PLOS ONE · Psychiatrie

Explorer le point de vue des psychiatres sur le soutien aux parents ayant des difficultés de santé mentale : une étude à méthodes mixtes

Au Québec, 27 psychiatres ont répondu à un questionnaire sur leurs pratiques centrées sur la famille, puis cinq ont participé à un entretien. La quasi-totalité vérifie si la personne suivie a des enfants et invite volontiers les proches. Mais les enfants restent rarement dans la pièce, et le soutien à la parentalité s’arrête souvent à une question de routine : « Comment ça va avec vos enfants ? »

Auteurs Mireille Jasmin, Geneviève Piché, Aude Villatte, Andrea Reupert, Marie-Ève Clément, Anne Dorothee Müller, Marianne Fournier-Marceau, Darryl Maybery, Marie-Hélène Morin et Stéphane Richard-Devantoy (Université du Québec en Outaouais, département de psychoéducation et de psychologie, Saint-Jérôme ; Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles [CRUJeF] ; Réseau de recherche en santé des populations du Québec ; laboratoire Psychologie de la socialisation : développement et travail, Université Toulouse Jean Jaurès ; Monash University, Australie ; centre de santé mentale de l’enfant et de l’adolescent, hôpital universitaire de Copenhague – Bispebjerg et Frederiksberg ; Université du Québec à Rimouski ; Université McGill et Institut universitaire en santé mentale Douglas ; hôpital de Saint-Jérôme ; University of the West Indies, Saint Augustine, Trinité-et-Tobago)Première publication PLOS ONE, 17 février 2026Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Explorer le point de vue des psychiatres sur le soutien aux parents ayant des difficultés de santé mentale : une étude à méthodes mixtes, par Mireille Jasmin, Geneviève Piché, Aude Villatte, Andrea Reupert, Marie-Ève Clément, Anne Dorothee Müller, Marianne Fournier-Marceau, Darryl Maybery, Marie-Hélène Morin et Stéphane Richard-Devantoy, publié dans PLOS ONE (Public Library of Science) (2026), doi : 10.1371/journal.pone.0342923, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les trois tableaux sont présentés sous forme de listes, avec toutes leurs valeurs ; les extraits d’entretiens, menés en français mais publiés en anglais, sont retraduits depuis l’anglais ; le fichier supplémentaire et la déclaration sur la disponibilité des données ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Reconnaître le statut parental est une première étape fondamentale des soins centrés sur la famille.

Mireille Jasmin, Geneviève Piché, Aude Villatte, Andrea Reupert, Marie-Ève Clément, Anne Dorothee Müller, Marianne Fournier-Marceau, Darryl Maybery, Marie-Hélène Morin et Stéphane Richard-Devantoy

Résumé

Contexte. Les responsabilités parentales peuvent être particulièrement difficiles à assumer pour les personnes suivies en santé mentale, ce qui entraîne souvent toute une série d’effets négatifs pour les enfants. Il est recommandé d’intégrer une approche centrée sur la famille aux soins habituels des parents ayant un trouble psychique, afin de favoriser le rétablissement de la personne tout en soutenant le bien-être des enfants et de toute la cellule familiale. Cette étude visait à documenter les pratiques centrées sur la famille des psychiatres qui travaillent auprès de parents ayant un trouble psychique, et à explorer les facteurs susceptibles de faciliter ou d’entraver ces pratiques.

Méthodes. Un devis mixte séquentiel explicatif a été utilisé, combinant un questionnaire en ligne et des entretiens individuels. Les pratiques centrées sur la famille de 27 psychiatres ont été recueillies au moyen de la version française du Family-Focused Mental Health Practice Questionnaire. Des entretiens qualitatifs individuels de suivi ont été menés avec 5 psychiatres. Une analyse item par item des données quantitatives a été réalisée, suivie d’une analyse thématique des données qualitatives, les résultats des deux sources étant ensuite intégrés.

Résultats. Si les psychiatres reconnaissent le rôle parental des personnes suivies, la plupart hésitent à aller plus loin dans le soutien. Les principaux obstacles à la pratique centrée sur la famille sont le caractère essentiellement individuel des soins psychiatriques, la stigmatisation, les questions de consentement et la faible collaboration entre services pour adultes et services pour enfants. Parmi les facteurs facilitants figurent l’autonomie professionnelle des psychiatres, leur expérience personnelle et leur aisance à mener des rencontres familiales.

Conclusion. Les psychiatres peuvent jouer un rôle déterminant pour repérer les parents ayant un trouble psychique, reconnaître leur rôle parental et leur apporter, ainsi qu’à leur famille, enfants compris, un soutien approprié. Il est essentiel d’élaborer des lignes directrices complètes et des formations ciblées pour doter les psychiatres de stratégies efficaces face aux difficultés parentales des personnes aux problèmes de santé mentale complexes. Il faudrait aussi intégrer des ressources psychoéducatives destinées aux enfants. La mise en œuvre de ces initiatives pourrait conduire à des soins plus bienveillants et mieux ciblés, et à de meilleurs résultats pour les parents et leur famille.

Contexte

Beaucoup de personnes suivies en psychiatrie sont parents : les estimations vont de 20 à 38,5 % selon les services [1,2]. Une part importante des soins psychiatriques et du rétablissement concerne donc des personnes qui sont parents. La santé mentale de ces parents ne les touche pas seulement eux-mêmes : elle affecte aussi le développement de leurs enfants et le bien-être familial, et compromet souvent la capacité des parents à répondre aux besoins émotionnels et éducatifs des enfants [3]. Les parents peuvent éprouver de la culpabilité et de l’inquiétude face à ces effets [4]. Repérer, reconnaître et soutenir le rôle parental des personnes suivies est essentiel au rétablissement, car intégrer la parentalité au traitement favorise l’observance médicamenteuse et motive les parents à « aller mieux » pour leurs enfants [5], tout en renforçant leur confiance dans leur rôle de parent [6]. La parentalité nourrit aussi l’identité, le lien et l’espoir, éléments cruciaux du rétablissement [7–9].

Les enfants de parents ayant un trouble psychique courent des risques accrus de problèmes de santé mentale [10–12] et de difficultés psychosociales [13]. Ils assument souvent des responsabilités d’aidance envers leurs parents [14] tout en se débattant dans les « montagnes russes » émotionnelles de leur vie familiale [15]. Ces enfants expriment un fort besoin de recevoir des équipes soignantes des informations sur la maladie de leurs parents [16] et de parler de ce qu’ils vivent [17].

Il faut donc, dans les services de santé mentale, une approche centrée sur la famille qui aille au-delà du traitement des seules personnes adultes suivies en répondant aux besoins de toute la famille. Les pratiques centrées sur la famille privilégient une perspective de la famille entière, favorisent des partenariats collaboratifs, s’organisent autour de la famille et soutiennent les familles dans la prise en charge et le développement de leurs membres [18]. Cette approche promeut une vision systémique, qui reconnaît les effets réciproques des symptômes sur la parentalité et le fonctionnement familial [19,20]. Ces pratiques et les interventions orientées vers la famille ont montré qu’elles amélioraient les résultats des personnes ayant un trouble psychique, notamment par une diminution des rechutes et des hospitalisations [21–23]. Elles renforcent aussi le sentiment d’efficacité parentale [24], consolident les relations parent-enfant, favorisent la résilience et l’adaptation des enfants [25–27] et réduisent le risque de transmission intergénérationnelle des troubles psychiques [28].

Les cadres politiques canadiens mettent de plus en plus l’accent sur l’implication des familles dans les soins de santé mentale. La Stratégie en matière de santé mentale pour le Canada (2019) encourage les institutions à associer les familles à la prévention, au diagnostic, au traitement, à la planification des services et à leur évaluation. Cela traduit un virage, local et mondial, vers un modèle relationnel du rétablissement et une approche « centrée sur la famille », par contraste avec un modèle de soins traditionnel, individualisé et centré sur les symptômes [29]. Le système canadien actuel de soins de santé mentale fait cependant face à des défis importants, notamment de longs délais d’attente, des pénuries de ressources et des inégalités d’accès, en particulier dans les régions rurales et mal desservies. La séparation entre les services spécialisés en santé mentale et les soins de première ligne, ainsi qu’entre les services pour enfants et pour adultes [30], fait obstacle à des soins intégrés et offerts en temps opportun, considérés comme un facteur facilitant l’adoption d’une pratique plus centrée sur la famille [31].

En collaboration avec d’autres professions, on encourage les psychiatres, qui jouent un rôle central dans la prise en charge des troubles psychiques complexes [32,33], à associer les familles non seulement à la planification du traitement pour soutenir le rétablissement, mais aussi à leur fournir des ressources et du soutien pour les aider à faire face aux exigences de l’aidance [34]. Étant donné le rôle clé des psychiatres dans les services de santé mentale [32,33], il importe de savoir comment les psychiatres soutiennent les familles confrontées à des difficultés de santé mentale. Dans deux études quantitatives à grande échelle, les psychiatres déclaraient apporter aux familles et aux enfants des personnes suivies un soutien plus important que d’autres groupes professionnels [35,36], notamment en donnant aux enfants des informations sur la maladie psychique, en conseillant les parents sur leur rôle parental et en les orientant vers des ressources. Les résultats de deux études qualitatives révèlent pourtant une implication plus limitée. Dans l’étude de Laser et al. (38), les psychiatres abordaient surtout les préoccupations parentales dans deux contextes : l’organisation de la garde des enfants lors des hospitalisations et la discussion d’éventuelles grossesses en lien avec les médicaments psychiatriques [37]. Dans l’étude de Cognard et Wendland, les psychiatres reconnaissaient l’importance de la relation mère-enfant, mais se concentraient surtout sur l’évaluation de la santé mentale maternelle et des capacités de soin, plutôt que d’offrir un soutien direct à la famille [38]. Dans les deux études, les préoccupations liées à la confidentialité, le manque de formation et l’absence de protocoles clairs étaient cités comme des obstacles majeurs à l’adoption de pratiques centrées sur la famille.

Au Canada comme ailleurs, répondre aux besoins des membres de la famille est jugé essentiel [39]. Les psychiatres sont bien placés pour offrir ce soutien, ce qui fait de leur implication une occasion cruciale de mieux intégrer les soins centrés sur la famille. Pourtant, peu d’études ont exploré la manière dont les psychiatres perçoivent leur rôle face aux besoins parentaux des personnes ayant un trouble psychique, et les stratégies qui pourraient leur servir à soutenir ces familles. La recherche antérieure met en évidence un écart entre le niveau de soutien aux familles que les psychiatres déclarent dans les études quantitatives et l’implication relativement limitée, centrée sur l’évaluation, observée dans la recherche qualitative. Cet écart révèle un décalage entre ce que les psychiatres rapportent dans les questionnaires structurés et la description de leur implication auprès des familles dans les entretiens qualitatifs, ce qui peut aussi signifier que méthodes quantitatives et qualitatives évaluent des facettes différentes des pratiques centrées sur la famille. Peu d’études ont porté spécifiquement sur les pratiques des psychiatres. La plupart s’intéressent à d’autres professions de la santé mentale, comme le personnel infirmier, les pédiatres et les médecins de famille [40–42]. La présente étude vise à combler ces lacunes en examinant, d’une part, la manière dont les psychiatres du Québec, au Canada, soutiennent les parents ayant un trouble psychique et leur famille et, d’autre part, les facteurs qui encouragent ou freinent leur engagement dans des pratiques centrées sur la famille. Les résultats permettront de mieux comprendre la contribution des psychiatres au soutien des familles confrontées à des difficultés de santé mentale, et des recommandations sont formulées pour renforcer les approches centrées sur la famille en psychiatrie.

Méthodes

Cette étude a utilisé un devis mixte séquentiel explicatif. Cette approche a permis d’élaborer une description et une interprétation nuancées du phénomène, les données qualitatives venant mettre en contexte et enrichir les résultats quantitatifs [43]. La phase I consistait à remplir le Family-Focused Mental Health Practice Questionnaire (FFMHPQ-FR) [44], qui vise à documenter les pratiques centrées sur la famille des psychiatres. La phase II comprenait des entretiens individuels avec des personnes de la phase I sélectionnées, pour explorer le point de vue des psychiatres sur leurs pratiques centrées sur la famille et sur les facteurs qui les soutiennent ou les entravent. La phase III visait à intégrer les données quantitatives et qualitatives recueillies lors des phases I et II. Les lignes directrices Good Reporting of A Mixed Methods Study (GRAMMS) [45] ont été suivies.

Cette étude a été approuvée par le comité d’éthique de la recherche de l’Université du Québec en Outaouais (no 2021–1167) et par le Comité d’éthique de la recherche sectorielle en santé des populations et première ligne du CIUSSS de la Capitale-Nationale (no MP-13-2021-2135). Toutes les personnes participantes ont signé un formulaire d’information et de consentement en ligne avant de remplir le questionnaire en ligne et avant de participer aux entretiens.

Recrutement

Le recrutement de la phase I a été mené dans toutes les régions de la province de Québec, au Canada, du 15 mars 2021 au 8 février 2022. Diverses stratégies ont été employées (par exemple des courriels aux gestionnaires des principaux milieux de travail et aux associations professionnelles, des annonces sur les réseaux sociaux). Les critères étaient les suivants : 1) exercer la psychiatrie ; 2) travailler actuellement auprès d’adultes ayant un trouble psychique ; 2) avoir un contact direct avec la clientèle ; et 3) parler couramment le français. Le seul critère d’exclusion était de travailler exclusivement auprès d’enfants ayant un trouble psychique. Le recrutement de la phase II s’est déroulé du 15 juin au 15 août 2023. Quelques mois après la phase I, les psychiatres qui y avaient participé ont reçu par courriel une invitation à prendre part à la phase II. Sur les 27 psychiatres sollicités par ce courriel, cinq ont accepté de participer (deux femmes et trois hommes).

Personnes participantes

Vingt-sept psychiatres ont rempli le questionnaire en ligne (tableau 1). La répartition par genre était égale, et la plupart des personnes participantes (88,5 %) étaient nées au Québec. L’âge moyen était de 47,1 ans (de 29 à 81 ans), avec en moyenne 14,2 années d’expérience (de 1 à 48 ans). L’ensemble des psychiatres travaillait en milieu hospitalier (100,0 %) et offrait des services de deuxième ou de troisième ligne comme les urgences psychiatriques, l’hospitalisation ou les cliniques externes. En moyenne, la part estimée de leur clientèle ayant des responsabilités parentales était de 35,7 % (de 5 à 75 %), ce qui concorde avec les taux rapportés dans des contextes similaires [46]. Lors de la phase II, cinq personnes ont participé aux entretiens individuels (deux femmes et trois hommes), âgées de 37 à 81 ans et ayant en moyenne 22 années d’expérience.

Tableau 1 — Caractéristiques sociodémographiques et professionnelles des personnes participantes

Psychiatres (n = 27). Note de l’original : la taille de l’échantillon varie en raison de valeurs manquantes.

  • Variables continues, moyenne (ET). Âge, en années : 47,72 (16,17) ; expérience dans le poste actuel, en années : 14,15 (11,99) ; proportion déclarée de la clientèle ayant des enfants, en % : 35,73 (20,10).
  • Genre, N (%). Femmes : 13 (48,1) ; hommes : 13 (48,1).
  • Lieu de naissance, N (%). Québec : 23 (88,5) ; ailleurs : 3 (11,5).
  • Principal lieu de travail, N (%). Cliniques médicales des groupes de médecine de famille (GMF) : 0 (0,0) ; centres hospitaliers ou centres hospitaliers universitaires : 27 (100,0) ; centres locaux de services communautaires (CLSC) : 0 (0,0) ; pratique privée : 0 (0,0).
  • Temps de travail, N (%). Temps plein : 25 (92,6) ; temps partiel : 2 (7,4).

Mesures

La version française du FFMHPQ [47] (FFMHPQ-FR) a servi à mesurer les pratiques, les connaissances et l’aisance des psychiatres dans le travail avec des familles dont un parent a un trouble psychique. Le FFMHPQ-FR, déjà traduit et validé, présente de bonnes propriétés psychométriques [44]. Les trois sous-échelles utilisées dans cette étude étaient 1) les pratiques centrées sur la famille ; 2) les compétences, connaissances et confiance perçues des professionnels ; et 3) les attitudes et croyances des professionnels à l’égard de la pratique centrée sur la famille (PCF). Les personnes participantes cotaient leurs réponses sur une échelle de Likert en 7 points (de 1 = fortement en désaccord à 7 = fortement en accord). Le questionnaire prenait 10 à 15 minutes à remplir et comprenait des questions sur le parcours professionnel et le contexte de travail (par exemple l’expérience, le lieu de travail et la proportion de la clientèle ayant des enfants).

Des entretiens semi-dirigés en ligne ont été menés sur Microsoft Teams à l’aide d’une grille élaborée à partir des objectifs de recherche, des résultats préliminaires de la phase I et de la littérature. La grille d’entretien (voir le fichier supplémentaire) explorait l’expérience des psychiatres auprès des parents ayant un trouble psychique (par exemple : Comment vivez-vous le travail avec des adultes qui ont un trouble psychique et qui ont aussi un rôle parental ? Selon vous, quel est votre rôle dans l’accompagnement des parents ayant un trouble psychique ? En quoi, le cas échéant, est-ce différent du travail avec des adultes qui n’ont pas d’enfants ?). Les entretiens ont duré de 38 à 66 minutes (47 minutes en moyenne) et ont été enregistrés.

Analyses des données

Les personnes participantes pouvaient choisir « refuse de répondre » ou « sans objet », réponses codées comme manquantes et traitées par imputation de la moyenne par item [48]. Sur l’ensemble des 38 items, le taux de réponses valides était de 99,0 %. L’analyse quantitative a été réalisée avec le logiciel SPSS 27 (IBM Corp., 2020). Les conditions de base des techniques paramétriques ont été vérifiées (par exemple la normalité de la distribution) [49]. Des tests t à un échantillon ont comparé les scores des items aux moyennes des sous-échelles, afin de repérer les items significativement au-dessus ou au-dessous de la moyenne. Des scores plus élevés indiquaient davantage de pratiques centrées sur la famille ou de facteurs facilitants, tandis que des scores plus bas traduisaient moins de pratiques centrées sur la famille ou des facteurs entravants. Le seuil de significativité statistique était fixé à P < 0,05.

Les données qualitatives ont été analysées avec NVivo 14 par une analyse thématique de contenu, selon les six phases de Braun et Clarke [50] : familiarisation, codage, génération des thèmes, révision, affinement et rédaction. Des réunions d’équipe hebdomadaires assuraient le consensus sur les codes et les thèmes.

À la suite de l’analyse des données qualitatives, trois personnes de l’équipe signataire ont mené une phase d’intégration pour combiner les résultats quantitatifs et qualitatifs. Ce processus a été présenté sous la forme d’un tableau de présentation conjointe, qui fait ressortir des éclairages nouveaux allant au-delà de ce que révèlent séparément les résultats quantitatifs et qualitatifs.

Résultats

Résultats quantitatifs

Le tableau 2 présente les moyennes et les intervalles de confiance des scores des 27 psychiatres quant à leur niveau de pratiques centrées sur la famille, à leurs compétences et connaissances, et à leurs attitudes envers les pratiques centrées sur la famille. Il présente aussi les items significativement au-dessus et au-dessous de la moyenne.

Tableau 2 — Analyse item par item

Personnes participantes (n = 27). Pour chaque item : M [IC à 95 %] ; Δ = écart entre la moyenne de l’item et la moyenne globale du groupe. Les scores vont de 1 = fortement en désaccord à 7 = fortement en accord. R indique les items recodés, à interpréter comme tels : un score élevé. *p < 0,05 ; **p < 0,01 ; ***p < 0,001.

  • Pratiques centrées sur la famille (sous-échelle). 4,81 [4,51-5,12].
  • 1. Dans ma pratique, je vérifie instinctivement si l’adulte ayant un trouble psychique avec qui je travaille a un ou des enfants (âgés de 0 à 25 ans). 6,81 [6,45-7,17] ; Δ +2,00***.
  • 2. Je vérifie régulièrement si les parents usagers sont en mesure de répondre aux besoins socioaffectifs de leurs enfants. 6,11 [5,83-6,39] ; Δ +1,30***.
  • 3. Je fournis aux parents usagers de la documentation écrite (par exemple d’éducation, d’information) sur la parentalité. 2,67 [2,00-3,34] ; Δ −2,15***.
  • 4. Je fournis régulièrement de l’information (y compris écrite) sur les problèmes de santé mentale aux enfants des parents usagers avec qui je travaille. 4,19 [3,58-4,80] ; Δ −0,63.
  • 5. Je rencontre des parents et des familles dans le cadre de mon travail (hors thérapie familiale). 6,00 [5,64-6,36] ; Δ +1,19***.
  • 6. Je discute régulièrement avec les parents usagers de stratégies pour renforcer leurs pratiques parentales ou mieux répondre aux besoins de leurs enfants. 4,59 [3,98-5,20] ; Δ −0,22.
  • 7. J’oriente régulièrement les enfants des parents usagers vers des services de soutien spécifiques. 4,59 [3,97-5,21] ; Δ −0,22.
  • 8. J’oriente régulièrement les parents usagers vers des programmes liés à la parentalité (par exemple sur les compétences parentales). 3,78 [2,97-4,59] ; Δ −1,04*.
  • 9. J’oriente régulièrement les conjoints des parents usagers vers des services de soutien spécifiques. 4,58 [3,97-5,19] ; Δ −0,23.
  • Compétences, connaissances et confiance en PCF (sous-échelle). 4,94 [4,62-5,27].
  • 11R. Je ne suis pas à l’aise pour travailler avec les parents usagers sur leurs compétences parentales. 4,76 [4,08-5,44] ; Δ −0,18.
  • 13. Je suis en mesure de déterminer l’évolution du développement des enfants des parents usagers avec qui je travaille. 3,07 [2,35-3,79] ; Δ −1,87***.
  • 14. Je connais les effets d’un trouble psychique parental sur les familles. 6,19 [5,81-6,57] ; Δ +1,24***.
  • 15. Je suis en mesure d’évaluer l’importance que les parents accordent à la participation de leurs enfants à des activités sociales et récréatives. 5,00 [4,46-5,54] ; Δ +0,06.
  • 17R. Je n’ai pas suffisamment confiance en mes compétences professionnelles pour travailler avec les familles des parents usagers. 5,03 [4,42-5,64] ; Δ +0,08.
  • 20. Je suis en mesure d’évaluer dans quelle mesure les manifestations du trouble psychique des parents usagers ont un effet sur leurs enfants. 5,41 [4,89-5,93] ; Δ +0,46.
  • 21R. Je n’ai pas les compétences pour aider les parents usagers à reconnaître les effets possibles de leur trouble psychique sur leurs enfants et leur famille. 5,59 [5,05-6,13] ; Δ +0,65*.
  • 22. Je suis en mesure de déterminer l’importance que les parents usagers accordent au maintien de bonnes relations entre leurs enfants et les autres membres de la famille. 5,59 [5,18-6,00] ; Δ +0,65**.
  • 28R. Je n’ai aucune expérience du travail avec les enfants des parents usagers. 4,89 [4,22-5,56] ; Δ −0,06.
  • 29R. Je ne suis pas en mesure d’évaluer l’importance que les parents usagers accordent à la qualité du réseau de soutien (hors famille) de leurs enfants. 4,63 [4,00-5,26] ; Δ −0,31.
  • 33. J’ai les compétences pour soutenir les parents usagers dans la promotion du bien-être de leurs enfants. 4,96 [4,43-5,49] ; Δ +0,02.
  • 36R. Je n’ai pas suffisamment confiance en mes compétences professionnelles pour travailler avec les enfants des parents usagers. 5,00 [4,36-5,64] ; Δ +0,06.
  • 37. Je connais les principales techniques que les parents usagers pourraient utiliser pour favoriser le bien-être de leurs enfants. 4,15 [3,51-4,79] ; Δ −0,80*.
  • Attitudes et croyances à l’égard de la PCF (sous-échelle). 5,80 [5,39-6,22].
  • 24. Quels que soient le degré de gravité ou le type de trouble des parents usagers, le recours à une pratique centrée sur la famille est toujours pertinent. 5,85 [5,34-6,36] ; Δ +0,05.
  • 25R. Le recours à une pratique centrée sur la famille n’est pas pertinent en l’absence de risque de comportement violent ou suicidaire chez un parent usager. 5,93 [5,22-6,64] ; Δ +0,12.
  • 27. Adopter une pratique centrée sur la famille est toujours pertinent, quel que soit l’âge des enfants des parents usagers. 5,63 [5,00-6,26] ; Δ −0,17.

Les résultats de la sous-échelle des pratiques centrées sur la famille montrent une grande variabilité d’un item à l’autre. Les psychiatres se disaient « d’accord » à « fortement en accord » pour ce qui est de vérifier si la personne suivie a un enfant et si elle peut répondre aux besoins de ses enfants, mais « en désaccord » à « légèrement en désaccord » pour ce qui est de fournir aux personnes suivies de la documentation écrite sur la parentalité.

Les résultats concernant les compétences, les connaissances et la confiance autodéclarées des psychiatres en matière de pratiques centrées sur la famille révèlent aussi une variabilité. Si les psychiatres reconnaissent en général avoir les compétences et les connaissances voulues sur les effets d’un trouble psychique parental sur les familles et sur l’importance des réseaux de soutien social, leurs réponses traduisaient un léger désaccord quant à leur connaissance des principales techniques que les personnes suivies pourraient utiliser pour favoriser le bien-être de leurs enfants, et quant à leur propre capacité à évaluer le développement global de ces enfants.

Les items de la sous-échelle « Attitudes et croyances des professionnels à l’égard de la PCF » ne variaient pas significativement. Les psychiatres étaient en général d’accord avec tous les items portant sur la pertinence des pratiques centrées sur la famille.

Résultats qualitatifs

Les personnes participantes ont confirmé que le repérage du statut parental faisait partie de leurs soins habituels et était effectué de façon systématique, en soulignant son importance comme source d’information. Les psychiatres ont aussi dit évaluer la capacité des parents à répondre aux besoins de leurs enfants. Néanmoins, même si elles se disaient prêtes à aborder les préoccupations parentales, les personnes interrogées ont souligné que cette attention restait limitée, surtout lorsque les parents ne s’engageaient pas activement dans la discussion sur leur rôle parental ou ne la prolongeaient pas.

Les psychiatres ont aussi dit faire des efforts concertés pour inclure les membres de la famille dans leurs rencontres, en particulier lors des rencontres d’évaluation et de la planification du congé, et considérer qu’une partie de leur rôle consistait à écouter les proches des personnes suivies. En même temps, les psychiatres ont précisé que les rencontres familiales incluent rarement les enfants (tableau 3).

Tableau 3 — Résultats intégrés des phases I et II

Pour chaque thème : résultats quantitatifs, résultats qualitatifs (extraits d’entretiens), résultats intégrés. ø : pas de résultat quantitatif correspondant.

  • Pratiques centrées sur la famille — Repérage et évaluation (1). Quantitatif : item 1, « Dans ma pratique, je vérifie instinctivement si l’adulte ayant un trouble psychique avec qui je travaille a un ou des enfants », score élevé. Qualitatif : une pratique intégrée aux soins habituels et effectuée systématiquement au début de l’évaluation : « Si l’on veut soigner quelqu’un et avoir une idée de qui est cette personne, savoir si elle a des enfants, c’est primordial. Ça fait partie des informations de base nécessaires. » (Psychiatre 4). Intégré : résultats convergents, le repérage de la famille de la personne suivie est décrit comme un travail essentiel.
  • Pratiques centrées sur la famille — Repérage et évaluation (2). Quantitatif : item 2, « Je vérifie régulièrement si les parents usagers sont en mesure de répondre aux besoins socioaffectifs de leurs enfants », score élevé. Qualitatif : demander comment ça se passe avec les enfants : « Souvent, quand je parle avec mes patients, à un moment donné je leur demande : “Alors, comment ça va avec votre conjoint ? Comment ça va avec vos enfants ?” Mais vous savez, j’avoue que mon dépistage ne va pas plus loin que ça. Alors, si ce n’est pas abordé quand je demande “Comment ça va avec vos enfants ?”, alors […] Par contre, si la personne s’ouvre et qu’on en parle ensemble, là, je vais pouvoir l’aider. » (Psychiatre 2). « On s’intéresse aux enfants et on essaie d’aborder le sujet, au moins la question : est-ce qu’il y a un besoin là ? Est-ce qu’il y a un problème ? Comment ça se passe avec les enfants ? » (Psychiatre 4). Intégré : résultats convergents, les psychiatres demandent comment ça se passe avec les enfants.
  • Engagement auprès de la famille et transmission de ressources (1). Quantitatif : item 5, « Je rencontre des parents et des familles dans le cadre de mon travail (hors thérapie familiale) », score élevé. Qualitatif : toujours inviter la famille aux rencontres : « Je les ai toujours invités ; chaque fois que j’ai un parent, un patient adulte ou plus jeune, si vous voulez venir avec votre conjoint, vos enfants, votre famille, vos parents, vous êtes toujours les bienvenus, ou avec un proche ou un ami. […] Alors oui, travailler avec la famille. » (Psychiatre 1). Écouter la détresse des membres de la famille : « Si on veut soutenir les familles, il faut les écouter au lieu de les informer. Je commence par demander : “Qu’est-ce que vous vivez ? Qu’est-ce qui se passe pour vous ? Qu’est-ce qui vous bouleverse ? Y a-t-il une situation que vous n’arrivez jamais à gérer ?” » (Psychiatre 3). Les rencontres familiales incluent rarement les enfants : « C’est surtout avec les conjoints que je travaille, ou avec le parent du parent, ou avec un autre proche qui compte pour la personne. » (Psychiatre 2). Intégré : résultats convergents, l’engagement auprès de la famille de la personne suivie est décrit comme un travail essentiel. Pourtant, l’invitation ne vaut pas participation : les rencontres familiales incluent rarement les enfants et les proches.
  • Engagement auprès de la famille et transmission de ressources (2). Quantitatif : item 3, « Je fournis aux parents usagers de la documentation écrite (par exemple d’éducation, d’information) sur la parentalité », score faible ; item 4, « Je fournis régulièrement de l’information (y compris écrite) sur les problèmes de santé mentale aux enfants des parents usagers avec qui je travaille », score moyen ; item 7, « J’oriente régulièrement les enfants des parents usagers vers des services de soutien spécifiques », score moyen ; item 8, « J’oriente régulièrement les parents usagers vers des programmes liés à la parentalité (par exemple sur les compétences parentales) », score faible ; item 9, « J’oriente régulièrement les conjoints des parents usagers vers des services de soutien spécifiques », score moyen. Qualitatif : écouter plutôt que donner de l’information : « Si on veut soutenir les familles, il faut les écouter au lieu de les informer. » (Psychiatre 3). Intégré : résultats convergents, fournir de la documentation et orienter vers du soutien semble moins important qu’écouter.
  • Obstacles à la pratique centrée sur la famille — Croyances sur la PCF. Quantitatif : score modéré à élevé pour tous les items sur les attitudes et croyances envers la PCF, sans différence significative avec la moyenne. Qualitatif : inapproprié : « Le caractère possiblement inapproprié de discuter des difficultés psychologiques des parents devant ses enfants. » (Psychiatre 2). Intégré : résultats divergents, croyance au caractère inapproprié de la PCF.
  • Obstacles — Perception du rôle. Quantitatif : ø. Qualitatif : une attention centrée sur la personne et sur le rétablissement individuel : « J’essaie de traiter la personne le mieux possible pour qu’elle puisse utiliser ses capacités cognitives et affectives et remplir son rôle parental. Mais au bout du compte, ce n’est pas à moi de lui apprendre à être un parent adéquat. » (Psychiatre 2). « … On donne des médicaments, on mise sur les pouvoirs magiques des comprimés, on est vite vite vite sur les prescriptions » (Psychiatre 5). D’autres professions sont perçues comme plus centrées sur la famille : « Dans le modèle biopsychosocial, on valorise l’attention à la famille, enfants compris, mais ce n’est pas ma responsabilité professionnelle de faire ce travail. Par contre, simplement y prêter attention et en tenir compte, oui. » (Psychiatre 4). « Je suis alors la seule personne soignante pour beaucoup de mes patients. Sans équipe, j’essaie bien d’évaluer, mais je ne peux pas tout saisir. Alors évidemment, l’interdisciplinarité faciliterait clairement mon travail. (…) Si je m’en tiens à mon dépistage habituel, j’ai tellement de sphères à évaluer que mon évaluation est plus superficielle. » (Psychiatre 2). Intégré : information issue de la seule phase qualitative : les psychiatres disent que leur pratique est surtout centrée sur l’individu, et considèrent que ce rôle revient à d’autres professions.
  • Obstacles — Compétences, connaissances et confiance en PCF. Quantitatif : item 37, « Je connais les principales techniques que les parents usagers pourraient utiliser pour favoriser le bien-être de leurs enfants », score faible ; item 13, « Je suis en mesure de déterminer l’évolution du développement des enfants des parents usagers avec qui je travaille », score faible ; item 28R, « Je n’ai aucune expérience du travail avec les enfants des parents usagers », score moyen. Qualitatif : le sentiment de manquer d’outils en matière de techniques parentales : « J’ai une idée générale des techniques que les parents peuvent utiliser pour favoriser le bien-être de leurs enfants, mais en même temps, est-ce qu’on me l’a enseigné ? Non. Est-ce que j’ai reçu une formation là-dessus ? Non plus. Une formation aux principales techniques pourrait être utile. » (Psychiatre 2). Intégré : un fort sentiment de confiance et de compétence est décrit, sauf pour les techniques parentales et les questions de développement de l’enfant.
  • Obstacles — Obstacles structurels. Quantitatif : ø. Qualitatif : le manque de collaboration entre services pour adultes et services pour enfants : « Je n’ai aucun contact avec les services jeunesse-enfance-famille. Ils travaillent peut-être avec des familles que je suis aussi, et je ne le sais peut-être même pas. Une meilleure communication apporterait sans doute une valeur ajoutée. » (Psychiatre 2). Intégré : information issue de la seule phase qualitative.
  • Obstacles — Obstacles liés aux personnes suivies et à leur famille. Quantitatif : ø. Qualitatif : l’indisponibilité des enfants et des membres de la famille : « Ma propre clientèle, mes patients, ce sont surtout des personnes qui ont des problèmes psychotiques, qui ont souvent des enfants mais qui en ont souvent perdu la garde. Alors honnêtement, c’est inhabituel que je rencontre mes patients avec leurs enfants. » (Psychiatre 4). La réticence des parents à divulguer des informations : « La peur des conséquences, la peur des conséquences légales ou simplement la peur du jugement. » (Psychiatre 4). Intégré : information issue de la seule phase qualitative.
  • Facteurs facilitants de la PCF — Attitudes et croyances : pertinence. Quantitatif : score modéré à élevé pour tous les items, sans différence significative avec la moyenne. Qualitatif : tenir compte des familles est important : « De mon point de vue, quand on travaille avec la philosophie du rétablissement, le rôle parental en est une partie essentielle. Mais il faut être dans un état d’esprit de rétablissement, et pas seulement de traitement des symptômes. » (Psychiatre 2). « Je crois que je gagne souvent du temps en rencontrant les proches. Ça aide vraiment à avoir un meilleur impact. » (Psychiatre 1). Intégré : résultats convergents sur la pertinence des pratiques centrées sur la famille.
  • Facteurs facilitants — Compétences, connaissances et confiance en PCF (1). Quantitatif : item 14, « Je connais les effets d’un trouble psychique parental sur les familles », score élevé. Qualitatif : une formation à l’intervention familiale qui donne confiance : « Personnellement, je n’ai aucune difficulté avec ça, parce que je sais comment m’y prendre, et j’aime faire des rencontres familiales. » (Psychiatre 1). « Les stages [en clinique des premiers épisodes psychotiques et en clinique des troubles de la personnalité] nous ont donné la motivation de travailler en collaboration avec les familles. C’étaient deux milieux où le travail avec les familles était bien intégré. Et je pense que c’est cette formation qui me permet de l’inclure dans ma pratique de psychiatre. » (Psychiatre 2). Intégré : un fort sentiment de confiance et de compétence est décrit.
  • Facteurs facilitants — Compétences, connaissances et confiance en PCF (2). Quantitatif : item 21R, « Je n’ai pas les compétences pour aider les parents usagers à reconnaître les effets possibles de leur trouble psychique sur leurs enfants et leur famille », score élevé. Qualitatif : des compétences professionnelles : « Quand je veux rencontrer les proches, j’en informe la personne en lui disant : “Je vais rencontrer vos proches la semaine prochaine. Soyez rassuré, je ne leur dirai rien de ce que vous m’avez confié, mais c’est important que je connaisse votre famille.” » (Psychiatre 1). « Il y a évidemment l’enjeu, l’obstacle de la confidentialité et du refus des parents. Et honnêtement, on essaie en général de contourner ce refus, de “négocier”, de discuter des avantages d’impliquer les familles pour essayer de convaincre la personne de nous laisser parler avec un membre de sa famille et de l’amener à ses rencontres. » (Psychiatre 4). Intégré : savoir composer avec la confidentialité aide à engager les membres de la famille.
  • Facteurs facilitants — Expérience et connaissances personnelles. Quantitatif : ø. Qualitatif : « Cette expertise ne vient pas du tout de la faculté de médecine, elle vient du fait que je suis père de quatre enfants, et donc bon… Honnêtement, quand je parle de parentalité avec mes patients, je parle d’une certaine façon de mon expérience de père. Bien sûr, il y a une autre partie qui vient de ma formation, … mais il y a une plus grande partie encore qui vient de mon parcours personnel. » (Psychiatre 4). Intégré : l’expérience personnelle de la parentalité est vue comme utile.
  • Facteurs facilitants — Perception du rôle. Quantitatif : ø. Qualitatif : les psychiatres disent disposer d’une grande autonomie professionnelle : « Pour moi, en tant que médecin, j’ai une grande liberté professionnelle. Si je veux impliquer davantage la famille, personne ne va m’en empêcher. » (Psychiatre 4). « Je pense que j’ai peut-être un biais parce que je suis médecin, et que j’ai le droit de pousser un peu plus sans qu’on me le reproche. » (Psychiatre 3). Intégré : information issue de la seule phase qualitative ; l’autonomie professionnelle tient au rôle professionnel.

Obstacles à la pratique centrée sur la famille

Certaines personnes interrogées ont exprimé des hésitations à impliquer les enfants, invoquant des doutes sur l’opportunité de discuter des difficultés psychologiques des parents en leur présence. Cela peut refléter des croyances sous-jacentes sur le caractère inapproprié des approches centrées sur la famille dans ces contextes, avec un malaise enraciné dans les questions de confidentialité et dans la nature sensible des informations psychiatriques.

Les psychiatres ont relevé que d’autres groupes professionnels pourraient être mieux placés pour les interventions centrées sur la famille, en soulignant que, tout en valorisant le travail avec la famille, « …ce n’est pas ma responsabilité professionnelle de faire ce travail » (Psychiatre 4). La plupart des personnes participantes ont reconnu que leur attention portait surtout sur des soins centrés sur l’individu, qui prenaient souvent le pas sur des approches plus larges orientées vers la famille.

Si les psychiatres avaient en général confiance dans leurs compétences, beaucoup ont dit manquer d’outils et de formation spécifique pour parler de techniques parentales et de développement de l’enfant, une formation jugée utile pour améliorer leur pratique.

Les personnes participantes ont aussi désigné un obstacle structurel important : la faible collaboration entre services pour adultes et services pour enfants. Cette fragmentation limitait leur capacité à orienter efficacement les enfants des personnes suivies vers un soutien approprié et restreignait leur compréhension des besoins plus larges de la famille.

Certains obstacles liés aux personnes suivies et à leur famille ont été soulignés. Plusieurs personnes participantes ont noté qu’elles rencontraient rarement les enfants des personnes suivies, souvent parce que ces enfants n’étaient pas disponibles en raison de l’école, ou parce que les parents « en ont souvent perdu la garde » (Psychiatre 4). En outre, l’autostigmatisation parentale est apparue comme un obstacle important : certaines personnes interrogées ont rapporté que des personnes suivies hésitaient à divulguer des informations sur leurs enfants par « peur des conséquences, peur des conséquences légales ou simplement peur du jugement » (Psychiatre 4).

Facteurs facilitants de la pratique centrée sur la famille

Les personnes participantes ont insisté sur l’importance de reconnaître le rôle parental des personnes suivies et d’associer les familles aux soins, en soulignant les bénéfices importants d’une approche centrée sur la famille. Elles disaient avoir confiance dans leur capacité à travailler avec les familles des personnes suivies, ce qu’elles attribuaient en partie à la formation reçue.

Malgré les difficultés liées à la réticence des personnes suivies à impliquer des membres de leur famille, les psychiatres ont désigné plusieurs compétences professionnelles, comme la négociation, qui les aidaient à composer avec les hésitations parentales et à les surmonter. En outre, certaines personnes participantes ont noté que leur propre expérience de parent renforçait leur capacité à entrer en lien avec d’autres parents et à les soutenir.

L’autonomie professionnelle est aussi apparue comme un facteur facilitant clé, qui donne aux psychiatres la souplesse d’adapter leur pratique. Comme l’a fait remarquer l’un d’eux, « en tant que médecin, j’ai une grande liberté professionnelle. Si je veux impliquer davantage la famille, personne ne va m’en empêcher » (Psychiatre 4).

Discussion

Cette étude a exploré la manière dont les psychiatres soutiennent les parents ayant un trouble psychique et les facteurs qui influencent leurs soins centrés sur la famille. Les résultats ont révélé un engagement modéré dans ces pratiques, en contraste avec des études antérieures faisant état de niveaux plus élevés [35,36]. Nos résultats montrent néanmoins une variabilité considérable dans le soutien que les psychiatres apportent aux personnes suivies et à leur famille, ce qui concorde avec la recherche qualitative antérieure [37].

D’abord, nos résultats suggèrent que les psychiatres repèrent en général bien si les personnes suivies ont des enfants, un constat important vu les lacunes couramment observées dans l’enregistrement du statut parental au sein des services de santé mentale [51,52]. Reconnaître le statut parental est une première étape fondamentale des soins centrés sur la famille, qui devrait être systématiquement intégrée aux évaluations d’accueil dans l’ensemble des services de santé mentale [53].

Cependant, les psychiatres de notre étude ont fait état d’une attention limitée ou superficielle au soutien parental ou à l’engagement direct auprès des enfants des personnes suivies. Si l’intérêt d’impliquer les membres de la famille, enfants compris, était reconnu, cette implication était surtout vue comme un moyen d’améliorer la gestion des symptômes et le rétablissement, plutôt que de soutenir la compréhension de la maladie psychique par la famille ou sa capacité d’y faire face. Cela rejoint les résultats d’une étude récente auprès d’adultes ayant grandi avec un parent atteint d’un trouble psychique, qui disaient avoir été « impliqués mais pas inclus » par les équipes, servant de sources d’information sans recevoir un soutien suffisant ni être inclus dans les décisions de soins [54]. De même, les psychiatres de la présente étude reconnaissaient les effets d’un trouble psychique parental sur les familles mais, comme dans l’étude de Cognard et Wendland [38], exprimaient peu d’aisance pour discuter de compétences parentales ou évaluer les besoins développementaux des enfants. Bien que la plupart aient dit essayer de répondre aux besoins des enfants, ce dépistage dépassait rarement un engagement de surface.

En outre, même si certains psychiatres invitaient des membres de la famille aux rencontres, les enfants y étaient rarement inclus. Cela fait écho aux résultats d’études portant sur diverses professions, où le soutien concret aux membres de la famille, en particulier aux enfants, était limité [2,52]. Une étude canadienne d’il y a deux décennies avait de même constaté que, si les équipes reconnaissaient les besoins de toute la famille, peu de personnes se sentaient en mesure d’engager efficacement tous les membres de la famille [55]. Cognard et Wendland (38) ont aussi mis en évidence une approche centrée sur la mère, façonnée par des compétences et une formation limitées, offrant un soutien direct minimal à la cohésion familiale ou à la parentalité. Ces lacunes, largement relevées aussi dans les autres professions que la médecine [56,57,58], soulignent un besoin urgent de ressources et de formation pour mieux outiller les psychiatres face aux questions de développement de l’enfant et de parentalité lors du suivi des parents ayant un trouble psychique.

Contrairement à d’autres études [36], les psychiatres de notre échantillon n’ont pas présenté la disponibilité des services ou la charge de travail comme des obstacles majeurs. Leurs réponses mettaient plutôt en avant leur autonomie et leur indépendance professionnelles. Néanmoins, comme dans la recherche antérieure [37], beaucoup ont exprimé une réticence à parler du trouble psychique parental devant les enfants, par crainte que ce soit inapproprié et pour des raisons de confidentialité. Parmi les autres raisons d’une faible implication auprès des enfants des personnes suivies figuraient l’indisponibilité des enfants en raison des horaires scolaires, la perte de la garde, l’autostigmatisation parentale et la crainte de conséquences légales.

Si certaines personnes participantes étaient fières de leurs compétences et aimaient mener des rencontres familiales, d’autres reconnaissaient que leur pratique restait principalement centrée sur l’individu. Cette focalisation étroite constitue une lacune importante, car aborder la parentalité peut fortement motiver le rétablissement, alors qu’ignorer le stress parental peut nuire au bien-être général [59]. L’accent mis sur les soins individuels, qui néglige les dynamiques familiales, reflète probablement un obstacle structurel qui fragmente les soins entre services pour adultes et services pour enfants au lieu d’aborder la cellule familiale de façon globale. Des données de plus en plus nombreuses soutiennent les approches intégrées, comme les unités mère-bébé, qui donnent de meilleurs résultats pour les parents comme pour les enfants [60,61]. De plus, bien que la formation des psychiatres porte sur le modèle biopsychosocial et sur les soins axés sur le rétablissement, certaines personnes estiment que « d’autres professions sont peut-être mieux placées » pour soutenir les familles des personnes suivies. Comme l’a noté Linden [62], la formation des psychiatres privilégie souvent la psychopharmacologie et accorde peu de place à la communication thérapeutique, ce qui complique l’intégration du soutien familial dans les soins psychiatriques.

Implications pour la pratique

La recherche antérieure souligne les difficultés que rencontrent les équipes pour aborder la parentalité et des questions sensibles avec les parents ayant un trouble psychique et leur famille [63,64]. Bien que les psychiatres de notre étude repèrent systématiquement le statut parental, beaucoup pourraient bénéficier d’une formation complémentaire pour gagner en confiance et en compétence face aux préoccupations parentales. Cette compétence, qui s’apprend [65], est essentielle pour aider les parents à concilier santé mentale et responsabilités parentales, ce qui améliore en définitive les résultats pour les parents comme pour leurs enfants. Intégrer des stratégies spécifiquement centrées sur la famille à la formation clinique outillerait mieux les psychiatres pour mener ces conversations délicates, et favoriserait un environnement plus soutenant et plus inclusif pour les familles. Les données montrent que former les équipes à des approches centrées sur la famille comme Let’s Talk about Children et The Parenting Well renforce efficacement les pratiques centrées sur la famille [59,66].

En outre, reconnaître les limites de la pratique des psychiatres souligne la nécessité d’une approche plus intégrée et multidisciplinaire pour traiter les questions familiales de façon globale. Les psychiatres devraient collaborer étroitement avec le travail social, la psychoéducation, la psychologie, les soins infirmiers et les services de protection de l’enfance. Une telle collaboration permet aux psychiatres de se concentrer sur le traitement de santé mentale tout en veillant à ce que les besoins plus larges des familles, en particulier des enfants, soient pris en compte. Certaines professions, comme le travail social, sont peut-être mieux placées pour offrir un soutien direct aux enfants en répondant à leurs besoins, en leur donnant de l’information et en engageant les parents dans leur rôle de soin. Néanmoins, le rôle unique des psychiatres dans les soins exige une implication active de leur part dans le repérage du statut parental, l’évaluation des préoccupations parentales, l’inclusion des membres de la famille dans les plans de soins et l’orientation appropriée vers des services psychosociaux ou des services à l’enfance. L’intérêt des modèles de soins multidisciplinaires, interorganisationnels et collaboratifs pour les familles aux prises avec un trouble psychique est bien documenté [31,39].

Pour mieux soutenir les psychiatres dans leur engagement auprès des familles, en particulier dans les situations complexes où se croisent plusieurs difficultés familiales, les services de santé mentale pourraient mettre en place des équipes interorganisationnelles de consultation sur les situations familiales [31]. Ces équipes, réunissant des spécialistes de divers domaines (par exemple services à l’enfance, services aux adultes, services communautaires, protection de la jeunesse), peuvent apporter des éclairages précieux sur les dynamiques complexes que vivent les familles. La recherche montre qu’un tel soutien interprofessionnel et interorganisationnel renforce la confiance des équipes dans le soutien aux familles, améliore la perception de la sécurité des enfants et conduit à de meilleurs résultats cliniques [5,31,67,68].

Forces et limites de l’étude

Une force clé de cette étude est qu’elle porte exclusivement sur la contribution des psychiatres au soutien des familles confrontées à des difficultés de santé mentale, une perspective qui n’avait pas encore été explorée en profondeur. Le devis mixte, qui intègre données qualitatives et quantitatives, offre une compréhension globale du sujet. L’étude comporte toutefois des limites. La taille relativement petite de l’échantillon et la surreprésentation de psychiatres ayant plus d’âge et d’expérience, qui déclarent en général davantage de pratiques centrées sur la famille, peuvent limiter la généralisabilité des résultats. Le recours à des données autodéclarées et à des entretiens introduit aussi un possible biais de désirabilité sociale. La recherche future pourrait prolonger ces résultats en incluant le point de vue des personnes suivies et en examinant les dossiers d’accueil, pour vérifier de façon plus objective les pratiques centrées sur la famille des psychiatres.

Conclusion

Si les psychiatres reconnaissent l’importance de la parentalité dans le contexte des troubles psychiques, beaucoup hésitent à offrir un soutien global en raison d’obstacles comme une pratique centrée sur l’individu, la stigmatisation, les questions de consentement et la faible coordination entre services pour adultes et services pour enfants. Des facteurs facilitants comme l’autonomie professionnelle, l’expérience personnelle et l’aisance à mener des rencontres familiales favorisent les soins centrés sur la famille. Pour lever ces obstacles, il faut des approches multidisciplinaires intégrées et des formations ciblées sur les difficultés parentales, ainsi que de la psychoéducation destinée aux enfants. Doter les psychiatres de ces outils peut favoriser des soins qui incluent la famille et améliorer les résultats pour les parents et leur famille.

Complexe Systémique : à retenir

Le décalage mis au jour ici est familier aux systémiciens : la famille est reconnue, invitée, écoutée, mais surtout comme ressource pour le traitement de la personne désignée. Les enfants, eux, restent hors de la pièce, au nom de la confidentialité ou de la crainte de les exposer. L’étude montre bien comment la culture médicale individuelle et la séparation des services pour adultes et pour enfants fabriquent cet angle mort, et comment l’autonomie des psychiatres peut, à l’inverse, ouvrir la porte à une pratique familiale quand l’envie et la formation sont là. Un psychiatre dit puiser surtout dans son expérience de père : indice que les compétences familiales s’apprennent peu en faculté. À garder en tête : un petit échantillon, cinq entretiens seulement, des réponses autodéclarées. Pour la clinique, la piste concrète est simple : passer de « Comment ça va avec vos enfants ? » à une vraie conversation avec le parent sur sa parentalité, et oser inviter les enfants. À lire avec l’étude sur les facteurs qui facilitent ou freinent une approche centrée sur la famille dans le traitement des parents, et avec l’analyse du vécu des familles dans le programme Family Talk en Irlande.

Notes de l’original

Remerciements. L’équipe remercie tous les organismes qui ont aidé au recrutement des personnes participantes et tous les membres des équipes professionnelles qui ont accepté de prendre part à cette étude. Elle remercie aussi Denis Lacerte, conseiller au Centre de recherche universitaire sur les jeunes et les familles (CRUJeF), pour ses conseils et son soutien en matière de statistiques.

Financement. GP a reçu un financement du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) (no 435–2020–1092). GP a aussi reçu un soutien financier du Réseau de recherche en santé des populations du Québec (RRSPQ). Les bailleurs de fonds n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte, l’analyse ou l’interprétation des données, ni dans la rédaction du manuscrit.

Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.

Références

Maybery D, Reupert AE. The number of parents who are patients attending adult psychiatric services. Curr Opin Psychiatry. 2018;31(4):358–62. https://doi.org/10.1097/YCO.0000000000000427

Ruud T, Maybery D, Reupert A, Weimand B, Foster K, Grant A, et al. Adult mental health outpatients who have minor children: prevalence of parents, referrals of their children, and patient characteristics. Front Psychiatry. 2019;10:163. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2019.00163

Reupert AE, J Maybery D, Kowalenko NM. Children whose parents have a mental illness: prevalence, need and treatment. Med J Aust. 2013;199(3 Suppl):S7-9. https://doi.org/10.5694/mja11.11200

Hine RH, Maybery DJ, Goodyear MJ. Identity in recovery for mothers with a mental illness: A literature review. Psychiatr Rehabil J. 2018;41(1):16–28. https://doi.org/10.1037/prj0000215

Stolper H, van Doesum K, Henselmans P, Bijl AL, Steketee M. The patient’s voice as a parent in mental health care: a qualitative study. Int J Environ Res Public Health. 2022;19(20):13164. https://doi.org/10.3390/ijerph192013164

Moltrecht B, Lange AMC, Merrick H, Radley J. Whole-family programmes for families living with parental mental illness: a systematic review and meta-analysis. Eur Child Adolesc Psychiatry. 2024;33(9):3203–46. https://doi.org/10.1007/s00787-024-02380-3

Piché G, Davidson G, Dunkley-Smith A, Grant A, Yates S, Maybery D. Exploring past research to move forward: a scoping review of aims, outcomes, and recommendations in parental mental illness qualitative research. Front Public Health. 2024;12:1427432. https://doi.org/10.3389/fpubh.2024.1427432

Hine RH, Maybery DJ, Goodyear MJ. Identity in Personal Recovery for Mothers With a Mental Illness. Front Psychiatry. 2019;10:89. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2019.00089

Harries CI, Smith DM, Gregg L, Wittkowski A. Parenting and serious mental illness (SMI): a systematic review and metasynthesis. Clin Child Fam Psychol Rev. 2023;26(2):303–42. https://doi.org/10.1007/s10567-023-00427-6

Zhou M, Lageborn CT, Sjölander A, Larsson H, D’Onofrio B, Landén M, et al. Psychiatric diagnoses in parents and psychiatric, behavioral, and psychosocial outcomes in their offspring: a swedish population-based register study. Am J Psychiatry. 2024;181(8):761–73. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.20230353

Weissman MM, Wickramaratne P, Gameroff MJ, Warner V, Pilowsky D, Kohad RG, et al. Offspring of depressed parents: 30 years later. Am J Psychiatry. 2016;173(10):1024–32. https://doi.org/10.1176/appi.ajp.2016.15101327

Leijdesdorff S, van Doesum K, Popma A, Klaassen R, van Amelsvoort T. Prevalence of psychopathology in children of parents with mental illness and/or addiction: an up to date narrative review. Curr Opin Psychiatry. 2017;30(4):312–7. https://doi.org/10.1097/YCO.0000000000000341

Shen H, Magnusson C, Rai D, Lundberg M, Lê-Scherban F, Dalman C, et al. Associations of parental depression with child school performance at age 16 years in Sweden. JAMA Psychiatry. 2016;73(3):239–46. https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2015.2917

Pakenham KI, Cox S. The effects of parental illness and other ill family members on youth caregiving experiences. Psychol Health. 2015;30(7):857–78. https://doi.org/10.1080/08870446.2014.1001390

Foster K. “You’d think this roller coaster was never going to stop”: experiences of adult children of parents with serious mental illness. J Clin Nurs. 2010;19(21–22):3143–51. https://doi.org/10.1111/j.1365-2702.2010.03293.x

Wahl P, Bruland D, Bauer U, Okan O, Lenz A. What are the family needs when a parent has mental health problems? Evidence from a systematic literature review. J Child Adolesc Psychiatr Nurs. 2017;30(1):54–66. https://doi.org/10.1111/jcap.12171

Villatte A, Piché G, Benjamin S. Perceived support and sense of social belonging in young adults who have a parent with a mental illness. Front Psychiatry. 2022;12:793344. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2021.793344

Foster K, Maybery D, Reupert A, Gladstone B, Grant A, Ruud T, et al. Family-focused practice in mental health care: an integrative review. Child & Youth Services. 2016;37(2):129–55. https://doi.org/10.1080/0145935x.2016.1104048

Barrett S, Muir C, Burns S, Adjei N, Forman J, Hackett S, et al. Interventions to reduce parental substance use, domestic violence and mental health problems, and their impacts upon children’s well-being: a systematic review of reviews and evidence mapping. Trauma Violence Abuse. 2024;25(1):393–412. https://doi.org/10.1177/15248380231153867

Price-Robertson R, Obradovic A, Morgan B. Relational recovery: beyond individualism in the recovery approach. Advances in Mental Health. 2016;15(2):108–20. https://doi.org/10.1080/18387357.2016.1243014

Ward B, Reupert A, McCormick F, Waller S, Kidd S. Family-focused practice within a recovery framework: practitioners’ qualitative perspectives. BMC Health Serv Res. 2017;17(1):234. https://doi.org/10.1186/s12913-017-2146-y

Bighelli I, Rodolico A, García-Mieres H, Pitschel-Walz G, Hansen W-P, Schneider-Thoma J, et al. Psychosocial and psychological interventions for relapse prevention in schizophrenia: a systematic review and network meta-analysis. Lancet Psychiatry. 2021;8(11):969–80. https://doi.org/10.1016/S2215-0366(21)00243-1

McFarlane WR. Family Interventions for schizophrenia and the psychoses: a review. Fam Process. 2016;55(3):460–82. https://doi.org/10.1111/famp.12235

Goodyear MJ, Allchin B, Burn M, von Doussa H, Reupert A, Tchernegovski P, et al. Promoting self-determination in parents with mental illness in adult mental health settings. J Fam Nurs. 2022;28(2):129–41. https://doi.org/10.1177/10748407211067308

Sin J, Gillard S, Spain D, Cornelius V, Chen T, Henderson C. Effectiveness of psychoeducational interventions for family carers of people with psychosis: a systematic review and meta-analysis. Clin Psychol Rev. 2017;56:13–24. https://doi.org/10.1016/j.cpr.2017.05.002

Yates S, Gatsou L. Undertaking family-focused interventions when a parent has a mental illness - possibilities and challenges. Practice. 2020;33(2):103–18. https://doi.org/10.1080/09503153.2020.1760814

McCartan C, Davidson G, Donaghy M, Grant A, Bunting L, Devaney J, et al. Are we starting to ‘think family’? evidence from a case file audit of parents and children supported by mental health, addictions and children’s services. Child Abuse Review. 2022;31(3). https://doi.org/10.1002/car.2738

Siegenthaler E, Munder T, Egger M. Effect of preventive interventions in mentally ill parents on the mental health of the offspring: systematic review and meta-analysis. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry. 2012;51(1):8-17.e8. https://doi.org/10.1016/j.jaac.2011.10.018

Organization WH. Mental health gap action programme (mhGAP) guideline for mental, neurological and substance use disorders. World Health Organization. 2023.

Kutcher S, Davidson S, Manion I. Child and youth mental health: Integrated health care using contemporary competency-based teams. Paediatr Child Health. 2009;14(5):315–8. https://doi.org/10.1093/pch/14.5.315

Zegwaard AH, Koop FJ, Beuk N, Broeks CW, Van RL, Konijn C, et al. Implementing an integrated family approach in mental health care for families experiencing complex and multiple problems: a case example in Amsterdam. Front Psychiatry. 2024;15:1409216. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2024.1409216

Olfson M, Wang S, Wall M, Marcus SC, Blanco C. Trends in Serious Psychological Distress and Outpatient Mental Health Care of US Adults. JAMA Psychiatry. 2019;76(2):152–61. https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2018.3550

Kates N. Mental health and primary care: contributing to mental health system transformation in Canada. Canadian J Community Mental Health. 2017;36(4):33–67. https://doi.org/10.7870/cjcmh-2017-033

Kates N, Sunderji N, Ng V, Patriquin M, Alloo J, Mirwaldt P, et al. Collaborative Mental Health Care in Canada: Challenges, Opportunities and New Directions. Can J Psychiatry. 2023;68(5):372–98. https://doi.org/10.1177/07067437221102201

Laser C, Pawils S, Daubmann A, Zapf A, Wiegand-Grefe S. Different perspectives in psychiatry: how family-oriented are professionals in Germany?. BMC Psychiatry. 2024;24(1):142. https://doi.org/10.1186/s12888-024-05562-0

Yao H, Guan L, Zhang C, Pan Y, Han J, He R, et al. Chinese mental health workers’ family-focused practices: a cross-sectional survey. BMC Health Serv Res. 2021;21(1):569. https://doi.org/10.1186/s12913-021-06572-4

Krumm S, Checchia C, Kilian R, Becker T. Mental health nurses’ and psychiatrists’ views on addressing parenthood issues among service users. Int J Ment Health Nurs. 2019;28(2):425–35. https://doi.org/10.1111/inm.12525

Cognard M, Wendland J. La parentalité des mères psychotiques et sa prise en charge en psychiatrie vue par les professionnels de santé. Annales Médico-Psychologiques. 2019.

Reupert A, Bee P, Hosman C, van Doesum K, Drost LM, Falkov A. Editorial perspective: prato research collaborative for change in parent and child mental health–principles and recommendations for working with children and parents living with parental mental illness. Wiley Online Library. 2022;:350–3.

Wissow LS, Larson S, Anderson J, Hadjiisky E. Pediatric residents’ responses that discourage discussion of psychosocial problems in primary care. Pediatrics. 2005;115(6):1569–78. https://doi.org/10.1542/peds.2004-1535

Houlihan D, Sharek D, Higgins A. Psychiatric nurses’ attitudes towards children visiting their parents in psychiatric inpatient units. Ir J Psychol Med. 2013;30(4):261–9. https://doi.org/10.1017/ipm.2013.50

Reupert A, Williamson C, Maybery D. How family orientated are primary care physicians?. J Child Fam Stud. 2016;26(1):329–35. https://doi.org/10.1007/s10826-016-0558-7

Creswell JW, Plano Clark V. Designing and conducting mixed methods research. 3rd ed. Sage. 2018.

Piché G, Villatte A, Fournier-Marceau M, Clément M-È, Morin M-H, Maybery D, et al. Psychometric proprieties of the French version of the family-focused mental health practice questionnaire (FFMHPQ). European Rev Applied Psychol. 2024;74(3):100969. https://doi.org/10.1016/j.erap.2023.100969

O’Cathain A, Murphy E, Nicholl J. The quality of mixed methods studies in health services research. J Health Serv Res Policy. 2008;13(2):92–8. https://doi.org/10.1258/jhsrp.2007.007074

Piché G, Villatte A, Clément M-È, Morin M-H, Fournier-Marceau M, Maybery D, et al. Pratiques centrées sur la famille chez les professionnels en santé mentale adulte: un portrait de la situation au Québec. Santé mentale au Québec. 2023;48(2):121–50.

Maybery D, Goodyear M, Reupert A. The family-focused mental health practice questionnaire. Arch Psychiatr Nurs. 2012;26(2):135–44. https://doi.org/10.1016/j.apnu.2011.09.001

Maybery D, Goodyear M, Reupert A. Manual for the Family-Focused Mental Health Practice Questionnaire. 2012.

Pallant J. SPSS survival manual: A step by step guide to data analysis using IBM SPSS. 6 ed. London, UK: McGraw-Hill Education. 2016.

Braun V, Clarke V. Conceptual and design thinking for thematic analysis. Qualitative Psychol. 2022;9(1):3–26. https://doi.org/10.1037/qup0000196

Maybery D, Reupert A. Parental mental illness: a review of barriers and issues for working with families and children. J Psychiatr Ment Health Nurs. 2009;16(9):784–91. https://doi.org/10.1111/j.1365-2850.2009.01456.x

Lauritzen C, Reedtz C, Van Doesum KTM, Martinussen M. Implementing new routines in adult mental health care to identify and support children of mentally ill parents. BMC Health Serv Res. 2014;14:58. https://doi.org/10.1186/1472-6963-14-58

Reupert A, Maybery D. What do we know about families where parents have a mental illness? A systematic review. Child & Youth Services. 2016;37(2):98–111. https://doi.org/10.1080/0145935x.2016.1104037

Blake-Holmes K, Cook L. Involved but not included: young carers’ experiences of professional support while growing up with a parent with mental ill-health. J Social Work Practice. 2024;38(3):333–48. https://doi.org/10.1080/02650533.2024.2362624

Byrne C, Pape B, Ivask A, Kuczynski L, Browne G, Whittaker S, et al. Service needs of families where one parent has an affective illness: implications for service, education, and policy. Can J Commun Ment Health. 2001;20(1):107–21. https://doi.org/10.7870/cjcmh-2001-0006

Adderley H, Wittkowski A, Calam R, Gregg L. Adult mental health practitioner beliefs about psychosis, parenting, and the role of the practitioner: AQ methodological investigation. Psychol Psychother. 2020;93(4):657–73. https://doi.org/10.1111/papt.12249

Maybery D, Goodyear M, Reupert AE, Grant A. Worker, workplace or families: What influences family focused practices in adult mental health?. J Psychiatr Ment Health Nurs. 2016;23(3–4):163–71. https://doi.org/10.1111/jpm.12294

Piché G, Villatte A, Clément MÈ, Morin MH, Maybery D, Reupert A, et al. Predictors of family-focused practices among mental health workers in Quebec. Frontiers in Psychiatry. 2024;15:1380001.

Heyman M, Nicholson J, English K. The parentingwell practice approach: facilitating implementation in U.S. adult mental health services. Front Psychiatry. 2024;15:1377088. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2024.1377088

Gillham R, Wittkowski A. Outcomes for women admitted to a mother and baby unit: a systematic review. Int J Womens Health. 2015;7:459–76. https://doi.org/10.2147/IJWH.S69472

Wright T, Jowsey T, Stanton J, Elder H, Stevens S, Wouldes TA. Patient experience of a psychiatric Mother Baby Unit. PLoS One. 2018;13(5):e0198241. https://doi.org/10.1371/journal.pone.0198241

Linden W. From silos to bridges: Psychology on the move. Canadian Psychology / Psychologie canadienne. 2015;56(1):1–5. https://doi.org/10.1037/cap0000016

Tchernegovski P, Reupert AE, Maybery DJ. How do Australian adult mental health clinicians manage the challenges of working with parental mental illness? a phenomenological study. Child & Family Social Work. 2017;23(3):381–9. https://doi.org/10.1111/cfs.12426

Gatsou L, Yates S, Goodrich N, Pearson D. The challenges presented by parental mental illness and the potential of a whole‐family intervention to improve outcomes for families. Child & Family Social Work. 2015;22(1):388–97. https://doi.org/10.1111/cfs.12254

Solantaus T, Reupert A, Maybery D. Working with parents who have a psychiatric disorder. Parental psychiatric disorder: distressed parents and their families. 2015. p. 238–47.

Tchernegovski P, Reupert A, Maybery D. “Let’s Talk about Children”: a pilot evaluation of an e‐learning resource for mental health clinicians. Clinical Psychologist. 2015;19(1):49–58. https://doi.org/10.1111/cp.12050

Stolper H, van Doesum K, Steketee M. Integrated family approach in mental health care by professionals from adult and child mental health services: a qualitative study. Front Psychiatry. 2022;13:781556. https://doi.org/10.3389/fpsyt.2022.781556

Grant A, Lagdon S, Devaney J, Davidson G, Duffy J, Galway K. A Study of Health and Social Care Professionals’ Family Focused Practice with Parents Who Have Mental Illness, Their Children and Families in Northern Ireland Main Report. 2018.

Traduction non officielle en français de Explorer le point de vue des psychiatres sur le soutien aux parents ayant des difficultés de santé mentale : une étude à méthodes mixtes, par Mireille Jasmin, Geneviève Piché, Aude Villatte, Andrea Reupert, Marie-Ève Clément, Anne Dorothee Müller, Marianne Fournier-Marceau, Darryl Maybery, Marie-Hélène Morin et Stéphane Richard-Devantoy, PLOS ONE, vol. 21, no 2, e0342923 (2026), doi : 10.1371/journal.pone.0342923, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « Exploring psychiatrists’ perspectives on supporting parents with mental health Challenges: A mixed-methods study », publié dans PLOS ONE (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

Lire l’article original

Comment citer cet article

Jasmin, M., Piché, G., Villatte, A., Reupert, A., Clément, M.-È., Müller, A. D., Fournier-Marceau, M., Maybery, D., Morin, M.-H., et Richard-Devantoy, S. (2026). Explorer le point de vue des psychiatres sur le soutien aux parents ayant des difficultés de santé mentale : une étude à méthodes mixtes (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/explorer-le-point-de-vue-des-psychiatres-sur-le-soutien-aux-parents-ayant-des-difficultes (Œuvre originale publiée en 2026 dans PLOS ONE, 21(2), e0342923 (2026) ; republiée en 2026 par PLOS ONE, https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0342923)

Panier

Votre panier est vide.