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BMC Psychology · Famille
Près de trente ans après le génocide perpétré contre les Tutsi, que reçoivent en héritage les jeunes nés ensuite ? En croisant les paroles de 19 jeunes, de 36 parents rescapés et de 10 spécialistes, l’équipe de Marie Grace Kagoyire décrit quatre voies perçues de transmission du trauma, du sang et du lait aux silences et aux récits trop crus, et montre comment ce trauma freine la réconciliation : beaucoup de jeunes ne pardonneront qu’après leurs parents.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « Un veau ne peut manquer de prendre la couleur de sa mère » : la transmission intergénérationnelle du trauma et ses effets sur la réconciliation chez la jeunesse rwandaise de l’après-génocide, par Marie Grace Kagoyire, Jeannette Kangabe et Marie Chantal Ingabire, publié dans BMC Psychology (BioMed Central) (2023), doi : 10.1186/s40359-023-01129-y, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau est présenté sous forme de liste ; les notes de bas de page et les déclarations de fin d’article (remerciements, contributions, financement, données, éthique, liens d’intérêts) sont regroupées dans les notes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
La demande de pardon devrait cesser d’être une démarche individuelle (du génocidaire) pour devenir une responsabilité, un processus et un engagement familiaux.
Marie Grace Kagoyire, Jeannette Kangabe et Marie Chantal Ingabire
Résumé
Contexte. Plus d’un million de Rwandaises et de Rwandais ont été tués en cent jours lors du génocide perpétré contre les Tutsi en 1994. Beaucoup de personnes adultes rescapées ont été gravement traumatisées par ces événements, et des jeunes, y compris dans la génération née après le génocide, ont vécu un trauma semblable lié au génocide. En nous appuyant sur un corpus croissant de recherches consacrées à la transmission générationnelle du trauma, notre étude a abordé les questions suivantes : 1) quels sont les mécanismes possibles de transmission du trauma de la génération aînée à la jeunesse rwandaise de l’après-génocide, et 2) quels sont les effets du trauma intergénérationnel sur les processus de réconciliation au Rwanda.
Méthodes. Une étude qualitative a été menée au Rwanda auprès de jeunes de la génération née après le génocide, de parents ayant survécu au génocide de 1994 contre les Tutsi, et de spécialistes de la santé mentale et de la consolidation de la paix. Des entretiens individuels (EI) ont réuni 19 jeunes de familles rescapées appartenant à la génération née après le génocide, et six groupes de discussion focalisés (GF) ont été conduits avec 36 parents ayant survécu au génocide résidant dans la province de l’Est du Rwanda. Dix EI ont également été menés avec des spécialistes de la santé mentale et de la consolidation de la paix dans la capitale, Kigali. Les personnes répondantes ont été recrutées par l’intermédiaire de cinq organisations locales travaillant en lien étroit avec les personnes rescapées et leur descendance. Une analyse thématique inductive a servi à analyser les données.
Résultats. Les résultats de cette étude donnent à penser que le trauma vécu par les parents ayant survécu au génocide est perçu, par la jeunesse rwandaise, par les spécialistes de la santé mentale et de la consolidation de la paix et par ces parents eux-mêmes, comme se transmettant du parent à l’enfant par des mécanismes de la biologie humaine, par des schémas sociaux de silence et de dévoilement des expériences du génocide, et par le contact quotidien des enfants et des jeunes avec un parent traumatisé. Le trauma lié au génocide chez les parents ayant survécu est souvent vu comme réactivé à la fois par la vie au foyer et par les commémorations annuelles du génocide. En outre, une fois transmis à la descendance des personnes rescapées, ce trauma est compris comme nuisant à son bien-être psychologique et social. Le trauma intergénérationnel des jeunes dont les parents ont survécu au génocide limite leur participation aux processus de réconciliation de l’après-génocide. Les résultats montrent en particulier que certains jeunes évitent de se réconcilier avec la famille d’un génocidaire par méfiance, mais aussi par crainte de traumatiser de nouveau leurs propres parents.
Mots-clés : transmission intergénérationnelle du trauma ; réconciliation ; génocide ; jeunesse ; Rwanda
En 1994, le Rwanda a connu le génocide perpétré contre les Tutsi, qui a coûté la vie à près d’un million de personnes, en majorité tutsi1. Les génocidaires appartenaient pour la plupart au groupe ethnique hutu et étaient souvent des voisins, des amis ou des proches des victimes [1–3]. Le génocide a marqué le pays de multiples façons. Des millions de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins, tandis que d’autres ont été emprisonnées parce que soupçonnées ou reconnues coupables de crimes de génocide. Victimes et génocidaires sont finalement revenus et ont vécu ensemble pour reconstruire des communautés auparavant brisées [3, 4]. Les personnes rescapées ont été gravement traumatisées. La vue de cadavres laissés à l’air libre et dans des fosses communes, ainsi que des expériences de peur, de méfiance et d’isolement consécutives à la destruction des liens sociaux et à la rupture des anciennes sources de soutien, caractérisaient toutes la vie quotidienne au Rwanda après le génocide [5]. En outre, personnes rescapées et génocidaires vivaient dans des communautés mêlées, où il était difficile pour la population rwandaise d’assumer son histoire [6–8].
Le gouvernement rwandais a mis en œuvre de nombreuses initiatives de justice transitionnelle pour favoriser la guérison et la réconciliation entre personnes rescapées et génocidaires, avec l’objectif de bâtir un avenir pacifique. Par exemple, les services de santé mentale ont été considérés comme une composante importante de la consolidation de la paix [9], et de nombreuses personnes ont été formées aux métiers de la santé mentale pour répondre aux besoins émotionnels des personnes qui avaient directement vécu le génocide [3, 10, 11].
Par ailleurs, les commémorations du génocide organisées chaque année depuis 1995 ont aussi servi à aider les communautés à guérir et à renouveler les engagements sociaux visant à prévenir les circonstances qui mènent au génocide, avec une attention particulière portée à la jeunesse [12, 13]. En outre, un système de justice communautaire, les juridictions Gacaca, a été mis en place de 2002 à 2012 pour contribuer à la guérison de l’après-génocide ainsi qu’à la vérité, à la justice et à la réconciliation [14–17].
Malgré les efforts pour guérir et réconcilier victimes et génocidaires, le trauma reste répandu dans le pays. Des symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT), par exemple, ont été rapportés par des Rwandaises et des Rwandais qui vivaient leur enfance ou leur adolescence pendant le génocide [18], et observés chez un grand nombre de veuves du génocide [19]. De même, des symptômes de TSPT et de troubles de l’humeur (anxiété et dépression) ont été rapportés tant par des personnes rescapées que par des génocidaires, avec une prévalence plus élevée chez les personnes rescapées [20]. Par ailleurs, l’enquête rwandaise sur la santé mentale de 2018 a récemment montré que plus de 30 % des personnes rescapées présentent un trouble dépressif majeur et près de 30 % un TSPT, contre 12 % de dépression et 3,6 % de symptômes de TSPT dans la population générale [21]. D’autres conséquences importantes du génocide aggravent ce trauma, notamment la pauvreté résultant de la destruction et du pillage des biens, et le manque de soutien social dû à la rupture des liens sociaux et au haut niveau de méfiance entre personnes rescapées et génocidaires [22]. Des symptômes de trauma sont aussi observés chez des jeunes au Rwanda qui n’ont pas vécu physiquement les événements traumatiques du génocide de 1994 contre les Tutsi [23, 24]. Il est donc opportun de mieux comprendre comment le trauma issu du génocide de 1994 peut se transmettre à la jeunesse, et quels sont ses effets sur la réconciliation.
Cette étude s’appuie largement sur une étude antérieure, qui a montré que le trauma vécu par des mères rwandaises ayant survécu au viol génocidaire avait souvent été transmis à leurs enfants, ce qui suggère que les besoins en santé mentale persistent des décennies après un génocide [1, 8]. Par ailleurs, les conséquences du génocide chez les Rwandaises et les Rwandais qui étaient en vie à l’époque et conscients de ce qui se passait ont été largement documentées. En outre, plusieurs études ont récemment rapporté des symptômes de TSPT dans la descendance des personnes rescapées [25]. Des études antérieures menées dans d’autres contextes que le Rwanda suggèrent que le TSPT dans la génération suivante est associé à l’exposition directe de la descendance à des événements traumatiques, ou à un trauma qui lui est transmis de manière intergénérationnelle [3, 25, 26]. Dans le contexte rwandais, certaines études ont conclu que le trauma intergénérationnel des enfants de mères tutsi rescapées résulte d’un trauma qui leur a été transmis par voie épigénétique [27]. Ce qui reste flou, c’est l’existence éventuelle d’autres voies par lesquelles le trauma passe aux générations suivantes, et la mesure dans laquelle ces dynamiques peuvent influer sur les processus de réconciliation. Cet article comble cette lacune en explorant les mécanismes perçus de transmission du trauma aux jeunes que des personnes rescapées ont mis au monde après le génocide, et la manière dont ces mécanismes peuvent affecter les processus de réconciliation au Rwanda.
La littérature antérieure a défini le trauma de différentes manières. Dans leurs travaux sur la condition de victime, Fassin et Rechtman ont désigné le trauma comme l’empreinte collective laissée par des expériences passées atroces, survenues parfois des années ou des générations plus tôt [28]. Sur le plan historique, le trauma est compris comme la forte prévalence de maladies chez des personnes exposées à des événements menaçants, tels que les traumas de masse (colonialisme, esclavage, guerre et génocide), susceptibles d’affecter plusieurs générations après leur survenue initiale [29]. Selon la compréhension de la population locale2, le trauma, ou Ihungabana3, est aussi une forme plus légère de détresse découlant d’un passé troublé [30]. Le trauma peut en outre être désigné par le terme Ihahamuka, qui signifie crise traumatique et s’explique en partie comme la manifestation d’un TSPT, parfois confondue avec des attaques de panique accompagnées de peur et d’essoufflement [19]. Au Rwanda, les événements traumatiques du génocide comprennent les massacres, le pillage des biens, le fait d’être traqué ou blessé, d’assister à la mort d’autrui et de se cacher dans des lieux dangereux comme les buissons ou les marais. D’autres événements comprennent les violences sexuelles, utilisées comme arme de guerre contre les femmes pendant le génocide [31–33]. Dans cet article, Ihungabana ou trauma et Ihahamuka ou crise traumatique [34] seront employés indifféremment.
On a soutenu que, dans les pays confrontés à une violence extrême ou à un génocide, le trauma devient partie intégrante de l’histoire des gens : il affecte les personnes rescapées ainsi que leur entourage amical, les membres de leur famille et leurs communautés, et il se transmet aux générations suivantes. Ce trauma transféré est appelé trauma intergénérationnel. Des personnes qui n’ont pas vécu elles-mêmes les événements traumatiques d’origine peuvent elles aussi connaître un trauma intergénérationnel. Les personnes qui vivent un trauma intergénérationnel « absorbent » plutôt le trauma non résolu ou le fardeau psychologique de celles qui ont directement vécu les événements traumatiques [24]. Nous définissons ici le trauma intergénérationnel comme les manifestations d’un ensemble de traumas parentaux dans la vie de la génération née après le génocide de 1994 au Rwanda.
Quatre grandes approches théoriques permettent de comprendre la transmission du trauma des parents à leurs enfants : l’approche psychodynamique et relationnelle, l’approche culturelle et de socialisation, l’approche des systèmes familiaux et de la communication, et celle des mécanismes biologiques ou épigénétiques [23, 24]. La dimension psychodynamique ou relationnelle met l’accent sur la transmission du trauma par des émotions parentales non résolues ou refoulées, que les parents déplacent de manière inconsciente et indirecte sur leurs enfants. Les enfants exposés risquent alors de développer des problèmes et de se comporter comme si les événements traumatiques faisaient partie de leur propre vécu [24]. Les parents et les enfants touchés par ce processus développent des relations tendues, marquées par des liens fragiles [23, 35].
L’approche socioculturelle et de socialisation soutient que le trauma se transmet par les pratiques parentales et par le modelage. Cette transmission peut se faire de manière consciente et directe par l’apprentissage social. Un tel apprentissage met en jeu des processus de développement humain tout au long de la vie, façonnés par des interactions incarnées avec autrui et avec l’environnement de la personne [36]. Pour la théorie des systèmes familiaux, le trauma pourrait se transmettre par l’enchevêtrement familial et par les styles de communication des familles rescapées. Cette transmission peut être attribuée à un schéma social selon lequel les familles rescapées préfèrent souvent entretenir des relations étroites avec d’autres familles rescapées. Les enfants grandissent ainsi dans un environnement où le passé est constamment rendu présent [23]. D’autres travaux ont théorisé que les parents transmettent le trauma à leurs enfants par des processus biologiques ou physiologiques (par exemple des processus électrochimiques dans le cerveau). Les enfants se trouvent alors exposés au risque d’hériter du stress traumatique parental et sont particulièrement vulnérables à des problèmes de santé mentale d’étiologie génétique, liés aux changements survenus dans la biologie d’un parent exposé à des événements traumatiques. Dans le même sens, la recherche a montré que les effets négatifs du TSPT sur la parentalité et sur la programmation épigénétique peuvent à leur tour exposer les enfants de mères ayant un TSPT à un risque plus élevé de souffrir de TSPT, d’anxiété ou de dépression [35, 37, 38].
La réconciliation est le développement de la confiance, le changement ou le rétablissement de la relation entre des personnes, des communautés et des sociétés, avec l’objectif de favoriser un partenariat entre parties en conflit, fondé sur la réciprocité et la réceptivité mutuelle [39]. Construire la confiance est crucial pour favoriser la réconciliation, car des relations sûres ou une coexistence entre les victimes et les auteurs des violences sont essentielles [40]. En outre, des données issues de contextes africains montrent que la reconstruction des relations entre anciens ennemis dépend de plusieurs conditions : que les auteurs des violences et les victimes se rencontrent physiquement ; que les auteurs demandent pardon et, idéalement, l’obtiennent des victimes ; que les auteurs reconnaissent leurs torts ; et que les personnes rescapées se réconcilient avec leurs expériences traumatiques passées [41, 42].
Bien qu’aucun modèle ne théorise encore l’interconnexion entre trauma intergénérationnel et réconciliation, les études sur les expériences traumatiques dans les sociétés d’après-conflit ont montré que le trauma peut affecter les processus de réconciliation, en particulier chez les adultes qui ont été témoins des événements traumatiques [18, 21, 43]. Le trauma peut détruire profondément les relations interpersonnelles, surtout lorsque les auteurs des violences ne se repentent pas et ne montrent aucun remords pour les actes traumatiques commis par le passé envers les victimes. Le remords des auteurs devrait comprendre la reconnaissance de la douleur d’autrui, la culpabilité et la honte d’avoir causé cette douleur, le fait d’en répondre et l’aveu de leur complicité dans les crimes commis, afin de faciliter le processus de deuil et d’élaboration du passé, et d’assurer ainsi le pardon et la reconnaissance réciproque du passé historique entre les deux groupes [44–47]. L’absence de reconnaissance de la douleur d’autrui peut susciter des sentiments d’injustice, d’humiliation et une identité individuelle et collective amoindrie, qui peuvent persister sur plusieurs générations [48]. Outre qu’ils sont des conséquences de violations des droits humains dans les générations aînées, ces sentiments sont finalement reconnus comme des facteurs potentiels qui caractérisent le trauma intergénérationnel [49].
Par ailleurs, les résultats d’une étude menée auprès de jeunes en Croatie suggèrent qu’un sentiment de victimisation, associé au fait d’avoir reçu d’un exogroupe des menaces contre sa propre vie ou contre celle de personnes importantes, était lié à des émotions négatives envers cet exogroupe et à une moindre propension à la réconciliation. L’étude montrait aussi que la perception d’une communication parentale constructive était associée à une plus grande propension à la réconciliation chez les jeunes appartenant à l’exogroupe. La même étude suggérait que les jeunes qui percevaient chez leurs parents une communication relationnelle constructive et non agressive (plutôt qu’une agressivité verbale) avaient une plus grande propension à la réconciliation malgré un fort sentiment de victimisation [50]. Cela suggère que ces dynamiques gagneraient à être éclairées davantage dans le contexte de la société rwandaise de l’après-génocide.
Une étude qualitative exploratoire a été menée entre juillet et novembre 2019 dans deux districts de la province de l’Est du Rwanda, Bugesera et Gatsibo, ainsi que dans la ville de Kigali. Les guides thématiques des EI et des GF ont été rédigés, testés, ajustés puis finalisés pour couvrir les mécanismes de transmission intergénérationnelle du trauma, le sens de la réconciliation et le lien entre le trauma acquis par les jeunes et le processus de réconciliation dans le Rwanda de l’après-génocide. Chaque catégorie de personnes répondantes disposait de son propre guide thématique.
Soixante-cinq personnes ont participé à l’étude : 36 parents ayant survécu au génocide, 19 jeunes de la descendance des personnes rescapées, de la génération née après le génocide, deux membres du personnel infirmier de santé mentale de district et huit spécialistes de la santé mentale et de la consolidation de la paix de Kigali4. Bien que l’étude ait inclus des parents ayant survécu et des jeunes de familles rescapées, ces jeunes et ces parents ne formaient pas des dyades appariées5.
Tous les parents vivaient au Rwanda avant, pendant et après le génocide de 1994. Les personnes répondantes ont été recrutées par l’intermédiaire de cinq organisations : quatre organisations non gouvernementales locales travaillant en lien étroit avec les personnes rescapées, et une institution publique. Au moment des entretiens, près d’un quart des jeunes rencontrés en entretien avaient encore leurs deux parents, tandis que les autres vivaient avec un seul parent, généralement la mère. La plupart des pères étaient morts à cause du génocide ou de ses conséquences6.
Quatre personnes assistantes de recherche, formées et expérimentées, ayant un parcours en psychologie, en sociologie, en travail social et en santé publique, ont recueilli les données. Les techniques de collecte étaient des EI et des GF semi-directifs, d’une durée de 40 à 90 minutes chacun. La plupart des EI avec les jeunes ont eu lieu à leur domicile, et la plupart des entretiens avec les spécialistes dans les locaux de leur organisation, tandis que les GF avec les parents se sont tenus dans un lieu sûr proche du quartier des personnes répondantes, choisi par elles. Un bref tableau démographique présentant les techniques de collecte, le nombre de personnes répondantes dans chaque catégorie et des données démographiques comme la tranche d’âge et le niveau d’études figure ci-dessous pour préciser qui a participé à l’étude (voir le tableau 1, synthèse de la collecte des données). Toutes les données ont été recueillies en kinyarwanda7, puis traduites du kinyarwanda vers l’anglais lors de leur transcription mot pour mot à des fins d’analyse.
Tableau 1 — Synthèse des techniques de collecte des données par catégorie de personnes répondantes, effectifs, années de naissance et niveau d’études
a P : niveau primaire ; S : niveau secondaire ; U : niveau universitaire ; M : niveau master.
Une analyse thématique inductive, guidée par les questions de recherche, a conduit l’analyse des données. Cette approche privilégie l’analyse des données sans recourir nécessairement à une grille de codage préétablie [51]. Elle aide à construire des connaissances sur des processus psychologiques, émotionnels et sociaux, comme les liens entre trauma et guérison, à partir de l’expérience vécue des personnes, de leurs perceptions et de l’effet de l’exploration narrative de ces phénomènes [52].
Les transcriptions des EI et des GF ont été lues et relues plusieurs fois, de manière indépendante, par chacune des trois personnes qui signent l’article, afin d’analyser et de rapporter les schémas de sens les plus récurrents dans l’ensemble des données. Chaque transcription d’EI a d’abord été codée manuellement par la personne qui signe en premier, les deux autres vérifiant de manière croisée les codes émergents. Lorsque des codes différents ou nouveaux apparaissaient, toute l’équipe en discutait jusqu’à un accord sur leur sens. Les thèmes et sous-thèmes émergents ont été attribués aux segments de texte correspondants dans l’ensemble des transcriptions. À partir des thèmes et des codes, l’équipe a discuté des schémas observés pour en tirer des conclusions générales, consignées par écrit, sans élaborer nécessairement de livre de codes. Les thèmes généraux finaux apparaissent ci-dessous comme intertitres de la section des résultats.
Toutes les méthodes de la présente étude ont été appliquées conformément aux règles et aux normes de la déclaration d’Helsinki [53]. Conformément aux normes nationales d’éthique de la recherche sur des êtres humains, une autorisation (no 1674/RBC/2018) a été obtenue auprès du Rwanda Biomedical Center (RBC) avant le début du terrain. Pour protéger la vie privée des personnes répondantes, des pseudonymes ont été utilisés après l’analyse. Il leur a aussi été garanti que leurs noms seraient anonymisés dans tous les rapports et publications. Les objectifs de l’étude ont été expliqués et un consentement éclairé a été obtenu de chaque personne avant sa participation aux EI ou aux GF. Il a en outre été expliqué à toutes les personnes répondantes que les fichiers contenant les informations qu’elles avaient fournies resteraient confidentiels.
Les résultats de cette étude présentent les expériences et les perceptions que les jeunes, les parents ou les spécialistes ont partagées sous forme de récit à propos des thèmes pertinents, ainsi que des citations exemplaires qui illustrent en détail les principaux résultats. La première partie montre les conditions de vie quotidienne des jeunes de familles rescapées dans leur foyer, telles que les façonnent la vulnérabilité des parents et les diverses répercussions du trauma parental sur leur vie. La deuxième décrit les perceptions des mécanismes par lesquels le trauma lié au génocide se transmet des parents à leur jeune descendance. La troisième montre l’effet que le trauma des jeunes peut avoir sur la réconciliation, élément crucial pour assurer à l’avenir une cohabitation pacifique entre personnes rescapées et génocidaires. Les intertitres reprennent les thèmes dégagés.
Le génocide a eu une multitude de conséquences sur la famille, avec des effets sur le bien-être des familles rescapées. Certains jeunes ont grandi dans des familles déracinées et ont perdu de nombreux membres de leur famille élargie. Ces jeunes ont exprimé leur tristesse de n’avoir pas de famille (pas de lieu) où se rendre, surtout pendant les vacances, comme le font habituellement les autres enfants de leur âge. Certains enfants ont des parents en situation de handicap physique et/ou marqués par le trauma d’expériences violentes vécues pendant le génocide. Certains parents ont développé des maladies chroniques et n’ont pas pu répondre de manière adéquate aux besoins de leurs enfants au fil de leur vie. Les maladies parentales les plus fréquemment rapportées par les jeunes étaient le VIH/sida, l’Ihahamuka pendant la période de commémoration du génocide et/ou l’Ihungabana pendant les autres mois de l’année. La mauvaise santé des parents est perçue comme privant les jeunes d’affection parentale, du fait de l’absence à la fois physique et émotionnelle des parents, et comme les faisant grandir dans des familles appauvries.
Les jeunes ont rapporté que leur vie quotidienne est marquée par des problèmes de santé éprouvants qui leur rappellent qu’il n’y aurait pas à affronter une telle souffrance si le génocide n’avait pas eu lieu. Selon les jeunes de l’étude, il leur faut porter le fardeau de vivre avec des parents en proie au trauma et de ne pas vivre pleinement leur vie. Ces jeunes ont répété à plusieurs reprises qu’en grandissant dans des familles affectées sur les plans émotionnel et financier, il leur faut être leur propre mère, parfois leur propre père, et/ou à prendre soin de leurs parents vulnérables en abandonnant l’école, en travaillant pour gagner de l’argent et en assurant une partie des tâches ménagères des parents. Divine raconte comment son rôle a changé :
Les conséquences sont nombreuses. Je ne suis pas heureuse à cause de la manière dont je la vois (la mère). Si ma mère est toujours malade, je ne peux aller nulle part. Je ne peux pas chercher de travail parce que c’est moi qui dois m’occuper d’elle. Je ne peux pas aller à l’école. Chaque fois que j’ai de l’argent, je le donne à ma mère pour payer les frais médicaux. Une autre conséquence, c’est que je fais le travail de ma mère, qui dépasse ce que je pourrais faire dans des circonstances normales. Divine, # jeune fille, EI.
Grandir dans de telles conditions, que les jeunes perçoivent comme anormales, pèse lourdement sur leur vie et leurs activités quotidiennes.
Les personnes répondantes de toutes les catégories ont aussi décrit un changement d’humeur dans le milieu familial pendant la période de commémoration du génocide. Les changements observés étaient associés à un profond chagrin chez les parents et les membres de la famille qui se souviennent de leurs proches tués pendant le génocide. L’isolement des parents, le silence au sein de la famille et des comportements durs envers les enfants en sont les principales caractéristiques citées. Malgré la présence physique des parents à la maison, les routines de la vie ordinaire sont souvent perturbées, car les parents ont tendance à retourner émotionnellement dans leur passé, de façon plus ou moins visible pour leur descendance.
En outre, les relations interpersonnelles, qui peuvent sembler normales et positives entre enfants et parents, et entre les parents eux-mêmes, s’enveniment. Un parent issu d’une famille mixte8 a donné un exemple de cette irritation dans la relation :
Pendant la commémoration, il (son mari) dit toujours : tu t’en vas toujours dans tes histoires, qui n’en finissent pas, au lieu de rester à la maison et de faire les tâches ménagères. D’ailleurs, combien de temps vas-tu encore courir après le passé et les morts. Cela crée des problèmes dans la relation. Mathilde, # parent, GF.
La communication entre parents et enfants est perçue comme dominée par les mises en garde. Les jeunes ont souligné à plusieurs reprises que leurs parents les mettent en garde, notamment pour qu’ils se conduisent prudemment envers les autres et rentrent avant la nuit. Selon les jeunes, ces mises en garde découlent de la peur et de l’inquiétude des parents pour la sécurité de leurs enfants, qu’ils imaginent pouvoir être agressés par les auteurs des crimes commis contre des membres de la famille disparus, dont certaines personnes rescapées se méfient encore.
Pendant la période de commémoration du génocide, il y a beaucoup de règles à la maison. Ma mère nous prévient que nous devons rentrer tôt si nous voulons être en sécurité. Ma mère n’est plus la mère que nous connaissons. Je me sens mal, mais elle a l’air inquiète, elle aussi. Je me sens contre elle [ma mère], mais je la respecte, même si cela ne me rend pas heureux. Kim, # jeune garçon, EI.
Si la période de commémoration du génocide apporte des difficultés au niveau familial, d’un côté, les jeunes perçoivent les commémorations comme bénéfiques et estiment qu’elles leur permettent de se joindre à leur famille pour se souvenir des proches disparus. Les jeunes y apprennent aussi l’histoire familiale du génocide, habituellement tue en dehors de cette période et des événements qui s’y rattachent. D’un autre côté, les jeunes de cette étude n’aiment pas entendre comment leurs parents ont été victimisés. Selon leurs explications, ces jeunes sont brutalement exposés à ces expériences, parfois très vives lorsque les parents souffrent d’Ihahamuka, qui augmente sensiblement pendant cette période. Les comportements et les mises en garde des parents pendant la commémoration, qui découlent de leur souffrance, dressent souvent des barrières entre les jeunes et leurs parents, ainsi qu’entre ces jeunes et leurs pairs du côté des génocidaires. L’expérience de Sandra l’illustre :
Quand on passe des chants de commémoration ou qu’on parle des expériences du génocide, il [le père] n’est pas heureux. Il ne nous parle pas et n’a pas l’air heureux comme d’habitude. Il n’est pas libre de nous parler. Sandra, # jeune fille, EI.
Les résultats de cette étude ont mis au jour quatre mécanismes possibles, tels qu’ils sont perçus, de transmission du trauma : la transmission par voie biologique, par le silence, par le dévoilement des expériences traumatiques et par le contact quotidien avec un parent traumatisé.
Lorsqu’on les a interrogés sur les mécanismes de transmission du trauma, parents et spécialistes ont rapporté, sous forme de récit, leur perception que l’un de ces mécanismes pourrait être la transmission du trauma maternel par le sang pendant la grossesse et/ou par le lait maternel. Par exemple, une femme enceinte pendant le génocide a expliqué que, lorsque les génocidaires ont attaqué l’endroit où elle se cachait, elle a eu peur et l’enfant qu’elle portait a cessé de bouger jusqu’à ce que sa peur diminue. Des parents ont aussi soutenu qu’un bébé né d’une mère traumatisée peut développer des symptômes semblables à ceux de sa mère, à savoir la peur, le chagrin et la douleur, comme l’ont expliqué certaines mères :
Je pense que ces symptômes [du trauma] se transmettent au bébé quand il est encore dans le ventre de sa mère, peut-être par le sang maternel. Même si le bébé n’a pas vu sa mère avec ces symptômes d’Ihungabana, après la naissance, on le voit peu à peu développer certains des symptômes qu’on présentait quand on le portait pendant la grossesse. Cansilde, # parent, GF.
Ce type de transmission était toutefois relativement méconnu des jeunes ayant participé à l’étude.
Les personnes répondantes de toutes les catégories ont mentionné que le trauma de la descendance des personnes rescapées peut aussi résulter des comportements que ces jeunes observent chez leur(s) propre(s) parent(s) au cours du contact quotidien, ou de la manière dont le parent prend soin de l’enfant ou le traite pendant l’allaitement, le bain ou les repas. Une personne du groupe des spécialistes l’a expliqué ainsi :
Il y a un dicton courant selon lequel « l’histoire se répète » ou « l’histoire peut se transmettre de génération en génération », non parce qu’elle serait génétique, mais à cause de facteurs environnementaux, comme ceux dans lesquels des parents en proie au trauma élèvent leurs enfants. Par exemple, si les parents sont traumatisés, vivent dans le chagrin, toujours tristes ou dans la douleur à cause des atrocités commises contre eux pendant le génocide, l’enfant qui a grandi en voyant ses parents dans cet état vivra lui aussi une vie sans espoir, triste et repliée, avec le risque d’aboutir à un trauma sévère (Ihungabana rikomeye). Ange, # psychologue, EI.
Ce que reflète le récit de la personne psychologue dans la citation ci-dessus a été repris par une jeune participante :
Chaque fois qu’elle faisait un trauma psychique et qu’elle pleurait, je pleurais aussi, jusqu’à ce qu’on m’éloigne d’elle ; ensuite, certaines personnes restaient à me consoler, pendant que d’autres l’emmenaient à l’hôpital. Quelques jours plus tard, je la voyais revenir dans un état stable. C’est à ce moment-là que je me sentais soulagée, moi aussi. Alors, j’arrêtais d’y penser. Josée, # jeune fille, EI.
En outre, des parents pensaient pouvoir transmettre aussi leur Ihungabana à leurs enfants en les maltraitant physiquement. Les enfants élevés par de tels parents étaient perçus comme finissant par développer des comportements inadaptés9 semblables, et les symptômes d’Ihungabana qui en découlent. Certaines manifestations du trauma chez les enfants étaient vues comme ressemblant aux symptômes de leurs parents. Un parent ayant participé à un GF donne des exemples de symptômes d’Ihahamuka couramment observés chez les jeunes :
Perdre le sens de l’orientation, rester silencieux, manquer de sommeil, perdre l’appétit, se sentir grossier et parler durement aux autres ; d’autres ont l’air fous, ils peuvent avoir l’air d’avoir du chagrin, d’autres se plaignent de maux de tête qui ne répondent pas aux antalgiques ou aux médicaments, tandis que d’autres encore ont des pensées profondes sur le passé et se replient loin des autres. Cancilde, # parent, GF Bugesera.
Bien que la plupart des symptômes d’Ihahamuka chez les jeunes ressemblent à ceux des adultes, les personnes répondantes ont aussi relevé une différence. Par exemple, les enfants qui manifestent une reviviscence d’expériences passées ne prononcent pas de noms, notamment ceux des agresseurs, alors que c’est spontané chez les personnes adultes rescapées. Par ailleurs, parents et spécialistes estimaient que l’Ihungabana et l’Ihahamuka sont surtout apparents chez les jeunes dont les parents sont gravement atteints par le trauma et chez les jeunes dont les parents taisent leurs expériences du génocide. Pourtant, même si les jeunes reconnaissent des symptômes de trauma chez des adultes et chez leurs pairs, la moitié des jeunes de cette étude doutaient que le trauma puisse se transmettre de manière intergénérationnelle à des personnes qui n’étaient pas encore nées au moment du génocide.
Les récits de l’ensemble des données et de toutes les catégories de personnes répondantes ont montré que certains parents ayant survécu semblaient réticents à partager leurs expériences traumatiques avec leur propre descendance, ou avaient du mal à le faire, malgré le désir de leurs enfants de connaître le passé de leurs parents. De multiples facteurs contribuant au silence des parents ont été rapportés. Dans certains cas, les parents taisaient la vérité sur les informations recherchées par les enfants, comme l’une de leurs stratégies pour faire face ou pour empêcher leurs enfants de trop poser de questions. D’autres parents choisissaient de taire le passé en inventant des histoires qui aideraient leur descendance à comprendre le passé sans partager explicitement leurs propres expériences. Ce faisant, les parents agissent selon la conviction qu’inventer des histoires peut aider à atténuer les risques d’un dévoilement complet, à savoir des sentiments de vengeance chez les jeunes.
Les jeunes ont, à leur tour, donné un sens au silence entourant les expériences passées. Selon les jeunes, certains parents sont incapables de raconter leurs expériences du génocide en raison de la détresse émotionnelle, et donc incapables de répondre verbalement à la quête de réponses de leurs enfants. Qui plus est, les jeunes ont remarqué que certains parents peuvent simplement répondre à leurs enfants qu’ils ne savent pas comment ils ont survécu, surtout lorsque les enfants les interrogent sur des expériences passées précises. Un parent a évoqué ces formes de silence :
Un jour, j’ai emmené mon enfant visiter un mémorial, mais on n’a pas voulu le laisser entrer parce qu’il était encore mineur. Alors, nous avons fait le tour du bâtiment. Je lui montrais les corps des personnes tuées pendant le génocide. Pendant que nous marchions, il m’a demandé : « Qu’est-ce que c’est que ces bâtons ? » J’ai répondu que c’étaient les os des membres. « Alors, où sont les muscles et la peau, comme les nôtres ? » Je n’avais pas de réponse à cela ; mais comme il continuait à me poser la même question, je lui ai dit que les tueurs qui les avaient tués étaient partis. Je lui ai dit cela parce que je ne voulais pas qu’il demande s’ils faisaient partie de nos voisins, sinon il aurait plus tard créé des problèmes dans le voisinage. Geneviève, # parent, GF.
Du point de vue des spécialistes, les parents se refusent à raconter leur histoire du génocide à leurs enfants parce qu’ils n’ont pas encore pu assumer leur propre passé traumatique. Selon ces spécialistes, les expériences traumatiques ont altéré la capacité des parents à donner un sens à ce passé et à trouver les mots justes pour le décrire. Les spécialistes ont aussi associé cette difficulté à une incapacité à intégrer le trauma. Éviter de parler des expériences du génocide avec leurs enfants aide les parents à se protéger de la douleur émotionnelle qu’entraîne le récit de ces expériences. Or la souffrance des parents est perçue comme la source de la souffrance des enfants. Une spécialiste, elle-même mère, illustre cette dynamique :
Parce qu’avoir été témoins des événements du génocide a donné à certains parents le sentiment d’être déjà morts, certains parents évitent de dire à leurs enfants qu’ils sont morts un jour puis sont nés à nouveau. C’est parce qu’ils pensent qu’il n’est pas nécessaire de se vider dans leurs enfants. Moi aussi, je pense qu’il faut garder pour soi certaines parties des expériences du génocide, parce qu’elles peuvent affecter la vie des enfants. Julia # psychologue, EI.
Si diverses raisons ont été données au silence des parents, les résultats de l’étude suggèrent que le silence est un mécanisme potentiel de transmission du trauma passé. Par exemple, de nombreux jeunes pensaient que, lorsque les parents inventent des histoires, ils peuvent introduire involontairement plus de risques émotionnels qu’ils n’espèrent en atténuer. Qui plus est, certains jeunes de la descendance des personnes rescapées peuvent vivre un trauma vicariant en compatissant avec leurs parents lorsque ceux-ci peinent à taire leur passé. D’autres peuvent développer un trauma en imaginant ce qu’ont pu être des expériences du génocide restées inconnues. Un jeune participant explique comment on peut développer de l’Ihahamuka par l’imagination quand les parents taisent les questions liées au génocide :
Même si les parents n’aiment pas nous parler du génocide, on peut imaginer ce que ses parents ont traversé et faire le lien entre cette expérience imaginée et ce qu’on voit dans les mémoriaux, et aussitôt se créer dans la tête un scénario qui mène à une crise traumatique. Cela peut arriver surtout quand on voit le parent se souvenir des mauvaises expériences qui ont marqué le pays et retourner à cette époque, simplement parce qu’on lui a demandé de raconter. Parfait, # jeune garçon, EI.
Cette imagination conduit parfois la descendance à avoir le sentiment d’avoir elle-même vécu les événements, et donc à développer des symptômes de trauma très semblables à ceux qui sont courants chez les personnes adultes rescapées.
Si certaines personnes répondantes ont souligné que l’Ihungabana se transmet par le silence, le dévoilement du passé, soit l’inverse du silence, a aussi été reconnu comme un mécanisme de transmission du trauma. Un parent a rapporté :
Tout ce que les enfants entendent [sur le génocide], ils le gardent en tête, et à force d’absorber toutes ces histoires, ils développent l’Ihungabana. Geneviève, # parent, GF.
La plupart des jeunes ont rapporté une exposition à différentes sources de l’histoire du génocide. Parmi ces sources figurent l’école, l’exposition à des témoignages sur le génocide, le plus souvent de personnes rescapées, dans les mémoriaux lors des commémorations ou des événements du souvenir, ou le fait d’entendre (de surprendre) de manière inattendue ces informations au fil de conversations entre parents, aînés de la fratrie ou autres membres de la famille. Les conversations sur le génocide sont innombrables autour et pendant la période annuelle de commémoration. Ces jeunes jugent toutefois moins complet le contenu des récits des expériences du génocide qu’ils tirent de ces sources.
En outre, certains récits sont plus traumatisants que d’autres. L’aspect le plus traumatisant du passé est d’apprendre les actes inhumains des génocidaires contre les victimes, comme ceux qui ont causé la mort d’un proche, ou les expériences du génocide vécues par son ou ses propres parents. Avec de la compassion pour ses parents, d’une voix émue et les larmes aux yeux, Damien, un jeune homme, a confié ceci :
Ma mère m’en parle d’habitude, et même quand nous allons au mémorial, on nous parle de certaines victimes et on découvre que ce sont des membres de notre famille… Depuis que je le sais, j’ai du mal à accepter la façon dont ils sont morts. C’est douloureux quand une lame de rasoir vous coupe ; imaginez combien il est dur d’accepter qu’on ait coupé la tête ou la jambe de quelqu’un avec une machette.
Même si certains témoignages sont plus traumatisants que d’autres, les jeunes ont reconnu que tous les témoignages sur le génocide ne peuvent pas mener à l’Ihungabana ou à l’Ihahamuka. La plupart ont expliqué que cela dépend de la manière dont les témoignages sont partagés, de l’état psychologique des personnes qui entourent l’enfant au quotidien, des comportements des membres de la communauté et de l’environnement dans lequel grandissent les enfants. Par exemple, certains jeunes ont dit que des parents ou des membres de la famille expriment involontairement des expériences du génocide lorsqu’ils souffrent d’Ihahamuka. Autrement dit, ils transmettent des histoires horribles par des hurlements ou des cris, des reviviscences, et en appelant des personnes que les jeunes ne connaissent pas. Or les jeunes considèrent ces récits comme fragmentés ou incomplets. Quand la personne qui souffre semble se trouver dans un autre monde, où elle voit des choses que les autres ne voient pas, et qu’elle a du mal à interagir et à communiquer avec les personnes réellement présentes autour d’elle, les jeunes ont du mal à saisir l’histoire complète qui est transmise. Et le contenu d’une telle histoire peut lui-même être dangereux. Dire crûment des contenus potentiellement dangereux n’est pas un choix des victimes de l’Ihungabana, mais le résultat fortuit d’émotions submergeantes après le rappel des violences passées commises contre elles. À cet égard, les psychologues percevaient le dévoilement comme nocif selon la manière dont les parents communiquent leurs expériences traumatiques.
La manière dont les parents racontent l’histoire peut finir par traumatiser psychologiquement les enfants. Par exemple, raconter aux enfants comment leur père ou leurs oncles ont été pourchassés, comment ils se sont échappés, comment on les a trouvés là où ils se cachaient, et comment on les a coupés en morceaux à la machette, et ainsi de suite. C’est cette manière de raconter aux enfants ce qui s’est passé pendant le génocide qui suscite des émotions pouvant conduire à l’Ihungabana chez les jeunes. Jeannine, # psychologue, EI.
Le contenu de l’histoire partagée peut aussi affecter négativement les enfants. Les récits des parents ont révélé que, lorsque les parents partagent avec leurs enfants l’intégralité de leurs histoires du génocide, avec une intensité émotionnelle sans retenue, la transmission du trauma des parents à leur jeune descendance de l’après-génocide s’en trouve fortement facilitée. Les résultats de l’étude suggèrent que cette ouverture sans limite se rencontre souvent chez des parents gravement atteints par le trauma, mais aussi chez des génocidaires qui affichent encore l’idéologie du génocide. Dans de telles conditions, en effet, la plupart des jeunes restent à chercher quelles raisons ont pu conduire à tant de haine et de tueries. En outre, le dévoilement par les parents devient plus nocif lorsque leurs expériences traumatiques sont répétées à plusieurs reprises.
… Une autre chose, c’est qu’un parent peut continuer à m’implanter ces choses en répétant ce qui s’est passé et qui l’a fait… Répéter sa cruauté nous cause un trauma. Jacob, # jeune garçon, EI.
Ce qui semble clair, c’est que la nature du contenu dévoilé et la manière dont les adultes le dévoilent aux plus jeunes jouent toutes deux un rôle clé dans la transmission intergénérationnelle du trauma de la génération aînée à la plus jeune.
Avant d’interroger les personnes répondantes sur les effets du trauma de la jeune génération sur la réconciliation, on leur a demandé quel sens elles donnent à la réconciliation. Dans toutes les catégories, la réconciliation a été définie comme la restauration des relations d’autrefois entre les familles rescapées et les familles des génocidaires. Ce rétablissement des relations suppose que les génocidaires demandent pardon, ce qui a été valorisé et décrit comme un élément important, voire clé, de ce processus.
En outre, selon les récits des personnes répondantes, la demande de pardon devrait s’accompagner de réparations, par les génocidaires, de ce qu’ils ont détruit pendant le génocide. Pour les personnes rescapées et leur descendance née après le génocide, la réparation et une demande de pardon sincère signifient l’acceptation d’une responsabilité morale, par opposition à l’attribution de la responsabilité des actes de génocide à l’ancien gouvernement, souvent avancée par les génocidaires. Les personnes répondantes ont défini la responsabilité morale comme l’acceptation de son propre rôle, de sa propre responsabilité individuelle pendant le génocide, et comme le fait d’en répondre, afin d’assurer un véritable repentir et une réconciliation authentique entre victime et génocidaire.
Toujours à propos de la réconciliation, retrouver les restes de leurs proches pour leur donner une sépulture digne était très important aux yeux des parents comme des jeunes. Enterrer les corps des proches est vu comme l’un des remèdes pour guérir le trauma des parents comme de leur jeune descendance. En effet, une sépulture digne est aussi perçue comme une source de soulagement émotionnel, qui aiderait à laisser le passé derrière soi, faciliterait le pardon à l’offenseur et rendrait la réconciliation plus réussie et plus durable. Une personne répondante a souligné combien la réconciliation peut être difficile pour des personnes traumatisées :
Après plus de vingt ans, personne n’est jamais venu me dire où ont été jetés mes proches bien-aimés qui ont été tués. Personne ne m’a dit : « Tu sais, c’est moi qui ai pillé ta maison. » Pourtant, ce sont des gens avec qui nous vivons dans ce village ! Les génocidaires ont installé un charançon du trauma dans nos âmes ! (Imungu y’umutima). S’ils me montraient où sont mes proches, ce charançon du trauma me quitterait, et alors je leur pardonnerais. Dancilla, # parent, GF.
La réconciliation n’était pas jugée possible si elle n’engage qu’un seul côté, celui des génocidaires. Selon les jeunes, pour que la réconciliation soit possible, les personnes rescapées devraient aussi accorder leur pardon à qui leur a fait du tort et a présenté des excuses. Ce processus consistant à demander et à accorder le pardon a été décrit comme l’une des stratégies durables permettant à d’anciens ennemis de se réunir sincèrement et de vivre réellement en paix après le génocide.
En évaluant l’effet du trauma intergénérationnel des jeunes sur les processus de réconciliation, les parents et les spécialistes ont rapporté que le trauma du passé se transmet des adultes à leur jeune descendance. On estimait en outre que les jeunes en proie au trauma ne peuvent pas s’ouvrir à la réconciliation, car les personnes traumatisées restent attachées au passé, faute d’espoir en l’avenir. Les victimes traumatisées étaient perçues comme ayant du mal à regarder devant elles, le trauma étant compris comme capable, d’une certaine manière, d’abîmer la possibilité même d’entrevoir un avenir. De même, les personnes répondantes considéraient la paix de l’esprit comme une condition préalable à des relations interpersonnelles saines et à la paix future.
La confiance a également été désignée comme importante dans le processus de réconciliation. Les résultats ont montré qu’une victime de trauma peut se méfier des personnes qui lui ont fait du mal par le passé et en avoir peur, parce qu’elle continue de voir son ou ses anciens agresseurs comme des ennemis susceptibles de l’attaquer et de lui nuire à tout moment.
Ces sentiments se rencontrent couramment chez les parents et chez les jeunes. Selon leurs propos, certains jeunes développent de la rancune après avoir subi le trauma des les expériences du génocide de leurs parents. D’autres grandissent dans la peur des génocidaires, surtout lorsque leur identité est connue. Divine a dit :
Quand je vois quelqu’un qui a commis le génocide, comme ceux qu’on m’a montrés, j’ai peur qu’il me tue. Quand je le vois, je m’enfuis parce que j’ai peur d’être tuée. Divine, # jeune répondante, EI.
Du point de vue de certains jeunes qui ne savent pas qui est le génocidaire de leur famille, le risque est de se méfier de tous les membres de la communauté au-delà de leur famille. Ces jeunes soupçonnent la plupart des adultes de l’âge de leurs parents d’être des génocidaires. Ce sont ces jeunes qui vivent dans la peur que le génocide se reproduise, à tout moment. Certains semblent dans l’isolement, le malheur, l’instabilité psychique et la confusion. D’autres manifestent de l’agressivité, semblent en dépression et limitent leurs relations avec les pairs dont les parents sont génocidaires. Les spécialistes affirment qu’une personne qui présente ces symptômes de trauma ne peut pas faire de pas vers la réconciliation. Une jeune répondante l’a aussi confirmé :
Non, ce n’est pas facile de parler d’unité à des gens qui ont encore l’Ihungabana, parce qu’ils sont encore pris par le passé. C’est difficile pour une telle personne de pardonner. Il faut un cœur fort ; il faut donc d’abord les accompagner pour qu’ils soient soulagés du trauma, avant de leur parler d’unité et de réconciliation. Josée, # jeune répondante, EI.
L’influence des parents sur la participation des jeunes à la réconciliation est jugée cruciale. D’un côté, les jeunes ont rapporté que la réconciliation est possible entre jeunes. De l’autre, selon ces jeunes, la possibilité de la réconciliation dépend de la volonté, du degré de guérison ou de trauma et du niveau d’engagement de leur(s) parent(s). Les jeunes ont par exemple exprimé que certains parents restent coupés des autres membres de la communauté et dans l’incapacité de pardonner à qui leur a fait du tort, à cause de leur trauma, et que cela influe aussi sur les jeunes.
Il m’est impossible de vivre en paix avec les familles des tueurs en sachant qu’elles sont la raison pour laquelle ma mère est gravement traumatisée. Quand ma mère fait une crise traumatique (Ihahamuka), je deviens très triste. Je commence à me concentrer là-dessus, à m’isoler et à me ranger du côté de ma mère. Alors, de cette façon, je pense que les parents peuvent aussi nous influencer en matière de réconciliation, parce qu’ils n’ont pas pardonné et ne veulent pas non plus que nous pardonnions. Divine, # jeune répondante, EI.
Les jeunes ont aussi exprimé l’idée que ces parents coupés des autres cherchent peut-être à protéger leur jeune descendance en la dissuadant d’interagir avec les génocidaires, ainsi qu’avec les membres de leur famille et leurs enfants. De même, la réconciliation entre jeunes était aussi pensée comme dépendant fortement de la réconciliation entre parents :
Oui, il (l’Ihungabana) peut avoir un effet négatif sur le processus d’unité et de réconciliation, et nous avons vu que toute personne traumatisée ne va pas bien mentalement. Or une personne affectée mentalement ne peut pas penser à l’unité et à la réconciliation. Un autre problème lié à cela, c’est que les enfants prennent leurs parents pour modèles. Donc, si les parents ne sont pas stables mentalement, ils ne penseront pas à l’unité et à la réconciliation. De même, si les parents ne sont pas unis, même leurs enfants ne penseront pas à l’unité et à la réconciliation avec les autres enfants ou avec d’autres personnes. Ange, # spécialiste, EI.
Malgré l’influence des parents sur les processus de réconciliation (du fait de leur trauma non guéri, et donc de leur incapacité à pardonner), l’incapacité de certains jeunes à participer aux processus de réconciliation semble pouvoir être associée au trauma intergénérationnel. Ce trauma était en outre considéré comme intensifié par l’environnement communautaire dans lequel grandissent ces enfants. Par exemple, la manière dont les génocidaires demandent pardon était vue comme un frein à l’ouverture et à l’engagement de la descendance des personnes rescapées envers la réconciliation. Les jeunes jugeaient superficiels les témoignages des génocidaires10, surtout lorsqu’ils minimisaient leur rôle et la gravité de leurs torts en attribuant leur propre participation aux crimes du génocide à l’ancien gouvernement. Les jeunes de familles rescapées interprètent cette mise à distance de leurs crimes par les génocidaires comme une forme de déni et/ou d’absence de repentir, qui les dissuade de pardonner. Reconnaître sa culpabilité sans repentir crée aussi des problèmes pour ces jeunes :
Ils [les génocidaires] devraient le dire avec humilité. Parfois, ils énumèrent ce qu’ils ont fait et les gens qu’ils ont tués, le nombre de personnes qu’ils voulaient tuer ; et ils le font avec fierté. Alors cela me rend plus triste de penser qu’ils demandent pardon en racontant des histoires, mais qu’ils se comportent de manière inappropriée. Cela me pose un problème. Jacob, # jeune garçon, EI.
Si certains jeunes ont rapporté que les difficultés de leurs parents à pardonner et à se réconcilier leur créent des obstacles, ces jeunes reconnaissent que les relations entre jeunes des familles rescapées et des familles d’anciens ennemis semblent meilleures que celles de leurs parents, et que c’est aussi le souhait de certains parents. Les jeunes ont aussi fait leur cette perspective et ont dit vouloir entretenir de bonnes relations avec leurs pairs des familles de génocidaires, notamment parce que le gouvernement leur a montré l’exemple en traitant tous les jeunes de manière égale et sans aucune discrimination11. Ces jeunes soulignent toutefois que cette volonté ne peut se concrétiser qu’à certaines conditions. Par exemple, selon ces jeunes, il leur était impossible de se réconcilier avec l’ennemi avant que leurs parents ne l’aient fait, car les parents sont les victimes premières, entre lesquelles la réconciliation doit d’abord avoir lieu, pour ouvrir ensuite la voie à leur descendance. Se réconcilier avec le camp adverse avant qu’un parent ne se soit réconcilié avec son agresseur est perçu par les jeunes comme un acte qui traumatise de nouveau leurs parents.
Certaines personnes répondantes soutenaient l’idée qu’il faudrait aider les jeunes des familles rescapées et des familles de génocidaires à rejoindre ensemble des espaces communs et à y participer, pour les aider à nouer de bonnes relations aujourd’hui et à l’avenir. Les personnes répondantes ont en outre suggéré que toutes les générations de l’après-génocide aient leur espace pour guérir de leur trauma et développer un sentiment de lien qui permette de surmonter le trauma, et devenir ainsi capables d’assurer un avenir pacifique.
Cette étude a exploré les mécanismes de transmission intergénérationnelle du trauma chez des jeunes du Rwanda dont les parents ont survécu au génocide de 1994 contre les Tutsi, ainsi que les effets de ce trauma sur la réconciliation dans le contexte rwandais. Nos résultats suggèrent que le trauma du génocide de 1994 contre les Tutsi étend ses effets à la descendance des personnes rescapées née après le génocide. Nos résultats rejoignent ceux d’études antérieures [39] et suggèrent que cette descendance hérite du trauma de ses parents par divers mécanismes, et que la plupart de ses symptômes de trauma ressemblent dans une certaine mesure à ceux des personnes rescapées du génocide en général.
La transmission du trauma semble se produire le plus souvent dans l’environnement familial et pendant les commémorations du génocide et les rituels qui leur sont associés. Ces résultats concordent avec la littérature selon laquelle, au-delà des victimes ou des personnes directement touchées, des événements stressants passés peuvent aussi avoir des effets intergénérationnels profonds et durables sur des personnes qui ne les ont pas traversés [54, 55]. Le trauma transmis à la jeune descendance a aussi des implications pour la réconciliation entre les jeunes des familles rescapées et les familles et enfants des génocidaires.
Le premier mécanisme perçu de transmission du trauma relevé par cette étude est la transmission biologique, qui reflète la possibilité perçue d’une transmission épigénétique des effets traumatiques. Bien que des parents aient rapporté cette possibilité, et que des effets du trauma sur les interactions fœto-placentaires pendant la période prénatale aient été constatés dans d’autres contextes [56], nous n’avons pas examiné ce type de transmission en raison des limites de la méthodologie de l’étude. Notre analyse s’appuie uniquement sur les perceptions des parents ayant survécu au génocide, des jeunes de l’après-génocide dont les parents ont survécu et des spécialistes de la santé mentale et de la consolidation de la paix. Au Rwanda, les parents ayant survécu au génocide avaient le sentiment d’avoir transmis leur trauma, leur colère et leur agressivité à leurs enfants en cas de grossesse pendant le génocide, ou au cours de l’éducation des enfants. Ce résultat fait écho à la notion culturelle qui valorise le sang et le lait comme fondements de la vie. Dans la cosmologie culturelle rwandaise, un parent donne la vie à son enfant par le sang avant la naissance et, par l’allaitement, un parent peut transmettre de bons ou de mauvais comportements et attitudes à ses enfants. Ce don du lait ne se limite pas à l’allaitement au sens littéral : il s’étend au style parental comme déterminant de ce que l’enfant deviendra. Selon notre compréhension, les perceptions des personnes répondantes reflètent aussi l’importance vitale du lait et du sang dans la vie et le contexte rwandais. Conformément à des études antérieures [57, 58], cela s’illustre par la perception, chez les personnes répondantes, que le trauma peut être porté d’une génération à l’autre par ces substances humaines que sont le lait et le sang, ce que Taylor avait aussi conclu : « le corps en bonne santé est vu comme un système de fluides en écoulement constant, tout comme la société et l’univers entier. La maladie, comme le désordre social et cosmologique, est interprétée comme le résultat d’un blocage ou d’un écoulement excessif… Parmi les substances qui s’écoulent et représentent la vitalité et la fécondité de la vie figurent le lait et le sang » [59].
Le deuxième mécanisme relevé est la transmission du trauma par les interactions parent-enfant. Cette transmission résulte probablement de l’exposition quotidienne des enfants à la souffrance émotionnelle des parents et du fait de grandir dans des familles où l’attachement parent-enfant a été affaibli par le trauma [60]. Nous soutenons que le développement de symptômes d’Ihungabana ou d’Ihahamuka dans cette catégorie de jeunes est aussi lié, d’une certaine façon, au fait que les enfants s’identifient aux expériences de leurs parents comme si elles étaient les leurs, ainsi que l’avaient rapporté des travaux antérieurs [61].
Le silence, comme la communication ouverte, le plus souvent répétée, des expériences traumatiques, sont aussi perçus comme des mécanismes potentiels de transmission du trauma. Les résultats ont révélé que les jeunes dont les parents taisent leur passé traumatique sont susceptibles d’être traumatisés, soit parce qu’il leur est impossible de saisir et à digérer les récits du génocide rencontrés par diverses autres sources, comme le voisinage et les commémorations, soit parce que le hasard les met face à des récits fragmentés ou contradictoires racontés par des parents ou par des génocidaires, qui les conduisent le plus souvent à imaginer davantage que ce qui s’est passé [62].
Comme on l’a observé chez les jeunes de l’étude, certaines de ces personnes présentaient des symptômes d’Ihungabana et/ou d’Ihahamuka. Ces résultats concordent avec des études antérieures. Le trauma constaté chez les jeunes au Rwanda pourrait résulter de l’exposition à des récits diabolisants partagés par des personnes rescapées dans les mémoriaux, comme Münyas l’a rapporté dans une étude menée auprès de jeunes au Cambodge [63, 64], même si les contextes diffèrent. En outre, contrairement à l’utilité de la communication ouverte observée dans l’étude de Braga et de ses collègues [65], dans la présente étude le dévoilement des récits du passé était surtout le fait de personnes autres que les parents, contribuant ainsi, par débordement, à des symptômes d’Ihungabana ou d’Ihahamuka. Dans d’autres cas, le trauma apparaît chez les jeunes lorsque certains parents se sont ouverts trop explicitement sur leur passé, surtout quand le dévoilement s’accompagnait d’émotions négatives comme la colère.
Un environnement familial fortement marqué par le silence et par le retrait social et émotionnel favorise la transmission intergénérationnelle du trauma parental, à l’inverse d’un environnement familial soutenant, qui encourage chez les enfants des modes d’adaptation plus ajustés comme la persévérance et l’estime de soi ou la confiance en soi [66]. D’autres facteurs qui favorisent le processus de transmission comprennent notamment le fait de grandir dans un environnement où les parents sont vulnérables en raison du trauma ou où les personnes rescapées vivent à côté de leurs agresseurs, les commémorations et rituels annuels, le style parental et la communication de récits accablants aux enfants, le plus souvent par des membres de la famille et par le voisinage.
Par ailleurs, il existe un lien fort entre le trauma intergénérationnel transmis au sein des familles et les effets des processus de réconciliation (comme les questions que les juridictions Gacaca n’ont pas résolues), des rituels et événements annuels de mémoire et des interventions éducatives. Cela tient surtout au fait que la jeune génération a grandi dans ces contextes et participe actuellement à des processus de réconciliation qui ravivent parfois les souvenirs du génocide. À leur tour, ces souvenirs réactivent le trauma des parents, ce qui affecte la réconciliation de diverses manières.
Les résultats suggèrent que les aspects du trauma que les parents transmettent le plus souvent à leurs jeunes enfants sont des sentiments de méfiance et de haine envers les familles des génocidaires, la peur de se faire tuer, le désespoir et une vision négative du monde, avec des attitudes négatives envers autrui qui peuvent mener à la vengeance ou à un cycle de violence. Des symptômes d’Ihahamuka ont aussi été observés dans les trois groupes de personnes répondantes : parents, spécialistes et quelques jeunes qui avaient personnellement souffert d’Ihahamuka. Ces résultats apportent des éléments nouveaux et complémentaires à considérer à côté des résultats d’études antérieures [67, 68], qui rapportaient de l’Ihahamuka chez des personnes nées avant le génocide et dont on supposait donc qu’elles revivaient ce qu’elles avaient déjà traversé.
Certains jeunes ont nié que le trauma issu du génocide puisse les atteindre, puisque ces jeunes n’étaient pas en vie pendant le génocide. Ce déni n’empêche toutefois pas la possibilité qu’un trauma se développe dans la génération née après un passé traumatique. Il confirme plutôt les résultats d’autres études [69], selon lesquelles, malgré le déni du trauma comme stratégie psychologique d’adaptation, la pression psychologique liée à ce déni peut voyager d’une personne à l’autre, s’exprimer et se manifester dans le corps de la personne qui la reçoit. Ce déni du trauma par les jeunes peut aussi résulter de la marginalisation des victimes de trauma, liée à la connotation culturelle qui associe au Rwanda le trauma à la folie, poussant certains jeunes à le nier pour préserver leur image (positive) dans leur communauté, comme on l’a aussi constaté chez des jeunes au Cambodge [70]. Cette stigmatisation peut toutefois aussi empêcher les jeunes de recourir aux services de santé mentale qui les aideraient à surmonter le trauma qui leur a été transmis de manière intergénérationnelle.
Concernant le lien entre trauma intergénérationnel et réconciliation, d’un côté, les jeunes de notre étude se sont montrés disposés à pardonner et à se réconcilier avec leurs pairs du groupe des génocidaires, et leurs parents soutenaient la réconciliation au sein de la jeune génération. De l’autre, les jeunes résistaient à cette réconciliation pour protéger leurs parents d’un nouveau traumatisme, en insistant sur le fait que les parents doivent pardonner les premiers pour ouvrir la voie aux jeunes. Autrement dit, le point de vue des jeunes est : « je pardonnerai après que mes parents l’auront fait ». Ce point de vue est probablement lié à l’héritage d’un trauma familial sévère, de la haine et de faibles niveaux de confiance et de pardon entre groupes, qui résultent probablement de discriminations plus importantes (lors d’épisodes de violence antérieurs, par exemple de 1959 à 1973) ayant entraîné au fil des années des traumas multiples chez les parents. En outre, ces difficultés des jeunes pourraient résulter de l’influence du discours parental dans le milieu familial [71].
Dans le même sens, les personnes répondantes ont souligné que la réconciliation peut devenir possible une fois que les victimes du trauma génocidaire passé sont guéries. Nos résultats ont révélé que la guérison des blessures émotionnelles est une condition préalable au bien-être personnel, à une communication saine et efficace, y compris au sein des familles, et à la réconciliation avec autrui. Ces résultats concordent avec des études antérieures [72] et appuient l’hypothèse plus large selon laquelle la guérison du trauma peut conduire au développement et constitue « une condition de la paix » [69, 73]. Nous suggérons qu’une communication saine, susceptible de mener à la réconciliation, ne peut être aisément atteinte par la descendance des personnes rescapées avant que leurs parents n’aient intégré leur trauma passé ou n’en soient guéris.
Les résultats de l’étude suggèrent qu’une communication malsaine chez les parents pourrait tenir au silence qu’impose le trauma, alors même que le souhait existe de témoigner auprès des autres de ce qui s’est passé. Lorsqu’elles parlent, certaines personnes rescapées communiquent ouvertement par leur corps, leurs gestes et une parole désordonnée. Cette communication est parfois imprévisible et peut évoquer des personnes que les autres ne voient pas, comme on l’a vu plus haut [74]. De notre point de vue, ce mode de communication peut être compris comme peu propice pour les jeunes et comme un obstacle à leur développement de styles de communication constructifs, qui contribuent normalement à faciliter la réconciliation entre ces jeunes et leurs pairs des familles de génocidaires.
Malgré les difficultés que rencontrent actuellement les jeunes en matière de réconciliation, des interventions existent pour les aider à surmonter leur trauma et à se réconcilier avec autrui. Par exemple, des données suggèrent que les interventions menées par des groupes communautaires de guérison peuvent contribuer à une communication ouverte sur les événements traumatiques passés au sein de l’environnement familial [75, 76]. De telles interventions peuvent aussi conduire à un meilleur bien-être psychosocial, à un environnement familial stable et à la promotion d’une cohabitation pacifique dans les communautés, avec la possibilité d’accélérer le processus d’unité et de réconciliation entre la descendance des personnes rescapées et celle des génocidaires. Créer des espaces sûrs pour aider les parents ayant survécu comme les parents génocidaires, ainsi que leur descendance, à parler de leur passé en soutien à la guérison du trauma pourrait donc nourrir une meilleure communication parent-enfant, et favoriser ainsi de meilleures relations intergroupes entre parents, qui peuvent aussi s’étendre à la descendance des uns et des autres.
Les efforts de réconciliation gagneraient beaucoup à mobiliser les génocidaires pour qu’ils reconnaissent leurs responsabilités morales, réparent les dommages qu’ils ont causés et demandent sincèrement pardon, afin d’aider les personnes rescapées à guérir du trauma. Nous soutenons que ces trois éléments (la reconnaissance de ses propres torts, la réparation de ce qui a été détruit et la demande de pardon aux victimes) sont un remède essentiel qui contribue à guérir chez les victimes le trauma de violations graves des droits humains. C’est en effet l’absence de ces éléments qui entrave la réconciliation. Ce sont des conditions qui aideront les personnes rescapées à envisager d’accorder leur pardon à leurs agresseurs et à avoir le sentiment de bénéficier de la justice. Les jeunes peuvent difficilement s’engager dans la réconciliation si leurs parents ne sont pas guéris du trauma. Guérir du trauma, faire l’expérience que justice a été rendue, se voir demander pardon et accorder son pardon sont des éléments cruciaux pour assurer une cohabitation pacifique après des violences de masse. Lorsque c’est possible, créer des espaces permettant aux génocidaires et aux personnes rescapées de se rencontrer, de discuter des bienfaits de la réconciliation, de demander et d’accorder le pardon en présence de leurs jeunes enfants aurait aussi un effet positif sur la manière dont les jeunes comprennent le génocide, considèrent les processus de réconciliation et s’y engagent. En effet, le rôle parental compte dans les relations interpersonnelles des jeunes enfants. À cet égard, que la descendance soit témoin de la réconciliation de ses parents peut contribuer à briser le cycle du trauma et de la haine intergénérationnels et à assurer une paix durable entre les générations à l’avenir. Pour y parvenir, des dialogues intergénérationnels favorisant une parole de vérité sur les expériences individuelles des parents pendant le génocide devraient être créés, comme des espaces où des adultes ayant intégré leur trauma accompagnent les jeunes en mentorat. Cela réduira la transmission d’informations fragmentées et contradictoires dans le discours sur le trauma historique. Ces dialogues devraient aussi inclure des témoignages de familles qui ont réussi à se réconcilier. De tels témoignages positifs peuvent inspirer les jeunes, non seulement à devenir des personnes qui reconnaissent leurs torts, mais aussi des personnes capables de pardonner facilement. En outre, les personnes qui ont livré ces témoignages servent de modèles à la jeune génération. Cela peut en effet aider les jeunes à comprendre que de mauvaises actions peuvent se transformer en bonnes, et ouvrir ainsi la voie à un regard positif sur la réconciliation intergénérationnelle en vue d’un avenir meilleur. Une valeur supplémentaire pourrait être apportée en définissant, dans la politique de santé mentale, un cadre pour la guérison du trauma de la génération de l’après-génocide. Par exemple, les centres adaptés aux jeunes, les centres de réadaptation et les écoles sont des lieux plus appropriés pour proposer un ensemble complet de guérison du trauma et de promotion de la réconciliation. À cet égard, ces lieux devraient être envisagés à des fins de consolidation de la paix.
En outre, créer des emplois et mobiliser les jeunes pour travailler ensemble dans de petites activités génératrices de revenus peut favoriser la cohésion, en aidant les personnes stigmatisées par leur communauté12 à renouer des liens sociaux et à se réintégrer. Faute de quoi, attendre la réconciliation de personnes traumatisées peut être irréaliste. Par ailleurs, si le dévoilement du passé fait aussi partie des mécanismes du trauma, il est apparu clairement que cette transmission dépend du contenu partagé et de la manière dont il l’est. À cet égard, nous suggérons que la communication des expériences traumatiques (parentales) aux enfants et l’enseignement de l’histoire du génocide tiennent compte de leur âge, du contenu à partager, de la manière et du moment de partager ces expériences passées. Guérir du trauma individuel et collectif est de la plus haute importance dans ce processus, car il faut des esprits sains pour créer des sociétés pacifiques.
Les résultats de notre étude se limitent aux perceptions et aux expériences d’un nombre restreint de personnes répondantes. En raison de la taille de l’échantillon, ils ne peuvent donc pas être généralisés. En outre, faute de temps, le point de vue des familles de génocidaires n’a pas été inclus dans cette étude. La recherche devrait aussi explorer le trauma intergénérationnel et la réconciliation chez la jeune descendance des génocidaires et chez leurs parents. Il serait en outre nécessaire de mener une étude approfondie sur les styles de communication qu’emploient les parents rwandais pour communiquer leurs expériences passées, de comprendre le processus de dévoilement et d’explorer l’âge approprié pour parler aux enfants de ces expériences traumatiques, ainsi que la manière appropriée de communiquer un tel passé. Par ailleurs, notre étude ne s’est pas centrée sur des dyades comme père-fils, mère-fille ou un parent et son propre enfant, ni n’a vérifié les effets liés au genre, bien que des pères aient fait partie de l’étude. Nous suggérons que de futures études explorent aussi cette question.
Les événements traumatiques liés au génocide ont gravement affecté le bien-être psychique des parents ayant survécu. Ce trauma se transmet actuellement à leur descendance née après le génocide et nuit à son bien-être psychologique, au risque de limiter son engagement dans la réconciliation. L’ouverture et la disposition des jeunes à la réconciliation dépendent de leur degré d’intégration du trauma passé dans leur vie présente, ainsi que de la guérison de leurs parents et de la manière dont ceux-ci s’engagent dans la réconciliation. Les jeunes peuvent ne pas s’engager dans la réconciliation par crainte de traumatiser de nouveau leurs parents, ou par méfiance envers les familles des génocidaires lorsque celles-ci ne se sont pas excusées.
Pour mieux favoriser la réconciliation intergénérationnelle, nous suggérons que la demande de pardon cesse d’être une démarche individuelle (du génocidaire) pour devenir une responsabilité, un processus et un engagement familiaux. En effet, dans bien des cas, les enfants considèrent leurs parents comme des modèles. De même, les vulnérabilités des parents affectent leurs enfants d’une manière ou d’une autre. Ainsi, demander pardon et faire en sorte que la jeune génération soit témoin de la réconciliation entre familles peut contribuer à guérir le trauma des parents ayant survécu et permettre à leur descendance de se réconcilier avec les familles des génocidaires, brisant ainsi le cycle du trauma intergénérationnel tout en augmentant les chances d’avoir une génération de l’après-génocide réconciliée. Cela pourrait à son tour assurer une paix future entre les personnes dans les communautés, comme dans le pays tout entier.
On appelle les spécialistes de la santé mentale et les organisations de consolidation de la paix à continuer de renforcer l’intégration de la prise en charge du trauma dans leurs services, pour soutenir les personnes rescapées, les génocidaires et leur descendance afin de réussir ce chemin de reconstruction de sociétés pacifiques après des atrocités de masse. Des programmes spécifiques de renforcement des processus d’unité et de réconciliation, et d’autres visant la guérison des parents, sont nécessaires pour garantir la réconciliation et favoriser des relations harmonieuses et une cohabitation pacifique entre anciens ennemis et leur descendance respective. Étendre la portée de ces programmes auprès des jeunes est aussi nécessaire pour favoriser la compréhension mutuelle, la confiance et la tolérance réciproque, et pour préparer une transition en douceur du passé douloureux des parents vers la construction d’un avenir nouveau, libre de violence.
Complexe Systémique : à retenir
L’intérêt de cette étude, pour la clinique systémique, est de déplacer la question du trauma intergénérationnel de l’individu vers la relation. Le trauma ne passe pas seulement « dans le sang » : il circule par des silences protecteurs qui laissent l’imagination combler les vides, par des récits livrés sans filtre en pleine crise, par des mises en garde qui tiennent les enfants à distance de leurs pairs. Le même acte de parole peut protéger ou blesser selon le moment, le contenu et la manière. Autre apport : la loyauté. Beaucoup de jeunes se disent prêts à la réconciliation, mais refusent de devancer leurs parents, comme si pardonner les premiers revenait à les trahir. D’où la proposition de faire de la demande de pardon un engagement familial, et non plus individuel. On notera les limites assumées : des perceptions et non des mécanismes établis, aucune voix des familles de génocidaires, pas de dyades parent-enfant. À lire avec l’article sur la thérapie narrative auprès des personnes rescapées du génocide au Rwanda, et avec l’article sur le trauma intergénérationnel dans les familles réfugiées.
Notes de l’original
1 Les Tutsi forment l’un des trois groupes ethniques du Rwanda : Tutsi, Hutu et Twa.
2 Par population locale, on entend les personnes vivant actuellement au Rwanda.
3 Ihungabana est la traduction littérale de « trauma » en kinyarwanda, langue locale.
4 Comme la plupart de leurs organisations se trouvent à Kigali, les spécialistes de la santé mentale et de la consolidation de la paix ont été recrutés exclusivement dans cette ville.
5 Pas de la même famille : il ne s’agit pas d’un parent et de son propre enfant.
6 Parmi ces conséquences figurent les coups reçus pendant le génocide et l’infection par le VIH/sida à la suite du viol d’une épouse. Dans un cas, un père a été tué après le génocide par les personnes qui avaient attaqué sa famille.
7 Le kinyarwanda est la langue locale.
8 Un couple formé d’une femme rescapée du génocide et d’un mari non rescapé (hutu).
9 Culturellement perçus comme inappropriés.
10 Actuellement, les témoignages des génocidaires sont rendus publics lors des demandes de pardon, qui ont lieu surtout pendant la période de commémoration du génocide.
11 Parmi les exemples donnés : fréquenter les mêmes écoles, apprendre la même histoire et utiliser les mêmes services, comme les établissements de santé.
12 Stigmatisées parce qu’elles souffrent d’Ihungabana ou d’Ihahamuka.
Note de l’éditeur. Springer Nature reste neutre quant aux revendications territoriales figurant dans les cartes publiées et aux affiliations institutionnelles.
Remerciements. L’équipe remercie les personnes répondantes qui ont accepté de s’ouvrir et de partager leur point de vue, les membres de la communauté qui ont facilité leur recrutement, ainsi que les personnes assistantes de recherche. Elle remercie aussi le Dr Kang Ezer pour la relecture et la Dre Maggie Zraly, qui a assuré l’édition professionnelle des manuscrits.
Contributions. MGK a conçu le projet d’étude, rédigé le guide thématique, analysé les données, rédigé les manuscrits et contribué aux versions finales. JK a participé à la rédaction de la liste des thèmes et à la collecte des données, rédigé la méthodologie, relu les versions du manuscrit et travaillé à la mise en page. MCI a contribué à la conceptualisation de l’étude, révisé la première version du manuscrit, coordonné la collecte des données et la transcription, et contribué à la rédaction. Toute l’équipe a contribué à parts égales au document final et l’a approuvé avant soumission.
Financement. Cette recherche a été financée par l’African Peacebuilding Network du Social Science Research Council.
Disponibilité des données. Les données sont disponibles auprès des personnes responsables de la correspondance et peuvent être partagées sur demande substantielle et motivée.
Approbation éthique et consentement à participer. Conformément aux normes et règles de la déclaration d’Helsinki, l’étude a été examinée et approuvée par le comité d’éthique du Rwanda Biomedical Center (référence no 1674/RBC/2018). Pour protéger la vie privée des personnes répondantes, leurs noms ont été remplacés par des pseudonymes après l’analyse. Un consentement éclairé a été obtenu de chaque personne avant sa participation aux entretiens ou aux GF, après une explication des objectifs de l’étude. La confidentialité a été respectée.
Consentement à la publication. Sans objet.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts lié à cette étude.
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Traduction non officielle en français de « Un veau ne peut manquer de prendre la couleur de sa mère » : la transmission intergénérationnelle du trauma et ses effets sur la réconciliation chez la jeunesse rwandaise de l’après-génocide, par Marie Grace Kagoyire, Jeannette Kangabe et Marie Chantal Ingabire, BMC Psychology, vol. 11, 104 (2023), doi : 10.1186/s40359-023-01129-y, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « “A calf cannot fail to pick a colour from its mother”: intergenerational transmission of trauma and its effect on reconciliation among post-genocide Rwandan youth », publié dans BMC Psychology (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Kagoyire, M. G., Kangabe, J., et Ingabire, M. C. (2023). « Un veau ne peut manquer de prendre la couleur de sa mère » : la transmission intergénérationnelle du trauma et ses effets sur la réconciliation chez la jeunesse rwandaise de l’après-génocide (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/un-veau-ne-peut-manquer-de-prendre-la-couleur-de-sa-mere-la-transmission (Œuvre originale publiée en 2023 dans BMC Psychology, 11, 104 (2023) ; republiée en 2023 par BMC Psychology, https://bmcpsychology.biomedcentral.com/articles/10.1186/s40359-023-01129-y)
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