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Journal of Family Violence · Violences

La nécessité d’une réponse familiale globale : l’invisibilité de la fratrie dans les interventions contre la violence filio-parentale

Quand un adolescent violente sa mère, les programmes travaillent avec le duo mère-fils. Et les frères et sœurs ? À partir de l’évaluation d’un programme australien, l’équipe d’Amy Young montre que la fratrie a souvent été témoin ou cible des violences, et que les progrès obtenus en séance se heurtent, à la maison, à des frères et sœurs restés hors du dispositif.

Auteurs Amy Young, Jemma Venables, Patrick O’Leary, David Fannon et Bronte Walter (Disrupting Violence Beacon, université Griffith, Brisbane ; École de sciences infirmières, de maïeutique et de travail social, université du Queensland, Brisbane ; Australian Institute of Professional Counsellors, Brisbane ; Curtin School of Allied Health, université Curtin, Perth ; Australie)Première publication Journal of Family Violence, 4 décembre 2024Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de La nécessité d’une réponse familiale globale : l’invisibilité de la fratrie dans les interventions contre la violence filio-parentale, par Amy Young, Jemma Venables, Patrick O’Leary, David Fannon et Bronte Walter, publié dans Journal of Family Violence (Springer) (2026), doi : 10.1007/s10896-024-00757-1, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les sigles de l’original sont traduits : APV (adolescent-to-parent violence) devient VFP (violence filio-parentale) et DFV devient VDF (violences domestiques et familiales) ; deux extraits d’entretien sont présentés sous forme de dialogue ; un fragment isolé de l’original en fin de discussion (« system. ») et la déclaration de disponibilité des données ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Travailler avec toute la famille pour traiter la VFP dans son contexte permet une approche plus globale de la violence familiale.

Amy Young, Jemma Venables, Patrick O’Leary, David Fannon et Bronte Walter

Résumé

Objectif. La violence filio-parentale (VFP) à l’adolescence, en particulier la violence d’un fils envers sa mère, survient souvent dans un contexte de violences domestiques et familiales (VDF) exercées par un adulte. Les interventions contre la VFP portent pour l’essentiel sur le comportement de la personne jeune qui recourt à la violence et sur sa relation avec le parent protecteur, souvent la mère. Se centrer sur la dyade mère-jeune est important, mais ignore les relations avec les frères et sœurs, qui ont également vécu les VDF et la VFP. Si les dynamiques au sein du foyer ne sont pas prises en compte, les stratégies élaborées dans le cadre protégé d’un programme d’intervention ont peu de chances de se maintenir. Cet article examine l’expérience des frères et sœurs dont la mère et le frère suivent une intervention contre la VFP. Pour éclairer des politiques et des pratiques plus attentives, il répond à deux questions de recherche : (1) Quels sont les besoins des frères et sœurs dont le frère exerce une VFP ? et (2) comment les interventions contre la VFP peuvent-elles mieux reconnaître les besoins de la fratrie et y répondre ?

Méthode. Cet article présente une partie des données qualitatives issues de l’évaluation d’une intervention australienne contre la VFP, menée entre 2020 et 2022. Des entretiens ont été conduits avec des mères (n = 17), des fils exerçant une VFP (n = 9), des membres de l’équipe d’intervention (n = 11) et une sœur (n = 1). Des dossiers (n = 16) contenant des données sur le niveau de violence dont les frères et sœurs avaient été témoins ont aussi été examinés.

Résultats. L’analyse thématique a dégagé cinq thèmes : (1) une complexité à plusieurs dimensions qui se croisent ; (2) la reconnaissance de la violence vécue par les frères et sœurs ; (3) des groupes de frères et sœurs différents ; (4) la désorganisation de la famille ; et (5) la fratrie et le programme.

Conclusions. L’équipe de recherche soutient qu’une réponse qui s’adresse à toute la famille est nécessaire pour les familles qui se remettent de VDF et où une VFP est présente.

Mots-clés : violence familiale, violence dans la fratrie, violence filio-parentale, violence domestique, violence des enfants

Introduction

La violence filio-parentale (VFP) à l’adolescence est un domaine émergent de la recherche sur la violence. À mesure que les connaissances sur le sujet se développent, les interventions répondant aux besoins des familles où des jeunes recourent à la violence au foyer se développent aussi. Les différences de définitions, d’échantillonnage et de méthodes de mesure ont conduit à des estimations variables de la prévalence de la VFP (Fitz-Gibbon et al., 2022 ; Simmons et al., 2018). On reconnaît toutefois de plus en plus l’ampleur des effets et des préjudices causés par la VFP (Fitz-Gibbon et al., 2022) et les liens entre l’exercice de la VFP et l’exposition antérieure à des violences domestiques et familiales (VDF) exercées par un adulte (Fitz-Gibbon et al., 2022). Selon les estimations, 50 % à 80 % des jeunes qui exercent une VFP ont connu une exposition à des VDF d’un parent envers l’autre (Simmons et al., 2018). Les interventions destinées aux jeunes qui recourent à la violence au foyer doivent donc traiter non seulement leur recours à la violence, mais aussi leurs traumatismes antérieurs. Le traumatisme et les dynamiques complexes issus des VDF peuvent profondément affecter la relation entre les parents protecteurs, le plus souvent les mères, et les enfants (Humphreys et al., 2011). Le plus souvent, les mères se trouvent alors dans la situation difficile de devoir créer un environnement bienveillant et sûr pour restaurer l’attachement avec leurs enfants, tout en s’adaptant à des conditions socio-économiques et structurelles défavorables (Holt, 2017). Et cela souvent en présence de menaces persistantes et intermittentes pour la sécurité, venant de l’auteur adulte des violences (Holt, 2017). Les enfants peuvent aussi avoir assisté à de nombreux actes de violence à l’insu de leurs parents (Levesque et al., 2023).

Les dynamiques perturbées par un adulte qui exerce la violence n’affectent pas seulement la relation du parent protecteur avec les enfants, mais aussi les relations dans l’ensemble de la famille, y compris entre frères et sœurs (Meyer et al., 2021). Les frères et sœurs, comme les jeunes qui recourent à la violence, ont souvent été témoins ou victimes, ou les deux, de VDF exercées par un adulte (Phillips et McGuinness, 2020), et ont des besoins thérapeutiques équivalents pour traiter l’exposition au traumatisme (Campbell et al., 2020 ; Fitz-Gibbon et al., 2020). La violence dans la fratrie est extrêmement courante dans les situations où des jeunes exercent une violence familiale, et pourtant la violence entre frères et sœurs continue d’être banalisée et passée sous silence dans les familles (Elliott et al., 2020).

Cet article porte sur les frères et sœurs de jeunes qui recourent à la violence au foyer, car la violence les touche directement et indirectement et que la fratrie est une partie prenante importante, mais négligée, des interventions contre la VFP. Les besoins non satisfaits de la fratrie sont apparus comme une question importante dans les résultats d’une évaluation menée dans le Queensland, en Australie, entre 2020 et 2022, auprès de mères et de jeunes garçons de 12 à 17 ans. Cet article présente une partie des données qualitatives de l’évaluation d’un programme contre la VFP, afin d’explorer les besoins des frères et sœurs de ces garçons et les réponses qui leur sont apportées. L’équipe de recherche explique pourquoi les interventions contre la VFP devraient évoluer vers une réponse qui s’adresse à toute la famille et propose les éléments clés d’une telle réponse.

Contexte

La VFP est définie et mesurée de diverses manières et porte aussi d’autres noms : violence des enfants envers les parents, violence adolescente au foyer, violence des jeunes au foyer (Broadhead et Francis, 2011 ; Coogan, 2011 ; Cottrell, 2003). Si certaines définitions présentent la VFP comme un préjudice physique infligé aux parents par leur enfant à l’adolescence (Coogan, 2011 ; Cottrell, 2003), d’autres ont une portée plus large et incluent tout recours à la violence, à l’adolescence, contre un membre de la famille (Royal Commission into Family Violence, 2016). Broadhead et Francis (2015) prennent aussi en compte la dimension du pouvoir, lorsque des actes préjudiciables commis à l’adolescence visent à prendre le pouvoir et le contrôle sur un parent. Conformément aux définitions de la VFP qui tiennent compte du pouvoir et reconnaissent les formes non physiques de violence, cet article définit la VFP comme des « actes abusifs continus et cumulatifs commis intentionnellement par des enfants envers leurs parents, pour obtenir pouvoir et contrôle ou pour causer intentionnellement une souffrance physique, psychologique ou financière ». Cet article adopte aussi une perspective de genre pour comprendre la VFP et les VDF.

La VFP dans le contexte de VDF exercées par un adulte

Cottrell et Monk (2004) ont repéré un schéma dans lequel des fils commencent à maltraiter leur mère, qui avait un partenaire violent, peu après le départ du foyer du père ou du partenaire violent, en notant :

Ce comportement semblait influencé par la combinaison d’un modèle masculin direct, d’une idéalisation de l’agresseur et d’une colère envers la mère pour avoir « échoué à protéger » la famille. Dans des cas moins fréquents, les jeunes recouraient aussi à l’agression contre un homme adulte violent pour tenter de protéger la mère. (p. 1082)

La violence subie et observée dans l’enfance ne mène pas directement à l’exercice de la violence à l’âge adulte (Coogan, 2018). Le recoupement entre le recours des enfants à la violence et une exposition antérieure aux VDF est néanmoins considérable (Fitz-Gibbon et al., 2022). La littérature fournit aussi des éléments en faveur d’une transmission intergénérationnelle de la violence chez les enfants qui ont été témoins de VDF et à qui des figures parentales ont servi de modèle de comportements violents (Eriksson et Mazerolle, 2015). Si la majorité des personnes exposées à la violence dans l’enfance ne deviennent pas violentes (Eriksson et Mazerolle, 2015 ; Johnson et Ferraro, 2000), l’exposition aux VDF dans l’enfance est un facteur de risque de violence ultérieure (Delsol et Margolin, 2004). Par exemple, l’étude d’Izaguirre et Calvete (2015) auprès de 30 mères espagnoles ayant vécu des VDF a montré que huit de ces femmes avaient un enfant qui avait usé de violence contre elles. Cela suggère que la violence peut se transmettre d’une génération à l’autre et être reproduite par des garçons et des hommes exposés aux VDF dans l’enfance. En outre, les hommes qui ont été témoins de violence entre leurs parents dans l’enfance sont plus susceptibles d’exercer une violence conjugale que ceux qui n’ont pas été exposés à la violence dans l’enfance ou qui ont seulement subi de la maltraitance (Eriksson et Mazerolle, 2015).

L’effet des VDF sur les mères et leurs enfants

Pour concevoir des interventions efficaces, il faut comprendre les effets cumulés des VDF, de la VFP et de la violence dans la fratrie sur les familles. Les VDF affectent la relation entre une mère et son enfant et l’attachement qui les lie (Levandosky et al. 2011). Les VDF affectent aussi négativement l’expérience de la parentalité chez une femme, ses représentations internes d’elle-même et son rôle de mère (Hooker et al., 2016). La recherche a également mis en évidence l’effet du contrôle coercitif sur les enfants, non seulement lorsqu’ils y sont directement soumis, mais aussi lorsque l’agresseur les utilise comme agents pour exercer un contrôle ou une surveillance sur leur mère (Callaghan et al., 2018). Les interventions doivent tenir compte des dommages que les VDF infligent à la relation mère-enfant (Humphreys et al., 2011). Les VDF touchent aussi différemment les garçons et les filles : selon la recherche, les garçons manifestent davantage de comportements externalisés, et les filles davantage de comportements internalisés (Evans et al., 2008).

Les VDF ont des effets spécifiques à l’adolescence, en plus des effets plus généraux relevés à la fin de l’enfance, notamment une faible estime de soi, un retrait social, de la dépression, de l’anxiété et de l’agressivité (Bryce, 2015 ; Richards, 2011). Les jeunes qui ont vécu des VDF à l’adolescence sont plus susceptibles d’éprouver de la colère à la fois envers le parent qui exerce la violence et envers le parent survivant (Bryce, 2015). Ces jeunes sont aussi susceptibles d’éprouver de la honte, de craindre pour leur sécurité et de ressentir le besoin de protéger leurs proches, ce qui peut à son tour accroître l’épuisement, le désespoir et l’absentéisme scolaire tout en diminuant la motivation, les absences à l’école contribuant aux difficultés scolaires des jeunes qui ont vécu des VDF (Bryce, 2015 ; Moylan et al., 2010).

Un niveau élevé de violence peut continuer, après la séparation, à affecter les femmes et les enfants ainsi que la relation qui les unit (Thiara et Humphreys, 2017). La violence domestique peut se poursuivre en l’absence de l’agresseur (Holt, 2017 ; Thiara et Humphreys, 2015). Les modalités de contact entre les enfants et leur père après la séparation peuvent être émotionnellement chargées et potentiellement dangereuses pour les mères comme pour les enfants (Holt, 2017). Buchanan et al. (2011) décrivent les enfants qui subissent un niveau élevé de violence après la séparation comme l’un des groupes d’enfants les plus en détresse. Les travaux de Holt (2017) sur la violence après la séparation ont montré que des hommes continuaient d’exercer pouvoir et contrôle sur les mères et les enfants en modifiant fréquemment les modalités de contact, par le chantage affectif, des contacts non désirés par voie technologique, la traque, l’intimidation et en perturbant le contact entre la mère et l’enfant pendant leur temps de visite. Les comportements de traque sont souvent le fait d’hommes qui ne peuvent accepter ce qu’ils perçoivent comme un rejet lorsque leur partenaire part, ce qui expose les femmes à un risque accru d’agression grave et d’homicide (Hardesty, 2002). Les mères rapportent un sentiment intense de solitude et d’isolement après la séparation, ainsi que le sentiment d’être dépassées par la responsabilité entière de la parentalité (Holt, 2017 ; Humphreys et Thiara, 2003). Ces sentiments, combinés à d’autres (anxiété, épisodes de violence, peur), peuvent réduire l’énergie que les mères consacrent à leurs enfants (Holt, 2017).

Les taux de VFP

Les données sur la prévalence de la VFP en Australie sont limitées. Fitz-Gibbon et al. (2022) ont mené la première enquête communautaire australienne auprès de plus de 5 000 jeunes de 16 à 20 ans, visant à établir la prévalence de leur recours à la violence : une personne jeune sur cinq avait usé de violence contre un membre de sa famille. Selon des données canadiennes de 2021, 4,5 jeunes de 12 à 17 ans pour 100 000 ont fait l’objet d’une inculpation pour infraction violente contre un parent (1 694 au total), contre 8,9 pour 100 000 en 2009 (O’Conner et al., 2023). La VFP est sous-déclarée dans les systèmes de services par rapport à sa prévalence (Cox, 2016), la honte et le jugement porté sur les victimes renforçant peut-être le silence autour des expériences de maltraitance (Williams et al., 2017). Si elle est sous-déclarée dans les services, les données autodéclarées disponibles surestiment souvent la VFP, en particulier celle exercée par des filles (Simmons et al., 2018), en raison des actes de violence décontextualisés utilisés pour la mesurer (Ackerman, 2016 ; Hamby, 2014). Fitz-Gibbon et al. (2022) ont constaté que les jeunes à qui le sexe féminin avait été assigné à la naissance étaient plus susceptibles de déclarer avoir usé de violence contre un membre de leur famille que les jeunes à qui le sexe masculin avait été assigné. Des études portant sur des échantillons d’auteurs d’infractions ont toutefois rapporté que 59 % à 87 % des auteurs étaient des garçons (Simmons et al., 2018, p. 33). Cela montre que si les filles sont peut-être plus disposées à déclarer leur recours à la violence contre leurs parents et les personnes qui s’occupent d’elles, les garçons exercent des formes de violence plus graves, qui conduisent à des arrestations et à des condamnations. Si des études ont avancé une quasi-symétrie entre les genres dans les taux de VFP (Simmons et al., 2018), cela reflète le caractère encore naissant de ce domaine d’étude et la nécessité de mesures capables de saisir les nuances des données, plutôt que la prévalence réelle. Dans l’étude de Fitz-Gibbon et al. (2022), la moitié des jeunes qui avaient exercé une violence familiale (n = 513) déclaraient avoir usé de violence contre leur mère (y compris adoptive). De même, Phillips et McGuinness (2020) ont constaté que les mères représentaient de très loin la majorité, soit 75,6 %, des victimes de VFP. Cela montre que si le caractère genré de la VFP peut être contesté, les femmes en sont victimes de manière disproportionnée (Royal Commission into Family Violence, 2016).

Les interventions contre la VFP

La littérature sur les interventions contre la VFP, y compris les évaluations de programmes, est limitée, ce qui restreint les recommandations disponibles sur les bonnes pratiques. À l’échelle internationale, les réponses pénales, avec orientation par le système judiciaire, sont les principales formes d’intervention offertes aux familles confrontées à la VFP. Les réponses pénales à la VFP, en particulier dans un contexte de VDF exercées par un adulte, posent problème étant donné que la personne adolescente est aussi victime, ainsi que son statut juridique, sa vulnérabilité sociale et son niveau de compréhension lié au développement (référence des auteurs, 2024 ; Bettinson et Quinlan, 2020). Compte tenu de ces facteurs, les réponses sous forme de programmes s’appuient sur différentes approches théoriques (Holt, 2017), notamment l’apprentissage de compétences cognitivo-comportementales (par exemple le programme Step-Up) et les approches centrées sur les forces et orientées vers les solutions (par exemple le programme Who’s in Charge?) (Routt et Anderson, 2011 ; Gallagher, 2016). La diversité des approches traduit l’idée, présente dans la littérature, que le travail avec des jeunes qui recourent à la violence exige d’autres approches que l’accompagnement d’adultes qui y recourent (Elliott et al., 2017 ; O’Hara et al., 2017). Ces approches consistent notamment à veiller à la sécurité des femmes et des enfants et à adopter une perspective interdisciplinaire ancrée dans les services sociaux plutôt que dans le système judiciaire (Douglas et Walsh, 2018 ; O’Hara et al., 2017 ; Moulds et al., 2016). Les interventions doivent tenir compte de l’expérience singulière de chaque famille, ce qui se prête à une intervention centrée sur chaque famille (Miles et Condry, 2015). Il faut aussi éviter de faire porter la responsabilité aux parents victimes et aux jeunes, qui peuvent à la fois exercer la violence et en être victimes (Miles et Condry, 2016). Le contenu des programmes doit mettre l’accent sur la reconstruction des relations familiales (Shanholtz et al., 2020).

La violence dans la fratrie

Si des études fondées sur des données policières ont montré que la VFP constitue la majorité des incidents de violence familiale (Phillips et McGuinness, 2020 ; Routt et Anderson, 2011), d’autres ont montré que la violence dans la fratrie était plus répandue (Eriksen et Jensen, 2009). Fitz-Gibbon et al. (2022) ont constaté, dans des données d’enquête anonymes autodéclarées, une prévalence de la violence dans la fratrie supérieure à celle de la VFP, deux jeunes sur trois recourant à la violence envers un frère ou une sœur. La maltraitance dans la fratrie, à tous les âges, est peu étudiée dans le contexte australien, bien qu’elle soit observée comme courante (Douglas et Walsh, 2018 ; Eriksen et Jensen, 2009). La violence dans la fratrie est une violence exercée contre une personne par son frère ou sa sœur ; elle est considérée comme une forme distincte de violence familiale (Elliott et al., 2020 ; Royal Commission into Family Violence, 2016). On a constaté qu’elle coexiste avec d’autres types de violence familiale, dont la violence conjugale et la violence à l’adolescence (Routt et Anderson, 2011). La violence dans la fratrie ressemble aux autres formes de violence familiale par son caractère genré, l’expérience de stigmatisation et de honte des victimes et la réticence à la signaler (Elliott et al., 2020). Si la violence dans la fratrie est peut-être moins genrée que la VFP (Douglas et Walsh, 2018), les garçons seraient plus susceptibles de l’exercer (Elliott et al., 2020) et les sœurs représentent la majorité des personnes qui la subissent (Walker et Woerner, 2018). Les jeunes qui usaient de violence contre leurs frères et sœurs étaient aussi généralement les aînés des personnes touchées (Walker et Woerner, 2018). Fitz-Gibbon et al. (2022) ont constaté que les jeunes recouraient plus souvent à la violence dans la fratrie qu’à la VFP, deux sur trois ayant usé de violence contre un frère ou une sœur. La violence verbale était la forme la plus courante de violence dans la fratrie, suivie de la violence physique et de la violence psychologique (Fitz-Gibbon et al., 2022). D’autres travaux ont cependant rapporté que la violence psychologique était la plus courante (par exemple Relva et al., 2013). Une petite partie des personnes interrogées par Fitz-Gibbon et al. (2022) (1 %) rapportaient une violence très grave dans la fratrie, notamment des menaces de mort, des étranglements et des violences sexuelles. En outre, les jeunes qui avaient subi la violence d’un frère ou d’une sœur (ou d’autres membres de la famille) étaient plus susceptibles de riposter par la violence : 93 % des jeunes ayant subi une violence dans la fratrie usaient à leur tour de violence contre ce frère ou cette sœur (Fitz-Gibbon et al., 2022).

Comme les victimes de VDF en général, les victimes de violence dans la fratrie éprouvent de la honte et subissent une stigmatisation (Elliott et al., 2020 ; Fitz-Gibbon et al., 2022). La violence dans la fratrie a des effets durables sur les personnes qui la subissent et sur celles qui l’exercent. Le traumatisme lié à la violence dans la fratrie peut affecter les liens avec les frères et sœurs et avec d’autres personnes, conduire à toute une série de comportements d’adaptation, dont des troubles alimentaires et une consommation problématique de drogues et d’alcool, et être aggravé par d’autres formes de VDF (Eriksen et Jensen, 2009 ; Kettrey et Emery, 2006 ; Phillips et al., 2009). La violence subie dans la fratrie pendant l’enfance a des effets à long terme, notamment une victimisation répétée, une hypersensibilité, la dépression et le trouble de stress post-traumatique (Phillips et al., 2009). De plus, le fait d’être victime de violence dans la fratrie peut conduire à des attitudes qui minimisent et excusent le recours à la violence, influer sur la perception de la culpabilité de la victime et de la gravité de l’agression, et est corrélé à des comportements à haut risque au début de l’âge adulte (Dantchev et Wolke, 2019 ; Phillips et al., 2009). Les frères et sœurs peuvent quitter le foyer tôt ou se sentir obligés de rester pour protéger d’autres personnes (Elliott et al., 2020). Pourtant, la violence dans la fratrie n’est souvent pas reconnue comme une violence préjudiciable aux effets durables (Eriksen et Jensen, 2009) ; elle est banalisée dans les familles et les communautés, si bien que beaucoup de victimes ne se rendent pas compte que les actes préjudiciables qu’elles subissent constituent des violences (Kettrey et Emery, 2006).

Il est important que les parents et les autres membres du système familial interviennent face à la violence dans la fratrie, pour affirmer que la violence n’est pas acceptable et contrer les représentations dominantes qui la banalisent (Dantchev et Wolke, 2019). Or, dans un contexte de VDF, les mères portent une part disproportionnée de la charge parentale (Humphreys et al., 2018). Elles peuvent aussi devoir faire face aux VDF de l’agresseur adulte et vivre elles-mêmes la stigmatisation et la honte ; elles ont donc besoin d’un soutien important pour répondre à la violence dans la fratrie au foyer. La recherche a mis en évidence les obstacles que rencontrent les parents pour répondre à la violence dans la fratrie, notamment le dilemme qui consiste à assurer à la fois la sécurité et le soin de la fratrie touchée et de l’enfant qui recourt à la violence (Elliott et al., 2020). Lorsque les parents cherchent une réponse institutionnelle, les capacités, les financements et les ressources pour traiter la violence dans la fratrie et la VFP font défaut (Elliott et al., 2020 ; Fitz-Gibbon et al., 2022). S’il est impératif que les parents ne cautionnent ni ne renforcent les dynamiques de pouvoir et de contrôle dans les relations fraternelles, il est aussi important de ne pas leur imputer la violence entre frères et sœurs. Travailler avec toute la famille pour traiter la VFP dans son contexte permet une approche plus globale de la violence familiale.

Malgré les effets importants de la VFP et des VDF sur les frères et sœurs, la prise en compte de leurs besoins de soutien reste remarquablement absente de la conception des programmes contre la VFP. Cet article cherche à combler cette lacune en répondant à deux questions de recherche : (1) Quels sont les besoins des frères et sœurs dont le frère exerce une VFP ? et (2) Comment les interventions contre la VFP peuvent-elles mieux reconnaître les besoins de la fratrie et y répondre ?

Présentation de l’intervention contre la VFP

Pour situer le contexte, cette section présente l’intervention contre la VFP (appelée ci-après le Programme), évaluée par l’équipe de recherche entre janvier 2020 et janvier 2022. L’objectif politique du programme était de traiter les comportements violents actuels des jeunes, tout en réduisant le taux de VDF qu’ils pourraient exercer à l’avenir. Le programme s’appuyait sur des cadres de pratique fondés sur l’attachement, le traumatisme et la sécurité, et la psychoéducation. Le public visé était des mères et leurs fils (de 12 à 17 ans) qui exerçaient une VFP et avaient vécu des VDF exercées par un adulte. Le programme visait à réduire le recours des fils à la VFP en traitant le traumatisme commun issu de l’exposition aux VDF, à reconstruire la relation mère-fils, à renforcer la confiance des femmes dans leur rôle de parent et à remettre en question les attitudes genrées.

Le programme était mis en œuvre dans le cadre d’un partenariat entre deux structures : un service spécialisé dans les VDF et un service thérapeutique spécialisé dans le traumatisme de l’enfant. Il comprenait deux volets : (1) dix semaines de psychoéducation, en séances de groupe hebdomadaires parallèles réservées aux mères d’un côté et aux fils de l’autre, assurées par le service VDF ; et (2) une période de six mois de séances hebdomadaires de counseling individuel et dyadique avec les mères et les fils, suivie d’une nouvelle période de six mois de retrait progressif, assurées par le service thérapeutique. Le volet de counseling comprenait aussi un soutien aux mères par une personne chargée de la défense des droits des femmes. Si les frères et sœurs ne participaient pas directement au programme, les deux organismes s’efforçaient de les orienter vers d’autres programmes de soutien, principalement des programmes de rétablissement après des VDF, et d’alléger pour les mères la charge de trouver une solution de garde pendant leur participation au programme. Bien que les frères et sœurs ne soient pas inclus dans les activités du programme, une évaluation de leurs besoins était encouragée dans le cadre de l’évaluation d’admission. Lors de l’admission, le programme recourait à une évaluation des risques réalisée par téléphone avec les mères, portant sur le risque de VDF exercées par un adulte et sur le risque lié à la personne jeune qui recourait à la violence. Dans un premier temps, le risque était donc évalué du point de vue des mères, plutôt que du point de vue des frères et sœurs, ou de la personne jeune qui exerçait la VFP, au sein du foyer.

Les mères contactaient le programme de leur propre initiative ou y étaient orientées par des services généralistes d’aide aux familles, plutôt que par les circuits d’orientation obligatoires. L’évaluation des risques liés aux auteurs adultes était réalisée avec la Risk and Safety Assessment (RASA), un outil standardisé d’évaluation des risques de violence domestique. Faute d’outil standardisé pour repérer et évaluer la VFP, le service spécialisé dans les VDF avait adapté cet outil pour l’utiliser avec les jeunes. L’examen des formulaires d’admission par l’équipe de recherche a montré que l’outil adapté aux jeunes permettait de repérer des problèmes de sécurité, y compris de sécurité émotionnelle, et des comportements de contrôle, mais que son usage variait légèrement d’un membre du personnel à l’autre. L’évaluation de la sécurité fournissait néanmoins assez d’informations initiales pour que la personne chargée de la défense des droits des femmes et la personne référente du jeune puissent engager le contact. Les évaluations des risques étaient régulièrement mises à jour pendant le Programme.

Méthode

Cet article présente une partie des données qualitatives d’une évaluation plus large de la mise en place, de la mise en œuvre et des résultats d’un programme spécialisé contre la VFP dans le Queensland, en Australie. L’évaluation reposait sur une démarche de recherche-évaluation orientée vers l’action, conçue pour éclairer l’utilité et l’effet du programme sur le fonctionnement et la sécurité des familles. Conformément à l’objectif de l’évaluation, la démarche visait à multiplier les occasions pour les parties prenantes de partager leurs points de vue et leurs expériences du programme. La recherche a reçu l’approbation éthique du comité d’éthique de la recherche sur l’être humain de l’établissement principal [Griffith University]. La deuxième personne signataire relevant d’un autre établissement, le comité d’éthique de la recherche sur l’être humain de l’université du Queensland a aussi entériné cette approbation, conformément à la politique de l’université.

Échantillon et recrutement

Conformément à la démarche de l’évaluation, un échantillonnage raisonné a permis de recruter des personnes participantes dans différents groupes de parties prenantes liés au programme : (a) les membres de l’équipe qui assuraient la mise en œuvre et la gestion du programme ; (b) les mères et les fils qui y ont participé ; et (c) les frères et sœurs de 12 à 17 ans des familles participantes.

Les membres de l’équipe d’intervention

Les documents de recrutement ont été distribués aux membres de l’équipe admissibles par leur employeur. Les personnes intéressées contactaient directement l’équipe de recherche pour discuter de leur participation. Au total, 11 des 12 personnes admissibles ont accepté de participer, dont trois hommes et huit femmes. Leurs formations professionnelles comprenaient la psychologie et le travail social.

Les mères et les fils

Toutes les mères et tous les fils ayant suivi le premier volet du programme (dix semaines de psychoéducation) ont été invités à participer à l’étude. L’équipe de recherche a présenté l’étude aux personnes participant aux groupes peu après la procédure d’admission initiale du programme. L’équipe d’intervention utilisait un résumé préparé à l’avance pour introduire la recherche, avant que l’équipe de recherche l’explique oralement et recueille le consentement pendant la première semaine du programme. Au total, 17 mères et 9 fils, issus de trois cohortes du programme, ont accepté de participer. Toutes les mères admissibles ont accepté, et 9 des 17 jeunes. Les fils ont consenti à leur participation et leur mère a aussi donné son consentement en tant que représentante légale.

Les frères et sœurs

Les frères et sœurs ne participant pas directement au programme, leur mère jouait un rôle de filtre. La fratrie n’était donc invitée à participer que si la mère participait déjà à l’étude. Quatre frères et sœurs remplissaient les critères d’inclusion, mais une seule personne a donné son consentement, et obtenu celui de sa mère, pour participer.

Recueil des données

L’évaluation reposait sur un devis de recherche à méthodes mixtes, pour gagner en rigueur par la triangulation de données issues de plusieurs sources. Cet article présente les données recueillies par (a) l’examen de dossiers et (b) des entretiens semi-structurés avec les trois groupes de personnes participantes. Dossiers : avec le consentement des mères, l’équipe de recherche a examiné leurs dossiers (n = 16), qui comprenaient des évaluations des risques et des formulaires d’admission déjà recueillis par le service spécialisé dans les VDF à d’autres fins liées au programme. Une mère n’a pas consenti à l’examen de son dossier. Ces techniques ont été utilisées dans des recherches d’évaluation semblables sur la violence domestique et la protection de l’enfance (Lalayants et al., 2011). Les données relatives aux expériences des frères et sœurs et aux risques qu’ils couraient ont été extraites sous forme anonymisée et saisies dans une matrice.

Entretiens semi-structurés approfondis

Tous les entretiens portaient à la fois sur la mise en œuvre du programme et sur les résultats perçus pour les familles. Les membres de l’équipe d’intervention (n = 11) et les frères et sœurs (n = 1) ont participé à un entretien unique. Les mères (n = 17) et les fils (n = 11) ont été invités à participer à un maximum de trois entretiens au fil de leur parcours dans le programme. Toutefois, en raison de la complexité persistante de leur vie, certaines mères (n = 8) et certains fils (n = 3) n’ont choisi de participer qu’à un entretien. Seuls quelques jeunes ont participé à deux entretiens, en raison du calendrier de l’évaluation. Le recrutement s’est fait sur quatre cycles du programme, et davantage de jeunes ont choisi de participer lors des derniers cycles, ce qui laissait moins de possibilités de suivis programmés avant la fin de l’évaluation. Trois jeunes ont fait deux entretiens ; une mère a participé à quatre entretiens, deux à trois entretiens et six à deux entretiens. Les entretiens ont été menés en personne, par téléphone ou sur Zoom par des membres de l’équipe de recherche et ont duré de 20 à 120 minutes. Ils ont été enregistrés avec le consentement des personnes participantes et transcrits mot pour mot.

Analyse

Les dossiers

Deux membres de l’équipe de recherche ont participé à l’examen des dossiers, à l’aide d’un outil d’analyse déductive construit en commun. Une attention particulière a été portée au repérage des différents types de violence auxquels la fratrie était exposée, actuellement et par le passé, et à toute mention de leurs besoins et des soutiens qui leur étaient apportés. Deux évaluations n’avaient pas été entièrement remplies par l’équipe d’intervention, ce qui limitait les conclusions sur ces deux dossiers ; les sections remplies ont cependant été incluses dans l’analyse.

Les entretiens

Les transcriptions d’entretien ont été anonymisées et importées dans NVivo. L’équipe a mené une analyse thématique, guidée par l’approche largement reconnue de Braun et Clarke (2013). L’équipe s’est d’abord familiarisée avec les transcriptions et a élaboré ensemble la grille de codage initiale. Les codes étaient inductifs et élaborés de façon itérative par plusieurs lectures des transcriptions. Ce travail d’examen comprenait un processus réflexif consistant à discuter ensemble de l’inclusion de tout nouveau code proposé et à s’accorder sur celle-ci. Une fois toutes les transcriptions codées, l’équipe a affiné la grille de codage et recherché des « configurations de sens » (Byrne, 2022, p. 1393) dans l’ensemble des données, en lien avec les questions de recherche de cet article. Les thèmes candidats ont ensuite été discutés, et une liste définitive de thèmes a été arrêtée. Les ressemblances et les différences entre les thèmes issus de l’analyse ont été explorées comme un élément clé du processus analytique.

Résultats

Cinq thèmes ont été dégagés au sujet des frères et sœurs : la complexité et les besoins de la famille, qui se croisent ; la reconnaissance de la violence vécue par les frères et sœurs ; les groupes de frères et sœurs ; la désorganisation de toute la famille ; la fratrie et l’intervention.

Complexité et besoins de la famille, qui se croisent

Un constat d’ensemble a été le niveau élevé de besoins concomitants et entrecroisés des mères, des fils participant au programme et de leurs frères et sœurs. Certaines familles devaient gérer de multiples prises en charge par des services qui, souvent, n’étaient ni reliés entre eux ni coordonnés. Les entretiens avec tous les groupes de personnes participantes ont mis en évidence les besoins complexes des familles : besoins de santé mentale et physique de la mère, des frères et sœurs et des fils, intervention des services de protection de l’enfance, procédures judiciaires en cours liées aux VDF et au droit de la famille, instabilité du logement, diagnostic de handicap, refus scolaire et pauvreté. Comme l’a dit un membre de l’équipe d’intervention :

Il se passe beaucoup de choses pour le fils, pour les frères et sœurs, ou pour la maman. Potentiellement, un certain niveau de problèmes de santé mentale dans la famille. Le handicap a été un sujet pour nous par le passé. Des choses comme l’instabilité du logement, aussi. Beaucoup de… les ordonnances de justice, ça, c’est énorme. (Membre de l’équipe 9)

Beaucoup de besoins entrecroisés des membres de la famille résultent des VDF vécues, sont compliqués par le traumatisme qui en découle et sont aggravés par la violence continue exercée par la personne jeune. Les interventions doivent traiter en priorité le recours à la violence et ses conséquences et gérer le risque, tout en équilibrant les autres besoins par la coordination de la prise en charge et en restant attentives à la saturation de services.

Les mères relevaient dans la violence de leur fils des gestes qui déclenchaient chez elles une réaction, en leur rappelant des gestes de l’auteur adulte des violences. La majorité des fils participant au programme avaient un diagnostic formel de handicap, et dans certaines familles des frères présentaient aussi un diagnostic de handicap. Comme l’a rapporté une mère :

Ouais, et donc mon aîné a un TSA (trouble du spectre de l’autisme) et il est assez agressif, il… [le jeune du programme] avait la langue bien pendue, donc il essayait toujours de chauffer l’aîné, mais lui voulait toujours l’affronter, il faisait genre : « Allez, vas-y alors ». (Mère 8)

L’équipe d’intervention se montrait attentive à l’articulation entre diagnostic de handicap, traumatisme et recours à la violence, pour favoriser la responsabilisation du jeune dans le programme ; ce soutien n’était cependant pas offert directement aux frères et sœurs dans le cadre de l’intervention.

Les mères disaient être « à pleine capacité de maman » à force de jongler avec les rendez-vous et les priorités, les leurs et celles des membres de la famille. La charge de traitement imposée aux mères pour assister aux séances du programme, en plus d’autres priorités, laissait penser qu’une approche souple de l’engagement était nécessaire, en particulier pour associer les frères et sœurs aux mères et aux jeunes dans les interventions. Les mères et l’équipe d’intervention reconnaissaient que les besoins de la personne jeune qui recourait à la violence passaient souvent avant ceux des frères et sœurs :

Ce qu’on a constaté parfois aussi, c’est qu’avec ce jeune qui recourt à la violence, il se passe souvent beaucoup de choses, donc très souvent l’attention et l’énergie de la maman servent à aider ce jeune à obtenir le soutien dont il a besoin, et les frères et sœurs se sentent parfois un peu mis à l’écart. (Membre de l’équipe 8)

Les mères disaient se sentir coupables de l’attention accordée à leur fils violent. Le recours à la violence affecte la disponibilité des mères envers les frères et sœurs, ce qui cause un préjudice indirect et abîme la relation entre la fratrie et le parent.

La reconnaissance de la violence vécue par les frères et sœurs

Les mères sous-estimaient souvent l’ampleur de la violence que leurs enfants avaient subie de la part de l’auteur adulte et en prenaient davantage conscience au fil du programme. Comme l’a confié une mère :

Parce que je ne m’en rendais pas compte, mais il a un peu parlé à mon partenaire de ce qu’il a vécu, alors que je ne pensais pas que [le petit frère] avait vraiment vécu des choses ; il n’avait vu que quelques trucs. Je pense qu’il en a vu un peu plus que ce que je croyais. (Mère 1)

En outre, l’équipe d’intervention et les mères rapportaient que l’auteur adulte continuait souvent d’exercer la violence après la séparation, pendant que les familles suivaient le programme, y compris par des violences facilitées par la technologie. Leurs récits décrivaient comment ces VDF après la séparation pouvaient affecter les dynamiques familiales, par exemple :

On a le tribunal aux affaires familiales qui prévoit que le défendeur doit avoir des appels téléphoniques avec les enfants toutes les deux semaines… il y a des escalades nettes qui se produisent avant cet appel, pendant l’appel, quand le défendeur pousse un jeune à passer le téléphone à un autre frère ou une autre sœur, ce qui entraîne une escalade entre les enfants, qui entraîne une escalade avec la maman, et l’influence persistante du défendeur sur les enfants est vraiment profonde, pas seulement dans ces escalades violentes, mais aussi dans leurs comportements, leur notion des limites. (Membre de l’équipe 2)

Cette citation montre la coercition exercée par un auteur adulte, son effet sur les relations fraternelles et l’escalade qui gagne toute la famille jusqu’aux mères. Dans le programme, les stratégies d’évaluation des risques étaient dynamiques, pour saisir le risque venant de l’auteur adulte et les fluctuations de la violence des jeunes qui en découlaient. Elles complétaient les évaluations des risques faites à l’admission du point de vue des mères, où la violence vécue par les jeunes avait pu être sous-estimée. Les données des dossiers indiquaient des risques pour tous les jeunes de la famille. Toutes les évaluations remplies indiquaient que le jeune et, dans tous les cas sauf un, les frères et sœurs avaient été témoins de la violence de l’auteur adulte et du jeune. Dix dossiers indiquaient que les jeunes et leurs frères et sœurs avaient directement subi de la violence (par exemple un enlèvement) de la part d’un auteur adulte ou du jeune. Huit dossiers indiquaient que les jeunes et leurs frères et sœurs avaient peur de l’agresseur et ne souhaitaient pas avoir de contact avec lui. Huit dossiers indiquaient aussi que les jeunes et leurs frères et sœurs avaient des difficultés à nouer et à entretenir des relations avec d’autres personnes, y compris à l’école. Les formulaires d’admission détaillant les comportements des jeunes indiquaient que les frères et sœurs subissaient des violences physiques, des violences verbales, y compris des menaces de mort, de la manipulation émotionnelle et de l’intimidation. Deux dossiers indiquaient que des mères estimaient que les jeunes s’appuyaient sur des systèmes de croyances genrés, en particulier contre leurs sœurs. Des mères indiquaient aussi que des jeunes avaient utilisé des armes contre leurs frères et sœurs, notamment en poignardant leur porte.

L’équipe d’intervention reconnaissait les symptômes traumatiques des frères et sœurs et, dans les entretiens, se montrait attentive aux stratégies que la fratrie pouvait employer pour rester en sécurité au foyer, notamment en adaptant leurs comportements et leurs actes pour garder de bonne humeur l’aîné qui recourait à la violence et réduire le risque d’escalade. Il s’agissait par exemple de veiller à ce que le jeune violent ait davantage accès aux appareils numériques.

Les mères avaient conscience de la violence exercée par le jeune contre ses frères et sœurs et la citaient comme l’une des raisons pour lesquelles elles avaient demandé un soutien spécialisé aux services.

Il devenait un peu physique. Genre, il avait déjà frappé son frère au visage. Sa tolérance à la frustration était vraiment basse. La stabilité de son humeur, ça partait de plus en plus dans tous les sens, et il s’emportait tellement facilement, et il était tellement en colère. C’était vraiment un garçon tellement en colère. (Mère 1)

Dans certains cas, les mères rapportaient que leur fils avait d’abord usé de violence contre ses frères et sœurs avant d’en venir à l’exercer aussi contre elles.

C’était vraiment triste de voir qu’en fait il a commencé à réduire ce genre de menaces de se faire du mal, et qu’il a commencé à devenir vraiment agressif avec sa sœur. Et puis ça s’est peu à peu déplacé vers moi. C’est comme un manque de capacité à faire face à ce qui se passe, et cette escalade, c’est la menace qui suit. (Mère 2)

Cela suggère qu’un repérage de la violence dans la fratrie par l’équipe d’intervention pourrait aider à repérer une violence future. La violence, physique et verbale, visait des frères et sœurs plus âgés comme plus jeunes que le jeune participant au programme, et visait aussi bien des sœurs que des frères.

L’effet perçu de la VFP sur les frères et sœurs varie selon leurs caractéristiques

Il est ressorti de l’ensemble des données que la nature et l’effet perçus de la VFP sur les frères et sœurs variaient selon leurs caractéristiques, à savoir l’âge et le genre.

Les frères et sœurs plus jeunes

Les frères et sœurs plus jeunes étaient le groupe le plus susceptible de recevoir un soutien parallèle au programme, par des interventions visant à traiter les effets des VDF exercées par l’adulte, plutôt qu’à cibler spécifiquement la VFP ou la violence dans la fratrie. Les mères voyaient positivement ce soutien offert aux plus jeunes, car elles et l’équipe d’intervention reconnaissaient que leurs besoins étaient souvent éclipsés par ceux du fils violent. Les entretiens avec les mères et l’équipe d’intervention ont mis en évidence les comportements simultanés des fils du programme envers leurs frères et sœurs plus jeunes : des comportements protecteurs et des comportements violents.

Avec les plus jeunes, c’est un peu différent. Dans certaines familles, on a vu le jeune qui recourt à la violence se montrer assez protecteur, mais dans d’autres situations, c’est, là encore, l’inverse. Les plus jeunes ont, là encore, assez peur de ce grand frère ou de cette grande sœur et peuvent le voir comme un agresseur, voilà. (Membre de l’équipe 8)

Les mères rapportaient que leur fils se montrait affectueux envers ses frères et sœurs plus jeunes, mais exerçait aussi de la violence à leur encontre et adoptait des comportements parentifiés qui aggravaient les conflits.

Avec [sa sœur], il a été très affectueux, mais d’un autre côté, il devient aussi très dominateur et il joue au parent avec elle… Je dois toujours lui dire : « Mon grand, tu n’as pas à t’inquiéter de ça. Ce n’est pas toi le parent, c’est moi. » (Mère 8)

Se comporter comme un parent envers un frère ou une sœur plus jeune, en particulier une sœur, pouvait faire partie d’un schéma de comportement utilisé par le jeune pour contester l’autorité de la mère, et comporte une dimension de genre. Les mères craignaient aussi que, si elles ne traitaient pas les comportements de leur fils, les plus jeunes se mettent à adopter des comportements semblables. L’effet émotionnel, sur les plus jeunes, de voir un aîné s’emporter était également reconnu. Les mères craignaient que le risque que le jeune du programme faisait courir aux plus jeunes déclenche une intervention des services de protection de l’enfance.

Trois familles du programme avaient déjà connu une intervention des services de protection de l’enfance ayant conduit au retrait d’enfants de la garde de leur mère. Si ces retraits n’étaient pas dus à la violence d’un jeune, la crainte persistante de nouveaux retraits restait présente. Le risque possible d’une intervention de la protection de l’enfance était aussi une crainte pour les familles ayant des frères et sœurs d’âge proche de celui des jeunes du programme ; cette crainte pesait sur l’engagement dans le programme et accentuait l’isolement social des familles participantes. La crainte d’une intervention de la protection de l’enfance peut aussi conduire les mères à ne pas tout dire à l’équipe d’intervention. Des réponses policières incohérentes ont aussi été relevées dans l’ensemble du groupe, y compris face à la violence contre des frères et sœurs. Dans certains cas, ces interactions ont renforcé le pouvoir du jeune, la police ayant déclaré ne pas pouvoir agir parce que la personne violente était un enfant. Cela réduisait la probabilité que les mères fassent de nouveau appel à la police.

Les frères et sœurs à l’adolescence

Les données des dossiers et des entretiens avec l’équipe d’intervention et les mères indiquaient qu’une violence physique importante contre des frères et sœurs à l’adolescence se poursuivait pendant le programme, y compris l’usage d’armes et des violences physiques ayant pu causer des fractures. La violence exercée contre les frères et sœurs pouvait être une tactique pour accroître la détresse des mères. Elle pouvait aussi être un moyen d’abîmer les relations entre les mères et les autres enfants et d’asseoir le contrôle sur la famille. Distinguer la violence dans la fratrie de la mise à l’épreuve normale des limites entre frères et sœurs était compliqué par les antécédents de VDF exercées par un adulte. L’équipe d’intervention reconnaissait que les mères avaient besoin d’aide face à plusieurs jeunes de la fratrie à l’adolescence, mais qu’il fallait donner la priorité à la personne à l’origine de la violence. Lorsque deux jeunes adolescents étaient tous deux à l’origine de violences au foyer, leurs admissions étaient décalées dans le temps.

Les mères rapportaient que les frères et sœurs utilisaient « t’es comme papa » comme une insulte blessante, et qu’être comparés aux auteurs adultes mettait les fils en colère et aggravait la déconnexion avec leur mère et leurs frères et sœurs. Une complication supplémentaire pour ce groupe tenait au fait que les frères et sœurs fréquentaient souvent la même école que le jeune, cette école étant aussi pour lui un lieu de déconnexion et de harcèlement. Les jeunes qui suivaient le programme avaient le sentiment d’être tenus responsables de leurs actes à l’école, alors que leurs frères et sœurs ne l’étaient pas. Un jeune du programme a aussi décrit la violence qu’il subissait de la part de son frère adolescent, y compris avec une arme. Il a raconté :

Jeune 7 : Je vais dans ma chambre et je ferme la porte. Parce que ma porte, même si tu la pousses doucement du pied, elle s’ouvre. Chaque fois que je suis là-dedans, je mets vraiment toute ma force pour garder la porte fermée. S’il veut me tuer avec le couteau… S’il dit : « Je vais te tuer », je cours dans ma chambre et je tiens la porte fermée, je fais attention que mes pieds ne soient pas sous la porte, parce qu’il pourrait juste glisser le couteau en dessous, et ça pourrait quand même me couper. Mais voilà.

Équipe de recherche : Et tu ne te sens pas en sécurité quand il fait ça ?

Jeune 7 : Oui. J’ai l’impression que je vais mourir.

Des jeunes subissaient aussi la violence de frères aînés, ce qui suggère la nécessité d’examiner pendant le programme le double rôle de victime et d’auteur de violence dans la fratrie.

Les sœurs adolescentes

La déconnexion entre frères et sœurs s’accentuait lorsque les mères devaient protéger la sœur contre le fils violent.

Eh bien, il est particulièrement blessé quand j’ai fait sortir [sa sœur] de la maison, parce qu’il était agressif et que ça devenait effrayant. Mais il dit : « Tu vois, tu vois, tu l’as emmenée, parce que tu la préfères. » Je lui dis : « Non, je l’ai emmenée parce qu’il fallait qu’elle et moi, on soit en sécurité. » Mais il n’arrive pas à le comprendre. Et puis elle, elle a l’impression que presque tout tourne autour de [lui], qu’il y a tous ces rendez-vous. Jusqu’à récemment, on avait cinq rendez-vous par quinzaine liés spécifiquement à sa prise en charge, en dehors de mes heures de travail. Et elle, elle dit : « Tu vois, tout est consacré à lui. » (Mère 2)

Une sœur adolescente a participé à la recherche, en même temps que sa mère et son frère, ce qui a permis d’avoir une vision d’ensemble du parcours de la famille dans l’intervention. Elle a rapporté que la violence physique de son frère envers elle et envers sa mère avait diminué depuis le début du programme. Elle se sentait toutefois tenue à l’écart de certaines activités que sa mère et son frère faisaient désormais ensemble. Elle a aussi noté que de petits actes agaçants se poursuivaient, ce qui souligne le caractère cumulatif de la violence dans la fratrie.

Il me taquine et… ma maman dit que je devrais juste ignorer, mais maintenant… j’ai l’impression que ça s’est accumulé avec le temps. Toutes les petites choses qu’il fait, ça m’énerve. Genre s’il va dans ma chambre et commence à toucher à mes affaires, ça devient énervant, alors que moi je ne lui fais pas ça. Je ne sais pas si c’est sa façon d’essayer de, je ne sais pas, si c’est drôle pour lui ou quoi. Mais il fait ce genre de trucs, et après il me taquine, il me donne des petites tapes et il recule, ce genre de choses. Ça m’énerve… Avec le temps, ça s’est accumulé. Parce que ma maman disait que je devais juste l’ignorer, mais maintenant… je le lui ai même dit pendant une dispute, qu’avec le temps j’ai l’impression que ça s’est tellement accumulé que les petites choses m’énervent, et tout le monde pense juste que c’est moi qui réagis trop fort (Sœur 1).

Sa mère rapportait aussi des changements positifs dans le comportement de son fils, mais voyait de plus en plus le comportement de sa fille comme problématique.

Mais lui devient vraiment bien, et puis j’ai l’autre qui commence maintenant à partir dans l’autre sens. Et comme je lui ai dit, j’en suis maintenant avec [sa sœur] là où j’en étais l’année dernière avec [le jeune] : « Tu as cassé une fenêtre. Au bout du compte, il faut qu’on te trouve de l’aide, et si on ne peut pas nous donner cette aide, c’est triste, mais tu devras partir, parce que je ne peux plus supporter ça chez moi. » Donc on est passé de l’un qui partait comme ça à maintenant, en quelque sorte, voir tout ça. Parce qu’au début, lui disait : « Je ne veux pas aller au counseling, c’est vraiment nul. » Et maintenant qu’il y est, il reçoit de l’aide, il arrive à parler, et il reçoit les outils dont il a besoin. Et [sa sœur] me le renvoie tout le temps à la figure : « Oh, c’est toujours [lui], c’est toujours [lui]. [Lui] et son counseling, le comportement de [lui]. » (Mère 12)

La mère décrivait la dynamique comme une violence réciproque, en minimisant la violence que la sœur avait subie de son frère.

La violence vécue par les frères et sœurs à l’adolescence, en particulier les filles, était la plus élevée de tous les groupes. On a eu plusieurs familles où les frères et sœurs recouraient aussi à la violence. Je pense que c’est un sujet vraiment passionnant parce que je sais que dans certaines familles, parfois, le jeune qui recourt à la violence peut en fait être vu, d’une certaine façon, comme un bouc émissaire, aussi. Je pense qu’il y a beaucoup de complexité autour des dynamiques familiales et je pense que pour certains frères et sœurs, en particulier les adolescentes, j’ai constaté qu’elles ont aussi tendance à subir la violence d’un jeune, que ce soit de la violence physique, de la violence genrée, des menaces, vraiment tout l’éventail. (Membre de l’équipe 8)

La sœur qui a participé avait reçu un soutien du service qui mettait en œuvre le programme, mais avait toujours le sentiment de n’avoir personne à qui parler et ne se sentait pas à l’aise pour confier ses inquiétudes à sa mère.

Équipe de recherche : Est-ce qu’il y a un soutien dont tu sens que tu aurais besoin ?

Sœur 1 : Peut-être quand je me dispute avec ma maman, quelqu’un à qui parler. Parce que je vais… aux groupes de jeunes de l’église pour les enfants… j’y vais, et j’expliquais que quand je me dispute avec ma maman ou que je suis contrariée, je ne parle à personne. Je laisse juste passer… Je sais qu’il y a une ligne d’écoute pour les jeunes, mais un soutien ou quelque chose que je pourrais faire quand j’ai besoin de parler, ou comment je pourrais parler à quelqu’un ?

Cela met aussi en évidence les relations perturbées entre les mères et les autres enfants de la fratrie, et l’effet que cela peut avoir sur leur bien-être.

Les frères et sœurs aînés

Les frères et sœurs aînés étaient décrits comme ajoutant de diverses façons à la complexité des dynamiques familiales : recours persistant à des comportements perturbateurs ou violents, qui affectaient le jeune et la mère ; contacts imprévisibles et allées et venues au domicile de la mère et dans la vie de la famille ; tentatives de prendre un rôle parental, qui sapaient l’autorité de la mère. Des frères aînés avaient pu user de violence par le passé contre le jeune du programme, ce qui laissait à ce dernier un sentiment d’injustice d’être tenu pour responsable alors que ses frères aînés et son père ne l’avaient pas été. Certains jeunes subissaient encore la violence d’un frère aîné. Comme les auteurs adultes masculins, les frères aînés devenus jeunes adultes étaient souvent des membres de passage dans la famille, qui causaient des perturbations lorsqu’ils reprenaient contact. Ce contact venait parfois du frère lui-même, et parfois de l’auteur adulte masculin. Par exemple, une mère a rapporté que son fils progressait bien dans le programme, jusqu’à ce que ses frères aînés viennent vivre avec eux, lorsque leur père a renoncé à leur garde. Les comportements problématiques des jeunes ont alors augmenté.

Comment on appelle le fait de filmer son frère nu sous la douche, et puis ton frère te court après parce que tu as son téléphone, et que tu filmes avec son téléphone, et tu vois, et tous les deux trouvent ça drôle (Mère 3).

Cette mère avait demandé que ses autres fils participent aussi à l’intervention, de façon moins régulière, pour renforcer le lien dans l’ensemble de la famille.

Les jeunes avaient des sentiments contradictoires envers leurs aînés. Ils avaient conscience du conflit qui pouvait survenir entre les aînés et leur mère, en particulier lorsque les aînés se comportaient envers eux comme un parent, contre la volonté de leur mère. Il s’agissait par exemple de poser des verrous sur les portes du jeune du programme, contre la volonté de la mère, ce qui perturbait la scolarité et la prise des médicaments. Si le jeune voyait que ce geste aggravait le conflit entre son frère aîné et sa mère, il voulait préserver la relation avec son frère, car ils avaient partagé des expériences pendant leur placement.

J’ai en quelque sorte été plus avec lui quand j’étais plus petit que… qu’avec ma mère. Parce que [mon frère] et moi, on a été retirés à maman et on a été placés et tout ça, et j’étais avec lui. Donc, enfant, j’ai été plus longtemps avec lui qu’avec ma mère. (Jeune 2)

Cela met en évidence la perturbation de l’attachement causée non seulement par les VDF exercées par un adulte, mais aussi par des interventions institutionnelles antérieures, ce qui complique la logique d’un programme qui vise à reconstruire l’attachement en se concentrant principalement sur les dommages causés par la violence. Les aînés sapaient l’autorité parentale des mères, qu’ils vivent ou non au foyer. Les mères cherchaient donc à limiter les contacts entre les jeunes et leurs aînés. Dans un cas, par exemple, cela a aussi conduit le jeune à quitter le foyer pour vivre avec son aîné et donc à se désengager du programme. Les perturbations que les frères aînés causent à l’intervention, et le risque qu’ils font courir au jeune et à la mère, doivent être suivis tout au long du programme.

La sœur qui a participé était un peu plus âgée que le jeune du programme et estimait que le fait d’être l’aînée pesait sur les disputes entre elle, son frère et sa mère.

Des fois ça empire, des fois… mais des fois c’est moi qu’on accuse, et… je ne sais pas si c’est parce que je suis la plus grande, des fois c’est moi qu’on accuse alors qu’eux [les frères et sœurs] ont fait des trucs aussi (Sœur 1).

La désorganisation des relations dans toute la famille

Les personnes participantes reconnaissaient à des degrés divers l’effet persistant de l’auteur adulte sur la relation entre tous les membres de la famille. Les mères et l’équipe d’intervention avaient conscience de la dysrégulation et des escalades de violence qui pouvaient survenir après un contact avec les pères.

Il a essayé d’appeler plusieurs fois depuis qu’on est ici, mais je n’ai juste pas répondu au téléphone, parce que ça les perturbe vraiment quand les enfants lui parlent. Leur comportement est complètement déchaîné pour le reste de la soirée. (Mère 1)

La fratrie et l’intervention

L’intervention travaillait principalement avec la dyade formée par la mère et le jeune, avec des réponses parallèles, mais rarement intégrées, proposées à certains frères et sœurs. Le programme ne suivait pas de lignes directrices cohérentes sur le meilleur moment pour associer les frères et sœurs à l’intervention, ni de contenu spécifique sur la violence entre frères et sœurs ou sur l’expérience de la fratrie. Les résultats indiquent que les progrès réalisés en matière de changement de comportement et de responsabilisation étaient mis à l’épreuve au foyer. Comme l’a dit le membre de l’équipe 1 : « parce qu’alors, c’est genre, bon, peut-être que [le jeune] n’exerce plus autant de violence ou quelque chose comme ça, mais en subit encore de la part des autres frères et sœurs. Et il y a beaucoup de pression sur ce jeune pour qu’il s’améliore ». L’équipe d’intervention rapportait aussi que, si des frères et sœurs recouraient également à la violence au foyer, cela conduisait souvent le jeune à chercher à se soustraire à la responsabilité de sa violence envers ce frère ou cette sœur. L’équipe décrivait comment le jeune pouvait s’appuyer sur le contenu du programme pour rejeter la responsabilité de la violence sur son frère ou sa sœur. À mesure que les jeunes amélioraient leurs comportements, les mères voyaient ceux des frères et sœurs comme plus problématiques. Ces comportements problématiques doivent cependant toujours être considérés dans le contexte de la violence exercée auparavant par le jeune du Programme et par l’auteur adulte, et des changements de la dynamique familiale dus à l’intervention. La sœur interrogée a indiqué qu’au fil du programme, son frère et sa mère passaient plus de temps ensemble, ce qui lui donnait le sentiment d’être exclue.

Discussion

Dans la littérature, restreinte mais croissante, sur la VFP, les liens entre la VFP et l’exposition antérieure à des VDF exercées par un adulte sont reconnus (Fitz-Gibbon et al., 2022 ; Simmons et al., 2018). Cela a conduit à élaborer des programmes qui traitent non seulement le recours du jeune à la violence, mais aussi ses traumatismes antérieurs. Les programmes d’intervention existants ont eu tendance à se centrer soit sur le jeune, dans une perspective judiciaire, soit sur la dyade jeune-mère (Baker et Bonnick, 2021). Ces modèles ne tiennent pas compte de l’effet des VDF et de la VFP sur l’ensemble de la famille, y compris les autres frères et sœurs, qui ne sont pas au centre de l’intervention. Les frères et sœurs sont des parties prenantes clés dans le contexte de la VFP, qu’il s’agisse de tenter de protéger d’autres personnes ou d’être témoins de la violence et de ses effets. La fratrie peut souvent être la cible de la violence ou prendre part, elle aussi, à la violence contre la mère. Ne pas intégrer ces questions et les effets indirects de la VFP pèsera probablement sur la réussite des interventions. Cet article enrichit les connaissances sur la VFP en se centrant spécifiquement sur l’expérience et les besoins des frères et sœurs dans des familles qui ont vécu des VDF et où un frère (de 12 à 17 ans) suit un programme contre la VFP pour traiter sa violence envers sa mère. Les complexités qui en résultent ont été éclairées et ont des implications claires pour l’intervention et la recherche future.

Les résultats montrent que les besoins et les expériences des frères et sœurs, dans ces familles, sont systématiquement sous-reconnus et insuffisamment soutenus. Par exemple, les parents peuvent sous-estimer l’ampleur des VDF dont les frères et sœurs, en particulier les plus jeunes, ont été témoins. En outre, les efforts des mères et des fils aînés pour éviter que les plus jeunes aient connaissance de la violence, en taisant leurs expériences avec l’auteur adulte, peuvent rompre les relations et la confiance dans la dynamique mère-fils-fratrie. Les résultats éclairent aussi le large éventail de questions auxquelles les mères doivent répondre après s’être séparées de l’auteur adulte : procédures relevant du droit de la famille et des VDF, instabilité du logement et pauvreté, besoins de santé mentale et physique, ainsi que le soutien face à la VFP de leur ou de leurs fils. La charge de traitement qui pèse sur les mères pour repérer et coordonner les services qui traitent ces questions, et pour s’y rendre, peut reléguer au second plan les besoins des frères et sœurs. Ensuite, lorsque les mères de l’étude se sont engagées dans le programme avec leur fils, le soutien offert aux frères et sœurs était peu intégré aux activités du programme. En outre, le soutien parallèle ne touchait pas toute la fratrie, ou seulement de façon ponctuelle.

Dans cette étude, les dyades mère-fils participant au programme faisaient partie d’un foyer plus large, ce qui rendait difficile l’intégration et le maintien des changements de comportement à la maison. Le reste du foyer pouvait résister aux nouvelles dynamiques, n’ayant pas pris part au cheminement de changement dans le groupe. Les frères et sœurs peuvent, sans le vouloir, chercher à maintenir le statu quo en retombant dans des schémas de comportement familiers avec leur frère. Cela souligne l’importance d’intégrer les frères et sœurs aux réponses lorsque c’est approprié. Cela peut aider à resituer le recours réactif des frères et sœurs à la violence dans leur histoire traumatique et dans le schéma de maltraitance de leur frère. Cela peut aussi éviter une rupture de la relation entre la mère et les autres enfants pendant que l’on travaille avec la mère et le frère sur la VFP. Des données issues du secteur de la santé indiquent que les soins centrés sur la famille, ou sur toute la famille, peuvent améliorer les résultats, notamment un meilleur accès aux services et une meilleure utilisation de ceux-ci, ainsi qu’une meilleure santé et un meilleur bien-être (Arango, 2011). De même, les approches qui s’adressent à toute la famille dans les programmes d’intervention et de prévention d’autres domaines de l’aide sociale (par exemple les soins de santé mentale) se sont aussi révélées bénéfiques (Murray et Barnes, 2010).

Les résultats mettent en évidence des complexités entrecroisées liées à la VFP, qui exigent des réponses s’adressant à toute la famille. L’intervention doit examiner avec soin les besoins différents des divers groupes de frères et sœurs (par exemple plus jeunes, du même âge ou plus âgés que le fils qui exerce la VFP), les risques qu’ils courent et qu’ils font courir, et leur influence. Par exemple, dans cette étude, les plus jeunes étaient plus susceptibles de bénéficier d’un programme de rétablissement après des VDF que les autres groupes. Les mères l’appréciaient, car elles estimaient que les besoins des plus jeunes étaient souvent éclipsés par ceux du jeune violent. À l’inverse, les frères aînés étaient plus susceptibles de perturber les interventions en cours, par leur violence et en sapant l’autorité parentale des mères. Ces deux facteurs pesaient sur le travail de responsabilisation du fils dans le programme. L’intégration des aînés dans les programmes devrait comprendre des stratégies de gestion des risques, même lorsque l’aîné ne vit pas au foyer, à l’image de la nécessité de garder l’attention sur l’auteur adulte masculin pour gérer les fluctuations du risque et des contacts (Heward-Belle et al., 2022). Il faut aussi distinguer, dans la fratrie, les personnes non violentes de celles qui usent de violence contre d’autres frères et sœurs ou contre leur mère. Ce point a été jugé particulièrement pertinent pour les frères et sœurs d’âge proche.

La violence dans la fratrie décrite dans cette étude comportait aussi une dimension de genre. Les violences entre frères et sœurs inquiétaient les mères, mais étaient aussi vues comme des comportements adolescents banals. Dans certains cas, elles étaient vues comme réciproques, sans que soit identifiée une personne principalement agressive. Il faut intégrer au contenu des programmes destinés aux mères la violence réactive des filles, pour que la violence exercée par les fils ne soit pas indûment confondue avec les réactions des filles. Des recherches complémentaires sont nécessaires sur les interventions auprès des filles qui usent de violence contre leur mère. Il est important de situer la violence réactive des sœurs qui ont subi une violence genrée dans les conceptions plus larges de la violence réactive des femmes dans la violence familiale, y compris la nécessité de distinguer la violence réactive du recours à la force (Fitz-Gibbon et al., 2022 ; Larance, 2006) et de la violence comme moyen d’exercer pouvoir et contrôle. Le recours des femmes à la force s’est souvent révélé défensif ou résistant (Larance, 2006) : il diffère par sa motivation, son intention et son effet de celui des hommes, qui vise souvent à blesser (Larance, 2006). Ces dynamiques de genre, et le fait que la violence masculine est renforcée par des structures familiales et sociales plus larges, doivent être prises en compte dans les réponses à la VFP et à la violence dans la fratrie.

Les résultats de cette étude indiquent la nécessité de reconceptualiser et de resituer la violence dans la fratrie, en particulier dans les cas de VFP, comme une violence qui s’inscrit dans un cadre de genre et de VDF. Les multiples expériences de violence vécues par les frères et sœurs doivent être comprises comme cumulatives et interconnectées : en raison des premières expériences de VDF dans l’enfance, il y a eu de multiples traumatismes et expériences de violence. En comprenant comment ces multiples expériences de violence se recoupent, on peut saisir une image globale de leurs effets et l’intégrer aux interventions. Cela peut inclure la maltraitance institutionnelle, qui a désorganisé les relations de toute la famille.

Les résultats ont fait apparaître des inquiétudes quant aux réponses plus larges des systèmes à la VFP, en particulier la protection de l’enfance et la police. Comme dans d’autres études, les réponses de ces institutions pesaient sur la confiance des mères pour demander de l’aide ou signaler des incidents de violence graves (Campbell, 2021). Si certaines mères disaient que la violence de leur fils envers ses frères et sœurs les avait poussées à demander de l’aide, beaucoup, en particulier celles qui avaient de jeunes enfants, craignaient aussi les conséquences négatives d’une demande d’aide, à savoir le retrait de leurs plus jeunes enfants ou l’incertitude des réponses policières. Ces inquiétudes pour les plus jeunes contribuaient à l’hésitation de certaines mères à partager des informations sur la nature et l’ampleur de la VFP. Cela prolonge la littérature existante sur la manière dont les mères qui vivent des VDF et sont en contact avec les systèmes de protection de l’enfance sont contraintes à des choix difficiles pour assurer leur sécurité et celle de leurs enfants, parce que les systèmes fonctionnent avec des cadres de pratique incompatibles (Hester, 2011). Les résultats de cette étude indiquent la nécessité d’un changement des systèmes en ce qui concerne les pratiques de protection de l’enfance, pour mieux servir l’intérêt supérieur des enfants et des mères, grâce à une communication claire avec les mères et à une intégration avec les programmes spécialisés. Cela doit aller de pair avec une formation spécialisée sur la VFP pour les services publics en contact avec les familles qui suivent des programmes spécialisés contre la VFP. Dans l’étude britannique d’O’Toole et al. (2020), les équipes professionnelles disaient hésiter à associer les services de protection de l’enfance aux réponses à la VFP, car les parents ne souhaitaient souvent pas voir leur enfant retiré. L’étude proposait plutôt qu’une thérapie orientée vers les solutions permettrait aux équipes de travailler avec les parents et les enfants de façon moins stigmatisante que les interventions publiques (O’Toole et al., 2020).

Limites

La recherche présente de nombreux points forts, grâce à des méthodologies qui ont mobilisé plusieurs sources de données et plusieurs points de vérification dans le processus d’analyse. Une limite importante est l’absence de la voix des frères et sœurs dans les données. La recherche visait à recruter de 5 à 10 frères et sœurs de 12 à 17 ans. Une seule personne de cette tranche d’âge a cependant été recrutée, alors que quatre autres frères et sœurs remplissaient les critères d’inclusion et que les mères étaient favorables à leur participation. Les raisons de la non-participation comprenaient le désengagement de la famille du programme et la difficulté de trouver un moment et un lieu adaptés pour l’entretien. Cette étude éclaire donc les obstacles que la recherche peut rencontrer pour associer ce groupe, points développés plus loin. L’équipe de recherche n’a pas évalué le contenu des soutiens proposés en parallèle aux frères et sœurs, qui sortait du champ de l’évaluation.

Enseignements pour mieux inclure les frères et sœurs dans la recherche

Comme l’indiquent les résultats, les familles engagées dans l’intervention ont des besoins complexes et concurrents, qui font souvent peser sur les mères la charge d’organiser rendez-vous et déplacements. Bien que l’équipe de recherche ait proposé de la souplesse quant au lieu et au moment de l’entretien, trois familles n’ont pas pu trouver de moment adapté, en raison des obligations professionnelles des mères, de la maladie et de l’absence de moyen de transport. L’équipe de recherche n’a pas proposé aux frères et sœurs d’entretien à leur domicile, par téléphone ou à distance, par souci de préserver leur intimité et en raison des risques pour leur sécurité si leur frère entendait l’entretien.

Le principal obstacle à la participation à la recherche était le désengagement des familles du programme, c’est-à-dire le petit nombre de familles qui sont entrées dans le deuxième volet du programme (le counseling) après avoir terminé le volet de psychoéducation. Il est suggéré que les recherches futures cherchent à associer les frères et sœurs tôt dans la recherche pour limiter le risque de désengagement. Comme les familles confrontées à la VFP connaissent souvent des fluctuations du risque et de la sécurité, il faut saisir les occasions d’entretien lorsque la famille est dans une période stable pour associer tous ses membres. En outre, les frères et sœurs de moins de 12 ans étaient plus susceptibles d’être inclus dans l’intervention. Une recherche adaptée à leur âge pourrait être menée pour mieux comprendre les besoins des plus jeunes, ce qui pourrait aider à concevoir des programmes d’intervention précoce. Enfin, on pourrait solliciter les frères et sœurs de plus de 18 ans, dont l’autonomie logistique vis-à-vis de leur mère est plus grande, pour livrer un regard rétrospectif sur leur expérience d’un frère ou d’une sœur qui recourait à la violence.

Conclusion

Les réponses à la VFP sont largement portées par le terrain et répondent aux besoins croissants des familles. Des interventions et des programmes spécifiques centrés sur la violence exercée par les jeunes voient le jour, et ces réponses en développement offrent l’occasion de faire en sorte que les interventions répondent aux besoins de familles entières, pour soutenir un changement de comportement durable. Les VDF exercées par un adulte et la violence continue des jeunes au foyer affectent les relations entre tous les membres de la famille. La complexité persistante des besoins entrecroisés de tous les membres de la famille doit aussi être gérée pour garantir un engagement durable dans les interventions. Comme la VFP, la violence dans la fratrie doit être comprise dans le contexte des VDF exercées par un adulte et de leurs effets persistants. Les effets cumulés de multiples expériences de violence et de maltraitance doivent être reconnus comme une dimension de la violence dans la fratrie. Cela peut aider les interventions à remettre en question, chez les parents, les représentations qui minimisent les effets cumulés ressentis par les frères et sœurs.

Complexe Systémique : à retenir

L’intérêt de l’étude est de déplacer le regard de la dyade mère-fils vers la fratrie, restée hors champ. Les dossiers montrent que presque tous les frères et sœurs ont été témoins de la violence de l’adulte puis de celle du jeune, qu’une partie l’a subie directement, et que les sœurs adolescentes semblent les plus exposées. Pour la clinique systémique, le constat est familier : un changement obtenu dans un sous-système protégé se heurte, au retour à la maison, à un équilibre familial qui n’a pas bougé, et les progrès du fils peuvent déplacer le problème sur une sœur, désormais vue comme la difficulté. D’où plusieurs repères : repérer la violence dans la fratrie dès l’admission, du point de vue de chaque enfant et pas seulement de la mère ; distinguer la violence réactive d’une sœur de la violence de contrôle ; inclure les aînés dans l’évaluation des risques ; faire passer la protection de chacun avant toute séance conjointe. Les limites sont nettes : une seule sœur interrogée, un seul programme australien, une évaluation menée par l’équipe qui plaide pour ce changement. À lire avec l’article sur une compréhension écologique de la violence filio-parentale, et avec l’article sur la place de l’enfant dans la thérapie familiale après des violences familiales.

Notes de l’original

Financement. Le financement du libre accès a été permis et organisé par le CAUL et ses institutions membres.

Liens d’intérêts. Cette étude a reçu un financement du gouvernement du Queensland (Australie).

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Traduction non officielle en français de La nécessité d’une réponse familiale globale : l’invisibilité de la fratrie dans les interventions contre la violence filio-parentale, par Amy Young, Jemma Venables, Patrick O’Leary, David Fannon et Bronte Walter, Journal of Family Violence, vol. 41, no 4 (2026), doi : 10.1007/s10896-024-00757-1, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (sigles traduits, extraits d’entretien présentés en dialogues). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « The Need for a Whole of Family Response: The Invisibility of Siblings in Adolescent-to-Parent Violence Interventions », publié dans Journal of Family Violence (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Young, A., Venables, J., O’Leary, P., Fannon, D., et Walter, B. (2026). La nécessité d’une réponse familiale globale : l’invisibilité de la fratrie dans les interventions contre la violence filio-parentale (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/la-necessite-d-une-reponse-familiale-globale-l-invisibilite-de-la-fratrie (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Family Violence, 41(4), 733-748 (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Family Violence, https://link.springer.com/article/10.1007/s10896-024-00757-1)

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