Contemporary Family Therapy · Thérapie familiale
Interroger séparément les deux membres d’un couple et leur thérapeute, pendant une thérapie où la violence est devenue le sujet central : que devient alors l’éthique de la recherche ? L’équipe norvégienne de Jan Frode Snellingen revient sur sa propre étude. Confidentialité mise à l’épreuve par ce que l’on apprend d’un entretien à l’autre, consentement pris dans les loyautés du couple, effets des entretiens sur la thérapie : l’éthique se joue à des « points de bifurcation ».
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Explorer l’éthique de la recherche à travers l’expérience des personnes suivies et des thérapeutes dans une étude multiperspective sur la thérapie de couple et la violence, par Jan Frode Snellingen, Pål Erik Carlin et Ottar Ness, publié dans Contemporary Family Therapy (Springer) (2026), doi : 10.1007/s10591-026-09780-4, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
La recherche éthique dans des contextes sensibles et multiperspectifs suppose un jugement éthique continu plutôt que l’identification d’une seule « bonne » ligne de conduite.
Jan Frode Snellingen, Pål Erik Carlin et Ottar Ness
Résumé
Étudier l’expérience des personnes participantes au moyen d’un devis qualitatif multiperspectif soulève des défis éthiques particuliers, surtout lorsqu’on inclut les deux partenaires et leur thérapeute au cours d’une thérapie de couple en cours dans laquelle la violence est une préoccupation centrale. Située dans un contexte thérapeutique financé sur fonds publics, cette étude examine ces défis à partir d’entretiens avec huit personnes suivies et cinq thérapeutes, analysés au moyen de l’analyse phénoménologique interprétative (IPA). Quatre thèmes clés se dégagent : (1) Quand la compréhension s’accumule : confidentialité et sécurité, des tensions éthiques émergentes ; (2) Motivation, recrutement et pouvoir dans des relations interconnectées ; (3) Le consentement en mouvement : un processus itératif et continu ; et (4) Les ricochets de la recherche : des retombées réflexives dans la thérapie en cours ? Les résultats indiquent que les dilemmes éthiques surgissent souvent sous la forme de « points de bifurcation » situés, des moments de décision où les interconnexions relationnelles et systémiques remodèlent sans cesse la vulnérabilité des personnes participantes et les responsabilités de l’équipe de recherche. Ces points de bifurcation ne peuvent être traités et gérés de manière adéquate par les seules garanties procédurales. Pour s’orienter dans ces dilemmes, l’étude décrit un processus en trois temps : (1) cultiver la sensibilité éthique et l’attention aux points de bifurcation émergents ; (2) interpréter ces situations par la réflexion et le dialogue pour se former des impressions éthiques provisoires ; et (3) mobiliser des ressources pour répondre par une action attentive au contexte. Dans l’ensemble, l’étude souligne que la recherche éthique dans des contextes sensibles et multiperspectifs suppose un jugement éthique continu plutôt que l’identification d’une seule « bonne » ligne de conduite. La pratique éthique de la recherche apparaît comme exigeant une réflexivité, une réactivité et un soin soutenus, à mesure que la recherche se déploie aux côtés de processus relationnels et systémiques complexes.
Mots-clés : éthique de la recherche, thérapie de couple, recherche qualitative, devis multiperspectif, analyse phénoménologique interprétative, violence entre partenaires intimes
Les dilemmes éthiques sont omniprésents dans la recherche qualitative et exigent une réflexion et des arbitrages continus tout au long du processus de recherche (Taquette & Borges Da Matta Souza, 2022). Puisque toutes les personnes qui participent à une recherche présentent un certain degré de vulnérabilité (Horowitz et al., 2002), toute recherche exige de protéger leur bien-être et de respecter les principes éthiques fondamentaux. À la suite de Horowitz et al. (2002), la vulnérabilité en recherche peut se comprendre comme un risque accru de préjudice ou une capacité réduite à protéger ses propres intérêts, qui découle de la situation personnelle, de facteurs situationnels ou du contexte de la recherche lui-même. La recherche menée auprès de personnes en situation de vulnérabilité, comme celles qui sont touchées par la violence ou par des difficultés de santé mentale, pose des exigences éthiques particulièrement complexes (Bredal et al., 2024 ; Findley et al., 2024 ; O’Brien et al., 2022), qui appellent des mesures de protection solides (Block et al., 2013 ; Downes et al., 2014). La vulnérabilité devrait être considérée comme situationnelle et induite par la recherche, et non simplement comme un état figé ou un ensemble de traits définis (Bracken-Roche et al., 2017 ; Findley et al., 2024 ; Gordon, 2020).
Les cadres éthiques de l’après-Seconde Guerre mondiale, notamment le code de Nuremberg (1947) et la déclaration d’Helsinki (Association médicale mondiale, 2025), ont posé le consentement libre et éclairé et les droits des personnes participantes comme principes fondateurs. Le rapport Belmont (1979) a ensuite formulé les principes de respect des personnes, de bienfaisance et de justice, des principes particulièrement essentiels dans la recherche auprès de populations vulnérables (Watts et al., 2001). Toutefois, si ces cadres fournissent des fondements éthiques indispensables, ils offrent peu de repères pour s’orienter dans les dilemmes éthiques qui naissent des dynamiques relationnelles, contextuelles et processuelles se déployant au cours d’une recherche qualitative en train de se faire.
Guillemin et Gillam (2004) prolongent cette discussion en distinguant l’éthique procédurale, qui englobe les autorisations formelles, les protocoles et les garanties établis avant l’étude, et l’éthique en pratique, qui consiste à s’orienter dans les moments éthiquement importants qui surgissent au cours du processus de recherche lui-même. Ces travaux soulignent que cette distinction est particulièrement pertinente dans la recherche qualitative menée en situation réelle et relationnelle, où les défis éthiques surgissent souvent de manière imprévisible et exigent un jugement situé plutôt que des solutions fondées sur des règles. Guillemin et Gillam (2004, p. 265) décrivent ces moments comme des situations indéterminées dans lesquelles « le moment de la réponse est un moment éthiquement important, car il existe une possibilité qu’un tort soit commis ».
S’il faut examiner avec soin les risques éthiques, la recherche montre que les personnes en situation de vulnérabilité peuvent souvent tirer bénéfice de leur participation lorsque des garanties sont en place (Alexander, 2010 ; Alexander et al., 2018). Les exclure de la recherche peut être paternaliste et marginalisant, porter atteinte à leur autonomie et réduire au silence des expériences essentielles à l’amélioration des connaissances et des pratiques (Alexander et al., 2018 ; Fisher, 2012 ; Organisation mondiale de la santé, 2016). Inclure des personnes issues de contextes vulnérables peut donc apporter des éclairages précieux sur le plan éthique et scientifique, en particulier lorsque les devis de recherche sont attentifs aux dynamiques relationnelles et à la sécurité des personnes participantes (Bredal et al., 2024 ; Rojas-Rozo et al., 2024).
La recherche sur la violence, en particulier dans les contextes conjugaux et familiaux, pose des défis éthiques et méthodologiques particuliers (Berry, 2009 ; Gelles, 2017 ; Sobočan et al., 2023 ; Watts et al., 2001 ; Organisation mondiale de la santé, 2016). Si les comités d’éthique et les lignes directrices formelles jouent un rôle essentiel, la pratique éthique dans ce domaine repose souvent sur le jugement situé de l’équipe de recherche face à des dynamiques relationnelles qui se déploient (Johnsson et al., 2014). Des cadres éthiques plus génériques offrent donc peu de repères pour ces situations complexes et risquent de les simplifier à l’excès (Nordentoft & Kappel, 2011). D’où le besoin de connaissances empiriquement fondées et sensibles au contexte, qui éclairent la manière dont les dilemmes éthiques sont vécus, interprétés et traités dans des devis et des cadres de recherche précis.
Pour répondre à ce besoin, l’étude se situe au sein des services norvégiens de conseil familial (NFCS), un service financé sur fonds publics qui propose gratuitement et sans prescription des thérapies de couple et de famille, et qui se caractérise par un accès à bas seuil et une intervention précoce dans les difficultés relationnelles. Les NFCS comptent 42 antennes dans tout le pays, emploient environ 500 thérapeutes et reçoivent une population nombreuse et diverse, avec 50 637 nouvelles situations enregistrées en 2024 (Direction norvégienne de l’enfance, de la jeunesse et de la famille, 2024).
Cet article rend compte d’une étude jumelle, étroitement liée à une autre, menée dans le cadre d’un devis qualitatif multiperspectif portant sur des thérapies de couple en cours dans lesquelles la violence est devenue une préoccupation centrale (Snellingen et al., 2025). L’article associé explore l’expérience et le point de vue des personnes suivies et des thérapeutes sur la manière dont la violence entre partenaires intimes (VPI) devient l’objet principal de la thérapie conjointe dans des situations où elle n’avait pas été révélée au départ. La présente étude, elle, examine les dimensions éthiques de la participation au processus de recherche lui-même.
Bien que les deux études soient étroitement liées et s’appuient sur le même terrain et les mêmes personnes participantes, elles traitent de questions de recherche analytiquement distinctes et mobilisent des segments différents du matériau d’entretien. Cette distinction analytique se reflétait dans la conception des entretiens, où les questions propres à chaque étude étaient organisées en sections clairement délimitées au sein d’un même entretien.
Dans ce contexte, l’étude s’inscrit dans une littérature croissante sur l’éthique de la recherche dans le domaine de la VPI, en examinant empiriquement les défis éthiques tels qu’ils se déploient au sein d’un devis de recherche multiperspectif mené parallèlement à une thérapie de couple en cours.
Dans la littérature plus large sur l’éthique de la recherche sur la VPI, les défis éthiques sont abondamment documentés, en particulier pour ce qui concerne la sécurité des personnes participantes, la révélation de la violence, la détresse émotionnelle et le consentement éclairé (Berry, 2009 ; Watts et al., 2001 ; Organisation mondiale de la santé, 2016). Au sein de cette littérature, un nombre croissant d’études a examiné les enjeux éthiques et méthodologiques liés à différents devis de recherche, dont les entretiens avec des personnes suivies ou des thérapeutes et les entretiens dyadiques avec les deux partenaires. Ces travaux ont mis en évidence des défis comme la protection de la confidentialité interne, l’organisation d’un recrutement sûr, la gestion des asymétries de pouvoir entre partenaires, et le traitement des implications analytiques et de restitution de récits interdépendants (Eisikovits & Koren, 2010 ; Ummel & Achille, 2016). La recherche a en outre montré que les formats d’entretien dyadique, conjoints ou séparés, peuvent influer sur ce que les personnes révèlent, sur la manière dont elles se positionnent dans la relation, et sur la façon dont les informations sensibles sont produites et représentées dans la recherche (Love et al., 2021).
Bien moins de recherches, en revanche, se sont penchées sur les dilemmes et les défis éthiques liés aux devis qui vont au-delà des entretiens individuels avec des personnes suivies ou des thérapeutes, ou des entretiens dyadiques avec les deux partenaires. Cette lacune est particulièrement nette pour les études multiperspectives qui incluent plusieurs personnes liées entre elles, occupant des rôles et des relations différents, et qui sont menées parallèlement à une thérapie de couple en cours, là où les processus de recherche et les processus cliniques se déroulent en parallèle. Ces devis introduisent une complexité éthique supplémentaire, liée à la confidentialité, au consentement, à la sécurité et aux limites des rôles, que les seuls points de vue individuels ou dyadiques ne permettent pas de saisir pleinement. Il est donc essentiel d’examiner empiriquement ces dilemmes dans un contexte institutionnel comme celui des NFCS pour développer, dans ce domaine, des pratiques de recherche éthiquement réactives.
Cette étude vise à examiner empiriquement les dilemmes éthiques qui surgissent dans la recherche multiperspective sur la violence en thérapie de couple, lorsque cette recherche est menée parallèlement à des processus thérapeutiques en cours, et à apporter ainsi des éclairages issus de la pratique dans un contexte de recherche où les lignes directrices éthiques existantes restent souvent abstraites et insuffisamment précises. Dans cet article, une approche multiperspective désigne un devis qualitatif qui recueille des données auprès de plusieurs parties impliquées dans un même processus relationnel (Larkin et al., 2019), en incluant explicitement les deux partenaires du couple et leur thérapeute. Si ce devis permet potentiellement une compréhension relationnelle plus riche, il introduit aussi des défis éthiques supplémentaires, qualitativement distincts de ceux que l’on rencontre dans les études à perspective unique ou dyadique.
Parce que ces défis peuvent être compris comme situationnels, relationnels et, parfois, induits par la recherche plutôt que comme des caractéristiques individuelles figées, des connaissances empiriquement fondées sont nécessaires pour soutenir une prise de décision éthiquement solide dans ces devis. Cet article répond à ce besoin en examinant les dilemmes éthiques tels qu’ils se sont déployés en pratique dans une étude multiperspective de thérapies de couple en cours dans lesquelles la violence est devenue une préoccupation centrale. La question de recherche qui guide cette étude est la suivante :
Quels dilemmes et quels défis éthiques surgissent lorsqu’on explore l’expérience des personnes suivies et de leurs thérapeutes dans une étude qualitative multiperspective menée parallèlement à une thérapie de couple en cours, dans laquelle la violence entre partenaires est devenue l’enjeu central ?
En s’appuyant sur la distinction de Guillemin et Gillam (2004) entre éthique procédurale et éthique en pratique, cette étude a respecté les protocoles éthiques formels tout en restant attentive aux moments éthiques émergents.
L’éthique procédurale a été assurée par le respect de la déclaration d’Helsinki et des exigences nationales en matière de protection des données, y compris l’examen par le Centre norvégien des données de recherche (réf. 999687) et par la personne déléguée à la protection des données de l’organisation. Le Comité régional d’éthique de la recherche médicale et en santé (Norvège du Sud-Est) a examiné le projet et a estimé qu’il ne relevait pas du champ de la loi sur la recherche médicale et en santé (2021) et ne nécessitait donc pas d’autorisation formelle (réf. 192736).
Le contexte éthique et juridique des NFCS est particulièrement pertinent pour cette étude. Le secret professionnel s’impose aux thérapeutes des NFCS en vertu de la loi sur le conseil familial (1997). Dans le même temps, le droit norvégien établit une obligation de prévenir ou de signaler les infractions graves commises dans les relations proches. Selon l’article 196 du Code pénal norvégien (2005), toute personne adulte est tenue d’agir s’il paraît certain ou très probable qu’une violence grave a eu lieu ou aura lieu et qu’elle peut être évitée. Cette obligation s’applique de manière sélective et prospective, et non à toutes les situations de violence, et elle exige un jugement professionnel sur l’imminence et la gravité du préjudice. En outre, l’article 13-2 de la loi sur la protection de l’enfance (2021) impose aux autorités publiques, y compris aux thérapeutes des NFCS, une obligation de signalement aux services de protection de l’enfance lorsqu’il y a lieu de croire qu’un enfant subit des maltraitances ou une négligence grave.
Ces conditions juridiques et institutionnelles forment l’arrière-plan sur lequel se déroulent la thérapie et la recherche au sein des NFCS, et elles façonnent la manière dont les dilemmes éthiques sont rencontrés et gérés dans les pratiques de recherche.
L’éthique en pratique était donc centrale dans cette étude qualitative et multiperspective, qui impliquait les deux partenaires et leur thérapeute au cours d’une thérapie en cours où la violence était une préoccupation. Dans de tels cadres, des moments éthiquement importants (Guillemin & Gillam, 2004) sont susceptibles de surgir et ne peuvent être entièrement anticipés par la seule planification procédurale. La réflexivité continue et le jugement contextuel devenaient donc essentiels, comme le développent les sections Résultats et Discussion.
Pour cette étude, nous avons adopté un devis multiperspectif dans le cadre de l’analyse phénoménologique interprétative (IPA) (Larkin et al., 2019). Alors que l’IPA traditionnelle porte sur des échantillons homogènes à perspective unique pour permettre une analyse approfondie (Smith et al., 2021), des phénomènes relationnels complexes, comme une thérapie de couple impliquant de la violence, peuvent gagner à une approche plus large et plus systémique. En incluant les deux partenaires et leurs thérapeutes dans des entretiens séparés, cette approche visait à produire une compréhension riche et nuancée des expériences individuelles et des dynamiques relationnelles à l’œuvre.
Le devis d’IPA multiperspective a été appliqué avec succès à l’examen des dynamiques relationnelles, des identités professionnelles et des défis dans les milieux de la santé et de l’éducation (Borg Xuereb et al., 2016 ; Chowdhury & Winder, 2022 ; Mjøsund et al., 2017). Allant au-delà de l’IPA à perspective unique, cette approche permet d’examiner des points de vue liés entre eux tout en maintenant un engagement idiographique envers l’expérience vécue (McInally & Gray-Brunton, 2021).
L’échantillon se composait de huit personnes suivies, issues de quatre couples, ainsi que des cinq thérapeutes qui menaient directement les thérapies de couple correspondantes.
Le recrutement des thérapeutes s’est fait par l’intermédiaire des directions d’antenne, contactées par courriel et en réunion vidéo. Après l’accord de ces directions, l’équipe de recherche a sollicité individuellement les thérapeutes, recueilli leur consentement et tenu des réunions préparatoires pour clarifier les procédures de recrutement et traiter les questions de sécurité. L’étude s’inscrivant dans un projet doctoral du secteur public mené au sein des NFCS, un certain degré de contact professionnel antérieur entre l’équipe de recherche et les thérapeutes de l’étude était inévitable. Les deux premières personnes signataires avaient auparavant côtoyé la plupart des thérapeutes à l’occasion de diverses initiatives de développement professionnel au sein des NFCS. Cette familiarité préexistante, qui touchait à la fois aux rôles et aux relations antérieures, a été explicitement reconnue et discutée au début et à la fin des entretiens avec les thérapeutes.
Le recrutement des thérapeutes a été simple, mais il a fallu davantage d’efforts pour mobiliser les personnes suivies. Les thérapeutes ont relevé deux obstacles principaux. D’abord, beaucoup de couples admissibles en étaient au début de la thérapie, une phase décrite comme « trop chaotique » pour y introduire des éléments nouveaux comme ce projet de recherche. De plus, dans certains cas, la gravité de la violence rendait difficile et contraire à l’éthique le fait de parler de l’étude aux personnes suivies. La seconde difficulté tenait à l’obtention du consentement éclairé de toutes les personnes du système thérapeutique. Les thérapeutes ont constaté que « les personnes suivies qui avaient été victimes de violence » étaient désireuses de participer, alors que « les personnes suivies qui avaient eu des comportements violents » hésitaient souvent ou choisissaient de ne pas participer. Ces dynamiques ont influé sur les couples qui ont finalement répondu aux critères d’inclusion.
Les thérapeutes participant à l’étude ont d’abord informé les personnes concernées de l’existence de l’étude et leur ont demandé si elles souhaitaient y participer. Les personnes intéressées ont donné un premier consentement, qui permettait à l’équipe de recherche de les contacter pour leur fournir des informations complémentaires. Les entretiens n’étaient programmés que si les deux partenaires du couple et leur thérapeute y consentaient, conformément au devis multiperspectif et pour protéger la confidentialité. La participation était volontaire, et les informations orales et écrites soulignaient que refuser ou se retirer n’aurait aucune conséquence sur la thérapie en cours. Les documents de consentement expliquaient aussi comment les données seraient conservées, anonymisées et utilisées à des fins de recherche. Avant les entretiens, les personnes participantes ont été informées des limites de la confidentialité, du protocole de sécurité de l’étude et des obligations légales relatives au signalement à la protection de l’enfance et à l’obligation de prévenir les infractions graves imminentes.
Pour soutenir un consentement éclairé et continu, un processus de consentement par étapes a été mis en place, avec quatre points formels de clarification et de renouvellement du consentement, en plus d’une attention continue aux questions ou préoccupations émergentes :
L’étude reposait sur trois critères d’inclusion : (1) aucune information sur la violence à l’accueil ou dans les orientations ; (2) les personnes participantes confirmaient que la violence était apparue comme un sujet après le début de la thérapie ; et (3) les deux partenaires du couple et leur thérapeute consentaient à participer.
Pour protéger à la fois la confidentialité interne (entre personnes participant à un même suivi) et la confidentialité externe, les informations de cette section sont traitées avec un soin particulier. Pour réduire le risque d’identification, les caractéristiques démographiques ne sont présentées que sous forme agrégée, et la présentation des données ne relie pas les thérapeutes à des couples précis.
L’étude portait sur quatre couples hétérosexuels et les thérapeutes qui menaient leur thérapie de couple en cours. Tous les couples avaient des enfants vivant au foyer (neuf enfants au total) et vivaient des relations de longue durée, de plus de dix ans en moyenne. Dans un cas, le couple était reçu par deux cothérapeutes, ce qui porte à cinq le nombre de thérapeutes participant à l’étude. L’ensemble des thérapeutes avait une formation formelle en thérapie de couple et de famille, une expérience spécifique des situations de violence, et faisait partie de l’équipe violence désignée de son antenne. Les caractéristiques descriptives des personnes suivies et des thérapeutes sont présentées dans les tableaux 1 et 2.
Tableau 1 — Couples participants (n = 4)
Effectifs de personnes (sauf mention contraire).
Tableau 2 — Thérapeutes de l’étude (n = 5)
Toutes les personnes participantes ont fait état d’épisodes de violence physique moins grave au cours de l’année précédant les entretiens, comme des pincements, des gestes de retenue ou des bousculades. Dans trois situations, des personnes participantes ont aussi décrit, lors de leur entretien de recherche, un incident chacune que nous classerions, en tant qu’équipe de recherche, parmi les formes de violence plus graves, survenu à des moments différents, allant d’un épisode ancien remontant à une dizaine d’années à des événements plus récents.
Selon notre évaluation au moment des entretiens, aucune des situations révélées n’atteignait les seuils légaux justifiant le déclenchement des protocoles de sécurité ou un signalement obligatoire au titre de l’article 196 du Code pénal norvégien (2005). De même, rien n’indiquait de maltraitance ou de négligence envers un enfant, ni de risque pour la vie ou la santé, qui aurait exigé un signalement au titre de l’article 13-2 de la loi norvégienne sur la protection de l’enfance (2021).
Les entretiens ont eu lieu séparément avec chaque partenaire et avec la ou les personnes thérapeutes, afin de garantir la confidentialité et de favoriser une réflexion ouverte. Bien que les entretiens aient été menés successivement, nous nous sommes explicitement interdit de recouper ou de faire circuler des informations de l’un à l’autre, afin de garantir la confidentialité. Cette approche limitait les possibilités, pour les personnes participantes, de commenter ou de contester les récits des autres. Les deux premières personnes signataires ont mené l’ensemble des entretiens.
Un format d’entretien semi-directif a été utilisé pour garantir la cohérence tout en laissant de la souplesse. Des questions précises sur la participation à la recherche étaient posées au début et à la fin des entretiens. En voici quelques exemples : Qu’est-ce qui vous a motivé à participer à cet entretien de recherche ? Comment se sont passés le recrutement et l’entretien, et comment qualifieriez-vous votre expérience d’ensemble ? Y a-t-il quelque chose de particulier, apparu pendant l’entretien, qui a résonné pour vous ou qu’il vous semblerait utile d’intégrer à vos séances de thérapie ? Les entretiens duraient entre une heure et demie et deux heures et demie ; ils ont été enregistrés et transcrits mot pour mot.
Les données ont été analysées dans un cadre d’IPA, appliqué avec souplesse pour s’adapter au devis multiperspectif (Larkin et al., 2019 ; Smith et al., 2021). Le processus d’IPA multiperspective suppose une interprétation itérative et stratifiée, qui commence par l’analyse détaillée des données de chaque personne participante, dans le respect de l’orientation idiographique de l’IPA vers les expériences personnelles. Ces analyses individuelles ont ensuite été synthétisées pour repérer, en plusieurs étapes, les régularités, les divergences et les recoupements entre les points de vue :
L’analyse a suivi neuf étapes itératives, qui servaient de cadre pour saisir les éléments clés et permettaient un affinement et une intégration continus des éclairages : (1) Explorer l’orientation de la recherche et ses biais potentiels : les pratiques réflexives consistaient à repérer les biais et présupposés personnels, avec des entretiens d’autoréflexion et des journaux qui favorisaient une introspection et un ajustement continus. (2) S’immerger dans les données et prendre des notes exploratoires : les transcriptions ont été lues à plusieurs reprises, avec des notes exploratoires consignant les premières pensées et les premières régularités avant le codage formel. (3) Multiplier les lectures avec des accents différents : les transcriptions ont été analysées selon trois perspectives, descriptive, linguistique et interprétative, en croisant les descriptions des personnes participantes avec les interprétations et les éclairages de l’équipe de recherche. (4) Repérer, surligner et regrouper les citations : les citations clés ont été regroupées selon leur pertinence thématique, pour illustrer les liens théoriques et pratiques. (5) Construire des énoncés expérientiels : chaque énoncé expérientiel cherchait à saisir et à décrire l’expérience vécue des personnes participantes, en restant fidèle à leurs récits tout en dégageant des thèmes plus larges. (6) Analyser les liens entre personnes participant à un même cas : cette analyse intracas explorait les points de vue des couples et de leurs thérapeutes, en tenant compte des rôles, du genre et des dynamiques relationnelles. (7) Chercher des liens entre les thèmes des groupes : les liens ont été examinés entre les groupes, en dégageant des thèmes transversaux pertinents pour les différentes perspectives au sein des groupes (« personnes suivies ayant eu recours à la violence », « personnes suivies victimes de violence » et « thérapeutes ») et au moyen de comparaisons entre groupes opposant l’expérience des personnes suivies à celle des thérapeutes. (8) S’assurer d’une couverture complète : la relecture finale des transcriptions a permis de vérifier que tous les thèmes importants avaient été saisis. (9) Relier aux questions de recherche : nous avons relié les expériences des personnes suivies et des thérapeutes issues de l’étude plus large à la question de recherche de cette étude, en examinant les dilemmes et les défis éthiques d’un devis de recherche multiperspectif impliquant les deux partenaires d’un couple et leur thérapeute au cours d’une thérapie de couple en cours, dans laquelle la violence est devenue une préoccupation centrale.
La personne qui signe en premier a conduit l’analyse initiale, tandis que les deuxième et troisième personnes signataires ont examiné les thèmes émergents et contribué à l’affinement de l’analyse. Ce processus collaboratif a renforcé la rigueur et la crédibilité de l’étude, en ancrant les interprétations dans les données tout en intégrant plusieurs perspectives analytiques (Smith et al., 2021).
À partir des entretiens avec les deux partenaires et les thérapeutes, l’analyse a dégagé quatre thèmes clés qui éclairent des dilemmes éthiques centraux de la conduite d’une recherche multiperspective parallèlement à une thérapie de couple en cours : (1) Quand la compréhension s’accumule : confidentialité et sécurité, des tensions éthiques émergentes ; (2) Motivation, recrutement et pouvoir dans des relations interconnectées ; (3) Le consentement en mouvement : un processus itératif et continu ; et (4) Les ricochets de la recherche : des retombées réflexives dans la thérapie en cours ? Des citations des personnes participantes sont utilisées tout au long du texte pour ancrer l’analyse dans l’expérience vécue des personnes suivies et des thérapeutes.
Chaque thème est introduit par un bref cadrage analytique qui présente les dynamiques éthiques qu’il recouvre et sa portée analytique. Si les thèmes sont présentés séparément par souci de clarté, ils sont étroitement liés et apparaissent souvent simultanément au cours du processus de recherche, ce qui reflète la nature stratifiée, relationnelle et évolutive des défis éthiques dans ce contexte.
Ce thème porte sur la manière dont les tensions éthiques liées à la confidentialité et à la sécurité sont parfois apparues et se sont intensifiées à mesure que la compréhension s’accumulait au fil d’entretiens séparés avec des personnes liées entre elles. Plutôt que de naître d’une révélation ou d’une décision unique, ces tensions se sont développées dans le temps, à mesure que des informations étaient recueillies auprès de plusieurs personnes d’un même suivi, alors que les éclairages de chaque entretien devaient rester strictement cloisonnés d’une perspective à l’autre.
Sur le plan analytique, le thème porte sur l’équilibre entre la curiosité d’investigation de l’équipe de recherche et la nécessité de préserver la confidentialité et d’assurer la sécurité des personnes participantes, un dilemme devenu de plus en plus saillant à mesure que les connaissances s’accumulaient d’un entretien à l’autre. Dans un devis multiperspectif, ce dilemme est façonné non seulement par ce que les personnes révèlent, mais aussi par la manière dont les éclairages issus d’entretiens séparés interagissent et se cumulent pour former une compréhension élargie du cas. Le thème comprend deux sous-thèmes liés : Équilibrer curiosité et confidentialité et Gérer la sécurité tout en construisant une compréhension cumulée. Ces dilemmes et ces défis deviennent particulièrement nets dans un devis multiperspectif lorsque l’équipe de recherche doit s’assurer que les données d’une personne ne sont pas communiquées aux autres personnes impliquées dans le même cas. Dans le même temps, l’accumulation de la compréhension d’un entretien à l’autre peut révéler des risques potentiels pour la sécurité et le bien-être des personnes participantes, qui n’apparaissent pas dans un entretien isolé, ce qui intensifie les tensions éthiques au fil du temps.
Un dilemme éthique central de cette étude était de concilier la curiosité de l’équipe de recherche avec la nécessité de protéger la confidentialité. Dans un devis multiperspectif, on explore un même phénomène sous différents angles. Toutefois, conformément au consentement éclairé, nous ne pouvions pas, en tant qu’équipe de recherche, communiquer des informations confiées dans un entretien aux personnes participant à un autre. Cela soulève la question de savoir comment explorer des sujets sensibles sans laisser paraître ce que l’on a appris lors des entretiens précédents d’un même cas. Par exemple, Sara (personne suivie) avait caché à la personne thérapeute le détail d’épisodes violents, mais en a parlé ouvertement pendant l’entretien de recherche :
Sara : Je suis quelqu’un de très honnête, mais je pourrais dire que nous n’avons pas décrit ce qui s’est passé. Nous avons juste effleuré le fait que toutes ces choses arrivent, mais nous n’avons pas parlé de ce qui se passe réellement.
Recherche 1 : Vous pensez à vos trois séances avec votre thérapeute ?
Sara : Oui, nous n’en avons pas parlé. Vous en savez plus sur les événements que notre thérapeute, parce que je n’ai pas voulu y revenir, puisqu’ils ne sont vraiment pas pertinents pour nous.
Dans l’entretien de recherche, cette révélation a suscité à la fois de la curiosité et de la contrainte. De la curiosité quant à la manière dont ces événements pouvaient façonner l’expérience de chaque partenaire et l’approche clinique de la personne thérapeute. Mais aussi des contraintes sur la manière de poser des questions de relance lors des entretiens suivants avec son partenaire ou avec la personne thérapeute. Explorer ces sujets, directement ou indirectement, risquait de rompre la confidentialité et, dans certains cas, de compromettre potentiellement la sécurité. Cela illustre un dilemme propre aux devis multiperspectifs, dans lesquels l’équipe de recherche doit composer avec les récits liés entre eux de plusieurs personnes au fil d’entretiens séparés, alors que dans les devis à perspective unique ou dyadiques (par exemple les deux partenaires dans le même entretien), ce type de divulgation involontaire ne se pose pas. Une situation semblable s’est présentée lorsqu’une personne thérapeute, interrogée après que nous avions parlé séparément avec les deux partenaires du couple, s’est demandé à voix haute si certaines de nos questions désignaient quelque chose qui lui aurait échappé en thérapie :
Thérapeute : « Quand vous m’avez posé cette question (si la personne thérapeute a le sentiment que les personnes suivies peuvent parler librement), je me suis demandé : y a-t-il quelque chose qui m’a échappé, quelque chose qui n’est pas dit ? Il y a toujours des histoires qui ne sont pas racontées, alors comment y accéder ? N’est-ce pas ? Est-ce que je devrais avoir des entretiens individuels, ou est-ce que je devrais l’aborder d’une manière ou d’une autre et en faire un sujet dans les séances conjointes ? »
Ces exemples illustrent un défi éthique fondamental de la recherche multiperspective. En cherchant une compréhension plus profonde par l’exploration d’un phénomène sous plusieurs angles, l’équipe de recherche peut, au bout du compte, faire involontairement référence à des informations recueillies lors d’autres entretiens, explicitement ou implicitement. Le dilemme était ici opérationnel : comment poser des questions pertinentes sur le plan analytique en veillant à ce que ni leur contenu ni leur formulation ne laissent deviner ce qu’une autre personne participante avait dit. Au fond, ce dilemme nous obligeait à concilier en permanence la recherche de compréhension et l’obligation de protéger la confiance, la confidentialité et la sécurité des personnes participantes.
Les exemples ci-dessus illustrent la tension éthique inhérente au fait d’« équilibrer curiosité et confidentialité », tout en rappelant que la sécurité et le bien-être des personnes participantes sont les préoccupations premières de l’éthique de la recherche. Dans cette étude, aucune révélation n’a atteint un niveau de danger imminent ou d’atteinte au bien-être qui aurait exigé de déclencher les protocoles de sécurité formels ou un signalement obligatoire. Des difficultés sont néanmoins apparues lorsque des personnes suivies confiaient à l’équipe de recherche des informations que leurs thérapeutes ne connaissaient pas encore, mettant ainsi au jour des angles morts potentiels dans l’évaluation des risques en cours. Ces écarts peuvent en partie refléter le fait que la plupart des suivis en étaient encore aux premières étapes de la thérapie, avec seulement quelques séances réalisées. Ces moments soulignent la complexité éthique en jeu et soulèvent des questions essentielles sur la manière dont l’équipe de recherche devrait réagir lorsque sa compréhension dépasse celle de la ou des personnes thérapeutes, en particulier lorsque cela peut affecter le caractère suffisant des mesures de sécurité existantes et le respect des obligations légales de signalement.
En tant qu’équipe de recherche conduisant une étude multiperspective, nous avons mené un processus d’enquête itératif qui alternait les entretiens, recueillait des informations selon plusieurs perspectives, comparait les récits et construisait une compréhension cumulée de chaque cas. Ce processus a parfois fait naître des inquiétudes quant au bien-être des personnes participantes, ce qui a suscité de notre part une réflexion sur notre rôle et sur notre responsabilité dans leur protection, même lorsque les révélations n’atteignaient pas les seuils du signalement obligatoire. En réponse, nous avons choisi d’aborder certaines de nos préoccupations directement au cours des entretiens. Vers la fin de chaque entretien, nous invitions les personnes participantes à un dialogue ouvert sur leur participation et sur ce qu’elles souhaiteraient éventuellement aborder en thérapie. Dans certains cas, nous avons fait part de certaines de nos réflexions, en particulier celles qui concernaient leur sécurité et leurs besoins de soutien.
Un exemple illustre cette approche : une personne suivie a raconté que son partenaire, lors d’une violente dispute une dizaine d’années plus tôt, l’avait menacée de mort. Si elle ne signalait aucune violence grave depuis, elle reconnaissait des effets persistants, revivant parfois l’incident lorsqu’il était réactivé. Plus tôt dans l’entretien, elle avait écarté la nécessité d’en parler à la personne thérapeute. Nous n’avons pas évalué de risque imminent, mais nous avons considéré que cette information pourrait être utile à aborder en thérapie, et nous l’avons encouragée à réfléchir à l’opportunité de l’évoquer lors d’une séance individuelle.
Recherche 1 : Tout d’abord, merci beaucoup pour cet entretien. Ensuite, la dernière chose que je voudrais mentionner, c’est que cela n’a pas besoin de se faire en séance conjointe, mais si vous avez une séance individuelle avec votre thérapeute, je vous le suggérerais, et bien sûr, c’est à vous de décider si cela vous paraît juste, parce que vous seule savez ce qui est le mieux pour vous. Peut-être mentionner cette expérience précise qui vous est parfois réactivée et que vous finissez par revivre. Non pas pour que votre thérapeute « confronte » votre partenaire, mais parce qu’il pourrait être important pour votre partenaire de comprendre que, lorsqu’il se met en colère, ce n’est pas toujours la situation présente qui vous affecte le plus, mais plutôt le fait qu’elle fait resurgir ces images passées, qui vous submergent… Il pourrait aussi être utile que votre thérapeute le sache. Mais, encore une fois, c’est à vous de décider : « Est-ce que cela me paraît juste d’en parler à la personne qui me suit », peut-être lors d’une séance individuelle ? Quelle est la première chose qui vous vient à l’esprit quand je vous dis cela ?
Quelques situations semblables sont apparues au fil des entretiens, exigeant une réflexivité éthique continue qui associait le respect des obligations légales à un engagement constant en faveur du bien-être des personnes participantes.
Dans l’ensemble de ces cas, la caractéristique analytique clé était que la « compréhension cumulée » issue d’entretiens séparés pouvait devancer la représentation des risques dont disposait alors la personne thérapeute, ce qui créait un besoin récurrent d’évaluer s’il fallait, et comment, inviter des réflexions pertinentes pour la sécurité à revenir dans la thérapie, sans rompre la confidentialité ni outrepasser le rôle de l’équipe de recherche.
Ce thème porte sur la manière dont la motivation à participer, les processus de recrutement et les rapports de pouvoir se croisent dans une étude multiperspective de thérapies de couple en cours traitant de la violence. Dans ce contexte, certains aspects de la motivation des personnes participantes semblaient mêlés à des loyautés relationnelles, à des attentes et à des obligations perçues, ce qui complique la notion de libre participation. Le thème comprend deux sous-thèmes : Au sein du couple, qui décrit comment les dynamiques relationnelles entre partenaires peuvent influer sur les décisions de participation, et Personnes suivies, thérapeute, équipe de recherche, qui présente les implications éthiques des relations professionnelles existantes et des interactions entre les personnes participantes et l’équipe de recherche. Ensemble, ces sous-thèmes montrent comment le recrutement et le consentement se sont déployés au sein d’un réseau de relations interconnectées, plutôt que comme des actes individuels séparés.
Dans plusieurs cas, la personne qui avait subi la violence au sein du couple, le plus souvent la femme dans cette étude, manifestait une plus grande motivation à participer. Cette motivation reflétait souvent l’espoir que la recherche puisse profiter à d’autres couples confrontés à des difficultés semblables. Tove (personne suivie) a exprimé des raisons altruistes de participer : « Le travail qui se fait ici est très, très important et précieux… et si l’étude à laquelle nous participons maintenant, mon couple et moi, peut aider d’autres personnes en difficulté, alors je veux en faire partie. Voilà, c’est tout. »
À l’inverse, des partenaires qui avaient eu recours à la violence, principalement les hommes dans cette étude, participaient volontairement mais manifestaient moins de motivation à s’engager pleinement dans l’étude. Tout en soulignant le caractère volontaire de leur participation, ces partenaires semblaient parfois s’impliquer davantage pour faire plaisir à l’autre membre du couple que par adhésion propre aux objectifs de la recherche, comme l’illustre l’extrait suivant.
Recherche 2 : Comment avez-vous vécu le fait que votre thérapeute vous demande de participer à ce projet de recherche ?
Per : Euh, non, ça n’a posé absolument aucun problème.
Recherche 2 : Qu’est-ce qui vous a fait dire oui ?
Per : Eh bien, c’était surtout parce que ça permet au public de regarder tous les aspects et d’apprendre quelque chose, c’est en tout cas ce que pensait ma femme.
Plusieurs femmes décrivaient la thérapie comme leur dernière tentative pour sauver la relation, en présentant parfois la poursuite de leur participation comme dépendante de l’engagement de leur partenaire. Sara a expliqué :
Sara : Continuer ici ? Il sait que s’il ne continue pas la thérapie, il n’y a pas d’avenir pour lui et moi. Il est donc dans une situation où il subit beaucoup de pression, mais c’est aussi important pour moi qu’il le fasse parce qu’il sent que c’est nécessaire pour lui-même, qu’il en a besoin.
Bien que la thérapie de couple et les entretiens de recherche soient des processus distincts, de tels propos soulèvent des inquiétudes éthiques quant à l’authenticité du consentement d’un ou d’une partenaire à participer à la recherche, surtout lorsque la participation semble liée à des ultimatums relationnels portant sur la poursuite de la thérapie. Sur le plan analytique, ce sous-thème montre que les décisions de consentement sont aussi prises dans des négociations relationnelles en cours, plutôt que sous forme de choix individuels isolés. En outre, la position des personnes participantes quant au consentement éclairé pouvait évoluer dans le temps, ce qui exigeait une attention continue.
Dans un entretien, lorsqu’une incertitude est apparue, nous avons marqué une pause pour aborder la question et vérifier le consentement éclairé. Une fois celui-ci confirmé, nous avons aussi proposé de faire le point à la fin de l’entretien.
Recherche 1 : D’accord, y avait-il autre chose que vous vous demandiez ?
X : Non.
Recherche 1 : Très bien, alors nous allons continuer, et nous pourrons en parler […] à la fin de l’entretien. Ça vous va ?
X : Oui.
Dans l’ensemble de ces cas, l’incertitude sur la participation a été traitée en situation, le consentement étant considéré comme quelque chose à réexaminer en réponse aux pressions relationnelles émergentes.
Une autre couche de complexité est apparue au cours du processus de recrutement. Les personnes suivies étaient invitées à participer par leurs thérapeutes, dont une partie avait des liens professionnels avec l’équipe de recherche. Des personnes suivies ont décrit la recommandation de leur thérapeute comme déterminante dans leur décision de participer, comme l’illustre l’extrait suivant :
Recherche 1 : Je me pose une question maintenant : quand vous dites que vous vous sentez mal à l’aise d’en parler, et pourtant vous êtes là, avec nous, à partager ?
Anna : Oui, je sais. Mais la personne qui nous suit m’a en quelque sorte dit : « Je pense que ça pourrait être une bonne idée » (rires). Alors, je fais confiance à notre thérapeute, et nous voulons que les choses aillent mieux. Je veux que les choses aillent mieux pour moi et pour lui. Si ça (participer à l’étude de recherche) peut m’aider, moi, mon partenaire et notre relation, alors ce sont des raisons égoïstes, j’imagine, oui, mm (rires).
Cela soulève la question de savoir si certaines personnes suivies ont accepté en partie pour faire plaisir à leur thérapeute, en faisant potentiellement passer la loyauté relationnelle avant leur propre confort. Les thérapeutes, de leur côté, ont pu ressentir une pression implicite à recruter des personnes suivies en raison de leurs relations professionnelles avec l’équipe de recherche. Ce qui distingue ce sous-thème sur le plan analytique, c’est la nature triangulée de l’influence : le consentement était façonné non seulement par les relations dyadiques entre thérapeute et personne suivie, mais aussi, dans une certaine mesure, par les obligations que les thérapeutes percevaient envers l’équipe de recherche et par leurs liens avec elle.
Ces dynamiques ont été abordées explicitement lors des entretiens, avec une attention portée aux motivations des personnes participantes et à la manière dont elles avaient vécu la sollicitation. Si aucune personne participante n’a décrit ces dynamiques comme ouvertement problématiques, les expliciter et ménager un espace pour y réfléchir a favorisé un processus de consentement plus éclairé et plus transparent.
Ce thème conçoit le consentement éclairé comme un processus continu et itératif plutôt que comme un événement ponctuel. Sur le plan analytique, il saisit comment, dans un devis multiperspectif, le consentement est resté en mouvement, à mesure que la compréhension de l’étude par les personnes participantes évoluait au fil du temps, en lien avec ce qu’elles vivaient dans la rencontre de recherche et dans leurs contextes personnels et thérapeutiques plus larges.
Dans cette étude, le consentement a été réexaminé à plusieurs moments : les thérapeutes présentaient d’abord l’étude et recueillaient un premier consentement ; un échange téléphonique était ensuite proposé aux personnes suivies ; le jour de l’entretien, le consentement éclairé était reconfirmé ; enfin, un point après l’entretien donnait aux personnes participantes la possibilité d’exprimer des préoccupations ou de retirer leur consentement à la fin de l’entretien. Toutefois, le sentiment de consentement des personnes participantes n’est pas resté figé d’une étape à l’autre. L’incertitude est apparue à différents moments du parcours de participation, à la fois lorsque de nouvelles questions surgissaient pendant les entretiens et à mesure que les sentiments et les interprétations des personnes participantes au sujet de leur implication évoluaient au fil du temps. Ce thème comprend deux perspectives : Le point de vue des personnes suivies et Le point de vue des thérapeutes.
Beaucoup de personnes participantes vivaient dans des circonstances stressantes et incertaines, dont les premières phases de la thérapie, la crainte de nouveaux conflits, les préoccupations au sujet des enfants et l’anxiété quant à leur avenir et à leurs relations. Être sollicitées pour participer intensifiait parfois le sentiment de vulnérabilité ou de stigmatisation, comme l’a décrit Anna : « J’ai trouvé ça terrible, vous savez, qu’on me demande un entretien sur la violence ou sur le fait que nous sommes ou avons été physiques. C’est douloureux de penser à la situation dans laquelle nous nous trouvons. » Malgré cela, Anna a ajouté : « Je pense que c’est bien de pouvoir contribuer. »
La charge émotionnelle liée à ces circonstances soulevait la question de la quantité d’informations que les personnes participantes pouvaient réellement assimiler pendant le processus de consentement initial. Certaines avaient du mal à se rappeler ou à saisir pleinement l’objet et la portée de l’étude en arrivant à leur entretien, malgré les informations écrites reçues et les échanges préparatoires. Tim a décrit un accord donné sans grande réflexion : « J’ai dit oui, d’un certain point de vue, bon, je suppose que je pouvais faire ça, genre, si, si quelqu’un veut qu’on fasse ça, alors ouais… Je veux dire, je suppose que je ne savais pas exactement à quoi m’attendre de cet entretien. »
Pour certaines personnes participantes, l’incertitude s’est accentuée au fil de l’entretien, lorsqu’il abordait des sujets sensibles qui n’avaient pas été anticipés. Tim, par exemple, n’avait d’abord exprimé aucune inquiétude, mais a ensuite soulevé des questions sur les conséquences possibles de ce qui serait révélé : « Quel impact aura le fait de parler de ces choses… jusqu’où devrais-je aller dans ce que je raconte de ce qui s’est passé, vous voyez ? Quel impact ça pourrait avoir sur nos vies, sur la situation avec les enfants, et sur tout le reste ? »
Ce qui distingue ces récits dans un contexte multiperspectif, c’est que l’incertitude ne portait pas seulement sur la participation en tant que telle, mais sur la manière dont ce qui était révélé dans un entretien pouvait se rapporter aux informations fournies par d’autres personnes du même cas, ou être mis en regard de celles-ci. Comme l’équipe de recherche ne pouvait pas savoir à l’avance quels sujets deviendraient saillants, le consentement ne pouvait être considéré comme entièrement acquis dès le départ.
D’un entretien à l’autre, le consentement a donc été géré comme un processus situationnel et révisable, attentif aux préoccupations émergentes des personnes participantes et à l’évolution de leur perception de ce que la participation pouvait impliquer dans leur contexte particulier.
Le recrutement des thérapeutes a aussi soulevé des questions éthiques, faisant du consentement éclairé un processus dynamique et itératif, façonné par les rôles professionnels et par la proximité relationnelle avec l’équipe de recherche. Une préoccupation récurrente était de savoir si l’étude visait à évaluer la pratique thérapeutique ou à fonctionner comme une « étude d’efficacité ». Une thérapeute a décrit comment la clarification du caractère exploratoire de l’étude avait influé sur sa décision de participer. Lina (thérapeute) : « J’apprécie vraiment la façon dont vous avez précisé plus tôt qu’il ne s’agit pas d’évaluer à quel point notre travail est "bon", mais plutôt d’explorer des manières de travailler sur ce sujet… »
Des thérapeutes ont aussi exprimé leur incertitude quant à la manière dont les données d’entretien, y compris les informations sensibles sur les personnes suivies, seraient traitées et quant aux personnes qui pourraient y avoir accès :
Maria (thérapeute) : Est-ce que quelqu’un d’autre, comme votre direction, ma direction, ou n’importe qui d’autre, pourra faire le lien avec moi ?
Recherche 1 : Non, personne d’autre que nous deux. Une fois cet entretien anonymisé et transformé en texte, il ne sera relié à aucun lieu ni à aucune personne.
Dans un devis multiperspectif, le consentement des thérapeutes était façonné non seulement par leur propre participation, mais aussi par leur responsabilité envers les personnes suivies dont les entretiens faisaient partie du même cas analytique. Cette double position donnait un poids particulier aux questions de confidentialité, de traitement des données et d’anonymat, les thérapeutes en considérant à la fois les implications personnelles et professionnelles. D’un entretien avec les thérapeutes à l’autre, le consentement est apparu comme quelque chose qui devait être réaffirmé à mesure que les implications de la participation multiperspective devenaient plus claires au fil du temps.
Considérées ensemble, les expériences des personnes suivies et des thérapeutes soulignent l’importance de traiter le consentement éclairé comme un processus continu. Sur le plan analytique, les résultats montrent que, dans la recherche multiperspective, le consentement n’est pas seulement temporel (réexaminé au fil du temps) mais aussi relationnel, car la compréhension que les personnes participantes ont de leur implication est façonnée par la manière dont leur entretien se rapporte aux autres entretiens du même cas, et par la façon dont leur compréhension des implications a évolué et s’est clarifiée au fil du temps.
Ce thème explore comment les entretiens de recherche peuvent produire de subtils « ricochets » qui façonnent les réflexions et la construction de sens des personnes suivies et des thérapeutes, et qui peuvent ensuite être transportés dans la thérapie en cours. Plutôt que de présenter la participation à la recherche comme une intervention, l’analyse s’intéresse à la manière dont les entretiens ont fonctionné comme un espace de réflexion supplémentaire à côté de la thérapie.
Sur le plan analytique, le thème saisit comment la participation à la recherche a parfois suscité de nouvelles réflexions, de nouvelles formulations ou des déplacements de conscience susceptibles de résonner au-delà du contexte de l’entretien. Ces influences n’étaient ni uniformes ni prévisibles, mais se manifestaient différemment selon les personnes participantes et au fil du temps. Pour décrire cette complexité, le thème est présenté selon deux perspectives : Le point de vue des personnes suivies et Le point de vue des thérapeutes.
Les entretiens de recherche amenaient souvent les personnes suivies à réfléchir à leur situation, à leurs relations et à leurs choix futurs. Les questions ciblées et ouvertes, associées à la posture attentive de la personne qui menait l’entretien, ont aidé certaines personnes suivies à formuler des pensées restées jusque-là inexprimées dans d’autres contextes. Beaucoup ont décrit que l’entretien avait favorisé une nouvelle prise de conscience ou de nouveaux liens, qu’elles percevaient comme potentiellement pertinents pour leur processus thérapeutique. Par exemple, Sara s’était d’abord montrée réticente à ramener des événements passés en thérapie : « Bon, je pense que c’est assez important, oui, mais j’ai aussi dit que je préférerais ne pas trop parler de choses qui se sont passées, parce que c’est vraiment difficile à bien des égards. » Pourtant, à la fin de l’entretien, lorsqu’on lui a demandé si l’un des sujets abordés avait fait naître une nouvelle prise de conscience ou pourrait être utile à aborder lors de prochaines séances conjointes, elle a réfléchi : « Peut-être mettre un peu plus l’accent sur les choses dures et difficiles, pour qu’à terme, on puisse en parler de façon constructive. »
Dans certains entretiens, les personnes suivies ne formulaient pas seulement des sujets qu’elles espéraient aborder en thérapie, mais semblaient aussi plus engagées et plus réflexives vers la fin de l’entretien. Per, qui avait eu recours à la violence, a décrit comment l’entretien avait suscité une réflexion sur soi :
Je pense qu’on apprend toujours quelque chose de tout, mais ce qui me frappe tout de suite, le plus important pour moi, c’est de me rendre compte que je dois être plus ouvert aux expériences de ma partenaire et vraiment la rejoindre là où elle est. Elle a sans doute l’impression de ne pas être comprise comme elle en a besoin, même si je dis que je comprends. Elle n’a probablement pas le sentiment que c’est vraiment le cas.
D’un entretien avec les personnes suivies à l’autre, ces « ricochets » se caractérisaient par des déplacements de la réflexion et pourraient indiquer que les entretiens de recherche influent, dans une certaine mesure, sur la manière dont les personnes suivies abordent la thérapie, en mettant potentiellement au premier plan et en introduisant de nouveaux sujets ou de nouvelles perspectives dans les conversations thérapeutiques.
Pour les thérapeutes, les entretiens de recherche offraient un espace pour prendre du recul par rapport au travail clinique et réfléchir aux suivis en cours. Plusieurs ont décrit les entretiens comme semblables à une « supervision de cas », offrant l’occasion de réévaluer leurs approches, d’interroger leurs présupposés et d’envisager d’autres manières de travailler.
C’est toujours utile de parler d’un processus, parce que ça rend plus attentif aux choses, donc je pense que ça a ouvert de nouvelles perspectives. Comme nous sommes deux thérapeutes dans cette situation, nous pouvons en parler en permanence, et nous rédigeons des notes ensemble pour nous assurer de tout documenter correctement. Mais je pense que je vais gagner un peu en clarté là-dessus. Je souhaite commencer à les voir individuellement plus tôt que ce que nous avions prévu au départ, même si le couple préfère les séances conjointes. Oui, juste pour vérifier les choses du point de vue de la sécurité.
Dans la plupart des cas, les thérapeutes assuraient les suivis sans cothérapeute. Plusieurs ont décrit l’entretien de recherche comme un espace de réflexion autrement difficile d’accès dans la pratique quotidienne, en particulier dans les situations complexes impliquant de la violence. Sunniva a réfléchi :
Je pense, d’abord et avant tout, que c’est formidable d’avoir l’occasion de réfléchir à des situations comme celle-ci, parce qu’elles sont tellement difficiles. Honnêtement, j’aimerais pouvoir avoir plus souvent des entretiens comme celui-ci pour toutes ces situations difficiles, parce qu’ils offrent une occasion de réflexion tellement précieuse. C’est une réalité : il y a tellement de perspectives à prendre en compte, et essayer de les aborder de façon claire et équilibrée peut sembler écrasant… c’est pour ça que cet entretien offre une occasion de réflexion si importante.
Sur le plan analytique, les récits des thérapeutes soulignent comment les entretiens de recherche ont servi d’espace de réflexion distinct, relié à la pratique clinique mais séparé d’elle. Ces réflexions ne constituaient ni une supervision ni une orientation, mais elles ont néanmoins influé sur la manière dont les thérapeutes pensaient la sécurité, le rythme et la structure thérapeutique.
D’une perspective à l’autre, la caractéristique analytique clé de ce thème était que les entretiens de recherche créaient des « ricochets » réflexifs que les personnes participantes rapportaient dans la thérapie, ce qui met en lumière l’interconnexion entre les processus de recherche et les processus cliniques dans les études multiperspectives menées parallèlement à un traitement en cours.
Mener une recherche qualitative multiperspective dans le contexte d’une thérapie de couple en cours impliquant de la violence présente des complexités éthiques qui vont souvent au-delà de celles que l’on rencontre dans les études à devis unique ou dyadique, et qui peuvent en englober des aspects différents. En incluant les deux partenaires et leur thérapeute, le devis ouvre la possibilité d’une compréhension plus riche, mais introduit aussi d’autres formes de vulnérabilité, puisque les points de vue des personnes participantes sont intrinsèquement liés. Les quatre thèmes, (1) Quand la compréhension s’accumule : confidentialité et sécurité, des tensions éthiques émergentes, (2) Motivation, recrutement et pouvoir dans des relations interconnectées, (3) Le consentement en mouvement : un processus itératif et continu et (4) Les ricochets de la recherche : des retombées réflexives dans la thérapie en cours ?, mettent en évidence deux dimensions générales des défis éthiques dans ce contexte.
Premièrement, les résultats soulignent la nature relationnelle et systémique des dilemmes éthiques dans la recherche multiperspective, qui implique plusieurs parties prenantes prises dans des relations et des dynamiques de pouvoir qui se chevauchent. Deuxièmement, les résultats indiquent que les défis éthiques surgissent de manière dynamique au cours du processus de recherche et ne peuvent être entièrement anticipés par le seul examen procédural. Ces défis peuvent être compris comme des « points de bifurcation » éthiques, qui obligent l’équipe de recherche à passer de la sensibilité éthique à une action attentive au contexte. La discussion porte donc sur (1) les dimensions relationnelles et systémiques de la pratique éthique dans la recherche multiperspective, et (2) la manière dont l’équipe de recherche peut s’orienter dans les points de bifurcation éthiques par une action attentive au contexte.
Dans les études qualitatives multiperspectives impliquant une thérapie en cours, les dynamiques relationnelles entre l’équipe de recherche, les personnes suivies et les thérapeutes deviennent particulièrement enchevêtrées. Selon la distinction de Guillemin et Gillam (2004), l’éthique de la recherche englobe à la fois l’éthique procédurale et l’éthique en pratique. Si les deux sont essentielles, nos résultats concernent avant tout l’éthique en pratique, là où surgissent, pendant la collecte des données, des situations imprévues et chargées sur le plan éthique.
L’éthique relationnelle offre une grille de lecture utile pour s’orienter dans ces situations, en envisageant la prise de décision éthique comme négociée, continue et sensible au contexte. Pour un développement plus large et approfondi, voir Ellis (2007), Fisher (2012) et McNamee (2015). Nous nous appuyons sur l’éthique relationnelle pour interpréter les moments de l’étude où la responsabilité éthique a émergé de l’interaction, du dialogue et de l’attention aux besoins évolutifs des personnes participantes. Par exemple, lorsque des personnes participantes exprimaient de la détresse pendant les entretiens, l’équipe de recherche marquait une pause pour s’enquérir de leur bien-être, sollicitait leurs retours et rouvrait le dialogue sur la participation et les besoins de soutien. Ces moments montrent comment la responsabilité éthique s’étendait au-delà de la collecte des données, jusqu’au maintien de la capacité d’agir et de la sécurité des personnes participantes dans la rencontre de recherche. Parfois, cela impliquait aussi de revenir sur le consentement éclairé, à mesure que l’expérience et la compréhension des personnes participantes évoluaient au fil du processus de recherche.
De même, lorsque des inquiétudes surgissaient au sujet de la sécurité et du bien-être des personnes participantes sans atteindre le seuil légal d’une action obligatoire, l’équipe de recherche restait engagée sur le plan éthique en invitant à la réflexion et au dialogue, au lieu de considérer que sa responsabilité s’épuisait dans le respect des procédures. Ces résultats font de l’éthique relationnelle une orientation vers un engagement éthique soutenu plutôt qu’une suite d’actes éthiques ponctuels.
Si l’éthique relationnelle met l’accent sur les aspects relationnels de la pratique éthique, nos résultats suggèrent qu’une approche systémique peut utilement élargir et compléter le champ d’analyse pour inclure les multiples systèmes et contextes qui façonnent les interactions. Comme l’a soutenu von Bertalanffy (1968), les systèmes ne peuvent être compris à partir de leurs seules parties : les sous-systèmes sont emboîtés dans des ensembles plus vastes, et de nouvelles propriétés émergent de leurs interactions avec l’environnement. Adopter une approche systémique de l’éthique de la recherche invite à réfléchir aux interconnexions plutôt qu’à traiter les questions isolément (Gordon, 2020).
Dans cette étude, les personnes suivies, les thérapeutes, les couples et l’équipe de recherche étaient pris dans des systèmes emboîtés qui déterminaient la manière dont les décisions éthiques se répercutaient d’un rôle et d’une relation à l’autre. Les actions éthiques visant une personne participante avaient souvent des implications pour d’autres, ce qui souligne que, dans les devis multiperspectifs, les décisions éthiques restent rarement isolées. Cette perspective recadre aussi la vulnérabilité comme dynamique et relationnelle plutôt que comme une caractéristique individuelle figée (Bracken-Roche et al., 2017 ; Delor & Hubert, 2000). D’un thème à l’autre, la vulnérabilité variait selon le rôle, le contexte et le moment, ce qui souligne la nécessité d’une attention éthique soutenue et sensible au processus, plutôt que du seul recours à des catégorisations statiques ou prédéfinies de la vulnérabilité.
D’un point de vue systémique, les « ricochets » observés dans cette étude entre les entretiens de recherche et la thérapie peuvent être compris comme faisant partie d’une écologie plus large de l’influence, plutôt que comme une interférence involontaire. Les entretiens de recherche sont ainsi devenus un élément parmi d’autres dans un réseau plus large d’interactions qui façonnent les processus thérapeutiques. Le défi éthique n’était donc pas de savoir si la recherche influençait la thérapie, mais comment, et dans quelle mesure, cette influence pouvait être gérée de manière réflexive et transparente. Il ne faut pas y lire une façon de présenter la recherche comme une intervention thérapeutique, mais la reconnaissance de l’influence comme une condition inévitable qui exige de s’y orienter de manière éthique.
De même, concilier la curiosité de la recherche et la confidentialité d’un entretien à l’autre exige une conscience continue des limites. Envisager la confidentialité de manière systémique, à l’échelle de l’ensemble des personnes participant à un même cas, a élargi la sensibilité éthique et soutenu une action attentive au contexte lorsque les accords établis étaient mis à l’épreuve dans la pratique.
La seconde dimension générale concerne la manière dont la sensibilité éthique s’est traduite en action attentive au contexte. D’après les résultats, ce processus comportait (1) la reconnaissance des points de bifurcation éthiques, (2) leur interprétation et la formation d’une impression à leur sujet par des processus réflexifs et dialogiques, et (3) la mobilisation de ressources pour y répondre par des actions attentives au contexte.
Des dilemmes éthiques sont apparus à plusieurs étapes du processus de recherche. La notion de « points de bifurcation » éthiques s’appuie sur la notion de moments éthiquement importants de Guillemin et Gillam (2004), en mettant l’accent sur les moments où plusieurs lignes d’action sont possibles et où les décisions ont des conséquences relationnelles. Dans cette étude, les « points de bifurcation éthiques » sont employés comme une heuristique pour organiser la construction du sens éthique, et non comme un modèle complet de la prise de décision éthique.
Ces points de bifurcation n’étaient pas toujours immédiatement reconnaissables. Ils se manifestaient souvent sous forme d’incertitude ou de malaise, et ne devenaient saillants sur le plan éthique qu’à mesure que leurs conséquences se déployaient dans le temps. Parmi les exemples figuraient des révélations inconnues des thérapeutes (thème 1), des pressions relationnelles pesant sur le consentement (thème 2) et des incertitudes évolutives quant à la participation (thème 3). Ces résultats soulignent la nécessité d’une sensibilité éthique soutenue tout au long du processus de recherche.
S’orienter dans les points de bifurcation éthiques exigeait une interprétation plutôt que l’application de règles. Ce processus est parallèle à la construction du sens clinique, dans laquelle la pratique clinique interprète des situations complexes et indéterminées par la réflexion et le dialogue (Schön, 2017 ; Shön & Rein, 1994 ; Snellingen et al., 2024).
À la suite de Schön et Rein (1994, p. 24), les dilemmes éthiques dans la recherche qualitative se présentent rarement comme des problèmes nettement délimités, mais plutôt comme des situations confuses et indéterminées qui exigent de l’équipe de recherche qu’elle distingue, nomme et cadre certains aspects de la situation pour s’en former une première impression.
Dans une perspective herméneutique gadamérienne, l’équipe de recherche ne peut aborder les dilemmes éthiques en observatrice neutre. Elle interprète plutôt les points de bifurcation à travers ses préjugés et ses horizons de compréhension (Gadamer, 1998). Gadamer soutient que le préjugé n’est pas un obstacle, mais une condition préalable nécessaire de la compréhension. Notre horizon, situé socialement et historiquement, ne rend pas seulement possible la construction du sens : il oriente aussi notre manière de répondre en pratique. Même si les impressions peuvent évoluer, elles fournissent une orientation provisoire à l’action éthique. Cela exige en retour une réflexivité continue, un examen soutenu des présupposés, des biais et des réactions (Finlay, 2012), étayé par le dialogue avec les personnes participantes, les collègues et les parties prenantes, afin de co-construire des jugements éthiques sensibles au contexte dans des situations complexes et évolutives.
Reconnaître les points de bifurcation éthiques et s’en former une impression ne devrait pas seulement inviter à la réflexion, mais aussi conduire à une action réactive et attentive au contexte. Ces moments exigent un engagement, en écho à l’idée de Biesta (2015) selon laquelle certaines situations « nous appellent » à la réactivité éthique. Lorsque des personnes participantes exprimaient de la détresse ou de l’incertitude, l’équipe de recherche marquait une pause, clarifiait et engageait le dialogue sur la participation et les besoins de soutien. Ces actions étaient situationnelles et relationnelles plutôt que procédurales, et s’appuyaient sur la sensibilité éthique, la conscience systémique et la tolérance à l’incertitude.
Mobiliser des ressources exige non seulement des connaissances éthiques, mais aussi la capacité de les appliquer dans des rencontres complexes. D’où l’importance d’une formation et d’une supervision qui articulent la théorie éthique et les dilemmes vécus (Banks, 2016 ; Israel & Hay, 2006). Certains des défis éthiques de ce devis de recherche multiperspectif sur la violence dans le couple ressemblent souvent à des « problèmes pernicieux » (wicked problems ; Rittel & Webber, 1973) : complexes, chargés de valeurs et dépourvus de solutions simples. Pour y faire face de manière responsable, l’équipe de recherche peut non seulement repérer les points de bifurcation éthiques, mais aussi activer des ressources relationnelles et systémiques, afin que la sensibilité éthique se transforme de manière constante en action attentive au contexte.
Pour les équipes qui mènent des études multiperspectives parallèlement à une thérapie en cours, les résultats peuvent mettre en évidence plusieurs implications utiles pour la pratique :
Lorsque des thérapeutes participent à une recherche multiperspective aux côtés des personnes suivies, les résultats peuvent indiquer plusieurs points d’attention distincts :
En intégrant les points de vue des personnes suivies et des thérapeutes, cette étude offre une compréhension nuancée des défis éthiques de la recherche multiperspective menée parallèlement à une thérapie de couple en cours impliquant de la violence. L’inclusion de plusieurs perspectives a renforcé la profondeur analytique et la sensibilité au contexte, en permettant d’examiner les dilemmes éthiques comme relationnels et situationnels plutôt que comme des problèmes méthodologiques isolés.
Plusieurs limites méritent d’être prises en compte. L’échantillon était petit et propre à un contexte, ce qui peut limiter la transférabilité des résultats. Conformément aux fondements épistémologiques de l’analyse phénoménologique interprétative, cette étude ne visait pas à produire des généralisations statistiques, mais à offrir un compte rendu approfondi et idiographique de la manière dont les dilemmes éthiques sont vécus et traversés dans un contexte particulier (Smith et al., 2021). Les résultats doivent donc être compris comme situés et illustratifs, avec un potentiel de transférabilité théorique ou conceptuelle plutôt qu’une applicabilité directe à tous les cadres thérapeutiques ou de recherche (Smith & Nizza, 2022). Ces défis éthiques peuvent aussi différer dans des pays dotés d’autres cadres juridiques, d’autres systèmes de protection sociale, d’autres mandats professionnels ou d’autres normes culturelles entourant la thérapie, la participation à la recherche et la VPI.
Le double rôle de l’équipe de recherche au sein de l’organisation de services a également pu influer sur le recrutement et sur ce qui a été révélé, bien que les thérapeutes participant à l’étude aient indiqué que cette appartenance renforçait la confiance et l’ouverture. Dans le même temps, cette position interne soulève des questions importantes sur l’interconnexion entre thérapie et recherche, en particulier sur la manière dont les personnes suivies ont pu comprendre et négocier les limites entre ces rôles, y compris sur le fait de savoir si elles ont ressenti une pression implicite à participer pour conserver l’accès aux services. Bien que la participation ait été clairement présentée comme volontaire et distincte de la thérapie, et qu’elle ait été suivie de plusieurs points d’étape, l’interprétation que les personnes suivies faisaient du caractère volontaire et des limites des rôles a néanmoins pu façonner à la fois le processus de consentement et ce qui a été révélé pendant les entretiens. Ce double rôle a aussi pu influer sur la manière dont thérapeutes et personnes suivies ont formulé leurs récits, compte tenu de la familiarité de l’équipe de recherche avec le contexte du service. Dans le même ordre d’idées, un biais de sélection reste possible, les personnes qui ont accepté de participer pouvant différer systématiquement de celles qui ont refusé, d’autant que les personnes suivies ayant eu des comportements violents étaient plus susceptibles d’hésiter ou de renoncer à participer.
Une autre limite concerne l’influence possible de la langue et de la traduction sur la construction du sens, ce qui est particulièrement pertinent compte tenu de l’orientation herméneutique et phénoménologique de l’étude. Tous les entretiens ont été menés en norvégien, sauf un en anglais, et la traduction a été abordée comme une composante interprétative et réflexive du processus d’analyse. Des relectures collaboratives de la traduction ont permis de travailler le ton, le contexte et les nuances de l’expérience, avec l’appui des personnes signataires bilingues et d’une personne anglophone de naissance chargée de la supervision. Néanmoins, les choix de traduction ont pu façonner la manière dont les expériences des personnes participantes et les dilemmes éthiques ont été représentés, et doivent être compris comme faisant partie de la couche interprétative de l’étude.
Les recherches futures pourraient approfondir la manière dont les dilemmes et les points de bifurcation éthiques se déploient dans différents contextes et au fil du temps, y compris la manière dont les personnes participantes elles-mêmes donnent sens à ces moments à mesure qu’ils évoluent. Des études interculturelles et interinstitutionnelles pourraient être particulièrement précieuses pour explorer comment la construction du sens éthique, la vulnérabilité et les relations entre équipe de recherche et personnes participantes sont façonnées par des cadres juridiques, organisationnels et culturels différents. Des devis longitudinaux pourraient aussi contribuer à mieux comprendre comment les considérations éthiques évoluent à mesure que les processus thérapeutiques et les processus de recherche se croisent au fil du temps.
Dans l’ensemble, cette étude souligne l’importance d’approches de l’éthique de la recherche attentives aux dimensions relationnelles, systémiques et temporelles de l’enquête qualitative lorsqu’on explore la VPI au moyen de devis multiperspectifs menés parallèlement à une thérapie en cours. Les résultats suggèrent que les défis éthiques dans de tels contextes ne devraient pas être compris seulement comme des dilemmes isolés ou comme des questions que les seules garanties procédurales permettraient de résoudre. Les défis éthiques prennent souvent la forme de points de bifurcation éthiques émergents : des préoccupations liées entre elles, qui se déploient à travers la participation, les relations et l’accumulation des connaissances au fil du temps, et dans lesquelles différentes lignes d’action portent des implications éthiques distinctes. De tels défis appellent une sensibilité éthique continue et une action attentive au contexte.
En mettant au premier plan la manière dont les dilemmes éthiques sont vécus, négociés et mis en acte dans une recherche menée parallèlement à des processus thérapeutiques en cours, l’étude contribue à une compréhension de l’éthique de la recherche plus proche de la pratique et plus sensible aux processus dans les études qualitatives multiperspectives. Envisager la responsabilité éthique sous cet angle fait de la pratique éthique une affaire d’interprétation, de dialogue et de jugement continus, plutôt que d’application de règles prédéfinies. Cette perspective invite à poursuivre la réflexion critique sur la manière de concevoir et de maintenir des devis de recherche éthiquement solides dans des contextes où la recherche et le travail clinique se déroulent côte à côte.
Complexe Systémique : à retenir
L’article intéresse autant la clinique que la recherche, parce que ses dilemmes sont ceux de tout travail avec un système. Recevoir séparément chaque partenaire, puis la personne thérapeute, c’est accumuler un savoir que personne d’autre ne détient et qu’on s’est engagé à ne pas faire circuler : exactement la situation de la personne thérapeute qui voit un couple en individuel quand la violence apparaît, comme le soulignent les implications finales. Le texte montre aussi que le consentement n’est jamais une affaire individuelle : on accepte pour garder l’autre dans la thérapie, pour ne pas décevoir la personne qui assure le suivi, et la personne qui a exercé la violence hésite davantage, ce qui biaise l’échantillon. La notion de « point de bifurcation » a le mérite de déplacer l’éthique des formulaires vers le moment où il faut choisir quoi dire, et à qui. On regrettera que la double position de l’équipe, à la fois chercheuse et collègue des thérapeutes, soit discutée surtout dans les limites. À lire avec l’article sur l’éthique, la morale et la déontologie en thérapie et en travail social, et avec l’article sur les violences, comprendre et intervenir.
Notes de l’original
Remerciements. L’équipe de recherche remercie sincèrement toutes les personnes qui ont participé à cette étude. Elle exprime aussi sa gratitude à Ulf Axberg (VID, rang professoral) et à Arlene Vetere (professeure émérite) pour leur précieux soutien et leurs retours, ainsi qu’à Einar Aadland pour une conversation stimulante, au début du projet, qui a nourri ce travail. Un remerciement particulier va aux services norvégiens de conseil familial, aux collègues de l’équipe Ressources et développement sur la violence et les conflits aigus, et à Lena Holm Berndtsson, à la direction du département du Bureau régional Est pour l’enfance, la jeunesse et la famille, dont le soutien a été essentiel à l’aboutissement de cette étude.
Financement. Le libre accès a été financé par la VID Specialized University.
Liens d’intérêts. Déclaration : les personnes qui signent en premier et en deuxième tiennent à signaler en toute transparence qu’elles sont employées par l’organisation au sein de laquelle la recherche a été menée. Des mesures réflexives, de supervision et administratives ont été mises en œuvre tout au long de la recherche pour faire face à ces conflits d’intérêts potentiels. Ni l’organisation ni l’organisme financeur n’ont joué de rôle dans la conception de l’étude, la collecte, l’analyse et l’interprétation des données, la rédaction du manuscrit ou la décision de publier les résultats. Les personnes qui signent en premier et en deuxième ne déclarent aucun autre conflit d’intérêts. La troisième personne signataire ne déclare aucun conflit d’intérêts.
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Traduction non officielle en français de Explorer l’éthique de la recherche à travers l’expérience des personnes suivies et des thérapeutes dans une étude multiperspective sur la thérapie de couple et la violence, par Jan Frode Snellingen, Pål Erik Carlin et Ottar Ness, Contemporary Family Therapy, vol. 48, no 3 (2026), doi : 10.1007/s10591-026-09780-4, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Exploring Research Ethics Through Clients’ and Therapists’ Experiences in a Multiperspective Study on Couple Therapy and Violence », publié dans Contemporary Family Therapy (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Snellingen, J. F., Carlin, P. E., et Ness, O. (2026). Explorer l’éthique de la recherche à travers l’expérience des personnes suivies et des thérapeutes dans une étude multiperspective sur la thérapie de couple et la violence (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/explorer-l-ethique-de-la-recherche-a-travers-l-experience-des-personnes-suivies (Œuvre originale publiée en 2026 dans Contemporary Family Therapy, 48(3), 461-477 (2026) ; republiée en 2026 par Contemporary Family Therapy, https://link.springer.com/article/10.1007/s10591-026-09780-4)
Pour aller plus loin