Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
Journal of Child & Adolescent Trauma · Violences
« Est-ce que je dois aimer mon père si je n’en ai pas envie ? » Trente et un enfants et jeunes de Finlande, dont le père continue de harceler la mère après la séparation, disent où va leur appartenance. L’équipe d’Anna Nikupeteri en dégage quatre formes, de l’ambivalence au refus du lien, et demande aux équipes de ne pas sacrifier la sécurité de l’enfant à l’idéal de la coparentalité.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le sentiment d’appartenance des enfants dans un contexte de harcèlement parental après la séparation : l’expérience que des enfants de Finlande ont de leurs relations familiales, par Anna Nikupeteri, Merja Laitinen et Kati Kallinen, publié dans Journal of Child & Adolescent Trauma (Springer) (2023), doi : 10.1007/s40653-022-00494-x, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. La figure reste en anglais, avec une légende traduite ; les échanges entre la personne qui mène l’entretien et l’enfant, présentés en liste dans la source, sont donnés en citations détachées ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les enfants d’une même famille ne partagent pas nécessairement le même sentiment d’appartenance.
Anna Nikupeteri, Merja Laitinen et Kati Kallinen
Résumé
En s’appuyant sur les recherches antérieures sur la violence domestique et le harcèlement obsessionnel (stalking), cette étude porte sur l’expérience que les enfants ont de leurs relations familiales dans des contextes de harcèlement parental après la séparation, en considérant le harcèlement comme une forme de violence faite aux femmes et aux enfants. Bien que la violence exercée par un parent transforme en profondeur la dynamique familiale et la perception que les enfants ont de la sécurité familiale, la recherche sur les relations familiales des enfants en situation de violence domestique ou de harcèlement s’est rarement intéressée à leur sentiment d’appartenance. L’objectif de cet article est d’approfondir la compréhension de l’expérience que les enfants ont de leurs relations familiales en lien avec le harcèlement parental. La question de recherche est la suivante : comment l’appartenance est-elle vécue par les enfants dans leurs relations familiales dans un contexte de harcèlement parental après la séparation ? Au total, 31 enfants et jeunes de 2 à 21 ans ont participé à l’étude. Les données ont été recueillies par des entretiens et des séances de groupes d’action thérapeutique avec les enfants. L’analyse qualitative des données était orientée vers le contenu. Quatre dimensions du sentiment d’appartenance des enfants ont été repérées : (1) l’appartenance fluctuante, (2) l’appartenance distanciée, (3) la non-appartenance et (4) l’appartenance contenante. Les trois premières dimensions se construisent dans la relation au père auteur du harcèlement, tandis que la quatrième inclut la mère, les frères et sœurs et d’autres relations qui procurent sécurité et réconfort. Ces dimensions sont parallèles et ne s’excluent pas mutuellement. L’étude montre qu’une compréhension plus fine du sentiment d’appartenance des enfants dans leurs relations familiales est nécessaire lorsque les équipes professionnelles des services sociaux et de santé et des forces de l’ordre évaluent la sécurité et l’intérêt supérieur de l’enfant.
Mots-clés : harcèlement obsessionnel ; violence domestique ; relations significatives ; intérêt supérieur de l’enfant ; sécurité des enfants
« Est-ce que je dois aimer mon père si je n’en ai pas envie ? » C’est la question qu’a posée à sa mère l’enfant d’une des familles interviewées pendant notre projet de recherche1, et c’est elle qui a conduit l’équipe à réfléchir au sentiment d’appartenance des enfants dans le contexte du harcèlement parental après la séparation. La question de l’enfant reflète l’ethos culturel occidental des situations d’après-séparation : la coparentalité, la contribution des deux parents à l’éducation de l’enfant après la séparation et la perception du partenaire violent comme un père capable (par exemple Elizabeth et al., 2012 ; Holt, 2015 ; Jaffe et al., 2009 ; Radford & Hester, 2015). Cette manière de penser peut effectivement occulter la violence parentale et, ce faisant, compromettre le bien-être et la sécurité des enfants, et de leurs mères, lorsque la violence et le harcèlement se poursuivent après la séparation des parents.
Dans cet article, le harcèlement parental après la séparation est rattaché aux recherches antérieures sur la violence domestique et la violence post-séparation (par exemple Callaghan et al., 2015 ; Cater, 2007 ; Cater & Forssell, 2014 ; Katz, 2015 ; Noble‐Carr et al., 2020), et le harcèlement est abordé comme une forme de violence faite aux femmes et aux enfants (par exemple Logan & Walker, 2017). Les études ont montré que, lorsque les femmes quittent un partenaire violent, la violence ne s’arrête pas toujours ; au contraire, elle peut s’intensifier au lendemain de la séparation ou se poursuivre sous d’autres formes de violence, de contrôle coercitif et de harcèlement (Bendlin & Sheridan, 2021 ; DeKeseredy et al., 2017). Si, dans différents échantillons, les femmes sont statistiquement plus souvent victimes de harcèlement que les hommes (par exemple Spitzberg & Cupach, 2014), les femmes peuvent aussi en être autrices et des mères peuvent diriger un comportement de harcèlement contre le père de l’enfant (par exemple Brooks et al., 2021), et le harcèlement peut aussi exister dans les relations entre personnes de même genre (Strand & McEwan, 2011).
Dans cette étude, le harcèlement est défini comme une action intense, orientée vers la poursuite, faite d’un ensemble de comportements répétés, intrusifs et intentionnels, comme suivre, harceler et menacer, qui suscitent peur et détresse chez les victimes (par exemple Chan & Sheridan, 2020 ; Logan & Walker, 2017 ; Spitzberg & Cupach, 2014). Le harcèlement parental peut comprendre des actes violents et non violents. D’un côté, il peut inclure l’intimidation, l’instrumentalisation des enfants pour contrôler la mère, la maltraitance physique et des menaces de mort. De l’autre, il peut consister en une mise en scène, par le père, de soin, d’amour et de manque des enfants (Nikupeteri & Laitinen, 2015 ; Løkkegaard et al., 2019). Il a pour les enfants des conséquences socio-émotionnelles et psychosociales négatives qui se manifestent dans leurs relations avec leurs parents. Ces conséquences sont aggravées par les souvenirs que les enfants gardent de leur histoire avec le parent violent et par leur vie présente, marquée par les négociations entre la mère et le père et par les tentatives pour faire face au harcèlement. En tant que forme de violence domestique, le harcèlement sape la capacité d’agir et le bien-être des enfants et limite leurs possibilités d’agir et de chercher de l’aide (Nikupeteri & Laitinen, 2015 ; Elklit et al., 2019 ; Logan & Walker, 2017 ; Pang & Thomas, 2020).
Les études montrent que, lorsque le père a été violent envers la mère et/ou les enfants, la relation des enfants avec le père est compliquée et leur regard sur lui peut être ambivalent (par exemple Arai et al., 2021 ; Holt, 2015 ; Øverlien, 2013). Dans plusieurs études antérieures, des enfants ont décrit leur relation avec leur père comme marquée par la peur, la haine, la colère et la déception, mais aussi par la chaleur, la gentillesse, l’amour et l’attention à son égard (par exemple Cater, 2007 ; Mullender et al., 2002 ; Staf & Almqvist, 2015). D’autres études ont montré que les enfants perçoivent leur mère victime de violences comme la figure de soin principale, qui les protège, accroît leur bien-être et favorise leur rétablissement (par exemple Cater & Forssell, 2014 ; Katz, 2015 ; Lapierre et al., 2018 ; Leung, 2015). Une revue systématique qualitative du point de vue des enfants sur la violence domestique a montré que les enfants réagissent de façon stratégique et diverse aux violences vécues dans leurs relations, par exemple en se protégeant et en protégeant les autres (Arai et al., 2021). L’enfant qui subit de la violence dans ses relations familiales peut perdre à la fois le sentiment d’être l’objet de soins et de sollicitude, et la confiance dans la capacité des figures de soin à apporter soutien et protection (Swanston et al., 2014). Lorsque les enfants prennent conscience de leurs manières habituelles d’être et de faire, puis constatent l’impossibilité d’accomplir les tâches quotidiennes habituelles, un sentiment de non-appartenance et de malaise peut se développer dans leurs relations avec les membres de la famille, en particulier avec le parent violent (voir May, 2011).
Cette étude fait partie d’un projet finlandais plus large, Children’s Knowing Agency in Private, Multiprofessional and Societal Settings - The Case of Parental Stalking, qui examine l’expérience et la capacité d’agir des enfants face au harcèlement parental. Sur la base des recherches antérieures sur les enfants exposés à la violence domestique, l’hypothèse était que les récits des enfants peuvent apporter des connaissances importantes sur le harcèlement parental. En partant des propres récits des enfants, il est possible de porter un regard nouveau sur le harcèlement par un ex-partenaire et de construire une compréhension du harcèlement parental utilisable pour développer les services destinés aux enfants et pour réfléchir aux modalités de garde et aux contacts parent-enfant après la séparation des parents. La présente étude porte donc sur la question de savoir comment les enfants vivent leur appartenance dans leurs relations familiales dans un contexte de harcèlement parental après la séparation. La question est abordée à travers la notion d’appartenance. L’appartenance est une question contextuelle et multidimensionnelle, qui peut être influencée par différents facteurs et abordée sous différents angles, notamment l’espace, l’ethnicité et la culture (May, 2011). Dans cette étude, l’appartenance est envisagée à partir des relations familiales des enfants. Le sentiment d’appartenance est considéré comme fondé sur des relations familiales construites dans des pratiques d’intimité, qui entretiennent un sentiment subjectif de proximité et permettent aux personnes d’être accordées les unes aux autres et de compter les unes pour les autres (Jamieson, 2011). Les souvenirs que les enfants ont de la violence et du harcèlement exercés par un parent, et les émotions nées de ces expériences, influencent leur manière de s’engager dans les relations familiales. En tant que notion relationnelle impliquant l’interaction sociale et l’intersubjectivité, l’appartenance tient beaucoup aux émotions qui naissent de cette interaction (May, 2011). Le sentiment d’appartenance est donc étroitement lié aux théorisations de Giddens (1991) sur la sécurité ontologique et les relations pures. La première permet aux personnes d’éprouver une sécurité fondamentale grâce à une confiance de base envers autrui, de préserver leur bien-être psychologique et d’éviter l’angoisse. Les secondes signifient que les personnes peuvent entretenir des relations pour elles-mêmes.
L’appartenance joue aussi un rôle dans la construction du sentiment de soi au regard de notions plus abstraites, celles des normes et des valeurs sociales partagées collectivement (May, 2011). Les possibilités qu’ont les enfants de maintenir et de créer des relations familiales sûres après la séparation de leurs parents sont liées aux contextes culturels et sociaux. L’idéal de la coparentalité oriente le travail des équipes professionnelles et sous-tend les accords juridiques, ce qui peut conduire à maintenir le contact de l’enfant avec le parent violent alors que, du point de vue de l’enfant, il serait plus sûr de l’éviter (Bergman & Eriksson, 2018 ; Humphreys et al., 2019 ; Løkkegaard et al., 2019). Les modalités de contact après la séparation devraient reconnaître la complexité des relations familiales des enfants (voir Noble-Carr et al., 2020) et leur point de vue personnel sur le degré de sécurité ressenti dans ces relations.
L’objectif de cet article est d’approfondir la compréhension de l’expérience que les enfants ont de leurs relations familiales en lien avec le harcèlement parental (par exemple Nikupeteri & Laitinen, 2015 ; Elklit et al., 2019 ; Løkkegaard et al., 2019) et, plus largement, dans le contexte de la violence domestique. Bien que la violence exercée par un parent transforme en profondeur la dynamique familiale et la perception que les enfants ont de relations familiales sûres (par exemple Mullender et al., 2002), le sentiment d’appartenance ne semble pas avoir été au centre des recherches sur les relations familiales des enfants dans les contextes de violence domestique et de harcèlement. Nous soutenons que, pour préserver la sécurité et l’intérêt supérieur des enfants confrontés au harcèlement parental après la séparation, les services sociaux et de santé et les forces de l’ordre doivent développer une compréhension plus fine de l’expérience que les enfants ont de leur sentiment d’appartenance dans leurs relations familiales.
Au total, 31 enfants et jeunes (23 filles, 8 garçons) de 2 à 21 ans ont participé à l’étude. La nationalité de l’ensemble des enfants était finlandaise, mais, dans quelques cas, le père était né hors de Finlande. L’ensemble des enfants vivait avec sa mère, et presque chaque enfant avait un ou plusieurs frères et sœurs. Une partie avait subi directement la maltraitance de l’auteur du harcèlement, tandis qu’une autre avait servi d’instrument au harcèlement exercé par leur père ou leur beau-père contre leur mère. La plupart des enfants subissaient encore le harcèlement, même si, dans trois cas, le harcèlement avait pris fin à la suite du décès de son auteur. Dans la plupart des cas, l’auteur du harcèlement était le père biologique de l’enfant, et que ce soit le père biologique ou le beau-père, aucune différence n’apparaissait dans la manière dont les enfants vivaient le degré de nocivité du harcèlement. C’est pourquoi le terme « père » est employé tout au long de l’article. Pour une partie des enfants, une ordonnance d’éloignement visait ou avait visé le père. Beaucoup étaient en contact avec leur père, au moins lors de rencontres supervisées.
Le harcèlement, phénomène dynamique et varié, touchait l’ensemble de l’échantillon. Les enfants et les mères victimes de harcèlement ressentent une peur envahissante, peuvent être la cible de menaces de mort, déménager à plusieurs reprises et même vivre « dans la clandestinité » à cause de lui (par exemple Nikupeteri & Laitinen, 2015 ; Logan & Walker, 2017). Tout bien considéré, le risque de conséquences néfastes liées à la participation des enfants à l’étude devait être évalué de façon critique (Laitinen & Nikupeteri, 2018).
Le recrutement des enfants s’est fait par l’intermédiaire du centre national de soutien aux victimes et aux auteurs de harcèlement (Stalking Support Centre). Les spécialistes de la violence du centre ont contacté les familles qui répondaient aux critères suivants au moment du recrutement : (1) l’accompagnement de la famille s’était prolongé en raison du harcèlement du père, (2) l’enfant était ou avait été accompagné en son nom propre et (3) l’enfant pouvait par ailleurs participer, compte tenu de la situation familiale ou de son âge et de son degré de traumatisme. L’ensemble des enfants souhaitait participer à l’étude, mais une partie a été écartée parce que les spécialistes jugeaient la participation trop risquée, le comportement de harcèlement du père étant considéré comme trop intense ou la mère et les enfants prévoyant de déménager prochainement. L’échantillon total se composait des enfants qui satisfaisaient aux critères ci-dessus. Les enfants n’avaient pas de diagnostic susceptible d’influer sur leur participation à l’étude. Si davantage d’enfants ou de jeunes avaient satisfait aux critères, l’échantillon les aurait inclus.
Les données ont été recueillies par des entretiens et des séances de groupes d’action thérapeutique avec les enfants. L’équipe de recherche a utilisé des méthodes différentes parce qu’il s’agissait de recueillir des données auprès d’enfants difficiles à joindre et dont les situations de vie varient, l’intensité du comportement de harcèlement du père pouvant varier au fil du temps (Logan & Walker, 2017). Il s’agissait aussi d’atteindre à la fois de jeunes enfants et des jeunes plus âgés, qui peuvent préférer des méthodes de recueil différentes. Le recueil des données a été planifié en collaboration avec les spécialistes de la violence, afin de trouver des procédures adaptées à l’âge et à la situation de vie de chaque enfant et qui protègent et renforcent au mieux son bien-être. Les deux méthodes ont permis de recueillir des données sous différentes formes : par l’action, l’interaction et des productions orales et écrites. Les spécialistes ont constaté qu’une partie des enfants pouvait exprimer verbalement son expérience en entretien, tandis qu’une autre avait besoin de méthodes différentes pour soutenir son récit et pour bénéficier d’un processus de groupe thérapeutique entre pairs. Les spécialistes de la violence ont recueilli les données de recherche de façon périodique entre 2012 et 2019.
Dans le premier ensemble de données, 18 enfants et jeunes (15 filles et 3 garçons) de 4 à 21 ans ont participé à des entretiens. Les enfants pouvaient choisir de faire l’entretien en solo ou avec leur frère ou leur sœur. Six enfants ont eu un entretien individuel, les autres un entretien en binôme. Les entretiens reposaient sur l’entretien centré sur la personne qui raconte (teller-focused interviewing ; Hydén, 2014) et sur une méthodologie narrative ouverte. Tous les entretiens partageaient le même cadre thématique, mais celui-ci était adapté à l’âge et au stade de développement de l’enfant, pour créer une atmosphère adaptée aux enfants (Eriksson & Näsman, 2012). Les thèmes abordés étaient les actes de harcèlement, les expériences de violence, les relations intimes et les émotions, les ressources de soutien, les besoins de soutien et l’expérience des rencontres avec les équipes professionnelles. On informait les enfants de la possibilité de parler librement de leur expérience, et les personnes qui menaient les entretiens relançaient par des questions. Les spécialistes encourageaient aussi les enfants à parler en leur donnant des retours positifs et en montrant la valeur accordée à leurs descriptions. La durée des entretiens variait de 18 à 105 minutes. Ils ont été enregistrés et transcrits mot à mot.
Le second ensemble de données provient de trois groupes d’action thérapeutique centrés sur l’expérience que les enfants avaient de la séparation conflictuelle de leurs parents. Au total, 13 enfants (8 filles et 5 garçons) de 2 à 12 ans, issus de sept familles, ont participé aux groupes. Les groupes réunissaient de trois à cinq enfants, en fonction de leurs liens fraternels et de leurs expériences. Chaque groupe a tenu de huit à dix séances, à raison d’une rencontre par semaine, soit 28 séances au total. Le processus de groupe était conçu de sorte que chaque séance repose sur un ou deux thèmes et des activités associées. Les thèmes portaient sur les relations proches des enfants, la séparation des parents et la violence, l’(in)sécurité, les émotions et les ressources de soutien. Les activités des séances comprenaient le dessin, la peinture, la discussion, la réalisation d’un collage, et l’écoute de musique, d’histoires et de théâtre. Chaque séance durait 90 minutes et était filmée. Le processus de groupe en plusieurs séances a permis d’obtenir des données approfondies sur l’expérience des enfants d’une manière éthiquement solide, et a donné aux enfants la possibilité de se sentir en sécurité et en confiance, physiquement et émotionnellement, pour pouvoir révéler leur expérience. Les activités créatives et corporelles servaient à ouvrir des voies vers la parole, car l’expérience du harcèlement peut être difficile à formuler pour une partie des enfants (voir aussi Fellin et al., 2019). Les séances de groupe n’ont pas été transcrites, car l’action et les prises de parole simultanées empêchaient de les documenter correctement.
Tout au long du processus de recherche, les exigences éthiques de la recherche sensible ont été prises en compte, et l’étude s’est engagée à respecter les lignes directrices éthiques du Conseil national finlandais pour l’intégrité de la recherche (The Finnish National Board on Research Integrity, 2019). Le projet de recherche a été approuvé par le comité d’éthique de la recherche de l’université de Laponie. Les deux antennes locales du Stalking Support Centre qui collaboraient au projet ont signé l’autorisation de recherche. Les enfants et leurs responsables légaux ont donné leur consentement éclairé ; pour l’enfant de deux ans qui participait, les parents ont donné leur consentement en son nom. Enfin, chaque enfant avait la possibilité de se retirer de l’étude à tout moment.
L’analyse des données était orientée vers le contenu (Gibbs, 2007/2009). Dans une première phase, elle a porté sur la manière dont les enfants décrivaient leurs relations familiales et leurs autres relations, sur leur manière d’agir dans ces relations et sur la façon dont les enfants décrivaient les liens entre ces relations et le harcèlement parental. Les réponses ont été cherchées par une lecture des transcriptions d’entretiens guidée par les données, et par le visionnage et l’écoute des séances de groupe filmées. Les relations proches auxquelles les enfants associaient leur expérience du harcèlement parental concernaient leur père, leur mère, leurs frères et sœurs, leurs amis, leurs proches et leurs animaux de compagnie. Les enfants décrivaient ces relations en termes de rôles des membres de la famille, y compris les attentes, les devoirs et les responsabilités qu’impliquent ces rôles, et dépeignaient les émotions et les pensées nées d’une situation familiale alourdie par le harcèlement. La seconde phase comprenait une interprétation des deux ensembles de données, centrée sur le sentiment d’appartenance des enfants dans leurs relations proches. Il s’agissait de comprendre comment les enfants construisaient leur sentiment d’appartenance et à qui allait leur sentiment d’appartenance. L’analyse a permis de repérer quatre dimensions du sentiment d’appartenance des enfants dans leurs relations familiales : (1) l’appartenance fluctuante, (2) l’appartenance distanciée, (3) la non-appartenance et (4) l’appartenance contenante. Tout au long de l’analyse, il importait d’avoir conscience des biais possibles dans l’interprétation des voix des enfants au sujet de leurs relations familiales, car la compréhension que des adultes à l’écoute ont des récits d’enfants peut varier fortement. Les enfants peuvent avoir leurs propres compréhensions sémantiques, et l’équipe de recherche risque de réifier la voix des enfants en leur appliquant ses propres cadres interprétatifs (voir aussi Spyrou, 2011). Les dimensions du sentiment d’appartenance des enfants vont maintenant être développées et discutées au regard des études antérieures. L’âge, le genre et les autres caractéristiques permettant d’identifier les enfants ont été anonymisés dans les citations pour protéger leur vie privée.
Le sentiment d’appartenance fluctuante des enfants apparaît dans leurs relations avec leur père violent. Il repose sur une relation enfant-père marquée par l’ambivalence des sentiments de l’enfant envers le père ; du fait de cette ambivalence, le sentiment d’appartenir ou non au père peut changer selon les situations. Cette dimension de l’appartenance prédomine surtout chez les plus jeunes, mais elle apparaît aussi dans l’expérience d’enfants plus âgés. Le sentiment d’appartenance fluctuante des enfants prend sa source dans les bons et les mauvais côtés du père, mais aussi dans leur loyauté envers leurs parents et dans leur représentation de la famille idéale. Les données comportent plusieurs exemples où des enfants décrivent leur regard positif et leurs souvenirs positifs du père :
Oui, je me souviens que quand j’étais enfant, on faisait plein de choses ensemble, et j’ai aussi de bons souvenirs, mais peut-être que ce sont les mauvais qui me viennent d’abord à l’esprit. … Ou alors, bon, on a quand même plein de photos où par exemple je dors sur le ventre de mon père. (Enfant)
Dans l’ensemble, les enfants ont fait part de difficultés à entretenir une relation avec leur père. L’une des tâches proposées lors des séances de groupe consistait à créer, par bricolage, un arbre des relations sociales où des pommes représentaient les bonnes relations des enfants et des citrons les relations difficiles. En réalisant l’arbre, des enfants ont manifesté des sentiments ambivalents envers leur père, comme en témoigne la réflexion d’un enfant qui cherchait à décider si le père serait mieux représenté par une pomme ou par un citron :
Il y a eu un peu de pomme aussi, parfois [en pensant aux bons côtés du père], mais je ne vais quand même pas mettre une pomme là… Ce citron [les mauvais côtés du père], c’est en fait mon père. Celui que je dois voir… et après je devrais discuter [avec le père]. En fait, je vais le voir, mais... bon, je vais le voir, mais je lui dis directement ce que je pense, parce que sinon il ne me croira pas.
Le processus de groupe a montré que la conception qu’un enfant a de sa relation avec le père peut changer d’une séance à l’autre. À la séance suivante, l’enfant dont les propos sont cités ci-dessus a accroché une pomme à côté du citron, en disant que le père avait aussi de bons côtés. La tâche montre également que des enfants qui vivent dans la même famille peuvent avoir des sentiments différents envers leur père et des relations contradictoires avec lui. Dans une famille, chaque enfant de la fratrie avait des rencontres supervisées avec leur père. Dans l’arbre des relations sociales, les enfants plus âgés de la fratrie ont représenté le père par une pomme, tandis que pour l’enfant le plus jeune, le père était mort.
Les données montrent que la perception qu’ont les enfants des bons et des mauvais côtés de leur père, et leur connaissance partielle de la situation familiale, peuvent leur donner l’envie de maintenir leur relation avec le père (voir aussi Cater, 2007). Par exemple, lors d’une séance de groupe, un enfant a exprimé que son père lui manquait et a dit avoir du mal à comprendre les restrictions imposées aux rencontres avec lui. En entretien, un enfant a exprimé le souhait de reconstruire une relation avec le père après une interruption des rencontres. Souvent, les enfants reconnaissaient le comportement violent de leur père comme une part de sa personnalité aux multiples facettes, où les bons souvenirs neutralisaient les mauvais comportements et tenaient la violence à distance de la relative bonté du père (voir aussi Callaghan et al., 2015 ; Cater, 2007).
Dans l’appartenance fluctuante, les enfants exprimaient un besoin émotionnel d’appartenir à leur père, mais le comportement du père contredisait leurs désirs et rendait difficile une appartenance réciproque. La loyauté des enfants envers leurs parents a pu influer sur la manière dont les enfants percevaient leur relation au père. Lors des entretiens, deux enfants ont réfléchi à leur propre relation avec leur père et à celle de leurs frères et sœurs :
C’est mon père, de toute façon. (Enfant)
Mais je pense que [mon frère ou ma sœur] veut toujours une sorte de relation [avec papa]. [Mon frère ou ma sœur] essaie vraiment d’obtenir son attention et ce genre d’attention qu’il ne lui a jamais donnée. Et leur relation n’est pas bonne. [Mon frère ou ma sœur] le reconnaît et dit toujours qu’il [le père] n’est pas quelqu’un de bien. Mais [mon frère ou ma sœur] veut quand même être en contact avec lui. (Enfant)
Le sentiment d’appartenance fluctuante montre que les enfants ont des expériences diverses de leurs relations avec leur père. Les enfants peuvent par exemple chercher à renforcer leur relation avec le père, tout en la remettant tacitement en question. Cela peut, à son tour, entraver les possibilités qu’ont les enfants de définir leurs relations familiales à partir de l’expérience subjective de leur qualité. On y voit le besoin simultané des enfants d’avoir accès à leur parent violent et d’une protection face à lui (Cater, 2007).
La dimension de l’appartenance distanciée concerne les enfants qui ont commencé à prendre leurs distances avec leur père, plutôt que d’avoir un sentiment unifié d’appartenance à la famille. Les entretiens et les séances de groupe montrent que les enfants remettaient en question leur appartenance au père parce que son comportement suscitait chez eux déception, insécurité et peur. Lors d’un entretien, la personne qui menait l’entretien a demandé à un enfant ce qui s’était passé ensuite, quand l’enfant avait commencé à prendre ses distances avec le père alors que la famille vivait encore sous le même toit :
De toute façon, on ne se parlait pas beaucoup, ou alors il ne cherche pas le contact comme un enfant le voudrait… Je ne lui demandais rien, je l’ignorais complètement. Si j’avais quelque chose à dire, j’allais directement voir ma mère… Je refusais d’aller où que ce soit avec toute la famille s’il venait avec nous… J’ai commencé à faire comprendre assez clairement que je ne voulais pas de lui autour de moi et que je ne voulais pas qu’il me parle. Je ne supporte pas sa présence.
Les enfants étaient en détresse et percevaient le harcèlement exercé par leur père contre leur mère et/ou contre leur propre personne comme violent. Les enfants plus âgés, en particulier, savaient que le comportement de leur père était culturellement inacceptable et avaient développé un regard critique à son égard. Ces enfants pouvaient se forger leur propre perception de lui (voir aussi Elklit et al., 2019 ; Krampe, 2003) et évaluaient les conséquences négatives du harcèlement pour leur propre personne, leur mère et leurs frères et sœurs.
– Est-ce que tu vois ton papa en ce moment ?
– Mes petits frères et sœurs le voient. Moi, non.
– Pourquoi pas ?
– Je n’en ai pas envie. ….
– Est-ce qu’il y avait quelque chose de pas agréable dans ces rencontres ?
– Elles étaient pénibles.
– Est-ce qu’il y avait quelque chose de bien ?
– Non.
Le sentiment d’appartenance des enfants à leur père a aussi commencé à s’éroder parce que le père avait un comportement incohérent, alternant attention et menaces (voir aussi Callaghan et al., 2015 ; Cater, 2007). Les enfants percevaient les manœuvres subtiles du père, comme attirer l’enfant dans sa voiture avec des bonbons, pour exercer un contrôle sur les enfants et/ou les mères (voir aussi Callaghan et al., 2015). Les enfants prenaient conscience de leur rôle instrumental et du fait que les contacts avec leur père n’avaient rien à voir avec un manque qu’il aurait ressenti, mais tenaient plutôt à son intérêt pour la mère.
À l’époque, il essayait encore d’entrer en contact avec nous, les enfants, ou en fait d’entrer en contact avec maman par nous [les enfants]. Il nous envoyait aussi des messages, du genre : dites-moi comment va maman, et : tu peux avoir 10 euros si tu m’envoies une photo de maman. (Enfant)
Dans la dimension de l’appartenance distanciée, les enfants construisaient leur sentiment d’appartenance à partir de l’auto-identification et d’autres formes d’identification (Yuval-Davis, 2011). Ces dernières entraient en jeu lorsque le père ou d’autres personnes, en particulier des proches et des équipes professionnelles, cherchaient à influencer la manière dont les enfants comprenaient leur sentiment d’appartenance au père (voir Konstantoni, 2012 ; Krampe, 2003). Des enfants recevaient peu de soutien pour définir de façon autonome qui fait partie de leur famille (voir aussi Staf & Almqvist, 2015 ; Swanston et al., 2014) et considéraient que les autorités, ou d’autres adultes, ne peuvent pas les forcer à être en contact avec le père contre leur volonté. Des enfants éprouvaient de la confusion quand le père lui-même ou des proches du côté paternel entretenaient l’image d’un père attentionné :
Bon, comment est-ce que tu peux penser ça de ton papa, il [le père] a dit. (Enfant)
Il invoquait [le fait] que je suis son enfant biologique et qu’on devait être en contact pour cette raison. Tout à coup, je comptais pour lui. (Enfant)
D’après eux [les proches du côté paternel], papa n’a rien fait, ou rien de ce genre. Ils ne croyaient pas à ça, alors ils accusaient notre maman de ces choses-là, et ensuite les relations entre eux ont été rompues. (Enfant)
Dans l’appartenance distanciée, le comportement violent du père plaçait les enfants dans une situation de conflit où il leur fallait réfléchir à leur positionnement vis-à-vis des membres de la famille et à la manière de donner sens à leur appartenance. Les enfants étaient capables de construire leur propre compréhension des relations familiales, ce qui préparait le terrain pour nouer de nouvelles relations sociales positives et renforcer celles qui existaient. L’absence d’intérêt véritable de la part du père sapait le sentiment d’appartenance des enfants à son égard (Giddens, 1991 ; Jamieson, 2011).
En conséquence du comportement de harcèlement du père, des enfants avaient développé un sentiment de non-appartenance à leur père, qui s’étendait parfois aux proches du côté paternel. C’était particulièrement fréquent chez les enfants plus âgés, mais cela se retrouvait aussi chez de jeunes enfants, jusqu’à l’âge de six ans dans un cas. Le sentiment de non-appartenance des enfants à leur père montre leur capacité à porter un regard critique sur leurs relations familiales. Un enfant n’avait pas de relation avec le père et ne voulait pas être en contact avec lui :
– À ton avis, quel genre de relation as-tu avec ton père ?
– Je n’ai pas vraiment de relation avec lui.
– Est-ce que tu voudrais la décrire ou donner quelques détails ?
– Après la séparation de ma mère et de mon père, au début, il envoyait des messages et [m’]appelait au téléphone, ce genre de choses. Je l’ai bloqué parce que je ne voulais pas être en contact avec lui.
Les enfants comprenaient bien comment les dynamiques de contrôle du père opéraient dans les relations familiales, et évoquaient à la fois le comportement violent du père envers la mère et/ou envers leur propre personne, et ses tentatives de contact, qui n’étaient pas perçues comme sincèrement attentionnées (voir aussi Callaghan et al., 2015). Des enfants expliquaient que la raison principale de leur refus de voir leur père était la mauvaise qualité de la relation enfant-père, et beaucoup disaient que leur père n’était pas aussi présent qu’il aurait dû l’être lorsqu’il passait du temps avec les enfants (voir aussi Cater & Forssell, 2014 ; Holt, 2015 ; Pang & Thomas, 2020). Ainsi, lorsque la relation des enfants au père n’était pas mutuellement gratifiante, une partie finissait par la rompre (voir aussi Øverlien, 2013 ; Staf & Almqvist, 2015). Lors d’un entretien, un enfant a expliqué que les plus jeunes de la fratrie ne voulaient pas de lien avec le père en raison de ses piètres compétences paternelles :
[Les plus jeunes de la fratrie] ne veulent pas le voir. Personne dans la fratrie n’arrive vraiment à avoir un lien avec lui. Et la timidité les gagne avec lui, parce qu’il n’a jamais vraiment construit de relation avec [mon frère ou ma sœur plus jeune], et quand maman et papa se sont séparés, [l’enfant] avait sept ou six ans. Un jour, [l’enfant] a dit : « Il [papa] ne m’a jamais parlé, je ne connais même pas cette personne, alors pourquoi se donner la peine d’aller le revoir. » Personne n’a exprimé le besoin de le voir. C’est plutôt un soulagement pour la fratrie qu’on se soit débarrassé de lui.
Des enfants avaient conscience du rôle manipulateur du père dans la famille et de ses tentatives d’influencer leurs pensées et leurs actes, par exemple en dénigrant la mère, en la rendant responsable de la situation familiale, ou en en rendant les enfants responsables, et en traitant inégalement les enfants de la fratrie, en favorisant l’un au détriment de l’autre. Ces enfants jugeaient le comportement de leur père immoral et injuste, comme l’a raconté un enfant en entretien :
Ça a été un soulagement pour moi, dans le sens où j’ai pu poser des limites. Et décider que je ne veux pas être en contact avec lui, parce que j’ai vu comment il traitait, et traite encore, mes autres frères et sœurs qui sont en contact avec lui. Ou comment il traitait ma mère, et je ne voulais pas faire partie de ça. Parce que, quand on était encore en contact, il pouvait m’utiliser contre les autres sans que je le sache. C’est comme ça qu’il manipulait les gens.
Le contexte culturel et social apparaissait aussi dans la manière dont les enfants justifiaient leur sentiment de non-appartenance à leur père. L’éducation et la conscience qu’avaient les enfants de leurs propres droits en tant que citoyens étaient des facteurs importants pour les aider à prendre des décisions concernant leurs relations familiales :
– Comment est-ce que tu savais qu’à 12 ans, on peut prendre cette décision de façon autonome [la décision de ne pas être en contact avec le père] ?
– À ce moment-là, on a pas mal de droits.
– Oui, c’est vrai. Comment est-ce que tu savais qu’à 12 ans… ?
– Par le livre d’éducation civique [un manuel scolaire].
– Donc tu as appris à l’école, en cours d’éducation civique, qu’à 12 ans, une personne peut décider si elle y va [voir le père], et tu l’as dit à la personne qui supervisait la rencontre ?
– Mmh. Oui, on nous a appris que les droits, on a plus de droits quand on a 12 ans.
Les enfants allaient aussi à l’encontre de la compréhension culturelle positive de la relation enfant-parent. Cette contradiction apparaissait, par exemple, lorsque des enfants exprimaient des émotions positives en parlant de la séparation des parents ou des sanctions pénales visant le père. Un enfant souhaitait que le père soit condamné à la prison, voire qu’il meure. L’écart entre les codes culturels établis et l’expérience réelle des enfants est apparu en particulier lorsque des amis d’un des enfants ont présenté leurs condoléances pour la mort du père de l’enfant, alors que ce décès était un soulagement pour l’enfant :
On avait quelqu’un en visite à ce moment-là, et [cette personne] regardait juste, déconcertée par ma réaction [la joie et le bonheur au décès du père].
Les enfants qui éprouvaient un sentiment de non-appartenance avaient conscience du pouvoir et du contrôle qu’il leur est possible d’exercer dans leur relation avec leur père, et cette conscience produisait un fort sentiment d’autonomie et de confiance dans leur propre capacité à agir sur leurs relations familiales (voir aussi Callaghan et al., 2015). Le sentiment d’appartenance des enfants, ou son absence, était auto-identifié (Yuval-Davis, 2011), et les enfants savaient qu’il leur revient de décider de leurs appartenances. La relation psychologique des enfants à leur père peut être décrite comme une relation où il est un « anti-père » : les enfants nient leur besoin d’un père et leur besoin de préserver un sentiment d’appartenance, une réaction fondée sur la peur ou l’antagonisme (Krampe, 2003). La non-appartenance reconnaît que les enfants peuvent chercher activement une appartenance qui accroît leur bien-être et leur permet de trouver une portée morale dans leurs relations sociales.
L’appartenance contenante peut être considérée comme le cœur du sentiment d’appartenance des enfants, en ce qu’elle leur permet d’entretenir des relations sociales réciproques et gratifiantes. Dans l’appartenance contenante, les autrui significatifs des enfants comprennent les personnes qui procurent soin, réconfort et sécurité. Lors de la séance de groupe au cours de laquelle les enfants ont créé par bricolage un arbre des relations sociales où les pommes représentaient les relations positives, la plupart des enfants ont attribué des pommes à la mère, aux amis, aux proches et aux animaux de compagnie. Dans les entretiens aussi, les enfants ont décrit à quel point ces personnes et ces animaux comptaient pour leur apporter soutien et sécurité.
– Qui sont les personnes importantes pour toi en ce moment ?
– Maman. Et les autres [membres] de la famille aussi. Les amis. Enfin, j’ai un groupe d’amis assez proches en ce moment. Des gens que je connais depuis des années, qui savent ce qui m’arrive et dont je sais beaucoup de choses. Il y en a d’autres aussi, des proches de la famille avec qui je suis plus en contact.
– Est-ce qu’il [le chien] te donnait un sentiment de sécurité ?
– Énormément. Il me prévenait s’il se passait quelque chose ; il aboyait quand il entendait du bruit dans la cour. Et c’est sûr que si je l’avais lâché et s’il avait attaqué papa, personne n’aurait osé venir. Oui, il me protégeait beaucoup de cette façon.
Le fondement de l’appartenance contenante des enfants est d’avoir des relations avec des personnes capables de répondre à leurs besoins émotionnels et de leur procurer de la sécurité (voir aussi Leung, 2015 ; Noble-Carr et al., 2020). Les enfants partageaient avec leur mère des émotions négatives, comme la peur et la déception, mais aussi positives, comme des sentiments de confiance et d’attention. Il était crucial pour les enfants que leur mère et leurs frères et sœurs se sentent aussi en sécurité. Des enfants adoptaient un rôle de soutien dans leur relation avec leur mère et leurs frères et sœurs, en en prenant soin et en les protégeant du harcèlement du père. Ce comportement de « soin contrôlant » peut être pour l’enfant un moyen de satisfaire son besoin de proximité (Staf & Almqvist, 2015), même s’il représentait aussi un lourd fardeau pour beaucoup d’enfants. Par exemple, lors des séances de groupe, un enfant veillait constamment sur son frère ou sa sœur plus jeune, tandis que, dans les entretiens, des enfants disaient prendre soin de leur mère et de leurs frères et sœurs. Ce comportement rompt avec la prémisse sociale concernant les rôles des membres de la famille.
Dans la création d’une appartenance contenante, la manière dont les enfants et d’autres personnes, comme les équipes professionnelles, comprennent la famille en tant que notion culturelle joue un rôle crucial. Pour les enfants, il était important que les équipes professionnelles et les autres adultes se reconnaissent dans leur expérience vécue des relations familiales et la distinguent du discours général sur l’unité familiale. Un enfant a rapporté qu’il n’avait été possible de parler d’une « vraie » famille qu’une fois les parents séparés et l’enfant parti loin du père :
Au moins au début, c’était sûr d’être à la maison. Je ne sais pas, mais l’ambiance était telle qu’on n’avait pas besoin d’être sur ses gardes. On pouvait vraiment être chez soi et faire ce qu’on voulait…. Je ne sais pas, peut-être que ça ressemblait davantage à une famille, tout simplement. On a commencé à faire plus de choses ensemble, et tout le monde en était content…. Je crois. C’est peut-être juste comme ça. Une famille. Peut-être que ça [me] donne du bonheur autrement qu’avant.
Les différentes compréhensions culturelles de la famille sont aussi apparues lorsqu’il a été question de ce qui avait aidé les enfants et de la manière de développer le système de services. Les enfants jugeaient important de pouvoir parler de leur situation familiale, en particulier avec leur mère et leurs frères et sœurs, mais aussi avec des équipes professionnelles. Un enfant a suggéré que les équipes professionnelles pourraient davantage tenir compte du point de vue des enfants sur l’appartenance, et soutenir ainsi les relations que les enfants, de leur propre point de vue, considèrent comme une ressource :
Je dirais qu’il ne faudrait pas forcément soutenir le maintien de la famille, mais plutôt soutenir le bien-être des enfants. Ils [les professionnels] ne... pas toujours... la maison n’est pas toujours le meilleur endroit où être. Peut-être que c’est aussi parce que les enfants veulent protéger leurs parents. (…) Ou alors l’enfant peut se sentir coupable s’il ou si elle parle contre un parent ou raconte aux autres ce que [le parent] a fait, et [l’enfant] finit par dire [qu’il ou qu’elle] ne veut pas de séparation d’avec [ce parent].
La valeur de l’appartenance contenante tient à son caractère englobant : elle ne doit comporter aucune limite qui contraigne les enfants à façonner leur sentiment d’appartenance. Cette liberté découle des droits de l’enfant et des droits humains (voir Yuval-Davis, 2011), qui donnent aux enfants le droit de mener une vie qui ait du sens. L’appartenance contenante permet aux enfants de créer des relations pures (Giddens, 1991) et de développer des pratiques qui répondent à leur besoin d’intimité, de lien et d’accordage mutuel (Jamieson, 2011) sous la menace du harcèlement. Elle favorise la sécurité ontologique des enfants (Giddens, 1991) et constitue une condition préalable à leur capacité de faire face.
Les dimensions du sentiment d’appartenance des enfants, appartenance fluctuante, appartenance distanciée, non-appartenance et appartenance contenante, sont parallèles et ne s’excluent pas mutuellement. Selon l’analyse qualitative des données, le sentiment d’appartenance des enfants est principalement déterminé, d’un côté, par la peur et l’insécurité et, de l’autre, par l’attachement et la sécurité liés aux membres de la famille, et par la manière dont cela s’articule avec les valeurs personnelles des enfants. Les dimensions de l’appartenance sont illustrées par la figure 1.

Les résultats montrent que les sentiments d’appartenance fluctuante, d’appartenance distanciée et de non-appartenance se construisent avant tout dans la relation au père violent. Les enfants remettent donc en question, à des degrés divers, leur appartenance au père. Un sentiment d’appartenance fluctuante ne permet pas aux enfants de poser des limites ni d’exclure les personnes qui leur font du mal ou menacent leur bien-être (voir Yuval-Davis, 2011), mais les enfants commencent à interroger leur attachement au père. Les enfants peuvent néanmoins avoir encore un besoin émotionnel d’appartenir au père (Cater, 2007). Dans l’appartenance distanciée, les enfants sont capables de construire une compréhension personnelle de leurs relations familiales et de remettre en question leur relation avec le père, en l’identifiant comme une source d’insécurité. Lorsque les enfants vivent une non-appartenance au père, leur contexte social immédiat devient moins confortable et le sentiment de « trouver leur place » dans l’ensemble de leurs relations familiales disparaît (May, 2011). Les enfants voient très clairement la nécessité d’exclure le père de leur vie et de celle de leur mère (voir aussi Øverlien, 2013). Le sentiment de non-appartenance au père apparaît comme une expérience positive (May, 2011), qui permet aux enfants de maîtriser de façon réflexive leurs relations familiales et leur donne le droit de définir pleinement leur appartenance (Giddens, 1991). À l’inverse, l’appartenance contenante concerne les personnes avec lesquelles les enfants éprouvent un sentiment d’appartenance et qui peuvent offrir réciprocité et satisfaction émotionnelles et cognitives (Jamieson, 2011). L’appartenance contenante représente un élément stable de l’expérience des enfants, alors que les autres dimensions sont mouvantes et dépendent de l’âge de l’enfant, du moment et du lieu (May, 2011 ; Yuval-Davis, 2011).
Les résultats de l’étude font écho aux études antérieures sur le harcèlement parental et le contrôle coercitif quant à la manière dont les pères utilisent les enfants pour entrer en contact avec leur ex-partenaire. Les façons dont les pères manipulent les enfants et contraignent et contrôlent le quotidien des enfants et de leurs mères (par exemple Nikupeteri & Laitinen, 2015 ; Callaghan et al., 2015 ; Clements et al., 2021 ; Elklit et al., 2019 ; Løkkegaard et al., 2019) peuvent conduire les enfants à prendre leurs distances avec leur père violent et à chercher réconfort et soutien auprès de leur mère victime de violences et de leurs frères et sœurs (par exemple Katz, 2015 ; Lapierre et al., 2018). L’étude montre en outre que les enfants d’une même famille ne partagent pas nécessairement le même sentiment d’appartenance (voir aussi Swanston et al., 2014) et que leur sentiment d’appartenance peut fluctuer. D’où l’importance que les équipes professionnelles comprennent les relations familiales et le sentiment d’appartenance des enfants comme une question aux multiples facettes, plutôt que de penser que les relations familiales des enfants ont une influence uniforme sur tous les membres de la famille (voir aussi Angel, 2014).
Les résultats montrent par ailleurs que, même si les enfants peuvent, dans une certaine mesure, choisir avec qui et à quoi appartenir (Angel, 2014), leur avis peut ne pas compter dans les situations où des équipes professionnelles estiment que le contact entre un enfant et son père est dans l’intérêt supérieur de l’enfant, même si ce contact fait courir un risque de violence continue contre l’enfant et la mère (Nikupeteri & Laitinen, 2015 ; Bruno, 2018 ; Radford & Hester, 2015 ; Staf & Almqvist, 2015 ; Tisdall et al., 2021). Le sentiment de non-appartenance des enfants à un père harceleur remet en question l’idéal de la coparentalité et du maintien des contacts de l’enfant avec ses deux parents après leur séparation (voir aussi Elizabeth et al., 2012 ; Jaffe et al., 2009 ; Radford & Hester, 2015), en ajoutant l’expérience personnelle d’appartenance de l’enfant à l’évaluation de la qualité des relations familiales. Prendre en compte l’expérience de l’enfant compte, car cela peut réduire le risque avéré qu’un enfant ou la mère soit tué après la séparation au cours de litiges sur la garde et de l’organisation des contacts (Jaffe et al., 2009 ; Spearman et al., 2022). Par exemple, aux États-Unis, le Center for Judicial Excellence (2022) recense le nombre d’enfants tués par un parent lorsque la couverture médiatique mentionnait un divorce, une séparation, la garde, le droit de visite ou une pension alimentaire. Depuis 2008, 871 enfants ont été tués par un parent en instance de divorce ou de séparation. Des défaillances du système ont été signalées dans 118 cas où le meurtre d’un enfant aurait pu être évité.
Mettre au jour le sentiment d’appartenance des enfants suppose que les équipes professionnelles travaillent longtemps avec les enfants et reconnaissent le caractère multidimensionnel de leur sentiment d’appartenance dans leurs relations familiales. Par ailleurs, les déclarations des enfants sur leur non-appartenance au père devraient être prises au sérieux (voir aussi Bruno, 2018) et considérées comme les « vrais points de vue » des enfants (Tisdall et al., 2021). Une compréhension nuancée du sentiment d’appartenance des enfants permet aux équipes professionnelles des services sociaux et de santé et des forces de l’ordre de donner du poids au regard que les enfants portent sur les relations familiales d’après la séparation qui les protègent, qui sont mutuellement gratifiantes et qui accroissent leur bien-être (Jamieson, 2011). Renforcer l’identité sociale des enfants auprès d’adultes de confiance, de leurs frères et sœurs et de leurs pairs leur permet de vivre une appartenance sûre et autodéterminée (Konstantoni, 2012).
L’étude comporte certaines limites. En raison du faible volume de données et du large éventail d’âges des enfants (de 2 à 21 ans), qui couvre plusieurs stades de développement, il n’a pas été possible de se concentrer sur le sentiment d’appartenance d’un groupe d’enfants particulier. On peut s’attendre à ce que l’expérience des relations familiales varie fortement entre des enfants d’âge préscolaire et des jeunes en fin d’adolescence, qui disposent de davantage de droits pour gérer leur propre vie. Par ailleurs, si l’échantillon avait compté davantage de garçons, l’analyse aurait pu porter sur le rôle du genre dans l’expérience des enfants. L’analyse des groupes d’action thérapeutique, en particulier, comportait un risque de surinterprétation ou de mauvaise interprétation de l’expérience des enfants, mais l’analyse des données par une équipe de recherche a réduit ce risque dans une certaine mesure. Compte tenu de l’angle assez étroit de la présente étude, centrée sur les relations familiales immédiates des enfants, une compréhension plus complète du sentiment d’appartenance des enfants dans les contextes familiaux violents d’après la séparation pourrait être développée en étudiant le rôle des amis, des proches et des animaux de compagnie dans la constitution d’un sentiment d’appartenance. En outre, comme les aspects environnementaux jouent un rôle crucial dans le sentiment d’appartenance et que nos données et notre analyse sont limitées pour étudier, par exemple, l’effet d’un déménagement dans un nouveau quartier ou d’un changement d’école sur le sentiment d’appartenance d’un enfant, les facteurs environnementaux appellent des recherches complémentaires.
À notre connaissance, aucune étude antérieure n’a examiné le sentiment d’appartenance des enfants dans le contexte du harcèlement et de la violence domestique. Notre étude montre que l’examen du sentiment d’appartenance des enfants peut apporter une valeur ajoutée aux études antérieures sur la qualité des relations des enfants avec un parent violent et avec un parent victime, et sur la maternité et la paternité lorsqu’un parent exerce des violences sur l’autre et/ou sur les enfants (par exemple Cater & Forssell, 2014 ; Katz, 2015 ; Lapierre et al., 2018 ; Staf & Almqvist, 2015). L’appartenance permet d’examiner la nature multidimensionnelle des relations familiales des enfants, inscrites dans un contexte socioculturel plus large, en tenant compte aussi des émotions, des valeurs personnelles et des conceptions morales des enfants qui caractérisent leurs relations familiales (voir May, 2011). Pour la recherche future, l’appartenance peut être vue comme un cadre théorique applicable à l’analyse de l’expérience que les enfants ont de différentes formes de violence dans les familles.
Selon les résultats de l’étude, les équipes professionnelles qui travaillent avec des enfants vivant des situations familiales violentes après une séparation devraient reconnaître la capacité des enfants à analyser la qualité de leurs relations familiales et à évaluer leurs appartenances. Il est essentiel que les équipes professionnelles laissent les enfants nouer leurs relations familiales et leurs autres relations sociales selon leur expérience subjective, et soutiennent ces relations (voir aussi Noble-Carr et al., 2020). Une compréhension plus fine du sentiment d’appartenance des enfants est nécessaire dans les forces de l’ordre et dans les services sociaux et de santé, afin de garantir la sécurité et l’intérêt supérieur des enfants confrontés à la violence domestique et au harcèlement. Les résultats s’appliquent en particulier aux cultures qui partagent l’idéal occidental de l’implication continue des deux parents dans la vie des enfants après la séparation.
Complexe Systémique : à retenir
Ce texte donne aux équipes cliniques un vocabulaire précieux pour entendre ce que disent les enfants quand un père continue de harceler la mère après la séparation : l’appartenance n’est pas un bloc, elle fluctue, prend ses distances, se refuse ou trouve refuge auprès de la mère, de la fratrie, des amis, d’un chien. Pour la thérapie familiale, deux points ressortent. D’abord, des enfants d’une même fratrie peuvent vivre des appartenances très différentes au même père : mieux vaut entendre chaque enfant que supposer une « position de la fratrie ». Ensuite, le refus du lien peut être une conquête d’autonomie plutôt qu’un symptôme à corriger ; l’article invite à le prendre au sérieux face à l’idéal de la coparentalité. La prudence reste de mise : un petit échantillon de 2 à 21 ans recruté par un centre spécialisé, des séances de groupe non transcrites, un cadre où l’auteur du harcèlement est toujours le père. Le « soin contrôlant » des enfants qui veillent sur leur mère et leur fratrie mériterait aussi une lecture en termes de parentification. À lire avec l’article sur la peur des enfants dans les groupes d’action thérapeutique, et avec l’article sur l’approche par les capabilités.
Notes de l’original
1 La femme interviewée et son enfant font partie de notre projet de recherche Children's Knowing Agency in Private, Multiprofessional and Societal Settings - The Case of Parental Stalking.
Remerciements. L’équipe remercie les spécialistes de la violence du centre de soutien Varjo [Ombre] d’avoir recueilli les données, et exprime toute sa gratitude à l’ensemble des enfants et des jeunes qui ont participé à ce projet.
Financement. Financement du libre accès assuré par l’université de Laponie. L’étude a été financée par l’Académie de Finlande (subvention no 308470).
Conflit d’intérêts. Au nom de l’ensemble de l’équipe, la personne responsable de la correspondance déclare l’absence de conflit d’intérêts.
Note de l’éditeur. Springer Nature reste neutre quant aux revendications territoriales figurant dans les cartes publiées et les affiliations institutionnelles.
Références
Angel BØ. Foster children’s sense of sibling belonging: The significance of biological and social ties. SAGE Open. 2014. https://doi.org/10.1177/2158244014529437.
Arai L, Shaw A, Feder G, Howarth E, MacMillan H, Moore THM, Stanley N, Gregory A. Hope, Agency, and the Lived Experience of Violence: A Qualitative Systematic Review of Children’s Perspectives on Domestic Violence and Abuse. Trauma, Violence, & Abuse. 2021;22(3):427–438. https://doi.org/10.1177/1524838019849582.
Bendlin M, Sheridan L. Risk Factors for Severe Violence in Intimate Partner Stalking Situations: An Analysis of Police Records. Journal of Interpersonal Violence.. 2019. https://doi.org/10.1177/0886260519847776.
Bergman A-S, Eriksson M. Supported Visitation in Cases of Violence: Political Intentions and Local Practice in Sweden. International Journal of Law, Policy and the Family. 2018;32(3):374–393. https://doi.org/10.1093/lawfam/eby011.
Brooks N, Petherick W, Kannan A, Stapleton P, Davidson S. Understanding female-perpetrated stalking. Journal of Threat Assessment and Management. 2021;8(3):65–76. https://doi.org/10.1037/tam0000162.
Bruno L. National self-image as an obstacle to ensuring children’s rights in the context of domestic violence and family law – the case of Sweden. Journal of Social Welfare and Family Law. 2018;40(4):426–440. https://doi.org/10.1080/09649069.2018.1519156.
Callaghan J, Alexander J, Sixsmith J, Fellin LC. Beyond "Witnessing": Children’s Experiences of Coercive Control in Domestic Violence and Abuse. Journal of Interpersonal Violence. 2015;33(10):1551–1581. https://doi.org/10.1177/0886260515618946.
Cater Å. Children’s meaning-conciliation of their fathers’ violence related to fathers and violence in general. Journal of Scandinavian Studies in Criminology and Crime Prevention. 2007;8(1):41–55. https://doi.org/10.1080/14043850701289538.
Cater Å, Forssell A. Descriptions of fathers’ care by children exposed to intimate partner violence (IPV) – Relative neglect and children’s needs. Child and Family Social Work. 2014;19(2):185–193. https://doi.org/10.1111/j.1365-2206.2012.00892.x.
Center for Judicial Excellence. (2022, October 17). US Divorce Child Murder Data (2008-Present). https://centerforjudicialexcellence.org/
Chan, H.C.O., & Sheridan, L. (2020). Psycho-Criminological Approaches to Stalking Behavior. An International Perspective. Hoboken, New Jersey: Wiley.
Clements KAV, Sprecher M, Modica S, Terrones M, Gregory K, Sullivan CM. The Use of Children as a Tactic of Intimate Partner Violence and its Relationship to Survivors’ Mental Health. Journal of Family Violence. 2021. https://doi.org/10.1007/s10896-021-00330-0.
DeKeseredy WS, Dragiewicz M, Schwartz MD. Abusive Endings. Separation and Divorce Violence against Women. University of California Press; 2017.
Elizabeth V, Gavey N, Tolmie J. The gendered dynamics of power in disputes over the postseparation care of children. Violence against Women. 2012;18(4):459–481. https://doi.org/10.1177/1077801212452049.
Elklit A, Gregers Vangsgaard LA, Witt Olsen AS, Al Ali S. Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) Symptoms in Secondary Stalked Children of Danish Stalking Survivors—A Pilot Study. Public Health. 2019;16(5):725. https://doi.org/10.3390/ijerph16050725.
Eriksson M, Näsman E. Interviews with Children Exposed to Violence. Children & Society. 2012;26(1):63–73. https://doi.org/10.1111/j.1099-0860.2010.00322.x.
Finnish National Board on Research Integrity TENK. (2019). The ethical principles of research with human participants and ethical review in the human sciences in Finland. Publications of the Finnish National Board on Research Integrity TENK 3/2019. Helsinki: Finnish National Board on Research integrity. https://www.tenk.fi/sites/tenk.fi/files/Ihmistieteiden_eettisen_ennakkoarvioinnin_ohje_2019.pdf
Fellin LC, Callaghan JEM, Alexander JH, Harrison-Breed C, Mavrou S, Papathanasiou M. Empowering young people who experienced domestic violence and abuse: The development of a group therapy intervention. Clinical Child Psychology and Psychiatry. 2019;24(1):170–189. https://doi.org/10.1177/1359104518794783.
Gibbs, G. R. (2009) Analyzing Qualitative Data. The SAGE Qualitative Research Kit. Los Angeles, London, New Delhi, Singapore, Washington DC: SAGE. (Original work published 2007).
Giddens A. Modernity and Self-Identity. Self and Society in Late Modern Age. Polity Press; 1991.
Holt S. Post-separation Fathering and Domestic Abuse: Challenges and Contradictions. Child Abuse Review. 2015;24(3):210–222. https://doi.org/10.1002/car.2264.
Humphreys C, Diemer K, Bornemisza A, Spiteri-Staines A, Kaspiew R, Horsfall B. More present than absent: Men who use domestic violence and their fathering. Child and Family Social Work. 2019;24(2):321–329. https://doi.org/10.1111/cfs.12617.
Hydén M. The Teller-Focused Interview: Interviewing as a relational practice. Qualitative Social Work. 2014;13(6):795–812. https://doi.org/10.1177/1473325013506247.
Jaffe PG, Crooks CV, Bala N. A Framework for Addressing Allegations of Domestic Violence in Child Custody Disputes. Journal of Child Custody. 2009;6(3–4):169–188. https://doi.org/10.1080/15379410903084517.
Jamieson, L. (2011). Intimacy as a Concept: Explaining Social Change in the Context of Globalisation or Another Form of Ethnocentricism? Sociological Research Online, 16(4). 10.5153/sro.2497
Katz E. Recovery-Promoters: Ways that Mothers and Children Support One Another's Recoveries from Domestic Violence. British Journal of Social Work. 2015;45(sup. 1):i153–169. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcv091.
Konstantoni K. Children’s peer relationships and social identities: Exploring cases of young children’s agency and complex interdependencies from the Minority World. Children’s Geographies. 2012;10(2):337–346. https://doi.org/10.1080/14733285.2012.693382.
Krampe EM. The Inner father. Fathering. 2003;1(2):131–148. https://doi.org/10.3149/fth.0102.131.
Laitinen, M., & Nikupeteri, A. (2018). Researching children's experiences of parental stalking: Narrative research on sensitive topics with children and young people. SAGE Research Methods Cases Part 2. 10.4135/9781526436689
Lapierre S, Côté I, Lambert A, Buetti D, Lavergne C, Damant D, Couturier V. Difficult but Close Relationships: Children’s Perspectives on Relationships with Their Mothers in the Context of Domestic Violence. Violence against Women. 2018;24(9):1023–1038. https://doi.org/10.1177/1077801217731541.
Leung L. The effects on children of witnessing violence: Implications for social work practice. Asia Pacific Journal of Social Work and Development. 2015;25(2):68–79. https://doi.org/10.1080/02185385.2015.1058185.
Logan TK, Walker R. Stalking: A Multidimensional Framework for Assessment and Safety Planning. Trauma, Violence, & Abuse. 2017;18(2):200–222. https://doi.org/10.1177/1524838015603210.
Løkkegaard SS, Beck Hansen N, Wolf NM, Elklit A. When Daddy Stalks Mommy: Experiences of Intimate Partner Stalking and Involvement of Social and Legal Authorities When Stalker and Victim Have Children Together. Violence against Women. 2019;25(14):1759–1777. https://doi.org/10.1177/1077801219826738.
May V. Self, Belonging and Social Change. Sociology. 2011;45(3):363–378. https://doi.org/10.1177/0038038511399624.
Mullender A, Hague G, Imam U, Kelly L, Malos E, Regan L. Children’s Perspectives on Domestic Violence. Sage; 2002.
Nikupeteri A, Laitinen M. Children’s Everyday Lives Shadowed by Stalking: Postseparation Stalking Narratives of Finnish Children and Women. Violence and Victims. 2015;30(5):830–845. https://doi.org/10.1891/0886-6708.VV-D-14-00048.
Noble-Carr D, Moore T, McArthur M. Children's experiences and needs in relation to domestic and family violence: Findings from a meta-synthesis. Child & Family Social Work. 2020;25(1):182–191. https://doi.org/10.1111/cfs.12645.
Øverlien C. The children of patriarchal terrorism. Journal of Family Violence. 2013;28(3):277–287. https://doi.org/10.1007/s10896-013-9498-9.
Pang LHG, Thomas SJ. Exposure to Domestic Violence during Adolescence: Coping Strategies and Attachment Styles as Early Moderators and their Relationship to Functioning during Adulthood. Journal of Child & Adolescent Trauma. 2020;13(2):185–198. https://doi.org/10.1007/s40653-019-00279-9.
Radford, L., & Hester, M. (2015). More Than a Mirage? Safe Contact for Children and Young People Who Have Been Exposed to Domestic Violence. In N. Stanley & C. Humphreys (Eds.), Domestic Violence and Protecting Children. New Thinking and Approaches (pp. 112–129). London, England: Jessica Kingsley Publisher.
Spearman KJ, Hardesty JL, Campbell J. Post-separation abuse: A concept analysis. Journal of Advanced Nursing. 2022. https://doi.org/10.1111/jan.15310.
Spitzberg BH, Cupach WR. The dark side of relationship pursuit. From attraction to obsession and stalking. Routledge; 2014.
Spyrou S. The limits of children’s voices: From authenticity to critical, reflexive representation. Childhood. 2011;18(2):151–165. https://doi.org/10.1177/0907568210387834.
Strand S, McEwan TE. Same-gender stalking in Sweden and Australia. Behavioral Sciences & the Law. 2011;29(2):202–219. https://doi.org/10.1002/bsl.981.
Staf AG, Almqvist K. How children with experiences of intimate partner violence towards the mother understand and relate to their father. Clinical Child Psychology and Psychiatry. 2015;20(1):148–163. https://doi.org/10.1177/1359104513503352.
Swanston J, Bowyer L, Vetere A. Towards a richer understanding of school-age children’s experiences of domestic violence: The voices of children and their mothers. Clinical Child Psychology and Psychiatry. 2014;19(2):184–201. https://doi.org/10.1177/1359104513485082.
Tisdall EKM, Morrison F, Warburton J. Challenging undue influence? Rethinking children’s participation in contested child contact. Journal of Social Welfare and Family Law. 2021;43(1):8–22. https://doi.org/10.1080/09649069.2021.1876305.
Yuval-Davis N. The politics of belonging. Intersectional contestations. Sage; 2011.
Traduction non officielle en français de Le sentiment d’appartenance des enfants dans un contexte de harcèlement parental après la séparation : l’expérience que des enfants de Finlande ont de leurs relations familiales, par Anna Nikupeteri, Merja Laitinen et Kati Kallinen, Journal of Child & Adolescent Trauma, vol. 16, no 2, p. 285-295 (2023), doi : 10.1007/s40653-022-00494-x, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (légende de la figure traduite). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Children’s Sense of Belonging in the Context of Post-separation Parental Stalking: Finnish Children’s Experiences of their Family Relations », publié dans Journal of Child & Adolescent Trauma (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Nikupeteri, A., Laitinen, M., et Kallinen, K. (2023). Le sentiment d’appartenance des enfants dans un contexte de harcèlement parental après la séparation : l’expérience que des enfants de Finlande ont de leurs relations familiales (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-sentiment-d-appartenance-des-enfants-dans-un-contexte-de-harcelement-parental (Œuvre originale publiée en 2022 dans Journal of Child & Adolescent Trauma, 16(2), 285-295 (2023) ; republiée en 2023 par Journal of Child & Adolescent Trauma, https://link.springer.com/article/10.1007/s40653-022-00494-x)
Pour aller plus loin