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Journal of Family Violence · Violences
Quand un enfant devient violent envers ses parents, la hiérarchie familiale s’inverse et l’entourage détourne souvent le regard. Une équipe de l’université de Séville a passé en revue 22 études publiées entre 1999 et 2018 : parents qui se sentent inefficaces et cèdent, climat familial dégradé, violence minimisée, isolement renforcé par la honte et par la culpabilisation venue des institutions.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Compétences parentales, fonctionnement familial et soutien social dans les situations de violence filio-parentale : une revue exploratoire de la littérature, par Shirley Arias-Rivera, Bárbara Lorence et Victoria Hidalgo, publié dans Journal of Family Violence (Springer) (2022), doi : 10.1007/s10896-021-00316-y, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; dans le tableau 2, la ligne « stress familial », décalée dans la mise en page de l’original, est rattachée au fonctionnement familial. La figure reste en anglais, avec une légende traduite. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les parents ont un faible sentiment d’efficacité personnelle et des difficultés à réguler leurs émotions, et ils adoptent un comportement de soumission dans les interactions parent-enfant.
Shirley Arias-Rivera, Bárbara Lorence et Victoria Hidalgo
Résumé
Cette étude avait pour objectif de mener une revue exploratoire (scoping review) afin d’analyser les données disponibles sur les compétences parentales, le fonctionnement familial et le soutien social dans les situations de violence filio-parentale (VFP). Lorsque des comportements violents surviennent, les rôles, la communication et l’expression émotionnelle en sont affectés, ce qui retentit à la fois sur les compétences parentales et sur le fonctionnement familial. La conjonction de ces variables pourrait expliquer la perpétuation des comportements violents dans le temps. La revue exploratoire a porté sur des articles évalués par les pairs, publiés en anglais et en espagnol entre 2000 et 2019, repérés par des recherches dans des bases de données internationales pertinentes (Web of Science, PsycINFO, Scopus, ERIC, Dialnet Plus). Vingt-deux études pertinentes ont été retenues. Les données recueillies montrent que, dans les situations de VFP, les parents ont un faible sentiment d’efficacité personnelle et des difficultés à réguler leurs émotions, et qu’ils adoptent un comportement de soumission dans les interactions parent-enfant. Les articles analysés décrivent aussi un climat familial négatif et une tendance à relativiser les actes violents commis par les enfants. Enfin, les données montrent que les relations sociales sont altérées par la méfiance envers les ressources de soutien formel et par un certain isolement social. La discussion des résultats souligne la nécessité d’interventions visant à renforcer les compétences parentales et à améliorer les ressources de soutien formel, afin de consolider le fonctionnement familial dans les situations de VFP.
Mots-clés : violence filio-parentale, compétences parentales, fonctionnement familial, soutien social, revue exploratoire
Ces dernières années, l’intérêt pour l’étude d’une forme particulière de violence intrafamiliale s’est accru : la violence filio-parentale (VFP). Si ce type de violence partage certaines caractéristiques et de nombreux facteurs de risque avec d’autres formes de violence intrafamiliale, la VFP s’en distingue en ce qu’elle représente une inversion paradoxale des rôles de pouvoir traditionnels au sein du système familial, les victimes étant légalement responsables de la prise en charge de leurs agresseurs (Tew et Nixon, 2010). Comme pour d’autres notions liées à la violence, telles que la maltraitance des enfants (Miller-Perrin et Perrin, 2012), la définition de la VFP comporte des difficultés et des ambiguïtés. La Société espagnole pour l’étude de la violence filio-parentale l’a définie ainsi :
Actes répétés de violence physique, psychologique (verbale ou non verbale) ou économique commis par les enfants envers leurs parents ou envers les figures parentales. Ne sont pas considérés comme de la violence filio-parentale : les agressions ponctuelles, celles commises dans un état de conscience altéré qui ne se répètent pas une fois cette conscience retrouvée (intoxication alcoolique, syndromes de sevrage, délire ou hallucination), celles causées par des troubles psychologiques (transitoires ou stables, autisme ou déficience mentale grave) et le parricide sans antécédent d’agression (Pereira et al., 2017, p. 6).
Outre sa continuité dans le temps, la VFP se distingue d’autres types de violence en ce que les actes violents servent le plus souvent à obtenir et à conserver un pouvoir et un contrôle coercitif sur les figures parentales (Aroca-Montolío et al., 2014 ; Cottrell, 2003 ; Coogan, 2011 ; Cottrell et Monk, 2004 ; Hong et al., 2012 ; Tew et Nixon, 2010). De même, l’évaluation de la fréquence des comportements abusifs, en particulier au cours de la dernière année, permet de les distinguer d’actes agressifs isolés et d’en déterminer les niveaux de gravité (Calvete et Orue, 2016).
De nombreuses études rapportent des cas de VFP sous ses différentes formes (physique, psychologique et économique) (Rojas-Solís et al., 2016). L’estimation globale des taux de prévalence de la VFP reste cependant difficile à établir, en raison de la variabilité des instruments utilisés (Arias-Rivera et al., 2020) et des critères d’identification, de signalement et d’enregistrement des cas. On observe en outre des différences de taux de prévalence selon l’âge, le genre et le contexte (communautaire, judiciaire ou clinique) des personnes informatrices (Loinaz et De Sousa, 2020 ; Simmons et al., 2018).
D’après les données empiriques disponibles, l’âge médian d’apparition de la VFP se situe, dans la plupart des cas, entre 12 et 17 ans (Castañeda et al., 2012 ; Condry et Miles, 2014 ; Contreras et Cano, 2016 ; Cottrell et Monk, 2004 ; Miles et Condry, 2016 ; Pagani et al., 2004). Même si des comportements violents dans la petite enfance et au milieu de l’enfance ont récemment été rapportés, ce qui montre que la VFP ne se limite pas à l’adolescence (Simmons et al., 2020), il arrive que les parents ne reconnaissent ces comportements comme de la VFP que lorsque leurs enfants sont plus âgés et qu’un schéma d’abus s’est installé (Hong et al., 2012 ; Kennair et Mellor, 2007 ; Pérez et Pereira, 2006). Quant à la trajectoire de la VFP au cours de l’adolescence, Simmons et al. (2018) ont montré qu’elle atteint généralement un pic au milieu de l’adolescence, puis décline avec l’âge. De même, Calvete et al. (2020a, 2020b) ont observé une diminution progressive des comportements abusifs, avec un pic vers 15 ans. Kuay et Towl (2021) suggèrent par ailleurs l’existence de deux groupes distincts : les jeunes dont le comportement abusif commence tôt et persiste, et les jeunes chez qui il commence plus tard et s’éteint avec le temps. Il est clair que davantage d’études analysant la VFP dans une perspective développementale sont nécessaires (Holt, 2016b ; Kuay et Towl, 2021).
En ce qui concerne le sexe des parents, des études récentes ont montré que le niveau de violence dirigée contre la mère est plus élevé que celui dirigé contre le père (Calvete et al., 2020a, 2020b), conformément à des études antérieures qui indiquent de façon constante et significative que la mère est la personne la plus agressée physiquement et psychologiquement (Agnew y Huguley, 1989 ; Calvete et al., 2013, 2017 ; Calvete, et al., 2014a ; Calvete et al., 2014c ; Calvete y Orue, 2016 ; Condry y Miles, 2014 ; Gallagher, 2004 ; Hunter et al., 2010 ; Ibabe y Jaureguizar, 2011 ; Pagani et al., 2004, 2009).
Pour tenter de comprendre la genèse et la perpétuation de ce phénomène, différents modèles théoriques ont été proposés, comme la théorie de l’apprentissage social de Bandura et Rivière (1982) (Aroca-Montolío et al., 2012 ; Izaguirre et Calvete, 2017 ; Margolin et Baucom, 2014), le modèle de la coercition réciproque de Patterson (1983) (Eckstein, 2004 ; Ibabe et al., 2013 ; Pagani et al., 2009), le modèle du traitement de l’information sociale de Dodge et Pettit (2003) (Calvete et al., 2015a ; Contreras et Cano, 2016), ou encore des théories issues du champ de la délinquance juvénile (contrôle social, association différentielle et tension) (Agnew et Huguley, 1989). La violence domestique a aussi été proposée comme cadre conceptuel pour comprendre ce phénomène, puisque les mères risquent davantage que les pères d’être maltraitées par leurs fils (Wilcox, 2012). Cette approche ne pourrait toutefois pas s’appliquer aux cas où c’est la fille qui maltraite et le père qui est maltraité, sans compter le conflit que crée le fait de faire porter à l’auteur ou à l’autrice des violences l’entière responsabilité de son délit (Holt, 2016a). Dans cette ligne, et selon des résultats récents, représenter ce phénomène comme une forme de violence domestique dans laquelle le fils est désigné à la fois comme agresseur et comme victime pourrait avoir des effets négatifs sur le système familial et sur les possibilités de changement, si l’on ne procède pas à une analyse spécialisée de ses contextes et de ses corrélats (Gabriel et al., 2018 ; Holt et Lewis, 2021).
Enfin, parmi les modèles théoriques proposés pour expliquer la VFP, le modèle écologique emboîté de Dutton (1985) a aussi été utilisé (Cottrell et Monk, 2004 ; Simmons et al., 2018). Ce modèle constitue un cadre adapté, qui intègre des postulats de modèles théoriques antérieurs et facilite aussi l’analyse des facteurs en jeu à différents niveaux écologiques (Arias-Rivera et Hidalgo, 2020). Dans ce cadre écologique, cette étude a pour but d’analyser les données disponibles sur certaines dimensions pertinentes impliquées dans les situations de VFP, en particulier les compétences parentales, le fonctionnement familial et le soutien social.
Différentes compétences parentales semblent altérées dans les situations de VFP. Ainsi, différentes études rapportent que les parents éprouvent un sentiment aigu d’impuissance, de paralysie et de détresse émotionnelle une fois les comportements abusifs installés (Gabriel et al., 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010), et qu’en conséquence, ils se perçoivent comme inefficaces et incapables de faire face à leurs tâches éducatives et à leurs responsabilités de parents (Gabriel et al., 2018 ; Holt, 2011). On a aussi rapporté l’existence de sentiments de culpabilité qui entravent la pose de limites et la recherche de solutions (Calvete et al., 2017b ; Edenborough et al., 2008 ; Routt et Anderson, 2011 ; Williams et al., 2017). Dans cette ligne, la VFP a été largement associée à des pratiques parentales inefficaces, en particulier dans la gestion de limites adaptées (Gabriel et al., 2018) et de conséquences contingentes aux comportements violents (Calvete et al., 2015c ; Del Hoyo et al., 2020). De fait, des données empiriques montrent une association entre la VFP et des styles parentaux autoritaires, incohérents et négligents (Calvete et al., 2014a ; Calvete et al., 2014c ; Castañeda et al., 2012).
Outre les styles parentaux, d’autres dimensions du fonctionnement familial ont aussi été liées à la VFP. Plus précisément, la cohésion familiale (Beckmann, 2019), un climat émotionnel positif (Pagani et al., 2003 ; Zhang et al., 2019) et une communication affirmée (Calvete et al., 2014a ; Ibabe et Bentler, 2016 ; Ibabe et al., 2013) ont tous été identifiés, dans différentes études, comme des facteurs de protection. Quant à la direction des relations, des études longitudinales ont confirmé le rôle protecteur d’un climat émotionnel positif (Pagani et al., 2003) et ont indiqué que l’exposition à une violence directe ou indirecte dans la famille nucléaire constitue un facteur de risque important (Arias-Rivera et Hidalgo, 2020 ; Beckmann, 2019 ; Beckmann et al., 2017 ; Del Hoyo-Bilbao et al., 2017) et un prédicteur de la VFP (Calvete, et al., 2020a, 2020b, Calvete et al., 2015b). Parmi les conséquences de la VFP sur le fonctionnement familial, on a parfois observé une prise de distance dans les relations parent-enfant (Murphy-Edwards et van Heugten, 2018), ainsi que des conséquences physiques et, dans certains cas, économiques (Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Paterson et al., 2002).
La présence de la VFP semble aussi affecter les relations des parents avec leur environnement social, notamment sur le plan du soutien social. En ce sens, des données empiriques montrent que l’isolement (Miles et Condry, 2015 ; Moulds et al., 2016), la revictimisation (Brule et Eckstein, 2016 ; Condry et Miles, 2014 ; Holt, 2011 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Routt et Anderson, 2011 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017) et la stigmatisation sociale (Brule et Eckstein, 2016) que génère la VFP peuvent retarder la demande d’aide ; cela peut à son tour se traduire par l’absence de réseaux de soutien, pourtant vitaux pour les familles qui vivent ce type de violence (Bonnick, 2019 ; Edenborough et al., 2008).
Si un nombre considérable d’études empiriques ont été menées ces dernières années sur ces aspects, et si quelques revues de portée plus globale ont été réalisées (par exemple Simmons et al., 2018), notre compréhension reste limitée en raison de l’hétérogénéité des variables impliquées dans le développement de la VFP (Del Hoyo et al., 2020). Vu la complexité de ce phénomène, il importe, dans un cadre écologique, d’identifier, au-delà des styles parentaux, différentes dimensions des compétences parentales impliquées dans la VFP, et d’analyser d’autres variables qui n’ont pas été abordées dans les revues antérieures, comme le soutien social. Comme il existe suffisamment d’études empiriques pour tirer des conclusions sur ces aspects, cette étude avait pour objectif d’analyser, au moyen d’une revue exploratoire, les données disponibles sur les compétences parentales, le fonctionnement familial et le soutien social dans les situations de VFP.
Cette revue exploratoire a été menée selon les recommandations des spécialistes de cette méthodologie (Arksey et O’Malley, 2005 ; Daudt et al., 2013 ; Levac et al., 2010) et selon les lignes directrices méthodologiques de PRISMA (Moher et al., 2009) et de Cochrane (The Cochrane Collaboration, 2011). Le diagramme du processus suivi lors de la recherche et de la sélection finale est présenté dans la figure 1.

Cette revue a inclus toutes les études empiriques cliniques, communautaires et judiciaires publiées en espagnol ou en anglais entre 2000 et 2019, à condition qu’elles remplissent les critères suivants : (a) inclure un échantillon de jeunes (10 à 19 ans), filles et garçons, ayant commis des violences filio-parentales, ou (b) inclure un échantillon de parents ayant subi des violences filio-parentales, quels que soient leur sexe et leur âge ; et (c) intégrer des variables liées aux compétences parentales, au fonctionnement familial ou au soutien social. Il importe de noter que l’inclusion des études ne tenait pas compte d’un seuil de gravité de la VFP. Les critères d’exclusion étaient les études de cas, les avis de spécialistes, l’analyse d’autres variables, les récits d’expériences thérapeutiques et les approches liées aux politiques publiques et à la gestion policière. Comme toutes les données ont été tirées d’études publiées et évaluées par les pairs, aucune approbation éthique n’était requise.
Une recherche systématique de la littérature scientifique existante a été menée, comprenant cinq méta-recherches différentes dans les bases de données bibliographiques suivantes : Web of Science, Scopus, PsycINFO, ERIC et Dialnet Plus. La stratégie de recherche est présentée dans la figure 1 et comprenait au total 10 termes combinés avec les opérateurs booléens OR et NOT. La recherche a été effectuée entre octobre 2018 et avril 2019 et a donné au total 5 449 études publiées entre 2000 et 2018.
La personne qui signe en premier (S. A.) a mené le tri initial, en lisant les résumés et en déterminant si les études remplissaient les critères d’inclusion et d’exclusion. Des références supplémentaires ont été obtenues par la technique de la boule de neige. Le gestionnaire Mendeley a servi à stocker les références de manière séquentielle et à éliminer les doublons. Les deux autres membres de l’équipe (V. H. et B. L.) ont ensuite procédé à la sélection finale sur la base de l’analyse du texte intégral, en parvenant à un consensus en cas de désaccord.
Selon Manterola et Otzen (2015), pour réduire le risque de biais, il faut évaluer les trois piliers de toute étude de recherche : a) ce qui est mesuré, b) qui le mesure et c) avec quoi on le mesure. Conformément à cette stratégie, l’équipe a vérifié que toutes les études incluses dans la revue :
Pour atteindre les objectifs de cette revue exploratoire, les données ont été classées et consignées dans un tableur, qui comprenait des informations sur les caractéristiques des études et sur les résultats rapportés (Levac et al., 2010).
Des analyses distinctes ont été menées pour décrire : 1) les caractéristiques méthodologiques des études incluses dans la revue et 2) les résultats rapportés sur les compétences parentales, le fonctionnement familial et le soutien social dans les situations de VFP.
Selon le système de classification proposé par Ato et al. (2013), les plans de recherche des 22 études incluses dans la revue ont été analysés en fonction de leur stratégie de manipulation. Toutes les études avaient un plan quasi expérimental : 19 transversales et 3 longitudinales (tableau 1). Les études examinées ont été menées en Espagne (n = 8), au Royaume-Uni (n = 5), aux États-Unis (n = 3), au Canada (n = 2), en Nouvelle-Zélande (n = 2), en Australie (n = 1) et en France (n = 1). Aucune étude menée en Amérique latine n’a été trouvée. Enfin, quant à l’année de publication, 64 % des études ont été publiées au cours des six dernières années (2014-2018).
Tableau 1 — Description des études incluses
Pour chaque étude : plan quasi expérimental (T : étude transversale ; L : étude longitudinale), échantillon, provenance et pays, objectif de l’étude, type d’analyse.
Quant aux caractéristiques des échantillons, 9 études portaient sur la population générale, 6 sur une population clinique, 5 sur des cas portés à la connaissance des autorités judiciaires et 2 sur un contexte à la fois clinique et judiciaire. Au total, 40,9 % des études (n = 9) ont recueilli et analysé des informations à la fois sur les jeunes et sur les parents, 22,7 % (n = 5) portaient uniquement sur les jeunes, 18,2 % (n = 4) uniquement sur les parents (des deux sexes), 9,1 % (n = 2) uniquement sur les mères, 4,5 % (n = 1) sur les mères et les jeunes et 4,5 % (n = 1) sur des parents adoptifs.
Quant au type d’analyse des données, 14 études ont mené des analyses qualitatives explorant le contenu des discours des personnes participantes, 3 ont utilisé des analyses statistiques corrélationnelles, 2 des analyses de régression logistique, 1 une analyse factorielle confirmatoire et 2 un modèle d’équations structurelles.
Parmi les articles analysés, la majorité visaient à explorer les caractéristiques cognitivo-émotionnelles, familiales et sociales dans les situations de VFP. Les principaux thèmes des études qualitatives portaient sur la perception que les parents ont de leurs compétences parentales et sur leurs expériences du soutien social, tandis que les résultats des études quantitatives portaient sur des variables de fonctionnement familial.
Le tableau 2 présente une description détaillée des principaux résultats rapportés par chacune des études incluses dans la revue concernant les compétences parentales, le fonctionnement familial et le soutien social.
Tableau 2 — Description des compétences parentales, du fonctionnement familial et du soutien social dans les situations de VFP
Compétences parentales
Fonctionnement familial
Soutien social
En ce qui concerne les compétences parentales, Calvete et al. (2015b) ont montré, dans leur étude longitudinale, que le développement de la VFP est significativement associé à l’exposition à la violence au domicile et à un manque de chaleur parentale. Les analyses ont montré que le manque de chaleur parentale produisait des altérations des schémas cognitifs des jeunes, se traduisant par des conduites de déconnexion et de rejet, du narcissisme et une justification de la violence, qui prédisaient à leur tour une augmentation des comportements abusifs dirigés contre les deux figures parentales.
Les études transversales rapportent que les parents confrontés à des situations de VFP avaient une faible estimation de leur efficacité en tant que parents (Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Laurent et Derry, 1999 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017) et éprouvaient de ce fait de l’insatisfaction quant à la manière dont ils remplissaient leur rôle parental (Holt, 2011 ; Selwyn et Meakings, 2016).
En outre, les études analysées montrent que les parents confrontés à des situations de VFP éprouvaient souvent des émotions négatives liées au rôle parental, marquées par l’anxiété, le ressentiment, l’ambivalence, le désespoir, l’impuissance et l’insécurité (Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017).
Quant aux pratiques parentales, les articles examinés révèlent de faibles niveaux de contrôle et de supervision du comportement des enfants (Cottrell et Monk, 2004 ; Eckstein, 2004 ; Laurent et Derry, 1999 ; Pagani et al., 2003 ; Selwyn et Meakings, 2016), cette diminution se produisant progressivement, jusqu’à devenir incontrôlable dans certains cas (Eckstein, 2004 ; Miles et Condry, 2015 ; Selwyn et Meakings, 2016). Dans cette ligne, on a souvent constaté que les parents confrontés à des situations de VFP adoptaient un comportement parental de soumission qui, dans bien des cas, renforçait les actes violents de leurs enfants (Laurent et Derry, 1999 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016).
Les résultats ont aussi mis en évidence de faibles niveaux de communication et d’affection entre les différents membres de la famille (Calvete et al., 2014a ; Contreras et Cano, 2014a), ainsi que de faibles niveaux d’engagement parental et de temps passé avec les enfants (Calvete et al., 2014b ; Calvete et al., 2015c ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Tew et Nixon, 2010).
Enfin, ces études soulignent aussi que les parents subissant la VFP au domicile avaient, au sujet des comportements de leurs enfants, des croyances et des attributions qui tendaient à nier, à déformer ou à dissimuler les actes violents commis par leurs enfants envers des tiers (Calvete et al., 2017 ; Condry et Miles, 2014 ; Cottrell et Monk, 2004 ; Holt, 2011 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Pagani et al., 2003 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017).
Les résultats de l’étude de Calvete et al. (2015a) indiquent que les relations transactionnelles parentales comptent de façon significative dans les problèmes extériorisés des jeunes, comme la VFP. De plus, la VFP prédisait des changements dans plusieurs composantes du traitement de l’information sociale chez les jeunes, en augmentant la probabilité d’attribuer de l’hostilité à l’environnement social, de recourir à des scripts cognitifs violents et d’anticiper des conséquences positives des comportements abusifs, ce qui, conjointement, modifiait la dynamique familiale.
Les résultats de Pagani et al. (2003) montrent qu’en général, la VFP s’inscrit dans un contexte de stress parental, qui conduit les figures parentales à adopter des comportements permissifs ou incohérents, lesquels constituent des facteurs de risque du développement de la VFP.
Les études examinées montrent que la VFP tendait à coïncider avec d’autres événements stressants, comme un conflit conjugal, qui compliquaient encore la situation familiale (Calvete et al., 2015c ; Contreras et Cano, 2014b ; Cottrell et Monk, 2004 ; Laurent et Derry, 1999).
Certaines des études analysées montrent que, dans les situations de VFP, les parents tendaient à accepter les interactions violentes comme normales et comme la seule façon de résoudre les conflits (Eckstein, 2004). De même, certains résultats indiquent que le comportement violent tendait à être reproduit par les frères et sœurs (Contreras et Cano, 2014b). On observe aussi des réponses parentales consistant à modifier les routines familiales et individuelles pour éviter l’affrontement (Condry et Miles, 2014 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010), ainsi que des niveaux élevés de stress familial (Condry et Miles, 2014 ; Cottrell et Monk, 2004 ; Edenborough et al., 2008).
Enfin, il convient de souligner que le degré de délitement familial peut être extrêmement grave dans les situations de VFP, au point que, dans l’étude de Selwyn et Meakings (2016), menée auprès de familles adoptives exposées à ce type de violence, le processus d’adoption a été rompu dans 50 % des cas.
En ce qui concerne le soutien social, un résultat intéressant est que les mères qui cherchaient du soutien dans leur réseau social couraient un risque plus élevé de violence verbale et physique de la part de leurs enfants (Pagani et al., 2003).
Les articles analysés montrent que, malgré le besoin de soutien social des familles, les parents se sentaient victimes d’une victimisation secondaire, puisqu’au contact des forces de l’ordre ou d’autres services professionnels, on leur faisait porter la responsabilité du comportement de leurs enfants (Cottrell et Monk, 2004 ; Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017).
De fait, différentes études montrent que les parents considéraient le signalement du comportement de leurs enfants à la police comme un dernier recours, qui n’intervenait qu’après une exposition prolongée à la violence (Routt et Anderson, 2011). Certaines études ont aussi mis en évidence d’autres expériences associées à la VFP, comme un isolement social auto-imposé (Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017), une perception négative des ressources de soutien social disponibles (Cottrell et Monk, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017) et une stigmatisation sociale (Brule et Eckstein, 2016 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Miles et Condry, 2015 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010).
Cette étude avait pour objectif de mener une revue exploratoire afin d’analyser les données disponibles sur les compétences parentales, le fonctionnement familial et le soutien social dans les situations de VFP. La stratégie de recherche décrite dans la section Méthode a permis d’identifier 22 études portant sur cette question.
Quant aux caractéristiques méthodologiques des études retenues, toutes avaient un plan quasi expérimental, et les méthodes d’analyse qualitatives l’emportaient sur les méthodes quantitatives. Les études transversales ont été privilégiées, et peu d’études longitudinales ont été repérées. Si les études transversales ne permettent pas d’identifier des facteurs causaux, elles permettent une description détaillée de la VFP. La VFP étant un phénomène relationnel complexe, des plans mixtes sont nécessaires pour permettre l’intégration des résultats (Tashakkori et Creswell, 2007), l’exploration des relations causales et l’inclusion d’analyses statistiques robustes facilitant l’identification d’effets médiateurs et modérateurs (Ato et al., 2013 ; Baron et Kenny, 1986 ; Hair et al., 2014 ; Hong et al., 2012).
En général, les études comptant le plus grand nombre de personnes participantes portaient sur des populations communautaires. Les publics étaient divers, une grande part des études utilisant des échantillons composés soit uniquement de parents, soit uniquement de jeunes, malgré l’avantage évident des plans à informateurs multiples (Achenbach et al., 1987). De plus, s’agissant d’un phénomène relationnel, disposer d’informations provenant des deux parties concernées facilite grandement la compréhension de la VFP (Condry et Miles, 2014 ; Pagani et al., 2004, 2009).
Quant à l’origine des échantillons, la plupart des études incluses dans la revue ont été menées en Europe et en Amérique du Nord. Pour mieux comprendre ce phénomène, il importe d’en déterminer la prévalence dans d’autres cultures, en particulier dans les populations latino-américaines et asiatiques. Des études interculturelles apporteraient aussi des informations précieuses (Beckmann et al., 2017 ; Ilabaca et Gaete, 2018 ; Moulds et al., 2018).
Étudier un phénomène complexe comme la VFP expose au risque de réduire son analyse à un nombre limité de variables pour décrire et comprendre les processus relationnels, sociaux et affectifs qui sous-tendent ce comportement violent, situation qui se traduit par la variabilité méthodologique des études incluses dans cet article. De manière générale, les différences méthodologiques observées dans les études sur la VFP ont rendu difficile l’analyse des informations issues des données obtenues, ce qui a obligé à identifier et à rapporter les éléments qui apparaissaient systématiquement, afin de rendre possible la construction d’un corpus cohérent de connaissances scientifiques (Simmons et al., 2018).
Deuxièmement, les études examinées ont apporté des données empiriques dans les trois domaines analysés : compétences parentales, fonctionnement familial et soutien social. Dans le domaine des compétences parentales, la grande majorité des études ont mis en évidence des pratiques parentales inadéquates, caractérisées surtout par un manque de contrôle et par la négligence (Cottrell et Monk, 2004 ; Eckstein, 2004 ; Laurent et Derry, 1999 ; Pagani et al., 2003 ; Selwyn et Meakings, 2016), de faibles niveaux d’affection et de communication (Calvete, et al., 2014a ; Contreras et Cano, 2014b) et un faible engagement émotionnel envers les enfants (Calvete, et al., 2014b ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Tew et Nixon, 2010). Ce résultat concorde avec celui d’une étude récente de Del Hoyo et al. (2020), qui a mis en évidence une relation significative entre une mise en œuvre inefficace de la discipline parentale et la VFP.
L’étroite association entre pratiques parentales et VFP est largement étayée par les données empiriques ; on ne sait toutefois toujours pas si les pratiques parentales identifiées précèdent la violence commise ou en résultent, faute d’études longitudinales. Il est clair, en revanche, qu’un manque d’engagement émotionnel (carence), des émotions négatives liées au rôle parental et des problèmes de communication influent sur le développement et la persistance de la VFP (Calvete, et al., 2014a ; Edenborough et al., 2008 ; Ibabe et Bentler, 2016 ; Williams et al., 2017). Sur cette base, les programmes de soutien à la parentalité destinés aux familles touchées par la VFP devraient viser le développement de styles parentaux positifs, en particulier l’expression de l’affection, de la chaleur et du soutien envers les enfants (Calvete, et al., 2015b).
En outre, les résultats rapportés sur l’adoption de comportements de soumission par les parents laissent penser qu’au-delà des conséquences physiques, psychologiques et économiques négatives de la VFP, les actes violents commis par les enfants peuvent aussi aboutir à un contrôle, par ces enfants, du comportement de leurs parents (Laurent et Derry, 1999 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016).
Parallèlement aux pratiques parentales inadéquates, les études examinées rapportent aussi des résultats concordants quant au sentiment d’inefficacité parentale des parents (Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Laurent et Derry, 1999 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017). Dans certains cas, ce faible sentiment d’efficacité personnelle conduisait les parents à croire qu’ils avaient totalement perdu le contrôle, et donc à céder pour éviter l’affrontement violent (Eckstein, 2004 ; Routt et Anderson, 2011 ; Tew et Nixon, 2010), ou encore à installer avec leur enfant un cercle d’interaction encore plus agressif en réponse à son comportement violent (Omer, 2004). Ces attitudes découlaient d’un manque de sécurité et de confiance dans leur rôle de parents ; loin de mettre fin à la VFP, elles ne faisaient que compliquer encore la situation. Il arrive donc que des jeunes concluent que la maltraitance est la seule façon d’interagir avec leurs parents (Cottrell et Monk, 2004 ; Estévez et Góngora, 2009).
Étant donné la difficulté des parents à exercer des compétences parentales adaptées (Edenborough et al., 2008), la culpabilité et la honte intenses qu’ils éprouvent (Cottrell et Monk, 2004 ; Tew et Nixon, 2010), l’exposition à la victimisation secondaire et le manque de soutien adéquat obtenu (Miles et Condry, 2015), il n’est pas surprenant que les parents aient des attributions inexactes concernant le comportement violent de leurs enfants et recourent à des stratégies pour nier, déformer ou cacher les actes violents de leurs enfants, attitude qui peut à son tour contribuer à accroître le nombre de cas cachés (Fernández-González et al., 2021 ; Kennair et Mellor, 2007).
En ce qui concerne le fonctionnement familial, les résultats de la revue montrent que la VFP est associée à des niveaux élevés de conflit coparental (Calvete, et al., 2015a, 2015b, 2015c ; Contreras et Cano, 2014a ; Pagani et al., 2003 ; Selwyn et Meakings, 2016), à des niveaux élevés de stress parental (Condry et Miles, 2014 ; Cottrell et Monk, 2004 ; Edenborough et al., 2008) et à des changements dans les routines quotidiennes (Condry et Miles, 2014 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010). Il est probable que ces situations, ajoutées au fait que les parents tendent à accepter les interactions violentes comme quelque chose de normal dans les moments de conflit (Eckstein, 2004), contribuent souvent à créer un climat émotionnel négatif dans les familles touchées par la VFP, ce qui augmente à son tour le risque que les frères et sœurs de la personne agresseuse reproduisent des schémas de comportement violent (Condry et Miles, 2014 ; Contreras et Cano, 2014b).
Enfin, les résultats relatifs au soutien social indiquent que l’isolement auto-imposé, qui semble associé aux situations de VFP (Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017), pourrait s’expliquer par la revictimisation vécue par les parents et par la stigmatisation sociale associée à ce type de violence (Brule et Eckstein, 2016 ; Condry et Miles, 2014 ; Cottrell et Monk, 2004 ; Eckstein, 2004 ; Edenborough et al., 2008 ; Holt, 2011 ; Miles et Condry, 2015 ; Murphy-Edwards et van Heugten, 2018 ; Routt et Anderson, 2011 ; Selwyn et Meakings, 2016 ; Tew et Nixon, 2010 ; Williams et al., 2017).
Il serait intéressant d’explorer, dans de futures recherches, le rôle que jouent les services professionnels dans l’isolement social. La réticence des parents à contacter les forces de l’ordre ou à solliciter les services sociaux formels est un problème sérieux qu’il faut traiter, d’autant plus que ces institutions ont un rôle dans l’intervention auprès de ces situations (Coogan, 2014 ; Gallagher, 2004). Par ailleurs, il est essentiel de renforcer les politiques de soutien aux familles et de faciliter l’accès à des spécialistes du travail social et de la santé mentale (University of Brighton, 2012 ; Wilcox et Pooley, 2015), compte tenu du risque psychosocial élevé de ces familles (Moulds et Day, 2017).
Si la présente revue offre une systématisation précieuse de l’information, fondée sur l’identification et l’analyse exhaustive des études existantes, elle comporte néanmoins certaines limites. Premièrement, en n’incluant que des études publiées en anglais et en espagnol, les informations rapportées par des études publiées dans d’autres langues ont été perdues. Deuxièmement, la diversité méthodologique et contextuelle des études a exigé d’identifier les sources de variabilité et de procéder à une analyse par sous-groupes.
Cette revue apporte des éléments sur le caractère écologique de la VFP, puisque la recherche a porté sur des variables personnelles, interpersonnelles et sociales relevant de différents systèmes écologiques (Bronfenbrenner et Morris, 2007). En outre, les conclusions des études longitudinales examinées apportent des preuves concrètes de la nature transactionnelle de ce phénomène.
Les résultats ont mis en évidence des données empiriques solides sur les compétences parentales inadéquates associées à la VFP, ainsi que sur les relations familiales conflictuelles qui découlent de sa présence. Malgré leur besoin de soutien, les données indiquent que les familles en situation de VFP éprouvent une certaine méfiance envers les ressources de soutien formel, et que la revictimisation et la stigmatisation sociale qu’elles subissent ne font qu’accroître leur isolement. Les discours tenus dans certains milieux et par certaines institutions, selon lesquels les parents sont toujours responsables des actes de leurs enfants et devraient toujours pouvoir exercer sur eux pouvoir et contrôle, n’aident en rien à rendre visible le problème dans toutes ses dimensions, et ne font que masquer les conséquences considérables de ce phénomène pour les familles concernées.
Les résultats de cette revue systématique font apparaître les besoins d’intervention propres aux familles en situation de VFP, aux niveaux personnel, familial et social. Dans la ligne des initiatives actuelles de soutien et d’accompagnement des familles, orientées vers la formation et le renforcement familial, l’équipe de recherche propose de développer des actions de prévention et de promotion qui renforcent les systèmes familiaux en situation d’adversité (Child Welfare Information Gateway, 2013 ; Pote et al., 2019), en faisant des jeunes qui exercent la violence comme des parents les protagonistes directs, dans une approche systémique (Pereira, 2011, 2019).
Sur ce dernier point en particulier, nous souhaitons souligner l’importance de promouvoir des programmes de parentalité positive qui favorisent l’acquisition de compétences parentales améliorant l’exercice de la parentalité chez les parents vivant des situations de VFP (Rodrigo et al., 2009).
Complexe Systémique : à retenir
Cette revue a le mérite de rassembler en un seul tableau ce que la violence filio-parentale fait aux trois étages du système : les compétences parentales, le fonctionnement familial, les réseaux de soutien. Pour la clinique, le point le plus utile est circulaire : le sentiment d’inefficacité pousse les parents à céder ou à surenchérir, ce qui confirme au jeune que la violence fonctionne, et la honte, alimentée par des institutions qui renvoient les parents à leur responsabilité, les isole davantage. Travailler la présence parentale sans escalade, restaurer une alliance entre parents et sortir la famille du secret sont donc des cibles aussi importantes que le comportement du jeune. La lecture critique s’impose pourtant : le vocabulaire du déficit parental (« inadéquat », « soumis ») peut reconduire la culpabilisation que l’article dénonce, les études incluses sont surtout transversales, européennes et nord-américaines, et la voix des jeunes reste rare. À lire avec l’article montrant que les violences filio-parentales ne se ressemblent pas toutes, et avec l’article sur une compréhension écologique de la violence filio-parentale.
Notes de l’original
Remerciements. La personne qui signe en premier a bénéficié d’une bourse de l’université de Guayaquil pour son séjour à l’université de Séville.
Financement. Financement du libre accès permis par l’accord CRUE-CSIC avec Springer Nature.
Conflits d’intérêts. L’équipe de recherche déclare que la recherche a été menée en l’absence de toute relation commerciale ou financière pouvant être interprétée comme un conflit d’intérêts potentiel.
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Traduction non officielle en français de Compétences parentales, fonctionnement familial et soutien social dans les situations de violence filio-parentale : une revue exploratoire de la littérature, par Shirley Arias-Rivera, Bárbara Lorence et Victoria Hidalgo, Journal of Family Violence, vol. 37, no 7 (2022), doi : 10.1007/s10896-021-00316-y, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes, figure en anglais). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Parenting Skills, Family Functioning and Social Support in Situations of Child-to-Parent Violence: a Scoping Review of the Literature », publié dans Journal of Family Violence (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Arias-Rivera, S., Lorence, B., et Hidalgo, V. (2022). Compétences parentales, fonctionnement familial et soutien social dans les situations de violence filio-parentale : une revue exploratoire de la littérature (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/competences-parentales-fonctionnement-familial-soutien-social-et-violence-filio-parentale (Œuvre originale publiée en 2021 dans Journal of Family Violence, 37(7), 1147-1160 (2022) ; republiée en 2022 par Journal of Family Violence, https://link.springer.com/article/10.1007/s10896-021-00316-y)
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