Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale
Pourquoi rester après une infidélité ? L’équipe d’Erica A. Mitchell a interrogé onze femmes restées en couple après avoir découvert une liaison. Leurs récits dessinent un parcours en quatre temps, de la position d’avant la découverte à la reconstruction de la confiance : des excuses qui ne valent que suivies d’actes, un cercle de confidence choisi avec soin, des limites à renégocier et une thérapie vécue de façon très contrastée.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Rester ensemble après une infidélité : le processus de décision du rétablissement, du point de vue de la personne blessée, par Erica A. Mitchell, Kristina S. Brown, Jewel Spencer et Kayla Harris, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2026), doi : 10.1111/jmft.70110, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux tableaux sont présentés sous forme de listes (titres des livres laissés en anglais) ; le schéma de la figure 1 est conservé en anglais ; le matériel supplémentaire en ligne n’est pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Des excuses seules, sans action ni changement de comportement, ne suffisaient pas.
Erica A. Mitchell, Kristina S. Brown, Jewel Spencer et Kayla Harris
Résumé
L’infidélité touche un nombre important de personnes, avec des conséquences potentiellement dévastatrices. Beaucoup choisissent de rester avec leur partenaire après une infidélité, mais la recherche sur les processus de décision dans le rétablissement après une liaison, du point de vue de la personne blessée, reste limitée. La présente étude explore ce phénomène au moyen d’entretiens semi-directifs avec 11 personnes blessées (c’est-à-dire qui n’ont pas eu de liaison) ayant choisi de rester avec leur partenaire après avoir vécu une infidélité. Neuf thèmes principaux ont été dégagés : (a) la position sur l’infidélité, (b) le fait d’en parler à d’autres, (c) les raisons de rester, (d) les excuses, (e) le soutien social, (f) les attentes en matière d’intimité sexuelle, (g) la reconstruction de la confiance, (h) la thérapie et (i) les autres ressources. Ces résultats prolongent la recherche existante sur le rétablissement après une liaison en donnant délibérément la parole aux expériences de décision des personnes blessées. Des pistes pour les thérapeutes qui travaillent avec des personnes seules ou des couples, comme comprendre les raisons de rester dans la relation et renégocier les limites de la relation, sont discutées.
L’infidélité touche un nombre important de relations. Des études récentes menées sur de grands échantillons représentatifs aux États-Unis estiment que 13 à 40 % des personnes commettent une infidélité (par exemple, Harrison 2024 ; O’Connor et Canevello 2019). L’une des raisons de cette variabilité tient aux diverses façons de définir l’infidélité. Dans la présente étude, nous reprenons la définition de Blow et Hartnett (2005, p. 191-192) : un acte sexuel et/ou émotionnel accompli par une personne engagée dans une relation, lorsque cet acte se produit en dehors de la relation principale et constitue un abus de confiance et/ou une violation de normes convenues (explicites et implicites) par l’une des personnes de cette relation ou par les deux, relativement à l’exclusivité amoureuse/émotionnelle ou sexuelle.
Après la découverte d’une infidélité, la personne blessée (c’est-à-dire celle qui n’a pas eu la liaison) peut présenter toute une série de symptômes de détresse émotionnelle et psychique, dont la dépression, l’anxiété et le trouble de stress post-traumatique (Bird et al. 2007 ; Gordon et al. 2004). Un traumatisme d’attachement lié à l’infidélité et le désir de se tenir physiquement à distance de l’autre sont aussi rapportés (Apostolou et al. 2022 ; Warach et Josephs 2019). Il importe de comprendre le point de vue des personnes blessées, car la décision de rester ensemble après une infidélité leur revient souvent. Bien souvent, en fait, une pression s’exerce sur la personne blessée pour qu’elle pardonne, afin que la relation puisse aller de l’avant. Cela peut représenter une responsabilité considérable, surtout à un moment où la personne blessée peut être submergée par diverses émotions qui entravent sa capacité à prendre des décisions à long terme sur la relation.
La littérature constate aussi que la qualité de la relation se dégrade après une infidélité et que le risque de violence dans le couple augmente (par exemple, Kaighobadi et al. 2009 ; Previti et Amato 2004). Plus de 50 % des personnes blessées mettent fin à leur relation après une liaison (Allen et Atkins 2012), et l’infidélité est l’une des raisons de divorce les plus souvent citées (Amato et Previti 2003). Si les conséquences de l’infidélité pour les personnes blessées sont documentées dans la littérature, on en sait moins sur leur processus de décision et sur ce qui influence la décision de rester dans la relation après une infidélité. Puisque la décision de rester vient souvent de la personne blessée, une meilleure compréhension de ce processus de décision peut profiter au processus thérapeutique, en apportant un éclairage supplémentaire sur ce point de vue singulier, centré sur la réparation et le rétablissement.
Une meilleure compréhension de ce point de vue singulier peut aussi influencer les modèles de traitement. Les modèles conceptuels existants du rétablissement après une liaison ont été élaborés à partir du point de vue de personnes qui se reconnaissent comme blessées ou comme impliquées (c’est-à-dire la personne qui a eu la liaison). Par exemple, Olson et al. (2002) ont dégagé un modèle en trois étapes des expériences qui suivent l’infidélité : (a) les montagnes russes, (b) le moratoire et (c) la reconstruction de la confiance. De même, les résultats de Bird et al. (2007) ont révélé trois phases dans le processus de guérison : (a) chercher une aide experte, (b) retrouver un sentiment de maîtrise, accroître l’ouverture émotionnelle et reconstruire la confiance, et (c) parvenir au pardon. Abrahamson et al. (2012) ont dégagé quatre composantes du rétablissement : (a) la motivation à rester ensemble, (b) le fait de chérir les gestes de bienveillance, (c) le fait de donner un sens à la liaison et (d) le recours au soutien social. Les études d’efficacité menées jusqu’ici ont mis en évidence certaines améliorations des résultats individuels et relationnels chez les personnes blessées ; mais les échantillons étaient très petits, ce qui rend les résultats difficiles à généraliser (par exemple, Atkins et al. 2010 ; Gordon et al. 2004). La recherche existante n’a pas non plus permis de comprendre comment le passage par chacune des étapes décrites ci-dessus est vécu de manière propre par les personnes blessées et par les personnes impliquées. Une étude antérieure a exploré le processus de rétablissement du point de vue de chacun des deux partenaires d’une même relation. Les deux partenaires accordaient une valeur semblable (a) à l’importance d’une communication fréquente, (b) à une démarche délibérée pour reconstruire la sécurité et la confiance et (c) à l’importance du pardon. Pour les personnes blessées en particulier, mais pas nécessairement pour les personnes impliquées, passer plus de temps ensemble était un mécanisme pour reconstruire la confiance et retrouver un sentiment de proximité, élément essentiel des étapes intermédiaires de chacun des modèles présentés. Pour les personnes blessées, il était aussi essentiel que la personne impliquée prenne la tête du processus de rétablissement et que la liaison reste un sujet de conversation ouvert (Mitchell et al. 2022). Cette demande renforce la raison d’être de la présente étude : la pression et la responsabilité qui pèsent souvent sur la personne blessée. Ces résultats ont donc incité l’équipe à poursuivre ce travail important en approfondissant la compréhension du processus de rétablissement du seul point de vue de personnes blessées qui ont choisi de rester dans leur relation actuelle.
Comprendre le rétablissement après une liaison du point de vue singulier des personnes blessées est essentiel pour éclairer le travail avec les personnes qui consultent après une infidélité. Alors que la plupart des recherches adoptent à la fois le point de vue des personnes blessées et celui des personnes impliquées (par exemple, Abrahamson et al. 2012 ; Bird et al. 2007 ; Olson et al. 2002), cette étude cherche à enrichir la littérature actuelle sur l’expérience vécue de l’infidélité en adoptant le point de vue singulier et exclusif de la personne blessée. Plus précisément, nous cherchons à comprendre (1) la décision de la personne blessée de rester dans la relation et (2) les processus de décision au cours du rétablissement. Cette recherche vise à donner la parole à l’expérience de cette population et à repérer les facteurs en jeu dans la décision de rester ensemble et dans le processus de rétablissement après une liaison. Il s’agit d’offrir aux thérapeutes une compréhension plus fine de ce point de vue peu exploré, afin d’améliorer l’intervention clinique.
La présente étude adopte une approche qualitative phénoménologique pour approfondir la compréhension de l’expérience de l’infidélité, spécifiquement du point de vue de la personne blessée. Grâce à la structure de l’entretien et à la possibilité de poser des questions d’approfondissement, les résultats peuvent être mieux généralisés à cette population en traitement. Plusieurs études antérieures sur l’infidélité ont utilisé cette méthodologie (par exemple, Abrahamson et al. 2012 ; Mitchell et al. 2021, 2022 ; Bird et al. 2007 ; Olson et al. 2002). La recherche a été approuvée par le comité d’éthique institutionnel (IRB) de l’Université Adler. Ce projet de recherche s’est déroulé dans le cadre d’un cours de niveau master. Les personnes inscrites au cours avaient le choix entre participer au projet ou réaliser un travail équivalent pour valider le cours. Toutes ont choisi de participer au projet de recherche, mais une seule (la troisième autrice) a continué à faire partie de l’équipe de recherche après la fin des cours.
L’étude portant sur les personnes blessées, les critères de participation étaient (a) de se reconnaître comme la personne blessée, (b) d’avoir maintenu la relation dans laquelle l’infidélité (telle que définie par Blow et Hartnett 2005 au début de cet article) s’était produite et (c) que la découverte de l’infidélité remonte à au moins deux ans. Nous avons retenu ce délai pour que les personnes puissent parler de manière fiable du processus de rétablissement, tout en réduisant le risque que la participation à l’étude ne ravive leur détresse. Conformément à l’approbation de l’IRB, les personnes ont été recrutées par courriel et par des groupes Facebook dont faisaient partie les personnes inscrites au cours et l’enseignante, ce qui n’incluait pas leurs profils personnels. La définition de l’infidélité utilisée dans la présente étude figurait dans les courriels et les publications de recrutement.
Pendant le semestre du cours, cinq personnes ont répondu. Deux autres ont été recrutées dans les mois suivants. Après avoir constaté que la saturation des données n’était pas encore atteinte, la deuxième autrice a mené un recrutement supplémentaire, qui a permis d’obtenir quatre réponses de plus l’année suivante. Au total, 11 réponses aux annonces et aux courriels de recrutement satisfaisaient aux critères d’inclusion. Sur les 11 participantes, huit ont été recrutées par Facebook, une par courriel, une par « une amie » et une a déclaré avoir « été orientée ». Les 11 participantes ont toutes été interrogées. L’analyse ultérieure a confirmé que la saturation était atteinte (aucune information nouvelle n’apparaissait dans les entretiens), et le recrutement a donc été arrêté.
Dans le cadre du consentement éclairé, les participantes ont répondu à des questions sociodémographiques ouvertes. Toutes les personnes blessées se sont identifiées comme femmes ; dix se sont déclarées hétérosexuelles et une n’a pas renseigné son orientation sexuelle. La découverte de la liaison remontait à 2 à 18 ans avant l’entretien, avec une moyenne de 6 ans (mode de 3 et médiane de 5). Les participantes ont aussi donné des informations sur leur partenaire (c’est-à-dire la personne impliquée). Tous les partenaires impliqués étaient des hommes ; une participante a aussi indiqué « femme » dans sa réponse, car sa relation actuelle réunit, dans une relation polyamoureuse, elle-même en tant que personne blessée, le partenaire impliqué et la partenaire « extraconjugale », une femme. Neuf participantes ont déclaré leur partenaire hétérosexuel et deux n’ont pas renseigné l’orientation sexuelle de leur partenaire. Sept des répondantes ont des enfants, dont quatre ont amené dans la relation actuelle des enfants nés d’unions précédentes. Les participantes vivaient dans huit États différents des États-Unis : une à la campagne, trois dans une petite ville, quatre en banlieue et trois en ville. Les revenus annuels individuels des personnes blessées allaient de « 25 000 $ ou moins » à « 100 000 à 150 000 $ », et les revenus annuels du foyer de « 75 000 à 100 000 $ » à « plus de 200 000 $ ». D’autres données sociodémographiques figurent dans le tableau 1.
Tableau 1 — Caractéristiques sociodémographiques des personnes blessées (n = 11) et des partenaires impliqués (n = 11)
Pour chaque catégorie : personnes blessées (participantes) ; partenaires impliqués.
Note : les personnes blessées avaient de 32 à 71 ans, avec un âge moyen de 45 ans ; les partenaires impliqués avaient de 35 à 71 ans, avec un âge moyen de 47 ans.
Le guide d’entretien comprenait un texte d’introduction et des questions exploratoires, élaborés dans le cadre du cours de master par les quatre personnes inscrites au cours et l’enseignante (la deuxième autrice). Les questions ont été définies à partir d’une revue de la littérature actuelle et du repérage des lacunes dans la compréhension du processus de rétablissement après une liaison du point de vue des personnes blessées. Des questions comme « De quoi aviez-vous le plus besoin de la part de votre partenaire pendant que vous reconstruisiez votre relation ? », « Qu’est-ce qui vous a le plus aidée dans votre rétablissement et dans votre décision de rester dans la relation ? » ou encore « Qu’est-ce qui vous a le moins aidée dans votre rétablissement et dans votre décision de rester dans la relation ? » portaient précisément sur ce dont la personne blessée avait eu besoin pour se rétablir, de son seul point de vue. Des questions sur les recommandations à adresser aux thérapeutes étaient aussi incluses. Les participantes ont été interrogées sur les différentes étapes du processus de décision :
Les personnes chargées des entretiens ne disposaient que de l’adresse électronique de la participante, qu’elles désignaient par le pseudonyme choisi par celle-ci. Un horaire a été convenu d’un commun accord par courriel entre la participante et la personne chargée de l’entretien, avec un rappel sur la nécessité de préserver la confidentialité pendant tout l’entretien, d’autant que tous les entretiens se sont déroulés sur un Zoom conforme à la loi HIPAA, fourni par l’université de la deuxième autrice. Tous les entretiens ont été menés en tête-à-tête avec la participante, par une personne inscrite au cours ou par une personne assistante de recherche de la deuxième autrice.
Les participantes pouvaient choisir de sauter une question, de limiter leur réponse ou de couper leur caméra si elles le préféraient. Chacune a répondu à toutes les questions dans la limite de ce qui lui convenait, et toutes ont choisi de laisser leur caméra allumée. Les entretiens et les transcriptions ont été réalisés par les personnes inscrites au cours, et des entretiens supplémentaires ont été menés après le cours par trois personnes assistantes de recherche de la deuxième autrice. Les membres de l’équipe de recherche en cours de master ou de doctorat ont mené des entretiens et des transcriptions, et la deuxième autrice a renvoyé les transcriptions aux participantes pour une vérification par les membres (member checking) afin d’en confirmer la validité. Aucune modification n’a ensuite été apportée aux transcriptions.
Cette étude est née d’un projet mené dans un cours optionnel sur l’infidélité proposé par la deuxième autrice. L’équipe de recherche complète comprenait une personne experte du domaine membre du corps enseignant, qui collaborait au projet, une enseignante chargée du cours et huit personnes en formation. Deux enseignantes, une doctorante et une étudiante de master signent le présent article. Nous donnons des informations sur la position sociale de chacune des autrices pour situer, à l’intention du lectorat, le contexte de la recherche et de l’analyse, et dans le cadre de l’épochè tout au long du processus qualitatif. La première autrice est une femme blanche, cisgenre, thérapeute conjugale et familiale agréée. Elle a travaillé cliniquement avec des couples ayant vécu une infidélité et a mené d’autres recherches sur ce sujet, dont des études qualitatives. La deuxième autrice est une femme blanche, cisgenre, thérapeute conjugale et familiale agréée. Elle a enseigné des cours optionnels consacrés à l’infidélité, abordée à travers les identités et sous l’angle de la personne du thérapeute (self-of-the-therapist). Elle a aussi travaillé cliniquement avec des couples qui restent ensemble ou se séparent, ainsi qu’avec des personnes qui ont été la personne impliquée, la personne blessée, ou les deux. La troisième autrice est une femme noire, cisgenre, thérapeute conjugale et familiale agréée en cabinet libéral, et elle suivait le cours. Elle travaille cliniquement en séances conjointes et individuelles sur les difficultés du système familial liées à la réparation de la confiance, à la communication et aux conséquences des changements de limites dans la relation. La quatrième autrice est une femme blanche, cisgenre, en situation de handicap, ancienne militaire, thérapeute conjugale et familiale agréée. Elle a commencé à participer à ce projet en deuxième année de master, dans le cadre d’un emploi étudiant, en menant des entretiens et en codant les thèmes, et a continué d’y contribuer en tant que doctorante.
Dans le but de repérer des régularités dans les processus de décision des participantes, l’analyse thématique (Braun et Clarke 2006), combinée à l’épochè, a été utilisée pour assurer la cohérence de l’interprétation des résultats. Suivant les principes de l’analyse thématique (Braun et Clarke 2006, 2021), les autrices ont lu chacun des entretiens à plusieurs reprises pour se familiariser avec les données. La première autrice et deux autrices alors en formation ont procédé à un codage ligne par ligne pour saisir l’essence des expériences vécues par les participantes. Lors de réunions régulières, avec la deuxième autrice dans le rôle d’auditrice interne, les autrices ont examiné les 35 codes obtenus et les ont regroupés en thèmes transversaux aux points de vue des participantes sur leur propre expérience. Tout en reconnaissant les caractéristiques communes de nos participantes, par exemple le fait que huit d’entre elles se soient déclarées cliniciennes en santé mentale, nous n’avons délibérément pas examiné les données sous l’angle des ressemblances ou des différences liées à cette caractéristique. Nous proposons toutefois d’en faire une piste de recherche future dans la discussion.
Les autrices ont examiné, défini et nommé les thèmes pour en déterminer la portée. Elles ont eu recours à des techniques de mise entre parenthèses (bracketing), comme la tenue d’un journal tout au long du projet et en particulier pendant l’analyse des données, pour réduire l’influence des biais individuels sur l’équipe et sur les résultats. Si les autrices ont discuté de leurs expériences professionnelles d’apprentissage et de travail sur l’infidélité, elles n’ont pas évoqué leurs expériences personnelles de l’infidélité. L’équipe s’est réunie régulièrement pour mener l’analyse et résoudre les divergences sur les codes et les thèmes. Par exemple, le thème des attentes en matière d’intimité sexuelle s’appelait à l’origine « attentes », mais une partie de l’équipe le trouvait trop large. L’équipe a donc réexaminé les transcriptions codées et constaté que les descriptions des participantes portaient davantage sur les attentes relatives à l’intimité ; le thème a ensuite été précisé pour désigner l’intimité sexuelle. La personne chargée de l’audit externe a codé chaque entretien de façon indépendante et a participé aux réunions de l’équipe à mesure que les thèmes étaient affinés et organisés chronologiquement selon les descriptions que les participantes faisaient de l’expérience de l’infidélité. En cas de désaccord, la deuxième autrice donnait son avis en tant qu’auditrice interne, et l’équipe cheminait vers un consensus.
Chaque participante a choisi son propre pseudonyme ; voici une présentation de chacune (par ordre alphabétique), qui précise sa situation conjugale, les circonstances de la révélation de l’infidélité et les éventuels antécédents d’infidélité dans sa relation ou dans sa famille d’origine.
Amy est mariée depuis 6 ans et a découvert l’infidélité de son mari un peu plus de 2 ans auparavant. Elle n’a connaissance d’aucune infidélité dans sa famille d’origine, et « le premier mariage de [son] mari a pris fin après l’infidélité de son ex-femme ». Amy n’a pas vécu d’infidélité dans une relation antérieure.
Crystal est mariée depuis près de 18 ans et a découvert l’infidélité de son mari une première fois 3 ans auparavant, puis de nouveau un an plus tard. Après la révélation de l’infidélité, Crystal et son mari ont décidé ensemble d’inviter l’autre femme dans leur relation et leur famille, et tous trois sont ensemble depuis deux ans et demi. Il n’y a eu d’infidélité ni dans les relations antérieures de Crystal, ni dans celles de son mari, ni dans sa famille d’origine.
Emma est mariée depuis 13 ans et a découvert l’infidélité de son mari il y a 3 ans. Interrogée sur sa famille d’origine, elle a révélé qu’avant le divorce de ses parents, « ma mère a trompé mon père plusieurs fois. Mon père la reprenait toujours, mais il se peut qu’il l’ait trompée aussi ». Dans la famille de son mari, aucune infidélité n’a été révélée, et ses beaux-parents sont ensemble depuis 50 ans. Emma a vécu une infidélité dans sa relation précédente, où elle a découvert que son partenaire l’avait trompée tout au long de leur relation de près de 3 ans.
Hope est mariée depuis 12 ans et a découvert l’infidélité de son mari 3 ans après leur mariage. Elle n’a pas d’expérience directe de l’infidélité dans son passé. Elle a appris l’infidélité de sa mère à l’âge adulte, mais elle a depuis fait le lien avec les disputes de ses parents pendant son enfance : « Tout s’éclairait ! » Les parents de son mari se sont séparés mais ont continué à vivre ensemble pendant les 7 dernières années de leur mariage. Pendant cette période, l’un et l’autre ont eu des relations qui n’ont été révélées qu’une fois leurs enfants adultes, même si le mari de Hope se souvient d’avoir eu des soupçons.
Jade est mariée depuis plus de 6 ans et a découvert l’infidélité de son mari moins de 5 ans auparavant. Ses parents sont toujours mariés, mais elle a raconté que lorsqu’elle avait 8 ans, sa mère « a trompé sexuellement mon père » et que, « peu après, j’ai su que mon père avait une relation émotionnelle avec [une] femme qui vivait dans un autre État ». Les parents de son mari ont été séparés pendant 7 ans et ont divorcé quand il avait 14 ans. « Pendant ces 7 années, chacun des parents a eu d’autres relations, mais ne les a révélées à leurs enfants qu’une fois ceux-ci plus âgés. » Jade a indiqué ne pas avoir vécu d’infidélité dans une relation antérieure.
KJ est mariée à son deuxième mari depuis plus de 20 ans et a découvert l’infidélité de son mari il y a trois ans. KJ a révélé avoir eu « une relation sexuelle à deux reprises à la fin de mon premier mariage ». Elle a raconté que son « père avait des relations sexuelles avec des prostituées pendant son mariage avec ma mère » et que sa belle-mère lui avait « dit avoir vu son mari embrasser une autre femme. Elle pense qu’ils ont peut-être eu une relation, mais il l’a nié ».
Laurie est mariée depuis 39 ans et a découvert une infidélité il y a 18 ans. Elle n’a connaissance d’aucune infidélité dans sa propre famille d’origine ni dans ses relations amoureuses antérieures. Elle a confié que « mon mari m’a trompée après 21 ans de mariage ». Les deux parents de son mari ont eu des liaisons pendant leur mariage, dont une relation de longue durée de sa mère qui « était connue de toute la famille, mais personne n’en parlait ».
Maggie est mariée depuis 6 ans, mais en couple avec son mari depuis 11 ans. Elle a découvert l’infidélité de celui-ci « il y a un peu plus de 6 ans ». Elle n’a pas vécu d’infidélité dans ses relations antérieures ni dans sa famille d’origine. Maggie a raconté qu’au décès de son beau-frère, l’infidélité de celui-ci a été découverte. Son mari était très en colère, en particulier parce que « il était toujours sur mon dos à propos de ce que je t’ai fait, mais regarde ce qu’il faisait, lui, c’était bien pire ». Maggie a confié que cela « a été presque comme une nouvelle trahison quand je l’ai appris, parce que [mon beau-frère] m’avait beaucoup soutenue quand j’avais découvert l’infidélité de mon mari ».
Le mari de Maria est décédé il y a 2 ans, et elle a indiqué que l’infidélité avait été découverte 6 ans auparavant. Maria se souvient qu’elle « sentai[t] que quelque chose n’allait pas depuis probablement 3 mois ». Elle a d’abord quitté le domicile, mais a déclaré que « nous avons beaucoup travaillé pour rester ensemble ». Elle n’a connaissance d’aucune infidélité d’un côté ou de l’autre de leurs familles et n’a pas vécu d’infidélité dans ses relations antérieures.
May est mariée depuis 15 ans, et la liaison a été découverte plus de 2 ans auparavant. Elle a parlé d’un ancien petit ami qui l’avait trompée et a indiqué que sa mère avait eu une liaison pendant sa relation avec son père. La mère de son mari a été trompée par le père de celui-ci, puis par son beau-père. May a confié : « J’ai toujours le cœur brisé. Mon mari dit que c’est à cause de son enfance. »
Molly est avec son partenaire depuis 12 ans et a découvert la seconde infidélité 9 ans plus tôt. Elle a décrit des antécédents familiaux d’infidélité : son grand-père maternel a trompé sa femme, ce qui a mené au divorce, et sa mère a trompé son père, ce qui a aussi mené au divorce. Auparavant, Molly a vécu « plusieurs relations amoureuses dans lesquelles on m’a trompée. […] J’ai trompé émotionnellement […] [mais] […] je me suis assurée de rompre avec lui avant de coucher avec la nouvelle personne. Cette “nouvelle personne”, c’est mon partenaire aujourd’hui. » La mère du partenaire de Molly a aussi eu une liaison, qui a mené au divorce. Avec cette histoire commune, elle pensait qu’ils étaient « d’accord pour dire que ces situations étaient mauvaises et qu’elles avaient fini par détruire des familles que nous aimions ».
Les entretiens de ces participantes ont permis de dégager neuf thèmes principaux : (a) la position sur l’infidélité, (b) le fait d’en parler à d’autres, (c) les raisons de rester, (d) les excuses, (e) le soutien social, (f) les attentes en matière d’intimité sexuelle, (g) la reconstruction de la confiance, (h) la thérapie et (i) les autres ressources. À l’aide d’une carte thématique (voir figure 1 ; Braun et Clarke 2006), les thèmes ont été organisés chronologiquement selon la ligne du temps de l’expérience de l’infidélité dans la relation : (1) avant la découverte : la position sur l’infidélité (thème a) ; (2) la découverte : le fait d’en parler à d’autres et les raisons de rester (thèmes b et c) ; (3) après la découverte : les excuses, le soutien social et les attentes en matière d’intimité sexuelle (thèmes d, e et f) ; et (4) le rétablissement : la reconstruction de la confiance, la thérapie et les autres ressources (thèmes g, h et i). Nous reconnaissons que la chronologie des expériences n’est pas toujours linéaire : elle n’est qu’une manière d’organiser les thèmes dégagés tels que les participantes les ont décrits. Par exemple, les excuses ne sont pas nécessairement un événement unique qui précède la reconstruction de la confiance ; elles peuvent plutôt faire partie, de façon continue, de la reconstruction de la confiance dans la relation. Selon la tradition de la recherche qualitative, des citations directes serviront d’illustrations.

Pour la plupart des participantes, les décisions effectivement prises après l’infidélité de leur partenaire différaient beaucoup de leur position antérieure ou de la manière dont elles imaginaient réagir. Avant de découvrir la liaison, les participantes décrivaient l’infidélité comme globalement inacceptable dans leur propre relation. Crystal a confié : « Je n’étais pas d’accord avec ça. Agir dans le dos de quelqu’un, ce n’est pas acceptable. » De même, Hope s’est décrite comme « une personne d’une loyauté farouche ». Malgré ces points de vue tranchés sur l’infidélité, les participantes n’en avaient pas explicitement discuté avec leur partenaire avant la révélation de la liaison. KJ a déclaré : « Donc, ma position, c’est que rien de ce qui met la relation en danger ne devrait arriver. Mais je ne sais pas si je l’ai jamais dit. » Avec le recul, toutes les participantes ont reconnu que ces convictions n’avaient pas été exprimées ouvertement dans leur relation avant la découverte de l’infidélité.
En même temps, les participantes ont reconnu à quel point l’infidélité est courante, malgré leurs propres expériences antérieures de l’infidélité, et à cause d’elles. Ces expériences antérieures étaient personnelles, passaient par la famille de leur partenaire ou par leur propre famille d’origine, comme le décrivent leurs présentations. Jade a dit :
Alors, même si j’aimerais dire que si ça m’arrivait un jour, je ne resterais jamais avec cette personne, ce n’est tout simplement pas très réaliste. Je l’avais vu dans tellement de relations, où certaines tiennent le coup et d’autres non. Je crois que j’avais simplement une position ouverte sur [l’infidélité].
Pendant la phase de découverte, les personnes blessées ont décidé à qui parler de la découverte de l’infidélité et ont finalement repéré les raisons pour lesquelles elles choisissaient de rester dans la relation actuelle. Nous décrivons ici les expériences variées des participantes quant à la découverte de l’infidélité, afin d’apporter un contexte supplémentaire à cette phase du processus de rétablissement après une liaison. Certaines participantes, comme Amy, l’ont appris par hasard : « Pendant que j’avais son téléphone, j’ai reçu un message. Ou plutôt, il a reçu un message, qui disait en gros : “Tu es en train de rompre avec moi ?” » D’autres participantes avaient des soupçons sur le comportement de leur partenaire et cherchaient délibérément des informations, comme l’a raconté KJ :
J’avais une drôle d’impression, comme un, juste un sentiment d’anxiété, depuis un bon moment. J’ai commencé à remarquer que mon mari parlait beaucoup de cette personne et qu’il échangeait beaucoup avec elle sur les réseaux sociaux. J’ai pu accéder à ses courriels, et il m’est apparu assez clairement qu’il avait menti sur une bonne partie de leurs échanges.
Les participantes ont aussi décrit des réactions diverses à la découverte de l’infidélité. Amy a décrit sa réaction comme « […] très forte, genre, ça ne se fait pas chez nous. Ça a été un choc. » D’autres ont dit que leur première réaction avait été de mettre fin à la relation. Par exemple, Maggie a expliqué : « Quand je l’ai appris, quand j’étais sur mes, je dirais, je vais appeler ça “mes grands chevaux”, je me disais : je ne vais pas rester avec quelqu’un qui a fait ça. » Crystal, elle, avait besoin de ce temps ainsi que d’une possibilité de partir (c’est-à-dire aller chez sa meilleure amie) pour prendre sa décision : « Après y avoir réfléchi, j’avais décidé de rester à la maison et d’affronter la situation. » Les thèmes suivants sont importants dans le processus qui conduit la personne blessée à décider de rester dans la relation.
Les participantes ont décrit des expériences variées quant aux personnes à qui parler de la liaison, s’il fallait en parler à quelqu’un. Certaines ont choisi de n’en parler à personne et, à leur connaissance, leur partenaire n’en a parlé à personne non plus. Les raisons allaient de mauvais conseils à la crainte de manquer de soutien dans leur décision finale, en passant par la honte liée au regard changé que les autres porteraient sur elles et sur leur relation. Les participantes qui ont choisi d’en parler ont été sélectives, comme l’a expliqué KJ : « Je n’en ai parlé à personne dans ma famille. Je n’en ai toujours parlé à personne dans ma famille. » D’autres ont décrit le processus de partage de leur expérience, comme KJ encore : « Je ne l’ai dit délibérément qu’à une seule amie. Une autre amie a appelé en plein milieu d’une journée horrible, elle a senti que quelque chose n’allait pas, et je me suis effondrée, je me suis mise à pleurer. »
Certaines participantes ont reçu beaucoup de soutien des personnes à qui elles ont choisi d’en parler, comme l’a décrit Crystal : « Ma meilleure amie et ma mère ont été mes plus grands soutiens. » Quand d’autres personnes ont appris l’infidélité, les participantes ont décrit certaines des réactions reçues comme plutôt peu soutenantes, surtout pendant leur processus de décision après la découverte. L’éventail des réactions reçues a fortement marqué l’expérience du soutien social des personnes blessées pendant le processus de rétablissement ; ce point est développé plus loin, dans un sous-thème du rétablissement, « le soutien social ».
Les participantes ont cité diverses raisons de vouloir rester avec leur partenaire, dont la durée de leur relation et leur histoire commune. Pour KJ, cela a fait partie de sa décision de rester : « Dans un mariage, il y a énormément de choses qui vous lient, et déchirer tout ça, c’est, c’est énorme, non ? » Pour d’autres, la vision qu’elles avaient de leur partenaire les motivait à rester, car elles pensaient que cela ne se reproduirait pas. Par exemple, Emma a décrit son partenaire comme « ayant toujours été digne de confiance par le passé ». Les participantes étaient prêtes à rester si elles pensaient que la liaison était un événement unique, comme l’a décrit Crystal : « J’avais vraiment le sentiment que c’était un événement ponctuel… J’avais le sentiment que ça ne se reproduirait pas. »
Les participantes ont aussi décrit la solidité perçue de leur relation comme une raison de rester. Hope a décrit : « Avant tout ça, on n’avait jamais vraiment eu de gros accroc entre nous, on est juste très compatibles sur beaucoup de plans. » La décision consistait notamment à mettre en balance ce qu’avait été la relation et le refus, chez la personne blessée, de laisser l’infidélité définir ou façonner leur relation future. Les participantes ont aussi dit croire que l’expérience pouvait être l’occasion de redéfinir leur relation pour la suite. En outre, les personnes blessées ont confié être restées à cause des enfants qu’elles avaient avec leur partenaire. May a dit : « J’ai toujours pensé que quand il y a des enfants, il faut essayer de faire en sorte que ça marche quand c’est possible. On a un enfant ensemble. Je l’aime, vraiment. » Elles pensaient que l’impact négatif d’un divorce sur leur système familial serait plus grand en mettant fin à la relation qu’en restant ensemble pour y travailler.
Après la phase initiale de découverte, et conformément aux modèles présentés, les excuses, le soutien social et les attentes relationnelles ont tous constitué des éléments importants de l’expérience vécue par les personnes blessées de leur processus de décision. Les participantes ont été invitées à réfléchir aux décisions prises à court terme après la découverte de la liaison et à la manière dont ces expériences avaient contribué à leur choix final de rester dans la relation.
Les excuses de la personne impliquée sont un point dont la plupart des participantes ont parlé comme d’un élément important du processus de rétablissement après une liaison. Pour la guérison de bien des personnes blessées, les excuses ont été décrites comme « nécessaires mais pas suffisantes ». Beaucoup de participantes ont décrit les excuses de leur partenaire comme décisives après la découverte, ainsi que l’a expliqué KJ :
Pendant longtemps, mon mari n’arrivait pas à s’excuser d’une manière qui sonne vrai. Je crois que sa honte l’empêchait de vraiment se confronter à quel point son comportement m’avait dévastée, et c’était donc vraiment dur pour lui, pendant très longtemps, de vraiment l’assumer, mais quand il a pu le faire, ça a été très réparateur. Donc les excuses, ça a compté.
Une autre participante, Crystal, a raconté avoir reçu des excuses à la fois de son mari et de la partenaire de sa liaison : « Euh, avec mon mari c’était difficile, parce qu’il n’a jamais été du genre à s’excuser ou à dire qu’il avait tort. Et elle, elle s’est beaucoup excusée. »
Si les participantes ont décrit les excuses de leur partenaire comme utiles, elles ont aussi reconnu que des excuses seules, sans action ni changement de comportement, ne suffisaient pas. En revenant sur leur décision de rester, les participantes s’accordaient à dire que les mots ne suffisaient pas. Amy a expliqué :
Je ne sais pas combien de fois il m’a dit pardon. Et moi j’étais là à me dire : « Pardon, ça ne répare rien. » Donc les excuses, oui, mais c’était surtout les actes de remords et la volonté de me rejoindre là où j’avais besoin d’être. C’est ça qui a le plus compté.
Une autre participante, Maggie, a fait écho à ce sentiment :
Je crois que pour les excuses, oui, c’était bien qu’il s’excuse, mais ça n’aurait pas été, ça n’aurait pas suffi s’il avait juste dit : « Oh, je suis vraiment désolé d’avoir fait ça. Bon, passons à autre chose. » Ça n’aurait pas marché. Donc je crois que c’était bien d’entendre le remords et de savoir que, tu vois, ce n’était pas quelque chose qui allait se reproduire.
Les participantes ont aussi reconnu que les excuses n’aidaient pas toujours, parce qu’elles ne savaient pas si elles pouvaient se fier à leur sincérité. Leurs inquiétudes tenaient au fait que leur partenaire leur avait menti pendant la liaison. Elles avaient du mal à croire que les excuses étaient sincères, surtout lorsqu’elles ne s’accompagnaient ni de remords ni d’actes. Ce facteur a beaucoup compté dans la reconstruction de la confiance à mesure que la relation se poursuivait.
Les participantes ont décrit divers degrés de soutien social après la découverte de la liaison, et la manière dont il a influencé leur décision de rester dans leur relation. Un fil conducteur traversait les expériences de soutien social des participantes : l’absence ou la présence de jugement. Autrement dit, la plupart des participantes ont indiqué que le fait de percevoir ou non, dans leur réseau social, un jugement sur l’infidélité ou sur la personne impliquée influençait fortement le choix des personnes vers qui se tourner, si elles se tournaient vers quelqu’un. Cette décision influençait ensuite directement le soutien reçu par la personne blessée. Comme décrit plus haut, certaines participantes avaient un soutien social très limité parce qu’elles avaient décidé de ne pas parler de la liaison à d’autres. Les répercussions de la liaison, dont la peur d’un jugement sur elles-mêmes, sur leur partenaire et sur les décisions qu’elles prendraient quant au maintien de la relation, pesaient lourd, comme l’a décrit KJ :
Je n’avais pas vraiment de groupe de soutien. Je crois que c’est parce que j’éprouvais tellement de chagrin et de honte, avec le sentiment d’être bête, comme si j’aurais dû le savoir, j’aurais dû faire beaucoup de choses autrement. Je ne voulais pas que les gens pensent du mal de lui.
Les participantes qui ont révélé la liaison à d’autres, ou qui ont choisi avec soin à qui la dire, ont décrit avoir reçu beaucoup de soutien utile. Emma a dit : « Je n’en ai parlé qu’à une seule amie. Je lui en ai parlé pendant assez longtemps. Je n’ai pas eu beaucoup de soutien au plus fort de la crise, à part cette amie. » Une autre participante, Maria, a décrit le soutien reçu de plusieurs personnes de son entourage :
Je crois que le soutien de mes proches a vraiment été important, donc toutes, toutes les personnes à qui j’ai pu parler au téléphone et qui prenaient mes appels, surtout mon amie [prénom]. Elle était prête à m’écouter tous les jours si j’avais envie de lui parler, et puis les gens au travail.
Les participantes ont toutes indiqué qu’avoir ne serait-ce qu’une seule personne soutenante était essentiel à leur propre processus de rétablissement, parce que cette personne offrait un espace de compréhension et d’empathie sans jugement. De plus, les participantes ont trouvé plus utile, de la part des proches, un soutien plutôt que des conseils non sollicités. Laurie a dit : « On ne devrait pas y mêler ses propres sentiments […] juste offrir son soutien, en étant là pour la personne […] ce qui aidait le moins, [c’était] quand les gens me disaient d’y mettre fin. » Molly a apporté un point de vue singulier sur le soutien social. Elle a confié que le manque de soutien avait été l’une des raisons pour lesquelles ils étaient restés ensemble : « Je crois que ça a probablement joué un rôle énorme dans le fait qu’on se soit finalement remis ensemble… c’est lui, mon soutien. »
Après la découverte de l’infidélité, les participantes ont décrit la nécessité de renégocier les attentes dans leur relation, en particulier en matière d’intimité sexuelle. Par exemple, certaines ont connu un creux dans leur relation sexuelle, comme l’a décrit Amy : « Euh, on n’en avait aucune. Je ne voulais pas qu’il me touche. » D’autres, comme Maggie, ont connu une amélioration de la relation sexuelle :
Je crois qu’au début, le sexe était différent. C’était plus, c’était plus intime, si ça a un sens. Ce n’était pas juste : « Bon, c’est fait. Peu importe. » C’était plus, juste davantage une connexion. Donc je crois que dans les premiers temps où on se retrouvait, ça a aidé à reconstruire la relation de cette manière, en augmentant la connexion et en montrant vraiment de l’amour à travers, tu vois, à travers l’intimité physique.
Tout aussi important que de vivre l’intimité, le dialogue autour de l’intimité a été décrit comme essentiel par les participantes. Par exemple, Amy a raconté : « Ce n’était jamais genre “oh, il faut qu’on se remette à faire l’amour, sinon ça ne va pas marcher”. Ce n’était pas comme ça, c’était vraiment une [conversation] progressive… “Bon, je suis un peu moins fermée à ça en ce moment”. » Même si l’accent était mis sur l’intimité amoureuse et physique, certaines participantes ont reconnu que l’intimité dans toutes les dimensions de leur relation était essentielle pour retrouver le lien à l’avenir. La possibilité d’améliorer leur relation ne relève pas seulement du rétablissement : c’est aussi une raison de rester.
Une fois que les participantes avaient décidé de rester et de travailler sur leur relation, elles ont décrit le processus de rétablissement comme important pour confirmer leur décision de rester avec leur partenaire. Le point central, commun à toutes les participantes, était la reconstruction de la confiance. En outre, les participantes ont été interrogées sur des ressources précises, comme la thérapie, qui avaient contribué à leur décision de rester.
Les participantes ont décrit la capacité à guérir et à retrouver confiance dans la relation comme essentielle au rétablissement. Collectivement, les personnes blessées ont estimé que ce n’était pas toujours facile en pratique. On présume souvent que l’objectif ou l’enjeu principal est que la personne blessée réapprenne à faire confiance à l’autre. Mais cela ne suffit pas à lui seul. Il lui faut aussi réapprendre à se faire confiance à elle-même. Par exemple, apprendre à se fier à sa capacité de résister à l’envie de vérifier chaque fait et geste de l’autre, comme l’a décrit Maria :
J’ai dû lâcher prise, tu vois ? Il faut lâcher prise, et juste se dire, […] s’il dit qu’il va jouer au tennis, alors je vais lui faire confiance, c’est bien ce qu’il fait. Il y avait toujours cette petite voix en moi qui disait que je devrais peut-être le suivre, ou peut-être prendre de ses nouvelles, peut-être appeler le club pour voir s’il y va vraiment, ce genre de choses, mais j’y ai plutôt résisté parce que je ne voulais pas me retrouver dans la position de devoir jouer les enquêtrices.
Les participantes ont aussi fait part de leur disposition à mettre en place dans leur relation des actions et des négociations précises (ou des « règles ») jugées utiles. Par exemple, Emma a décrit :
Rétablir des règles et un niveau de confort à propos des relations avec le sexe opposé. Je ne suis pas à l’aise qu’il ait une relation proche avec quelqu’un au travail, et j’avais besoin de faire le point sur ses limites au travail, parce qu’il travaille surtout avec des femmes.
Il était aussi important que les partenaires impliqués jouent un rôle actif pour aider les personnes blessées à reconstruire cette confiance. Par exemple, Jade a raconté : « Il m’a dit que je pouvais regarder dans son téléphone, même si je ne l’ai pas fait. Me retenir de le faire, c’était lui montrer que je lui faisais confiance, et le fait qu’il m’en donne l’accès me montrait que je pouvais lui faire confiance. » La communication était aussi une clé du rétablissement. Molly a dit : « Il y a eu énormément de longues conversations, tard le soir, sur ce qu’on voulait de notre relation et sur la direction qu’on voyait cette relation prendre. »
La volonté des deux partenaires de comprendre ce qui avait conduit à la liaison a été décrite comme un élément important de la décision de rester dans la relation et de la reconstruction de la confiance. Plus précisément, explorer le contexte relationnel dans lequel la liaison s’était produite était l’occasion de comprendre ce qui se passait et comment éviter que des liaisons ne se produisent à l’avenir. Maggie a confié : « Le fait qu’il agisse, ça a fait partie de ce qui m’a fait dire : “Bon, je reste.” » Autre élément important de la communication pour la personne blessée : s’assurer que la personne impliquée écoutait vraiment et entendait ses inquiétudes au sujet de la relation. Crystal l’a décrit comme un élément important de la reconstruction de la confiance : « Je dirais que les deux premières choses qui me viennent à l’esprit, c’est la confiance et le fait d’être entendue. J’ai besoin de savoir que je peux te faire confiance et j’ai besoin de savoir que tu m’entends. » Les participantes ont généralement décrit cela comme le sentiment ressenti que la personne impliquée répondait à leurs inquiétudes. Cela pouvait se faire sur le moment, dans la réponse de la personne impliquée à ce qui était partagé, mais aussi en dehors de ce moment, lorsque la personne blessée observait comment la personne impliquée se comportait en réponse à ses inquiétudes. Les participantes ont aussi évoqué des ressources de soutien qui avaient contribué à leur décision de rester dans la relation.
Les participantes ont été interrogées sur leur recours à la thérapie et, pour celles qui en avaient suivi une, sur leur expérience de la thérapie dans le processus de rétablissement après la liaison. Les participantes ont globalement rapporté des expériences de la thérapie très contrastées, certaines la jugeant utile, d’autres moins. Huit participantes ont suivi une thérapie : trois uniquement une thérapie de couple et cinq une thérapie de couple et une thérapie individuelle. Parmi les participantes qui ont intégré la thérapie à leur processus de rétablissement, trois ont indiqué que leur partenaire (impliqué) avait lui aussi suivi une thérapie individuelle. La moitié (n = 4) des participantes qui ont suivi une thérapie de couple ne l’ont pas trouvée utile. Laurie a décrit sa frustration à propos de son expérience de thérapie de couple : « À la toute première séance, il voulait savoir ce qui s’était passé. […] Puis, une fois qu’on le lui a dit, il a dit : bon, maintenant on n’en reparlera plus. » May, elle, a estimé que le moment n’était pas le bon pour elle : « Je pense que les gens doivent faire une thérapie individuelle et se reconstruire avant de pouvoir se retrouver et faire un travail de couple. »
D’autres participantes ont trouvé la thérapie essentielle au processus de rétablissement. Hope a qualifié sa personne thérapeute de couple de « tellement décisive » et a dit qu’elle avait été essentielle pour poser des limites et « reconstruire ce cadre de sécurité pour nous ». Cette participante a décrit les façons dont la personne thérapeute soutenait des aspects importants du processus de rétablissement après la liaison, tels que les reflètent les résultats de la présente étude. Par exemple, travailler délibérément avec le couple sur la reconstruction de la sécurité, puisque la clinique sait que c’est un élément important de la reconstruction de la confiance. Parmi celles qui n’ont pas suivi de thérapie, une participante dit regretter, avec le recul, de ne pas l’avoir fait, tandis que d’autres, comme Molly, ont décrit un manque d’accès : « Il n’y a vraiment pas beaucoup de ressources dans notre région. On vit dans une communauté assez rurale. »
Plus de la moitié (n = 6 ; 54 %) des participantes ont indiqué avoir lu divers livres pendant le processus de rétablissement. May l’a décrit comme un élan à lire « tout ce qui a trait à le comprendre, lui, jusqu’à me comprendre, moi ». Le tableau 2 énumère les livres expressément cités par les participantes.
Tableau 2 — Livres recommandés pour le rétablissement après une infidélité (par ordre alphabétique)
Les livres suivis d’un astérisque ont été recommandés par plus d’une participante. Titres laissés dans leur langue d’origine.
Au-delà de la thérapie et des livres, les participantes ont décrit d’autres ressources comme des éléments importants de leur processus de rétablissement : par exemple, écouter The Dr. Laura Show de Laura Schlessinger, les conférences TED d’Esther Perel ou une radio chrétienne. May a dit que la radio chrétienne « aide beaucoup quand je […] traverse un moment difficile », tandis que d’autres participantes ont décrit l’importance de la spiritualité en général tout au long du processus de rétablissement. D’autres ressources étaient plus propres à chaque participante. Par exemple, Laurie a souligné à la fois l’importance de la « thérapie par le chien » (c’est-à-dire passer du temps avec son chien) et celle du groupe de femmes de son Église, qu’elle fréquente de longue date (sans lien spécifique avec l’infidélité).
Cette étude phénoménologique a exploré l’expérience vécue de personnes blessées qui ont choisi de rester dans la relation après la découverte d’une infidélité. Si chaque personne vit le rétablissement après une liaison de manière singulière, les personnes blessées, en tant que groupe, partagent un ensemble d’expériences propres, peu explorées par la recherche comme phénomène à part entière. Cette étude visait à donner la parole à leur expérience vécue quant à la décision de rester dans la relation actuelle et à leurs processus de décision au cours du rétablissement. Les présents résultats éclairent le travail avec les personnes qui demandent une thérapie individuelle ou de couple après une liaison.
Les participantes ont décrit plusieurs facteurs qui ont influencé leur décision de rester dans la relation actuelle : une longue histoire commune, des expériences partagées, des enfants en commun, la conviction que la fidélité serait au rendez-vous à l’avenir (« événement ponctuel ») et la possibilité de construire une meilleure relation pour la suite. Les participantes de la présente étude ont été surprises par leur décision finale de rester avec leur partenaire, compte tenu de leur position générale antérieure selon laquelle l’infidélité est inacceptable dans une relation. Les thérapeutes pourraient normaliser cette surprise en travaillant avec une personne blessée qui, elle aussi, est surprise par sa propre décision de rester dans la relation, voire incertaine à son sujet. Beaucoup des raisons de rester dans la relation ont pourtant fini par compter davantage que la manière dont ces personnes pensaient réagir à la découverte d’une infidélité dans leur propre relation. Pour les thérapeutes qui travaillent avec des personnes blessées souhaitant rester dans leur relation, comprendre les raisons de ce désir de rester est crucial. Si la décision de rester n’est souvent pas un processus linéaire, les participantes ont décrit des facteurs importants dans la relation, dans la période qui suit immédiatement la découverte de la liaison, avant que le processus de rétablissement puisse commencer.
Comme les études antérieures sur le rétablissement après une liaison, nos résultats soulignent l’importance des excuses de la personne impliquée, d’une communication continue et de la présence d’un soutien social, essentiels pour reconstruire la confiance dans la relation (par exemple, Abrahamson et al. 2012 ; Mitchell et al. 2021, 2022 ; Olson et al. 2002). Les personnes blessées de la présente étude ont insisté sur la nécessité d’excuses accompagnées d’un changement de comportement pour avoir un réel effet. Sans voir de changement de comportement, les participantes ont dit qu’elles ne pouvaient pas croire aux excuses de leur partenaire après la trahison de la liaison. C’est un résultat important à souligner, en particulier pour les thérapeutes qui travaillent avec des personnes impliquées. Les excuses sont bien plus que les simples mots « je regrette », même répétés d’innombrables fois : il s’agit d’agir ou de changer son comportement pour offrir l’assurance que l’infidélité ne se reproduira pas à l’avenir. Les thérapeutes peuvent explorer délibérément à quoi ont ressemblé les excuses, s’il y en a eu, jusqu’au moment où la personne ou le couple arrive dans leur cabinet. En outre, la personne thérapeute peut aménager en séance un espace structuré et sûr pour que les excuses puissent avoir lieu.
Si une communication continue est essentielle au rétablissement (par exemple, Mitchell et al. 2022 ; Olson et al. 2002), cette communication prendra une forme différente dans chaque relation. Il est essentiel de fixer des attentes et des limites, en particulier pour ce qui est de parler de la liaison. Par exemple, juste après la découverte de la liaison, une personne blessée peut avoir besoin d’en parler constamment. Ou bien des partenaires qui consultent tôt dans le processus de rétablissement peuvent choisir de n’en parler que pendant les séances de thérapie. En outre, des partenaires qui ont des enfants peuvent convenir de ne pas parler de la liaison là où leurs enfants pourraient entendre leur conversation. Les thérapeutes devraient faciliter activement ces conversations en thérapie pour aider les personnes suivies à définir les limites et les attentes de communication les plus appropriées pour elles et pour leur relation.
Une autre limite importante à fixer en matière de communication concerne le choix des personnes à qui les partenaires parleront de la liaison, s’il faut en parler à quelqu’un. Conformément à nos résultats, des recherches antérieures ont montré que le soutien social est un facteur important du rétablissement après une liaison (par exemple, Abrahamson et al. 2012), et les participantes de la présente étude ont souligné l’importance d’un soutien social de qualité. Les personnes blessées peuvent avoir tendance à révéler l’infidélité à d’autres par colère ou par désir de blesser la personne impliquée, ce qui peut avoir des conséquences ultérieures pour la relation (par exemple, une mauvaise relation entre la personne mise au courant et la personne impliquée). D’autres personnes blessées peuvent éprouver une honte immense à propos de la liaison et choisir de n’en parler à personne. Cela pourrait être lié à la perception de l’infidélité comme inacceptable qu’avaient les participantes avant la découverte, qui rendait difficile de confier à d’autres qu’elles l’avaient vécue et qu’elles choisissaient de rester avec leur partenaire, ou du moins y songeaient. Comme pour faciliter le dialogue sur les limites de la communication en général, c’est un autre aspect délicat du processus de rétablissement dans lequel les thérapeutes devraient jouer un rôle actif : par exemple, examiner avec les personnes blessées la liste des personnes à qui elles envisagent d’en parler, et les avantages et inconvénients possibles de le dire à chacune d’elles.
Du point de vue singulier des personnes blessées de la présente étude, les participantes ont décrit des expériences très différentes quant au choix des personnes à qui en parler, et quant au type de réaction et de soutien reçus de celles à qui elles ont parlé de la liaison. Dans le cadre du processus de décision, on encourage les personnes blessées à réfléchir à ce dont elles ont besoin et à qui réagira de façon aidante. Par exemple, certaines personnes blessées ont indiqué que s’entendre dire de quitter leur partenaire ne les avait aidées ni elles, ni leur processus de rétablissement. Lorsqu’elles révèlent la liaison, les personnes blessées peuvent tout à fait dire à leurs soutiens ce dont elles ont besoin, et reconnaître que ces besoins changeront probablement avec le temps. Les thérapeutes peuvent aider les personnes blessées à développer leur capacité à demander à leur entourage ce dont elles ont besoin. Autre point important pour les partenaires qui ont des enfants : décider de ce qu’il faut dire aux enfants de la liaison, s’il faut leur en dire quelque chose. C’est une décision complexe, avec de nombreux facteurs à prendre en compte (par exemple, l’âge des enfants, un éventuel changement des conditions de vie de la famille comme un déménagement), et les thérapeutes peuvent accompagner les personnes suivies dans cette décision. Ce processus dépassait le cadre de la présente étude.
Les participantes ont reconnu l’absence de conversation explicite avec leur partenaire sur leurs attentes en matière de limites dans leur relation avant la liaison, mais, après la découverte, elles ont reconnu que cette conversation était cruciale. L’infidélité, ou la « trahison des limites de la relation », prend une forme différente d’une relation à l’autre ; les limites de la relation devraient donc être clairement définies et acceptées par (tous) les membres de cette relation. On encourage les couples à discuter explicitement de leurs limites et à élaborer un « contrat » relationnel qui définit la fidélité et l’infidélité, ainsi que la monogamie et la non-monogamie (Brown et al. 2023). De plus, les couples peuvent prévoir des points réguliers pour revoir le contrat relationnel et y apporter les changements nécessaires. Par exemple, à mesure que la relation évolue et que le couple traverse des transitions de vie (par exemple, l’arrivée d’enfants, un nouvel emploi, un déménagement), les limites du contrat relationnel peuvent elles aussi devoir changer. Pour les couples qui vivent une infidélité, ce contrat peut devoir être renégocié plus souvent pour garantir la sécurité, en particulier celle de la personne blessée, pendant le processus de rétablissement. Par exemple, quelque chose qui était auparavant acceptable dans la relation, comme un rendez-vous en tête-à-tête avec quelqu’un du travail, peut ne plus l’être après une liaison, ou du moins pendant un certain temps, jusqu’à ce que la confiance puisse être rétablie. À mesure que les personnes blessées repèrent ce dont elles ont besoin pour se sentir en sécurité pendant cette période tumultueuse, les limites nouvellement établies peuvent avoir des effets, bons et mauvais, sur d’autres aspects de la vie du couple, qu’il faudra renégocier.
Des recherches antérieures ont intégré la recherche d’une aide experte dans les modèles de rétablissement après une liaison (par exemple, Bird et al. 2007). Les personnes blessées de la présente étude ont rapporté des expériences variées de la thérapie. Si la thérapie peut aider au rétablissement après une liaison, beaucoup de thérapeutes de couple trouvent difficile de travailler sur l’infidélité (par exemple, Barraca et Polanski 2021), souvent faute de formation spécifique pour aborder ce motif de consultation complexe. On encourage donc les thérapeutes à suivre des enseignements ou des formations complémentaires pour travailler efficacement avec les personnes qui consultent pour des questions d’infidélité. Par exemple, le réseau thématique Couples and Intimate Relationships de l’American Association for Marriage and Family Therapy (AAMFT) propose des webinaires et des formations sur divers aspects des relations intimes, dont l’infidélité.
Il importe aussi, pour les thérapeutes, de prêter attention aux enjeux liés à leur propre personne que le travail sur l’infidélité peut réactiver, et de rechercher au besoin une supervision ou un soutien entre pairs. En outre, l’infidélité étant un événement traumatique, les thérapeutes qui travaillent avec des personnes ayant vécu une infidélité devraient aussi faire de leur propre bien-être une priorité. Même si la thérapie de couple peut aider au rétablissement après une liaison, elle peut aussi être inaccessible pour beaucoup de personnes qui en ont besoin, en raison de divers obstacles (par exemple, le lieu de vie, le coût, le temps, la garde des enfants). Pour les personnes qui vivent dans des zones (par exemple, rurales) où l’accès aux thérapeutes de couple est limité (et plus encore à des thérapeutes ayant une formation au travail sur l’infidélité), la téléconsultation peut offrir une option viable pour obtenir de l’aide, d’autant qu’elle est devenue plus largement disponible.
Pour certaines personnes blessées, des ressources en ligne ou communautaires peuvent aussi aider au processus de rétablissement. Après la découverte d’une liaison, les personnes blessées cherchent souvent désespérément de l’aide. La difficulté est de trouver une « bonne » aide et des ressources qui soutiendront le processus de rétablissement sans nuire davantage à leur bien-être ou à la relation. Nous plaidons pour la création d’un centre de ressources sur le rétablissement après une liaison : un ensemble de ressources recommandées par des personnes blessées et validées par des spécialistes disposant d’une solide formation à l’accompagnement du rétablissement après une liaison. Le tableau 2 en donne un exemple : il énumère les livres recommandés par nos participantes, qui seraient ensuite validés par des spécialistes. Ces ressources pourraient aussi être utiles aux thérapeutes de couple qui travaillent sur l’infidélité, car ce type de soutien peut à la fois enrichir leurs propres connaissances et leur compréhension de l’infidélité et nourrir le travail thérapeutique. Un tel centre de ressources pourrait alléger la charge des thérapeutes en leur évitant de valider les ressources par leurs propres moyens, et leur offrir une bibliothèque toute prête dans laquelle choisir ce qui répond le mieux aux besoins des personnes suivies.
Une particularité de cette étude tient à l’identité professionnelle commune de la majorité (n = 8) des 11 participantes, praticiennes en santé mentale (par exemple, thérapeutes conjugales et familiales agréées et psychologues). Parmi les éléments importants à prendre en compte figurent non seulement les identités de toute l’équipe de recherche, entièrement composée de thérapeutes systémiques, mais aussi les méthodes de recrutement. À l’examen des sources de recrutement, seules trois participantes venaient de groupes Facebook réservés aux professions cliniques, même si les trois réponses indiquant simplement « Facebook » pourraient provenir d’un groupe de ce type, tout comme les autres sources d’orientation. Même si ces facteurs ont pu entraîner un biais de recrutement en faveur des praticiennes en santé mentale, il serait aussi intéressant de comprendre pourquoi une participante a décidé de prendre part à la présente étude. Par exemple, il peut exister chez les cliniciennes une « vocation » à partager des expériences qui font écho à celles que présentent les personnes qu’elles reçoivent. Les autrices ont envisagé de traiter à part ces huit participantes mais, en tant que chercheuses féministes, elles se sont senties responsables de rendre compte de l’expérience de toutes les participantes. Nous en faisons plutôt une recommandation pour la recherche future.
En outre, la majorité des participantes étaient blanches (n = 9) et, au moment de leur participation, se déclaraient hétérosexuelles (n = 10). Nous notons aussi que toutes les participantes n’ont pas renseigné leur propre orientation sexuelle (n = 10) ni celle de leur partenaire (n = 9). Une stratégie de recrutement revue pour répondre à ces limites pourrait toucher un échantillon plus diversifié de participantes et de partenaires. Si les résultats sont utiles au travail clinique avec cette population, leur généralisation reste limitée, car les différentes identités et leurs intersections sont mal représentées.
Le présent jeu de données mérite d’être exploré davantage. Même si le fait que 8 des 11 répondantes soient cliniciennes peut être considéré comme une limite de cette étude, c’est aussi une piste de recherche future, d’autant que 5 d’entre elles (63 %) ont elles-mêmes eu recours à la thérapie. Fait intéressant, aucune participante n’a dit avoir eu recours à la thérapie spécifiquement pour décider de l’avenir de la relation, mais plutôt comme un outil parmi d’autres pour favoriser le rétablissement. Les cliniciennes n’éprouvent peut-être pas le même besoin d’entreprendre leur propre thérapie que les personnes sans formation clinique, car elles peuvent s’appuyer sur leurs propres connaissances et leur expérience professionnelle, ainsi que sur leurs réseaux de collègues (par exemple, Jade a cité ses camarades de promotion en psychologie comme source de soutien). Des obstacles à l’accès à la thérapie ont aussi été mentionnés, et une exploration plus approfondie du processus de décision d’entreprendre une thérapie après la découverte d’une infidélité pourrait constituer une piste de recherche future. Un récit singulier de cette recherche est l’expérience de Crystal, où il a été décidé en commun d’inviter la partenaire de la liaison dans la relation. Une meilleure compréhension de ce processus de décision pourrait apporter davantage d’informations sur l’adaptation des structures relationnelles, par exemple le polyamour ou la non-monogamie consensuelle, comme façon de traverser le processus de rétablissement.
Le processus par lequel la personne blessée décide de rester dans la relation actuelle est complexe. Si l’accent est fortement mis sur les besoins spécifiques de la personne blessée, il importe de les mettre en balance avec la responsabilité de la décision de maintenir la relation. Un processus de rétablissement réussi exige en définitive un effort délibéré des deux partenaires, la personne blessée comme la personne impliquée, pour que la relation fonctionne. Barraca et Polanski (2021) soutiennent que l’infidélité est « l’un des problèmes les plus dommageables et les plus difficiles à traiter en thérapie de couple » (p. 910), en invoquant ses répercussions profondes sur toutes les personnes touchées par l’infidélité. Poursuivre l’exploration non seulement des facteurs de risque, mais aussi, plus en profondeur, du processus de rétablissement et des points de vue propres à chaque partie (par exemple, personnes blessées ou impliquées), peut enrichir encore la littérature sur l’infidélité et éclairer le travail clinique sur ce motif de consultation complexe.
Complexe Systémique : à retenir
Ce qui frappe dans ces onze récits, c’est l’écart entre la position d’avant (« je ne resterais jamais ») et la décision prise, et le fait que cette position n’avait jamais été dite dans le couple. Pour une lecture systémique, l’infidélité apparaît moins comme la transgression d’une règle que comme la révélation d’une règle restée implicite : d’où l’intérêt du « contrat » relationnel à expliciter et à renégocier. Trois repères cliniques se dégagent. Les excuses ne réparent que si des actes les suivent, et la séance peut offrir un cadre sûr pour les formuler. Le cercle de confidence se choisit : la honte isole, mais une révélation faite dans la colère crée des alliances durables contre la personne impliquée. Enfin, la confiance à reconstruire est double : envers l’autre, et envers soi, pour ne pas devenir enquêtrice de sa propre vie. Les limites sont nettes : onze femmes, presque toutes blanches et hétérosexuelles, dont huit exercent elles-mêmes dans la santé mentale, et un seul point de vue, celui de la personne blessée. Le cas de Crystal, qui intègre l’autre femme dans un trio, reste à peine exploré. À lire avec l’article sur les cinq comportements qui réparent la confiance après une infidélité, et avec l’article sur les six formes d’intimité dans le couple.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe de recherche remercie chaleureusement Yolanda Casillas, Anna Coyne, Samantha Jones, Katie Roach et Justin Sato, qui ont mené les entretiens avec les participantes, ainsi qu’Aubrey Reynolds pour l’audit externe.
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Traduction non officielle en français de Rester ensemble après une infidélité : le processus de décision du rétablissement, du point de vue de la personne blessée, par Erica A. Mitchell, Kristina S. Brown, Jewel Spencer et Kayla Harris, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 52, no 1 (2026), doi : 10.1111/jmft.70110, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Staying Together After Infidelity: An Exploration of the Decision‐Making Process of Recovery From the Perspective of the Injured Partner », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Mitchell, E. A., Brown, K. S., Spencer, J., et Harris, K. (2026). Rester ensemble après une infidélité : le processus de décision du rétablissement, du point de vue de la personne blessée (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/rester-ensemble-apres-une-infidelite-le-processus-de-decision-du-retablissement (Œuvre originale publiée en 2025 dans Journal of Marital and Family Therapy, 52(1), e70110 (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.70110)
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