les démérites actuels. Ces démérites consistaient en un manque de reconnaissance des sentiments, des priorités, des souhaits ou de la maturité d’Anne, sa mère lui ayant dit que « quand tu seras plus grande, tu comprendras. » Anne semblait penser qu’elle ne parvenait pas à se faire entendre de sa mère et qu’elle était incapable d’engager une négociation sur la manière de comprendre la situation. Avoir la possibilité d’exprimer son point de vue et de le voir reconnu fait partie des attentes essentielles exprimées par les adolescents dans l’ensemble des récits. Les adolescents semblaient aussi attendre des parents qu’ils soient ouverts et qu’ils donnent les informations nécessaires et appropriées sur le processus de séparation. Les adolescents pouvaient désapprouver les parents qui mentaient ou tentaient de les tromper, ou de tromper l’autre parent, en poursuivant des visées cachées, comme vouloir se remettre avec l’autre parent pour des raisons financières, ou parler de nouveaux partenaires pour rendre l’autre parent jaloux. La communication des parents et le souhait des adolescents d’avoir leur mot à dire rejoignent les travaux selon lesquels, en grandissant, les enfants accordent davantage de valeur à l’ouverture et à la codécision dans leurs relations avec leurs parents qu’à des opinions précises sur les modalités de résidence (Sunde, Larsen et Helland 2021).

Les conflits parent-adolescent peuvent être adaptatifs pour le développement relationnel, parce qu’ils peuvent accroître la compétence à négocier les changements relationnels, surtout lorsque parents et adolescents peuvent passer avec souplesse d’un éventail d’émotions positives à un éventail d’émotions négatives (Branje 2018). Les adolescents de notre étude appréciaient les parents disponibles sur le plan affectif, qui évitaient de se mettre en colère ou de réagir par d’autres émotions négatives et qui leur donnaient un sentiment de sécurité dans la relation. Toutefois, comme l’illustre le récit d’Anne, la relation peut souffrir lorsque les parents (et peut-être l’enfant) ne parviennent pas à s’ajuster aux attentes les uns des autres. Anne décrivait le sentiment qu’on ne « se battait » pas pour elle, par exemple en raison de la réticence de sa mère à assister à des séances de médiation supplémentaires. Dans le cadre du processus de séparation des parents, Anne et son frère ou sa sœur ont assisté à plusieurs rencontres de suivi avec la médiatrice familiale, tout comme son père. Du point de vue d’Anne, son père est alors devenu un parent faillible, c’est-à-dire qu’il était prêt à reconnaître ses erreurs et à y remédier. Sa mère, en revanche, est devenue la mère infaillible.

Je n’arrive pas à avoir une bonne communication avec maman en ce moment. (Frère ou sœur d’Anne) et moi, on lui a demandé d’aller au centre de conseil familial pour parler. Parce qu’on lui dit des choses et qu’on essaie de lui faire écouter ce qu’on dit sans qu’elle le fasse. Alors c’était genre « Si tu vas là-bas, elle [la médiatrice] pourra te parler. Peut-être qu’alors tu prendras la peine d’écouter », mais elle a refusé d’y aller. Et c’était frustrant. C’est pour ça que ça nous a fait plaisir que papa y soit allé, aussi pour lui-même, qu’il ait quelqu’un à qui parler pour ne pas avoir à parler avec moi ou (son frère ou sa sœur), ou surtout avec moi, que je doive écouter des choses que mes oreilles ne devraient pas entendre. (…) Mais aussi pour qu’il ait plus de conseils sur la façon de faire face à tout ça. Des conseils dont ma mère aurait pu profiter elle aussi.

Anne voyait les actes de sa mère comme égoïstes, parce qu’elle pensait que sa mère évitait d’être confrontée à ce qu’elle appelait un « bouc émissaire », ou à une mère qui avait « foiré » les relations parent-adolescent. Les fluctuations de la qualité et de l’équilibre de la relation entre Anne et sa mère apparaissent dans le fait qu’Anne et sa mère ne sont pas encore parvenues à une compréhension commune du besoin de soin et de reconnaissance d’Anne, ni de la réciprocité du soin entre elles.

3.2 Attentes que les parents favorisent un sentiment d’être ensemble

Dans son récit, Nora (12-14) décrivait des conflits récurrents entre ses parents pendant tout le processus de séparation parentale. Elle se préoccupait toutefois davantage de l’incapacité de son père à créer un sentiment de foyer qui réponde à ses besoins quotidiens, comme un sentiment général de stabilité, une aide pour les devoirs et le transport jusqu’à l’école. Sa mère, au contraire, donnait à Nora le sentiment qu’elle avait la possibilité de prendre part aux décisions concernant ses modalités de résidence et aux questions touchant la vie familiale. Elle était associée aux questions financières, contribuait aux travaux d’entretien de la maison, donnait son avis sur la nouvelle cuisine et acquérait ainsi « un sentiment d’être chez soi ». Nora a parlé de ce sur quoi il avait été le plus important pour elle de pouvoir décider :

Qu’on m’ait permis de participer et, d’une certaine façon, de commencer un nouveau chez-moi, parce que c’était comme si j’avais perdu un chez-moi, quand on a quitté la maison de papa. Dès que toutes les affaires ont été enlevées de là-bas, dès que le chez-soi a disparu, alors c’était comme si, on perdait le sentiment d’être chez soi, celui de chez papa.

Les personnes interrogées semblent apprécier de prendre part au processus de création de nouveaux foyers à travers leurs aspects matériels, comme l’aménagement de leur propre chambre et de nouvelles maisons ou de nouveaux appartements. L’un des aspects en est qu’elles ont le sentiment d’avoir de l’influence, mais aussi de faire partie d’un nouveau « nous ». Les sentiments d’appartenance, désignés aussi comme cohésion familiale, lien familial, environnement familial positif (voir King, Boyd et Thorsen 2015) ou peut-être « nous familial » (Dreier 2011, p. 46 ; Marschall 2014), prédisent plusieurs aspects positifs du bien-être des adolescents (King, Boyd et Pragg 2018 ; Rejaän, van der Valk et Branje 2022). Le sentiment d’appartenance peut revêtir une importance particulière à l’adolescence (Allen et Kern 2017), lorsque les adolescents s’efforcent d’équilibrer indépendance et autonomie d’un côté, lien avec les personnes importantes de leur contexte de l’autre (Rogoff 2003).

Benjamin (12-14), qui est resté chez sa mère après la séparation de ses parents, a dit que son père n’était ni présent ni impliqué dans leur vie. Avant la séparation parentale, le père semblait déjà périphérique dans les pratiques quotidiennes. Le père a quitté la maison à plusieurs reprises au cours du processus de séparation sans en informer Benjamin et son frère ou sa sœur, et on ne leur a pas dit que le père avait décidé de fonder une nouvelle famille. Benjamin se décrivait, avec son frère ou sa sœur, comme des « invités » lors de leurs visites à leur père, et il qualifiait cela d’« un peu bizarre à dire [petit rire] », mais aussi d’« un peu agréable en fait ». Comme s’il soulignait la distance au sein de la relation avec son père et rendait son père responsable de « réfléchir aux choses tout seul ». Devenir des « invités » dans l’un des foyers peut s’expliquer par un changement de la distance affective et physique.

Dans certains récits, des propos explicites sur la manière dont l’enfant a acquis le sentiment d’être chez soi renvoient à la façon dont les parents ont ajusté et facilité ce sentiment. La loyauté peut peut-être s’expliquer par des aspects positifs de l’un des foyers, ou par leur absence, comme la relation avec le parent qui y vit et le sentiment d’appartenance à ce foyer, ce qu’illustre aussi l’étude de Lidén et Kitterød (2020). Les parents peuvent donc acquérir du mérite en se consacrant à la création d’un (nouveau) foyer. La recherche antérieure a montré que les dimensions du « chez-soi », au-delà du logement physique, comprennent un lieu où se retirer, un lieu de bien-être psychologique et affectif, ainsi que des relations, des routines et des rituels qui ont du sens (Campo et al. 2020 ; Lidén et Kitterød 2020 ; Natalier et Fehlberg 2015). Les enfants qui ont participé à l’étude de Campo et al. (2020) soulignaient la volonté et la capacité des parents à se concentrer sur leurs enfants et à créer un nouvel espace avec eux. Cela contribuait à la proximité dans le temps et l’espace. Nous supposons que cette volonté et cette capacité contribuent à la loyauté envers les parents.

3.3 Le droit des parents à la proximité affective et au fait d’être ensemble

Lorsque les deux parents répondaient à des attentes qui rendaient la qualité de la relation parent-adolescent suffisamment bonne, la loyauté de l’enfant envers les deux semblait se maintenir, à la fois en termes de proximité affective et de sentiment d’être ensemble lors du temps passé ensemble. Le récit de Sara (15-17) contraste avec celui d’Anne en illustrant la manière dont ses parents prenaient soin d’elle :

En tout cas, j’espère qu’on pourra faire quelque chose ensemble tous les quatre. Parce qu’ils [les parents de Sara] sont bons amis et tout, alors ils ont dit que ça ne leur poserait aucun problème, d’une certaine façon. Et ils ont dit : « on veut juste que vous [les enfants] alliez bien, et on fera tout pour que vous alliez bien. »

Sara appréciait que ses deux parents prennent soin d’elle en restant aimables l’un envers l’autre et en s’assurant qu’elle allait bien. Comme l’ont montré plusieurs travaux à partir d’exemples semblables (voir Kitterød et Lidén 2021 ; Marschall 2014 ; Haugen 2007 ; Grape, Thørnblad et Handegård 2021), Sara se préoccupait davantage de s’assurer que ses parents savaient qu’elle les aimait tous les deux autant, et elle souhaitait donc passer autant de temps avec chacun : « C’est genre, je ne veux pas passer plus de temps avec l’un des deux qu’avec l’autre (…), parce qu’alors j’ai l’impression que l’un pourrait penser que “Waouh ! Elle aime l’autre parent plus que moi.” » Si on l’interprète à la lumière de la théorie des loyautés invisibles (Boszormenyi-Nagy et Spark 1973), Sara exprimait un intérêt consciemment ressenti pour l’appartenance à ses deux parents. Elle évoquait toutefois aussi la possibilité que le temps qu’elle passait influe sur le sentiment de ses parents d’être aimés par elle. Des travaux ont souligné la signification affective du temps (Haugen 2010 ; Merson, Tuffin et Pond 2023), valorisé comme symbole d’amour, de soin et de loyauté (Haugen 2010), ou comme quelque chose que les enfants devraient donner également à leurs parents (Kitterød et Lidén 2021). La signification affective du temps peut donc fonctionner comme un indice indirect d’amour et contribuer ainsi à une obligation inconsciente et contraignante d’appartenir, qui fait partie du fait d’être loyal envers les deux. Ces obligations inconscientes se déduisent du fait de bien connaître ses parents et de savoir qui est lié à qui par la loyauté, à travers la comptabilité des mérites que tient chacun (Boszormenyi-Nagy et Spark 1973). Le partage du temps peut toutefois aussi fonctionner comme une obligation inconsciente résultant de valeurs culturelles d’égalité entre les parents. Si des adolescents, comme Sara, ne partageaient pas leur temps de manière égale tout en pensant que leurs parents prenaient soin d’eux, ces jeunes disaient risquer de « repousser » l’un des parents. Ainsi, un partage asymétrique du temps leur paraissait peut-être injustifié, la résidence alternée symétrique restant alors le seul choix raisonnable.

Le souhait d’une proximité affective avec les deux parents peut aussi être l’expression d’un soin réciproque. Une perspective consiste à considérer que les enfants exercent leur capacité d’agir en prenant soin de leurs parents, par exemple en restant proches des deux parents et en ayant des contacts réguliers (Marschall 2014), ou en prêtant attention au temps et aux conséquences économiques (Haugen 2005). Une telle perspective reconnaît mieux les relations réciproques entre enfants et adultes, dans lesquelles les deux parties « investissent » dans les comptes invisibles des obligations (Boszormenyi-Nagy et Spark 1973). Sara vit peut-être ce soin réciproque comme une source de pouvoir d’agir, puisqu’elle décrivait des facteurs de protection potentiels tels que le soutien affectif, des rôles adaptés à son âge, le soutien et la validation parentale, et son appréciation positive de l’amour et du soin qu’elle porte à ses parents (Masiran et al. 2023). À l’inverse, Anne ne prenait soin d’aucun de ses parents. Elle soutenait son frère ou sa sœur tout au long du processus de séparation parentale et soulignait que son père et sa mère avaient la responsabilité d’être attentifs à ses besoins et à ceux de son frère ou de sa sœur. Ainsi, ses parents n’avaient pas droit à sa loyauté.

4 Les négociations des obligations entre parents et adolescents

Dans les récits, les adolescents décrivaient différentes stratégies que les adolescents et les parents mettaient en œuvre pour réguler la proximité et la distance, sur le plan affectif (le lien entre parents et adolescents) ou physique (en agissant sur le temps passé ensemble). Les parents cherchent généralement à accroître la proximité avec les adolescents, tandis que les adolescents cherchent à la réguler dans les deux sens. Les adolescents semblaient négocier pour rendre des changements possibles à l’avenir.

Selon Anne, elle ne se sentait pas en mesure d’exprimer son véritable état d’esprit, de peur que sa mère ne devienne « passive-agressive » ou « grincheuse » et ne la fasse culpabiliser. Son récit illustre la manière dont les tentatives des parents pour négocier la proximité peuvent être vécues par les adolescents. Dans certaines descriptions, les parents communiquent par des expressions émotionnelles qui font entrer en jeu la culpabilité comme force régulatrice. Selon Boszormenyi-Nagy et Spark (1973), la culpabilité a pour fonction de réguler le déséquilibre dans la manière dont les personnes engagées dans une relation ont rempli leurs obligations. Le terme « grincheux » revenait souvent chez les personnes interrogées pour illustrer les expressions émotionnelles négatives des parents. Il semble qu’un état d’esprit « grincheux » soit perçu par les adolescents comme une tentative stratégique des parents pour modifier l’équilibre des obligations dans les relations, puisque des parents « grincheux » peuvent faire culpabiliser les adolescents. De telles réactions peuvent être des exemples de ce que Boszormenyi-Nagy et Spark (1973) décrivaient comme une contrainte extérieure, l’un des mécanismes qui sous-tendent la loyauté. Anne a toutefois résisté à ce type de contrainte et s’est sentie soutenue à cet égard par la médiatrice : « L’une des choses les plus importantes, à part recevoir des conseils et des défis (thérapeutiques), c’est le sentiment d’avoir raison. » Elle s’estimait en droit d’exclure sa mère d’activités comme sa fête de fin d’année scolaire. On retrouvait une réaction semblable dans le récit de Nora. Il est devenu difficile pour Nora de composer avec les expressions « grincheuses » récurrentes de son père et ses efforts persistants pour lui donner le sentiment d’être coupable (ou d’avoir une quelconque responsabilité) de ce qui s’était passé. Elle s’est efforcée de « repousser » son père, de créer de la distance avec lui. Elle a pu exprimer ce souhait de distance avec le soutien de la personne chargée de la médiation, mais elle n’a pas eu le sentiment de vraiment pouvoir influer sur les contacts avec son père avant d’être devenue « assez grande ». Les reproches injustifiés ou les responsabilités déraisonnables venant des parents semblaient peser sur la comptabilité des mérites tenue par les adolescents. Cela s’ajoutait au sens de l’équité de l’enfant et risquait d’affaiblir le sentiment de loyauté envers le parent « grincheux ».

Une préférence pour une résidence asymétrique, ou des préférences qui s’écartaient du souhait d’un parent, demandaient à certains adolescents un effort pour être exprimées. Ce malaise a aussi été relevé dans d’autres études (Cashmore et Parkinson 2008 ; Goldson 2006 ; Haugen 2010 ; Kitterød et Lidén 2021 ; Neale et Flowerdew 2007 ; Thørnblad et Strandbu 2018). Haugen (2010), par exemple, a constaté que les enfants semblent rester fidèles à l’idée de la résidence alternée symétrique, même lorsque cette solution va à l’encontre de leur préférence personnelle. Même si cela a pu être inconfortable, par exemple en raison des stratégies des parents, les adolescents de notre étude semblaient souvent faire preuve de détermination dans leurs justifications de l’équité. Une stratégie consistait à s’appuyer sur un frère ou une sœur, sur l’autre parent ou sur la personne chargée de la médiation familiale au moment de faire part de ses préférences. Dans d’autres cas, il fallait créer de la distance dans la relation. Notre étude fournit des exemples de la manière dont les adolescents négocient avec leurs parents et mettent en balance leurs propres besoins et ceux de leurs parents, souvent d’une façon qui leur est personnellement favorable.

Dans notre étude, les adolescents pouvaient laisser la porte entrouverte à des changements futurs. Les deux parents pouvaient être présentés sous un jour favorable, bien que la personne interrogée exprime une préférence pour l’un des parents et son foyer, ou souligne pendant l’entretien que « je ne veux favoriser personne, mais c’est juste comme ça pour l’instant » (Ida, 12-14). De telles stratégies peuvent se comprendre comme l’expression de sentiments d’obligation consciemment reconnus par les adolescents, à la fois dans le sentiment d’être lié à un parent et dans la manière dont leurs parents sont présentés à d’autres, hors de la famille. Par exemple, même si Anne a choisi de vivre avec son père, elle voulait que sa mère achète une nouvelle maison assez grande pour elle et son frère ou sa sœur, afin que la fratrie puisse s’y sentir la bienvenue. Il importe cependant de noter qu’elle fait porter la responsabilité à sa mère :

On [Anne et son frère ou sa sœur] a au moins pu dire qu’on voulait qu’il y ait assez de place là-bas au cas où on changerait d’avis. (…) Ou si on voulait venir y dormir et tout ça. Parce que… On ne voulait pas la mettre à l’écart. Et si elle avait acheté une maison trop petite pour nous, elle nous aurait pratiquement mis à l’écart.

Ces exemples peuvent refléter la dimension dialectique du sentiment de lien et d’autonomie dans les relations parent-adolescent. Nora décrivait des difficultés dans sa relation avec son père, justifiant ainsi sa distance physique et affective à son égard. Pourtant, lorsqu’on lui a demandé à quoi l’avenir pourrait ressembler pour elle et son père, elle a exprimé l’espoir que la relation s’améliore : « [hésitante] […] avoir une relation avec lui pour que je puisse rester chez lui un week-end sur deux, mais sans avoir besoin d’être très proche de lui. […] La reconstruire doucement. » Même si des mots forts comme « repousser » sont employés dans les récits, une réconciliation peut rester possible.

5 Remarques conclusives

Cet article avait pour objectif d’examiner les questions de loyauté en lien avec la manière dont les adolescents négocient la proximité et la distance dans leurs relations avec leurs parents, et justifient leur point de vue.

Notre analyse montre comment certains adolescents tiennent une comptabilité des mérites et des démérites de leurs parents, sur laquelle reposent leurs justifications. On attend des parents qu’ils tiennent compte des besoins des adolescents, qu’ils reconnaissent leur autonomie et leur maturité croissante et qu’ils favorisent un sentiment d’appartenance. Y manquer peut justifier la distance. Les adolescents décrivent des stratégies qui leur sont propres et d’autres propres à leurs parents, qui reflètent la négociation continue de leur proximité mutuelle. D’après cette analyse, la loyauté n’est pas quelque chose d’inhérent à la relation parent-adolescent, mais plutôt quelque chose qui se gagne par une légitimité acquise. Nous soutenons que cette légitimité peut s’exprimer à travers le souhait de proximité des adolescents ou un sentiment d’appartenance. La déloyauté, en revanche, peut se traduire par une distance affective ou physique, ou par un sentiment d’exclusion de l’engagement et du soin d’un parent.

Par ailleurs, les résultats de cet article peuvent contribuer à nuancer trois thèmes en particulier. Premièrement, la recherche qui met en avant le souhait des enfants d’une souplesse dans les modalités de résidence, peut-être en particulier en résidence alternée symétrique, explique généralement la souplesse comme de petits ajustements des modalités de résidence (voir, par exemple, Carson et al. 2018 ; Graham, Fitzgerald et Phelps 2009 ; Grape, Thørnblad et Handegård 2021 ; Haugen 2010 ; Kitterød et Lidén 2021 ; Marschall 2014). Ce type de souplesse est souvent négocié à l’intérieur de schémas établis de partage égal du temps. La souplesse peut aussi consister à négocier le cadre formel des modalités de résidence, par exemple en passant d’une résidence alternée symétrique à des week-ends seulement au domicile de l’un des parents.

Les adolescents négocient autonomie et interdépendance au sein de leur contexte de vie et avec les personnes qui les entourent (Rogoff 2003). Les responsabilités et le pouvoir se réorganisent dans la relation parent-adolescent et deviennent plus réciproques (Branje 2018 ; Boszormenyi-Nagy et Spark 1973). Dans cette étude, les relations deviennent objets de changement et de négociation, et c’est le programme des adolescents qui passe au premier plan. La comptabilité des mérites des parents reste pourtant un processus continu. La souplesse peut aussi signifier que les schémas ne sont pas fixés, ou du moins qu’ils restent ouverts à la négociation, ce qui, si le temps a une signification affective, implique que la proximité affective et la loyauté des adolescents peuvent évoluer à l’avenir. Les parents, les services sociaux et les services de médiation peuvent être attentifs à la loyauté comme concept dynamique lorsqu’ils entendent le point de vue des adolescents et lui accordent du poids.

Deuxièmement, notre analyse peut contribuer à nuancer la recherche antérieure sur l’expérience que les enfants ont de la résidence alternée symétrique comme symbole d’égalité et d’équité entre les parents. Les récits de cette étude illustrent la manière dont les négociations des adolescents avec leurs parents reposent, dans une large mesure, sur leurs propres besoins, d’une façon qui leur est personnellement favorable. L’équité n’est pas toujours perçue comme un partage égal du temps entre les parents. Les adolescents ont plutôt leur propre programme pour justifier l’équilibre du donner et du recevoir dans la relation parent-adolescent. Des aspects comme les relations avec les beaux-parents et les demi-frères et demi-sœurs (Afifi 2003 ; Kitterød et Lidén 2021), les loisirs, les amitiés et l’attachement au quartier pourraient contextualiser davantage l’expérience des adolescents. En outre, les parents qui pratiquent la résidence alternée symétrique ont, en général, moins de conflits et des scores plus élevés aux mesures socioéconomiques (Steinbach 2019 ; Wiik 2022). Ces aspects peuvent être essentiels à la capacité des parents à prêter attention au point de vue et aux besoins des enfants (Berman 2018 ; Rejaän 2022). À mesure que davantage de parents souhaitent pratiquer la résidence alternée symétrique, les différences associées à la sélection sociale de la résidence alternée symétrique (par exemple, le conflit entre les parents et les mesures socioéconomiques) pourraient s’effacer. Ainsi, plusieurs parents pourraient rencontrer des obstacles à une gestion souple des modalités de résidence et à une posture réflexive face aux changements dans leurs relations avec leurs enfants. Nous invitons à prêter attention à la manière dont toute pratique rigide de la résidence alternée peut empêcher les adolescents d’exercer leur capacité d’agir. C’est important, car le soutien à l’autonomie des adolescents semble compter dans leur comptabilité des mérites. Cette préoccupation peut aussi valoir pour d’autres contextes internationaux.

Troisièmement, puisque cette étude illustre des dynamiques conflictuelles entre parents et adolescents, on pourrait évoquer la possibilité que les parents aient manipulé leurs enfants. La recherche qui part de telles hypothèses tend à considérer les enfants comme peu dignes de confiance (Warming et al. 2019). Une étiquette précoce de manque de fiabilité peut avoir de lourdes conséquences pour la capacité d’agir des enfants. Il peut être plus profitable, pour améliorer les relations parent-adolescent, que les parents et les équipes professionnelles explorent la manière dont les adolescents donnent sens à l’équité et à la loyauté.

De manière générale, nous soulignons l’importance du dispositif de médiation. La médiation peut, surtout s’il est possible de revenir vers le service au bout d’un certain temps, offrir un soutien précoce et facile d’accès aux adolescents et aux parents. Ceux-ci peuvent y acquérir de nouvelles compréhensions et de nouvelles manières de négocier la loyauté et l’équité avant que des problèmes relationnels ne s’enracinent ou que des différends ne soient portés devant les tribunaux.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de cette étude est de rendre à la théorie contextuelle sa dimension dynamique : la loyauté n’y apparaît pas comme un donné du lien filial, mais comme un crédit que chaque parent gagne ou perd au fil de la séparation. Les jeunes tiennent des comptes : l’écoute, une information honnête, la participation à la construction du nouveau foyer créditent un parent ; la culpabilisation, le mensonge ou l’humeur « grincheuse » le débitent. Pour la clinique et la médiation, deux pistes se dégagent : se méfier d’une résidence alternée figée qui confisque la parole des adolescents, et ne pas lire trop vite un refus de contact comme le produit d’une manipulation parentale, lecture qui disqualifie d’emblée la parole de l’enfant. Les limites sont nettes : onze récits, dont neuf de filles, un pays où la médiation est gratuite et obligatoire, un cas index, celui d’Anne, qui pèse lourd dans l’ensemble, et une analyse qui choisit de ne pas explorer l’hypothèse de la triangulation. À lire avec l’article sur l’ardoise cachée de nos relations, et avec l’article sur les conflits parentaux aigus vus par les services norvégiens.

Notes de l’original

1 D’après le registre national de la population, où l’on ne peut être enregistré qu’à une seule adresse. Ces chiffres incluent donc les enfants en résidence alternée et les enfants qui vivent avec un seul parent pour d’autres raisons, par exemple le décès d’un parent.

2 Neuf adolescents ont accepté de lire le manuscrit avant sa soumission à une revue scientifique. Plus de 2 ans après les entretiens de recherche, lorsque la personne qui signe en premier a repris contact, deux jeunes ont répondu. Une personne souhaitait lire les publications finales. L’autre a participé à une rencontre avec la mère et la personne qui signe en premier, et a lu le manuscrit en entier.

Remerciements. L’équipe remercie les parents et les adolescents qui ont consenti à la participation des adolescents au projet de recherche. Le poste de doctorat est financé par le RKBU Nord et la faculté des sciences de la santé de l’université de Tromsø.

Déclaration éthique. Le projet a été accepté par le Service norvégien des données en sciences sociales (réf. n° 150314).

Conflits d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts.

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Traduction non officielle en français de Comment les adolescents négocient loyauté et équité pendant la séparation de leurs parents, par Lovise Grape, Jeanette Skoglund, Gry Mette Dalseng Haugen et Renee Thørnblad, Child & Family Social Work, vol. 30, no 4 (2025), doi : 10.1111/cfs.13215, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Adolescents' Negotiations of Loyalty and Fairness in Relation to Parents' Separation Process », publié dans Child & Family Social Work (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Grape, L., Skoglund, J., Haugen, G. M. D., et Thørnblad, R. (2025). Comment les adolescents négocient loyauté et équité pendant la séparation de leurs parents (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/comment-les-adolescents-negocient-loyaute-et-equite-pendant-la-separation-de-leurs-parents (Œuvre originale publiée en 2024 dans Child & Family Social Work, 30(4), 727-738 (2025) ; republiée en 2025 par Child & Family Social Work, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/cfs.13215)

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