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Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health · Thérapie familiale
Au Hospital for Sick Children de Toronto, l’équipe de travail social de neurologie reçoit enfants, jeunes et parents pour une séance unique, pensée comme complète en elle-même. Cette étude mixte auprès de 135 personnes montre une baisse nette de l’anxiété des adultes, encore visible cinq à sept semaines plus tard. Les entretiens décrivent une « pièce manquante » des soins : une rencontre qui fait voir les forces déjà là et rouvre l’espoir.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de La thérapie en séance unique en pédiatrie hospitalière : l’intérêt d’une approche fondée sur les forces pour les familles vivant avec des troubles neurologiques, par Janice Mulligan, Heather Olivieri, Katarina Young, Jia Lin et Samantha J. Anthony, publié dans Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health (BioMed Central) (2022), doi : 10.1186/s13034-022-00495-6, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; le fichier supplémentaire (guide d’entretien) n’est pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
L’approche de la TSU est intrinsèquement porteuse d’espoir, car elle utilise un langage et des questions qui mettent en avant les options, les possibilités et une orientation vers l’avenir.
Janice Mulligan, Heather Olivieri, Katarina Young, Jia Lin et Samantha J. Anthony
Résumé
Contexte. Les enfants et les jeunes ayant des troubles neurologiques ont souvent besoin, toute leur vie, d’une prise en charge de symptômes et de comportements qui peut entraîner un fardeau émotionnel durable, du stress et une altération de la qualité de vie liée à la santé. La thérapie en séance unique (TSU) s’appuie sur les compétences et les connaissances déjà présentes chez les personnes suivies ; elle s’est imposée comme une approche thérapeutique capable de répondre en temps utile aux besoins de la patientèle pédiatrique et de sa famille. Cette étude visait à évaluer l’efficacité clinique de la TSU pour les enfants et les jeunes ayant des troubles neurologiques et pour leurs familles, au regard de l’auto-efficacité, de la détresse, de l’anxiété, de l’alliance thérapeutique et de la satisfaction, ainsi que de la perception que la TSU avait répondu ou non à leurs besoins pressants.
Méthodes. Un devis mixte convergent parallèle combinait un recueil de données quantitatives, au moyen de cinq questionnaires standardisés à trois temps de mesure, et un recueil de données qualitatives par entretiens semi-structurés. Les données quantitatives et qualitatives ont été analysées séparément, puis intégrées.
Résultats. L’étude a porté sur 135 personnes participantes (jeunes malades, parents, frères et sœurs) concernées par des affections neurologiques variées. Les scores d’auto-efficacité et d’anxiété des enfants, ainsi que les scores de détresse et d’anxiété des adultes, se sont nettement améliorés après la TSU. Fait notable, l’évolution de l’anxiété des adultes restait significative cinq à sept semaines après la TSU. Dix-sept personnes ont participé à 12 entretiens semi-structurés. Selon leurs descriptions, la TSU (1) était une pièce manquante dans les soins cliniques en cours, (2) mettait en lumière des forces et une résilience déjà présentes, et (3) avait un impact durable au-delà de la séance unique.
Conclusions. La TSU pourrait être un traitement initial prometteur, fondé sur les forces, pour soutenir les besoins à court terme, et peut-être à long terme, des enfants et des jeunes ayant des troubles neurologiques et de leurs familles, en mettant l’accent sur les forces existantes, en soutenant l’alliance thérapeutique et en cultivant l’espoir.
Mots-clés : thérapie en séance unique, thérapie brève, thérapie narrative, neurologie, travail social
La thérapie en séance unique (TSU) s’est imposée comme une approche thérapeutique prometteuse pour répondre en temps utile aux besoins psychosociaux de la patientèle pédiatrique et de sa famille [1]. La TSU désigne une intervention d’une seule séance entre une personne consultante et une personne thérapeute, séance qui forme un tout complet, étant entendu que d’autres séances restent possibles si nécessaire [2, 3]. La TSU repose sur des approches thérapeutiques brèves, narratives et fondées sur les forces, qui s’attachent aux intérêts, aux aspirations, aux capacités ou aux connaissances des personnes suivies pour nourrir leur capacité à s’épanouir dans l’adversité [4]. Plus précisément, elle souligne que : (1) les personnes consultantes ont une capacité d’agir et une capacité de changement, (2) elles sont capables de produire des solutions et de nouvelles manières de penser, (3) il est normal de rencontrer des difficultés dans la vie, (4) les personnes consultantes peuvent ne pas vouloir ou ne pas avoir besoin de plus d’une séance, (5) soutenir un petit changement peut conduire à des changements plus importants, et (6) la relation entre personnes consultantes et thérapeutes est collaborative. La TSU reconnaît que les personnes consultantes peuvent avoir besoin d’un soutien thérapeutique bref à certaines périodes de leur vie, et qu’une seule séance peut répondre aux préoccupations immédiates et, potentiellement, améliorer les résultats psychosociaux [2].
Si l’offre de TSU s’est développée, la recherche existante a surtout décrit et évalué la TSU dans des cadres de santé communautaire, comme les consultations de santé mentale sans rendez-vous et les centres de santé familiale ou de santé mentale communautaires [2, 5–8]. Les résultats de ces études suggèrent que la TSU peut améliorer les niveaux autodéclarés ou perçus de dépression, d’anxiété, de détresse et de compétences parentales [6]. Ces résultats sont importants, car la santé mentale perçue par les personnes consultantes est associée au recours aux services de santé mentale ; elle constitue donc un résultat tangible et important pour évaluer les interventions en santé mentale [9]. Des taux de satisfaction élevés ont aussi été rapportés après la TSU, ainsi qu’une appréciation de l’accessibilité des soins et du travail en équipe [10]. En dehors des cadres de santé communautaire, la recherche évaluant la TSU en milieu hospitalier est rare, et plus encore auprès de populations pédiatriques atteintes de maladies chroniques. En outre, la recherche a relevé des limites méthodologiques dans l’évaluation de la TSU, notamment l’absence de mesures standardisées, des risques de biais lorsque les thérapeutes participent au recueil des données [11] et le recours à des échantillons petits et homogènes [6]. Hymmen et al. (2013) recommandent que les recherches futures incluent des échantillons plus larges et plus diversifiés, des outils et des instruments de mesure standardisés, ainsi que des approches qualitatives pour examiner la nature thérapeutique de la TSU [6].
La Neurology Social Work Single Session Clinic (NSWSSC, consultation de travail social en séance unique du service de neurologie) du Hospital for Sick Children (SickKids) a été lancée à titre pilote en 2013 ; l’équipe de travail social a alors commencé à offrir la TSU sur rendez-vous aux enfants et aux jeunes ayant des troubles neurologiques (TN) et à leurs familles. Les TN forment un groupe varié de troubles qui touchent le cerveau et le système nerveux, dont les céphalées, les accidents vasculaires cérébraux, l’épilepsie, les maladies neuromusculaires et les troubles du mouvement. Environ un enfant sur six présente un TN [12], avec souvent des difficultés de langage, de motricité, d’apprentissage et d’ordre émotionnel [13]. Si les symptômes et les comportements peuvent évoluer avec l’âge, les TN exigent souvent une prise en charge tout au long de la vie, avec peu d’options thérapeutiques. Il peut en résulter un fardeau émotionnel durable pour les enfants et leurs familles, avec des difficultés psychosociales et une altération de la qualité de vie liée à la santé [14].
Les interventions cliniques efficaces conçues pour les enfants et les familles vivant avec un TN doivent tenir compte de la multitude de facteurs qui contribuent aux stress de l’enfant et de la famille, comme les trajectoires propres à la maladie de chaque enfant, la santé physique et mentale, les déterminants sociaux de la santé et l’histoire traumatique de la famille [15, 16]. De plus, si les enfants et les familles concernées par un TN connaissent des niveaux de stress chroniques et élevés, ces enfants et ces familles peuvent aussi traverser des périodes d’adaptation où un soutien thérapeutique n’est pas nécessaire [17, 18]. Compte tenu de cet éventail de réactions psychosociales, une intervention thérapeutique ajustée et accessible est essentielle. Nouvelle approche de la pratique clinique, la TSU pourrait être particulièrement adaptée aux enfants et aux familles concernées par un TN, pour répondre au caractère imprévisible et changeant de la vie avec un TN.
À notre connaissance, la NSWSSC est la seule consultation à proposer la TSU en milieu hospitalier pédiatrique. Cette étude à méthodes mixtes avait pour but d’évaluer l’efficacité clinique de la TSU pour les enfants et les jeunes ayant un TN et pour leurs familles, au regard de l’auto-efficacité, de la détresse, de l’anxiété, de l’alliance thérapeutique et de la satisfaction, ainsi que de comprendre comment les enfants et les familles percevaient la réponse de la TSU à leurs besoins du moment. Deux questions de recherche ont été posées : (1) La TSU, en tant qu’intervention qui intègre des modèles thérapeutiques brefs et narratifs, a-t-elle un effet sur l’auto-efficacité, la détresse, l’anxiété, l’alliance thérapeutique et la satisfaction des enfants et des jeunes ayant un TN et de leurs familles ? et (2) Quelles sont les expériences des enfants et des familles qui ont recours à la TSU, et comment perçoivent-elles la réponse de la TSU à leurs besoins ?
La présente étude était associée à la NSWSSC, qui fait partie de la division de neurologie et du Gary Hurvitz Centre for Brain and Mental Health de SickKids. Un devis mixte convergent parallèle a été choisi délibérément pour permettre une compréhension approfondie du sujet de recherche, éclairée à la fois par des données quantitatives et qualitatives [19] (tableau 1). Plus précisément, cette approche a conduit à explorer séparément les ensembles de données quantitatives et qualitatives, puis à les analyser comme un tout intégré [20] pour évaluer la TSU auprès des enfants et des familles concernées par un TN. Des questionnaires standardisés ont été administrés aux personnes participantes à intervalles répétés, juste avant la TSU (T1), juste après la TSU (T2) et cinq à sept semaines après la TSU (T3), afin de déterminer l’efficacité de l’intervention sur l’auto-efficacité, la détresse et l’anxiété-état. Des questionnaires ont aussi été administrés à T2 pour évaluer l’alliance thérapeutique et la satisfaction. Des entretiens semi-structurés ont été menés à T3 avec un sous-échantillon de personnes participantes pour explorer leurs expériences et leurs points de vue sur leur participation à la TSU. Le comité d’éthique de la recherche de SickKids a approuvé l’étude (no 1000055320).
Tableau 1 — Devis à méthodes mixtes
Les personnes participantes formaient un échantillon de convenance d’enfants et de jeunes ayant un TN et de membres de leurs familles ayant consulté la NSWSSC. Les critères d’éligibilité étaient les suivants : (i) avoir une TSU programmée, (ii) avoir huit ans ou plus, et (iii) parler anglais. Les personnes présentant des troubles mentaux ou cognitifs, ou pour qui la participation aurait représenté une charge excessive, ont été exclues de l’étude. Cette décision revenait au membre de l’équipe soignante qui connaissait le mieux la famille. L’invitation à participer à l’étude a été faite par téléphone. Avant leur TSU, les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé écrit ou leur assentiment. Lorsqu’un enfant donnait son assentiment, le consentement éclairé d’un parent ou du tuteur légal était aussi obtenu. Chaque famille participante a rempli un formulaire sociodémographique. Les données médicales, dont le diagnostic, la date du diagnostic, le schéma thérapeutique et les complications, ont été tirées des dossiers médicaux des enfants de l’étude.
Cinq questionnaires standardisés, validés et largement utilisés ont été administrés par voie électronique à chaque personne participante.
Une invitation à un entretien semi-structuré à T3 a été proposée à un sous-échantillon de personnes recrutées dans l’échantillon de convenance existant. Le recrutement a été raisonné [35], selon l’âge, le genre, le diagnostic et la durée du suivi à la NSWSSC. Les entretiens suivaient la méthodologie de la description interprétative [36], à partir d’un guide à questions ouvertes nourri par la littérature disponible et par l’expertise clinique de l’équipe de recherche (fichier supplémentaire 1 : annexe S1). Une personne expérimentée en entretiens qualitatifs, indépendante de la NSWSSC, a mené des entretiens en face à face d’environ 60 à 90 minutes. Tous les entretiens ont été enregistrés, transcrits mot pour mot et anonymisés pour protéger la confidentialité des personnes participantes.
Les scores totaux au NIHSE, au DT et au STAI ont été calculés selon les règles de chaque instrument. L’évolution de ces scores totaux entre les temps de mesure (T1, T2 et T3) a été comparée. Pour les personnes participantes de 18 ans et plus (adultes), il n’y avait pas de variable de regroupement. Pour les personnes participantes de 8 à 17 ans (enfants), l’âge était la variable de regroupement : respectivement 8-12 ans et 13-17 ans. Une analyse en modèle mixte pour mesures répétées a été utilisée pour tenir compte de la corrélation intrasujet. L’effet global du temps et les comparaisons par paires ont été évalués dans le cadre de l’analyse en mesures répétées. Les scores totaux au WAI-SR et au CSQ-8 ont été calculés pour en décrire la moyenne et l’écart type. Le seuil de significativité a été fixé à 5 %. Le logiciel SAS™ v. 9.4 a été utilisé.
L’analyse qualitative s’est appuyée sur la description interprétative, ancrée dans un cadre interprétatif qui comprend l’expérience humaine comme subjective, contextuelle et socialement construite [36]. Cette approche a été retenue pour permettre de produire des connaissances fondées sur des données et ancrées dans les expériences et les points de vue des personnes participantes, dans le but de faire progresser la pratique clinique [36]. L’analyse des données a suivi un processus évolutif, inductif et systématique, qui a commencé par une immersion dans les données. Les transcriptions des entretiens ont été codées de manière indépendante par deux membres de l’équipe de recherche et soumises à une analyse par comparaison constante [37]. L’équipe de recherche a examiné les codes pour parvenir à un consensus, puis a regroupé les codes en catégories avant de dégager les thèmes émergents. Les membres de l’équipe ont ensuite comparé et confronté les résultats entre catégories de personnes participantes semblables et différentes, afin d’élargir la compréhension thématique [37]. La crédibilité a été assurée par un engagement prolongé, un débriefing entre pairs et une validation par les personnes participantes, avant que l’équipe ne parvienne à un consensus sur les thèmes clés décrivant l’expérience de la TSU [38, 39]. Le logiciel de gestion de données N-Vivo a été utilisé [40].
L’étude a inclus 135 personnes participantes ; toutes ont rempli les questionnaires à T1 et T2, et 82 (61 %) à T3. La répartition des groupes de personnes participantes (par exemple mères, pères, frères et sœurs, jeunes malades) à T1 et T3 figure dans le tableau 2. Dans l’ensemble, les mères représentaient la majorité des personnes participantes à T1 comme à T3, suivies des jeunes malades, des pères, puis des frères et sœurs. Aux deux temps, l’échantillon était composé en majorité d’adultes (~ 70 %) de 18 ans ou plus. Les enfants de 8 à 17 ans représentaient environ 30 % de l’échantillon. Rien n’indiquait de différence statistique ou clinique entre les groupes de personnes participantes d’un temps de mesure à l’autre. L’épilepsie ou les crises épileptiques constituaient le diagnostic principal le plus fréquent.
Tableau 2 — Caractéristiques des personnes participantes
Effectifs n (%) à T1 (n = 135), à T3 (n = 82) et parmi les personnes interviewées en entretien semi-structuré (ESS, n = 17).
Les résultats descriptifs des questionnaires standardisés aux différents temps de mesure figurent dans le tableau 3. Les résultats de l’analyse en modèle mixte pour mesures répétées figurent dans le tableau 4. Par rapport à la mesure initiale, les enfants (8 à 17 ans) présentaient à T2 un score moyen d’auto-efficacité (NIHSE) significativement plus élevé. Les enfants présentaient aussi à T2 un score moyen d’anxiété-état (STAI-C) significativement plus bas. Les scores de détresse (DT) ne différaient pas significativement entre les trois temps de mesure. Pour les enfants, une interaction âge × temps a été introduite dans le modèle de régression. Cette interaction a ensuite été retirée, la taille d’effet ayant été jugée cliniquement non significative. Les diagrammes quantile-quantile des résidus ne montraient aucun écart à la normalité, ce qui validait l’hypothèse du modèle.
Tableau 3 — Résultats aux questionnaires standardisés
Moyenne (écart type) à T1, T2 et T3.
Tableau 4 — Analyse en modèle mixte pour mesures répétées
Différence entre T1 et T2 (IC) ; différence entre T1 et T3 (IC) ; valeur de p.
Chez les adultes (18 ans et plus), les scores moyens d’anxiété-état (STAI-A) ont diminué significativement sur les trois temps de mesure. Les adultes présentaient un score moyen d’anxiété-état élevé à T1 (M = 42,14 ; ET = 11,94), qui a diminué significativement à T2 (M = 35,95 ; ET = 10,14) et à T3 (M = 27,64 ; ET = 21,58). Les adultes présentaient aussi à T2 un score moyen de détresse (DT) significativement plus bas. À l’inverse, les scores moyens d’auto-efficacité (NIHSE) ont diminué significativement à T3.
Dans l’ensemble, les personnes participantes ont jugé « bonne » leur satisfaction à l’égard de la TSU (CSQ-8) (M = 24,49 ; ET = 2,02), et le score moyen d’alliance thérapeutique (WAI) était de 35,84 (ET = 4,55), ce qui indique des interactions positives « assez souvent » avec la personne du service social qui les recevait. L’alliance la plus forte portait sur la dimension de la qualité du lien établi entre la personne participante et la personne du service social.
Douze entretiens semi-structurés ont été menés avec un sous-échantillon de 17 personnes pour recueillir leurs expériences et leurs points de vue sur la TSU : 10 mères (59 %), 1 père (6 %) et 6 jeunes malades (35 %). Deux de ces jeunes avaient de 8 à 12 ans et quatre de 13 à 17 ans (tableau 2). Cinq entretiens réunissaient une dyade formée de l’enfant et d’un parent. Pour la plupart des personnes interviewées (94 %), la séance de l’étude était leur première TSU. Trois thèmes sont ressortis de l’analyse des données, décrits en détail ci-dessous (tableau 5).
Tableau 5 — Thèmes qualitatifs
Pour chaque thème : sous-thèmes et citations.
La présente étude avait pour but d’évaluer l’efficacité clinique de la TSU pour les enfants et les familles vivant avec un TN, et d’explorer la manière dont les personnes participantes percevaient la réponse de leur participation à la TSU à leurs besoins. À notre connaissance, c’est la première étude à examiner la TSU en milieu hospitalier pédiatrique ; elle contribue à une littérature empirique très nécessaire sur la mise en œuvre et l’évaluation de la TSU dans les soins pédiatriques.
Dans la présente étude, la satisfaction des personnes participantes à l’égard de la TSU, mesurée par le CSQ-8, a été jugée « bonne », des scores semblables à ceux de recherches antérieures sur la TSU en santé mentale [2]. Les réponses aux entretiens ont conforté les résultats des questionnaires, la majorité des personnes participantes faisant état d’une expérience positive de la TSU. Collectivement, les personnes participantes ont présenté la TSU comme un aspect des soins qui constituait une « pièce manquante » dans leurs rencontres cliniques habituelles. Plus précisément, elles ont dit apprécier que la TSU soit ajustée à leur expérience personnelle de la vie avec un TN, ainsi que le caractère collaboratif de la personne du service social qui les recevait. Une recherche récente montre que les aspects de la TSU jugés les plus utiles par les membres des familles sont les conseils personnalisés et l’expertise de la personne thérapeute, ainsi qu’un soutien et une validation accrus [41]. En outre, Westwater et al. (2020) ont dégagé des thèmes liés à la collaboration, jugés particulièrement utiles par les personnes venues en TSU, notamment la création d’un espace de communication et le sentiment de validation [42]. De même, dans la présente étude, l’alliance thérapeutique, définie comme les « éléments interactifs et collaboratifs » positifs entre la personne suivie et la personne thérapeute [43] et mesurée par le WAI, était présente « assez souvent », en particulier dans la dimension de la « qualité du lien établi dans la relation thérapeutique ». Ce résultat concorde avec la recherche qui suggère qu’une séance peut suffire à nourrir une alliance thérapeutique solide [44, 45].
Point important, la recherche suggère que l’alliance thérapeutique est un facteur significatif de meilleurs résultats en thérapie [46]. Dans la présente étude, les questionnaires ont montré une amélioration de l’auto-efficacité et de l’anxiété-état chez les enfants, et de la détresse et de l’anxiété-état chez les adultes, juste après la TSU. Fait notable, l’amélioration de l’anxiété-état des adultes restait significative cinq à sept semaines plus tard, ce qui représente un changement cliniquement significatif et durable [26]. Ce résultat est important, car il a été montré qu’une moindre anxiété chez les personnes qui s’occupent de l’enfant atténue le niveau d’anxiété des enfants vivant avec une maladie chronique [47]. Une anxiété réduite peut favoriser des comportements d’adaptation optimaux face à la maladie chronique et laisser de la place à l’éclosion d’histoires alternatives. La recherche suggère que l’intérêt de ces histoires tient à leur orientation « anti-problème », qui met en lumière les compétences, les capacités et les valeurs [48].
Malgré l’amélioration significative de l’anxiété-état des adultes, les questionnaires de la présente étude ne suggèrent pas d’impact durable de la TSU sur l’anxiété-état et l’auto-efficacité des enfants, ni sur la détresse des enfants ou des adultes. La notion de chagrin chronique peut aider à interpréter ces résultats contrastés. Vivre avec un TN est imprévisible, avec des périodes cycliques de chagrin, de joie et des réactions émotionnelles fluctuantes [49, 50]. Comme le chagrin chronique accompagne souvent la maladie chronique [51, 52], il est peut-être déraisonnable d’attendre que des améliorations à long terme apparaissent à l’aide des seules mesures quantitatives, qui limitent souvent les explications et les interprétations nuancées de l’adaptation.
Les entretiens suggèrent que les enfants et les familles vivant avec un TN ont bien retiré de la TSU des bénéfices à plus long terme, ce qui remet en cause l’idée qu’un changement durable ne peut venir que d’interventions de longue durée [53]. Ces résultats confortent des résultats antérieurs qui montraient une augmentation significative de la capacité d’adaptation perçue par les personnes consultantes six semaines après une TSU [11]. Dans la présente étude, les personnes participantes ont décrit être revenues plus tard sur leur séance et avoir mis en œuvre des stratégies nouvelles ou redécouvertes pour faire face aux événements de leur vie. De plus, elles ont décrit s’être senties capables d’utiliser leurs forces existantes et les compétences que la personne du service social les avait aidées à reconnaître. Acquérir de nouvelles perspectives sur un problème et produire des solutions nouvelles ont été présentés comme une stratégie bénéfique pour les personnes reçues en TSU [42]. Dans la présente étude, les enfants et les familles ont été en mesure de continuer à mettre en œuvre les stratégies apprises après la TSU, même avec le temps, ce qui conforte l’idée que la TSU continue d’activer des processus thérapeutiques après la séance [6].
Nos résultats qualitatifs ont en outre révélé un espoir accru chez les personnes interviewées. Plus précisément, les personnes participantes ont indiqué que l’espoir avait été cultivé par les échanges avec la personne du service social, qui leur offraient un soutien pour naviguer dans la complexité de leur vie. Susciter l’espoir a été reconnu comme un outil puissant pour favoriser le bien-être et la résilience des enfants et des familles qui composent avec l’incertitude associée à la maladie chronique [54]. L’approche de la TSU est intrinsèquement porteuse d’espoir, car elle utilise un langage et des questions qui mettent en avant les options, les possibilités et une orientation vers l’avenir, tout en soulignant la capacité d’agir des personnes consultantes [55, 56]. Dans l’évaluation d’une TSU sans rendez-vous, des adultes ont fait état d’un espoir accru après la TSU [7]. Ces changements se maintenaient au suivi à un mois, avec des améliorations supplémentaires de la santé mentale et de l’adaptation [7]. La théorie de l’espoir de Snyder décrit l’espoir comme un processus orienté vers l’action, dans lequel une personne dispose des stratégies nécessaires pour atteindre ses objectifs, ainsi que de la conviction et de la motivation que ces objectifs sont atteignables [57]. Dans la présente étude, les personnes participantes ont mis en avant les stratégies suivantes comme des acquis de la TSU : une meilleure appréciation des compétences fondées sur les forces, un changement d’état d’esprit vers une pensée positive, et la capacité à repérer des compétences existantes et à les appliquer à de nouveaux problèmes. Ces résultats peuvent aider à comprendre l’association observée entre la TSU et l’augmentation de l’espoir chez les enfants et les familles.
Seules des personnes anglophones ont été incluses dans l’étude ; notre échantillon peut donc ne pas être représentatif de la population diverse concernée par les TN. De plus, des personnes ont été perdues de vue à T3 malgré de multiples rappels pour remplir les mesures. Cela a pu affecter l’analyse en mesures répétées ; toutefois, 17 personnes ont partagé leurs expériences lors des entretiens qualitatifs à T3, ce qui a aussi permis de saisir des évolutions dans le temps.
Nos résultats s’ajoutent à la littérature existante qui considère la TSU comme une approche d’intervention efficace pour mettre en valeur les forces et les stratégies d’adaptation existantes, et ils soutiennent plus précisément le recours à la TSU pour les enfants et les familles concernées par un TN. Les approches fondées sur les forces peuvent renforcer l’espoir et faire émerger des capacités et des compétences qui aident à amortir le stress, tout en mettant en évidence des possibilités de croissance [58, 59]. Comprendre l’expérience que les personnes consultantes font d’une thérapie fondée sur les forces sous la forme d’une TSU pourrait avoir un réel impact pour répondre aux besoins psychosociaux des enfants et des familles vivant avec une maladie chronique.
Nos résultats suggèrent que la TSU pourrait être un premier choix de traitement prometteur pour répondre aux préoccupations à court terme, et peut-être à long terme, des enfants ayant un TN et de leurs familles. D’autres recherches sont nécessaires pour examiner l’influence potentielle à long terme de la TSU auprès de cette population clinique. Les recherches futures pourraient aussi explorer les ajustements précis nécessaires pour adapter la structure de la TSU à d’autres populations pédiatriques vivant avec une maladie chronique.
Complexe Systémique : à retenir
L’intérêt de cette étude, pour la clinique systémique, tient moins au format « séance unique » qu’à ce qu’il oblige à faire : travailler avec la famille réunie sur ce qui compte maintenant, en partant de ses compétences plutôt que de son déficit. Dans un service de neurologie où la maladie est chronique et imprévisible, la séance ne promet pas de régler ; elle redonne du jeu, et ce sont surtout les parents, et en majorité les mères, qui en témoignent. Le résultat le plus solide, la baisse durable de l’anxiété des adultes, se lit en termes relationnels : l’équipe rappelle que l’anxiété des personnes qui s’occupent d’un enfant malade pèse sur la sienne. Prudence toutefois : pas de groupe témoin, un tiers de l’échantillon perdu de vue à cinq semaines, une auto-efficacité des adultes qui baisse à T3, et des familles uniquement anglophones. À lire avec l’article sur la thérapie en séance unique vue par les familles d’enfants ayant des troubles neurodéveloppementaux, et avec l’étude Delphi sur la pensée en séance unique pour les familles touchées par un traumatisme.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe remercie le Gary Hurvitz Centre for Brain and Mental Health, Gillian Gunn et Sara Marlowe pour leur soutien.
Financement. Ce travail a été soutenu par l’Ontario Association of Social Workers, au titre de l’Accelerator Research Grant.
Disponibilité des données. Les données quantitatives qui étayent les résultats de cette étude sont disponibles auprès de la personne correspondante, JM, sur demande raisonnable. Les données qualitatives (transcriptions d’entretiens) ne peuvent pas être partagées.
Approbation éthique et consentement. Le comité d’éthique de la recherche du Hospital for Sick Children a approuvé l’étude (no 1000055320). Toutes les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé écrit ou leur assentiment ; lorsqu’un enfant donnait son assentiment, le consentement éclairé d’un parent ou du tuteur légal était aussi obtenu.
Consentement à la publication. Toutes les personnes participantes ont consenti à la publication.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
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Traduction non officielle en français de La thérapie en séance unique en pédiatrie hospitalière : l’intérêt d’une approche fondée sur les forces pour les familles vivant avec des troubles neurologiques, par Janice Mulligan, Heather Olivieri, Katarina Young, Jia Lin et Samantha J. Anthony, Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, vol. 16 (2022), doi : 10.1186/s13034-022-00495-6, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Single session therapy in pediatric healthcare: the value of adopting a strengths-based approach for families living with neurological disorders », publié dans Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Mulligan, J., Olivieri, H., Young, K., Lin, J., et Anthony, S. J. (2022). La thérapie en séance unique en pédiatrie hospitalière : l’intérêt d’une approche fondée sur les forces pour les familles vivant avec des troubles neurologiques (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/la-therapie-en-seance-unique-en-pediatrie-hospitaliere-l-interet-d-une-approche-fondee (Œuvre originale publiée en 2022 dans Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, vol. 16, article 59 (2022) ; republiée en 2022 par Child and Adolescent Psychiatry and Mental Health, https://capmh.biomedcentral.com/articles/10.1186/s13034-022-00495-6)
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