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Adoption & Fostering · Protection de l’enfance

Interrompre un cycle d’instabilité des placements par un accueil résidentiel de courte durée : une pratique relationnelle quasi familiale informée par le trauma dans une unité spécialisée

Quand les ruptures de placement s’enchaînent, chaque échec rend le suivant plus probable. En Irlande du Nord, une petite maison accueille pour quelques mois des enfants de moins de 12 ans pour briser ce cycle, avec une règle assumée : les aimer. Sur 34 parcours, la plupart des enfants sont repartis en famille d’accueil, et le personnel décrit ce qui, au quotidien, rend ce lieu à la fois familial et informé par le trauma.

Auteurs Mandi MacDonald et Kathryn Gillespie (école des sciences sociales, de l’éducation et du travail social, Queen’s University Belfast), Irlande du Nord, Royaume-UniPremière publication Adoption & Fostering, 8 décembre 2023Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Interrompre un cycle d’instabilité des placements par un accueil résidentiel de courte durée : une pratique relationnelle quasi familiale informée par le trauma dans une unité spécialisée, par Mandi MacDonald et Kathryn Gillespie, publié dans Adoption & Fostering (SAGE) (2023), doi : 10.1177/03085759231212499, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau 1, présenté sous forme de graphique, et la figure 1 restent en anglais, avec des légendes traduites ; les citations de la figure 1 sont traduites dans la description de l’image ; la note du tableau 1 est placée dans sa légende ; les notices biographiques et le matériel supplémentaire ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Si la sécurité des enfants prime, l’aversion au risque est contre-productive lorsque le personnel a peur de s’engager dans une véritable construction de relations.

Mandi MacDonald et Kathryn Gillespie

Résumé

Des relations de soin continues sont essentielles au bien-être des enfants placés hors de leur famille, et l’environnement familial de l’accueil familial de long terme est généralement le placement privilégié pour parvenir à une permanence relationnelle. Certains enfants vivent pourtant un cycle d’instabilité : l’impact des ruptures de placement aggrave leurs difficultés émotionnelles et comportementales et fragilise ainsi les relations d’accueil suivantes. Cet article rend compte de l’évaluation du service d’une structure résidentielle spécialisée dans les placements de courte durée d’enfants ayant connu des ruptures, dont le but est d’interrompre le cycle de l’instabilité des placements. Une vue d’ensemble des parcours de placement de 34 enfants montre que la plupart ont pu retourner en famille d’accueil et que, parmi les enfants aujourd’hui âgés de plus de 18 ans (n = 29), plus de la moitié (n = 16) sont restés en placement familial jusqu’à l’âge adulte. Pour quatre enfants, une évaluation individualisée approfondie a désigné l’accueil résidentiel comme l’option la plus appropriée pour éviter de nouvelles ruptures. L’article donne des raisons d’être optimiste : les relations nouées en milieu résidentiel peuvent construire une résilience émotionnelle et une capacité de lien. On manque d’informations sur la manière dont le personnel des structures résidentielles parvient concrètement à nouer ces relations. Des groupes de discussion et des entretiens avec dix membres du personnel et de l’encadrement éclairent des pratiques relationnelles en milieu résidentiel qui sont à la fois quasi familiales et informées par le trauma.

Mots-clés : enfants placés, Children’s House, rupture de placement, unité résidentielle, soins informés par le trauma, placements de courte durée

Introduction

La Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant consacre le droit des enfants à grandir dans un environnement sûr et soutenant (Nations unies, 1989). Lieu premier de l’éducation des enfants, la famille occupe une place centrale dans des cultures très diverses (Trask, 2009 ; Welch, 2018 ; Gwenzi, 2020). En conséquence, lorsque des enfants subissent des maltraitances et ont besoin d’une prise en charge hors de leur famille, un « environnement familial ou quasi familial » comme l’accueil familial (Strijbosch et al., 2015 : 209) est en général préféré à l’accueil résidentiel collectif pour soutenir le développement social et émotionnel (Dozier et al., 2014).

Des placements stables en famille d’accueil peuvent offrir les relations de soin continues qui sont fondamentales pour obtenir de meilleurs résultats chez les jeunes ayant connu le placement, tout au long de l’enfance et jusque dans la vie adulte (Boddy, 2013). Un réseau social solide et soutenant peut contribuer à la résilience (Tahkola et al., 2021) et éviter les conséquences sociales, émotionnelles et sanitaires négatives liées à l’isolement (Gypen et al., 2017), en particulier lors des transitions importantes de la vie (Samuels et Pryce, 2008).

Certains enfants peinent toutefois à s’adapter à la vie dans une famille d’accueil. Beaucoup sont touchés par le trauma et ont développé des stratégies d’adaptation peu aidantes, qui peuvent compromettre la stabilité du placement et les relations avec les familles d’accueil (Oosterman et al., 2007 ; Jakobsen, 2013 ; Strijbosch et al., 2015). Les expériences passées de maltraitance affectent les modèles internes opérants et entravent la capacité des enfants à l’attachement et au lien interpersonnel (Ainsworth et al., 1978 ; Bowlby, 1988 ; Schofield et Beek, 2018 ; Tahkola et al., 2021), ce qui les conduit à préférer ne compter que sur eux-mêmes (Samuels et Pryce, 2008) et à hésiter à chercher de l’aide ou de nouveaux liens (Blakeslee et Best, 2019 ; Okpych et Gray, 2021). Les ruptures de placement peuvent encore aggraver les difficultés émotionnelles et comportementales et contribuer à un cycle d’instabilité (James et al., 2004 ; Rubin et al., 2004 ; Hussey et Guo, 2005). Si la stabilité des placements dans la durée est un objectif pour tous les enfants, ceux qui ont connu de multiples ruptures de placement en famille d’accueil, ou qui ont des besoins complexes, peuvent bénéficier d’un placement de courte durée en milieu résidentiel (What Works Centre for Children’s Social Care, 2019 ; Burbidge, Keenan et Parry, 2020), souvent dans le but de les préparer à un nouveau placement de long terme (Hart, LaValle et Holmes, 2015).

Comme l’accueil résidentiel est souvent considéré comme un placement de dernier recours, les enfants pris en charge dans des structures collectives spécialisées de courte durée ont généralement des besoins très intenses, auxquels l’accueil familial ou les services de proximité n’ont pas pu répondre (Gilligan, 2014). Les enfants de ces structures, y compris ceux qui ont un passé de ruptures multiples, présentent généralement des difficultés complexes de santé mentale et de comportement. Ils ont besoin d’une période de stabilité dans leur lieu de vie et d’aide pour se remettre de l’adversité et construire des relations d’attachement saines (Ainsworth et Hansen, 2015). Diverses approches de travail ont été élaborées pour les structures résidentielles et, à des degrés divers, évaluées (Weisz et al., 2013 ; Strijbosch et al., 2015). Elles visent souvent à renforcer les relations entre les personnes qui prennent soin de l’enfant et l’enfant (Neimetz, 2011 ; Garcia Quiroga et Hamilton-Giachritsis, 2017) et à favoriser un attachement sécure (Burbidge, Keenan et Parry, 2020). En raison de la fréquence de l’adversité et de la maltraitance, les enfants ont besoin d’un environnement stable et nourricier, de relations proches et confiantes (Huefner et Ainsworth, 2021) et de soins sensibles au trauma pour favoriser leur développement et leur rétablissement (Hart, LaValle et Holmes, 2015).

Parallèlement, les structures résidentielles spécialisées devraient chercher à aligner la pratique quotidienne sur des principes de soin plutôt qu’à appliquer méticuleusement un programme ou un curriculum de prise en charge (Gilligan, 2014). Huefner et Ainsworth (2021) soulignent l’importance d’un environnement de soin qui exploite au maximum le potentiel de toutes les interactions quotidiennes pour offrir une expérience émotionnelle et comportementale bénéfique. Un milieu de soin informé par le trauma est un milieu où les soins sont prévisibles, fiables et ordonnés, ce qui permet aux enfants de se sentir dignes de valeur et de voir leurs besoins particuliers pris en charge, et conduit à un meilleur fonctionnement des enfants et des jeunes ayant des difficultés émotionnelles et comportementales (Huefner et Ainsworth, 2021). Comme des enfants qui ont été déçus ou blessés peuvent avoir peu de capacité à entrer en lien avec des adultes aidants, ces pratiques de soin relationnelles doivent être mises en œuvre de façon délibérée par un personnel qualifié, compétent et doté d’une réelle marge d’action (Smart et Thorpe, 2020).

L’accueil familial est souvent jugé préférable à l’accueil collectif, en partie parce que, dans la « normalité » du contexte familial, les relations des enfants avec les familles d’accueil sont censées être fondamentalement différentes de celles qu’ils entretiennent avec un personnel résidentiel qui peut éprouver une tension entre ses rôles professionnel et parental (Fowler, 2016) dans un cadre plus « institutionnel » (Kendrick, 2013 : 77). Certains travaux ont relevé une culture dominante d’aversion au risque, et la peur qui l’accompagne, qui façonne la pratique quotidienne du personnel éducatif des foyers, étouffe les manifestations de chaleur et d’affection (Brown, Winter et Carr, 2018) et crée distance professionnelle et ambivalence (Kendrick, 2013), conduisant une partie du personnel à éviter l’affection, le contact physique ou la profondeur émotionnelle au profit d’une approche professionnelle neutre (Brown, Winter et Carr, 2018).

D’autres recherches ont cependant exploré la manière dont l’accueil résidentiel collectif (qui est à la fois un foyer et un lieu de travail) peut être quasi familial (Lone et Paulsen, 2018 ; Gwenzi, 2020). On peut y vivre une expérience familiale d’un autre genre, certes particulière et différente des autres formes de famille (Smart et Thorpe, 2020) ; des jeunes recourent à la métaphore de la famille pour décrire des expériences positives d’accueil résidentiel et formulent le caractère quasi familial de ces relations en termes d’« être là » et de « prendre soin » (Kendrick, 2013 : 82). Des enfants et des jeunes ont décrit leur prise en charge comme ressemblant à la vie de famille, ou le personnel comme ressemblant à des parents, certaines pratiques, par exemple autour des routines des repas, offrant des expériences quasi familiales (Punch et al., 2009 ; McIntosh et al., 2011 ; Kendrick, 2013). Dans le milieu de vie et de soins ordinaires qui fonctionne jour et nuit, de petites mais importantes micro-interactions peuvent poser les fondements de la confiance, du lien et de l’optimisme. Ce qui compte pour les jeunes, ce sont des gestes apparemment modestes qui confirment leur importance personnelle et leur font sentir que le personnel les connaît et veut les connaître, en voyant la personne derrière le comportement (Smart et Thorpe, 2020). La gentillesse, la compassion et l’amour, souvent considérés comme allant de soi dans la vie de famille, peuvent aussi être vus comme des valeurs professionnelles qui facilitent le lien relationnel et la sécurité émotionnelle des enfants en milieu résidentiel (Smart et Thorpe, 2020).

Si les changements de placement sont à éviter (Strijbosch et al., 2015), des solutions résidentielles de courte durée, pensées dans un but précis, peuvent constituer un tournant dans le parcours de placement des enfants (Havlicek, Garcia et Smith, 2013) et permettre d’interrompre un cycle d’instabilité. Les relations nouées avec le personnel résidentiel peuvent permettre aux enfants de faire confiance, de se sentir en sécurité et de tirer parti du soutien des adultes, de réviser leurs modèles internes des relations entre adultes et enfants, et leur donner l’occasion de développer des stratégies de régulation émotionnelle et de résolution de problèmes (Huefner et Ainsworth, 2021). L’espoir est que les bienfaits tirés de ces expériences relationnelles courtes mais positives permettront aux enfants de profiter d’un placement de long terme et poseront les bases d’une stabilité possible.

Les recherches qui explorent le point de vue du personnel résidentiel sur les relations de soin (Brown, Winter et Carr, 2018), ou sur la manière dont il aide les enfants à développer et à maintenir des capacités relationnelles (Samuels et Pryce, 2008), sont rares. Si l’importance des soins informés par le trauma en milieu résidentiel est bien établie, on sait peu de chose de ce à quoi ils ressemblent dans la pratique quotidienne (Johnson, 2017). Cet article vise à éclairer ce qu’est un accompagnement quotidien efficace, en décrivant les pratiques relationnelles quasi familiales et informées par le trauma d’une unité résidentielle de courte durée qui cherche à interrompre le cycle de l’instabilité chez des enfants aux besoins complexes ayant connu des ruptures de placement, et à les préparer à un placement familial de long terme.

Children’s House : finalité et approche

Children’s House est une petite structure spécialisée dans l’accueil résidentiel temporaire de quatre enfants au plus, âgés de moins de 12 ans, qui ont connu de multiples ruptures de placement. L’unité cherche à interrompre le cycle de l’instabilité en offrant un environnement sûr et stable et une période à distance des placements familiaux, la préadolescence étant considérée comme une « fenêtre d’opportunité » pour construire des compétences relationnelles et préparer les enfants à une nouvelle chance de placement de long terme.

Les soins à Children’s House reposent sur les principes de la psychothérapie développementale dyadique (Dyadic Developmental Psychotherapy, DDP) (Becker-Weidman et Hughes, 2008 ; Hughes, Golding et Hudson, 2015), qui voit dans la relation entre la personne qui prend soin de l’enfant et l’enfant une base de rétablissement lorsque l’enfant présente des symptômes de troubles émotionnels ou de l’attachement, ou un trauma complexe. La DDP dote les personnes qui prennent soin des enfants d’approches parentales informées par le trauma, afin d’offrir un environnement relationnel qui soutient la régulation émotionnelle, le lien et la sécurité de l’enfant. Les modes de soin et de communication au sein de Children’s House créent un milieu qui favorise le rétablissement et permet le développement de relations de confiance et de soutien. Un élément clé de la DDP est l’approche parentale PACE (Playfulness, Acceptance, Curiosity, Empathy : ludisme, acceptation, curiosité, empathie). Elle apprend aux personnes qui prennent soin des enfants à chercher à comprendre les comportements difficiles et à y répondre avec calme. Les rares recherches disponibles suggèrent une certaine amélioration des difficultés émotionnelles, comportementales et liées à l’attachement des enfants (Becker-Weidman, 2006 ; Hughes, Golding et Hudson, 2015) ainsi que, selon les parents, une amélioration des relations, de la compréhension des besoins des enfants et de la capacité à soutenir la corégulation (Wingfield et Gurney-Smith, 2019).

Children’s House recourt aussi au modèle narratif (Narrative Model) (Coman et al., 2016 ; McGill et al. 2018), qui reconnaît que certains enfants ne comprennent pas pourquoi ils sont placés et comblent leurs lacunes par des mythes où ils se rendent responsables, ce qui affecte leur estime de soi et leurs relations. Le modèle vise à aider les enfants placés à s’adapter psychologiquement à leur nouvelle situation, en permettant une reconceptualisation des relations avec les familles de naissance, et à renforcer la stabilité du placement en aidant les enfants à comprendre et à accepter leur situation.

Un autre trait distinctif de l’approche de l’unité est un modèle de prestation intégré avec le service d’accueil familial de Barnardo’s, qui soutient les transitions des enfants de l’accueil résidentiel vers des placements familiaux (lorsque c’est approprié). Cela passe par des réunions régulières entre le personnel et l’encadrement des deux services, l’évaluation et la planification menées en commun, et des formations conjointes. Des placements de répit en famille d’accueil permettent d’évaluer les besoins de soutien de chaque enfant en accueil familial et son fonctionnement dans un cadre familial.

Méthode

Cet article rend compte de la manière dont le personnel perçoit les approches de l’accompagnement quotidien à Children’s House, en s’attachant à la façon dont les soins sont à la fois quasi familiaux et informés par le trauma. Les thèmes sont tirés de groupes de discussion et d’entretiens individuels avec des membres du personnel (4 personnes) et de l’encadrement (6 personnes), menés dans le cadre d’une évaluation du service. Une recherche menée par l’équipe de recherche (MacDonald et Marshall, 2021) avec le service d’accueil familial associé de Barnardo’s avait constaté que plusieurs enfants ayant un passé de ruptures de placement multiples et des besoins complexes avaient ensuite connu une permanence relationnelle avec leur famille d’accueil (McSherry et Fargas Malet, 2018) après avoir quitté Children’s House. Barnardo’s a invité l’équipe de recherche à mener une évaluation du service en vue de repérer, à Children’s House, les bonnes pratiques susceptibles de contribuer à ce résultat recherché, et de cerner les points à améliorer. Cette évaluation s’est concentrée sur la compréhension de la finalité de Children’s House et des pratiques et approches de travail propres à l’équipe. Un consentement éclairé a été donné pour les groupes de discussion et les entretiens, qui ont été enregistrés, transcrits et vérifiés par l’équipe de recherche. Les transcriptions ont été analysées manuellement selon les principes de l’analyse thématique (Braun et Clarke, 2006). Des dossiers administratifs anonymisés ont fourni une vue d’ensemble des parcours de placement de 34 enfants (2003-2020). Les informations recueillies comprenaient : le nombre de changements de placement avant Children’s House ; la durée du séjour à Children’s House ; le type et la durée du placement suivant ; les ruptures de placement ultérieures ; et l’âge des enfants à chaque étape. Aucun écrit de dossier ni aucune information permettant d’identifier les enfants n’a été consulté.

Les parcours de placement des enfants

Le tableau 1 résume les parcours de placement des enfants accueillis à Children’s House entre 2003 et 2020 : l’âge à la première entrée dans le dispositif de protection, l’âge à l’entrée à Children’s House, la durée du séjour et le type de placement suivant. Les enfants sont entrés dans l’unité entre cinq et dix ans (moyenne : 8 ans), après avoir connu entre deux et 26 changements de placement (moyenne : 7). Ils ont passé entre quatre et 40 mois à Children’s House (moyenne : 25). Ils avaient entre sept et 12 ans à leur départ (moyenne : 10 ans).

Graphique en barres horizontales : pour chacun des 34 enfants (numéros 1 à 34), la ligne du temps de 0 à 18 ans distingue la période avant l’entrée dans le dispositif de protection, la période de placement, le séjour à Children’s House, puis le placement familial ou le placement résidentiel, ainsi que les périodes manquantes ou inconnues ; un chiffre indique pour chaque enfant le nombre de changements de placement, entrée à Children’s House comprise (de 2 à 26).
Tableau 1. Parcours de placement des enfants accueillis à Children’s House (graphique original en anglais). Note : les âges sont approximatifs (à 3 à 6 mois près) ; le « placement résidentiel » comprend l’unité résidentielle (n = 9), l’unité résidentielle spécialisée (n = 3), l’internat (n = 1) et l’hôpital (n = 1).

Quatre enfants sont passés directement de Children’s House à un placement résidentiel de long terme (dont un en milieu hospitalier). Tous les autres enfants (n = 30) sont partis en placement familial : familles d’accueil de Barnardo’s (n = 27), familles d’accueil d’un autre organisme (n = 1), accueil chez des proches (n = 2) ou adoption (n = 1). Parmi eux, plus de la moitié (n = 16) sont restés en placement familial jusqu’à l’âge adulte. Cinq autres enfants étaient toujours dans leur placement familial au moment de la rédaction. Deux sont restés plusieurs années dans leur famille d’accueil, jusqu’à 15 et 16 ans, et l’on sait qu’ils ont gardé des relations étroites avec elle. Sept enfants sont partis en famille d’accueil pour de courtes périodes avant de retourner en milieu résidentiel.

Chez les enfants arrivés à l’âge adulte en placement familial, la durée moyenne du séjour à Children’s House était de 21,3 mois. Les enfants entrés en placement résidentiel après la rupture d’un placement familial avaient séjourné en moyenne 25 mois à Children’s House, et ceux qui étaient entrés en placement résidentiel directement depuis Children’s House, 26,5 mois en moyenne.

Des relations quasi familiales et informées par le trauma en milieu résidentiel

Amour et confiance

L’encadrement et le personnel s’accordaient sur une volonté consciente de créer quelque chose d’aussi proche que possible d’une vie de famille aimante et soutenante. Construire des relations avec les enfants était considéré comme un aspect naturel et essentiel du travail à Children’s House, et les fondations en étaient posées avant même l’arrivée de l’enfant. Le processus de présentation et d’arrivée a été décrit : au préalable, les enfants reçoivent des lettres et des photos du personnel, qui les accueillent dans leur nouveau foyer et soulignent que « nous avons hâte qu’ils viennent vivre avec nous » (Cadre). Rassurer les enfants sur le fait que le personnel avait l’expérience de la prise en charge de nombreux enfants était considéré comme une manière de les aider à commencer à se sentir en sécurité.

Les relations comprenaient des marques d’affection que certains membres du personnel comparaient à leur manière de faire avec leurs propres enfants :

Je n’aurais jamais bordé mes propres enfants le soir sans un petit câlin, et sans leur dire le matin « je t’aime ». Alors je fais exactement la même chose avec les enfants de Children’s House, et j’ai le bonheur de dire que quelques-uns en sont maintenant arrivés au point de me le dire en retour. (Équipe)

Si l’on ne s’attendait pas à ce que les enfants nouent des relations avec tout le personnel, on espérait qu’ils en noueraient avec certaines personnes, à la faveur d’une « alchimie » naturelle (Équipe). Construire des liens et des souvenirs positifs avec les membres du personnel était un aspect clé de la vie à Children’s House, y compris avec la personne chargée du ménage et celle chargée de l’entretien, qui « en font aussi pleinement partie » (Cadre).

Le personnel décrivait la construction de la confiance des enfants, de leur assurance que « les adultes sont capables d’assurer leur sécurité ». Les occasions pour les enfants de se sentir aimés et aimables étaient jugées cruciales, et le personnel disait le leur confirmer par des paroles rassurantes :

Si souvent on les entend nous dire : « Mais qui pourrait bien m’aimer ? » Alors qu’on leur dit vingt fois par jour : « Eh bien, moi, figure-toi », mais ils ont beaucoup de mal à l’accepter à cause de leur passé.

Le personnel observait que des attachements complexes façonnaient souvent les relations avec les enfants, qui vivaient parfois des loyautés concurrentes. Le personnel disait accompagner les enfants dans les processus difficiles où il leur fallait accepter de ne pas retourner chez leurs parents de naissance, et lorsque les familles de naissance ne maintenaient pas le contact :

Aussi dur que ce soit, c’est quand la famille n’envoie pas de carte d’anniversaire, pas de carte de Noël, et ne vient pas aux rencontres, que les enfants commencent à comprendre. Mais il s’agit aussi de leur apporter ce soutien émotionnel quand ça n’arrive pas.

Un objectif lié était de construire des relations « transférables » (Équipe), qui permettraient aux enfants de nouer des relations dans leurs placements suivants. Vivre des relations aimantes était vu comme fondamental pour la capacité future des enfants à les reproduire, le personnel anticipant les bénéfices pour leur avenir d’adulte.

L’authenticité était jugée bénéfique pour construire des relations avec les enfants, qui, selon l’encadrement, la percevaient. Le personnel disait qu’il était crucial d’accepter d’offrir un environnement nourricier et aimant :

Si vous ne voulez pas venir ici en montrant votre cœur et simplement aimer ces enfants de tout votre être, ça ne sert à rien de venir ici, parce que vous ne leur ferez aucun bien.

L’encadrement et le personnel estimaient que cette approche ne convenait pas à tout le monde, « tout le personnel éducatif résidentiel n’est pas à l’aise pour offrir ce type de soins à de jeunes enfants », et qu’elle exigeait réflexion, soutien d’équipe et vigilance quant à des limites différentes de celles d’autres structures résidentielles. Le personnel soulignait l’importance de travailler de façon réflexive, en se demandant régulièrement si l’on avait fait « ce qu’il fallait », et indiquait que la discussion renforçait sa pratique.

Pratiques familiales et chez-soi

Outre la construction de relations transférables et quasi familiales, l’encadrement et le personnel donnaient le sentiment de chercher à offrir un environnement proche d’une vie de famille « ordinaire » (Cadre). Le personnel exprimait le souhait d’une normalité dans la vie des enfants, notant que l’absence d’une vie de famille habituelle leur donnait le sentiment d’« être tout le temps différents » :

On n’a pas l’impression d’être dans une structure résidentielle. On a juste l’impression d’être dans une vraie maison, et c’est ce qu’on s’efforce de faire ressentir.

Je pense que c’est probablement l’une des choses […] que l’équipe fait vraiment bien. Le caractère ordinaire, […] une vie de famille au sein de la vie résidentielle. (Cadre)

Que Children’s House soit le foyer de l’enfant, même temporaire, était renforcé de diverses manières, notamment par une décoration personnalisée et des photos, et par des routines de type familial autour des repas et du jeu, qui enrichissaient l’environnement général de soin, de nourrissage affectif et de construction de relations :

Son souvenir le plus fort de Children’s House, c’étaient les spaghettis bolognaise de la cuisinière, et il dit que, quand il y pense, ça le ramène à cette période vraiment chaleureuse et nourrissante de sa vie. (Cadre)

L’encadrement reconnaissait les difficultés à offrir cet environnement tout en répondant aux besoins d’enfants différents, mais réaffirmait que la vie quotidienne ressemblait souvent à « des routines familiales très simples ». L’encadrement et le personnel indiquaient toutefois que les approches étaient façonnées par une conscience du trauma, par exemple des difficultés liées aux transitions :

Passer de l’étage au rez-de-chaussée, c’est une transition […]. Parfois, c’est un retour brutal à la vie chez eux, quand ils ne savaient pas ce qu’ils allaient voir. […] Alors on rappelle simplement à notre personnel […] que chaque fois que cet enfant fait quelque chose de différent, c’est beaucoup plus difficile pour lui. (Cadre)

Offrir une atmosphère quasi familiale à des enfants « traumatisés » soulevait des difficultés, notamment de sécurité. Par exemple, les enfants devaient souvent être séparés :

Ça me brise le cœur que parfois, enfin, assez souvent, on ne puisse pas avoir le repas du soir habituel d’une famille normale. […] Mais malheureusement, la sécurité passe d’abord, et typiquement un jour comme Noël. […] Ils étaient tellement excités, et ça peut faire dérailler toutes sortes de choses. Alors, en équipe, on a décidé que le mieux était de les laisser passer un petit moment ensemble le matin, puis de les séparer tous. (Équipe)

Corégulation émotionnelle

Il était essentiel d’offrir un environnement et des processus permettant au personnel d’accompagner les enfants dans un processus de corégulation émotionnelle. Par exemple, l’arrivée est calme, maîtrisée et réfléchie. Avant d’emménager, l’enfant visite Children’s House en l’absence des autres enfants, puis fait des visites et des séjours de plus en plus longs, à un rythme souple :

L’histoire des enfants est souvent faite de déménagements dans la panique, et nous essayons de dire : « Non. Nous faisons les choses de manière réfléchie. Nous avons hâte que tu viennes vivre ici, et il n’y a pas de panique. » Ce sont réellement les adultes qui ont la maîtrise. (Cadre)

Le personnel disait s’efforcer de maintenir la stabilité lors de l’arrivée à Children’s House en encourageant la poursuite des loisirs et, si possible, le maintien dans la même école. La scolarité était une grande priorité, et des mesures supplémentaires ont été prises pendant les confinements liés au Covid-19 pour garantir la continuité de l’accès à l’enseignement. Offrir cette période de stabilité, de continuité et de sécurité était jugé crucial après de multiples changements. L’encadrement insistait sur l’importance de montrer du calme et de la maîtrise pour répondre aux besoins des enfants, là où, par le passé, des adultes n’avaient peut-être pas su faire face :

Assez souvent, on nous les présente comme des enfants avec qui les adultes ne savent absolument pas quoi faire. […] [Nous pouvons] dire : « Non. Attendez, nous pouvons reprendre la main », et dire : « Il y a maintenant dans ta vie des adultes qui sont tout à fait capables de prendre soin de toi et de répondre à tes besoins. » (Cadre)

La stabilité face aux comportements difficiles était aussi communiquée aux enfants, qui avaient peut-être auparavant cherché à obtenir un sentiment de maîtrise par des comportements compromettant la stabilité du placement :

[Ces comportements] ne sont pas acceptables. Nous en parlons, de tout ça, mais tu vas continuer à vivre ici. […] Ça ne change pas à cause de cette seule chose. (Cadre)

Sur le plan émotionnel, les relations consistaient à construire l’estime de soi, notamment par une attention aux émotions et par des activités qui aidaient les enfants à se sentir bien dans leur peau. Le personnel et l’encadrement évoquaient la manière dont l’absence de mécanismes d’adaptation positifs avait contribué aux ruptures de placement antérieures, et soulignaient l’importance de l’empathie et de l’acceptation pour aider les enfants à reconnaître leurs émotions et à trouver des façons plus saines d’y faire face :

Reconnaître que c’est normal de ressentir ce qu’ils ressentent. C’est simplement que ce n’est pas acceptable de se comporter de cette façon à cause de ce sentiment. […] Les mécanismes d’adaptation que ces enfants acquièrent en vivant à Children’s House, et qui les suivent dans leur placement, sont vraiment ce qui aide ensuite ces placements à devenir plus stables pour eux. (Cadre)

Le personnel et l’encadrement décrivaient des approches informées par le trauma face aux comportements difficiles, consistant notamment à montrer de l’acceptation et la capacité à y faire face, et à offrir « de la sécurité et un environnement maîtrisé » propices à la corégulation.

Curiosité et acceptation

L’encadrement indiquait qu’en raison des changements multiples, « très souvent, personne n’a vraiment appris à bien connaître cet enfant ». À Children’s House, l’accent était mis sur la curiosité pour apprendre à connaître chaque enfant, et sur l’acceptation de son histoire :

Nous connaissions leur histoire et nous voulions quand même qu’ils viennent, donc il y a quelque chose de très rassurant pour les enfants […] dans le fait que nous puissions très tôt faire preuve de curiosité à leur sujet, au sujet de leur vie et de ce qu’ils aiment. (Cadre)

Le personnel relevait les bénéfices d’apprendre à connaître les enfants : une meilleure connaissance de leurs besoins, à Children’s House comme pour les placements futurs, et la possibilité offerte aux enfants d’expérimenter et de découvrir leurs propres centres d’intérêt.

La curiosité était aussi mise en œuvre dans le travail narratif, centré sur le passé, le présent et l’avenir des enfants, utilisé avec les jeunes pour améliorer leur compréhension de leur histoire et de leur famille biologique et leur permettre de réfléchir à « ce que pourrait être leur place dans une future famille d’accueil » (Équipe) :

Déplier certaines de ces expériences passées pour rechercher les raisons de ces ruptures de placement, pour regarder l’expérience passée de la vie de famille en vue de les préparer à un futur placement en famille d’accueil. (Cadre)

Le langage employé dans les dossiers reflétait cette acceptation, en décrivant la responsabilité des adultes de répondre aux besoins des enfants plutôt que celle des enfants de changer de comportement :

J’ai lu des dossiers qui faisaient vraiment porter à l’enfant la responsabilité de ce qui s’était passé. […] Et les enfants comprennent […] qu’on les tenait pour responsables des décisions prises à leur sujet, que s’ils s’étaient mieux comportés, s’ils avaient agi autrement… Et en réalité, ce n’est pas notre façon de faire. Nous, il s’agit de comprendre cet enfant, puis de faire absolument de notre mieux pour lui. (Cadre)

Un élément central du travail, qui relevait à la fois des pratiques familiales et des soins informés par le trauma, consistait à explorer ce que ressentaient les enfants au moyen de la conversation et d’une écoute active et empathique : « la chose la plus thérapeutique que nous puissions faire, c’est simplement d’être là pour ces enfants et de les écouter » (Équipe). Repérer les émotions des enfants demandait souvent au personnel de faire appel au ludisme et à la curiosité. Ces conversations « thérapeutiques » sont intégrées à la vie quotidienne et répondent aux besoins et aux signaux des enfants dans l’instant : « Ce sont des conversations très, peut-être, inhabituelles, mais qui ont lieu pendant des routines très normales » (Cadre).

Le personnel et l’encadrement faisaient état d’une curiosité et d’un état d’esprit informé par le trauma pour « essayer de comprendre pourquoi ce comportement apparaît et quels en sont les déclencheurs » (Équipe), et d’une acceptation des comportements difficiles ou destructeurs :

J’ai eu du mal, à mon arrivée à Children’s House, […] un enfant cassait peut-être un iPad, et le lendemain il en recevait un nouveau […]. Mais j’ai compris que c’est parce qu’il faut les laisser, leur dire que c’est bien de laisser sortir ces grandes émotions, surtout quand on ne sait pas les contrôler. (Équipe)

Jeu, apprentissages et expériences sensorielles

L’encadrement et le personnel soulignaient l’importance de la chaleur et du ludisme dans le lieu de vie, le jeu étant compris à la fois comme une pratique familiale et comme une approche informée par le trauma : « Children’s House est un endroit où il y a en général beaucoup de bruit. Beaucoup de fous rires. » (Cadre) :

Peut-être ramener un peu d’amusement dans leur vie, un peu de joie. Un peu de soin chaleureux que ces enfants n’ont peut-être pas eu. (Cadre)

Le ludisme offrait des occasions d’expériences et d’apprentissages nouveaux. Il arrivait que des enfants arrivant à Children’s House ne sachent pas jouer, et le personnel le leur apprenait :

S’asseoir et jouer avec des enfants de huit ou neuf ans comme on le ferait peut-être avec un enfant de deux ou trois ans. […] Les enfants commencent par ce jeu parallèle, jusqu’au point où ils sont réellement capables de jouer ensemble. (Cadre)

Les besoins sensoriels étaient fréquents, et les approches sensibles au trauma comprenaient des techniques de relaxation et de l’activité physique, notamment en plein air, ainsi que des jeux d’extérieur dans le jardin. Le ludisme pouvait offrir des occasions de lien émotionnel :

Les faire courir partout, les épuiser. On dirait qu’ensuite ils arrivent à rentrer et à se détendre. Et quand ils sont dans cet état de détente, ils sont plus enclins à vous confier ce qu’ils ressentent. (Équipe)

Être dehors était aussi jugé utile pour des enfants qui n’auraient peut-être pas fait autrement l’expérience d’une « prise de risque en sécurité » (Cadre) ; cela est devenu particulièrement important pendant les confinements liés au Covid-19. Des organismes et des spécialistes extérieurs ont partagé avec le personnel des conseils sur les bienfaits d’une approche ludique avec les enfants :

Nous avons une ergothérapeute fantastique. […] C’est incroyable ce qu’elle arrive à déceler, vous savez, à travers leur façon de jouer. […] Elle nous donnait beaucoup d’éclairages sur le genre de choses que nous devons faire. (Équipe)

La figure 1 met en lumière la manière dont le personnel décrit sa mise en œuvre de l’approche PACE (Becker-Weidman et Hughes, 2008 ; Hughes, Golding et Hudson, 2015) dans les soins, dans le contexte de la vie partagée au quotidien au sein de l’unité résidentielle.

Schéma en quatre quadrants autour du mot PACE. Ludisme : « Des moments où les tensions montent peut-être, et il s’agit de ne pas se laisser happer. […] Est-ce qu’on peut y mettre un peu de jeu ? Est-ce que vous pouvez apporter un peu de joie et d’amusement dans cette situation pour ensuite faire redescendre la tension, revenir en arrière et explorer ce qui se passe vraiment selon vous, et le ludisme n’est qu’une porte d’entrée vers la curiosité, vers l’empathie, pour pouvoir dire : écoute […] nous comprenons vraiment, vraiment, nous entendons ce que tu dis, et voilà ce que nous voulons faire. » (Cadres). Acceptation : « Nous faisons preuve d’une grande ouverture et d’une grande honnêteté : nous connaissons les expériences qu’ils ont vécues, […] nous pouvons contenir ce qu’ils ont dans la tête. […] Il n’y a rien qu’ils puissent nous dire qui nous ferait fuir, et […] Children’s House va te tenir quoi qu’il arrive, jusqu’à ce que nous sachions que tu es prêt à partir. » (Cadres) ; « Quand il est au plus mal, ce dont il a vraiment besoin, c’est d’être pris dans les bras, aimé et accepté. Et qu’on lui dise que ça va […] et qu’on en parlera après. » (Équipe). Curiosité : « Il faut avoir cette curiosité pour essayer de comprendre ce qui se passe vraiment derrière. Ce n’est pas juste quelqu’un qui fait des bêtises, […] qui fait une crise, il se passe autre chose, et c’est formidable qu’à Children’s House on puisse prendre le temps de découvrir exactement ce qui se passe derrière tous ces comportements. » (Équipe). Empathie : « Aider les enfants à nommer les émotions qu’ils ressentent, parce que souvent elles s’expriment dans leur manière de se comporter. Mais s’ils comprennent quelle est l’émotion et où elle agit dans leur corps, ce qui a pu la déclencher, ils sont en chemin pour mettre réellement en place les stratégies dont nous avons parlé. Ça fait partie de cette forme d’empathie. […] On parle constamment de ce qu’on ressent et on donne la permission de le ressentir et de le reconnaître. » (Cadres).
Figure 1. Comment le personnel décrit sa mise en œuvre de l’approche PACE (schéma original en anglais).

Des récits porteurs d’espoir

L’encadrement et le personnel considéraient les attitudes et la culture comme centrales, notamment une conviction profonde dans les pratiques de Children’s House. Le travail était abordé avec espoir, l’une des valeurs fondamentales de Barnardo’s (2022) :

Nous entrons dans ces processus avec la conviction que les enfants sont résilients, qu’ils peuvent s’adapter, qu’ils peuvent acquérir les relations dont ils ont besoin. (Cadre)

La gestion et le langage reflétaient ces valeurs :

La façon dont nous parlons est importante, et si nous savons que le récit est important pour les enfants, alors le récit que nous tenons sur le service est tout aussi important. (Cadre)

Les rapports de suivi mensuels étaient examinés au regard des exigences réglementaires et pour s’assurer que leur formulation correspondait aux valeurs de Children’s House.

Le modèle d’évaluation avait été baptisé « document forces et difficultés » ; le personnel et l’encadrement y voyaient un cadrage équilibré, « fondé sur les ressources, […] plutôt que sur les manques » (Cadre). Les évaluations traduisaient une approche fondée sur l’espoir pour repérer les besoins individuels des enfants et y répondre. Les évaluations des besoins thérapeutiques (commencées avant l’arrivée et poursuivies pendant tout le séjour) comprenaient un bilan sensoriel en ergothérapie, un bilan de la parole, du langage et de la communication, et un travail narratif.

Le personnel et l’encadrement se souciaient de l’avenir possible de chaque enfant et sollicitaient l’avis des enfants sur leurs loisirs, les animaux de compagnie et d’autres préférences, « dès le premier jour […] en leur demandant : “Qu’est-ce que tu aimerais trouver dans un futur foyer ?” » (Équipe). Children’s House était vue comme un lieu où les enfants pouvaient explorer leurs propres centres d’intérêt et développer un sentiment d’identité plus cohérent :

Ils ne se connaissent pas vraiment eux-mêmes. Ils arrivent avec cette histoire de « Oh, c’est un vrai petit fermier ». Mais est-ce parce qu’en fait il a simplement eu beaucoup de placements dans des fermes ? […] Ça leur ouvre aussi les yeux sur le fait qu’ils peuvent faire leurs propres choix, et ils commencent à comprendre qu’ils ne sont pas obligés d’aimer quelque chose parce que les personnes qui s’occupent d’eux l’aiment. (Cadre)

Préparer les relations des placements futurs

Avant l’admission, les enfants font l’objet d’une évaluation de leur capacité d’attachement, qui peut indiquer leurs chances de réussite ultérieure en famille d’accueil. L’évaluation menée à Children’s House porte sur trois grands domaines utiles aux placements futurs et à la préparation de la transition relationnelle : l’évaluation de la disposition de l’enfant à partir ; le repérage des placements appropriés ; et la manière dont les transitions sont soutenues par le personnel de Children’s House.

Les évaluations ont pour but de placer l’enfant dans le cadre le plus approprié à ses besoins, et le personnel est attentif à l’importance d’obtenir le meilleur résultat pour chaque enfant. Le « document forces et difficultés » de l’enfant et les séjours de répit aidaient le personnel à préciser ses besoins en milieu familial ou dans d’autres cadres, et à rechercher des familles d’accueil adaptées ou d’autres types de placement. Si un placement de long terme en famille d’accueil est souvent l’objectif, ce n’est pas toujours le cas : quatre enfants sont partis directement en placement résidentiel de plus long terme.

Le personnel décrivait un processus détaillé et long pour repérer les enfants pour qui un placement en famille d’accueil était le plus approprié. Pour les enfants entrés en accueil résidentiel, cette décision a été prise au terme d’un processus tout aussi détaillé. L’encadrement nourrissait pour ce groupe le même espoir que leur placement suivant leur offre une stabilité durable et un « chez-soi » :

L’intensité de ses relations ne fonctionnera pas dans un cadre familial. Mais nous allons pouvoir l’accompagner vers ce qui sera un lieu résidentiel durable, espérons-le, espérons-le, espérons-le un lieu de long terme pour lui, et ce sera son chez-lui. (Cadre)

L’observation des progrès de l’enfant à la suite du travail émotionnel était une étape clé pour déterminer si l’accueil familial convenait, notamment l’amélioration des mécanismes d’adaptation et le fait de voir « la valeur des relations » :

Une capacité d’empathie et d’attention aux autres. Et je pense que, quand nous voyons ces choses, cela nous donne vraiment le sentiment que nous pourrons, espérons-le, aider une famille à prendre soin de cet enfant. (Cadre)

Les observations évaluaient les comportements difficiles pour déterminer s’ils pourraient être « gérables dans un cadre familial plutôt que dans un cadre résidentiel » (Cadre), en tenant compte des évaluations des risques et du soutien.

Les évaluations déterminaient si la vie familiale convenait, en tenant compte de la compréhension que l’enfant avait de son histoire et de sa disposition à s’engager dans l’accueil familial :

Ils savent qu’ils ne retourneront pas dans leur famille de naissance. Ils savent que leur projet, c’est l’accueil familial, […] jusqu’à l’âge adulte […]. Ils le comprennent, et c’est en partie le fait qu’ils y adhèrent. (Cadre)

Cette adhésion était encouragée en parlant avec les enfants des étapes suivantes et du caractère temporaire de Children’s House, présentée comme « un chemin, pas un lieu pour toujours » (Cadre), ce qui les aidait à anticiper le placement futur et à s’y sentir motivés.

L’encadrement et le personnel évoquaient le recours à des familles d’accueil de répit pour permettre une adaptation à la vie de famille et mieux voir comment les enfants s’en sortaient :

Pouvons-nous arriver au stade où ils se sentent capables […] d’emporter cette sécurité avec eux, en ce sens, pour pouvoir construire des relations dans une famille, dans un espace familial ? (Cadre)

Trouver un placement précis en famille d’accueil impliquait d’apparier un enfant et une famille, à l’aide d’un « formulaire d’appariement » rempli par le personnel de Children’s House, en étroite collaboration avec l’équipe d’accueil familial de Barnardo’s, une personne du service social de terrain et parfois une personne psychologue. Le personnel exprimait avec force l’espoir que les placements durent jusqu’à l’âge adulte et débouchent sur des relations permanentes. Les familles de répit étaient choisies avec soin et devenaient parfois des familles d’accueil de long terme, ou constituaient souvent une source de soutien pendant les placements ultérieurs.

Les transitions vers le placement suivant étaient soutenues sur le plan relationnel, la « méthode de la cour » (Équipe) réglant le rythme sur les besoins des enfants. L’encadrement parlait d’un « sentiment de responsabilité partagée », et l’encadrement comme le personnel soulignaient l’importance de la continuité des relations quasi familiales après le départ de Children’s House :

Envoyer de petites cartes d’anniversaire et de Noël, juste pour qu’il sache, […] je pense toujours à lui… […] il compte toujours pour moi. (Équipe)

Certains enfants craignaient toutefois que la réapparition du personnel annonce une rupture, et le personnel disait être prêt à lâcher prise lorsque c’était le mieux pour un enfant.

Redéfinir la « réussite »

Pour certains enfants, l’accueil résidentiel de long terme ou un cadre hospitalier spécialisé a été jugé le placement suivant le plus approprié. Cela évitait aussi de les exposer à de nouvelles ruptures causées par des tentatives inadaptées de placement en famille d’accueil. Dès lors, le passage à un accueil résidentiel de plus long terme, sans être le résultat espéré au départ à l’entrée à Children’s House, était reconnu comme bénéfique et protecteur pour les enfants :

Nous devons réfléchir davantage à ce que sont les résultats, parce que ça ne peut pas être seulement l’accueil familial ; il doit s’agir de soins, de planification de l’avenir, et vous savez […] de ce que sont des résultats plus réalistes pour une orientation vers Children’s House et pour le parcours. (Cadre)

En outre, le personnel reconnaissait que les pratiques de Children’s House offraient une certaine expérience familiale, à un niveau supportable pour l’enfant :

Peut-être qu’un placement [en famille d’accueil] à plein temps, c’était trop demander après Children’s House, mais certains de ces enfants ont eu des accueils de répit plutôt réussis, et nous avons pu leur donner cette expérience de la vie de famille à temps partiel, et ça leur est resté. (Cadre)

L’encadrement réfléchissait à la « réussite » de Children’s House et relevait une difficulté tenant aux perceptions négatives de l’accueil résidentiel, même lorsqu’il s’agissait de l’issue la plus appropriée pour un enfant donné. La possibilité pour le personnel de mener des évaluations approfondies, et pour les enfants de bénéficier d’interventions thérapeutiques spécifiques grâce auxquelles ils pouvaient faire des progrès émotionnels et comportementaux substantiels, était considérée comme des réussites qui méritaient d’être reconnues, même si l’issue finale n’était pas celle qu’on avait souhaitée au départ. L’encadrement critiquait les mesures de réussite « sur le papier », qu’il s’agisse des placements familiaux rompus ou de l’accueil résidentiel, et leur opposait un récit porteur d’espoir et une vision plus individualisée de ce que pourrait être la réussite :

Nous avons donné à cet enfant la capacité de nouer des relations, de se sentir bien dans sa peau et de comprendre quelles sont ses forces. Mais sur le papier, il n’aura pas l’air d’une réussite. […] C’est en fait un échec, vraiment, de notre image de l’accueil résidentiel. Parce que […] dans ce cas, c’est la bonne issue. (Cadre)

L’encadrement réfléchissait à ce que pourraient être des résultats réalistes constituant une réussite, et indiquait que même des placements rompus pouvaient offrir l’expérience de la stabilité, et souvent des relations susceptibles de se prolonger à l’âge adulte, ce qui était en soi « une réussite » des familles d’accueil et des jeunes. Lorsqu’un tel placement suivait un séjour à Children’s House, cela pouvait représenter des années de stabilité que l’enfant n’aurait sans doute pas connues autrement, et qui lui offraient aussi une expérience de la vie de famille dans laquelle puiser « dans sa vie future » :

Ils ont vécu quelque chose de positif, de stable dans leur vie […], et ils sont capables d’y puiser des réserves à l’âge adulte. (Cadre)

Discussion

Children’s House est une unité qui a une finalité et des critères d’admission précis, et qui reconnaît les difficultés des enfants ayant connu de multiples ruptures de placement (Strijbosch et al., 2015). Elle offre une période de stabilité pour développer des capacités émotionnelles et des compétences relationnelles qui permettent aux enfants d’entrer dans un placement de long terme en famille d’accueil, ou dans une autre solution stable, jusqu’à l’âge adulte. L’intention est que les enfants aient des relations durables et soutenantes avec des adultes bienveillants, relations qui, selon la recherche, peuvent offrir un capital social accru, des encouragements et de la résilience, en particulier lors des transitions clés (Blakeslee et Best, 2019).

L’accent est mis sur la corégulation émotionnelle et sur la démonstration aux enfants que les adultes qui prennent soin d’eux sont capables de répondre à leurs besoins. Offrir un environnement quasi familial, un sentiment de normalité et de la stabilité est une priorité de la vie quotidienne à Children’s House. Conformément aux constructions sociales de la famille (Kendrick, 2013 ; Fowler, 2016 ; Gwenzi, 2020), les routines quotidiennes représentent des pratiques quasi familiales, qui soutiennent la construction des relations et les « notions d’apparentement » (Kendrick, 2013 : 79). Une éthique explicitement aimante et des relations ouvertement affectueuses semblent avoir libéré le personnel de certaines des angoisses rapportées par des équipes d’autres contextes résidentiels (Brown, Winter et Carr, 2018). Si la sécurité et des procédures de protection solides sont cruciales, le personnel et l’encadrement évoquaient aussi la valeur qu’apporte l’intimité émotionnelle aux relations avec les enfants. S’engager de façon réflexive face à ces difficultés offre une alternative à des approches professionnelles plus détachées. Si la sécurité des enfants prime, l’aversion au risque est contre-productive lorsque le personnel a peur de s’engager dans une véritable construction de relations.

Reconnaître l’impact des expériences des enfants sur leurs relations (Samuels et Pryce, 2008 ; Blakeslee et Best, 2019 ; Okpych et Gray, 2021 ; Tahkola et al., 2021) oriente les pratiques de travail, et la conscience du trauma façonne les routines. Travailler à Children’s House exige du personnel qu’il entre en lien émotionnel avec les enfants et offre des soins affectueux, ce qui requiert des limites et une réflexion sur soi. Cette approche ne convient pas à tout le monde, mais elle trouve un écho chez de nombreux membres du personnel, qui la trouvent gratifiante.

Tout le travail à Children’s House repose sur une base informée par le trauma, mais l’accent est mis sur le repérage des besoins individuels et la réponse à ces besoins, y compris par des apports spécialisés. Le travail relationnel prend en compte des histoires d’attachement complexes (Bowlby 1988 ; Burbidge, Keenan et Parry, 2020 ; Tahkola et al., 2021) et aide les enfants à apprendre à aimer et à faire confiance, tandis que le travail narratif (Coman et al., 2016 ; McGill et al., 2018) les aide à comprendre leur histoire et leur identité. Au quotidien, la conscience du trauma imprègne toutes les interactions relationnelles, et les soins s’inspirent de l’approche PACE (Becker-Weidman et Hughes, 2008 ; Hughes, Golding et Hudson, 2015) pour comprendre ce que ressentent les enfants et construire leur estime de soi, leurs stratégies d’adaptation et leurs comportements. Par le jeu, l’exploration et des expériences sensorielles adaptées à leurs besoins, les enfants développent des compétences et de la confiance en soi tout en s’amusant.

Children’s House permet une évaluation approfondie et détaillée des mécanismes d’adaptation de chaque enfant, de ses difficultés de comportement, du sens qu’il donne à la valeur des relations, et de sa capacité et de sa disposition à s’engager dans des relations avec une famille d’accueil. Le recours à des familles de répit permet de voir comment les enfants s’en sortent dans un foyer familial. Ajuster le rythme et le calendrier des transitions, et assurer la continuité du lien avec des adultes clés qui partagent les informations importantes, soutient le parcours individuel de chaque enfant d’un placement de courte durée à un placement de long terme (Nicol, 2016). Le personnel résidentiel et celui du placement familial collaborent étroitement pour l’appariement et les déménagements. Les transitions suivent le rythme des besoins des enfants, Children’s House assure une présence et un soutien en arrière-plan, et la continuité des relations avec le personnel de Children’s House est encouragée.

Sur les 29 enfants passés par Children’s House aujourd’hui âgés de plus de 18 ans, plus de la moitié (n = 16) sont restés en placement familial jusqu’à l’âge adulte. Deux ont connu une permanence relationnelle (McSherry et Fargas Malet, 2018) malgré une rupture de placement en fin d’adolescence, ce qui montre que des jeunes et leur famille d’accueil peuvent entretenir des liens mutuellement précieux malgré les difficultés relationnelles et l’instabilité des débuts (MacDonald et Marshall, 2021). Les difficultés à obtenir la stabilité restent toutefois considérables (James et al., 2004 ; Rubin et al., 2004 ; Hussey et Guo, 2005), et certains placements se rompent, les enfants retournant alors en accueil résidentiel. Pour ces enfants qui ont connu de nouvelles ruptures, leur séjour à Children’s House (25 mois en moyenne) offre une stabilité, certes limitée dans le temps, avec des soins sûrs, chaleureux et quasi familiaux.

Certains enfants sont passés de Children’s House à d’autres structures résidentielles. Le personnel et l’encadrement évoquaient la difficulté de mesurer la réussite lorsque l’accueil résidentiel est souvent perçu comme un dernier recours. Les relations proches nouées à Children’s House permettent une compréhension détaillée et une évaluation solide des besoins des enfants, afin de repérer la meilleure solution de placement pour chacun. Pour certains, un placement stable ultérieur en accueil résidentiel a évité l’impact négatif d’une nouvelle rupture de placement, qui aurait sans doute été l’issue inévitable d’un passage en famille d’accueil. Dès lors, le personnel et l’encadrement décrivaient positivement les passages en structure résidentielle comme une réussite pour l’enfant concerné. De futures recherches pourraient explorer la manière dont des mesures individualisées de la réussite permettraient de repérer avec plus de finesse les résultats positifs pour chaque enfant.

Surtout, les relations avec le personnel et les familles d’accueil que soutient Children’s House peuvent aider à constituer un réseau de soutien émotionnel et pratique qui, selon la recherche, peut contribuer à atténuer certaines des difficultés que rencontrent les enfants ayant connu de multiples ruptures (Samuels et Pryce, 2008 ; Blakeslee et Best, 2019 ; Okpych et Gray, 2021), ainsi qu’à développer la résilience. Children’s House offre des pratiques quasi familiales adaptées à une tranche d’âge précise. Comme l’établissement de relations soutenantes est crucial tout au long de la vie des enfants, de futures recherches pourraient chercher à examiner comment des relations quasi familiales informées par le trauma pourraient être établies avec d’autres tranches d’âge.

Conclusion

Les ruptures de placement répétées nuisent au bien-être des enfants, et ce préjudice s’accumule à chaque nouveau changement. Permettre à tous les jeunes pris en charge hors de leur famille de bénéficier de relations soutenantes durables est, et doit rester, une priorité des politiques et des pratiques (Boddy, 2013). Cette évaluation du service de Children’s House donne des raisons d’être optimiste quant à la possibilité d’interrompre un cycle d’instabilité, même lorsque des enfants ont connu de multiples ruptures de placement en famille d’accueil, et elle justifie des études complémentaires, qui devraient à leur tour donner la priorité à la parole des enfants et à leurs réalités subjectives vécues. Cette évaluation du service a recueilli le point de vue du personnel et de l’encadrement, mais pas celui des jeunes eux-mêmes. Or les enfants et les jeunes devraient être au centre de la construction des données de recherche, et la possibilité que leurs points de vue et leurs expériences soient écoutés et pris en compte de manière appropriée est essentielle à la protection de leurs droits et de leurs intérêts (Gilligan, 2014). Cette évaluation ne nous dit pas non plus quelle a été la qualité de leur expérience vécue après leur départ de Children’s House. Des recherches complémentaires sont nécessaires pour mieux comprendre la qualité des relations entre le personnel et les enfants en accueil résidentiel et leur effet sur la capacité des enfants à tirer parti de relations nourricières et d’un soutien social à plus long terme et en dehors de ce cadre (Hart, LaValle et Holmes, 2015).

Malgré ses limites, cet article a décrit comment les relations quasi familiales nouées dans l’environnement de soin informé par le trauma de Children’s House préparent les enfants à des placements ultérieurs de long terme. Si l’aspiration première était que les enfants finissent par bénéficier de placements stables en famille d’accueil, les pratiques d’évaluation et les définitions de la « réussite » par le personnel étaient très individualisées. Cela remet en cause la vision dominante de l’accueil résidentiel comme placement de dernier recours, dans la mesure où il peut être préférable au placement familial pour certains enfants, mais cela souligne aussi l’importance d’une évaluation solide, et d’une bonne connaissance des enfants, pour repérer quels jeunes bénéficieront d’un placement familial et à quel moment de leur parcours de placement (Hart, LaValle et Holmes, 2015).

Si tous les enfants n’ont pas évité de nouvelles ruptures, beaucoup ont connu des placements familiaux stables ou une continuité relationnelle jusqu’à l’âge adulte. Les routines de soin quasi familiales ont été une préparation importante à la vie de famille future. Les relations reposaient sur un lien émotionnel authentique, avec des approches informées par le trauma comme PACE, pour permettre la corégulation et la confiance. Cette approche exige un engagement explicite à tous les niveaux de l’organisation, une collaboration étroite entre les équipes, la formation et le soutien continu du personnel, ainsi qu’une réflexion critique permanente, à la fois en interne et par un regard extérieur. Les organisations qui souhaitent adopter cette approche doivent donner au personnel les moyens de s’engager en toute sécurité dans des relations proches avec les enfants, mais avec réalisme, en le soutenant émotionnellement et en le dotant des connaissances appropriées et d’une conscience du trauma.

Complexe Systémique : à retenir

L’étude a le mérite de prendre au sérieux une solution souvent jugée de second rang. Children’s House ne se pense pas comme l’envers de la famille, mais comme un lieu de passage qui en reprend les gestes : lettres avant l’arrivée, repas partagés, câlin du soir, cartes envoyées après le départ. On y retrouve des repères familiers en clinique systémique : l’enfant n’est plus tenu pour responsable de ses ruptures, les écrits professionnels cessent de lui en faire porter le poids, et la réussite est redéfinie au cas par cas, y compris quand l’issue est un autre foyer. Le dispositif articule aussi deux équipes, résidentielle et d’accueil familial, et ménage des transitions progressives : c’est un travail sur le système de placement autant que sur l’enfant. Les limites sont nettes : une évaluation de service demandée par l’organisme gestionnaire, la seule parole du personnel, sans celle des enfants ni des familles d’accueil, et des parcours décrits sans groupe de comparaison. À lire avec l’article sur les facteurs de protection contre les ruptures de placement, et avec l’article sur la résistance non violente en foyer.

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Traduction non officielle en français de Interrompre un cycle d’instabilité des placements par un accueil résidentiel de courte durée : une pratique relationnelle quasi familiale informée par le trauma dans une unité spécialisée, par Mandi MacDonald et Kathryn Gillespie, Adoption & Fostering, vol. 47, no 4, p. 379-399 (2023), doi : 10.1177/03085759231212499, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (légendes du tableau et de la figure traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Interrupting a cycle of placement instability with short-term residential care: Trauma-informed family-like relational practice in one specialist unit », publié dans Adoption & Fostering (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

MacDonald, M., et Gillespie, K. (2023). Interrompre un cycle d’instabilité des placements par un accueil résidentiel de courte durée : une pratique relationnelle quasi familiale informée par le trauma dans une unité spécialisée (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/interrompre-un-cycle-d-instabilite-des-placements-par-un-accueil-residentiel-de-courte (Œuvre originale publiée en 2023 dans Adoption & Fostering, 47(4), 379-399 (2023) ; republiée en 2023 par Adoption & Fostering, https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/03085759231212499)

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