Journal of Solution-Focused Brief Therapy · Pratique clinique
Une prison suédoise, un quartier pour hommes condamnés pour agressions sexuelles qui nient les faits, et une consigne de l’administration : « faites quelque chose », en groupe ouvert, en présence d’un membre du personnel de surveillance. Britta Severin, travailleuse sociale et thérapeute familiale, raconte le programme qu’elle a inventé en 2000, qu’elle a appelé « Séances en groupe » pour bien dire que ce n’était pas une thérapie. Quatre détenus, une demi-heure chacun, les autres écoutent. La question du miracle, d’abord bloquée par « des murs trop épais », puis un homme qui répond « je me réveille avec un baiser de ma petite fille ». Un autre qui se situe à moins un sur l’échelle et qui, séance après séance, regarde la télévision, étudie, écoute des cassettes. Un troisième qui découvre qu’il n’a jamais frappé son meilleur ami. Le personnel de surveillance, lui aussi, change de façon de parler. Un texte de terrain, sans statistiques, sur ce que peut l’espoir dans le lieu le moins fait pour lui.
Traduction française non officielle. Cet article est la traduction de Solution-Focused Group Work in Prison, par Britta Severin, publié dans le Journal of Solution-Focused Brief Therapy (2014), devenu Journal of Solution Focused Practices, doi : 10.59874/001c.75122, sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique en septembre 2026 : le texte original a été traduit en français et remis en page, ce qui constitue une modification de l’œuvre au sens de la licence. Le résumé et quelques lignes de la première page, imprimés dans une police à l’encodage cassé dans le PDF, ont été relus sur le rendu de la page. Une version antérieure de ce texte a été présentée par l’autrice à la conférence de l’European Brief Therapy Association à Dublin, en septembre 2001. Cette traduction n’a été réalisée ni par l’autrice ni par l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ni d’éventuelles erreurs. La version originale fait foi.
Faire un travail orienté vers les solutions en prison, contexte très normatif, est un défi. La demande de la prison était précise : conduire un programme de groupe orienté vers les solutions, avec des détenus condamnés pour infractions sexuelles, des « négateurs », en groupe ouvert. La question du miracle, les échelles, les exceptions et les tâches ont été utiles pour identifier et faire de petits pas en prison, de petits pas qui ont rapproché les clients de leurs objectifs, lesquels sont toujours hors des murs de la prison.
On m’a demandé de conduire un programme de groupe orienté vers les solutions en prison, dans un quartier pour détenus condamnés pour infractions sexuelles sur des adultes. Les détenus étaient présentés comme des « négateurs » et condamnés à au moins un an de prison. Les conditions du programme étaient qu’il soit en groupe ouvert et, pour ma sécurité, qu’un membre du personnel de surveillance soit présent à chaque séance, une personne différente selon les plannings. On m’a demandé de conduire le programme plusieurs fois par semaine, mais nous avons convenu qu’une fois par semaine suffirait. Je ne devais pas faire de thérapie, je devais conduire un programme orienté vers les solutions, autrement dit « faire quelque chose ». À part cela, j’étais libre de concevoir le programme comme je l’entendais.
Quand on m’a demandé de conduire ce programme, en 2000, il n’y avait pas beaucoup de littérature sur le travail orienté vers les solutions avec des groupes, surtout pas en prison, ni pour des infractions sexuelles. Lindforss et Magnusson (1997) avaient mené en Suède une étude sur la thérapie orientée vers les solutions en prison. C’était une étude contrôlée randomisée. Les détenus avaient des taux de récidive élevés et une toxicomanie sévère. L’étude montrait clairement une réduction de la récidive dans le groupe expérimental, qui avait reçu la TBOS. Lindforss et Magnusson estimaient que le groupe témoin avait coûté 2,7 millions de couronnes suédoises de plus en frais de détention que le groupe expérimental pendant l’année de suivi. Mais l’étude reposait sur une thérapie individuelle, non sur un travail de groupe. Le Plumas Project (Uken & Sebold, 1996), un programme de groupe orienté vers les solutions et vers des objectifs pour la violence conjugale, en Californie, avait montré de très bons résultats. L’entretien individuel y était utilisé en contexte de groupe. Le groupe se réunissait une heure, huit séances. J’ai été frappée par la simplicité. Mais ce n’était pas mis en œuvre en prison, ni en groupe ouvert. J’ai aussi été influencée par la conviction profonde de Jenkins que le changement est possible (Jenkins, 1990). Jenkins travaille auprès de personnes qui ont commis des violences et des abus sexuels, et il est incroyablement attentif au moindre petit signe de responsabilité et de désir de changement chez la personne accompagnée.
Pour concevoir le programme, je me suis appuyée sur l’idée de Steve de Shazer de faire les choses aussi simplement que possible, sur les principes de base de la thérapie orientée vers les solutions (Berg, 1991 ; Berg & Miller, 1992 ; DeJong & Berg, 1997 ; de Shazer, 1988, 1991) et sur mes propres idées. J’ai choisi d’interviewer chaque participant séparément, comme dans le Plumas Project, et de travailler sur l’objectif personnel de chacun. Le programme a été nommé « Séances en groupe », pour indiquer clairement que ce n’était pas une thérapie de groupe. J’avais l’habitude du travail orienté vers les solutions avec des personnes condamnées (Berg & Dolan, 2001, p. 75-78) et je m’appuyais sur mon expérience de ce travail au sein du Service national des prisons et de la probation. Je croyais que le modèle peut faciliter le changement chez des personnes sous mandat (Uken et al., 1996), même en prison (Lindforss et al., 1997). Tout au long du projet, j’ai partagé mes idées avec des collègues, dont Insoo Kim Berg. J’ai continué à faire ce qui marchait. Ce que j’ai fait était un travail de pionnière.
Le projet a conduit à ma présentation conjointe, sur la suggestion d’Insoo, avec Adriana Uken du Plumas Project, « Travailler avec succès avec des clients sous mandat », à la conférence de l’EBTA à Cardiff en 2002.
Comme c’était un programme officiel, il me fallait un objectif déclaré, et un objectif que la direction de la prison, les détenus et moi puissions accepter. C’était aussi une façon de créer un cadre pour le programme. J’ai décidé de dire : « Je viens dans ce groupe pour travailler avec chacun d’entre vous à diminuer le risque que vous vous retrouviez de nouveau en prison. » C’est ainsi que j’ai commencé la conversation avec le groupe, et je l’ai répété chaque fois qu’il y avait un nouveau participant.
J’ai choisi de travailler avec un groupe de quatre, ce qui semblait un nombre gérable. C’était aussi une demande des participants qu’il n’y ait pas trop de membres. Je travaillais individuellement avec chacun des participants, pendant que le reste du groupe et la personne de surveillance écoutaient. Chaque entretien prenait environ une demi-heure par personne. Il n’y avait pas de thème précis à chaque séance. Je posais les mêmes questions orientées vers les solutions que je pose à n’importe quelle personne, dans n’importe quel cadre. J’utilisais la question du miracle, les échelles, je cherchais des exceptions et je donnais parfois des tâches. Comme c’était un groupe ouvert, de nouveaux clients rejoignaient le programme en continu. À la première séance de chaque client, je posais la question du miracle. À la deuxième séance et aux suivantes, je demandais : « Qu’est-ce qui a été mieux depuis la dernière fois ? » J’écrivais sur de grandes feuilles que je collais au mur, pour que tout le monde puisse les voir. À la fin de la séance, je faisais une courte déclaration de clôture pour chaque personne. Après la toute première séance, l’un des clients a dit : « Ces petites conversations sont bonnes. J’ai l’impression que c’est le début de quelque chose de nouveau. »
Être en prison signifie qu’il y a tant de choses qu’on ne peut pas influencer. Pour introduire l’idée qu’on peut influencer et faire des choix, j’ai demandé aux clients comment ils avaient décidé de rejoindre le programme. Un client, en prison pour la première fois, était très bouleversé d’avoir été condamné à deux ans de prison, et aussi d’avoir été dénoncé par sa femme. Il s’inquiétait de ne pas pouvoir voir grandir ses deux enfants. Je lui ai demandé : « Comment avez-vous décidé de rejoindre le programme ? » Il a dit qu’il avait réfléchi, et qu’il était venu pour discuter de ce qui serait le mieux pour ses enfants. Devait-il les voir pendant sa détention ? Comment pouvait-il les contacter ? Quelques séances plus tard, il a dit qu’il était maintenant arrivé à la conclusion qu’il devait travailler à donner aux enfants une image positive de leur mère : après tout, ils allaient continuer à vivre avec elle.
Il était crucial de relier les petits actes de la vie en prison aux rêves du client, qui sont toujours de l’autre côté des murs. Utiliser des questions orientées vers l’avenir et des échelles a été des plus utiles. Les clients m’ont parlé de leurs rêves et de leurs souhaits, et ils étaient comme les rêves de tout le monde : reprendre contact avec leurs enfants, revoir leurs enfants, regagner le respect de leur famille, se sentir mieux, avoir un travail, faire des études, etc. Ceux qui avaient des enfants avaient des objectifs liés à leurs enfants. Mon expérience antérieure de la question du miracle en prison était qu’il était extrêmement difficile d’obtenir des réponses, comme si les murs de la prison étaient trop épais ! À la première séance, j’ai utilisé une autre question orientée vers l’avenir. L’un des clients a dit : « Ah, vous voulez dire, si un miracle se produisait ? » Après cela, j’ai utilisé la question du miracle.
Un client avait passé la plus grande partie de sa vie en institution. Sa réponse à la question du miracle fut : « Je me réveille avec le bisou du matin de ma petite fille. Je suis là pour ma femme. Je suis là pour mes enfants. Je suis un père pour mes enfants. » Il aurait aussi un travail et un revenu, et il n’y aurait plus de drogue dans sa vie. Il y avait effectivement eu une courte période où il avait un travail et où les choses allaient plutôt bien. Il a dit que reprendre contact avec ses enfants serait le premier pas. Il ne les avait pas vus depuis plus d’un an.
Sur une échelle de 1 à 10, où 10 représentait le moment où la vie était comme il la voulait et 1 son pire moment, il se situait à 7. Quelques semaines plus tôt, il était à 2. Je lui ai demandé ce qu’il avait fait pour monter jusqu’à 7. Il a dit qu’il avait réfléchi et qu’il en était venu à comprendre qu’il y avait des choses qu’il ne pouvait pas influencer, et qu’il avait réussi à les lâcher. Il avait aussi pensé qu’il y avait d’autres choses qu’il pouvait influencer, et il avait commencé à en faire davantage. Il avait appelé son avocat et les services sociaux pour demander quel serait le premier pas pour pouvoir revoir ses enfants. Il avait continué à travailler sur ce qu’il devait faire, et il en était finalement au point où il avait effectivement l’autorisation d’appeler ses enfants. Maintenant, il ne savait pas quoi leur dire et il s’inquiétait de leurs questions. Il avait peur de se mettre à raconter combien c’était affreux pour lui d’être en prison, et il ne voulait pas qu’ils entendent cela. Alors ce qu’il a fait, c’est s’asseoir et réfléchir à ce qui serait le mieux pour ses enfants, puis il s’est écrit un pense-bête : « Demander aux enfants comment va l’école, demander aux enfants comment vont leurs amis, demander aux enfants quelles activités ils font. » Cet homme, qui se voyait comme extrêmement impulsif, avait réussi à s’asseoir et à faire des plans. Il avait appelé ses enfants et réussi à faire exactement ce qu’il avait prévu.
Pour nous rapprocher de nos objectifs, nous devons faire de petits pas. Un client se sentait extrêmement maltraité, et cela depuis un bon moment. Il trouvait sa condamnation injuste, et il était occupé à écrire aux journaux et à faire appel pour obtenir un nouveau procès. Sur une échelle de 1 à 10, où 10 représentait le moment où la vie était comme il la voulait et 1 son pire moment, il se situait à moins 1. Après avoir reconnu ses difficultés, je lui ai demandé à quoi il saurait qu’il était juste un peu plus haut sur l’échelle. Il a dit que peut-être, il aurait regardé un peu la télévision. À la séance suivante, les choses allaient un peu mieux. Il nous a dit qu’il avait fait autre chose que ruminer. Il avait regardé du sport à la télévision, il avait un peu étudié, et il avait commencé à fréquenter un peu plus les autres. À la séance suivante, il était à 4 sur la même échelle. Il nous a dit qu’il avait cinq cassettes sur la pensée positive dans sa cellule, et qu’il en avait maintenant écouté deux. Deux des clients ont demandé s’ils pouvaient emprunter ses cassettes.
Chercher des exceptions était bien sûr essentiel. « Peut-être que ça va m’ouvrir les yeux », a dit un client, quand je lui ai demandé quel serait pour lui un signe que cela valait la peine de participer au programme. Il n’était pas très coopératif aux premières séances, mais il continuait à venir. Un jour, il a dit qu’il avait eu des « révélations », que je lui avais donné l’occasion de penser autrement en disant : « Si vous deviez… ». Il a dit que ce qui l’effrayait vraiment, c’était qu’un jour il ne puisse plus s’arrêter de frapper quand il était provoqué, et qu’il finisse par tuer quelqu’un. Je lui ai demandé s’il s’était déjà senti provoqué sans frapper la personne. Il m’a regardée et a dit : « Ici ou dehors ? » J’ai dit : « Ici ou dehors. » « Je n’ai jamais frappé mon meilleur ami », a-t-il dit.
Un autre membre du groupe lui a rappelé qu’il avait été provoqué l’autre jour par un autre détenu et qu’il n’avait rien fait. J’ai demandé : « Qu’avez-vous fait ? » Il a dit qu’il était parti. J’ai demandé : « Qu’est-ce qui vous a fait partir ? » Il a dit : « Je pensais : “Ça n’en vaut pas la peine, je dois bien me tenir.” Je pensais à mes parents, et que je dois bien me tenir pour avoir une chance d’être transféré dans une prison plus proche de ma famille, pour qu’ils puissent venir me voir. » Il a dit que c’était une façon de penser absolument nouvelle pour lui, qu’il puisse se contrôler. À la fin de la séance, il a reçu une tâche. J’ai dit : « D’ici la prochaine fois, j’aimerais que vous remarquiez, très attentivement, les occasions où vous auriez pu être provoqué à frapper quelqu’un mais où vous avez fait autre chose. Je veux aussi que vous observiez ce que vous faites à la place. » À la séance suivante, il a décrit d’autres exceptions. Et il a ajouté que la prison était un excellent endroit pour s’entraîner : il y avait plein d’occasions où les gens se provoquaient. Et il a continué à s’entraîner à penser. Au bout d’un moment, il a dit qu’il s’était maintenant entraîné tant de fois que c’était devenu une habitude et qu’il ne s’énervait plus. J’ai demandé ce qu’il faisait à la place. Il a répondu qu’il était occupé à faire des plans pour son avenir. Le surveillant présent ce jour-là a dit qu’il avait remarqué des différences ces dernières semaines. Le client était beaucoup plus calme dans le quartier, passait plus de temps dans sa cellule et n’était plus impliqué dans des disputes.
Le groupe s’est avéré hétérogène à bien des égards. Comme les prisons débordaient en général, il y avait dans ce quartier des détenus condamnés pour d’autres crimes, par exemple violence conjugale et coups et blessures, et ils ont aussi rejoint le groupe. Certains clients étaient en prison pour la première fois de leur vie, d’autres avaient été condamnés 30 ou 40 fois ; certains arrivaient tout juste de détention provisoire, d’autres étaient dans le quartier depuis un bon moment ; certains se droguaient, certains avaient un problème d’alcool ; certains étaient suédois de naissance, d’autres non.
Ces hommes étaient incarcérés pour ce que la plupart des gens considèrent comme des crimes méprisables. Leur statut est bas, même en prison. Il était crucial de les traiter avec respect pour construire la collaboration. Il faut mettre de côté ses biais personnels et découvrir ce qui compte pour le client, voir et s’adresser à la personne, non au problème. Comme dans tout autre contexte, il importait de rejoindre les clients là où ils étaient. Certains se sentaient extrêmement insultés et maltraités. Il importait de les reconnaître dans leurs difficultés. Leurs objectifs étaient liés à la vie hors de prison, j’étais donc curieuse de leur vie, de leur famille, de leurs enfants, de leurs centres d’intérêt, de leur pays d’origine, etc. Tout au long des séances, je leur faisais des compliments chaque fois que possible.
La direction de la prison a été tout du long très soutenante. Construire la collaboration avec le personnel de surveillance était important. C’était lui qui orientait les clients. Avant de commencer le programme, j’ai rencontré le personnel une demi-journée pour lui présenter l’approche orientée vers les solutions. Chaque fois que je venais à la prison, je passais par le quartier pour avoir l’occasion de rencontrer le personnel de service et de dire bonjour à tout le monde de façon informelle. Le personnel discutait des nouvelles orientations, et les nouveaux détenus pouvaient me poser des questions sur le programme. Comme le décrivent Lindforss et Magnusson (1997), conduire un projet en prison a des effets secondaires, fait une différence pour le personnel. Le personnel de surveillance m’a dit que le programme l’avait influencé. Assister aux séances lui avait appris à parler autrement aux clients. Il notait les changements entre les séances et découvrait de nouvelles facettes des clients. Il essayait aussi lui-même de nouvelles choses. Un surveillant avait remarqué que les détenus réfléchissaient beaucoup entre les séances. Il avait aussi entendu des clients, dans le quartier, parler de leurs enfants, ce qu’il n’avait jamais entendu auparavant. Un autre membre du personnel avait noté qu’un client, qui avait une attitude très dure dans le quartier, pouvait aussi être sensible et réfléchi. Un client qui traversait une passe vraiment difficile a dit en séance que pour lui, le pire moment de la journée était après la fermeture des cellules le soir. La personne de surveillance présente à cette séance a frappé à la porte de sa cellule ce soir-là, et une conversation a eu lieu. Un membre du personnel s’est porté volontaire pour servir d’interprète, changeant même son planning, afin qu’un détenu puisse rejoindre le programme.
Le programme de groupe était un programme officiel et je devais rendre compte à la direction de ce qu’il changeait ou non pour les clients. J’ai demandé une évaluation écrite individuelle à la cinquième séance et à la dernière. L’évaluation de la cinquième séance comportait quatre questions :
L’évaluation de la dernière séance comportait cinq questions :
Les clients se sont situés plus haut sur l’échelle à la dernière séance qu’à la cinquième. Beaucoup se sont situés à 8, 9 et 10 à la dernière séance. Les clients ont écrit, par exemple : « J’ai compris combien c’est important de parler à quelqu’un quand je suis bloqué, et de réfléchir avant d’agir », « J’ai décidé de changer de vie », « Je me suis calmé. J’ai appris à réfléchir avant d’agir » et « J’ai appris à me contrôler ».
Beaucoup de clients ont écrit que les questions de l’animatrice avaient été utiles, par exemple : « L’animatrice a posé beaucoup de questions, des questions qui m’ont fait réfléchir », « les questions m’ont fait penser à des choses auxquelles je n’avais jamais pensé », « les nombreuses questions m’ont fait réfléchir, au passé, au présent et à l’avenir », « les questions m’ont fait réfléchir et j’ai compris qu’il y a d’autres façons de réagir, ces séances m’ont calmé », et « l’animatrice m’a fait réfléchir, ses questions m’ont fait réfléchir, c’est la méthode socratique ».
Les clients ont aussi écrit, par exemple, que le programme les avait aidés à comprendre qu’ils pouvaient influencer leur vie, que parler de l’avenir avait été utile, et que leurs espoirs d’un avenir meilleur avaient augmenté. Ils ont aussi écrit qu’il avait été utile de parler de leurs problèmes, et qu’écouter les problèmes et les pas en avant des autres leur avait donné de nouvelles perspectives.
Je dois admettre qu’au départ, j’aurais préféré voir les clients individuellement, pas en groupe, et surtout pas en groupe ouvert. Mais c’était ce que l’administration de la prison avait décidé. Je me suis vite rendu compte qu’il y avait des bénéfices à conduire le programme en groupe. Les clients écoutaient très attentivement ce que disaient les autres participants. Ils écoutaient aussi mes questions et les appliquaient à leur propre vie. Des clients ont dit qu’ils se mettaient à penser à leurs propres échelles et à ce qui avait été mieux pour eux quand j’interrogeais les autres. Les participants interagissaient entre eux et essayaient de s’entraider. Un client a demandé : « Vous voulez savoir ce que j’ai fait pour me rapprocher de revoir mes gosses ? » Ils guettaient aussi les exceptions des autres et leurs progrès ; par exemple, un client a dit : « J’ai remarqué que tu as été beaucoup plus calme cette semaine. » Et ils prenaient soin les uns des autres. Un client a dit à un autre qu’il s’inquiétait pour lui, parce qu’il prenait beaucoup de tranquillisants (prescrits par le médecin), et lui a dit : « Si tu te promènes comme un somnambule, comment tu vas atteindre tes objectifs ? » Le client est revenu à la séance suivante plus éveillé, en disant qu’il avait réduit ses médicaments. Deux des autres clients ont dit qu’eux aussi avaient réduit leurs médicaments. Les participants ont écrit dans l’évaluation qu’écouter les problèmes et les pas en avant des autres leur avait donné de nouvelles perspectives. Lee et al. (2003) décrivent aussi les bénéfices de conduire leur projet en groupe et du processus interactif du groupe. Sharry (2001) aborde de nombreux aspects du travail de groupe dans Solution-Focused Groupwork.
Le groupe de clients qui a rejoint le programme n’est pas considéré comme très motivé. Les clients étaient condamnés pour violence conjugale, coups et blessures et infractions sexuelles. Ceux qui étaient auteurs d’infractions sexuelles étaient en outre des « négateurs ». Certains se sentaient extrêmement offensés et blessés, parce que personne ne les croyait. Ils ruminaient et ruminaient. Pour pouvoir construire la collaboration, il était extrêmement important de les reconnaître dans leurs difficultés ! Les conversations orientées vers les solutions offrent une façon respectueuse de construire la collaboration sans confronter. Macdonald (2007) affirme que plusieurs études montrent que la thérapie orientée vers les solutions est efficace auprès des publics délinquants et d’autres publics difficiles à traiter, peut-être parce qu’elle est collaborative.
Une prison n’est pas le cadre le plus propice à l’espoir. Elle est très normative. Il y a beaucoup de règles. Le personnel de surveillance, comme les détenus, voit beaucoup de clients revenir après une récidive. Les détenus doivent faire des demandes pour presque tout. Et ils passent beaucoup de temps à attendre les réponses. Rien que d’insuffler l’espoir que le changement est possible est un défi, chez les détenus comme dans le personnel de surveillance. Le programme était proposé aux détenus. La décision d’y participer leur appartenait. Un participant a dit : « Rejoindre le programme était important pour moi. Je crois que c’est la première fois depuis mon arrivée en prison que ma demande n’a pas été rejetée. »
Le programme a été conduit pendant un an et demi. 22 détenus y ont été orientés. Trois orientations étaient inappropriées. L’un pensait que je pouvais l’aider à obtenir une permission de sortie, ce que je ne pouvais pas ; un autre pensait que je pouvais influencer son transfert dans une autre prison, ce que je ne pouvais pas ; et un troisième ne voulait pas participer à un groupe. Un client est venu deux fois, puis a été transféré dans une autre prison. 18 détenus ont participé au moins quatre fois. Le programme a cessé parce que l’Administration nationale des prisons et de la probation avait décidé que ce groupe de détenus serait transféré dans d’autres prisons, où d’autres programmes les attendaient. On m’a aussi demandé de superviser deux groupes de personnel de surveillance et de travailler individuellement avec des clients condamnés pour violence (Severin, 2008).
Complexe Systémique : à retenir
Pas de chiffres, ou presque : dix-huit hommes, une auto-évaluation, une durée. Ce que ce texte apporte est ailleurs, dans la précision des choix de cadre. Un nom, « Séances en groupe », pour que personne ne croie à une thérapie. Un objectif qu’on peut dire devant la direction, les détenus et soi-même. Des entretiens individuels devant les autres, ce qui fait du groupe un public et non une machine à confrontation. Et le refus obstiné de travailler sur le délit, y compris avec ceux qui nient, au profit de ce qui est toujours « de l’autre côté des murs ». En systémique, on reconnaîtra la logique du contexte : c’est le cadre qui rend les questions possibles, et le personnel de surveillance qui change sont le signe qu’on a touché le système et non le seul détenu. À lire avec Blundo sur la supervision en protection de l’enfance, autre lieu de contrainte, avec Pourquoi travailler avec les auteurs d’agressions sexuelles, et avec Perry, Alexander et Hemmington sur l’espoir sous contrainte.
Références
Berg, I. K. (1991). Family Preservation: A Brief Therapy Workbook. London: BT Press.
Berg, I. K. & Miller, S. (1992). Working with the Problem Drinker: A Solution-Focused Approach. New York: W. W. Norton & Co.
Berg, I. K. & Dolan, Y. (2001). Tales of Solutions: A Collection of Hope-inspiring Stories. New York: W. W. Norton & Co.
DeJong, P. & Berg, I. K. (1997). Interviewing for Solutions. San Francisco, CA: Brooks/Cole.
de Shazer, S. (1988). Clues: Investigating Solutions in Brief Therapy. New York: W. W. Norton & Co.
de Shazer, S. (1991). Putting Difference to Work. New York: W. W. Norton & Co.
Jenkins, A. (1990). Invitations to Responsibility: The Therapeutic Engagement of Men who are Violent and Abusive. Adelaide, Australia: Dulwich Centre Publications.
Lee, M. Y., Sebold, J. & Uken, A. (2003). Solution-Focused Treatment of Domestic Violence Offenders. New York: Oxford University Press.
Lindforss, L. & Magnusson D. (1997). Solution-Focused therapy in prison. Contemporary Family Therapy, 19(1), 89–104.
Macdonald, A. (2007). Solution-Focused Therapy: Theory, Research & Practice. London: Sage.
Severin, B. (2008). Nu vet jag hur jag ska göra, inte bara hur jag inte ska göra: Lösningsfokuserat arbete med våldsbenägna klienter. (“Now I know how to do, not only how not to do: Solution-Focused work with clients with a history of violent behavior”). Socionomen, 8, 14-18. (a Swedish journal for social workers).
Sharry, J. (2001). Solution-Focused Groupwork. London: Sage.
Uken, A. & Sebold, J. (1996). The Plumas project: A Solution-Focused goal-directed domestic violence diversion program. Journal of Collaborative Therapies, 4, 10–17.
À propos de l’autrice
Britta Severin a une vaste expérience de la thérapie orientée vers les solutions au sein du système pénitentiaire, auprès de clients ayant un passé de violence. Pendant neuf ans, elle a travaillé en prison avec des détenus condamnés pour crimes violents, individuellement et en groupe, et pendant plus de vingt ans elle a été agente de probation, travaillant avec des probationnaires et des libérés conditionnels. Elle est actuellement employée comme thérapeute par les soins pénitentiaires dans une consultation ambulatoire pour l’alcoolisme et la toxicomanie. La plupart de ses clients sont en probation ou en liberté conditionnelle, souvent condamnés pour violence. Elle forme et supervise également depuis de nombreuses années. Courriel : bseverin@bredband.net
Traduction française non officielle de Solution-Focused Group Work in Prison, par Britta Severin, publié dans le Journal of Solution-Focused Brief Therapy, vol. 1, n° 1 (2014), article 3, p. 1-10, doi : 10.59874/001c.75122, sous licence CC BY 4.0. Traduction et mise en page : Complexe Systémique, septembre 2026 — l’œuvre a été modifiée au sens de la licence. Ni l’autrice ni l’éditeur ne répondent de cette traduction ; la version originale fait foi.
Traduction française non officielle de « Solution-Focused Group Work in Prison », publié dans Journal of Solution-Focused Brief Therapy (2014) sous licence CC BY 4.0. Traduction réalisée par Complexe Systémique, elle n’émane ni des auteurs ni de l’éditeur, qui ne répondent pas de son contenu ; la version originale fait foi.
Lire l’article originalComment citer cet article
Severin, B. (2014). Le travail de groupe orienté vers les solutions en prison (Complexe Systémique, trad.). Complexe Systémique. https://app.complexe-systemique.com/fr_FR/articles/le-travail-de-groupe-oriente-vers-les-solutions-en-prison (Œuvre originale publiée en 2014 dans Journal of Solution-Focused Brief Therapy, vol. 1, n° 1 (2014), article 3, p. 1-10 ; republiée en 2014 par Journal of Solution-Focused Brief Therapy, https://journalsfp.org/article/75122)
Pour aller plus loin