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PLOS ONE · Violences

« J’ai trouvé du courage en sachant que même une belle-fille peut gagner sa vie » : évaluation par méthodes mixtes d’une intervention centrée sur la famille pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles au Népal

Dans le district de Baglung, au Népal, où beaucoup d’hommes partent travailler à l’étranger, l’équipe de Nwabisa Shai a réuni de jeunes épouses, leurs maris, leurs belles-mères et leurs beaux-pères dans un même programme : vingt séances sur les normes de genre et l’économie du foyer, puis une activité génératrice de revenus confiée à la belle-fille. En 18 mois, les revenus et l’épargne des jeunes femmes ont plus que doublé, les belles-mères sont devenues moins dures et les maris moins contrôlants ; les résultats sur la violence restent, eux, contrastés.

Auteurs Nwabisa Shai, Esnat Chirwa et Rachel Jewkes (Gender and Health Research Unit, South African Medical Research Council, Pretoria, et School of Public Health, université du Witwatersrand, Johannesburg, Afrique du Sud) ; Geeta Devi Pradhan, Ratna Shrestha et Abhina Adhikari (Voluntary Services Overseas Népal, Katmandou) ; Alice Kerr-Wilson (Social Development Direct, Londres, Royaume-Uni)Première publication PLOS ONE, 19 mai 2020Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « J’ai trouvé du courage en sachant que même une belle-fille peut gagner sa vie » : évaluation par méthodes mixtes d’une intervention centrée sur la famille pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles au Népal, par Nwabisa Shai, Geeta Devi Pradhan, Ratna Shrestha, Abhina Adhikari, Esnat Chirwa, Alice Kerr-Wilson et Rachel Jewkes, publié dans PLOS ONE (Public Library of Science) (2020), doi : 10.1371/journal.pone.0232256, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux 1 à 5 sont présentés sous forme de listes, avec toutes leurs valeurs ; quelques coquilles manifestes de l’original dans les valeurs citées dans le texte ont été corrigées ; la déclaration sur la disponibilité des données n’est pas reprise. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

L’implication de toute la famille a permis d’éviter le retour de bâton qui aurait pu survenir si l’intervention n’avait recruté que les jeunes femmes mariées.

Nwabisa Shai, Geeta Devi Pradhan, Ratna Shrestha, Abhina Adhikari, Esnat Chirwa, Alice Kerr-Wilson et Rachel Jewkes

Résumé

Contexte. Nous avons conçu et testé à titre pilote une intervention centrée sur la famille, Sammanit Jeevan (« Vivre dans la dignité »), visant à réduire les violences fondées sur le genre commises par les maris, à faire évoluer les normes sociales et de genre néfastes et à améliorer la situation économique des femmes grâce à des activités génératrices de revenus (AGR) menées par de jeunes femmes mariées.

Méthode. Nous avons mené une étude en séries chronologiques interrompues modifiée et une recherche qualitative pour évaluer l’intervention dans deux communautés marquées par la migration de travail, dans le district de Baglung, au Népal. Nous avons inclus de jeunes femmes mariées, leurs maris et leurs beaux-parents, issus de 100 familles. Au total, 200 femmes et 157 hommes ont rempli des questionnaires avant le programme, puis 6, 12 et 18 mois après. Dix-huit entretiens approfondis ont été menés avant le programme, puis 6 et 12 mois plus tard. Nous avons analysé les tendances dans les données.

Résultats. L’intervention a eu un effet positif sur la situation économique des jeunes femmes mariées et sur leur exposition à la violence, et elle a fait évoluer les attitudes inégalitaires en matière de genre. Certains effets positifs ont été observés chez les femmes plus âgées et chez les hommes. Les revenus du dernier mois (35,0 % - 81,3 %, β = 0,11, p < 0,001) et l’épargne (29,0 % - 80,2 %, β = 0,14, p < 0,001) des jeunes femmes ont plus que doublé au fil du temps. Les jeunes femmes ont subi beaucoup moins de VPI physique au cours de l’année écoulée (10 % - 4,4 %, β = −0,08, p = 0,077). Elles percevaient aussi leur belle-mère comme moins cruelle (moyenne 9,0-8,6, β = −0,03, p = 0,035). Des améliorations ont été observées dans les attitudes de genre individuelles des jeunes femmes (moyenne 44,4-43,3, β = −0,04, p = 0,297) et dans les attitudes de genre qu’elles percevaient dans leur communauté (moyenne 54,4-51,4, β = −0,19, p < 0,001), et elles ont indiqué que leur mari exerçait moins de contrôle (moyenne 17,5-16,1, β = −0,07, p < 0,001). Ces changements ont été confirmés par les résultats qualitatifs.

Conclusions. S’il faut rester prudent dans l’attribution de l’effet, faute de groupe témoin, les résultats suggèrent qu’avec suffisamment de temps et un financement d’amorçage, Sammanit Jeevan a permis une génération de revenus considérable, renforcé la position des jeunes femmes au sein des foyers et réduit leur exposition à la violence dans cette communauté. L’intervention mérite des recherches complémentaires pour en optimiser l’effet.

Contexte

Dans le monde, un tiers des femmes ont subi des violences de la part d’un partenaire intime (VPI) au cours de leur vie [1]. On estime que 37,7 % des femmes d’Asie du Sud-Est ayant déjà eu un partenaire ont déclaré des violences physiques et/ou sexuelles de la part d’un partenaire intime au cours de leur vie, une proportion plus élevée que dans les autres régions du monde [2]. Parmi les 4 120 femmes en âge de procréer (15-49 ans) qui ont répondu à l’Enquête démographique et de santé (EDS) nationale au Népal, 32,4 % avaient subi des violences émotionnelles, physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire intime masculin [3], et 28,3 % ont déclaré ces formes de violence au cours de l’année écoulée [4].

La prévalence des VPI est la plus élevée chez les jeunes femmes mariées, exposées à la violence de leur mari [5]. Au Népal, une enquête transversale portant sur 1 296 femmes mariées de 15 à 24 ans a montré que 51 % avaient subi une forme de violence de la part de leur mari, 46,5 % ayant déclaré des violences sexuelles, 25,3 % des violences physiques et 19,6 % des violences physiques et sexuelles [6]. Des recherches menées dans l’Inde voisine soulignent l’ampleur de l’exposition des jeunes femmes mariées aux VPI : 62 % des femmes ayant subi des violences conjugales les ont subies au cours des deux premières années de mariage, et les adolescentes mariées étaient deux fois plus exposées aux VPI que les femmes adultes mariées [7]. Le jeune âge est un indicateur de risque important de l’exposition des femmes mariées aux VPI, même si les femmes plus âgées continuent de subir la violence de leur mari [3, 8].

L’exposition des femmes à la violence s’explique par la conjonction de facteurs individuels, relationnels, sociétaux et politiques, au premier rang desquels des normes et des valeurs patriarcales sous-jacentes, très répandues [9]. Le Népal est une société patriarcale, et la famille y repose sur un système patrilocal et patrilinéaire marqué par des discriminations sociales et de genre qui privilégient les hommes par rapport aux femmes, ainsi que par des normes et des pratiques socioculturelles qui légitiment le recours à la violence contre les femmes et les filles [10, 11]. Il est largement admis que les hommes doivent être forts et dominants [12-14], qu’ils sont les principaux décideurs dans le mariage [12], les protecteurs de la famille qui exigent respect et obéissance, et les détenteurs d’un pouvoir qui contrôle « leurs » femmes [15, 16]. Les femmes sont perçues comme inférieures, subordonnées aux hommes [12-14], et l’on attend d’elles qu’elles adoptent, une fois mariées, un rôle de genre soumis et plus conservateur, plus encore en milieu rural [16, 17]. Les fils sont nettement préférés aux filles, car ils perpétuent la famille patriarcale par le mariage et prennent soin de leurs parents dans leur vieillesse [14, 18], tandis que le destin de leurs sœurs est censé être lié à leur future maison d’alliance, où une dot est attendue, bien que celle-ci soit interdite par la loi de 1976 sur les coutumes et pratiques sociales (Social Customs and Practices Act). Des pratiques culturelles entravent la capacité d’agir des femmes et exposent les femmes et les filles à la violence : le système de la dot, le mariage d’enfants [19] et la pratique du chhaupadi. Cette dernière considère les femmes comme impures et intouchables pendant leurs règles et leur interdit de toucher aux biens et à la nourriture de la famille, ainsi que de rendre visite à d’autres proches ou amis ou de se rendre au temple, aux fêtes et aux événements, afin de ne pas propager la souillure [16]. Il existe au Népal une culture du silence autour des violences faites aux femmes et aux filles, comme le montrent le faible recours à l’aide et le faible signalement des violences au sein du foyer [20].

Les VPI sont en partie façonnées par l’intersection des inégalités de genre et de la pauvreté, qui a des conséquences de grande portée et accroît la dépendance sociale et économique des femmes dans leurs relations avec les hommes [21]. Le Népal connaît une longue histoire de migration de travail, qui remonte au XIXe siècle [22] ; c’est la principale source de subsistance et d’emploi pour des hommes (surtout) qui envoient des fonds à leur épouse et à leurs parents restés au pays pour assurer leur subsistance. Au Népal, 56 % des ménages reçoivent des transferts de fonds, d’un montant moyen de 80 462 roupies népalaises (environ 800 dollars US) par ménage et par an [23], et ces transferts représentaient 26,9 % du PIB en 2016-2017 [24]. Bien que la production agricole du Népal repose largement sur le travail des femmes rurales [25], leurs longues heures de travail ne sont pas reconnues comme productives. L’équipe de Lamichhane affirme que les femmes occupant des emplois peu qualifiés sont plus exposées aux VPI que celles qui travaillent dans les services ou le petit commerce [6]. Environ trois femmes sur quatre (74 %) dépendent économiquement de leur mari [26], peu de femmes participent aux décisions du ménage et elles sont encore moins nombreuses à contrôler les revenus du ménage [27]. L’analyse de l’EDS nationale montre que la prévalence des VPI est plus élevée chez les femmes pauvres que chez les femmes aisées au Népal. Les femmes des quartiers plus défavorisés sont plus exposées aux violences de leur partenaire intime masculin que celles des quartiers moins défavorisés [3]. Les femmes et les filles ont un accès limité à l’éducation et à l’emploi par rapport aux hommes et aux garçons. Leur niveau d’instruction plus faible, leur taux de chômage plus élevé et leur statut économique plus bas accroissent leur vulnérabilité à la violence et leur dépendance à l’égard de leur mari [3, 4, 8, 28].

Des facteurs familiaux, comme le fait d’avoir été témoin de violences domestiques dans l’enfance, augmentent la probabilité que les femmes subissent des violences dans leurs relations intimes [3, 4]. Dans le mariage, les femmes qui décrivent leur mari comme contrôlant sont plus souvent exposées aux VPI [3, 29], de même que celles qui ont peur de leur mari [3]. Les femmes qui signalent un usage problématique de l’alcool par leur mari courent un risque plus élevé de subir des VPI [4, 29].

Dans le contexte rural népalais contemporain, les rapports de pouvoir inégaux entre les genres au sein de la famille jouent un rôle important dans le risque de VPI auquel sont exposées les jeunes femmes mariées, du fait des déséquilibres de pouvoir entre maris et épouses, et entre belle-mère et belle-fille. Si la violence envers les jeunes femmes mariées peut être exercée par n’importe quel membre de la famille du mari, y compris le beau-père, le beau-frère ou la belle-sœur, la recherche montre que la belle-mère est le plus souvent à l’origine des VPI et l’autrice la plus fréquente des violences domestiques envers la belle-fille [16, 30].

Beaucoup de femmes se marient jeunes, souvent avant l’âge légal minimal de 20 ans (loi sur l’enregistrement des mariages, Marriage Registration Act), ce qui réduit en particulier les perspectives de poursuite d’études des jeunes femmes mariées [31] et leur accès à la propriété et à l’emploi [32]. Les maris de jeunes épouses partent plus souvent travailler à l’étranger, laissant leur jeune épouse sous l’autorité de leur famille et avec des ressources limitées [33]. Selon la coutume, la belle-mère a autorité sur la belle-fille : elle se charge de l’initier aux rôles genrés dans la maison d’alliance, y compris les tâches domestiques, encadre ses relations et ses déplacements, et contrôle son accès à la nourriture et aux fonds envoyés par son mari migrant [16].

Les résultats initiaux de l’évaluation du projet One Community One Family montrent que le fait d’être plus âgée, d’avoir un mari contrôlant, d’avoir de mauvaises relations avec son mari, de devoir emprunter de l’argent ou de la nourriture et d’avoir des attitudes inégalitaires en matière de genre augmentait l’exposition de toutes les femmes aux VPI, tandis qu’avoir une belle-mère plus bienveillante était protecteur [28]. Cela indiquait fortement qu’une intervention conçue comme Sammanit Jeevan pourrait avoir un effet dans ce contexte. Le contexte général des VPI au Népal montre la nécessité d’une approche globale pour agir sur les facteurs sociaux et structurels qui augmentent le risque de violence pour les jeunes femmes mariées. Un tel programme viserait à prévenir les violences faites aux femmes et aux filles (VFFF) en transformant les relations de genre inégales entre les jeunes femmes mariées, leur mari et leur belle-famille, et en améliorant leur situation économique d’une manière qui renforce positivement les relations familiales. Les spécialistes qui promeuvent les interventions de renforcement économique des femmes suggèrent que l’approche familiale peut être utile pour atténuer les relations de genre inégales [34, 35]. En mettant en œuvre le projet One Community One Family, nous avons cherché à adapter et à tester l’efficacité de Sammanit Jeevan (« Vivre dans la dignité »), une intervention centrée sur la famille conçue pour réduire les violences fondées sur le genre commises par les maris, faire évoluer les normes sociales et de genre néfastes et améliorer la situation économique de jeunes femmes mariées vivant dans deux communautés rurales du Népal. Cette évaluation a été menée par le South African Medical Research Council (SAMRC), Voluntary Services Overseas (VSO) Népal et le Bhimapokhara Youth Club (BYC) de 2016 à 2018, dans le cadre du programme mondial What Works to Prevent Violence Against Women and Girls ? financé par le DFID.

Méthode

Plan de l’étude

L’étude a utilisé des méthodes qualitatives et quantitatives pour évaluer l’efficacité de l’intervention Sammanit Jeevan, et a cherché à articuler les éclairages apportés par les deux méthodes de recherche pour mieux comprendre la relation entre les résultats de la recherche et l’intervention que nous avons mise en œuvre [36]. Le volet quantitatif était une série chronologique interrompue modifiée comportant quatre temps de mesure : le point de départ avant l’intervention, puis 6 mois, 12 mois et 18 mois après le point de départ. La mesure initiale a eu lieu en janvier-février 2017 et la mesure finale en août 2018. Il n’y avait pas de groupe témoin. Des entretiens qualitatifs ont été menés au départ, puis 6 et 12 mois après.

Personnes participantes

La taille de l’échantillon a été calculée en prenant comme critère principal l’expérience de VPI des jeunes femmes mariées. Nous avons utilisé le test de tendance de Cochran-Armitage dans Stata 13 [37] pour calculer la taille minimale de l’échantillon, en supposant qu’une jeune femme sur trois aurait subi une forme de violence de la part d’un partenaire intime au cours des 12 mois précédant l’intervention. On prévoyait qu’à 18 mois, environ 15 % des jeunes femmes déclareraient subir des VPI. L’échantillon minimal de jeunes femmes mariées requis pour une puissance de 80 % et un seuil de signification de 5 % était de 89. Au total, 100 familles ont été sélectionnées, avec l’objectif d’atteindre 200 femmes (100 jeunes et 100 plus âgées) et 200 hommes (100 jeunes et 100 plus âgés).

Au départ, 100 familles ont été recrutées par tirage au sort à partir des listes de ménages de chaque comité de développement villageois (Village Development Committee, VDC). Les familles étaient incluses si une jeune femme mariée acceptait de participer à l’étude ; son mari et ses beaux-parents étaient ensuite inclus s’ils y consentaient. Dans chaque famille, une jeune femme mariée, sa belle-mère et, si possible, son mari et son beau-père ont participé à l’intervention et à la recherche associée. Parmi les jeunes femmes mariées, 30 % vivaient seulement avec leur mari et leurs enfants, et 69 % vivaient avec leur mari et leur belle-famille. Les maris ont été sollicités pour l’inclusion dans l’étude lorsqu’ils étaient à la maison, qu’ils soient ou non partis travailler ailleurs à ce moment-là. La figure 1 présente un organigramme du nombre de personnes interrogées au cours de l’étude ; les jeunes femmes mariées y sont désignées comme « jeunes femmes », les belles-mères comme « femmes plus âgées », les maris des jeunes femmes mariées comme « jeunes hommes » et les beaux-pères comme « hommes plus âgés ». Moins d’hommes que de femmes ont été recrutés, en raison de l’ampleur de la migration de travail masculine. Le taux de réponse a diminué au fil du temps jusqu’au dernier temps de mesure, où des entretiens ont été menés avec 89 % des femmes et 71 % des hommes. Les entretiens qualitatifs ont été menés avec 6 jeunes femmes mariées, 4 femmes plus âgées, 4 jeunes hommes mariés et 2 hommes plus âgés, et la plupart ont participé aux entretiens à 6 et à 12 mois.

Organigramme des personnes participantes : mobilisation communautaire et recrutement de 100 familles (décembre 2016-janvier 2017, aucun refus) ; inclusion et mesure initiale (janvier-février 2017) : 200 femmes (100 jeunes, 100 plus âgées) et 157 hommes (78 jeunes, 79 plus âgés) ; suivi à 6 mois (août 2017) : 198 femmes et 152 hommes ; suivi à 12 mois (février 2018) : 195 femmes et 154 hommes ; suivi à 18 mois (juillet-août 2018) : 178 femmes (91 jeunes, 87 plus âgées) et 112 hommes (50 jeunes, 62 plus âgés) ; déploiement de l’intervention entre la mesure initiale et le suivi à 6 mois
Figure 1. Organigramme des personnes participantes à l’étude (schéma original en anglais)

Une organisation non gouvernementale locale, le Bhimapokhara Youth Club, a recruté les personnes participantes après avoir obtenu l’autorisation de mener l’étude auprès des parties prenantes du district et des responsables communautaires. Pour être éligibles, les personnes devaient accepter de participer à l’intervention et à la recherche, être mentalement aptes à donner un consentement éclairé et pouvoir communiquer en népali.

Lieu de l’étude

L’étude s’est déroulée dans deux des 59 VDC du district rural de Baglung, au Népal. Le district de Baglung se caractérise surtout par son relief de collines, et il a été surnommé le « district des ponts suspendus » en raison des nombreux ponts suspendus qui relient la majeure partie de la population, installée dans les vallées fluviales de la région. Une grande partie de la population pratique une agriculture de subsistance grâce aux plaines fertiles situées au bord des rivières, mais le district est exposé aux glissements de terrain et aux inondations pendant la mousson. Baglung connaît aussi l’un des niveaux les plus élevés de migration masculine de travail à l’étranger. Comme la majeure partie du Népal, le district compte une diversité de religions, de cultures et de groupes ethniques : l’hindouisme et le bouddhisme sont les principales religions, et les Brahmanes, les Chhetri, les Janajati et les Dalits figurent parmi les groupes ethniques et les castes de la région. Les deux VDC couvraient neuf circonscriptions municipales, dont six ont été retenues pour la recherche.

L’intervention

Sammanit Jeevan est un modèle participatif, en groupe et centré sur la famille, qui vise à réduire les violences entre partenaires intimes (VPI), à faire évoluer les normes sociales et de genre néfastes et à améliorer la situation économique des jeunes femmes mariées grâce à des activités génératrices de revenus (AGR) menées par des femmes [38]. Le programme comporte une série d’ateliers intergénérationnels qui combine trois éléments : les normes de genre transformatrices, l’autonomisation économique et le soutien aux AGR. Ces éléments sont mis en œuvre successivement : d’abord, les 10 séances sur les normes de genre transformatrices donnent le ton pour construire une meilleure communication et des relations plus égalitaires et plus harmonieuses entre les jeunes femmes mariées, leur mari et leur belle-famille ; ensuite, les 3 séances d’autonomisation économique visent à faire reconnaître la valeur du travail des femmes au foyer, pour faciliter la réussite du troisième élément. Ce troisième élément comptait 7 séances consacrées à l’acquisition de compétences et au soutien d’AGR menées par les jeunes femmes mariées. Il aide les familles à choisir une AGR qu’elles se sentent capables de mener et apporte les compétences commerciales nécessaires, comme l’analyse de marché, l’élaboration d’un plan d’affaires et la gestion d’un budget ; chaque famille reçoit en outre un financement de démarrage en nature d’une valeur de 150 dollars, sous forme de matériel ou de bétail, pour lancer son AGR. Le modèle du programme garantissait que les jeunes femmes mariées dirigeaient leur AGR, avec l’aide d’au moins un membre de la famille, et choisissaient les AGR qui leur étaient les plus familières et les mieux adaptées aux conditions locales.

Le programme combiné comptait 20 séances de trois heures, animées par des personnes formées issues d’un milieu semblable à celui des personnes participantes. Un animateur et une animatrice faisaient équipe pour mener l’intervention une fois par semaine auprès de groupes séparés, constitués selon l’âge et le sexe, soit 20 jeunes femmes mariées, 20 femmes plus âgées, 15 jeunes hommes mariés et 15 hommes plus âgés ; les groupes se réunissaient pour des discussions communes toutes les trois séances. Chaque binôme d’animation était responsable de deux groupes. La mise en œuvre de l’intervention s’est étalée sur 20 semaines, de la mi-février à la fin août 2017.

Le programme a été adapté du modèle Zindagii Shoista développé au Tadjikistan [39, 40], lui-même inspiré des interventions sud-africaines Stepping Stones et Creating Futures [41, 42], et évalué dans le cadre de l’initiative mondiale What Works to Prevent VAWG ? [39]. Un atelier participatif, une relecture et un test pilote ont permis d’établir la pertinence et l’adéquation du manuel adapté au contexte social et économique népalais. L’adaptation népalaise aborde aussi les pratiques traditionnelles discriminatoires liées aux besoins et aux droits des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive, ainsi que les types d’AGR couramment menées par les familles dans les communautés rurales marquées par la migration.

Recueil des données

Toutes les personnes participant au volet quantitatif ont été interrogées à l’aide d’un questionnaire standardisé, administré par une personne formée à la conduite d’entretiens. Chaque entretien était mené par une personne du même genre que la personne interrogée. Les questions portaient sur la situation socio-économique des personnes interrogées, les relations familiales, les attitudes de genre, les VPI commises par les hommes et subies par les femmes, la santé physique et mentale, ainsi que les espoirs pour l’avenir. L’enquête a repris pour l’essentiel les mêmes questionnaires que ceux utilisés au Tadjikistan et s’est appuyée sur des mesures déjà employées dans d’autres études (voir le tableau 1 ci-dessous).

Tableau 1 — Critères de jugement principaux et secondaires

Pour chaque construit : mesure, exemple d’item et origine de l’instrument (cellule vide dans l’original : origine non précisée ; « même origine » : cellule fusionnée avec la ligne précédente).

Critères principaux

  • VPI physique au cours de l’année écoulée. Mesure : 5 items mesurant l’expérience (femmes) et la perpétration (hommes) de tout acte, une fois ou plus. Exemple d’item : « (hommes) Au cours des 12 derniers mois, combien de fois avez-vous giflé votre épouse actuelle ou lui avez-vous lancé quelque chose qui pouvait la blesser ? (femmes) Au cours des 12 derniers mois, combien de fois votre mari actuel vous a-t-il giflée ou vous a-t-il lancé quelque chose qui pouvait vous blesser ? ». Origine : Garcia-Moreno et al. (2006).
  • VPI sexuelle au cours de l’année écoulée. Mesure : 3 items mesurant l’expérience (femmes) et la perpétration (hommes) de tout acte, une fois ou plus. Exemple d’item : « (hommes) Au cours des 12 derniers mois, combien de fois avez-vous physiquement forcé votre épouse actuelle à avoir des rapports sexuels alors qu’elle ne le voulait pas ? (femmes) Au cours des 12 derniers mois, combien de fois votre mari actuel vous a-t-il physiquement forcée à avoir des rapports sexuels alors que vous ne le vouliez pas ? ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • VPI émotionnelle au cours de l’année écoulée. Mesure : 7 items mesurant l’expérience (femmes) et la perpétration (hommes) de tout acte, une fois ou plus. Exemple d’item : « (hommes) Au cours des 12 derniers mois, combien de fois avez-vous empêché votre épouse actuelle de trouver un emploi, d’aller travailler, de faire du commerce ou de gagner de l’argent ? (femmes) Au cours des 12 derniers mois, combien de fois votre mari actuel vous a-t-il empêchée de trouver un emploi, d’aller travailler, de faire du commerce ou de gagner de l’argent ? ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Revenus au cours du dernier mois. Mesure : Item unique : la personne a-t-elle gagné de l’argent au cours du dernier mois. Exemple d’item : « En tenant compte de tout l’argent que vous avez gagné grâce à un travail ou à la vente de produits, combien avez-vous gagné le mois dernier ? ». Origine : non précisée.
  • Épargne au cours du dernier mois. Mesure : Item unique : la personne a-t-elle mis de l’argent de côté au cours du dernier mois. Exemple d’item : « Combien de roupies népalaises avez-vous mises de côté au cours des 4 dernières semaines ? ». Origine : non précisée.
  • Épargne globale. Mesure : Item unique : la personne dispose-t-elle d’une épargne. Exemple d’item : « Combien de roupies népalaises avez-vous en épargne ? ». Origine : non précisée.

Critères secondaires

  • Insécurité alimentaire. Mesure : Manque de nourriture vécu par les membres du foyer au cours des 4 semaines précédentes (3 items). Exemple d’item : « Au cours des 4 dernières semaines, combien de fois vous-même ou un membre de votre foyer vous êtes-vous couchés le ventre vide faute de nourriture ? ». Origine : Coates et al. (2007), Household Food Insecurity Access Scale (HFIAS).
  • Stress lié au manque de travail. Mesure : Stress lié au travail actuel (4 items). Exemple d’item : « Le manque de travail me cause souvent du stress ou de la déprime. ». Origine : Barker G. et al. (2011), questionnaire de l’étude IMAGES.
  • Échelle d’effort de recherche de revenus. Mesure : Effort pour trouver un emploi ou gagner un revenu au cours des 3 derniers mois (7 items). Exemple d’item : « Au cours des 3 derniers mois, combien de fois avez-vous… déposé ou envoyé une candidature pour un emploi ? ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Honte liée au manque de travail. Mesure : Mesure de la honte ou de l’abattement liés au manque de travail (4 items). Exemple d’item : « J’ai parfois honte de faire face à ma famille parce que je n’ai pas de travail. ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Difficulté à emprunter de l’argent. Mesure : Item unique mesurant la difficulté à emprunter de l’argent en cas d’urgence. Exemple d’item : « Si vous aviez une urgence à la maison et aviez besoin de 1 500 roupies népalaises, diriez-vous qu’il serait facile de trouver cet argent ? ». Origine : non précisée.
  • Tension financière (nourriture ou argent empruntés). Mesure : Item unique sur l’emprunt de nourriture ou d’argent. Exemple d’item : « Au cours des 4 dernières semaines, combien de fois avez-vous dû emprunter de la nourriture ou de l’argent parce que vous n’en aviez pas assez ? ». Origine : non précisée.
  • Dépression. Mesure : Échelle CES-D (score utilisé en continu). Exemple d’item : « Au cours de la semaine passée, des choses qui d’habitude ne me dérangent pas m’ont causé du tracas ». Origine : Radloff (1977).
  • Satisfaction de vie. Mesure : Échelle de 4 items mesurant la satisfaction de vie. Exemple d’item : « À bien des égards, ma vie est proche de mon idéal ». Origine : non précisée.
  • Pensées suicidaires. Mesure : Item unique sur les pensées suicidaires au cours des 4 dernières semaines. Exemple d’item : « Au cours des 4 dernières semaines, l’idée de mettre fin à vos jours vous est-elle venue à l’esprit ? ». Origine : non précisée.
  • Santé autoévaluée. Mesure : Item unique à 5 catégories évaluant le bien-être. Exemple d’item : « De manière générale, diriez-vous que votre santé est excellente, bonne, passable, mauvaise ou très mauvaise ? ». Origine : non précisée.
  • Incapacité. Mesure : 6 items évaluant l’incapacité due à un problème de santé ou à une blessure. Exemple d’item : « Avez-vous des difficultés à voir, même en portant des lunettes ? ». Origine : Échelle du Groupe de Washington.
  • Attitudes de genre individuelles. Mesure : 22 items mesurant les attitudes inégalitaires en matière de genre de la personne. Exemple d’item : « Je pense que les épouses de ma famille doivent demander la permission à leur mari ou à la famille de leur mari avant d’aller quelque part ». Origine : Jewkes et al. (2003), légèrement adapté au contexte népalais après une recherche formative.
  • Attitudes de genre dans la communauté. Mesure : 22 items mesurant les attitudes inégalitaires en matière de genre dans la communauté. Exemple d’item : « Dans ma communauté, beaucoup de gens pensent qu’une épouse doit demander la permission à son mari ou à la famille de celui-ci avant d’aller quelque part ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Relation de l’épouse avec son mari. Mesure : 7 items mesurant la relation de l’épouse avec son mari. Exemple d’item : « Mon mari est très strict et contrôlant. ». Origine : D’après Jewkes et al. (2011), adapté au contexte népalais.
  • Relation du mari avec son épouse. Mesure : 7 items mesurant la relation avec l’épouse. Exemple d’item : « Ma femme ne me comprend pas vraiment. ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Bienveillance de la belle-mère (femmes). Mesure : 3 items mesurant la bienveillance de la belle-mère, score élevé = plus bienveillante. Exemple d’item : « Ma belle-mère m’aime comme sa propre fille. ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Cruauté de la belle-mère (femmes). Mesure : 4 items mesurant la cruauté de la belle-mère, score élevé = plus cruelle. Exemple d’item : « Ma belle-mère est très stricte et contrôlante. ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Bienveillance de sa mère selon l’homme. Mesure : 3 items mesurant la bienveillance de la mère envers son fils, score élevé = plus bienveillante. Exemple d’item : « Ma mère est une personne bienveillante. ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Cruauté de sa mère selon l’homme. Mesure : 4 items mesurant la cruauté de la mère envers son fils, score élevé = plus cruelle. Exemple d’item : « Ma mère peut être cruelle. ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Participation de la femme aux décisions du foyer. Mesure : 5 items sur la participation de la femme aux décisions, score élevé = participation plus grande. Exemple d’item : « Au cours des 3 derniers mois, votre avis a-t-il été écouté sur les questions concernant les enfants et leur scolarité ou le travail dans votre foyer ? ». Origine : même origine que la ligne précédente.
  • Contrôle dans la relation. Mesure : 8 items mesurant le comportement de contrôle de l’homme. Exemple d’item : « (femme) Il ne me laisse pas porter certains vêtements. (homme) Je ne la laisse pas porter certains vêtements. ». Origine : D’après Jewkes et al. (2008), adapté au contexte népalais après une recherche formative.

Des entretiens approfondis ont été menés auprès d’un échantillon raisonné de jeunes femmes mariées, de leurs belles-mères, de leurs maris et de leurs beaux-pères. Les entretiens exploraient le parcours des personnes, les circonstances du mariage des jeunes femmes, la nature des rôles de genre, des rapports de pouvoir et de la violence au sein du foyer, ainsi que la prise de décision dans le foyer et l’accès aux revenus, y compris l’implication des jeunes femmes mariées dans les activités génératrices de revenus après leur participation à l’intervention Sammanit Jeevan.

Le personnel d’appui aux entreprises du BYC a effectué des visites de suivi mensuelles auprès des familles engagées dans des AGR et recueilli des données de routine sur la mise en œuvre des AGR de chaque famille : le type d’AGR choisi, la confirmation que l’AGR familiale était bien menée par la jeune femme mariée avec le soutien de sa famille, les revenus et l’épargne obtenus au fil du temps, ainsi que les sommes investies par les familles. Ces visites de suivi permettaient aussi à ce personnel de résoudre les difficultés, de transmettre de nouvelles compétences et d’aider les familles à maintenir leurs AGR.

Analyse des données

L’analyse a été menée en intention de traiter (ITT) : nous avons donc inclus toutes les personnes inscrites à l’intervention au départ, quelle que soit leur assiduité aux séances de formation de l’intervention. Des statistiques descriptives (fréquences, pourcentages, moyennes et écarts types) ont servi à résumer les caractéristiques sociodémographiques des personnes participantes. Nous avons utilisé des pourcentages pour résumer les critères catégoriels ou dichotomiques. Pour les échelles, comme celles des attitudes de genre et de la prise de décision, nous avons calculé un score additif à partir des réponses aux items et présenté les scores moyens comme statistique de synthèse à chaque temps de mesure. Avant de tester l’effet de l’intervention, nous avons procédé à une analyse des données manquantes pour vérifier l’existence d’un lien entre la perte de vue (le fait de ne pas être disponible à 18 mois) et les critères de l’intervention au départ. Comme on pouvait s’y attendre du fait de la migration de travail, la proportion de jeunes hommes indisponibles à 18 mois était plus élevée que celle des hommes plus âgés. Nous n’avons toutefois trouvé aucun lien entre la perte de vue et l’un quelconque des critères de l’intervention au départ. Aucune imputation des données manquantes n’a donc été faite pour les personnes indisponibles à 18 mois.

Des modèles de régression généralisés à effets aléatoires ont été utilisés pour évaluer l’évolution des proportions ou des scores moyens au fil du temps, chaque personne et l’ensemble de ses données d’entretien constituant une composante aléatoire (grappe) du modèle. Les temps de mesure de l’étude ont été entrés comme exposition principale et ont servi à déterminer la tendance de chaque critère au fil du temps. Tous les modèles à effets aléatoires ont été ajustés sur l’âge des personnes participantes, et toutes les analyses ont été réalisées avec Stata 15. Nous avons analysé séparément les données des femmes et celles des hommes.

L’analyse par méthodes mixtes utilisée dans cet article cherche à explorer la complémentarité entre les résultats quantitatifs et les résultats qualitatifs, afin de comprendre le contexte, et d’illustrer et de clarifier nos résultats quantitatifs à l’aide des résultats de la recherche qualitative [36]. Nous avons mené une analyse thématique des entretiens transcrits pour produire des éclairages et interpréter les données sur la nature des rapports de genre et de pouvoir au sein des familles et sur la participation des jeunes femmes mariées à la génération de revenus, et pour interpréter les conceptions qui sous-tendaient les propos des personnes participantes [43, 44]. L’équipe de recherche a élaboré ensemble des codes thématiques inductifs à partir des données et a interprété les expériences et les perceptions des personnes participantes dans le contexte du Népal rural. Nous avons suivi les six phases de l’analyse thématique : familiarisation avec les données par la lecture des entretiens transcrits, génération systématique de codes, puis recherche, révision, définition et dénomination des thèmes émergents [43], à partir d’un livre de codes dont nous avons établi la fidélité inter-codeurs [45]. Nous avons ensuite résumé les thèmes clés : les relations avec le conjoint et la belle-famille, les attitudes et les rôles de genre, les VPI subies par les femmes et commises par les hommes (et les violences domestiques subies par les femmes de la part de la belle-famille), l’accès aux revenus, la prise de décision et la participation des jeunes femmes mariées aux AGR, afin de les confronter aux résultats quantitatifs des enquêtes, pour les corroborer ou les nuancer.

Les données recueillies sur la mise en œuvre des AGR ont été consignées dans des tableurs et analysées par type d’AGR. Elles comprenaient les revenus et l’épargne des familles au fil du temps, ainsi que le maintien des AGR.

Considérations éthiques

Nous avons obtenu pour cette étude l’approbation éthique du South African Medical Research Council et du Nepal Health Research Council. Nous avons présenté l’étude comme un projet visant à comprendre la santé, la vie familiale et les relations, et l’intervention comme un programme destiné à renforcer les relations et les moyens de subsistance. Les personnes participantes ont signé un consentement éclairé avant les entretiens, à chaque vague de recueil de données, après qu’on leur a expliqué l’objectif, les méthodes et les principaux éléments de l’étude ; elles pouvaient poser des questions et recevaient des réponses. Chaque personne s’est vu attribuer un code d’identification unique, reporté sur le questionnaire et sur les entretiens approfondis. Chaque entretien a été mené en privé, de sorte qu’il ne puisse pas être entendu par d’autres, et la confidentialité était garantie. Les jeunes femmes mariées ont été interrogées à des jours différents de leur mari et de leur belle-famille, et inversement, et les personnes participantes étaient invitées à ne pas parler des entretiens, puisque chacune aurait son tour et que les récits pouvaient différer. Aucune jeune femme mariée n’a signalé de réaction négative de son mari ou de sa belle-famille après les entretiens. Les personnes participantes ont reçu des informations sur les services psychosociaux, juridiques et médicaux disponibles, dans la communauté et dans le district, en matière de violences faites aux femmes et aux filles. Un sachet de semences de légumes de saison a été remis à chaque personne pour la dédommager de son temps.

Résultats

Sur les 200 femmes incluses dans les enquêtes quantitatives au départ, 178 (89 %) ont été disponibles pour les entretiens aux 4 vagues de recueil, et 27 (8,5 %) l’ont été au départ et aux entretiens à 6 et à 12 mois. Seules 5 femmes n’ont pas été disponibles pour les recueils à 12 et à 18 mois. Le fait de ne pas être disponible pour le recueil à 18 mois n’était associé ni à l’expérience de VPI au départ, ni au fait d’être une femme jeune ou plus âgée. Sur les 157 hommes inclus dans le volet quantitatif au départ, 112 (71 %) ont été disponibles pour les entretiens aux 4 vagues de recueil, et un quart (39/157) l’ont été au départ, à 6 mois et à 12 mois. Environ un tiers (35,9 %) des jeunes hommes n’étaient pas disponibles pour le recueil à 18 mois, contre 21,5 % des hommes plus âgés. Toutefois, le fait de ne pas être disponible à 18 mois n’était pas associé à la perpétration de violences au départ. Onze personnes participantes sont décédées au cours de l’étude : 9 de causes naturelles, 1 dans un accident de voiture pendant la mousson, et 1 se serait suicidé lors des funérailles de sa mère. Tous les décès et tous les événements indésirables ont fait l’objet d’une enquête, et aucun n’était lié aux activités de l’étude.

Le tableau 2 présente les caractéristiques sociodémographiques au départ et l’exposition aux VPI des femmes et des hommes inclus dans l’étude. Plus de la moitié des participantes avaient entre 16 et 35 ans, et plus d’un tiers des hommes appartenaient à la même tranche d’âge. La plupart des personnes participantes appartenaient aux groupes ethniques Janajati et Chhetri. Au total, 53 % des femmes n’avaient reçu aucune instruction, contre 26,1 % des hommes. Beaucoup de personnes participantes étaient actuellement mariées ; 15,5 % des femmes et 4,5 % des hommes vivaient dans une union polygame, et quelques femmes et quelques hommes avaient épousé un membre de leur parenté. La migration était beaucoup plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. Au total, 28,5 % des femmes avaient subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur mari, tandis que 18,2 % des hommes déclaraient avoir commis de telles violences envers leur épouse. Les résultats initiaux montrent que les femmes étaient significativement moins susceptibles que les hommes d’avoir exercé une activité rémunératrice au cours des 3 derniers mois.

Tableau 2 — Facteurs sociodémographiques au départ et exposition aux VPI chez les femmes et les hommes, et chez les femmes jeunes et plus âgées

Valeurs : n (%). Effectifs : femmes jeunes n = 100, plus âgées n = 100, ensemble n = 200 ; hommes jeunes n = 78, plus âgés n = 79, ensemble n = 157. Les VPI sont subies par les femmes et commises par les hommes (déclarations des hommes).

Groupe d’âge

  • 16-24 ans. Femmes : jeunes 47 (47,0) ; plus âgées 0 (0) ; ensemble 47 (23,5). Hommes : jeunes 16 (20,5) ; plus âgés 0 (0) ; ensemble 16 (10,2).
  • 25-34 ans. Femmes : jeunes 29 (29,0) ; plus âgées 1 (1,0) ; ensemble 30 (15,0). Hommes : jeunes 39 (50,0) ; plus âgés 1 (1,3) ; ensemble 40 (25,5).
  • 35-44 ans. Femmes : jeunes 23 (23,0) ; plus âgées 8 (8,0) ; ensemble 31 (15,5). Hommes : jeunes 17 (21,8) ; plus âgés 4 (5,1) ; ensemble 21 (13,4).
  • 45-54 ans. Femmes : jeunes 1 (1,0) ; plus âgées 30 (30,0) ; ensemble 31 (15,5). Hommes : jeunes 6 (7,7) ; plus âgés 16 (20,3) ; ensemble 22 (14,0).
  • 55 ans et plus. Femmes : jeunes 0 (0) ; plus âgées 61 (61,0) ; ensemble 61 (30,5). Hommes : jeunes 0 (0) ; plus âgés 58 (73,4) ; ensemble 58 (36,9).

Groupe ethnique

  • Dalit. Femmes : jeunes 14 (14,0) ; plus âgées 13 (13,0) ; ensemble 27 (13,5). Hommes : jeunes 9 (11,5) ; plus âgés 9 (11,4) ; ensemble 18 (11,5).
  • Janajati. Femmes : jeunes 44 (44,0) ; plus âgées 45 (45,0) ; ensemble 89 (44,5). Hommes : jeunes 35 (44,9) ; plus âgés 36 (45,6) ; ensemble 71 (45,2).
  • Chhetri. Femmes : jeunes 29 (29,0) ; plus âgées 27 (27,0) ; ensemble 56 (28,0). Hommes : jeunes 25 (32,1) ; plus âgés 23 (29,1) ; ensemble 48 (30,6).
  • Brahmane. Femmes : jeunes 12 (12,0) ; plus âgées 13 (13,0) ; ensemble 25 (12,5). Hommes : jeunes 9 (11,5) ; plus âgés 10 (12,7) ; ensemble 19 (12,1).
  • Autre. Femmes : jeunes 1 (1,0) ; plus âgées 2 (2,0) ; ensemble 3 (1,5). Hommes : jeunes 0 (0) ; plus âgés 1 (1,3) ; ensemble 1 (0,6).

Niveau d’instruction

  • Aucun. Femmes : jeunes 14 (14,0) ; plus âgées 92 (92,0) ; ensemble 106 (53,0). Hommes : jeunes 1 (1,3) ; plus âgés 40 (50,6) ; ensemble 41 (26,1).
  • Primaire. Femmes : jeunes 11 (11,0) ; plus âgées 7 (7,0) ; ensemble 18 (9,0). Hommes : jeunes 7 (9,0) ; plus âgés 25 (31,7) ; ensemble 32 (20,4).
  • Secondaire. Femmes : jeunes 53 (53,0) ; plus âgées 0 (0) ; ensemble 53 (26,5). Hommes : jeunes 44 (56,4) ; plus âgés 11 (13,9) ; ensemble 55 (35,0).
  • Au-delà du secondaire. Femmes : jeunes 22 (22,0) ; plus âgées 1 (1,0) ; ensemble 23 (11,5). Hommes : jeunes 26 (33,3) ; plus âgés 3 (3,8) ; ensemble 29 (18,5).
  • Mariage en cours. Femmes : jeunes 99 (99,0) ; plus âgées 87 (87) ; ensemble 186 (93). Hommes : jeunes 74 (94,9) ; plus âgés 77 (97,5) ; ensemble 151 (96,2).
  • En union polygame. Femmes : jeunes 3 (3,0) ; plus âgées 28 (28) ; ensemble 31 (15,5). Hommes : jeunes 0 (0) ; plus âgés 7 (8,9) ; ensemble 7 (4,6).
  • Mariage avec un membre de la parenté. Femmes : jeunes 26 (26,0) ; plus âgées 19 (19) ; ensemble 45 (22,5). Hommes : jeunes 13 (16,7) ; plus âgés 16 (20,3) ; ensemble 29 (18,5).
  • Migration de travail. Femmes : jeunes 1 (1,0) ; plus âgées 0 (0) ; ensemble 1 (0,5). Hommes : jeunes 56 (71,8) ; plus âgés 52 (65,8) ; ensemble 108 (68,8).

VPI subies ou commises au cours de la vie

  • VPI physique. Femmes : jeunes 20 (20,0) ; plus âgées 24 (24,2) ; ensemble 44 (22,1). Hommes : jeunes 12 (16,0) ; plus âgés 16 (20,3) ; ensemble 28 (18,2).
  • VPI sexuelle. Femmes : jeunes 7 (7,0) ; plus âgées 20 (20,2) ; ensemble 27 (13,6). Hommes : jeunes 0 (0) ; plus âgés 1 (1,3) ; ensemble 1 (0,6).
  • VPI sexuelle ou physique. Femmes : jeunes 24 (24,0) ; plus âgées 33 (33,3) ; ensemble 57 (28,6). Hommes : jeunes 12 (16,0) ; plus âgés 16 (20,2) ; ensemble 28 (18,2).

VPI subies ou commises au cours de l’année écoulée

  • VPI physique. Femmes : jeunes 10 (10,0) ; plus âgées 6 (6,1) ; ensemble 16 (8,0). Hommes : jeunes 3 (4,0) ; plus âgés 4 (5,1) ; ensemble 7 (4,6).
  • VPI sexuelle. Femmes : jeunes 4 (4,0) ; plus âgées 6 (6,1) ; ensemble 10 (5,0). Hommes : jeunes 0 (0) ; plus âgés 1 (1,3) ; ensemble 1 (07).
  • Sexuelle ou physique. Femmes : jeunes 13 (13,0) ; plus âgées 9 (9,1) ; ensemble 22 (11,1). Hommes : jeunes 3 (4,0) ; plus âgés 4 (5,1) ; ensemble 7 (4,6).
  • Toute VPI. Femmes : jeunes 23 (23,0) ; plus âgées 17 (17,2) ; ensemble 40 (20,1). Hommes : jeunes 5 (6,7) ; plus âgés 6 (7,6) ; ensemble 11 (7,1).

Valeurs reprises telles quelles de l’original, y compris « 07 » (VPI sexuelle commise au cours de l’année écoulée, ensemble des hommes).

Effets sur les VPI et sur les revenus

Revenus et épargne des femmes et des hommes

Les résultats quantitatifs ont montré une amélioration des revenus et de l’épargne des jeunes femmes mariées et de leurs familles. Le tableau 3 présente les revenus et l’épargne déclarés par les hommes et les femmes au fil du temps. La proportion de femmes déclarant avoir eu des revenus au cours du dernier mois a triplé, passant de 21 % au départ à 64,6 % à 18 mois (β = 0,14, p < 0,001), et ce changement était significatif. Les femmes jeunes étaient systématiquement plus nombreuses que les femmes plus âgées à déclarer de l’épargne ou des revenus au cours des derniers mois. Significativement plus de femmes ont déclaré avoir épargné au cours du dernier mois, de 17 % au départ à 63,5 % à 18 mois (β = 0,17, p < 0,001).

Tableau 3 — Revenus, travail et insécurités du foyer chez les femmes et les hommes, et chez les femmes jeunes et plus âgées

Valeurs dans l’ordre : départ ; 6 mois ; 12 mois ; 18 mois (moyenne ou %), puis coefficient de tendance et valeur p. Effectifs : ensemble des femmes 200, 198, 195, 178 ; ensemble des hommes 157, 152, 154, 112 ; jeunes femmes 100, 100, 99, 91 ; femmes plus âgées 100, 98, 96, 87.

Femmes et hommes

  • Revenus au cours du dernier mois (%). Femmes : 21,0 ; 22,2 ; 12,8 ; 64,6 (coef. 0,14, p < 0,001). Hommes : 52,9 ; 53,3 ; 64,3 ; 75,0 (coef. 0,12, p < 0,001).
  • Épargne au cours du dernier mois (%). Femmes : 17,0 ; 18,2 ; 15,9 ; 63,5 (coef. 0,17, p < 0,001). Hommes : 27,4 ; 33,6 ; 54,6 ; 50,9 (coef. 0,15, p < 0,001).
  • Une épargne, quelle qu’elle soit (%). Femmes : 51,5 ; 56,6 ; 67,7 ; 96,6 (coef. 0,19, p < 0,001). Hommes : 36,3 ; 47,4 ; 60,4 ; 83 (coef. 0,21, p < 0,001).
  • Score de stress lié au travail (élevé = plus d’effort). Femmes : 8,8 ; 8,3 ; 7,8 ; 9,8 (coef. 0,04, p < 0,001). Hommes : 10,0 ; 9,4 ; 9,0 ; 11 (coef. 0,03, p = 0,044).
  • Stress lié au manque de travail (élevé = plus de stress). Femmes : 9,7 ; 9,4 ; 9,1 ; 10,1 (coef. 0,01, p = 0,165). Hommes : 9,3 ; 9,2 ; 9,9 ; 9,0 (coef. 0,01, p = 0,534).
  • Honte liée au travail (élevé = plus de honte). Femmes : 9,1 ; 8,5 ; 8,2 ; 8,2 (coef. −0,05, p < 0,001). Hommes : 8,7 ; 8,3 ; 8,9 ; 7,9 (coef. −0,03, p = 0,019).
  • A fait quelque chose pour gagner de l’argent au cours des 3 derniers mois (%). Femmes : 21,5 ; 22,7 ; 24,1 ; 71,3 (coef. 0,16, p < 0,001). Hommes : 57,3 ; 53,3 ; 64,3 ; 83,9 (coef. 0,13, p < 0,001).
  • Difficulté à emprunter de l’argent (%). Femmes : 28,5 ; 17,2 ; 12,8 ; 25,3 (coef. −0,02, p = 0,161). Hommes : 12,1 ; 4,6 ; 1,3 ; 21,4 (coef. 0,04, p = 0,096).
  • A emprunté de la nourriture ou de l’argent (%). Femmes : 55 ; 42,4 ; 40,0 ; 41 (coef. −0,04, p < 0,001). Hommes : 54,8 ; 61,2 ; 53,9 ; 32,1 (coef. −0,06, p < 0,001).
  • En insécurité alimentaire (%). Femmes : 18,5 ; 2,0 ; 1,5 ; 8,4 (coef. −0,09, p < 0,001). Hommes : 6,4 ; 4,0 ; 0 ; 1,8 (coef. −0,15, p = 0,007).

Jeunes femmes et femmes plus âgées

  • Revenus au cours du dernier mois (%). Jeunes femmes : 35,0 ; 34,0 ; 21,2 ; 81,3 (coef. 0,11, p < 0,001). Femmes plus âgées : 7,0 ; 10,2 ; 4,2 ; 47,1 (coef. 0,19, p < 0,001).
  • Épargne au cours du dernier mois (%). Jeunes femmes : 29,0 ; 28,0 ; 25,25 ; 80,22 (coef. 0,14, p < 0,001). Femmes plus âgées : 5,0 ; 8,16 ; 6,3 ; 46,0 (coef. 0,22, p < 0,001).
  • Une épargne, quelle qu’elle soit (%). Jeunes femmes : 70,0 ; 69,0 ; 81,82 ; 100 (coef. 0,16, p < 0,001). Femmes plus âgées : 33,0 ; 43,9 ; 53,1 ; 93,1 (coef. 0,21, p < 0,001).
  • Score de stress lié au travail (élevé = plus d’effort). Jeunes femmes : 9,6 ; 8,7 ; 8,0 ; 11,0 (coef. 0,04, p = 0,04). Femmes plus âgées : 8,0 ; 8,0 ; 7,6 ; 9,0 (coef. 0,04, p = 0,001).
  • Stress lié au manque de travail (élevé = plus de stress). Jeunes femmes : 9,8 ; 9,5 ; 9,2 ; 10,0 (coef. 0,01, p = 0,654). Femmes plus âgées : 9,6 ; 9,2 ; 8,9 ; 10,0 (coef. 0,02, p = 0,151).
  • Honte liée au travail (élevé = plus de honte). Jeunes femmes : 9,3 ; 8,7 ; 8,4 ; 8,8 (coef. −0,03, p = 0,004). Femmes plus âgées : 8,9 ; 8,3 ; 8,1 ; 7,6 (coef. −0,07, p < 0,001).
  • A fait quelque chose pour gagner de l’argent au cours des 3 derniers mois (%). Jeunes femmes : 35,0 ; 34,0 ; 31,3 ; 87,9 (coef. 0,14, p < 0,001). Femmes plus âgées : 8,0 ; 11,22 ; 16,67 ; 54,0 (coef. 0,19, p < 0,001).
  • Difficulté à emprunter de l’argent (%). Jeunes femmes : 22,0 ; 16,0 ; 11,1 ; 16,5 (coef. −0,04, p = 0,125). Femmes plus âgées : 35 ; 18,37 ; 14,58 ; 34,5 (coef. −0,01, p = 0,641).
  • A emprunté de la nourriture ou de l’argent (%). Jeunes femmes : 53,0 ; 40,0 ; 40,4 ; 31,9 (coef. −0,06, p = 0,001). Femmes plus âgées : 57,0 ; 44,9 ; 39,6 ; 50,6 (coef. −0,02, p = 0,198).
  • En insécurité alimentaire (%). Jeunes femmes : 11,0 ; 1,0 ; 1,0 ; 3,3 (coef. −0,12, p = 0,013). Femmes plus âgées : 26,0 ; 3,06 ; 2,1 ; 13,8 (coef. −0,07, p = 0,011).

De même, la proportion d’hommes déclarant avoir gagné de l’argent au cours du dernier mois a augmenté significativement, de 52,9 % au départ à 75 % à 18 mois (β = 0,12, p < 0,001). La proportion d’hommes déclarant avoir épargné davantage au cours du dernier mois a doublé, passant de 27,4 % au départ à 50,9 % à 18 mois (β = 0,15, p < 0,001).

Les données de suivi de la mise en œuvre des AGR ont confirmé que l’engagement dans diverses activités génératrices de revenus avait eu un effet positif sur les revenus et l’épargne des femmes et des hommes au fil du temps. La figure 2 montre que la composante AGR du programme Sammanit Jeevan a été maintenue jusqu’au bout par 96 des 100 familles incluses dans l’étude. La plupart des familles (72) ont choisi l’élevage de chèvres, d’autres la volaille (14), les porcs (4) et le maraîchage (2), la tenue d’une boutique (3) et l’apiculture (1). Un an après le lancement des AGR, vers septembre 2017, les familles avaient accru leurs bénéfices et la valeur de leurs actifs : les bénéfices globaux (8 300 dollars) représentaient la moitié de l’investissement initial (16 040 dollars), et la valeur des actifs avait doublé (estimée à 32 860 dollars). L’élevage de chèvres était le plus rentable, suivi de l’élevage de volailles. Une famille a toutefois indiqué avoir dû reconstituer son élevage de volailles, la couvée acquise au démarrage ayant ensuite été attaquée par un animal sauvage.

Diagramme en barres des activités génératrices de revenus de 96 familles après un an (septembre 2017-septembre 2018) : investissement moyen total, revenus moyens totaux et actifs estimés, en dollars, pour l’apiculture (1 famille), l’élevage de chèvres (72), l’élevage de porcs (4), l’élevage de volailles (14), les boutiques (3) et le maraîchage (2) ; l’élevage de chèvres domine nettement, avec des actifs proches de 25 000 dollars
Figure 2. Activités génératrices de revenus : investissements, revenus et valeur des actifs sur un an (schéma original en anglais)

La recherche qualitative a corroboré la hausse des revenus constatée dans les données quantitatives et dans les données de suivi. En plus du soutien au démarrage d’une valeur de 150 dollars, beaucoup de familles ont apporté des contributions en nature et ont parfois complété avec leurs premiers gains. Les femmes ont aussi indiqué avoir ajouté au fil du temps au moins une autre AGR, comme le jardinage, l’élevage de poulets et l’élevage de bétail pour la subsistance ou la vente. Ces efforts ont accru leurs réserves de nourriture et leur épargne, puisqu’elles n’achetaient plus que les denrées qu’elles ne produisaient pas elles-mêmes, comme l’indiquait Sunanda, mère d’un enfant, âgée de 18 ans : « J’achète des poulets et je les revends quand ils se sont multipliés. De la même manière, j’élève des chèvres. Rien qu’aujourd’hui, j’ai acheté une nouvelle chèvre. Il y a un surplus de grain à la maison, que je vends. Voilà ce que je fais… Ça marche plutôt bien. Nous avons pu acheter ce que nous voulions. Et nous avons pu vendre rapidement ce que nous voulions vendre. Nous gagnons assez d’argent pour couvrir nos besoins. » Pour d’autres familles, compter sur leur production agricole plutôt que d’acheter la nourriture au marché leur a permis de donner la priorité à l’éducation de leurs enfants, comme le suggérait Triveni : « Nous devons dépenser beaucoup d’argent pour l’éducation… pour ce qui est de la nourriture, nous mangeons ce que nous cultivons dans nos champs… Ces temps-ci, je me dis qu’il vaut mieux manger ce qui est cultivé et élevé à la maison plutôt que d’acheter au marché. »

L’amélioration déclarée des revenus et de l’épargne peut aussi être attribuée à plusieurs facteurs, dont les connaissances et les compétences techniques nécessaires pour mener les AGR. Prendre conscience que des femmes, belles-filles de surcroît, peuvent mener des AGR, contrairement aux normes de genre dominantes qui attribuent le travail domestique aux femmes et le travail rémunéré aux hommes, a aussi renforcé le pouvoir d’agir des jeunes femmes, comme le suggérait Kusum, jeune femme mariée de 28 ans et mère de deux enfants, lorsqu’elle affirmait : « J’ai trouvé du courage en sachant que même une belle-fille peut gagner sa vie. » À la fin du projet, des maris ont réfléchi à leurs habitudes de dépense et les ont modifiées : « Avant, nous dépensions beaucoup d’argent inutilement. Nous achetions des choses à la boutique pour les manger. Cela pouvait représenter de cinq à cent roupies népalaises. Maintenant, nous avons compris que nous devions économiser cet argent » (Brijesh, père d’un enfant, 28 ans). D’autres hommes ont aussi reconnu l’importance, pour les jeunes femmes mariées, de pouvoir gagner leur propre revenu, estimant que « les femmes aussi peuvent travailler, gagner leur vie et être autonomes ».

La hausse des revenus et de l’épargne tirés des AGR aurait été favorisée par le rôle de soutien des maris et de la belle-famille des jeunes femmes mariées, souvent d’une manière qui a quelque peu déplacé la répartition du travail dans le foyer. Constatant le retard des revenus, environ 6 mois après le lancement des AGR, certains maris ont ressenti le besoin de trouver un travail rémunéré pour compléter les revenus que leur épouse tirait de ses AGR agricoles, comme le suggérait Brojendra, 35 ans : « Nous avons besoin de gagner plus d’argent. Il faudra peut-être que je quitte la maison pour aller travailler ailleurs si je dois gagner plus. » D’autres hommes reconnaissaient la reconnaissance sociale que leur valait le rôle masculin de pourvoyeur, mais aussi l’importance du rôle de leur épouse dans leurs AGR, comme l’expliquait Brijesh : « Les gens de la communauté disent du bien de moi parce que je gagne de l’argent… que j’ai été un bon fils en gagnant de l’argent (mais) je gagne de l’argent ailleurs pendant que ma femme travaille dur ici à élever les animaux. » Ainsi, les belles-mères étaient davantage impliquées dans les AGR, tandis que leurs fils cherchaient du travail hors du village et aidaient leur épouse lorsqu’ils revenaient à la maison. Beaucoup de jeunes femmes mariées ont exprimé leur reconnaissance envers leur belle-mère, qui soutenait leurs efforts dans les AGR en prenant en charge les tâches domestiques pour permettre à leur belle-fille de se concentrer sur les AGR ; certaines fournissaient aussi gratuitement des fournitures. Les beaux-pères auraient également donné de précieux conseils pour aider leur belle-fille à maintenir ses AGR, et l’on disait d’un beau-père : « Il s’occupe de (l’AGR) pour que (la belle-fille) puisse se concentrer sur (les autres activités nécessaires au maintien de l’AGR). »

Sécurité alimentaire des femmes et des hommes

En cohérence avec les données de suivi, on observait une baisse significative de l’insécurité alimentaire et des emprunts d’argent ou de nourriture au cours du dernier mois (tableau 3). L’insécurité alimentaire des femmes a été plus que divisée par deux, passant d’une moyenne de 18,5 % de femmes en insécurité alimentaire au départ à 8,4 % à 18 mois. La baisse de l’insécurité alimentaire était forte chez les femmes jeunes par rapport aux femmes plus âgées (β = −0,12, p = 0,013 contre β = −0,07, p = 0,011). Les déclarations d’emprunt de nourriture ou d’argent ont aussi baissé de 25 % chez les femmes entre le départ et la fin de l’étude. Les efforts des femmes pour trouver du travail ont augmenté significativement au fil du temps (β = 0,04, p < 0,001), et elles ont déclaré moins de honte liée au manque de travail au fil du temps (β = −0,05, p < 0,001). Aucun changement significatif n’a été observé dans la difficulté à emprunter de l’argent, ni chez les femmes jeunes ni chez les femmes plus âgées. On observait toutefois une baisse significative de la proportion de femmes jeunes ayant emprunté de l’argent ou de la nourriture (β = −0,06, p = 0,001 contre β = −0,02, p = 0,198).

Chez les hommes, l’insécurité alimentaire a baissé significativement, d’une moyenne de 6,4 au départ à 1,8 à la fin de l’étude. La proportion d’hommes déclarant avoir emprunté de l’argent ou de la nourriture au cours du dernier mois a aussi baissé significativement (54,8 % - 32,1 %, p < 0,001). Les hommes ont déclaré des efforts significativement plus importants pour trouver du travail au fil du temps (moyenne 10-11, p = 0,04), et moins de honte liée au manque de travail à 18 mois (8,7 contre 7,9, p = 0,02).

Attitudes de genre et relations au sein du foyer

Les femmes ont déclaré des attitudes de genre individuelles significativement moins patriarcales, d’une moyenne de 46,8 au départ à 45,5 à 18 mois (p = 0,004), et percevaient des attitudes de genre moins patriarcales dans la communauté, d’une moyenne de 54,6 à 51,1 (p < 0,001) (tableau 4). Le changement des attitudes de genre était plus significatif chez les femmes plus âgées que chez les femmes jeunes (β = −0,09, p = 0,001 contre β = −0,04, p = 0,297). Ce changement positif des attitudes de genre se retrouvait chez beaucoup de jeunes femmes mariées, qui affirmaient régulièrement que « les hommes et les femmes sont les deux roues d’un même char » [Kunjana, jeune femme mariée de 33 ans, mère de deux enfants]. Les relations perçues avec le mari s’étaient aussi améliorées (p = 0,003), les femmes déclarant moins de contrôle de la part de leur mari (β = −0,07, p < 0,001). Aucun changement n’a été déclaré dans la perception des relations avec la belle-mère pour l’ensemble des femmes de l’étude. Toutefois, les comparaisons selon le statut des femmes dans la belle-famille indiquaient que les jeunes femmes mariées percevaient de moins en moins leur belle-mère comme cruelle au fil du temps (moyenne 9,0-8,6, p = 0,035), tandis que les femmes mariées plus âgées percevaient davantage leur propre belle-mère comme cruelle et moins comme bienveillante.

Tableau 4 — Attitudes de genre, relations, santé générale et mentale chez les hommes et les femmes, et chez les femmes jeunes et plus âgées

Valeurs dans l’ordre : départ ; 6 mois ; 12 mois ; 18 mois (moyenne ou %), puis coefficient et valeur p ; « – » : sans objet. Effectifs : femmes 200, 198, 195, 178 ; hommes 157, 152, 154, 112 ; jeunes femmes 100, 100, 99, 91 ; femmes plus âgées 100, 98, 96, 87. Pour les hommes, les lignes sur la belle-mère portent sur leur propre mère.

Femmes et hommes — attitudes de genre et relations

  • Attitudes de genre individuelles (élevé = patriarcal). Femmes : 46,8 ; 47 ; 46,9 ; 45,5 (coef. −0,07, p = 0,004). Hommes : 46,1 ; 47,2 ; 46,2 ; 41,2 (coef. −0,26, p < 0,001).
  • Attitudes dans la communauté (élevé = patriarcal). Femmes : 54,6 ; 52,1 ; 49,8 ; 51,1 (coef. −0,22, p < 0,001). Hommes : 49,2 ; 48,6 ; 47,1 ; 50,7 (coef. 0,03, p = 0,235).
  • Relation de l’épouse avec son mari (élevé = moins bonne). Femmes : 15,3 ; 15,2 ; 14,8 ; 14,9 (coef. −0,03, p = 0,003). Hommes : –.
  • Relation du mari avec son épouse (élevé = meilleure). Femmes : –. Hommes : 21,4 ; 20,7 ; 20,7 ; 24,6 (coef. 0,13, p < 0,001).
  • Cruauté de la belle-mère ou de la mère, 4 items (bas = bon). Femmes : 8,1 ; 7,9 ; 7,8 ; 8,4 (coef. 0,02, p = 0,161). Hommes : 8,2 ; 8,2 ; 8 ; 6,7 (coef. 0,08, p < 0,001).
  • Bienveillance de la belle-mère ou de la mère (élevé = bon). Femmes : 7,1 ; 7,4 ; 7,5 ; 6,8 (coef. −0,01, p = 0,299). Hommes : 8,9 ; 8,8 ; 8,8 ; 9,4 (coef. 0,02, p = 0,159).
  • Participation de la femme aux décisions (élevé = plus). Femmes : 13,1 ; 12,8 ; 13,4 ; 11,3 (coef. −0,08, p < 0,001). Hommes : 11,8 ; 11,3 ; 12 ; 11 (coef. 0,02, p = 0,008).
  • Contrôle dans la relation (élevé = plus de contrôle). Femmes : 17,5 ; 17,1 ; 16,6 ; 16,3 (coef. −0,07, p < 0,001). Hommes : 17 ; 16,7 ; 16,3 ; 15 (coef. 0,11, p < 0,001).
  • Fréquence des disputes (1 = parfois/souvent), %. Femmes : 41,5 ; 47,5 ; 33,3 ; 57,9 (coef. 0,03, p = 0,003). Hommes : 26,8 ; 21,1 ; 11,0 ; 38,4 (coef. 0,02, p = 0,344).
  • Consommation d’alcool du partenaire (%). Femmes : 55,0 ; 53,0 ; 54,4 ; 63,5 (coef. 0,04, p = 0,041). Hommes : –.
  • Consommation d’alcool au cours de l’année écoulée (%). Femmes : –. Hommes : 54,8 ; 49,3 ; 49,4 ; 50 (coef. 0,03, p = 0,254).

Femmes et hommes — santé générale et mentale

  • Score de dépression (bas = bon). Femmes : 16,9 ; 13,7 ; 11,1 ; 16,5 (coef. −0,08, p = 0,085). Hommes : 9,9 ; 9,9 ; 7,4 ; 11,2 (coef. 0,02, p = 0,645).
  • Satisfaction de vie (élevé = plus d’insatisfaction). Femmes : 11,1 ; 10,6 ; 10,1 ; 10,6 (coef. −0,04, p = 0,002). Hommes : 10,3 ; 10,6 ; 11 ; 10,2 (coef. 0,01, p = 0,528).
  • Espoir (élevé = plus d’espoir). Femmes : 18,5 ; 17,8 ; 17,8 ; 17,4 (coef. −0,06, p < 0,001). Hommes : 18,3 ; 18 ; 17,9 ; 20,1 (coef. 0,08, p < 0,001).
  • Santé déclarée (bonne ou excellente) (%). Femmes : 17 ; 17,2 ; 27,7 ; 14 (coef. 0,01, p = 0,711). Hommes : 24,8 ; 30,3 ; 29,2 ; 37,5 (coef. 0,05, p = 0,004).
  • Pensées suicidaires au cours des 4 dernières semaines (%). Femmes : 7,5 ; 6,6 ; 1,5 ; 12,9 (coef. 0,03, p = 0,193). Hommes : 0 ; 0 ; 0 ; 0,9 (coef. –, p = –).
  • Déficience ou incapacité déclarée (%). Femmes : 25 ; 15,7 ; 13,3 ; 32 (coef. 0,02, p = 0,126). Hommes : 7,6 ; 2,6 ; 5,8 ; 13,4 (coef. 0,06, p = 0,056).

Jeunes femmes et femmes plus âgées — attitudes de genre et relations

  • Attitudes de genre individuelles (élevé = patriarcal). Jeunes femmes : 44,4 ; 45,1 ; 46,1 ; 43,3 (coef. −0,04, p = 0,297). Femmes plus âgées : 49,3 ; 48,6 ; 47,7 ; 48 (coef. −0,09, p = 0,001).
  • Attitudes dans la communauté (élevé = patriarcal). Jeunes femmes : 54,4 ; 52,1 ; 50,3 ; 51,4 (coef. −0,19, p < 0,001). Femmes plus âgées : 54,8 ; 52,1 ; 49,4 ; 51 (coef. −0,25, p < 0,001).
  • Relation de l’épouse avec son mari (élevé = moins bonne). Jeunes femmes : 15,3 ; 15,4 ; 14,9 ; 14,1 (coef. −0,07, p < 0,001). Femmes plus âgées : 15,5 ; 15 ; 14,6 ; 15,8 (coef. 0,01, p = 0,438).
  • Cruauté de la belle-mère, 4 items (bas = bon). Jeunes femmes : 9 ; 8,5 ; 8,4 ; 8,6 (coef. −0,03, p = 0,035). Femmes plus âgées : 7,2 ; 7,2 ; 7,1 ; 8,3 (coef. 0,06, p = 0,001).
  • Bienveillance de la belle-mère, 3 items (élevé = bon). Jeunes femmes : 7,9 ; 8 ; 8,3 ; 8,1 (coef. 0,02, p = 0,163). Femmes plus âgées : 6,3 ; 6,8 ; 6,7 ; 5,5 (coef. −0,04, p = 0,005).
  • Participation de la femme aux décisions (élevé = plus). Jeunes femmes : 13,4 ; 13,3 ; 13,9 ; 11,9 (coef. −0,07, p < 0,001). Femmes plus âgées : 12,8 ; 12,3 ; 13 ; 10,7 (coef. −0,09, p < 0,001).
  • Contrôle dans la relation (élevé = plus de contrôle). Jeunes femmes : 17,5 ; 17,3 ; 16,9 ; 16,1 (coef. −0,07, p < 0,001). Femmes plus âgées : 17,4 ; 16,9 ; 16,3 ; 16,6 (coef. −0,06, p < 0,001).
  • Fréquence des disputes (1 = parfois/souvent), %. Jeunes femmes : 39,0 ; 54,0 ; 38,4 ; 50,6 (coef. 0,01, p = 0,417). Femmes plus âgées : 44,0 ; 40,8 ; 28,1 ; 65,5 (coef. 0,04, p = 0,028).
  • Consommation d’alcool du partenaire (%). Jeunes femmes : 51,0 ; 45,0 ; 49,5 ; 50,6 (coef. 0,002, p = 0,944). Femmes plus âgées : 59,0 ; 61,2 ; 59,4 ; 77,0 (coef. 0,09, p = 0,003).

Jeunes femmes et femmes plus âgées — santé générale et mentale

  • Score de dépression. Jeunes femmes : 16 ; 13 ; 11 ; 14 (coef. −0,18, p = 0,002). Femmes plus âgées : 18 ; 15 ; 12 ; 19 (coef. 0,02, p = 0,739).
  • Satisfaction de vie (élevé = plus d’insatisfaction). Jeunes femmes : 11,2 ; 10,7 ; 10,1 ; 10 (coef. −0,07, p < 0,001). Femmes plus âgées : 11 ; 10,6 ; 10,2 ; 11,2 (coef. −0,01, p = 0,985).
  • Espoir (élevé = plus d’espoir). Jeunes femmes : 19 ; 18 ; 18,1 ; 19,1 (coef. 0,01, p = 0,605). Femmes plus âgées : 18,1 ; 17,5 ; 17,4 ; 15,6 (coef. −0,14, p < 0,001).
  • Pensées suicidaires au cours des 4 dernières semaines (%). Jeunes femmes : 6 ; 7 ; 3 ; 3,3 (coef. −0,05, p = 0,208). Femmes plus âgées : 9 ; 6,1 ; 0 ; 23 (coef. 0,08, p = 0,01).
  • Déficience ou incapacité déclarée (%). Jeunes femmes : 15 ; 9 ; 5,1 ; 14,3 (coef. −0,02, p = 0,514). Femmes plus âgées : 35 ; 22,5 ; 21,8 ; 50,6 (coef. 0,05, p = 0,021).
  • Santé déclarée (bonne/excellente) (%). Jeunes femmes : 20 ; 23 ; 41,4 ; 23,1 (coef. 0,04, p = 0,066). Femmes plus âgées : 14 ; 11,2 ; 13,5 ; 4,6 (coef. −0,06, p = 0,057).

Dans les entretiens qualitatifs, les jeunes femmes mariées ont indiqué que leur belle-mère était devenue moins cruelle, en particulier plus coopérative et serviable pour que leur belle-fille réussisse ses AGR. Jharana, mère de 39 ans, expliquait : « Ma belle-mère me demandait de travailler tout le temps. Mais maintenant… elle m’aide à la cuisine, à l’étable et… pour les autres travaux à l’extérieur… Les choses sont devenues faciles pour moi. Elle ne me gronde pas… La relation est très bonne. » Certaines belles-mères l’ont confirmé, comme Khushmati, 57 ans : « Nous ne considérons pas notre belle-fille comme la fille de quelqu’un d’autre. Nous faisons tous le même travail — mes fils et ma belle-fille, et même mon mari et moi. » Si les données de suivi montraient l’implication des jeunes femmes mariées dans les décisions du foyer relatives aux AGR et aux dépenses du ménage, cela n’était pas confirmé par la mesure de la participation des femmes aux décisions du foyer dans la recherche quantitative. La recherche qualitative semblait aussi indiquer que les familles reconnaissaient de plus en plus le rôle de la belle-fille dans la génération de revenus, en laissant entendre que les jeunes femmes mariées sont « celles qui gèrent les dépenses du foyer et… décident quelle somme est dépensée pour quoi… quelle somme donner aux enfants, au mari et aux beaux-parents comme argent de poche ». Certaines jeunes femmes mariées avaient aussi commencé à remettre en question l’idée selon laquelle les maris prennent les décisions, comme l’expliquait Kunjana : « Avant, nous pensions que nous devions faire ce que nos maris nous demandaient, mais maintenant nous avons compris que nous n’avons pas besoin de les attendre pour tout. Nous devons les respecter, mais nous n’avons pas à les attendre… » Cependant, dans l’étude, les belles-mères ne reconnaissaient souvent pas le rôle de leur belle-fille dans les AGR et parlaient des AGR comme des leurs. Ainsi, la moindre participation déclarée des femmes aux décisions du foyer semblait tenir à ce que certains membres de la belle-famille s’attribuaient la propriété des biens, y compris des AGR menées par leur belle-fille.

La proportion de femmes déclarant se disputer parfois ou souvent avec leur mari a augmenté significativement, de 41,5 % au départ à 57,9 % à 18 mois (β = 0,03, p = 0,003), et une évolution semblable a été observée chez les femmes déclarant se disputer souvent avec leur mari (3,5 % - 10,7 %, β = 0,11, p = 0,001). La hausse de la proportion de femmes déclarant se disputer avec leur mari était significative chez les femmes plus âgées, contrairement aux femmes jeunes (β = 0,04, p = 0,028 contre β = 0,01, p = 0,417). Dans la recherche qualitative, les personnes participantes employaient le terme jhagada pour désigner à la fois les discussions et les disputes qu’elles pouvaient avoir avec d’autres personnes, ce qui suggère que la hausse des disputes peut aussi traduire une meilleure expression et une meilleure communication des femmes dans leurs relations avec leur mari. Les données qualitatives à 12 mois suggèrent que les jeunes femmes mariées étaient devenues « plus expressives et plus confiantes » pour s’exprimer face à leur mari et à leur belle-famille, alors que la recherche formative indiquait que les jeunes femmes mariées « se taisent » souvent pendant les disputes avec leur mari et leur belle-famille [16]. L’amélioration des relations entre les jeunes femmes mariées et leur mari coïncidait avec des déclarations de femmes se disant moins dures envers les membres de leur famille qu’avant leur participation à l’intervention Sammanit Jeevan, ainsi qu’avec des déclarations selon lesquelles le mari et la belle-famille restreignaient moins les relations, les déplacements des jeunes femmes mariées et leur accomplissement de certaines pratiques traditionnelles. Les récits qualitatifs des jeunes femmes mariées allaient dans le même sens, comme le décrivait Sunanda, mère de 18 ans : « Notre relation est bien meilleure ces temps-ci. Nous nous parlons correctement. Avant, il me criait dessus parce que j’utilisais Facebook. Maintenant, il “like” mes photos sur les réseaux sociaux. »

Chez les hommes, les attitudes de genre individuelles sont devenues moins patriarcales en 18 mois (moyenne 46,1-41,2, p < 0,001). La perception par les hommes d’une meilleure relation avec leur épouse a augmenté significativement (moyenne 21,4-24,6, p < 0,001), les hommes déclarant aussi moins de comportements de contrôle envers leur épouse au fil du temps (moyenne 17-15, p < 0,001). Les hommes percevaient leur mère comme significativement moins cruelle envers leur épouse au fil du temps sur l’échelle à 4 items (8,2-6,7, p < 0,001). On n’observait pas de hausse significative de la bienveillance perçue de la mère envers l’épouse. Les hommes ont aussi déclaré une moindre participation aux décisions du foyer, et la différence au fil du temps était statistiquement significative (moyenne 11,8-11,0, p = 0,008).

La hausse de la proportion d’hommes déclarant se disputer avec leur épouse n’était pas significative (26,8 % à 38,4 %, p = 0,334). Les femmes ont déclaré que la consommation d’alcool de leur mari avait augmenté significativement au fil du temps (55 % à 63,5 %, p = 0,04), et lorsqu’on interrogeait les hommes sur leur consommation d’alcool au cours de l’année écoulée, ils déclaraient une légère baisse, non significative (54,8 % - 50 %, p = 0,254). En cohérence avec les déclarations sur les disputes avec le mari, davantage de femmes plus âgées déclaraient que leur partenaire avait bu de l’alcool au cours de l’année écoulée (β = 0,09, p = 0,003 contre β = 0,002, p = 0,944). La recherche qualitative suggérait un lien entre la consommation d’alcool des maris et les violences verbales et physiques envers leur épouse. Alors que les jeunes femmes mariées tendaient à dire que la forte consommation d’alcool de leur mari avait diminué, les femmes plus âgées, qui avaient le statut de belle-mère, indiquaient que leur mari continuait de boire et qu’elles avaient vécu des incidents violents. Leena, belle-mère de 41 ans, décrivait ainsi une situation où : « … il n’a toujours pas arrêté de boire. Au début de l’année, la même chose s’est produite. Il s’est évanoui et s’est senti faible. Il s’est comporté comme s’il était fou et a menacé de me tuer. »

Santé mentale et générale des femmes et des hommes, et des femmes jeunes et plus âgées

Le sentiment de bien-être des femmes s’était amélioré au fil du temps, en particulier chez les jeunes femmes. On observait une baisse continue de la dépression entre le départ et 12 mois (moyenne 16,9-11,1), mais cette tendance s’inversait légèrement à 18 mois (moyenne 16,5, p = 0,085), ce qui reflète peut-être des effets temporels liés aux événements de vie survenus au cours de l’étude. Les comparaisons entre femmes montraient que la baisse de la dépression était statistiquement significative chez les jeunes femmes mariées (moyenne 16-14, p = 0,002), tandis que la baisse de la moyenne ne se maintenait pas chez les femmes plus âgées (moyenne 18-19, p = 0,739). Une évolution semblable était observée chez les hommes, avec une baisse progressive entre le départ et 12 mois (moyenne 9,9-7,4) puis une hausse à la fin de l’étude (moyenne 11,2, p = 0,645). Les femmes étaient aussi plus susceptibles que les hommes de déclarer des pensées suicidaires au cours des 4 dernières semaines ; si l’on observait une baisse régulière entre 6 et 12 mois (7,5 % - 1,5 %), elle ne s’est pas maintenue à 18 mois, même si cette hausse n’était pas significative (12,9 %, p = 0,193). Cela pourrait tenir à certains effets temporels au moment du recueil des données. Les comparaisons indiquaient aussi une hausse significative des pensées suicidaires au cours des 4 dernières semaines chez les femmes plus âgées au fil du temps (9 % - 23 %, p = 0,01), tandis que la baisse des pensées suicidaires observée chez les jeunes femmes n’était pas statistiquement significative (6 % - 3,3 %, p = 0,203). Les résultats sur les idées suicidaires des hommes n’étaient pas fiables.

L’insatisfaction à l’égard de la vie a aussi diminué significativement chez les femmes en général à la fin de l’étude, par rapport aux hommes. Le changement n’était toutefois significatif que chez les femmes jeunes. Au fil du temps, les hommes étaient significativement plus nombreux à déclarer une santé bonne ou excellente (24,8 % - 37,5 %, p = 0,004) que les femmes (17 % - 14 %, p = 0,711). On observait toutefois une légère hausse, proche de la significativité statistique, de la proportion de jeunes femmes mariées déclarant une santé bonne ou excellente (20 % - 23,1 %, p = 0,066), tandis que ces déclarations avaient diminué chez les femmes plus âgées (14 % - 4 %, p = 0,057). Les déficiences déclarées ont augmenté au fil du temps, chez les femmes (25 % - 32 %, p = 0,126) comme chez les hommes (7,6 % - 13,4 %, p = 0,056). Les femmes plus âgées étaient significativement plus nombreuses à déclarer une déficience au fil du temps (35 % - 50,6 %, p = 0,02), alors que les déficiences déclarées avaient légèrement diminué chez les jeunes femmes (15 % - 14,3 %, p = 0,514).

VPI subies par les femmes et commises par les hommes

Les résultats de Sammanit Jeevan sur les violences entre partenaires intimes subies et commises au cours de l’année écoulée étaient contrastés sur 18 mois (tableau 5). Globalement, les violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime subies par les femmes au cours de l’année écoulée ont augmenté significativement, de 20 % au départ à 28,7 % à 18 mois (β = 0,04, p = 0,039), et la perpétration de VPI par les hommes avait aussi augmenté (13,9 % - 16,0 %, β = 0,05, p = 0,069). Les femmes ont déclaré une baisse des VPI physiques au cours de l’année écoulée, mais elle n’était pas statistiquement significative (8,0 % - 6,7 %, β = −0,02, p = 0,472), de même que pour la perpétration de VPI physiques déclarée par les hommes au cours de l’année écoulée (4,6 % - 2,8 %, β = −0,03, p = 0,460). Les déclarations des femmes concernant des violences physiques graves de la part de leur mari au cours de l’année écoulée avaient légèrement augmenté au fil du temps (5,5 % - 6,2 %, β = 0,01, p = 0,863), mais avaient diminué chez les hommes (2,6 % - 0,9 %, β = −0,04, p = 0,398). Une hausse des femmes déclarant des VPI sexuelles au cours de l’année écoulée a aussi été observée (5,0 % - 8,5 %, β = 0,04, p = 0,143), tandis que la perpétration de VPI sexuelles déclarée au cours de l’année écoulée était significativement plus élevée chez les hommes sur 18 mois (0,7 % - 5,5 %, β = 0,17, p = 0,012). Les résultats montraient aussi que l’ampleur des VPI physiques ou sexuelles au cours de l’année écoulée était passée de 11,1 % au départ à 12,8 % chez les femmes à 18 mois (β = 0,01, p = 0,668), et de 4,6 % à 8,3 % chez les hommes (β = 0,04, p = 0,207). Les déclarations de VPI physiques ou sexuelles graves avaient aussi augmenté, chez les femmes (8,5 % - 11,6 %, β = 0,02, p = 0,321) comme chez les hommes (2,6 % - 6,4 %, β = 0,06, p = 0,122). Les femmes ont aussi déclaré une hausse significative des VPI émotionnelles subies, malgré une baisse à 12 mois (17,1 % - 26 %, β = 0,04, p = 0,026), et la perpétration de VPI émotionnelles a aussi augmenté chez les hommes, sans être significative (4,5 % - 10,0 %, β = 0,06, p = 0,067).

Tableau 5 — VPI subies par les femmes et commises par les hommes au cours de l’année écoulée, au fil du temps

Valeurs (%) dans l’ordre : départ ; 12 mois ; 18 mois, puis coefficient et valeur p. Effectifs : femmes 200, 198, 178 ; hommes 157, 155, 112 ; jeunes femmes 100, 100, 91 ; femmes plus âgées 100, 96, 87.

Femmes et hommes

  • VPI physique au cours de l’année écoulée. Femmes : 8,0 ; 5,6 ; 6,7 (coef. −0,02, p = 0,472). Hommes : 4,6 ; 4,5 ; 2,8 (coef. −0,03, p = 0,460).
  • VPI physique au cours de l’année écoulée (2 actes ou plus). Femmes : 5,5 ; 2,5 ; 6,1 (coef. 0,01, p = 0,863). Hommes : 2,6 ; 3,2 ; 0,9 (coef. −0,04, p = 0,398).
  • VPI sexuelle au cours de l’année écoulée. Femmes : 5,0 ; 2,0 ; 8,5 (coef. 0,04, p = 0,143). Hommes : 0,7 ; 0,7 ; 5,5 (coef. 0,17, p = 0,012).
  • VPI physique ou sexuelle au cours de l’année écoulée. Femmes : 11,1 ; 6,6 ; 12,8 (coef. 0,01, p = 0,668). Hommes : 4,6 ; 4,5 ; 8,3 (coef. 0,04, p = 0,207).
  • VPI physique ou sexuelle grave (> 2 actes). Femmes : 8,5 ; 3,5 ; 11,6 (coef. 0,02, p = 0,321). Hommes : 2,6 ; 3,2 ; 6,4 (coef. 0,06, p = 0,122).
  • VPI émotionnelle au cours de l’année écoulée. Femmes : 17,1 ; 4,6 ; 25,6 (coef. 0,04, p = 0,026). Hommes : 4,5 ; 3,9 ; 10,0 (coef. 0,06, p = 0,067).
  • Toute VPI au cours de l’année écoulée. Femmes : 20,1 ; 9,1 ; 28,7 (coef. 0,04, p = 0,039). Hommes : 13,9 ; 9,6 ; 16,0 (coef. 0,05, p = 0,069).

Jeunes femmes et femmes plus âgées

  • VPI physique au cours de l’année écoulée. Jeunes femmes : 10,0 ; 8,0 ; 4,4 (coef. −0,08, p = 0,077). Femmes plus âgées : 6,1 ; 3,1 ; 9,6 (coef. 0,03, p = 0,404).
  • VPI physique (2 actes ou plus) au cours de l’année écoulée. Jeunes femmes : 7,0 ; 3,0 ; 4,4 (coef. −0,04, p = 0,364). Femmes plus âgées : 4,0 ; 2,0 ; 8,2 (coef. 0,05, p = 0,239).
  • VPI sexuelle au cours de l’année écoulée. Jeunes femmes : 4,0 ; 3,0 ; 11,0 (coef. 0,09, p = 0,041). Femmes plus âgées : 6,1 ; 1,0 ; 5,5 (coef. −0,01, p = 0,758).
  • VPI physique ou sexuelle au cours de l’année écoulée. Jeunes femmes : 13,0 ; 10,0 ; 12,1 (coef. −0,01, p = 0,763). Femmes plus âgées : 9,1 ; 3,1 ; 13,7 (coef. 0,03, p = 0,347).
  • VPI physique ou sexuelle grave (> 2 actes). Jeunes femmes : 10,0 ; 5,0 ; 12,1 (coef. 0,02, p = 0,601). Femmes plus âgées : 7,1 ; 2,0 ; 11,0 (coef. 0,03, p = 0,381).
  • VPI émotionnelle au cours de l’année écoulée. Jeunes femmes : 20,0 ; 7,0 ; 25,3 (coef. 0,03, p = 0,256). Femmes plus âgées : 14,1 ; 2,0 ; 26,0 (coef. 0,06, p = 0,044).
  • Toute VPI au cours de l’année écoulée. Jeunes femmes : 23,0 ; 14,0 ; 28,6 (coef. 0,03, p = 0,294). Femmes plus âgées : 17,2 ; 4,1 ; 28,8 (coef. 0,05, p = 0,073).

Par ailleurs, les résultats montraient, parmi les femmes, des différences entre les femmes jeunes et les femmes plus âgées (leurs belles-mères). Globalement, les violences émotionnelles, physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime subies au cours de l’année écoulée avaient augmenté chez les femmes jeunes (23,0 % - 28,6 %, β = 0,03, p = 0,294) comme chez les femmes plus âgées (17,2 % - 28,8 %, β = 0,05, p = 0,073), cette hausse approchant le seuil conventionnel de significativité statistique chez les femmes plus âgées. Les femmes jeunes ont toutefois connu une baisse des violences physiques de la part de leur mari au cours de l’année écoulée (10 % - 4,4 %, β = −0,08, p = 0,077), approchant elle aussi le seuil conventionnel de significativité, tandis que les femmes plus âgées déclaraient une légère hausse des VPI physiques subies (6 % - 9,6 %, β = 0,03, p = 0,404). Les actes graves de VPI physique subis au cours de l’année écoulée avaient aussi diminué chez les femmes jeunes (7,0 % - 4,4 %, β = −0,04, p = 0,364), mais augmenté chez les femmes plus âgées (4,0 % - 8,2 %, β = 0,05, p = 0,239). On observait cependant une hausse significative des VPI sexuelles subies par les femmes jeunes au cours de l’année écoulée (4,0 % - 11,0 %, β = 0,09, p = 0,041), et aucun changement des VPI sexuelles subies par les femmes plus âgées (6,1 % - 5,5 %, β = −0,01, p = 0,758). On observait aussi une légère baisse, non significative, des VPI physiques ou sexuelles au cours de l’année écoulée chez les femmes jeunes (13,0 % - 12,1 %, β = −0,01, p = 0,763), alors qu’elles avaient augmenté chez les femmes plus âgées (9,1 % - 13,7 %, β = 0,03, p = 0,347). Les VPI physiques ou sexuelles graves avaient toutefois augmenté chez les femmes jeunes (10,0 % - 12,1 %, β = 0,02, p = 0,601) comme chez les femmes plus âgées (7,1 % - 11,0 %, β = 0,03, p = 0,381). Les femmes plus âgées ont connu une hausse plus forte des violences émotionnelles de la part d’un partenaire intime au cours de l’année écoulée (14,1 % - 26,0 %, β = 0,06, p = 0,044) que les femmes jeunes (20,0 % - 25,3 %, β = 0,03, p = 0,256).

Dans le contexte de résultats quantitatifs contrastés sur les VPI, la recherche qualitative a montré que les femmes déclaraient plus souvent des violences émotionnelles et physiques de la part de leur mari que des violences sexuelles, même si certaines jeunes femmes se plaignaient des attentes sexuelles de leur mari dans un contexte où elles portaient une lourde charge de travail, cumulant tâches domestiques et activités génératrices de revenus. Globalement, la faible déclaration des VPI par les femmes de la zone d’étude au départ était liée aux attentes sociales qui pèsent sur les jeunes femmes mariées, censées taire les expériences difficiles vécues dans leur foyer conjugal, du fait des normes et des attitudes de genre conservatrices qui prévalent dans la communauté [16]. En un an, les quelques femmes qui avaient déclaré au départ des violences émotionnelles et physiques de la part de leur mari ont fait état de changements dans le comportement violent de leur mari. Cela concernait surtout les violences physiques vécues par les jeunes femmes mariées. Triveni, 36 ans, mère de trois enfants, qui avait subi des violences émotionnelles et physiques de la part de son mari, déclarait un an après le début du projet : « Depuis que j’ai suivi le programme, mon mari ne s’est pas disputé avec moi et il ne m’a même pas frappée. » Si la fréquence des disputes a apparemment augmenté au fil du temps, cela témoignait des compétences de communication acquises, qui amenaient les femmes à s’exprimer.

Discussion

Nos résultats apportent un appui considérable à l’approche de Sammanit Jeevan, qui implique toute la famille pour transformer les normes de genre inégalitaires et renforcer le pouvoir économique des jeunes femmes, et des résultats contrastés quant à l’évolution des violences entre partenaires intimes, en raison d’une erreur de mesure repérée lors de l’analyse. Globalement, l’intervention a bien fonctionné pour les jeunes femmes mariées, principales bénéficiaires pour lesquelles l’intervention familiale avait été conçue. Une intervention semblable, reposant sur la même approche familiale en trois volets, montre aussi des baisses significatives des VPI, une évolution des attitudes de genre et une amélioration de la situation économique des jeunes femmes mariées qui a profité à toute la famille, ce qui confirme que ce type d’intervention peut bien fonctionner [40].

Nous avons montré que l’intervention avait réussi à améliorer les relations domestiques entre les jeunes femmes mariées, leur mari et leur belle-famille. Les données qualitatives et quantitatives le confirment : les femmes avaient des attitudes de genre moins patriarcales dans l’ensemble, et plus nettement chez les femmes plus âgées ; les femmes jeunes comme les plus âgées estimaient que les attitudes de genre dans la communauté s’étaient améliorées ; le comportement de contrôle des maris aurait diminué ; et les jeunes femmes mariées percevaient une amélioration de leurs relations avec leur mari et leur belle-mère. L’évaluation qualitative va dans le même sens : après avoir participé au programme, les jeunes femmes mariées avaient gagné en assurance pour s’exprimer lors des disputes avec leur mari et leur belle-famille, et les belles-mères et les maris ont joué un rôle de soutien pour que les jeunes femmes mènent efficacement leurs AGR. L’évaluation d’une intervention semblable au Tadjikistan fait écho à ces résultats [40]. Si les disputes peuvent être perçues comme un signe avant-coureur de violence, le terme népali utilisé pour mesurer les disputes, jhagada, recouvre toute une gamme d’intensités dans la discussion, de l’échange vigoureux pour défendre un point de vue jusqu’à la dispute [16]. Les résultats qualitatifs indiquent aussi que, par rapport à la période précédant l’intervention, certaines jeunes femmes mariées ont commencé à remettre en question les normes et les pratiques de genre inégales dans la famille, ce qui a contribué dans une certaine mesure à certaines disputes avec des membres de la famille, sans forcément entraîner de VPI.

L’intervention a aussi renforcé les moyens de subsistance des familles, et en particulier la vie des jeunes femmes mariées ; c’est un résultat important dans des familles relativement pauvres et très dépendantes de la migration de travail masculine hors du Népal. Les résultats quantitatifs et qualitatifs montrent que les revenus et l’épargne des jeunes femmes mariées ont plus que doublé au fil du temps, lentement toutefois, en raison de la nature et des difficultés des activités génératrices de revenus choisies par beaucoup de leurs familles. Ces résultats sont aussi confirmés par la baisse significative de l’insécurité alimentaire déclarée par les femmes, jeunes comme plus âgées. Les emprunts de nourriture ou d’argent pour se nourrir ont également diminué significativement chez les jeunes femmes mariées. Que les maris déclarent des améliorations de leurs moyens de subsistance semblables à celles des femmes était une retombée attendue, puisque l’intervention met l’accent sur la contribution de la famille à la création et au maintien des AGR. Les données qualitatives suggèrent que les jeunes femmes mariées s’associaient souvent à leur belle-mère pour leurs AGR, tandis que les hommes consacraient de plus en plus d’efforts à trouver un travail rémunéré hors de la communauté pour contribuer aux revenus du ménage. Cela reflète aussi la pratique profondément ancrée de la mobilité et de la migration dans leur communauté, et leur association avec les représentations de la masculinité au Népal [46, 47]. Le fait que les hommes déclarent moins de honte liée au travail suggère aussi que la contribution collective aux AGR au niveau familial contribue à réduire la pression que ressentiraient autrement les hommes dans une société qui fait d’eux les pourvoyeurs des revenus de la famille.

L’évaluation montre aussi des changements notables dans les attitudes de genre des hommes. Les hommes avaient des attitudes de genre moins patriarcales, exerçaient moins de contrôle sur leur épouse et déclaraient de meilleures relations avec elle. Cela indique une évolution considérable de certaines attitudes genrées des hommes après leur participation à l’intervention dans cette étude, et confirme la nécessité, dans certains contextes, de programmes qui travaillent avec les hommes comme alliés pour réduire la perpétration de violences entre partenaires intimes par les hommes [48]. Ce modèle familial a peut-être été un cadre approprié pour tester la capacité des hommes à adopter des attitudes de genre plus progressistes. L’évaluation a aussi montré des différences dans la manière dont épouses et maris percevaient la consommation d’alcool des maris au fil du temps, différences surtout signalées par les femmes plus âgées. Les résultats qualitatifs recueillis auprès des femmes plus âgées suggèrent aussi que leurs maris ont pu résister à un changement de mode de vie, notamment quant à leur consommation d’alcool. Cependant, les récits qualitatifs des jeunes femmes mariées sur le soutien reçu de la famille indiquaient que certains beaux-pères soutenaient les AGR, même si les belles-mères étaient leurs soutiens les plus constants. C’est plausible si l’on considère que les hommes plus âgés étaient les membres les plus anciens de la famille, les moins contestés et les moins chargés de travail, comparés aux femmes plus âgées et aux fils, et qu’ils étaient moins susceptibles de s’impliquer activement dans le soutien des AGR de leur belle-fille.

Contrairement aux baisses régulières des violences entre partenaires intimes observées dans l’évaluation de Zindagii Shoista au Tadjikistan, qui portait sur une intervention semblable [40], notre évaluation a mis en évidence des tendances non linéaires dans les données sur les VPI, chez les femmes comme chez les hommes, et chez les jeunes femmes mariées comme chez les femmes plus âgées de l’étude. Les données sur les VPI recueillies au départ et à mi-parcours étaient sujettes à une erreur de mesure due aux effets enquêteur, et nous avons redoublé d’efforts pour réduire cette erreur de mesure à 18 mois. Ces efforts se traduisent surtout dans les résultats sur les violences physiques à 18 mois, en particulier chez les femmes. Cette baisse des VPI physiques chez les jeunes femmes mariées est probablement importante, bien que non significative, en partie à cause de la taille réduite de l’échantillon. La raison la plus probable du niveau beaucoup plus élevé des VPI sexuelles à 18 mois est leur sous-déclaration au départ et à mi-parcours [28]. À titre de comparaison, une étude What Works de plus grande ampleur, menée au Népal à peu près à la même période que la nôtre, faisait état de niveaux de VPI bien plus élevés : sur les 1 800 femmes interrogées dans 36 grappes de trois districts, 15,7 % avaient déclaré des violences physiques, 18,1 % (N = 325) des violences sexuelles, et un quart d’entre elles, 25,3 % (N = 455), des violences physiques et/ou sexuelles [49].

De manière générale, la hausse des déclarations de VPI chez les femmes jeunes et plus âgées peut aussi traduire une prise de conscience attribuable à la participation à l’intervention, compte tenu de la culture du silence et de la stigmatisation des violences domestiques observées dans la communauté lors de la phase formative du projet OCOF [16], et de nos efforts pour réduire les effets enquêteur. Bien que non significative, la baisse des VPI physiques déclarées par les jeunes femmes mariées traduit probablement l’effet des programmes d’autonomisation économique sur la position des femmes, leur assurance sociale et leur pouvoir de négociation accru [50, 51].

L’évaluation a aussi mis en évidence des effets négatifs sur la santé mentale des femmes plus âgées ayant participé à l’étude. La hausse des idées suicidaires chez les femmes plus âgées reflète la complexité qui surgit lorsqu’on étudie un ensemble de critères au niveau de la famille, et pourrait tenir à plusieurs facteurs, dont le sentiment que leur vie ne s’était pas améliorée, notamment l’absence d’amélioration de leurs relations avec leur mari et avec leur propre belle-mère. Elle peut aussi tenir à des erreurs de mesure, compte tenu de la forte stigmatisation du suicide : les idées suicidaires ont pu être sous-déclarées auparavant. Les idées suicidaires des femmes au Népal sont toutefois associées aux VPI, à l’alcoolisme du mari, à la culture du silence autour des VPI, au mariage précoce, à la dépression et à la dépendance financière à l’égard du mari [52]. Si l’intervention a été conçue pour répondre à la situation difficile des jeunes femmes mariées dans le foyer conjugal, Sammanit Jeevan a peut-être agi sur certaines de ces variables pour les jeunes femmes mariées, mais sans doute pas de manière aussi complète qu’il l’aurait fallu pour les femmes plus âgées, qui avaient probablement été exposées longtemps aux VPI, à la consommation problématique d’alcool de leur mari et à leurs effets sur la santé mentale.

Les femmes plus âgées ont aussi déclaré que leurs relations avec leur propre belle-mère s’étaient dégradées au fil du temps ; ces belles-mères, beaucoup plus âgées, sont plus susceptibles d’être les gardiennes des valeurs familiales patriarcales [16], mais l’intervention ne les a pas touchées. La participation au programme a pu amener les femmes plus âgées de l’étude à se remémorer leurs expositions passées et à s’interroger sur leurs attitudes et leurs comportements actuels envers leur belle-fille, et ces résultats témoignent de besoins de soins psychosociaux des femmes plus âgées qui dépassent le cadre de l’étude. Les résultats suggèrent aussi que les femmes plus âgées ont peut-être eu des difficultés à accéder aux services de soins psychosociaux du district ; la légère hausse de la dépression et de l’insatisfaction à l’égard de la vie n’était toutefois pas significative. Les jeunes femmes mariées, elles, ont vu s’améliorer leur santé mentale et d’autres indicateurs de santé. Des améliorations de la santé ont été observées dans d’autres études, même si la baisse de la dépression concernait plutôt les hommes [41, 53], et l’amélioration de la satisfaction de vie, les femmes [41]. Notre intervention est l’une des rares, avec le modèle tadjik [40], à montrer une baisse des niveaux de dépression chez les jeunes femmes. Cela peut tenir à plusieurs facteurs, dont l’environnement familial harmonieux permis par l’implication de la belle-mère et du mari, et refléter le renforcement du pouvoir d’agir apporté par les interventions. Les effets négatifs sur la santé mentale des femmes plus âgées appellent cependant des recherches complémentaires pour les comprendre, notamment pour savoir comment faire en sorte que les effets positifs se répercutent sur les générations plus âgées de la structure familiale.

Limites

L’étude présente quelques faiblesses. Elle ne comporte notamment pas de groupe témoin, ce qui a empêché de comparer les effets de l’intervention d’une famille à l’autre ; nous avons néanmoins confiance dans les résultats de l’étude, puisque nous avons recueilli des données à trois temps de mesure et mené une recherche qualitative approfondie permettant de trianguler les résultats de l’étude quantitative, même si nous ne présentons dans cet article que quelques récits qualitatifs. L’étude porte aussi sur un petit échantillon et une petite zone géographique, dans un pays où la migration est très répandue et les VPI très fréquentes ; cela a pu limiter la puissance de l’étude et implique que les estimations de prévalence ne peuvent pas être généralisées à l’ensemble des femmes et des hommes mariés des communautés népalaises marquées par la migration. Des évaluations à un seul bras ont apporté de précieuses informations sur des interventions potentiellement adaptées, acceptables, efficaces et plus sûres dans le domaine de la prévention des violences fondées sur le genre [41, 54, 55].

L’étude s’appuie aussi sur des données autodéclarées, sujettes à de multiples biais, dont le biais de désirabilité sociale et le biais de mémoire. Nous disposions aussi de peu de mesures de l’activité migratoire actuelle des maris pour comprendre d’autres dimensions de son lien avec les VPI subies par les femmes. L’attrition chez les hommes était attendue, du fait de la migration de travail, en particulier chez les jeunes hommes. Notre analyse n’a toutefois montré aucun lien entre l’un quelconque des critères au départ (perpétration de VPI, revenus, épargne, gains, santé mentale) et l’attrition, et nous avons supposé que l’indisponibilité à 18 mois était aléatoire ; aucune imputation n’a été faite pour les personnes manquantes à 18 mois. D’autres mesures de violence n’ont pas été étudiées, comme les violences domestiques exercées par la belle-mère et le beau-père, ou la relation entre les femmes plus âgées, leur mari et leur propre belle-famille. Nous avons cherché à vérifier les résultats en les triangulant avec l’équipe de VSO, afin que le contexte népalais soit bien représenté dans leur interprétation.

Enseignements de l’intervention Sammanit Jeevan

Les effets positifs de cette intervention tiennent probablement à la combinaison de l’intervention sur les normes de genre, dont les résultats se manifestent souvent à long terme, avec des activités génératrices de revenus concrètes qui permettent aux personnes participantes de mettre en pratique les principes d’égalité de genre, ce qui peut accélérer le changement souhaité.

L’implication de toute la famille a permis d’éviter le retour de bâton qui aurait pu survenir si l’intervention n’avait recruté que les jeunes femmes mariées, et de faire mieux comprendre aux membres de la famille la position sociale subordonnée de ces jeunes femmes et ses effets négatifs sur elles et sur leurs relations avec leur mari et leur belle-famille. Des recherches antérieures suggèrent que le fait que la famille connaisse la nature des discussions auxquelles participent les femmes dans ces interventions d’autonomisation économique peut protéger des violences domestiques [56]. Notre intervention cherchait à améliorer la vie des jeunes femmes mariées en reconnaissant que leurs relations sont au cœur des inégalités de genre qui accroissent leur perte de pouvoir [57].

Les abandons des AGR ont été très rares, en partie grâce à l’approche centrée sur la famille, qui assurait coopération et soutien aux jeunes femmes mariées tout en bousculant les représentations de la belle-famille quant au rôle domestique genré de la belle-fille.

Les personnes participantes ont aussi reçu un financement d’amorçage sans obligation de rembourser l’investissement initial, ce qui a contribué à les maintenir dans le programme et a assuré leur engagement dans les AGR. Les activités agricoles génératrices de revenus mettent généralement du temps à dégager des bénéfices et rencontrent souvent des difficultés qui retardent les résultats tangibles. Les compétences et les conseils techniques apportés par le personnel d’appui aux entreprises du BYC ont toutefois aidé les jeunes femmes mariées à gérer efficacement leur AGR et renforcé leur capacité à dégager des bénéfices. Dans cette intervention, les bénéfices réels ne sont apparus qu’au moins 12 mois après le début de l’intervention, en raison du caractère intermittent des revenus et des efforts des personnes participantes pour développer leurs AGR et accroître leur productivité.

La force de l’intervention tenait aussi à la solidité de sa théorie du changement, aux méthodes participatives employées, à son déroulement en groupes de pairs et à l’accent mis sur le développement des compétences de réflexion critique et de communication [42]. Ce programme était manualisé, donc très structuré, ce qui a permis de maintenir la fidélité à la méthode de mise en œuvre [58]. La formation approfondie et le soutien des personnes chargées de l’animation et de la mise en œuvre ont été déterminants pour l’efficacité de la mise en œuvre, de même que leur recrutement dans des milieux semblables à ceux des personnes participantes, qui leur donnait une compréhension locale des problèmes sociaux de la communauté et leur a permis de gagner sa confiance [58]. Le soutien continu d’une ONG expérimentée a aussi joué un rôle important dans la gestion des AGR et leur pérennité.

Conclusions

Une certaine prudence s’impose dans l’attribution de l’effet dans cette évaluation, puisqu’il n’y avait pas de groupe témoin permettant de comparer l’effet de l’intervention. Les résultats des méthodes mixtes suggèrent toutefois qu’avec suffisamment de temps et un financement d’amorçage en nature, cette approche centrée sur la famille a réussi, en 18 mois, à permettre une génération de revenus considérable, que l’intervention a renforcé la position des jeunes femmes au sein des foyers et réduit en partie l’exposition des jeunes femmes mariées aux violences fondées sur le genre dans cette communauté rurale du Népal. Ce programme gagnerait à faire l’objet de recherches complémentaires pour en optimiser la mise en œuvre et l’effet.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt systémique de cet article tient à son unité d’intervention : non pas la femme exposée à la violence, mais le système familial qui la tient dans une position subordonnée. En réunissant belles-filles, maris, belles-mères et beaux-pères, d’abord en groupes séparés puis ensemble, et en confiant à la belle-fille une activité dont toute la famille profite, le programme modifie la place de chacun plutôt que de demander à une seule personne de changer. Deux observations méritent l’attention des équipes cliniques. La hausse des disputes n’est pas forcément un signal d’alarme : le mot népali jhagada désigne aussi la discussion, et une parole qui se libère peut d’abord produire du conflit. Et un changement qui soulage une génération peut en fragiliser une autre : la santé mentale des belles-mères s’est dégradée, comme si la pression se déplaçait dans le système. L’absence de groupe témoin et les fluctuations des mesures de violence invitent à la prudence. À lire avec l’article sur les normes de genre et les dynamiques familiales d’hommes condamnés pour violence conjugale, et avec l’article sur les enfants qui restent au pays quand les pères travaillent à l’étranger.

Notes de l’original

Remerciements. Le projet One Community One Family est un projet collaboratif de Voluntary Services Overseas (Népal) et du South African Medical Research Council. La mise en œuvre de Sammanit Jeevan a été dirigée par Mani Bhadra Sharma, du Bhimapokhara Youth Club, une ONG qui travaille depuis 30 ans dans le développement communautaire rural et le renforcement des moyens de subsistance. Les données ont été recueillies par FACTS Research and Analytics, sous la direction de Prabodh Acharya. Le projet a aussi bénéficié de l’appui technique de Julienne Corboz et d’Helen Appleton, ainsi que de la Commission nationale des femmes du Népal. Plus d’informations sur le projet : www.whatworks.co.za.

Financement. Cette recherche a été financée par l’aide britannique (UK aid) du gouvernement du Royaume-Uni, par l’intermédiaire du programme mondial What Works to Prevent Violence Against Women and Girls. Les fonds ont été gérés par le South African Medical Research Council. Ce texte s’appuie sur les résultats de cette recherche originale ; les opinions exprimées ne reflètent cependant pas nécessairement les politiques officielles du gouvernement britannique.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

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Traduction non officielle en français de « J’ai trouvé du courage en sachant que même une belle-fille peut gagner sa vie » : évaluation par méthodes mixtes d’une intervention centrée sur la famille pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles au Népal, par Nwabisa Shai, Geeta Devi Pradhan, Ratna Shrestha, Abhina Adhikari, Esnat Chirwa, Alice Kerr-Wilson et Rachel Jewkes, PLOS ONE, vol. 15, no 5, e0232256 (2020), doi : 10.1371/journal.pone.0232256, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « “I got courage from knowing that even a daughter-in-law can earn her living”: Mixed methods evaluation of a family-centred intervention to prevent violence against women and girls in Nepal », publié dans PLOS ONE (2020) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Shai, N., Pradhan, G. D., Shrestha, R., Adhikari, A., Chirwa, E., Kerr-Wilson, A., et Jewkes, R. (2020). « J’ai trouvé du courage en sachant que même une belle-fille peut gagner sa vie » : évaluation par méthodes mixtes d’une intervention centrée sur la famille pour prévenir les violences faites aux femmes et aux filles au Népal (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/j-ai-trouve-du-courage-en-sachant-que-meme-une-belle-fille-peut-gagner-sa-vie-evaluation (Œuvre originale publiée en 2020 dans PLOS ONE, 15(5), e0232256 (2020) ; republiée en 2020 par PLOS ONE, https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0232256)

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