Infant Mental Health Journal · Famille
Quatorze semaines, une journée par semaine, en groupe de mères ou de pères, avec repas, transport et garde du bébé à côté : c’est le format de Mellow Babies, au Royaume-Uni. Une équipe d’Édimbourg a interrogé 68 parents en grande difficulté psychosociale à la fin du programme. Leurs récits disent la peur du jugement, puis un groupe où l’on trouve de la compréhension, un récit de vie qui aide à « briser le cycle », et une autre manière de regarder et de jouer avec son bébé.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de « Il y a plus d’amour entre nous » : l’expérience des parents qui ont suivi Mellow Babies, un programme d’intervention précoce ciblé pour les parents et leurs bébés, par Ciera Davidson, Aigli Raouna, Ruaridh Malcolm, Raquib Ibrahim et Angus MacBeth, publié dans Infant Mental Health Journal (Wiley) (2023), doi : 10.1002/imhj.22029, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les deux tableaux sont présentés sous forme de listes ; l’organigramme de la figure 1 est reproduit en anglais ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes ; les mots-clés en d’autres langues ne sont pas repris. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
La valeur de MB ne tenait pas à une « prescription » de changement, mais au fait de faire comprendre aux parents que les circonstances peuvent changer.
Ciera Davidson, Aigli Raouna, Ruaridh Malcolm, Raquib Ibrahim et Angus MacBeth
Résumé
On sait que la parentalité vécue dans un contexte d’adversité psychosociale peut avoir des conséquences négatives sur le développement du nourrisson. Les programmes de soutien à la parentalité constituent la première ligne d’intervention pour améliorer le devenir des familles ; pourtant, les données sur l’efficacité des interventions précoces ciblées, menées en groupe, restent rares. Des résultats préliminaires désignent Mellow Babies (MB) comme un programme de groupe prometteur pour les familles exposées à des difficultés parentales. Par une analyse thématique, nous avons cherché à comprendre : (i) les aspects de l’intervention qui ont permis aux parents d’aller au bout du programme et (ii) les changements relationnels et comportementaux jugés précieux pour les parents et leurs bébés après l’intervention. Au total, 68 parents résidant au Royaume-Uni ont été interrogés après avoir terminé MB (49 mères et 19 pères ; 88 % se définissant comme britanniques). Trois thèmes et six sous-thèmes ont été dégagés des données. Les parents ont désigné plusieurs composantes de l’intervention comme bénéfiques, notamment les compétences relationnelles des personnes qui animent les groupes et l’approche multidimensionnelle, fondée sur le groupe. Les réflexions des personnes participantes font ressortir trois mécanismes sous-jacents qui ont rendu possible un changement positif : (i) le sentiment de communauté cultivé au sein du groupe, (ii) le processus consistant à formuler et à reconceptualiser ses propres difficultés et (iii) la possibilité de remodeler les interactions interpersonnelles. Les résultats sont discutés dans le contexte de la santé mentale périnatale et du nourrisson.
Mots-clés : intervention précoce, santé mentale du nourrisson, Mellow Babies, parent et bébé, parentalité
Les données de la recherche internationale, de plus en plus nombreuses, et les initiatives de santé publique désignent la petite enfance, en particulier les deux premières années de vie, comme une période sensible et critique à partir de laquelle le développement comportemental, cognitif, émotionnel et social ultérieur peut se façonner (Nelson et al., 2019 ; Williams, 2019). L’exposition à des adversités contextuelles et psychosociales pendant la petite enfance, comme la pauvreté (Playford et al., 2017), les violences conjugales (Margolin et al., 2010) et une santé mentale parentale fragile (Reupert et Mayberry, 2016), peut avoir des effets sur le développement socio-émotionnel des bébés et sur la qualité de leur relation avec les figures de soin principales (Cadar et al., 2018 ; McDonald et al., 2016 ; Speidel et al., 2020). L’effet cumulatif de faibles ressources économiques et psychosociales (notamment, sans s’y limiter, le chômage, un faible niveau d’études des parents, la monoparentalité et l’isolement social) peut accroître le stress familial, ce qui risque de limiter le soutien pratique et émotionnel que les parents peuvent apporter à leurs enfants (January et al., 2017 ; Stein et al., 2014). Néanmoins, des données récentes suggèrent que favoriser des relations sensibles et bienveillantes dans les premières années peut atténuer l’impact à long terme de l’adversité psychosociale (McElroy et Hevey, 2014 ; Parkes et al., 2016 ; Potharst et al., 2018). Par conséquent, la mise en œuvre efficace de programmes d’intervention précoce destinés aux parents qui présentent un ou plusieurs des indicateurs de risque ci-dessus (ci-après, les familles à risque) pourrait apporter des bénéfices importants de santé publique, à court comme à long terme.
Les données existantes suggèrent que les interventions de soutien à la parentalité peuvent profiter aux familles quel que soit leur niveau de risque lorsqu’elles sont adaptées à leurs besoins. Par exemple, une méta-analyse de 133 programmes d’intervention précoce différents, commençant pendant la grossesse ou dans les six premiers mois après la naissance (dont deux tiers ciblaient des familles à risque), a mis en évidence des effets positifs significatifs, très faibles à faibles, sur les comportements parentaux, le stress parental et la santé mentale des parents, ainsi que sur le développement de l’enfant, effets qui ne variaient pas selon le niveau de risque des personnes participantes (Pinquart et Teubert, 2010). Allant dans le même sens, une méta-analyse plus récente évaluant 16 interventions proposées à des figures parentales à risque ayant des nourrissons de 12 mois au plus a montré un effet positif faible mais statistiquement significatif des interventions sur le comportement de l’enfant, ainsi que des effets modérés sur la relation parent-enfant et la sensibilité maternelle (Rayce et al., 2017). Ces résultats montrent que les interventions de soutien à la parentalité engagées pendant la première année de vie de l’enfant, malgré des résultats antérieurs contradictoires (par exemple Sweet et Appelbaum, 2004), peuvent améliorer après l’intervention le bien-être parental, le comportement de l’enfant et la qualité des relations parent-nourrisson, quel que soit le niveau d’adversité psychosociale des parents. Cependant, comme le montrent les revues citées, la majorité des programmes précoces existants ciblant les familles à risque sont proposés individuellement ou en couple, ce qui laisse une lacune dans nos connaissances : on ignore si des interventions précoces ciblées, menées en groupe, peuvent aussi être efficaces et, si c’est le cas, quelles composantes de l’intervention peuvent servir de médiateurs au changement positif.
La recherche actuelle sur l’efficacité des interventions de groupe en soutien à la parentalité porte surtout sur des familles de niveau socio-économique moyen à élevé et sur des dyades mère-enfant (Barlow et al., 2016 ; Jones et al., 2016 ; Wilson et al., 2012). La généralisation des bénéfices des interventions de groupe est donc limitée par un taux d’abandon élevé chez les familles à risque (Smokowski et al., 2018 ; Utting et al., 2007) et par une participation des pères généralement faible, comme dans les interventions à domicile (Panter-Brick et al., 2014 ; Pinquart et Teubert, 2010). Au Royaume-Uni, une série d’obstacles et de leviers complexes, imbriqués et à plusieurs niveaux, pour l’accès aux services postnatals et l’engagement dans ces services, a été identifiée, tant du point de vue des mères (Smith et al., 2019 ; Webb et al., 2021) que des pères (Darwin et al., 2017 ; Sicouri et al., 2018). De multiples facteurs ont été décrits comme des obstacles, notamment des facteurs de vie personnelle (par exemple les symptômes de difficultés psychosociales et des ressources limitées), des facteurs interpersonnels (par exemple l’absence de relations de confiance et de communication ouverte avec les soignants) et des facteurs propres aux programmes (par exemple des contenus pensés pour un seul genre et les modalités de mise en œuvre). Les sentiments de stigmatisation ou de culpabilité semblent toucher de façon disproportionnée les parents à risque, qui doivent affronter les défis de la parentalité dans des circonstances de vie stressantes, ce qui les dissuade encore davantage de s’engager dans des interventions de soutien à la parentalité, par peur du jugement (Mytton et al., 2014). Les obstacles propres à la participation des pères aux services postnatals attirent l’attention sur d’autres facteurs, comme le sentiment que les interventions disponibles sont orientées vers la dyade mère-bébé et ne les concernent pas, ainsi que les croyances personnelles et systémiques sur les rôles de genre en matière de paternité et de recherche d’aide (Sicouri et al., 2018).
Il est bien établi que des interventions de soutien à la parentalité adaptées, menées au domicile, peuvent mobiliser et soutenir les familles à risque en surmontant plusieurs des obstacles pratiques et logistiques mentionnés plus haut (Kitzman et al., 2019 ; Olds et al., 2019). Leur coût est toutefois estimé à environ six fois celui des interventions de groupe, ce qui peut limiter leur portée et leur disponibilité (Cunningham et al., 1995 ; Jones et al., 2016 ; Lee et al., 2012). À l’inverse, les interventions menées dans des lieux communautaires peuvent apporter aux familles des bénéfices supplémentaires, en levant des obstacles socio-contextuels, par la réduction de l’isolement social et la construction d’une communauté (Butler et al., 2020 ; Ruane et al., 2019). Mieux comprendre quelles composantes et quels processus de mise en œuvre peuvent favoriser l’engagement des familles à risque dans les programmes précoces de groupe pourrait donc fournir des pistes précieuses pour affiner les interventions de groupe, qui pourraient atteindre et aider davantage de familles dans le besoin, comme alternative moins coûteuse en ressources aux visites à domicile.
Mellow Babies (MB) fait partie de la famille des programmes de soutien à la parentalité Mellow Parenting (MP) (https://www.mellowparenting.org/), qui offrent un soutien ciblé aux parents de nourrissons de 18 mois au plus qui rencontrent des difficultés psychosociales. L’intervention est gratuite pour les familles et comprend des programmes postnatals propres à chaque genre, menés séparément par des services de proximité, en groupes de 5 à 10 parents (Mellow Mums et Mellow Dads). Les groupes se déroulent sur 14 semaines, à raison d’une journée complète par semaine, et emploient diverses stratégies pour réduire les obstacles à l’engagement et à la présence : transport, repas, garde d’enfants gratuite en parallèle, matériel gratuit ou peu coûteux pour les activités parent-enfant. Les dyades parent-bébé présentes à au moins 70 % des séances (soit au minimum 10 séances sur 14) sont considérées comme ayant terminé le programme. Les membres des équipes de santé et de travail social qui accompagnent les familles et les jeunes enfants (par exemple le personnel infirmier de santé communautaire, les sages-femmes, les équipes de travail social) peuvent animer MB après une formation. Une supervision continue est assurée pour les personnes qui animent, et elle est indispensable à leur accréditation. Chaque groupe est animé par deux ou trois personnes, dont au moins une du même genre que les parents du groupe.
L’intervention adopte une double approche : renforcer les relations parent-enfant tout en améliorant la santé mentale des parents et leur confiance dans le rôle parental. Dans la ligne des interventions fondées sur l’attachement, la sensibilité parentale et la synchronie parent-nourrisson sont cultivées par une psychoéducation sur le développement de l’enfant et par des interactions positives guidées, au moyen d’un retour vidéo centré sur les forces (Bakermans-Kranenburg et al., 2003). MB intègre aussi des stratégies pour la santé mentale des parents (par exemple des stratégies cognitivo-comportementales pour faire face aux symptômes dépressifs et anxieux), des composantes consacrées à la relation parent-enfant (par exemple des activités communes à l’heure du déjeuner pour enrichir les interactions parent-enfant) et des « devoirs » (par exemple de nouvelles compétences et des activités à essayer avec le bébé à la maison). Chaque séance suit la même structure : un groupe personnel le matin (sur des thèmes comme la confiance, la dépression, vous et votre corps, l’estime de soi) ; une activité avec l’enfant à l’heure du déjeuner (par exemple comptines, musique ou peinture à la main, qui visent à doter les parents d’outils pratiques pour interagir avec leur enfant de façon ludique et adaptée à son développement, avec du matériel gratuit ou peu coûteux) ; et un atelier de parentalité l’après-midi (par exemple des échanges sur la parentalité autour de thèmes comme comprendre, occuper les enfants, les émotions, et le partage des vidéos des parents).
Mellow Parenting (MP) dispose d’une base de données probantes croissante, qui montre des effets positifs de taille moyenne sur la santé mentale et le bien-être des parents, la confiance parentale, le devenir de l’enfant et la proximité perçue entre parent et enfant (Levi et al., 2019 ; MacBeth et al., 2015 ; Puckering et al., 2010 ; Raouna et al., 2021). Le fait d’aller au bout des programmes MP a été associé à une baisse des interventions des services de protection de l’enfance (Raouna et al., 2021) et des troubles des conduites dans la petite enfance (Levi et al., 2019). Des résultats préliminaires suggèrent que MB peut profiter autant aux familles quels que soient leur niveau de risque et le genre du parent, et qu’il retient une plus grande proportion de dyades parent-nourrisson à risque que d’autres programmes de groupe (Raouna et al., 2021). Cependant, faute de groupes témoins et en raison d’effectifs relativement petits, ces résultats doivent être interprétés avec prudence. En outre, bien que ces résultats positifs de MP aient été étayés par des études qualitatives de petite taille (Birtwell et al., 2015 ; Puckering et al., 1996, 2010), les données qui permettent de comprendre les mécanismes sous-jacents susceptibles de susciter le changement et l’engagement chez les dyades parent-bébé qui participent au programme MB restent limitées. Des explorations qualitatives préliminaires des programmes MP ont désigné trois composantes des interventions comme mécanismes de changement possibles : (i) la psychoéducation sur la dépression et le développement de l’enfant, (ii) l’acquisition d’un réseau de soutien social (Puckering et al., 2010) et (iii) la possibilité de réfléchir en groupe aux expériences interpersonnelles passées (Birtwell et al., 2015 ; Buston et al., 2019). Il s’agit toutefois uniquement de réflexions de mères, qui ne portent pas spécifiquement sur l’intervention MB. On sait donc encore peu de choses sur les facteurs que les mères et les pères à risque, dont l’engagement dans les interventions de groupe est généralement plus faible, jugent accessibles et porteurs de sens dans le programme MB.
Cette étude est la première, à plus grande échelle, à recueillir de façon qualitative des informations auprès de mères et de pères ayant terminé le programme MB dans des lieux communautaires de tout le Royaume-Uni, ce qui permet de trianguler ce qui, dans MB, fonctionne pour les parents qui suivent l’intervention dans des contextes différents. Nous voulions éclairer qualitativement l’expérience des parents qui ont suivi MB et comprendre quelles composantes et quels processus leur ont paru porteurs de sens et ont favorisé leur persévérance jusqu’au bout du programme. Nous cherchions en particulier à mettre au jour :
Ce projet a reçu l’approbation du comité d’éthique de la recherche de la School of Health in Social Science de l’université d’Édimbourg. L’étude a été enregistrée auprès de l’ISRCTN sous le numéro ISRCTN17621046.
Ce compte rendu s’inscrit dans un projet à méthodes mixtes qui employait un devis pragmatique avant-après intervention. Un devis d’essai pragmatique a été retenu pour évaluer l’efficacité de MB dans les conditions de la pratique courante, « en situation réelle », afin d’obtenir une validité externe maximale et des résultats généralisables et applicables aux lieux de pratique courante du Royaume-Uni (Patsopoulos, 2011). Nous nous centrons ici sur les données qualitatives recueillies dans le cadre de ce projet par des entretiens semi-directifs avec les parents qui ont terminé les groupes MB. Pour un aperçu détaillé du volet quantitatif du projet, voir Raouna et al. (2021).
Les personnes participantes ont été recrutées par échantillonnage opportuniste. Tous les groupes MB qui se tenaient naturellement, animés par des professionnels formés à MP dans des centres communautaires de tout le Royaume-Uni, de février 2017 à septembre 2018, ont été invités à participer à l’étude par courriel, par affiche ou par contact personnel. Pour garantir la fidélité au programme, au moins une des personnes qui animaient le groupe devait avoir déjà mené MB sous supervision, et les groupes devaient mettre en œuvre tous les éléments et toutes les valeurs de MB pour être éligibles à ce projet de recherche (par exemple au moins une personne qui anime du même genre que les parents du groupe, des séances hebdomadaires comprenant le retour vidéo centré sur les forces, une garde d’enfants gratuite en parallèle, des activités communes parent-nourrisson à l’heure du déjeuner, ainsi que le transport et les repas). Quinze groupes ont été recrutés, dont 10 menés en Écosse (cinq Mellow Mums et cinq Mellow Dads), trois en Angleterre (Mellow Mums) et deux en Irlande du Nord (Mellow Mums). Une incitation de 250 £ pour financer une activité de groupe a été offerte à chaque groupe MB participant.
Les centres participants ont facilité le recrutement des parents par les voies d’orientation habituelles de MP (orientation par un service de santé ou, moins souvent, démarche personnelle). Les équipes ont confirmé l’éligibilité aux groupes MB de tous les parents orientés. Les parents devaient avoir au moins un enfant de moins de 18 mois pouvant être présent chaque semaine à l’heure du déjeuner et aux activités communes, et accepter qu’une vidéo soit tournée pendant une activité de soin (par exemple pendant un repas) pour le volet de retour vidéo centré sur les forces. Bien que MP ne recommande pas d’évaluation formelle de la situation psychosociale des parents orientés, les orientations visent habituellement des parents chez qui l’on a repéré un problème de santé mentale (le plus souvent dépression et/ou anxiété), un isolement, une absence d’emploi, des violences conjugales, un usage de substances, des difficultés dans le rôle parental, un suivi par le service social ou une intervention des services de protection de l’enfance. Pour les besoins de ce projet de recherche, l’équipe de recherche a classé chaque parent participant comme à risque ou non à risque. Était considéré à risque tout parent qui vivait dans un secteur classé dans le décile 1 ou 2 du SIMD (Scottish Index of Multiple Deprivation, indice écossais de défavorisation multiple : http://simd.scot/2016/#/simd2016/BTTTFTT/9/‐4.0000/55.9000; ; pour les familles résidant en Écosse uniquement, les données du SIMD peuvent être réparties en déciles, le décile 1 représentant les 10 % de codes postaux les plus défavorisés et le décile 10 les 10 % les moins défavorisés), qui déclarait un problème de santé mentale, ou qui déclarait être à la fois parent seul et sans emploi.
Les personnes qui animaient les groupes ont informé les parents de l’étude lors du premier contact et précisé que la participation à l’étude n’aurait aucune incidence sur leur place dans le groupe MB. Deux membres de l’équipe de recherche se sont rendus dans chaque groupe MB avant ou pendant la première séance pour donner des informations plus détaillées. Les membres des groupes ont été informés que la participation à l’étude était volontaire et confidentielle et que seuls des résultats anonymisés seraient diffusés. Tous les parents qui ont choisi de participer ont pris part à un tirage au sort pour gagner l’un des six bons d’achat de supermarché de 40 £. Les personnes participantes ont donné leur consentement éclairé par écrit.
La collecte des données a été confiée à trois personnes titulaires d’un master, expérimentées, salariées de MP et informées des objectifs de l’étude (A.R., R.M., R.I.). Les données ont été recueillies lors d’une rencontre individuelle avec chaque parent, dans un espace familier et privé des locaux du service où se tenait le groupe, à deux temps (T) : T1, avant le groupe (données démographiques initiales et questionnaires autoadministrés), et T2, après le groupe (questionnaires autoadministrés et entretien semi-directif). Aux deux temps, l’équipe a adopté une approche respectueuse, fondée sur l’échange, pour réduire les déséquilibres de pouvoir perçus, établir la confiance et créer pour les personnes participantes un environnement sûr et sans jugement. En outre, pour permettre l’établissement d’un lien entre la personne qui menait la recherche et le parent, élément essentiel pour que les parents se sentent à l’aise et partagent ouvertement leur expérience, chaque parent rencontrait la même personne à T1 et à T2.
La collecte des données à T1 durait environ 30 minutes par personne et avait lieu après la réunion d’information et de consentement. Les informations démographiques recueillies au départ comprenaient l’âge, la nationalité, un éventuel diagnostic de santé mentale, le code postal (indicateur indirect du niveau socio-économique), la source d’orientation, ainsi que la situation conjugale, le niveau d’études et la situation d’emploi, de même que l’âge, le genre, le lieu de résidence et la situation de contact des enfants. Les symptômes de détresse psychologique au début du programme ont été mesurés par le Brief Symptom Inventory-18 (BSI-18 ; Derogatis, 2001), un auto-questionnaire de 18 items. Le BSI-18 comporte trois sous-échelles qui évaluent des constellations de symptômes (dépression, anxiété et somatisation) et une échelle globale qui saisit l’intensité de la détresse psychologique générale (indice global de sévérité) au cours des deux dernières semaines. Les items sont cotés de « Pas du tout = 0 » à « Extrêmement = 4 ». Les scores bruts ont été convertis en notes T à partir de normes propres à chaque genre établies dans une population non clinique. La fidélité et la validité de ce questionnaire ont été démontrées dans plusieurs études, en population générale comme en population clinique (Meijer et al., 2011 ; Recklitis et al., 2006). Pour le présent échantillon, la fidélité à T1 était de α = 0,90 pour l’échelle globale et de α = 0,80, 0,83 et 0,74 pour les sous-échelles respectivement. La présence des personnes participantes et l’intervention éventuelle des services de protection de l’enfance ont été consignées par les personnes qui animaient les groupes et transmises à l’équipe de recherche après l’intervention.
La collecte des données à T2 a été programmée vers la fin du programme, entre la 12e et la 14e semaine, et chaque rencontre durait environ 45 minutes. Les entretiens se déroulaient après le remplissage des questionnaires et duraient de 15 à 35 minutes. Un guide d’entretien semi-directif a été élaboré avant les entretiens, conformément aux recommandations de bonne pratique (Mason, 2004). Il couvrait cinq grands domaines : le contexte avant l’intervention, le changement pour le parent et le bébé après l’intervention, la relation parent-bébé, l’expérience de la participation à MB et les projets d’avenir (voir l’annexe 1). Le guide donnait une structure aux entretiens, mais l’équipe était encouragée à explorer les pistes de discussion ouvertes par les personnes participantes, comme le recommandent Kallio et al. (2016). Tous les entretiens ont été enregistrés en audio à des fins de recherche.
Les entretiens ont été transcrits mot à mot et anonymisés. Tous les membres de l’équipe de recherche connaissaient les transcriptions, mais l’analyse des entretiens a été menée principalement par une personne titulaire d’un master en recherche (CD), sous la supervision d’un membre confirmé de l’équipe (AMacB) ; aucune de ces deux personnes n’avait participé à la collecte des données, ce qui limitait tout risque de biais. Une analyse thématique (AT) a été employée pour repérer, analyser, organiser et rapporter de façon systématique les thèmes et les régularités partagés dans le corpus (Braun et Clarke, 2006). L’AT a été choisie comme méthode pour explorer les pensées, les sentiments et les comportements des personnes participantes, car elle permet de mettre au jour les ressemblances et les différences d’expérience sans être contrainte par un modèle théorique (Braun et Clarke, 2006 ; Joffe, 2012 ; Nowell et al., 2017). Étant donné la nature exploratoire de la recherche, une approche souple comme l’AT a été jugée la plus utile pour comprendre l’expérience de MB vécue par les personnes participantes.
Cette étude a suivi le protocole d’AT décrit par Braun et Clarke (2006) et Nowell et al. (2017). Après la transcription, l’analyse a suivi un processus itératif de familiarisation avec les données (lecture active des entretiens accompagnée de premières notes). Les transcriptions ont été importées dans le logiciel NVivo (version 13, 2020) et codées ligne par ligne, en prêtant attention aux éléments descriptifs, linguistiques et conceptuels (Braun et Clarke, 2006). Une analyse du codage de deuxième et de troisième niveau a ensuite été réalisée pour garantir la rigueur du codage (Fereday et Muir-Cochrane, 2006). Les codes ont ensuite été regroupés pour former des thèmes et des sous-thèmes. Suivant la suggestion de Braun et Clarke (2006), les thèmes ont été identifiés à la fois selon leur fréquence et leur « caractère clé » (c’est-à-dire la capacité du thème à saisir ce qui importe au regard des questions de recherche), une fréquence plus élevée ne signifiant pas forcément une plus grande importance. Pour asseoir la confiance dans les résultats de cette recherche, la fiabilité inter-juges a pris la forme d’une triangulation : un tiers des transcriptions a aussi été codé par un autre membre de l’équipe de recherche (AMacB). Les codes et les thèmes définitifs ont été discutés avec tous les membres de l’équipe de recherche afin de parvenir à un consensus et de garantir la validité de l’analyse.
Comme le montre la figure 1, sur les 111 dyades parent-nourrisson recrutées dans les groupes MB participants, 91 ont accepté de prendre part au projet de recherche (70 dyades mère-nourrisson et 21 dyades père-nourrisson). Selon les critères psychosociaux fixés, 66 (73 %) des 91 dyades de l’échantillon initial ont été considérées à risque, dont 51 sur 66 (72 %) étaient des mères. Parmi les personnes participant au projet, 22 dyades n’ont pas terminé le programme, soit un taux d’attrition de 24 % (de 0 % à 44 % selon les groupes). Parmi les dyades qui n’ont pas terminé, 9 % (deux) étaient des pères. Sur les 69 dyades parent-nourrisson qui ont terminé le groupe MB, 68 parents ont été interrogés à T2 (49 mères et 19 pères ; une mère n’était pas disponible pour la collecte à T2). Les parents qui ont terminé le programme ont assisté en moyenne à 80 % des 14 séances de MB. Aucune différence n’a été observée selon le niveau de risque et le genre, ni dans le nombre de séances suivies ni dans les effets de l’intervention évalués quantitativement (Raouna et al., 2021). Aucune différence n’a été constatée dans les caractéristiques démographiques entre les personnes qui ont terminé le programme MB et celles qui ne l’ont pas terminé. Les personnes qui n’ont pas terminé le programme rapportaient à T1 une confiance parentale plus élevée que celles qui l’ont terminé (Raouna et al., 2021). Les informations démographiques sur les parents interrogés figurent au tableau 1. La comparaison des caractéristiques démographiques des mères et des pères par des tests du khi-deux de Pearson a montré une seule différence significative : davantage de pères (63 %) que de mères (10 %) indiquaient que leur enfant ne vivait pas avec eux au début du programme [χ2 (1) = 19,52, p < 0,001].

Tableau 1 — Données démographiques initiales des parents interrogés (n = 68)
Note : a Autre = britannique d’origine asiatique (n = 1), dominicaine (n = 1), malaisienne (n = 1), marocaine (n = 1), népalaise (n = 1), pakistanaise (n = 1), zimbabwéenne (n = 2). b n = 47 pour les mères, n inchangé pour les pères. c n = 45 pour les mères, n inchangé pour les pères, d’après les déclarations des parents. d n = 49 mères, n inchangé pour les pères, d’après le Brief Symptom Inventory-18 ; les parents étaient classés comme cas clinique si la note T de la sous-échelle était ≥ 63, et pour le GSI si au moins deux sous-échelles avaient une note T ≥ 63 (Derogatis, 2001). e Données démographiques manquantes pour une mère et un enfant de l’échantillon total.
Trois thèmes et six sous-thèmes ont été dégagés des données, comme le montre le tableau 2.
Tableau 2 — Thèmes, sous-thèmes et sous-thèmes détaillés, avec le nombre de parents qui les évoquent et des citations illustratives
Thème 1. Le parcours parental
Thème 2. Les bénéfices pour le bébé
Thème 3. Aller plus loin après Mellow
Conformément aux critères d’orientation, la plupart des parents ont dit avoir été malheureux avant de commencer l’intervention, en raison de l’isolement (n = 32), de difficultés de santé mentale (n = 35) ou de difficultés d’adaptation au rôle parental (n = 20) : « Je souffre de dépression et d’anxiété et, en tant que mère, c’était un peu trop pour moi, je n’arrivais pas à faire face à la vie, à être maman, à tout » [Mère 21]. Ces récits concordants d’humeur basse, de stress élevé et de déconnexion sociale étaient partagés à égalité par les mères et par les pères. Quelques parents ont aussi évoqué l’effet négatif que leur bien-être et leur fonctionnement avaient eu sur la relation avec leur bébé et sur son développement socio-émotionnel (n = 4) : « Je ne sortais jamais, j’étais toujours à la maison avec le petit. Il n’apprenait rien » [Mère 18].
Les difficultés antérieures à l’intervention nourrissaient des sentiments négatifs à l’idée de rejoindre le groupe. Si quelques parents étaient impatients (n = 3), la majorité ont dit avoir ressenti de la nervosité et n’avoir eu que de faibles attentes (n = 54). Les pères exprimaient leur hésitation à se confier à des inconnus et le sentiment d’être poussés à venir par des services extérieurs (par exemple les services de protection de l’enfance), tandis que l’expérience des mères était surtout marquée par l’anxiété sociale et la peur d’être jugées sur leurs capacités parentales. Pourtant, après avoir suivi le groupe MB, la plupart des personnes participantes ont salué l’ambiance détendue et accueillante du programme, un élément surprenant pour certains parents qui s’attendaient à se faire « réprimander » ou à « recevoir un sermon » (n = 13). Un petit nombre de parents (n = 6) ont aussi comparé favorablement leur expérience de MB à celle d’autres groupes de parentalité suivis auparavant : « J’ai fait deux ou trois groupes, et aucun ne m’a mis aussi à l’aise, aussi détendu et aussi confiant que Mellow Dads » [Père 19].
Quand les parents ont réfléchi aux éléments qui avaient soutenu leur motivation à terminer le programme MB, il est apparu que le rôle de la personne qui anime était déterminant pour créer une intervention « sûre » et agréable (n = 30) : « On n’a pas l’impression que ce sont vraiment des responsables, ce sont juste des gens avec qui on va au groupe, c’est beaucoup plus confortable » [Mère 3]. Les personnes qui animaient ont été saluées pour leurs solides compétences relationnelles, notamment leur empathie, leur ouverture et leur réactivité, qui ont permis aux parents d’établir une relation de confiance avec elles et avec les autres membres du groupe, et d’avoir le sentiment d’être l’objet d’attention et de soin. Dans quelques cas (n = 8), des parents ont aussi parlé d’avoir trouvé un appui au-delà même du groupe : « Pour mes audiences au tribunal, j’y suis allé, il y avait neuf personnes là pour soutenir mon ex-compagne et j’étais assis là tout seul. Le lendemain, [l’animateur] est venu et il était là pour moi, j’avais quelqu’un à côté de moi et je n’étais pas seul » [Père 19]. Pour les parents suivis par les services sociaux en particulier, MB était perçu comme un espace qui leur « permettait » d’être parents de leur enfant : « Je n’avais pas l’impression d’être surveillée ou jugée. Je pouvais juste être sa maman » [Mère 33]. Pour certains parents (n = 4), cette relation positive avec les personnes qui animaient est devenue un moyen de renouer avec des services vécus jusque-là comme excluants, créant un effet boule de neige positif d’amélioration des relations avec les équipes de santé : « L’assistant social a dit qu’il était fier de moi. On s’entend super bien avec lui maintenant. Ça rend les choses beaucoup plus faciles, parce qu’[on] n’aimait pas quand ils sont venus à la maison la première fois, mais maintenant il est le bienvenu ! » [Père 13].
La dimension de groupe de MB a été décrite comme précieuse et agréable, mais les parents reconnaissaient que c’était surtout parce que le groupe était composé de « gens qui comprennent » [Père 7] (n = 60). Les pères ont souligné que les groupes propres à chaque genre étaient un aspect important de l’intervention, qui encourageait leur participation et leur permettait de se sentir « entendus » (n = 5). Les récits des parents (n = 39) indiquent que le fait de partager son expérience dans un groupe homogène rompait le sentiment de solitude et réduisait l’isolement émotionnel : « On se rend compte qu’on n’est pas la seule à avoir traversé des choses difficiles, et partager ça avec quelqu’un, ce qu’on a ressenti, c’est vraiment réconfortant » [Mère 18]. Le fait d’aborder des expériences difficiles dans le cadre du groupe a aussi été vu comme un levier pour cultiver un sentiment de communauté et d’appartenance apprécié par la majorité des parents (n = 45) : « On est devenues plus comme une famille maintenant » [Mère 34].
Les mères comme les pères ont connu une amélioration de leur santé mentale après avoir suivi MB (n = 43), avec des changements positifs de l’humeur, de l’anxiété et de l’estime de soi ; dans un cas, au point qu’on a conseillé à la personne d’arrêter son traitement antidépresseur. Les réflexions des mères (n = 15) soulignent le rôle de MB pour leur permettre de renouer avec des aspects négligés de leur identité, au-delà de la maternité et des difficultés de santé mentale : « J’ai retrouvé un peu de moi-même. Je m’étais dit : “C’est fini, je ne compte plus.” Mais on ne peut pas tenir longtemps comme ça, on peut se sentir seule, triste, déprimée. Je me sens vachement mieux maintenant » [Mère 20]. Chez les mères comme chez les pères (n = 21), l’amélioration perçue de la santé mentale a réduit le stress lié à la parentalité et a donné accès à des stratégies d’ajustement et de régulation émotionnelle plus adaptées (n = 33) : « La manière dont je me gère chaque fois que des situations se présentent, même [avec] les deux plus grands, j’ai une approche plus détendue avec eux et avec leur comportement » [Père 1].
En conséquence, les parents ont dit avoir gagné en confiance après avoir suivi MB, à la fois dans les activités de la vie quotidienne, « Je n’aimais pas aller dans les grands espaces publics, j’avais l’impression que tout le monde parlait de moi et me regardait » [Père 16], et dans leurs compétences parentales, « Avant, je demandais beaucoup d’aide à ma mère, je sentais que je n’étais pas capable de le faire moi-même, alors que maintenant je sens que je peux » [Mère 46]. Ce regain de confiance a contribué à réduire l’isolement, par un lien social accru et une plus grande capacité à s’engager dans la communauté, chez les mères comme chez les pères (n = 58) : « Je suis plus sociable, j’ai plus d’amis, je peux parler aux gens. Je suis de retour dans la communauté au lieu d’être si isolée et de n’avoir personne » [Mère 14]. Il faut toutefois noter qu’une mère [Mère 2] n’a rapporté aucun changement de son bien-être. Cela semblait lié au sentiment que le groupe ne correspondait pas à ses besoins et, de ce fait, à un sentiment de décalage avec les autres participantes du groupe.
Les réflexions des parents indiquent que des conversations ouvertes, mais encadrées, sur des sujets sensibles au sein du groupe leur ont donné un nouveau regard sur l’adversité personnelle et sur les relations. Les mères comme les pères (n = 49) ont mentionné la séance « Récits de vie » comme une composante émotionnellement éprouvante, mais essentielle, de l’intervention, dotée d’une valeur thérapeutique, qui permettait d’élaborer psychiquement des souvenirs et des émotions difficiles : « C’est vraiment bien de se rendre compte qu’on les a affrontées et qu’on peut les surmonter » [Mère 42]. Les « Récits de vie » donnaient aux parents l’occasion de formuler et de partager leur expérience de façon cohérente, et de faire des liens avec leur fonctionnement actuel : « Regarder en arrière, et là où on en est aujourd’hui à cause de ce qui s’est passé » [Mère 19]. Pour certains parents, cela a aussi amorcé une introspection sur l’éducation reçue dans leur propre enfance, avec le repérage des pratiques parentales à garder ou à éviter à l’avenir (n = 10) : « S’il y avait eu quelque chose comme ça pour ma mère, je ne me serais pas retrouvée dans la même situation qu’elle. Être ici a brisé ce cycle pour ma fille » [Mère 17]. La nature de ces discussions a permis aux parents de mieux comprendre des relations interpersonnelles complexes et, dans certains cas, de reconnaître avoir subi (n = 6) ou commis (n = 2) des violences dans leurs relations amoureuses : « J’étais tellement aveuglée par mon ex que je ne me rendais même pas compte que ce qu’il faisait était mal » [Mère 22]. Les réflexions des personnes concernées, qu’elles aient subi ou commis ces violences, indiquent que comprendre les schémas de comportements violents leur donnait davantage confiance dans leur capacité à éviter à l’avenir des relations semblables : « Si la même chose devait se reproduire, je connaîtrais les signes et je saurais les repérer » [Mère 37] ; « C’est quelque chose que je vais pouvoir combattre maintenant » [Père 1].
À noter que deux parents ont dit ne pas avoir apprécié les discussions sur l’adversité interpersonnelle : ces personnes reprochaient au contenu et au format du groupe d’être largement centrés sur les expériences passées et souhaitaient qu’un volet plus encourageant, tourné vers l’avenir, soit intégré à l’intervention : « Ça a été une expérience plutôt négative, parce qu’on ressasse en permanence toute la merde qu’on a traversée dans la vie » [Mère 2]. Ces réflexions soulignent l’importance d’un vécu commun entre membres du groupe et indiquent que MB pourrait être plus bénéfique aux parents qui en sont au « même stade » dans l’élaboration de leur expérience : « Si on n’a pas réglé ses problèmes, si on n’a pas tourné la page du passé, je pense que c’est une bonne occasion de venir partager ses histoires. Mais je pense que quand on a réglé ses problèmes et ses expériences négatives passées et qu’on veut regarder vers l’avant, le groupe ramène les choses qu’on veut oublier » [Mère 2].
Les réflexions des mères (n = 38) indiquent qu’après le groupe, elles comprenaient mieux les besoins, les états mentaux et les stades de développement de leur enfant, ce qui leur semblait conduire à des interactions plus positives avec lui : « Des exercices comme ça m’ont fait me mettre à la place de la gamine et j’ai compris ce que je pourrais faire et ce qui pourrait la mettre plus à l’aise ou moins à l’aise » [Mère 17]. Les parents ont expliqué que la psychoéducation centrée sur l’enfant incluse dans le programme leur avait donné les connaissances et les compétences pour enrichir la qualité de leurs interactions, avec plus d’attention et plus de jeu (n = 17). En particulier, la majorité des mères (n = 30) ont souligné que, grâce au soutien reçu dans les exercices de retour vidéo centré sur les forces et dans les activités d’interaction guidée hebdomadaires, elles avaient constaté des bénéfices à plusieurs niveaux, notamment une plus grande confiance dans leurs capacités parentales ainsi qu’un lien et un accordage plus forts avec leur enfant : « Je comprends mieux ses signaux [maintenant]. Je n’arrivais pas vraiment à en saisir beaucoup, mais maintenant, avec l’aide de tout le monde, j’arrive à repérer les signaux qui montrent qu’elle est fatiguée, qu’elle a faim, qu’elle veut un câlin » [Mère 31]. Les parents ont aussi pu entrer en relation avec leur nourrisson d’une manière plus engagée et mieux adaptée à son développement : « Avant, je me disais : qu’est-ce que je suis censée faire avec lui ? À quoi je suis censée jouer avec lui ? Maintenant, je lui cours après quand il est sur son vélo, on peint ou on dessine » [Mère 18].
Un petit nombre de mères (n = 2) ont parlé d’un amour accru pour leur nourrisson après l’intervention : « J’aime [mon fils] plus que tout maintenant, alors qu’il y a deux ans, je ne savais pas si je l’aimais » [Mère 18]. Les parents ont aussi évoqué la réciprocité de ces bénéfices, soulignant l’influence bidirectionnelle des relations parent-enfant : « On dirait qu’il y a beaucoup plus d’amour et d’attachement, dans les deux sens, au lieu d’avoir juste l’impression qu’il a besoin de moi, c’est comme s’il m’aimait vraiment bien ! » [Mère 27]. Par exemple, quelques parents (n = 5) ont indiqué qu’après MB, leur nourrisson avait pris de l’assurance pour explorer son environnement et leur faisait davantage confiance : « Je vais chez une copine du groupe et elle part, elle me laisse, alors qu’avant elle s’accrochait à moi, elle ne bougeait pas, elle ne me lâchait pas » [Père 2] ; « Je vois la confiance qu’il a en moi, je vois qu’il comprend que si je vais aux toilettes, il sait que je vais revenir » [Père 19]. Un petit nombre de parents (n = 6) n’ont rapporté aucun changement dans la relation avec leur enfant ; ces parents disaient toutefois avoir déjà une relation solide avec leur enfant avant de commencer l’intervention.
Plusieurs parents ont été témoins d’un élargissement positif du monde social de leur nourrisson après l’intervention ; certains (n = 10) ont indiqué que leur bébé n’avait jamais joué avec d’autres enfants avant MB. Les parents, en très grande majorité des mères, ont souligné que la présence de leurs enfants dans le groupe de garde organisé en parallèle du groupe MB avait profité au développement social (n = 35), à la santé mentale (n = 25) et à la confiance (n = 9) de leur nourrisson : « Mon bébé est très sociable maintenant, alors qu’avant il aurait été sauvage avec les gens » [Mère 25] ; « Il a appris à sourire » [Mère 34]. La possibilité pour les nourrissons de se socialiser dans le groupe de garde a aussi eu, selon les parents, un effet positif sur les relations des bébés au-delà du groupe MB, avec leurs frères et sœurs et d’autres membres de la famille (n = 12) : « Il a une grande sœur de trois ans et il ne s’attachait pas à elle, mais depuis qu’il vient à ce groupe, il s’attache tellement à elle, c’est incroyable de voir ce lien entre eux, quand il joue avec elle » [Mère 13].
En pensant à leurs projets et à leurs objectifs après MB, plusieurs parents ont exprimé le souhait que le groupe soit prolongé (n = 15) ou de refaire le groupe entièrement (n = 13) : « Je donnerais n’importe quoi pour revenir dans un autre groupe Mellow Dads » [Père 12]. Des mères comme des pères souhaitaient que le groupe « continue pour toujours », certains parents indiquant que leur envie de refaire le groupe tenait à la possibilité d’apprendre davantage (n = 3), « Les apprentissages en plus, c’est ce qui va me manquer le plus » [Père 11], ou de s’assurer de n’avoir manqué aucun élément important (n = 4), « Quand ils relanceront Mellow Dads, je demanderai sans doute à y retourner, au cas où il y aurait quelque chose que j’aurais raté » [Père 12]. Quelques parents ont exprimé de l’appréhension et un manque de confiance face à l’avenir (n = 10) : des doutes sur la durabilité des effets de MB dans leur vie et un sentiment d’insécurité sans le havre de sécurité que le groupe leur offrait : « J’ai un peu plus confiance en moi, mais ça ne suffit pas pour tenir, dès que ce groupe sera fini, je vais sans doute me renfermer à nouveau. Je ne sais pas ce que je vais faire sans ce groupe, je ne veux pas qu’il s’arrête » [Mère 10].
À l’inverse, certains parents ont expliqué que le groupe leur avait donné de la motivation et de l’espoir pour l’avenir : « Je ne veux pas vivre des allocations toute ma vie, et ce groupe m’a dit : “Tu peux trouver un travail et rendre ta fille fière.” Personne ne m’avait jamais dit ça. Personne ne m’avait jamais poussée à le faire » [Mère 13]. Environ la moitié des parents ont exprimé le souhait de continuer à gagner en autonomie en acquérant de nouvelles compétences, soit en reprenant des études (n = 10), soit en cherchant un emploi (n = 22). Les parents ont dit avoir trouvé de la force dans le soutien et les conseils reçus des autres membres du groupe, et en particulier des personnes qui animaient, pour explorer les possibilités d’emploi et de formation qui s’offraient à ces parents après l’intervention : « Ça m’a vraiment, vraiment aidé, je veux dire, si vous m’aviez dit il y a un an : “Dans un an, tu vas prendre rendez-vous à l’agence pour l’emploi”, j’aurais répondu : “Non, sûrement pas !” » [Père 16] ; « J’en ai parlé avec [la personne qui anime] et on va me proposer pour une formation en garde d’enfants » [Mère 42] ; « Ça m’a un peu montré ce que je veux faire. Je vais essayer d’entrer à la fac » [Père 18].
Prenant acte de leur besoin d’un soutien personnel et parental continu, certains parents prévoyaient aussi de passer à Mellow Toddlers (n = 5) dans le même lieu communautaire, tandis que de nombreux parents (n = 20) semblaient avoir assez confiance pour renouer avec la communauté plus large en fréquentant d’autres groupes de soutien et de parentalité : « Je prévois d’emmener les enfants à d’autres groupes pour tout-petits dans le quartier » [Mère 26]. Enfin, la majorité des mères et des pères (n = 41) ont exprimé le souhait de garder les amitiés nouées dans le groupe, ce qui indique une augmentation durable du lien social recherché activement : « Je vais rester en contact avec la plupart d’entre eux ici. J’espère essayer d’organiser moi-même un vrai groupe de papas, aller à l’aire de jeux couverte ou à la piscine » [Père 11].
Cette étude est la première, à l’échelle du Royaume-Uni, à apporter des données qualitatives sur l’expérience des mères et des pères qui ont suivi le programme MB, en éclairant les aspects de l’intervention susceptibles de favoriser le changement dans les familles à risque. Les parents qui ont terminé le programme ont décrit une expérience positive pour eux-mêmes, pour leur relation avec leurs enfants et pour le développement socio-émotionnel de leurs bébés, avec des avis partagés sur leurs projets après l’intervention. Cela concorde largement avec les résultats quantitatifs de ce projet, qui montrent que le fait de terminer le groupe MB apporte des améliorations significatives du niveau d’anxiété et du bien-être général, de la confiance parentale et de la proximité perçue dans la relation parent-enfant (Raouna et al., 2021). Les parents ont désigné plusieurs composantes imbriquées de l’intervention comme favorables au changement positif et à l’engagement, notamment : (i) la dimension de groupe de l’intervention, en particulier son climat de soutien et son homogénéité en termes de caractéristiques psychosociales et de genre, (ii) le rôle et les compétences relationnelles des personnes qui animent, et (iii) l’orientation multidimensionnelle de l’intervention, notamment les occasions de réflexion personnelle, l’interaction positive guidée avec les bébés et l’existence d’un groupe de garde en parallèle. Dans l’ensemble, les résultats de cette étude font ressortir trois processus principaux par lesquels MB peut profiter aux familles à risque : (i) le sentiment de communauté cultivé au sein du groupe, (ii) le processus consistant à formuler et à reconceptualiser ses propres difficultés et (iii) la possibilité de remodeler les interactions interpersonnelles.
Conformément à la littérature existante, les parents ont apprécié l’interaction sociale permise par la dimension de groupe de MB et ont désigné les amitiés nouées comme un aspect important de l’intervention (Butler et al., 2020 ; Ruane et al., 2019). Le sentiment de communauté s’est construit à travers l’échange sur des expériences partagées, dans lequel le rôle inclusif et les compétences relationnelles des personnes qui animent étaient perçus comme essentiels pour créer un climat de soutien dans le groupe. Les parents ont expliqué que la possibilité de parler d’expériences difficiles avec d’autres personnes qui « comprennent » levait les sentiments de stigmatisation et de culpabilité qui, selon des travaux antérieurs, font obstacle chez les parents à risque (Webb et al., 2021). En outre, les groupes propres à chaque genre semblent avoir été particulièrement importants pour les pères, ce qui rejoint les résultats selon lesquels les groupes mixtes peuvent paraître peu accueillants et intimidants pour les partenaires (Smokowski et al., 2018 ; Panter-Brick et al., 2014). Les pères ont dit s’être sentis « vus et entendus » dans le groupe MB, ce qui rompt avec les récits, décrits auparavant, de pères qui se sentent le « parent invisible » aux yeux des équipes et des services de santé pendant la période périnatale (Lever et al., 2018).
Dans l’ensemble, la réduction perçue de l’isolement social et émotionnel avait une valeur importante pour les parents qui ont terminé le programme MB, ce qui reflète un résultat essentiel de l’intervention auprès de parents qui vivent dans un contexte d’adversités psychosociales multiples (au début du programme, la plupart des personnes participantes vivaient dans des secteurs très défavorisés et/ou avaient un problème de santé mentale, étaient sans emploi et élevaient seules leur enfant). Cette observation appuie les recommandations en faveur d’une approche équilibrée dans le travail avec les familles à risque, qui offre un espace pour traiter les problèmes psychosociaux sous-jacents tout en favorisant des compétences parentales sensibles et l’accordage parent-nourrisson (Butler et al., 2020 ; Whittaker et Cowley, 2012). En outre, si nos résultats confirment les bénéfices supplémentaires des interventions ciblées de groupe menées dans des lieux communautaires, ils soulignent aussi le caractère décisif de la synchronie entre membres du groupe et de la manière dont chaque personne perçoit sa situation et ses difficultés pour s’ouvrir aux bénéfices possibles de l’intervention. Par conséquent, pour maximiser l’efficacité de l’intervention et réduire au minimum les effets néfastes possibles, il est crucial de disposer de procédures d’évaluation rigoureuses pour déterminer si un parent tirerait davantage profit d’une intervention individuelle ou d’une intervention de groupe, et d’offrir aux personnes qui animent des occasions continues de cultiver leurs compétences relationnelles (par exemple par une consultation réflexive).
Les parents ont constamment indiqué que la séance « Récits de vie », placée à dessein au milieu du programme, était une composante puissante de l’intervention, susceptible de porter le changement. La possibilité de formuler le récit de ses propres expériences de vie et de se le réapproprier, une fois établie une relation de confiance au sein du groupe, offrait aux parents un espace sûr pour élaborer et reconceptualiser leurs difficultés. Pour certains parents, cela a aussi constitué un tournant, entraînant un déplacement émotionnel à partir duquel il leur semblait possible d’« aller de l’avant » (Johnstone, 2018 ; Redhead et al., 2015). Plus précisément, les parents ont indiqué que les éléments réflexifs de MB leur avaient permis de prendre conscience d’erreurs passées et de comportements inadaptés, les leurs, ceux de leurs propres parents et ceux de leurs (anciens) partenaires amoureux. Ce résultat rejoint les données suggérant que l’offre d’occasions de réflexion peut contribuer activement à prévenir la transmission intergénérationnelle de l’adversité psychosociale (Schoon et Melis, 2019). Il faut toutefois reconnaître qu’un changement durable dépend d’une interaction complexe entre capacités, motivations et facteurs contextuels (Platt et Riches, 2016), dans laquelle le désir seul ne suffit pas (Byng-Hall, 2008). Les parents ont indiqué que la valeur de MB ne tenait pas à une « prescription » de changement, mais au fait de leur faire comprendre que les circonstances peuvent changer et de leur donner le pouvoir de produire par leurs propres moyens des changements positifs.
Comme il n’est pas possible de quantifier la valeur d’un espace réflexif par des mesures standardisées, cette étude apporte un éclairage précieux sur ce que les parents jugent déterminant pour l’effet positif de leur expérience du groupe MB. Il faut néanmoins noter que quelques parents auraient souhaité que le contenu insiste davantage sur l’avenir et sur le fait de « passer à autre chose » après des expériences difficiles. Il importe donc de reconnaître que, si MB cible des parents en difficulté psychosociale, l’échantillon présentait malgré tout des variations de niveau d’études, de situation d’emploi, de gravité des problèmes de santé mentale et de conditions d’éducation des enfants, dans un contexte de monoparentalité et d’arrangements de garde divers. Ces facteurs ont pu jouer un rôle de médiation dans les différences observées dans la perception de l’intervention, l’engagement et l’expérience vécue, sous l’influence d’éléments comme les motifs de participation (par exemple démarche personnelle ou orientation par un tribunal) et les exigences concurrentes (Mytton et al., 2014 ; Whittaker et Cowley, 2012). De futures recherches pourraient porter spécifiquement sur la composante réflexive de l’intervention et examiner si son efficacité est modérée par différents indicateurs psychosociaux, car notre résultat concorde avec la littérature plus large sur MP : la recherche converge ainsi vers ce qui pourrait être un ingrédient central de l’efficacité de l’intervention pour les familles à risque (Birtwell et al., 2015 ; Buston et al., 2019 ; Puckering et al., 2010).
Le développement du lien et de la communication entre les parents et leur nourrisson est un autre changement clé perçu comme une conséquence de la participation au groupe MB. Les parents attribuaient souvent ces changements à leurs connaissances accrues sur les stades de développement et les états mentaux de l’enfant, ainsi qu’aux activités d’interaction positive guidée. Prendre confiance et apprendre à jouer avec son enfant est une autre composante importante mentionnée par les parents, et l’on ne saurait négliger la valeur du jeu pour nourrir le développement de l’enfant et la relation parent-enfant (Ginsburg, 2007). Dans la présente analyse, les personnes participantes suggèrent que leur confiance parentale a augmenté parce qu’elles étaient encouragées à essayer de nouvelles activités avec leur bébé et qu’elles constataient les bénéfices réciproques d’un meilleur accordage avec lui. En outre, certains parents ont remarqué des changements socio-émotionnels positifs chez leur jeune enfant après l’intervention, du fait à la fois de sa présence dans le groupe de garde parallèle et de leur propre mieux-être et de leur attention plus grande. Ces observations soulignent la nature dynamique et transactionnelle des interactions familiales (Schermerhorn et al., 2008), et renforcent la nécessité de proposer des interventions multidimensionnelles.
Fait intéressant, lorsque les pères étaient invités à réfléchir à leur expérience du groupe, leurs réflexions portaient surtout sur leur propre expérience de la participation, alors que celles des mères portaient le plus souvent sur l’effet partagé de la participation, sur elles-mêmes et sur leur nourrisson. Cette différence pourrait tenir au fait que la majorité des pères qui ont terminé le groupe n’avaient pas la garde complète de leur enfant au début du groupe (ce qui était d’ailleurs la seule différence statistiquement significative entre mères et pères dans les caractéristiques démographiques). Cela a pu limiter leur possibilité d’observer les changements du développement socio-émotionnel de leur enfant dans différents contextes. Néanmoins, pour les parents qui participaient avec un enfant confié à la garde d’une autre personne (25 %), les réflexions indiquent que MB leur offrait un environnement de confiance, sans jugement, où être parent, ce qui avait un effet positif sur leur expérience de l’intervention et sur leur relation avec leur nourrisson. De fait, plus de la moitié des parents suivis par les services de protection de l’enfance au début du groupe ont vu leur situation s’apaiser pendant ou après l’intervention, ce qui indique que les services publics, principalement ceux qui avaient orienté les parents vers les groupes MB, ont repéré des signes d’amélioration des compétences parentales et de la qualité de la relation avec les enfants (Raouna et al., 2021). Hormis ce point, aucune différence liée au genre n’est apparue dans l’expérience de l’intervention, ce qui concorde avec les résultats suggérant que les mères et les pères peuvent bénéficier également d’une intervention de groupe adaptée au genre (Raouna et al., 2021). Il faut néanmoins noter que les mères étaient surreprésentées dans l’échantillon, et d’autres recherches sont nécessaires pour déterminer s’il existe des mécanismes spécifiques qui soutiennent la participation des pères aux programmes d’intervention précoce.
L’effet positif de MB sur les relations interpersonnelles dépassait la relation parent-enfant et imprégnait le contexte familial plus large. Les parents ont évoqué de meilleures relations au sein du foyer grâce à MB, y compris avec leurs propres parents et leurs autres enfants. Certains parents ont aussi dit adopter une approche plus calme dans leurs échanges avec l’école et les services sociaux. Dans certains cas, l’effet d’une confiance parentale accrue s’est aussi étendu à d’autres aspects de la vie, comme en témoigne un désir accru de reprendre des études, de trouver un emploi ou d’entretenir les liens sociaux noués. En ce sens, MB semblait remplir une fonction d’attachement, en offrant aux parents une base de sécurité à partir de laquelle il devenait possible d’explorer davantage leur monde et les possibilités qui s’ouvraient à ces parents (Baumeister et Leary, 1995 ; Page, 2011).
Au vu de cette fonction, il est aussi possible que le style d’attachement des parents ait joué un rôle dans les expériences et les sentiments exprimés avant et après l’intervention. Selon la recherche, les styles d’attachement insécures sont plus fréquents chez les personnes à risque (Thomson et Jaque, 2017), qui peuvent présenter davantage d’anxiété et redouter davantage les expériences nouvelles (Goleman, 2006 ; Markin et Marmarosh, 2010). Dans cette ligne, notre analyse a mis en évidence une conséquence inattendue de la participation à MB : quelques parents ont exprimé le souhait que le groupe soit renouvelé pour continuer à les soutenir, en faisant part de leurs hésitations et d’une faible confiance face à un avenir privé du sentiment de stabilité que leur offrait le groupe. Si une prolongation du groupe irait à l’encontre des données montrant qu’au-delà de 16 séances l’efficacité de l’intervention diminue (Bakermans-Kranenburg et al., 2003), ce résultat pourrait indiquer que les parents à risque ont besoin de niveaux de soutien différents selon la gravité de leur adversité psychosociale et leur style d’attachement. De futures recherches pourraient évaluer le style d’attachement des parents et les nuances des niveaux d’adversité psychosociale pour examiner cette hypothèse théorique, et mieux comprendre comment des composantes comme le développement d’un attachement parental sécure peuvent être cultivées dans les interventions précoces afin de favoriser l’autonomie parentale après l’intervention (Duggan et al., 2009).
Si nous avons mis au jour des aspects de MB qui peuvent encourager l’engagement, notre capacité à comprendre ce qui détourne les parents du programme est restée limitée, puisque les entretiens n’ont été menés qu’avec des parents ayant terminé le programme. Les recherches futures devraient s’efforcer de recueillir aussi la parole des parents qui ne l’ont pas terminé, afin de mieux comprendre l’expérience de toutes les personnes orientées vers MB et d’éclairer plus précisément la pratique future. La transférabilité de nos résultats est aussi limitée à la population britannique blanche, et les recherches futures devraient tenter de reproduire ces résultats avec un échantillon plus diversifié sur le plan ethnique. En outre, bien que le volume d’entretiens de ce projet soit rare en recherche qualitative, nous reconnaissons que la richesse et la profondeur des informations partagées par les parents pendant les entretiens ont pu être influencées par divers facteurs, notamment la relation entre la personne qui menait l’entretien et le parent et/ou le caractère relativement fermé de certaines questions (Boddy, 2016 ; Gudkova, 2018). Par ailleurs, si le codage a été triangulé et la validation des codes et des thèmes discutée au sein de l’équipe de recherche, la fiabilité de l’analyse aurait pu être plus solide si toutes les transcriptions avaient fait l’objet d’un double codage comparé pendant l’élaboration des thèmes. L’équipe reste néanmoins confiante dans la solidité des résultats présentés, étant donné la cohérence des récits des parents malgré la diversité des lieux géographiques.
Les améliorations rapportées se sont produites dans une mise en œuvre du programme en conditions réelles, ce qui indique une validité écologique. Néanmoins, les recherches futures devraient aussi s’efforcer de trianguler les changements rapportés par les parents avec ceux que rapportent les personnes qui animent, pour mieux saisir l’effet de l’intervention dans son ensemble et, si possible, reproduire les résultats dans un essai contrôlé randomisé afin de renforcer encore la base de données probantes de MB. Fait encourageant, de nombreux parents ont dit vouloir garder les amitiés nouées après l’intervention et avoir transposé chez eux les pratiques parentales positives apprises dans le groupe MB. Une recherche longitudinale est toutefois nécessaire pour examiner si et comment ces acquis se maintiennent. Enfin, comme MP, s’adaptant aux circonstances, est passé à une mise en œuvre de ses programmes en ligne (www.mellowparenting.org/online‐programmes/), il serait important d’examiner si les processus clés hors ligne repérés dans ce projet (par exemple le fait de cultiver un sentiment de communauté) sont transférables et vécus par les parents qui participent aux formats d’intervention numériques. Comprendre l’efficacité et les caractéristiques propres des interventions numériques permettrait sans doute d’atteindre, à moindre coût, des parents qui vivent là où aucun groupe en présentiel n’est disponible.
La période périnatale offre une fenêtre d’opportunité critique pour repérer et traiter les difficultés psychosociales par des programmes d’intervention précoce et de prévention fondés sur des données probantes (Parkes et al., 2016). Si ces difficultés ne sont pas prises en charge, elles ont des conséquences importantes et durables non seulement sur la santé mentale des parents, leur capacité parentale et la qualité des interactions parent-nourrisson, mais aussi sur la santé et le développement du nourrisson, avec de possibles effets intergénérationnels. Les présents résultats, qui rassemblent l’expérience de 68 parents ayant terminé le programme MB, font de MB une intervention à la fois accessible et acceptable pour les familles à risque, une population généralement négligée par les interventions de groupe (Smokowski et al., 2018 ; Utting et al., 2007). Guidée par la voix des personnes qui ont l’expérience vécue, cette étude a mis au jour d’autres éléments de MB qui portent un changement positif dans la vie des familles à risque et peuvent servir de leviers pour les aider à renouer avec les services et la communauté plus large. Nos résultats ouvrent des pistes précieuses pour les politiques et les pratiques futures en santé mentale périnatale et du nourrisson, et désignent des domaines où poursuivre la recherche pour comprendre l’efficacité des programmes d’intervention précoce de groupe auprès des familles à risque.
Complexe Systémique : à retenir
Mellow Babies réunit des ingrédients que la clinique systémique connaît bien, mais rarement ensemble : un groupe de pairs, un travail sur l’histoire de chaque parent et une attention directe à l’interaction avec le bébé, filmée et commentée à partir des forces. Ce que disent les parents dessine un changement de contexte plus qu’une technique : on cesse d’être le parent surveillé par les services pour devenir un membre parmi d’autres, et cette place nouvelle se diffuse ensuite vers la fratrie, les grands-parents, l’école, le service social. La séance « Récits de vie » relie explicitement l’enfance du parent à sa manière d’être parent, ce qui rejoint le travail transgénérationnel. Les groupes séparés pour les pères comptent : ils y disent se sentir enfin « vus et entendus ». Deux limites invitent à la prudence : seuls les parents allés au bout ont été interrogés, et la fin du groupe inquiète certains, ce qui pose la question du relais et de la dépendance au dispositif. À lire avec l’étude sur des parents vulnérables qui apprennent à mentaliser, et avec l’essai d’une intervention parent-nourrisson par vidéo-feedback.
Notes de l’original
Liens d’intérêts. Aigli Raouna, Ruaridh Malcolm et Raquib Ibrahim occupaient un emploi salarié chez Mellow Parenting pendant la réalisation de la recherche. AMacB est membre du comité de pilotage du réseau clinique coordonné du NHS Scotland pour la santé mentale périnatale et a reçu des financements du MRC et du CSO pour des projets liés à la santé maternelle et infantile. Aucun brevet, produit en développement ou produit commercialisé n’est à déclarer en lien avec cette recherche.
Remerciements et financement. L’équipe remercie la AIM Foundation pour le financement de ce projet, ainsi que les professionnels de terrain, les services, les parents et leurs bébés qui ont pris part à cette recherche. Des remerciements particuliers vont aux équipes formées à Mellow Parenting du Fife Council, de Barnardo’s Easterhouse, de SureStart Downpatrick, du Central Bedfordshire Council et de l’Enfield Council, qui ont permis le contact avec les parents et animé avec succès les groupes Mellow Babies. Le financement a été attribué à RI au nom de Mellow Parenting Ltd. Aucun numéro de subvention n’a été communiqué. Les financeurs n’ont joué aucun rôle dans la conception de l’étude, la collecte et l’analyse des données, la décision de publier ou la préparation du manuscrit. Aucun autre financement externe n’a été reçu pour cette étude.
Disponibilité des données. Les données qui étayent les résultats de cette étude sont disponibles sur demande raisonnable auprès de la personne chargée de la correspondance.
Références
Bakermans‐Kranenburg, M., Van Ijzendoorn, M., & Juffer, F. (2003). Less is more: Meta‐analyses of sensitivity and attachment interventions in early childhood. Psychological Bulletin, 129(2), 195.https://doi.org/10.1037/0033-2909.129.2.195
Barlow, J., Bergman, H., Kornorr, H., Wei, Y., & Bennett, C. (2016). Group‐based parent training programmes for improving emotional and behavioural adjustment in young children. Cochrane Database Systematic Review, 8, CD003680.https://doi.org/10.1002/14651858.CD003680.pub3
Baumeister, R. F., & Leary, M. R. (1995). The need to belong: Desire for interpersonal attachments as a fundamental human motivation. Psychological Bulletin, 117(3), 497.
Birtwell, B., Hammond, L., & Puckering, C. (2015). ‘Me and my bump’: An interpretative phenomenological analysis of the experiences of pregnancy for vulnerable women. Clinical Child Psychology and Psychiatry, 20(2), 218–238.https://doi.org/10.1177/1359104513506427
Boddy, C. R. (2016). Sample size for qualitative research. Qualitative Market Research: An International Journal, 19(4), 426–432.
Braun, V., & Clarke, V. (2006). Using thematic analysis in psychology. Qualitative Research in Psychology, 3(2), 77–101.
Buston, K., O'Brien, R., Wight, D., & Henderson, M. (2019). The reflective component of the mellow bumps parenting intervention: Implementation, engagement and mechanisms of change. PLoS ONE, 14(4), e0215461.https://doi.org/10.1371/journal.pone.0215461
Butler, J., Gregg, L., Calam, R., & Wittkowski, A. (2020). Parents’ perceptions and experiences of parenting programmes: A systematic review and metasynthesis of the qualitative literature. Clinical Child and Family Psychology Review, 23(2), 176–204.https://doi.org/10.1007/s10567-019-00307-y
Byng‐Hall, J. (2008). The crucial roles of attachment in family therapy. Journal of Family Therapy, 30(2), 129–146.
Cadar, D., Lassale, C., Davies, H., Llewellyn, D. J., Batty, G. D., & Steptoe, A. (2018). Individual and area‐based socioeconomic factors associated with dementia incidence in England: Evidence from a 12‐year follow‐up in the English longitudinal study of ageing. JAMA Psychiatry, 75(7), 723–732.https://doi.org/10.1001/jamapsychiatry.2018.1012
Cunningham, C. E., Bremner, R., & Boyle, M. (1995). Large group community‐based parenting programmes for families of pre‐schoolers at risk for disruptive behaviour disorders: Utilization, cost‐ effectiveness and outcome. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 36, 1141–1159.https://doi.org/10.1111/j.1469-7610.1995.tb01362.x
Darwin, Z., Galdas, P., Hinchliff, S., Littlewood, E., McMillan, D., McGowan, L., & Gilbody, S. (2017). Fathers’ views and experiences of their own mental health during pregnancy and the first postnatal year: A qualitative interview study of men participating in the UK born and bred in yorkshire (BaBY) cohort. BMC Pregnancy and Childbirth, 17(1), 1–15.https://doi.org/10.1186/s12884-017-1229-4
BSI 18: Brief symptom inventory 18: administration, scoring, and procedure manual. MNNCS Pearson; 2001.
Duggan, A. K., Berlin, L. J., Cassidy, J., Burrell, L., & Tandon, S. D. (2009). Examining maternal depression and attachment insecurity as moderators of the impacts of home visiting for at‐risk mothers and infants. Journal of Consulting and Clinical Psychology, 77(4), 788.https://doi.org/10.1037/a0015709
Fereday, J., & Muir‐Cochrane, A. (2006). Demonstrating rigor using thematic analysis: A hybrid approach of inductive and deductive coding and theme development. International Journal of Qualitative Methods, 5(1), 80–92.
Ginsburg, K. R. (2007). The importance of play in promoting healthy child development and maintaining strong parent‐child bonds. Pediatrics, 119(1), 182–191.https://doi.org/10.1542/peds.2006-2697
Goleman, D. (2006). Emotional intelligence: The new science of human relationships. Random House.
Gudkova, S. (2018). Interviewing in qualitative research. In M. Ciesielska, & D. Jemielniak (eds) Qualitative methodologies in organization studies. Cham: Palgrave Macmillan.
January, S. A., Mason, W. A., Savolainen, J., Solomon, S., Chmelka, M. B., & Miettunen, J. (2017). Longitudinal path‐ ways from cumulative contextual risk at birth to school functioning in adolescence: Analysis of mediation effects and gender moderation. J Youth Adolesc, 46(1), 180–96.https://doi.org/10.1007/s10964-016-0560-9
Joffe, H. (2012). In qualitative research methods in mental health and psychotherapy: a guide for students and practitioners. (pp. 209–223) Chichester: Wiley‐Blackwell.
Johnstone, L. (2018). Psychological formulation as an alternative to psychiatric diagnosis. Journal of Humanistic Psychology, 58(1), 30–46.
Jones, C. H., Erjavec, M., Viktor, S., & Hutchings, J. (2016). Outcomes of a comparison study into a group‐based infant parenting programme. Journal of Child and Family Studies, 25(11), 3309–3321.https://doi.org/10.1007/s10826-016-0489-3
Kallio, H., Pietilä, A. M., Johnson, M., & Kangasniemi, M. (2016). Systematic methodological review: Developing a framework for a qualitative semi‐structured interview guide. Journal of Advanced Nursing, 72(12), 2954–2965.https://doi.org/10.1111/jan.13031
Kitzman, H., Olds, D. L., Knudtson, M. D., Cole, R., Anson, E., Smith, J. A., Fishbein, D., DiClemente, R., Wingood, G., Caliendo, A. M., Hopfer, C., Miller, T., & Conti, G. (2019). Prenatal and infancy nurse home visiting and 18‐year outcomes of a randomized trial. Pediatrics, 144(6), e20183876.https://doi.org/10.1542/peds.2018-3876
Lee, S., Aos, S., Drake, E., Pennucci, A., Miller, M., & Anderson, L. (2012). Return on investment: Evidence‐based options to improve state wide outcomes. (Document no. 12‐04‐120). Washington state institute for public policy. Last Accessed, 27 April 2016.
Lever, T., B., Morant, J. M., & Johnson, S. (2018). How do women's partners view perinatal mental health services? A qualitative meta‐synthesis. Clinical Psychology & Psychotherapy, 25(1), 112–129.https://doi.org/10.1002/cpp.2133
Levi, D., Ibrahim, R., Malcolm, R., & MacBeth, A. (2019). Mellow babies and mellow toddlers: Effects on maternal mental health of a group‐based parenting intervention for at‐risk families with young children. Journal of Affective Disorders, 246, 820–827.https://doi.org/10.1016/j.jad.2018.12.120
MacBeth, A., Law, J., Mcgowan, I., Norrie, J., Thompson, L., & Wilson, P. (2015). Mellow parenting: Systematic review and meta‐analysis of an intervention to promote sensitive parenting. Developmental Medicine and Child Neurology, 57(12), 1119–1128.https://doi.org/10.1111/dmcn.12864
Margolin, G., Vickerman, K. A., Oliver, P. H., & Gordis, E. B. (2010). Violence exposure in multiple interpersonal domains: Cumulative and differential effects. Journal of Adolescent Health, 47(2), 198–205.https://doi.org/10.1016/j.jadohealth.2010.01.020
Markin, R. D., & Marmarosh, C. (2010). Application of adult attachment theory to group member transference and the group therapy process. Psychotherapy, 47(1), 111–121.https://doi.org/10.1037/a0018840
Mason, J. (2004). Semistructured interview. In The SAGE encyclopedia of social science research methods. (pp. 1021–1022) SAGE.
McDonald, S., Kehler, H., Bayrampour, H., Fraser‐Lee, N., & Tough, S. (2016). Risk and protective factors in early child development: Results from the All Our Babies (AOB) pregnancy cohort. Research in Developmental Disabilities, 58, 20–30.https://doi.org/10.1016/j.ridd.2016.08.010
McElroy, S., & Hevey, D. (2014). Relationship between adverse early experiences, stressors, psychosocial resources and wellbeing. Child Abuse and Neglect, 38(1), 65–75.https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2013.07.017
Meijer, R. R., de Vries, R. M., & van Bruggen, V. (2011). An evaluation of the Brief Symptom Inventory–18 using item response theory: Which items are most strongly related to psychological distress? Psychological Assessment, 23(1), 193.https://doi.org/10.1037/a0021292
Mytton, J., Ingram, J., Manns, S., & Thomas, J. (2014). Facilitators and barriers to engagement in parenting programs: A qualitative systematic review. Health Education & Behavior, 41(2), 127–137.https://doi.org/10.1177/1090198113485755
Nelson, C. A., Zeanah, C. H., & Fox, N. A. (2019). How early experience shapes human development: The case of psychosocial deprivation. In Neural plasticity (Vol. 2019). Hindawi Limited.https://doi.org/10.1155/2019/1676285
Nowell, L. S., Norris, J. M., White, D. E., & Moules, N. J. (2017). Thematic analysis: Striving to meet the trustworthiness criteria. International Journal of Qualitative Methods, 16(1), 1609406917733847.
Olds, D. L., Kitzman, H., Anson, E., Smith, J. A., Knudtson, M. D., Miller, T., & Conti, G. (2019). Prenatal and infancy nurse home visiting effects on mothers: 18‐year follow‐up of a randomized trial. Pediatrics, 144(6), e20183889.https://doi.org/10.1542/peds.2018-3889
Page, T. (2011). Applications of attachment theory to group interventions: A secure base in adulthood. In S. Bennett, & J. Nelson (eds) Adult attachment in clinical social work. Essential clinical social work series. Springer.
Panter‐Brick, C., Burgess, A., Eggerman, M., McAllister, F., Pruett, K., & Leckman, J. F. (2014). Practitioner review: Engaging fathers–recommendations for a game change in parenting interventions based on a systematic review of the global evidence. Journal of Child Psychology and Psychiatry, 55(11), 1187–1212.https://doi.org/10.1111/jcpp.12280
Parkes, A., Sweeting, H., & Wight, D. (2016). What shapes 7‐year‐olds’ subjective well‐being? Prospective analysis of early childhood and parenting using the growing up in Scotland study. Social psychiatry and psychiatric epidemiology, 51(10), 1417–1428.https://doi.org/10.1007/s00127-016-1246-z
A pragmatic view on pragmatic trials. Dialogues in Clinical Neuroscience. 2011;13(2):217. https://doi.org/10.31887/DCNS.2011.13.2/npatsopoulos.
Pinquart, M., & Teubert, D. (2010). Effects of parenting education with expectant and new parents: A meta‐analysis. Journal of Family Psychology, 24(3), 316–327.https://doi.org/10.1037/a0019691
Platt, D., & Riches, K. (2016). Assessing parental capacity to change: The missing jigsaw piece in the assessment of a child's welfare? Children and Youth Services Review, 61, 141–148.
Playford, C. J., Dibben, C., & Williamson, L. (2017). Socioeconomic disadvantage, fetal environment and child development: linked Scottish administrative records based study. International Journal for Equity in Health, 16(1), 203.https://doi.org/10.1186/s12939-017-0698-4
Potharst, E. S., Zeegers, M., & Bögels, S. M. (2018). Mindful with your toddler group training: feasibility, acceptability, and effects on subjective and objective measures, Mindfulness, 12(2), 489–503.
Puckering, C., Evans, J., Maddox, H., Mills, M., & Cox, A. D. (1996). Taking control: A single case study of mellow parenting. Clinical Child Psychology and Psychiatry, 1(4), 539–550.
Puckering, C., McIntosh, E., Hickey, A., & Longford, J. (2010). Mellow babies: A group intervention for infants and mothers experiencing postnatal depression. Counseling Psychological Review, 25(1), 28–40.
Raouna, A., Malcolm, R., Ibrahim, R., & MacBeth, A. (2021). Promoting sensitive parenting in ‘At‐Risk’ mothers and fathers: A UK‐wide outcome study of mellow babies. PLoS ONE, 16(2), e0245226.https://doi.org/10.1371/journal.pone.0245226
Rayce, S. B., Rasmussen, I. S., Klest, S. K., Patras, J., & Pontoppidan, M. (2017). Effects of parenting interventions for at‐risk parents with infants: A systematic review and meta‐analyses. BMJ Open, 7(12), e015707.https://doi.org/10.1136/bmjopen-2016-015707
Recklitis, C. J., Parsons, S. K., Shih, M. C., Mertens, A., Robison, L. L., & Zeltzer, L. (2016). Factor structure of the brief symptom inventory—18 in adult survivors of childhood cancer: Results from the childhood cancer survivor study. Psychological Assessment, 18(1), 22.https://doi.org/10.1037/1040-3590.18.1.22
Redhead, S., Johnstone, L., & Nightingale, J. (2015). Clients’ experiences of formulation in cognitive behaviour therapy. Psychology and Psychotherapy: Theory, Research and Practice, 88(4), 453–467.https://doi.org/10.1111/papt.12054
Reupert, A., & Maybery, D. (2016). What do we know about families where parents have a mental illness? A systematic review. Child & Youth Services, 37(2), 98–111.
Ruane, A., Carr, A., & Moffat, V. (2019). A qualitative study of parents’ and facilitators’ experiences of group stepping stones triple p for parents of children with disabilities. Clinical Child Psychology and Psychiatry, 24(4), 694–711.https://doi.org/10.1177/1359104518807265
Schermerhorn, A. C., Cummings, E. M., & Davies, P. T. (2008). Children's representations of multiple family relationships: Organizational structure and development in early childhood. Journal of Family Psychology, 22(1), pp.89–101.https://doi.org/10.1037/0893-3200.22.1.89
Schoon, I., & Melis, G. (2019). Intergenerational transmission of family adversity: Examining constellations of risk factors. PLoS ONE, 14(4), e0214801.https://doi.org/10.1371/journal.pone.0214801
Sicouri, G., Tully, L., Collins, D., Burn, M., Sargeant, K., Frick, P., Anderson, V., Hawes, D., Kimonis, E., Moul, C., Lenroot, R., & Dadds, M. (2018). Toward father‐friendly parenting interventions: A qualitative study. Australian and New Zealand Journal of Family Therapy, 39(2), 218–231.https://doi.org/10.1002/anzf.1307
Smith, M. S., Lawrence, V., Sadler, E., & Easter, A. (2019). Barriers to accessing mental health services for women with perinatal mental illness: Systematic review and meta‐synthesis of qualitative studies in the UK. BMJ Open, 9(1), e024803.https://doi.org/10.1136/bmjopen-2018-024803
Smokowski, P., Corona, R., & Bacallao, M. (2018). Addressing barriers to recruitment and retention in the implementation of parenting programs: Lessons learned for effective program delivery in rural and urban areas. Journal of Childhood and Family Studies, 27, 2925–2942.https://doi.org/10.1007/s10826-018-1139-8
Speidel, R., Wang, L., Cummings, E. M., & Valentino, K. (2020). Longitudinal pathways of family influence on child self‐regulation: The roles of parenting, family expressiveness, and maternal sensitive guidance in the context of child maltreatment. Developmental Psychology, 56(3), 608–622.https://doi.org/10.1037/dev0000782
Stein, A., Pearson, R. M., Goodman, S. H., Rapa, E., Rahman, A., McCallum, M., Howard, L. M., & Pariante, C. M. (2014). Effects of perinatal mental disorders on the fetus and child. The Lancet, 384(9956), 1800–19.https://doi.org/10.1016/S0140-6736(14)61277-0
Sweet, M. A., & Appelbaum, M. I. (2004). Is home visiting an effective strategy? A review of home visiting programs for families with young children. Child Development, 75, 1435–1456.https://doi.org/10.1111/j.1467-8624.2004.00750.x
Thomson, P., & Jaque, S. V. (2017). Adverse childhood experiences (ACE) and adult attachment interview (AAI) in a non‐clinical population. Child Abuse & Neglect, 70, 255–263.https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2017.06.001
Utting, D., Monteiro, H., & Ghate, D. (2007). Interventions for children at risk of developing antisocial personality disorder. London, UK: Policy Research Bureau.
Webb, R., Uddin, N., Ford, E., Easter, A., Shakespeare, J., Roberts, N., & Williams, L. R. (2021). Barriers and facilitators to implementing perinatal mental health care in health and social care settings: A systematic review. The Lancet Psychiatry, 8(6), 521–534.https://doi.org/10.1016/S2215-0366(20)30467-3
Whittaker, K. A., & Cowley, S. (2012). An effective programme is not enough: A review of factors associated with poor attendance and engagement with parenting support programmes. Children & Society, 26(2), 138–149.
Williams, P. (2019). First 1000 days of life thirteenth report of Session 2017–19 Report, together with formal minutes relating to the report. Retrieved 13 November, 2020, from: www.parliament.uk/copyright
Wilson, P., Rush, R., Hussey, S., Puckering, C., Sim, F., Allely, C. S., Doku, P., McConnachie, A., & Gillberg, C. (2012). How evidence‐based is an ‘evidence‐based parenting program’? A PRISMA systematic review and meta‐analysis of triple P. BMC medicine, 10(1), 130.https://doi.org/10.1186/1741-7015-10-130
Traduction non officielle en français de « Il y a plus d’amour entre nous » : l’expérience des parents qui ont suivi Mellow Babies, un programme d’intervention précoce ciblé pour les parents et leurs bébés, par Ciera Davidson, Aigli Raouna, Ruaridh Malcolm, Raquib Ibrahim et Angus MacBeth, Infant Mental Health Journal, vol. 44, no 1, p. 100-116 (2023), doi : 10.1002/imhj.22029, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « “There's more love between us”: The parental experience of attending Mellow Babies, a targeted, early intervention program for parents and their babies », publié dans Infant Mental Health Journal (2023) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Davidson, C., Raouna, A., Malcolm, R., Ibrahim, R., et MacBeth, A. (2023). « Il y a plus d’amour entre nous » : l’expérience des parents qui ont suivi Mellow Babies, un programme d’intervention précoce ciblé pour les parents et leurs bébés (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/il-y-a-plus-d-amour-entre-nous-l-experience-des-parents-ayant-suivi-mellow-babies (Œuvre originale publiée en 2022 dans Infant Mental Health Journal, 44(1), 100-116 (2023) ; republiée en 2023 par Infant Mental Health Journal, https://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/imhj.22029)
Pour aller plus loin