Cette version a été traduite de l'anglais par Complexe Systémique avec l'aide de l'intelligence artificielle. En cas de doute, la version originale fait foi.
Social Sciences · Protection de l’enfance
En Suisse, l’ouverture d’une procédure devant l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte est d’abord vécue comme une menace pour l’intégrité parentale. À partir d’entretiens avec dix parents, Aline Schoch et Gaëlle Aeby montrent comment les parents se défendent de cette blessure, et ce qui leur permet de participer : un soutien rapide, une prise sur le rythme de la procédure, des mesures négociées.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’ambivalence dans les procédures de protection de l’enfance : le regard des parents sur leurs interactions avec les autorités de protection de l’enfance, par Aline Schoch et Gaëlle Aeby, publié dans Social Sciences (MDPI) (2022), doi : 10.3390/socsci11080329, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le tableau 1 est présenté sous forme de liste ; les déclarations de fin d’article sont regroupées dans les notes. Le sigle anglais CAPA est rendu par APEA, l’appellation officielle de l’autorité en Suisse romande. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Instaurer la confiance, reconnaître l’expertise des parents et prendre en compte leurs besoins sont des clés pour rétablir l’intégrité parentale.
Aline Schoch et Gaëlle Aeby
Résumé
La protection de l’enfance est un champ marqué par des tensions et une ambivalence intrinsèques, liées à l’intervention de l’État dans la sphère familiale et à un double mandat d’aide et de contrôle. Cet article porte sur la participation des parents aux procédures de protection de l’enfance ordonnées par l’autorité et sur l’ambivalence qu’ils éprouvent dans leurs interactions avec l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte en Suisse (APEA). Il s’agit d’explorer ce que les parents considèrent comme entravant ou favorisant, dans leurs interactions avec l’APEA, leur pleine participation aux procédures de protection de l’enfance. L’article s’appuie sur un vaste projet de recherche interdisciplinaire comprenant des cas étudiés selon plusieurs perspectives, recueillis dans quatre cantons suisses, et se concentre sur des entretiens approfondis avec dix parents de naissance. Les résultats montrent que l’ambivalence est inhérente aux interactions entre les parents et l’APEA, car la simple ouverture d’une procédure de protection de l’enfance est vécue comme une menace pour l’intégrité des parents. Instaurer la confiance, reconnaître l’expertise des parents et prendre en compte leurs besoins sont des clés pour rétablir l’intégrité parentale, qui semble être une condition préalable fondamentale pour réduire l’ambivalence et renforcer la participation aux procédures de protection de l’enfance.
Mots-clés : protection de l’enfance, parents, ambivalence, reconnaissance, participation, intégrité
Le champ de la protection de l’enfance a longtemps considéré les pratiques et les politiques de protection de l’enfance comme de simples réponses à la maltraitance et à la négligence envers les enfants ; il s’éloigne depuis peu de cette vision et reconnaît que ces pratiques et ces politiques ont leurs propres dynamiques et déterminations (Parton 2022), susceptibles de produire des tensions et une ambivalence intrinsèques à différents niveaux. Ces tensions fondamentales tiennent au fait que les autorités de protection de l’enfance ont un double mandat apparemment contradictoire d’aide et de contrôle (Böhnisch et Lösch 1973 ; Featherstone et al. 2014 ; Mitchell 2022) ou, en d’autres termes, d’aide et d’intervention. Les autorités ont ainsi le devoir d’intervenir dans les familles en recourant à des mesures potentiellement contraignantes et en restreignant les droits parentaux, afin de protéger les enfants de la maltraitance et de la négligence et de garantir leur bien-être. De nombreuses études indiquent qu’associer les familles aux procédures de protection de l’enfance suscite, chez les parents comme chez les enfants, des expériences et des émotions ambivalentes mais différenciées. Les interventions de protection de l’enfance peuvent faire naître des sentiments négatifs comme la peur, la honte, la stigmatisation, l’impuissance, le sentiment de manque de respect ou la colère, mais aussi des sentiments positifs (Bekaert et al. 2021 ; Cossar et al. 2016 ; Dale 2004 ; Dillon et al. 2016 ; Dumbrill 2006 ; Featherstone et al. 2014 ; Gibson 2019 ; Petersen 2018 ; Wolff et al. 2016 ; Quick et Scott 2019). Des éléments positifs comme la confiance, le dialogue, le soutien et le respect sont des aspects relationnels très importants pour favoriser des expériences positives, comme l’indique la littérature disponible (Arbeiter et Toros 2017 ; Bekaert et al. 2021 ; Dumbrill 2006 ; Featherstone et al. 2014 ; Gallagher et al. 2012 ; Husby et al. 2018 ; Höjer 2011 ; Rüegger et al. 2021). Il a été montré que les expériences positives aident à engager les parents, ce qui est fondamental pour obtenir des résultats positifs des interventions de protection de l’enfance (Gibson 2019 ; Arbeiter et Toros 2017). Par ailleurs, les sentiments ambivalents des parents sont compréhensibles, car l’intervention de l’État dans la sphère familiale privée a lieu dans un contexte de difficultés familiales préexistantes et peut avoir sur la vie de chaque membre de la famille un impact biographique majeur, durable et imprévisible.
Dans ce contexte complexe, les autorités de protection de l’enfance doivent garantir le droit de participer des personnes concernées, parents comme enfants. Healy et Darlington (2009, p. 420) problématisent la notion de participation comme le fait de « travailler avec » la personne suivie et, en même temps, l’obligation pour les équipes de protection de l’enfance d’exercer, si nécessaire, un pouvoir contraire aux souhaits de cette personne. Cela montre que les parents se trouvent dans une position (décisionnelle) moins puissante que les équipes professionnelles de la protection de l’enfance (Featherstone et al. 2014). Il en résulte un conflit dès lors qu’on comprend la participation comme un processus délibératif (Habermas 1981) et qu’on affirme que des décisions légitimes ne peuvent être prises qu’en délibérant d’égal à égal avec les personnes concernées (Willumsen et Skivenes 2005). La tension structurelle de la participation dans un contexte de contrainte potentielle est inhérente à la protection de l’enfance ordonnée par l’autorité et constitue un défi considérable. Healy et Darlington (2009, pp. 421–22) ont constaté que les tensions inhérentes aux situations de protection de l’enfance s’enracinent dans les multiples rôles et statuts des parents, « en tant que personnes qui prennent soin, citoyens titulaires de droits et sujets d’allégations de mise en danger d’enfant ». Comme nous le soutiendrons, la sociologie de l’ambivalence s’empare de la question des rôles et fournit des explications éclairantes pour comprendre l’ambivalence ancrée dans les interactions des procédures de protection de l’enfance. Le concept d’ambivalence sociologique a été utilisé dans le champ des relations familiales, en particulier pour étudier les relations et les rôles intergénérationnels (Aeby et al. 2021 ; Connidis 2015 ; Connidis et McMullin 2002 ; Lüscher 2002 ; Lüscher et Pillemer 1998 ; Hillcoat-Nallétamby et Phillips 2011 ; Rappoport et Lowenstein 2007 ; Willson et al. 2003), mais il n’a pas été appliqué au champ de la protection de l’enfance (à l’exception notable d’une étude récente de Järvinen et Luckow (2020) sur le placement familial). Si la recherche a relevé l’ambivalence organisationnelle et les tensions qui traversent le champ de la protection de l’enfance, elle a surtout mobilisé, pour les expliquer, des concepts issus de la théorie de la bureaucratie de guichet (street-level bureaucracy) de Lipsky (1980) (Koch et al. 2019). Si cette approche est utile, en particulier pour comprendre le point de vue du personnel professionnel, le concept d’ambivalence offre une perspective complémentaire et nécessaire pour considérer les interactions effectives entre les acteurs (les parents) et leur inscription dans un contexte social plus large (ancrée dans la théorie des configurations de Norbert Elias (1983) ; voir aussi Hillcoat-Nallétamby et Phillips 2011).
Cet article se concentre sur les parents et sur leur point de vue, car on sait peu de chose de la manière dont ils vivent leurs interactions effectives avec les autorités suisses de protection de l’enfance (Biesel et al. 2017 ; Schoch et al. 2020). Nous décrivons d’abord brièvement le contexte suisse, puis discutons le concept d’ambivalence et son applicabilité au champ de la protection de l’enfance. Après avoir précisé notre démarche méthodologique, nous présentons les résultats de notre analyse qualitative des données et explorons les sentiments ambivalents des parents impliqués dans des procédures de protection de l’enfance ordonnées par l’autorité, ainsi que leurs stratégies pour interagir avec les autorités. Enfin, nous discutons des interactions que les parents jugent favorables ou défavorables à leur participation aux procédures.
En Suisse, l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA) est un organe décisionnel de type judiciaire saisi lorsqu’un signalement de mise en danger est déposé en cas de suspicion de maltraitance ou de négligence envers un enfant. L’APEA est chargée de conduire les procédures de protection de l’enfance, ce qui implique d’évaluer le bien-être de l’enfant (ou de mandater un service social pour le faire), de rencontrer les personnes concernées dans le cadre d’auditions formelles et de prendre des décisions de protection de l’enfance en vertu du droit civil fédéral suisse (Schnurr 2017 ; Schoch et al. 2020). Selon le système fédéraliste suisse, l’organisation de l’APEA ainsi que tous les autres services de soutien en protection de l’enfance relèvent de la compétence des cantons. Le système suisse de protection de l’enfance ressemble ainsi plutôt à une mosaïque de 26 régimes cantonaux (Jud et Knüsel 2019 ; Schnurr 2017). En général, pendant les procédures de protection de l’enfance, l’APEA applique le principe de la responsabilité sans faute en se concentrant sur le bien-être de l’enfant. Lorsqu’elle choisit une mesure de protection de l’enfant, l’APEA doit tenir compte des principes de proportionnalité (aussi peu d’intervention que possible, mais autant que nécessaire pour garantir le bien-être de l’enfant), de complémentarité (compléter l’action des parents, sans reprendre les responsabilités qu’ils sont en mesure d’assumer) et de subsidiarité (reprendre les tâches non accomplies par les parents pour garantir le bien-être de l’enfant) (Fassbind 2016 ; Schnurr 2017).
Il est cependant essentiel de préciser que, selon le Code civil suisse, l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte n’est habilitée à ordonner des mesures de protection de l’enfant, et donc à intervenir dans la famille, que si les parents ne peuvent pas ou ne veulent pas remédier aux situations de mise en danger repérées. Indépendamment de la protection de l’enfance ordonnée par l’autorité, des organismes sociaux comme les services sociaux généraux ou les services à l’enfance proposent des conseils ou facilitent l’accès à des services de soutien non contraints pour les familles et les enfants. On parle souvent, à ce propos, du volet « volontaire » du système suisse de protection de l’enfance. Ces services (comme, par exemple, les écoles ou n’importe quelle personne) peuvent déposer un signalement de mise en danger si le bien-être de l’enfant semble menacé (Rosch et Hauri 2016). Le suivi « volontaire » d’une famille par des services de soutien peut ainsi basculer vers une procédure (non volontaire) de protection de l’enfance conduite par l’APEA. Pour les parents, les frontières entre ces deux types de services de protection de l’enfance paraissent souvent assez floues (Koch et al. 2019 ; Koch et Schoch 2022 ; Schnurr 2017).
L’ambivalence peut se définir comme la coexistence durable de dimensions positives et négatives au sein d’une même relation (Lüscher 2002). Connidis et McMullin (2002) ont conceptualisé l’ambivalence comme des contradictions socialement structurées qui se manifestent dans l’interaction. La sociologie de l’ambivalence se concentre donc sur l’ambivalence qu’une personne peut éprouver dans les interactions sociales, et non sur l’ambivalence intrapersonnelle qu’elle peut ressentir au sens psychologique. L’ambivalence sociologique naît d’« attentes normatives incompatibles d’attitudes, de croyances et de comportements assignés à un statut » et « renvoie à des tendances normatives opposées dans la définition sociale d’un rôle » (Merton et Barber 1976, pp. 10, 12). Des normes et des contre-normes potentiellement conflictuelles sont inscrites dans la définition sociale d’un rôle et ménagent l’éventail des comportements normativement acceptables pour remplir différentes fonctions (Merton et Barber 1976, pp. 17–19). Par exemple, le rôle de médecin exige « une oscillation des comportements : entre détachement [affectif] et compassion, discipline et permissivité, traitement personnel et impersonnel » (Merton et Barber 1976, p. 8). L’ambivalence est donc inhérente à chaque rôle et peut se comprendre comme un « conflit dans des situations régulières et dans la structure sociale » (Merton et Barber 1976, p. 19). Dès lors, la relation entre « professionnels » et prétendus « clients », comme celle d’un ou d’une médecin avec sa patientèle, doit aussi être comprise comme structurellement ambivalente (Merton et Barber 1976, p. 19).
Il existe aussi des sources externes et structurelles d’ambivalence à l’égard d’un rôle. Pour le champ de la protection de l’enfance, la plus importante est le contexte social de l’interaction entre client et professionnel, caractérisé par un déséquilibre de pouvoir en faveur du pôle professionnel, c’est-à-dire des membres de l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA), qui détiennent le pouvoir de décision et disposent de connaissances spécialisées sur le bien-être de l’enfant. Les « clients » sont ici des parents qui ont le sentiment d’être perçus comme défaillants aux yeux de l’autorité (Quick et Scott 2019, p. 486) et que l’on soupçonne d’avoir des problèmes et un besoin de soutien. La relation entre parents et spécialistes se caractérise donc par une anxiété de fond chez les parents, enracinée dans l’incertitude sur « où en sont vraiment les choses » et sur l’issue de la procédure (Merton et Barber 1976, p. 23). Cela s’applique très bien au contexte des procédures de protection de l’enfance, dans lesquelles des mesures contraignantes peuvent être décidées si les spécialistes les jugent nécessaires pour garantir ou rétablir le bien-être de l’enfant. Par ailleurs, les parents peuvent espérer être rassurés et aidés par les « connaissances spécialisées » des spécialistes (Merton et Barber 1976, pp. 27–28). L’autorité ou la position de pouvoir des spécialistes peut renforcer l’anxiété des parents, car ces connaissances spécialisées créent une dépendance envers ces spécialistes pour résoudre leur problème. Un bon exemple en est la connaissance spécialisée qu’a l’autorité des différentes mesures et des offres de soutien existant dans la région, que les parents ont peu de chances de connaître. Certaines personnes ont aussi honte de ne pas pouvoir résoudre leurs problèmes par elles-mêmes et d’avoir besoin d’une aide professionnelle. Les sentiments ambivalents des parents sont encore alimentés par le fait que, contrairement à une clientèle commerciale, ils ne peuvent généralement pas quitter facilement la relation entre client et professionnel. Ainsi, dans le cas des procédures de protection de l’enfance ordonnées par l’autorité, où la coopération entre les parents et l’autorité est obligatoire et où des mesures de protection contraignantes peuvent être prises, les sentiments ambivalents peuvent s’accroître encore. De plus, la relation s’accompagne de la crainte, chez le parent, de ne pas être à la hauteur des attentes des spécialistes quant à la manière d’agir. Les parents peuvent se sentir frustrés par les spécialistes, voire leur être hostiles, car ces spécialistes peuvent leur demander de renoncer à des habitudes et à des pratiques ou de révéler des informations privées sur des actes potentiellement honteux. Cela peut porter atteinte à l’estime de soi du parent. L’autorité des spécialistes peut donc susciter chez le parent des sentiments ambivalents, oscillant entre respect, admiration, amour d’une part, et peur, haine et mépris d’autre part (Merton et Barber 1976, pp. 19–28).
Les questions de pouvoir sont en effet cruciales pour comprendre les tensions et l’ambivalence qui naissent des interactions. Même lorsqu’ils occupent une position structurellement plus faible, les parents et les enfants doivent être compris comme des acteurs sociaux actifs, dont la capacité d’agir dépend des caractéristiques plus ou moins habilitantes ou contraignantes des structures sociales (Duncan 2019 ; Raithelhuber et Schröer 2018 ; Schoch et al. 2020). Pour citer Connidis et McMullin (2002, p. 558) : « L’ambivalence est un concept particulièrement utile lorsqu’elle s’inscrit dans un cadre théorique qui considère la structure sociale comme un ensemble de relations sociales structurées, et les individus comme des acteurs qui exercent leur capacité d’agir en négociant leurs relations dans les contraintes de la structure sociale ».
Cet aspect relationnel fait écho à la théorie de la reconnaissance d’Honneth (1995) et à ses trois axes de reconnaissance, qui peuvent s’appliquer à la relation entre spécialistes et parents dans le contexte des procédures de protection de l’enfance, comme l’a montré un article antérieur (Schoch et al. 2020). (1) L’axe de l’amour est lié aux expériences d’amour dans les relations proches, par exemple dans le couple, entre membres de la famille ou dans l’amitié, qui fondent la confiance en soi. Les expériences de violence seraient le signe d’un défaut de reconnaissance sur cet axe ; elles renvoient à des interactions dans lesquelles des personnes manquent d’empathie réelle et d’égard pour les sentiments d’autrui. (2) La reconnaissance sur l’axe du droit se réalise si les individus ont des droits et sont traités de manière égale, ce qui est une source de respect de soi. Si des individus sont exclus de certains droits, cet axe de reconnaissance est bafoué. Dans cette perspective, les droits doivent être activement garantis à toutes les personnes concernées pendant les procédures de protection de l’enfance. (3) La reconnaissance sur l’axe de la solidarité peut être vécue lorsque les opinions, les rôles, le statut, les attitudes ou les compétences d’autrui sont respectés, ce qui renforce l’estime de soi. Le contraire de la reconnaissance sous forme de solidarité est vécu sous forme de honte, de dénigrement ou de perte d’honneur. Cela suppose de reconnaître les différents rôles des parents, leur expertise et leurs opinions divergentes, même si des mesures de protection de l’enfant peuvent être nécessaires. Les expériences de mépris sur ces axes de reconnaissance peuvent conduire à la résistance sociale, au conflit et à la lutte des individus pour une reconnaissance qui rétablisse la dignité perdue.
La théorie de la reconnaissance peut être une approche stimulante pour définir et établir l’intégrité dans les interactions sociales. L’intégrité peut se définir de manière générale comme un état d’intégrité physique et psychique, ainsi que comme la possibilité et la capacité d’atteindre des buts que l’on s’est soi-même fixés (Becker-Lenz et Müller-Hermann 2013, p. 212). Dès lors, si des parents ou des enfants vivent, au cours d’une procédure de protection de l’enfance, un mépris de la reconnaissance sociale sous l’une des formes évoquées plus haut (par exemple une violence psychologique, un non-respect de leurs droits ou de leurs rôles, ou un sentiment de honte), on peut y voir une atteinte à leur intégrité. En outre, le sentiment de ne pas être vraiment écouté ou un manque d’empathie au moment de formuler une opinion restreint la capacité d’une personne à définir ou à atteindre ses propres buts, et limite donc son intégrité. Nous proposons par conséquent d’articuler la sociologie de l’ambivalence, la théorie de la reconnaissance et le concept d’intégrité pour analyser le point de vue des parents sur leurs interactions avec les autorités de protection de l’enfance.
Nos données proviennent d’un projet de recherche interdisciplinaire intitulé « Intégrité, autonomie et participation : comment les enfants et les parents vivent-ils les procédures des autorités de protection de l’enfant et de l’adulte ? ». L’étude empirique comprenait trois volets : un volet qualitatif, avec des observations participantes d’auditions conduites par l’APEA en 2019 (1a) et des entretiens par cas selon plusieurs perspectives en 2019 et 2020 (1b), une enquête quantitative en ligne en 2021 et 2022 (2), et des groupes de discussion en 2022 (3). Pour cet article, nous avons utilisé uniquement les données du volet 1b (entretiens). Notre méthode de recueil des données reposait sur la méthode du travail de cas multiperspectif, bien connue en travail social (Müller 2017). Elle consiste à intégrer toutes les perspectives, à savoir celles des parents, des enfants et des membres de l’APEA, afin de contextualiser et de relier les expériences subjectives. Les entretiens semi-directifs ont été menés par des personnes de l’équipe de recherche ayant l’expérience et la formation spécialisée du travail avec des populations traumatisées (Gorin et al. 2008, p. 280). Le recrutement a été réalisé en partenariat avec deux APEA de Suisse alémanique et deux APEA de Suisse romande.
Les données de dix cas ont été recueillies dans l’étude, comprenant au minimum le point de vue d’un membre de l’APEA et celui d’un membre de la famille, parent ou enfant (1b). Les deux conditions d’inclusion étaient qu’une décision ait déjà été prise, pour ne pas interférer avec le processus de décision, et que la dernière décision (car il y a souvent plusieurs décisions successives) ait été prise au cours de l’année précédente, pour éviter les biais de mémoire et permettre aux personnes participantes de réfléchir à l’ensemble du processus. Cet article repose toutefois sur un sous-ensemble de sept cas, car trois cas ne comprenaient pas le point de vue des parents (voir tableau 1).
Tableau 1 — Cas retenus et entretiens réalisés
Pour chaque cas : entretiens avec les parents, autres entretiens, origine du signalement.
Dans deux cas, les parents n’étaient plus présents dans la vie de leur ou leurs enfants (un enfant dont le père était décédé et la mère vivait à l’étranger ; un enfant laissé à la garde d’un membre de la parenté devenu sa famille d’accueil). Dans le troisième cas, nous n’avons pas pu organiser d’entretien avec les parents en raison du début de la pandémie de COVID-19. Ces sept cas nous ont permis de réaliser au total neuf entretiens avec dix parents de naissance (six mères, quatre pères). Le nombre plus élevé de participantes reflète la place centrale accordée aux mères en protection de l’enfance (Brandon et al. 2019). Nous avons retenu des familles en situation de mise en danger d’enfant, à l’exclusion des seuls conflits portant sur le droit de visite. Aucun cas d’abus sexuel n’est représenté dans l’échantillon. Le recrutement par l’intermédiaire de l’APEA a probablement entraîné un biais de sélection en faveur de situations plus simples. Il est en effet probable que les parents perçus comme peu coopératifs ou très insatisfaits aient eu moins de chances d’être sollicités et moins envie de participer à notre étude. Le fait que le signalement de mise en danger émane principalement des parents eux-mêmes semble appuyer cette hypothèse d’un biais de sélection. De fait, dans tous les cas sauf un, les parents ont dit s’être adressés eux-mêmes à l’APEA pour obtenir un soutien dans des situations familiales conflictuelles, même lorsque cette démarche s’est faite en parallèle d’un signalement par un tiers (trois cas). Dans un seul cas (C3), les parents ont été signalés uniquement par un tiers. Néanmoins, même en cas d’autosignalement, il y a souvent une personne professionnelle au courant de la situation familiale qui conseille aux parents de le faire (par exemple une personne enseignante dans le cas C7). Il est donc probable que tous les parents n’aient pas été intrinsèquement motivés à s’adresser volontairement à l’APEA, mais plutôt poussés par la menace que des tiers le fassent à leur place (Koch et Schoch 2022). Tous les entretiens ont été enregistrés et transcrits mot pour mot, à l’exception d’un entretien pour lequel des notes ont été prises, le parent ayant refusé l’enregistrement.
Le devis d’étude de cas multiperspectif utilisé dans cette étude est adapté d’une approche d’analyse des situations graves ou mortelles en protection de l’enfance, connue sous le nom de laboratoire de cas dialogique-systémique (Biesel et Wolff 2013). Nous avons analysé les données d’entretien en deux étapes : une première approche reconstructive, fondée sur la procédure intégrative d’analyse reconstructive (Kruse et al. 2011), a été appliquée à deux cas complets et à toutes les personnes interrogées dans ces cas (enfants, parents et membres de l’APEA). Dans cette première étape d’analyse, nous avons reconstruit le sens du cas particulier et repéré les configurations et les thèmes récurrents rapportés par les parents. Sur la base de ces connaissances, la deuxième étape d’analyse a consisté à mener une analyse d’inspiration thématique (Braun et Clarke 2006) sur l’ensemble des cas. L’analyse thématique vise à repérer dans les données des thèmes ou des configurations importants au regard de la question de recherche. Comme stratégie de cadrage, avec une perspective éclairée par la théorie mais ouverte (Braun et Clarke 2006), nous avons porté notre attention sur les configurations récurrentes des interactions entre les parents et les membres de l’APEA dans lesquelles les personnes interrogées disaient avoir vécu une participation entravée ou favorisée au cours de la procédure de protection de l’enfance (une approche déductive ouverte). Cette stratégie d’analyse nous a permis de rester au plus près des données, en repérant les thèmes selon la définition de leur caractère « clé » (keyness) (Braun et Clarke 2006, p. 82).
La plupart des parents ne savaient pas clairement si leur décision de déposer un signalement de mise en danger relevait d’une motivation intrinsèque ou d’une motivation extrinsèque, liée à la menace que d’autres personnes le fassent à leur place. Cela renvoie à la première ambivalence structurelle du champ, celle de l’aide et du contrôle : dès que l’APEA reçoit un signalement de mise en danger (déposé par un parent et/ou par un tiers comme l’école, un service social ou une personne privée), les parents sont légalement tenus de coopérer à l’évaluation et, si nécessaire, d’accepter des mesures de protection de l’enfant.
L’intervention de l’APEA est d’abord interprétée par les parents interrogés comme le signe que les parents en général ont dû perdre le « contrôle » (C2) de la situation, ou que quelque chose « n’allait vraiment pas » (C5) dans le système familial. Certains parents évoquent la difficulté de perdre le contrôle et la maîtrise de la situation, et disent être passés par un processus intérieur consistant à reconnaître qu’ils n’étaient pas en mesure de soutenir suffisamment leurs enfants, à admettre qu’ils se sentaient incapables de résoudre seuls leurs difficultés et qu’ils avaient besoin de soutien. Dans ce contexte d’escalade, l’APEA était généralement vue comme une solution de dernier recours, « la dernière chance » (C5) d’éviter un placement hors du foyer (en cas de demande volontaire), ou comme une impasse (en cas de signalement par un tiers).
Si les parents eux-mêmes disent avoir été, à certains moments, contents que l’APEA intervienne, leur contact avec elle s’accompagnait sans exception d’ambivalence : ils éprouvaient des sentiments qui oscillaient à la fois entre le négatif et le positif. Tous les parents rapportent, à des degrés divers et à différentes étapes, avoir aussi été sceptiques, méfiants ou inquiets à l’égard de l’APEA. Les parents disent en outre avoir vécu non seulement du soutien, mais aussi de forts sentiments négatifs comme le doute de soi, les reproches envers soi-même et/ou la honte de dépendre d’une aide extérieure. Ces thèmes apparaissaient souvent de manière implicite ou sous une forme négative, comme dans la citation suivante :
« Il ne s’agit pas de mon orgueil blessé : est-ce que j’ai échoué comme mère ? Même si deux s’en sont bien sortis et que le troisième, là, euh, dépasse un peu les bornes, euh, oui, si on arrive à prendre de la hauteur par rapport à ça, alors, je pense, le contact avec l’APEA est bon. »
(C4)
Une mère dit explicitement que l’expérience la plus douloureuse de la procédure de protection de l’enfance a été d’avoir le sentiment d’être perçue par l’APEA comme une mauvaise mère, comme une menace pour son propre enfant (C3). Fait intéressant, tous les parents interrogés abordent la question d’être potentiellement soupçonnés d’être une figure parentale indifférente, nuisible ou mauvaise. Une autre mère décrit explicitement l’intervention de l’APEA comme « humiliante », parce qu’en tant que mère on souhaite tout avoir « sous contrôle » et on voudrait « bien faire les choses » (C2). Certains parents ont dit trouver épuisant, voire humiliant, de devoir révéler à plusieurs reprises des informations privées, comme leurs difficultés familiales, devant différentes personnes professionnelles au cours de la procédure, et parfois aussi devant le personnel de services volontaires consultés avant la procédure.
Quel que soit le contexte ou la particularité du cas, tous les parents interrogés évoquent la remise en question de leur rôle parental. Celle-ci est vécue comme blessante ou honteuse et fait baisser l’estime de soi des parents ; elle peut s’interpréter comme une atteinte à l’intégrité parentale puisque, dans les termes de la théorie de la reconnaissance, l’expérience de la honte est considérée comme un défaut de reconnaissance. Cela indique en outre que l’intégrité parentale pourrait être menacée en soi par la simple ouverture d’une procédure de protection de l’enfance.
Il semble utile de mentionner un enseignement important, même s’il ne peut être développé en profondeur. La menace qui pèse sur l’intégrité paraît plus grave encore pour les mères, souvent perçues comme la « principale gestionnaire du dossier », selon l’expression d’une mère (C5). Cela rejoint des recherches antérieures sur l’implication différenciée des mères et des pères en protection de l’enfance (Brandon et al. 2019 ; Vogel Campanello et al. 2021 ; Aeby et al. 2021). Il semble qu’en faisant de la mère la principale destinataire, on puisse placer les pères dans une position marginale au cours de la procédure.
Malgré cette expérience d’une intégrité parentale menacée, et malgré leur scepticisme au début de la procédure, la plupart des parents jugent leur expérience avec l’APEA plutôt positive dans l’ensemble. D’autres travaux font état d’une évaluation globale beaucoup plus négative de la procédure (Petersen 2018), comme l’indique aussi notre enquête quantitative. L’évaluation globale relativement positive de notre échantillon qualitatif pourrait s’expliquer par le biais de sélection exposé dans la section « Matériel et méthodes ». En effet, les parents décrivent rétrospectivement les actions et les décisions de l’APEA comme globalement légitimes au vu de leur situation familiale de l’époque, tout en faisant état d’expériences négatives, comme la méfiance ou des désaccords avec les spécialistes à certaines étapes ou dans certaines situations de la procédure. Ainsi, sans aucune exception, les parents disent avoir éprouvé des sentiments ambivalents pendant la procédure de protection de l’enfance et avoir ressenti un défaut de reconnaissance quant à l’exercice adéquat de leur rôle parental.
Les parents semblent développer des stratégies de différenciation et de déplacement du récit en réaction à la menace fondamentale qui pèse sur leur intégrité parentale, autrement dit au défaut de reconnaissance vécu dans leur rôle parental et au stigmate menaçant de famille potentiellement défaillante.
La stratégie de différenciation consiste à évoquer des situations familiales pires, en soulignant qu’on n’appartient pas à la catégorie des familles « à problèmes » classiques qui ont habituellement affaire à l’APEA, comme des parents qui consomment des drogues, négligent la surveillance de l’enfant, le frappent, ne savent pas ou ne veulent pas savoir que l’enfant a un comportement délinquant ou manque l’école. Par cette stratégie, les parents prennent leurs distances et se distinguent des autres (altérisation, ou othering), et minimisent la gravité de leur propre situation. Par exemple, une mère a expliqué que sa situation n’était pas aussi « catastrophique » que d’autres, que sa maison était toujours « propre » et que ses enfants avaient toujours « à manger sur la table » (C7). Les stratégies de différenciation consistent souvent, pour les parents, à se présenter comme des parents compétents. Ainsi, un père rapporte que les parents ont reçu beaucoup de compréhension de l’APEA pour leur situation difficile, mais se demande s’il en aurait été de même s’ils « avaient fait quelque chose de mal » ou s’ils s’étaient montrés « réticents » à remplir leurs devoirs parentaux et avaient donc pu être tenus pour responsables des difficultés (C5). Dans un cas (C1), le père mentionne que l’APEA l’a reconnu comme un bon parent et a jugé positivement l’exercice de son rôle parental en lui disant qu’il n’était « pas une menace » pour ses enfants. Outre la stratégie de différenciation par laquelle les parents se présentent comme remplissant bien leur rôle parental, certains décrivent aussi explicitement leur rencontre avec l’APEA comme totalement exempte de sentiment d’être jugés négativement. Lorsqu’on leur demande quels conseils donner à d’autres parents engagés dans une procédure de protection de l’enfance, les parents disent souvent qu’il ne faut pas craindre que l’APEA cherche à leur « enlever l’enfant, tout simplement » (C5), mais qu’elle tient à soutenir la famille et à l’aider à résoudre ses problèmes ; il serait donc logique de coopérer plutôt que de s’y opposer.
Dans la plupart des récits des parents, nous avons pu repérer une stratégie de déplacement du récit. À un certain moment, le récit glissait du parent potentiellement défaillant vers le bien-être de l’enfant. Dans la plupart des présentations des parents, nous avons observé un discours de justification soulignant le rôle principal et l’intérêt premier de l’APEA, qui est de garantir le bien-être de l’enfant, et le fait qu’elle ne s’attarderait pas sur les compétences qui manquent aux parents. « Parce que pour l’APEA, c’est l’enfant qui compte, il ne s’agit pas de dire qu’on l’a mal élevé. Ils ne font pas ça. » (C5). Dans tous les cas sauf un, l’APEA est présentée par les parents comme centrée sur le soutien à la famille pour résoudre la situation familiale conflictuelle et sur son devoir de se concentrer sur les enfants et non sur les parents. Les membres de l’APEA semblent souvent déplacer le récit des parents vers le bien-être de l’enfant. Cette insistance semble souvent reprise avec gratitude par les parents. Le sentiment ambivalent des parents quant à la remise en question de leur rôle parental persiste néanmoins. Cette stratégie redistribue aussi la responsabilité vers l’enfant : dans certains cas, les parents décrivent leur enfant, ses défis et ses problèmes comme une partie de l’origine des difficultés familiales, comme le montre la citation de cette mère :
« Parce qu’au fond, j’ai toujours pensé : je suis une bonne maman, je fais tout bien. Je m’occupe correctement de mon fils. Il est placé parce que ce n’est tout simplement pas possible autrement, vu sa situation. Avec l’école, avec tout ça, ce n’était tout simplement pas acceptable pour, pour la société. »
(C2)
La plupart des parents font état d’incertitude et d’ambivalence en cas de désaccord avec le point de vue de l’APEA, même s’ils disent avoir eu des possibilités d’exprimer ce désaccord. Cela traduit une contestation sur la question de savoir qui détient le savoir spécialisé sur l’enfant : les parents ou l’APEA. Dans l’ensemble, il semble que la soumission ait été une stratégie fréquente, car les risques liés à l’expression d’un désaccord ou à l’opposition étaient jugés trop élevés. L’opposition ouverte est surtout vue comme vaine, puisque les parents voient clairement que l’APEA est en position de force et qu’ils ne peuvent pas quitter la relation.
Un cas (C3) se distingue nettement des autres par la manière dont les parents interprètent le rôle de « bons » parents dans le contexte de l’intervention de l’APEA, en contradiction avec les attentes de celle-ci. Leur manière d’exprimer leur désaccord ou de se soumettre à l’APEA mérite en outre d’être soulignée. Ce cas illustre les raisons pour lesquelles certaines interactions sont perçues comme intrusives et vécues comme un défaut de reconnaissance, portant atteinte à l’intégrité des parents.
La situation était la suivante : l’enfant de huit ans, qui avait des besoins éducatifs particuliers, avait été placé en institution pendant deux ans avec le consentement initial de ses parents séparés. La mère ne partageait pas l’évaluation des besoins particuliers de son enfant faite par l’APEA et souhaitait qu’il revienne à la maison. Elle a donc déménagé dans un autre canton, mais il a été difficile d’y trouver une offre scolaire adaptée aux besoins éducatifs particuliers. Soucieuse de garantir à l’enfant un enseignement spécialisé, l’APEA a alors décidé que l’enfant devait rester durablement placé en institution, indépendamment du consentement des parents.
Le père perçoit l’autorité de protection de l’enfance comme une autorité indiscutable, et il est convaincu qu’il n’aurait pas pu exprimer son désaccord sur le placement durable de son enfant sans que ses droits soient restreints en conséquence. Il explique ne pas s’être opposé à la décision de l’APEA parce qu’il craignait que cela soit interprété comme le signe qu’il ne voulait pas le meilleur pour son enfant, et donc qu’il ne remplissait pas bien son rôle parental. De son point de vue, le mieux pour l’enfant devait être de se conformer à ce que dit l’APEA, en tant qu’organisation experte. À la différence du père, la mère a compris l’exercice de son rôle parental comme le fait de s’opposer, de manifester son désaccord avec l’autorité de protection de l’enfance et de fuir avec son enfant dans son pays d’origine. À ses yeux, cette fuite était un geste de soin envers son fils, une manière d’assumer sa responsabilité dans son rôle de parent. À la suite de l’action de la mère, lorsqu’elle est revenue en Suisse peu après, l’APEA a restreint les droits parentaux des deux parents et a replacé durablement l’enfant en institution. La famille a donc vécu l’APEA comme une autorité qui contrôle, qui juge, voire qui punit. Les deux parents en sont pourtant venus, rétrospectivement, à juger que la décision de l’APEA était la meilleure solution compte tenu des circonstances.
Un thème sous-jacent qui apparaît dans différents cas est celui des connaissances spécialisées, tel que l’ont décrit Merton et Barber (1976). Une faiblesse de leur théorisation est que l’autorité et la position de pouvoir des spécialistes y sont vues de manière assez déterministe et définissent fortement la position de pouvoir inférieure des parents. Nos données ne confirment pas une théorisation aussi déterministe. Les interactions peuvent plutôt être décrites comme disputées, et le terme de « négociation » rend mieux compte de la nature des expériences des parents, comme le montrent le cas précédent et l’exemple suivant.
Une mère décrit ses sentiments ambivalents lors d’une « réunion difficile », organisée par l’APEA en présence de nombreuses personnes professionnelles de la protection de l’enfance, pendant une phase d’escalade avec son enfant (C2) :
« Et M. Miller [APEA] a juste écouté et s’est fait son idée, et moi je ne savais pas : est-ce qu’il est de mon côté ? Est-ce qu’il m’a vraiment entendue ? Est-ce qu’il a compris ? Ou est-ce que ce sont seulement eux, les gens instruits, ceux qui sont vraiment professionnels ? Est-ce que leur avis compte alors plus que l’avis de la maman qui dit “Hé, c’est mon fils !” ? Il s’agit de lui. Et de moi. Et je le connais bien mieux que ((rires)) vous tous qui êtes assis là. »
Rétrospectivement, elle dit qu’aujourd’hui elle s’affirmerait bien davantage en tant que mère, forte de sa connaissance spécialisée de ses enfants, et ne se laisserait plus aussi facilement impressionner par des spécialistes (en l’occurrence le corps enseignant) « qui sont censés savoir mieux que tout le monde ». Les sentiments ambivalents des parents naissent de la tension entre le fait de percevoir l’APEA comme une organisation experte dotée d’une vaste expérience de la protection de l’enfance et des problèmes familiaux, et de lui faire confiance à ce titre, et le fait de se percevoir comme la meilleure source d’expertise sur leur enfant. Ils entretiennent avec lui une relation très personnelle et durable, soudain remise en question par l’intervention et le savoir expert de l’APEA. Dans le même temps, comme on l’a vu plus haut, les parents évoquent une certaine dépendance à l’égard du soutien et du savoir spécialisé de l’APEA pour résoudre les difficultés de leur famille, mais expriment aussi des doutes sur l’expertise de l’APEA concernant leur famille, ce qui rend une ambivalence visible.
Nos entretiens ont mis au jour trois interactions clés que les parents désignent comme favorisant leur capacité d’agir et leur participation. Premièrement, les parents se sont sentis soutenus lorsqu’ils recevaient de l’APEA, au besoin, un soutien rapide et adéquat. Deuxièmement, les parents ont dit avoir eu le sentiment de disposer d’une certaine autonomie dans la procédure, par exemple lorsqu’ils pouvaient influer sur le déroulement temporel de la procédure, autrement dit sur son rythme. Troisièmement, les parents ont eu le sentiment de pouvoir négocier les mesures avec l’APEA. Ces interactions ont en commun que les parents s’y sont sentis reconnus et respectés dans leur intégrité, ce qui semble avoir nourri leur confiance envers l’APEA. Ces expériences semblaient aider à rétablir une intégrité parentale d’abord menacée.
Tous les parents interrogés disent avoir gagné confiance en l’APEA lorsqu’ils ont reçu un soutien rapide et adéquat dans des situations d’urgence. Comme dans la citation suivante, un tournant dans la procédure a été décrit (C2) : « Là, j’ai compris que je peux passer un coup de fil, que je suis entendue, que mes inquiétudes sont entendues. Et aussi que le reste de la famille est pris en charge [par l’APEA], et qu’ils agissent, et qu’ils agissent assez vite et de façon très compétente ». Le sentiment de pouvoir compter sur l’APEA pour prendre des mesures décisives, et celui que l’autorité fait équipe avec les parents, favorisent une relation de confiance entre l’APEA et les parents (par exemple C2, C4, C5). Dans certains cas, cela pouvait constituer un tournant dans l’évolution de la confiance envers l’autorité.
Une importance particulière, pour le sentiment d’autonomie des parents, semble liée à la possibilité d’influer sur le déroulement temporel (le rythme) de la procédure (ce que confirme Petersen 2018). Tous les parents ont fait état de différentes phases au cours de la procédure : tantôt ils trouvaient que la procédure n’avançait pas assez vite ; à d’autres moments, ils avaient le sentiment que les étapes suivantes arrivaient trop vite pour pouvoir s’y adapter émotionnellement, en particulier lorsqu’un placement était envisagé. Le cas 7 est un bon exemple d’évaluation globalement positive de l’intervention de l’APEA, entachée par un mauvais choix du moment : cette mère seule était en difficulté avec son fils adolescent, qui avait décroché de l’école. Les spécialistes ont fini par trouver une place dans une institution avec scolarité intégrée, mais l’adolescent a dû y entrer immédiatement, ce qui a entraîné l’annulation de vacances familiales attendues depuis longtemps. En conséquence, la mère et le fils ont tous deux lutté contre la mesure lorsqu’elle a été annoncée. Ce n’est que rétrospectivement qu’ils en ont tous deux reconnu l’utilité. Les parents qui ont vu l’APEA respecter leur besoin d’accélérer ou de ralentir la procédure se sont sentis reconnus, compris dans leurs besoins et destinataires d’un soutien individualisé et adapté à leur situation (sur les axes de l’amour et de la solidarité, dans les termes de la théorie de la reconnaissance). Dans ces interactions participatives, les parents pouvaient gagner confiance en l’APEA, perçue comme un partenaire fiable et aidant.
Le sentiment de participer était encore nourri par l’expérience d’une « implication » (Bouma et al. 2018) de manière discursive, avec une certaine influence sur la procédure. Beaucoup de parents rapportent que l’APEA « suggérait » des mesures ou une manière de procéder (par exemple C4, C2), ce qui facilite le débat et la négociation et indique qu’il y a eu au moins des moments délibératifs dans le processus de décision. Un père divorcé (C1) décrit comment « en fait, la décision a été prise, genre, ensemble. Donc ensemble avec l’APEA ». Le débat et la négociation de différentes possibilités, de même que le fait de recevoir l’information sur le contenu des rapports (C5) ou la possibilité de corriger le procès-verbal de l’audition (C1 ; C2), donnaient aux parents le sentiment d’avoir un certain pouvoir et une certaine influence sur la procédure.
Pour une expérience positive et réparatrice de l’intégrité, il semble essentiel que les parents perçoivent le processus comme participatif et susceptible d’être influencé : un processus où ils reçoivent du soutien, sont pris au sérieux et reconnus dans leurs besoins, disposent d’une certaine autonomie et voient reconnue leur expertise sur leurs enfants, et où leurs souhaits et leurs points de vue sont débattus.
Cet article s’appuie sur l’expérience de parents dans leurs interactions avec l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte (APEA) en Suisse. Il explore le regard rétrospectif des parents sur les interactions avec l’APEA qui ont entravé ou favorisé leur participation aux procédures de protection de l’enfance ordonnées par l’autorité. Le champ de la protection de l’enfance est traversé de tensions dues au double mandat d’aide et de contrôle ou d’intervention, et au défi que représente la participation des parents dans un contexte de contrainte potentielle, comme l’ont souligné Healy et Darlington (2009). Les parents font donc état d’ambivalence dans leurs interactions avec l’APEA. La sociologie de l’ambivalence attribue les raisons de l’ambivalence à des normes concurrentes inscrites dans les rôles sociaux, comme ceux de parent ou de professionnel, dans les interactions sociales. Nos données montrent que les parents sont sceptiques envers l’APEA (souvent au début), en tant que détentrice du pouvoir, et se sentent inquiets ou honteux face à l’intervention, ou éprouvent des doutes sur eux-mêmes liés au sentiment de ne pas remplir correctement le rôle du « bon » parent (Merton et Barber 1976). Dans le langage de la théorie de la reconnaissance, les parents ne se sentent pas reconnus dans leur rôle parental, puisque l’expérience de la honte peut s’interpréter comme une atteinte à leur intégrité. On pourrait dire que leur intégrité parentale est fondamentalement menacée par la simple ouverture d’une procédure de protection de l’enfance. Dans ce contexte, tensions et ambivalence sont au cœur des interactions entre les parents et les autorités, même si elles peuvent diminuer sensiblement avec le temps. Le déséquilibre de pouvoir entre spécialistes et parents contribue à l’ambivalence et peut engendrer des sentiments négatifs, mais aussi positifs lorsque des solutions sont débattues et trouvées pour soutenir des parents en détresse.
Nous avons montré différentes stratégies utilisées par les parents pour faire face à cette menace qui pèse sur l’intégrité parentale, comme les stratégies de différenciation et de déplacement du récit, ainsi qu’une oscillation entre soumission et expression du désaccord. Si les parents peuvent dépendre dans une certaine mesure du savoir spécialisé de l’APEA, ils veulent aussi rétablir leur intégrité en voyant reconnue leur expertise sur leur propre enfant et sur leur famille. Étant donné que la plupart des parents se sentent ambivalents, craignent l’intervention de l’APEA et se sentent menacés dans leur intégrité parentale au début, nos résultats suggèrent qu’avec le temps et à travers des interactions concrètes, l’intégrité des parents peut être rétablie, ce qui permet une pleine participation. Du point de vue des parents, il semble donc crucial de rétablir leur intégrité par une relation de confiance avec l’APEA, dans laquelle ils font l’expérience de la reconnaissance et conservent un certain degré d’autonomie, par exemple en influant sur le rythme de la procédure (ce qu’appuient aussi les travaux de Petersen (Petersen 2018)), pour autant que le bien-être de l’enfant puisse être garanti. À l’inverse, si l’intégrité n’est pas rétablie, les parents rencontrent des difficultés récurrentes pour s’exprimer, se sentir entendus ou faire valoir un désaccord, ce qui entrave alors leur pleine participation.
Nous avons dégagé deux points clés pour une expérience de la procédure plus participative et moins contraignante du point de vue des parents : agir comme une autorité fiable et soutenante, et donner aux parents la possibilité de vivre la procédure comme un processus délibératif (Habermas 1981). Ces interactions, dans lesquelles les parents ont le sentiment que l’APEA exerce en fait un « pouvoir avec » eux en les soutenant et en leur laissant une certaine autonomie, favorisent la pleine participation des parents, ce que décrivent et étayent aussi les travaux de Dumbrill (2006). C’est une alternative à l’exercice d’un pouvoir « sur eux » sous forme de contrainte (Dumbrill 2006). Cela fait écho à nos résultats antérieurs, dans lesquels nous soutenons qu’intégrité, autonomie et participation sont étroitement liées, et plaidons pour qu’on les conceptualise comme un ensemble indissociable (Schoch et al. 2020).
Si les données qualitatives de notre étude présentent certaines limites en raison de la petite taille de l’échantillon, les résultats de l’analyse suggèrent une ambivalence sous-jacente : les interactions avec l’APEA donnent aux parents le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur des attentes de rôle en matière de parentalité adéquate. Pour participer pleinement, les parents ont besoin que leur intégrité soit rétablie par des interactions empathiques et confiantes, dans lesquelles ils font l’expérience de la reconnaissance, afin de réduire leurs sentiments ambivalents et d’être en mesure de bénéficier du soutien de l’APEA. Par son attention théorique aux rôles et aux attentes sociales envers l’individu en tant que titulaire d’un rôle donné, le concept théorique d’ambivalence complète la notion structurelle d’aide et de contrôle ou d’intervention. Il éclaire aussi les asymétries de pouvoir et explique comment elles alimentent l’ambivalence des parents dans leurs interactions avec les membres de l’APEA.
L’attention soutenue portée dans cet article à l’expérience des parents répond à l’appel à les reconnaître comme des « personnes ayant des besoins » (Featherstone et al. 2014). Il est difficile, pour les équipes professionnelles, de garantir l’intégrité, l’autonomie et la participation des parents sans perdre de vue le bien-être de l’enfant ni lui donner une voix, et de parvenir à une « pratique humaine attentive à la famille » (Featherstone et al. 2014). Une attention trop forte portée à la relation de confiance et à la coopération avec les parents peut comporter le risque de ne pas voir des situations de mise en danger et de reléguer au second plan le point de vue de l’enfant. C’est précisément parce que les tensions et l’ambivalence inhérentes aux procédures de protection de l’enfance restent dans une certaine mesure insolubles qu’il est d’autant plus important de réduire l’ambivalence en favorisant des interactions qui préservent l’intégrité, permettent l’autonomie et garantissent ainsi la participation de toutes les personnes concernées.
Complexe Systémique : à retenir
L’article formule une hypothèse précieuse pour la pratique : avant toute question de compétence, l’ouverture d’une procédure de protection blesse l’intégrité parentale, et la participation ne devient possible qu’une fois cette blessure reconnue. Les stratégies décrites, se comparer à des familles « pires », recentrer le récit sur l’enfant, se soumettre plutôt que contester, sont autant de manières de sauver la face dans une relation qu’on ne peut pas quitter ; les lire comme de la résistance ou du déni serait une erreur de ponctuation. L’ambivalence n’est pas ici un défaut des parents, mais une propriété du contexte d’aide contrainte, qui appelle à travailler la relation avant le contenu. Trois leviers ressortent : un soutien rapide quand la crise monte, une prise sur le rythme de la procédure, des mesures négociées plutôt qu’imposées. La prudence reste de mise : dix parents recrutés par les autorités elles-mêmes, des situations plutôt simples et souvent signalées par les familles, et des enfants presque absents de l’analyse, ce que l’équipe reconnaît comme un risque. À lire avec l’article sur la résistance parentale dans les relations contraintes, et avec l’article qui bouscule le paradigme de la participation.
Notes de l’original
Contributions. Conceptualisation, A. S. et G. A. ; méthodologie, A. S. et G. A. ; validation, A. S. et G. A. ; analyse formelle, A. S. et G. A. ; enquête, A. S. et G. A. ; gestion des données, A. S. et G. A. ; rédaction du premier jet, A. S. et G. A. ; relecture et révision, A. S. et G. A. ; visualisation, A. S. et G. A. Les deux signataires ont lu et approuvé la version publiée du manuscrit.
Financement. Ce projet de recherche (subside no 177445) a été financé par le Programme national de recherche « Assistance et coercition : passé, présent et avenir » (PNR 76) du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS).
Comité d’éthique. L’étude a été menée conformément aux lignes directrices éthiques du Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS) et approuvée par celui-ci.
Consentement éclairé. Le consentement éclairé de toutes les personnes participantes à l’étude a été obtenu.
Disponibilité des données. Les données ne sont pas librement accessibles à des tiers.
Remerciements. L’équipe remercie d’abord toutes les personnes qui ont participé à cette recherche, en particulier les parents et les enfants qui ont accepté de partager leur histoire. Elle remercie Brigitte Müller et Michelle Cottier pour leurs commentaires utiles, et Margaret Oertig pour sa relecture.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche ne déclare aucun lien d’intérêts.
Références
Aeby, Gaëlle, Jacques-Antoine Gauthier, and Eric D. Widmer. 2021. Patterns of support and conflict relationships in personal networks and perceived stress. Current Sociology 69: 981–1001. https://doi.org/10.1177/0011392120948926
Arbeiter, Ere, and Karmen Toros. 2017. Participatory Discourse: Engagement in the Context of Child Protection Assessment Practices from the Perspectives of Child Protection Workers, Parents and Children. Children and Youth Services Review 74: 17–27. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2017.01.020
Becker-Lenz, Roland, and Silke Müller-Hermann. 2013. Die Notwendigkeit von wissenschaftlichem Wissen und die Bedeutung eines professionellen Habitus für die Berufspraxis der Sozialen Arbeit. In Professionalität in der Sozialen Arbeit. Edited by Roland Becker-Lenz, Stefan Busse, Gudrun Ehlert and Silke Müller-Hermann. Wiesbaden: VS Verlag für Sozialwissenschaften, pp. 203–29. https://doi.org/10.1007/978-3-531-19881-1_10
Bekaert, Sarah, Eija Paavilainen, Henrike Schecke, Alex Baldacchino, Emmanuelle Jouet, Lidia Zabłocka-Żytka, Bianca Bachi, Francesco Bartoli, Giuseppe Carrà, Riccardo M. Cioni, and et al. 2021. Family Members’ Perspectives of Child Protection Services, a Metasynthesis of the Literature. Children and Youth Services Review 128: 106094. https://doi.org/10.1016/j.childyouth.2021.106094
Biesel, Kay, and Reinhart Wolff. 2013. Das dialogisch-systemische Fall-Labor. Eine Methode zur Untersuchung problematischer Kinderschutzfälle [The dialogic-systemic case laboratory. A method for investigating problematic child protection cases]. In Aufbruch–Hilfeprozesse Gemeinsam neu Gestalten. [Departure-Redesigning Help Processes Together]. Köln: Bundesarbeitsgemeinschaft der Kinderschutz-Zentren, pp. 115–41.
Biesel, Kay, Lukas Fellmann, and Clarissa Schär. 2017. Augen zu und durch?! Wie Klientinnen und Klienten Kindeswohlabklärungen erleben und was sie sich wünschen [Close your eyes and get through? How clients experience child welfare assessments and what they wish for]. Zeitschrift für Kindes-und Erwachsenenschutz 72: 291–303.
Böhnisch, Lothar, and Hans Lösch. 1973. Das Handlungsverständnis Des Sozialarbeiters und seine institutionelle Determination. In Gesellschaftliche Perspektiven der Sozialarbeit [Societal Perspectives of Social Work]. Edited by Hans-Uwe Otto and Siegfried Schneider. Neuwied and Berlin: Luchterhand, vol. 2, pp. 21–40.
Bouma, Helen, Mónica López López, Erik J. Knorth, and Hans Grietens. 2018. Meaningful participation for children in the Dutch child protection system: A critical analysis of relevant provisions in policy documents. Child Abuse & Neglect 79: 279–92. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2018.02.016
Brandon, Marian, Georgia Philip, and John Clifton. 2019. Men as Fathers in Child Protection. Australian Social Work 72: 447–60. https://doi.org/10.1080/0312407X.2019.1627469
Braun, Virginia, and Victoria Clarke. 2006. Using Thematic Analysis in Psychology. Qualitative Research in Psychology 3: 77–101. https://doi.org/10.1191/1478088706qp063oa
Connidis, Ingrid Arnet. 2015. Exploring Ambivalence in Family Ties: Progress and Prospects. Journal of Marriage and Family 77: 77–95. https://doi.org/10.1111/jomf.12150
Connidis, Ingrid Arnet, and Julie Ann McMullin. 2002. Sociological Ambivalence and Family Ties: A Critical Perspective. Journal of Marriage and Family 64: 558–67. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2002.00558.x
Cossar, Jeanette, Marian Brandon, and Peter Jordan. 2016. “You’ve Got to Trust Her and She’s Got to Trust You”: Children’s Views on Participation in the Child Protection System. Child & Family Social Work 21: 103–12. https://doi.org/10.1111/cfs.12115
Dale, Peter. 2004. ‘Like a Fish in a Bowl’: Parents’ Perceptions of Child Protection Services. Child Abuse Review 13: 137–57. https://doi.org/10.1002/car.837
Dillon, Jo, Daz Greenop, and Mel Hills. 2016. Participation in Child Protection: A Small-Scale Qualitative Stud. Qualitative Social Work: Research and Practice 15: 70–85. https://doi.org/10.1177/1473325015578946
Dumbrill, Gary C. 2006. Parental Experience of Child Protection Intervention: A Qualitative Study. Child Abuse & Neglect 30: 27–37. https://doi.org/10.1016/j.chiabu.2005.08.012
Duncan, Mandy. 2019. Participation in Child Protection. Theorizing Children’s Perspectives. London: Palgrave Macmillan.
Fassbind, Patrick. 2016. Rechtliche Aspekte. [Legal aspects]. In Handbuch Kindes- und Erwachsenenschutz. Recht und Methodik für Fachleute [Handbook on Child and Adult Protection. Law and Methodology for Professionals]. Edited by Daniel Rosch, Christiana Fountoulakis and Christoph Heck. Bern: Haupt, pp. 102–21. https://doi.org/10.1177/0011392120948926
Featherstone, Brid, Sue White, and Kate Morris. 2014. Re-Imagining Child Protection. Towards Humane Social Work with Families. Bristol: Bristol University Policy Press.
Gallagher, Michael, Mark Smith, Mark Hardy, and Heather Wilkinson. 2012. Children and Families’ Involvement in Social Work Decision Making. Children & Society 26: 74–85. https://doi.org/10.1111/j.1099-0860.2011.00409.x
Gibson, Matthew. 2019. The Shame and Shaming of Parents in the Child Protection Process: Findings from a Case Study of an English Child Protection Service. Families Relationships and Societies 9: 217–33. https://doi.org/10.1332/204674318X15447907611406
Gorin, Sarah, Carol-Ann Hooper, Claire Dyson, and Christie Cabral. 2008. Ethical Challenges in Conducting Research with Hard to Reach Families. Child Abuse Review 4: 275–87. https://doi.org/10.1002/car.1031
Habermas, Jürgen. 1981. Theorie des Kommunikativen Handelns. [Theory of Communicative Action]. Frankfurt: Suhrkamp.
Healy, Karen, and Yvonne Darlington. 2009. Service User Participation in Diverse Child Protection Contexts: Principles for Practice. Child & Family Social Work 14: 420–30. https://doi.org/10.1111/j.1365-2206.2009.00613.x
Hillcoat-Nallétamby, Sarah, and Judith E. Phillips. 2011. Sociological Ambivalence Revisited. Sociology 45: 202–17. https://doi.org/10.1177/0038038510394018
Höjer, Ingrid. 2011. Parents with Children in Foster Care—How Do They Perceive Their Contact with Social Workers? Practice 23: 111–23. https://doi.org/10.1080/09503153.2011.557149
Honneth, Axel. 1995. The Struggle for Recognition: The Moral Grammar of Social Conflicts. Cambridge: MIT Press.
Husby, Inger Sofie Dahlø, Tor Slettebø, and Randi Juul. 2018. Partnerships with Children in Child Welfare: The Importance of Trust and Pedagogical Support. Child & Family Social Work 23: 443–50. https://doi.org/10.1111/cfs.12435
Järvinen, Margaretha, and Stine Tankred Luckow. 2020. Sociological Ambivalence: Relationships between Birth Parents and Foster Parents. Sociology 54: 825–41. https://doi.org/10.1177/0038038519896937
Jud, Andreas, and René Knüsel. 2019. Structure and Challenges of Child Protection in Switzerland. In National Systems of Child Protection: Understanding the International Variability and Context for Developing Policy and Practice. Edited by Lisa Merkel-Holguin, John D. Fluke and Richard D. Krugman. Child Maltreatment. Cham: Springer International Publishing, pp. 207–27. https://doi.org/10.1007/978-3-319-93348-1_11
Koch, Martina, and Aline Schoch. 2022. “Schmutzig merkt man, riecht man.” Fachliches Urteilen, Körper und Sinne. [“Dirty you notice, dirty you smell.” Professional judgment, body, and senses.]. Empirische Pädagogik 36: 64–79.
Koch, Martina, Esteban Piñeiro, and Nathalie Pasche. 2019. “Wir sind ein Dienst, keine Behörde.” Multiple institutionelle Logiken in einem Schweizer Jugendamt–Ein ethnografisches Fallbeispiel aus der street-level bureaucracy’ [‘We are a social service, not an authority.’ Multiple institutional logics in a Swiss youth welfare office–An ethnographic case study from the street-level bureaucracy]. Forum: Qualitative Social Research 20: 1–30. https://doi.org/10.17169/fqs-20.2.3045
Kruse, Jan, Kay Biesel, and Christian Schmieder. 2011. Allgemeine Grundlagen rekonstruktiver Analyse [Common basics of reconstructive analysis]. In Metaphernanalyse [Metaphor Analysis]. Edited by Jan Kruse, Kay Biesel and Christian Schmieder. Wiesbaden: VS Verlag für Sozialwissenschaften, pp. 30–62. https://doi.org/10.1007/978-3-531-92863-0_3
Lipsky, Michael. 1980. Street-Level Bureaucracy. Dilemmas of the Individual in Public Services. New York: Russell Sage Foundation.
Lüscher, Kurt. 2002. Intergenerational ambivalence: Further steps in theory and research. Journal of Marriage and Family 64: 585–93. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2002.00585.x
Lüscher, Kurt, and Karl Pillemer. 1998. Intergenerational ambivalence: A new approach to the study of parent-child relations in later life. Journal of Marriage and Family 60: 413–25. https://doi.org/10.2307/353858
Merton, Robert K., and Elinor Barber. 1976. Sociological Ambivalence. In Sociological Ambivalence and Other Essays. New York: The Free Press, pp. 3–31.
Mitchell, Mary. 2022. “Because I’m a Kid …”: The Struggle for Recognition of Children and Young People Involved in Child and Family Social Work. Child & Family Social Work 27: 526–34. https://doi.org/10.1111/cfs.12905
Müller, Burckhard. 2017. Am Beispiel: “Hilfeplanung” Im Kinder- Und Jugendhilfegesetz. In Sozialpädagogisches Können. Lehrbuch Zur Multiperspektivischen Fallarbeit, 8th ed. Aktualisiert und Erweitert von Ursula Hochuli Freund. Freiburg im Breisgau: Lambertus-Verlag, pp. 85–105.
Parton, Nigel Ashmore. 2022. Comparative Research and Critical Child Protection Studies. Social Sciences 11: 156. https://doi.org/10.3390/socsci11040156
Petersen, Stina Krogh. 2018. Parents’ Experiences of Child Protection Practice in Denmark. Child & Family Social Work 23: 609–16. https://doi.org/10.1111/cfs.12451
Quick, Don, and Anne L. Scott. 2019. Affect and Emotion in a Parent’s Engagement with Statutory Child-Protection Services: Navigating Stigma and “Identity Assault”. The British Journal of Social Work 49: 485–502. https://doi.org/10.1093/bjsw/bcy055
Raithelhuber, Eberhard, and Wolfgang Schröer. 2018. ‘Agency’. In Handbuch Soziale Arbeit. Otto/Thiersch/Treptow/Ziegler. München: Ernst Reinhardt Verlag, pp. 49–58.
Rappoport, Anat, and Ariela Lowenstein. 2007. A possible innovative association between the concept of inter-generational ambivalence and the emotions of guilt and shame in care-giving. European Journal of Ageing 4: 13–21. https://doi.org/10.1007/s10433-007-0046-4
Rosch, Daniel, and Andrea Hauri. 2016. Begriffe und Arten des Kindesschutzes. [Child Protection—Terms and Types]. In Handbuch Kindes- und Erwachsenenschutz. Recht und Methodik für Fachleute [Handbook on Child and Adult Protection. Law and Methodology for Professionals]. Edited by Daniel Rosch, Christiana Fountoulakis and Christoph Heck. Bern: Haupt, pp. 406–9.
Rüegger, Cornelia, Joel Gautschi, Roland Becker-Lenz, and Fabienne Rotzetter. 2021. Bedeutung und Aufbau von Vertrauen in der Sozialpädagogischen Familienbegleitung [Importance of trust and building trust in social pedagogical family support]. Gesellschaft–Individuum–Sozialisation. Zeitschrift für Sozialisationsforschung 2. https://doi.org/10.26043/GISo.2021.2.3
Schnurr, Stefan. 2017. Child Removal Proceedings in Switzerland. In Child Welfare Removals by the State: A Cross-Country Analysis of Decision-Making Systems. Edited by Kenneth Burns, Tarja Pösö and Marit Skivenes. International Policy Exchange. Oxford and New York: Oxford University Press, pp. 117–45.
Schoch, Aline, Gaëlle Aeby, Brigitte Müller, Michelle Cottier, Loretta Seglias, Kay Biesel, Gaëlle Sauthier, and Stefan Schnurr. 2020. Participation of Children and Parents in the Swiss Child Protection System in the Past and Present: An Interdisciplinary Perspective. Social Sciences 9: 148. https://doi.org/10.3390/socsci9080148
Vogel Campanello, Margot, Susanna Niehaus, Delia Pisoni, Michèl Röthlisberger, and Tanja Mitrovic. 2021. Welfare Practice in Response of Child Neglect: Reconstruction and Analysis of the Discourses on Family, Childrearing, and Motherhood. Advances in Applied Sociology 11: 34–47. https://doi.org/10.4236/aasoci.2021.111004
Willson, Andrea E., Kim Shuey, and Glen H. Elder, Jr. 2003. Ambivalence in the Relationship of Adult Children to Aging Parents and In-Laws. Journal of Marriage and Family 65: 1055–72. https://doi.org/10.1111/j.1741-3737.2003.01055.x
Willumsen, Elisabeth, and Marit Skivenes. 2005. Collaboration between Service Users and Professionals: Legitimate Decisions in Child Protection—A Norwegian Model. Child & Family Social Work 10: 197–206. https://doi.org/10.1111/j.1365-2206.2005.00371.x
Wolff, Reinhard, Uwe Flick, Timo Ackermann, Kay Biesel, Felix Brandhorst, Stefan Heinitz, Mareike Patschke, and Pierrine Robin. 2016. Expertise. Children in Child Protection. On the Participation of Children and Adolescents in the Helping Process: An Exploratory Study. Contributions to Quality Development in Child Protection. Köln: National Centre on Early Prevention in Childhood (NZFH) within the Federal Centre for Health Education. Köln: The National Centre on Early Prevention in Childhood (NZFH) within the Federal Centre for Health Education (BZgA).
Traduction non officielle en français de L’ambivalence dans les procédures de protection de l’enfance : le regard des parents sur leurs interactions avec les autorités de protection de l’enfance, par Aline Schoch et Gaëlle Aeby, Social Sciences, vol. 11, no 8, 329 (2022), doi : 10.3390/socsci11080329, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableau présenté en liste). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Ambivalence in Child Protection Proceedings: Parents’ Views on Their Interactions with Child Protection Authorities », publié dans Social Sciences (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Schoch, A., et Aeby, G. (2022). L’ambivalence dans les procédures de protection de l’enfance : le regard des parents sur leurs interactions avec les autorités de protection de l’enfance (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-ambivalence-dans-les-procedures-de-protection-de-l-enfance-le-regard-des-parents (Œuvre originale publiée en 2022 dans Social Sciences, 11(8), 329 (2022) ; republiée en 2022 par Social Sciences, https://www.mdpi.com/2076-0760/11/8/329)
Pour aller plus loin