Contemporary Family Therapy · Thérapie familiale

L’âme de la thérapie : l’usage de soi de la personne thérapeute dans la relation thérapeutique

Et si le principal instrument de la thérapie était la personne même de la personne thérapeute, blessures comprises ? Harry J. Aponte présente le modèle Person-of-the-Therapist (POTT) : former à l’usage conscient et délibéré de soi « tel qu’on est », au moment même de la séance, plutôt que d’attendre d’avoir tout résolu. Le texte l’adosse aux facteurs communs et se clôt sur le témoignage d’une étudiante de Drexel.

Auteurs Harry J. Aponte (cabinet privé, Philadelphie, États-Unis)Première publication Contemporary Family Therapy, 22 octobre 2021Traduction Complexe Systémique, traduction non officielle

Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’âme de la thérapie : l’usage de soi de la personne thérapeute dans la relation thérapeutique, par Harry J. Aponte, publié dans Contemporary Family Therapy (Springer) (2022), doi : 10.1007/s10591-021-09614-5, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.

Les personnes suivies rencontrent la personne thérapeute telle qu’elle est dans le présent, et non la personne qu’elle aspire à être demain.

Harry J. Aponte

Résumé

Ce texte repose sur deux prémisses : l’usage conscient, actif et délibéré de soi par la personne thérapeute dans le processus thérapeutique est une aptitude essentielle à l’établissement d’une relation thérapeutique efficace, et cet usage de soi à visée thérapeutique peut et doit être intégré à la formation de l’ensemble des thérapeutes, de manière explicitement systématique. Il cherche à dégager ce que l’usage de soi par les thérapeutes apporte au processus thérapeutique, le « quoi » et le « comment ». Premièrement, l’usage de soi par les thérapeutes doit être envisagé comme un facteur commun au sens de Sprenkle, Davis et Lebow (2009), c’est-à-dire selon une perspective sur l’efficacité de la thérapie qui « affirme que les qualités et les capacités de la personne qui offre le traitement comptent davantage que le traitement lui-même » (p. 4). Deuxièmement, l’usage de soi met l’accent sur le développement des compétences de la personne thérapeute dans l’usage conscient, actif et délibéré de soi tel qu’on est, au moment de l’engagement thérapeutique avec les personnes suivies, sans nier l’importance, pour les thérapeutes, de travailler à résoudre leurs propres difficultés personnelles lorsqu’elles risquent de nuire à leur efficacité professionnelle. L’usage de soi par les thérapeutes insiste particulièrement sur l’usage délibéré de soi tel qu’on est dans la relation, l’évaluation et les interventions de la thérapie, quel que soit le modèle thérapeutique (Aponte et Kissil, 2016). Troisièmement, l’usage de soi est une aptitude qui peut être développée et affinée grâce à des dispositifs bien élaborés pour former les thérapeutes à l’usage thérapeutique de tout ce qu’apportent les thérapeutes de leur personne à la relation thérapeutique, y compris l’usage de leurs vulnérabilités humaines telles qu’elles se présentent au moment de l’engagement empathique avec les personnes suivies.

Mots-clés : usage de soi, contre-transfert, formation des thérapeutes à l’usage de soi, personne du thérapeute

Introduction

Le soi personnel qu’est la personne thérapeute est un élément essentiel du processus thérapeutique, parce que c’est la relation humaine avec les personnes suivies qui est le médium par lequel le travail thérapeutique s’accomplit. Il existe de solides arguments pour soutenir que c’est la personne thérapeute, et non le modèle thérapeutique en tant que tel, qui pèse le plus sur l’issue du processus thérapeutique (Blow et al., 2007). Comme le montrent les recherches et publications récentes sur le sujet, le champ accorde manifestement une importance croissante à la formation des thérapeutes à l’usage conscient et stratégique de leur personne (Aponte, 1994b ; Aponte et Winter, 2000 ; Aponte et Kissil, 2016 : D’Aniello et Fife, 2020 ; Satir, 2000 ; Simon, 2006 ; Simon, 2012 ; Wampold et Imel, 2015 ; Niño, Kissil et Apolinar Claudio, 2015). La suite de ce texte analyse une approche de la formation des thérapeutes à l’usage de soi en thérapie (le modèle de formation Person-of-the-Therapist) pour mettre en lumière quelques composantes destinées à maximiser l’efficacité potentielle de la personne thérapeute, quel que soit le modèle thérapeutique.

La conscience de soi et la maîtrise de soi de la personne dans le contexte du processus thérapeutique constituent l’objectif premier de la formation dans le modèle POTT (Aponte, 2017). Le concept POTT a été présenté à l’origine (Aponte, 1982 ; Aponte et Winter, 1987 ; Aponte, 1992 ; Aponte, etc., 2009) comme une approche de la formation des thérapeutes à l’usage délibéré de leur « soi », indépendamment de leur adhésion à un modèle thérapeutique particulier, avec un accent particulier sur le travail à partir de la vulnérabilité humaine propre à la personne thérapeute. Cela rejoint l’affirmation de Sprenkle et Blow (2004b) selon laquelle :

Nous pensons qu’il existe des preuves solides que la plus grande part de la variance dans la réussite d’une psychothérapie est due à des facteurs qui ne sont pas propres à des modèles thérapeutiques particuliers.

La conscience de soi et la maîtrise de soi dans le modèle POTT se distinguent de l’usage de ces termes par d’autres, comme Sigmund Freud, qui les formulait en termes de nécessité, pour les thérapeutes, d’entreprendre leur propre psychanalyse afin de prendre conscience de « l’obstacle » (Bochner, p. 1) que leurs propres problèmes émotionnels non résolus opposent à leur travail thérapeutique et de travailler à l’éliminer, ou Virginia Satir, qui parlait d’être « en contact avec moi-même, en devenant un soi plus intégré » afin « d’entrer davantage en contact avec l’autre personne » (Satir, p. 24). Le modèle POTT met moins l’accent sur la résolution de soi que sur la capacité, au moment de l’engagement thérapeutique avec les personnes suivies, à prendre conscience de ses propres difficultés et vulnérabilités personnelles qui s’y rapportent, pour pouvoir entrer en résonance et en empathie avec les souffrances et les problèmes de ces personnes. Cela favorise une compréhension plus intime, sur le moment, de ce qu’elles vivent, et facilite une intuition plus fine de la dynamique de leur expérience, au moment présent de la rencontre dans le processus thérapeutique.

La philosophie POTT accepte le principe généralement admis de l’importance des approches de travail sur soi, qui visent à ce que les thérapeutes cherchent à résoudre leurs problèmes personnels, considérés comme potentiellement toxiques pour le processus thérapeutique (Bochner, 2000 ; Bowen, 1972 ; Kerr, 1981 ; Satir, 2000). Le point de vue POTT se distingue toutefois en ce qu’il donne la priorité au travail à travers l’usage actif du « soi tel qu’il est » au moment du contact avec les personnes suivies. Ces personnes rencontrent la personne thérapeute telle qu’elle est dans le présent, et non la personne qu’elle aspire à être demain, après une formation complémentaire ou une thérapie personnelle. Les thérapeutes s’engagent en l’état, au moment même de l’engagement, non seulement avec leurs atouts, mais aussi avec leurs difficultés personnelles, comme la peur d’être vulnérable, le besoin de garder le contrôle ou le manque de confiance en soi (Aponte et Kissil, 2014). Dans ce cadre, l’enjeu de la formation des thérapeutes est de les préparer à travailler avec et à travers leur manière d’être au moment clinique, afin de renforcer l’efficacité de leurs outils techniques à ce moment-là. Dans cet esprit, les thérapeutes, à la manière du « guérisseur blessé » (Nouwen, 1972 ; Aponte, 2002), travaillent avec empathie, avec et à travers cette blessure humaine commune, pour entrer en relation avec les personnes suivies, les comprendre et intervenir auprès d’elles. Au fond, le modèle POTT cherche à relier le travail sur soi et le travail thérapeutique tel qu’il se joue dans le « moment présent » du processus thérapeutique.

En outre, la perspective POTT va au-delà de la psychologie du soi pour inclure l’importance des valeurs personnelles, de la culture et de la spiritualité en thérapie, ainsi que les forces sociales à l’œuvre dans la vie des thérapeutes : leur genre, leur mode de vie, leur race, leur appartenance ethnique et leur position sociale (Aponte, 1985 ; Aponte, 1991 ; Aponte, 1994a ; Aponte, 1996 ; Aponte, 1998 ; Aponte, 2002 ; Aponte, 2009a ; Aponte et Mendez, 2014 ; Aponte et Nelson, 2018). Elle intègre un souci des dimensions culturelles et spirituelles du fonctionnement personnel des personnes (Aponte, ) et des influences sociopolitiques qui agissent dans la vie des thérapeutes comme dans celle des personnes suivies, en particulier celles qui marginalisent des personnes en raison de leur race, de leur culture et de leur statut socio-économique (Falicov, 2009 ; Lappin et Hardy, 1997 ; McDowell et Shelton, 2002). Ce texte s’efforce de rendre opérationnelle, de manière spécifique, la philosophie qui sous-tend un modèle de formation centré sur le « soi », en prolongeant et en enrichissant la prémisse de Sprenkle et al. selon laquelle l’usage de soi dans le processus relationnel intime de la thérapie est fondamental pour la formation des psychothérapeutes.

Les facteurs communs

L’approche des écoles thérapeutiques par les facteurs communs continue de retenir une attention considérable dans le champ de la psychothérapie (Sprenkle, D. H. et Blow, A. J., 2004a ; Sprenkle, D H., Davis, S. D. et Lebow, J. L., 2009 ; Simon, 2006). Sa prémisse centrale se résume ainsi :

En bref, ce paradigme suggère que la psychothérapie fonctionne principalement non pas grâce aux apports propres d’un modèle thérapeutique particulier ou d’un ensemble d’interventions spécifiques (ce que nous appelons le paradigme du changement guidé par le modèle), mais plutôt grâce à un ensemble de facteurs communs ou de mécanismes de changement qui traversent toutes les thérapies efficaces. (Sprenkle, D. H., Davis, S. D. et Lebow, J. L., 2009, p. 2)

Cette pensée ne restreint pas le pouvoir de changement à un modèle thérapeutique particulier, et cherche à identifier divers facteurs communs qui influencent le cours et l’efficacité de la thérapie, quel que soit le modèle. L’usage que les thérapeutes font de leur personne dans leur travail n’est que l’un de ces facteurs. La perspective POTT, qui porte à la fois sur l’humanité personnelle de la personne thérapeute et sur sa position sociale, constitue un tel facteur ; elle inclut les dynamiques spirituelles, philosophiques, culturelles et sociopolitiques de la société, qui concernent toutes le processus thérapeutique et qui sont, pensons-nous, des facteurs particulièrement décisifs dans les aspects philosophiques variés, conflictuels et disjoints de notre société actuelle. De plus, la position POTT vise à favoriser une approche intégrative de la thérapie en identifiant un noyau cohérent de processus personnels de la personne thérapeute, commun à tous les modèles de thérapie, ainsi que le contexte psychosocial complexe dans lequel nous vivons.

Sprenkle et Blow (2004a, p. 114) désignent l’« alliance thérapeutique élargie », c’est-à-dire celle de la personne thérapeute avec la famille et avec les sous-systèmes de la famille, comme un facteur commun « propre » à la thérapie conjugale et familiale. Cela place la personne thérapeute dans des relations plus complexes que la relation duelle de la thérapie individuelle. L’article signale aussi comment « l’attention s’est déplacée vers l’alliance thérapeutique, qui est, par définition, le produit conjoint de la personne thérapeute et de la personne suivie » (p. 122). Il indique que « la relation thérapeutique est le facteur commun le plus étudié dans la recherche en thérapie conjugale et familiale » (p. 122). Selon cet article, la recherche montre que les « compétences relationnelles » de la personne thérapeute sont « une composante largement valorisée des facteurs communs » (p. 123). De notre point de vue, c’est un argument convaincant pour renforcer la part de la formation consacrée à l’usage de soi par la personne thérapeute, qui devrait selon nous inclure le contexte psychosocial et politique de la société dans la préparation des psychothérapeutes de notre champ.

De fait, l’influence de ce que les thérapeutes apportent de leur personne au processus thérapeutique est présente depuis les débuts de la thérapie par la parole, au début des années 1900, lorsque Freud a identifié le contre-transfert de la personne thérapeute, une projection inconsciente de ses problèmes personnels sur le processus thérapeutique ; il le jugeait problématique et appelait à un travail pour extirper ces éléments personnels toxiques par l’analyse didactique de la personne thérapeute (Freud, 1964). Dans les années 1940, Theodore Reik (1948) a parlé d’écouter avec la « troisième oreille », une forme de conscience de soi par laquelle les thérapeutes peuvent être sensibles et attentifs à ce que les personnes soignées communiquent à travers l’expérience intérieure que les thérapeutes font de leur propre personne pendant leur engagement dans le processus thérapeutique avec elles ; autrement dit, cette troisième oreille « écoute » la personne soignée en élargissant l’écoute aux expériences et aux réactions intérieures des thérapeutes envers elle. Dans cette perspective, le contre-transfert des thérapeutes pouvait devenir un instrument thérapeutique utile. Dans les années 1960, Otto Kernberg (Bochner, 2000, p. 117) a forgé l’expression de contre-transfert totaliste, pour désigner la « réaction émotionnelle totale de l’analyste envers la personne en analyse », une notion qu’avait anticipée Donald Winnicott, figure de la théorie des relations d’objet. Là encore, c’était un pas vers une vision constructive de ce que les thérapeutes apportent de leur soi psychologique à la relation thérapeutique : quelque chose dont il faut avoir conscience et dont on peut se servir comme d’un outil thérapeutique.

Passons aux perspectives systémiques de Murray Bowen (1972) et de Virginia Satir (2000), qui ont fait entrer cet intérêt pour la conscience de soi des thérapeutes dans le monde de la thérapie familiale et en ont fait des pierres angulaires de la formation des thérapeutes à la pratique de la thérapie. Leurs modèles de formation mettaient l’accent non seulement sur la conscience de soi des thérapeutes, mais aussi sur la guérison de soi que les thérapeutes pouvaient trouver dans le contexte de leur famille d’origine. Pour l’une comme pour l’autre approche, le fait que les thérapeutes parviennent à mieux résoudre leurs propres problèmes familiaux pouvait avoir un effet direct sur l’efficacité de leur thérapie.

En toute logique, l’étude de Joan Cook, Tatyana Biyanova, Jon Elhai, Paula Schnurr et James Coyne (2010) a constaté que les techniques relevant des facteurs communs orientés vers la relation sont « ce que les praticiennes et praticiens considèrent comme les mécanismes les plus importants pour favoriser l’amélioration des personnes soignées en psychothérapie » (p. 265). Norcross et Wampold ont pour leur part conclu, au terme des travaux d’un groupe de travail sur les relations thérapeutiques fondées sur des données probantes, qu’« adapter ou ajuster la relation thérapeutique aux caractéristiques propres de la personne soignée (en plus du diagnostic) renforce l’efficacité du traitement » (2011). Simon (2006, p. 343) porte tout ce débat entre modèles thérapeutiques et personne de la personne thérapeute comme facteur commun à un niveau plus personnel pour la personne thérapeute, en proposant que « la voie de l’efficacité maximale, pour tout thérapeute, est de vivre la thérapie qu’il ou elle pratique comme étant “sa” thérapie, un mécanisme d’expression de soi de sa vision profonde de la condition humaine ». Quoi qu’il en soit, les théories systémiques ont placé la relation interactive et interdépendante entre personne thérapeute et personne suivie au centre de leur conception d’une expérience thérapeutique porteuse de guérison.

Alors, qu’est-ce qui distingue, dans les perspectives des facteurs communs des théories systémiques actuelles, la formation des thérapeutes dans le modèle de formation Person-of-the-Therapist ? En formation, plutôt que de mettre d’abord l’accent sur la guérison des blessures émotionnelles des thérapeutes, il porte en priorité sur la maîtrise de l’usage de soi, avec une attention particulière aux vulnérabilités émotionnelles propres aux thérapeutes dans l’engagement thérapeutique avec les personnes suivies, afin de potentialiser, dans le moment présent, les compétences techniques des thérapeutes pour former avec ces personnes une relation thérapeutique qui facilite une évaluation plus complète et des interventions plus efficaces. Cette approche reflète une vision qui met en avant ce que les thérapeutes apportent délibérément de leur personne formée, en ajoutant profondeur et résonance à leur formation technique dans le processus thérapeutique. Diverses voix de la pensée systémique, issues de modèles thérapeutiques très différents, ont souligné l’importance de ce potentiel dans le processus thérapeutique (Bennett-Levy, J., 2005), ce que ce texte considère comme la reconnaissance d’un facteur commun aux thérapies par la parole.

Pour citer par exemple Salvador Minuchin, dans une période récente (2017, p. 37) :

En 1975, quand j’ai écrit Families and Family Therapy… je pensais que tout ce que les thérapeutes avaient à faire pour traduire leur intérêt pour la compréhension des familles en efficacité thérapeutique, c’était de développer un alphabet de compétences… Mais à mesure que j’ai acquis de l’expérience dans la formation de thérapeutes à ces techniques, il est devenu clair que les techniques, à elles seules, n’étaient pas si utiles. C’était la personne même des thérapeutes qui était l’instrument du changement.

Sprenkle et ses collègues (2009, p. 4) ont affirmé :

Les qualités et les capacités de la personne qui offre le traitement comptent davantage que le traitement lui-même.

Carl Rogers (1961, p. 44) le dit ainsi :

Ce sont les attitudes et les sentiments de la personne thérapeute, plutôt que son orientation théorique, qui importent.

Les mots de Virginia Satir (2000, p. 26) :

Pouvons-nous tenir pour acquis que le soi de la personne thérapeute est un facteur essentiel du processus thérapeutique ?

Former les thérapeutes à l’usage thérapeutique de soi

Même là où l’on s’accorde sur la valeur positive potentielle de ce que le soi de la personne thérapeute peut apporter à la conduite de la thérapie, les accents diffèrent dans le champ quant aux objectifs et aux méthodes de la formation de ce « soi » de la personne thérapeute. Traditionnellement, il s’agit surtout d’aider les thérapeutes à résoudre leurs problèmes personnels pour éviter de nuire aux personnes suivies, tout en visant aussi à leur permettre de s’engager avec plus de sensibilité, d’empathie et de discernement dans leur travail avec ces personnes.

Edward Titchener (1909) a été le premier à forger le mot « empathie » à propos de la manière dont les thérapeutes entrent en relation avec les personnes soignées, un mot qui désignait essentiellement le fait de ressentir avec la personne soignée. Reste pourtant la question de savoir comment former concrètement des thérapeutes à ressentir avec les personnes suivies, autrement dit à partager leur expérience. Cela dépend bien sûr beaucoup des objectifs de la formation du soi.

Des figures majeures de notre champ parlent à maintes reprises de la nécessité de la présence auprès de la personne suivie (Sude, M. E. et Gambrel, L. E., 2016). Satir (p. 24), par exemple, déclare :

J’ai appris que lorsque je suis pleinement là avec la personne soignée ou la famille, je peux me mouvoir thérapeutiquement avec beaucoup plus d’aisance. Quand je suis en contact avec moi-même, avec mes sentiments, mes pensées, avec ce que je vois et entends. Je suis capable d’entrer davantage en contact avec l’autre personne.

Pour l’essentiel en accord avec cela, la perspective POTT formule ainsi la « présence » : les thérapeutes s’engagent personnellement auprès des personnes suivies, mais de façon sélective et délibérée, selon ce dont chacune a besoin, de manière à faire l’expérience de ces personnes consciemment, telles qu’elles sont vues, et intuitivement, telles qu’elles sont ressenties. Il s’agit d’une utilisation délibérée du personnel dans le cadre et au service du processus thérapeutique. C’est un usage professionnel du soi personnel pour aider à atteindre les objectifs de la thérapie, à des niveaux conscients et subconscients. Nous supposons ici que c’est implicite dans la manière dont Satir a formulé le processus. La perspective POTT met toutefois l’accent sur une formation structurée et systématique des thérapeutes à l’usage stratégique de leur personne dans le processus thérapeutique, afin de potentialiser leur efficacité professionnelle en humanisant, d’une manière émotionnellement intime, leurs outils techniques au sein de la relation thérapeutique.

Dans une étude, Kissil et Niño (2011) proposent que « des modèles comme POTT, centrés sur l’accueil de notre vulnérabilité, peuvent aider à plus d’acceptation et de bienveillance envers soi-même dans la pratique clinique (p. 1) ». L’étude rapporte ensuite ceci :

Quarante-neuf personnes participantes ont fait état de changements dans leurs relations [personnelles]. Elles ont écrit avoir une plus grande capacité à être authentiques, ouvertes et vulnérables dans leurs relations [personnelles] (p. 6).

De toute évidence, du point de vue de l’objectif d’une formation centrée sur la personne, ce type de changement personnel dispose les personnes en formation à plus d’ouverture émotionnelle et d’empathie envers les personnes qu’elles suivent et envers leurs difficultés. Ce type de résultat a été rapporté par diverses recherches sur le modèle de formation POTT (Apolinar Claudio et Watson, 2018 ; Kissil et al., 2018), ainsi que par des récits personnels de personnes formées ayant publié leur propre expérience, comme Lutz et Irizzary (2009).

La philosophie sous-jacente en pratique

Pour examiner la conduite de cette approche systématique de la formation à l’usage du « soi » par la personne thérapeute, illustrons-la par la philosophie qui sous-tend le modèle de formation Person-of-the-Therapist :

Le modèle POTT (sans nier l’importance de travailler à la résolution des problèmes personnels) met l’accent sur l’usage formé, conscient, sélectif et délibéré du « soi » par la personne thérapeute, tel qu’il est, au moment de l’engagement thérapeutique. Il va jusqu’à insister sur un travail conscient à partir de la personne même des thérapeutes et de leur expérience de vie, ainsi que des perspectives socioculturelles, mais avec un accent particulier sur leurs blessures émotionnelles et psychologiques (leurs thèmes signatures), afin de pouvoir, avec empathie, entrer en relation avec les difficultés personnelles des personnes suivies dans leur contexte socioculturel, les comprendre et y accéder (Aponte, 1985 ; Aponte et Méndez, 2014 ; Quinn, 2012 ; Watson, 2019).

Beaucoup de personnes souffrent de supposer que leurs dysfonctionnements émotionnels tiennent à une vulnérabilité de caractère qui leur serait propre ; nous comprenons cette souffrance, mais seulement parce que nous partons du principe que ce manque est inscrit, sous une forme ou une autre, dans l’humanité de chaque personne. Ces souffrances émotionnelles sont universellement au cœur de notre cheminement humain (Nouwen, 1972). Ce sont des épreuves qui font partie intégrante du chemin de croissance vers notre potentiel humain (Nouwen, 1972, p. 93). La prémisse est que ce socle commun de notre humanité vulnérable partagée fonde la composante humaine de la relation thérapeutique (l’empathie) entre personne thérapeute et personne suivie, à son niveau le plus profond.

L’objectif essentiel de la formation POTT, qui doit être commun à toute formation de psychothérapeutes, est de rendre les thérapeutes en devenir capables de s’identifier personnellement aux personnes suivies tout en observant, en analysant et en dirigeant professionnellement ce « soi » qu’est la personne thérapeute, pour conduire avec sensibilité et expertise le processus thérapeutique : identification personnelle et différenciation professionnelle. En pratique, cela signifie que, pendant que les thérapeutes se mettent avec empathie à la place de la personne suivie, les thérapeutes se tiennent aussi en dehors du processus thérapeutique (au cœur duquel se trouve la relation), dans une posture professionnelle qui analyse la rencontre et pilote leur manière de travailler avec les personnes suivies. Le but est de s’efforcer de former ce que Sprenkle et ses collègues appellent (p. 10) « les “variables de la personne thérapeute” (les caractéristiques de la personne thérapeute qui contribuent au résultat [thérapeutique]) ».

L’accent que le modèle POTT met sur l’humanité imparfaite des thérapeutes a pour racine la volonté de rendre aussi possible que chaque thérapeute le peut le fait de marcher avec empathie dans les pas des personnes suivies, en résonance avec elles et en prenant soin d’elles (Frankl, 1963). Pour citer Viktor Frankl (1963, p. 176) : « L’amour est la seule façon de saisir un autre être humain au cœur le plus intime de sa personnalité. » Pour que les thérapeutes rejoignent la souffrance des personnes suivies, cette souffrance ne peut être véritablement rejointe, et trouver une résonance, qu’à travers la propre souffrance des thérapeutes. Cela se produit toutefois dans une expérience de guérison lorsqu’une personne thérapeute « est chez soi dans sa propre maison » (Nouwen, 1972, page 90), c’est-à-dire en paix avec ses propres blessures, « comprises comme des blessures inhérentes à la condition humaine » (p. 93), avec une vision de la vie selon laquelle « nous pouvons mobiliser [ces douleurs] dans une recherche commune de la vie, [de sorte que] ces douleurs mêmes se transforment d’expressions du désespoir en signes d’espérance » (p. 93). Cela veut dire les considérer comme des défis qui nous poussent à nous dépasser à travers elles, pour mieux nous connaître et pouvoir utiliser ces douleurs afin de nous motiver à surmonter nos propres obstacles émotionnels et à devenir meilleurs. Autrement dit, ce travail des thérapeutes sur soi devrait commencer par un engagement dans notre propre cheminement vers le changement et la croissance, un objectif que le modèle POTT partage avec tant d’autres approches de formation à l’usage de soi.

Les objectifs de la formation POTT reflètent à bien des égards les « trois dimensions essentielles de la personne thérapeute qui mènent à une thérapie réussie : l’empathie, le regard positif et la congruence » de Carl Rogers (Sprenkle et al., 2009, p. 20). Et je voudrais souligner ici que l’« acceptation chaleureuse de chaque aspect de l’expérience de la personne suivie » que Rogers promouvait chez les thérapeutes (Sprenkle et al., 2009, p. 20) doit commencer par l’acceptation empathique, par les thérapeutes, de leur propre condition humaine. Tout cela conduit à détailler les cinq objectifs centraux de POTT, dont nous supposons qu’ils sous-tendent, sous une forme ou une autre, toute formation à l’usage de soi :

  • La conscience de soi (des expériences intérieures passées et actuelles)
  • Le contact avec nos problématiques centrales (thèmes signatures) :
  • La reconnaissance et l’acceptation de notre humanité imparfaite
  • La capacité d’accéder à ces difficultés personnelles (défaillances et victoires) pour entrer en résonance avec celles du parcours des personnes suivies
  • La capacité d’utiliser ces aspects personnels de soi au service de la relation, de l’évaluation et des interventions de la thérapie, dans le processus thérapeutique.

La formation

Comment accomplir tout cela ? Nous proposons ici un exemple de la manière dont cette formation à l’usage du « soi » peut être menée. S’il existe certainement de nombreux formats pratiques pour atteindre les objectifs de la formation, nous voulons présenter à titre d’exemple trois composantes de base du modèle POTT autour desquelles s’organise la formation du soi, ainsi qu’un fil qui parcourt toute la formation. Les trois composantes sont les suivantes :

  1. Apprendre à connaître son thème signature et être en contact avec lui (la difficulté personnelle centrale de sa vie [problématique centrale et ses dérivés]), c’est-à-dire une vulnérabilité émotionnelle qui constitue la ou les questions difficiles de sa vie (Aponte, 2017 ; Aponte et Kissil, 2014). Il s’agit d’une problématique, avec ses dérivés, qui permet d’éprouver de l’empathie pour les difficultés des personnes suivies et de les comprendre, ainsi que les défis qu’elles rencontrent pour surmonter les obstacles que ces vulnérabilités opposent à une vie saine et constructive.
  2. Prendre conscience sur le moment, jusqu’à en acquérir la familiarité et l’aisance, de la manière dont nos problématiques personnelles peuvent influencer, en thérapie, notre façon de percevoir les personnes suivies et leurs problèmes, de nous rapporter à elles et d’intervenir pour les aider à affronter leurs difficultés. Les parallèles approximatifs de nos propres parcours de vie devraient nous éclairer sur ceux des personnes suivies, en nous aidant à faire preuve de sensibilité, de résonance et d’intuition quant à ce dont elles ont besoin de notre part pour nous faire confiance, puis pour risquer le changement avec notre aide.
  3. Développer l’aisance et les compétences, dans la pratique de notre thérapie, qui reposent sur notre capacité à utiliser consciemment et délibérément, en accord avec notre compétence technique, nos intuitions personnelles sur nous-mêmes et notre empathie humaniste envers les autres. Notre but d’ensemble est de pouvoir intégrer efficacement notre « personne » à la manière dont nous travaillons avec les outils techniques que nous avons appris à utiliser dans le processus thérapeutique.

Dans le programme de formation de Drexel, où nous appliquons actuellement cette approche, nous consacrons, en première année, le premier des trois trimestres à travailler avec les personnes en formation, en présence de leur cohorte, sur la compréhension de leur propre humanité vulnérable, en identifiant la nature et la source de leurs thèmes signatures. Au deuxième trimestre, nous travaillons avec elles, par des jeux de rôle et l’observation d’enregistrements vidéo de leurs séances avec des personnes suivies, pour parvenir à la conscience de soi pendant l’engagement thérapeutique. Au troisième et dernier trimestre, nous offrons à chaque personne en formation des expériences supervisées en direct, pendant lesquelles elle travaille avec une famille ou un couple simulés, incarnés par des personnes comédiennes expérimentées et formées, engagées à cet effet ; la personne y est guidée dans l’usage conscient d’elle-même vers une conduite réussie, sur le plan personnel, d’une séance clinique. Il ne s’agit pas seulement de l’expérience avec les personnes simulées : à la fin de cette séance, les personnes en formation reçoivent aussi un retour de leurs « clients » : comment ces personnes simulées ont vécu leur façon d’entrer en relation, de montrer leur compréhension et d’apporter une aide thérapeutique. Tout au long de cette première année de formation, le fil qui relie l’ensemble est le journal hebdomadaire tenu par les personnes en formation sur ce qu’elles ont appris dans chacun de leurs cours ; elles le partagent avec l’équipe enseignante, qui fait un retour sur le journal de chaque semaine afin d’approfondir et de développer ce qui y est rapporté.

Toucher à la fois le « professionnel » et le « personnel » de la personne thérapeute

Dès le tout début de cette expérience de formation, l’objectif explicite a été de développer le potentiel thérapeutique des thérapeutes en devenir. Le but n’a pas été la guérison de leurs problèmes émotionnels ou familiaux. Pourtant, les personnes en formation ont constamment fait savoir que la formation les avait aussi profondément touchées sur le plan personnel, et ce que cela avait signifié pour leur développement de thérapeutes (Aponte, 1994b ; Kissil et al., 2018).

Voici (avec l’autorisation écrite de l’étudiante) ce qu’une étudiante a écrit à la fin du deuxième trimestre, consacré à la prise de conscience de soi pendant la conduite de la thérapie.

Mon thème signature, c’est une faible estime de moi. Cela peut se voir dans mon manque de confiance, dans le sentiment de ne pas être à la hauteur et, souvent, de ne pas compter dans la vie. Le fait de lutter contre la dépression joue aussi un rôle dans ma faible estime de moi, et j’ai le sentiment que beaucoup de mes sentiments négatifs envers moi-même viennent de là. Ma faible estime de moi vient aussi de la dynamique de ma relation avec mes parents et de leur manque de soutien, de leur incapacité à valider mes sentiments et mes expériences. C’est toute cette expérience POTT qui m’a amenée à faire ces observations sur moi-même. Au début, je ne me rendais pas compte à quel point ma faible estime de moi affecte mon fonctionnement quotidien et ma manière de traverser la vie. En apprenant à mieux me connaître, à connaître mes déclencheurs et mes facteurs de stress à travers ces présentations, ma compréhension de mon thème signature a évolué.

Ma première expérience d’un jeu de rôle improvisé a été pour moi une expérience d’apprentissage. Elle m’a permis de mieux comprendre exactement comment, où et quand mon thème signature fait surface dans mon travail clinique. J’ai pris conscience que j’ai tendance à me fermer face à des personnes négatives ou hostiles, parce que je commence à me sentir détestée par elles, et que cela me met mal à l’aise. Cela diminue encore ma confiance en moi et me pousse à me retirer ou à me concentrer sur des personnes plus agréables. J’ai aussi pris conscience que j’ai tendance à éviter le conflit, parce que je manque de confiance en moi pour sentir que je peux gérer un conflit et le traverser efficacement avec les personnes que je reçois.

Pendant tout ce trimestre, j’ai vraiment réfléchi à mon thème signature et à la manière dont il affecte ma vie chaque jour. Plus précisément, au cours des derniers mois, j’ai remarqué que ma faible estime de moi m’empêchait de prendre certains risques dans la vie et d’être la personne que je veux vraiment être. J’ai remarqué que, même si je suis consciente de mon thème signature, je n’avais toujours pas fait assez d’efforts pour travailler sur la façon dont je me vois. J’ai commencé à voir comment, à cause de ma faible estime de moi, je laisse les autres prendre soin de moi et je compte sur les autres pour me valider. Je vois comment cela se joue à la fois dans mes relations amoureuses et dans ma relation avec mes parents. Pendant ce trimestre, j’ai vécu une rupture. Ce processus de rupture m’a permis de réfléchir à moi-même et à mon thème signature. J’ai pris conscience que j’utilise les relations comme une béquille et comme une raison de me sentir à la hauteur, ce qui me permet d’éviter de faire un travail sur moi. Quand la relation se termine, mon estime de moi s’effondre, et je prends conscience à quel point il était destructeur de laisser une relation définir ma valeur. Pour avoir une relation saine, de quelque type que ce soit, je dois faire le travail nécessaire pour m’aimer et m’accepter vraiment telle que je suis.

Mes expériences de ce trimestre m’ont permis de voir plus clairement comment mon travail clinique peut être affecté par mon thème signature. J’ai remarqué que j’ai peur du rejet, parce que je ne me sens pas toujours à la hauteur pour la personne que je reçois, surtout quand je n’arrive pas à évaluer la qualité de notre affiliation ou que je ne sens pas que l’affiliation s’est faite. J’apprends à être moins réservée dans mon travail clinique, à m’utiliser moi-même et à être plus affirmée avec les personnes que je reçois. Pourtant, j’ai encore du mal à me sentir assez sûre de moi en séance pour poser certaines questions ou dire certaines choses quand je sens que cela pourrait mettre la personne mal à l’aise ou la conduire à ne pas m’apprécier. Dans le même ordre d’idées, [mon] expérience du jeu de rôle m’a aussi permis de voir comment j’évite le conflit dans mon travail clinique et comment, ce faisant, je peux m’empêcher de progresser avec les personnes que je reçois. J’ai remarqué que j’ai plus de difficultés avec les clients masculins, et j’ai le sentiment que cela tient à mes expériences avec les hommes tout au long de ma vie, qui m’ont amenée à me sentir inférieure à eux. C’est quelque chose dont je dois rester consciente en séance et que je dois particulièrement travailler à surmonter. En outre, ce trimestre, j’ai appris que je dois davantage me concentrer sur le fait d’être présente en séance et de rester dans le moment, plutôt que de me focaliser sur la solution. Je suis souvent tellement prise par la manière de régler le problème que j’oublie de rejoindre la personne là où elle en est et d’écouter simplement ce qu’elle me dit.

Le plus frappant, pour nous, dans ce texte de l’étudiante, c’est à quel point sa conscience de soi nouvellement acquise imprégnait à la fois sa vie personnelle et son travail clinique. Et en particulier la clarté avec laquelle elle a pu en aborder l’effet sur sa manière d’entrer en relation et de travailler avec les personnes qu’elle recevait. Comme on l’a indiqué plus haut, le troisième trimestre allait lui donner une expérience plus approfondie du travail avec des personnes simulées très réalistes, lors de la séance supervisée menée avec les personnes comédiennes dans la séance clinique simulée. La deuxième année de formation lui offrira une supervision des cas réels dont elle a la charge, qui s’appuiera surtout sur des extraits vidéo de rencontres cliniques.

Conclusion

En somme, le soi personnel est reconnu de longue date comme un élément décisif dans le champ de la psychothérapie, et il a été abordé de diverses manières : d’une vision toxique, comme dans le contre-transfert, à un facteur à travailler pour former une personne thérapeute, comme dans la différenciation d’avec la famille, puis à un facteur à considérer dans une perspective à la fois personnelle et sociale, et enfin à un outil à utiliser délibérément pour mieux entrer en relation avec les personnes suivies et intervenir auprès d’elles. Il y a un progrès, dans la mesure où il a été caractérisé comme un facteur commun du processus thérapeutique. Et l’on insiste beaucoup aujourd’hui pour y voir un facteur qui peut et doit être utilisé activement et délibérément pour mieux entrer en relation avec les personnes suivies, les comprendre, elles et leurs problèmes, et pour nous guider, en tant que thérapeutes, dans la manière d’intervenir auprès d’elles avec habileté et sensibilité. Cela nous a lancé le défi de développer des manières de former les thérapeutes à l’usage délibéré du soi, quel que soit le modèle thérapeutique que nous choisissons pour guider le processus thérapeutique. Je crois cependant que nous avons fait davantage de progrès dans la formation à l’usage de soi en lien avec la psychologie des personnes suivies que dans la manière d’intégrer les éléments sociaux de nos contextes de vie à la philosophie et aux techniques de formation que nous avons élaborées sur l’usage de notre personne, pour comprendre et utiliser les éléments sociaux de notre société dans notre vision de la nature essentielle du processus thérapeutique. Pour conclure, il me semble que la formation des thérapeutes à l’usage de soi doit être beaucoup plus largement ouverte aux perspectives sociales, et davantage étudiée et formalisée, non seulement en lien avec le processus thérapeutique, mais aussi dans nos approches de la formation des thérapeutes, afin qu’elle puisse, à terme, être formellement établie comme une pierre angulaire de toute formation en psychothérapie.

Complexe Systémique : à retenir

Le texte déplace une question ancienne. Depuis Freud, le soi de la personne thérapeute est surtout un problème à neutraliser : contre-transfert, analyse didactique, travail sur la famille d’origine chez Bowen. Le modèle POTT ne conteste pas ce travail, mais en change le centre de gravité : ce qui compte est l’usage, en séance, de ce qu’on est au moment même, vulnérabilités comprises. Le « thème signature », cette blessure qui traverse une vie, devient une voie d’accès à l’empathie plutôt qu’un défaut à corriger. Pour une lecture systémique, on retrouve là une parenté avec la résonance au sens de Mony Elkaïm : ce qui se joue chez la personne thérapeute renseigne sur le système qu’elle rejoint. L’intérêt pratique tient au dispositif de Drexel, en trois trimestres, avec jeux de rôle, séances simulées et journal hebdomadaire. La limite est celle d’un texte de position : l’efficacité du modèle est affirmée plus que démontrée, et l’appel final à intégrer les dimensions sociales reste un programme. À lire avec l’article sur le travail sur la personne du thérapeute, et avec l’article sur la résonance en thérapie systémique.

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Traduction non officielle en français de L’âme de la thérapie : l’usage de soi de la personne thérapeute dans la relation thérapeutique, par Harry J. Aponte, Contemporary Family Therapy, vol. 44, no 2 (2022), doi : 10.1007/s10591-021-09614-5, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.

Traduction française non officielle de « The Soul of Therapy: The Therapist’s Use of Self in the Therapeutic Relationship », publié dans Contemporary Family Therapy (2022) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.

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Comment citer cet article

Aponte, H. J. (2022). L’âme de la thérapie : l’usage de soi de la personne thérapeute dans la relation thérapeutique (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-ame-de-la-therapie-l-usage-de-soi-de-la-personne-therapeute (Œuvre originale publiée en 2021 dans Contemporary Family Therapy, 44(2), 136-143 (2022) ; republiée en 2022 par Contemporary Family Therapy, https://link.springer.com/article/10.1007/s10591-021-09614-5)

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