Journal of Solution Focused Practices · Entretien
Une revue de portée publiée par le Journal of Solution Focused Practices a fait apparaître l’Iran comme le pays d’où venaient, en 2022, le plus grand nombre de recherches publiées sur l’approche orientée vers les solutions. Andreea M. Żak et Mark McKergow, de la rédaction de la revue, ont demandé à Roghieh Nooripour d’où cela venait. Elle décrit une introduction sans fondateur, des dizaines de professeurs traduisant les mêmes livres, une approche présente en clinique, à l’école, à l’université et dans les entreprises sans y être officiellement reconnue, et une question : que devient la question du miracle quand on ne peut pas recevoir l’individu sans sa famille ?
Traduction française non officielle. Cet entretien est la traduction de The State of Solution Focused Practices and Research in Iran: Interview With Dr Roghieh Nooripour, par Andreea M. Żak et Mark McKergow, publié dans le Journal of Solution Focused Practices (2024), doi : 10.59874/001c.120192, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte a été traduit en français, remis en page et pourvu d’intertitres, les questions des intervieweurs ont reçu une composition propre, le résumé et la notice biographique de l’interviewée ont été placés en encadré. Les émojis de drapeau qui accompagnent le titre dans la revue, et qui y signalent l’existence de résumés traduits, n’ont pas été repris ; les adresses électroniques de contact et le lien vers le profil ResearchGate de l’interviewée non plus. Quelques coquilles manifestes de l’original ont été corrigées silencieusement. Tout cela constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Cette traduction n’a été réalisée ni par les auteurs ni par l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Résumé
Cet article présente l’entretien mené par Andreea Żak (rédactrice recherche du JSFP) et Mark McKergow (rédacteur en chef du JSFP) avec Roghieh Nooripour, au sujet de l’état de la pratique et de la recherche orientées vers les solutions en Iran. L’idée de cet entretien est venue de la revue de portée publiée dans le JSFP, qui faisait apparaître l’Iran comme le pays d’où venaient le plus de recherches publiées en 2022, d’après la SFA PubList de l’EBTA. Roghieh Nooripour a eu l’amabilité de nous parler et de partager les informations dont elle disposait sur l’introduction, la diffusion, la recherche et l’application de l’approche orientée vers les solutions en Iran.
Mots-clés : Iran, recherche, publications, famille.
Qui est Roghieh Nooripour
Roghieh Nooripour est maîtresse de conférences au département de counseling de l’université Azad islamique, antenne de Qazvin, à Qazvin, en Iran.
Roghieh Nooripour est une chercheuse et une universitaire de haut niveau en psychologie du counseling. Elle est docteure en counseling de l’université Alzahra, à Téhéran, où elle a également accompli un post-doctorat. Ses capacités de recherche lui ont valu d’être distinguée comme étudiante-chercheuse d’exception. Elle a été chercheuse invitée à l’université de Californie à San Diego, aux États-Unis, avec le soutien financier de la Fondation nationale des élites d’Iran. Ses intérêts de recherche couvrent des domaines variés : pleine conscience, stress, santé mentale, interventions sur la qualité de vie, psychométrie. Elle a publié ses travaux dans des revues universitaires reconnues et présenté ses résultats dans des congrès nationaux et internationaux. Elle a été membre de la Fondation nationale des élites d’Iran. Outre ses contributions à la recherche, elle est une enseignante et une accompagnatrice engagée : elle donne des cours de psychologie du counseling et supervise des étudiants de troisième cycle. Son engagement à améliorer la vie des individus et des familles se lit dans son travail clinique et dans les ateliers qu’elle anime sur la psychologie et la santé mentale. Ses contributions exceptionnelles au domaine lui ont valu plusieurs distinctions, dont les prix d’étudiante-chercheuse d’exception et du meilleur article. C’est, au total, une figure respectée de la psychologie du counseling, qui fait avancer sans relâche la connaissance dans son champ et œuvre au bien-être psychologique.
Andreea M. Żak, du cabinet privé « Differently », à Wadowice, en Pologne, est rédactrice recherche du Journal of Solution Focused Practices. Mark McKergow est directeur du Centre for Solutions Focus at Work, à Édimbourg, en Écosse, et rédacteur en chef du Journal of Solution Focused Practices.
Roghieh, nous voudrions commencer par vous remercier d’avoir accepté notre invitation à donner un entretien au Journal of Solution Focused Practices (JSFP). Comme nous vous l’écrivions déjà dans cette invitation, nous sommes tous deux impressionnés par la quantité de recherches menées et publiées partout en Iran. Pourriez-vous nous dire comment l’approche orientée vers les solutions a commencé en Iran ?
Je veux d’abord vous remercier de cette invitation ; je suis très heureuse de pouvoir parler de la thérapie brève orientée vers les solutions (TBOS). Comme pour beaucoup d’autres approches en Iran, l’introduction de l’approche orientée vers les solutions est le fruit de l’effort collectif de nombreux formateurs et professeurs d’université, qui ont mené quantité de recherches et publié quantité d’articles. Tout cela tient au rôle important qu’elle joue, en particulier dans la promotion de la santé mentale, parmi d’autres effets notables. Voilà qui explique le volume de recherches produites, surtout en milieu clinique. En Iran, comme dans beaucoup d’autres pays du Moyen-Orient, on observe une hausse des articles de recherche au cours des vingt dernières années. J’ai fait une recherche bibliographique et je n’ai pas trouvé un seul nom qui se détache. Je peux supposer que l’introduction de l’approche orientée vers les solutions est le produit de la collaboration de nombreux praticiens, enseignants, chercheurs, et de bien d’autres professionnels : conseillers, psychologues, psychiatres, tous travaillant à appliquer l’approche d’une manière sensible à la culture.
Cela ressemble en effet à une entreprise collective. Nous avons aussi remarqué, comme vous le dites, que beaucoup d’auteurs publient collectivement. Y a-t-il des auteurs plus prolifiques que d’autres, ou des auteurs reconnus ?
Il est difficile de dire qui a été le premier à introduire l’approche en Iran, parce que beaucoup de gens s’y sont intéressés en même temps. Certains sont plus prolifiques que d’autres. Beaucoup de professeurs d’université donnent des cours et mènent des études sur cette approche. Je préfère cependant ne pas citer de noms, car ce sont mes collègues. Je peux dire que beaucoup de gens ont développé l’approche en Iran au même moment et ont travaillé à son application et à son étude d’une manière sensible à la culture. Beaucoup ont aussi intégré l’approche orientée vers les solutions à d’autres approches, comme l’art-thérapie ou la musicothérapie, ou l’ont comparée à la thérapie cognitivo-comportementale (TCC). Je voudrais ajouter que beaucoup de livres ont été traduits en Iran, par de nombreux professeurs.
Pourriez-vous citer quelques-uns des livres traduits les plus lus ?
Solution Focused Anxiety Management. A Treatment and Training Manual, d’Ellen Quick (2013) ; Solution Focused Brief Therapy in Schools, de Johnny Kim, Michael S. Kelly et Cynthia Franklin (2017) ; Solution-Focused Therapy: Theory, Research & Practice, d’Alasdair Macdonald (2011) ; Solution-Focused Brief Therapy with Families, de Thorana Nelson (2018) ; Solution Focused Narrative Therapy, de Linda Metcalf (2017) ; et Mastering the Art of Solution Focused Counseling, de Jeffrey T. Guterman (2014).
Il est agréable d’entendre que l’approche orientée vers les solutions est si largement répandue en Iran qu’il est difficile de nommer une seule personne. On dirait qu’elle est très diffusée dans tout le pays. Y a-t-il un foyer particulier de recherche ou d’application, dans certains cadres ou certaines régions ?
L’approche orientée vers les solutions est largement appliquée en Iran dans des cadres très divers. En milieu clinique, elle est utilisée par les professionnels et les praticiens de la santé mentale pour des troubles variés. En milieu éducatif, les professeurs, les enseignants et les conseillers y recourent pour traiter le comportement des élèves ou comme aide à l’enseignement. Certains services communautaires s’appuient sur la TBOS pour renforcer le pouvoir d’agir des personnes et des familles qui affrontent des difficultés sociales. Elle est également employée en milieu organisationnel, par des dirigeants et des conseillers en emploi. Des universités comme l’université de Téhéran ou l’université Shahid Beheshti jouent un rôle important dans l’enseignement de l’approche. Je vois que beaucoup de mes collègues se servent des livres traduits pour enseigner aux étudiants, et nous animons aussi beaucoup d’ateliers sur la TBOS à l’université. Pour les professionnels — conseillers, psychologues, psychiatres —, l’Association iranienne de psychologie soutient l’usage de cette approche dans la pratique. Des centres de recherche, dans de nombreuses universités, travaillent sur la santé mentale, le counseling ou les services psychologiques. Ils ont étudié l’application de la TBOS, par exemple pour améliorer la santé mentale, à côté d’autres approches. Je vois cependant que certains centres de recherche iraniens se consacrent plus particulièrement à l’approche orientée vers les solutions. Aujourd’hui, beaucoup de gens utilisent cette approche dans leur vie. Je travaille moi-même dans un centre de counseling, et je vois que beaucoup de personnes venues de domaines de formation très divers, l’ingénierie ou les études de médecine par exemple, ont lu des livres orientés vers les solutions et appliquent l’approche dans leur vie. Beaucoup de gens instruits, en Iran, connaissent cette approche et essaient de s’en servir dans leur existence.
Elle semble très répandue dans divers établissements publics : centres de counseling, centres communautaires, universités. Cela signifie-t-il qu’elle est officiellement reconnue comme approche thérapeutique ou psychothérapeutique ? Et si oui, est-elle reconnue comme une approche en propre, ou sous le parapluie de l’approche systémique ?
La TBOS n’a pas de reconnaissance ni de recommandation officielle pour la pratique de la psychothérapie ou du travail social. Son usage croissant traduit néanmoins une acceptation et une efficacité grandissantes. Beaucoup d’articles en persan, ou farsi, portent sur cette approche, et ce pour de nombreuses raisons : son contenu, notamment, qui est centré sur les familles, sur les solutions, et non seulement sur les problèmes. Beaucoup de thérapeutes de couple ou de thérapeutes conjugaux utilisent cette approche dans leur recherche ou dans leur application clinique. Nous savons qu’il existe beaucoup d’autres approches, utilisées par beaucoup d’autres professionnels. Beaucoup d’approches, cependant, ne sont pas sensibles à la culture : nous ne pouvons donc pas les employer en thérapie familiale ou de couple. En Iran, à l’inverse, nous avons beaucoup de recherches sur l’application de la TBOS à la satisfaction ou à l’ajustement conjugal, à la motivation conjugale ou à la qualité de vie. Beaucoup de professionnels connaissent cette approche, et pas seulement les conseillers ou les psychologues. Nous disposons donc de nombreuses ressources, articles et livres en persan ou farsi.
Il semble que l’approche orientée vers les solutions soit bien connue en Iran, dans des milieux variés. Est-ce quelque chose de propre à cette approche, ou cela ressemble-t-il à la diffusion d’autres approches, comme la thérapie narrative, la TCC ou peut-être la thérapie centrée sur les émotions (EFT) ?
Je peux dire que la TBOS est aussi connue que la TCC. Beaucoup de gens connaissent l’une et l’autre. Actuellement, beaucoup de chercheurs préfèrent combiner la TBOS avec la TCC ou l’EFT. Je ne saurais dire laquelle est la plus célèbre auprès des Iraniens, car chacune de ces approches a ses partisans, qui l’ont étudiée et employée dans leur travail professionnel. Je pense néanmoins qu’elle est largement connue des professionnels : enseignants, conseillers, psychiatres et psychologues. À lire les articles, je vois que beaucoup préfèrent combiner la TBOS avec la TCC, l’EFT ou d’autres approches.
Vous avez évoqué des recherches comparatives, en plus de l’application dans des cadres variés. Que montre la recherche sur l’efficacité de l’approche orientée vers les solutions en Iran ?
J’ai lu beaucoup d’articles et de thèses de doctorat ou de master consacrés à l’efficacité de l’approche orientée vers les solutions, ou comparant son efficacité à celle de la TCC ou de l’EFT. Il existe beaucoup d’articles sur l’efficacité de la TBOS en Iran. La plupart sont publiés en langue farsi ; pour certains, le résumé est traduit en anglais. La recherche sur l’efficacité a été menée principalement dans des centres hospitaliers ou des services sociaux. Beaucoup de chercheurs emploient aussi l’approche orientée vers les solutions en contexte de recherche. Bien que l’approche ne soit pas officiellement reconnue, les résultats positifs indiqués par la recherche fondée sur les preuves, la formation et l’enseignement professionnels disponibles, assortis d’informations sur les protocoles d’application, et la collaboration entre de nombreux chercheurs soutiennent l’usage de cette approche en recherche, en clinique et à l’université, y compris comme approche psychothérapeutique. J’utilise personnellement la TBOS dans le champ de l’adoption et de la santé mentale des adolescents placés en centre de rééducation.
Vous êtes vous-même praticienne : comment voyez-vous les clients répondre à l’approche orientée vers les solutions ?
À travers mon expérience, pendant ma recherche sur la TBOS auprès d’adolescents placés en centre de rééducation, j’ai pu voir que les adolescents accueillaient bien cette approche telle qu’elle était appliquée en groupe. En l’appliquant, je me suis concentrée sur les ressources des adolescents et sur l’élaboration de leurs propres solutions. Il a été très intéressant pour moi de voir comment des adolescents à haut risque comportemental accueillaient la collaboration avec leur conseiller ou leur psychologue, dès lors que celui-ci travaillait sur leurs ressources et non sur leurs faiblesses. J’ai trouvé très intéressant qu’ils s’attachent à l’exploration des émotions et qu’ils accueillent bien cette approche.
Vous avez mentionné des protocoles d’application de l’approche orientée vers les solutions. Ces protocoles sont-ils orientés vers les solutions au sens strict, ou sont-ils adaptés au contexte culturel ?
J’ai utilisé de tels protocoles avec mes collègues au cours de recherches. Nous nous sommes appuyés pour cela sur des livres en farsi et sur d’autres références iraniennes. Il était très important pour nous que l’application repose sur la culture. Nous avons donc utilisé beaucoup de livres pour établir le protocole. L’un de ces protocoles était fondé sur le livre More than Miracles. The State of the Art of Solution-Focused Brief Therapy, de de Shazer, Dolan, Korman, Trepper, McCollum et Berg (2007). Nous avons utilisé la version traduite de cet ouvrage en travaillant avec les adolescents des centres de rééducation.
Avez-vous apporté des ajustements aux protocoles ?
Nous n’avons utilisé le protocole que pour certaines tâches : parler des émotions, parler de l’avenir, ou parler de leurs parents. Nous avons parlé de la manière dont ils imaginaient leur vie future, puisque les adolescents vivaient en centre de rééducation au moment de la recherche. Nous avons lu beaucoup de protocoles et nous avons décidé d’employer celui-là pour parler de leur vie future, de leur carrière future. Nous n’avons pas fait de changements majeurs, parce que nous ne voulions pas modifier le protocole.
Dans la recherche, il y a une forte tendance à étudier l’efficacité de l’approche orientée vers les solutions en format groupal — y compris quand on en examine l’efficacité en thérapie de couple. Est-ce quelque chose qui prévaut aussi dans la pratique, ou est-ce propre à la recherche ?
Je pense qu’ils utilisent la TBOS en contexte de groupe sans beaucoup la modifier, en recherche comme dans leur pratique. Peut-être ont-ils leurs raisons de le faire.
Existe-t-il une association nationale, ou quelque chose de comparable, où les gens de l’approche orientée vers les solutions se retrouvent ?
Oui, il y a beaucoup d’institutions non gouvernementales qui travaillent sur ce sujet. Comme beaucoup d’autres approches, la TBOS a ses partisans : on voit donc une multitude de gens travailler là-dessus. Je ne peux pas citer de noms précis. Comme psychologue iranienne du counseling, je vois qu’il y a en Iran beaucoup de personnes et d’institutions qui travaillent, en particulier à Téhéran, avec la TCC et la TBOS. Il n’existe pas d’institution consacrée à la seule TBOS. Beaucoup d’institutions ont accueilli l’approche orientée vers les solutions à côté d’autres approches. Du fait que la culture et le contexte iraniens reposent sur la famille et la communauté — la société est collectiviste —, beaucoup d’institutions utilisent la TBOS.
Quel est le secret, selon vous ? Il se fait tant de recherches au niveau universitaire ! Quelle recommandation de bonne pratique donneriez-vous aux praticiens et aux chercheurs du monde entier qui souhaiteraient atteindre un niveau comparable ?
La TBOS a montré son efficacité sur une large gamme de problèmes de santé mentale, en très peu de temps. C’est donc un sujet très attirant pour la recherche, du fait de son caractère pratique et de son efficience sur une durée courte. La TBOS peut en outre être employée dans des cadres très divers ; beaucoup de chercheurs ont ainsi l’occasion de l’utiliser dans des contextes variés, clinique ou organisationnel par exemple. Elle n’est pas limitée — elle peut s’appliquer à des populations très diverses. Pour cette approche, nous disposons d’une pratique fondée sur les preuves, issue de la recherche et de la littérature, quant à la manière dont la TBOS aide les gens à changer de comportement. La TBOS met par ailleurs l’accent sur le pouvoir d’agir, sur la collaboration et sur les ressources du client. Je pense que c’est pour ces raisons que beaucoup de gens emploient l’approche orientée vers les solutions dans leurs recherches.
Quels sont vos meilleurs espoirs pour l’avenir de la TBOS en Iran, et aussi à l’échelle internationale ?
Mon meilleur espoir pour cette approche est que la TBOS gagne davantage de professionnels de santé, en Iran comme dans le monde. À mesure que les praticiens se familiariseront avec ses principes et ses techniques, ils pourront l’appliquer pour de meilleurs résultats chez les clients. L’ajustement de la TBOS à la culture est par ailleurs très important pour qu’elle soit employée efficacement en Iran. J’espère que de plus en plus de praticiens iraniens l’emploieront d’une manière sensible à la culture, et travailleront en accord avec les valeurs culturelles de la population locale et avec l’essence de la TBOS. J’espère enfin qu’il y aura davantage de formations professionnelles et de formations continues pour les praticiens, les thérapeutes, les conseillers et les psychologues. J’espère voir s’établir en Iran davantage de programmes répondant à la demande croissante de montée en compétences. J’espère que nous emploierons la TBOS pour tous les problèmes de santé mentale, car elle permet de renforcer le pouvoir d’agir des clients et il a été montré qu’elle était utilisable auprès de populations et pour des problèmes très divers, en milieu clinique, scolaire ou organisationnel par exemple. J’espère pouvoir voir son développement dans des cadres variés — éducatif, services sociaux et bien d’autres — en Iran comme à l’étranger. La recherche et l’application pratique ont montré son efficience dans le contexte iranien. J’espère donc que de plus en plus de cliniciens et de thérapeutes emploieront cette approche dans leur travail professionnel.
Vous avez évoqué la nécessité d’une application de l’approche sensible à la culture ; quelles adaptations culturelles recommanderiez-vous ?
Il est très important que nous nous attachions aux cultures, aux valeurs et aux normes de chaque société. Par exemple, quand j’emploie la question du miracle, j’essaie de me concentrer de plus en plus sur la culture. Pour toute culture, il importe que nous reconnaissions ses points clés lorsque nous travaillons à renforcer le pouvoir d’agir des personnes. Dans la culture iranienne, il est très important que nous ne négligions pas la famille : cela veut dire que nous devons rencontrer l’individu avec sa famille et travailler non seulement à renforcer le pouvoir d’agir de l’individu, mais aussi celui de la famille. Cela tient au fait que, dans le contexte iranien, la famille a une forte influence sur l’individu, et que nous ne devons donc pas la négliger. Par exemple, quand on emploie la question du miracle, il est très important de ne pas négliger la famille. J’utilise moi-même la famille dans mon cadre professionnel.
Dans le contexte iranien, la famille a une forte influence sur l’individu, et nous ne devons donc pas la négliger.
Roghieh Nooripour
Y a-t-il autre chose que nous devrions savoir sur l’application de l’approche orientée vers les solutions en Iran, et que vous voudriez partager avec le monde ?
Vous savez, il est très important pour moi que nous comprenions comment la TBOS s’accorde aux cultures, aux valeurs, aux croyances. Ces aspects culturels sont très importants dans la communication avec toutes les composantes de la structure familiale et dans les conduites de recours à l’aide. Nous devrions par exemple mettre en lumière la façon dont la TBOS peut se fondre dans les pratiques et les valeurs culturelles ; et il est très important de montrer pour qui elle est acceptable. Par ailleurs, si nous pouvions disposer d’une plateforme où partager nos réflexions sur les difficultés et les réussites de l’usage de la TBOS, cela nous fournirait des enseignements précieux pour d’autres cultures et d’autres contextes semblables. Cela suppose de prendre en compte plusieurs obstacles, comme les ressources limitées ou la stigmatisation, qui pèsent sur les conduites de recours à l’aide. Autre chose : donner de l’information par des ateliers et des cours sur la TBOS, en ligne ou sous d’autres formes, pourrait être très précieux pour les professionnels, pour les étudiants et aussi pour les organisations désireuses d’en apprendre toujours davantage sur cette approche. Pour les futurs praticiens et les futurs chercheurs, il est très important que nous ayons des études de cas et leurs résultats à la suite d’une intervention TBOS, afin de voir quels en sont les succès et les échecs.
Une dernière chose : nous pourrions aussi souligner les occasions de collaboration et d’échange sur la recherche et la pratique de la TBOS entre l’Iran et d’autres pays. Nous pourrions avoir une plateforme pour partager expériences et apprentissages, et avoir des échanges universitaires. Cela ferait connaître les praticiens, internationaux comme iraniens, qui ont employé la TBOS dans leur travail. Nous pourrions également avoir des congrès ou des projets de recherche en collaboration portant uniquement sur la TBOS, en format individuel ou groupal. Je pense que ces aspects sont très importants et pourraient aider davantage de gens intéressés par la TBOS.
Y a-t-il autre chose que nous ne vous avons pas demandé et qu’il vaudrait la peine de demander ?
C’est une belle occasion pour moi de parler de la TBOS. J’enseigne à l’université, nous pouvons donc avoir des collaborations. Pour les cours de mes étudiants de licence, par exemple, nous pouvons anticiper s’ils sont intéressés à apprendre la TBOS. Il serait très intéressant pour les étudiants d’avoir l’occasion d’entendre parler de la TBOS par des formateurs internationaux, même lors de webinaires en ligne. La plupart d’entre eux ne manquent pas d’informations sur la TCC, parce qu’il y a beaucoup de livres et de webinaires. Si les étudiants se familiarisent avec la TBOS dès la licence, ils seront plus enclins à en apprendre toujours davantage en master ou en doctorat. Aujourd’hui, ils n’ont pas beaucoup de webinaires sur la TBOS.
Merci beaucoup.
Références
Guterman, J. T. (2014). Mastering the art of solution-focused counseling. John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9781119221562
Kim, J., Kelly, M., & Franklin, C. (2017). Solution-focused brief therapy in schools: A 360-degree view of the research and practice principles. Oxford University Press. https://doi.org/10.1093/acprof:oso/9780190607258.001.0001
Macdonald, A. (2011). Solution-focused therapy: Theory, research & practice (2nd ed.). Sage Publications. https://doi.org/10.4135/9781446288764
Metcalf, L. (2017). Solution focused narrative therapy. Springer Publishing Company. https://doi.org/10.1891/9780826131775
Nelson, T. S. (2018). Solution-focused brief therapy with families. Routledge. https://doi.org/10.4324/9781351011778
Quick, E. K. (2013). Solution focused anxiety management: A treatment and training manual. Academic Press.
Complexe Systémique · Note de la traduction
L’entretien a été soumis le 10 juin 2024, accepté le 17 juin et publié le 24 juin 2024. L’adresse électronique donnée dans la bibliographie originale pour l’ouvrage d’Ellen Quick, tronquée dans le fichier de la revue, n’a pas été reproduite. Le livre More than Miracles est cité par l’interviewée dans son édition anglaise ; c’est une traduction persane de cet ouvrage qu’elle dit avoir utilisée.
Traduction française non officielle de « The State of Solution Focused Practices and Research in Iran: Interview With Dr Roghieh Nooripour », publié dans Journal of Solution Focused Practices (2024) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Żak, A. M., & McKergow, M. (2024). L’état de la pratique et de la recherche orientées vers les solutions en Iran (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/l-etat-de-la-pratique-et-de-la-recherche-orientees-vers-les-solutions-en-iran (Œuvre originale publiée en 2024 dans Journal of Solution Focused Practices, 8(1) ; republiée en 2024 par Journal of Solution Focused Practices, https://journalsfp.org/article/120192)
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