Journal of Solution Focused Practices · Revue de recherche

Grandes tendances de la recherche sur l’approche orientée vers les solutions en 2023 : une revue de la portée

Deuxième photographie annuelle de la recherche solutionniste par le groupe de recherche de l’EBTA : 120 publications en 2023, dont 84 études, 4 561 participants dans 21 pays. L’Iran reste en tête, l’Afrique dépasse l’Amérique du Nord, l’Europe stagne à cinq. Nouveautés de cette édition : les taux d’abandon (7,6 % en moyenne, souvent zéro), la fidélité aux protocoles, et l’inventaire des sept éléments centraux réellement utilisés, l’avenir préféré partout, le changement pré-séance presque nulle part. Face aux autres approches, dix résultats équivalents sur quinze ; face à l’absence de traitement, une supériorité désormais acquise. Reste à comprendre comment ça marche.

Auteurs Rytis Pakrosnis (Université Vytautas Magnus, Kaunas) et Andreea M. Żak (Wadowice, Pologne)Première publication Journal of Solution Focused Practices, vol. 8, n° 2, 2024Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction non officielle en français. Cet article est la traduction de Main Trends in Research on the Solution-Focused Approach in 2023: A Scoping Review, de Rytis Pakrosnis et Andreea M. Żak, publié dans le Journal of Solution Focused Practices (2024), doi : 10.59874/001c.127301, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, les deux figures (répartition par pays, répartition par nombre de séances) étant décrites dans le texte, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau S1 reste disponible en supplément sur le site de la revue, qui propose aussi des résumés en chinois traditionnel et simplifié. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Résumé. L’article présente les résultats de la deuxième revue annuelle de la portée menée par les membres du groupe de travail Recherche de l’EBTA, visant à cartographier les tendances qui se dégagent de la recherche sur l’approche orientée vers les solutions publiée en 2023. Sur 120 articles publiés en 2023 et ajoutés à la SFA PubList de l’EBTA, 84 étaient des articles de recherche, passés en revue quant aux principales caractéristiques de publication, de contexte et d’échantillon, de méthodologie, d’intervention, et aux principaux résultats sur l’issue et le processus de l’approche. La présente revue a en outre élargi le champ d’analyse à plusieurs aspects supplémentaires, comme les taux d’abandon, les moyens d’assurer la fidélité et les principaux éléments orientés vers les solutions utilisés dans les interventions étudiées. Avec l’analyse quantitative et le résumé des tendances principales, comparées à celles de la revue précédente, sont discutés des questions connexes, des questions ouvertes et des suggestions sur les directions et la qualité des recherches futures. On peut conclure globalement à l’accumulation de preuves de plus en plus nombreuses de l’efficacité de l’approche dans divers contextes, issues d’essais contrôlés randomisés et d’études expérimentales, plus souvent publiées dans des revues académiques respectées. Les études futures pourraient s’intéresser davantage au processus et aux mécanismes de changement propres à l’approche, ainsi qu’à la comparaison des résultats et des processus avec d’autres approches établies.

Mots-clés : approche orientée vers les solutions, revue de la portée, recherche sur les résultats, recherche sur le processus

Depuis 2018, le groupe de travail Recherche de l’Association européenne de thérapie brève (EBTA RTG) recueille activement les références d’articles sur l’approche orientée vers les solutions (AOS) portant sur des discussions conceptuelles, des descriptions de pratique, de nouveaux développements et des recherches menées dans différents cadres, contextes et pays. Une sélection des références identifiées est publiée en ligne sous le nom de SFA PubList by EBTA. Pour faciliter la recherche ou l’analyse, les références de la liste sont classées par année de publication, type d’article, méthodologie et plan de recherche. Nous espérons qu’un tel recueil de références (plus de 750 sources publiées depuis 1975), portant sur des aspects variés, issu de multiples contextes et pays, et écrit en différentes langues, contribuera à la diffusion des idées orientées vers les solutions et à l’établissement de l’approche à l’international et entre disciplines.

En tenant la SFA PubList, les auteurs ont remarqué une tendance à la croissance considérable du nombre d’articles de recherche publiés ces dernières années. Ce nombre croissant apporte davantage de réponses à des questions importantes et de preuves de l’efficacité de l’approche. D’un autre côté, la question de la qualité et de la rigueur de la recherche sur l’AOS se pose. De plus, les études isolées ont généralement un champ de questions limité et ne donnent pas de vue d’ensemble. Les revues systématiques de la littérature, méta-analyses et revues parapluie comprises, sont menées pour réfléchir à la qualité de la recherche et voir le tableau plus large couvert par les études actuelles. Plusieurs revues de ce type ont été publiées récemment, sur l’efficacité de l’AOS dans des contextes et cadres précis ou sur différents modérateurs (par exemple Franklin et al., 2024 ; Karababa, 2024 ; Kim et al., 2023 ; Kumar et al., 2024 ; Neipp & Beyebach, 2024 ; Vermeulen-Oskam et al., 2024 ; Żak & Pękala, 2024). Les revues systématiques et parapluie incluent en général les meilleurs plans d’étude menés à ce jour et sont donc sélectives. À notre connaissance, aucune revue large et inclusive n’avait cartographié la recherche publiée sur l’AOS pour une période donnée afin d’en identifier les tendances (y compris de plan méthodologique) et les lacunes.

Ainsi, à partir de 2023, les membres de l’EBTA RTG ont décidé de mener des revues annuelles de la portée de la recherche sur les résultats et/ou le processus de l’AOS publiée l’année précédente, pour suivre les tendances, les lacunes et les défis émergents (Żak et al., 2023). Ces revues visent à répondre aux questions suivantes : (1) quelles étaient les caractéristiques des publications et des revues choisies, c’est-à-dire langue, indexation ? (2) dans quels contextes la recherche sur l’AOS a-t-elle principalement été menée, c’est-à-dire pays, échantillon et cadre ? (3) comment la recherche a-t-elle principalement été menée, c’est-à-dire quels plans, méthodologies, instruments et groupes de contrôle ? (4) quelles étaient les principales caractéristiques des interventions orientées vers les solutions ? et (5) quels étaient les principaux résultats d’intérêt et les principales conclusions ?

Nous espérons que ces revues annuelles serviront de photographies de la recherche sur l’AOS, offrant des éclairages aux praticiens, des inspirations et des idées aux chercheurs, ainsi qu’une compréhension plus profonde d’où nous en sommes et où nous allons. Des revues continues, année après année, permettront aussi des comparaisons annuelles des grandes tendances. À la suite de la première revue de la portée couvrant les publications de 2022 (Żak et al., 2023), cet article présente les résultats de la deuxième, sur la recherche publiée en 2023.

Méthode

La présente revue a été menée selon les étapes et la méthodologie de l’année précédente, développées par Żak, Pakrosnis et Kuminskaya (2023). D’abord, les articles publiés en 2023 dans des revues académiques à comité de lecture, quelle que soit la langue ou le pays de publication, ont été identifiés par des alertes Google Scholar et des recherches régulières dans des bases académiques comme EBSCO, Science Direct et Scopus, avec les mots-clés « solution-focused approach », « solution-focused therapy », « solution-focused practice » et « solution-focused work ». Ensuite, les références des articles présentant une recherche originale, une revue, une discussion conceptuelle, une description de pratique, un développement d’intervention, ou le développement ou la validation d’un instrument de mesure ont été ajoutées à la SFA PubList. Enfin, parmi ces références, les articles de recherche sur les résultats ou le processus de l’AOS ont été retenus pour la revue. Conçue comme inclusive, la revue n’a appliqué aucun autre critère d’inclusion ou d’exclusion.

Une fois les articles sélectionnés, la revue a suivi les étapes suivantes. D’abord, un tri initial de chaque publication a vérifié les critères d’inclusion. Ensuite, l’information (sous forme de tableau) sur les caractéristiques de publication (titre de la revue, indexation), de contexte et d’échantillon (pays, cadre, âge, genre), d’étude (plan, type de groupe de contrôle), d’intervention (modalité, nombre de séances) et les résultats principaux a été extraite. Puis une synthèse quantitative de chaque aspect a été produite et synthétisée en tendances principales. Dans cette deuxième revue, le champ d’analyse a été élargi à des aspects supplémentaires : taux d’abandon, moyens d’assurer la fidélité de l’intervention, nombre et type des principaux éléments orientés vers les solutions utilisés.

Les deux auteurs ont travaillé ensemble à identifier et à sélectionner les références à inclure dans la SFA PubList. Après accord sur les articles répondant aux critères d’inclusion de la revue, c’est-à-dire les études de résultats et de processus, le corpus a été réparti à parts égales. Chacun a travaillé séparément à l’extraction des informations pertinentes et à la synthèse quantitative. Les résultats ont ensuite été discutés et approuvés conjointement. En cas de question ou de problème de catégorisation, chaque auteur examinait le même article, puis les deux en discutaient jusqu’à une décision finale. Pour l’étape finale, la synthèse de l’information, les deux auteurs ont discuté des tendances observées jusqu’à l’accord.

Résultats

Au total, 120 articles publiés en 2023 ont été ajoutés à la SFA PubList, dont 84 (70,0 %) articles de recherche, 6 (5,0 %) revues (2 revues systématiques fondées sur une méthodologie méta-analytique, 2 revues narratives traditionnelles et 2 revues de la portée), 25 (20,8 %) articles théoriques (19 descriptions de pratique, 5 discussions conceptuelles et 2 développements d’intervention) et 5 (4,2 %) études corrélationnelles. La revue n’a inclus que les 84 articles de recherche portant sur les résultats (k = 68 ; 81 %), le processus et les résultats (k = 8 ; 9,5 %) ou le processus (k = 8 ; 9,5 %) de l’AOS.

Les résultats des analyses et les tendances identifiées sont présentés et discutés ci-après, structurés autour de chacun des aspects auxquels la revue visait à répondre. Les caractéristiques de chaque publication, son contexte et son échantillon, sa méthodologie, son intervention et ses résultats principaux figurent dans le tableau S1, en matériel supplémentaire.

Caractéristiques des publications

La majorité des 84 articles étaient publiés en anglais (k = 55 ; 65,5 %), tendance naturelle puisque la plupart des revues académiques disponibles en ligne paraissent en anglais. Les autres langues représentées étaient le persan (k = 16 ; 19,0 %), le chinois (k = 6 ; 7,1 %), l’arabe (k = 2 ; 2,4 %), l’indonésien (k = 2 ; 2,4 %), le coréen (k = 1 ; 1,2 %), le polonais (k = 1 ; 1,2 %) et le turc (k = 1 ; 1,2 %).

Les articles étaient publiés dans différentes revues, six d’entre elles en comptant deux : Aging Psychology, Jurnal Bimbingan Konseling, Families in Society, KONSELI: Jurnal Bimbingan dan Konseling, Journal of Psychological Science et Rooyesh-e-Ravanshenasi Journal. Pour évaluer l’impact des revues qui publient de la recherche sur l’AOS, les données d’indexation et de citation de trois sources ont été analysées : le facteur d’impact (IF) du Journal Citation Reports de Clarivate (données 2023), l’indicateur SCImago Journal Rank (SJR) de Scopus (données 2023) et le h5 de Google Scholar (données 2019-2023). L’analyse a indiqué que 65 % (k = 55) des revues étaient répertoriées par au moins un des index choisis, et 20 (24 %) par les trois. La majorité des revues (k = 52 ; 62 %) étaient indexées par le h5, le plus facile d’accès, et une proportion moindre (k = 29 ; 35 %) par l’un ou l’autre des deux index les plus valorisés (IF et SJR), ou les deux. Les scores allaient de 0,7 à 9,5 pour l’IF, de 0,14 à 2,19 pour le SJR et de 4 à 77 pour le h5.

Contexte et caractéristiques des échantillons

En 2023, la recherche sur l’AOS a été menée avec des échantillons issus de 21 pays (figure 1, non reproduite) sur tous les continents. La plus grande part venait d’Asie (k = 56 ; 66,7 %), avec l’Iran, la Chine et l’Indonésie en tête. Notamment, jusqu’à 9,5 % (k = 8) des recherches ont été menées en Afrique, un peu plus qu’en Amérique du Nord (k = 6 ; 7,1 % ; dont cinq aux États-Unis) ou en Europe (k = 5 ; 5,9 %, dont deux aux Pays-Bas). Les contributions d’Amérique du Sud (k = 2 ; 2,4 %) et d’Australie (k = 1 ; 1,2 %) étaient comparativement faibles. En outre, 3,6 % (k = 3) des échantillons étaient internationaux et 2,4 % (k = 2) transcontinentaux (Amérique du Nord et Asie ; Europe, Afrique et Amérique du Sud). Enfin, pour 1,2 % (k = 1) des articles, l’information sur le pays n’était pas disponible.

L’information sur la taille de l’échantillon était rapportée dans 94,1 % (k = 79) des articles. Deux articles (2,4 %) ne la rapportaient pas et pour trois (3,6 %) elle n’était pas accessible. Au total, 4 561 participants (moyenne 57,73 par étude ; étendue de 1 à 574) ont pris part aux recherches sur l’AOS en 2023.

Les échantillons étaient surtout recrutés en milieu éducatif (k = 32 ; 38,1 %), médical et de soins (k = 26 ; 31,0 %) et dans les services de conseil (k = 15 ; 17,9 %). Les autres cadres étaient moins représentés : action sociale (k = 4 ; 4,8 %), coaching (k = 2 ; 2,4 %) et milieu de travail (k = 1 ; 1,2 %). L’information n’était pas disponible pour 4,8 % (k = 4) des études.

Dans plus de la moitié des études, les participants étaient des adultes (k = 50 ; 59,5 %), et dans près d’un tiers des adolescents (k = 22 ; 26,2 %), les enfants (k = 5 ; 6 %) et les échantillons d’âges mixtes (k = 2 ; 2,4 %) étant moins représentés. L’information n’était pas disponible pour trois articles (3,6 %) et pas rapportée pour deux (2,4 %).

Près de la moitié des études (k = 36 ; 42,9 %) reposaient sur des échantillons comptant plus de femmes que d’hommes (plus de 51 % de l’échantillon), dont 20 avec des femmes exclusivement. Des échantillons où les hommes étaient majoritaires n’ont été utilisés que dans 14,3 % (k = 12) des études, deux avec des hommes uniquement. Une répartition égale n’a été observée que dans 10,7 % (k = 9) des études. Mais 21,4 % (k = 18) des articles ne rapportaient pas le genre des participants, et pour 10,7 % (k = 9) l’information n’était pas disponible. Les autres caractéristiques démographiques (origine ethnique, éducation, situation de couple) étaient rapportées encore moins souvent, ce qui n’a pas permis de les synthétiser.

Caractéristiques des études

Plan et méthodologie. Une méthodologie quantitative prédominait (k = 65 ; 77,4 %) parmi les articles de 2023. Dix études (11,9 %) relevaient de méthodes mixtes, et neuf (10,7 %) d’une méthodologie exclusivement qualitative. La grande majorité des études examinant les résultats de l’AOS, les plans prédominants étaient naturellement expérimentaux, avec davantage d’expériences (k = 32 ; 38,1 %) et de quasi-expériences (k = 17 ; 20,2 %) que d’essais contrôlés randomisés ou cliniques (ECR ; k = 9 ; 10,7 %). Un plan pré-test/post-test à groupe unique était présent dans 13 études (15,5 %). Les autres plans étaient moins fréquents : analyse thématique (k = 5 ; 6 %), études de cas (k = 3 ; 3,6 %), analyse de cas (k = 2 ; 2,4 %) et théorie ancrée (k = 2 ; 2,4 %). Enfin, une étude (1,2 %) utilisait la recherche-action.

Instruments de mesure des résultats. L’AOS ayant une vision fondée sur les forces, il n’est pas surprenant que des instruments centrés sur le positif aient été utilisés plus souvent, seuls (k = 28 ; 33,3 %) ou combinés à des mesures centrées sur le problème (k = 33 ; 39,3 %). Les aspects centrés sur le problème seuls (k = 15 ; 17,9 %) étaient moins fréquents en 2023. Deux études (2,4 %) utilisaient des mesures centrées sur le processus (entretiens semi-structurés). Les outils de mesure ne s’appliquaient pas à cinq études (6,0 %) et n’étaient pas disponibles pour une (1,2 %).

Type de groupe de contrôle. Conformément aux plans de recherche, 58 études (69 %) comportaient un groupe de contrôle ; pour l’une d’elles, l’information sur les caractéristiques du groupe et les résultats inter-groupes n’était pas disponible, absente du résumé accessible. Des groupes de contrôle passifs (k = 24 ; 42,1 %), actifs (k = 22 ; 38,6 %) et mixtes (passifs et actifs ; k = 11 ; 19,3 %) ont été utilisés. Onze études utilisant les deux types, le nombre total de groupes de contrôle était de 68, 35 (51,5 %) passifs et 33 (48,5 %) actifs. Sur ces 68 groupes, les contrôles passifs étaient l’absence de traitement (k = 29 ; 42,6 %) et la liste d’attente (k = 6 ; 8,8 %), tandis que les comparaisons actives étaient le plus souvent d’autres approches connues (k = 15 ; 22,1 %) ou le traitement habituel (TAU ; k = 13 ; 19,1 %), et moins souvent un placebo (k = 2 ; 2,9 %). Trois études (4,4 %) de processus comportaient divers groupes de comparaison : lecture de vignettes orientées solutions ou centrées sur le problème, réception de questions orientées solutions ou centrées sur le problème, évaluation des progrès par échelle ou par questions dichotomiques. Les autres approches utilisées en comparaison étaient le plus souvent la TCC fondée sur la pleine conscience, mais aussi la thérapie des schémas, le coaching centré sur le problème, le coaching GROW, le conseil de groupe générique, l’intervention transdiagnostique intégrée, la thérapie de la réalité, la thérapie d’acceptation et d’engagement et la thérapie centrée sur la compassion.

Caractéristiques des interventions

Les principales caractéristiques des interventions orientées vers les solutions sont résumées ci-dessous : format (individuel, groupe…), modalité (pure ou combinée), moyens d’assurer la fidélité, éléments centraux de l’AOS utilisés et nombre de séances.

Format de l’intervention. En 2023, près de la moitié des études examinaient l’AOS comme intervention de groupe (k = 38 ; 45,2 %), dont deux en format de groupe en ligne. L’AOS comme intervention individuelle (dont une en ligne) était utilisée dans 17 études (20,2 %), et comme thérapie de couple ou de famille dans sept (8,3 %), l’une en format mixte de séances individuelles et de groupe pour couples et une en ligne. Cinq études (6,0 %) examinaient des feuilles d’auto-assistance ou des outils informatisés orientés vers les solutions. Deux études (2,4 %) examinaient l’AOS appliquée comme activité, les participants décrivant une situation ou un objectif en répondant à une ou plusieurs questions orientées vers les solutions, et une (1,2 %) comme intervention mixte individuelle et de groupe. Enfin, une formation orientée vers les solutions a été étudiée dans une étude (1,2 %). Le format n’était pas rapporté dans cinq études (6,0 %), pas disponible pour six autres (7,1 %) et sans objet pour deux (2,4 %).

Modalité de l’intervention. Notamment, l’information sur la modalité n’était pas toujours rapportée (k = 11 ; 13,1 %) ni accessible (k = 11 ; 13,1 %), et sans objet pour quatre articles (4,8 %). Dans un tiers seulement des études (k = 27 ; 32,1 %), l’intervention reposait exclusivement sur l’AOS. Dans les autres, elle était soit modifiée (k = 17 ; 20,2 %), soit adaptée à un contexte ou cadre précis (k = 7 ; 8,3 %), soit combinée à d’autres approches (k = 7 ; 8,3 %), dont la psychoéducation ou une grande variété d’éléments propres à la TCC, à la thérapie narrative, à l’entretien motivationnel ou à la thérapie familiale.

Fidélité de l’intervention et éléments centraux utilisés. L’information sur les moyens d’assurer la fidélité de l’intervention était rapportée dans 63,3 % (k = 51) des 79 articles où cet aspect s’appliquait. Pour les autres, elle n’était pas rapportée (k = 15 ; 17,9 %) ou pas disponible (k = 13 ; 15,5 %). Les protocoles de délivrance de l’intervention étaient le moyen prédominant d’assurer la fidélité (k = 40 ; 47,6 %), les manuels (k = 3 ; 3,6 %) et les listes de contrôle d’intégrité (k = 2 ; 2,4 %) étant très rarement utilisés.

Les éléments centraux de l’AOS utilisés dans les interventions étudiées étaient rapportés dans 62,8 % (k = 49) des 78 articles où cet aspect s’appliquait. L’information n’était pas rapportée dans 20,5 % (k = 16) des études, ni disponible pour 16,7 % (k = 13). Au total, sept éléments centraux étaient mentionnés à travers les études, mais spécifiquement décrits dans une seule. Le nombre d’éléments centraux allait de 1 à 7, avec une moyenne de 3,9 par étude. Parmi les 49 articles rapportant des éléments centraux, les plus fréquemment mentionnés étaient : l’avenir préféré (k = 45 ; 91,8 %), les exceptions (k = 39 ; 79,6 %), les échelles (k = 33 ; 67,3 %), la recherche des forces des clients (k = 31 ; 63,3 %) et le message de fin de séance (k = 26 ; 53,1 %). Les questions d’adaptation (k = 12 ; 24,5 %) étaient moins fréquentes, et le changement pré-séance l’élément le moins mentionné (k = 4 ; 8,2 %).

Nombre de séances. Sur 79 études où le nombre de séances s’appliquait, 10 (11,9 %) ne le rapportaient pas et pour huit (9,5 %) il n’était pas accessible. Deux articles (2,6 %) ne donnaient qu’une moyenne, 3,3 (Chen et al., 2023), ou une étendue, de 1 à 3 (van Loggerenberg et al., 2023) ; faute d’information sur le nombre global, ces deux études n’ont pas été incluses dans le calcul de la moyenne et de la fréquence. Le nombre exact de séances était donc rapporté dans 59 articles (70,2 %), avec une moyenne de 6,02 séances par étude et une étendue de 1 à 18 (surtout de 1 à 8, trois articles isolés rapportant 10, 11 et 18 séances).

L’analyse de la fréquence des séances (figure 2, non reproduite) a révélé que moins d’études rapportaient une séance (k = 5 ; 8,5 %) ou 2 à 4 séances (k = 10 ; 16,9 %), tandis que davantage rapportaient 5 à 6 (k = 20 ; 33,9 %) ou plus de 7 (k = 24 ; 40,7 %) séances. Il faut noter que certaines études, surtout de groupe, prévoyaient dans leur plan un nombre fixe de séances (généralement 6 à 8), sans refléter les besoins du client quant à la durée de l’intervention.

Abandons. L’information sur les taux d’abandon des groupes d’intervention orientée vers les solutions était rapportée dans 35,1 % (k = 26) des 74 articles où cet aspect s’appliquait. Le taux d’abandon moyen de ces groupes était de 7,6 %, de 0 à 25 %. Mais 43,2 % (k = 32) des articles ne rapportaient pas cette information, et pour 21,6 % (k = 16) elle n’était pas disponible.

Pour les groupes de contrôle, le taux d’abandon était rapporté dans 34,8 % (k = 23) des articles concernés, avec un taux moyen de 6,8 %, de 0 à 25 %. Là encore, 33,3 % (k = 28) des articles ne le rapportaient pas et pour 17,9 % (k = 15) il n’était pas disponible. Les taux d’abandon des groupes orientés solutions et de contrôle étaient égaux ou semblables (différence jusqu’à 2 %) dans 15 études (65,2 %), plus bas (différence de 5 à 12,5 %) dans cinq (21,7 %) et plus élevés (différence de 5 à 14 %) dans trois (13,1 %).

Résultats principaux

Une grande variété de résultats a été examinée : bien-être ou espoir (k = 22), santé mentale (k = 18), émotions (k = 16), soi (k = 14), famille (k = 13), comportement (k = 10), solutions (k = 10), médical (k = 9), social (k = 5), scolaire (k = 5), adaptation (k = 5), attitudes (k = 5), addiction (k = 3), processus (k = 3) et fonctionnement cognitif (k = 1). Certaines études examinant plus d’une catégorie, la somme dépasse le nombre total d’études.

Résultats intra-groupe (pré-test à post-test ou suivi). Deux tiers des études (k = 56 ; 66,7 %) examinaient les changements des variables d’intérêt au sein du groupe d’intervention entre pré-test et post-test ou suivi. Les changements intra-groupe n’étaient pas rapportés dans 12 études (14,3 %), sans objet du fait du plan dans 12 (14,3 %) et pas disponibles pour quatre (4,7 %).

La majorité des études examinant les changements intra-groupe rapportaient des résultats positifs statistiquement significatifs pour tous (k = 41 ; 73,2 %) ou une partie (k = 8 ; 14,3 %) des résultats mesurés, sans résultat négatif rapporté. Sept études (12,5 %) rapportaient des résultats positifs sans atteindre ou rapporter de seuil de signification. Les résultats positifs significatifs étaient maintenus à un suivi de 1 à 6 mois dans les 19 études (100 %) mesurant le maintien à long terme des progrès.

Résultats inter-groupes (AOS contre groupe de contrôle). Sur les 58 études avec groupe de contrôle, les résultats de comparaison inter-groupes n’étaient pas disponibles pour deux études, absents du résumé accessible. Pour deux autres, les comparaisons portaient sur l’effet différentiel de questions d’échelle ou dichotomiques pour évaluer les progrès, et ont été résumées avec les autres études de processus. Les résultats inter-groupes ont donc été examinés sur les 54 études restantes, soit 63 groupes de contrôle, certaines études en utilisant deux. Une grande majorité de ces études indiquait des résultats significativement meilleurs pour tous les résultats mesurés dans le groupe orienté solutions par rapport à l’absence de traitement (k = 23 ; 42,6 %), à la liste d’attente (k = 5 ; 9,3 %), au placebo (k = 1 ; 1,8 %) et au traitement habituel (k = 11 ; 20,4 %). Quelques études rapportaient des résultats significativement meilleurs sur certains résultats seulement, par rapport à l’absence de traitement (k = 3 ; 5,6 %), à la liste d’attente (k = 1 ; 1,8 %), au placebo (k = 1 ; 1,8 %) et au traitement habituel (k = 2 ; 3,5 %). Une étude (1,8 %) trouvait des résultats mitigés selon les mesures par rapport à l’absence de traitement chez des lycéens : le groupe orienté solutions faisait significativement mieux sur l’orientation d’évitement, de même sur les attitudes globales de résolution de problèmes, et significativement moins bien sur l’orientation de confiance (Lin et al., 2023).

Quinze études comparaient l’efficacité de l’AOS à d’autres approches connues, comme la thérapie de la réalité, la TCC fondée sur la pleine conscience, la thérapie des schémas, la thérapie d’acceptation et d’engagement, la thérapie centrée sur la compassion ou l’approche centrée sur le problème, en contrastant les différences de questions posées ou de vignettes de cas lues. Parmi elles, la majorité (k = 10 ; 66,7 %) indiquait des résultats semblables entre groupes. Deux études seulement (13,3 %) indiquaient des résultats significativement meilleurs pour le groupe orienté solutions : sur des problèmes intériorisés (émotions exprimées) par rapport à la réduction du stress fondée sur la pleine conscience (Karami et al., 2023b), et sur les affects positifs et négatifs ainsi que les attentes positives envers le traitement par rapport à des vignettes de cas centrées sur le problème (Geschwind & Dunn, 2023). Une étude (6,7 %) indiquait des résultats significativement moins bons pour le groupe orienté solutions quand l’AOS était combinée à la thérapie narrative et comparée à la réduction du stress fondée sur la pleine conscience sur la qualité du sommeil (Karami et al., 2023a). Deux études (13,3 %) indiquaient des résultats mitigés selon les mesures. Le groupe orienté solutions faisait significativement mieux que le coaching centré sur le problème et le coaching GROW sur l’espoir et l’attente de résolution de problèmes quand l’ouverture à l’expérience des participants était élevée, mais significativement moins bien sur la clarté des objectifs quand elle était faible, sans différence significative sur les affects positifs et négatifs (Abdulla, 2023a). Dans une autre étude, le groupe orienté solutions avait un résultat semblable sur l’intensité des idées suicidaires une semaine après la fin du traitement, mais significativement moins bon au suivi à un mois par rapport à une intervention transdiagnostique (Asadi et al., 2022).

Résultats sur le processus orienté vers les solutions

Seize études (19,05 %) portaient sur le processus orienté vers les solutions, examinant surtout le rôle des éléments orientés vers les solutions sur les résultats (k = 6 ; 37,5 %), l’expérience de l’approche par le praticien (k = 4 ; 25 %), par le client (k = 2 ; 12,5 %) ou par les deux (k = 1 ; 6,2 %), et l’alliance thérapeutique (k = 3 ; 18,8 %).

Éléments orientés vers les solutions. Les études de processus examinaient l’effet de la fixation d’objectifs, de l’attention aux ressources et aux exceptions, des questions d’échelle ou du miracle, ainsi que du contenu du message de fin de séance, sur les résultats des clients et l’expérience des thérapeutes.

Définir des objectifs réalistes était significativement corrélé à une confiance accrue dans l’atteinte et l’accomplissement des objectifs, ainsi qu’à un bien-être et une satisfaction de vie accrus chez les participants (Beauchemin et al., 2023). Se centrer sur les objectifs, les forces et les exceptions identifiées des clients pouvait accroître l’espoir et les émotions positives des thérapeutes en formation envers le succès des clients (Geschwind & Dunn, 2023). Une étude de Choi (2023) a révélé qu’écouter et amplifier les ressources et les exceptions des clients augmentait leur discours de solution spontané, même quand leurs problèmes étaient graves. De plus, le discours de solution du client était plutôt le produit d’une interaction dynamique que la conséquence linéaire d’une seule intervention thérapeutique. L’étude a aussi montré que le message de fin de séance des thérapeutes orientés vers les solutions était bien tourné vers l’avenir et centré sur l’amplification des solutions plutôt que sur la résolution des problèmes passés.

En revanche, évaluer les progrès actuels vers un objectif sur une échelle plutôt que sous forme binaire oui/non, en format informatisé, n’était pas associé à des différences inter-groupes d’attente et d’engagement quant à l’atteinte de l’objectif (Abdulla, 2023b ; Abdulla & Woods, 2023). De même, poser la question du miracle dans un format d’auto-assistance informatisé ne produisait pas de résultats significativement meilleurs que des questions centrées sur le problème ou le modèle GROW (Abdulla, 2023a).

Expérience de l’approche par les praticiens. L’expérience perçue de l’usage de l’AOS a été examinée dans différents cadres, comme intervention autonome ou comme partie d’un programme plus large.

L’expérience de conseillers appliquant l’AOS en séance unique en ligne avec des adolescents a révélé plusieurs thèmes fondamentaux pour un travail réussi : créer une relation de conseil, avoir des compétences de communication essentielles et gérer le temps (Mulawarman et al., 2023).

L’analyse de l’expérience de pompiers premiers intervenants utilisant l’AOS en intervention de crise auprès de leurs collègues a identifié cinq thèmes : l’intentionnalité, devenir informé de l’orientation solutions, intégrer des idées nouvelles, utiliser les questions comme interventions et prendre soin de soi (Tillman et al., 2023).

Des travailleurs sociaux appliquant l’AOS rapportaient l’utilité des questions d’échelle, des exceptions et de la responsabilisation des clients, tandis que des étudiants en travail social percevaient des faiblesses de l’approche liées à la question du miracle et à l’omission du passé (Miś, 2023). Plusieurs difficultés d’apprentissage ont été identifiées, comme l’ignorance des ressources des clients par les étudiants, leur évitement des sujets controversés ou conflictuels, et l’absence de prise en compte des vues des clients comme base du changement (Miś, 2023).

La perception de deux programmes d’intervention comportant des éléments orientés vers les solutions a été examinée. L’évaluation du programme DIALOG+ en groupes de discussion avec des enseignants et des élèves a dégagé trois thèmes : réflexions sur l’application et l’usage de la technologie, perception des rôles élève-enseignant dans la mise en œuvre, et effets perçus sur la santé mentale et les comportements des élèves (Gomez-Restrepo et al., 2023).

Des travailleurs en hébergement ont identifié des aspects positifs et négatifs de l’usage des éléments orientés vers les solutions combinés à l’entretien motivationnel, une proportion semblable ne rapportant que des aspects positifs ou négatifs (42 %), avec une tendance globale aux évaluations positives, soit une note moyenne de 7,3 sur une échelle de 1 (le pire programme) à 10 (le meilleur ; Eenshuistra et al., 2023). Parmi les aspects positifs, les praticiens citaient apprendre à connaître le client et développer des idées d’action, plans d’action, essais et questions ouvertes compris. Les aspects négatifs tenaient aux difficultés à travailler avec des adolescents non coopératifs en placement contraint, et à rester silencieux en attendant les réponses des clients.

Expérience de l’approche par les clients. Des adolescents rapportaient des aspects positifs et négatifs de l’intervention orientée vers les solutions en hébergement, comme se sentir écoutés, pouvoir parler, recevoir des questions qui mettent à l’épreuve plutôt que des réponses toutes faites, mais aussi ne pas aimer parler, ne pas aimer le sujet et ne pas comprendre le but de l’intervention (Eenshuistra et al., 2023).

Des femmes adultes vivant avec le VIH, après avoir vécu l’AOS, appréciaient de ne pas être définies par leur diagnostic, de développer des compétences pour trouver des solutions, de percevoir des progrès vers leurs objectifs, la sécurité pour exprimer leurs émotions, le soutien du groupe ; elles rapportaient des réponses positives à l’intervention, la volonté de la recommander et un meilleur accès (Yates et al., 2023).

Un groupe d’âges mixtes de personnes ayant survécu à un cancer percevait l’AOS comme globalement positive, unique, plus conversationnelle et moins formelle que les programmes de psychoéducation ou d’autres approches traditionnelles comme la TCC ou la psychanalyse (Zhang et al., 2023). Les patients appréciaient la brièveté de l’intervention et ses effets positifs. Ils percevaient plusieurs forces, la posture co-constructive, la contribution active du client au processus, le renforcement de l’espoir et l’exploration d’occasions malgré le diagnostic de cancer. Des faiblesses étaient aussi perçues, sous forme de culpabilité quand les tâches entre séances étaient vérifiées, et d’un sentiment d’être mal compris quant aux raisons d’être en thérapie comme client contraint.

Alliance thérapeutique. Respecter et apprécier la perspective du client, trait propre à l’AOS, s’est avéré partie intégrante du développement et du maintien de l’alliance thérapeutique (Fife et al., 2023), elle-même associée à une diminution de la sévérité perçue des symptômes pendant et entre les séances orientées vers les solutions (Manubens et al., 2023). De plus, l’alliance thérapeutique dans le processus orienté vers les solutions prédisait significativement le stress parental, tandis que l’engagement des parents en thérapie prédisait significativement le fonctionnement familial (van Beek et al., 2023).

Discussion

Dans cette revue, nous avons continué d’analyser les tendances annuelles des caractéristiques de publication, d’échantillon, de recherche et d’intervention, ainsi que les résultats principaux, tels qu’ils se dégagent des articles de recherche sur l’AOS publiés en 2023. Par rapport à 2022 (Żak et al., 2023), les membres de l’EBTA RTG ont identifié globalement plus d’articles publiés (120 contre 71) et plus d’articles de recherche (84 contre 58), dont plus d’études de résultats (69 contre 47) et de processus (8 contre 3), et un nombre semblable d’études processus-résultats (7 contre 8). Cela pourrait tenir à une plus grande efficacité du groupe à identifier la recherche publiée. Néanmoins, une augmentation des publications sur l’AOS avait aussi été identifiée par d’autres revues (Beyebach et al., 2021 ; Kim et al., 2019), ce qui peut bien suggérer un corpus de recherche croissant. D’autres revues de la portée couvrant plus d’une année seraient plus adéquates pour confirmer cette tendance positive.

Plusieurs tendances observées dans la revue précédente (Żak et al., 2023) ont été confirmées par l’examen des articles de 2023 sur tous les aspects examinés. Précisément, nous avons continué de voir une prédominance de l’anglais sur les autres langues, les articles paraissant aussi en arabe, chinois, indonésien, coréen, persan et polonais. Par rapport à 2022, davantage de pays étaient représentés (21 contre 15), signe d’une diffusion mondiale plus large de l’intérêt pour la recherche sur l’AOS. La majorité de la recherche venait toujours d’Asie, avec une augmentation évidente (de 37 à 56), l’Iran restant le premier pays avec un quasi-doublement des publications identifiées (de 15 à 24). Un doublement a aussi été observé pour l’Afrique (de 3 à 6), tandis que la recherche issue d’Amérique du Nord diminuait de moitié (de 12 à 6) et restait stable pour l’Europe (5 contre 5). Il est difficile de dire si ces différences géographiques tiennent à un engagement différent des chercheurs, à un processus de publication plus rapide et plus facile dans certaines parties du monde, ou sont accidentelles et liées à une meilleure accessibilité des publications en ligne de certaines régions. Une autre tendance continue est que les articles paraissaient surtout dans des revues différentes, à quelques exceptions où deux articles paraissaient dans la même. La fréquence des revues répertoriées par au moins un des index choisis (IF, SJR ou h5) est passée de 53 % en 2022 à 65 % en 2023. Cette tendance indique une augmentation des publications sur l’AOS dans des revues renommées, qui peut accroître l’impact académique des publications et fournir des arguments plus solides pour l’établissement de l’AOS comme approche efficace et fondée sur des preuves.

Les cadres éducatif, médical et ambulatoire restaient les contextes les plus étudiés. Les participants restaient plus souvent des femmes adultes, et les autres caractéristiques démographiques restaient non rapportées, ce qui empêche d’explorer d’autres tendances liées aux échantillons.

La méthodologie des articles de 2023 suivait une tendance semblable à celle de l’année précédente, avec toutefois des différences. La recherche sur les résultats en méthodologie quantitative, surtout en plan expérimental (avec jusqu’à un dixième d’ECR), était plus souvent publiée que les études de processus ou processus-résultats et celles à plan qualitatif. Cette tendance indique un intérêt continu pour fournir des preuves de l’efficacité de l’AOS plutôt que pour répondre à la question de savoir comment et pourquoi elle marche. Dans les études expérimentales, les groupes de contrôle passifs et actifs étaient utilisés avec une fréquence semblable. Les groupes sans traitement restent le type de contrôle le plus fréquent, présent dans près de la moitié des études expérimentales, bien que considéré comme une stratégie de recherche dépassée. Un cinquième seulement comparait les résultats de l’AOS à d’autres approches connues. Une distinction notable par rapport à 2022 était l’usage plus fréquent d’instruments centrés sur le positif que sur le problème, conforme à la vision fondée sur les forces propre à l’AOS ; l’année précédente, l’inverse avait été observé (Żak et al., 2023). La recherche continuait d’examiner l’efficacité de l’AOS pour une grande variété de résultats, le bien-être et l’espoir étant cette fois plus étudiés, aux côtés de la santé mentale et des problèmes émotionnels.

Les interventions orientées vers les solutions continuaient d’être surtout appliquées en groupe plutôt qu’en format individuel, de couple ou de famille, laissant ouverte la question de savoir dans quelle mesure cette prévalence reflète les applications réelles de l’AOS. Comme en 2022, un tiers des études de 2023 rapportaient des modifications de l’intervention par l’ajout de psychoéducation ou d’éléments propres à d’autres approches, surtout la TCC. La tendance à appliquer l’AOS sur plus de 4 séances (6 en moyenne) persistait, ce qui pourrait s’expliquer en partie par la quantité considérable de recherches sur des interventions de groupe, généralement planifiées pour un nombre prédéterminé de 6 à 8 séances. Cela nous ramène à la question de savoir dans quelle mesure l’AOS appliquée en recherche reflète son application en pratique réelle.

Dans la présente revue, deux aspects supplémentaires ont été considérés : la fidélité du traitement et les taux d’abandon. Les protocoles étaient la forme prédominante rapportée pour assurer la fidélité, propres aux recherches sur les interventions de groupe ou de couple et rares dans les études d’interventions individuelles, où la fidélité était surtout assurée par des manuels, des listes de contrôle d’intégrité ou des enregistrements de séance. Les sept éléments centraux propres à l’AOS (Gingerich & Eisengart, 2000 ; Kim & Franklin, 2009 ; Trepper et al., 2014) étaient rapportés à travers les études, une seule rapportant les utiliser tous (Zhang & Froerer, 2023). L’avenir préféré, les échelles, l’exploration des exceptions et des forces, et le message de fin de séance étaient les éléments centraux les plus fréquents, le changement pré-séance le moins utilisé. Néanmoins, l’information sur les caractéristiques des interventions continue de n’être pas fournie en entier, ce qui limite l’examen des tendances réelles.

Les taux d’abandon rapportés pour les groupes orientés solutions et de contrôle allaient de 0 à 25 %. Ceux du groupe orienté solutions étaient souvent bas, de 0 à 8 % dans 18 des 26 études rapportant cette information, dont 10 avec un taux nul. Ils étaient souvent semblables ou inférieurs à ceux des groupes de contrôle, à trois exceptions près, toutes des ECR comparant au traitement habituel ou à un placebo. Ces résultats rejoignent des conclusions antérieures selon lesquelles les taux d’abandon des approches de résolution de problèmes sont significativement plus bas que ceux d’autres approches (Cuijpers et al., 2008). Les taux les plus élevés (23 à 25 %) concernaient des études à groupe unique et peuvent tenir aux critères définissant un abandon. Par exemple, un abandon de près de 23 % résultait de l’inclusion de tous les participants n’ayant pas assisté à jusqu’à quatre séances (Manubens et al., 2023). Les participants d’une intervention orientée vers les solutions pouvant progresser en moins de quatre séances (Macdonald, 2011), il est difficile de dire, sans plus d’information, si l’abandon tenait à une inadéquation plutôt qu’au succès du traitement. La raison des abandons après avoir vécu l’intervention mérite d’être étudiée pour mieux comprendre comment l’AOS est perçue et adaptée aux besoins du client.

Des tendances semblables se dégagent des résultats principaux de la recherche de 2023 par rapport à 2022. Les participants aux interventions orientées vers les solutions rapportaient des résultats positifs, maintenus au suivi, et aucune preuve de nuisance (résultat négatif) n’était rapportée dans les comparaisons intra-groupe. Pour les comparaisons inter-groupes, la recherche continuait de montrer des résultats significativement meilleurs associés à l’AOS par rapport aux contrôles passifs, au placebo ou au traitement habituel, et des résultats plutôt semblables par rapport aux autres approches connues. Des études isolées rapportaient des résultats significativement moins bons sur certains aspects pour le groupe AOS. Vu l’hétérogénéité observée sur toutes les caractéristiques examinées, la recherche actuelle continue de fournir des preuves de l’efficacité de l’AOS pour une grande variété de résultats, de populations, de cadres et de formats d’intervention.

Les études de processus continuaient de s’intéresser à la façon dont divers éléments de l’AOS affectent les résultats du client et l’expérience du praticien et du client. Les programmes d’auto-assistance informatisés ne montraient aucune différence de résultats selon que les progrès étaient évalués sous forme binaire ou par échelle, ou que la question du miracle était comparée à des questions centrées sur le problème (Abdulla, 2023a, 2023b ; Abdulla & Woods, 2023). Vu la spécificité des interventions informatisées, il serait intéressant de voir comment ces variations se reflètent en pratique réelle. Travailler vers des objectifs en mettant en avant les forces des clients avait un impact positif sur les attentes et les attitudes du praticien envers les clients (Choi, 2023 ; Geschwind & Dunn, 2023). Ce pourrait être une voie importante par laquelle l’AOS continue de montrer des résultats positifs en recherche, les attentes et la foi des thérapeutes en l’approche influençant le résultat (Wampold, 2001). De futures études de processus pourraient examiner le rôle médiateur potentiel des attentes des thérapeutes orientés vers les solutions sur les résultats des clients.

Les clients adultes appréciaient plusieurs aspects de l’AOS (Yates et al., 2023), tandis que des aspects négatifs étaient rapportés par des études incluant des adolescents (Eenshuistra et al., 2023 ; Zhang et al., 2023), du point de vue du client comme du praticien (Eenshuistra et al., 2023). Des méta-analyses antérieures ayant indiqué que l’AOS était moins efficace pour les adolescents que pour d’autres groupes d’âge (Gong & Hsu, 2017 ; Schmit et al., 2016), davantage d’études de processus sont nécessaires pour examiner quels ajustements de l’intervention pourraient conduire à une meilleure adéquation.

Les études de processus portaient aussi sur l’alliance thérapeutique, montrant que cet aspect est non seulement pris en compte dans l’AOS mais partie intégrante du processus de co-construction (Fife et al., 2023), avec des effets positifs sur les résultats de la thérapie (Manubens et al., 2023 ; van Beek et al., 2023). Ces résultats vont à l’encontre des voix critiques qui supposent que les praticiens orientés vers les solutions ne prennent pas soin comme il faut de l’alliance thérapeutique.

Limites et recommandations

La revue a plusieurs limites. D’abord, s’agissant d’une revue de la portée, aucune recherche systématique de la littérature ni analyse statistique n’a été employée. Malgré une recherche globale dans plusieurs bases, il est possible que le groupe n’ait pas eu accès à toute la recherche publiée en 2023. De plus, les tendances présentées ne reposent que sur des références disponibles en ligne et n’incluent pas les articles disponibles seulement en version imprimée. Ensuite, la duplication du tri et de l’extraction n’a été appliquée qu’à une partie des références, surtout en cas d’incertitude ; des erreurs humaines normales ont donc pu se produire. Troisièmement, bien que davantage d’informations aient été extraites que dans la revue précédente, la qualité de la recherche n’a pas été examinée. Tous les résultats ont été analysés ensemble, sans tenir compte des différences de qualité et de fiabilité des données. À l’avenir, nous envisageons d’améliorer le processus en incluant des outils d’évaluation spécifiques, pour donner une image plus claire non seulement des tendances mais aussi de la confiance dans les preuves selon la qualité de la méthodologie employée.

Conclusions

Les tendances dégagées de l’analyse des études de résultats, de processus et processus-résultats publiées en 2023 et incluses dans la SFA PubList confirment pour l’essentiel celles identifiées dans la première revue annuelle (Żak et al., 2023). Les preuves de l’efficacité de l’AOS semblent croître chaque année, avec des articles publiés dans des revues plus influentes, et un intérêt légèrement plus grand pour la façon dont le processus orienté vers les solutions fonctionne et pourquoi. Mais l’équilibre entre recherche sur les résultats et sur le processus pourrait être meilleur. De plus, les études de résultats pourraient passer de la comparaison des interventions orientées vers les solutions à des contrôles sans traitement à des études comparatives avec d’autres approches établies, cherchant des différences non seulement de résultats mais aussi de processus et de mécanismes de changement.

Enfin, vu la forte hétérogénéité sur tous les aspects relevant de l’acronyme PICO, population, intervention, groupe de contrôle et résultats mesurés, la prochaine étape pour établir l’efficacité de l’AOS est de s’intéresser aussi à la confiance dans les résultats en tenant compte de la méthodologie. Les publications futures pourraient y contribuer en étant transparentes et en fournissant en entier au moins l’information minimale requise sur les aspects PICO.

Déclaration éthique : sans objet, l’étude reposant exclusivement sur la littérature publiée. Conflits d’intérêts : aucun. Financement : aucun. Soumis le 8 décembre 2024, accepté le 11 décembre 2024, publié le 17 décembre 2024.

Complexe Systémique : à retenir

La suite directe de la revue 2022, avec deux ajouts qui changent la lecture : les abandons, bas et souvent nuls, ce qui pour une thérapie brève est un argument plus parlant que bien des tailles d’effet ; et l’inventaire des éléments réellement pratiqués, où le changement pré-séance, pourtant historique, a presque disparu. Deux résultats de processus valent aussi pour la clinique systémique : le discours de solution du client naît de l’interaction plutôt que d’une question, et l’alliance, souvent reprochée aux solutionnistes, se révèle constitutive de la co-construction. Les auteurs gardent le ton des chercheurs, « prometteur » devient « de plus en plus de preuves », sans jamais lâcher la question qui compte : comment ça marche. À lire avec Żak sur ce que les clients trouvent aidant et Kort, Froerer et Walker sur les facteurs communs.

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Traduction non officielle en français de Main Trends in Research on the Solution-Focused Approach in 2023: A Scoping Review, de Rytis Pakrosnis et Andreea M. Żak, publié dans le Journal of Solution Focused Practices, vol. 8, n° 2 (2024), doi : 10.59874/001c.127301, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (figures décrites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Main Trends in Research on the Solution-Focused Approach in 2023: A Scoping Review », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Pakrosnis, R., & Żak, A. M. (2024). Grandes tendances de la recherche sur l’approche orientée vers les solutions en 2023 : une revue de la portée (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/grandes-tendances-de-la-recherche-sur-l-approche-orientee-vers-les-solutions-en-2023-une-revue-de-la-portee (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Solution Focused Practices, vol. 8, n° 2 (2024) ; republiée en 2024 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/127301)

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