Journal of Child and Family Studies · Famille
Quand le conflit entre parents devient fréquent et hostile, il pèse sur les parents comme sur l’enfant. Les programmes qui le ciblent tiennent-ils leurs promesses ? L’équipe londonienne de Hannah Hopson, avec Peter Fonagy, a passé en revue 23 études et 25 interventions, dont neuf variantes de Triple P : le format de groupe réussit mieux, les pères profitent moins, et aucune des études retenues ne mesure l’attachement.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de L’efficacité des interventions ciblant le conflit interparental pour améliorer le devenir des familles : une revue systématique, par Hannah L. Hopson, Peter Fonagy et Camilla Rosan, publié dans Journal of Child and Family Studies (Springer) (2026), doi : 10.1007/s10826-025-03254-1, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par le Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Les tableaux sont présentés sous forme de listes ; les annexes en ligne ne sont pas reprises. Cette traduction n’a été effectuée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent ni de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Les interventions parentales réduisent en général plus efficacement le conflit interparental lorsqu’elles sont menées en groupe.
Hannah L. Hopson, Peter Fonagy et Camilla Rosan
Résumé
Le conflit est une caractéristique universelle des relations, mais lorsque certains comportements deviennent très fréquents et intenses, ils peuvent avoir des conséquences négatives durables. Chez les adultes qui exercent ensemble la parentalité, un tel conflit peut peser sur le bien-être parental, l’adaptation de l’enfant et son développement social. Pour contrer ces effets, plusieurs interventions parentales ciblant le conflit interparental (CIP) ont été mises au point afin d’améliorer le devenir des familles. L’efficacité de ces interventions reste toutefois quelque peu ambiguë. Une compréhension d’ensemble des données existantes est indispensable pour guider la mise en œuvre de tels programmes et favoriser la conception de futures interventions. Nous avons mené une revue systématique pour examiner l’efficacité des interventions parentales sur le CIP, les comportements parentaux et le devenir de l’enfant. Nous avons pris en compte toutes les données pertinentes publiées jusqu’en octobre 2024. La littérature suggère que les interventions parentales ciblant le CIP peuvent être particulièrement efficaces pour le réduire lorsqu’elles sont proposées en groupe. Une partie des interventions examinées semble améliorer efficacement divers aspects du devenir familial, dont le CIP, l’adaptation et les difficultés de comportement de l’enfant, et les pratiques parentales négatives. Les premiers résultats indiquent que diverses interventions parentales peuvent réussir à atténuer le CIP et à améliorer le devenir des familles. Faute de données suffisantes, nous ne pouvons toutefois pas tirer de conclusions définitives. D’autres recherches sont nécessaires pour élargir la littérature sur l’usage de ces interventions auprès de populations et de groupes d’âge variés, et pour vérifier les données présentées dans cette revue. L’article discute aussi plusieurs lacunes des données actuelles et propose des pistes pour la conception et l’évaluation des futures interventions.
Mots-clés : conflit interparental, intervention, parentalité, développement de l’enfant, période périnatale
Le conflit est un aspect ordinaire de toutes les relations. Toutefois, un conflit marqué par une forte intensité et une grande fréquence peut peser lourdement sur la relation de couple et le bien-être individuel (Birditt et al., 2010 ; El-Sheikh et al., 2013). C’est particulièrement important dans les relations coparentales, où le conflit interparental (CIP) peut influer sur le devenir des enfants (O’Hara et al., 2023). Si le conflit est souvent difficile à définir, cet article le conçoit comme des situations qui « surviennent fréquemment, s’expriment avec hostilité et sont mal résolues » (Harold et al., 2016). Cette définition distingue nettement le conflit des violences conjugales, qui traduisent un déséquilibre de pouvoir (Department for Work and Pensions, 2017).
La revue explore un sous-ensemble de recherches portant sur des enfants de 0 à 5 ans.
Plusieurs interventions adaptées aux familles ayant des enfants de 0 à 5 ans sont identifiées.
La revue souligne la nécessité de poursuivre la conception et l’évaluation d’outils de mesure du conflit interparental.
Plusieurs lacunes de la littérature sont présentées, ainsi que des recommandations pour de futures recherches au service du développement de l’enfant.
Le conflit au sein des couples coparentaux oscille naturellement au fil de la relation et contribue de manière constante à toute une série d’effets sur la famille (Totenhagen et al., 2016). Les comportements de conflit constructifs des parents, souvent marqués par des stratégies de communication positives, la résolution de problèmes, la négociation et la coopération, sont en général associés à un meilleur devenir familial, en particulier pour le développement de l’enfant (McCoy et al., 2009). À l’inverse, l’effet des comportements destructeurs de résolution des conflits paraît néfaste. Les comportements de conflit destructeurs (colère, attitude défensive, accusations, retrait) sont associés à un risque accru de symptômes de santé mentale chez les parents, de séparation du couple et de troubles internalisés ou externalisés chez l’enfant (Birditt et al., 2010 ; El-Sheikh et al., 2013 ; Warmuth et al., 2020).
Les lourdes implications du CIP pour les familles ont suscité plusieurs théories sur le chemin qui relie le CIP à ces effets. Par exemple, la théorie de la sécurité émotionnelle (Cummings et Davies, 1996) postule que le lien entre CIP et inadaptation de l’enfant repose sur une peur non résolue après l’exposition à un conflit exacerbé. La perspective théorique la plus marquante reste toutefois l’hypothèse de débordement (spillover) (Easterbrooks et Emde, 1988), selon laquelle un CIP fréquent peut accroître le stress parental au fil du temps (van Dijk et al., 2020). Ces difficultés peuvent « déborder » sur les comportements parentaux, en réduisant la capacité des parents à répondre de façon adaptée aux signaux de leur enfant, et altérer ainsi la qualité de la parentalité (Zhou et al., 2017). Cette théorie est étayée par des recherches qui relient des niveaux plus élevés de CIP à un recours accru à des pratiques parentales négatives, elles-mêmes associées à un devenir défavorable de l’enfant (van Dijk et al., 2020).
Les théories évoquées ci-dessus ont fondé la conception d’interventions visant à améliorer les stratégies de résolution des conflits dans les couples. L’objectif premier des interventions ciblant le CIP est de favoriser des pratiques parentales positives et d’améliorer la relation coparentale par des thérapies de couple, familiales et de groupe (Harold et al., 2016). L’importance de ces interventions ne fait pas de doute, et elles ont été volontiers intégrées aux services de santé des sociétés occidentales. Aux États-Unis, par exemple, les couples engagés dans une procédure judiciaire de divorce sont souvent tenus de participer à des interventions ciblant le CIP (Fackrell et al., 2011). En Angleterre, diverses interventions parentales ont été rendues accessibles par les services du NHS dans le cadre du programme gouvernemental Reducing Parental Conflict (RPC, Réduire le conflit parental) (Department for Work and Pensions, 2021). Le recours à ces interventions est largement soutenu, comme le souligne la revue de Harold et al. (2016). L’équipe de Harold concluait que les interventions parentales ciblant le CIP réussissent à améliorer les comportements de conflit interparental, la communication parentale, la satisfaction relationnelle et le devenir positif de l’enfant. De même, la revue de Harold et Sellers (2018) associait les interventions ciblant le CIP à une amélioration de la qualité de la relation de couple, de la communication, de la coparentalité et des symptômes dépressifs parentaux. La revue la plus récente datant toutefois de sept ans, il est concevable que des données plus récentes sur l’efficacité des interventions ciblant le CIP soient depuis devenues disponibles.
Si le conflit fluctue généralement tout au long de la vie familiale, on observe souvent des escalades lors du passage à la parentalité (Huss et Pollmann-Schult, 2020). La grossesse et la période périnatale peuvent accroître le stress et les difficultés d’adaptation aux nouveaux rôles au sein du couple (Delicate et al., 2018). Ces facteurs de stress peuvent amplifier la détresse relationnelle et les niveaux de CIP, et rendre les familles plus vulnérables au CIP et à ses effets négatifs. Cette période apparaît donc comme un moment opportun, où des interventions pourraient se montrer particulièrement efficaces pour atténuer les conséquences à long terme d’un CIP destructeur. Une part importante des recherches sur les interventions ciblant le CIP porte cependant sur des familles ayant des enfants plus âgés, jusqu’à 18 ans. Cette limite vaut aussi pour la revue de Harold et al. (2016), qui laissait de côté les données concernant les enfants de moins de 5 ans, ce qui crée une lacune notable dans les connaissances sur l’effet de l’intervention précoce.
Nous avons cherché à combler cette lacune en proposant une synthèse actualisée des données évaluant l’efficacité des interventions ciblant le CIP pour améliorer le devenir des familles. Nous voulions en outre mettre en lumière les effets des interventions dans les familles ayant des enfants de 0 à 5 ans. Ces informations orienteront la conception et l’évaluation de futures interventions et aideront à formuler des recommandations pour l’offre de soins. Les questions de recherche explorées sont les suivantes :
Le critère principal est tout changement rapporté dans les comportements de CIP après l’intervention (par exemple des modifications de fréquence, d’intensité et de type de comportement). Les critères secondaires explorés sont tout changement dans les comportements parentaux et le développement de l’enfant (notamment, mais pas seulement, son développement physique, cognitif et psychologique) après l’intervention.
Les critères d’inclusion ont été fixés avant la recherche par l’équipe de recherche (composée de deux personnes co-investigatrices principales et d’une personne assistante de recherche). Les articles retenus portaient sur une intervention manualisée ou définie (c’est-à-dire dotée de procédures ou de contenus structurés et d’un modèle théorique clairement décrit) comprenant une composante ciblant la relation coparentale, proposée à des coparents ayant des enfants de 0 à 11 ans. Tous les articles comparaient des groupes de personnes participantes en intervention et en contrôle, et rapportaient des évaluations avant et après l’intervention du CIP, des comportements parentaux et du développement de l’enfant. L’exigence de mesures avant et après l’intervention a été incluse dans les critères afin de pouvoir explorer des inférences causales sur les effets de l’intervention et sur les chemins théoriques reliant le CIP aux comportements parentaux et au devenir de l’enfant. La conformité des articles aux critères d’inclusion (les critères de recherche complets figurent à l’annexe 1) a été vérifiée par deux membres de l’équipe de recherche.
La recherche documentaire, menée en octobre 2024, a suivi les recommandations du Cochrane Handbook for Systematic Reviews of Interventions (Higgins et Green, 2011). Une démarche systématique a été préférée à d’autres options, comme la revue exploratoire, parce que cette méthodologie se prête à l’examen de questions de recherche précises (Munn et al., 2018). L’équipe de recherche a élaboré et affiné des termes de recherche (présentés à l’annexe 2) dans trois domaines : la coparentalité, le conflit au sein du couple et les interventions de soutien. Ces termes ont été interrogés dans quatre bases de données (MEDLINE, PsychInfo, PsychExtra, Social Policy and Practice) ; l’équipe de recherche a aussi examiné manuellement des listes de références et passé en revue plusieurs revues exploratoires achevées avant la présente revue systématique.
Après suppression des doublons, la pertinence de toutes les références issues de la recherche a été évaluée par l’équipe de l’étude. Les articles susceptibles de répondre aux critères d’éligibilité ont fait l’objet d’une lecture intégrale. Toute question sur la conformité d’une publication aux critères d’inclusion a été discutée au sein de l’équipe jusqu’à obtenir un consensus. Au terme de ce processus, un ensemble final de 23 articles a été retenu (le détail de tout le processus de sélection figure à l’annexe 3). L’équipe de l’étude a évalué la qualité des articles retenus à l’aide de l’outil Cochrane d’évaluation du risque de biais des essais randomisés (Higgins et al., 2011) et de l’outil ROBINS-I (Sterne et al., 2016).
Les 23 articles portaient sur 25 interventions parentales différentes ciblant le CIP, toutes classées soit comme psychoéducatives, soit comme fondées sur l’entraînement aux compétences. Neuf de ces interventions étaient des variantes de Triple P, un programme de parentalité conçu pour renforcer les comportements parentaux positifs et aider face aux difficultés de comportement de l’enfant (de Graaf et al., 2008). L’âge des parents des échantillons allait de 18 à 76 ans (M = 35,32, ET = 3,82), et celui des enfants de 22,8 semaines de gestation à 10,6 ans. La taille des échantillons variait de 21 à 1 041 familles, principalement issues de pays occidentaux (n = 21 études). Les populations des échantillons comprenaient des populations ciblées de quartiers à faibles revenus et/ou des familles exprimant des préoccupations liées au comportement de l’enfant, aux difficultés coparentales, au CIP, à la séparation parentale ou à des problèmes de santé mentale cliniques.
Huit interventions analysées dans la revue ciblaient explicitement des couples unis (voir tableau 1). Toutes avaient été conçues dans des pays occidentaux : les États-Unis (n = 4), l’Australie (n = 1), l’Irlande (n = 1) et la Suisse (n = 1). Ces interventions (Group Triple P, Family Foundations, Couple Coping Enhancement Training, Parenting-Focused Group, Marital-Focused Group, Parent-Only Group, Parent-Child Group, Parents Plus-Parenting While Separated) étaient proposées en groupe à des couples qui maintenaient une relation amoureuse. Il était conseillé aux couples d’assister ensemble aux séances, sauf pour le programme Group Triple P, qui exigeait une participation individuelle. Ces interventions visaient avant tout à favoriser une relation de couple positive, en développant des stratégies de résolution des conflits, le coping dyadique, les compétences de communication et la conscience de l’effet du CIP sur les enfants.
Tableau 1 — Caractéristiques des articles
Pour chaque étude : intervention, comparaison, population, puis instruments de mesure du conflit interparental (CIP), des comportements parentaux et du devenir de l’enfant. Les regroupements suivent la disposition du tableau original.
Couples unis ou séparés
Couples séparés
Couples unis
Note. BPM : Brief Problem Monitor ; CABI : Child Adaptive Behaviour Inventory ; CAPRS : Child Attention Problem Ratings Scale ; CAPSS : Child Adjustment and Parental Self-Efficacy Scale ; CBCL : Child Behavior Checklist ; CDI : Children’s Depression Inventory ; CIMS : Caught in the Middle Scale ; CPICS : Children’s Perception of Interparental Conflict Scale ; CRPBI : Child Report of Parental Behaviour Inventory ; ECBI : Eyberg Child Behaviour Inventory ; ECPS : Effective Co-parenting Scale ; PDI : Parent Daily Report ; PKMC : Parent’s Knowledge of Marital Conflict ; PRSPS : Peer Relationships and School Problems Scales ; PPC : Parent Problem Checklist ; PS : Parenting Scale ; PSOCS : Parenting Sense of Competence Scale ; SDQ : Strengths and Difficulties Scale.
Les effets rapportés de ces interventions sur le CIP, la parentalité et le devenir de l’enfant sont détaillés dans le tableau 2. Les interventions Family Foundations, Parenting-Focused Group et Marital-Focused Group ont toutes montré des améliorations significatives des comportements de CIP. Aucune différence n’ayant été trouvée entre le Parent-Only Group et le Parent-Child Group, Cummings et al. (2008) les ont traités comme une seule intervention et ont constaté des améliorations significatives du CIP par rapport au groupe témoin. Le programme Group Triple P a rapporté une amélioration significative de la sous-échelle « fardeau » du Parent Problem Checklist à la fin de l’intervention, mais ce résultat ne se retrouvait pas dans le CIP rapporté par les pères, et aucun changement significatif n’a été relevé sur les autres sous-échelles. Des résultats similaires ont été rapportés pour les comportements parentaux après l’intervention Group Triple P. Le programme a conduit à des améliorations significatives du sentiment de compétence parentale, de la surréactivité et de la parentalité globale chez les mères, mais ces résultats ne se retrouvaient pas dans les réponses des pères. Group Triple P était la seule intervention associée à des améliorations significatives des comportements parentaux, mais elle n’a pas eu d’effet sur le devenir de l’enfant. À l’inverse, l’intervention Family Foundations s’est montrée particulièrement efficace pour améliorer l’apaisement et l’attention du nourrisson, tandis que le Parenting-Focused Group et le Marital-Focused Group ont montré des améliorations de l’hyperactivité de l’enfant. Les résultats combinés du Parent-Only Group et du Parent-Child Group mettent en évidence des associations entre l’amélioration des comportements de CIP et les comptes rendus des mères sur les comportements parentaux et l’adaptation de l’enfant. L’intervention Couple Coping Enhancement Training n’a pas montré d’amélioration significative du CIP, des comportements parentaux ni du devenir de l’enfant.
Tableau 2 — Interventions ciblant les couples unis : principaux résultats
Seuils de significativité pour le conflit interparental (CIP), les comportements parentaux et le devenir de l’enfant.
Sept interventions présentées dans le tableau 1 étaient conçues pour améliorer le CIP chez des parents séparés ou en cours de divorce. Elles étaient proposées en groupe, chaque parent étant encouragé à y participer sans l’autre. Elles visaient à améliorer les comportements parentaux et relationnels pour renforcer les relations entre parents et le bien-être familial global, en mettant l’accent sur les stratégies de communication, la gestion de la résolution des conflits et les comportements disciplinaires. La plupart avaient été conçues aux États-Unis (n = 4), une en Australie (Triple P Positive Parenting Programme) et une en Irlande (Parents Plus-Parenting When Separated). Les évaluations de ces interventions suivaient un plan d’essai contrôlé randomisé (ECR), sauf l’évaluation de l’intervention Co-parenting for Resilience par Cox et al. (2021), qui a dû recourir à un plan non randomisé avec témoins appariés, car les personnes participantes étaient tenues par décision de justice de suivre l’intervention.
L’efficacité des interventions ciblant les couples séparés pour améliorer le devenir des familles est résumée dans le tableau 3. Les programmes Co-parenting for Resilience et Parents Plus-Parenting While Separated étaient associés à des améliorations significatives du CIP. Toutes les autres interventions de ce groupe se sont révélées inefficaces pour réduire la fréquence ou l’intensité du CIP. Dans l’ensemble, les interventions destinées aux couples séparés réussissaient à améliorer les comportements parentaux, en particulier la surréactivité, la verbosité, la chaleur, le rejet et une discipline efficace. Ces résultats étaient toutefois le plus souvent incohérents d’une mesure et d’un temps de mesure à l’autre, surtout pour le New Beginnings Program et le New Beginnings Program-Dads. Le Mother Program et le Mother and Child Dual Program montraient les améliorations les plus constantes des comportements disciplinaires sur plusieurs temps de mesure. De même, toutes les interventions réussissaient à améliorer un aspect ou un autre du développement de l’enfant, malgré des incohérences entre toutes les mesures et tous les temps d’évaluation. Les interventions paraissaient particulièrement efficaces pour aider face aux difficultés de comportement de l’enfant, à sa compétence sociale et à ses comportements d’adaptation.
Tableau 3 — Interventions ciblant les couples séparés : principaux résultats
Seuils de significativité pour le conflit interparental (CIP), les comportements parentaux et le devenir de l’enfant ; T2 et T3 : deuxième et troisième temps de mesure.
Note. BPM : Brief Problem Monitor ; T2 : deuxième temps de mesure ; T3 : troisième temps de mesure.
Quatorze interventions parentales visant à améliorer le CIP chez les parents, quel que soit le statut de leur relation, ont été évaluées (voir tableau 1). La plupart avaient été conçues en Australie (n = 9), les autres aux États-Unis ou au Canada (n = 5). Les interventions Triple P autodirigée, autodirigée renforcée, en ligne et en ligne brève sont conçues pour être suivies par chaque parent seul, à son rythme. Enhanced Triple P et Standard Triple P étaient proposées aux couples par des personnes formées à l’animation, tandis que toutes les autres interventions consistaient en séances de groupe proposées à des parents individuellement. Le contenu des interventions visait principalement à soutenir une gestion efficace du comportement de l’enfant et à favoriser une relation coparentale positive. Toutes les évaluations de ces interventions reposaient sur des ECR, principalement dans des pays occidentaux, deux études ayant été menées au Vietnam et à Hong Kong.
Comme le détaille le tableau 4, les interventions TRUE Dads, Supporting Father Involvement et Group Triple P + BCA étaient associées à de nettes améliorations du CIP. Si Leung et al. (2003) associaient Group Triple P à des améliorations du CIP à court terme, seule l’étude de Matsumoto et al. (2007) a rapporté des améliorations significatives de la sous-échelle « problème » du Parent Problem Checklist au suivi à 3 mois. L’intervention Triple P Online a donné des résultats mitigés : des améliorations significatives étaient observables au suivi à 6 mois, mais pas lors des évaluations précédentes. Aucune des autres interventions ciblant à la fois les couples unis et séparés n’a montré de changement significatif du CIP.
Tableau 4 — Interventions ciblant les couples unis ou séparés : principaux résultats
Seuils de significativité pour le conflit interparental (CIP), les comportements parentaux et le devenir de l’enfant ; T2 et T3 : deuxième et troisième temps de mesure.
Note. T2 : deuxième temps de mesure ; T3 : troisième temps de mesure.
Des progrès significatifs des comportements parentaux étaient associés aux interventions Dealing with Disobedience Discussion Group, Supporting Father Involvement, Enhanced Self-Directed Triple P, Group Triple P + BCA, Triple P Online et Triple P Online Brief. Les résultats parentaux des autres programmes étaient en revanche mitigés. Group Triple P a montré des gains substantiels des comportements parentaux chez Leung et al. (2003), mais Matsumoto et al. (2007) n’ont rapporté un changement significatif que sur la sous-échelle de verbosité du Parenting Scale. Sanders et al. (2000) ont relevé des améliorations significatives des comportements parentaux après Enhanced Group Triple P, mais Hoath et Sanders (2002) ne l’ont pas reproduit. Self-Directed Triple P et Standard Triple P ont tous deux montré des améliorations substantielles du sentiment de compétence parentale des mères, mais ces améliorations n’apparaissaient pas dans les réponses des pères.
Group Triple P + BCA, Group Triple P, Triple P Online, Enhanced Self-Directed Triple P, Standard Triple P et le Dealing with Disobedience Discussion Group étaient tous associés à une amélioration significative du devenir de l’enfant. Les autres interventions ont donné des résultats mitigés. Triple P Online Brief a nettement amélioré les difficultés de comportement de l’enfant rapportées par les parents sur la sous-échelle « intensité » de l’Eyberg Child Behavior Inventory (ECBI). Cette sous-échelle de l’ECBI reflète la fréquence à laquelle les enfants manifestent des comportements comme les « crises de colère » (Eyberg et Pincus, 1999). Enhanced Triple P, dans l’étude de Sanders et al. (2000), a montré des améliorations significatives des difficultés de comportement de l’enfant, ce qui ne concordait pas avec le résultat de Hoath et Sanders (2002). Cowan et al. (2019) associaient le programme Supporting Father Involvement à des progrès significatifs du comportement adaptatif de l’enfant, ce qui n’a pas été retrouvé dans l’étude de Cowan et al. (2009). Pour Self-Directed Triple P, Sanders et al. (2000) n’ont relevé d’améliorations substantielles que dans les comptes rendus des mères sur le comportement de l’enfant, tandis que Markie-Dadds et Sanders (2006) ne rapportaient de changements que sur la sous-échelle « problème » du Parenting Scale.
Un sous-ensemble de treize articles de la revue portait sur des échantillons dont l’âge moyen des enfants était de 0 à 5 ans (voir tableau 5). Parmi eux, trois interventions visaient le CIP dans des couples unis, tandis que les dix autres études portaient sur des interventions proposées à des coparents quel que soit le statut de leur relation. Les résultats des études de ce sous-ensemble suggèrent que l’âge de l’enfant n’influe pas significativement sur les effets globaux des interventions. Certaines interventions, dont Family Foundations, Parenting-Focused Group, Marital-Focused Group, Group Triple P et TRUE Dads, étaient associées à des améliorations significatives du CIP dans cette population. Pour les comportements parentaux, des progrès substantiels ont été observés après le Dealing with Disobedience Discussion Group et les interventions Triple P en groupe, en ligne, en ligne brève, renforcée et standard. En outre, plusieurs interventions étaient associées à des améliorations significatives du devenir de l’enfant : Group Triple P, TRUE Dads, Family Foundations, Dealing with Disobedience Discussion Group, Triple P Online et Standard Triple P.
Tableau 5 — Aperçu des articles évaluant des interventions au cours des cinq premières années
Âge moyen de l’enfant, en années, sauf mention contraire.
Interventions ciblant les couples unis
Interventions ciblant à la fois les couples unis et séparés
Note. * semaines de gestation ; ** médiane ; *** seule la fourchette est fournie.
Face aux effets négatifs fortement corrélés au CIP destructeur, l’efficacité des interventions parentales ciblant explicitement le CIP reste floue. Cette revue systématique s’efforce d’élargir la discussion actuelle sur les interventions parentales centrées sur le CIP, en explorant les données existantes et en repérant des pistes possibles pour la conception et l’évaluation de futures interventions. Au fil de cette revue, 25 interventions parentales ont été analysées. La grande variété des contenus d’intervention, des mesures de résultats et des méthodologies de recherche employées dans ces études a toutefois rendu très difficile de tirer des conclusions univoques sur les interventions examinées. Plusieurs résultats clés se sont néanmoins dégagés, discutés ci-dessous.
Un résultat marquant est que les interventions parentales réduisent en général plus efficacement le CIP lorsqu’elles sont menées en groupe plutôt qu’auprès de chaque parent individuellement. De manière générale, les interventions ciblant les couples unis semblaient plus efficaces pour améliorer le CIP que celles conçues pour les parents séparés. Les programmes Triple P Online, TRUE Dads, Supporting Father Involvement et Group Triple P ont néanmoins aussi reçu un appui lorsqu’ils étaient proposés à des coparents, quel que soit le statut de leur relation. Ces résultats sont essentiels pour éclairer la conception future d’interventions parentales ciblant le CIP, ainsi que le choix des interventions prescrites par les services de santé publics et les procédures judiciaires.
Fait notable, cette revue a mis en lumière d’importantes difficultés de mesure du CIP. Le Parent Problem Checklist était l’instrument privilégié pour évaluer les comportements de CIP, alors que des conclusions antérieures suggéraient une base empirique insuffisante pour valider son usage à cette fin (Pote et al., 2020). Cela complique encore l’établissement de conclusions sur l’efficacité des interventions pour améliorer le CIP, et souligne un besoin pressant de concevoir et d’évaluer d’autres outils d’évaluation du CIP, afin de mieux apprécier les interventions.
En ce qui concerne les comportements parentaux, les interventions conçues pour les couples séparés se sont montrées capables d’améliorer nettement les pratiques parentales. Les aspects des comportements parentaux examinés comprenaient la chaleur parentale, les stratégies disciplinaires, la communication coparentale et la surréactivité. Les interventions qui renforçaient efficacement ces dimensions comportementales comportaient toujours une composante centrée sur des comportements parentaux précis. La portée de ces données est cependant limitée par leur couverture géographique. Ces recherches ont été menées surtout dans des pays occidentaux. Ce biais pose problème, car la stigmatisation du divorce dans certaines communautés asiatiques inciterait des couples à rester dans des mariages très conflictuels, où l’exposition des enfants au CIP peut être plus forte (Morrison et Coiro, 1999). En outre, des recherches antérieures suggèrent que les résultats des interventions parentales peuvent varier selon les cultures, en raison de différences de contraintes économiques et de rôles parentaux (Kumpfer et al., 2002). Une évaluation approfondie des interventions dans des pays non occidentaux, mais aussi entre différents groupes ethniques d’un même pays, apportera un éclairage essentiel sur leur efficacité. Par exemple, comparer l’acceptabilité et l’efficacité des interventions sur le CIP entre différents groupes ethniques au Royaume-Uni éclairerait les variations culturelles et aiderait à adapter les stratégies aux besoins des communautés. Il faut toutefois noter que plusieurs études ont adapté leurs supports à la diversité culturelle. Matsumoto et al. (2007), Hoang et al. (2022) et Leung et al. (2003) ont chacun traduit les supports d’intervention et/ou les mesures de résultats dans des langues couramment utilisées par les populations visées (respectivement le japonais, le vietnamien et le chinois). Hoang et al. (2022) ont aussi examiné l’effet de l’intervention (Group Triple P + BCA) sur les comportements des grands-parents au Vietnam. Cette recherche reflète le rôle variable que jouent les grands-parents dans la garde des enfants selon les cultures. Les recherches futures devraient chercher à mieux comprendre les interventions parentales ciblant le CIP dans différentes cultures, et la manière de les adapter en toute sécurité.
Il importe aussi de souligner que plusieurs études incluses dans la revue ont rapporté des différences d’efficacité des interventions entre les parents. Les améliorations de la compétence parentale et des comportements parentaux après Group Triple P, Self-Directed Triple P et Standard Triple P n’étaient rapportées que par les mères (Bodenmann et al., 2008 ; Sanders et al., 2000). Ces résultats rejoignent une littérature plus large indiquant que les interventions Triple P soutiennent de façon disproportionnée plus efficacement les pratiques parentales des mères que celles des pères (Fletcher et al., 2011). Parmi les explications possibles de cet écart figurent des taux de participation différents entre les parents et un contenu d’intervention moins attrayant pour les pères (Fletcher et al., 2011). De nombreuses interventions parentales rencontrent de telles difficultés à mobiliser les deux coparents. Les recherches futures devraient explorer comment rendre les interventions plus accessibles et plus attrayantes pour les pères et les coparents.
Cette revue a aussi examiné l’effet des interventions parentales ciblant le CIP sur le développement de l’enfant. Les aspects du développement de l’enfant comprenaient les difficultés de comportement, les symptômes de santé mentale, ainsi que le développement social et physique. Les interventions les plus efficaces pour améliorer ces résultats portaient en général sur des techniques précises de parentalité et de gestion de l’enfant, proposées à des groupes de parents. En particulier, les interventions Triple P se montraient les plus efficaces lorsqu’elles étaient proposées à des familles qui avaient signalé, avant leur inclusion, une aggravation des problèmes de comportement de l’enfant. Cela concorde avec des recherches antérieures qui confirment l’effet du Triple P Positive Parenting Program sur l’atténuation des comportements perturbateurs chez l’enfant (de Graaf et al., 2008). L’atténuation à long terme des difficultés de comportement et des symptômes de santé mentale est essentielle pour les politiques publiques engagées à soutenir le bien-être de l’enfant et pour les pressions économiques qui pèsent sur les services de santé. C’est d’autant plus pertinent que 7 % des enfants de 3 à 17 ans rien qu’aux États-Unis ont un trouble du comportement actuellement diagnostiqué, et que le nombre d’enfants en difficulté de santé mentale a augmenté dans de nombreux pays ces dernières années (Centre for Disease Control and Prevention, 2023).
Fait intéressant, cette revue éclaire des aspects précis des difficultés de comportement de l’enfant sur lesquels agissent les interventions parentales. Dix articles ont retenu l’ECBI, un instrument bien validé (Hukkelberg et al., 2016), comme mesure du devenir de l’enfant. Les améliorations significatives ont surtout été rapportées sur la sous-échelle « intensité » de cette mesure, ce qui suggère que cet aspect du comportement de l’enfant se prête particulièrement au changement par les interventions parentales. La revue systématique a cependant aussi mis en évidence une lacune de la littérature. Bien que des méta-analyses antérieures relient le CIP à la sécurité de l’attachement de l’enfant (Tan et al., 2018), aucune étude de cette revue n’a examiné ce résultat. Comprendre comment les interventions parentales peuvent agir sur l’attachement est crucial, car l’attachement insécure est constamment associé à une multitude d’effets négatifs, dont un risque accru de troubles internalisés et externalisés (Warmuth et al., 2020). L’attachement est aussi au cœur de nombreuses politiques nationales. Alors que le programme britannique National Family Hubs a consacré 50 millions de livres au développement des pratiques parentales en matière d’attachement, de lien et de sensibilité (Family Hubs and Start for Life Programme, 2022), la promotion de l’attachement précoce est au centre des programmes fédéraux américains (Boris et Zeanah, 2011). Les recherches futures devraient recourir à la méthodologie de l’ECR pour explorer la sécurité de l’attachement de l’enfant, en comparant des familles recevant une intervention ciblant le CIP à une population témoin. Explorer ainsi le lien entre interventions parentales ciblant le CIP et sécurité de l’attachement de l’enfant aidera l’élaboration des politiques, en améliorant notre compréhension des bénéfices possibles de ces interventions pour les enfants.
Des politiques publiques, comme le rapport britannique « 1001 jours critiques » (Department of Health and Social Care, 2021), ont consacré la petite enfance comme une période clé du développement de l’enfant et une cible pour les interventions. Étonnamment, peu de recherches ont porté sur l’efficacité des interventions parentales sur le CIP au cours de ces années formatrices. L’influence des interventions parentales centrées sur le CIP, proposées spécifiquement aux familles ayant des enfants de 0 à 5 ans, a été analysée comme critère secondaire de cette revue. Bien que l’âge de l’enfant n’ait pas semblé influer significativement sur les résultats des programmes, plusieurs interventions ont été repérées comme adaptées à cette tranche d’âge. C’est particulièrement important, car on sait que le passage à la parentalité est une période de stress accru et de vulnérabilité au CIP (Delicate et al., 2018), ce qui en fait un moment où le besoin de soutien parental peut être le plus aigu. L’intervention Group Triple P s’est montrée particulièrement efficace pour améliorer le CIP, les comportements parentaux et le devenir de l’enfant ; elle est donc recommandée pour les familles ayant des enfants de 0 à 5 ans. Fait intéressant, aucun article de cette revue n’a exploré les effets des interventions ciblant le CIP chez des couples séparés ayant des enfants de moins de 5 ans. La petite enfance et la première enfance étant des stades cruciaux du développement, où les enfants peuvent être particulièrement sensibles à l’exposition au CIP (Evangelou et al., 2009), étudier davantage les interventions parentales à cette période de la vie de l’enfant pourrait apporter des éclairages précieux aux politiques publiques, aux services de santé et à la mise en œuvre des interventions. Des recherches comparant le devenir des enfants après l’intervention entre familles ayant des enfants de 0 à 5 ans et familles ayant des enfants jusqu’à 18 ans seraient particulièrement utiles pour repérer d’éventuelles différences d’efficacité des interventions au fil de l’enfance et de l’adolescence.
Si cette revue met en lumière plusieurs résultats et recommandations essentiels pour la mise en œuvre et l’évaluation des interventions, elle comporte plusieurs limites. Il est plausible que les critères d’inclusion aient écarté par inadvertance des données qui auraient pu offrir un point de vue différent sur l’efficacité des interventions. Les critères exigeaient que les trois dimensions de résultats (CIP, comportements parentaux et développement de l’enfant) soient évaluées. De plus, les termes de recherche n’incluaient pas de modalités d’intervention parentale particulières (par exemple la thérapie familiale systémique). Ce choix visait à centrer la revue sur les interventions ciblant directement le CIP. Des données précieuses portant sur d’autres résultats ou d’autres interventions ont toutefois pu être omises. La revue ne peut pas non plus se prononcer sur une éventuelle influence de la structure familiale sur les effets des interventions. Les critères de recherche de cette revue permettaient d’inclure des personnes participantes de toutes structures familiales. Mais les informations sur d’autres influences coparentales ou sur les modalités de garde entre parents séparés n’étaient ni fournies ni prises en compte dans les analyses des articles. C’est important, car certains pays estiment que 1 % seulement des parents séparés ont une résidence égale avec l’enfant (Haux et al., 2017). Il est donc possible que les améliorations constatées dans le développement de l’enfant dépendent du temps passé avec chaque parent et de la réponse de chacun aux supports d’intervention. Des recherches comparant les effets des interventions selon diverses structures familiales permettront de mieux comprendre comment la présence de plusieurs figures parentales influe sur ces effets.
Le CIP est un phénomène universel qui, lorsqu’il est intense et fréquent, peut avoir des conséquences néfastes à long terme pour la famille. La conception et l’offre d’interventions solides sont donc essentielles pour soutenir les familles et atténuer ces effets négatifs. Comme le souligne cette revue, il existe néanmoins un besoin pressant de recherches supplémentaires dans ce domaine. Si certaines politiques publiques favorisent le soutien face au CIP, ce n’est pas le cas dans tous les pays. Mieux comprendre l’usage des interventions dans des communautés diverses et non occidentales soutiendra l’élaboration de telles politiques et l’accès, à l’échelle nationale, à un soutien pour les familles confrontées au CIP et aux violences conjugales. L’élaboration des politiques à l’échelle mondiale gagnera aussi beaucoup à mieux comprendre comment les interventions parentales ciblant le CIP peuvent favoriser indirectement la sécurité de l’attachement de l’enfant. Les politiques actuelles fondées sur l’attachement de l’enfant pourraient progresser grâce à ces informations, et la réduction possible des difficultés de l’enfant liée à un meilleur attachement pourrait soulager des services de santé saturés.
Cette revue systématique a présenté plusieurs interventions parentales prometteuses, susceptibles de réduire efficacement le CIP et d’améliorer le devenir des familles à différentes étapes de la vie familiale. Contrairement aux revues précédentes, cette étude a inclus des recherches sur des familles ayant des enfants jusqu’à 11 ans et a repéré des interventions qui pourraient être bénéfiques aux plus jeunes, de 0 à 5 ans. Nombre des interventions examinées ne reposaient toutefois que sur une seule évaluation, si bien que toute conclusion sur leur efficacité doit être considérée comme provisoire et appelle des recherches complémentaires. Des recherches supplémentaires soutiendront le développement de l’offre de soins précoce dans le monde et indiqueront si proposer des interventions parentales ciblant le CIP pendant cette période peut améliorer substantiellement le CIP et le devenir de l’enfant à un moment particulièrement vulnérable. En particulier, le programme Group Triple P est apparu comme l’intervention la plus largement évaluée, et il s’est révélé efficace pour améliorer les trois résultats étudiés (CIP, comportements parentaux et devenir de l’enfant). À l’inverse, les interventions Parent Education Group et Couple Coping Enhancement Training n’ont montré d’effet significatif sur aucun de ces résultats.
En conclusion, les interventions ciblant le CIP offrent une voie convaincante pour soutenir les familles et améliorer divers aspects de leur devenir. Les résultats de cette revue systématique suggèrent que ces interventions peuvent apporter un soutien efficace aux familles aux prises avec les difficultés du CIP, ce qui pourrait en retour réduire le recours à des soins professionnels plus lourds tout au long de la vie adulte. Si d’autres recherches sont nécessaires pour approfondir notre compréhension de l’efficacité des interventions ciblant le CIP, ces informations seront fondamentales pour éclairer les recommandations adressées aux services de santé dans le monde.
Complexe Systémique : à retenir
Cette revue a l’intérêt de rassembler, études à l’appui, ce que produisent réellement les programmes qui visent le conflit entre parents, en incluant les enfants de moins de 5 ans jusque-là laissés de côté. Les résultats sont nuancés : le travail en groupe réduit mieux le conflit, les couples unis en bénéficient davantage que les parents séparés, chez qui ce sont surtout les pratiques éducatives qui s’améliorent, et les gains rapportés par les mères se retrouvent rarement dans les réponses des pères. Pour la clinique systémique, deux leçons se dégagent : le conflit se travaille comme un sous-système en soi, qui déborde sur la relation parent-enfant, et il reste à inventer des dispositifs qui mobilisent vraiment les deux parents. La prudence s’impose pourtant : la plupart des programmes ne reposent que sur une seule évaluation, l’outil de mesure du conflit le plus utilisé est mal validé, les études sont presque toutes occidentales, et la recherche a exclu les approches de thérapie familiale systémique. À lire avec l’article sur le soutien à la coparentalité, et avec l’article sur les récits parallèles de parents séparés en conflit prolongé.
Notes de l’original
Remerciements. Ce rapport est une recherche indépendante soutenue par le National Institute for Health and Care Research ARC North Thames. Les opinions exprimées dans cette publication sont celles de l’équipe de recherche et pas nécessairement celles du National Institute for Health and Care Research ni du Department of Health and Social Care.
Liens d’intérêts. L’équipe de recherche déclare n’avoir aucun lien d’intérêts.
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Traduction non officielle en français de L’efficacité des interventions ciblant le conflit interparental pour améliorer le devenir des familles : une revue systématique, par Hannah L. Hopson, Peter Fonagy et Camilla Rosan, Journal of Child and Family Studies, vol. 35, no 3 (2026), doi : 10.1007/s10826-025-03254-1, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence (tableaux présentés en listes). Ni les auteurs ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « The Effectiveness of Interventions Targeting Interparental Conflict in Improving Family Outcomes: A Systematic Review », publié dans Journal of Child and Family Studies (2026) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Hopson, H. L., Fonagy, P., et Rosan, C. (2026). L’efficacité des interventions ciblant le conflit interparental pour améliorer le devenir des familles : une revue systématique (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-efficacite-des-interventions-ciblant-le-conflit-interparental (Œuvre originale publiée en 2026 dans Journal of Child and Family Studies, 35(3), 694-707 (2026) ; republiée en 2026 par Journal of Child and Family Studies, https://link.springer.com/article/10.1007/s10826-025-03254-1)
Pour aller plus loin