Journal of Marital and Family Therapy · Thérapie familiale

« C’est formidable, une fois qu’on s’y fait » : la téléthérapie relationnelle vécue par les personnes suivies à l’ère de la COVID-19

Au printemps 2020, les thérapies de couple et de famille passent à l’écran. Vingt-cinq personnes suivies aux États-Unis racontent ce basculement : on « fait avec », on se sent parfois plus en sécurité chez soi, on gagne du temps, mais la connexion flanche, l’intimité manque et tout dépend de la façon dont la personne thérapeute s’ajuste à ce nouvel espace.

Auteurs Candice A. Maier (université du Wisconsin-Stout, Menomonie, États-Unis) ; Dana Riger (université de Caroline du Nord à Chapel Hill, États-Unis) ; Heather Morgan-Sowada (Mount Mercy University, Cedar Rapids, Iowa, États-Unis)Première publication Journal of Marital and Family Therapy, 15 mars 2021Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « C’est formidable, une fois qu’on s’y fait » : la téléthérapie relationnelle vécue par les personnes suivies à l’ère de la COVID-19, par Candice A. Maier, Dana Riger et Heather Morgan-Sowada, publié dans Journal of Marital and Family Therapy (Wiley) (2021), doi : 10.1111/jmft.12508, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

L’engagement en téléthérapie repose sur la création active du lien là où la distance risque de le faire perdre.

Candice A. Maier, Dana Riger et Heather Morgan-Sowada

Résumé

La pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19) et les pratiques de distanciation sociale qui l’ont suivie ont modifié notre façon d’évoluer dans le monde et d’accéder aux soins de santé physique et mentale. Si la recherche et la clinique ont commencé à explorer les effets de la télésanté sur la psychothérapie et sur les résultats des traitements, cette étude avait pour objet d’explorer l’expérience vécue des personnes en téléthérapie, en particulier celles qui suivent une téléthérapie avec leur partenaire de couple ou un membre de leur famille. À partir d’une analyse thématique des réponses à des questions ouvertes d’une enquête en ligne, nous avons exploré l’expérience de 25 personnes engagées dans une téléthérapie de couple ou de famille après le début de la distanciation sociale. Les thèmes dégagés sont les suivants : « faire avec », un espace thérapeutique sûr, la commodité, les difficultés logistiques et l’ajustement des thérapeutes. Nous discutons des implications cliniques de ces thèmes pour soutenir une téléthérapie de couple et de famille efficace, et proposons des suggestions et des points d’attention pour les interventions et les pratiques cliniques à distance. [Correction ajoutée le 22 mars 2021, après la première publication en ligne : le terme « 19 » a été remplacé par « (COVID-19) » dans la première ligne du résumé, dans cette version.]

Contexte

La hausse de la détresse relationnelle pendant la pandémie du nouveau coronavirus (COVID-19) a fait l’objet de spéculations dans les médias grand public, qui expliquent que les couples connaissent des niveaux accrus de tension, d’anxiété et de deuil (Bader, 2020). Les difficultés interpersonnelles nées de cette crise mondiale sont sans précédent pour notre génération (Lebow, 2020). Les couples et les familles qui travaillent depuis leur domicile et respectent la distanciation sociale doivent gérer l’anxiété liée à la pandémie, concilier travail, tâches ménagères et souvent école à la maison, et composer avec un système de santé désormais moins accessible et plus risqué. Le stress professionnel supplémentaire, en particulier chez les personnes qui exercent des métiers essentiels, dont 87 % disent que leur stress a augmenté depuis le début de la pandémie (Hammonds et al., 2020), accroît probablement la détresse relationnelle au foyer, selon le modèle de débordement et de transfert (Spillover-Crossover) entre les sphères du travail et de la maison (Bakker et Demerouti, 2013). L’effet de l’enfermement a aussi conduit certains couples et certaines familles à vivre un stress plus élevé qu’avant la pandémie, même si la quarantaine et la distanciation sociale ont également permis à d’autres de ralentir et de se consacrer à l’entretien nécessaire de leur relation (Perel, 2020). Quoi qu’il en soit, le moment semble opportun, pour certains couples et certaines familles, pour s’engager dans une thérapie relationnelle, désormais menée à distance au moyen des technologies de télécommunication et appelée « téléthérapie ».

Ces dernières années, la recherche s’est davantage intéressée à la téléthérapie, notamment aux questions de formation des thérapeutes, comme l’accessibilité, la commodité et la compétence dans la prestation de services de téléthérapie (Benson et al., 2018 ; Bischoff, 2004 ; Blumer et al., 2015 ; Cravens Pickens et al., 2019). Alors que la téléthérapie était considérée jusqu’à récemment comme un service spécialisé pour les thérapeutes de couple et de famille (MFT, marriage and family therapists), la formation et la pratique de cette modalité sont désormais indispensables pour les MFT qui veulent ou doivent continuer à recevoir leur clientèle malgré la distanciation sociale. Bien que de nombreux programmes universitaires de thérapie de couple et de famille aient soutenu l’intégration de la téléthérapie dans la formation, la plupart n’offraient pas de telles possibilités de formation avant la pandémie de COVID-19 (Cravens Pickens et al., 2019). En outre, la pandémie a contraint les personnes en formation clinique et celles qui les supervisent à passer à la téléthérapie en un temps relativement court, ce qui a probablement aussi influé sur la manière dont les personnes suivies reçoivent les services.

La pandémie et les ordres de confinement ont aussi modifié la manière dont les MFT fournissent leurs services cliniques et celle dont les couples et les familles reçoivent la thérapie. Cette expérience inédite et l’afflux de nouvelles personnes en téléthérapie s’expliquent aussi en partie par le fait qu’une part croissante de la clientèle dispose tout simplement de la technologie nécessaire pour se connecter à distance avec une personne thérapeute. Entre 2000 et 2019, la part des adultes utilisant internet aux États-Unis est passée de 50 % à 90 %, et la part des adultes disposant du haut débit à domicile est passée de 1 % à environ 75 %, avec des écarts selon l’âge, l’origine, le revenu, le genre, le niveau d’études et le milieu de vie (Pew Research Center, 2019). Dans l’ensemble, la population américaine est de plus en plus connectée, et il est très probable que les services, dont la télésanté et la téléthérapie, se développent à l’avenir.

Compte tenu de la situation actuelle de la pandémie de COVID-19 et de l’obligation, pour les couples et les familles, de passer à la télésanté, il est essentiel d’explorer l’expérience vécue des personnes qui ont suivi une téléthérapie avec leur partenaire ou un membre de leur famille pendant cette période. Comprendre l’expérience de ces personnes peut améliorer la prestation de ces services et notre compréhension des bonnes pratiques de téléthérapie en thérapie de couple et de famille. L’objet de cette étude était donc d’explorer l’expérience vécue des personnes en téléthérapie, en particulier celles qui suivent une téléthérapie avec leur partenaire de couple ou un membre de leur famille.

Revue de la littérature

La possibilité d’offrir des services de santé au moyen des technologies de télécommunication aide à surmonter les obstacles à l’accès aux services de santé mentale, en particulier pour les populations mal desservies (Goss et al., 2017) et pour les personnes qui ont des difficultés à se rendre à des séances cliniques traditionnelles, en présentiel (Hilty et al., 2013). Si la téléthérapie présente à la fois des avantages de commodité et des avantages économiques (O’Reilly et al., 2007), les couples et les familles se tournent plus que jamais vers la thérapie relationnelle depuis le début de la pandémie de COVID-19 (Greenfield, 2020). Outre un meilleur accès à la technologie, la pandémie rapproche émotionnellement beaucoup de gens : la détresse accrue appelle du soutien, et beaucoup se tournent vers leur partenaire ou des membres de leur famille en l’absence des autres personnes qui feraient normalement partie de leur cercle social et de leur communauté (Perel, 2020), comme les collègues et les pairs.

L’efficacité de la téléthérapie

Un nombre croissant de données empiriques montrent que la téléthérapie est un mode efficace de prestation des services thérapeutiques individuels (Godleski et al., 2012 ; Hilty et al., 2013 ; King et al., 2014 ; Rees et Maclaine, 2015 ; Spence et al., 2011) ; on en sait toutefois moins sur l’expérience des personnes suivies et sur l’efficacité de la téléthérapie relationnelle. Les études d’efficacité de la téléthérapie ont constamment montré des résultats favorables en matière de satisfaction de la clientèle et d’alliance thérapeutique (Duncan et al., 2003). L’efficacité de la téléthérapie pour plusieurs motifs de consultation, dont la dépression, l’anxiété et les troubles liés à l’usage de substances, a aussi été documentée (Rees et Maclaine, 2015). La plupart de ces études étaient cependant quantitatives (Backhaus et al., 2012 ; Wrape et McGinn, 2018) et portaient sur la téléthérapie individuelle, non relationnelle.

La téléthérapie relationnelle

La téléthérapie familiale a été explorée par Anderson et al. (2017) dans leur étude de faisabilité d’un traitement fondé sur la famille pour des jeunes (n = 10) souffrant d’anorexie mentale (AM). L’étude a montré non seulement que les problèmes surgissant au cours du traitement étaient gérés de la même manière que dans le traitement de l’AM fondé sur la famille en présentiel, mais aussi que les parents étaient très satisfaits du traitement proposé (Anderson et al., 2017). Les résultats de cette étude suggèrent également que les interventions familiales en télésanté sont particulièrement adaptées pour répondre aux besoins de traitement des jeunes qui ne disposent pas d’options de traitement suffisantes (Anderson et al., 2017). Par ailleurs, l’expérience de couples recevant une téléthérapie a été explorée : ces couples ont connu une évolution positive de leurs attentes et ont notamment relevé que la téléthérapie leur avait permis de s’immerger pleinement dans le processus thérapeutique (Kysely et al., 2020).

Yang et al. (2020), dans leur étude par groupes de discussion sur les services d’intervention précoce (IP) familiale en télésanté, ont constaté que les familles qui utilisent la télésanté pour l’IP préfèrent la concevoir comme un complément, et non comme un remplacement, des services traditionnels d’IP familiale. Concevoir la téléthérapie comme un complément de la thérapie traditionnelle, et pas nécessairement comme une alternative, pourrait être utile au moment où les personnes reviendront vers la thérapie traditionnelle, une fois la distanciation sociale levée.

Dans leur étude des enjeux cliniques et éthiques de la téléthérapie familiale, Wrape et McGinn (2018) détaillent divers aspects du processus thérapeutique et de l’expérience des personnes suivies que les MFT devraient prendre en compte. Selon cette étude, la gestion de plusieurs personnes en séance et les obstacles à l’affiliation ou à la création du lien sont des domaines que les MFT doivent prendre en compte et chercher à mieux comprendre (Wrape et McGinn, 2018). Wrape et McGinn appellent la recherche en thérapie de couple et de famille à mieux comprendre, en particulier, les abandons et l’engagement dans les services et la psychothérapie familiale en télésanté. De même, Wrape et McGinn (2018) suggèrent aux MFT de repérer les différences de lien ou d’alliance entre les couples et les familles et leurs thérapeutes, et d’explorer le processus d’affiliation.

Bien qu’aucune recherche sur l’expérience de la téléthérapie vécue par les personnes suivies pendant la COVID-19 n’ait encore été publiée, Stanley et Markman (2020) proposent aux thérapeutes des pistes pour aider les couples à entretenir et à protéger leur relation pendant cette période, notamment : (1) agir de manière délibérée (« décider, ne pas glisser ») pour faire front commun pendant les périodes de transition, en particulier dans la coparentalité ; (2) renforcer la sécurité et la protection dans la relation et autour d’elle (« rendre le lien sûr ») ; et (3) reconnaître les schémas de reproche, de retrait et les cycles négatifs d’escalade dans la relation (« faire sa part »). Si ces données anecdotiques sont précieuses, aucune étude empirique n’a examiné l’expérience des personnes suivies qui sont passées à la téléthérapie relationnelle pendant la pandémie, ni ne s’est intéressée aux aspects relationnels de cette expérience. Cette étude cherchait à combler cette lacune en explorant l’expérience de personnes en thérapie avec leur partenaire ou un membre de leur famille, et à saisir les éléments relationnels de cette expérience au cours de la pandémie de COVID-19.

Méthode

Pour en savoir plus sur l’expérience vécue des personnes qui participent à une téléthérapie relationnelle, nous avons adopté une perspective herméneutique et un cadre phénoménologique (Heidegger, 1982 ; Saldaña, 2015). La phénoménologie herméneutique est une méthode de recherche qualitative qui fait de la personne qui mène la recherche le principal instrument du recueil et de l’analyse des données (Saldaña, 2015) et qui s’attache à comprendre l’expérience vécue d’un phénomène particulier (van Manen, 1990). Les études phénoménologiques s’efforcent d’explorer les significations importantes inhérentes à l’expérience vécue d’une personne (Merriam, 2009).

Les questions de recherche qui ont guidé cette étude étaient les suivantes : (1) Comment s’est passée, pour les couples et les familles, la transition de la thérapie traditionnelle en présentiel à la thérapie en ligne ou en télésanté ? (2) Y a-t-il des avantages particuliers à suivre une téléthérapie plutôt qu’une thérapie en présentiel ? (3) Y a-t-il des difficultés particulières à suivre une thérapie en télésanté en couple ou en famille, et comment sont-elles gérées ? (4) Quels conseils les personnes suivies donneraient-elles aux couples ou aux familles qui envisagent une téléthérapie ? et (5) Quels conseils ou quels retours donneraient-elles aux thérapeutes pour améliorer la pratique de la téléthérapie ?

Procédure

Après l’approbation du comité d’éthique institutionnel (IRB no 20200417) de l’université de la personne qui signe en premier, les données de cette étude ont été recueillies par diverses méthodes de recrutement : courriels adressés à des MFT recevant des personnes en téléthérapie relationnelle, listes de diffusion professionnelles comme celles de la section de thérapie familiale du National Council on Family Relations et de l’American Association of Marriage and Family Therapy, publications sur des réseaux sociaux susceptibles d’être fréquentés par des couples et des familles, et Amazon Mechanical Turk (MTurk). Sur les 214 personnes qui ont cliqué sur le lien et consenti à participer, seules 25 étaient éligibles et ont rempli l’intégralité de l’enquête. Au début de l’enquête, un formulaire de consentement éclairé était présenté, suivi d’une description de l’étude. Les personnes qui acceptaient les conditions et remplissaient les critères recevaient ensuite cinq questions ouvertes et une série de questions démographiques. Il leur était précisé que leur participation était entièrement volontaire et qu’elles pouvaient interrompre l’enquête à tout moment. Il leur était aussi précisé qu’il serait impossible d’identifier leurs réponses anonymes une fois l’enquête envoyée. Les personnes participantes pouvaient s’inscrire à un tirage au sort pour gagner l’une des quatre cartes-cadeaux Amazon de 25 dollars.

Participants

La population visée par cette étude était constituée de personnes suivant une téléthérapie de couple ou de famille pendant la pandémie de COVID-19. Les critères d’inclusion étaient au nombre de deux : avoir au moins 18 ans et suivre une téléthérapie en couple ou avec un membre de sa famille. Dans un premier effort pour recueillir des données dyadiques, nous avons aussi demandé aux personnes suivies si leur partenaire ou le membre de leur famille accepterait de répondre à l’enquête, et nous les avons invitées à générer un code pour relier les données dyadiques. Vingt-cinq personnes suivant une téléthérapie avec leur partenaire de couple ou un ou plusieurs membres de leur famille ont participé. Leur âge allait de 18 à 54 ans. Soixante pour cent des personnes participantes se définissaient comme femmes (n = 15), 36 % comme hommes (n = 9) et une personne (4 %) comme homme trans. La majorité se définissait comme blanche (72 %), 16 % comme latinx, 4 % comme amérindienne, 4 % comme originaire du Moyen-Orient et 4 % comme originaire d’Asie du Sud. Quatre-vingt-huit pour cent se disaient hétérosexuelles et 75 % avaient fait des études supérieures. Cinquante-six pour cent vivaient en zone périurbaine, 40 % en zone urbaine et 4 % en zone rurale. Les personnes participantes venaient de diverses régions des États-Unis, et l’une d’elles vivait hors des États-Unis.

Dans notre échantillon, la plupart des personnes participantes suivaient une téléthérapie de couple ou de famille depuis un à trois mois (68 %), et toutes sauf deux (92 %) disaient être passées à la téléthérapie avec leur partenaire ou des membres de leur famille en raison de la distanciation sociale liée à la pandémie de COVID-19. Il importe de noter qu’aucune différence qualitative n’a été relevée entre les personnes qui sont passées à la téléthérapie et les deux qui la pratiquaient déjà avant la pandémie. Plus de la moitié (n = 14) suivaient une thérapie conjugale ou de couple, les autres une thérapie familiale (16 % avec un membre adulte de la famille et 8 % en thérapie parent-enfant). Deux personnes (8 %) ne savaient pas sur quoi portait principalement leur téléthérapie actuelle, et deux autres (8 %) ont choisi « autre » à la question sur leur modalité thérapeutique. La plupart des personnes suivies disaient suivre la téléthérapie avec leur partenaire ou des membres de leur famille en étant physiquement ensemble chez elles, dans la même pièce (80 %) ; deux personnes suivaient la téléthérapie dans le même logement que leur partenaire ou les membres de leur famille, mais dans des pièces séparées. Trois personnes suivaient une téléthérapie centrée sur la relation depuis des domiciles ou des lieux différents.

Sur les 25 personnes participantes, 92 % indiquaient vivre avec au moins une autre personne. Trente-six pour cent vivaient avec une seule autre personne, 20 % avec deux autres personnes, 20 % avec trois, 12 % avec quatre et 4 % avec plus de quatre personnes. Dans le sous-groupe des personnes en thérapie conjugale ou de couple, 24 % avaient des enfants de moins de 12 ans et 12 % vivaient avec des jeunes de 12 à 17 ans ou de jeunes adultes (18-24 ans). Enfin, 40 % utilisaient Zoom comme plateforme de téléthérapie, 24 % Doxy-me et 8 % thera-LINK ; les autres citaient Simple Practice, TheraNest, Google Teams Meeting et Better Help, et deux ne savaient pas. Une personne disait utiliser une plateforme téléphonique (c’est-à-dire une thérapie par téléphone).

Recueil des données

Une enquête Qualtrics comportant cinq questions ouvertes a servi à explorer l’expérience des personnes participantes. Il leur était demandé de répondre dans des champs de texte libre, en les invitant à en dire autant ou aussi peu qu’elles le jugeaient approprié. Il leur était demandé d’indiquer leurs coordonnées (adresse électronique) si elles acceptaient de répondre à des questions de suivi par téléphone ou par téléconférence, pour vérifier l’interprétation auprès d’elles et approfondir leurs réponses. Après la première analyse des résultats de l’enquête, 15 personnes ont indiqué être ouvertes à des entretiens de suivi ; seules deux ont cependant répondu à nos demandes et ont été interviewées par Zoom après la première analyse des données, afin d’apporter des commentaires plus approfondis et plus nuancés sur leurs premières réponses et sur les thèmes de l’étude. Les entretiens de suivi ont duré de 10 à 30 minutes. Ils ont été enregistrés, et des notes de terrain et des mémos analytiques ont été rédigés à partir de ces entretiens.

Analyse

Les trois autrices ont participé à l’analyse. Ce sont toutes trois des femmes blanches et cisgenres, maîtresses de conférences débutantes aux États-Unis, qui ont toutes pratiqué la thérapie de couple et de famille dans une perspective postmoderne et constructionniste sociale. Malgré des identités et des formations semblables, leurs parcours et leurs expériences sont nuancés, et des points de vue divergents ont émergé au cours du processus d’analyse interprétative. Lorsque des questions se posaient et que des codes et des thèmes étaient repérés, les autrices sont parvenues à un consensus par le dialogue et par la recherche de systèmes de sens partagés ; elles ont aussi servi d’auditrices les unes pour les autres dans le processus d’analyse et ont recodé une partie des données des autres. Nous avons choisi d’analyser aussi les données dans une perspective constructiviste sociale, en raison de la nature intrinsèquement systémique des constructions sociales. Le constructionnisme social explore la co-création des compréhensions du monde au sein des systèmes dans lesquels ces compréhensions sont créées, et part du principe qu’il existe des réalités partagées, créées en relation avec d’autres plutôt qu’individuellement (Burkitt, 1996). Le constructionnisme social partage avec la phénoménologie herméneutique un intérêt pour le rôle dynamique de l’expérience humaine, de la compréhension partagée et de la conscience dans la création du savoir (Andrews, 2012). Si l’herméneutique et le constructionnisme social soutiennent et encouragent tous deux le relativisme, l’herméneutique s’efforce de préserver des notions de vérité qui ont du sens pour les personnes qui ont vécu le phénomène étudié, même face à des critiques convaincantes de la pensée ou du sens objectifs.

Garantir la rigueur

La recherche phénoménologique herméneutique ne fixe pas de taille d’échantillon ; la saturation des données est cependant un critère courant pour la déterminer dans cette méthode. Selon Miles et al. (2014), la validité interne, la pertinence des résultats et les éclairages issus de la recherche qualitative tiennent davantage à la profondeur et à la richesse des connaissances recueillies qu’au nombre de personnes participantes. Notre étude visait donc à recruter assez de personnes pour atteindre la saturation des données, c’est-à-dire le point où toute information supplémentaire n’apporte plus d’éclairage nouveau par rapport aux données déjà recueillies (Gehart et al., 2001). Le codage ouvert s’est poursuivi au-delà de la saturation pour vérifier que les codes se retrouvaient dans l’ensemble de nos données. Après le 20e entretien, la saturation a été atteinte et aucun nouveau code n’a été produit.

La transférabilité de notre étude a été assurée en obtenant de deux personnes participantes des descriptions détaillées et en les invitant, lors des entretiens de suivi, à développer le sens de leurs propos. La transférabilité a en outre été assurée par un échantillonnage raisonné (Saldaña, 2015). La fiabilité (Lincoln et Guba, 1985) a été prise en compte en faisant coder les données séparément par les trois autrices avant des réunions de débriefing entre pairs. Après le codage initial, d’autres débriefings entre pairs ont eu lieu pour renforcer la crédibilité du processus de codage et s’assurer qu’un cadre phénoménologique herméneutique guidait l’analyse (Daly, 2007 ; Lincoln et Guba, 1985). Des journaux réflexifs, des mémos et la mise entre parenthèses ont servi à consigner et à examiner les pensées, les biais, les présupposés et le positionnement de l’équipe de recherche.

Résultats

Les résultats de cette étude s’organisent autour de cinq grands thèmes issus de l’expérience que les personnes participantes ont eue de la téléthérapie avec leur partenaire ou un membre de leur famille. De manière générale, beaucoup de personnes participantes ont vécu positivement le passage à la téléthérapie relationnelle et ont « fait avec », c’est-à-dire persévéré dans la téléthérapie relationnelle compte tenu des circonstances imprévues de la pandémie de COVID-19. Les personnes participantes ont aussi rapporté un changement dans l’espace thérapeutique sûr vécu du fait de la téléthérapie relationnelle, et ont souvent dit trouver une commodité à suivre la téléthérapie depuis chez elles. Elles ont par ailleurs souligné les difficultés logistiques de la téléthérapie relationnelle, liées à la connexion internet et au manque d’intimité. Enfin, elles ont indiqué que l’efficacité de la téléthérapie dépendait largement de la capacité des thérapeutes à s’adapter aux particularités de la téléthérapie, autrement dit de l’ajustement des thérapeutes.

« Faire avec »

Le premier thème reflétait la conviction des personnes participantes qu’elles pouvaient persévérer dans la thérapie relationnelle malgré la pandémie de COVID-19 et la distanciation sociale ; elles préféraient « faire avec » ce dont elles disposaient pour la thérapie plutôt que de s’en passer complètement. Une personne a illustré ce sentiment : « En fait, je préfère la thérapie en présentiel, mais vu la situation ici en ce moment, je n’ai pas le choix. » Une autre allait dans le même sens : « C’est un peu moins personnel, de ne pas être en présentiel, en ligne par rapport à en personne. On gère du mieux qu’on peut en sachant que ça ne durera pas éternellement. » Dans toutes les réponses, la notion de « faire avec » revenait comme un écho, rappelant que si le passage à la téléthérapie n’était pas ce qu’elles avaient accepté au départ, le bénéfice qu’elles y trouvaient valait l’inconfort qu’entraîne le changement : « C’était une expérience différente. Le contact plus intime d’une thérapie fait une différence, mais vu les circonstances, c’était un bon service. » Une autre personne exprimait un sentiment semblable, tout en voyant aussi les avantages de la télésanté, plutôt que de ne disposer d’aucun service thérapeutique pendant la pandémie :

Le passage s’est fait progressivement. C’était un peu difficile au début. J’avais des doutes sur l’efficacité. Mais avec le temps, j’ai trouvé que les services de télésanté pouvaient être efficaces. J’ai fini par apprécier ces services, vu la pandémie actuelle. En cette période éprouvante, c’est beaucoup plus sûr et plus pratique.

Les bénéfices du fait de « faire avec » la téléthérapie relationnelle se retrouvaient dans l’ensemble des réponses, par exemple dans des propos comme : « C’est une ressource formidable quand la situation l’exige » et « [ça donne] la possibilité de continuer à recevoir une aide dont on a grand besoin dans une situation où le présentiel n’est pas possible. » Le sentiment général de « faire avec » se reflétait dans ce propos d’une personne participante : « La télésanté, c’est quand même mieux que rien ! » En outre, certaines personnes ont donné des conseils pour « faire avec » à celles qui envisagent la téléthérapie relationnelle comme une alternative aux séances en présentiel pendant la pandémie : « Je leur dirais qu’il faut un temps d’adaptation, mais que ça vaut la peine de faire comme ça plutôt que d’arrêter la thérapie pendant la pandémie. » Et aussi : « Je recommanderais de trouver une personne thérapeute avec qui le courant passe, parce qu’il peut être un peu plus difficile de créer un lien en thérapie par télésanté. »

Un espace thérapeutique sûr

Le deuxième thème reflétait la conviction des personnes participantes quant à l’espace thérapeutique sûr de la téléthérapie, et renvoyait au confort, à l’authenticité et au naturel perçus dans le fait de recevoir une téléthérapie relationnelle chez soi. Ce thème était illustré par une personne qui disait : « Nous deux, on adore être dans notre propre environnement, parce qu’on s’y sent en sécurité » ; et « … c’est vite devenu très naturel, et une expérience encore plus positive qu’en présentiel. » Il ressortait globalement des réponses que, si la thérapie en présentiel et la téléthérapie étaient toutes deux bénéfiques pour répondre aux besoins émotionnels des couples et des familles en détresse, la téléthérapie avait le mérite d’offrir aux personnes suivies leur propre espace émotionnel sûr pour s’engager dans la thérapie avec leur partenaire ou des membres de leur famille, comme le disait une personne : « Cet environnement familier donne à mon avis un regard plus humain. Les séances paraissent plus naturelles et moins sous pression. »

De plus, les personnes participantes évoquaient souvent la facilité et le soulagement de pouvoir se connecter virtuellement avec leurs thérapeutes depuis leur espace personnel, plutôt que de se rendre dans un bâtiment pour leurs rendez-vous. Par exemple : « J’adore le fait de ne pas avoir à me rendre physiquement dans un bâtiment particulier pour pouvoir avoir une discussion profonde sur mes problèmes et mes difficultés » et « Quand on va dans un cabinet, c’est un peu intimidant ; avec la télésanté, on reste dans un environnement connu, ce qui rend la thérapie un peu moins écrasante. » Une personne participante a donné aux thérapeutes un conseil sur la sécurité émotionnelle accrue dans l’espace thérapeutique :

Mon conseil, c’est de se rappeler que quand on est dans son propre espace, on a tendance à ressentir les choses et à parler autrement que chez quelqu’un d’autre. Je pense qu’une vraie honnêteté et une vraie croissance peuvent naître de la téléthérapie, à condition de la pratiquer avec prudence et intention. À mesure que le monde qui nous entoure entre dans l’ère numérique, il devient plus confortable et plus naturel d’utiliser la téléthérapie.

Les personnes participantes ont aussi développé l’anxiété et l’appréhension liées aux salles d’attente des cabinets de thérapie. Une personne disait de la téléthérapie : « Je n’ai pas à m’inquiéter de ce que les gens pensent de moi dans la salle d’attente. » Si beaucoup de personnes participantes ont fait part des aspects positifs de ce thème, l’espace thérapeutique sûr, certaines ont expliqué que leur environnement domestique nuisait à leur engagement émotionnel et au naturel des échanges : « C’est plus facile de parler aux gens en personne » ; « C’était difficile de sortir de l’état d’esprit de la maison et de rester dans la séance. J’apprécie de poser des limites entre ma vie à la maison et mon espace de thérapie » ; et « C’est un peu moins personnel, de ne pas être en présentiel, en ligne par rapport à en personne. » De même, une personne a expliqué que la téléthérapie créait des obstacles à l’expression émotionnelle :

Surtout, j’ai l’impression de moins bien faire passer ce que je veux dire, et de me retenir d’une certaine façon. Par exemple, je me surprends à ne pas utiliser le langage que j’utiliserais en personne. Je me sens juste autrement. Pour l’instant, je n’ai pas trouvé comment me sentir plus à l’aise pour m’ouvrir en ligne.

Par ailleurs, les personnes participantes ont mis en garde les futures personnes suivies : « Assurez-vous d’avoir un endroit calme où vous pouvez vous impliquer pleinement, et gardez de la régularité. » De manière générale, les personnes participantes voulaient faire part à la fois des avantages de la téléthérapie en couple ou en famille, et du sentiment accru de sécurité émotionnelle dans l’espace thérapeutique qui lui est associé, mais aussi de ses inconvénients (c’est-à-dire le manque d’engagement et d’expression émotionnels lié à la téléthérapie centrée sur la relation) par rapport à la thérapie en présentiel.

Enfin, les personnes participantes ont exprimé certaines inquiétudes quant à l’espace physique et au manque d’intimité de leur environnement pour s’engager efficacement dans la téléthérapie. Une personne a confié : « Il y a clairement la difficulté d’avoir un endroit calme pour pouvoir se concentrer uniquement sur la thérapie… », ainsi que « C’est un peu compliqué de trouver un espace privé en dehors de la maison pour garantir la confidentialité » et « … on essaie de trouver un espace calme dans notre maison. »

La commodité

Le troisième thème portait sur la facilité et les avantages pratiques de la téléthérapie relationnelle, en particulier sa commodité. Les personnes participantes évoquaient souvent les économies d’argent et de temps permises par la téléthérapie : « … c’est un gain de temps, et très pratique pour les deux parties » ; « Ça fait gagner du temps et de l’essence » ; et « Mon horaire de rendez-vous habituel tombe à un moment où la circulation est vraiment mauvaise, donc c’était agréable de ne pas avoir à gérer ça les jours de rendez-vous. »

Les personnes participantes ont aussi souligné l’avantage de l’intimité qu’offre la téléthérapie. Une personne disait : « J’aime qu’après un rendez-vous, je sois déjà dans mon espace sûr et que je puisse continuer à prendre soin de moi, au lieu de monter en voiture et de devoir conduire quelque part. » Cette même personne revenait sur la souplesse de la téléthérapie relationnelle : « Dans mon couple, l’autre fume, et ça lui a fait du bien de pouvoir faire une pause pour fumer, se calmer et digérer les choses pendant quelques minutes avant de reprendre le dialogue. »

Les difficultés logistiques

Le quatrième thème reflétait les difficultés logistiques rencontrées par les personnes participantes pendant la téléthérapie. Elles évoquaient souvent les inquiétudes liées à la connexion internet et à la bande passante nécessaires à la téléthérapie. Par exemple, une personne disait : « Ça prenait plus de temps, parce que je devais m’assurer que ma technologie fonctionnait, et mon Wi-Fi aussi. » Une autre faisait écho à ce propos : « C’est parfois difficile de communiquer avec la personne thérapeute quand il y a de la latence ou des problèmes de connexion… » Les personnes participantes recommandaient donc aux thérapeutes de disposer d’une connexion internet stable pour mener la téléthérapie.

Une personne a évoqué la responsabilité accrue liée aux aspects pratiques de la téléthérapie : « Je suis la mère, et c’est à moi de rappeler à tout le monde quand se connecter. Je n’avais pas à le faire très souvent quand on allait en voiture à nos rendez-vous. » Une autre a prévenu les thérapeutes que les séances « ne devraient pas être trop longues ni fastidieuses ». Il ressortait donc globalement des réponses que les difficultés logistiques de la téléthérapie impliquaient aussi d’accorder de l’attention au temps des personnes suivies et aux tâches supplémentaires qu’entraîne une téléthérapie centrée sur la relation.

Les personnes participantes ont aussi fait part de leurs inquiétudes quant à l’impossibilité de connecter plus d’un appareil en téléthérapie relationnelle ; une personne a donné le conseil suivant : « Ce serait mieux s’il y avait plusieurs (façons de se connecter) ; c’est difficile d’être les deux dans le champ de la caméra pendant une consultation de couple. » Une autre personne faisait écho : « Essayer de garder les deux dans le champ en permanence tout en gardant l’écran assez près pour voir la personne thérapeute. »

L’ajustement des thérapeutes

Le dernier thème qui s’est dégagé de l’analyse portait sur l’ajustement des thérapeutes à la téléthérapie. Les personnes participantes estimaient souvent que l’efficacité de la téléthérapie dépendait de la capacité des thérapeutes à reconnaître l’environnement particulier dans lequel se déroulait la téléthérapie et à s’y ajuster. Par exemple, une personne participante a invité les thérapeutes à reconnaître les particularités de l’espace en ligne et les limites qui s’y jouent :

L’autre retour que je ferais, c’est que je pense que les thérapeutes [sic] devraient continuer à surveiller leur propre présence dans cet espace. J’ai remarqué que ma thérapeute raconte plus d’histoires personnelles que quand on était dans son cabinet. Et je l’ai aussi entendue dire « J’aimerais tellement pouvoir vous prendre dans mes bras, là », une ou deux fois. Je ne pense pas que ces choses posent problème en soi, je pense juste qu’il est important de réfléchir à la façon dont on se présente dans des espaces différents, et à l’effet que ça peut avoir sur une personne suivie.

Si beaucoup de personnes participantes disaient que leurs thérapeutes réussissaient bien le passage à la téléthérapie, elles voulaient que les thérapeutes sachent qu’elles pouvaient s’engager différemment en ligne. Par exemple, une personne a dit : « (J’ai) découvert que j’ai moins de facilité à m’ouvrir en parlant à travers l’ordinateur… J’ai l’impression de me retenir un peu plus qu’en personne. » Une autre partageait ce sentiment : « Quand on est dans son propre espace, on a tendance à ressentir les choses et à parler autrement que chez quelqu’un d’autre. »

Certaines personnes ont exprimé leur frustration face au manque d’ajustement à cet environnement particulier et ont suggéré que les thérapeutes mettent en place des activités pour créer du lien là où la distance physique avait pu le faire perdre. Par exemple, une personne a suggéré « un exercice de respiration ou quelque chose de semblable, qui pourrait aider au lien entre la personne thérapeute et la personne suivie ». Une autre a suggéré que la personne thérapeute pourrait « utiliser des techniques pour briser la barrière froide de la distance ».

Il ressortait globalement des réponses que l’ajustement des thérapeutes supposait aussi de prêter attention à leur propre espace et d’utiliser des outils pour maintenir la continuité des soins. Une personne a dit qu’elle apprécierait que la personne thérapeute « fournisse des documents qu’on puisse imprimer de notre côté et que vous ayez aussi, pour se sentir plus en lien » ; d’autres jugeaient important de « garder le contact visuel avec la caméra, avoir une caméra bien éclairée et stable ». De manière générale, les personnes participantes voulaient partager les manières particulières dont elles peuvent vivre la téléthérapie, différentes de la thérapie en présentiel ; elles souhaitaient que les thérapeutes reconnaissent les particularités de cet espace, fassent preuve de créativité et élaborent des stratégies et des activités qui tiennent compte de ces particularités et comblent les éventuelles lacunes dans la continuité des soins, le lien et la sécurité.

Discussion

Cette étude a exploré l’expérience de personnes suivies en téléthérapie avec leur partenaire ou un membre de leur famille pendant la pandémie de COVID-19. Cinq thèmes se sont dégagés des données : « faire avec », un espace thérapeutique sûr, la commodité, les difficultés logistiques et l’ajustement des thérapeutes.

« Faire avec »

L’expression idiomatique anglaise making do, « faire avec », a été largement employée pendant la Seconde Guerre mondiale ; elle signifie en général utiliser ce dont on dispose pour tenir bon face à des circonstances imprévues. Le ministère britannique de l’Information a publié la brochure Make Do and Mend (« Faire avec et raccommoder »), destinée à donner à la population des conseils utiles pour être économe et inventive avec des moyens limités, pendant les dures périodes de rationnement de la guerre (Magruder-Newman et al., 2018).

On ne sait pas encore si la pandémie de COVID-19 donnera naissance à une expression semblable, qui résumerait les expériences de la débrouille avec des moyens limités pendant une crise nationale ; il a cependant été suggéré que les couples et les familles tiennent bon et réorganisent leurs priorités pendant la pandémie pour se concentrer sur leurs relations interpersonnelles (Greenfield, 2020 ; Perel, 2020). Ces facteurs propres à la clientèle et extrathérapeutiques devraient être pris en compte au regard de la réussite de la thérapie (Blow et Sprenkle, 2001). Les couples et les familles ont dû s’adapter et, comme l’a dit une personne participante à propos de l’adaptation à la téléthérapie : « Il faut un temps d’adaptation, mais ça vaut la peine. »

Un espace thérapeutique sûr et la commodité

Parmi les avantages de la téléthérapie relationnelle les mieux documentés dans la littérature figurent la réduction de la stigmatisation, la faisabilité et un meilleur accès pour les couples et les familles qui pourraient bénéficier de traitements relationnels (Kruse et al., 2017 ; Wrape et McGinn, 2018). De fait, ces avantages rejoignent une grande partie de l’expérience partagée par nos personnes participantes dans les thèmes de l’espace thérapeutique sûr et de la commodité. Plus précisément, la commodité et le confort de la téléthérapie relationnelle suivie depuis son environnement familier ou sa « zone de sécurité » (Kysely et al., 2020), la diminution de l’anxiété liée à la salle d’attente et le gain de temps se retrouvaient dans ces deux thèmes de la présente étude. Si l’un des principaux obstacles à la formation à la téléthérapie évoqués dans la littérature en thérapie de couple et de famille tient au temps et au coût financier qu’elle représente pour les programmes universitaires (Cravens Pickens et al., 2019), il est frappant que ce soient précisément ces avantages économiques et ce gain de temps que les personnes suivies citent souvent comme des atouts de leur participation à la téléthérapie relationnelle. Du point de vue de la motivation de la clientèle, au regard des facteurs communs (Blow et Sprenkle, 2001), la capacité d’agir des personnes suivies et l’accessibilité sont de la plus haute importance pour la réussite de la thérapie.

Les thèmes prolongent des études antérieures qui ont montré que la télésanté est une alternative faisable, efficace et sûre à la thérapie en présentiel (Wrape et McGinn, 2018). Si les personnes participantes ont souligné la sécurité accrue qu’elles ressentaient en téléthérapie relationnelle, certaines ont décrit la difficulté qu’elles éprouvaient à parler à leur thérapeute en télésanté. Sans aucun doute, la sécurité émotionnelle et physique, avec la personne thérapeute comme dans les relations proches, est le fondement de la capacité à faire preuve d’ouverture et à accepter sa vulnérabilité dans des relations saines, comme le notent Stanley et Markman (2020) dans leurs recommandations aux thérapeutes qui aident les couples à protéger et à préserver leur relation pendant la pandémie de COVID-19. Garder l’attention sur l’engagement des personnes suivies et créer un espace à la fois physique et émotionnel propice à une thérapie relationnelle efficace sont donc des recommandations importantes pour les thérapeutes (Wrape et McGinn, 2018).

Les difficultés logistiques

Les difficultés logistiques habituelles de la téléthérapie (Kysely et al., 2020 ; Simpson et Reid, 2014 ; Wrape et McGinn, 2018) ont été soulignées et confirmées par nos personnes participantes : connexion internet, problèmes de confidentialité et adaptation aux contraintes de l’espace physique en modalité virtuelle, ce qui souligne là encore l’importance des facteurs extrathérapeutiques dans le processus de changement (Blow et Sprenkle, 2001). Si des études ont montré que la téléthérapie lève certains obstacles plus marqués pour les couples et les familles, comme les horaires et la garde des enfants (Kysely et al., 2020 ; Wrape et McGinn, 2018), nos personnes participantes ne semblaient pas mettre en avant cet avantage, ce qui pourrait s’expliquer par le fait que moins d’un quart (24 %) d’entre elles avaient des enfants de moins de 12 ans à la maison. Il importe toutefois de noter que les parents d’enfants peuvent faire face à une multitude de difficultés en raison des effets de la COVID-19, de la quarantaine et des confinements, en particulier dans les communautés marginalisées (par exemple les familles à faible revenu, les personnes qui exercent des métiers essentiels, les communautés racisées, etc.).

En outre, il est recommandé aux MFT d’aborder d’emblée les éventuels problèmes technologiques et à établir un plan stratégique précisant quel membre de la famille sera chargé de veiller à ce que les appareils soient chargés (dans certains cas, plusieurs appareils), prêts à faire face à une perte de signal, etc. (Blumer et al., 2015 ; Wrape et McGinn, 2018). Par exemple, l’une de nos personnes participantes a évoqué la responsabilité accrue qu’elle ressentait en tant que mère pour rappeler ces tâches aux membres de la famille, comme le moment de se connecter ou la vérification de la connexion avec la personne thérapeute. Les thérapeutes pourraient donc envisager d’ouvrir une discussion de résolution de problèmes sur cette répartition, de prévoir un plan à l’avance, voire de faire tourner la responsabilité de ces tâches, afin d’éviter qu’un seul membre de la famille en porte le stress, en tenant compte de la capacité d’agir des personnes suivies (Blow et Sprenkle, 2001 ; Wrape et McGinn, 2018).

L’ajustement des thérapeutes

Ce thème répond d’abord aux pistes de recherche formulées par Wrape et McGinn (2018), qui invitaient les MFT à mieux comprendre comment les thérapeutes gèrent la présence de plusieurs personnes en séance. Les données ont révélé que, pour gérer plusieurs personnes en séance, les thérapeutes doivent s’ajuster aux particularités des modalités thérapeutiques de chaque personne suivie, reconnaître les obstacles propres à la présence de plusieurs personnes et mettre en avant les bénéfices potentiels de la téléthérapie. Wrape et McGinn (2018) appelaient aussi la recherche en thérapie de couple et de famille à comprendre l’engagement dans la téléthérapie familiale. Ce thème a mis en évidence que l’engagement en téléthérapie repose sur la création active du lien là où la distance risque de le faire perdre, et non sur l’idée que le lien se maintiendrait de lui-même quels que soient les modes de prestation (O’Reilly et al., 2007).

Si les personnes suivies et les thérapeutes trouvent des moyens de s’ajuster aux particularités de la téléthérapie, il pourrait être possible d’atteindre des niveaux de satisfaction semblables à ceux de la thérapie en présentiel, ce qui concorde avec les résultats d’Anderson et al. (2017), selon lesquels les problèmes surgissant au cours du traitement de l’AM peuvent être gérés en téléthérapie de la même manière que dans le traitement familial en présentiel, et avec ceux de Kysely et al. (2020), selon lesquels l’évolution des attentes permet un processus thérapeutique plus immersif. Lorsque les particularités de la téléthérapie sont prises en compte, elle peut aussi servir de complément durable à la thérapie traditionnelle en présentiel, et non de remplacement, comme l’avait constaté l’étude de Yang et al. (2020) auprès de familles utilisant la téléthérapie pour l’IP.

Implications cliniques

Au vu des résultats de cette étude, plusieurs implications cliniques pour la téléthérapie relationnelle méritent d’être abordées. Sur le plan pratique, les personnes participantes ont dit souhaiter davantage de structure et de régularité dans leurs séances, et ont souligné l’importance que la personne thérapeute les aide à se sentir plus à l’aise avec les plateformes de téléthérapie.

Au regard des thèmes de l’étude, l’espace thérapeutique sûr, la commodité et l’ajustement des thérapeutes, il convient de mettre l’accent sur des facteurs communs comme les facteurs propres à la clientèle et les facteurs extrathérapeutiques (Blow et Sprenkle, 2001 ; Sprenkle et al., 1999). En particulier, faire naître de l’espoir chez les personnes qui « font avec » rejoint les aspects propres aux théories de la thérapie de couple et de famille qui produisent le changement (Davis et al., 2012). Du point de vue de l’intervention, le recours à des techniques d’inspiration postmoderne, comme la thérapie brève orientée vers les solutions (SFBT), la thérapie narrative (NT) et les systèmes de langage collaboratifs (CLS), peut être utile au regard des facteurs de réussite thérapeutique, comme les facteurs relationnels, les facteurs propres à la clientèle et extrathérapeutiques, ainsi que l’espoir et l’attente (Bliss, 2005 ; Reiter, 2010). Ces modèles reposent sur l’hypothèse théorique que l’avenir est à la fois construit et négociable, ce qui est particulièrement précieux en période d’incertitude (Malinen, 2004). Les interventions visant à repérer les forces, les exceptions et les réussites passées dans la manière de faire face peuvent aider les personnes suivies à se sentir plus en confiance avec la téléthérapie et à trouver une structure dans leurs séances relationnelles de télésanté.

Les thérapeutes d’orientation postmoderne partent généralement du principe qu’il existe, dans la vie et les relations des personnes suivies, des exceptions aux problèmes ainsi que des récits valorisants et des solutions encore à découvrir, sur lesquels on peut s’appuyer. Pour aider les personnes suivies à s’adapter à la téléthérapie, les thérapeutes peuvent rechercher des exceptions ou des récits valorisants dans le passé des couples et des familles, lorsqu’il leur a fallu apprendre de nouvelles technologies ou s’adapter à de nouvelles circonstances difficiles à accepter. Les thérapeutes peuvent aussi explorer les stratégies d’adaptation que les couples et les familles ont déjà utilisées face aux changements de la vie. Les thérapeutes peuvent également évaluer les attentes des personnes suivies envers la téléthérapie en adaptant la question miracle (De Shazer et Molnar, 1984) et en leur demandant d’imaginer des séances de téléthérapie idéales, ou de réfléchir aux indices qui signaleraient une téléthérapie idéale avec leur partenaire ou leur famille. Ces questions pourraient être : « Qu’est-ce que vous remarquerez de différent dans nos échanges qui vous aidera à vous sentir plus en lien ? » ; « Que faudrait-il qu’il se passe pour que la téléthérapie soit réussie ? » ; « Que faudrait-il qu’il se passe pour que vous ayez le sentiment que je m’ajuste aux particularités de notre environnement ? » et « Quelles forces pourraient apparaître chez vous dans ce mode de communication, qui n’apparaîtraient pas autrement en présentiel ? ».

Les thérapeutes peuvent suivre en continu l’engagement des personnes suivies et leur réception de la téléthérapie en utilisant des questions d’échelle (Berg et de Shazer, 1993), pour créer des repères concrets et mettre en évidence le changement, ou des échelles d’évaluation de séance (Session Rating Scales ; Duncan et al., 2003) qui incluent l’aisance dans l’environnement virtuel. Ces outils peuvent aussi aider les personnes suivies à évaluer leur propre niveau d’aisance avec la téléthérapie, le lien virtuel, les limites dans l’environnement à distance, la manière dont la personne thérapeute s’ajuste aux particularités, l’aménagement physique de l’espace depuis lequel elles sont en visioconférence, et la façon dont leurs relations interpersonnelles s’amélioreront lorsque la téléthérapie relationnelle réussira.

Limites et recherches futures

Bien que l’on se soit efforcé de recruter un échantillon diversifié et de créer des supports de recrutement inclusifs, plusieurs limites doivent être prises en compte. D’abord, les données ont été recueillies auprès d’un échantillon majoritairement blanc (72 %), féminin (60 %) et hétérosexuel (88 %). Il est donc possible que des données issues d’un échantillon plus diversifié fassent apparaître des thèmes divergents ou différents. Les équipes qui chercheront à reproduire cette étude devraient viser un échantillon plus diversifié, en tenant compte d’une plus grande diversité de genre, d’origine et d’orientation sexuelle. Les recherches futures devraient aussi examiner comment le statut socio-économique, et donc l’accès à la technologie et à une bonne connexion internet, influe sur l’expérience de la téléthérapie relationnelle.

La participation à l’étude reposait aussi sur le volontariat, et il est possible que les personnes participantes aient eu des opinions tranchées (positives ou négatives) sur les obstacles, les difficultés ou les avantages propres à la téléthérapie relationnelle. Il est également possible que le vocabulaire utilisé dans nos messages de recrutement ait limité la participation. Par exemple, des personnes susceptibles de participer pouvaient être moins familières du terme « télésanté » dans le contexte de la psychothérapie. De plus, il n’a pas été explicitement demandé aux personnes participantes de préciser quelles mesures ou quelles stratégies leurs thérapeutes avaient adoptées pour faciliter le passage de la thérapie en présentiel à la téléthérapie. Les recherches futures devraient tenir compte de ces lacunes et de ces questions importantes.

Enfin, il importe d’examiner davantage les données dyadiques et systémiques et d’explorer l’expérience des couples et des familles en téléthérapie centrée sur la relation. Bien qu’il ait été demandé aux personnes participantes si leur partenaire ou le membre de leur famille accepterait de répondre à l’enquête, un seul couple a fourni des données pour les deux partenaires ; ces données n’ont donc pas été analysées de façon dyadique. Des recherches futures utilisant des données dyadiques permettraient de préciser comment les multiples perspectives sur le processus relationnel influent sur la satisfaction des couples et des membres de la famille à l’égard de la téléthérapie, ainsi que sur des facteurs comme la continuité du suivi, les résultats d’efficacité et d’autres variables dépendantes.

Conclusion

Les résultats de cette étude apportent des éclairages importants sur l’expérience de la téléthérapie relationnelle vécue par les personnes suivies. Les personnes participantes qui ont suivi une téléthérapie relationnelle ont rapporté que le sentiment de « faire avec » la téléthérapie était une composante importante de la réussite du traitement, que des espaces thérapeutiques sûrs étaient essentiels, que la téléthérapie offrait des éléments de commodité surprenants, mais qu’il existait des difficultés logistiques auxquelles les thérapeutes doivent prêter attention. Enfin, les personnes participantes ont souligné que la capacité des thérapeutes à s’ajuster aux particularités de ce nouvel environnement virtuel était de la plus haute importance. Dans l’ensemble, l’expérience rapportée dans cette étude se reflète dans ce propos d’une personne participante : « C’est formidable, une fois qu’on s’y fait. » La téléthérapie relationnelle, parfois difficile, peut offrir des bénéfices surprenants. Il incombe aux MFT d’explorer les bénéfices et les difficultés propres à la téléthérapie et d’engager avec les personnes suivies un dialogue sur l’environnement particulier dans lequel elles se trouvent désormais. Nous ne savons pas encore quelles seront les conséquences à long terme de la pandémie de COVID-19 sur nos vies ; toutefois, compte tenu de l’urgence d’offrir des services de santé mentale aux couples et aux familles, la communauté de la thérapie de couple et de famille doit établir des bonnes pratiques et des lignes directrices claires pour garantir que les besoins des personnes suivies soient satisfaits.

Complexe Systémique : à retenir

Ce témoignage d’époque a une portée qui dépasse la pandémie : en téléthérapie, la séance se tient sur le territoire de la famille. Pour certaines personnes, c’est un gain de sécurité et de naturel ; pour d’autres, la maison empêche d’entrer dans la séance, et la frontière entre vie domestique et espace thérapeutique se brouille. Lecture systémique utile : le cadre ne disparaît pas, il change de mains, et il faut le reconstruire avec le système, qui se connecte, où l’on s’assoit, qui peut sortir fumer pour se calmer. Le témoignage de la mère qui porte seule la logistique rappelle que la répartition de ces tâches est déjà un matériau clinique. La remarque sur la thérapeute plus confidente à l’écran invite aussi à surveiller sa propre présence. Les limites sont fortes : 25 réponses écrites à une enquête en ligne, un échantillon volontaire, surtout blanc et hétérosexuel, deux entretiens de suivi seulement, et une seule dyade complète pour une étude qui se dit relationnelle. À lire avec le passage à la téléthérapie vu par des thérapeutes de la thérapie centrée sur l’émotion, et avec l’étude sur l’alliance thérapeutique en thérapie de couple en ligne.

Références

Anderson, K. E., Byrne, C. E., Crosby, R. D., & Le Grange, D. (2017). Utilizing telehealth to deliver family-based treatment for adolescent anorexia nervosa. International Journal of Eating Disorders, 50(10), 1235–1238. https://doi.org/10.1002/eat.22759

Andrews, T. (2012). What is social constructionism? Grounded Theory Review: An International Journal, 11(1), 39–46.

Backhaus, A., Agha, Z., Maglione, M. L., Repp, A., Ross, B., Zuest, D., Rice-Thorp, N. M., Lohr, J., & Thorp, S. R. (2012). Videoconference psychotherapy: A systematic review. Psychological Services, 9(2), 111–131. https://doi.org/10.1037/a0027924

Bader, E. (2020). Cabin fever couples. The Couples Institute. Retrieved from https://www.couplesinstitute.com/cabin-fever-couples-blog/?inf_contact_key=5a8f6bccb24b2bc8a1b223c6035ee06a16358d5485884e2f31e6019a0d26c8b0

Bakker, A. B., & Demerouti, E. (2013). The spillover-crossover model. In J. G. Grzywacz & E. Demerouti (Eds.), Current issues in work and organizational psychology. New frontiers in work and family research (pp. 55–70). Psychology Press.

Benson, S. S., Dimian, A. F., Elmquist, M., Simacek, J., McComas, J. J., & Symons, F. J. (2018). Coaching parents to assess and treat self-injurious behaviour via telehealth. Journal of Intellectual Disability Research, 62(12), 1114–1123. https://doi.org/10.1111/jir.12456

Berg, I. K., & de Shazer, S. (1993). Making numbers talk: Language in therapy. In S. Friedman (Ed.), The new language of change: Constructive collaboration in psychotherapy (pp. 5–24). Guilford Press.

Bischoff, R. J. (2004). Considerations in the use of telecommunications as a primary treatment medium: The application of behavioral telehealth to marriage and family therapy. The American Journal of Family Therapy, 32, 173–187. https://doi.org/10.1080/01926180490437376

Bliss, V. E. (2005). Common factors, a solution focus and Sarah. Journal of Systemic Therapies, 24(4), 16–31.

Blow, A. J., & Sprenkle, D. H. (2001). Common factors across theories of marriage and family therapy: A modified Delphi study. Journal of Marital and Family Therapy, 27(3), 385–401.

Blumer, M. L. C., Hertlein, K. M., & VandenBosch, M. L. (2015). Towards the development of educational core competencies for couple and family therapy technology practices. Contemporary Family Therapy, 37, 113–121. https://doi.org/10.1007/s10591-015-9330-1

Burkitt, I. (1996). Social and personal constructs: A division left unresolved. Theory & Psychology, 6, 71–77. https://doi.org/10.1177/0959354396061005

Cravens Pickens, J., Morris, N., & Johnson, D. J. (2019). The digital divide: Couple and family therapy programs’ integration of teletherapy training and education. Journal of Marital and Family Therapy, 46(2), 186–200. https://doi.org/10.1111/jmft.12417

Daly, K. J. (2007). Qualitative methods for family studies and human development. Sage Publications Inc.

Davis, S. D., Lebow, J., & Sprenkle, D. H. (2012). Common factors of change in couple therapy. Behavior Therapy, 43, 36–48.

De Shazer, S., & Molnar, A. (1984). Four useful interventions in brief family therapy. Journal of Marital and Family Therapy, 10(3), 297–304. https://doi.org/10.1111/j.1752-0606.1984.tb00020.x

Duncan, B. L., Miller, S. D., Sparks, J. A., Claud, D. A., Reynolds, L. R., Brown, J., & Johnson, L. D. (2003). The session rating scale: Preliminary psychometric properties of “working” alliance measure. Journal of Brief, Therapy, 3, 2–12.

Gehart, D. R., Ratliff, D. A., & Lyle, R. R. (2001). Qualitative research in family therapy: A substantive and methodological review. Journal of Marital and Family Therapy, 27(2), 261–275. https://doi.org/10.1111/j.1752-0606.2001.tb01162.x

Godleski, L., Darkins, A., & Peters, J. (2012). Outcomes of 98,609 US Department of Veteran Affairs patients enrolled in telemental health services, 2006–2010. Psychiatric Services, 63(4), 383–385. https://doi.org/10.1176/appi.ps.201100206

Goss, C. W., Richardson, W. J., Dailey, N., Bair, B., Nagamoto, H., Manson, S. M., & Shore, J. H. (2017). Rural American Indian and Alaska Native veterans’ telemental health: A model of culturally centered care. Psychological Services, 14(3), 270–278. https://doi.org/10.1037/ser0000149

Greenfield, B. (2020, April 24). How coronavirus lockdown is helping couples in counseling thrive: ‘They’re listening.’ Yahoo! Life. Retrieved from https://www.yahoo.com/lifestyle/how-coronavirus-lockdown-is-helping-couples-in-counseling-thrive-theyre-listening-234619332.html

Hammonds, C., Kerrissey, J., & Tomaskovic-Devey, D. (2020). Stressed, unsafe, and insecure: Essential workers need a new, new deal. Center for Employment Equity. Retrieved from https://www.umass.edu/employmentequity/stressed-unsafe-and-insecure-essential-workers-need-new-new-deal#Stressed

Heidegger, M. (1982). The basic problems of phenomenology (Rev. ed.). Indiana University Press.

Hilty, D. M., Ferrer, D. C., Parish, M. B., Johnston, B., Callahan, E. J., & Yellowlees, P. M. (2013). The effectiveness of telemental health: A 2013 review. Telemedicine and e-Health, 19(6), 444–454. https://doi.org/10.1089/tmj.2013.0075

King, V. L., Brooner, R. K., Peirce, J. M., Kolodner, K., & Kidorf, M. S. (2014). A randomized trial of web-based video-conferencing for substance abuse counseling. Journal of Substance Abuse Treatment, 46, 36–42. https://doi.org/10.1016/j.jsat.2013.08.009

Kruse, C. S., Krowski, N., Rodriguez, B., Tran, L., Vela, J., & Brooks, M. (2017). Telehealth and patient satisfaction: A systematic review and narrative analysis. British Medicine Journal Open, 7(8), 1–12. https://doi.org/10.1136/bmjopen-2017-016242

Kysely, A., Bishop, B., Kane, R., Cheng, M., Palma, M. D., & Rooney, R. (2020). Expectations and experience of couples receiving therapy through videoconferencing: A qualitative study. Frontiers in Psychology, 10, 1–14. https://doi.org/10.3389/fpsyg.2019.02992

Lebow, J. L. (2020). Family in the age of COVID-19. Family Process, 59(2). https://doi.org/10.1111/famp.12543

Lincoln, Y. S., Guba, E. G., & Pilotta, J. J. (1985). Naturalistic inquiry. Safe Publications Inc.

Magruder-Newman, M. L., Newman, P. D., & Newman, P. D. (2018). Making do in World War II: A child's memory of the White House and the war. CreateSpace Independent Publishing Platform.

Malinen, T. (2004). The wisdom of not knowing? A conversation with Harlene Anderson. Journal of Systemic Therapies, 23(2), 68–77.

Merriam, S. B. (2009). Qualitative research: A guide to design and implementation. Jossey-Bass.

Miles, M. B., Huberman, A. M., & Saldaña, J. (2014). Qualitative data analysis: A methods sourcebook ( 3rd ed.). Sage Publications Inc.

O’Reilly, R., Bishop, J., Maddox, K., Hutchinson, L., Fisman, M., & Takhar, J. (2007). Is telepsychiatry equivalent to face-to-face psychiatry? Results from a randomized controlled equivalence trial. Psychiatric Services, 58(6), 836–843. https://doi.org/10.1176/ps.2007.58.6.836

Perel, E. (2020, April 24). How coronavirus lockdown is helping couples in counseling thrive: ‘They’re listening’. Retrieved from https://www.yahoo.com/lifestyle/how-coronavirus-lockdown-is-helping-couples-in-counseling-thrive-theyre-listening-234619332.html

Pew Research Center. (2019). Internet/broadband fact sheet [data file and code book]. Retrieved from https://www.pewresearch.org/internet/fact-sheet/internet-broadband/

Rees, C. S., & Maclaine, E. (2015). A systematic review of videoconference-delivered psychological treatment for anxiety disorders. Australian Psychologist, 50, 259–264. https://doi.org/10.1111/ap.12122

Reiter, M. D. (2010). Hope and expectancy in solution-focused brief therapy. Journal of Family Psychotherapy, 21(2), 132–148. https://doi.org/10.1080/08975353.2010.483653

Saldaña, J. (2015). Thinking qualitatively: Methods of mind. Sage Publications.

Simpson, S. G., & Reid, C. L. (2014). Therapeutic alliance in videoconferencing psychotherapy: A review. Australian Journal of Rural Health, 22, 280–299. https://doi.org/10.1111/ajr.12149

Spence, S. H., Donovan, C. L., March, S., Gamble, A., Anderson, R. E., Prosser, S., & Kenardy, J. (2011). A randomized controlled trial of online versus clinic-based CBT for adolescent anxiety. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 79(5), 629–642. https://doi.org/10.1037/a0024512

Sprenkle, D. H., Blow, A. J., & Dickey, M. H. (1999). Common factors and other non-technique variables in MFT. In M. A. Hubble, B. L. Duncan & S. D. Miller (Eds.), The heart and soul of change: What works in therapy (pp. 329–360). American Psychological Association.

Stanley, S. M., & Markman, H. J. (2020). Helping couples in the shadow of COVID-19. Family Process, 59(3), 937–955. https://doi.org/10.1111/famp.12575

van Manen, M. (1990). Researching lived experience: Human science for an action sensitive pedagogy ( 1st ed.). Althouse Press.

Wrape, E. R., & McGinn, M. M. (2018). Clinical and ethical considerations for delivering couple and family therapy via telehealth. Journal of Marital and Family Therapy, 45(2), 296–308. https://doi.org/10.1111/jmft.12319

Yang, H. W., Burke, M., Isaacs, S., Rios, K., Schraml-Block, K., Aleman-Tovar, J., Tompkins, J., & Swartz, R. (2020). Family perspectives toward using telehealth in early intervention. Journal of Developmental and Physical Disabilities. https://doi.org/10.1007/s10882-020-09744-y

Traduction non officielle en français de « C’est formidable, une fois qu’on s’y fait » : la téléthérapie relationnelle vécue par les personnes suivies à l’ère de la COVID-19, par Candice A. Maier, Dana Riger et Heather Morgan-Sowada, Journal of Marital and Family Therapy, vol. 47, no 2 (2021), doi : 10.1111/jmft.12508, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « “It’s splendid once you grow into it:” Client experiences of relational teletherapy in the era of COVID-19 », publié dans Journal of Marital and Family Therapy (2021) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Maier, C. A., Riger, D., et Morgan-Sowada, H. (2021). « C’est formidable, une fois qu’on s’y fait » : la téléthérapie relationnelle vécue par les personnes suivies à l’ère de la COVID-19 (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/c-est-formidable-une-fois-qu-on-s-y-fait-la-teletherapie-relationnelle-vecue (Œuvre originale publiée en 2021 dans Journal of Marital and Family Therapy, 47(2), 304-319 (2021) ; republiée en 2021 par Journal of Marital and Family Therapy, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1111/jmft.12508)

Panier

Votre panier est vide.