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Adoption & Fostering · Famille
Avant 1989, en Angleterre, on adoptait surtout des nourrissons remis à l’adoption dans le secret. Quatre personnes adoptées à cette époque, deux mères et deux pères, racontent ce que la naissance de leurs enfants a réveillé : la mère de naissance soudain imaginée, la colère, la peur de perdre, mais aussi une appartenance enfin trouvée. Un fil traverse les récits : le silence de la famille adoptive se retrouve dans la difficulté à parler de l’adoption avec ses propres enfants.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Comprendre comment des personnes adoptées en Angleterre avant 1989 vivent la parentalité, par Tamryn Stevens et Mark C. Moss, publié dans Adoption & Fostering (SAGE) (2026), doi : 10.1177/03085759261421601, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes ; l’adresse de correspondance, l’identifiant ORCID et les notices biographiques ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Un résultat central est l’effet durable de l’ouverture des parents adoptifs.
Tamryn Stevens et Mark C. Moss
Résumé
L’adoption a un impact tout au long de la vie, et des événements comme le fait de devenir parent réactivent les pensées et les émotions liées à l’adoption. En Angleterre, l’adoption se répartit généralement en deux époques : avant les années 1980, des adoptions le plus souvent secrètes de nourrissons remis à l’adoption en raison du regard social sur la naissance hors mariage et sur les relations interraciales ; après les années 1980, des adoptions d’enfants plus âgés, souvent retirés à leur famille pour maltraitance ou négligence. Cette étude explore comment des personnes adoptées avant 1989, devenues adultes, qui ont pu grandir avec une ouverture biographique et communicationnelle limitée et un moindre soutien après l’adoption, vivent la parentalité, une étape de vie qui touche à l’identité, à la santé mentale et aux relations, domaines particulièrement complexes pour les personnes adoptées. Quatre personnes adoptées en Angleterre (deux hommes et deux femmes, âgées de 40 à 50 ans), adoptées dans leur pays avant l’âge de 18 mois (trois dès la naissance) et parents de deux enfants ou plus, pour la plupart adolescents ou âgés d’une vingtaine d’années, ont participé à des entretiens semi-directifs portant sur leur parcours de parent. L’analyse phénoménologique interprétative a fait apparaître trois thèmes : « La parentalité est un éveil », « L’adoption continue de résonner » et « Aller de l’avant ». L’ouverture communicationnelle au sein de la famille adoptive a eu des effets durables sur la communication des personnes adoptées avec leurs propres enfants. Parmi les recommandations figurent la formation des parents adoptifs à l’impact de l’adoption tout au long de la vie et la promotion d’une communication ouverte et soutenante avec les personnes adoptées. Un soutien psychosocial ciblé pour les personnes adoptées qui deviennent parents est également préconisé.
Mots-clés : parentalité adoptive, parentalité des personnes adoptées, ouverture communicationnelle, analyse phénoménologique interprétative, communication familiale, développement de l’identité, identité parentale, ouverture biographique, devenir des personnes adoptées, entretiens qualitatifs
L’adoption a un impact tout au long de la vie et suscite des réévaluations périodiques de l’identité, des dynamiques familiales et du récit de l’adoption (Brodzinsky et al., 1992 ; Howe et al., 2000 ; Penny et al., 2007). Devenir parent peut réactiver des questions liées à l’adoption et en faire naître de nouvelles sur la famille de naissance, l’identité et l’adoption (Brodzinsky et al., 1992 ; Gatzke, 2015 ; Pérez et al., 2016 ; Pinkerton, 2011 ; Sherr et al., 2019).
Les personnes adoptées en Angleterre se répartissent en deux grandes populations : celles adoptées avant 1989 et celles adoptées après. Les plus âgées ont souvent été remises à l’adoption dès la petite enfance en raison de la stigmatisation de la naissance hors mariage ou des relations interraciales, avec très peu de connaissances sur leurs parents de naissance et très peu de contacts avec eux (Clapton et Clifton, 2016 ; Parker, 2010). Aujourd’hui, en revanche, les enfants sont couramment adoptés à partir d’un placement, après la petite enfance, en raison de négligence ou de maltraitance, ce qui reflète une évolution des attitudes sociales envers la monoparentalité et les relations interraciales, ainsi qu’un renforcement de la protection de l’enfance (Neil et al., 2023 ; Parker, 2010). En se centrant sur l’expérience de personnes adoptées avant 1989, cette étude attire l’attention sur l’impact d’un manque d’ouverture, communicationnelle comme biographique, et d’un soutien minimal après l’adoption, caractéristiques des adoptions de cette période, sur la manière d’élaborer son adoption, de gérer les retrouvailles avec la famille de naissance et de vivre sa propre parentalité.
La date de 1989 est importante, car le Children Act 1989 a placé le bien-être de l’enfant au centre de l’adoption, accru les droits au contact avec la famille de naissance et amorcé une attention plus grande à la préparation et au soutien avant et après l’adoption (Parker, 2010 ; Welbourne, 2002). Ces évolutions des attitudes sociales et de la législation ont ouvert la voie à des expériences d’adoption plus soutenantes et plus ouvertes (Jones, 2016 ; Neil et al., 2023).
L’ouverture dans l’adoption recouvre l’ouverture communicationnelle et l’ouverture biographique, qui se situent chacune sur un continuum. L’ouverture biographique désigne la révélation précoce du statut adoptif, le partage d’informations identifiantes entre les parties de l’adoption et le degré de contact entre elles ; l’ouverture communicationnelle désigne la mesure dans laquelle les parents adoptifs permettent à la personne adoptée de parler de son adoption, soutiennent sa double appartenance aux familles de naissance et adoptive, et font preuve d’empathie envers elle et envers sa famille de naissance (Brodzinsky, 2006). L’ouverture a été associée au bien-être et à l’adaptation (Brodzinsky, 2006 ; Hawkins et al., 2007), à un sentiment positif d’identité (Feast et Howe, 2003 ; Hawkins et al., 2007) et à une plus grande satisfaction à l’égard de l’adoption à l’âge adulte (Hawkins et al., 2007).
Les personnes adoptées peuvent rencontrer des difficultés identitaires liées à la perte de la famille de naissance et des liens biologiques, à une perte de statut perçue (Brodzinsky, 2011 ; Grotevant et al., 2000), à d’éventuels traumatismes antérieurs à l’adoption (Grotevant, 1997), aux dynamiques de la famille adoptive (Grotevant et al., 2000) et aux retrouvailles avec la famille de naissance (Grotevant et al., 2000). Même les personnes adoptées dès la naissance doivent surmonter d’éventuelles difficultés d’attachement, dues à des facteurs comme des complications prénatales ou à l’accouchement, l’incertitude des parents adoptifs quant à leur rôle (Edens et Cavell, 1999) et surtout l’âge et la manière dont l’adoption est révélée, une révélation à l’adolescence nuisant à la confiance et à la sécurité de l’attachement (Baden et al., 2019 ; Kenny et al., 2012). Ces difficultés d’identité et d’attachement peuvent contribuer à une mauvaise santé mentale, même si une parentalité sensible et soutenante peut en atténuer l’impact (Simmel, 2007). La revue systématique de Melero et Sánchez-Sandoval (2017) a constaté que les personnes adoptées adultes sont plus sujettes que les autres à l’anxiété, aux troubles de la personnalité et du comportement, à la dépression et au névrosisme.
Deux revues systématiques sur la parentalité des personnes adoptées (Despax et Bouteyre, 2019 ; Field et Pond, 2018) ont montré que la recherche s’est concentrée sur les femmes adoptées, sur la relation de coparentalité et sur des populations particulières, comme les personnes adoptées à l’international. À ce jour, la seule étude à avoir examiné l’expérience de la parentalité d’hommes et de femmes adoptés en Angleterre, celle de Neil et de son équipe (2023), porte sur la population adoptée après 1989. Cette étude complète donc la littérature plutôt qu’elle ne la reproduit, puisqu’elle porte sur la population adoptée avant 1989.
Devenir parent déclenche souvent, chez une personne adoptée, le début de la recherche des origines (Field et Pond, 2018 ; Greco et al., 2015). Les personnes adoptées peuvent aussi craindre de perdre leurs enfants ou d’être prédisposées à les abandonner, ce qui entraîne anxiété et hypervigilance (Hampton, 1997 ; Horowitz, 2011 ; Pinkerton, 2011). Avoir un enfant offre à une personne adoptée sa première expérience de vie partagée avec une personne de sa famille biologique, ce qui renforce le sentiment d’appartenance et de lien (Conrick, 2020 ; Hampton, 1997). Mais la parentalité peut aussi susciter des inquiétudes au sujet d’antécédents médicaux inconnus (Moyer et Juang, 2011 ; Pinkerton, 2011) ou de traits hérités susceptibles de se manifester dans sa propre façon d’être parent (Sherr et al., 2019).
La parentalité peut modifier les relations des personnes adoptées avec leurs parents adoptifs, en affaiblissant leur sentiment d’appartenance (Brodzinsky et al., 1992) et en créant des conflits sur les styles éducatifs (Horowitz, 2011 ; Moyer et Juang, 2011). Elle peut transformer leur regard sur leur mère de naissance (Despax et Bouteyre, 2019) et rendre difficile la dualité d’une famille de naissance et d’une famille adoptive ; par exemple, elle peut créer des tensions si les parents adoptifs ont connu l’infertilité (Field et Pond, 2018). Pourtant, pour beaucoup, la parentalité apporte un sentiment renouvelé d’identité et de guérison (Gatzke, 2015 ; Pinkerton, 2011).
Au regard des études évoquées ci-dessus, il est clair que l’expérience de la parentalité des personnes adoptées en Angleterre reste peu explorée. La présente étude porte sur l’expérience de la parentalité de personnes adoptées avant 1989, à une époque où les remises de nourrissons à l’adoption étaient plus fréquentes et le soutien après l’adoption limité. L’ouverture n’était pas la norme dans les familles adoptives : les contacts avec la famille de naissance étaient minimes, et les parents adoptifs recevaient peu de soutien ou de formation, en particulier en matière d’ouverture (Neil et al., 2023 ; Parker, 2010). L’étude examine comment ce contexte a façonné leur expérience de la parentalité, en particulier en l’absence possible de soutien après l’adoption, d’ouverture biographique et d’ouverture communicationnelle dans la famille.
Cette étude qualitative a recouru à l’analyse phénoménologique interprétative (API) (Smith et al., 2021). L’API a été choisie parce qu’elle permet d’explorer en profondeur la manière dont les personnes interprètent leur expérience vécue et lui donnent sens. Elle convient particulièrement à l’objectif de cette recherche, qui visait à comprendre le parcours de parent de personnes adoptées en Angleterre avant 1989, devenues adultes.
Le choix de l’API a reposé sur deux considérations. D’abord, il existe très peu de travaux sur la manière dont l’expérience de l’adoption avant 1989 façonne la parentalité ultérieure. Ensuite, l’attachement de l’API à l’idiographie et à l’analyse détaillée des cas a permis d’explorer les manières complexes et souvent nuancées dont les personnes participantes ont vécu la parentalité.
Parce que l’API privilégie la profondeur à l’étendue, l’étude s’est appuyée sur un petit échantillon raisonné de quatre personnes adoptées. Cela a permis une analyse détaillée, cas par cas, des récits individuels, tout en permettant de repérer des thèmes convergents et divergents d’un cas à l’autre. Le plan de l’étude a donc privilégié la production de compréhensions riches et interprétatives plutôt que la généralisation, conformément aux principes de l’API.
Les personnes participantes ont pris part à des entretiens semi-directifs portant sur leur parentalité, de la grossesse à aujourd’hui, sur la communication autour de l’adoption dans leur famille adoptive, sur la façon dont elles percevaient le regard de leurs enfants sur leur adoption, et sur leurs sentiments envers leur famille de naissance comme envers leur famille adoptive.
Compte tenu du peu de recherches dans ce domaine, la question de recherche a été volontairement large : « Comment les personnes adoptées adultes vivent-elles la parentalité ? ».
Les personnes participantes ont été recrutées par Facebook et par le Post-Adoption Centre UK, un organisme de soutien à l’adoption. L’approbation éthique a été obtenue auprès du comité d’éthique Santé et sciences de la vie de l’université de Northumbria (numéro d’approbation 52968). La participation était volontaire, avec un consentement éclairé écrit recueilli après un premier appel d’information.
Quatre personnes (deux mères et deux pères), âgées d’une quarantaine à une cinquantaine d’années, ont participé. Toutes étaient parents biologiques de deux enfants ou plus, adolescents ou plus âgés. Toutes n’avaient rencontré des membres de leur famille de naissance qu’à l’âge adulte.
Bien que relativement homogènes, les parcours des personnes participantes différaient sur les points suivants (voir le tableau 1 pour le détail) :
Tableau 1 — Caractéristiques des personnes participantes
Après avoir donné leur consentement et rempli un questionnaire sociodémographique, les personnes participantes ont pris part à des entretiens individuels avec la chercheuse principale (TS), d’une durée d’une à deux heures, en ligne par Zoom ou Microsoft Teams. Les entretiens exploraient leur parcours de parent, de la grossesse à aujourd’hui, la manière dont l’adoption était abordée dans leur famille nucléaire, et leurs relations avec leur famille de naissance et leur famille adoptive dans le contexte de la parentalité. Le guide d’entretien était souple et laissait émerger de nouveaux sujets. La rigueur a été assurée en approfondissant les nouveaux sujets lorsqu’ils se rapportaient à la question de recherche. Les entretiens ont été enregistrés, transcrits mot à mot et anonymisés. Toutes les données de l’étude, à l’exception des transcriptions anonymisées, ont été détruites. Les transcriptions sont conservées dans un dossier protégé par mot de passe. Elles comprennent tous les mots prononcés et les manifestations non verbales significatives (O’Connell et Kowal, 1995). Les personnes participantes sont désignées par des pseudonymes.
La chercheuse principale et autrice, TS, est une doctorante titulaire d’un master de psychologie. Elle est mère et l’a dit lorsque c’était pertinent. Elle considère que, l’adoption étant une intervention de l’État dans la vie familiale, ses effets à long terme justifient une recherche continue. Une déclaration de réflexivité peut être obtenue sur demande raisonnable auprès de l’autrice. L’étude a été supervisée par MM, professeur de psychologie.
L’API a servi à explorer la manière dont les personnes participantes donnaient sens à leur expérience de la parentalité dans le contexte de leur adoption (Eatough et Smith, 2017 ; Smith et al., 2021). Une ontologie et une épistémologie réalistes critiques ont été adoptées : elles reconnaissent qu’une réalité objective sous-tend les faits et les événements vécus par une personne participante, mais que l’accès à ces expériences passe par ses croyances, ses attitudes, ses perceptions et ses expériences antérieures, et qu’il est encore interprété par la personne qui mène la recherche (Cuthbertson et al., 2020 ; Roberts, 2014).
Suivant Smith et son équipe (2021), chaque cas a été analysé de manière idiographique avant que commence l’analyse transversale. L’analyse a comporté :
Chaque cas a été entièrement traité avant de passer au suivant, afin de préserver l’approche idiographique. Une fois que tous les cas disposaient de thèmes superordonnés et de sous-thèmes, les schémas transversaux, contradictions comprises, ont été examinés. L’ensemble final des thèmes superordonnés et des sous-thèmes communs aux cas a ensuite été constitué.
Trois thèmes superordonnés ont été dégagés : « La parentalité est un éveil », « L’adoption continue de résonner » et « Aller de l’avant » (voir la figure 1). Ils mettent en lumière l’interaction complexe entre l’histoire de l’adoption et la parentalité.

La parentalité a remodelé de façon dynamique la compréhension que les personnes participantes avaient de leur adoption, en s’entremêlant à leur histoire adoptive et à leur identité. Voir leurs parents de naissance et leurs parents adoptifs à travers le prisme de leurs propres enfants leur a ouvert de nouvelles perspectives, en dissipant une sorte de brouillard.
La parentalité a conduit toutes les personnes participantes à revivre certains aspects de leur adoption. Des étapes comme l’accouchement, ou le fait que leurs enfants atteignent certains âges, ont déclenché des réflexions sur leurs propres premières expériences, ainsi que sur les gestes mêmes de l’adoption. Elles ont pris conscience de l’impact que ces gestes avaient pu avoir sur elles, enfants, et sur leur identité.
L’accouchement a éveillé des émotions intenses chez la plupart des personnes participantes : elles imaginaient à la fois leur propre petite enfance et ce qu’avait vécu leur mère de naissance en les remettant à l’adoption. Leur adoption en devenait plus « réelle » : « savoir ce que c’est d’accoucher tout d’un coup et d’avoir… un enfant devant soi, ça rendait tellement plus réel ce qu’ils avaient abandonné » (Jenny). S’occuper d’un nouveau-né a approfondi leur perception de la perte : « elle dépendait entièrement de moi pour tout… on passait chaque instant ensemble. Elle connaissait les battements de mon cœur, elle connaissait ma voix… mon odeur » (Lisa).
Pour la plupart des personnes participantes, le moment où leur enfant atteignait l’âge auquel elles-mêmes avaient été remises à l’adoption a suscité des sentiments forts. Elles pouvaient se représenter leur propre enfant qu’on leur enlevait : « Imagine que j’aie dû la donner maintenant… rien au monde n’aurait pu m’arracher ce bébé des bras » (Lisa). L’impact émotionnel a été profond : Lisa « s’est effondrée », tandis que Jenny a senti que « ça [l’]a frappée vraiment fort… j’ai fini par craquer ».
Les gestes de la parentalité donnaient la mesure du temps et des efforts en jeu, ce qui donnait plus de poids à leur propre remise à l’adoption :
On a passé longtemps ensemble, on a franchi beaucoup d’étapes, on a traversé des nuits blanches, on a traversé des rires, on les a regardés grandir… quand on voit tout le chemin qu’ils ont parcouru depuis la naissance jusqu’à ce moment-là. (Jenny)
Les personnes participantes avaient parfois du mal à voir leurs enfants vivre une enfance que l’adoption n’avait pas touchée, ce qui accentuait le sentiment d’une rupture dans le développement de leur propre identité. Sam, par exemple, a déclaré : « [J’ai été] juste pris et donné à quelqu’un d’autre, et on attendait de moi que… je m’adapte », devenant « cette chose malléable ». Il a ressenti un « choc » en regardant ses enfants « devenir leurs propres petites personnes ».
Chez Tom, les gestes de la parentalité ont fait naître de la « colère envers eux [les parents de naissance] », qui a nourri sa détermination à assumer « l’entière responsabilité » de ses propres enfants. Jenny, qui avait subi de la négligence, a ressenti de la tristesse lorsque la parentalité l’a amenée à « se demander comment diable on peut laisser un enfant arriver à ce stade », ce qui a amplifié le traumatisme qu’elle avait vécu.
Mieux saisir ce qu’avait vécu leur mère de naissance a favorisé l’empathie et la compréhension. Les personnes participantes en sont venues à voir combien l’adoption avait aussi affecté leur mère de naissance, ce qui les a parfois aidées à construire un récit cohérent de leur remise à l’adoption.
La plupart s’étaient appuyées sur des documents et des récits de seconde main pour construire le récit de leur adoption. Chez certaines, la parentalité a fait naître de la compassion, un regard « parental » sur leur mère de naissance. Les personnes participantes parlaient souvent de leur mère de naissance comme d’« une gamine » (Lisa) ou d’une personne « enfantine » (Sam), imaginant parfois « ce qu’elle a dû ressentir [en perdant son bébé], et à quel point… ça a été déchirant pour elle » (Lisa). Sam, dont la mère de naissance était en vie, a cherché à la retrouver pour « [s’]assurer qu’elle allait bien ».
Elles étaient frappées par le coût émotionnel de la remise à l’adoption : « qu’on attende [de quelqu’un] qu’il remette un enfant après avoir traversé la grossesse, les hormones, le lien et tout le reste » (Sam). Devenir parent a souvent déclenché la recherche de la famille de naissance, en donnant une idée de ce qu’est être parent : « Je ne crois pas qu’on puisse comprendre ce que ressent un parent de la même façon tant qu’on n’a pas eu ses propres enfants » (Sam).
Comprendre la raison de leur remise à l’adoption était important pour les personnes participantes. Sam trouvait du réconfort à savoir qu’« elle n’avait absolument pas le choix ». Pour Jenny, connaître l’histoire de sa mère de naissance l’a aidée à comprendre la négligence qu’elle avait subie : « avec ce que je sais d’elle, je comprends complètement pourquoi elle a fait ce qu’elle a fait, à cause de ce qui s’était passé et du manque de soutien. Et je compatis à 100 %. » Cette compréhension l’a aidée à construire un récit cohérent et l’a rassurée sur le fait qu’elle ne répéterait pas le cycle : « Je n’étais pas dans son état psychique, alors je sais que mes enfants ne seraient jamais, jamais comme ça. » Mais reconnaître le traumatisme de sa mère de naissance a aussi déclenché des pensées intrusives lorsque ses enfants ont atteint l’âge qu’avait sa mère de naissance quand elle a été maltraitée : « Une fois qu’ils atteignent cet âge de six ans, c’est… dur aussi, parce qu’on a des pensées horribles dans la tête. » Cela met en lumière le traumatisme vicariant auquel les personnes adoptées ayant subi maltraitance ou négligence peuvent aussi devoir faire face.
La parentalité a conduit toutes les personnes participantes à réévaluer leurs parents adoptifs, en examinant l’éducation qu’elles avaient reçue et le rôle de leurs parents adoptifs dans leur adoption. Beaucoup avaient du mal à composer avec ce double système familial (adoptif et de naissance), en particulier vis-à-vis de leurs propres enfants.
Les personnes participantes posaient souvent des limites à leurs parents adoptifs pour protéger leur autonomie : « elle [la mère adoptive] voulait contrôler… nous et, vous savez, les petits-enfants » (Tom). Certaines ont indiqué avoir le sentiment que leurs parents adoptifs s’arrogeaient des droits sur leurs enfants, voire voyaient en eux « leur seconde chance » (Jenny). Elles décrivaient fréquemment des luttes avec leurs parents adoptifs pour éviter que se répètent des comportements ou des valeurs qu’elles n’avaient pas appréciés dans leur enfance. Par exemple, des affrontements au sujet de la religion : « [aller à l’église], ce n’était pas bon pour les garçons » (Sam).
La plupart des personnes participantes avaient des parents adoptifs qui avaient aussi eu des enfants biologiques. Mais Jenny, dont les parents adoptifs n’en avaient pas eu, a senti que cela limitait leur capacité à la soutenir comme jeune mère et lui donnait un sentiment de culpabilité : « Je me sentais coupable de pouvoir vivre ça alors qu’elle n’avait pas pu. »
La parentalité a aussi conduit à un regard plus critique sur l’adoption :
… une fois qu’on passe par ce processus où on se rend compte… de l’impact qu’elle [l’adoption] a eu sur vous, de combien vous êtes différent et de votre façon de penser… je ne comprends pas pourquoi la tutelle légale, à moins qu’il y ait… des circonstances où il y a un danger… pourquoi tout ça devrait se passer comme ça se passe. (Sam)
Lorsque les parents adoptifs avaient eu des enfants biologiques, certaines personnes participantes étaient frustrées que cela ne les ait pas amenés eux aussi à porter un regard critique sur l’adoption : « Quand on a eu un enfant à soi… Comment peut-on prendre l’enfant de quelqu’un d’autre ? En sachant ce que ça ferait [à propos de ses parents adoptifs qui avaient adopté à nouveau après avoir eu un enfant biologique] » (Lisa).
Les personnes participantes se sont senties sans soutien face à l’impact durable de l’adoption. Celle-ci a influencé leur façon d’être parent et a eu des ramifications sur plusieurs générations.
L’adoption a profondément façonné la parentalité des personnes participantes. Toutes ont connu de l’anxiété, des doutes sur elles-mêmes, des difficultés de santé mentale et des difficultés identitaires, aggravées par un manque de soutien. Elles estimaient qu’elles auraient été de meilleurs parents si on les avait aidées à élaborer leur adoption.
Beaucoup se demandaient si leur parentalité était « suffisamment bonne » : « Est-ce que je suis assez bon pour élever cet enfant ?… est-ce que cette interaction avec cet enfant sera assez bonne ?… Est-ce que je serai un père assez bon ? » (Tom). Il y avait aussi des inquiétudes sur la capacité à créer un lien : « Je crois que j’étais plus inquiète du… sur le plan émotionnel… Est-ce qu’on va pouvoir… [créer un lien] ? » (Lisa).
Certaines personnes participantes ont eu du mal à construire leur identité de parent, tiraillées entre leur instinct et ce qu’elles avaient appris de leurs parents adoptifs : « Je dois tout apprendre comme si je n’en avais aucun [modèle] » (Sam).
Les traumatismes passés coloraient les réponses parentales. Le sentiment d’avoir été indésirable pouvait amener à interpréter des comportements ordinaires d’enfant (préférer un parent, faire des bêtises, par exemple) comme étant de « leur faute » ou comme un rejet, ce qui entraînait un retrait émotionnel. Parfois, la confiance manquait : Sam a décrit s’être senti « horriblement mal pendant des jours », et parfois « même pas capable de dormir », à cause de la culpabilité liée à des erreurs perçues dans sa parentalité. D’autres pensaient que le traumatisme avait façonné leur parentalité : « J’ai un cerveau traumatisé. Je passe en mode combat, fuite, figement, effondrement, et… mes enfants n’en sont pas à l’abri » (Lisa). Certaines ont décrit une instabilité émotionnelle : « peut-être qu’il m’est arrivé de m’emporter et de crier sur les enfants parce que je me sens mal… Et c’est sûrement juste à cause de mon mal-être plutôt qu’à cause de quoi que ce soit qu’ils aient vraiment fait » (Jenny).
Des angoisses de perte sont apparues, parfois sous forme de peurs intenses pour la santé des enfants : « S’ils étaient malades… je ne pouvais pas dormir. Je me réveillais quatre, cinq, six fois dans la nuit juste pour, pour me lever et aller les voir » (Sam). Certaines personnes participantes géraient leur peur de la perte en gardant leurs enfants physiquement près d’elles : « ce sont les seules personnes au monde qui ont un lien de sang avec toi… que tu connaisses. Et tu as déjà tout perdu une fois, et tu ne veux pas tout reperdre » (Lisa). Il y avait aussi la crainte d’une intervention des services sociaux : « tout devait être juste… comme si ce n’était pas… je ne sais pas… oui, comme si ça pouvait m’être enlevé à tout moment » (Jenny).
Malgré les difficultés, les personnes participantes pensaient que l’adoption les avait rendues plus consciencieuses en tant que parents, en raison de « la prise de conscience de l’importance d’avoir un enfant » (Jenny). Elles se mettaient la pression pour être des parents parfaits, « en faisant les choses comme je pensais qu’il fallait les faire » (Sam) ou en étant « obsédée par l’idée de tout faire comme il faut » (Jenny).
Les personnes participantes estimaient qu’une compréhension et un soutien plus précoces auraient pu améliorer leur parentalité : « [un soutien aurait] changé ma façon de me comporter comme parent. J’ai fait de mon mieux, mais je pense que ça aurait pu être mieux » (Tom). Certaines pensaient qu’une plus grande conscience émotionnelle, grâce à un soutien, les aurait aidées à faire « un meilleur travail » (Lisa), en soulignant le besoin d’un soutien en santé mentale pendant la grossesse : « ça fait tout remonter » (Lisa). Toutes estimaient qu’un accompagnement thérapeutique aurait eu un effet bénéfique sur leur parentalité : « si j’avais eu une thérapie… quand j’en avais vraiment besoin, ça m’aurait sûrement beaucoup aidée dans mon rôle de parent et dans ma vie de famille » (Jenny).
Beaucoup se sentaient sans soutien de la part de leur entourage, notant que personne ne s’enquérait de ce qu’elles vivaient : « Non, personne, ça ne vient pas à l’esprit des gens. Ce que les personnes adoptées vivent en général, c’est que tout le monde pense qu’on a de la chance, ou bien c’est… on est juste censé bien le vivre, et quelle importance ? » (Sam). D’autres faisaient écho à ce constat : « personne ne m’a demandé “Qu’est-ce que tu ressens par rapport à ça ? Comment tu fais face ? C’est énorme pour toi” » (Lisa).
La rupture juridique des liens du sang opérée par l’adoption crée des difficultés parentales immédiates, car l’absence de dossier médical fait naître des inquiétudes au sujet de maladies génétiques et de risques pour la santé des enfants. Elle complique aussi la vie familiale, avec la nécessité de révéler son adoption, la gestion de l’impact des retrouvailles et la perte de l’identité génétique, culturelle et ethnique.
Les personnes participantes étaient frustrées par l’absence de dossier médical, en particulier lorsque leurs enfants en subissaient les conséquences : « personne ne semblait même envisager que l’adoption ou l’absence d’antécédents médicaux puisse avoir quoi que ce soit à voir là-dedans » (Sam). Elles ont traversé la grossesse et l’accouchement « à l’aveugle », sans aucun soutien du NHS face aux antécédents médicaux manquants : « On ne sait pas s’il y a chez nous des antécédents de diabète gestationnel, de prééclampsie » (Lisa).
L’adoption et les retrouvailles ont façonné leur identité familiale. Les personnes participantes devaient décider quand et comment révéler leur adoption à leurs enfants, et comment équilibrer les liens avec la famille adoptive et la famille de naissance : « on voulait vraiment les mettre au courant, parce que… vous savez, ils ont un lien biologique avec quelqu’un d’autre » (Tom). Les retrouvailles obligent les personnes adoptées à gérer plusieurs systèmes familiaux : « J’ai un système familial, j’ai un autre système familial, et maintenant j’ai mon système familial avec mes enfants » (Lisa).
Elles s’inquiétaient de l’effet des retrouvailles sur leurs enfants : « ces deux ou trois dernières années, je leur ai imposé toute une autre famille » (Sam). Certaines faisaient passer la famille adoptive avant la famille de naissance, craignant que les retrouvailles ne perturbent la grand-parentalité de leurs parents adoptifs. Jenny n’a parlé de son adoption qu’à deux de ses quatre enfants : « Je ne veux pas… qu’on mette dans la tête des enfants, quand ils sont petits, que mon père et ma mère ne sont pas du même sang. » Sam a raconté que son enfant avait d’abord craint de le voir « lui enlever ses grands-parents » lorsqu’il a commencé à rechercher sa mère de naissance.
Lisa, adoptée dans une famille d’une autre origine, a rencontré des difficultés particulières, ses enfants se trouvant directement confrontés à son identité rompue. Un exercice scolaire d’arbre généalogique a obligé ses enfants à « expliquer à tout le monde pourquoi tout le monde sur l’arbre est blanc sauf maman ». Les retrouvailles avec ses frères et sœurs de naissance ont aidé à restaurer un lien culturel, en permettant à ses enfants d’accéder à une part de leur héritage :
J’apprends un peu sur la Jamaïque, on raconte aux enfants comment c’est vraiment en Jamaïque, ce que… je ne peux pas faire pour eux parce que je n’ai pas, vous savez, c’est, c’est, on m’a coupée de mon identité culturelle, mais mes enfants aussi. (Lisa)
Sam éprouvait de la tristesse de ne pas pouvoir offrir le même sentiment d’héritage que son épouse : « Pourquoi tu as cette tête-là ? D’où vient la couleur de tes yeux ?… c’est dur à voir quand on ne peut rien apporter là-dessus. »
Les personnes participantes ont trouvé dans la parentalité épanouissement et appartenance, mais ont aussi rencontré des difficultés, souvent liées aux dynamiques de leur famille adoptive.
Les personnes participantes se sentaient souvent isolées et avaient du mal avec l’intimité physique et émotionnelle dans leur relation avec leurs enfants. Elles ont dû surmonter la honte et le secret qui entouraient l’adoption, difficultés aggravées par le manque d’ouverture de leur famille adoptive, elle-même privée de soutien pour élever des enfants adoptés.
Les personnes participantes décrivaient fréquemment une ouverture minimale dans leur famille adoptive : « Apparemment, j’avais demandé à 13 ans si on pouvait m’aider à retrouver ma mère, et ça a été… ignoré, mis sous le tapis » (Sam). Toutes avaient recherché leur famille de naissance sans le soutien de leur famille adoptive. Les recherches se faisaient en secret ; Tom, par exemple, a qualifié sa recherche d’« opération clandestine », dans laquelle il cachait le courrier pour que ses parents adoptifs ne s’en aperçoivent pas. Les personnes participantes ont décrit la difficulté de parler des retrouvailles avec leurs parents adoptifs : « J’allais… découvrir… ce que je pouvais et vraiment la rencontrer, et il était assez clair que c’était une conversation qu’ils n’étaient pas émotionnellement capables d’affronter » (Sam).
La famille adoptive abordait rarement les conversations sur l’adoption avec délicatesse. Jenny, par exemple, raconte avoir appris son adoption à 18 ans : « On m’a donné un post-it pour que j’aille rencontrer ma sœur. » Enceinte à l’époque, elle a encaissé la nouvelle seule : « il n’y avait aucun soutien. Il n’y a jamais eu aucun soutien. Alors je n’en attendais pas. J’avais honte de me rendre pitoyable en en parlant. » Si une ouverture biographique existait dans la famille adoptive de certaines personnes participantes, le soutien était minimal : « Je me souviens juste d’avoir grandi en devant tout gérer et tout encaisser seule, c’était ça, le point essentiel. Et ce n’est pas facile quand on a tous les problèmes liés à l’adoption à gérer. »
Le manque de soutien et d’ouverture autour de leur adoption a parfois conduit les personnes participantes à vivre leur statut adoptif comme honteux lorsqu’elles étaient jeunes : « une source de gêne. C’était quelque chose à taire… Je n’en étais pas fier. C’était quelque chose dont j’avais honte » (Tom). Elles évitaient souvent de le révéler aux autres : « Je ne le disais vraiment à personne, sauf si j’en avais besoin » (Lisa).
Certaines personnes participantes exprimaient leur frustration que leurs parents adoptifs n’aient pas été aidés à comprendre l’impact de l’adoption :
Je me souviens que mon père s’est retourné et m’a dit : « Eh bien, tu sais, on ne t’a jamais traité comme si tu étais adopté »… C’est comme : « Non, c’est vrai », ce qui d’un côté était gentil, et je comprends pourquoi vous avez fait ça. De l’autre côté, je l’étais, je le suis. Et vous auriez peut-être dû être aidés pour m’élever en tant que personne adoptée. C’est intrinsèque à tout. (Sam)
Ce manque de soutien était particulièrement lourd dans l’adoption interraciale :
Ils n’auraient jamais dû avoir d’enfants noirs chez eux, et plus je prends conscience de mon héritage culturel et plus je suis fière d’être une femme noire, moins j’ai envie de me trouver en leur compagnie. (Lisa)
Les limites des parents adoptifs ont laissé certaines personnes participantes sans modèle pour aborder les sujets sensibles, ce qui leur rendait difficile une communication ouverte sur leur adoption : « Mon premier réflexe quand on me pose ces questions [sur les retrouvailles et l’adoption], c’est juste de couper court, d’ignorer, de repousser. Je me surprends à le faire et j’essaie de ne pas le faire, mais… c’est tellement ancré » (Sam). Jenny estimait que partager ses sentiments sur son adoption serait un « fardeau » pour ses enfants, et parlait de son traumatisme « comme une tierce personne qui le raconterait ». Parfois, leurs difficultés à être ouvertes avec leurs enfants faisaient craindre que la relation en pâtisse : « Je vois qu’il est presque un peu blessé par le fait que je ne puisse pas juste… lui répondre tout de suite ou quoi, c’est assez dur. Je crois qu’il est très frustré » (Sam).
L’affection physique était aussi difficile. Sam avait « appris à se forcer » à serrer ses enfants dans ses bras, tandis que Lisa, qui disait ne pas aimer « être touchée », faisait des « efforts conscients ». Jenny se décrivait comme n’étant pas « quelqu’un de très contact physique », et la proximité s’est estompée à mesure que ses enfants grandissaient : « ça a eu l’air de s’arrêter progressivement quand ils ont tous grandi. Je ne sais pas si c’est parce que je ne fais pas, je ne fais pas vraiment de câlins aux gens, de manière générale. »
Bien qu’ils paraissent proches de leur famille nucléaire, les deux pères décrivaient un détachement persistant : « On peut être au milieu de la famille, des amis, peu importe, et se sentir quand même tellement à part, tellement seul » (Sam). Tom faisait écho à ce sentiment : « Je me sens bien partie d’un groupe et partie d’une… d’une unité… mais de temps en temps, encore, je me sens aussi tellement seul. » Les mères ne se sentaient pas isolées avec leurs enfants, mais décrivaient une solitude plus générale.
Toutes les personnes participantes se sentaient seules dans leur expérience de personne adoptée. Seul le lien avec d’autres personnes adoptées, à travers des groupes de soutien et le partage d’histoires, les aidait : « [en] écoutant des gens partager leur histoire, [je peux] me dire que je ne suis pas seule » (Lisa). Cela laissait entrevoir une part de son identité qu’elle ne pouvait pas pleinement partager avec ses enfants. Malheureusement, chez certaines personnes participantes, ces expériences ont laissé un sentiment durable d’indignité et d’isolement : « c’est une expérience très solitaire. On se sent vraiment sans valeur… Je ne me sens pas digne et je n’ai pas l’impression d’avoir ma place » (Jenny).
La parentalité a été réparatrice pour les personnes participantes. Avoir un membre de leur famille génétique leur a donné un sentiment d’appartenance, de la fierté et l’occasion de créer de nouvelles valeurs familiales. Elles chérissaient le lien réciproque avec leurs enfants et les accomplissements que la parentalité leur apportait.
Ce lien génétique apportait la joie de la reconnaissance : « enfin voir quelqu’un qui a certains de mes traits… certains de mes comportements… que je n’avais jamais vus chez personne avant » (Sam). Cela créait aussi un puissant sentiment de lien : « Quand elle est née. C’est immédiat. C’était immédiat. C’est la seule personne au monde qui ait un lien biologique avec moi, que je connaisse » (Lisa). L’expérience était souvent viscérale : « À moi. Mon sang. Moi. Ma famille » (Jenny). Pour chacune des personnes participantes, la parentalité a apporté un sentiment d’appartenance longtemps recherché : « Appartenance. J’avais l’impression d’appartenir à quelque part » (Jenny).
La parentalité a aussi nourri la fierté, en apportant « de la confiance, de l’estime de soi, du respect de soi » (Tom), et a été « une réussite » (Tom). Pouvoir briser des cycles générationnels de traumatisme apportait un sentiment d’accomplissement : « Je me souviens d’avoir été vraiment fière de moi… J’étais aussi vraiment fière qu’ils n’aient traversé aucun traumatisme ni aucun problème. C’était de la fierté, de la fierté et du bonheur pour eux » (Jenny).
Les enfants offraient un soutien émotionnel, ce qui renforçait le caractère réciproque de la relation. L’enfant de Tom l’a soutenu dans ses retrouvailles : « Elle a été compréhensive, elle a posé des questions. » L’enfant de Jenny l’a défendue lors d’un conflit avec son père adoptif : « Il a carrément crié sur son grand-père, ce qu’il n’avait jamais fait avant. »
La parentalité a été réparatrice pour beaucoup de personnes participantes :
… les personnes adoptées n’ont pas l’occasion de coréguler quand elles sont bébés, parce qu’on nous enlève à notre mère. Et je pense que, quand on corégule son bébé, il y a une part de bénéfice pour soi aussi, parce qu’on apprend à coréguler puisqu’on doit l’apprendre à son enfant. (Lisa)
Elles appréciaient l’occasion d’élever leurs enfants autrement. Lisa « a pris des décisions conscientes » pour rejeter l’approche de ses parents adoptifs et « les a assez souvent ignorés quand ils essayaient de [lui] donner des conseils d’éducation », tandis que Jenny tenait à exprimer son amour chaque jour parce qu’elle « n’a jamais vraiment beaucoup entendu “je t’aime” en grandissant ».
Cette étude a exploré l’expérience de personnes adoptées confrontées à la parentalité. Comme dans les recherches antérieures, les personnes participantes ont décrit comment la parentalité a réactivé des questions liées à l’adoption, remodelé les relations familiales et suscité des réflexions sur l’identité, l’appartenance et la perte. Les résultats prolongent les connaissances existantes en mettant en lumière l’impact intergénérationnel de l’adoption, en particulier la manière dont l’ouverture au sein des familles adoptives a influencé les pratiques parentales des personnes participantes et leur capacité à accompagner leurs enfants dans les conversations liées à l’adoption.
Les personnes participantes ont rapporté des difficultés parentales liées à leur statut adoptif, en écho aux recherches antérieures. Elles se demandaient si leur parentalité était « suffisamment bonne » (Despax et al., 2021a), s’inquiétaient de difficultés de lien (Masso et Whitfield, 2003 ; Neil et al., 2023) et ressentaient une pression à être parents « comme il faut » (Conrick, 2020 ; Masso et Whitfield, 2003 ; Neil et al., 2023 ; Pérez et al., 2016). Les pertes précoces ont contribué à une peur accrue de perdre leurs enfants (Phillips, 2009 ; Pinkerton, 2011), à des inquiétudes pour leur sécurité (Conrick, 2020 ; Phillips, 2009) et à un besoin de proximité physique (Conrick, 2020 ; Phillips, 2009).
La parentalité a aussi apporté fierté, sens et appartenance (Conrick, 2020 ; Despax et al., 2021b ; Edwards et al., 2023 ; Egan et al., 2022 ; Hampton, 1997 ; Moyer et Juang, 2011 ; Phillips, 2009 ; Pinkerton, 2011 ; Sherr et al., 2019), en aidant les personnes participantes à se remettre de leurs pertes (Chase et al., 2006 ; Gatzke, 2015 ; Hampton, 1997 ; Pinkerton, 2011).
Les personnes participantes ont rejeté le style éducatif de leurs parents adoptifs pour développer leurs propres valeurs (Brodzinsky et al., 1992 ; Despax et al., 2021b ; Gatzke, 2015 ; Greco et al., 2015). Ces valeurs naissaient souvent d’une période de doute et de crise identitaire, durant laquelle il leur fallait concilier les modèles adoptifs intériorisés, des modèles imaginés de la famille de naissance et des idéaux personnels. La confiance semblait grandir à mesure qu’elles intégraient les deux familles dans leur identité. Si le désir d’être parent autrement que ses propres parents n’est pas propre aux personnes adoptées (Szymańska, 2024), l’adoption en amplifiait la portée.
Conformément aux résultats antérieurs, les personnes participantes accordaient de la valeur au fait d’avoir un lien biologique avec quelqu’un (Brodzinsky et al., 1992 ; Edwards et al., 2023 ; Field et Pond, 2018 ; Horowitz, 2011 ; Moyer et Juang, 2011). Un résultat nouveau de cette étude est le renforcement du lien de parenté créé par le soutien émotionnel et pratique de leurs enfants.
Bien que la plupart des personnes participantes aient été remises à l’adoption dès la petite enfance, elles ont décrit un traumatisme lié à l’adoption affectant leur santé mentale et leur parentalité. Si la séparation précoce est probablement traumatique en soi (Verrier, 1991), les personnes qui n’avaient pas subi de négligence ou de maltraitance ont pu néanmoins vivre leur adoption comme traumatique en raison d’une perception négative du fait d’avoir été adoptées, fréquente chez les personnes adoptées qui ont reçu peu d’empathie ou de soutien de leurs proches (Brodzinsky et al., 2022). En outre, la révélation de l’adoption ne semble pas avoir été faite avec délicatesse ni dans la petite enfance, ce qui a pu faire de la révélation elle-même une source de traumatisme et fragiliser la sécurité de l’attachement existante (Baden et al., 2019 ; Kenny et al., 2012).
La perte de l’héritage et de la continuité familiale était également centrale. La participante adoptée dans une famille d’une autre origine a découvert sa culture d’origine avec ses enfants et a dû faire face au racisme sans avoir bénéficié d’aucune socialisation raciale. Si l’impact de la perte de l’héritage ethnique a déjà été montré chez les personnes adoptées dans une famille d’une autre origine (Ferrari et al., 2015 ; Wu et al., 2020 ; Zhou et al., 2021), un participant n’appartenant pas à une minorité ethnique regrettait lui aussi de ne pas pouvoir partager des traits culturels ou familiaux avec ses enfants, ce qui montre que la perte d’héritage dépasse le cadre de l’adoption interraciale.
L’absence d’antécédents médicaux, déjà bien documentée (Conrick, 2020 ; Green, 2016 ; Moyer et Juang, 2011), suscitait de la colère envers des systèmes d’accès défaillants et des protocoles inadaptés utilisés par le personnel médical, ce qui montre la nécessité d’une réforme.
Conformément aux recherches antérieures, la parentalité a suscité une réflexion renouvelée sur l’adoption (Conrick, 2020 ; Pinkerton, 2011), en particulier aux étapes de la vie des enfants qui faisaient écho à des moments importants de l’histoire des personnes participantes. Les personnes adoptées après 1989, surtout celles adoptées pour maltraitance ou négligence ou celles qui sont passées par des allers-retours en placement, peuvent connaître davantage de déclencheurs en raison du plus grand nombre d’événements marquants dans leur histoire d’adoption.
Les aspects physiques de la parentalité ont souligné la perte du lien avec la mère de naissance et révélé les gestes incarnés de l’adoption. Ces moments ont approfondi la compréhension, chez les personnes participantes, des mécanismes de la perte d’identité qu’elles percevaient, et les ont souvent conduites à critiquer le rôle de leurs parents adoptifs. Les personnes dont les parents adoptifs avaient des enfants biologiques supportaient mal que ces derniers n’aient pas mené une réflexion comparable sur l’adoption. Les pères étaient aussi touchés que les mères, souvent parce qu’ils avaient été témoins de la maternité de leur partenaire. Bien que l’échantillon soit réduit, ce résultat reste peu documenté et enrichit la littérature sur les hommes adoptés.
La parentalité a souvent fait évoluer le regard des personnes participantes sur l’adoption, en suscitant des points de vue plus critiques sur les politiques historiques et les normes sociales qui ont conduit aux remises à l’adoption, puis ont restreint l’accès aux informations biographiques. Si ces résultats peuvent sembler moins pertinents pour les personnes adoptées après 1989, les inégalités systémiques restent présentes dans l’adoption : Bywaters et son équipe (2018) ont constaté que les enfants des quartiers les plus défavorisés du Royaume-Uni avaient 11 fois plus de chances d’être « placés » que ceux des quartiers les moins défavorisés, ce qui indique que ces thèmes peuvent aussi trouver un écho chez les personnes adoptées aujourd’hui.
Conformément aux recherches antérieures, la parentalité a conduit les personnes participantes à éprouver de l’empathie pour leur mère de naissance (Conrick, 2020 ; Egan et al., 2022 ; Pinkerton, 2011), à réévaluer leurs parents adoptifs (Brodzinsky et al., 1992 ; Conrick, 2020 ; Hampton, 1997 ; Neil et al., 2023 ; Sherr et al., 2019) et à compatir à l’infertilité de leurs parents adoptifs (Conrick, 2020 ; Masso et Whitfield, 2003 ; Moyer et Juang, 2011 ; Pinkerton, 2011). L’étude confirme aussi la place centrale des mères dans les récits des personnes adoptées, les pères, adoptifs comme de naissance, en étant largement absents (Sherr et al., 2019).
La parentalité a souvent renforcé les sentiments négatifs envers les parents adoptifs et conduit à une distance émotionnelle, conformément aux résultats antérieurs (Brodzinsky et al., 1992 ; Conrick, 2020 ; Hampton, 1997 ; Horowitz, 2011 ; Phillips, 2009). D’autres études ont au contraire rapporté un renforcement des liens après l’arrivée des enfants (Neil et al., 2023 ; Sherr et al., 2019) ; ce renforcement était associé à une ouverture communicationnelle des parents adoptifs et à un sentiment d’appartenance qu’ils favorisaient, qualités peut-être absentes dans les familles adoptives des personnes participantes ici, ce qui rendait leur prise de distance prévisible. Les personnes participantes ont néanmoins maintenu leurs parents adoptifs dans leur rôle de grands-parents, ce qui suggère que la distance émotionnelle n’effaçait pas les structures familiales.
Pour la participante adoptée dans une famille d’une autre origine, les frères et sœurs de naissance ont aidé ses enfants à se relier à leur héritage ethnique, ce qui souligne l’importance de la préparation et du soutien dans les adoptions interraciales, ainsi que le rôle du contact avec la famille de naissance dans ces situations.
Les résultats soulignent la nécessité de former les parents adoptifs à l’impact de l’adoption tout au long de la vie. Les personnes participantes ont décrit une gêne à parler de l’adoption avec leurs enfants, une mauvaise gestion des informations sur la famille de naissance, des retrouvailles menées en secret et une socialisation raciale insuffisante dans les contextes interraciaux. Bien que la formation à l’adoption se soit nettement améliorée, beaucoup de parents adoptifs n’offrent toujours pas assez d’ouverture (Jones, 2016 ; Neil et al., 2023). D’où l’importance d’une formation et d’un soutien complets avant et après l’adoption.
Les personnes participantes pensaient qu’une meilleure compréhension d’elles-mêmes aurait pu améliorer leur parentalité, mais aucune n’a reçu de soutien ciblé pour les difficultés propres aux personnes adoptées. Les professions de santé devraient être incitées à orienter les personnes adoptées vers un soutien lorsqu’elles deviennent parents.
Les personnes participantes ont aussi relevé un manque d’intérêt des autres pour leur identité de personne adoptée, ce qui reflète peut-être une méconnaissance de l’adoption dans leur entourage. Une plus grande reconnaissance publique de l’impact à long terme de l’adoption est nécessaire. Toutes les personnes participantes se sont plaintes du deuil non reconnu qui consiste à devoir « éprouver de la gratitude » pour ce qu’elles ont vécu comme une perte immense.
Un résultat propre à cette étude est le sentiment d’isolement des personnes participantes, même dans la parentalité, qui tient à leur identité spécifique de personne adoptée, laquelle les distinguait des personnes non adoptées, y compris de leurs enfants.
Le résultat le plus important est l’impact intergénérationnel de l’ouverture. L’ouverture a façonné la compréhension que les personnes participantes avaient de leur adoption et des motivations de leur mère de naissance, ainsi que leur capacité à parler de l’adoption avec leurs propres enfants. Comprendre leur adoption, et surtout pourquoi elles avaient été remises à l’adoption, était vital pour les personnes participantes, et façonnait leur concept de soi et leur confiance en tant que parents.
Dans la seule étude comparable sur des personnes adoptées en Angleterre devenues parents (portant sur les adoptions postérieures à 1989), celle de Neil et de son équipe (2023), les personnes participantes étaient regroupées selon des catégories de récit. Celles dont le récit avait une tonalité positive, décrivant une enfance plutôt heureuse jusqu’à une parentalité réussie, avaient été remises à l’adoption avant deux ans et avaient connu des familles adoptives ouvertes et soutenantes. Celles qui décrivaient avoir surmonté l’adversité pour devenir des parents à la hauteur, en insistant sur les difficultés parentales liées à l’adoption, avaient été adoptées à partir d’un placement après deux ans et faisaient état d’obstacles à la communication et d’un faible sentiment d’appartenance dans leur famille adoptive. Les personnes participantes de la présente étude, bien qu’adoptées avant deux ans, avaient une expérience de la parentalité semblable à celle de ce second groupe. Cela suggère que, dans les deux études, bien qu’elles portent sur deux époques différentes de l’adoption, un manque d’ouverture et d’appartenance dans la famille adoptive a contribué aux difficultés de la parentalité, quel que soit l’âge à l’adoption.
Un résultat propre à cette étude est que, faute d’avoir vu leurs parents adoptifs incarner l’ouverture communicationnelle, les personnes participantes ont eu ensuite du mal à offrir de l’intimité émotionnelle à leurs propres enfants et ont rencontré des difficultés à mener les conversations liées à l’adoption. Cela indique un impact intergénérationnel de l’ouverture familiale qui, bien qu’observé dans toutes les familles (Kitamura et al., 2009 ; Van IJzendoorn, 1992), suggère que les parents adoptifs tireraient particulièrement profit d’une formation à l’ouverture.
En écho à Egan et à son équipe (2022), les personnes participantes ont tiré profit de la compréhension de l’histoire de leur mère de naissance, celles qui pensaient que leur mère de naissance n’avait pas vraiment eu le choix éprouvant davantage d’empathie. Une participante qui avait subi de la négligence a été rassurée sur sa capacité à être parent autrement en comprenant le traumatisme vécu par sa mère de naissance dans l’enfance. C’est particulièrement pertinent pour les personnes adoptées aujourd’hui, qui sont plus susceptibles d’avoir subi maltraitance ou négligence (Neil et al., 2023). Si les parents adoptifs peuvent avoir du mal à révéler des histoires aussi douloureuses, la compréhension décisive de cette participante n’est pas venue de la maltraitance elle-même, mais du fait de comprendre « pourquoi » elle s’était produite.
Les personnes participantes ont aussi eu du mal à accompagner leurs enfants pendant les retrouvailles. Une relation ouverte et soutenante avec les parents adoptifs aurait pu faciliter ce processus, ceux-ci pouvant jouer un rôle pour rassurer leurs petits-enfants dans le bouleversement des retrouvailles.
En tant qu’intervention de l’État qui rompt une lignée familiale, l’adoption appelle une réflexion qui dure toute la vie. Les personnes adoptées peuvent en réévaluer le sens de manière critique au fil du temps. Les parents adoptifs qui favorisent une communication ouverte et continue, sur le plan personnel comme sur le plan systémique, sont mieux placés pour maintenir des relations solides à mesure qu’évolue le regard des personnes adoptées sur l’adoption.
Fournir aux personnes adoptées une histoire complète et contextualisée, communiquée avec délicatesse, leur serait très bénéfique et soutiendrait le développement de leur identité. Si des recherches antérieures ont montré l’importance de l’ouverture communicationnelle et biographique (Brodzinsky, 2006 ; Grotevant, 1997 ; Grotevant et al., 2000 ; Grotevant et al., 2017 ; Le Mare et Audet, 2011 ; Von Korff et Grotevant, 2011), cette étude en établit les effets à long terme et intergénérationnels.
Les personnes adoptées forment leur identité parentale en comprenant leur remise à l’adoption, leur éducation adoptive et leur famille de naissance. Ces facteurs façonnent profondément leur parentalité et leurs relations avec leurs enfants. La parentalité peut être réparatrice, en offrant appartenance et occasions de définir des valeurs familiales ; les personnes adoptées peuvent pourtant avoir du mal à offrir l’intimité qu’elles désirent et se sentir isolées, comprises seulement par d’autres personnes adoptées.
Un résultat central est l’effet durable de l’ouverture des parents adoptifs. Elle influence la manière dont les personnes adoptées partagent le récit de leur adoption, font face à l’absence d’informations génétiques, gèrent les relations de leurs enfants avec les grands-parents adoptifs et traversent les retrouvailles.
Bien qu’ils portent sur des personnes adoptées avant 1989, ces résultats ont une pertinence actuelle. Les recommandations comprennent la formation des parents adoptifs à l’impact de l’adoption tout au long de la vie, la promotion d’une communication ouverte et le soutien des personnes adoptées dans leur parentalité. Les professions de la maternité devraient établir des protocoles pour les antécédents médicaux manquants et proposer des orientations vers un soutien psychosocial. Les organismes d’adoption devraient envisager des réseaux de pair-aidance pour les personnes adoptées devenues parents.
Une force de cette étude est que des personnes des deux genres ont partagé leur regard sur l’ensemble du parcours de parent. Le contexte des adoptions antérieures à 1989 a permis d’explorer en profondeur l’impact de l’ouverture et du soutien sur la vie familiale.
La petite taille de l’échantillon et le recrutement par des groupes de soutien à l’adoption limitent la généralisation, mais il s’agissait d’une caractéristique assumée du plan de recherche, qui privilégiait des données phénoménologiques riches.
Les recherches futures pourraient recourir à des méthodes mixtes pour comparer le devenir parental selon les niveaux et les styles d’ouverture. Inclure les enfants des personnes adoptées apporterait une profondeur précieuse, tout comme l’exploration du lien entre l’âge à la révélation de l’adoption et le devenir parental ultérieur. Le rôle limité des pères, de naissance comme adoptifs, mérite d’être étudié plus avant. Enfin, l’amélioration de l’accès des personnes adoptées à leurs antécédents médicaux reste un chantier à poursuivre.
Complexe Systémique : à retenir
Cette petite étude rend visible un mécanisme que la clinique transgénérationnelle connaît bien : ce qui n’a pas pu se dire dans une famille se transmet comme difficulté à dire. Les personnes adoptées qui n’ont pas trouvé de parole ouverte chez leurs parents adoptifs peinent à leur tour à parler de l’adoption, et parfois à toucher, avec leurs propres enfants. La naissance d’un enfant apparaît comme un nœud du cycle de vie qui réactive l’histoire adoptive : l’âge de l’enfant rejoint l’âge de la séparation, la mère de naissance devient pensable, les parents adoptifs sont réévalués. Lisa parle de trois systèmes familiaux à tenir ensemble, adoptif, de naissance et nucléaire : une indication claire pour un génogramme qui les fasse figurer tous les trois. Pour les équipes périnatales et les thérapeutes, la leçon est simple : demander, au moment de devenir parent, si la personne a été adoptée, et aider à construire le récit du « pourquoi ». L’étude reste très limitée (quatre personnes, recrutées par des groupes de soutien, regard rétrospectif) et ne donne pas la parole aux enfants. À lire avec l’article sur la reconstruction de l’identité adoptive à travers les artefacts, et avec l’article sur les récits de généalogie dans les familles adoptives internationales.
Notes de l’original
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche ne déclare aucun conflit d’intérêts potentiel concernant la recherche, la rédaction et/ou la publication de cet article.
Financement. L’équipe de recherche n’a reçu aucun soutien financier pour la recherche, la rédaction et/ou la publication de cet article.
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Traduction non officielle en français de Comprendre comment des personnes adoptées en Angleterre avant 1989 vivent la parentalité, par Tamryn Stevens et Mark C. Moss, Adoption & Fostering, vol. 50, no 3, p. 304-322 (2026), doi : 10.1177/03085759261421601, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau en liste, déclarations regroupées dans les notes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Understanding how adults adopted in England pre-1989 experience parenthood », publié dans Adoption & Fostering (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Stevens, T., et Moss, M. C. (2026). Comprendre comment des personnes adoptées en Angleterre avant 1989 vivent la parentalité (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/comprendre-comment-des-personnes-adoptees-en-angleterre-avant-1989-vivent-la-parentalite (Œuvre originale publiée en 2026 dans Adoption & Fostering, 50(3), 304-322 (2026) ; republiée en 2026 par Adoption & Fostering, https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/03085759261421601)
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