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BMC Psychiatry · Famille

Les difficultés des familles touchées par l’addiction : une revue systématique des études qualitatives

Que vit une famille quand l’un de ses membres consomme drogues ou alcool ? L’équipe de Mostafa Mardani, à Téhéran, a réuni 25 études qualitatives menées auprès de 728 personnes, parents, partenaires, fratries, enfants. Cinq thèmes en ressortent : le choc initial, une famille dans le brouillard de la honte et de l’isolement, l’enchaînement des troubles, le chaos interne et des stratégies d’autoprotection.

Auteurs Mostafa Mardani et Maliheh Arshi (département de travail social), Fardin Alipour (département de travail social et centre de recherche sur la gestion du bien-être social, Institut de santé sociale), Hassan Rafiey (centre de recherche sur la gestion du bien-être social) et Masoud Fallahi-Khoshknab (département de soins infirmiers), université des sciences du bien-être social et de la réadaptation, Téhéran, IranPremière publication BMC Psychiatry, 16 juin 2023Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Les difficultés des familles touchées par l’addiction : une revue systématique des études qualitatives, par Mostafa Mardani, Fardin Alipour, Hassan Rafiey, Masoud Fallahi-Khoshknab et Maliheh Arshi, publié dans BMC Psychiatry (BioMed Central) (2023), doi : 10.1186/s12888-023-04927-1, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les figures restent en anglais, avec une légende traduite. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Les familles essayaient de survivre et de maintenir leurs membres en vie alors même qu’elles étaient découragées et épuisées.

Mostafa Mardani, Fardin Alipour, Hassan Rafiey, Masoud Fallahi-Khoshknab et Maliheh Arshi

Résumé

Contexte. La relative rareté des recherches sur les problèmes des familles touchées par l’addiction (FTA), et le peu d’attention accordé à leurs difficultés et à leur prise en charge dans les interventions et les pratiques cliniques, indiquent que l’attention se porte toujours en priorité sur les personnes ayant un trouble addictif, même lorsque le processus de traitement associe leur famille. On considère pourtant que les membres de la famille subissent des pressions importantes, aux conséquences négatives étendues sur les plans personnel, familial et social de leur vie. Pour mieux comprendre les difficultés et les problèmes que vivent les FTA, cette revue systématique a exploré les études qualitatives consacrées à l’impact de l’addiction sur les différents aspects de la vie des familles.

Méthodes. Les bases de données Research Gate, Scopus, Web of Science, ProQuest, Elsevier et Google Scholar ont été interrogées. Ont été incluses les études de devis qualitatif portant sur les effets de l’addiction sur les familles. Les études publiées dans une autre langue que l’anglais, les approches médicales et les approches quantitatives ont été exclues. Les personnes participantes des études retenues comprenaient des parents, des enfants, des couples, des sœurs et des frères, des proches, des personnes consommatrices de drogues et des spécialistes. Les données des études retenues ont été extraites au moyen d’un format standard pour la revue systématique de la recherche qualitative (National Institute of Health and Care Excellence [NICE] 2102a).

Résultats. L’analyse thématique des résultats des études a dégagé 5 thèmes principaux : 1) le choc initial (la rencontre de la famille avec le problème, la recherche du pourquoi), 2) la famille dans le brouillard (l’isolement social, la stigmatisation et l’étiquette), 3) l’enchaînement des troubles (le déclin émotionnel, les expériences comportementales négatives, la perturbation psychique, la dégradation physique, le fardeau familial), 4) le chaos familial interne (l’instabilité des relations, les personnes dans l’ombre, la confrontation usante avec le membre qui consomme, un membre nouveau qui apparaît, un système qui s’effondre, l’effondrement financier) et 5) l’autoprotection (rechercher des sources d’information, de soutien et de protection, faire face aux effets et les atténuer, l’émergence de la spiritualité).

Conclusion. Cette revue systématique de la recherche qualitative met en lumière les problèmes variés et complexes que traversent les familles touchées par l’addiction, sur les plans financier, social et culturel comme sur ceux de la santé mentale et physique, ce qui appelle les spécialistes du domaine à les étudier et à agir. Les résultats peuvent éclairer les politiques et les pratiques, ainsi que l’élaboration d’interventions visant à alléger le fardeau que portent les familles touchées par l’addiction.

Mots-clés : addiction, famille touchée par l’addiction, personne consommatrice de drogues, revue systématique, recherche qualitative, analyse thématique

Contexte

Aujourd’hui, avec l’expansion des sociétés, l’apparition de groupes sociaux variés et la diversité des besoins, les pays et le grand public font face à un monde nouveau de besoins, d’intérêts, de progrès, et même de problèmes divers. Ces questions et ces problèmes ont pénétré l’esprit des sociétés et ont influé sur le monde social des personnes. Au-delà de leurs effets sur les personnes, ces problèmes ont aussi eu des effets étendus à des niveaux plus larges, comme ceux de la famille et de la société.

Lorsqu’un membre de la famille entre dans le cycle des problèmes, la famille, en tant que premier groupe et première institution, met en route son soutien à la personne ; et comme, dans la plupart des cas, la famille et ses membres n’ont pas de connaissances suffisantes et spécialisées sur le problème de la personne, la pression qui s’exerce sur la famille est trop forte. L’entretien, les soins et le soutien d’un membre atteint et en difficulté font peser une lourde charge sur les épaules des familles, et comme certaines familles ne parviennent pas à s’adapter au problème ni à y réagir de façon appropriée, le système et le fonctionnement habituels de la famille sont perturbés, et la famille s’écarte de son chemin habituel en raison de la gravité du problème [1, 2]. L’addiction est l’un des plus grands problèmes sociaux auxquels le monde actuel est confronté. C’est un problème qui ne concerne pas seulement la personne qui consomme, mais qui touche aussi plusieurs personnes et plusieurs milieux sociaux autour d’elle [3, 4]. Les études ont montré que les effets de la consommation de drogues et d’alcool sur les familles sont indéniables [5–7] et exposent les membres de la famille à un large éventail de problèmes, comme des problèmes socio-économiques et de santé mentale, des maltraitances, des conflits, une structure familiale dysfonctionnelle, diverses difficultés dans la vie collective et plusieurs problèmes liés à la vie conjugale [8]. Il faut noter qu’en l’absence de soutien social et public suffisant, le fardeau de l’addiction, ou de tout autre problème, sera très lourd et très éprouvant pour les familles ; au-delà de ses effets sur la structure, le fonctionnement et le rôle de la famille, il expose ses membres à des pressions et à des tensions diverses et sévères [9–11]. Il est bien sûr essentiel de rappeler que les effets variés de l’addiction selon les cultures, ainsi que le rôle de la personne qui consomme dans la famille (épouse ou époux, parent ou enfant), ne doivent pas être négligés [12]. Si ces familles souffrent de la même douleur, la gravité des difficultés qu’elles affrontent varie selon les cultures [13].

Malgré l’abondance des recherches sur l’addiction et ses conséquences pour les personnes, on manque d’une compréhension d’ensemble des difficultés propres aux familles touchées par l’addiction. Si des études ont apporté des éclairages précieux sur l’expérience personnelle des personnes aux prises avec une addiction, une lacune importante subsiste dans la littérature actuelle pour ce qui est d’explorer les difficultés, les dynamiques et les mécanismes d’ajustement propres aux familles touchées par l’addiction [14, 15]. Autrement dit, ces études ne voient pas l’autre versant de l’addiction, à savoir les familles qu’elle touche [16].

En outre, les autres études qui examinent effectivement les difficultés des familles touchées par l’addiction ne les ont pas examinées de façon complète et n’ont visé que des parties limitées de l’expérience des FTA. Par exemple, une étude n’a considéré que certaines difficultés isolées [17], et un autre article a examiné l’effet des facteurs relationnels, sociaux et culturels sur l’expérience des FTA [13]. De plus, la seule revue qualitative existant dans ce domaine passe en revue les études qualitatives consacrées aux familles touchées par l’addiction jusqu’en 2010 [18]. Or les difficultés que rencontrent ces familles ces dernières années dépassent celles qu’examinent ces études, et une vue d’ensemble des problèmes que ce groupe de personnes affronte dans toutes leurs dimensions fait toujours défaut.

Pour ces raisons, d’autres recherches sont nécessaires dans le domaine des FTA, afin qu’elles puissent à terme faire évoluer le regard porté par les mesures thérapeutiques et les modèles théoriques de ce champ. Des investigations complètes et détaillées peuvent permettre une compréhension plus profonde des FTA, laquelle peut à son tour renouveler les perspectives actuelles et contribuer à faire progresser ce domaine [19]. Le but de la présente revue systématique est de repérer les études qualitatives et d’en acquérir une vue d’ensemble, et de comprendre les ressemblances et les différences qui existent dans l’expérience humaine partagée d’un même phénomène, par l’évaluation, l’analyse critique et la synthèse de résultats qualitatifs fondés sur des observations et des concepts principaux, afin d’utiliser les données obtenues pour permettre d’offrir des services et des interventions dans le domaine de la « réadaptation des familles touchées par l’addiction ». Comme les familles jouent un rôle important dans le processus de traitement, et qu’aucune étude d’ensemble n’a encore été menée sur les difficultés que rencontrent les familles et sur les interventions et les processus de traitement les plus efficaces pour elles, la présente étude peut ouvrir la voie à une réponse à ces constats.

La présente étude

Ce qui distingue la recherche qualitative de la recherche quantitative, c’est sa manière de regarder les phénomènes et ses méthodes d’investigation. Autrement dit, la recherche qualitative cherche à étudier l’expérience que font les familles touchées par l’addiction de l’addiction de l’un de leurs membres, et à acquérir ainsi une compréhension profonde du phénomène en question. La recherche qualitative éclaire de cette façon les effets de l’addiction sur les familles, en examinant les pensées et les sentiments des personnes participantes et en analysant les thèmes qui en sont extraits [20]. Le but principal est de fournir une compréhension d’ensemble des différences entre les expériences humaines d’un même phénomène, par l’analyse et l’examen de textes, d’images et d’entretiens. La recherche qualitative apporte un éclairage précieux sur les phénomènes, les politiques et les pratiques, même si elle n’avait traditionnellement pas sa place dans les revues systématiques [21]. L’importance d’élaborer des politiques centrées sur les personnes qui reçoivent les services a été reconnue au niveau international, et par ces personnes elles-mêmes. Prêter attention à leur voix, c’est leur donner suffisamment de pouvoir pour exprimer leurs problèmes et leurs difficultés (avoir voix au chapitre) [22]. Les familles touchées par l’addiction sont souvent isolées et deviennent en quelque sorte bénéficiaires de services en raison des nombreuses difficultés et des nombreux problèmes qu’elles affrontent ; cela les conduit à emprunter différents chemins pour trouver une solution, et sur ce chemin elles rencontrent de multiples problèmes et obstacles. Par conséquent, si l’on veut parvenir à une compréhension juste et intégrée des problèmes des familles touchées par l’addiction, il est nécessaire de mener des recherches qualitatives. Cette revue systématique vise principalement à offrir une vue générale et d’ensemble des familles touchées par l’addiction, ainsi que des problèmes et des difficultés que rencontre ce groupe face au membre qui consomme. En particulier, la présente étude vise à repérer les lacunes et à analyser les problèmes et les thèmes issus de différents types de recherches qualitatives, afin de connaître les services et les actions dont les familles touchées par l’addiction ont besoin dans différentes dimensions.

Méthodes

Stratégie et critères de recherche

La stratégie de recherche s’est limitée aux études publiées en anglais sur les effets de l’addiction sur les familles, parues entre 1990 et 2022. Les bases de données Research Gate, Scopus, Web of Science, ProQuest, Elsevier et Google Scholar ont été utilisées et analysées de 1990 à janvier 2022. Les mots-clés retenus pour les bases de données internationales étaient les suivants : Addiction-affected family, the impact of addiction, addiction and drug abusers, Impact of addiction on families, negative consequence of addiction on families, addiction and family. Les articles ont d’abord été examinés à partir de leurs titres et de leurs résumés. Pour repérer les études pertinentes pour la présente revue systématique, des critères d’inclusion et d’exclusion ont été pris en compte. Pour cette revue, un processus de sélection en trois étapes a servi à appliquer les critères d’inclusion et d’exclusion [23] : 1) l’examen du titre, 2) l’examen du résumé pour établir son lien avec la question et la méthode de recherche, et 3) l’examen de l’article entier.

À partir des titres et des résumés, les articles ont été exclus s’ils n’exploraient pas l’expérience des familles touchées par l’addiction ou les effets de l’addiction sur les membres de la famille ; l’exploration de l’expérience des FTA et des effets de l’addiction sur les membres de la famille devait être soit un objectif de l’étude, soit un résultat substantiel. Pour garantir une compréhension approfondie et une description riche des expériences, seules les études présentant des données primaires recueillies par des méthodes qualitatives ont été incluses. Les études à méthodes mixtes ont été incluses si les résultats qualitatifs étaient présentés séparément. Les recherches ont été limitées aux publications en anglais. Les études ont été exclues si les articles se limitaient aux personnes ayant ou subissant un trouble addictif, ou s’ils portaient sur les facteurs familiaux de l’addiction. Ces critères d’exclusion ont été introduits pour garantir que les expériences et les points de vue étaient actuels et liés à l’expérience du groupe cible (les FTA). Les chapitres d’ouvrage, interventions, commentaires, lettres, revues, témoignages à la première personne et résumés ont été exclus. En plus de ces cas, les listes de références des études obtenues ont aussi été examinées pour repérer les études qui n’avaient pas été obtenues par les méthodes ci-dessus.

Lorsque la personne chargée de la recherche n’était pas certaine qu’un article réponde aux critères d’inclusion, l’article concerné était gardé pour l’étape de tri suivante. La stratégie de recherche des textes a d’abord permis de repérer 518 études. Une recherche manuelle supplémentaire sur Google a été faite à ce stade, et 14 études de plus ont été repérées. Après suppression des doublons et examen des titres et des résumés de ces études, 479 études ont été écartées et 53 ont été retenues pour l’examen des critères d’inclusion. Au terme du processus d’exclusion, 25 études au total ont été retenues comme éligibles (tableau 1). Le diagramme de flux PRISMA donne une vue d’ensemble des étapes de la recherche (figure 1). Les 25 études comprennent deux études à méthodes mixtes, et un rapport international d’un projet de recherche dont les résultats d’analyse thématique qualitative contiennent des données précieuses pour le processus de recherche.

Tableau 1 — Synthèse des études incluses

Pour chaque étude : pays ; méthode ; données et personnes participantes ; objet de l’étude ; qualité (++ ou +, grille du NICE) ; limites.

  • Wiarsih et al. [24]. Indonésie ; analyse phénoménologique d’entretiens qualitatifs ; 7 entretiens approfondis avec des membres de familles touchées par l’addiction, recrutés par échantillonnage en boule de neige ; objet : explorer l’expérience des familles dont un enfant consomme des drogues ; qualité : ++ ; limites : les entretiens n’ont été menés qu’avec des parents ; il aurait fallu préciser les périodes de consommation des enfants et les services de santé auxquels les familles ont eu accès.
  • McCann et al. [25]. Australie ; analyse phénoménologique interprétative d’entretiens qualitatifs ; 31 entretiens semi-directifs avec des membres de familles touchées par l’addiction, recrutés par échantillonnage raisonné (14 parents, 13 conjoints ou partenaires, 4 membres de la fratrie) ; objet : comprendre l’expérience de l’agressivité et de la violence chez les membres de la famille qui en subissent les effets (AFM) dans le soutien apporté à un proche ayant un usage problématique de substances (UPS), et expliciter les stratégies employées pour prévenir ces comportements et y faire face ; qualité : ++ ; limites : résultats liés au contexte des personnes participantes ; moins d’hommes que de femmes dans la recherche.
  • Incerti et al. [26]. Australie ; théorie ancrée appliquée à des entretiens qualitatifs ; entretiens approfondis, avec un guide semi-directif, auprès de 13 sœurs de personnes abusant de substances, recrutées par échantillonnage raisonné ; objet : combler une lacune importante et s’appuyer sur les six qualités d’une famille solide de DeFrain (1999) pour répondre à la question de recherche : « L’usage problématique de substances d’une personne a-t-il un impact sur ses relations fraternelles ? » ; qualité : ++ ; limites : petite taille de l’échantillon ; résultats non généralisables à l’ensemble de la population.
  • Barnard et al. [27]. Écosse ; analyse de cas déviants appliquée à des entretiens qualitatifs ; entretiens semi-directifs avec 24 personnes consommatrices de drogues, 20 parents, 20 membres de la fratrie et 10 spécialistes ; objet : explorer l’influence qu’un frère ou une sœur ayant un usage problématique de drogues peut exercer sur l’entrée d’un autre frère ou d’une autre sœur dans la consommation, la façon dont les parents peuvent répondre à cette menace, et les manières dont les familles se sont adaptées face aux membres qui ont développé des problèmes de drogue ; qualité : + ; limites : petite taille de l’échantillon.
  • McCann et al. [28]. Australie ; analyse phénoménologique interprétative d’entretiens qualitatifs ; 31 entretiens semi-directifs avec des membres de familles touchées par l’addiction, recrutés par échantillonnage raisonné (14 parents, 13 conjoints ou partenaires, 4 membres de la fratrie) ; objet : explorer l’expérience des membres de la famille qui en subissent les effets (AFM) dans le soutien apporté à un proche ayant un mésusage d’alcool ou d’autres drogues ; qualité : ++ ; limites : résultats liés au contexte ; personnes participantes majoritairement des femmes.
  • Hoeck et Van Hal [29]. Finlande ; analyse thématique d’entretiens qualitatifs ; 12 entretiens approfondis avec des parents de jeunes abusant de substances ; objet : explorer l’expérience de parents de jeunes abusant de substances qui fréquentent des groupes de soutien, sur plusieurs sujets liés à l’abus de substances de leur fils ou de leur fille, à son impact sur leur vie et à leur regard sur le soutien social ; qualité : ++ ; limites : petit groupe de parents interrogés ; personnes participantes majoritairement des femmes ; type de drogue consommée rapporté seulement par le parent concerné.
  • Rodrigues et al. [30]. Brésil ; étude exploratoire, analytique, qualitative et compréhensive ; observation participante de groupes familiaux et 15 entretiens approfondis avec des membres de familles ; objet : comprendre les sentiments des membres de la famille face à la dépendance aux drogues ; qualité : + ; limites : au plus deux membres de chaque famille interrogés, en raison de la difficulté à joindre tout le groupe ; l’expérience de la personne dépendante elle-même n’a pas été ajoutée.
  • McCann et Lubman [31]. Australie ; analyse phénoménologique interprétative d’entretiens qualitatifs ; entretiens semi-directifs avec 31 membres de familles touchées par l’addiction ; objet : comprendre l’expérience de la stigmatisation chez les membres de la famille qui en subissent les effets (AFM) dans un contexte de mésusage de substances, et expliciter les démarches éventuellement entreprises pour contrer la stigmatisation et l’isolement social ; qualité : ++ ; limites : expérience de la stigmatisation différente selon que les AFM participent à des groupes de soutien par les pairs ou que le proche concerné est en rétablissement.
  • Wilson et al. [32]. Australie ; analyse thématique de transcriptions de séances de conseil en ligne synchrones avec des partenaires ; 100 transcriptions de séances de conseil en ligne synchrones avec des partenaires de personnes ayant un usage problématique d’alcool ou d’autres drogues ; objet : explorer l’étendue des répercussions interpersonnelles chez un éventail plus large de partenaires, pour mieux éclairer l’offre de services ; qualité : ++ ; limites : moins de transcriptions d’hommes que de femmes ; données tirées de transcriptions de conseil en ligne, si bien que les résultats ne reflètent peut-être pas les répercussions interpersonnelles pour lesquelles des partenaires chercheraient de l’aide en face à face.
  • Ólafsdóttir [33]. Islande ; méthodes mixtes et analyse phénoménologique d’entretiens qualitatifs ; 16 entretiens semi-directifs avec quatre conjoints ou partenaires, quatre parents, quatre membres de la fratrie et quatre enfants (adultes) de personnes ayant un problème d’abus de substances ; objet : explorer comment les membres de la famille de personnes ayant un trouble de l’usage de substances (TUS) vivent ses effets sur la santé mentale et l’état psychosocial des autres membres de la famille et sur le système familial ; qualité : ++ ; limites : petite taille de l’échantillon ; toutes les personnes participantes étaient disposées à participer à une thérapie familiale de groupe ; une seule personne a mené tous les entretiens, l’analyse et l’interprétation des données.
  • Arlappa et al. [8]. Inde ; étude de cas avec analyse exploratoire ; études de cas de 10 foyers comptant un membre dépendant aux drogues, groupes de discussion avec les jeunes et les femmes des familles concernées, et 10 entretiens semi-directifs avec ces personnes ; objet : explorer l’impact de l’addiction dans une famille ; qualité : + ; limites : aucune discussion des limites.
  • Salter et Clark [34]. Angleterre ; théorie ancrée appliquée à des entretiens qualitatifs ; 10 entretiens semi-directifs avec des parents de personnes consommatrices de drogues ; objet : mener une analyse qualitative détaillée de l’impact du mésusage de substances sur la famille, du point de vue de parents de personnes consommatrices de drogues ; qualité : ++ ; limites : petite taille de l’échantillon ; très grande variabilité entre les familles ; le traitement reçu par les personnes de l’échantillon a probablement influé d’une façon ou d’une autre sur leur expérience.
  • Groenewald [35]. Afrique du Sud ; étude de cas avec analyse phénoménologique interprétative ; étude de cas d’une mère qui fait face au problème de consommation de drogues de son enfant à l’adolescence ; objet : explorer l’expérience vécue d’une mère dont l’enfant, à l’adolescence, abuse de drogues ; qualité : + ; limites : aucune discussion des limites.
  • W. Choate [36]. Canada ; théorie ancrée appliquée à des entretiens qualitatifs ; entretiens semi-directifs avec les adultes qui prenaient soin de 21 jeunes ayant un problème d’abus d’alcool ou de drogues ; objet : explorer le point de vue des parents qui tentaient de s’adapter et de faire face à la dépendance de leurs enfants adolescents ; qualité : ++ ; limites : la fratrie n’a pas été interrogée directement ; des interventions moins intensives ont réussi auprès d’une population semblable ; échantillon de convenance.
  • Jackson et al. [37]. Australie ; analyse thématique d’entretiens qualitatifs ; entretiens approfondis avec 18 parents de jeunes abusant de drogues ; objet : approfondir la compréhension des effets de la consommation de drogues à l’adolescence sur la vie de famille ; qualité : ++ ; limites : petite taille de l’échantillon ; échantillon limité à des personnes capables de lire et de converser couramment en anglais.
  • Usher et al. [38]. Australie ; approche phénoménologique herméneutique avec analyse thématique d’entretiens qualitatifs ; entretiens approfondis avec 18 parents d’adolescents ayant un problème d’abus de substances ; objet : décrire et construire une interprétation de l’expérience vécue d’être parent d’un enfant qui, à l’adolescence, abuse de substances illicites ; qualité : ++ ; limites : mode de recrutement (les parents qui n’ont pas répondu à la campagne médiatique ont peut-être une autre histoire à raconter).
  • Orford et al. [39]. Angleterre et Mexique ; théorie ancrée appliquée à des entretiens qualitatifs ; 24 entretiens semi-directifs avec 12 membres de familles anglaises et 12 membres de familles mexicaines appariés ; objet : explorer l’expérience du stress et de la pression dans l’entourage familial touché, en Angleterre et au Mexique, et dégager les différences culturelles entre les deux pays ; qualité : + ; limites : petite taille de l’échantillon ; peu de transcriptions d’hommes ; peu de transcriptions de partenaires.
  • Bulter et Bauld [40]. Angleterre ; approche d’analyse par cadre (framework analysis) appliquée à des entretiens qualitatifs ; 22 entretiens semi-directifs avec des parents de personnes consommatrices d’héroïne et des membres du personnel d’un organisme de soutien travaillant avec des familles touchées par la consommation de drogues ; objet : explorer le rôle de l’organisme dans le soutien aux familles touchées par le mésusage de drogues ; qualité : + ; limites : échantillon non aléatoire ; mode de recrutement.
  • W. Choate [41]. Canada ; examen qualitatif d’entretiens qualitatifs (analyse de contenu) ; entretiens semi-directifs avec 31 parents ou personnes ayant la charge de 21 adolescents ; objet : explorer le processus vécu par les parents, la façon dont une intervention a été recherchée et les manières dont les systèmes de soutien ont aidé ou freiné cette démarche ; qualité : + ; limites : échantillon de convenance ; la fratrie n’a pas été interrogée.
  • Groenewald et Bhana [42]. Afrique du Sud ; analyse phénoménologique interprétative d’entretiens qualitatifs ; entretien approfondi et 5 études de cas de mères d’adolescents en difficulté avec l’abus de substances ; objet : explorer l’expérience de mères qui vivent avec un adolescent ayant des problèmes de consommation de substances ; qualité : ++ ; limites : aucune discussion des limites.
  • Velleman et al. [43]. Angleterre ; analyse qualitative et quantitative d’entretiens qualitatifs ; entretiens semi-directifs avec 50 proches de personnes identifiées comme ayant un usage problématique de drogues ; objet : décrire les diverses expériences auxquelles les membres de la famille ont dit avoir été exposés, et les divers effets qu’elles ont entraînés ; qualité : + ; limites : discussion limitée des limites.
  • Masombuka [44]. Afrique du Sud ; devis de recherche exploratoire, descriptif et contextuel ; 8 entretiens semi-directifs avec des parents d’enfants ayant un problème d’addiction ; objet : explorer l’expérience des parents et leurs besoins de soutien face à l’addiction de leurs enfants au nyaope ; qualité : ++ ; limites : petite taille de l’échantillon ; mode de recrutement (seulement des parents ayant demandé de l’aide et maîtrisant l’anglais ou le setswana) ; point de vue de genre restreint (peu de transcriptions d’hommes).
  • Jackson et Mannix [45]. Australie ; étude exploratoire et descriptive ; entretiens de style conversationnel avec 12 mères ; objet : explorer le point de vue de mères sur la consommation de cannabis à l’adolescence ; qualité : + ; limites : mode de recrutement (seulement des femmes anglo-australiennes de classe moyenne vivant dans deux États australiens).
  • Arcidiacono et al. [46]. Italie ; théorie ancrée appliquée à des entretiens qualitatifs ; entretiens semi-directifs avec 113 membres de familles de personnes ayant de graves problèmes d’alcool ou de drogues ; objet : examiner l’impact, sur des membres de familles italiennes, du fait de vivre avec un proche ayant un problème d’alcool ou de drogues ; qualité : ++ ; limites : aucune discussion des limites.
  • Ahuja et al. [47]. Angleterre ; théorie ancrée appliquée à des entretiens qualitatifs ; entretiens semi-directifs avec 24 épouses sikhs britanniques d’hommes ayant des problèmes d’alcool identifiés, ainsi qu’avec 10 de leurs maris et 7 de leurs filles ; objet : explorer l’expérience des épouses et des filles de personnes abusant de l’alcool ; qualité : ++ ; limites : absence de maîtrise de l’échantillonnage ; petit échantillon de personnes abusant de substances et d’enfants.
Diagramme de flux PRISMA : 518 références issues des bases de données et 14 de la recherche manuelle, 38 doublons supprimés, 494 références examinées dont 395 exclues sur le titre et 46 sur le résumé, 53 articles évalués en texte intégral dont 28 exclus avec motifs, 25 études incluses dans la synthèse qualitative
Figure 1. Diagramme de flux PRISMA (schéma original en anglais)

Extraction des données

Les données des études retenues ont été extraites au moyen d’un format standard pour la revue systématique de la recherche qualitative (National Institute of Health and Care Excellence [NICE] 2102a) [48]. Les caractéristiques relevées pour chaque étude comprenaient les questions de recherche, les méthodes, la taille de l’échantillon et l’évaluation de la qualité. Les données recherchées ont été soigneusement extraites et organisées dans des tableaux. Pour synthétiser et analyser les résultats des études, les données recherchées ont été extraites des études et classées en catégories thématiques précises. Les schémas présents dans les résultats des études ont ensuite été recherchés et examinés de près, afin de parvenir à une compréhension meilleure et plus complète des problèmes et des difficultés que l’addiction cause aux familles.

Évaluation de la qualité

L’évaluation de la qualité des articles extraits des revues a été réalisée au moyen de la grille d’évaluation de la qualité de la recherche qualitative du NICE (NICE 2012b) [49]. En suivant cette recommandation, l’évaluation examine les questions de recherche et la solidité de la méthode au regard des principaux résultats et de la validité de la conclusion. Six grands domaines sont considérés et évalués dans cette recommandation : l’approche théorique, le devis de l’étude, la collecte des données, la fiabilité et la validité des données, la méthode d’analyse et les considérations éthiques. La septième évaluation, globale, porte sur la pertinence de l’étude et attribue une cote d’ensemble : « ++ » lorsque tous les critères de la grille ou la plupart d’entre eux sont remplis, ou lorsqu’ils ne le sont pas mais que la conclusion n’en est pas affectée ; « + » lorsque certains critères de la grille sont remplis et que la conclusion a peu de chances de changer ; et « - » lorsque peu de critères, voire aucun, sont remplis.

Deux études à méthodes mixtes ont été incluses dans cette étude systématique, et l’évaluation de la qualité n’a porté que sur les résultats de la méthodologie des données qualitatives de ces études. Pour l’évaluation de la qualité de la présente étude, une personne chargée de l’évaluation a d’abord évalué la qualité des études incluses, puis cette évaluation a été confirmée par une seconde personne. Chaque processus de recherche dans les différentes bases de données, le premier examen des documents trouvés, la confrontation des résultats aux critères d’inclusion et d’exclusion, et l’évaluation de la qualité ont été menés de façon indépendante par deux membres de l’équipe de recherche, pour accroître la validité. Dans cette étude, l’équipe de recherche s’est engagée à faire preuve d’une exactitude et d’une honnêteté suffisantes dans l’usage des différentes sources à toutes les étapes du travail, y compris la collecte des données, leur analyse et la présentation des résultats. Les droits intellectuels de toutes les personnes liées à la recherche sont pleinement respectés.

Résultats

Cette étude a repéré 99 résumés examinés pour leur pertinence au regard des études qualitatives sur les familles touchées par l’addiction. Cinquante-trois articles en texte intégral ont été étudiés et évalués, et 25 études ont finalement été retenues comme adaptées à cette revue. Les résultats obtenus ont été organisés dans des tableaux et classés en groupes précis.

Caractéristiques des études cibles

Échantillon

Sur les 25 études de la revue systématique, une seule a analysé des transcriptions d’entretiens en ligne, et les 24 autres reposaient sur un contact direct avec les groupes cibles. Le nombre total de personnes participantes des études incluses dans cette revue systématique était de 728, parmi lesquelles les parents (n = 288, 39,56 %), les conjoints et partenaires (n = 222, 30,495 %), les sœurs et les frères (n = 65, 8,92 %), les proches (n = 63, 8,65 %), les personnes consommatrices de drogues (n = 39, 5,35 %), les enfants (n = 21, 2,88 %), les spécialistes (n = 20, 2,74 %) et les femmes cheffes de famille (n = 10, 1,37 %) représentaient, dans cet ordre, les plus forts pourcentages de personnes participantes des études cibles. Le nombre de personnes par échantillon varie aussi beaucoup d’une étude à l’autre, du plus petit échantillon, dans une étude de cas (n = 1) [35], au plus grand (n = 113) [46].

Caractéristiques géographiques

Pour ce qui est de la répartition géographique des études incluses dans cette revue systématique, 8 études ont été menées en Australie (32 %), 4 en Angleterre (16 %), 3 en Afrique du Sud (12 %), 2 au Canada (8 %), 1 est issue d’une collaboration entre l’Angleterre et le Mexique (4 %), et 1 étude a été menée en Écosse, en Indonésie, en Finlande, au Brésil, en Islande, en Inde et en Italie (4 % chacune).

Évaluation de la qualité

L’évaluation de la qualité menée selon les recommandations du NICE parmi les études retenues pour la présente recherche a montré que 16 études étaient de qualité élevée (64 %) et 9 de qualité moyenne (36 %).

Méthodes qualitatives

Les méthodes qualitatives les plus courantes dans les études cibles examinées ici étaient les méthodes ethnographiques et phénoménologiques, employées dans 7 études (28 %), la théorie ancrée dans 6 études (24 %), l’analyse thématique dans 3 études (12 %), la méthode descriptive et exploratoire dans 2 études (8 %) et l’analyse de contenu dans 2 études (8 %). Les 5 études restantes (20 %) ont employé diverses méthodes qualitatives, dont une analyse de cas déviants dans une étude écossaise portant sur 74 proches, parents et spécialistes de la personne qui abuse de drogues [27], une méthode qualitative, analytique et exploratoire [30], une étude de cas de 10 femmes cheffes de famille [8], une étude de cas d’une mère dont l’enfant abuse de drogues, analysée par la méthode phénoménologique interprétative [35], et une approche d’analyse par cadre (framework analysis) [40].

Analyse thématique des résultats

Pour analyser des données qualitatives primaires, on utilise souvent l’approche de l’analyse thématique [50]. Cette approche peut aussi servir à synthétiser les résultats de plusieurs études qualitatives [51]. La synthèse dépasse alors le contenu des études originales et produit de nouvelles conceptions ou compréhensions en élaborant des thèmes analytiques [51, 52]. Les trois étapes suivantes de la synthèse thématique, définies par Thomas et Harden [51], ont été suivies : (1) le codage libre, ligne par ligne, des résultats des études primaires, (2) l’organisation des « codes libres » en domaines liés, pour construire des thèmes descriptifs, et (3) enfin, l’élaboration de thèmes analytiques. Dans cette synthèse, les résultats publiés de chacune des études incluses ont été codés. L’analyse thématique des résultats des études a dégagé 5 thèmes principaux : 1) le choc initial (la rencontre de la famille avec le problème, la recherche du pourquoi), 2) la famille dans le brouillard (l’isolement social, la stigmatisation et l’étiquette), 3) l’enchaînement des troubles (le déclin émotionnel, les expériences comportementales négatives, la perturbation psychique, la dégradation physique, le fardeau familial), 4) le chaos familial interne (l’instabilité des relations, les personnes dans l’ombre, la confrontation usante avec le membre qui consomme, un membre nouveau qui apparaît, un système qui s’effondre, l’effondrement financier) et 5) l’autoprotection (rechercher des sources d’information, de soutien et de protection, faire face aux effets et les atténuer, l’émergence de la spiritualité). La figure 2 présente un schéma visuel des thèmes dégagés. Parmi les thèmes fréquents relevés dans les articles figurent l’enchaînement des troubles dans 22 études, le chaos interne dans 18 études, l’autoprotection dans 13 études, la famille dans le brouillard dans 13 études et le choc initial dans 7 études (figure 2).

Schéma des cinq thèmes et de leurs sous-thèmes (choc initial, famille dans le brouillard, enchaînement des troubles, chaos familial interne, autoprotection), reliés chacun par des flèches aux études qui les documentent
Figure 2. Schéma des thèmes dégagés (schéma original en anglais)

Le premier thème (le choc initial) est l’un des thèmes dégagés de l’analyse des résultats des études ; il réunit des thèmes comme la rencontre de la famille avec le problème et la recherche du pourquoi. La confusion, la colère, l’impuissance et le dysfonctionnement liés aux premiers efforts de la famille pour répondre au problème qui surgit figurent parmi les éléments mentionnés dans l’étude de Barnard [27], qui emploie la méthode d’analyse de cas déviants. Dans une étude sur l’expérience des parents, Hoeck [29] a aussi examiné la manière dont les parents apprennent l’addiction de leurs enfants (informés par un tiers, police ou hôpital, ou par la personne qui consomme, ou découverte par les parents eux-mêmes) et a montré que les connaissances des familles sur l’addiction étaient au départ très minces, voire inexistantes, et qu’il n’y avait pas d’échange libre permettant d’exprimer ces problèmes à la maison. Une autre étude, de Salter et al. [34], menée en Angleterre selon la méthode de la théorie ancrée, a montré que les familles souffraient de difficultés comme la confusion lors de la première rencontre avec un problème, et faisaient face à des problèmes comme le manque d’information, une prise de conscience progressive, les comportements trompeurs de la personne qui consomme, le déni, les contradictions internes et les effets de facteurs extérieurs lors de la première rencontre avec le problème d’addiction de l’un de leurs membres. Examiner le processus d’adaptation des parents face à un enfant qui abuse de drogues à l’adolescence, et leur manière d’y faire face, était l’un des objectifs de l’étude de Choate [36], menée selon la méthode de la théorie ancrée. Les résultats de cette étude indiquent que la famille découvre d’abord la dépendance de son enfant aux drogues et la perçoit comme un problème qui s’intensifie et progresse, puis tente de trouver une réponse logique à la cause et aux raisons d’un tel problème. Dans le même temps, beaucoup de parents examinent leurs propres antécédents comportementaux, et certains considèrent leur propre expérience de consommation de drogues comme un déclencheur et un facteur de la dépendance de leur enfant. Dans une étude menée selon l’approche par cadre de Ritchie et Spencer, Bulter et al. [40] ont décrit la manière dont la famille fait face à l’addiction de l’un de ses membres comme relevant de l’un des cas suivants : l’aveu volontaire de la consommation par la personne, l’observation de comportements anormaux ou de changements dans son comportement habituel, le déni de la consommation, la difficulté à reconnaître le problème, l’effondrement de la famille parce que son enfant consomme des drogues, une expérience vécue comme un événement très choquant et traumatique, une expérience vécue comme la plus grande des peurs, le sentiment de défaite, l’auto-accusation et un sentiment de grande honte au début de la confrontation au problème d’addiction. Il faut mentionner que l’identification de facteurs et de raisons comme des problèmes de santé mentale ou des difficultés d’apprentissage, en tant que déclencheurs et facteurs de la dépendance aux drogues, figurait parmi les explications et les mécanismes évoqués par les personnes participantes de l’étude de Choate [41] à propos de la première rencontre avec le problème d’addiction. L’analyse des résultats de Jackson et Mannix [45] a montré que l’un des thèmes sur lesquels les familles touchées par l’addiction ont exprimé leur expérience était la première exposition au problème et la prise de conscience. Dans cette étude descriptive et exploratoire, les personnes participantes ont décrit leur première prise de conscience de l’addiction de leur enfant par cette phrase : « Je ne pouvais pas nier que c’était arrivé. » De manière générale, la première exposition, la manière dont on en prend conscience, puis la tentative de répondre au problème d’addiction figurent parmi les expériences négatives auxquelles les familles touchées par l’addiction prêtent souvent attention.

Le deuxième thème (la famille dans le brouillard), qui réunit des thèmes comme l’isolement social ainsi que la stigmatisation et l’étiquette, fait partie des autres thèmes dégagés par l’analyse qualitative des résultats des études cibles. Pour le thème de la stigmatisation et de l’étiquette, dans une étude phénoménologique sur l’expérience des familles dont un enfant consomme des drogues, Wiarsih et al. [24] ont considéré l’étiquetage de la famille comme l’une des conséquences du fait d’avoir un enfant qui abuse de drogues. Les résultats de cette étude montrent que l’attitude et les réactions de la société, le regard porté sur soi et la discrimination sociale figurent parmi les éléments que les familles perçoivent sous le nom de stigmatisation. Dans le même sens, dans une étude qualitative, analytique et exploratoire sur des familles touchées par l’addiction, Rodrigues [30] a considéré les préjugés de la société et l’expérience de la stigmatisation sociale vécue par les familles comme faisant partie des facteurs qui changent la vie des familles dont un membre consomme des drogues. L’expérience de la stigmatisation comme l’un des facteurs de stress au niveau des interactions élargies des familles est l’un des résultats d’une étude de Salter [34] menée en Angleterre selon la méthode de la théorie ancrée. Parmi les autres thèmes dégagés dans la présente étude figure l’isolement social des familles touchées par l’addiction. L’une des expériences négatives des membres des familles touchées par l’addiction est l’empêchement des activités sociales et, d’une certaine manière, l’éloignement de la société et l’isolement. La limitation des activités et des rôles sociaux, en particulier chez les personnes qui ont le contact le plus soutenant avec la personne qui consomme, était l’un des résultats de l’étude de McCann [28], menée en Australie. En outre, dans une autre étude consacrée à l’expérience des familles face à l’isolement social, McCann [25] a montré que l’une des mesures prises par les familles face à l’addiction de leurs membres consistait à réduire au minimum les contacts avec les autres, et donc à faire face à la honte et à la gêne, à la peur d’être jugées, à l’auto-isolement et à une réticence à recourir aux soutiens informels et officiels. Dans le même sens, dans une étude fondée sur l’analyse thématique de 100 transcriptions d’entretiens en ligne avec des partenaires, Wilson [32] a présenté l’impact sur le réseau social de la famille et les difficultés des familles dans ce domaine comme l’un des principaux thèmes de sa recherche. Dans un autre travail de recherche, d’Arlappa et al. [8], mené en Inde sous forme d’étude de cas, les effets d’un membre qui consomme des drogues sur la vie sociale d’une famille ont été présentés comme l’un des résultats de l’étude : les familles préfèrent limiter leurs interactions sociales après l’addiction de l’un de leurs membres. Dans une étude consacrée aux effets de l’addiction sur la famille du point de vue des parents, Salter [34] a analysé les données issues d’entretiens semi-directifs selon la méthode de la théorie ancrée. Les résultats de cette étude montrent que les familles touchées par l’addiction sont perturbées dans les niveaux larges et essentiels de leurs interactions, ce qui entraîne le détachement de ces familles du monde social et l’absence de participation active de leur part. Beaucoup de familles se heurtent aussi à la difficulté d’obtenir de l’aide, parce qu’elles tentent de cacher le problème d’addiction de l’un de leurs membres, limitent ainsi leurs relations et éprouvent de sérieuses difficultés à demander de l’aide et du soutien [36]. Il faut préciser que la difficulté à demander de l’aide et la faiblesse du soutien des familles touchées par l’addiction tiennent au fait de cacher le problème aux autres et de se détacher d’eux, ce qui est aussi l’un des résultats de l’étude d’Arcidiacono [46] en Australie. L’isolement de la famille est un autre résultat de cette partie, auquel Jackson [37] se réfère dans les résultats de son étude australienne avec le thème principal « isolement, disgrâce et humiliation », comme si la famille n’était plus qu’avec la personne qui consomme et n’avait plus aucun autre lien social. Cette notion apparaît aussi dans les résultats de l’étude d’Ahuja [47], sous le titre d’isolement social, ainsi que dans les résultats de l’étude de Bulter [40]. Les résultats de l’étude de Bulter indiquent que les expériences auto-imposées, les sentiments de gêne ou de honte de la famille liés à la consommation de drogues de l’un de ses membres, et l’inquiétude quant à l’opinion des autres ont joué un rôle important dans l’isolement des membres de la famille et des parents.

Le troisième thème (l’enchaînement des troubles) se compose de thèmes comme le déclin émotionnel, les expériences comportementales négatives, la perturbation psychique, la dégradation physique et le fardeau familial. Les résultats de la présente étude ont montré que la dimension émotionnelle de la famille est gravement touchée par l’abus de l’un de ses membres, et que les familles vivent un large éventail de situations émotionnellement éprouvantes. Les sentiments d’incrédulité, de non-acceptation, de déception, de honte, de choc, de colère et de regret dans la famille sont mentionnés dans les résultats de Wiarsih et al. [24]. Les résultats de l’étude d’Incerti [26] ont en outre mis en évidence des sentiments de tristesse, de désespoir et de méfiance comme difficultés fondamentales des familles touchées par l’addiction. La fatigue et l’épuisement émotionnel, ainsi que la peur et le désespoir face à l’avenir, dans les familles touchées par l’addiction, ont été mentionnés dans les résultats d’une analyse phénoménologique interprétative de 31 entretiens semi-directifs, dans l’étude de McCann [28] en Australie. Les sentiments d’impuissance et de désespoir, les appels à l’aide désespérés et le fait de vivre avec la culpabilité sont des sentiments qui illustrent typiquement la détresse émotionnelle vécue par les familles touchées par l’addiction, relevée par diverses études [29, 35, 38, 41, 44]. Les familles éprouvent naturellement un large éventail d’émotions, dont une part importante d’émotions positives. Cependant, dans son étude sur l’expérience de familles touchées par l’addiction en Islande, auprès de 16 personnes participantes, Ólafsdóttir [33] a montré que l’une des expériences négatives de ces familles était la transformation, au fil du temps, de leurs sentiments positifs, comme l’inquiétude bienveillante et l’attention, en émotions négatives, comme la colère, la honte et la tristesse. L’augmentation des sentiments négatifs envers la personne qui consomme, l’augmentation des sentiments négatifs suscités par cette personne et l’augmentation des sentiments négatifs en général (confusion, etc.) dans l’étude de Salter [34], la détresse émotionnelle et le recours à des comprimés pour atténuer le stress dans l’étude de Groenewald [35], et des émotions changeantes passant de composantes positives (amour, admiration et attention) à des composantes négatives (désir de séparation, etc.) dans l’étude de Velleman [43] figurent parmi les autres résultats sur ce point. L’analyse des résultats des études cibles a montré que les expériences émotionnelles négatives étaient très répandues dans les familles confrontées à des problèmes d’addiction. Outre les cas déjà mentionnés, on relève l’inquiétude et l’incertitude quant à la situation de la personne, à la situation de la famille, à l’avenir de la famille et aux effets de la personne sur la famille [34, 43, 46], la perte de confiance et le sentiment de méfiance [37, 46], les sentiments de reproche et de honte [37, 38, 41, 44, 46], les sentiments de peur et d’effroi des membres de la famille [44, 45], le sentiment de tristesse face au chemin négatif et inattendu pris par la personne qui consomme [38], l’émergence d’émotions destructrices comme l’infériorité, la colère, la division et la séparation [39], des effets négatifs sur la santé émotionnelle des personnes, et l’émergence d’un large éventail d’émotions négatives, des pleurs continuels jusqu’au sentiment de séparation et au départ de la famille [40]. L’expérience comportementale négative est un autre des thèmes dégagés dans la présente étude. Le fait de subir de l’agressivité et de la violence verbale ou physique [25, 27, 29, 33, 37, 46, 53], des vols [27, 30, 41], des tensions et des disputes à la maison [34], et des violences domestiques envers les membres du foyer et les objets de la maison [47] figurent parmi les cas mentionnés par les familles touchées par l’addiction dans les études cibles. Sur le plan psychologique, les familles ont en outre fait état d’expériences négatives regroupées sous le nom de perturbation psychique. Différents niveaux de stress et d’anxiété [27, 29, 33, 53], l’expérience d’une violence mentale et psychologique [33], divers effets sur la santé mentale [34], ainsi que les idées et tentatives de suicide [35] figurent parmi les cas dégagés de l’analyse des résultats des études cibles. Les résultats de l’étude d’Orford [39], menée pour examiner l’expérience du stress et de la pression dans les familles touchées par l’addiction, ont indiqué que la santé physique des familles était aussi atteinte par l’addiction de l’un de leurs membres, les membres de la famille faisant parfois état de cas comme l’apparition d’une faiblesse physique, de symptômes physiques précis, d’une fatigue excessive, d’un manque de sommeil et d’une perte d’appétit. La survenue d’une dégradation physique a aussi été relevée et examinée dans les résultats d’autres études [34, 40]. Outre ces cas, les familles vivent aussi une expérience pénible sous le nom de pression et de fardeau familial, du fait du processus d’abus de drogues de l’un de leurs membres. L’analyse des résultats des études a montré que les fardeaux physique, psychologique, social et économique [24], des niveaux élevés de tension et de pression pendant le traitement du membre qui consomme [34] et les longs processus de traitement et de réadaptation [36] figuraient parmi les expériences vécues sur ce point par les familles touchées par l’addiction.

Le quatrième thème (le chaos familial interne) est un autre thème dégagé, qui se compose des thèmes suivants : l’instabilité des relations, les personnes dans l’ombre, la confrontation usante avec le membre qui consomme, un membre nouveau qui apparaît, un système qui s’effondre et l’effondrement financier. Les relations internes des familles sont parmi les premières à être touchées par la situation nouvelle, et les familles vivent dans ce domaine un large éventail de perturbations, des problèmes et désaccords entre les parents et des désaccords conjugaux étendus [8, 29, 47] jusqu’à la perturbation de la structure générale des relations interpersonnelles au foyer [27, 30, 32, 34, 40]. Le chaos et l’échec de la communication familiale ainsi que les conflits familiaux sont d’autres éléments mentionnés dans les résultats des études [41]. Les « personnes dans l’ombre » désignent les membres de la famille dont les autres, et en particulier les parents, se détournent en raison de l’addiction d’un autre membre, et dont les besoins et l’état psychologique ne reçoivent en quelque sorte pas d’attention. Le délaissement [34], l’indifférence et l’absence de reconnaissance [26], l’exposition aux drogues, avec la possibilité d’entrer dans la consommation, et la confrontation aux réactions du public [27], des effets psychosociaux négatifs, l’isolement [33], la colère et la rage réprimées [37], le manque d’affection et d’attention, ainsi que la réticence aux interactions sociales et à l’idée d’inviter des amis à la maison [47] figurent parmi les problèmes mentionnés par diverses études. Face à la personne qui consomme, les familles ont aussi essayé différentes voies, et l’analyse des résultats a montré qu’une part importante de l’énergie des familles est consacrée à ces efforts. Le rejet de la personne qui consomme est l’une de ces voies, relevée par Barnard [27] dans son étude en Écosse, et qu’Orford [39] évoque dans son étude comme « une vie désagréable avec la personne qui consomme ». Contrôler la personne et fixer diverses limites au membre qui consomme étaient d’autres moyens employés par les familles face à leur membre qui abuse de drogues. S’inquiéter pour la personne, essayer de la protéger et maintenir la relation avec amour et amitié étaient d’autres actions des familles dans ce domaine [38, 45]. Les personnes participantes de l’étude d’Arcidiacono [46] ont aussi déclaré que la personne était bonne, mais qu’elle avait une terrible consommation, et c’est dans cette perspective qu’elles ont fait face à leur membre qui abuse de drogues, comme si une personne nouvelle était apparue, sans rien de commun avec la précédente. Cette personne nouvelle était quelqu’un en qui la famille n’avait pas confiance, qui n’était, de façon générale, plus à la maison, comme une personne disparue, qui quittait la maison sans prévenir sans que l’on sache quand elle reviendrait, qui ne prenait au sérieux aucun rituel ni aucune réunion familiale (anniversaires, Norouz, etc.) et en était absente, et qui montrait une incapacité marquée à répondre aux attentes de la famille [43] ; ses fréquentations avaient changé dans l’ensemble, et l’on observait une forte chute de la réussite scolaire, ainsi qu’une baisse de l’hygiène personnelle et de la santé physique [44]. Il faut mentionner qu’en raison de ces problèmes, les familles ont tendance à rencontrer de graves problèmes dans l’économie familiale et leur capacité financière, et vivent une forme d’effondrement financier [8, 28, 30, 33, 34, 39–41, 46, 53]. Le fait d’affronter des dynamiques familiales néfastes [28], la menace pesant sur le fonctionnement familial [29], la mise en danger de la santé du système familial [8, 33, 40, 44–46, 53] et le passage de la cohésion à la confusion et à l’effondrement [46] sont d’autres menaces qui engagent la famille sur la voie du chaos interne.

Le cinquième thème (l’autoprotection) concerne les actions que les familles ont entreprises pour faire face à la situation nouvelle. Des thèmes comme la recherche de sources de soutien, le fait de faire face aux effets et de les atténuer, et l’émergence de la spiritualité relèvent de cette catégorie. Dans son étude, Wiarsih [24] a montré que les familles essayaient de faire face au problème en recherchant un soutien moral, financier, informationnel et social. Pour la recherche de sources de soutien, les résultats de diverses autres études ont aussi été pris en compte dans cette recherche. Ces résultats ont montré que la recherche de sources de soutien, d’information et de soins avait été l’une des manières dominantes de faire face au problème d’addiction dans les familles touchées par l’addiction étudiées [26, 29, 34, 40, 44, 46]. Parmi les autres actions par lesquelles les familles touchées par l’addiction se protègent figurent le fait de faire face aux effets et de les atténuer, par exemple par des méthodes de résolution de problèmes [24], la gestion de la violence [25], l’atténuation des effets de la stigmatisation [31] et diverses stratégies d’ajustement visant à réduire les conséquences de l’addiction d’un membre de la famille [29, 34, 38, 41, 44, 46]. Rodrigues [30] a aussi montré dans son étude que la foi et la confiance en Dieu étaient l’une des méthodes employées par les familles pour gérer les effets du problème et y faire face.

Discussion

Si les recherches qualitatives sur les problèmes et les difficultés des familles touchées par l’addiction sont limitées et minoritaires, elles ont été nécessaires pour améliorer la compréhension et le regard des responsables des politiques de ce domaine, des prestataires de services sociaux, des spécialistes et des familles touchées par l’addiction elles-mêmes. Un soutien efficace et spécialisé à ce groupe n’est possible que si sa voix est entendue, si les services sont adaptés à sa situation, et si ses besoins sont remarqués et pris en charge. C’est dans ce but que cette revue systématique a été menée, pour repérer et examiner les études qui ont exploré, par des méthodes de recherche qualitatives, les effets de l’addiction sur les familles qu’elle touche. Les résultats des études ont montré des thèmes cohérents d’une méthode de recherche et d’une population étudiée à l’autre. Vingt-cinq articles de qualité élevée et moyenne, aux contenus variés et adaptés aux objectifs de la présente recherche, ont été repérés et examinés. L’analyse des résultats des études a fait apparaître 5 thèmes principaux liés aux difficultés fondamentales des familles touchées par l’addiction. Les thèmes dégagés étaient le choc initial, la famille dans le brouillard, l’enchaînement des troubles, le chaos familial interne et l’autoprotection. La première rencontre avec l’addiction était l’un des premiers thèmes de la présente étude. Les familles sont d’abord désorientées et choquées par manque de connaissances et d’expérience [27, 29, 34, 40], et ne savent pas vraiment quelles démarches entreprendre ensuite. Certaines familles commencent à agir de leur propre chef et prennent les mesures qui leur paraissent appropriées, ce qui prépare le terrain de problèmes futurs pour les membres de la famille. À ce stade, la famille se place dans un processus de deuil profond, long et récurrent [24]. Cette notion est très spécifique et n’a été mentionnée que dans très peu d’études. Autrement dit, la première rencontre avec l’addiction d’un membre de la famille est si douloureuse que les familles la désignent comme l’expérience la plus dure de tout le processus de l’addiction [54]. De manière générale, offrir aux familles un cadre éducatif et leur faire connaître les groupes de soutien peut jouer un rôle important pour les sortir de ce cercle vicieux. Ces groupes jouent un rôle important pour atténuer les effets du choc initial dans les familles touchées par l’addiction : ils fournissent des informations sur l’addiction et son traitement, renforcent le moral des familles touchées par l’addiction, apportent un soutien, comprennent leurs besoins, offrent un contexte d’apprentissage, apprennent aux membres de la famille à prendre de la distance avec les situations problématiques, les aident à surmonter les sentiments de culpabilité, de honte et d’échec, leur apprennent à faire face aux risques et aux peurs, et leur enseignent des stratégies d’ajustement (distance physique et émotionnelle de la famille avec la personne qui abuse de drogues). En outre, la phrase clé des groupes de soutien pour les familles est la suivante : « Apprendre à vivre avec l’anxiété et la peur » [29].

L’analyse des résultats a montré que les familles choisissent l’isolement social pour éviter la stigmatisation sociale et l’étiquetage. Ces deux processus ont été décrits dans la présente étude avec le deuxième thème, la famille dans le brouillard. La difficulté la plus importante que vivent ces familles à ce stade est celle d’obtenir de l’aide [36], parce qu’elles manifestent en général une réticence à recourir aux soutiens formels et informels disponibles dans la société [31]. Les familles agissent ainsi en raison d’un mécanisme de défense, le secret. Les familles préfèrent en quelque sorte répondre seules au problème, de toutes les manières possibles, pour éviter le risque du jugement [31], de la stigmatisation [34] et de l’étiquetage, et ainsi épargner à la famille la discrimination sociale [24]. À cet égard, certaines familles se dirigent vers l’isolement social, et d’autres tentent de gérer les effets de ce problème par des mesures comme l’atténuation des effets de la stigmatisation, la remise en cause des idées fausses de leur entourage sur l’abus de drogues, ou le choix de personnes précises avec qui communiquer [31]. En outre, les expériences de honte, de stigmatisation et d’isolement social figurent parmi les résultats de l’étude de Di Sarno et al. [17], une revue exploratoire visant à examiner les problèmes psychiques et physiques des familles touchées par l’addiction. Dans cette étude, outre les études quantitatives, l’équipe a aussi pris en compte les études qualitatives portant spécifiquement sur les difficultés psychiques et physiques des familles touchées par l’addiction, et a constaté que les trois difficultés mentionnées ci-dessus étaient communes à toutes les études qualitatives examinées. Ce que l’on attend des responsables politiques et des prestataires de services, c’est l’élimination des idées fausses sur les familles touchées par l’addiction. Les groupes de soutien devraient concevoir et mettre en œuvre des mesures efficaces pour atténuer, puis supprimer, les effets de la stigmatisation sociale. L’élaboration, par la recherche de ce domaine, d’interventions efficaces aux niveaux individuel et social visant à lever les obstacles sociaux auxquels se heurtent les familles touchées par l’addiction peut aussi jouer un rôle important pour prévenir l’isolement social de ce groupe à risque.

Les troisième et quatrième thèmes dégagés dans cette étude montrent l’étendue des dommages dans la famille, tant au niveau de la santé familiale qu’à celui du système et du fonctionnement familiaux. Concernant les divers aspects de la santé des familles touchées par l’addiction, les études consacrées à ce domaine éclairent les conséquences des atteintes à la santé émotionnelle, mentale, physique et comportementale des familles dont un membre abuse de drogues, et montrent l’enchaînement des dommages subis par les familles touchées par l’addiction. Cette notion fait partie de celles qui ont été mentionnées dans diverses études. Autrement dit, l’addiction touche profondément les membres de la famille sur les plans psychologique, émotionnel, physique et comportemental [55–57].

En outre, concernant le quatrième thème, le chaos interne, cette étude a établi que le système et le fonctionnement familiaux peuvent subir de graves menaces au niveau des relations ainsi que dans le système de santé de la famille. Les conflits au sein des familles touchées par l’addiction font partie des difficultés que l’ensemble des membres de la famille ont mentionnées et considérées comme indissociables de l’addiction. Il faut noter qu’une construction et un fonctionnement inadéquats de la famille et des relations pathologiques entre ses membres les exposent à des difficultés et à des pressions plus sévères [13]. Comme différents niveaux de la santé et du fonctionnement familiaux sont touchés dans les troisième et quatrième thèmes, et que toutes les études examinées les ont pris en compte, il semble nécessaire de prendre des mesures pour en atténuer les effets.

Les spécialistes considèrent la famille comme une source et un soutien pour ses membres, qui remplissent leurs devoirs avec toutes leurs limites [27]. Les recherches ont mis en évidence, dans le monde entier, diverses interventions aux objectifs différents destinées aux familles touchées par l’addiction, dont la mise en œuvre peut jouer un rôle clé pour aider les familles à sortir de ce processus de triangle des Bermudes. Accroître le soutien social et les compétences d’ajustement, moduler le stress et la pression [58], réduire les symptômes des troubles psychiques et améliorer le fonctionnement familial [59], améliorer le fonctionnement familial aux niveaux du système, de la structure et de la stratégie [60], former les familles au soutien émotionnel, à l’acceptation sociale et à la réduction des problèmes causés par l’addiction [61], la prise de conscience des besoins de la famille, les changements environnementaux et interpersonnels, l’organisation de la structure familiale, le recours au renforcement social et aux modèles d’éducation familiale (CRAFT) [62] et Matrix [63], la participation aux réunions Nar-Anon destinées aux familles touchées par l’addiction et la participation à des réunions ne sont qu’une partie des interventions existantes pour soutenir et améliorer la situation des familles touchées par l’addiction. Il faut mentionner que l’un des points sur lesquels insistent les spécialistes de ce domaine est la nécessité de prêter attention aux personnes qui vivent à la maison dans l’ombre de la personne qui consomme. Autrement dit, les familles, et en particulier les parents, délaissent les autres en raison des problèmes causés par l’addiction de l’un de leurs membres, et consacrent toute l’énergie et toutes les ressources internes de la famille (financières, mentales et psychologiques, sociales et culturelles) à cette personne. À long terme, cette situation crée de graves problèmes pour les autres membres de la famille, en raison de leur confrontation quotidienne à ces problèmes et d’une exposition à l’addiction telle qu’elle peut entraîner chez ces personnes de graves problèmes psychosociaux et un isolement [53], ou leur entrée dans la consommation de drogues [27]. Comme cette revue systématique a visé toutes les études qualitatives menées sur les familles touchées par l’addiction et a dégagé des thèmes précieux et complets, la nécessité d’élaborer une intervention globale à partir des données de la présente étude, qui prenne en compte toutes les dimensions des familles, est devenue plus évidente que jamais.

Dernier thème dégagé, l’autoprotection est la clé principale du démarrage du processus de rétablissement dans les familles touchées par l’addiction. Chercher de l’aide, un soutien moral, un soutien financier, un soutien informationnel et un soutien social [24], et essayer de faire face au problème et d’en réduire les effets négatifs font partie du processus dans lequel les familles touchées par l’addiction s’engagent pour se protéger. Il faut noter que le manque de soutien social expose les familles à de graves problèmes [13]. La dernière notion de cette partie est le processus de rétablissement des familles touchées par l’addiction, qui commence lorsqu’elles affrontent l’addiction de l’un de leurs membres et se trouvent en quelque sorte prises dans son labyrinthe. Intervenir sur les niveaux d’accommodation au comportement de la personne qui consomme, sur l’adaptation financière à la situation, les interventions discrètes, les soutiens formels et informels, le soutien religieux et spirituel [12], ainsi que la préparation aux changements chez les membres de la famille et dans le fonctionnement familial et le renforcement des compétences d’ajustement [64] jouent tous un rôle efficace pour offrir aux familles un contexte dans lequel se protéger, et conduisent en fin de compte à leur rétablissement.

De manière générale, ce qui ressort de cette étude, et qui est mentionné dans toutes les études examinées, c’est que lorsque les familles exprimaient les difficultés causées par l’addiction, elles exprimaient aussi leurs efforts pour surmonter les problèmes, et les désignaient comme la difficulté que l’addiction avait créée pour elles. Autrement dit, les familles essayaient de survivre et de maintenir leurs membres en vie alors même qu’elles étaient découragées et épuisées, et elles posaient les bases du rétablissement de la famille. De plus, il faut tenir compte du fait que l’expérience de l’addiction varie d’une famille à l’autre selon les conditions sociales et culturelles, et que, pour peu qu’il existe un soutien social adapté et un fonctionnement familial sain, les membres de la famille feront face à des difficultés moins graves s’il leur faut affronter l’addiction de l’un des membres [13]. Ces familles avaient cependant des doutes sur la manière de s’y prendre, et elles étaient sujettes à la confusion et à l’incertitude. L’étude du processus de rétablissement des familles ne fait pas partie des objectifs de cette étude, mais c’est un sujet qui peut être envisagé pour de futures recherches et servir de guide, de référence et de chemin pour le rétablissement des familles touchées par l’addiction.

La méthode de la présente étude est la revue systématique d’études qualitatives portant sur les expériences et les difficultés des membres des familles touchées par l’addiction. Une analyse thématique a servi à analyser les données. Cette étude a été conçue pour n’analyser que les études qualitatives qui traitent de manière complète des difficultés que rencontrent les familles touchées par l’addiction et qui répondent au niveau requis selon la grille d’évaluation de la qualité de la recherche qualitative du NICE. Parmi les études comparables à la présente étude, on peut citer le précieux travail de Di Sarno et al. [17], dont l’équipe a mis en œuvre la méthode de la revue exploratoire pour examiner les difficultés psychiques et physiques des familles touchées par l’addiction. Dans cette étude, conformément à son objectif, toutes les études qualitatives et quantitatives portant uniquement sur les difficultés psychiques et physiques des familles touchées par l’addiction sont analysées. La présente étude a toutefois adopté une approche plus globale, afin de présenter, en plus des notions ci-dessus, toutes les autres dimensions des familles touchées par l’addiction, et de recourir à l’analyse thématique pour exposer de manière complète les difficultés des familles en 5 catégories conceptuelles distinctes. La présente étude va un pas plus loin que la revue d’Orford [18]. Orford a présenté une synthèse des études qualitatives menées sur les familles touchées par l’addiction jusqu’en 2010, et en a rapporté les résultats en quatre catégories : le stress, la tension, l’ajustement et le soutien social. La présente étude a en revanche analysé toutes les recherches menées jusqu’en 2022 sur les difficultés des familles touchées par l’addiction, et a présenté 18 sous-thèmes en plus de ses 5 thèmes principaux.

Limites et orientations pour la recherche future

La présente étude a été menée selon un processus guidé par un protocole et à l’aide de toutes les bases de données scientifiques fiables au monde. Si la notion d’addiction recouvre un large éventail de comportements addictifs, l’addiction désignait dans cette recherche la consommation de toute drogue et de l’alcool. Les études utilisées dans cette recherche comportent de nombreuses limites.

Dans la présente étude, le niveau d’engagement d’un membre de la famille dans la consommation de substances (personnes consommant à faible risque ou occasionnellement, comparées à celles dont la consommation est classée comme nocive ou dépendante) n’a pas été pris en compte, alors que ce niveau peut influer sur les difficultés que rencontrent les familles touchées par l’addiction. Trois des études incluses dans cette revue ont été publiées par la même équipe et portaient sur le même groupe. Chaque étude traitait toutefois d’aspects légèrement différents de l’expérience des FTA qui vivent avec un membre ayant des problèmes d’addiction [25, 28, 31]. Il importe de préciser que cette étude n’a pas examiné les différences culturelles, religieuses et de croyances des familles face à l’addiction, et que le manque de données et d’études menées dans différentes cultures et croyances sur ce sujet est une difficulté pour la recherche. Les études futures devraient donc permettre une meilleure compréhension des effets psychosociaux de l’addiction sur les familles, avec davantage d’attention et de sensibilité à la culture, à l’appartenance ethnique et à la religion. Par ailleurs, l’absence de prise en compte du rôle, dans la famille, du membre qui consomme, dans la présente étude, peut jouer sur le type d’effets sur les autres membres de la famille et sur d’autres points, ce qui peut limiter de manière générale les conclusions à tirer de cette étude. C’est pourquoi, pour produire des résultats plus fiables, les futures études systématiques devraient restreindre leurs termes et expressions de recherche selon le rôle de la personne qui consomme dans la famille, afin de formuler des recommandations et des suggestions plus fiables pour soutenir les familles touchées par l’addiction. Les données montrent que certaines études, pour diverses raisons, ont plus de chances d’être publiées rapidement dans des revues reconnues, et qu’il est en quelque sorte plus facile d’accéder à ces articles et de les trouver, alors qu’ils peuvent être faibles sur le plan de la méthodologie comme sur celui du déroulement du travail. Dans la présente étude, des conclusions fondées uniquement sur des études publiées peuvent donc être trompeuses. Les termes employés dans le domaine des familles touchées par l’addiction sont divers, et des intitulés particuliers et une littérature propre ont pu être utilisés pour certains articles ; de ce fait, des études pertinentes mais inaccessibles ont pu échapper à cette revue, et les futures études systématiques devraient inclure un éventail plus large de termes pertinents pour offrir un regard et une perspective plus généraux sur les difficultés et l’état de santé de ce groupe. Dans la présente étude, on estime toutefois que le recours à des bases de données scientifiques fiables et variées, le double tri des études et une stratégie de recherche solide ont permis de repérer tous les articles éligibles. Si cette étude a porté sur les effets de l’addiction aux drogues sur les familles, elle a aussi révélé l’existence d’une grande lacune dans la connaissance des familles touchées par d’autres comportements addictifs (Internet, jeux d’argent, etc.). Il est donc essentiel de comparer et de rassembler les débats et les récits existants, ainsi que leur évolution dans le temps, pour mieux comprendre les difficultés des familles touchées par l’addiction.

Outre les limites des études examinées indiquées dans le tableau 1, d’autres points importants méritent attention. D’abord, comme les études examinées étaient de nature qualitative, la limite commune d’une « généralisabilité limitée » s’applique à toutes. Autrement dit, les résultats des études examinées ne peuvent pas être facilement généralisés. En outre, comme la plupart des études reposaient sur des échantillons de personnes en recherche d’aide ou recevant des services, et que la sélection des personnes participantes se faisait par échantillonnage en boule de neige ou par échantillonnage raisonné, leurs expériences ont pu être influencées par le type de services reçus, ce qui en fait des représentantes inadéquates de l’ensemble des familles touchées par l’addiction.

Implications pour la recherche et la pratique

Il s’agit de la première revue systématique de la recherche qualitative sur les difficultés des familles touchées par l’addiction qui porte sur les études des trente dernières années. La recherche qualitative offre la possibilité d’entendre la voix des personnes participantes, afin de fournir des données empiriques et perceptives valides, qui peuvent servir à éclairer et à orienter les politiques et à offrir des services de santé mentale dans une perspective fondée sur les données probantes. Cette revue systématique fournit une base de connaissances fondées sur les données probantes, issues de la recherche qualitative, en dégageant les thèmes et les résultats des études qualitatives sur les difficultés des familles touchées par l’addiction. Le premier enseignement pratique de la présente étude peut être de prêter attention aux dimensions plus larges (sociales, culturelles, économiques et individuelles) des familles. Autrement dit, une personne qui consomme des drogues confronte, consciemment ou non, sa famille à des difficultés fondamentales, et ces difficultés préparent le terrain de problèmes futurs. Par exemple, alors que les sociétés essaient d’accepter ce groupe, la stigmatisation sociale et l’étiquetage sont un problème auquel il se heurte constamment, et qui joue un rôle particulier dans la dissimulation et l’autocensure des familles, ce qui fait ensuite surgir pour elles des problèmes plus graves. Le deuxième enseignement de cette étude pour la pratique et l’action est la nécessité de former les prestataires de services sociaux, éducatifs et de santé, afin que ces services s’efforcent d’accueillir les membres des familles touchées par l’addiction et leur offrent des services psychosociaux, éducatifs et préventifs dès la rencontre avec une personne de ce groupe. Cette revue a aussi posé les bases d’études et d’interventions dans ce domaine et, en proposant un schéma visuel des thèmes dégagés, elle a fourni à la recherche de ce domaine le cadre des interventions dont les familles touchées par l’addiction ont besoin. Il faut souligner que l’accès à ces riches données qualitatives, issues de l’expérience des familles touchées par l’addiction, permet de concevoir et de mettre en œuvre des dispositifs de soutien et d’éducation plus efficaces pour les familles qui viennent d’entrer dans ce long processus.

Conclusions

L’analyse des données issues de la présente recherche a dégagé 5 thèmes principaux dans ce processus : le choc initial, la famille dans le brouillard, l’enchaînement des troubles, le chaos familial interne et l’autoprotection. Les résultats de la présente étude indiquent clairement que tout type d’intervention mené auprès des familles touchées par l’addiction doit prendre en compte l’ensemble des problèmes et des difficultés créés par l’addiction. Ces 5 thèmes ont été dégagés dans différentes études, avec différentes méthodes qualitatives et différentes populations cibles. Les implications de la présente étude aux niveaux des politiques, de la pratique et de la recherche ont aussi été clairement énoncées. Les familles touchées par l’addiction veulent un espace à l’abri de tout jugement et de tout étiquetage, afin de pouvoir maîtriser leur situation mentale, psychologique et sociale, et la société peut prévenir le choc initial de ce groupe face à l’addiction de l’un de ses membres en intervenant à temps et en offrant les bons services éducatifs. La voix des familles touchées par l’addiction a révélé le besoin d’un soutien éducatif, informationnel et thérapeutique pour améliorer leurs compétences d’ajustement, afin de faire face aux effets de l’addiction et de les atténuer. Les résultats de la présente étude offrent une riche source d’informations fondées sur les données probantes pour proposer les meilleurs services et les meilleures politiques aux familles touchées par l’addiction. Il importe aussi de mentionner que, dans les pays en développement et dans les pays où l’État joue un faible rôle dans la protection sociale de la population, les personnes et les familles sont des éléments étroitement liés, et tout problème de l’un des membres peut avoir un impact important sur l’ensemble du système. L’attention portée aux familles touchées par l’addiction dans ces régions n’en est donc qu’à ses débuts, et la nécessité de s’occuper de ce groupe est devenue plus évidente que jamais.

Abréviations

  • FTA (AAF) : famille touchée par l’addiction (Addiction Affected Family)
  • MF (FM) : membre de la famille (Family member)
  • TUS (SUD) : trouble de l’usage de substances (Substance use disorder)
  • UPS (PSU) : usage problématique de substances (Problematic substance use)

Complexe Systémique : à retenir

Cette revue déplace utilement le regard de la personne qui consomme vers le système qui l’entoure. Ses cinq thèmes dessinent une séquence familière en thérapie familiale : la sidération du début, le secret qui protège de la honte mais enferme, puis un foyer qui se réorganise autour du symptôme, au point que d’autres membres, souvent la fratrie, deviennent des « personnes dans l’ombre ». La figure du « membre nouveau », devenu méconnaissable, rappelle combien l’addiction redistribue les places et les loyautés. Pour la clinique, on retiendra trois pistes : recevoir les proches pour eux-mêmes, et pas seulement comme auxiliaires du soin ; repérer activement les enfants et la fratrie laissés de côté ; travailler la stigmatisation et l’isolement comme des cibles à part entière. La prudence s’impose pourtant : une recherche documentaire peu reproductible (Research Gate, Google Scholar), des études surtout anglophones et occidentales, une place de la personne qui consomme dans la famille jamais distinguée, et une synthèse qui reste descriptive, sans modèle des interactions. À lire avec l’article sur le stigmate et le blâme vécus par des mères de personnes qui consomment, et avec l’article sur le soutien professionnel aux proches face à l’alcool et aux drogues.

Notes de l’original

Note de l’éditeur. Springer Nature reste neutre à l’égard des revendications de compétence territoriale figurant dans les cartes publiées et les affiliations institutionnelles.

Remerciements. L’équipe tient à remercier les équipes de recherche des articles présentés pour le travail exigeant qu’elles ont fourni en appliquant des méthodes de recherche qualitative à l’étude des difficultés des familles touchées par l’addiction.

Contributions. MM a contribué à la conception de l’étude, à la conceptualisation, à la curation des données, à l’analyse formelle, à l’investigation, à la méthodologie, aux ressources et à la visualisation. FA a contribué à la conception de l’étude, à la conceptualisation et à l’analyse formelle, et a révisé le manuscrit. HR a contribué à la conception de l’étude et au tri, a révisé le manuscrit et a assuré la direction universitaire. MF a assuré la direction universitaire. MA a conseillé et révisé le manuscrit. L’ensemble de l’équipe a lu et approuvé le manuscrit final.

Financement. Sans objet.

Approbation éthique et consentement à participer. Sans objet.

Consentement à la publication. Sans objet.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

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Traduction non officielle en français de Les difficultés des familles touchées par l’addiction : une revue systématique des études qualitatives, par Mostafa Mardani, Fardin Alipour, Hassan Rafiey, Masoud Fallahi-Khoshknab et Maliheh Arshi, BMC Psychiatry, vol. 23, article 439 (2023), doi : 10.1186/s12888-023-04927-1, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste, légendes des figures traduites). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Challenges in addiction-affected families: a systematic review of qualitative studies », publié dans BMC Psychiatry (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Mardani, M., Alipour, F., Rafiey, H., Fallahi-Khoshknab, M., et Arshi, M. (2023). Les difficultés des familles touchées par l’addiction : une revue systématique des études qualitatives (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/les-difficultes-des-familles-touchees-par-l-addiction-une-revue-systematique-des-etudes (Œuvre originale publiée en 2023 dans BMC Psychiatry, 23, article 439 (2023) ; republiée en 2023 par BMC Psychiatry, https://bmcpsychiatry.biomedcentral.com/articles/10.1186/s12888-023-04927-1)

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