Healthcare · Famille
Comment un génocide, une guerre ou un exil continuent-ils de peser sur des enfants qui ne les ont pas vécus ? Une équipe grecque de travail social et de soins infirmiers a passé en revue 22 études publiées entre 2016 et 2026, du Rwanda à la Shoah, de la Partition indienne aux familles syriennes réfugiées. La transmission passe surtout par la communication familiale, le silence et la détresse des parents ; les interventions, elles, restent le plus souvent centrées sur l’individu.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Le trauma intergénérationnel collectif chez les enfants et les familles : mécanismes de transmission, effets et interventions thérapeutiques des professions de santé et du travail social pour promouvoir la santé et renforcer la résilience psychologique, par Danai Sofia Pyliou, Areti Stavropoulou, Michael Rovithis, Georgios Filippidis et Maria Moudatsou, publié dans Healthcare (MDPI) (2026), doi : 10.3390/healthcare14152343, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. La figure 1 (diagramme PRISMA) est reprise avec sa légende traduite (schéma original en anglais) ; les tableaux 1, 2 et A1 sont présentés sous forme de listes, les titres des études recensées restant en anglais ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les interventions existantes portent surtout sur le trauma individuel et accordent peu d’attention à ses dimensions collectives et intergénérationnelles.
Danai Sofia Pyliou, Areti Stavropoulou, Michael Rovithis, Georgios Filippidis et Maria Moudatsou
Résumé
Le trauma intergénérationnel collectif est un phénomène complexe qui touche les descendances et les familles exposées aux effets durables d’événements traumatiques collectifs, tels que les déplacements forcés, les génocides et la guerre. Cette revue systématique visait à explorer les mécanismes par lesquels le trauma collectif se transmet d’une génération à l’autre, à examiner ses conséquences pour les enfants et les familles, et à analyser de façon critique les interventions mises en œuvre par les professions de santé et le travail social. La revue systématique a été conduite dans ScienceDirect, Wiley Online Library et PubMed. L’éligibilité des études publiées entre 2016 et 2026 a été examinée, ce qui a conduit à inclure 22 études. Les termes d’indexation « collective intergenerational trauma », « collective transgenerational trauma », « trauma transmission », « transmission mechanisms », « consequences », « intergenerational trauma interventions », « Social Care » et « Health Professionals » ont été utilisés, avec les opérateurs booléens AND et OR. Les études incluses ont été synthétisées par une analyse thématique. Les résultats indiquent que le trauma intergénérationnel collectif se transmet par des mécanismes familiaux, communicationnels, socioculturels et biologiques qui interagissent. Ses conséquences comprennent des difficultés psychologiques et psychosociales dans la descendance, des perturbations des relations familiales et des effets défavorables sur le fonctionnement familial. Les interventions existantes portent surtout sur le trauma individuel et accordent peu d’attention à ses dimensions collectives et intergénérationnelles. Les résultats soulignent la nécessité d’interventions culturellement adaptées, informées par le trauma et centrées sur la famille, qui abordent le trauma intergénérationnel collectif dans un cadre systémique. Les professions de santé et le travail social peuvent jouer un rôle important pour promouvoir la santé mentale, renforcer la résilience, atténuer les effets à long terme du trauma et soutenir les enfants, les familles et les communautés touchés.
Mots-clés : trauma collectif, trauma intergénérationnel, transmission du trauma, interventions informées par le trauma, professions de santé
Les événements traumatiques de grande ampleur, comme la guerre, le génocide et les déplacements forcés, peuvent avoir des conséquences durables non seulement pour les personnes directement exposées, mais aussi pour leurs familles et les générations suivantes. La recherche contemporaine indique que ces conséquences peuvent influencer le développement psychologique, les relations interpersonnelles et le fonctionnement familial de la descendance [1,2]. La persistance de ces effets d’une génération à l’autre a nourri un intérêt scientifique croissant pour le trauma intergénérationnel collectif et pour les processus par lesquels des expériences traumatiques collectives continuent d’affecter les générations suivantes.
Le trauma intergénérationnel collectif est un phénomène complexe et multidimensionnel : les effets psychologiques, familiaux et sociaux d’expériences traumatiques collectives persistent à travers les générations. Sa transmission peut passer par des processus psychologiques, familiaux, communicationnels, socioculturels et peut-être biologiques, qui interagissent [3,4]. Les expériences collectives et la mémoire sociale peuvent façonner les comportements, les représentations et les relations des générations suivantes [5], tandis que des altérations de la régulation du stress et de l’expression génique ont été proposées comme voies biologiques possibles, associées à une vulnérabilité psychologique et physique accrue [1,6,7].
Vu la nature multidimensionnelle du phénomène et la diversité des perspectives sous lesquelles il a été étudié, il est nécessaire de distinguer conceptuellement les formes de trauma qui lui sont apparentées. Ces notions sont liées entre elles, mais elles ne sont pas synonymes. Le trauma intergénérationnel collectif désigne précisément les conséquences durables d’expériences traumatiques de grande ampleur qui touchent un groupe et sa descendance [8]. Le trauma historique met l’accent sur les effets cumulés d’événements traumatiques vécus par un groupe partageant une identité culturelle, ethnique ou sociale commune [9]. Le trauma intergénérationnel désigne plus largement les processus par lesquels les effets d’un trauma subi par une génération influencent les générations suivantes, qui n’ont pas vécu directement l’événement d’origine [2]. Le stress traumatique secondaire est conceptuellement distinct, puisqu’il concerne des symptômes liés au trauma qui résultent d’une exposition indirecte aux expériences traumatiques d’une autre personne [10].
Au-delà de ces distinctions conceptuelles, comprendre comment les effets du trauma collectif persistent d’une génération à l’autre suppose de considérer les multiples processus en jeu dans leur transmission. La transmission du trauma intergénérationnel collectif ne s’explique pas par une voie unique. Les facteurs familiaux et psychosociaux semblent jouer un rôle central. Les pratiques parentales, les modes de communication et le fait que les parents révèlent ou taisent leurs expériences traumatiques peuvent influencer la manière dont les enfants vivent les effets liés au trauma [11]. Le comportement parental et l’environnement familial au sens large peuvent aussi renforcer ces effets [3]. Les approches psychodynamiques soulignent en outre l’influence des expériences traumatiques non résolues et des processus émotionnels inconscients sur les relations parent-enfant et sur le développement psychologique de la descendance [12]. L’interaction de ces processus de transmission peut contribuer à toute une série de conséquences psychologiques, interpersonnelles, sociales et physiques dans la descendance.
Le trauma intergénérationnel a été associé à des difficultés psychologiques et psychosociales chez des personnes de la génération suivante qui n’avaient pas été directement exposées à l’événement d’origine [13,14]. Les conséquences rapportées comprennent l’anxiété et la dépression [15,16] ainsi que des symptômes de stress post-traumatique [17]. La peur et la méfiance peuvent entraver l’intégration sociale [18], favoriser le retrait social [19] et freiner l’établissement de relations interpersonnelles de confiance [20].
La nature multidimensionnelle de ces conséquences montre la nécessité d’interventions qui aillent au-delà du traitement des symptômes traumatiques individuels. Les professions de santé et le travail social peuvent jouer un rôle important pour reconnaître les schémas intergénérationnels, soutenir les enfants et les personnes qui en prennent soin, renforcer la résilience et mettre en œuvre des interventions culturellement adaptées, informées par le trauma et centrées sur la famille. L’élaboration de réponses aussi globales se heurte toutefois à d’importantes limites conceptuelles, théoriques et empiriques de la littérature existante.
Malgré un intérêt croissant de la recherche, les études existantes abordent le trauma intergénérationnel collectif selon des perspectives théoriques et méthodologiques diverses, en mettant l’accent sur des mécanismes de transmission et des conséquences différents. Cette hétérogénéité, jointe à la tendance à examiner séparément les mécanismes de transmission, les effets sur les enfants et les familles et les approches d’intervention, limite une compréhension intégrée de la manière dont les expériences traumatiques collectives persistent au sein des systèmes familiaux et sociaux. Remédier à cette fragmentation exige une synthèse des données disponibles qui considère ces dimensions ensemble plutôt que comme des champs d’étude séparés.
En conséquence, cette revue systématique examine les mécanismes par lesquels les conséquences du trauma collectif peuvent se transmettre d’une génération à l’autre, leurs effets sur les enfants et sur le fonctionnement familial, et les interventions mises en œuvre par les professions de santé et le travail social. En intégrant ces dimensions dans un cadre collectif, centré sur l’enfant et sur la famille, la revue vise à offrir une compréhension plus complète du trauma intergénérationnel collectif et à soutenir l’élaboration d’approches systémiques de sa prévention et de sa prise en charge.
Les questions de recherche et les critères d’éligibilité ont été structurés principalement selon le cadre Population–Concept–Contexte (PCC), jugé adapté à une revue centrée sur le trauma intergénérationnel collectif et ouverte à des devis d’étude et à des approches méthodologiques variés. Pour la question de recherche portant sur les interventions évaluées, le cadre Population–Intervention–Comparaison–Résultat (PICO) a été appliqué en complément, lorsque c’était pertinent, selon le devis et les caractéristiques des études d’intervention incluses.
La revue systématique a donc porté sur les questions de recherche suivantes :
Une revue systématique suppose une démarche structurée et rigoureuse pour repérer et évaluer la littérature relative à un sujet clairement défini. À partir de critères prédéfinis, les données disponibles sont examinées, intégrées et rapportées de façon systématique et complète, afin de répondre aux questions de recherche posées. Cette recherche a donc suivi un cadre méthodologique systématique, mis en œuvre en avril 2026 dans les bases de données ScienceDirect, Wiley Online Library et PubMed. Les principaux termes de recherche étaient « collective intergenerational trauma », « collective transgenerational trauma », « trauma transmission », « transmission mechanisms », « consequences », « intergenerational trauma interventions », « Social Care » et « Health Professionals », avec les opérateurs booléens AND et OR, comme le montre le tableau 1. Des mots-clés en texte libre ont été utilisés, faute d’un vocabulaire contrôlé équivalent disponible de façon homogène dans toutes les bases. Des filtres ont limité la recherche aux publications en anglais parues entre 2016 et 2026. Lorsqu’il était disponible, le filtre « texte intégral » a aussi été appliqué.
Tableau 1 — Équations de recherche avec opérateurs booléens et termes retenus
Une recherche systématique de la littérature a été menée, et la sélection des études a suivi les principales étapes du cadre PRISMA. Ce processus a été présenté au moyen du diagramme de flux PRISMA 2020 (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses), adopté comme cadre pour rendre compte de façon transparente et systématique de la recherche documentaire et de la sélection des études [21]. Toutes les étapes de la recherche documentaire, les motifs d’exclusion des études et la composition finale de l’échantillon de la revue systématique ont ainsi été clairement documentés [22].
La figure 1 illustre le processus de sélection des études conformément aux lignes directrices PRISMA 2020. Les recherches dans les bases ScienceDirect, Wiley Online Library et PubMed ont permis d’identifier 4 997 enregistrements. Après suppression des doublons et tri préliminaire, les enregistrements répondant aux critères de tri sont passés à l’évaluation en texte intégral. Après application des critères d’éligibilité prédéfinis, 22 études ont été incluses dans la revue systématique finale.
La sélection des études a été guidée par des critères d’inclusion prédéfinis. Pour le devis, les études quantitatives, qualitatives et à méthodes mixtes, ainsi que les études de cas et les articles réflexifs, ont été incluses si elles examinaient le trauma intergénérationnel collectif, ses mécanismes de transmission, ses conséquences pour les enfants et les familles, ou des interventions visant à prévenir ou à prendre en charge ses effets. Pour garantir l’actualité de la revue et sa pertinence au regard de la recherche contemporaine sur le trauma intergénérationnel collectif, la recherche documentaire a été limitée aux études publiées entre 2016 et 2026. Pour le type de publication, seuls les articles parus dans des revues scientifiques à comité de lecture ont été inclus [22]. En outre, seules les études publiées en anglais et disponibles en texte intégral ont été jugées éligibles.
Les essais, éditoriaux, recensions d’ouvrages et rapports de politique publique qui n’apportaient pas de données suffisamment documentées en lien avec les questions de recherche ont été exclus. Les études dépourvues d’un devis de recherche clairement défini ou d’une description adéquate du recueil et de l’analyse des données ont aussi été exclues [23].
Tous les enregistrements identifiés par la recherche documentaire ont été importés dans Zotero 7 (Corporation for Digital Scholarship, Vienna, VA, États-Unis) pour la gestion des références et la détection des doublons. Les doublons issus de différentes sources électroniques ont été repérés et supprimés avant le tri. Après suppression des doublons, les titres et résumés des enregistrements restants ont été examinés pour évaluer leur pertinence au regard des objectifs et des questions de recherche de la revue, et leur conformité aux critères d’éligibilité prédéfinis. Les enregistrements manifestement sans rapport avec le champ de la revue ont été exclus à ce stade.
Après le tri sur titre et résumé, les études potentiellement pertinentes sont passées à l’examen en texte intégral. L’éligibilité de chaque article a été évaluée de façon indépendante au regard des critères d’inclusion et d’exclusion prédéfinis, avant toute décision finale sur son inclusion dans la revue. Les études qui ne remplissaient pas les critères d’éligibilité ont été exclues, et les motifs précis d’exclusion à l’étape de l’évaluation en texte intégral ont été consignés systématiquement. Les études remplissant tous les critères d’éligibilité ont constitué l’échantillon final de la revue systématique.
L’ensemble du processus de sélection des études est présenté dans la figure 1.
Une fois la sélection des études terminée, les données des études incluses ont été extraites de façon systématique et organisées dans des feuilles de calcul Microsoft Excel 2021 (Microsoft Corporation, Redmond, WA, États-Unis). Cette procédure a permis une gestion structurée, une comparaison puis une synthèse des données disponibles.
L’extraction des données a été menée de façon homogène et standardisée, afin d’assurer un enregistrement comparable des principales caractéristiques et des principaux résultats de chaque étude incluse [22]. Ont notamment été consignés les signataires, l’année de publication, le pays où l’étude a été menée, les objectifs, la population étudiée, la taille de l’échantillon, le devis de recherche et les principaux résultats.
Les principaux résultats de chaque étude ont aussi été extraits selon leur pertinence au regard des questions de recherche de la revue, notamment les données concernant les mécanismes de transmission du trauma intergénérationnel collectif, ses conséquences pour les enfants et le système familial, et les interventions élaborées pour traiter le trauma intergénérationnel collectif ou en réduire les effets liés au trauma.
Vu l’hétérogénéité considérable des études incluses quant au devis de recherche, aux caractéristiques des personnes participantes, aux instruments de recueil et de mesure et aux approches analytiques, une synthèse narrative et thématique a été préférée à une méta-analyse statistique. Cette approche a été jugée appropriée, car elle permet d’intégrer et d’interpréter des données qualitatives et quantitatives hétérogènes et convient particulièrement aux revues systématiques en sciences sociales [24].
Les résultats des études incluses ont été comparés et regroupés selon leurs similitudes conceptuelles et leur pertinence au regard des questions de recherche de la revue. Ce processus a permis d’organiser les données en catégories thématiques plus larges et conceptuellement cohérentes. Les études portant sur plus d’une question de recherche ont alimenté plus d’une catégorie thématique ; seuls les résultats directement pertinents pour chaque question de recherche ont toutefois été synthétisés dans la section correspondante.
La synthèse a été organisée en trois grands domaines thématiques : (1) les mécanismes de transmission du trauma intergénérationnel collectif, (2) les conséquences du trauma intergénérationnel collectif pour les enfants et le système familial, et (3) les interventions évaluées empiriquement qui traitent le trauma intergénérationnel collectif ou ses conséquences liées au trauma. Dans chaque domaine thématique, les résultats d’études aux approches méthodologiques différentes ont été intégrés de façon narrative, afin de repérer les schémas récurrents, les résultats convergents et divergents, et les lacunes des données disponibles.
Par souci de transparence, et pour offrir au lectorat une vue d’ensemble complète des données incluses dans cette revue, les caractéristiques des 22 études retenues sont présentées en annexe A (tableau A1).

Aucune évaluation quantitative formelle de la qualité méthodologique ou du risque de biais n’a été menée au moyen d’outils standardisés, tels que les outils Cochrane de risque de biais, GRADE, CASP, JBI ou MMAT. Ce choix tenait aux objectifs et au champ de la revue, ainsi qu’à la grande diversité méthodologique des données incluses. La revue intégrait des études qualitatives, quantitatives et à méthodes mixtes, très différentes par leurs devis, leurs méthodes de recueil et leurs approches analytiques. Vu cette hétérogénéité, appliquer un seul instrument d’évaluation standardisé a été jugé inadapté : il aurait pu mal rendre compte des différences méthodologiques entre les études incluses et conduire à une évaluation trop simplifiée des données disponibles.
Des considérations méthodologiques ont néanmoins été intégrées tout au long de la sélection, de l’inclusion et de la synthèse des données, par une évaluation qualitative narrative de l’adéquation méthodologique des études incluses. Chaque étude incluse a été évaluée de façon indépendante par deux membres de l’équipe, afin de réduire les biais liés à la personne qui évalue. Les désaccords survenus pendant l’évaluation ont été discutés et résolus par consensus. Cette évaluation portait sur des aspects méthodologiques clés, notamment la clarté des objectifs de recherche, l’adéquation du devis aux objectifs annoncés, et la qualité de la description de l’échantillon et du contexte de recherche. Une attention supplémentaire a été portée à la pertinence de la sélection des personnes participantes, ainsi qu’à la transparence et à l’adéquation des procédures de recueil des données rapportées. L’évaluation méthodologique visait donc à déterminer si les méthodes employées dans chaque étude étaient suffisamment décrites et adaptées aux objectifs de recherche respectifs.
Les forces et les limites méthodologiques relevées par cette évaluation qualitative ont été prises en compte lors de la synthèse et de l’interprétation des données. Ce processus a permis une évaluation plus critique des résultats et a permis de formuler les conclusions de la revue à la lumière des caractéristiques et des limites méthodologiques des données disponibles.
L’absence d’évaluation formelle et standardisée de la qualité méthodologique et du risque de biais est reconnue comme une limite de la présente revue et a été prise en compte dans l’interprétation des résultats et la formulation des conclusions. Le recours à une approche narrative et interprétative de l’évaluation méthodologique a toutefois été jugé cohérent avec la nature large et hétérogène des données synthétisées dans cette revue, et avec les approches appliquées dans les revues en sciences sociales qui visent avant tout à intégrer et à interpréter des ensembles de données variés plutôt qu’à comparer statistiquement les effets d’interventions ou à établir des relations causales [22,23].
Les études incluses dans cette revue systématique ont été menées dans des régions géographiques variées, ce qui reflète la portée internationale de la littérature disponible. Le tableau 2 résume les principales caractéristiques des études incluses et leur répartition géographique. L’Asie représentait la plus grande part des études (31,8 %), suivie de l’Amérique du Nord (22,7 %). L’Europe et l’Océanie contribuaient chacune à 13,6 % des études incluses, l’Afrique et les études multinationales représentant chacune 9,1 %. Les années de publication des études incluses s’étendaient de 2016 à 2026. Plus précisément, cinq études (22,7 %) ont été publiées entre 2016 et 2018, trois (13,6 %) entre 2019 et 2021, et la majorité (n = 14, 63,6 %) entre 2022 et 2026.
Tableau 2 — Analyse des caractéristiques des études
Sur les 22 études incluses dans la revue, les devis quantitatifs étaient les plus fréquents (n = 11), suivis des devis qualitatifs (n = 8) et des devis à méthodes mixtes (n = 2). Une publication a été classée comme étude de cas (n = 1).
La synthèse narrative des études incluses dans cette revue systématique a mis au jour un large éventail de données sur le trauma intergénérationnel collectif. Pour présenter les résultats de façon cohérente, les données synthétisées ont été organisées en trois catégories thématiques, selon qu’elles portaient sur (1) les mécanismes par lesquels le trauma intergénérationnel collectif affecte les enfants et les familles (n = 11 études), (2) les conséquences du trauma intergénérationnel collectif pour les enfants et le système familial (n = 11 études), ou (3) les interventions qui traitent le trauma intergénérationnel collectif et ses conséquences (n = 6 études). Certaines études ont alimenté plus d’une catégorie thématique et ont donc été intégrées à la synthèse narrative de plus d’une question de recherche ; en conséquence, le nombre d’études réparties dans les trois catégories thématiques dépasse le nombre total d’études incluses dans la revue.
Les mécanismes en jeu dans la transmission du trauma intergénérationnel collectif qui affectent les enfants et les familles sont associés à de multiples facteurs. Ainsi, l’équipe de Bonumwezi [25], dont l’étude a été menée au Rwanda auprès d’un échantillon de 251 personnes adultes descendant de personnes rescapées du génocide perpétré contre les Tutsi, a étudié les facteurs familiaux et psychosociaux en jeu dans la transmission intergénérationnelle du trauma. Plus précisément, l’équipe a examiné l’exposition des parents à des événements traumatiques et leurs symptômes de stress post-traumatique, les pratiques parentales et la communication parent-enfant, ainsi que les symptômes de stress post-traumatique, d’anxiété et de dépression dans la descendance. Les résultats ont désigné la communication du trauma parental comme un mécanisme clé de la transmission intergénérationnelle, en particulier par la communication non verbale et par des formes de communication qui suscitent un sentiment de culpabilité dans la descendance, ainsi que par des schémas de communication familiale dysfonctionnels et des pratiques parentales négatives, comme l’indifférence envers les enfants et la maltraitance parentale.
L’équipe de Johns [26], dans une étude portant sur 98 personnes adultes de la deuxième et de la troisième génération descendant de personnes rescapées de la Shoah, s’est intéressée au rôle de la communication familiale. Une communication fréquente et directe sur l’événement historique constituait un mécanisme central de transmission du trauma, qui renforçait la conscience de la perte historique. À l’inverse, les formes de communication indirectes et culpabilisantes sont apparues comme des mécanismes de transmission dysfonctionnels, qui nuisaient au bien-être mental de la descendance.
Une autre étude, menée en Australie auprès de quatorze petits-enfants de personnes rescapées de la Shoah, visait à explorer les mécanismes de transmission intergénérationnelle du trauma intergénérationnel. La communication familiale sur le passé traumatique, la préservation de la mémoire historique et les significations attribuées à la Shoah, ainsi que les réactions émotionnelles des ascendants au trauma, combinées aux relations des personnes participantes avec d’autres personnes descendant de personnes rescapées, constituaient des mécanismes clés de la transmission intergénérationnelle du trauma. Par ces mécanismes, le trauma continuait d’affecter la descendance, en façonnant la manière dont elle percevait et donnait sens à son histoire familiale comme à sa vie actuelle [27].
L’équipe de Lin [28] a mené une étude aux États-Unis avec la participation de 13 jeunes d’origine cambodgienne n’ayant pas atteint la majorité. L’étude visait à comprendre comment les jeunes générations apprennent les expériences traumatiques de leur famille, en s’intéressant à la communication intergénérationnelle, aux sources d’information, aux occasions d’apprentissage et aux facteurs émotionnels qui influencent ce processus. Les résultats ont montré que la communication intergénérationnelle constituait un mécanisme clé de transmission du passé traumatique, non seulement par les parents et les grands-parents, mais aussi par les récits communautaires et les médias. Dans le même temps, la proximité émotionnelle, la motivation à apprendre et la tolérance à l’inconfort émotionnel facilitaient une communication directe et cohérente, tandis que l’absence de ces facteurs était associée au silence et à une communication chargée d’émotion.
L’équipe d’Isobel [29] a exploré les perceptions et l’expérience clinique de psychiatres concernant le trauma intergénérationnel, dans une étude qualitative menée auprès de 13 psychiatres. Les résultats ont montré que la transmission intergénérationnelle du trauma passe par la détresse psychologique des parents, une capacité parentale réduite, la perturbation des schémas d’attachement et la reproduction de cycles traumatiques au sein de la famille. La reproduction des cycles traumatiques désigne plus précisément le maintien et la répétition de schémas dysfonctionnels de relations, de comportements et de réactions émotionnelles associés au trauma d’origine et transmis d’une génération à l’autre. Les conséquences du trauma collectif affectent ainsi le fonctionnement familial et les relations entre les membres de la famille, ce qui contribue au maintien et à la transmission intergénérationnelle du trauma.
L’équipe de Kevers [30] a étudié les modes de transmission du trauma intergénérationnel collectif dans le contexte familial, dans une étude qualitative menée auprès de 10 parents de familles réfugiées kurdes et de 17 enfants. Les résultats ont montré que la transmission du trauma se fait surtout de manière indirecte, par le silence et par les conversations sur des violences actuelles, ainsi que par la mémoire historique collective, les récits familiaux et des symboles ou objets culturels qui gardent une valeur symbolique en lien avec le passé.
L’étude menée auprès de 422 enfants adultes de personnes rescapées de la Shoah a cherché ce qui se transmet des personnes rescapées à leur descendance, et par quels mécanismes familiaux et post-traumatiques s’opère la transmission intergénérationnelle. Les résultats ont montré que la transmission du trauma passe principalement par les modes d’ajustement post-traumatique que les parents ont développés face à leurs expériences traumatiques. Ces modes, comme l’adoption d’une posture de victime et le détachement émotionnel, étaient façonnés à la fois par l’expérience de la Shoah et l’histoire familiale des personnes rescapées et par les conditions de l’environnement familial d’après-guerre, et ils influençaient leurs relations avec leurs enfants. Un mécanisme de transmission intergénérationnelle particulièrement important était la perturbation des liens émotionnels entre parents et enfants, liée directement et indirectement à des effets négatifs sur la descendance. À l’inverse, le fait de vivre en Israël est apparu comme un facteur socioculturel protecteur, susceptible d’atténuer les effets négatifs de la transmission intergénérationnelle [31].
Shrira [32] a mené une étude auprès de 450 personnes sur la relation entre la communication parentale à propos de la Shoah et la traumatisation secondaire, en tant que mécanismes possibles de transmission intergénérationnelle du trauma dans la descendance des personnes rescapées. Les résultats ont montré qu’une communication parentale intrusive sur la Shoah était associée à des niveaux plus élevés de traumatisation secondaire dans la descendance. La traumatisation secondaire était à son tour associée à des perceptions plus négatives du vieillissement et à une anxiété accrue face au vieillissement et à la mort. Ces résultats désignent la communication parentale intrusive et la traumatisation secondaire comme des mécanismes interdépendants par lesquels les conséquences psychologiques du trauma collectif peuvent se transmettre à la descendance et affecter sa santé mentale et ses perceptions du vieillissement et de la mort.
L’équipe de Krauskopf [33] a mené une étude auprès de 24 frères et sœurs issus de 11 familles et a examiné comment des enfants adultes de personnes rescapées de la Shoah vivent leur histoire familiale traumatique et s’y engagent activement. Les résultats ont montré que la transmission intergénérationnelle du trauma collectif passait par des formes de communication à la fois explicites et implicites. Les formes implicites de transmission comprenaient le silence, la transmission d’informations fragmentaires, et la réception indirecte et l’intériorisation, par la descendance, de la charge émotionnelle du trauma parental, même lorsqu’il n’était pas directement mis en mots. Dans le même temps, les récits familiaux, la recherche active d’informations sur le passé familial et la préservation de la mémoire historique constituaient des mécanismes par lesquels la descendance se reliait activement au passé traumatique de la famille, contribuant à la transmission intergénérationnelle et à la préservation de l’héritage traumatique.
Une étude menée auprès de 14 personnes arméno-américaines issues de sept familles a exploré l’impact intergénérationnel du génocide des Arméniens sur l’identité culturelle et l’expérience vécue de la descendance. Les résultats ont mis en évidence les récits familiaux et la transmission de connaissances et de souvenirs sur le trauma historique comme mécanismes clés de la transmission intergénérationnelle. Dans le même temps, la transmission de réactions émotionnelles, d’attitudes et de valeurs par les interactions familiales et les pratiques quotidiennes contribuait à la transmission intergénérationnelle du trauma et de ses effets [34].
L’équipe de Peltonen [35] a étudié les mécanismes familiaux en jeu dans la transmission intergénérationnelle du trauma collectif auprès de 212 enfants et 94 mères de familles réfugiées syriennes, en s’intéressant au stress post-traumatique maternel et aux pratiques disciplinaires des parents. Les résultats ont mis en évidence la psychopathologie maternelle comme mécanisme clé de transmission du trauma, par son effet sur la réactivité émotionnelle, la disponibilité émotionnelle et la régulation des émotions dans la relation mère-enfant. Le rôle des pratiques disciplinaires a aussi été examiné ; ces pratiques ne modéraient toutefois pas la relation entre le stress post-traumatique maternel et le traitement émotionnel des enfants.
L’examen de la littérature a mis en évidence de multiples conséquences psychologiques, émotionnelles, interpersonnelles et psychosociales du trauma intergénérationnel collectif dans la descendance de populations exposées à des événements traumatiques collectifs. L’étude de l’équipe de Bonumwezi [25] a été menée auprès de 251 personnes adultes descendant de personnes rescapées du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda et a examiné les mécanismes familiaux et psychosociaux en jeu dans la transmission intergénérationnelle du trauma. Les résultats ont montré que les symptômes de TSPT des mères étaient associés à des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression chez leurs enfants. Les symptômes de TSPT des pères étaient en outre associés indirectement, par leurs pratiques parentales, à l’anxiété et à la dépression de leurs enfants.
Une autre étude, menée aux États-Unis auprès de 98 personnes adultes de la deuxième et de la troisième génération descendant de personnes rescapées de la Shoah, visait à examiner le lien entre l’identité juive et la communication familiale sur la Shoah, d’une part, et la conscience de la perte historique et le bien-être mental de la descendance, d’autre part. L’analyse des données a montré qu’une communication familiale dysfonctionnelle sur la Shoah était associée à un moindre bien-être mental dans la descendance. Dans le même temps, une communication familiale plus fréquente sur la Shoah et une identité juive plus forte étaient associées à une conscience plus vive de la perte historique [26].
L’étude de l’équipe de Greenfeld [27], menée en Australie auprès de 14 petits-enfants de personnes rescapées de la Shoah, a exploré l’expérience vécue de la descendance, la transmission intergénérationnelle du trauma et l’impact des expériences traumatiques des ascendants sur les générations suivantes. Les résultats ont montré que les conséquences du trauma intergénérationnel collectif restent visibles jusque dans les générations ultérieures. Plus précisément, les petits-enfants présentaient des réactions émotionnelles intenses liées aux expériences traumatiques de leurs ascendants, et le trauma hérité influençait leur manière de percevoir et d’interpréter leur histoire familiale. Dans le même temps, la Shoah et l’héritage traumatique familial avaient pour eux une signification particulière, ce qui souligne l’impact durable du trauma collectif sur leur vie émotionnelle et sur leur rapport au passé familial.
L’étude de l’équipe de Krauskopf [33], menée en Australie auprès de 24 enfants adultes de personnes rescapées de la Shoah issus de 11 familles, a exploré comment la descendance vit son histoire familiale traumatique et s’y engage activement. Les résultats ont mis en évidence des conséquences à la fois négatives et positives de la transmission intergénérationnelle du trauma. L’engagement de la descendance face aux expériences traumatiques des parents était ainsi associé à de l’ambivalence et à une détresse émotionnelle, signe de la charge psychologique durable que représente l’héritage familial traumatique. Des conséquences positives ont aussi été relevées, comme la reconnaissance de la résilience parentale, la construction de sens à propos de l’histoire familiale, la préservation et la transmission du témoignage sur la Shoah, et le soutien psychosocial apporté aux parents vieillissants ayant survécu à la Shoah.
L’étude de Lipari [34], menée aux États-Unis auprès de 14 personnes arméno-américaines descendant de personnes rescapées du génocide des Arméniens et issues de sept familles, a exploré l’impact intergénérationnel du génocide sur l’identité culturelle et l’expérience vécue de la descendance. Les résultats ont montré que l’héritage traumatique du génocide était associé à une traumatisation secondaire dans la descendance. À côté des conséquences négatives, des effets positifs sont toutefois apparus, comme le développement de la résilience, la fierté culturelle, le renforcement de l’identité culturelle et la culture de l’empathie culturelle. En outre, l’héritage traumatique influençait fortement la formation de l’identité culturelle de la descendance et renforçait son désir de préserver et de transmettre le patrimoine culturel arménien aux générations futures, contribuant ainsi à préserver la mémoire collective du génocide.
L’étude de Kaur et Jagg [36], menée en Inde auprès de 62 personnes de la deuxième et de la troisième génération descendant de personnes rescapées de la Partition entre l’Inde et le Pakistan, a examiné les conséquences du trauma intergénérationnel collectif pour les enfants et petits-enfants des personnes rescapées. Les résultats ont révélé des niveaux modérés de trauma intergénérationnel dans la deuxième comme dans la troisième génération, ce qui montre la persistance à long terme de l’impact du trauma collectif sur la descendance. L’absence de différences statistiquement significatives d’intensité du trauma entre la deuxième et la troisième génération suggère que son impact reste relativement stable et ne diminue pas significativement d’une génération à l’autre. La principale conséquence relevée était donc la persistance du trauma collectif dans le temps et son impact psychologique continu sur la descendance. Aucune différence significative n’a par ailleurs été trouvée entre les deux générations quant à l’adaptation aux expériences traumatiques ou aux changements positifs survenus après le trauma.
Une autre étude, menée en Turquie auprès de 100 familles réfugiées syriennes, a examiné la relation entre le stress post-traumatique des parents et les capacités de traitement émotionnel des enfants. Les résultats ont montré que des niveaux plus élevés de stress post-traumatique maternel étaient associés à une moindre capacité des enfants à reconnaître les émotions, ce qui peut nuire à leurs interactions sociales, à leur empathie et à leur régulation émotionnelle. Aucune relation de ce type n’a en revanche été trouvée entre le stress post-traumatique paternel et la capacité des enfants à reconnaître les émotions [37].
L’étude de l’équipe de Huynh [38], menée aux États-Unis auprès de 10 personnes adultes américaines d’origine sud-est asiatique de deuxième génération, a exploré l’expérience du trauma intergénérationnel collectif et ses effets sur la descendance. Les résultats ont montré que les conséquences du trauma intergénérationnel collectif se manifestaient par des difficultés de construction identitaire, une mise à distance émotionnelle des expériences traumatiques des générations précédentes, des sentiments de culpabilité et de responsabilité envers la famille, et des conflits culturels et intergénérationnels intenses. Des effets négatifs sur la santé mentale ont aussi été relevés, sous forme d’anxiété, de détresse psychologique intériorisée et de difficultés à exprimer et à réguler les émotions. Des conséquences positives sont toutefois apparues, comme le développement d’une identité biculturelle et le renforcement de la résilience familiale et communautaire.
L’étude de Bezo et Maggi [39], menée en Ukraine auprès de 45 personnes issues de trois générations successives, a exploré les conséquences intergénérationnelles du trauma collectif causé par l’Holodomor de 1932–1933 sur la santé physique et le bien-être des personnes rescapées et de leur descendance. Les résultats ont montré que les conséquences du trauma collectif persistaient sur trois générations et se manifestaient par une prévalence plus élevée de problèmes de santé chroniques, comme les maladies cardiovasculaires, ainsi que par de l’anxiété et un sentiment réduit de bien-être et de sécurité, au détriment de la qualité de vie des générations suivantes.
L’étude de l’équipe de Bachem [40], menée en Israël auprès de 127 demandeuses d’asile érythréennes ayant des enfants d’âge préscolaire, a examiné les conséquences de la transmission intergénérationnelle du trauma collectif en étudiant les relations entre le trouble de stress post-traumatique complexe (TSPT-C), le trouble de stress post-traumatique (TSPT) et la dépression maternels, d’une part, et les difficultés émotionnelles et comportementales des enfants, d’autre part. Les résultats ont montré que les enfants de mères présentant un TSPT-C avaient davantage de difficultés intériorisées et extériorisées, qui se manifestaient par de l’anxiété, un retrait social, de l’agressivité et des difficultés de régulation émotionnelle. Le TSPT-C maternel était plus fortement associé aux difficultés des enfants que le TSPT maternel, tandis que la cooccurrence du TSPT-C et de la dépression était associée à davantage de problèmes intériorisés, comme une faible estime de soi et une détresse émotionnelle. Les résultats soulignent l’impact défavorable important sur le développement émotionnel et comportemental des enfants et le risque accru de difficultés de santé mentale ultérieures.
L’équipe de Peltonen [35] a examiné les conséquences du trauma intergénérationnel collectif sur le développement émotionnel des enfants auprès de 212 enfants et 94 mères de familles réfugiées syriennes, en tenant compte du contexte plus large de l’expérience du déplacement et des conditions de vie après la migration. Les résultats ont montré que le stress post-traumatique maternel était associé à de moindres capacités de traitement émotionnel chez les enfants, signe de difficultés à comprendre, à reconnaître et à réguler leurs émotions.
L’examen de la littérature a permis de repérer plusieurs interventions évaluées empiriquement qui visent à traiter le trauma intergénérationnel collectif ou ses conséquences psychologiques, psychosociales et familiales liées au trauma chez des personnes survivantes, leur descendance, des enfants et des familles touchés par des expériences traumatiques collectives. L’étude de l’équipe de Smaik [41], menée en Jordanie auprès de 40 personnes adultes réfugiées syriennes présentant un TSPT, a évalué empiriquement la thérapie d’exposition narrative (NET) comme intervention pour traiter les conséquences psychologiques associées à l’exposition à des expériences traumatiques collectives. L’intervention visait avant tout à réduire les symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression. Les résultats ont montré une réduction significative de ces symptômes à l’issue de l’intervention, ainsi que des taux élevés de participation et d’adhésion au traitement, d’achèvement du traitement et de satisfaction des personnes participantes. La NET est donc apparue comme une intervention faisable, acceptable et culturellement adaptée pour traiter les conséquences psychologiques du trauma collectif chez des personnes adultes réfugiées.
L’étude d’Ellis et Jones [42], menée en 2022 au Caire auprès de sept personnes réfugiées soudanaises présentant un TSPT, a évalué empiriquement la thérapie d’exposition narrative (NET) délivrée dans un cadre communautaire par des personnes non professionnelles formées à l’écoute, pour traiter les conséquences psychologiques associées à l’exposition à la violence collective et au déplacement forcé. Après l’intervention, une réduction significative des symptômes de TSPT, de l’anxiété et de la détresse psychologique globale a été observée, tandis que la réduction des symptômes dépressifs n’était pas statistiquement significative. Les résultats ont mis en évidence l’intérêt de délivrer la NET par des personnes non professionnelles formées, en milieu communautaire, pour traiter les conséquences psychologiques des expériences traumatiques collectives dans les populations réfugiées.
L’équipe de Kananian [43] a évalué l’efficacité d’une thérapie cognitivo-comportementale culturellement adaptée, associée à la gestion des problèmes (CA-CBT+), auprès de 24 hommes réfugiés en Allemagne, en tenant compte des effets du trauma collectif et intergénérationnel qui caractérisent les populations réfugiées. L’étude visait à déterminer si cette intervention pouvait réduire les symptômes psychologiques et renforcer la résilience psychologique. Les résultats ont montré des améliorations significatives de la détresse psychologique générale, des symptômes de stress post-traumatique, de la dépression, des symptômes somatiques, de la régulation émotionnelle et de la qualité de vie par rapport au groupe témoin. Ces améliorations ont en partie diminué au bout d’un an, mais elles restaient significatives par rapport aux niveaux d’avant l’intervention.
L’étude de Gill [44], menée dans neuf communautés sur quatre continents avec la participation de 150 jeunes adultes et d’environ 500 personnes de plus de 50 ans, a exploré la contribution du Dialogue et de l’enquête intergénérationnels (Intergenerational Dialogue and Inquiry, IDI) à la rupture du silence intergénérationnel, à la restauration de la mémoire culturelle et au renforcement de la guérison collective. Les résultats ont montré que l’intervention renforçait l’identité et la dignité culturelles, les relations intergénérationnelles et la compréhension de la violence et des discriminations systémiques, tout en contribuant à la guérison collective et au bien-être communautaire.
L’étude de l’équipe de Neville [45], menée en Nouvelle-Angleterre, aux États-Unis, auprès de 80 familles réfugiées, a évalué empiriquement les effets, la faisabilité et l’acceptabilité de l’intervention de renforcement familial pour les personnes réfugiées (Family Strengthening Intervention for Refugees, FSI-R), qui visait à traiter les conséquences psychosociales et familiales associées à l’exposition des familles réfugiées à des expériences traumatiques collectives et au déplacement forcé. Les résultats ont montré des améliorations de la communication familiale, de l’implication parentale, des relations entre les enfants et les personnes qui en prennent soin, et des pratiques parentales soutenantes. Dans le même temps, les enfants d’origine bhoutanaise présentaient une diminution des symptômes de dépression, d’anxiété et de peur, ainsi que des problèmes de comportement. L’intervention a été jugée globalement faisable et acceptable pour traiter les conséquences liées au trauma chez les enfants et dans les familles réfugiées, même si sa mise en œuvre a été affectée par des facteurs linguistiques, temporels, éducatifs et culturels.
L’étude de l’équipe de Jordans [46], menée au Liban auprès de 240 femmes qui prenaient soin d’enfants, a évalué empiriquement l’efficacité de l’intervention de soutien aux personnes qui prennent soin d’enfants (Caregiver Support Intervention, CSI), en neuf séances, pour améliorer le bien-être psychosocial et le fonctionnement familial dans des contextes marqués par les conflits armés. Les résultats ont montré que l’intervention améliorait à court terme le bien-être psychosocial des enfants, en réduisant la détresse psychologique des personnes qui en prenaient soin, en améliorant leur bien-être et en réduisant les pratiques parentales dures. Ces résultats soulignent l’intérêt d’interventions centrées sur le soutien aux personnes qui prennent soin des enfants et sur le renforcement de la fonction parentale pour réduire les processus familiaux par lesquels les conséquences du trauma collectif affectent la génération suivante. Les bénéfices de l’intervention ne se maintenaient toutefois pas à l’évaluation de suivi à trois mois.
La présente revue systématique a rassemblé et synthétisé les résultats de 22 études primaires menées dans différents pays et contextes socioculturels, afin d’examiner les mécanismes de transmission et les conséquences du trauma intergénérationnel collectif, ainsi que les interventions mises en œuvre pour en traiter les effets. Dans l’ensemble, les résultats montrent que le trauma collectif peut affecter les générations suivantes par des mécanismes multiples qui interagissent, et qu’il peut être associé à d’importantes conséquences émotionnelles, comportementales, interpersonnelles et psychosociales. Ces résultats concordent avec des études antérieures selon lesquelles les événements traumatiques collectifs affectent non seulement la santé mentale et le bien-être des personnes survivantes directement exposées, mais peuvent aussi affecter les générations suivantes, même lorsqu’elles n’ont pas été directement exposées à l’événement traumatique d’origine, et se transmettent d’une génération à l’autre par de multiples mécanismes [3]. Dans le même temps, les interventions destinées aux personnes survivantes, à leur descendance, aux enfants et aux familles semblent contribuer à réduire les effets du trauma et à renforcer le bien-être psychosocial et le fonctionnement familial.
S’agissant des mécanismes de transmission, les résultats de la présente revue montrent que le trauma intergénérationnel collectif se transmet par des mécanismes familiaux, communicationnels, émotionnels et socioculturels distincts mais interconnectés. La communication familiale est apparue comme l’un des principaux mécanismes de transmission. Ce résultat rejoint la littérature antérieure, qui a montré que les familles de personnes ayant survécu à des événements traumatiques graves ont souvent des difficultés de communication familiale et d’expression émotionnelle [47].
Plus précisément, une communication non verbale, indirecte, culpabilisante et dysfonctionnelle était associée à la transmission du trauma et à des effets psychologiques négatifs dans la descendance, car les enfants sont exposés indirectement à la souffrance psychologique et émotionnelle de leurs parents [25]. À l’inverse, une communication directe et ouverte semblait aider la descendance à mieux comprendre le passé traumatique de sa famille [25,26]. Dans le même temps, la proximité émotionnelle et la capacité à gérer la détresse émotionnelle facilitaient une communication ouverte, tandis que leur absence était associée au silence, à des récits fragmentaires et à une communication chargée d’émotion [28]. De même, des études antérieures ont montré que le silence, la rétention d’informations et une expression émotionnelle limitée peuvent créer un environnement familial dysfonctionnel, qui intensifie la détresse émotionnelle des générations suivantes [48]. Le trauma semblait aussi se transmettre indirectement par des émotions tues, des récits familiaux, des objets symboliques et la préservation de la mémoire collective [30,33].
Outre la communication, la détresse psychologique et les symptômes post-traumatiques des parents jouaient un rôle important dans la transmission du trauma. Ces symptômes affectaient les générations suivantes par une disponibilité émotionnelle réduite, des difficultés parentales, des pratiques parentales négatives et la répétition de schémas familiaux dysfonctionnels [25,29,35]. Ce résultat concorde avec d’autres études selon lesquelles le trauma vécu par les parents ou les personnes qui prennent soin de l’enfant peut non seulement affecter leur fonction parentale, mais aussi conduire les enfants à assumer des responsabilités de soin émotionnelles et pratiques [4]. Cette inversion des rôles, décrite comme une parentification, peut peser sur la santé mentale des enfants et entraver le développement de leur identité et de leur autonomie [4,49].
En outre, la transmission du trauma était associée à des schémas d’attachement perturbés et à des difficultés dans la relation parent-enfant [29]. L’équipe de Cerdeña [3] parvient à une conclusion semblable : la dysrégulation parentale due à des expériences traumatiques peut limiter la capacité des parents à offrir des soins stables et émotionnellement disponibles, ce qui contribue au développement d’un attachement insécure. De même, lorsque des parents portent leurs propres expériences traumatiques précoces, des comportements parentaux dysfonctionnels et des difficultés à répondre aux besoins émotionnels des enfants peuvent apparaître [29,50]. Dans le même temps, les récits communautaires, les valeurs culturelles, la mémoire collective et les significations attribuées aux événements traumatiques historiques contribuaient aussi à la préservation et à la transmission du trauma aux générations suivantes [30,33].
Si aucun mécanisme de transmission biologique n’est apparu dans la présente revue, d’autres études ont exploré de possibles voies biologiques et épigénétiques [1,6]. Selon la littérature sur ce sujet, l’exposition au trauma peut affecter les systèmes associés à la réponse au stress, et peut-être l’expression génique, ce qui accroît la vulnérabilité aux difficultés psychologiques et physiques [7].
S’agissant des conséquences du trauma intergénérationnel collectif, le stress post-traumatique parental était associé à des symptômes de TSPT, d’anxiété et de dépression dans la descendance, et des pratiques parentales négatives pouvaient aggraver encore les difficultés psychologiques [25]. Ce résultat a aussi été rapporté par plusieurs autres études, qui ont documenté une charge psychologique accrue dans les générations suivantes, principalement sous forme d’anxiété, de dépression et de symptômes de TSPT [15,16,17,20]. Des résultats semblables ont été rapportés spécifiquement chez des jeunes qui avaient grandi, jusqu’à l’adolescence, avec des parents ayant vécu des événements traumatiques, et qui présentaient davantage de symptômes de stress post-traumatique [14]. D’autres études ont en outre montré que les conséquences psychologiques dans les générations suivantes peuvent dépasser l’anxiété, la dépression et le TSPT et comprendre des idées suicidaires, des troubles psychotiques et une charge psychosociale plus large [18]. De même, l’équipe de Flanagan [51] a rapporté, en plus des symptômes ci-dessus, des difficultés attentionnelles et un stress psychosocial sévère.
Les enfants de parents ayant vécu des événements traumatiques présentaient aussi des difficultés à reconnaître, à comprendre et à réguler les émotions, ce qui peut affecter leur développement émotionnel et leurs relations sociales [35]. Les études des équipes de Cerdeña [3] et de Flanagan [51] parviennent à la même conclusion, en reliant le trauma intergénérationnel collectif à des difficultés de développement émotionnel, tandis que la mise à distance émotionnelle a aussi été signalée comme conséquence possible [13]. D’autres études ont en outre montré que le stress post-traumatique associé à des expériences traumatiques collectives, en particulier lorsqu’il touche les mères, peut nuire à la capacité des enfants à reconnaître, à traiter et à exprimer leurs émotions, ce qui entraîne des difficultés émotionnelles et des conflits internes [37]. Certains résultats de recherche indiquaient aussi que la descendance peut avoir un besoin accru de soutien pédopsychiatrique, associé à son exposition à la charge post-traumatique de ses parents [52]. Ce besoin a été relevé aussi bien dans des recherches anciennes, comme l’étude de Kellerman [53] sur les enfants de personnes rescapées de la Shoah, que dans des études plus récentes, qui ont mis en évidence des effets semblables [52].
Les enfants présentaient aussi de l’anxiété, de l’agressivité, une faible estime de soi, une détresse émotionnelle et un retrait social [40]. Selon d’autres études, l’isolement social peut en effet être une conséquence du trauma intergénérationnel et être associé à des sentiments de peur, de méfiance et d’insécurité, qui entravent l’intégration sociale et accroissent la défiance envers autrui [18]. Cela peut conduire à un retrait social [17,19], à des difficultés à nouer des relations de confiance et à une prise de distance avec les relations interpersonnelles proches [20].
Chez les personnes adultes de la génération suivante, le trauma intergénérationnel collectif était associé à un moindre bien-être mental, à une détresse émotionnelle, à une traumatisation secondaire, à de la culpabilité, à un sentiment de responsabilité envers la famille, à des difficultés de construction identitaire et à des conflits culturels et intergénérationnels [26,27,33,34]. Plusieurs autres études se sont intéressées à la détresse émotionnelle comme conséquence du trauma intergénérationnel collectif, en soulignant que la descendance peut avoir du mal à investir du temps et des ressources psychologiques dans son développement personnel et dans la construction de relations interpersonnelles significatives [17]. D’autres études ont évoqué plus précisément les sentiments de culpabilité éprouvés par la descendance à l’égard des expériences et des pertes des générations précédentes [4,54].
Les résultats ont aussi montré que les conséquences du trauma collectif peuvent rester visibles sur plus d’une génération. Des niveaux semblables de trauma intergénérationnel ont été relevés dans la deuxième et la troisième génération, ce qui suggère que les effets psychologiques peuvent persister dans le temps [36]. Des conséquences à long terme ont aussi été observées sur la santé physique et le bien-être global, comme des problèmes de santé chroniques, de l’anxiété, une qualité de vie réduite et un moindre sentiment de sécurité [39]. Ce résultat a d’ailleurs été rapporté par d’autres études, selon lesquelles la descendance des personnes exposées à un trauma collectif présente un risque accru de problèmes de santé physique, comme les maladies cardiovasculaires, le diabète et l’obésité [55].
Les effets du trauma intergénérationnel collectif n’étaient toutefois pas exclusivement négatifs. Une partie de la descendance a développé de la résilience, une fierté culturelle, une identité culturelle ou biculturelle plus forte et une plus grande capacité à donner sens à son histoire familiale [34,36,38]. L’héritage familial traumatique a aussi renforcé, chez certaines personnes de la génération suivante, le désir de préserver la mémoire historique, le patrimoine culturel et les récits familiaux, ainsi que de resserrer les liens familiaux et communautaires.
On peut en conclure qu’une part importante de la littérature soutient l’association entre l’exposition des générations précédentes à des événements traumatiques et l’apparition de symptômes psychopathologiques et d’autres conséquences psychosociales ou physiques dans la descendance [56,57]. D’autres études remettent toutefois en question cette association, faute d’avoir relevé de conséquences défavorables nettes dans la descendance des personnes survivantes [58], tandis que d’autres n’ont pas trouvé d’association significative entre le trauma intergénérationnel et la santé mentale de la génération suivante [59]. Ces divergences suggèrent que les conséquences du trauma intergénérationnel collectif ne se manifestent pas de la même manière chez toutes les personnes de la génération suivante, mais qu’elles peuvent être influencées par des facteurs familiaux, socioculturels et protecteurs, ainsi que par les différences méthodologiques entre les études.
S’agissant des interventions qui traitent le trauma intergénérationnel collectif et ses conséquences, les résultats de la présente revue ont permis de repérer différentes approches thérapeutiques, familiales et communautaires. Les interventions centrées directement sur le traitement des expériences traumatiques, comme la thérapie d’exposition narrative (NET) et la thérapie cognitivo-comportementale culturellement adaptée (CA-CBT+), ont contribué à réduire les symptômes de stress post-traumatique, d’anxiété, de dépression et de détresse psychologique, ainsi qu’à améliorer la régulation émotionnelle et la qualité de vie des personnes réfugiées [41,42,43].
Des résultats semblables ont été rapportés par d’autres études, qui ont présenté la NET comme une approche prometteuse pour traiter les symptômes traumatiques complexes et atténuer les conséquences du TSPT, et qui ont aussi soutenu sa contribution au renforcement de la résilience psychologique [41,60,61]. De même, d’autres études ont montré que la CA-CBT peut constituer une approche thérapeutique efficace, en particulier lorsqu’elle est adaptée aux besoins culturels des populations auprès desquelles elle est appliquée [62,63]. Selon d’autres études, en revanche, l’efficacité globale de cette intervention reste à évaluer, car l’hétérogénéité des données de recherche disponibles ne permet pas encore de conclusions fiables et généralisables [64].
Dans le même temps, les interventions familiales et communautaires ont contribué à améliorer la communication familiale, la fonction parentale, les relations entre les enfants et les personnes qui en prennent soin, et le bien-être psychosocial. Elles ont en outre renforcé les relations intergénérationnelles, l’identité culturelle et la préservation de la mémoire collective [44,45,46]. Ces résultats montrent que traiter les conséquences du trauma ne se limite pas au niveau individuel, mais peut exiger des interventions qui prennent en compte la famille et la communauté.
Dans l’ensemble, les résultats montrent que les interventions peuvent réduire les conséquences du trauma, tant chez les individus que dans les familles et les communautés. Les interventions conçues spécifiquement pour le trauma intergénérationnel collectif restent cependant rares. Une meilleure compréhension de la relation entre la santé mentale des parents et celle des enfants pourrait aider à élaborer des interventions plus nombreuses et mieux adaptées [65]. Pour y parvenir, l’équipe pluridisciplinaire joue un rôle crucial dans la promotion de la santé et de la résilience psychologique des personnes. La nature multidimensionnelle du trauma intergénérationnel collectif impose d’adopter des approches interprofessionnelles coordonnées, qui dépassent les pratiques professionnelles cloisonnées et les modèles de soins fragmentés dans l’offre de services de santé [66]. La coopération de professions de différentes spécialités, comme le travail social, les soins infirmiers, la psychologie et la pédiatrie, est jugée nécessaire pour concevoir et mettre en œuvre des soins complets et holistiques, qui tiennent compte des besoins, des attentes et des caractéristiques propres de la personne comme de la famille [67].
La collaboration entre professions de différentes disciplines et l’intégration de regards professionnels variés facilitent le repérage précoce des besoins de la personne et de la famille, ainsi que la prestation de services de soins sûrs et adaptés. Elles contribuent en outre à la construction d’un cadre soutenant, qui favorise la participation active et l’autonomisation (empowerment) de la personne comme de la famille [66,68]. Ces pratiques collaboratives ont en outre été associées à de meilleurs résultats thérapeutiques, au renforcement de la résilience familiale, à la prévention de la transmission intergénérationnelle du trauma et à des services de santé complets et de grande qualité [67].
Cette revue systématique propose une synthèse des données disponibles sur le trauma intergénérationnel collectif, en mettant particulièrement l’accent sur ses mécanismes de transmission, ses conséquences pour les enfants et les familles et les interventions rapportées dans la littérature. Une force majeure de la revue est d’inclure des études aux approches méthodologiques diverses, portant sur des populations et des contextes de trauma collectif différents, ce qui permet une compréhension large et multidimensionnelle de ce phénomène complexe. En outre, l’intégration de perspectives psychologiques, familiales, socioculturelles et biologiques, jointe aux données sur les approches d’intervention, offre une vue d’ensemble plus holistique des données disponibles.
Malgré la rigueur systématique de la recherche et de la sélection, plusieurs limites doivent être reconnues. D’abord, seules les études publiées en anglais entre 2016 et 2026 ont été incluses, ce qui a pu conduire à exclure des données pertinentes publiées dans d’autres langues ou hors de la période retenue. En outre, la recherche a été limitée à quatre bases de données électroniques, et des études pertinentes indexées uniquement dans d’autres bases ont donc pu ne pas être repérées. Une hétérogénéité considérable a aussi été observée entre les études incluses quant aux populations étudiées, aux devis de recherche, aux approches méthodologiques, aux contextes de trauma collectif et aux stratégies d’intervention. Cette hétérogénéité a limité les comparaisons directes entre études et la mesure dans laquelle les résultats peuvent s’appliquer à des populations et à des contextes différents.
Les résultats de cette revue systématique indiquent que le trauma intergénérationnel collectif est un phénomène complexe, transmis par des mécanismes familiaux, communicationnels et socioculturels, qui affecte le bien-être psychologique, les relations interpersonnelles et le fonctionnement familial de la descendance. Les interventions conçues spécifiquement pour traiter le trauma intergénérationnel collectif font encore défaut. Les approches existantes portent surtout sur les symptômes individuels, le bien-être des personnes qui prennent soin des enfants et le fonctionnement familial, sans prendre pleinement en compte les dimensions collectives et intergénérationnelles du trauma. Les professions de santé et le travail social peuvent jouer un rôle important pour soutenir les enfants, les familles et les communautés touchés et renforcer leur résilience. Les recherches futures devraient s’attacher à élaborer et à évaluer des interventions qui abordent directement la nature collective et intergénérationnelle du trauma, et apporter des données plus solides pour guider une pratique professionnelle efficace.
Tableau A1 — Études retenues : référence, titre, année, pays, objectif, taille de l’échantillon, devis et résultats
Complexe Systémique : à retenir
Cette revue a le mérite de rassembler trois questions qu’on traite d’habitude séparément : comment le trauma collectif passe d’une génération à l’autre, ce qu’il produit chez les enfants et dans les familles, et ce qu’on sait faire pour y répondre. Pour une lecture systémique, le point fort est que la transmission y apparaît d’abord comme un phénomène de communication : ce n’est pas le récit qui blesse, mais le récit culpabilisant, intrusif ou fragmentaire, et le silence chargé d’émotion. Une parole directe, partagée dans un lien de proximité, protège au contraire et nourrit fierté et résilience. Le tableau des interventions est plus décevant : thérapies d’exposition narrative ou cognitivo-comportementales pour l’individu d’un côté, soutien aux personnes qui élèvent les enfants de l’autre, mais presque rien qui travaille la mémoire familiale à plusieurs générations, alors que c’est le terrain naturel des thérapies familiales. La méthode invite à la prudence : pas d’évaluation formelle de la qualité des études, des populations très hétérogènes et quelques incohérences de chiffres dans l’original. À lire avec la revue exploratoire sur le trauma intergénérationnel dans les familles réfugiées, et avec l’article sur la thérapie multifamiliale contre les effets intergénérationnels du psychotraumatisme.
Notes de l’original
Contributions. D.S.P. : conceptualisation, méthodologie, investigation, curation des données, analyse formelle et rédaction (premier jet). A.S. : méthodologie, validation, investigation, rédaction (relecture et révision). M.R. et G.F. : validation, rédaction (relecture et révision). M.M. : conceptualisation, méthodologie, administration du projet et supervision. Toute l’équipe a lu et approuvé la version publiée du manuscrit.
Comité d’éthique. Sans objet.
Consentement éclairé. Sans objet.
Disponibilité des données. Aucune nouvelle donnée n’a été créée ni analysée dans cette étude. Le partage de données ne s’applique pas à cet article.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
Financement. Cette recherche n’a reçu aucun financement externe.
Note de l’éditeur. Les déclarations, opinions et données contenues dans toutes les publications n’engagent que les personnes qui les signent ou y contribuent, et non MDPI ni la rédaction. MDPI et la rédaction déclinent toute responsabilité pour tout dommage aux personnes ou aux biens résultant des idées, méthodes, instructions ou produits mentionnés dans le contenu.
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Traduction non officielle en français de Le trauma intergénérationnel collectif chez les enfants et les familles : mécanismes de transmission, effets et interventions thérapeutiques des professions de santé et du travail social pour promouvoir la santé et renforcer la résilience psychologique, par Danai Sofia Pyliou, Areti Stavropoulou, Michael Rovithis, Georgios Filippidis et Maria Moudatsou, Healthcare, vol. 14, no 15, article 2343 (2026), doi : 10.3390/healthcare14152343, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, schéma en anglais). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Collective Intergenerational Trauma in Children and Families: Transmission Mechanisms, Effects and Therapeutic Interventions by Health and Social Work Professionals to Promote Health and Strengthen Psychological Resilience », publié dans Healthcare (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Pyliou, D. S., Stavropoulou, A., Rovithis, M., Filippidis, G., et Moudatsou, M. (2026). Le trauma intergénérationnel collectif chez les enfants et les familles : mécanismes de transmission, effets et interventions thérapeutiques des professions de santé et du travail social pour promouvoir la santé et renforcer la résilience psychologique (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-trauma-intergenerationnel-collectif-chez-les-enfants-et-les-familles-mecanismes (Œuvre originale publiée en 2026 dans Healthcare, 14(15), 2343 (2026) ; republiée en 2026 par Healthcare, https://www.mdpi.com/2227-9032/14/15/2343)
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