Red Sistémica · Thérapie familiale

Crise familiale à la révélation de l’homosexualité d’un de ses membres. Formes de présentation, informations indispensables, soutien psychologique

Il existe de nombreux types d’événements dans la vie des personnes et des familles. De diverses sortes, de diverses significations et, bien entendu, riches d’une multiplicité de péripéties et de résolutions. Il est un type de crise que, par la nature même de ma spécialité, il m’a été donné de voir et de tenter de résoudre en bien des occasions : je veux parler de la crise familiale déclenchée par l’aveu, par l’un de ses membres, de son homosexualité.

Auteur Juan Carlos Kusnetzoff, médecin psychiatre et psychothérapeute, spécialisé en sexologie cliniquePublication Red Sistémica, 2022Traduction Complexe Systémique, avec l’accord de Red Sistémica

Note de la traduction

Ce texte, dont les références s’arrêtent à la fin des années 1980, a été écrit par un sexologue clinicien à un moment où l’homosexualité venait d’être retirée des classifications psychiatriques. Son vocabulaire — l’« aveu », le « membre-problème », les « troubles de l’identité sexuelle », l’emploi du mot « genre » pour désigner l’orientation du désir — porte la marque de cette époque. Nous le traduisons tel quel, sans le corriger : il documente autant l’état des savoirs et des réflexes cliniques de son temps que la crise familiale qu’il décrit.

« L’aveu d’homosexualité au sein d’un groupe familial ouvre sur une grande variété de péripéties bouleversantes, et il est l’occasion d’apprendre et de changer. »

Juan Carlos Kusnetzoff

Description phénoménale de quelques antécédents prototypiques

Il existe deux caractéristiques polaires dans les familles dont il est question dans ce travail. La première est celle de la famille qui, au moment de la consultation, raconte avoir su « depuis toujours » que le fils ou la fille avait un problème d’identité sexuelle, ou du moins l’avoir soupçonné pour de bonnes raisons. Presque toujours, ce type de famille a consulté sur le plan psychologique dès l’enfance du membre désigné, ou a bénéficié d’une aide de cet ordre. Bien souvent, la prise en charge a été médicale, de type organique, avec une prévalence particulière du versant endocrinologique.

Le second type de famille, bien plus fréquent que l’autre — dans mon expérience —, présente des histoires totalement opposées. Le membre de la famille qui pose problème aujourd’hui n’a jamais donné de signes de troubles de l’identité sexuelle ; il a même pu fréquenter et avoir (ou déclarer avoir eu) des relations sexuelles hétérosexuelles. Il a pu bénéficier ou non d’une prise en charge médico-psychologique, mais pour des raisons très éloignées des problèmes qu’il présente aujourd’hui.

Le premier type de famille (famille de type I) présente un tableau familial où prévalent les affections psychosomatiques, de présentation et d’évolution variables dans le temps, et qu’on peut également repérer dans la famille élargie : oncles et tantes, grands-parents, etc. Dans certains cas, et lorsqu’il est possible de mener l’enquête, on trouve dans le passé des histoires familiales confuses, avec un personnage « bizarre » ou aliéné, des dissolutions de liens, des divorces formels, des situations d’émigration chargées émotionnellement dans les générations antérieures, la mort ou la disparition d’un parent hautement significatif, et la description presque mythique d’un membre plus ou moins proche de la famille qui était homosexuel, mais qui, au moment de l’entretien clinique, n’est pas nommé comme tel : on en parle par euphémismes, par détours divers, quand il n’est pas purement et simplement passé sous silence.

Le second type de famille (famille de type II) se présente d’elle-même comme « normale » (sic). Il n’y a pas de membre-problème, ni dans le noyau familial ni dans la famille élargie ; ou, s’il y en a eu, il n’existe pas, au moment du recueil des données, d’investissement émotionnel dramatique se rapportant au cas d’aujourd’hui. Ce même « pattern » se répète, avec de légères variantes, devant l’absence presque complète de problèmes corporels chez les autres membres de la famille ou dans l’histoire médicale générale, et l’on compte peu de fractures ou de ruptures significatives de liens. Beaucoup de ses membres peuvent réussir relativement bien dans les tâches qu’ils accomplissent, mais le trait caractéristique est le sentiment général de calme et la rareté des « tempêtes », qu’elles soient émotionnelles ou événementielles.

Cas 1. Exemple de famille de type I

Il s’agit d’une famille composée du père, de la mère et de deux enfants : le garçon, 26 ans, et la jeune fille, 19 ans. Tous viennent en consultation, sauf la sœur cadette, objet de l’inquiétude de tous. Depuis pas mal de temps déjà, elle a des fréquentations « bizarres », et elle a manifesté dernièrement le désir de vivre seule ; en réalité, elle va le faire avec celle qui est sa compagne, une jeune femme du même âge qu’elle, qu’elle connaît depuis un an. L’annonce n’a pas beaucoup surpris, sauf le père, « parce qu’ils s’en doutaient déjà » (sic). Il y a eu de longues conversations avec le frère, qui « ne comprend pas » et a tenté plusieurs fois de lui présenter des amis…

Les deux parents se culpabilisent l’un l’autre, de façon répétée, à propos de diverses questions liées à l’éducation, en particulier lorsqu’elle était enfant, période où sont survenues deux séparations temporaires du couple parental. Ils s’accusent mutuellement d’avoir abandonné les enfants. Il existe un antécédent : une cousine éloignée de la mère, homosexuelle elle aussi, dont on ne sait plus rien depuis seize ans. Le père est diabétique, obèse et hypertendu ; il a été hospitalisé une fois. Il a un frère porteur d’un ulcère gastrique. La mère souffre depuis onze ans d’un rhumatisme polyarticulaire et, pour des métrorragies fréquentes, elle a subi une hystérectomie il y a dix ans. Le frère aîné a eu un grave accident à dix-huit ans : traumatismes multiples, perte de connaissance pendant quarante-huit heures, hospitalisation pendant quarante jours.

Cas 2. Exemple de famille de type II

Les deux parents viennent en consultation, extrêmement anxieux et pressés de parler. Il y a huit jours, le plus jeune de trois enfants, âgé de vingt et un ans, les a réunis et leur a avoué « son choix de vie homosexuel » (sic). Les parents ignoraient tout, n’avaient jamais rien soupçonné d’étrange, et l’information a provoqué un impact émotionnel qui dure depuis des jours : pleurs et reproches mutuels entremêlés de périodes d’abattement et de rage. Il n’existe pas d’antécédent semblable dans la famille et, hormis les affections courantes, « on ne sait pas ce que c’est qu’un médecin » (sic).

Il y a eu une première tentative pour cacher l’aveu aux deux autres enfants, mais après les deux ou trois premiers jours, l’information a été « mise au clair », selon l’expression même du père.

L’impact et la réponse

J’ai tenté de décrire de façon polaire la typologie différentielle de ces familles, parce que la réponse à l’impact de la nouvelle et les chemins qui mènent à la résolution des conflits familiaux sont eux aussi différents et peuvent être anticipés, dans leur structure, dès le premier moment.

La famille de type I, passés les tout premiers moments, connaît généralement des péripéties orageuses. Elles vont d’une agitation motrice effrénée qui peut durer des jours jusqu’à des attitudes « de complot » psychopathique singulièrement graves.

Cas 1 (suite)

Passées les premières minutes de l’entretien, j’ai demandé des nouvelles de la fille-problème. On m’a répondu sèchement qu’elle n’avait pas pu venir. On m’a donné une excuse rationnelle, et j’ai poursuivi mes questions. J’ai insisté ensuite, et l’on m’a répondu qu’il n’y aurait aucun problème à ce qu’elle vienne, « mais plus tard » (sic). Ce n’est qu’au deuxième entretien que j’ai pu apprendre ceci : convaincus que leur fille était malade et, surtout, qu’elle avait été « enlevée » par sa compagne homosexuelle, ils avaient décidé de la « séquestrer » — au moyen de ruses, évidemment —, de lui injecter par voie intraveineuse une substance hypnotique et de la faire hospitaliser pour lui « faire une cure de sommeil et la guérir » (sic) dans une clinique psychiatrique de la banlieue. Le père a fait valoir que, dans ces cas-là, « il faut agir vite et avec énergie », parce qu’après, « il n’y a plus rien à faire », et qu’après, « l’homosexualité est irrécupérable » (sic).

Cas 2 (suite)

L’aveu d’homosexualité du fils cadet a produit une « cataracte » de pleurs presque continus entre lui et ses parents. Ceux-ci ont soutenu pendant des jours qu’« il a certainement été influencé de façon malveillante et convaincu d’adopter des attitudes homosexuelles par ses amis et, surtout, par son thérapeute ». Les troubles qui s’ensuivirent ne dépassèrent pas deux jours d’absence au travail, une insomnie tenace et, chez le père, un fort contrôle forcé de l’extériorisation de ses affects de rage.

Petite digression d’information scientifique

Bien que la majorité des scientifiques, et en particulier la communauté psychologique et sociologique, s’efforce de comprendre, d’étudier et de conceptualiser l’homosexualité, nous devrons reconnaître que l’immense majorité de la population manifeste différentes formes de rejet et/ou des attitudes de mise à l’écart envers les personnes homosexuelles. Les idées qu’on se fait d’elles sont imprégnées de préjugés et de mythes populaires de toute sorte. Il n’est pas rare de trouver ces idées préconçues chez des personnes cultivées, ou même chez des professionnels de la santé.

Le mot « homosexuel » dérive de la racine grecque « homo », qui signifie « même » (on observera qu’il ne s’agit pas du mot latin « homo », qui signifie « homme »). Il s’agit donc d’appliquer le terme à l’un comme à l’autre sexe. Le terme « lesbienne », qui désigne les femmes homosexuelles, renvoie à la poétesse grecque Sappho, qui vécut dans l’île de Lesbos quelque six cents ans avant Jésus-Christ. Les fragments de poésie qui nous sont parvenus, elle les écrivit pour d’autres femmes ; ils sont pleins de charme, de séduction esthétique et de beauté classique.

Le terme « gay » — quasi-synonyme du terme « homosexuel » — a fait son apparition « officielle » en juin 1969, lorsqu’un groupe nombreux d’homosexuels, harcelés par la police dans un bar de Greenwich Village, à New York, se rebella avec violence et détermination. En même temps que naissait le Mouvement de libération homosexuelle naissait le terme « gay », tournure de l’anglais qui signifie « joyeux ». Le terme entend souligner le style de vie bien plus que les aspects génito-sexuels de l’homosexualité. Ce dernier terme est chargé de dénigrement et de mépris, et employé de façon connotative pour disqualifier.

Il est extrêmement important de faire savoir que, depuis 1974, l’homosexualité n’est plus considérée comme une maladie. Ainsi en a décidé l’Association médicale et psychiatrique américaine, et seule l’homosexualité égodystonique est considérée comme un problème dans la consultation médico-psychologique. 1, 2

Il devient indispensable de savoir qu’autre chose est le terme scientifique de « sexe », fortement biologique, et autre chose le terme scientifique de « genre », fortement psychosocial. Sur le plan chromosomique, anatomique et hormonal, une personne peut être femme ou homme (sexe), et l’orientation de son désir sexuel peut être, totalement ou partiellement, dirigée vers des personnes du même sexe (genre).

Principales interventions opérationnelles auprès de ces familles

Je retiens quelques concepts qui se sont montrés efficaces auprès de ces familles en crise. « La crise est le point décisif après lequel les choses iront mieux ou plus mal » 3. Sur la base de cette définition, et à titre de prémisse majeure simple, il faut comprendre que l’aveu d’homosexualité au sein d’un groupe familial ouvre sur une grande variété de péripéties bouleversantes, et qu’il est l’occasion d’apprendre et de changer. Nous, thérapeutes, avons nous aussi notre occasion de contribuer au changement de ces familles, et nous le faisons en distinguant — dans la mesure du possible — la « crise » du « stress ».

Différence entre « crise » et « stress »

Crise

Elle se présente comme la conséquence d’un stress qui exerce une pression.

Les changements sont non spécifiques.

Ces changements désorganisent, mettent hors d’état et/ou empêchent de résoudre les problèmes avec les méthodes habituelles des personnes ou des systèmes familiaux.

Stress

C’est une force qui exerce une pression, fait irruption et tend à distordre.

Les changements sont spécifiques.

Ce qui est stressant pour une famille peut ne pas l’être pour une autre. Cela est en relation directe avec les valeurs, les attentes et la nature des liens.

La famille I, ou la « crise structurelle »

Du point de vue qui considère comme variables les crises et la différence entre les divers types de facteurs de stress, je tiens la famille I pour relevant d’une « crise structurelle », et la famille II d’une « crise face à des événements inattendus » 4.

Les caractéristiques du « facteur-impact-stresseur » et, surtout, la réponse du système imposent pour la famille I la catégorie de « crise structurelle ». De fait, la révélation de l’homosexualité exacerbe un « pattern » préexistant au sein de la famille, et c’est là le trait distinctif. Le facteur déclenchant demeurait couvert et « attendait » les conditions pour affleurer. Il est évident que ce type de famille réagit démesurément au regard du facteur qui précipite la crise : elle l’obscurcit, le fait passer au second plan et exige un effort thérapeutique peu commun.

Pour tout ce qui vient d’être dit, le diagnostic différentiel avec l’autre type de crise, celui que présentent les familles de type II, est crucial, puisque l’action opérationnelle et, plus encore, le pronostic évolutif sont différents.

Pour la famille I, les apprentissages et la mise à profit des crises — et celle de l’homosexualité n’en est qu’une parmi bien d’autres — deviennent difficiles. « Toute l’énergie de la famille passe à éviter le changement, peu importe quels stress seront mal gérés en chemin » 5. Il est très probable que ce soit le « pattern » caractéristique des différentes crises qui soit gratifiant, qui fonctionne comme une récompense, et qui empêche les changements et l’apport de solutions plus rationnelles. Le thérapeute devra être averti de la difficulté de son rôle et de sa position. Sa situation sera d’une nette instabilité, à l’avenir incertain. Les attitudes volontaristes ou enthousiastes n’ont pas leur place ici, et le professionnel a une magnifique occasion d’observer et d’apprendre comment des attitudes ou des rôles parmi les plus destructeurs remplissent des fonctions d’alliance ou d’union qui résistent à toute tentative en sens contraire.

La famille de type II, ou la « crise d’événements inattendus »

Le facteur déclenchant, ici — l’aveu d’homosexualité du fils cadet —, tombe comme « une douche froide ». La crise est déclenchée par un événement explicite, unique, spécifique et vécu comme extrinsèque. Ici, après l’impact initial, la famille se resserre. Le facteur traumatique est assimilé rapidement, et sa métabolisation est prise en charge par tous. L’événement n’a pas d’antécédent au sein du groupe, il ne pouvait en aucune façon être anticipé, et il n’y avait pas et il n’y a pas lieu à des attitudes de « prévention » d’un événement semblable. Ici, le thérapeute a des chances de s’allier à tout le groupe familial, de s’employer à administrer et à répartir les ressources nécessaires et, surtout, à maintenir la famille en état de fonctionner.

L’apparition de reproches, en quantité variable, est fréquente : c’est un effort pour trouver quelqu’un ou quelque chose qui aurait pu éviter ou atténuer la crise. Il est logique qu’à ce moment-là soient « mis sur le tapis » différents événements de l’histoire ou des insuffisances d’ordre personnel et familial, auxquels on attribue une responsabilité variable dans la crise d’aujourd’hui. Dans le cas de l’aveu d’homosexualité, on trouve typiquement le reproche de l’absence de l’un des parents, en particulier du père, ou du « manque de communication » entre les membres du couple, ou encore des attitudes « dures » ou « machistes » à l’égard de la sexualité en général chez l’un ou l’autre de ses membres. L’effort pour contribuer et collaborer prédomine cependant nettement, et les vieilles revendications de type narcissique passent au second plan.

À retenir

Distinguer les deux configurations n’a rien d’académique : elle commande la place que le thérapeute peut occuper. Dans la famille de type I, la révélation vient réactiver un fonctionnement déjà là ; le professionnel y travaille en position instable, sans pouvoir compter sur une alliance d’emblée. Dans la famille de type II, l’événement est vécu comme venu du dehors, le groupe se resserre autour de lui, et le thérapeute peut s’allier à l’ensemble pour maintenir la famille en état de fonctionner.

Indications générales pour ces deux types de familles, face au même événement

Nous laisserons pour une autre fois l’examen détaillé des divers obstacles qui se présentent lorsqu’on traite ces deux types de familles. Nous nous arrêterons sur la prise en charge de la crise, face à cet événement spécifique qu’est l’aveu d’homosexualité.

1) Reconnaître l’extrême inquiétude de tous

Cette étape, si simple et si évidente qu’en apparence elle ne devrait même pas être mentionnée, est souvent sautée : au nom de l’urgence, ou d’un scientisme excessif qui presse les étapes d’ordre cognitif pour informer et éclairer en détail.

Les membres de la famille ont besoin d’être reconnus dans leur surprise, leur douleur, leur exaspération et leur impuissance. Nommer à plusieurs reprises ces sentiments, comprendre la situation, expliciter de diverses façons que le professionnel « se met à la place » des patients : cela soulage, en général, et fournit une base fondamentale pour aller de l’avant.

2) Repérer la résolution particulière de la famille

L’étape suivante consiste à relever en détail — si la famille ne le fait pas spontanément — ce qui a été fait au moment où l’aveu, ou la mise au jour du problème homosexuel, s’est produit. Cela donnera une première idée du type particulier de famille auquel nous avons affaire, et des ressources dont nous disposons.

3) Information dosée

Ce n’est qu’une fois les deux étapes précédentes pleinement accomplies que nous serons en mesure de fournir l’information pertinente.

Cette information comporte quelques thèmes caractéristiques, les uns d’ordre général, les autres stratégiques, que le professionnel dosera selon le type de famille, selon les circonstances et selon son expérience :

a) L’homosexualité n’est pas une maladie.

b) L’homosexualité n’est pas un problème organique, et encore moins un problème hormonal ou « glandulaire » ; il est donc inutile de multiplier les consultations auprès de différents spécialistes de prestige divers, car de ces consultations et des analyses biochimiques qu’on lui fera passer ressortira un « il n’a rien », ce qui accroîtra la frustration, la confusion et la douleur, entre autres à cause du temps perdu.

c) Encourager — dans le même temps, et après avoir explicité le point précédent — la consultation auprès d’autres spécialistes, médecins ou psychologues ; ou du moins soutenir cette décision et veiller à ce qu’aucun signe, d’aucune sorte, ne vienne s’opposer à ces désirs, dont l’expérience montre qu’ils sont toujours présents.

d) Montrer qu’il est inutile d’aller chercher « une prostituée » — dans le cas des garçons — ou de « lui présenter un ami » — dans le cas des filles —, manœuvre très courante qui fait partie de l’« arsenal mythologique thérapeutique populaire » et qui a des conséquences néfastes sur le cours ultérieur de la crise.

e) Se montrer intéressé et presque toujours préoccupé — surtout dans le cas des familles de type I — par les attitudes quelque peu insolites, à la limite de la violence, mais « chargées d’amour et de bonnes intentions », concernant la solution qu’ils ont trouvée à la mise au jour des préférences sexuelles de leur fille. Ce qui vaut d’être indiqué aux familles vaut aussi, presque toujours, pour les professionnels. Il convient de décourager toute attitude toute-puissante et compromettante, du type : « Moi, je vais sauver cette jeune fille de parents filicides », ou « Je me fais l’allié du procureur, je porte plainte et je l’arrache aux griffes des psychiatres », et autres semblables. Il est préférable de recadrer, de se proposer comme professionnel de recours et non comme professionnel « en charge du cas », comme conseiller extérieur, etc. Nous partons du principe que, si les parents ou la famille sont là, ils ont déjà bien assez de culpabilité, et que c’est à travers elle qu’ils nous observent agir. À tout moment, nous pouvons tomber nous-mêmes dans les griffes du stéréotype destructeur, et notre action opérationnelle s’évanouira inexorablement.

f) S’il existe déjà une prise en charge psychologique : se mettre à la disposition de tout autre professionnel, donner des numéros de téléphone, envoyer un petit mot, ou toute autre action qui manifeste la volonté de constituer une alliance « de type réseau », en collaboration, et ne pas offrir sur le plan professionnel de failles susceptibles de faire de nous les boucs émissaires privilégiés que toute famille, dans ces circonstances, recherche ardemment.

g) Se mettre à la disposition de tout le groupe familial ; mais ne pas se hâter de fixer d’emblée des rendez-vous, des rencontres ou des visites professionnelles à domicile. Les familles seront très attentives et très sensibles à ces mouvements du conseiller ou du thérapeute et, entre autres choses, elles auront le sentiment que le professionnel a profité d’elles dans un moment de faiblesse ou de vulnérabilité « pour gagner de l’argent ou du prestige ». De plus, la manœuvre qui consiste à ne pas se hâter laisse de l’espace à l’autonomie et à la décision des personnes, et permet de se prémunir contre de futurs abandons de la thérapie, ou de tout dispositif thérapeutique mis en place.

h) Se montrer réaliste dans l’information offerte, et ne pas se laisser séduire par des expressions telles que : « Mais est-ce que vous voyez une petite lueur au bout du tunnel ? » Insister sur un pessimisme opératoire discret, qui rabote toute idéalisation, s’en tienne à la stricte vérité scientifique et, surtout, laisse au professionnel sa capacité de manœuvre, avec une discrète possibilité d’efficacité.

Qui est l’auteur

Le Dr J. C. Kusnetzoff est médecin psychiatre et psychothérapeute, spécialisé en sexologie clinique. Directeur du programme de sexologie clinique de l’Hospital de Clínicas « José de San Martín » ; directeur de LUDIAS.

Références bibliographiques

1. D. S. M. III — Manual Diagnóstico y Estadístico de los Trastornos Mentales. Masson S. A. Barcelona, 1987 ; pág. 275 y siguientes.

2. Kaplan, H. S. : Evaluación de los Trastornos Sexuales. Aspectos Médicos y Psicológicos. Grijalbo. Barcelona, 1985 ; pág. 363 y siguientes.

3. Pittman, F. : Una teoría de la crisis familiar. Ideas acerca del stress y de los obstáculos. Sistemas Familiares, Año 5, N.º 1, abril 1989 ; pág. 75.

4. Pittman, F. : op. cit., pág. 78 y 83.

5. Pittman, F. : op. cit., pág. 83.

Cet article est la traduction française de « Crisis en la familia por explicitación de la homosexualidad de uno de sus integrantes. Formas de presentación, informaciones indispensables, contención psicológica », publié par Red Sistémica (première parution : Red Sistémica). Traduit et republié avec l’accord de la revue.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Kusnetzoff, J. C. (2022). Crise familiale à la révélation de l’homosexualité d’un de ses membres. Formes de présentation, informations indispensables, soutien psychologique (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/crise-familiale-a-la-revelation-de-l-homosexualite-d-un-de-ses-membres (Œuvre originale publiée en 2022 dans Red Sistémica ; republiée en 2022 par Red Sistémica, https://redsistemica.ar/2022/06/21/crisis-en-la-familia-por-explicitacion-de-la-homosexualidad-de-uno-de-sus-integrantes-formas-de-presentacion-informaciones-indispensables-contencion-psicologica/)

Pour aller plus loin

Échanges

Commentaires 0

Connectez-vous pour participer à la discussion. Se connecter

  1. Aucun commentaire pour le moment. Lancez la discussion.

Panier

Votre panier est vide.