Traduction assistée par IA

Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.

Family Relations · Famille

Soutenir les enfants de mères incarcérées : plaidoyer pour une personne-pivot

Quand une mère est incarcérée, son enfant a affaire à l’école, à la protection de l’enfance, à la police, à la prison, et personne ne relie ces services entre eux. En Australie, l’équipe de Corrie Williams a réuni 21 membres de services autour de quatre scénarios fictifs : des soutiens nombreux, mais un partage d’information défaillant et un système morcelé. Leur proposition : une personne-pivot indépendante.

Auteurs Corrie Williams, Tara Renae McGee, Krystal Lockwood, Carleen Thompson, Brian Jenkins, Diksha Sapkota, Janet Ransley et Susan Dennison (Griffith Criminology Institute, School of Criminology and Criminal Justice et School of Health Sciences and Social Work, université Griffith, Australie)Première publication Family Relations, 26 septembre 2025Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Soutenir les enfants de mères incarcérées : plaidoyer pour une personne-pivot, par Corrie Williams, Tara Renae McGee, Krystal Lockwood, Carleen Thompson, Brian Jenkins, Diksha Sapkota, Janet Ransley et Susan Dennison, publié dans Family Relations (Wiley) (2025), doi : 10.1111/fare.70055, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Le système actuel de soutien aux enfants dont la mère est incarcérée est fragmenté et manque de mécanismes de coordination efficaces.

Corrie Williams, Tara Renae McGee, Krystal Lockwood, Carleen Thompson, Brian Jenkins, Diksha Sapkota, Janet Ransley et Susan Dennison

Résumé

Objectif. Il s’agissait d’explorer le point de vue des équipes des services sur la coordination du soutien aux enfants dont la mère est incarcérée en Australie.

Contexte. Les enfants dont la mère est incarcérée rencontrent d’importantes difficultés d’accès aux services de soutien. La recherche existante manque d’éclairages d’ensemble sur la manière dont le personnel des services comprend les obstacles systémiques et les solutions possibles.

Méthode. Nous avons mené des groupes de discussion avec 21 membres de services ayant l’expérience du soutien aux enfants touchés par l’incarcération maternelle. Une analyse thématique réflexive et itérative a été utilisée, avec des méthodes de codage inductives et déductives, pour analyser les transcriptions des groupes de discussion.

Résultats. L’analyse a montré que les services existants jouent un rôle dans le soutien aux enfants dont la mère est incarcérée, mais que des obstacles existent en raison d’un partage d’information insuffisant et de la fragmentation du système. Le personnel des services a relevé le besoin d’une « personne-pivot » (system navigator) pour aider les familles à s’orienter dans un paysage de soutien complexe.

Conclusion. Le système actuel de soutien aux enfants dont la mère est incarcérée est fragmenté et manque de mécanismes de coordination efficaces.

Implications. Cette étude propose un modèle de personne-pivot pour une approche plus coordonnée du soutien à ces enfants, avec des applications possibles pour les responsables politiques et les équipes de terrain.

Introduction

Soutenir le bien-être des enfants dont la mère est incarcérée peut être complexe et suppose de travailler avec de multiples services. Entre 2000 et 2024, les taux d’incarcération des femmes ont augmenté de 57 % dans le monde, avec des hausses rapportées de 127 % en Australie, de 62 % au Canada et de 33 % aux États-Unis (Fair et Walmsley, 2022). Cette hausse considérable du nombre de femmes détenues signifie qu’un nombre croissant d’enfants vivent l’incarcération de leur mère. Des équipes de toute une série d’organismes assument des responsabilités pour garantir le bien-être de ces enfants. La présente recherche visait à recueillir des informations auprès de ces équipes afin de comprendre le paysage des services existants et leur point de vue sur ce qui est nécessaire pour soutenir efficacement les enfants dont la mère est incarcérée et améliorer leur bien-être. Si réduire le flux des femmes vers le système pénal est essentiel, il importe de travailler en même temps à répondre aux besoins des enfants dont la mère est incarcérée. En déterminant comment répondre au mieux à ces besoins, nous pouvons concevoir et mettre en œuvre des stratégies pour améliorer le bien-être des enfants et réduire la transmission intergénérationnelle de la délinquance. Cet article rend compte d’une étude australienne qui explore les perceptions du personnel des services sur les services existants susceptibles de soutenir les enfants touchés par l’incarcération maternelle, et qui repère les obstacles et les solutions possibles pour améliorer la coordination du soutien à ces enfants.

Les besoins des enfants touchés par l’incarcération maternelle sont complexes et couvrent de multiples domaines (Cho, 2011 ; Dallaire, 2007 ; Flynn, 2013 ; Giordano et Copp, 2015). Les enfants dont la mère est incarcérée sont souvent confrontés à la pauvreté (Allen et al., 2010), à l’absence de logement (Western et Smith, 2018) et à des dynamiques familiales difficiles, dont l’usage de substances et les conflits parentaux (Giordano et al., 2019). La complexité des besoins de bien-être issus de ces expériences peut amener ces enfants à entrer en contact avec toute une série de services sociaux dans les secteurs de l’éducation, de la santé, de la protection de l’enfance, de la justice et de l’action communautaire. Dans cet article, nous employons l’expression équipes des services (service providers) pour désigner les personnes qui travaillent au sein de ces services sociaux, certaines apportant un soutien direct aux enfants, d’autres un soutien indirect par leur travail avec les familles.

Si certains services sont adaptés aux besoins particuliers des enfants dont la mère est incarcérée, le recours aux services dépend plus souvent des besoins sociaux plus larges de la famille. Comme ces besoins sociaux précèdent souvent l’incarcération de la mère (Giordano et al., 2019), les familles ont probablement déjà eu affaire à ces services sociaux. Cependant, les difficultés supplémentaires liées à l’incarcération maternelle peuvent accroître la dépendance aux services et le besoin de services, ce qui augmente la complexité des systèmes dans lesquels les familles doivent s’orienter (Ungar, 2018). Les objectifs de cette étude sont donc importants, puisqu’ils visent à comprendre les difficultés qui peuvent entraver la capacité d’une famille à s’orienter parmi les multiples services qui soutiennent, de façon variable, les mères, les enfants et les familles entières, tout en explorant des solutions possibles pour améliorer le soutien offert aux enfants de mères incarcérées.

La coordination des services est un élément essentiel d’un système de soutien efficient et efficace pour les enfants de mères incarcérées et leur famille. Un système est coordonné lorsque différents services travaillent à des objectifs communs et partagent ressources et informations (Abdel-Salam et al., 2017). Bien qu’il existe des approches fondées sur des données probantes pour surmonter les obstacles au niveau des services et du système pour les services sociaux en général (par exemple Ghate, 2016, 2018), les données directes sur les obstacles existants à la coordination du soutien aux enfants dont la mère est incarcérée sont limitées. En outre, peu d’études ont examiné les systèmes actuels du point de vue du personnel des services, alors que ce point de vue est essentiel pour trouver des solutions efficaces afin d’améliorer les services de soutien (Axelson et al., 2020 ; Ghate, 2016). Pour combler ces lacunes, nous nous appuyons sur le point de vue des équipes des services pour évaluer les soutiens existants susceptibles d’atténuer les effets délétères possibles de l’incarcération maternelle sur le bien-être de l’enfant, ainsi que les mécanismes de leur coordination et les obstacles à celle-ci.

Cadre théorique : la théorie des systèmes écologiques de Bronfenbrenner

Comprendre ce qu’il faut pour un système de soutien coordonné aux enfants de mères incarcérées suppose d’examiner comment l’incarcération d’une mère affecte négativement le bien-être de son enfant et ce qui est nécessaire pour soutenir l’enfant afin d’atténuer ces effets. La théorie des systèmes écologiques du développement humain de Bronfenbrenner (1995) offre un cadre utile pour cet examen. Dans sa théorie, Bronfenbrenner pose que le bien-être des enfants repose sur des interactions réciproques positives entre l’enfant et ses environnements (microsystème), sur des liens solides entre ces environnements (mésosystème) et sur la compréhension de la manière dont des influences contextuelles plus larges (exosystème et macrosystème) agissent sur l’enfant. Bien que les liens du mésosystème soient l’objet principal de cet article, ils ne peuvent être compris isolément du microsystème de l’enfant ni du contexte de l’exosystème et du mésosystème. Dans les sections suivantes, nous examinons à la fois comment l’incarcération d’une mère perturbe le microsystème d’un enfant et comment protéger l’enfant contre ces perturbations en renforçant son mésosystème.

Les perturbations des systèmes de développement de l’enfant quand sa mère est incarcérée

L’incarcération d’une mère peut affecter considérablement son enfant au niveau individuel (le centre du modèle de Bronfenbrenner), en touchant le bien-être émotionnel, social, physique et comportemental de ses enfants. De nombreux travaux associent l’incarcération d’une mère à une prévalence plus élevée de conséquences négatives pour ses enfants dans toute une série de domaines, dont la scolarité (Cho, 2011 ; Dallaire et al., 2010 ; Testa et Jackson, 2021), la santé mentale (Davis et Shlafer, 2017), la santé physique (Roettger et al., 2022 ; Testa et Jackson, 2019) et le comportement (Kremer et al., 2020). Ces conséquences individuelles négatives découlent souvent de la séparation de l’enfant et de sa mère, lorsque son microsystème est perturbé par les changements que déclenche l’incarcération de la mère.

L’effet le plus immédiat et le plus direct de l’incarcération maternelle est la perte des occasions régulières d’interactions saines entre la mère et son enfant, ce que Bronfenbrenner et Evans (2000) ont appelé les processus proximaux au sein du microsystème. Les recherches sur l’incarcération paternelle montrent que l’incarcération perturbe à la fois la qualité et la quantité de ces interactions : les obstacles aux visites et les visites de mauvaise qualité réduisent les occasions pour les enfants de partager avec leur père des activités importantes pour leur développement, comme lire et jouer ensemble (Dennison et al., 2017). Ces obstacles sont probablement plus grands encore lorsque c’est la mère qui est incarcérée, puisque les mères reçoivent moins de visites de leurs enfants que les pères incarcérés (Tasca, 2016). Les établissements pénitentiaires pour femmes étant moins nombreux, les mères sont plus susceptibles d’être détenues loin de leurs enfants, et les adultes de l’entourage de l’enfant sont moins susceptibles de vouloir ou de pouvoir l’emmener en visite en prison (Poehlmann et al., 2010). L’absence de visites est particulièrement problématique pour les nourrissons et les très jeunes enfants, pour qui ces interactions en face à face peuvent difficilement être compensées par des appels téléphoniques ou des lettres (Sapkota et al., 2022). Même lorsque des visites ont lieu, elles peuvent être marquées par le stress ou le conflit (Hahl et al., 2016) et fonctionner comme des processus proximaux inversés (Merçon-Vargas et al., 2020), affaiblissant le rôle tampon que des processus proximaux sains peuvent jouer pour atténuer les conséquences négatives de l’incarcération maternelle.

Les enfants qui disposent d’un mésosystème solide ont plus de chances d’accéder à des soutiens adaptés, capables d’améliorer à la fois la quantité et la qualité des interactions entre les mères incarcérées et leurs enfants (Dennison et al., 2017 ; Rudd et al., 2019). Toutefois, l’incarcération maternelle peut aussi déstabiliser le mésosystème, en particulier les liens entre le foyer et d’autres lieux importants du microsystème, comme l’école et la communauté. Par exemple, la mère incarcérée ne peut plus assister aux réunions scolaires, recourir aux soutiens de proximité ni coordonner l’accès de l’enfant aux services, ce qui la retire de sa place centrale de communication et de décision (Lockwood et al., 2024). Cette absence rend plus difficile le maintien de la continuité des soins et la coordination de nouveaux soutiens pour l’enfant.

Pour certaines familles, l’incarcération d’une mère peut aussi aggraver des désavantages préexistants comme l’instabilité du logement, la pauvreté et la discrimination structurelle (Giordano et Copp, 2015), qui sont façonnés par des vulnérabilités au sein de l’exosystème de l’enfant et sont particulièrement sensibles aux évolutions politiques et culturelles négatives au sein du macrosystème. Par exemple, les politiques de fermeté pénale peuvent détourner des ressources publiques des services sociaux qui pourraient répondre aux vulnérabilités accrues provoquées par l’incarcération d’une mère (Mitchell Fuentes, 2022). En conséquence, là où ces politiques s’appliquent, l’attention portée aux familles dont la mère est incarcérée tend à se déplacer vers les politiques directement liées à son incarcération, en réponse à son comportement délictueux, plutôt que vers le bien-être plus large de la famille au-delà du système carcéral. En l’absence de tels soutiens, c’est aux familles qu’il revient de s’orienter dans un ensemble complexe de systèmes de services sociaux pour que les besoins individuels de l’enfant soient pleinement pris en compte.

Idéalement, le bien-être d’un enfant serait protégé par des stratégies de prévention qui cibleraient le désavantage profond au sein de son microsystème, associé à la pauvreté, à une santé mentale dégradée et aux traumatismes, qui sont des facteurs prédictifs de l’incarcération chez les femmes (Kjellstrand et al., 2012). Toutefois, de telles stratégies de prévention exigent des changements politiques d’ensemble dans l’exosystème et ne supprimeront probablement pas, à court terme, le besoin de stratégies d’intervention qui répondent aux besoins complexes de ces enfants dans leur microsystème et leur mésosystème (Giordano et Copp, 2015). Il est donc essentiel d’examiner comment les soutiens existants fonctionnent à travers ces niveaux socio-écologiques et où les obstacles à la coordination limitent leur efficacité.

Comprendre le paysage des services existants

Les microsystèmes des enfants de mères incarcérées comprennent probablement des services qui interviennent dans des environnements communs à tous les enfants, comme l’école et d’autres lieux liés à l’enfance et à la jeunesse. Toutefois, par rapport à leurs pairs qui n’ont pas vécu l’incarcération de leur mère, ces enfants peuvent rencontrer, dans ces environnements, un plus grand nombre de services, ou une combinaison différente, comme des psychologues, la protection de l’enfance ou la police (Obus et al., 2024). En outre, l’exosystème peut les toucher d’une manière qui ne concerne pas la plupart des enfants, notamment par la législation et les politiques de protection de l’enfance, les procédures judiciaires et les pratiques en prison (Rudd et al., 2019). Améliorer le système de soutien aux enfants de mères incarcérées suppose donc de comprendre toute l’étendue du paysage des services existants pour ces enfants.

De nombreux travaux évaluent des stratégies d’intervention au niveau du microsystème conçues pour soutenir les enfants dont un parent est incarcéré. Ces évaluations portent sur des interventions destinées aux nourrissons vivant avec leur mère en prison (Dodson et al., 2019 ; Goshin et al., 2014 ; Kwarteng-Amaning et al., 2019), des programmes de parentalité adaptés aux mères incarcérées (Tremblay et Sutherland, 2017) et des programmes de mentorat conçus pour les enfants plus âgés et les adolescents qui vivent l’emprisonnement d’un parent (Bruster et Foreman, 2012 ; Laakso et Nygaard, 2012 ; Stump et al., 2018). Si ces évaluations apportent un éclairage précieux sur les programmes qui peuvent bénéficier spécifiquement aux enfants de mères incarcérées, ces programmes restent peu disponibles. Il est donc probable que les enfants de mères incarcérées soient soutenus par des services qui ne sont pas spécifiquement conçus pour répondre à leurs besoins, et les données empiriques sont limitées sur la manière de coordonner divers services, adaptés ou non, pour garantir un système facile à parcourir et capable de répondre à ces besoins.

Bien que les équipes qui travaillent dans le microsystème des enfants dont la mère est incarcérée aient une connaissance précieuse de ce système, la recherche néglige souvent leur point de vue dans de nombreux contextes (Ghate, 2016, 2018). Il existe cependant deux exceptions notables dans l’étude de l’incarcération maternelle. Axelson et al. (2020) ont interrogé des membres de divers organismes auxquels les enfants de parents incarcérés ont souvent recours, notamment dans les secteurs de l’éducation, du travail social et de la santé. Brown et Barrio Minton (2017) se sont intéressés aux perceptions du personnel de conseil scolaire quant aux mécanismes de soutien pour les élèves dont un parent est incarcéré. Ces deux études ont montré que, si les équipes connaissent les soutiens spécialisés dont ont besoin les enfants dont un parent est incarcéré, elles doutent de leur capacité à coordonner ces soutiens au sein du microsystème de l’enfant. Les services gagneraient donc à examiner de façon critique comment renforcer les liens entre les équipes qui travaillent dans le mésosystème des enfants de mères incarcérées. Notre recherche cherche à faciliter ce processus et à mettre les éclairages obtenus au service de recommandations pour renforcer le mésosystème des enfants de mères incarcérées.

Recourir à des méthodes de cocréation pour recueillir des informations sur le système

Renforcer les liens au sein du mésosystème des enfants dont la mère est incarcérée exige une méthode qui produise des recommandations de changement applicables. Les méthodes de cocréation, comme celle utilisée dans cette recherche, sont bien placées pour atteindre de tels objectifs. Ces méthodes collaboratives permettent aux personnes qui conçoivent des modèles de soutien pour des populations vulnérables de recueillir des informations sur l’histoire du système local, ses ressources et les attitudes dominantes avant de tenter de mettre en œuvre des changements ou des améliorations (Fagan et al., 2018 ; Ghate, 2016, 2018). Cette démarche est courante dans les programmes universels d’intervention et de prévention, ainsi que dans les coalitions communautaires où les équipes qui élaborent les modèles travaillent avec des responsables de la communauté avant et pendant la mise en œuvre (Anderson et al., 2015 ; Cooper et al., 2015 ; Fagan et al., 2018 ; Feinberg et al., 2004). En revanche, lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre des stratégies de soutien au sein de microsystèmes complexes, en particulier ceux qui impliquent de multiples organismes publics et non gouvernementaux, cette démarche collaborative est moins courante (Ghate, 2016). Les bénéfices des méthodes de cocréation pour construire des modèles destinés spécifiquement aux mères incarcérées et à leurs enfants comprennent la possibilité de recueillir auprès des équipes des services des éclairages sur les interventions et les soutiens qui fonctionneraient dans le paysage actuel des services, et d’ouvrir des canaux de communication entre les mères, la recherche et les services (Lockwood et al., 2024 ; Williams et al., 2024). C’est pour ces raisons que nous adoptons cette démarche dans la présente recherche.

Méthode

Contexte de l’étude

Cette étude s’inscrit dans un travail plus large visant à élaborer de façon collaborative un nouveau modèle de soutien pour les mères incarcérées et leurs enfants, au sein du centre de recherche Transforming Corrections to Transform Lives. Dans le cadre de ce travail, des études antérieures ont examiné les méthodes de cocréation utilisées dans la collaboration et le point de vue des mères incarcérées (Lockwood et al., 2024 ; Williams et al., 2024). La présente étude porte sur le point de vue du personnel des services concernant les besoins de soutien des enfants, mais considère aussi la manière dont les besoins de la famille entière (microsystème) influent sur l’enfant. Ces points de vue ont été recueillis lors de discussions en groupes tenues pendant un atelier d’une demi-journée à l’université Griffith en avril 2021. La recherche a été approuvée par le comité d’éthique de la recherche sur l’humain de l’université Griffith (réf. 2020/777), et le consentement de toutes les personnes participantes a été obtenu.

La méthode de cocréation utilisée dans le présent article s’appuie sur le cadre de design systémique du Design Council britannique (2021). Cette démarche se déroule en quatre étapes : explorer, recadrer, créer et catalyser. Cet article présente les résultats des étapes d’exploration et de recadrage. L’étape d’exploration vise à mieux comprendre des systèmes de services complexes en mettant au jour le savoir implicite des équipes, ici les personnes qui travaillent à soutenir les enfants de mères incarcérées et leur famille. L’étape de recadrage comprend un examen critique des informations recueillies lors de l’étape d’exploration ; elles sont discutées dans les dernières sections de cet article.

Les connaissances recueillies lors des étapes d’exploration et de recadrage servent à produire un modèle de soutien cocréé et un programme de changement de l’exosystème et du macrosystème par l’amélioration des politiques et des pratiques à l’égard des familles qui vivent l’incarcération d’une mère. La conception de ce modèle cocréé est un élément clé des étapes de création et de catalyse du cadre et fera l’objet de recherches futures (voir www.transformingcorrections.com.au pour plus d’informations sur ce travail).

Personnes participantes

Les personnes participantes ont été recrutées par échantillonnage raisonné, en s’appuyant sur les réseaux professionnels de la direction du centre et des cosignataires de cet article. Toutes travaillaient dans des services sociaux que rencontrent fréquemment les enfants dont la mère est incarcérée. Ces services sociaux étaient situés dans tout le Queensland, en Australie, et comprenaient des services de protection de l’enfance, des organismes de placement hors du foyer, des organismes de justice et d’administration pénitentiaire, des services éducatifs et une association à but non lucratif proposant des programmes de soutien adaptés aux enfants dont la mère est incarcérée. Avant les séances de groupe, la direction du centre a tenu des rencontres individuelles. Guidées par la démarche du Design Council (2021), ces rencontres visaient à établir une relation de confiance, à familiariser les personnes participantes avec le projet et à discuter de leur rôle dans le soutien aux enfants dont la mère est incarcérée. Au cours de ces rencontres, certains organismes ont orienté la direction du centre vers d’autres organismes. La saturation a été atteinte lorsque les types d’organismes qui travaillent avec les enfants de mères incarcérées ont été bien couverts. Les sept organismes qui ont pris part à ces rencontres ont tous envoyé au moins une personne pour les représenter, soit 21 personnes participantes au total. Chaque organisme était représenté de manière équilibrée. Ces personnes occupaient divers postes au sein de ces organismes sociaux, dont des fonctions d’encadrement de terrain et de suivi de situations qui les mettaient en contact direct avec des familles vivant l’incarcération d’une mère.

Procédure

Un atelier d’une demi-journée a eu lieu à l’université Griffith, dans le Queensland, en Australie, en avril 2021. L’atelier a commencé par une présentation, par la direction du centre, des objectifs du programme de travail plus large. Après cette introduction, les 21 personnes participantes ont été réparties en quatre groupes de discussion comprenant chacun de trois à six membres de différents services. Chaque groupe était animé par un membre de l’équipe de recherche ayant l’expérience à la fois de la recherche et de milieux de services semblables à ceux des personnes invitées. L’atelier s’est terminé par une discussion plénière, qui a réuni toutes les personnes participantes pour réfléchir aux principaux enseignements de chaque séance de groupe.

Chaque groupe de discussion a reçu un scénario fictif différent, décrivant la situation d’enfants dont la mère est incarcérée. Ces scénarios mettaient en scène des enfants d’âges différents : une adolescente de 16 ans (Carla), un garçon de 13 ans (Bryce), un garçon de 10 ans (Lenny) et un enfant à naître (Layla, une mère), chaque enfant ayant des besoins de soutien complexes liés à l’incarcération de sa mère. Ces scénarios sont résumés dans le tableau 1. Le principal avantage de la méthode des scénarios est sa capacité à susciter un débat productif qui met en évidence, et même produit, des zones de consensus et une compréhension commune du fonctionnement du système plus large. Cette méthode et ses nombreux autres avantages sont examinés plus en détail ailleurs (Williams et al., 2024).

Tableau 1 — Résumé des groupes de discussion et du scénario présenté à chaque groupe

  • Groupe 1 : Carla. Adolescente de seize ans qui a connu des difficultés complexes dans sa scolarité, avec la délinquance, l’usage de substances et les relations familiales, après l’incarcération de sa mère, Mary.
  • Groupe 2 : Bryce. Garçon de treize ans qui a connu des difficultés dans sa scolarité en lien avec l’absence de logement et des inquiétudes relevant de la protection de l’enfance. Il a eu affaire au système de justice des mineurs après l’incarcération de sa mère, Rosa.
  • Groupe 3 : Lenny. Garçon de dix ans qui a connu des difficultés dans sa scolarité, avec ses pairs et dans sa santé mentale en raison de l’incarcération de sa mère.
  • Groupe 4 : Layla. Mère incarcérée et enceinte, dont l’usage problématique de substances et les relations familiales difficiles ont fait que son bébé n’a pas eu un départ optimal dans la vie et l’ont mise en contact avec la protection de l’enfance, avec pour conséquence un attachement fragile chez le nourrisson.

Chaque groupe a en outre reçu une fiche de travail pour consigner les discussions. La structure de cette fiche reposait sur les six domaines essentiels au bien-être des enfants définis par le Nest (2014) de l’Australian Research Alliance for Children and Youth (ARACY) : a) se sentir valorisé, aimé et en sécurité ; b) la santé ; c) les besoins matériels de base ; d) la culture et l’identité ; e) les possibilités d’apprendre ; f) les possibilités de contribuer et de participer. Nous avons choisi ce cadre pour son exhaustivité et sa pertinence nationale en matière de bien-être de l’enfant.

À partir des scénarios fictifs et des domaines de bien-être du Nest (ARACY, 2014), chaque groupe a répondu aux trois mêmes questions de discussion : a) Quels services, politiques, processus ou programmes disponibles favorisent le bien-être des enfants de mères incarcérées ? b) Quels nouveaux services, politiques, processus ou programmes sont nécessaires pour favoriser le bien-être des enfants de mères incarcérées ? c) Comment améliorer la situation de chacun des enfants de votre scénario fictif dans chacun des six domaines de bien-être du Nest ? Ces questions invitaient les personnes participantes à puiser dans leur propre expérience, ce qui leur permettait de réfléchir aux scénarios fictifs et d’apporter des réponses concrètes sur la manière dont elles répondraient aux besoins des enfants fictifs, tout en limitant la nécessité d’évoquer des informations confidentielles sur des situations réelles. Chaque groupe a été enregistré, et les personnes chargées de l’animation ont pris des notes sur les fiches de travail. Environ 260 minutes d’enregistrement ont été transcrites par un service de transcription professionnel, soit 167 pages de dialogue.

Codage et analyse

Les séances des groupes de discussion visaient à faire apparaître les expériences communes aux membres des services participants. Cela a aidé l’équipe à comprendre les systèmes de services sociaux que rencontrent les enfants dont la mère est incarcérée. Une perspective phénoménologique sociale a donc été adoptée pour coder et analyser les transcriptions (Priya, 2017). Le processus de codage et d’analyse était réflexif et itératif : des méthodes déductives ont servi à catégoriser les données brutes, et des méthodes inductives à explorer les phénomènes sociaux communs aux personnes participantes et aux organismes représentés dans les groupes (Fereday et Muir-Cochrane, 2006). Le codage s’est déroulé en deux phases. Dans la première, la personne qui signe en premier a utilisé des méthodes déductives pour catégoriser les informations en fonction des questions de discussion des séances de groupe : a) évaluer le paysage des services existants et sa capacité à répondre aux besoins des enfants dont la mère est incarcérée ; b) repérer les obstacles à la coordination du soutien dans ce paysage ; c) repérer des solutions pour surmonter ces obstacles. Ces réponses ont été étiquetées dans NVivo (version 1.6.0). Au cours de la seconde phase, quatre membres de l’équipe de recherche (CW, TRM, KL et CT) ont participé à une série de réunions, en recourant à des techniques inductives pour analyser et interpréter plus avant les informations codées. Cette analyse était collaborative et itérative, avec pour but non seulement de confirmer la catégorisation des informations (déductive), mais aussi de laisser émerger des idées nouvelles (inductive). Ces séances ont aussi garanti un consensus au sein de l’équipe sur le codage et l’interprétation. Par souci de clarté dans la section des résultats, chaque groupe de discussion s’est vu attribuer un numéro correspondant au scénario qui lui a été présenté (voir le tableau 1).

Résultats

Le paysage des services existants

La première question de discussion portait sur les services, politiques, processus ou programmes disponibles qui favorisent le bien-être des enfants de mères incarcérées. En réponse, un large éventail de services existants utiles aux enfants de mères incarcérées a été repéré. Nous avons classé ces services selon les domaines de bien-être du Nest (ARACY, 2014 ; voir le tableau 2). Les personnes participantes ont désigné comme utiles pour les enfants concernés non seulement les services pour lesquels elles travaillaient, mais aussi de nombreux autres services pertinents. Bien que les scénarios fictifs aient servi de support à ces conversations, les personnes participantes se sont appuyées sur leur propre expérience et sur leur compréhension du paysage des services pour repérer les services susceptibles de répondre aux besoins particuliers de ces enfants. Cela traduisait une bonne connaissance du large éventail de services qui, sans être spécifiquement conçus pour les enfants dont la mère est incarcérée, interviennent auprès d’enfants placés dans des situations semblables. Étant donné l’étendue des services repérés, nous avons la conviction que les discussions des groupes ont couvert de manière exhaustive le paysage des services existants.

Tableau 2 — Domaines de bien-être, services repérés par les personnes participantes et leur utilité pour les enfants de mères incarcérées

  • Valorisé, aimé et en sécurité. Services : conseil d’orientation scolaire ; programmes de parentalité ; aide au logement ; aide aux visites en prison. Utilité : apporter un soutien en santé mentale et en bien-être, un soutien à la parentalité et une aide au logement pour maintenir les enfants dans un logement sûr, proche de leur famille et de leur communauté, et aider les enfants à rendre visite à leur mère en prison.
  • Santé. Services : infirmières de coordination de parcours ; programmes de petits déjeuners à l’école ; services de santé maternelle. Utilité : aider à s’orienter dans le système, apporter un soutien préventif grâce à des petits déjeuners nutritifs et un soutien sanitaire aux jeunes mères.
  • Besoins matériels de base. Services : programmes de logement ; services d’aide financière. Utilité : proposer des solutions de logement sûres, abordables et accompagnées, et offrir une aide financière pour diverses raisons (par exemple adhésion à un club de sport, fournitures scolaires, accès à la nourriture et aux transports).
  • Culture et identité. Services : prise de décision menée par la famille ; services communautaires dirigés selon la culture des familles. Utilité : associer les familles aux décisions concernant l’enfant d’une manière culturellement appropriée et renforcer le lien avec leur culture.
  • Apprentissage. Services : programmes d’éducation précoce ; conseil d’orientation scolaire ; programmes de scolarité aménagée. Utilité : offrir une éducation et une intervention précoces pour préparer l’entrée à l’école et prévenir le décrochage, proposer un accompagnement pour gérer les effets émotionnels de l’incarcération maternelle, et proposer un programme scolaire adapté et une alternative à l’exclusion comme sanction disciplinaire.
  • Contribuer et participer. Services : clubs de sport et de loisirs ; aide juridique. Utilité : donner aux enfants la possibilité d’accéder à des activités qui les intéressent et d’y participer, et la possibilité de chercher une aide juridique pour avoir leur mot à dire sur ce qui les concerne.

Note : ARACY = Australian Research Alliance for Children and Youth. Beaucoup des services repérés répondent probablement à plusieurs besoins. Pour la présentation de ces résultats, nous avons regroupé les services selon les domaines que les personnes participantes jugeaient les plus pertinents pour eux.

Dans notre analyse des transcriptions, nous avons rassemblé les nombreux services repérés par les personnes participantes pour répondre aux besoins des enfants dont la mère est incarcérée. Comme l’indique le tableau 2, ces services comprennent à la fois des services spécialisés, dont l’aide au logement et l’aide juridique, et des services importants pour le bien-être des enfants en général, dont l’éducation, les clubs de sport et les services communautaires dirigés selon la culture des familles. Le tableau 2 résume aussi en quoi ces services sont utiles aux enfants dont la mère est incarcérée. L’analyse des transcriptions nous a permis de constater que les services fournissent toute une gamme de soutiens instrumentaux, comme la nourriture, l’hébergement et les transports, mais veillent aussi à ce que les besoins de bien-être des enfants soient soutenus par l’accès à un accompagnement psychologique, à des soutiens liés à l’école et à des soutiens culturellement appropriés. L’analyse des transcriptions des groupes suggère qu’il existe un éventail de services pour soutenir les enfants dont la mère est incarcérée.

Pourtant, les informations du tableau 2 ont aussi mis en évidence un manque de services conçus spécifiquement pour les enfants dont la mère est incarcérée. La manière dont un service ciblé peut mieux répondre aux besoins de ces enfants a été illustrée par une personne participante, dont l’organisme a pour mission principale de soutenir les enfants dont un parent est incarcéré, lorsqu’elle a réfléchi à la situation de Lenny (scénario 3). Dans ce scénario, l’enseignante fictive avait choisi de garder secrète l’incarcération de la mère de Lenny et s’abstenait d’en parler avec lui. La personne participante a déclaré :

C’est un scénario très courant pour nous et, même si je pense que [l’enseignante] faisait ce qu’elle croyait juste, ce qui pose d’abord problème, c’est la conspiration du silence. Nous l’appelons la conspiration du silence, c’est-à-dire le fait de ne pas en parler. Nous proposons bien un programme de formation pour les équipes enseignantes, où [l’enseignante] aurait appris ce qu’est la conspiration du silence et comment en parler sans danger avec des enfants dont un parent est en prison. Cela comprend notamment un projet de politique pour les écoles sur la manière de réagir quand elles ont un élève dont un parent est en prison. (Membre d’un service, groupe 3)

Cette réflexion montre que, si toutes les personnes participantes pouvaient dire comment leurs propres services et d’autres services pouvaient répondre aux besoins des enfants dont la mère est incarcérée, des services spécialisés sont nécessaires pour que ces besoins soient traités avec délicatesse. La personne participante a aussi pu montrer que ces services spécialisés peuvent soit offrir un soutien direct, soit renforcer la capacité d’autres services, par exemple au moyen de programmes de formation des équipes enseignantes et de l’élaboration ou de l’amélioration de politiques scolaires de soutien aux enfants.

Les discussions des groupes sur les services existants attestent de l’étendue des services qui soutiennent déjà le bien-être des enfants. Même si beaucoup d’entre eux ne sont pas conçus spécifiquement pour les enfants dont la mère est incarcérée, notre exploration a montré qu’ils peuvent contribuer à répondre aux besoins variés de ces enfants. Nos résultats mettent pourtant aussi en évidence le rôle important des services ciblés, qui apportent un soutien direct aux enfants et aident d’autres organismes à faire de même. Faute de tels services ciblés, il est probable que le système actuel de services de soutien ne réponde pas aux besoins particuliers des enfants dont la mère est incarcérée, qui peuvent avoir besoin de services ciblés supplémentaires ou d’un accès accompagné aux services.

Les obstacles à un système de soutien bien coordonné

Malgré l’étendue apparente des services existants (hors services ciblés), nous avons constaté que les obstacles à l’accès aux services tiennent probablement à des pratiques propres à l’ensemble du système qui entravent leur coordination, à savoir un partage d’information insuffisant entre les systèmes de prestation de services et la fragmentation du système.

Un partage d’information insuffisant

Le partage d’information insuffisant est un obstacle rapporté dans trois des quatre groupes de discussion ; il pose un problème important pour la coordination des services, en particulier pour les enfants dont la mère est incarcérée. Une personne participante l’a décrit en réfléchissant au scénario fictif dans lequel Carla, 16 ans, vit une cascade d’événements négatifs après l’incarcération de sa mère :

C’est juste un effet domino, vraiment. On voit bien comment une chose entraîne la suivante, puis la suivante, et tout arrive en général assez vite. Et puis, je pense que c’est parce qu’il y a souvent une rupture de communication entre les différents services. La police ne sait peut-être pas ceci, et la protection de l’enfance ne sait peut-être pas cela, et ainsi de suite. Ça rend la situation encore pire. Parce qu’aucun de nous ne peut avoir une vue d’ensemble. (Membre d’un service, groupe 1)

Cette citation souligne que la personne participante perçoit le besoin d’un partage d’information, par la communication entre les différents organismes, pour répondre de façon adéquate à la cascade d’événements défavorables que vit Carla. Or la rupture de communication empêche souvent chaque organisme de se faire une image complète des besoins de l’enfant, ce qui rend plus difficile la mise en place des bons soutiens.

L’absence de lignes directrices et de procédures claires pour partager l’information a été considérée comme un facteur sous-jacent du partage d’information insuffisant. Ce problème a été formulé par des membres du groupe 4, qui ont relevé l’absence de procédures cohérentes et universelles. Pour illustrer ce point, une personne a évoqué l’incertitude sur les informations pouvant être partagées entre administrations :

Je pense que ce serait vraiment bien qu’il y ait une position claire pour chaque organisation, qu’on puisse échanger les unes avec les autres, comparer nos notes et se dire : vous savez quoi, pour l’instant on ne peut pas partager d’information avec vous à cause de X, Y et Z. D’accord, comment on fait pour que ça marche ? (Membre d’un service, groupe 4)

Un autre exemple de l’absence de lignes directrices communes sur le partage d’information est apparu lors d’une discussion entre la représentation d’un organisme public et celle d’une association à but non lucratif, dans le groupe 4 :

Membre d’un service associatif : Pour coordonner la prise en charge, est-ce que c’est clair, j’imagine du point de vue de tout le monde aussi, en matière de partage d’information, ce qu’on peut partager et ce qu’on ne peut pas ? … Je ne savais pas trop si tous les partenaires qui travaillent avec les prisons, enfin si c’est clair où sont les limites, pas seulement pour leur propre organisation mais ailleurs.

Membre d’un service public : Je crois que non. C’est pour ça que j’ai fait la remarque [tout à l’heure] que… ça a l’air plus facile pour vous [le partage d’information] que pour nous.

Ces deux exemples suggèrent que les procédures de partage d’information varient au sein des administrations et entre elles, ainsi que dans l’ensemble plus large des services de soutien utiles aux enfants de mères incarcérées.

Notre analyse a aussi montré que les équipes ne comprennent peut-être pas pleinement les cadres législatifs et réglementaires qui existent en matière de partage d’information, ce qui contribue au partage insuffisant d’information dans l’ensemble du système. Des membres de différents groupes ont évoqué des restrictions législatives et des règles de confidentialité précises qui, selon leur perception, pesaient sur le partage d’information. Par exemple, des membres des groupes 4 et 2 ont décrit des limites au partage d’information :

Comme la loi sur la protection de l’enfance s’impose à nous, nous devons respecter certains paramètres quand nous partageons des informations avec certains partenaires. (Membre d’un service, groupe 4)

Évidemment, la confidentialité est importante, mais c’est difficile de soutenir une famille sans avoir toutes les informations. Ça peut aussi être un obstacle. On ne veut pas forcément tout savoir sur tout le monde, mais on a besoin d’assez d’informations pour apporter un soutien efficace. (Membre d’un service, groupe 2)

Toutefois, lors d’une autre discussion dans le groupe 2, les remarques de la personne qui animait sur l’approche habituellement prudente du partage d’information ont amené les personnes participantes à envisager les conséquences d’un non-partage d’information pour la mère de Bryce, l’enfant fictif au centre du scénario proposé à ce groupe :

Membre d’un service (1) : Surtout aussi du point de vue de la mère dans ce scénario. Elle n’a pas envie de raconter son histoire à cinq organisations différentes.

Membre d’un service (2) : Oui, c’est ça, c’est ça. Donc moi je viens lui parler, toi tu viens lui parler, eux viennent lui parler. C’est genre « pff, j’en ai assez ».

Dans ce dialogue, les deux personnes soulignent le point de vue de la mère, en relevant sa réticence à raconter son histoire à de multiples organisations. En tenant compte du point de vue de la mère, elles mettent en évidence la possibilité que des mères se désengagent des services en raison du poids que représente le fait de raconter encore et encore leur histoire. Quand des mères se désengagent des services de soutien, des informations cruciales sur les besoins de leurs enfants peuvent échapper aux services. Ainsi, s’il est impératif de protéger la vie privée des mères et des enfants et de partager l’information avec leur consentement, un partage d’information insuffisant et le désengagement des mères qui s’ensuit, tel qu’il est décrit ici, pourraient nuire gravement à la compréhension, par les services, des besoins de soutien particuliers de l’enfant, avec le risque de lacunes ou de doublons dans les services.

La fragmentation du système

Notre analyse des transcriptions a aussi montré que la fragmentation du système est probablement un obstacle important à la coordination des soutiens aux enfants dont la mère est incarcérée. Le manque de partage d’information est d’ailleurs le symptôme du défi plus large que représente la fragmentation du système. Celle-ci se caractérise par l’intervention de multiples organismes auprès des enfants dont la mère est incarcérée sans cadre ni autre forme de coordination. Chaque organisme fournit un service particulier en vase clos, sans tenir compte des activités des autres services. Les enfants et leur famille doivent donc composer avec de multiples services et, parfois, avec des prestations incohérentes. Si les personnes participantes de tous les groupes pouvaient dire comment elles pourraient contribuer positivement à la situation des enfants dont la mère est incarcérée, un seul des organismes représentés se consacrait spécifiquement aux besoins de ces enfants qui découlent de l’incarcération de leur mère. Les équipes et leurs organismes n’ont donc pas toujours les connaissances ou les ressources nécessaires pour offrir un service global aux enfants dont la mère est incarcérée, et aucun cadre n’existe pour coordonner le soutien entre les différents services. Les enfants « passent donc entre les mailles du filet », comme l’a illustré une personne qui travaille directement avec des enfants dont la mère est incarcérée :

[Les équipes des services] ne savent tout simplement pas quoi faire. C’est parce que nous n’avons pas de politique nationale ni de cadre sur la manière de soutenir les enfants dont un parent est en prison. Que ce soit pour leur scolarité ou pour le placement hors du foyer, il n’y a pas de cadre de gouvernance. Ils passent littéralement entre les mailles du filet parce que personne n’est responsable d’eux. (Membre d’un service, groupe 3)

Ce commentaire souligne les conséquences d’une fragmentation du système qui découle de l’absence de cadre pour orienter la prestation de services aux enfants de mères incarcérées. Il met aussi en évidence la difficulté que rencontrent les équipes pour coordonner les soutiens à ces enfants.

Le manque de soutiens globaux pour les familles qui vivent l’incarcération d’une mère est apparu comme une préoccupation récurrente chez les personnes participantes qui soutenaient directement des enfants touchés par l’incarcération maternelle. En l’absence d’approche centrée sur la famille, de multiples organismes interviennent auprès de la mère, de l’enfant et de la famille sans coordination ni cadre spécifique ; c’est une forme particulière de fragmentation au sein du microsystème des enfants dont la mère est incarcérée. Une personne du groupe 2 a évoqué cette fragmentation :

Si on doit travailler avec des enfants, on ne peut pas vraiment travailler avec des enfants sans travailler avec toute la famille. Oui, l’administration pénitentiaire dit « bon, ce n’est pas notre problème, les enfants ». Dans la plupart des États, on ne demande même pas à la personne détenue si elle a des enfants. (Membre d’un service, groupe 2)

Cette citation illustre la fragmentation inhérente à la réponse aux besoins des familles touchées par l’incarcération maternelle et le besoin d’une approche centrée sur la famille pour soutenir les enfants. Elle attire en outre l’attention sur le fait que, si le personnel pénitentiaire se concentre sur la personne détenue, en particulier dans le cas des mères incarcérées, il y a hors de l’établissement des enfants qui sont liés à leur mère et comptent sur elle malgré l’incarcération. La reconnaissance par les institutions pénitentiaires des liens avec les enfants, ainsi que la connaissance des services qui soutiennent les enfants, ouvre des possibilités d’approches coordonnées pour soutenir les mères et leurs enfants. Le manque de reconnaissance du statut maternel des femmes incarcérées contribue à la fragmentation, en entravant les efforts pour simplifier et coordonner le soutien entre les différents organismes du microsystème qui fournissent des services distincts aux mères et à leurs enfants.

En outre, notre analyse des transcriptions a montré comment cette séparation des rôles et des responsabilités des organismes dans les services à l’enfant et à la mère accentue la fragmentation après l’incarcération maternelle. Cela a été illustré lors d’une discussion avec des membres de services de proximité et de services pénitentiaires sur la manière d’aider une mère incarcérée à travailler avec les services de protection de l’enfance pour conserver la garde de son enfant. Pendant cette discussion, la personne qui animait a invité à réfléchir à l’effet de l’incarcération maternelle sur la continuité d’une approche centrée sur la famille dans le suivi de protection de l’enfance :

Animation : Je me demande si [la protection de l’enfance] va se dire : bon, maintenant qu’elle est en prison, on n’a pas besoin de travailler avec elle autant que si elle était dehors, dans la communauté ?

Membre d’un service de proximité : C’est possible, parce qu’elle est dans un environnement différent.

Animation : Et ils auraient quelqu’un qui vient la voir et qui, en gros, lui dit : alors, qu’est-ce qui se passe ? Ça va ? Est-ce que vous êtes soutenue pendant que vous êtes en prison ? Qu’est-ce que vous faites, en ce qui concerne la prise en charge de votre enfant ?

Membre d’un service de proximité : Oui… mais bon, je ne sais pas jusqu’où ça irait.

Membre d’un service pénitentiaire : Donc je pense que parfois, c’est à nous qu’on laisse la responsabilité de le faire. Je pense que [la protection de l’enfance] peut quitter [la mère] des yeux à cause de la charge de travail ailleurs, dans la communauté, où le risque est plus grand, en pensant que nous pouvons nous en occuper.

Cet échange illustre comment le processus d’incarcération conduit à une prestation de services fragmentée entre organismes de proximité et organismes pénitentiaires, sans grande réflexion sur la manière de mettre en œuvre ou de maintenir une approche centrée sur la famille. Cette fragmentation peut entraîner inefficacités, lacunes et doublons, les organismes travaillant indépendamment à des objectifs semblables. Comme le souligne cet échange, les organismes de proximité peuvent se concentrer uniquement sur l’enfant et les services pénitentiaires sur la mère : les uns et les autres travaillent au bien-être de personnes du microsystème de l’enfant, mais sans travailler ensemble.

Cette prestation de services fragmentée se voit aussi dans la rupture ou l’absence de liens mésosystémiques entre la mère et l’école de l’enfant. Nos analyses des transcriptions ont montré que les services ne s’adressent pas à la mère en tant que parent pendant son incarcération, alors que des occasions de le faire existent. Ces occasions manquées ont été soulignées par une personne d’un service pénitentiaire lors d’une discussion avec une autre participante qui demandait comment elle, en tant que conseillère d’orientation scolaire, pourrait faciliter le contact entre les équipes enseignantes et des mères incarcérées. La personne du service pénitentiaire a expliqué que cet obstacle pouvait être levé par un simple appel à la direction de la prison :

Vous savez, j’aimerais juste que les gens décrochent le téléphone : « Je voudrais parler à la direction. » C’est incroyable tout ce qu’on peut obtenir avec un coup de fil. Quand les gens posent simplement la question. Même le corps enseignant, par exemple. (Membre d’un service, groupe 3)

Cette citation illustre encore le manque de communication entre les services de la communauté et ceux de l’administration pénitentiaire. Comme nous le montrerons dans la section suivante, ce manque de communication et d’engagement de la part des équipes des milieux éducatifs tient peut-être à leur méconnaissance des établissements pénitentiaires et de leurs procédures. Nous montrerons aussi dans la section suivante comment les organismes pénitentiaires pourraient proposer des solutions à ce problème.

Des solutions pour surmonter les obstacles

Nous avons sollicité les suggestions des personnes participantes sur les mécanismes susceptibles de surmonter les obstacles du système pour améliorer la situation des enfants dont la mère est incarcérée. Elles ont volontiers proposé des solutions aux difficultés de coordination, pertinentes pour leur propre pratique et réalisables avec les ressources disponibles. Elles ont aussi discuté de l’efficacité possible d’une personne-pivot pour une approche plus globale, au niveau du mésosystème, afin de traiter les questions complexes liées au partage d’information et à la fragmentation du système. Dans cette section, nous présentons les solutions proposées en deux catégories : des suggestions au niveau des services, qui pourraient constituer des « gains rapides », et une approche plus globale, au niveau du mésosystème, fondée sur des personnes-pivots. Nous examinons comment cette approche pourrait apporter des améliorations plus larges dans les limites du paysage actuel des services.

Des gains rapides

Notre analyse a mis au jour une attitude tournée vers les solutions chez les personnes participantes lorsqu’elles discutaient de la manière dont leurs services pourraient lever les obstacles du système. Cette attitude les a conduites à se conseiller et à s’informer mutuellement sur la manière d’utiliser les ressources existantes pour améliorer le soutien aux enfants dont la mère est incarcérée. Ces solutions, si elles étaient mises en œuvre, pourraient être vues comme des gains rapides, susceptibles de lever certains obstacles sans exiger de ressources supplémentaires ni de modifications législatives ou systémiques importantes.

Les transcriptions ont montré que les personnes participantes tenaient particulièrement à trouver des solutions pour surmonter les obstacles liés au partage d’information et à la fragmentation du système de services, qui peuvent empêcher la continuité des soutiens centrés sur la famille pour les mères et les enfants une fois la mère incarcérée. Par exemple, une personne travaillant dans un service pénitentiaire (groupe 3) a noté que la continuité des services aux mères peut être difficile pour des équipes qui ne connaissent pas les procédures pénitentiaires, en déclarant : « la difficulté pour [communiquer avec les personnes détenues], c’est que [les prisons] paraissent très fermées ». Pour surmonter cette difficulté, elle a suggéré que les équipes des services visitent les prisons pour voir que « l’infrastructure est aussi accueillante que possible ». Cette suggestion a incité une autre personne du groupe à demander conseil sur la manière dont le corps enseignant pourrait poursuivre une approche centrée sur la famille pour soutenir la scolarité de l’enfant, en facilitant la communication entre équipes enseignantes et mères incarcérées, et à explorer la possibilité de tenir des rencontres entre parents et équipes enseignantes grâce aux équipements de visioconférence existants. D’autres personnes qui connaissaient bien le milieu pénitentiaire ont aussi fourni des brochures d’information sur l’expérience des enfants de parents incarcérés et sur les procédures de visite, et ont échangé leurs coordonnées pour approfondir l’idée. Ces exemples montrent que de petites interactions au niveau des services peuvent produire un changement rapide mais efficace pour surmonter certains des obstacles liés au maintien et à la coordination d’un soutien centré sur la famille pour les enfants dont la mère est incarcérée.

L’exploration de possibilités d’améliorer les politiques et les procédures était manifeste dans l’ensemble des transcriptions, en particulier lorsque les personnes participantes étaient informées de politiques et de procédures inefficaces qu’elles ignoraient jusque-là. Compte tenu de leur position dans leur organisation, certaines ont proposé d’étudier des solutions possibles. Il s’agissait par exemple de revoir les procédures de contact téléphonique et d’améliorer le soutien aux enfants pendant les visites à leur mère incarcérée. Une personne, en réfléchissant à voix haute, s’est demandé comment fournir des informations spécifiques aux mères pendant les procédures suivies à l’arrivée des femmes dans l’établissement pénitentiaire (à l’« accueil »). Ces procédures étaient alors en cours de révision :

Je viens de me rendre compte : on est justement en train de revoir notre accueil. Est-ce qu’il y a quelque chose dans notre accueil pour la maman, sur le fait d’être maman ? Je me creuse la tête… Je me dis, je peux demander à rester en contact avec l’école. (Membre d’un service, groupe 3)

Même s’il n’est pas possible de confirmer que ces changements ont été mis en œuvre, cette volonté d’envisager des solutions témoigne d’un engagement à rendre la prestation de services plus efficiente et à faciliter l’accès aux services de soutien. Les interactions au sein de ce groupe, et dans tous les groupes, ont aussi montré l’intérêt de réunir des équipes de services différents pour partager des informations sur les procédures et résoudre des problèmes ensemble, bien que les interactions et les conversations avec les personnes participantes aient fait apparaître que les occasions de telles interactions intersectorielles sont rares. Notre analyse a aussi montré que, même si ces gains rapides et des occasions accrues de collaborer lèvent certains obstacles, un soutien supplémentaire, sous la forme d’une personne-pivot, pourrait être nécessaire pour contourner les obstacles complexes, à l’échelle du système de services, que constituent le partage d’information insuffisant et la fragmentation du système.

Une personne-pivot pour s’orienter dans le système

Dans tous les groupes, un point de discussion récurrent a été l’intérêt possible d’un service offrant un point de contact unique pour le soutien, une personne-pivot, fonctionnant indépendamment des administrations et des organismes financés par l’État. Le rôle de la personne-pivot serait de travailler en collaboration avec l’enfant, sa famille (y compris la mère lorsque c’est approprié) et les services concernés pour garantir l’accès aux services essentiels capables de répondre aux besoins de l’enfant. L’objectif premier de ce point de contact unique est de faciliter, pour les enfants et les familles, le cheminement dans un système de soutien complexe. Les personnes participantes (de tous les groupes) ont proposé divers intitulés pour cette fonction, comme « gestion de cas », « coordination » ou « conseil ».

La capacité des personnes-pivots à surmonter la fragmentation du système de services est apparue clairement dans notre analyse des transcriptions. Par exemple, une personne participante a souligné l’intérêt possible d’une personne-pivot pour relier les enfants aux services pertinents au-delà du cadre scolaire. Elle a mis en avant les nombreuses responsabilités du corps enseignant qui, en plus de répondre aux besoins d’apprentissage, peut aussi être amené à sortir de son rôle et à chercher des ressources pour « conseiller, orienter, soutenir [et] conduire [les élèves] à leurs rendez-vous » (membre d’un service, groupe 1). Cette expérience suggère qu’une fonction de personne-pivot pourrait améliorer le système de soutien aux enfants de mères incarcérées en offrant une voie de coordination entre des services de soutien divers.

Notre analyse des transcriptions a aussi montré qu’une personne-pivot pourrait lever des obstacles au partage d’information. Comme l’a souligné une personne participante, disposer d’une personne-pivot (d’une coordination) pourrait faciliter la mise à jour continue des informations dans un système informatique partagé :

Avoir une coordination qui met continuellement les choses à jour sur [un système informatique partagé]. Comme ça, si quelque chose se passe et que la police doit intervenir (et je sais qu’elle vérifie toujours avant d’y aller), il y a déjà un signalement. Mais je pense aussi à la réduction de la charge de travail de la police. Parce que la charge de travail que tout ça représente… et beaucoup, dans la police, se disent : qui est-ce que j’appelle ? Où est-ce que je vais ? (Membre d’un service, groupe 1)

Cette citation suggère qu’une personne-pivot pourrait surmonter les difficultés liées à l’absence de cadre commun pour le partage d’information et garantir que l’on accède, au moment voulu, aux bons services pour soutenir l’enfant.

En résumé, nos analyses ont montré que, lorsqu’on leur demandait ce qu’il fallait pour améliorer la situation des enfants dont la mère est incarcérée, les personnes participantes tendaient à discuter de solutions au niveau des services, qui pourraient être mises en œuvre sans allocation importante de ressources ni modifications du système. Elles ont exploré des possibilités de changement dans le cadre des politiques et des pratiques actuelles pour surmonter les obstacles liés au partage d’information et à la fragmentation du système, ce qui pourrait produire des gains rapides. Elles ont aussi recommandé de contourner les obstacles actuels en recourant à une coordination.

Discussion

En présentant les résultats des étapes d’exploration et de recadrage du modèle de design systémique du Design Council britannique, cet article permet de mieux comprendre le paysage de la prestation de services pour les enfants dont la mère est incarcérée, et fournit des éclairages pour élaborer des recommandations applicables afin de renforcer les liens mésosystémiques entre les services sociaux et de créer un système de soutien plus coordonné au service du bien-être de ces enfants. Ces possibilités comprennent à la fois la réduction des obstacles actuels par des solutions à gain rapide au niveau des services et une solution plus large, au niveau du mésosystème : la mise en place d’une personne-pivot. Nous examinons maintenant chacune d’elles.

Le paysage des services

Notre analyse des transcriptions des groupes a fourni une description détaillée d’un système de services sociaux capable d’apporter un soutien, au niveau du microsystème, aux enfants de mères incarcérées. Les personnes participantes ont reconnu comment leurs services répondent déjà, ou pourraient répondre, aux besoins particuliers de ces enfants. Il est aussi apparu une rareté des services conçus spécifiquement pour répondre aux besoins des enfants dont la mère est incarcérée, ce qui concorde avec les constats faits dans d’autres juridictions (Axelson et al., 2020 ; Brown et Barrio Minton, 2017). Kjellstrand (2017) a suggéré qu’un cadre de soutien efficace pour les enfants dont un parent est incarcéré comprend des services adaptés aux besoins qui découlent de l’incarcération (par exemple le besoin de rendre visite en prison) et garantit aussi un accès facile aux autres services spécialisés dont l’enfant peut avoir besoin (par exemple des services de psychologie). Nous avons observé l’intérêt des interactions entre les services qui ciblent spécifiquement les enfants de mères incarcérées et ceux qui soutiennent un éventail plus large d’enfants, parmi lesquels figurent probablement des enfants dont la mère est incarcérée. Ces interactions sont importantes pour assurer les liens nécessaires à un mésosystème solide quand un enfant vit l’incarcération de sa mère. Ces liens peuvent permettre une continuité des soutiens qui s’adapte aux perturbations du microsystème de l’enfant survenant aux différentes étapes de l’incarcération de la mère et au-delà (Poehlmann-Tynan et Arditti, 2018). Nos résultats suggèrent cependant que de telles interactions ne sont pas la norme dans le système actuel, en raison de la rareté des services ciblés. En outre, la coordination des services de soutien se heurte aux obstacles que sont le partage d’information insuffisant et la fragmentation du système.

Les obstacles à un soutien coordonné

Les deux obstacles au soutien coordonné repérés dans notre recherche, le partage d’information insuffisant et la fragmentation du système, concordent avec ceux que relève couramment la littérature sur les systèmes complexes qui soutiennent des populations vulnérables (par exemple Haight et al., 2014 ; Petts et al., 2021 ; Robards et al., 2019 ; Ungar, 2005). Notre recherche a mis au jour des ressorts spécifiques de ces obstacles pour les enfants touchés par l’incarcération maternelle. D’abord, nous avons constaté que le partage d’information insuffisant tenait à l’approche prudente, soucieuse d’éviter les risques, d’équipes qui font de leur mieux pour concilier la nécessité de partager des informations sur l’incarcération d’une mère afin de coordonner les services de soutien et le respect de la vie privée de l’enfant et de sa famille. Ensuite, nous avons constaté que la fragmentation du système était accrue par le manque de continuité des soutiens centrés sur la famille et par le désengagement des services de proximité qui se produit lorsqu’une mère est incarcérée. Ces obstacles représentent un défi redoutable pour la coordination des services de soutien aux enfants de mères incarcérées. Néanmoins, notre analyse a aussi montré que les équipes des services produisaient rapidement des solutions et des contournements lorsqu’elles travaillaient ensemble à surmonter ces obstacles, ce qui montre qu’un mésosystème solide peut émerger malgré des obstacles en apparence inébranlables.

Des solutions au niveau des services et du système pour une meilleure coordination

Notre analyse des transcriptions a montré qu’une fois que les équipes des services reconnaissaient comment certaines politiques et pratiques contribuaient involontairement à ce que des enfants passent entre les mailles du filet, elles envisageaient rapidement de revoir et d’actualiser ces approches. Ces résultats ont mis en évidence l’engagement du personnel des services à faire en sorte que le système puisse répondre aux besoins complexes des enfants dont la mère est incarcérée. Nos résultats concordent avec des recherches antérieures sur les systèmes de soutien aux enfants dont un parent est incarcéré, qui montrent que les équipes des services sont prêtes à trouver des solutions pour mieux soutenir les enfants (Axelson et al., 2020 ; Brown et Barrio Minton, 2017). Cela montre aussi une volonté, dans ces équipes, de travailler au sein d’un mésosystème bien relié, de manière globale et collaborative, pour répondre aux besoins des enfants. Toutefois, comme le montre notre recherche, les solutions sont probablement hors de portée de chaque service pris isolément.

Dès lors, nous soutenons qu’un soutien supplémentaire, sous la forme d’une personne-pivot, est nécessaire pour contourner les difficultés du système. Notre recherche met au jour la complexité des difficultés de coordination des services, ce qui indique la nécessité d’une solution plus globale, à l’échelle du système, pour surmonter le partage d’information insuffisant et la fragmentation du système. Les obstacles à la coordination relevés par les personnes participantes ressemblent beaucoup à ceux que les modèles de navigation dans le système sont conçus pour traiter (Carter et al., 2018 ; Valaitis et al., 2017). Conformément à l’intention du modèle, et comme en témoignent nos résultats issus des discussions de groupe, ce modèle, s’il était appliqué au soutien des enfants de mères incarcérées, pourrait remédier au partage d’information insuffisant, alléger la charge de travail, optimiser l’allocation des ressources et garantir un soutien global tout en respectant les limites des rôles de chaque service.

Implications pour les familles, les équipes, les programmes et les responsables politiques

Les conditions nécessaires à la réussite d’une fonction de personne-pivot

Les personnes participantes à notre étude ont proposé la navigation dans le système comme approche pour surmonter les obstacles actuels à un soutien coordonné aux enfants dont la mère est incarcérée. Des résultats antérieurs indiquent que, pour qu’une approche de navigation dans le système réussisse, trois conditions clés doivent être réunies : la collaboration, la souplesse et un système simplifié (Carter et al., 2018 ; Valaitis et al., 2017). Notre recherche suggère toutefois que la mise en place d’une approche de navigation dans le système pourrait aussi contribuer à améliorer ces mêmes conditions, avec des effets positifs pour les familles, les équipes, les programmes et les responsables politiques. Dans les sections suivantes, nous examinons comment le renforcement de la collaboration, de la souplesse et de la simplification du système pourrait à la fois favoriser la réussite d’une approche de navigation dans le système et être renforcé par sa mise en œuvre.

La collaboration

Les personnes participantes à cette étude ont pu repérer des solutions possibles au niveau local, mais elles ont aussi relevé, ce faisant, le peu d’occasions de la collaboration nécessaire à des liens mésosystémiques solides, en raison du partage d’information insuffisant et d’une fragmentation généralisée du système. Nous soutenons qu’une collaboration plus large dans l’ensemble du système de prestation de services est une condition essentielle, au niveau du système, de la réussite d’une approche de navigation dans le système au service des enfants de mères incarcérées. Les approches de navigation dans le système prospèrent dans des environnements de forte collaboration au niveau du système, qui ouvrent des canaux de communication, élargissent la portée des services et offrent des parcours clairs aux personnes-pivots pour repérer les services adaptés (Valaitis et al., 2017). Puisque notre recherche montre une volonté de collaborer chez les personnes participantes, favoriser des occasions régulières et structurées, pour les équipes des services, de discuter au niveau du système des obstacles et des solutions communs pourrait renforcer la collaboration (Packard et al., 2013). Nous pensons que multiplier les occasions de collaboration, à l’image de la méthode des groupes de discussion utilisée dans cette étude, ou un modèle de communauté de pratique, pourrait renforcer la collaboration et contribuer en partie aux conditions de réussite de la navigation dans le système (voir Williams et al., 2024, pour une discussion plus approfondie des occasions de collaboration). En outre, comme les personnes-pivots travaillent avec l’ensemble des services présents dans le microsystème de l’enfant, elles pourraient aussi faciliter ces occasions de collaboration en repérant qui réunir. Ainsi, même s’il est souhaitable de disposer d’une forte collaboration au niveau du système, nous soutenons qu’elle n’est peut-être pas une condition préalable nécessaire au recours à un modèle de personne-pivot, car les personnes-pivots peuvent elles-mêmes jouer un rôle crucial pour catalyser la collaboration et renforcer les liens mésosystémiques.

La souplesse

L’incarcération maternelle crée et aggrave des conditions susceptibles de nuire au bien-être des enfants. Toutefois, les situations individuelles et les besoins de services varient (Turney et Wildeman, 2015) et exigent donc une approche souple. Les membres des services participant à notre étude ont relevé que les enfants dont la mère est incarcérée ont des besoins variés et que les services doivent travailler avec souplesse pour y répondre. Leur idée était de le faire en mobilisant divers services qui, sans être conçus spécifiquement pour les enfants dont la mère est incarcérée, pouvaient tout de même répondre à leurs besoins. Nous soutenons que la souplesse pourrait se traduire par un travail avec les enfants pendant l’incarcération de leur mère et après son retour dans la communauté, pour garantir la continuité des soins et une approche centrée sur la famille, par un soutien individualisé grâce à des liens mésosystémiques solides, et par la recherche de moyens de collaborer et de réduire les doublons. Une telle approche protégerait aussi les enfants de l’exposition à des processus proximaux inversés, en garantissant que les services et les soutiens sont pertinents pour l’enfant et sa famille (Dennison et al., 2017). Nous pensons que les personnes-pivots sont les mieux placées pour repérer les services qui répondent le mieux aux besoins de l’enfant et de la famille, si on leur laisse la latitude d’accéder à un large éventail de soutiens dans le microsystème de l’enfant et de les coordonner pour répondre à ces besoins.

La simplification

Les membres des services participant à notre étude ont décrit un système de services fragmenté, qui manque de simplification. Ces personnes ont relevé des problèmes comme les doublons, des lacunes qui laissent des besoins d’enfants et de familles sans réponse, et un manque général de clarté sur qui est responsable du soutien aux enfants dont la mère est incarcérée. La simplification désigne ici l’amélioration de la circulation de l’information dans le mésosystème et une plus grande clarté sur les rôles et les responsabilités des différents organismes, à la fois au moment de l’incarcération d’une mère et pendant toute la durée de son absence, afin de mieux soutenir les familles. Même si une standardisation complète des approches au niveau des services n’est peut-être pas réalisable, un certain degré de simplification est indispensable à la réussite d’une approche de navigation dans le système (Valaitis et al., 2017). Les personnes participantes ont proposé des solutions à la fois au niveau des services et au niveau plus large du système (exosystème et macrosystème) pour simplifier les procédures et mieux soutenir les enfants et les familles. Elles ont cependant reconnu les difficultés de cette simplification, l’une des principales étant l’absence de lignes directrices claires définissant les rôles et les responsabilités des organismes à toutes les étapes du parcours d’incarcération de la mère. Ce manque d’orientation semble avoir entraîné un manque de continuité des soins, qui crée des difficultés importantes pour les familles dans l’accès à un soutien cohérent et adapté. Sur la base de nos résultats, nous suggérons que traiter ce problème de niveau systémique par des lignes directrices plus claires, pour améliorer la circulation de l’information et définir le rôle de chaque organisme à chaque étape de l’incarcération d’une mère, pourrait contribuer à simplifier le système. Surtout, cette simplification contribuerait alors à créer les conditions d’une approche de navigation dans le système réussie, en offrant aux personnes-pivots un paysage de services mieux organisé dans lequel travailler. À leur tour, les personnes-pivots, en travaillant au plus près des familles, pourraient apporter des éclairages pour simplifier davantage et clarifier la meilleure manière de soutenir les enfants touchés par l’incarcération maternelle, en renforçant les liens mésosystémiques et en veillant à ce que tous les services présents dans ce mésosystème fonctionnent de la manière la plus efficiente.

Forces, limites et perspectives

Une force importante de cette étude est que les groupes de discussion ont été animés par une équipe de recherche indépendante des organismes dont étaient issues les personnes participantes. En outre, les membres de l’équipe qui ont animé les groupes ont occupé divers postes dans des organismes semblables, ce qui leur a permis de recueillir et d’interpréter efficacement les informations pertinentes. Une limite de l’étude est toutefois que certaines personnes participantes ont pu hésiter à s’exprimer pleinement en présence de cadres de haut niveau. En outre, certaines ont pu se concentrer sur les services d’autres organismes plutôt que sur les leurs, ce qu’il est difficile de repérer dans les transcriptions. Nous avons tenté de limiter ces problèmes en créant un espace de discussion sûr, en encourageant chaque personne à exprimer son opinion et en veillant à ce que chaque groupe comprenne des membres de différents organismes, sans surreprésentation d’aucun organisme. Même si la taille de l’échantillon peut sembler réduite, nous avons la conviction d’avoir atteint la saturation, compte tenu de la portée de l’étude et des consultations approfondies menées auprès du secteur avant le recrutement des personnes participantes. Reproduire ces méthodes de recherche dans d’autres juridictions permettrait d’examiner dans quelle mesure les obstacles repérés dans le système de services sont vécus partout par les organismes.

Conclusion

En conclusion, cette recherche visait à examiner les systèmes de services actuels au regard du bien-être des enfants dont la mère est incarcérée et à repérer, du point de vue des équipes des services, les domaines où renforcer les liens mésosystémiques. Les personnes participantes ont souligné la nécessité d’améliorer ces liens mésosystémiques, le partage d’information et la fragmentation du système faisant obstacle à un système de soutien bien coordonné. Elles ont proposé des solutions à gain rapide et suggéré de disposer d’un point de contact unique et indépendant pour coordonner les services et aider les enfants de mères incarcérées et leur famille à s’orienter dans des systèmes de services complexes. L’adoption d’un modèle de personne-pivot paraît prometteuse. Toutefois, pour qu’un tel modèle réussisse, il doit être mis en œuvre parallèlement à des changements au niveau de l’exosystème qui créent un système de soutien plus collaboratif, plus souple et plus simple dans lequel les personnes-pivots puissent travailler.

Cette étude souligne le besoin crucial de coordonner la prestation de services pour améliorer le bien-être des enfants dont la mère est incarcérée. Notre démarche montre l’intérêt d’inclure le point de vue des équipes des services pour repérer les obstacles qui entravent l’accès de ces enfants aux services et pour élaborer des stratégies efficaces afin de les surmonter. Nos résultats font notamment ressortir le regard des équipes sur l’amélioration de la coordination des systèmes de soutien aux enfants touchés par l’incarcération maternelle. Les solutions à gain rapide évoquées par les personnes participantes ne s’appliquent peut-être qu’au système de soutien propre à la juridiction dans laquelle elles ont été recrutées. En revanche, le modèle de personne-pivot qu’elles privilégient facilite le dépassement des obstacles immédiats à la coordination des services et offre une solution polyvalente, adaptable à des contextes variés. Cette adaptabilité en fait une solution idéale non seulement pour coordonner les soutiens aux enfants dont la mère est incarcérée, mais aussi pour atténuer les perturbations qui surviennent dans le microsystème de la famille et de l’enfant du fait de l’incarcération d’une mère. L’approche de navigation dans le système contraste avec des stratégies plus restrictives et prescriptives, qui risquent d’échouer à coordonner les soutiens entre de multiples systèmes de services sociaux pour répondre à des besoins aussi complexes. Notre étude montre l’importance de s’appuyer sur le point de vue des équipes des services pour définir des stratégies concrètes de changement du système de services.

Complexe Systémique : à retenir

Le texte vient de la criminologie, mais sa question est systémique au sens le plus concret : que se passe-t-il pour un enfant quand sa mère est incarcérée et que chaque service ne voit qu’un morceau de la situation ? La lecture par Bronfenbrenner est utile : l’incarcération ne coupe pas seulement le lien mère-enfant, elle retire la mère de sa place de relais entre l’école, la santé et la protection de l’enfance, et laisse le mésosystème sans chef d’orchestre. On retiendra la « conspiration du silence » autour de l’enfant, la mère qu’on cesse de traiter en parent une fois derrière les murs, et l’idée de travailler avec toute la famille, détention comprise. La personne-pivot proposée ressemble aux coordinations de parcours connues ailleurs ; elle risque aussi de devenir un service de plus si les règles de partage d’information et la répartition des rôles ne changent pas. L’étude repose sur 21 membres de services recrutés dans les réseaux de l’équipe, sans la parole des enfants ni des mères, et sur des scénarios fictifs. À lire avec l’article sur la thérapie relationnelle après l’incarcération, et avec l’article sur les partenariats entre familles et institutions.

Références

Abdel-Salam, S., Kilmer, A., Monico, L., & Visher, C. A. (2017). Building bridges in New Jersey: Strengthening interagency collaboration for offenders receiving drug treatment. International Journal of Offender Therapy and Comparative Criminology, 61(2), 210–228. https://doi.org/10.1177/0306624X15598959

Allen, S., Flaherty, C., & Ely, G. (2010). Throwaway moms: Maternal incarceration and the criminalization of female poverty. Affilia, 25(2), 160–172. https://doi.org/10.1177/0886109910364345

Anderson, L. M., Adeney, K. L., Shinn, C., Safranek, S., Buckner-Brown, J., & Krause, L. K. (2015). Community coalition-driven interventions to reduce health disparities among racial and ethnic minority populations. Cochrane Database of Systematic Reviews, 6, Article CD009905. https://doi.org/10.1002/14651858.CD009905.pub2

Australian Research Alliance for Children and Youth. (2014). The Nest action agenda: Technical document.

Axelson, A., Kelleher, K., Chisolm, D., & Boch, S. (2020). “How do I help this kid adjust to what real life is for them?”: Youth service providers experiences on supporting children with incarcerated parents. Children and Youth Services Review, 110, Article 104802. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2020.104802

Bronfenbrenner, U. (1995). Developmental ecology through space and time: A future perspective. In P. Moen, G. H. Elder, & K. Lüscher (Eds.), Examining lives in context: Perspectives on the ecology of human development (pp. 619–647). American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/10176-018

Bronfenbrenner, U., & Evans, G. W. (2000). Developmental science in the 21st century: Emerging questions, theoretical models, research designs and empirical findings. Social Development, 9(1), 115–125. https://doi.org/10.1111/1467-9507.00114

Brown, E. C., & Barrio Minton, C. A. (2017). Serving children of incarcerated parents: A case study of school counselors' experiences. Professional School Counseling, 21(1). https://doi.org/10.1177/2156759X18778811

Bruster, B. E., & Foreman, K. (2012). Mentoring children of prisoners: Program evaluation. Social Work in Public Health, 27(1–2), 3–11. https://doi.org/10.1080/19371918.2012.629955

Carter, N., Valaitis, R. K., Lam, A., Feather, J., Nicholl, J., & Cleghorn, L. (2018). Navigation delivery models and roles of navigators in primary care: A scoping literature review. BMC Health Services Research, 18(1), Article 96. https://doi.org/10.1186/s12913-018-2889-0

Cho, R. M. (2011). Understanding the mechanism behind maternal imprisonment and adolescent school dropout. Family Relations, 60(3), 272–289. https://doi.org/10.1111/j.1741-3729.2011.00649.x

Cooper, B. R., Bumbarger, B. K., & Moore, J. E. (2015). Sustaining evidence-based prevention programs: Correlates in a large-scale dissemination initiative. Prevention Science, 16(1), 145–157. https://doi.org/10.1007/s11121-013-0427-1

Dallaire, D. H. (2007). Children with incarcerated mothers: Developmental outcomes, special challenges and recommendations. Journal of Applied Developmental Psychology, 28(1), 15–24. https://doi.org/10.1016/j.appdev.2006.10.003

Dallaire, D. H., Ciccone, A., & Wilson, L. C. (2010). Teachers' experiences with and expectations of children with incarcerated parents. Journal of Applied Developmental Psychology, 31(4), 281–290. https://doi.org/10.1016/j.appdev.2010.04.001

Davis, L., & Shlafer, R. J. (2017). Mental health of adolescents with currently and formerly incarcerated parents. Journal of Adolescence, 54(1), 120–134. https://doi.org/10.1016/j.adolescence.2016.10.006

Dennison, S., Smallbone, H., & Occhipinti, S. (2017). Understanding how incarceration challenges proximal processes in father-child relationships: Perspectives of imprisoned fathers. Journal of Developmental and Life-Course Criminology, 3(1), 15–38. https://doi.org/10.1007/s40865-017-0054-9

Design Council UK. (2021). Beyond net zero: A systemic design approach. https://www.designcouncil.org.uk/our-resources/systemic-design-framework/

Dodson, K. D., Cabage, L. N., & McMillan, S. M. (2019). Mothering behind bars: Evaluating the effectiveness of prison nursery programs on recidivism reduction. Prison Journal, 99(5), 572–592. https://doi.org/10.1177/0032885519875037

Fagan, A. A., Hawkins, J. D., Farrington, D. P., & Catalano, R. F. (2018). Communities that care: Building community engagement and capacity to prevent youth behavior problems. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/oso/9780190299217.001.0001

Fair, H., & Walmsley, R. (2022). World female imprisonment list ( 5th ed.). Institute for Criminal Policy Research.

Feinberg, M. E., Greenberg, M. T., & Osgood, D. W. (2004). Readiness, functioning, and perceived effectiveness in community prevention coalitions: A study of Communities that Care. American Journal of Community Psychology, 33(3–4), 163–176. https://doi.org/10.1023/B:AJCP.0000027003.75394.2b

Fereday, J., & Muir-Cochrane, E. (2006). Demonstrating rigor using thematic analysis: A hybrid approach of inductive and deductive coding and theme development. International Journal of Qualitative Methods, 5(1), 80–92. https://doi.org/10.1177/160940690600500107

Flynn, C. (2013). Mothers facing imprisonment: Arranging care for their adolescent children. Women & Criminal Justice, 23(1), 43–62. https://doi.org/10.1080/08974454.2013.743372

Ghate, D. (2016). From programs to systems: Deploying implementation science and practice for sustained real world effectiveness in services for children and families. Journal of Clinical Child & Adolescent Psychology, 45(6), 812–826. https://doi.org/10.1080/15374416.2015.1077449

Ghate, D. (2018). Developing theories of change for social programmes: Co-producing evidence-supported quality improvement. Palgrave Communications, 4(1), Article 90. https://doi.org/10.1057/s41599-018-0139-z

Giordano, P. C., & Copp, J. E. (2015). ‘Packages’ of risk: Implications for determining the effect of maternal incarceration on child wellbeing. Criminology & Public Policy, 14(1), 157–168. https://doi.org/10.1111/1745-9133.12118

Giordano, P. C., Copp, J. E., Manning, W. D., & Longmore, M. A. (2019). Linking parental incarceration and family dynamics associated with intergenerational transmission: A life-course perspective. Criminology, 57(3), 395–423. https://doi.org/10.1111/1745-9125.12209

Goshin, L. S., Byrne, M. W., & Blanchard-Lewis, B. (2014). Preschool outcomes of children who lived as infants in a prison nursery. The Prison Journal, 94(2), 139–158. https://doi.org/10.1177/0032885514524692

Hahl, J. M., Alarid, L. F., Harris, R. J., & Firestone, J. M. (2016). Comparing criminal outcomes for children of fathers and mothers who are incarcerated: Dallaire revisited. Corrections, 1(3), 177–195. https://doi.org/10.1080/23774657.2016.1183242

Haight, W. L., Bidwell, L. N., Marshall, J. M., & Khatiwoda, P. (2014). Implementing the crossover youth practice model in diverse contexts: Child welfare and juvenile justice professionals' experiences of multisystem collaborations. Children and Youth Services Review, 39, 91–100. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2014.02.001

Kjellstrand, J. M. (2017). Building a tailored, multilevel prevention strategy to support children and families affected by parental incarceration. Smith College Studies in Social Work, 87(1), 112–129. https://doi.org/10.1080/00377317.2017.1248203

Kjellstrand, J. M., Cearley, J., Eddy, J. M., Foney, D., & Martinez, C. R., Jr. (2012). Characteristics of incarcerated fathers and mothers: Implications for preventive interventions targeting children and families. Children and Youth Services Review, 34(12), 2409–2415. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2012.08.008

Kremer, K. P., Poon, C. Y. S., Jones, C. L., Hagler, M. A., Kupersmidt, J. B., Stelter, R. L., Stump, K. N., & Rhodes, J. E. (2020). Risk and resilience among children with incarcerated parents: Examining heterogeneity in delinquency and school outcomes. Journal of Child and Family Studies, 29(11), 3239–3252. https://doi.org/10.1007/s10826-020-01822-1

Kwarteng-Amaning, V., Svoboda, J., Bachynsky, N., & Linthicum, L. (2019). An alternative to mother and infants behind bars: How one prison nursery program impacted attachment and nurturing for mothers who gave birth while incarcerated. Journal of Perinatal & Neonatal Nursing, 33(2), 116–125. https://doi.org/10.1097/jpn.0000000000000398

Laakso, J., & Nygaard, J. (2012). Children of incarcerated parents: How a mentoring program can make a difference. Social Work in Public Health, 27(1–2), 12–28. https://doi.org/10.1080/19371918.2012.629892

Lockwood, K., Sapkota, D., Thompson, C., McGee, T. R., Ransley, J., Williams, C., Jenkins, B., Malope-Rwodzi, N., Baar, L., & Dennison, S. (2024). What supports do incarcerated mothers and their families need? The views of incarcerated mothers and service providers. Women & Criminal Justice. Advance online publication. https://doi.org/10.1080/08974454.2024.2425967

Merçon-Vargas, E. A., Lima, R. F. F., Rosa, E. M., & Tudge, J. (2020). Processing proximal processes: What Bronfenbrenner meant, what he didn't mean, and what he should have meant. Journal of Family Theory & Review, 12(3), 321–334. https://doi.org/10.1111/jftr.12373

Mitchell Fuentes, C. M. (2022). The “struggling good mother:” The role of marginalization, trauma, and interpersonal violence in incarcerated women's mothering experiences and goals. Human Organization, 81(1), 1–11. https://doi.org/10.17730/1938-3525-81.1.1

Obus, E. A., Pequet, A., Cristian, C. R., Garfinkle, A., Pinto, C. A., & Gray, S. A. (2024). Disrupting the family stress-proximal process: A scoping review of interventions for children with incarcerated parents. Children and Youth Services Review, 161, Article 107604. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2024.107604

Packard, T., Patti, R., Daly, D., & Tucker-Tatlow, J. (2013). Implementing services integration and interagency collaboration: Experiences in seven counties. Administration in Social Work, 37(4), 356–371. https://doi.org/10.1080/03643107.2012.714719

Petts, R. A., McClain, M. B., Azad, G., & Shahidullah, J. D. (2021). System navigation models to facilitate engagement in pediatric behavioral health services: A systematic review. Families, Systems, & Health, 39(4), 618–631. https://doi.org/10.1037/fsh0000643

Poehlmann, J., Dallaire, D., Loper, A. B., & Shear, L. D. (2010). Children's contact with their incarcerated parents. The American Psychologist, 65(6), 575–598. https://doi.org/10.1037/a0020279

Poehlmann-Tynan, J., & Arditti, J. A. (2018). Developmental and family perspectives on parental incarceration. In C. Wildeman, A. R. Haskins, & J. Poehlmann-Tynan (Eds.), When parents are incarcerated: Interdisciplinary research and interventions to support children (pp. 53–81). American Psychological Association. https://doi.org/10.1037/0000062-004

Priya, A. (2017). Phenomenological social research: Some observations from the field. Qualitative Research Journal, 17(4), 294–305. https://doi.org/10.1108/QRJ-08-2016-0047

Robards, F., Kang, M., Steinbeck, K., Hawke, C., Jan, S., Sanci, L., Liew, Y. Y., Kong, M., & Usherwood, T. (2019). Health care equity and access for marginalised young people: A longitudinal qualitative study exploring health system navigation in Australia. International Journal for Equity in Health, 18(1), Article 41. https://doi.org/10.1186/s12939-019-0941-2

Roettger, M. E., Houle, B., Najman, J., & McGee, T. R. (2022). Parental imprisonment as a risk factor for cardiovascular and metabolic disease in adolescent and adult offspring: A prospective Australian birth cohort study. SSM - Population Health, 18, Article 101107. https://doi.org/10.1016/j.ssmph.2022.101107

Rudd, J. E., Neuendorf, K. A., Atkin, D. J., Romano, A., Gross, C., & Ray, G. (2019). The incarcerated parent: Examining mother-child conflict at the margins through a bio-ecological lens. Journal of Family Communication, 19(3), 243–260. https://doi.org/10.1080/15267431.2019.1632863

Sapkota, D., Dennison, S., Allen, J., Gamble, J., Williams, C., Malope-Rwodzi, N., Baar, L., Ransley, J., & Renae McGee, T. (2022). Navigating pregnancy and early motherhood in prison: A thematic analysis of mothers' experiences. Health & Justice, 10(1), Article 32. https://doi.org/10.1186/s40352-022-00196-4

Stump, K. N., Kupersmidt, J. B., Stelter, R. L., & Rhodes, J. E. (2018). Mentoring program enhancements supporting effective mentoring of children of incarcerated parents. American Journal of Community Psychology, 62(1–2), 163–174. https://doi.org/10.1002/ajcp.12250

Tasca, M. (2016). The gatekeepers of contact: Child–caregiver dyads and parental prison visitation. Criminal Justice and Behavior, 43(6), 739–758. https://doi.org/10.1177/0093854815613528

Testa, A., & Jackson, D. B. (2019). Food insecurity among formerly incarcerated adults. Criminal Justice and Behavior, 46(10), 1493–1511. https://doi.org/10.1177/0093854819856920

Testa, A., & Jackson, D. B. (2021). Parental incarceration and school readiness: Findings from the 2016 to 2018 National Survey of Children's Health. Academic Pediatrics, 21(3), 534–541. https://doi.org/10.1016/j.acap.2020.08.016

Tremblay, M. D., & Sutherland, J. E. (2017). The effectiveness of parenting programs for incarcerated mothers: A systematic review. Journal of Child and Family Studies, 26(12), 3247–3265. https://doi.org/10.1007/s10826-017-0900-8

Turney, K., & Wildeman, C. (2015). Detrimental for some? Heterogeneous effects of maternal incarceration on child wellbeing. Criminology & Public Policy, 14(1), 125–156. https://doi.org/10.1111/1745-9133.12109

Ungar, M. (2005). Pathways to resilience among children in child welfare, corrections, mental health and educational settings: Navigation and negotiation. Child and Youth Care Forum, 34(6), 423–444. https://doi.org/10.1007/s10566-005-7755-7

Ungar, M. (2018). The differential impact of social services on young people's resilience. Child Abuse & Neglect, 78, 4–12. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2017.09.024

Valaitis, R. K., Carter, N., Lam, A., Nicholl, J., Feather, J., & Cleghorn, L. (2017). Implementation and maintenance of patient navigation programs linking primary care with community-based health and social services: A scoping literature review. BMC Health Services Research, 17(1), Article 116. https://doi.org/10.1186/s12913-017-2046-1

Western, B., & Smith, N. (2018). Formerly incarcerated parents and their children. Demography, 55(3), 823–847. https://doi.org/10.1007/s13524-018-0677-4

Williams, C., McGee, T. R., Jenkins, B. Q., Ransley, J., & Dennison, S. (2024). Supporting children of incarcerated mothers: Creating conditions for integrated social service delivery using scenario-based workshops. Journal of Child and Family Studies, 33, 1–13. https://doi.org/10.1007/s10826-023-02746-2

Traduction non officielle en français de Soutenir les enfants de mères incarcérées : plaidoyer pour une personne-pivot, par Corrie Williams, Tara Renae McGee, Krystal Lockwood, Carleen Thompson, Brian Jenkins, Diksha Sapkota, Janet Ransley et Susan Dennison, Family Relations, vol. 74, no 5 (2025), doi : 10.1111/fare.70055, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Supporting children of incarcerated mothers: The case for a system navigator », publié dans Family Relations (2025) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Williams, C., McGee, T. R., Lockwood, K., Thompson, C., Jenkins, B., Sapkota, D., Ransley, J., et Dennison, S. (2025). Soutenir les enfants de mères incarcérées : plaidoyer pour une personne-pivot (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/soutenir-les-enfants-de-meres-incarcerees-plaidoyer-pour-une-personne-pivot (Œuvre originale publiée en 2025 dans Family Relations, 74(5), 2738-2760 (2025) ; republiée en 2025 par Family Relations, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/fare.70055)

Panier

Votre panier est vide.