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Family Process · Famille

Une adaptation culturelle Sud-Sud d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes pour les familles des Philippines

Un programme de parentalité conçu au Cap peut-il parler à des familles pauvres de Manille ? Une équipe philippine et internationale raconte, étape par étape, comment elle l’a transformé en MaPa, « Famille heureuse », en écoutant d’abord les parents. Maison à bâtir, komiks, compliments à réinventer : une adaptation qui négocie avec l’autorité parentale et les châtiments corporels sans jamais faire la leçon.

Auteurs Bernice Landoy Mamauag (département de psychologie, université Ateneo de Manila, et Division of Social Sciences, université des Philippines Visayas) ; Liane Peña Alampay (département de psychologie, université Ateneo de Manila) ; Jamie M. Lachman (Centre for Evidence-Based Intervention, université d’Oxford, et MRC/CSO Social and Public Health Sciences Unit, université de Glasgow) ; Bernadette J. Madrid (Child Protection Unit, Philippine General Hospital, université des Philippines Manille) ; Judy Hutchings (Centre for Evidence Based Early Intervention, université de Bangor, pays de Galles) ; Catherine L. Ward (département de psychologie, université du Cap, Afrique du Sud) ; Frances Gardner (Centre for Evidence-Based Intervention, université d’Oxford)Première publication Family Process, 6 janvier 2021Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Une adaptation culturelle Sud-Sud d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes pour les familles des Philippines, par Bernice Landoy Mamauag, Liane Peña Alampay, Jamie M. Lachman, Bernadette J. Madrid, Judy Hutchings, Catherine L. Ward et Frances Gardner, publié dans Family Process (Wiley) (2021), doi : 10.1111/famp.12625, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; les figures S1 et S2 (supplément en ligne) ne sont pas reprises ; le financement et les remerciements, absents du texte principal, sont repris de la version publiée. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Les châtiments corporels sont une pratique normative dans beaucoup de familles, et les qualifier de négatifs ou en interdire l’usage pourrait être jugé culturellement insensible.

Bernice Landoy Mamauag, Liane Peña Alampay, Jamie M. Lachman, Bernadette J. Madrid, Judy Hutchings, Catherine L. Ward et Frances Gardner

Résumé

Les taux de maltraitance des enfants sont plus élevés dans les pays à revenu faible et intermédiaire, en raison de facteurs de risque comme les inégalités sociales, les difficultés économiques et les normes socioculturelles. Compte tenu des données montrant l’efficacité des interventions parentales pour prévenir la maltraitance, cette étude a entrepris l’adaptation culturelle d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes, avec pour but final de l’intégrer à un programme national de transferts monétaires conditionnels destiné aux parents des Philippines à faible revenu ayant des enfants de 2 à 6 ans. Nous documentons l’adaptation systématique du programme Parenting for Lifelong Health for Young Children, élaboré et évalué en Afrique du Sud, pour des familles philippines à faibles ressources, à l’aide du cadre heuristique d’adaptation culturelle des interventions. Nous soulignons l’intérêt de mener un processus en plusieurs étapes, à la fois descendant et ascendant, qui recourt à une approche participative associant des personnes de l’intérieur et de l’extérieur de la culture, pour élaborer une intervention parentale qui reflète les réalités contextuelles et les valeurs culturelles de ses destinataires. Le programme adapté, Masayang Pamilya Para sa Batang Pilipino, est le fruit d’un effort délicat et délibéré pour concilier les objectifs et les valeurs éducatives philippines avec les données scientifiques sur les composantes des interventions parentales connues pour favoriser une parentalité positive et prévenir la maltraitance.

Mots-clés : adaptation culturelle ; programme de parentalité ; parentalité philippine ; maltraitance des enfants

Les recommandations de politique publique visant à mettre en œuvre des interventions de prévention de la violence envers les enfants se sont multipliées au fil des ans (Organisation mondiale de la santé, 2016). Les interventions parentales sont des programmes systématiques dans lesquels « au moins une composante de l’intervention comprend des activités destinées à favoriser un aspect d’une parentalité efficace » (Sandler, Schoenfelder, Wolchik et MacKinnon, 2011, p. 302). De tels programmes favorisent un changement de comportement chez les figures parentales et élargissent leur répertoire de compétences positives de gestion du comportement de l’enfant, par des processus associés à la théorie de l’apprentissage social et des principes issus de la thérapie comportementale. Ces compétences sont à leur tour entretenues par les résultats positifs que les parents observent dans le comportement de leurs enfants (Sandler et al., 2011). Parmi les preuves de l’efficacité de ces programmes figurent la réduction de la maltraitance et des comportements perturbateurs de l’enfant (Chen et Chan, 2015 ; Leijten et al., 2018).

Les interventions parentales sont particulièrement importantes dans les pays à revenu faible et intermédiaire (PRFI) et dans d’autres contextes de grande privation économique. Les parents des communautés les plus pauvres présentent un risque plus élevé de maltraiter leurs enfants (Hillis, Mercy, Amobi et Kress, 2016 ; Ward, Sanders, Gardner, Mikton et Dawes, 2015). Promouvoir des formes positives de parentalité peut être un moyen efficace et économique de traiter les problèmes de comportement de l’enfant et de prévenir la délinquance, l’usage de substances et les problèmes de santé mentale à plus long terme (Leijten et al., 2018 ; Ward et al., 2015). Dans le même temps, des approches adaptées au contexte sont nécessaires pour aborder les normes culturelles dominantes dans les PRFI, comme l’acceptabilité des châtiments corporels (Mejia, Leijten, Lachman et Parra-Cardona, 2016).

Une stratégie possible pour implanter des interventions parentales dans les PRFI consiste à adapter culturellement des principes ou des programmes de parentalité fondés sur des données probantes, élaborés et évalués ailleurs, le plus souvent dans des pays à revenu élevé (PRE ; Baumann et al., 2015). Étant donné les ressources limitées des PRFI, transposer un programme de parentalité fondé sur des données probantes peut être plus efficace que de construire des programmes en partant de la base (Gardner, Montgomery et Knerr, 2016). Lorsqu’ils sont introduits dans les PRFI, les programmes d’intervention peuvent nécessiter des modifications de contenu et de mise en œuvre. Des adaptations peuvent aussi être nécessaires pour intégrer le programme dans un contexte donné afin d’en renforcer l’acceptabilité et l’efficacité, tout en restant fidèle à ses composantes essentielles (Castro, Barrera et Martinez, 2004 ; Parra-Cardona et al., 2018).

Dans cet article, nous décrivons un processus d’adaptation culturelle Sud-Sud, aux Philippines, d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes, élaboré et évalué à l’origine en Afrique du Sud pour réduire le risque de maltraitance et améliorer le bien-être de l’enfant (Lachman, Sherr et al., 2016 ; Ward et al., 2019). Nous proposons un modèle de processus d’adaptation systématique pour les initiatives d’intervention d’autres PRFI qui cherchent à concilier les approches fondées sur des données probantes avec les réalités contextuelles et culturelles locales (Parra-Cardona et al., 2018). Nous montrons aussi comment les contextes culturels peuvent nuancer les programmes d’intervention et leur mise en œuvre, et nous en tirons des enseignements précieux pour les personnes qui interviennent auprès des familles, en particulier dans des contextes non occidentaux. Nous répondons ainsi à la nécessité de documenter systématiquement les efforts d’adaptation, afin de clarifier les composantes essentielles des interventions qui sont décisives pour reproduire les résultats attendus dans des contextes différents (Mejia et al., 2016).

La parentalité philippine comme contexte de l’adaptation culturelle

Les valeurs culturelles qui façonnent la parentalité philippine

La famille philippine est par nature cohésive : ses membres font preuve de respect filial et de soutien mutuel. Le respect envers les parents est ancré dans la valeur culturelle d’utang na loob, la « dette d’être » incommensurable envers les parents pour l’éducation reçue (Enriquez, 1994). La déférence envers les parents et les aînés est codifiée dans les mots po et opo employés pour leur adresser la parole (Guthrie et Jacobs, 1966), et dans l’attente que les enfants se soumettent à l’autorité et remplissent leurs obligations de soutien à la famille en grandissant (Alampay et Rothenberg, sous presse).

Les comportements, les réussites ou les manquements des enfants rejaillissent sur la famille. La valeur culturelle de hiya, le sens des convenances, signifie que l’on doit tenir compte de la famille dans ses décisions et ses actes (Enriquez, 1994). Des dynamiques subtiles et souvent non verbales d’interaction interpersonnelle, appelées pakikiramdam, c’est-à-dire « être sensible à autrui et aller à tâtons vers l’autre » (Mataragnon, 1988, p. 252), visent à protéger soi-même et la famille de la kahihiyan (honte). En conséquence, l’humilité et la modestie (Choi, Park, Lee, Kim et Tan, 2017), ainsi que le contrôle des émotions (Ng et Wang, 2019), sont des qualités valorisées et inculquées par les parents des Philippines.

Les attitudes et les comportements éducatifs philippins

Dans les familles philippines, comme dans d’autres familles asiatiques, les formes instrumentales de soutien sont plus typiques que les démonstrations ouvertes de chaleur (par exemple les compliments ; Ng et Wang, 2019). Ainsi, des parents des Philippines préparent un plat préféré ou fournissent le nécessaire scolaire malgré les difficultés financières, pour marquer leur considération positive (Alampay et Rothenberg, sous presse). Il a aussi été montré que les parents des Philippines avaient des attitudes éducatives traditionnelles et autoritaires, valorisant l’obéissance plus que l’autonomie (Alampay et Jocson, 2011). Ces attitudes autoritaires sont positivement associées à l’approbation et à l’usage des châtiments corporels, le nombre d’années d’études étant inversement associé à ces attitudes et à ces comportements (Jocson, Alampay et Lansford, 2012).

Les données sur l’usage très répandu des châtiments corporels par les parents des Philippines, et sur les attitudes et croyances culturelles qui les soutiennent, ont constitué un contexte important de notre adaptation d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes aux Philippines. Dans une étude nationale sur la violence envers les enfants portant sur environ 4 000 jeunes des Philippines âgés de 13 à 24 ans, une personne participante sur deux a déclaré avoir subi des formes légères de violence physique (comme des fessées à mains nues) et un tiers des violences psychologiques (Council for the Welfare of Children et UNICEF Philippines, 2016). Un tiers a aussi déclaré avoir subi des formes graves, comme des gifles ou des coups de pied. Les mères étaient le plus souvent désignées comme recourant aux châtiments corporels, probablement parce qu’elles sont les plus engagées dans les soins aux enfants, suivies par les pères, les frères aînés et les sœurs aînées.

Le programme Parenting for Lifelong Health for Young Children

Cette étude s’inscrit dans une initiative internationale, Parenting for Lifelong Health (PLH), qui vise à élaborer, évaluer et diffuser un ensemble de programmes de parentalité peu coûteux pour prévenir la maltraitance des enfants et améliorer le bien-être des parents et des enfants dans les PRFI1. Cet article rend compte de l’adaptation culturelle, pour les Philippines, de PLH for Young Children (PLH-YC), un programme de parentalité en groupe destiné aux figures parentales d’enfants de deux à neuf ans. PLH-YC a été élaboré et évalué au Cap, en Afrique du Sud, et intègre les principes et les composantes des interventions parentales fondées sur la théorie de l’apprentissage social et les techniques de gestion du comportement de l’enfant (Hutchings, 2013 ; Lachman, Sherr et al., 2016). PLH-YC a été spécifiquement conçu pour être peu coûteux, avec une approche participative mise en œuvre par des personnes paraprofessionnelles formées. L’équipe d’animation suit un programme structuré et manualisé, fondé sur un modèle de théorie du changement tiré des travaux de Forehand et McMahon (2003) et de Hanf (1969), qui soulignent l’importance d’établir une base solide de relations parent-enfant positives avant d’apprendre des stratégies de gestion du comportement et de discipline. Les résultats d’un essai contrôlé randomisé (ECR) mené au Cap ont montré, selon les parents, une hausse de la parentalité positive et une baisse de la parentalité dure immédiatement après le programme, ainsi qu’un nombre significativement moindre de stratégies parentales négatives observées un an après la fin du programme (N = 296 ; Ward et al., 2019).

La présente étude d’adaptation avait pour objectif d’examiner (1) les préférences et les perceptions des parents des Philippines et des prestataires de services concernant le contenu des programmes de parentalité aux Philippines, et (2) la pertinence culturelle et contextuelle et l’acceptabilité du programme adapté pour des familles à très faible revenu ayant des enfants de 2 à 6 ans2, en vue de sa mise en œuvre future dans un dispositif national de transferts monétaires conditionnels. Nous avons appliqué le cadre heuristique d’adaptation culturelle des interventions de Barrera et de son équipe (Barrera, Castro, Strycker et Toobert, 2013). Ce modèle par étapes intègre des approches descendantes et ascendantes de l’adaptation culturelle : nous partons d’un programme existant, PLH-YC, et considérons ses fondements théoriques et les données sur les bonnes pratiques (approche descendante). Ensuite, des membres du groupe culturel destinataire (familles cibles, personnes chargées de l’animation et équipe de recherche) soumettent le programme à un examen attentif et apportent leurs retours à différentes étapes (approche ascendante). Les processus descendant et ascendant interagissent de façon itérative. Le cadre se déroule en une série d’étapes : phase 1, recueil d’informations ; phase 2, conception préliminaire de l’adaptation ; phase 3, tests préliminaires de l’adaptation ; et phase 4, affinement de l’adaptation. Le recueil d’informations consiste à collecter des données auprès des destinataires du programme, qui orientent ensuite la conception préliminaire de l’adaptation. Le programme adapté est alors testé à petite échelle (phase 3), et les résultats nourrissent une nouvelle série d’adaptations du contenu et de la mise en œuvre du programme (phase 4). Dans cet article, nous décrivons le processus d’adaptation et les modifications apportées à PLH-YC pour le rendre acceptable et pertinent pour des parents des Philippines à faible revenu de jeunes enfants.

Méthode

Procédures et personnes participantes

Les protocoles de l’étude ont été examinés et approuvés par les comités d’éthique de l’université Ateneo de Manila (AdMUREC_16_014PA) et des universités d’Oxford (R43041/RE002) et du Cap (PSY2016-041). Toutes les personnes participantes ont été recrutées par échantillonnage raisonné selon les critères suivants : (1) être parent ou figure parentale d’enfants de 2 à 6 ans ; (2) bénéficier du programme de transferts monétaires conditionnels (CCT) du gouvernement philippin (phase 1 seulement) ; et (3) accepter et pouvoir participer à un programme de parentalité hebdomadaire en groupe de 12 séances (phase 3 seulement). Toutes les personnes participantes ont suivi une procédure de consentement éclairé et signé un formulaire de consentement avant de participer à l’étude.

Phase 1 : recueil d’informations

Nous avons mené des entretiens et des groupes de discussion (focus groups) avec des parents bénéficiaires du programme national CCT, afin d’examiner les contenus que les parents des Philippines jugent importants dans un programme de parentalité. Le programme CCT verse aux familles à faible revenu des prestations en espèces de 10 dollars par mois et de 6 dollars par enfant, sous réserve du respect de conditions de santé, d’éducation et d’autres conditions de développement social (dont la participation à un programme de parentalité). Vingt-sept mères et 20 pères, représentant 47 familles d’une communauté urbaine pauvre de la région métropolitaine de Manille, ont participé à cinq groupes de discussion. L’âge moyen des enfants était de 4,52 ans (ET = 1,69), et la majorité des personnes participantes avaient terminé leurs études secondaires.

Phase 2 : conception préliminaire de l’adaptation

Nous avons examiné les résultats de la phase 1 pour orienter l’adaptation initiale du programme. L’équipe de conception du programme, composée de l’équipe de recherche philippine et de collaborations internationales (c’est-à-dire l’équipe qui signe cet article), a participé à un atelier intensif aux Philippines et tenu plusieurs réunions en ligne pour discuter de l’adaptation du programme au regard des données. Nous avons examiné le contenu, la structure, le matériel et les modalités de mise en œuvre du programme d’origine pour repérer les composantes compatibles ou incompatibles avec les caractéristiques et les pratiques locales, et celles qui contredisaient ou soutenaient les besoins, les valeurs et les croyances des parents des Philippines. Ces composantes allaient des personnages et des situations représentés dans le matériel jusqu’aux messages plus fondamentaux du contenu du programme. À partir des données de la phase 1 et du point de vue émique de l’équipe locale, des recommandations précises ont été discutées pour rendre le programme approprié et parlant pour les parents des Philippines. L’équipe a documenté ses adaptations dans des versions provisoires des guides d’animation et des manuels de séance, élaborées en présentiel et en ligne en collaboration entre les membres locaux et internationaux de l’équipe.

Phase 3 : tests préliminaires de l’adaptation

Le programme adapté a été testé dans une étude pilote de faisabilité pour évaluer la perception qu’avaient les personnes participantes de la pertinence et de l’acceptabilité de contenus et de modalités de mise en œuvre précis. Les personnes participantes étaient 29 mères et un père (âge M = 33,30, ET = 10,54), l’ensemble ayant la charge d’enfants de 2 à 6 ans (âge M = 3,87, ET = 1,33). Les caractéristiques démographiques et les indicateurs de pauvreté de l’échantillon sont présentés dans le tableau 1. Les figures parentales ont participé à l’un de deux groupes de parents, chacun animé par un binôme d’animation philippin formé par la troisième personne signataire. L’équipe d’animation se composait d’une personne étudiante de deuxième cycle en psychologie, d’une personne médecin et de deux membres du travail social.

Tableau 1 — Caractéristiques sociodémographiques des personnes participantes au test pilote (N = 30)

  • Nombre de personnes au foyer, M (ET). 7,67 (3,71).
  • Nombre d’enfants au foyer, M (ET). 3,10 (1,77).
  • Parent ayant terminé ses études secondaires, n (%). 12 (40 %).
  • Parent sans emploi, n (%). 20 (66,7 %).
  • Biens du foyer (minimum de 4 et maximum de 10 dans l’échantillon)a, M (ET). 5,97 (1,59).
  • Faim vécue au foyer au moins 5 fois au cours du mois précédentb, n (%). 10 (33,4 %).
  • Parent ayant subi des violences dans l’enfancec, n (%). 22 (73,3 %).
  • Parent ayant subi des violences conjugalesd au cours du mois précédent, n (%). 10 (33,3 %).

a Economic Asset Index : accès à des biens et possession de biens rapportés par l’adulte, comme l’eau, l’électricité, un téléphone portable et la télévision. b Hunger Scale Questionnaire (Labadarios, 2003) : survenue de la faim au foyer rapportée par l’adulte. c ICAST-Retrospective (Dunne et al., 2009) : maltraitance physique, maltraitance émotionnelle et négligence dans l’enfance rapportées par l’adulte. d Revised Conflict Tactics Scale, forme courte (Straus et al., 1996) : violences physiques et psychologiques entre partenaires intimes rapportées par l’adulte.

Les groupes de parents se réunissaient une fois par semaine au centre du barangay (village). À l’exception d’un abandon, l’ensemble des parents a participé à au moins une séance (96,6 % d’inscription effective). Le taux moyen de présence était de 62 %, soit 7 séances sur 12. Les absences se répartissaient sur les 12 séances du programme, et l’équipe d’animation encourageait les personnes qui avaient manqué une séance à venir aux suivantes. À la fin du programme, deux groupes de discussion ont été menés avec 19 personnes ayant suivi le programme (n = 10 dans le premier, n = 9 dans le second), et un autre avec trois des quatre personnes chargées de l’animation, pour examiner la pertinence et l’adéquation des composantes de l’intervention.

Phase 4 : affinement de l’adaptation

Nous avons utilisé les données des groupes de discussion pour affiner encore le programme. Deux membres de l’équipe internationale (J. M. L. et J. H.) ont fait le déplacement aux Philippines pour participer à deux journées de réunions intensives avec l’équipe locale et l’équipe d’animation, afin de discuter de l’importance et de la pertinence du contenu du programme, des difficultés et des bonnes pratiques de mise en œuvre, et d’autres améliorations recommandées pour le programme adapté.

Analyse des données

Avant l’analyse des données, la personne qui signe en premier et trois membres de l’équipe d’assistance de recherche ont transcrit les enregistrements audio et vérifié leur exactitude. Ce travail leur a permis de s’immerger dans les données pour asseoir la fiabilité du processus de recherche (Morrow, 2005). L’équipe a ensuite analysé les transcriptions des groupes de discussion en suivant les six phases de l’analyse thématique de Braun et Clarke (2006). Elle s’est d’abord familiarisée avec les données en lisant et relisant les transcriptions et en notant ses interprétations. Chaque membre de l’équipe a ensuite passé au crible l’ensemble des données pour coder et repérer des régularités pouvant constituer des thèmes. Le travail individuel a été discuté collectivement pour dégager les régularités concordantes et divergentes. Ces dernières ont été traitées par des discussions sur le sens latent et le contenu des thèmes, jusqu’à l’obtention d’un consensus. L’équipe a ensuite appliqué à l’ensemble des données les codes et les thèmes issus du groupe. Enfin, elle a défini et finalisé les intitulés des thèmes, et choisi des extraits codés pour étayer ces thèmes.

Des vérifications de validité ont été menées par des consultations avec l’équipe de rédaction, qui corroborait les interprétations des données codées ou en proposait d’autres. Le dialogue continu entre équipes de recherche locale et internationale a constitué une stratégie réflexive permettant de mettre à l’épreuve croyances, points de vue et biais, et il conforte la fiabilité du processus et des résultats de la recherche (Morrow, 2005). Des vérifications de fiabilité ont été faites par une documentation minutieuse de la procédure d’analyse, des notes de réunion et des versions provisoires des productions.

Résultats et discussion

Phase 1 : recueil d’informations

Cinq thèmes se sont dégagés des entretiens et des groupes de discussion quant aux contenus que les parents jugeaient importants dans un programme de parentalité : (1) favoriser les interactions positives avec les enfants ; (2) permettre aux enfants d’exprimer leurs émotions ; (3) communiquer efficacement avec les enfants selon leur niveau de développement ; (4) renforcer les comportements sociaux positifs souhaitables ; et (5) une discipline efficace et la gestion des comportements difficiles de l’enfant.

Favoriser les interactions positives avec les enfants

Les personnes participantes ont évoqué le besoin d’avoir davantage d’interactions positives avec leurs enfants pour renforcer leur relation. Comme l’a formulé une mère :

« Je pense que c’est essentiel pour ne pas perdre l’affection de ses enfants. Il est important que, pendant leur croissance, leurs relations avec leurs parents deviennent de mieux en mieux. »

Ces interactions positives étaient jugées nécessaires pour améliorer l’obéissance, maintenir des relations harmonieuses et surmonter les difficultés quotidiennes liées au comportement de l’enfant. Cela suggère aussi une ouverture des parents des Philippines à des approches plus bienveillantes et affectueuses de la parentalité, plutôt qu’aux pratiques autoritaires décrites dans la littérature.

Permettre aux enfants d’exprimer leurs émotions

Les personnes participantes voulaient apprendre à aider leurs enfants à exprimer leurs émotions. Une mère a expliqué que les jeunes enfants ont souvent du mal à exprimer leurs émotions de façon constructive, surtout lorsqu’elles sont négatives. Une étude qualitative fondatrice a montré que l’expression de l’agressivité ou de la colère est découragée dans la culture philippine (Guthrie et Jacobs, 1966), comme c’est le cas dans d’autres contextes asiatiques (Ng et Wang, 2019). Les parents ont ajouté qu’apprendre aux enfants à exprimer leurs émotions était nécessaire pour que les enfants comprennent leurs propres émotions et celles de leurs parents, ce qui est un aspect essentiel du pakikiramdam (la sensibilité à autrui) et des relations harmonieuses avec les autres.

Communiquer efficacement avec les enfants selon leur niveau de développement

Les personnes participantes ont souligné l’importance de savoir interagir avec leurs enfants en fonction de leur âge. Un père l’a formulé ainsi : « C’est important que les parents sachent quoi dire à leurs enfants pour leur éviter ce genre de choses [conduites à risque]. » Les pères ont aussi expliqué que ce thème les aiderait à apprendre à encourager leurs enfants à s’ouvrir davantage à eux, d’autant que les pères philippins sont moins impliqués dans les soins quotidiens aux enfants (Jocson et al., 2012). Une mère a confié qu’elle ne savait pas comment donner des consignes à sa petite fille, ce qui entraînait des malentendus. La capacité à communiquer plus efficacement avec les enfants permettra aux parents de les guider vers les comportements attendus, de soutenir leur coopération et d’améliorer les relations parent-enfant.

Renforcer les comportements sociaux positifs souhaitables

Les personnes participantes voulaient savoir comment maintenir et renforcer les comportements sociaux souhaitables chez les enfants, en particulier l’obéissance et le respect des aînés. Une mère a expliqué combien ces comportements rejaillissaient sur les parents.

« Je pense que c’est important que les enfants apprennent ces choses [comment se tenir en public] parce que c’est le reflet de votre façon d’élever vos enfants. Leur comportement avec les autres renvoie une image de vous en tant que parent. Il y a des enfants qui disent “po” ou “opo”. Les parents de ces enfants reçoivent des éloges. Les gens disent : “Ta mère est formidable”. »

Cet objectif conforte la tendance répandue, aux Philippines, à entretenir de bonnes relations avec autrui et à éviter la honte familiale (Enriquez, 1994).

Une discipline efficace et la gestion des comportements difficiles de l’enfant

Les personnes participantes ont révélé qu’elles donnaient des fessées à mains nues ou utilisaient des objets pour discipliner leurs enfants. Outre les fessées, les parents recouraient pour discipliner à la discussion avec leurs enfants, au pincement, à la peur et aux punitions verbales. Dans le même temps, les personnes interrogées ont révélé que ces pratiques n’étaient pas forcément efficaces, puisque les écarts de conduite de leurs enfants persistaient, et ont donc exprimé le désir d’apprendre des façons plus efficaces de discipliner :

« Parfois, quand on parle à notre enfant et qu’il n’écoute pas, il reçoit une fessée. Il y a peut-être d’autres manières de discipliner un enfant qui ne se reprend pas quand on lui parle. »

Ce sentiment concorde avec les données mondiales qui font état de taux élevés de châtiments physiques à la maison, alors même que les parents expriment dans les enquêtes l’idée que les châtiments corporels ne sont ni nécessaires ni souhaitables (UNICEF, 2010).

Phase 2 : conception préliminaire de l’adaptation

L’équipe de rédaction a analysé les thèmes des réponses de la phase 1 au regard du contenu original de PLH-YC, afin d’adapter le programme aux familles philippines. Nos adaptations vont de la surface à la profondeur (Resnicow, Soler, Braithwaite, Ahluwalia et Butler, 2000). Les adaptations de surface consistent à ajuster le programme aux caractéristiques et comportements observables de la population cible, comme la traduction linguistique et la modification de l’apparence des personnages dans le matériel. Les adaptations profondes portent sur les aspects socioculturels, historiques et psychologiques qui influencent différemment les comportements dans le contexte local. Cela impliquait de recadrer les messages pour qu’ils correspondent aux valeurs et aux motivations des parents des Philippines.

Les thèmes correspondaient largement au contenu du programme d’origine, et nombre des préoccupations, des contenus souhaités et des valeurs décrits par les parents des Philippines étaient semblables à ceux qu’avaient exprimés les parents d’Afrique du Sud (voir Lachman, Sherr et al., 2016). En conséquence, les principes d’apprentissage social et de résolution participative des problèmes de PLH-YC ont été conservés dans le programme adapté, de même que le contenu essentiel et les compétences parentales de chaque séance. Le programme adapté visait lui aussi à réduire le risque de maltraitance, à renforcer les compétences des parents pour gérer les comportements difficiles de l’enfant par des stratégies non violentes, à réduire les problèmes de comportement de l’enfant et à accroître le bien-être des figures parentales et des enfants.

Le contenu du programme

Nous avons rebaptisé le programme adapté Masayang Pamilya Para sa Batang Pilipino (« Famille heureuse pour l’enfant philippin »), abrégé en MaPa, qui signifie « carte » en filipino et qui est aussi le raccourci de « maman » et « papa ». L’accent mis sur une émotion positive (masaya, heureux) et sur la famille entière vise à réduire la stigmatisation et la hiya (honte) que les parents des Philippines pourraient ressentir face à un programme présenté comme de la prévention de la violence pour parents. Le modèle en deux étapes de Hanf (1969) a été représenté par l’image d’une maison philippine typique, la Masayang Tahanan (Maison heureuse), adaptée du rondavel, la hutte au toit de chaume qui sert de cadre visuel dans PLH-YC (figure S1). Les parents sont accompagnés pour renforcer les murs de leur maison, qui représentent les fondations d’une parentalité positive, avant de s’occuper du toit, qui symbolise la pose de limites et une discipline non violente efficace. Ce cadre visuel se déploie sur 12 séances de groupe, chacune centrée sur un thème ou une compétence clé (tableau 2). La métaphore de la maison et des compétences clés comme « briques » permet aux parents de saisir facilement que leurs compétences se construisent progressivement, pour bâtir un foyer heureux.

Tableau 2 — Les séances du programme Masayang Pamilya Para sa Batang Pilipino

Pour chaque séance : titre ou thème, puis principaux apprentissages visés pour les parents.

  • 1. Un moment en tête-à-tête avec votre enfant. S’engager dans des interactions attentives, dirigées par l’enfant, à des moments précis et réguliers (par exemple 10 minutes chaque jour).
  • 2. Dites ce que vous voyez. Observer et décrire à voix haute à l’enfant ses comportements ou d’autres aspects de l’environnement.
  • 3. Parler des sentiments. Remarquer et nommer ses propres sentiments positifs et négatifs et ceux de l’enfant.
  • 4. Complimenter nos enfants. Formuler des compliments précis, liés au comportement positif de l’enfant.
  • 5. Des récompenses simples. Offrir une récompense concrète, pratique et culturellement acceptable lorsque l’enfant atteint des objectifs de comportement précis.
  • 6. Donner des consignes positives. Donner à l’enfant des consignes formulées positivement (c’est-à-dire en énonçant le comportement souhaité), précises et réalistes.
  • 7. Établir des règles et des routines familiales. Établir des règles familiales formulées positivement, précises et réalistes (par exemple le temps des devoirs, les tâches ménagères) et des routines, en particulier pour les repas et le coucher.
  • 8. Réorienter les comportements négatifs. Recourir à la réorientation et à l’ignorance pour répondre aux écarts de conduite naissants et aux comportements négatifs de recherche d’attention.
  • 9. Le retour au calme pour les enfants. Mettre en place un temps de pause (time-out) face à un comportement dérégulé de l’enfant.
  • 10. Utiliser les conséquences. Établir et appliquer des conséquences en cas de non-respect par l’enfant des règles et des consignes.
  • 11. Éviter et résoudre les conflits. Parler des conflits et les résoudre en y associant l’enfant.
  • 12. Réflexion, célébration et suite du chemin. Prévoir comment maintenir le changement de comportement et se soutenir mutuellement dans le groupe de parents après le programme.

Des activités de pleine conscience et de réduction du stress (par exemple des exercices physiques, de brèves méditations) étaient intégrées à toutes les séances.

La démarche de mise en œuvre du programme

La démarche d’intervention est participative et non didactique. Le programme commence par des consultations individuelles, généralement au domicile du parent, au cours desquelles l’équipe d’animation aide les parents à définir des objectifs de comportement précis pour soi et/ou pour leurs enfants. Pendant les séances, l’équipe d’animation soutient l’acquisition des compétences en aidant les parents à dégager des principes et des stratégies éducatives à partir d’histoires illustrées, puis accompagne leurs exercices de ces compétences dans des jeux de rôle. Les parents reçoivent des activités à pratiquer avec les enfants à la maison. Quelques jours après chaque séance, l’équipe d’animation envoie aux parents des SMS pour les encourager à mettre en pratique les compétences apprises. Des visites à domicile sont organisées pour les parents qui manquent des séances ou qui ont besoin d’un soutien supplémentaire pour résoudre les difficultés rencontrées en pratiquant les compétences avec l’enfant.

Les histoires illustrées, appelées komiks, constituent une stratégie clé pour engager les parents de façon simple et culturellement significative, car les komiks sont un média populaire dans la culture philippine (Reyes, 1997). Les histoires ont été adaptées pour intégrer des personnages, des thèmes et des situations proches de la vie familiale et communautaire philippine. Tous les komiks mettent en scène l’expérience de deux familles philippines, telles que décrites par les personnes participantes en phase 1 : une famille vivant dans un quartier informel en ville, composée d’une grand-mère, d’une mère et de deux enfants (le père est un travailleur migrant qui rentre de temps en temps) ; l’autre vivant dans un barangay (village) rural, composée d’un père, d’une mère et de deux enfants. Certaines situations du programme d’origine ont été modifiées selon les réalités contextuelles. Par exemple, le jeu de déguisement dans le jeu dirigé par l’enfant a été remplacé par un jeu de faire-semblant autour de la cuisson de l’adobo, le déguisement étant moins courant et moins adapté dans un milieu à faible revenu (voir la figure S2).

Des adaptations contextuelles spécifiques

Plusieurs adaptations plus profondes ont été apportées pour mieux accorder le contenu aux valeurs et aux pratiques philippines et accroître l’acceptabilité culturelle du programme. Ces adaptations ont été explicitement mises en avant dans la formation et dans le manuel d’animation. Compte tenu des attitudes et des pratiques traditionnelles qui accordent une grande place à l’autorité parentale aux Philippines, l’équipe s’attendait à ce que la notion d’activités « dirigées par l’enfant », leçon centrale de la séance 1, soit difficile à faire accepter. Nous avons donc soigneusement présenté cette notion comme un moment précis et limité dans le temps où les parents laissent les enfants prendre la responsabilité d’une activité, plutôt que comme un abandon du contrôle parental au profit de l’enfant. En outre, les bénéfices de l’activité dirigée par l’enfant devaient être formulés par les parents et discutés en détail pendant la séance.

Comme dans le contexte sud-africain, nous avons constaté que complimenter les enfants n’était pas une pratique habituelle dans les foyers philippins. L’équipe d’animation a donc appris à faire émerger, chez les parents, les mots ou les expressions dont l’emploi leur semblerait naturel pour exprimer leur approbation du comportement de leurs enfants. Ces mots sont ensuite pratiqués dans des jeux de rôle pendant les séances et à la maison, et dans des activités entre parents pendant les séances, afin de normaliser et de valider le fait de complimenter. Nous avons aussi orienté le contenu sur les récompenses de façon à encourager les parents à penser et à recourir à des récompenses pratiques, réalistes et culturellement acceptables (par exemple le plat préféré de l’enfant, du temps de jeu supplémentaire).

Le travail sur la communication des sentiments a été nuancé pour souligner qu’il est acceptable d’exprimer des émotions négatives de façon appropriée. Il a été rappelé à l’équipe d’animation de faire émerger chez les parents les bénéfices qu’il y a à permettre aux enfants d’exprimer et de nommer leurs émotions, et d’explorer les obstacles à l’expression des émotions par les enfants (le fait, par exemple, qu’elle puisse être vue comme un défi à l’autorité parentale ou une désobéissance).

Pour répondre au souhait des parents d’avoir des contenus sur la manière de communiquer avec les enfants selon leur niveau de développement, des questions de discussion supplémentaires ont été ajoutées sur l’importance de consignes claires et positives, et sur les règles et routines familiales pour les jeunes enfants (par exemple pourquoi et comment découper des consignes complexes en étapes distinctes). Une nouvelle section sur les grandes étapes du développement des jeunes enfants a été ajoutée au manuel, pour préparer l’équipe d’animation à répondre aux questions sur l’adéquation des attentes à l’âge, qui peuvent surgir dans toutes les séances.

L’omission délibérée, dans le programme d’origine, de messages désapprouvant ou décourageant explicitement le recours aux châtiments corporels a été maintenue. Les châtiments corporels sont une pratique normative dans beaucoup de familles, et les qualifier de négatifs ou en interdire l’usage pourrait être jugé culturellement insensible et faire naître chez les parents un sentiment de mépris et de dépossession de leur pouvoir d’agir. MaPa a proposé aux parents des stratégies alternatives et proactives pour gérer les écarts de conduite de leurs enfants, afin de prévenir le recours à des formes de discipline plus dures. L’équipe d’animation a été formée à présenter en modèle et à renforcer ces stratégies alternatives, à en faire émerger les bénéfices lors des discussions avec les parents, et à réduire au minimum l’attention ou le temps accordés aux réponses qui approuvent les châtiments corporels.

Phases 3 et 4 : tests préliminaires et affinement du programme MaPa adapté

À la suite des adaptations décrites, le programme MaPa adapté a été mis en œuvre dans un essai de faisabilité. Des groupes de discussion qualitatifs avec 19 parents et trois personnes chargées de l’animation ont été menés après l’essai, pour explorer l’expérience et la perception du contenu et de la mise en œuvre du programme MaPa. Les thèmes issus de ces groupes, présentés ici, portent sur l’acceptabilité contextuelle et la pertinence du programme, et ouvrent des pistes pour l’affiner encore.

Décrire les actions et les sentiments, des pratiques difficiles

Les parents ont confié décrire rarement les actions et les sentiments à leurs enfants, car c’était difficile et gênant. L’équipe d’animation de MaPa a observé que ce comportement, tout comme le fait de parler des émotions, semblait peu naturel pour la plupart des parents, qui n’interagissent généralement pas avec leurs enfants sur un mode très verbal et ne mettent pas en mots les sentiments de leurs enfants. Comme l’a dit un parent :

« Honnêtement, je n’ai pas l’habitude de le faire… Je vois mon fils regarder la télévision et je sais qu’il est content. Je n’ai pas besoin de dire : “Mon fils, tu es si content”. »

Les parents étaient particulièrement peu enclins à commenter ou à nommer les émotions négatives de leurs enfants, dans l’idée que cela intensifierait l’émotion de l’enfant et son expression. Cette observation concorde avec les études qui indiquent que l’engagement direct des parents auprès des enfants et le discours adressé à l’enfant sont moins fréquents dans les familles de statut socio-économique plus bas (Hoff, 2003).

Malgré les difficultés rencontrées par les parents pour appliquer ces pratiques, nous avons conservé dans le programme MaPa le contenu sur la description des actions et des sentiments, conformément aux données scientifiques solides qui soulignent leurs bénéfices pour la cognition et le langage des enfants (Rowe, 2012) et pour leur compétence émotionnelle (Denham, Renwick-DeBardi et Hewes, 1994). Même dans des cultures où l’engagement des adultes auprès des enfants n’est pas la norme, l’usage par les parents d’un discours adressé à l’enfant et, parallèlement, le vocabulaire des enfants ont augmenté lorsque les interventions comportaient ces composantes (Weber, Fernald et Diop, 2017). Nous avons amélioré le matériel des séances pour clarifier auprès des parents les objectifs de ces pratiques et en faire émerger plus clairement les bénéfices (par exemple, pourquoi il faut développer les compétences langagières des enfants). Décrire les actions et les sentiments a été présenté comme une activité que les parents pouvaient pratiquer plus naturellement pendant leurs moments en tête-à-tête avec leurs enfants, et qui pouvait porter sur l’environnement, par exemple en nommant les actions ou les sentiments d’autres personnes et en commentant des objets et des événements observables par les enfants.

Un contenu de programme qui fait sens

Les parents ont compris le sens de la métaphore de la Masayang Tahanan (« Nous devons renforcer les murs, sinon le toit risque de s’effondrer ») et ont souligné combien elle se vérifiait dans leur expérience (« Je n’ai pas eu à utiliser le retour au calme ni les conséquences avec ma fille, parce qu’elle s’est vraiment bien comportée, et la proximité entre nous a grandi »). Les parents ont aussi parlé d’une transformation progressive de leurs attitudes (« Je pensais qu’on devait m’obéir en toutes circonstances. J’ai compris que je devais aussi tenir compte des préférences de mon fils et reconnaître ses choix ») et de leurs comportements (« La fessée faisait partie de la façon dont on m’a élevé. Je n’ai pas besoin de l’appliquer à mon fils. »).

Les parents ont aussi estimé que les compliments et les récompenses, les consignes positives et les règles familiales les aidaient à atteindre leur objectif d’avoir des enfants qui font preuve de mabuting asal (bonne conduite). Même si les compliments et les récompenses ne sont pas forcément leur façon habituelle de soutenir les enfants, les parents des Philippines ont fait des retours positifs sur cet aspect du contenu du programme. Les consignes positives et les règles familiales leur ont aussi paru utiles et efficaces pour renforcer la coopération des enfants.

Enfin, les parents ont trouvé utiles les techniques de réduction du stress fondées sur la pleine conscience pour réguler leur colère et l’impulsion de frapper leurs enfants ou de se disputer dans le couple. Un parent l’a souligné en ces termes : « J’ai pris conscience de mon tempérament en rejoignant MaPa. Avant, je donnais des fessées ou je criais sur mes enfants quand ils se conduisaient mal. Aujourd’hui, je parle calmement et avec affection quand je m’adresse à eux. » L’impact de l’intervention parentale sur l’ensemble du système familial est souligné par cette phrase d’une mère : « Depuis que mon enfant et moi ne nous disputons plus souvent, mon mari et moi ne nous disputons plus souvent non plus. »

Des modalités de mise en œuvre efficaces

Les parents ont dit aimer les komiks, car ils représentaient des situations et des difficultés typiques de la vie familiale philippine. D’après leurs récits, l’approche collaborative et les jeux de rôle avaient facilité l’acquisition des compétences, et ces méthodes étaient préférées à des exposés magistraux. Élément central du programme d’origine comme du programme adapté, les parents étaient reconnus comme détenteurs de l’expertise sur l’éducation de leurs propres enfants, ce qui renforçait le sentiment de respect et l’appropriation du programme. Les mères ont dit éprouver de la fierté et de la confiance en tant que parents, et devenir plus actives et plus affirmées pour intervenir auprès de leur partenaire et des autres personnes qui s’occupent des enfants au foyer en matière d’éducation. Elles ont toutefois aussi confié avoir eu des difficultés avec les activités à faire à la maison, en raison d’autres responsabilités comme le travail et les tâches domestiques.

Les parents ont apprécié les rappels par SMS envoyés par l’équipe d’animation, qui leur donnaient un sentiment d’accueil et de reconnaissance. Si les visites à domicile ont mis une partie des parents mal à l’aise, elles les ont aussi, selon leurs dires, incités à venir aux séances et ont renforcé leur estime pour l’équipe d’animation, perçue comme leur accordant une attention personnalisée. De telles interactions entre l’équipe d’animation et les personnes participantes peuvent être particulièrement importantes dans la culture philippine, qui promeut le pakikipagkapwa, c’est-à-dire le fait de valoriser et de respecter l’autre quelles que soient les différences de statut.

Discussion générale

Cet article répond à la nécessité de documenter de manière systématique les procédures d’adaptation des programmes (par exemple Mejia et al., 2016) et souligne les bénéfices d’un processus en plusieurs étapes pour éclairer l’adaptation culturelle Sud-Sud d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes pour des familles vulnérables aux Philippines (Barrera et al., 2013). Les données recueillies auprès des parents, la recherche locale et les données scientifiques ont nourri notre processus d’adaptation.

Nous notons que le point de vue de l’intérieur, ou émique, apporté par l’équipe de recherche philippine a été une ressource décisive dans le processus, ce qui souligne l’importance de la collaboration avec les destinataires et les prestataires du programme. Comme le projet associait une équipe internationale (originaire des États-Unis, du Royaume-Uni et d’Afrique du Sud), le processus d’adaptation culturelle a exigé d’équilibrer les points de vue des personnes de l’intérieur et de l’extérieur de la culture. Les désaccords ont été autant d’occasions de découvrir les présupposés, les perspectives et les expériences de chaque partie. Par exemple, utiliser la nourriture (comme un plat préféré) comme récompense a du sens dans le contexte philippin, où offrir à manger est un geste d’hospitalité important et le signe d’une relation qui s’approfondit. Un point de vue occidental pourrait en revanche juger la nourriture inappropriée comme renforçateur, compte tenu des habitudes alimentaires malsaines ou de problèmes comme l’obésité. La distance géographique et la nécessité de communiquer par des canaux en ligne ont aussi compliqué la gestion du projet et rendu parfois difficile de saisir immédiatement les manières de faire et les contraintes locales dans la poursuite des objectifs du projet. L’équipe internationale a néanmoins accordé un poids important aux interprétations de l’équipe de l’intérieur et ont soutenu pleinement le processus de recherche et d’adaptation.

Notre approche participative a fait des parents des Philippines des parties prenantes à part entière de la conception d’une intervention qui sera finalement déployée à grande échelle dans leur contexte. L’équipe de recherche philippine elle-même peut être considérée comme extérieure à l’environnement particulier des familles cibles, où la privation et l’adversité sont omniprésentes. Il était donc décisif d’inclure et de respecter les valeurs, les points de vue et les préférences des personnes interrogées sur place, et de reconnaître l’hétérogénéité des savoirs et des expériences au sein même d’un cadre socioculturel donné. La transposition et l’adaptation de programmes entre cultures et au sein d’une même culture sont des objets d’étude de plus en plus importants, compte tenu des occasions accrues de collaboration internationale et des initiatives mondiales de développement social dans les PRFI. Nous avons constaté que le dialogue continu, la réflexivité, l’ouverture et la capacité d’adaptation entre partenaires et parties prenantes étaient des ingrédients clés du processus de transposition et d’adaptation culturelle des programmes d’intervention.

S’agissant du programme MaPa, nous avons largement conservé la théorie du changement, le contenu et la démarche de mise en œuvre de PLH-YC. Nous avons cependant ancré le programme adapté dans les valeurs et les attitudes familiales philippines dominantes qui correspondaient aux besoins exprimés par les parents. Notre adaptation a donc porté à la fois sur les structures de surface et les structures profondes (Resnicow et al., 2000), puisque l’ensemble du contenu a été nuancé par les valeurs philippines tout en conservant les principes d’origine du contenu et de la mise en œuvre.

Nous avons considéré les contenus de MaPa que les parents jugeaient difficiles ou gênants comme des occasions de réfléchir aux valeurs fondamentales des destinataires et d’affiner les messages du programme pour mieux les accorder à ces valeurs. Par exemple, compte tenu de la recherche décrivant la tendance des parents des Philippines à adhérer à des attitudes autoritaires (Alampay et Jocson, 2011 ; Jocson et al., 2012), nous avons soigneusement formulé nos messages sur le jeu dirigé par l’enfant pour rendre l’activité plus acceptable pour les parents. Plutôt que de les pousser à changer d’attitudes ou de comportements (par exemple les châtiments corporels), nous avons soutenu l’émergence de nouvelles compétences en accord avec les valeurs philippines. Nous avons reconnu que l’engagement verbal auprès des enfants (décrire les actions et les sentiments) était nouveau et difficile pour des parents des Philippines à faible revenu, et avons donc apporté un soutien supplémentaire à cette pratique, compte tenu de ses bénéfices pour le développement de l’enfant.

En renforçant la valeur culturelle de pakikipagkapwa, c’est-à-dire traiter l’autre en égal, l’équipe d’animation a adopté une posture bienveillante et non jugeante envers les destinataires du programme, afin de soutenir l’efficacité et la confiance des parents dans leurs relations avec leurs enfants, leur partenaire et les autres personnes qui s’occupent des enfants au foyer. Au-delà des effets sur la parentalité et la maltraitance, le potentiel des interventions parentales pour renforcer le pouvoir d’agir des figures parentales vivant dans des situations défavorisées et violentes peut être évalué systématiquement dans des essais formels.

Notre travail concorde avec les données montrant que de nombreux objectifs et valeurs éducatifs sont comparables d’une culture et d’un contexte à l’autre, et justifient donc des dispositifs de soutien ou des contenus d’intervention semblables (Leijten et al., 2016). Les éléments de programme que les parents des Philippines ont jugés nécessaires figurent parmi ceux que ciblent couramment les interventions parentales fondées sur des données probantes. En outre, des principes d’intervention comme le renforcement des relations parent-enfant par l’attention positive, et la modification des comportements des parents et des enfants par des stratégies d’apprentissage social, se sont révélés efficaces dans des contextes différents (Gardner et al., 2016 ; Leijten et al., 2018 ; Leijten et al., 2016). Si cela souligne la transposabilité des interventions, une adaptation systématique comme celle décrite ici renforce l’acceptabilité du programme, sa pertinence et sa sensibilité culturelles dans des contextes particuliers. L’adaptation à la fois descendante et ascendante, l’approche collaborative et les principes de dialogue et de réflexivité s’appliquent aux équipes qui conçoivent des programmes et aux prestataires de services qui mènent des interventions familiales, dont la thérapie familiale et le travail social en milieu clinique, scolaire ou communautaire. Les preuves de l’efficacité du programme au regard des composantes adaptées restent toutefois décisives, faute de quoi les efforts d’intervention n’ont pas de sens.

Plus largement, le travail d’adaptation des programmes d’intervention dans des contextes à faibles ressources devrait reconnaître les inégalités systémiques plus larges et les normes oppressives (de genre, par exemple) associées à des taux de violence plus élevés dans les communautés et les familles. Les pressions ressenties de la privation économique, comme celles que vivent les familles de notre échantillon philippin, aggravent le stress familial, les problèmes de santé mentale, les conflits conjugaux et les violences entre partenaires intimes, ainsi que les comportements parentaux durs (Conger, Conger et Martin, 2010). Le fait que le programme MaPa doive être intégré à un dispositif d’aide sociale (le CCT) reconnaît que les interventions de soutien à la parentalité doivent être indissociablement liées aux programmes de développement social, pour réduire la pauvreté, améliorer la santé et l’éducation des figures parentales et des enfants, et soutenir l’égalité de genre. Une telle stratégie intégrée est décisive dans les PRFI, où le rapport coût-efficacité et la possibilité de passer à grande échelle sont des préoccupations et des défis particuliers (Ward et al., 2015). Au-delà du processus d’adaptation culturelle et de transposition d’un programme, les recherches futures devraient documenter les processus et les bonnes pratiques, de l’adaptation du programme à son passage à grande échelle et à son intégration dans des initiatives plus larges du système social pour prévenir la violence dans les familles défavorisées.

Plusieurs limites nuancent nos conclusions. Nous avons recueilli les données auprès de parents des Philippines d’une seule communauté urbaine à faibles ressources, dont les besoins ne reflètent peut-être pas ceux des familles philippines à faible revenu vivant dans d’autres contextes. Nous avons privilégié des méthodes qualitatives dans notre adaptation culturelle de PLH-YC pour les Philippines. Les futures études sur l’adaptation culturelle des programmes de parentalité devraient intégrer méthodes qualitatives et quantitatives, pour une investigation plus complète du processus d’adaptation et de l’impact du programme, et une analyse plus riche de la faisabilité, de l’acceptabilité et de l’efficacité. D’autres tests de l’efficacité de l’intervention dans un ECR sont nécessaires pour confirmer si le programme MaPa culturellement adapté atteint ses objectifs de réduction de la maltraitance et d’amélioration du bien-être des enfants et des parents dans les familles philippines à faible revenu.

Complexe Systémique : à retenir

L’article intéresse la clinique systémique moins par ses résultats, encore qualitatifs, que par la manière dont il décrit le passage d’un programme d’une culture à l’autre. L’équipe ne combat pas de front l’autorité parentale ni la fessée : elle recadre le jeu dirigé par l’enfant comme un moment borné, laisse les parents trouver leurs propres mots pour complimenter, choisit le plat préféré comme récompense, et fait de la honte (hiya) une donnée avec laquelle travailler plutôt qu’un obstacle. On reconnaît là une logique de connotation positive et de respect des loyautés culturelles. Un détail résume l’enjeu systémique : une mère constate que, depuis qu’elle se dispute moins avec son enfant, elle se dispute moins avec son mari. Le texte assume aussi ses tensions, entre regard occidental et regard local, et entre transposabilité et adaptation. Les limites sont celles d’un pilote dans une seule communauté urbaine, majoritairement de mères, sans mesure d’efficacité. À lire avec l’article sur un programme familial auprès de familles birmanes en Thaïlande, et avec l’article sur l’adaptation contextuelle d’un programme de parentalité.

Notes de l’original

1 https://www.who.int/violence_injury_prevention/violence/child/plh/en

2 La différence entre les tranches d’âge visées par le programme d’origine et par le programme adapté tient aux contraintes des bailleurs de fonds. Cette tranche d’âge couvre le groupe le plus exposé à la violence selon la Violence Against Children Study (c’est-à-dire les enfants de 4 à 5 ans).

Financement. Cette recherche a été soutenue par des subventions de l’UBS Optimus Foundation (subvention 7905 accordée à Frances Gardner, Jamie Lachman et Cecille Gan), d’UNICEF Philippines et du programme Complexity and Relationships in Health Improvement Programmes du Medical Research Council (MRC, Royaume-Uni) et du Chief Scientist Office (subventions MC_UU_12017/14, MC_UU_1201711, CSO SPHSU11 et CSO SPHSUU14).

Remerciements. L’équipe remercie pour leurs précieuses contributions les figures parentales participantes de la communauté partenaire, la Philippine Ambulatory Pediatric Association, Pia Anna Ramos, Bianca Bello-Sarmenta, Margarita Mañalac-Copia, Celina Maria Torres et Michael Te.

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Traduction non officielle en français de Une adaptation culturelle Sud-Sud d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes pour les familles des Philippines, par Bernice Landoy Mamauag, Liane Peña Alampay, Jamie M. Lachman, Bernadette J. Madrid, Judy Hutchings, Catherine L. Ward et Frances Gardner, Family Process, vol. 60, no 4, p. 1202-1216 (2021), doi : 10.1111/famp.12625, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « A South‐to‐South Cultural Adaptation of an Evidence‐Based Parenting Program for Families in the Philippines », publié dans Family Process (2021) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Mamauag, B. L., Alampay, L. P., Lachman, J. M., Madrid, B. J., Hutchings, J., Ward, C. L., et Gardner, F. (2021). Une adaptation culturelle Sud-Sud d’un programme de parentalité fondé sur des données probantes pour les familles des Philippines (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/une-adaptation-culturelle-sud-sud-d-un-programme-de-parentalite-fonde-sur-des-donnees (Œuvre originale publiée en 2021 dans Family Process, 60(4), 1202-1216 (2021) ; republiée en 2021 par Family Process, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/famp.12625)

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